Le Dilemme d’un Archidémon – Tome 19 – Chapitre 1 – Partie 1

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Chapitre 1 : Un héros est destiné à arriver en retard, mais le retard n’en reste pas moins répréhensible

Partie 1

« La visite guidée des Archidémons… ? »

C’est ce qui était écrit sur un bout de papier qui flottait dans les airs au-dessus de la ville d’Opheos. En se tournant vers l’endroit d’où il était tombé, Zagan aperçut une jeune fille vulpine qui agitait un drapeau et s’adressait à la foule d’une voix forte. Elle portait une fois de plus une tenue de soubrette. C’était peut-être l’uniforme de la boutique de Manuela.

« Écoutez tous ! Inscrivez-vous ici pour la visite guidée d’observation des Archidémons ! Ne pas suivre la procédure entraînera la mort, alors soyez prudents ! »

Une file d’attente bien ordonnée s’étendait depuis le port. Des chevaliers angéliques assuraient la sécurité, l’ambiance était donc terriblement paisible.

« Hum… »

Par curiosité, Zagan se joignit à la file. Les touristes autour de lui s’agitèrent alors et lui cédèrent immédiatement leur place, le faisant avancer à un rythme effréné.

Tout en avançant, il lut le papier.

Même s’il a l’air gentil, c’est quand même un Archidémon. Si tu lui déplais, tu risques ta vie, alors, ne le provoques pas.

Ne t’approche pas à moins de dix mètres. Tu risques fort de te faire tuer.

Ne t’adresse jamais directement à lui. Tu risques fort de te faire tuer.

Ne hausse pas la voix près de lui. L’agacer te vaudra la mort.

Observe-le tranquillement à distance. Tu ne mourras pas comme ça.

Signe ci-dessous pour accuser réception des règles susmentionnées.

On dirait que la personne qui a écrit cela était plutôt bien informée.

« Les affaires semblent bien marcher », commenta Zagan en arrivant en tête de la file.

« Bien sûr ! » répondit la vulpine. « Au fait, pourquoi est-ce Kuu qui gère la file d’attente ? La chef devrait mettre un peu plus la main à la pâte. »

« Elle devrait vraiment », acquiesça Zagan. « Au fait, était-ce l’idée de Gremory ? »

« Ouais. La chef et Kuu ont réglé les détails après ça. Ça a demandé beaucoup de travail de trouver des moyens d’éviter que des gens se fassent tuer. »

« Je vois. Vraiment ? Alors, je suppose que tu fais partie des coupables ? » demanda Zagan en souriant gentiment tout en l’attrapant par la tête.

Kuu pâlit considérablement, mais continua de sourire. Il la souleva du sol, les jambes pendantes dans les airs, et la vulpine idiote se mit à pleurer docilement.

« Euh, tu te trompes complètement. Kuu a dit qu’on devrait arrêter, mais la chef et Mlle Gremory ont dit que ça allait bien avec Mlle Chastille et M. Barbatos, alors… »

« Tu aurais dû commencer par cette excuse », déclara Zagan froidement. « Tu as déjà confirmé que tu étais de mèche avec eux. »

 

 

Kuu se mit à gesticuler frénétiquement.

« Non ! Kuu ne veut pas mourir ! Si vous devez tuer quelqu’un, commencez par la chef ! »

Elle se mit à hurler comme une bête sauvage. Elle savait bien qu’elle n’avait aucune raison de penser que Zagan était vraiment en colère. Il n’y avait pas de véritable tension derrière ses cris. Après avoir poussé un soupir, Zagan la lâcha.

« Hein ? Kuu est en vie ? »

« C’est bien d’être enthousiaste pour les affaires, mais il est temps de conclure, tu ne crois pas ? »

Après avoir subi tant de brimades, la rébellion de l’archange Chastille Lillqvist avait conduit à la diffusion de la demande en fiançailles de l’Archidémon sur tout le continent. Zagan et Nephy avaient paniqué en voyant le journal de leurs propres yeux le matin même, mais cela n’avait pas provoqué le tollé attendu.

Non, c’était sans doute grâce à Manuela et Kuu. Apparemment, elles s’occupaient de mettre de l’ordre parmi les badauds pour qu’ils ne gênent absolument pas Zagan. La situation n’était donc pas si différente de celle qu’ils avaient connue à Kianoides. Zagan avait l’habitude d’être regardé de cette façon. Il y avait certes beaucoup plus de gens qui le fixaient, mais Nephy s’y était vite habituée, alors ils pouvaient se détendre.

C’est pour cette raison qu’il n’était pas particulièrement en colère. Mais peut-être que tout le groupe se détendait un peu trop.

Il ne faudrait pas que Marchosias commence à nous harceler pour qu’on se dépêche…

Cela faisait déjà une semaine que la nouvelle des fiançailles de Zagan s’était répandue à travers le continent. Le plan initial était de partir cette nuit-là, mais tous les services de transport avaient été interrompus, les obligeant à rester coincés en ville.

Ils auraient bien sûr pu trouver une ou deux calèches, mais le groupe de Zagan était plutôt nombreux. Il aurait été difficile d’en trouver suffisamment pour que tout le monde puisse monter à bord. Tout cela était hors de son contrôle, mais il ne pouvait pas en vouloir à Marchosias de le critiquer pour son retard. C’était une excellente excuse pour prolonger leur voyage touristique, mais ils arrivaient à la limite. Zagan se sentait donc redevable envers eux et était venu informer Manuela et Kuu de son départ.

« Oh, vous partez déjà ? » dit la petite vulpine, les oreilles tombantes, en caressant sa queue duveteuse d’un air abattu. « Kuu était coincée au travail et n’a même pas pu faire de tourisme… »

« Je vais dire à Manuela de te laisser un peu de répit », dit Zagan. « Bon, maintenant, mets un terme à cette mascarade. »

« D’accord. »

Elle s’éloigna en trottinant, puis s’arrêta brusquement.

« Mais comment comptez-vous partir ? » demanda-t-elle. « Toutes les calèches et tous les bateaux sont pleins. »

« Ne t’inquiète pas pour ça. J’ai tout arrangé. »

Marchosias avait désigné Kaslytilio, dans les Terres désolées de l’Oubli, comme lieu de rendez-vous. Il faudrait une semaine en calèche pour s’y rendre. Avec les ailes de Foll, cela pourrait se faire en un ou deux jours. Cependant, le groupe de treize personnes s’était agrandi pour en compter seize. Et avec Asmodeus, ils étaient dix-sept; ils ne pouvaient donc pas tous tenir sur le dos de Foll.

Bon, que peut faire un sorcier sans sorcellerie ?

Après avoir acquiescé, Kuu repartit en courant.

« Tout le monde ! C’est un peu brusque, mais c’est aujourd’hui le dernier jour de la visite guidée des Archidémons ! Les inscriptions sont closes ! À tous ceux qui participent encore, je vous prie de bien vouloir respecter les règles ! Vous pourriez mourir ! »

Elle comptait apparemment faire un dernier jour de profit. Kuu avait un esprit indomptable, dans le mauvais sens du terme. C’était un peu inquiétant, mais ce n’était pas quelque chose dont un sorcier devait s’inquiéter. Ignorant cela, Zagan fit demi-tour et se remit en route.

« Bon, passons aux idiots qui ne se sont pas rassemblés… », marmonna-t-il en partant à la recherche de ses subordonnés.

 

◇◇◇

« Je n’aurais jamais pensé que tu m’inviterais à prendre le thé, Phenex. Qu’est-ce qui t’a pris d’avoir cette idée ? »

Dans une auberge haut de gamme du dernier étage d’Opheos, deux filles étaient assises autour d’une petite table sur la terrasse. Ce n’était d’ailleurs pas leur chambre, mais celle de Zagan et Nephy. Asmodeus, souriante, plissait les yeux pour essayer de comprendre la situation. Cette jeune fille aux yeux violets étoilés et aux cheveux argentés éblouissants était la dernière survivante de son espèce.

En face d’elle, Phenex buvait une tasse de thé. Elle avait les cheveux et les yeux dorés, et portait une robe cramoisie sur son corps gracieux. Ce contraste était accentué par ses gantelets et ses bottes en laiton. Elle était le seul oiseau de feu au monde.

Elles avaient toutes deux l’air d’avoir une quinzaine d’années, mais elles étaient bien plus âgées et se disputaient le titre d’Archidémon le plus puissant.

« Ce n’est rien de grave », répondit Phenex en esquissant un sourire. « Mon roi bien-aimé s’est montré plutôt froid avec moi, alors j’avais besoin de parler à quelqu’un. »

« Je suppose qu’il t’a attachée et laissée pendre à la terrasse. »

« Ne trouves-tu pas qu’il est un peu trop impitoyable ? Je n’essaie pas de te le voler, ni rien. Je les regardais juste flirter, et voilà comment il me traite. »

« Je suis sûre que n’importe qui aurait réagi de la même façon », répondit Asmodeus en soupirant d’exaspération. Non pas qu’elle s’en soucie vraiment, bien sûr.

N’importe quel intrus qui te regarde par la fenêtre pendant un moment intime avec ton amoureux se ferait forcément engueuler.

Je suis surprise que Zagan soit parvenu à dompter Phenex.

Phenex ressuscitait immédiatement si elle était tuée, alors il l’avait assommée sans la tuer. Asmodeus venait juste de remarquer qu’elle était suspendue là et était venue la libérer. Quoi qu’il en soit, Asmodeus comprenait pourquoi elle agissait ainsi.

« Je suis plus surprise que tu aies laissé Zagan partir », dit-elle.

Pour Phenex, Zagan était le salut qu’elle cherchait depuis plus de dix mille ans. Si elle le laissait filer, elle ne le retrouverait peut-être jamais. Un peu de harcèlement était raisonnable. C’était un miracle qu’il ait suffi d’une petite correction pour qu’elle le perde de vue.

« Mon roi est le seul à pouvoir me tuer », répondit Phenex en haussant les épaules et en posant sa tasse. « Ça n’a pas changé, mais c’est quelqu’un de bien meilleur que je ne l’imaginais. Il m’a donné une récompense et m’a ordonné de bien me tenir. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda Asmodeus en penchant la tête.

Phenex leva un doigt, créant une petite flamme noire.

« Hein ? — Ce n’est pas… ? » marmonna Asmodeus, les yeux écarquillés de surprise.

« Le phosphore céleste. Je suis liée par contrat à ne l’utiliser que pour me suicider, mais avec ça, je peux mourir. Même si mon roi périssait, je pourrais quand même être sauvée. »

Zagan avait déjà cédé le seul moyen de tenir Phenex en échec. Ce n’était pas une bonne nouvelle pour Asmodeus.

Je voulais qu’elle soit ma bouée de sauvetage…

C’est pour cette raison qu’Asmodeus s’était donné tant de mal pour entrer en contact avec elle, mais tout cela était devenu sans importance. Pourtant, tout comme récupérer tous les joyaux de noyau était le plus grand désir d’Asmodeus, trouver la mort était celui de Phenex. Même Asmodeus ne pouvait pas lui refuser cela.

« Alors, tu comptes nous quitter bientôt ? » demanda Asmodeus d’un air abattu.

« C’était le plan, mais… »

Asmodeus haussa les sourcils.

« Maintenant que je peux mourir quand je veux, j’ai envie de bien regarder autour de moi d’abord. Avant de mourir, il me semble que parcourir le monde et profiter de tout ce qu’il a à offrir n’est pas une mauvaise idée. » Elle s’interrompit, prit une autre gorgée de thé, puis continua. « Alors, je pense accepter ton offre. »

« Euh… Phenex ? »

Asmodeus était extrêmement reconnaissante, mais le dire à voix haute risquait de permettre à Eligor de le découvrir.

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