***Chapitre 3 : On dit qu’une fille amoureuse est invincible, mais les garçons peuvent eux aussi surmonter l’impossible
Partie 7
Or, la dernière chose qu’il avait essayée était justement quelque chose qui exploitait cette faiblesse. Comme pour confirmer ce fait, Marchosias prononça le nom de la sorcellerie : « Séisme destructeur… N’est-ce pas son nom ? »
Furcas détourna son regard de Marchosias pour le poser sur Eligor.
« Je vois. Barbatos l’a utilisée contre elle, n’est-ce pas ? »
C’était probablement de la télépathie. Envoyer un message à travers cette barrière exigeait un talent considérable. Parmi les quatre Archidémons à l’extérieur, seule Eligor en était capable. Les trois autres n’étaient pas du genre à consacrer du temps à l’apprentissage d’un tel sort après tout.
Comme l’avait dit Marchosias, c’était quelque chose que Furcas avait transmis à Barbatos. Il s’agissait d’une sorcellerie qui secouait l’espace lui-même en y projetant le subespace. Ça secouait tout, y compris les défenses, l’impact frappant directement au cœur.
Tout ce que j’ai fait, c’est le récompenser avec un grimoire pour avoir accompli une requête…
Cela s’était produit avant que Furcas n’essaie de franchir la barrière d’Alshiera. Ce qui avait permis d’atteindre le stade de l’utilisation pratique, c’était sans aucun doute le talent du sorcier connu sous le nom de Barbatos.
« Séisme destructeur, cieux qui s’effondrent », répondit Furcas à voix basse.
Comme il s’agissait d’une sorcellerie tissée dans le subespace, il était impossible de voir le flux de mana ou son cercle magique. Ainsi, même Zagan ne pouvait pas la dévorer. Si Barbatos maîtrisait vraiment ce pouvoir, il surpasserait sûrement Zagan. Au contraire, c’était anormal que Marchosias ait encaissé autant de coups.
Ce sortilège nécessitait un point précis de l’espace à faire trembler, ce que Furcas avait préparé en courant partout un peu plus tôt.
Il n’y a qu’un seul moyen de le briser. Endurer la douleur et vaincre le lanceur.
En d’autres termes, entraîner les choses dans une guerre d’usure. Pourtant, même si Marchosias savait comment surmonter ce sort, le combat prendrait du temps. C’était le moyen idéal pour gagner du temps.
Marchosias répara ses lunettes fissurées par la magie et poussa un soupir de résignation.
« Je vois. Ça va être dur de percer avant le retour de Zagan », dit-il. « Je l’admets, tu as dépassé mes attentes. Tu es vraiment un sorcier terrifiant. »
C’est à ce moment-là que Furcas remarqua son erreur.
Merde, j’en ai trop fait !
Il tenta d’invoquer Ciel Écroulé, mais il était trop tard.
« Je vais arrêter d’essayer de te discipliner », dit Marchosias. « Va-t’en. »
Ce Furcas était un être éphémère créé grâce aux Souvenirs de l’Archidémon. Marchosias avait été libre de le créer ou de l’effacer à sa guise depuis le début. Il était tout à fait naturel que cela arrive si Furcas faisait preuve d’assez de force pour pousser Marchosias à jeter l’éponge. Tout comme lorsqu’il avait franchi la barrière d’Alshiera, la conscience de Furcas fut mise en lambeaux et disparut.
◇◇◇
« Tu ne peux rien faire ?! »
Dans un élan rare, Ain éleva la voix, de colère. Furcas combattait Marchosias haut dans le ciel. Bien qu’il fût impossible d’entendre le moindre son de là-haut, les secousses du combat se faisaient sentir jusqu’au sol.
Selphy ne connaissait rien à la sorcellerie, mais elle sentait qu’il se passait quelque chose, trop loin pour qu’elle puisse voir ou entendre quoi que ce soit. La bataille était si intense que les ondes de choc atteignaient l’endroit où elle se trouvait.
« Ne sois pas déraisonnable ! » hurla Dexia. « J’aurais déjà fait quelque chose si j’avais pu. Le type qui a construit cette barrière a un caractère pourri. C’est comme s’il savait tout ce qu’on pourrait essayer et qu’il avait mis en place des contre-mesures à l’avance. »
Même si cela pouvait paraître impoli, Dexia était en fait la plus expérimentée en manipulation spatiale de ce groupe. Behemoth et Levia étaient des sorciers incroyables, mais ils se concentraient plutôt sur le soutien. Un peu plus loin, Kuroka avait dégainé son épée courte et la pointait vers le ciel.
« Je ne pense pas non plus pouvoir la franchir », déclara-t-elle. « Je pourrais probablement briser la barrière elle-même, mais Furcas est trop loin… Même les papillons ne peuvent pas s’y faufiler. »
Micca avait dégainé l’Épée sacrée à côté de Kuroka, mais il secoua lui aussi la tête.
« Désolé, c’est pareil pour moi, » dit-il. « Même si j’utilise la Confession, je peux tout au plus briser la barrière, mais ça va sûrement se retourner contre nous. »
Aristella, la petite sœur de Dexia, n’avait toujours pas repris connaissance. Ne pouvant rien faire d’autre, Selphy la laissait se reposer sur ses genoux.
« Qu’est-ce qu’on fait… ? » demanda Lilith en pleurant. « Furcas va disparaître… Il va s’évanouir… »
Tout comme Selphy, Lilith sentait que le Furcas qu’elles connaissaient était en train de disparaître. Celui qui se battait là-haut dans le ciel en ce moment était quelqu’un qu’elles ne connaissaient pas.
Je me demande pourquoi il se bat…
Selphy pouvait au moins dire que Furcas se battait au péril de sa vie. D’après ce qu’Ain avait dit, elle comprenait vaguement que Furcas avait retrouvé la mémoire. Sinon, il ne serait pas capable de se battre ainsi.
Cependant, l’ancien Furcas était amoureux d’une autre fille que Lilith. L’ancien Furcas n’avait aucune raison de se battre ici. Et pourtant, c’était exactement ce qu’il faisait.
« Il tient le coup précisément à cause de ce qu’il est devenu », dit Ain, incapable de cacher sa panique. « Si ce Furcas disparaît, tout espoir sera perdu. »
« Calme-toi, Ain », dit Behemoth. « Selon cette logique, tu seras toi aussi en danger si tu t’approches de Marchosias. »
« Eh bien… »
Selphy ne comprenait pas vraiment, mais Ain était apparemment un Nephilim, et tous les Nephilims pouvaient voir leurs souvenirs effacés, comme Furcas.
Tout le monde essayait désespérément de sauver Furcas.
Je ne l’aime pas vraiment…
Après tout, c’était une troisième roue qui essayait agressivement de courtiser Lilith. Le voir se rapprocher d’elle et l’amener petit à petit à baisser sa garde lui faisait mal au cœur.
Mais bon… c’est quelqu’un de bien.
Peu importait à quel point Selphy lui avait grogné dessus, il ne lui avait jamais rendu la pareille. Au contraire, il l’avait traitée comme une véritable amie. Par-dessus tout, le temps qu’elle avait passé avec Lilith, Ain et Furcas n’avait été en aucun cas désagréable. Même Selphy s’était bien amusée.
Mais j’ai peur…
Un jour, il allait lui enlever Lilith. Même si Selphy était tombée amoureuse la première, Furcas allait la lui prendre, et cela l’effrayait. C’est pourquoi la disparition de Furcas aurait dû lui convenir.
Alors pourquoi se sentait-elle si mal… ?
Une partie d’elle détestait l’idée que Furcas disparaisse. Elle se rappela les événements survenus dans la flèche d’Opheos. Selphy avait surpris une conversation entre Lilith et Furcas : « Si tes souvenirs reviennent, resteras-tu telle que tu es ? »
Il y avait une angoisse évidente dans la voix de Lilith et Furcas avait répondu qu’il ne savait pas. Il avait ensuite dit ce qui suit, sans rien pour étayer ses propos :
« Mais je suis presque sûr que mes sentiments pour toi sont la seule chose qui ne changera pas. »
Une larme coula soudainement sur la joue de Selphy.
« Oh… je comprends. »
Il avait dit la vérité. Elle savait au moins que Furcas n’était pas du genre à mentir. Il y avait cru, avait agi en conséquence et le prouvait.
Le ciel s’était soudain calmé. Les ondes de choc avaient cessé, même si le cercle magique rayonnant avait disparu. Levant les yeux, Selphy vit Furcas s’effondrer au sol.
« C’est grave. L’ancien Furcas a été effacé », dit Ain.
Selphy tendit les deux bras comme pour rattraper le garçon qui tombait. Elle ne le fit pas parce qu’elle avait un plan en tête.
Mais je déteste l’idée que Furcas disparaisse !
Peut-être était-elle arrivée trop tard. Peut-être était-ce une erreur. Quoi qu’il en soit, les lèvres de Selphy tremblaient tandis qu’elle mettait toute son émotion dans sa voix.
« Tu entends ma chanson ? »
Elle chantait, mais pas comme d’habitude. Il n’y avait pas de paroles, juste une mélodie. Et pourtant, sa chanson transmettait clairement une intention.
Après tout, chanter, c’est la seule chose que je sais faire.
Selphy ne comprenait pas le sens de ce qui sortait de sa bouche. Elle chantait simplement, priant de tout son cœur pour que sa chanson atteigne ce garçon.
« Est-ce une chanson maudite… ? Non, Selphy, mais qu’est-ce que tu chantes… ? » demanda Kuroka en pâlissant en regardant son amie d’enfance.
Aucun d’entre eux ne remarqua que la fille allongée sur les genoux de Selphy avait ouvert ses yeux dorés.
◇◇◇
Il avait mal à la tête. Non, pas seulement à la tête, c’était comme si tout son être avait été déchiré.
Est-ce que je me suis évanoui… ?
La douleur était bien trop intense pour cela, mais son esprit était embrumé et il n’arrivait pas à réfléchir correctement.
« Ouvre les yeux ! Lance ton sort ! Remets-toi sur pied ! »
Furcas ouvrit brusquement les yeux alors qu’une voix résonnait dans sa tête.
« H-Hein ? Pourquoi est-ce que je tombe… ? Peu importe, j’ai besoin d’un point d’appui ! »
Il réussit tant bien que mal à créer un cercle magique et à stopper sa chute. Furcas jeta un regard paniqué autour de lui. Au-dessus de lui, à quelque distance, un homme aux lunettes rondes flottait dans les airs. C’était une sorte de sorcier extraordinaire nommé Marchosias.
Ah oui. Il m’a fait quelque chose. Et ensuite… ?
Que s’était-il passé après ça ? Il ne voyait pas non plus qui venait de lui parler. Il était presque sûr que ce n’était pas son imagination.
« Tu entends ma chanson ? »
Il entendit alors une mélodie magnifique et agréable.
« Un chant… ? »
Cette voix, il la reconnaissait.
« Est-ce Selphy ? »
Il chercha la sirène du regard et l’aperçut près de la table ronde, en train de chanter. Furcas n’était pas le seul à la regarder.
« Impossible… Cette chanson… Ça ne peut pas être… Comment quelqu’un peut-il être capable de la chanter… ? »
Qu’avait-il reconnu là-dedans ? Le visage de Marchosias était empreint de peur, ses joues étaient complètement blanches. Il ignora Furcas, activa un cercle magique d’un coup de pied et plongea vers la table ronde.
« Arrête-le. En ce moment, tu es le seul à pouvoir le faire. »
Il entendit à nouveau cette voix dans sa tête. Il semblait que ce n’était pas son imagination. Furcas n’avait pas besoin qu’on le lui dise. Il s’interposa pour barrer le chemin à Marchosias.
« Je ne sais pas ce que tu manigances, mais je ne te laisserai pas faire ! » s’écria-t-il.
« Pousse-toi », lui dit Marchosias en plissant les yeux comme s’il regardait un déchet. « Je n’ai plus le temps de jouer avec toi. »
Il y avait une rage bouillonnante mêlée à une pointe de peur dans sa voix. Furcas faillit vaciller face à l’intense colère qui s’en dégageait.
« Non, je ne peux pas me permettre de m’enfuir ! »
Il n’avait aucune idée de ce que Selphy était en train de faire. Mais il avait le sentiment qu’un miracle extraordinaire était en train de se produire grâce à elle. S’il était encore en vie, c’était grâce à elle.
« Ne faiblis pas. Tu peux te battre. Je vais t’apprendre comment. »
La voix venait directement de l’intérieur de sa tête.
Je me demande qui c’est…
« Pas besoin de t’inquiéter pour ça », dit la voix, comme pour répondre à ses pensées. « Je ne suis rien de plus qu’un vestige. Cette chanson m’a donné un peu de temps, mais je vais bientôt disparaître. »
Sur ce, Furcas comprit enfin.
Je vois… C’est toi, n’est-ce pas ?
Cette voix qui lui semblait familière était celle de Furcas lui-même.
« C’est bien que tu comprennes. Saisis mes cinq cents ans de souvenirs et d’expérience avant que je ne disparaisse. »
« D’accord ! »
Furcas adopta une posture, levant l’index bien droit et serrant l’autre poing.
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