Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 2 – Chapitre 7

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Chapitre 7 : Réalité et illusion

Pendant un certain temps, nous avions poursuivi nos ennemis sans les rattraper. Ils avaient brûlé des endroits en s’enfuyant… Ce n’était pas comme si leurs tactiques de terre brûlée avaient suffi à arrêter notre charge.

« Ils deviennent désespérés », murmurai-je en voyant une autre ville incendiée.

Les habitants avaient tous été pendus ou décapités. Ils avaient dû résister, ou peut-être étaient-ils des sujets d’un noble qui s’était opposé à Léopold. Quels qu’ils soient, c’était un spectacle terrible. Mais ce n’était pas comme si j’étais en position de parler après ce que j’avais fait à Maluk.

« Nous nous arrêtons ici pour nous reposer aujourd’hui, Sérignan. »

« Oui, Votre Majesté. »

Nous avions marché toute la journée, mais l’armée des nobles avait toujours une longueur d’avance sur nous. Les forces du duché étaient introuvables. Bien qu’elles soient beaucoup plus organisées et bien mieux équipées que les soldats de la noblesse, elles évitent à tout prix de se battre.

Notre ennemi était frustrant et insaisissable, ce qui ne nous laissait pas d’autre choix que de nous arrêter, de nous reposer et de nous ravitailler.

« Aurons-nous du ragoût aujourd’hui ? Nous avons plein d’ingrédients. »

Nous avions un peu de varechs pour faire un bouillon de soupe ainsi que des champignons, des légumes et de la viande séchée. J’avais décidé que ce soir, nous allions nous régaler avec un bon ragoût, un ragoût de viande et de légumes alléchant qu’il était difficile de refuser. J’étais sûre que Sérignan et Lysa allaient aussi l’apprécier, j’avais donc mis tout mon cœur dans la préparation de ce ragoût.

Mais d’abord, j’étais vraiment déshydratée. Les Essaims Éventreurs s’étaient procuré de l’eau dans les puits locaux, j’avais donc rempli une tasse et je l’avais portée à mes lèvres. Mais au moment où j’avais pris la première gorgée…

« Ngh ! »

Une douleur fulgurante me traversa la poitrine, et j’eus l’impression que ma gorge se refermait rapidement. J’avais essayé de tousser plusieurs fois, mais cela ne me fit pas aller mieux. L’agonie s’était étendue à tout mon corps, allant de ma poitrine à mon dos, puis à mon estomac. Incapable de supporter, je m’étais écroulée sur le sol. Je ne pouvais plus respirer et la douleur menaçait de me rendre folle.

Du poison… ! C’est ça, ils ont dû empoisonner les puits. En fait, vous m’avez tirée dessus, bande d’idiots…

« Votre Majesté ! »

Sérignan, ayant remarqué que quelque chose n’allait pas, s’était précipitée à mes côtés.

« Vous allez bien ? ! Qu’est-ce qu’il y a ? ! »

Je montrai du doigt la tasse qui roulait sur le sol en tremblant.

« L’eau est empoisonnée… !? Maudits soient-ils ! »

Maintenant qu’ils étaient au courant, Sérignan et Lysa ne connaîtront pas le même sort. Ce fut un soulagement.

Dieu merci…

« Votre Majesté ! Que s’est-il passé ? ! »

Lysa aussi s’était précipitée vers nous.

« Lysa, Sa Majesté a été empoisonnée ! Avez-vous un médicament qui pourrait l’aider ? ! », demanda Sérignan, sa voix craquant de désespoir.

« J’ai des herbes qui pourraient servir d’antidote, mais je ne sais pas si elles vont agir contre ce genre de poison… »

« Essayez au moins ! Si Sa Majesté venait à mourir, je… Je… ! »

Sérignan, les chevaliers n’ont pas le droit de pleurer.

« Ouvrez-lui la bouche, s’il vous plaît. Je dois d’abord dissoudre l’herbe dans l’eau. »

« Tenez, utilisez ceci, c’est de l’eau propre. On ne peut pas utiliser les puits, ils ont été souillés par l’ennemi. »

Lysa et Sérignan travaillèrent vite pour m’aider à me rétablir, mais je ne pensais pas que leurs efforts auraient beaucoup de sens. La douleur s’était déjà répandue dans tout mon corps, et je ne pouvais plus trouver la force de parler. Je doutais qu’il y ait moyen de me sauver à ce stade.

« C’est prêt ! Faites-lui boire ça. »

« Très bien. »

Sérignan essaya de me verser le mélange d’antidote dans la gorge, mais il ne fit que sortir de ma bouche.

« Merde ! Je n’ai pas le choix… Pardonnez-moi, Votre Majesté ! »

Quelque chose de doux s’était pressé contre mes lèvres. Je m’étais rendu compte que c’était les lèvres de Sérignan seulement quand ma conscience s’était mise à s’éteindre.

☆☆☆**

Je m’étais réveillée dans une pièce. À savoir, ma chambre. J’étais dans mon appartement au Japon.

Tout autour de moi se trouvaient des choses familières : mon kotatsu, un calendrier ouvert au mois de décembre, mon frigo… et au fond de la pièce, comme s’il était le véritable maître de cet espace, se trouvait le PC de bureau où était installé mon jeu préféré.

« Suis-je… de retour ? »

Au début, j’avais jeté un regard suspicieux sur mon environnement. Puis je m’étais mise debout et j’avais ouvert le frigo. Un agréable frisson sortit et effleura ma peau. À l’intérieur, il y avait une assiette de porc sautés au ketchup et une salade… Un repas que j’avais préparé moi-même.

C’était vraiment le monde auquel j’appartenais. J’étais enfin chez moi.

Ensuite, j’avais cherché mon téléphone portable.

Où ai-je mis cette chose ? Ah, le voilà.

Mon smartphone était à son emplacement habituel, branché. Je m’étais dépêchée de le ramasser et j’avais ouvert la liste des contacts. Avec les doigts tremblants, j’avais composé le numéro de ma mère et j’avais pressé le téléphone contre mon oreille.

« Allô ? Maman ? Est-ce que tu m’entends ? Maman… ? »

« Oui, je t’entends très bien. Qu’est-ce qui ne va pas ? »

C’était elle. C’était vraiment la voix de maman.

« Maman, je… J’ai tué beaucoup de gens. »

« Quoi ? Tu parles encore de ton jeu ? Passe ton temps libre comme tu le sens, mais ne néglige pas tes études. »

Naturellement, elle ne m’avait pas crue.

« Prends soin de toi, d’accord, maman ? Je vais bien, alors ne t’inquiète pas pour moi. »

« Eh bien, n’es-tu pas une gentille fille ? N’oublie pas de venir me voir pour le Nouvel An. On t’attendra. »

On avait toutes les deux raccroché.

« OK, je suis de retour. Je suis… enfin à la maison. »

Pourquoi, alors, je me suis sentie si seule ?

Je me demandais ce qui était arrivé à Sérignan, à Lysa et aux Essaims. Avaient-elles réussi à conquérir le duché de Schtraut ? Avaient-elles réussi à vaincre le Royaume Papal de Frantz ? Et qu’en était-il de l’Empire de Nyrnal ?

J’espère qu’ils se portent tous bien.

Après que cette pensée m’ait traversé l’esprit, j’avais naturellement tendu la main pour allumer mon PC. L’ordinateur bourdonna au fur et à mesure qu’il prenait vie, et une fois que j’avais atteint le bureau vide, j’avais cliqué sur l’icône de mon jeu préféré. Il démarra docilement, et un air lugubre se fit entendre dans mes haut-parleurs alors que le programme commençait une nouvelle mise à jour de la version.

L’interface a-t-elle toujours ressemblé à cela ?

Une fois la mise à jour terminée, le jeu s’était chargé. J’avais cliqué sur « Chargez la dernière sauvegarde », puis sur le dernier fichier de sauvegarde. Il avait un nom de carte que je ne reconnaissais pas, mais la faction que j’avais choisie était, comme toujours, l’Arachnée.

Tout cela me semblait étrangement nostalgique.

Une fois que la sauvegarde avait été chargée, j’avais commencé à jouer. Ma faction occupait une terre à l’ouest, et elle était sur le point d’envahir une terre au nord-est. J’avais une grande armée d’Éventreurs, si grande qu’elle m’avait fait perdre du temps au jeu. L’armée était soutenue par mon unité de héros bien-aimée, l’Essaim Chevalier Sanglant Sérignan. La regarder m’avait rempli le cœur d’affection. Une autre unité se tenait à côté de Sérignan, un Essaim Archers-Elfes appelé Lysa.

Hein ? « Lysa »… A-t-elle été ajoutée dans la dernière mise à jour ? Je ne m’en souviens pas, mais ça me semble si familier.

J’avais choisi au hasard un groupe d’essaims d’éventreurs et je les avais fait avancer. L’écran fit clignoter brièvement un message : « Ennemi détecté. » Mes Essaims avaient rencontré un groupe de soldats ennemis. J’avais fait reculer mon petit groupe momentanément, attirant les soldats à l’intérieur, puis j’avais fait en sorte que le reste de mon armée d’Essaims Éventreurs les entoure et les attaque.

Certaines des unités ennemies avaient essayé de s’échapper, mais elles ne représentaient pas une grande menace, je les avais éliminées avec facilité. Leurs restes avaient été transformés en boulettes de viande grâce à la capacité de prédation de mes unités, et celles-ci avaient ensuite été emportées dans des dépôts de chair où elles allaient servir à produire d’autres essaims.

J’avais vérifié mes dépôts de chair, mais j’avais constaté qu’ils étaient bien remplis. Peut-être qu’il fallait créer de nouvelles unités. Alors que je pensais le faire, j’avais scruté la carte… et je vis les mêmes unités que j’allais créer.

Oh, je les ai déjà faites ? Je suis une vraie routinière.

Mais ces unités étaient trop éloignées des lignes de front, j’avais dû donc faire avec ce que j’avais sous la main. À la place, j’avais envoyé mes Essaims Éventreurs en éclaireur. Apparemment, j’avais planté des Essaims Mascarade dans différentes villes ennemies afin qu’ils puissent recueillir des informations. J’avais utilisé les renseignements qu’ils me fournirent pour mobiliser mon armée.

Je ne pouvais gagner qu’en éliminant toutes les unités et structures ennemies. Avec cette condition de victoire à l’esprit, j’avais décimé les forces de défense et les unités ouvrières de l’ennemi stationnées dans diverses villes. Malgré les pertes d’Essaims Éventreurs, faire tomber les défenses ennemies était un jeu d’enfant, elles étaient presque trop faibles.

En poussant mes unités vers l’avant, j’avais écrasé tous ceux avec qui j’étais entrée en contact. Bientôt, la faction ennemie commença à envoyer des unités de cavalerie — probablement sa force principale. Leurs attaques de charge étaient puissantes, j’avais donc décidé d’envoyer mon Essaim Chevalier Sanglant Sérignan pour les intercepter. J’avais également demandé à mon Essaim Archers-Elfes Lysa de l’appuyer avec des attaques à distance.

Mes Essaims Éventreurs étant des unités offensives précoces utilisées pour les ruées et la provocation, ils n’étaient pas de taille face à la cavalerie. Les cavaliers les déchiraient comme s’ils étaient en papier… mais les essaims tombés dégagèrent un chemin pour que Sérignan puisse frapper. Elle balança son épée par-ci par-là, protégée par le tir de couverture de Lysa.

Cela fonctionna. L’assaut de l’ennemi se faisait plus lent, et les unités furent rétrogradées au rang de simple infanterie à cheval. J’en avais profité pour les encercler par des Essaims Éventreurs. Je perdais de plus en plus d’Essaims Éventreurs chaque minute, mais l’ennemi ne pouvait pas résister à ces attaques répétées.

En quelques instants, Sérignan les avait tous anéantis, nous assurant une voie d’invasion. J’avais ordonné à mes Essaims de charger. Les Essaims Mascarades avaient commis des attentats suicides afin de forcer l’ouverture des portes. Une fois que mes Essaims avaient trouvé un moyen d’entrer, ils entrèrent en mode meurtrier. Les camarades instables que j’avais cultivés pendant plus d’un an massacraient l’ennemi et ruinaient leurs structures avec une férocité aveugle.

C’était un anéantissement unilatéral.

Les choses auraient pu être plus difficiles pour nous si l’ennemi avait déployé des unités blindées lourdes, mais il ne leur restait que l’infanterie et la cavalerie légère. Les Essaims Éventreurs étaient plus que suffisants pour les gérer. Notre camp avait subi quelques pertes, bien sûr, mais tant que Sérignan était en vie, ça ne me dérangeait pas de devoir faire des sacrifices. Toutes les autres unités étaient des pions jetables qui ne pouvaient pas gagner de points d’expérience.

Après tout, ce n’était qu’un jeu. Ce n’était pas comme si les humains ou les Essaims étaient vraiment en train de mourir, c’était juste un monde rempli de uns et de zéros. Alors que j’étais perdue dans mes pensées sur cette question, mes innombrables troupes écrasèrent l’ennemi. Près de la moitié du pays de l’ennemi était déjà sous notre contrôle.

Bon, je commence à être affamée. Je devrais faire une pause et manger quelque chose. Peut-être ces restes dans le frigo ? Oui, ça a l’air bien. Je ne peux pas faire couler mes réserves stratégiques sans quelques bonnes vieilles calories lourdes.

Mais dès que je m’étais levée de ma chaise, mon ordinateur émit un signal sonore de notification. Je m’étais tournée pour regarder l’écran, mais je vis deux nouvelles zones de texte. L’une d’elles était intitulée « Est-ce ici que votre partie s’arrête ? »

Curieuse, j’ai cliqué dessus pour l’ouvrir.

« Vous êtes capable de bien plus que cela. L’autre monde est celui auquel vous appartenez vraiment. Vous pourriez aller n’importe où ailleurs, mais ce monde est le seul endroit où vos talents seront reconnus. Vous n’avez pas oublié le serment que vous avez prêté à vos précieux insectes, n’est-ce pas ? Vous avez promis de les conduire à la victoire. La victoire absolue. »

Là où je suis vraiment à ma place… ? Ma place est ici, au Japon. Enfin, c’est ma place. Aller à des conférences inutiles, puis revenir à la maison pour jouer à ce jeu… C’est mon monde. Y en a-t-il un autre au moins ?

Mon esprit commençant à tourbillonner, j’avais ouvert la deuxième boîte de texte. Celle-ci s’appelait « Réveille-toi ! »

« Votre Majesté, s’il vous plaît, réveillez-vous. Nous avons besoin de vous. Vous êtes notre guide. Je vous en prie, réveillez-vous ! Une fois que vous serez de retour parmi nous, vous pourrez nous guider une fois de plus. Vous ne pouvez pas mourir avant nous, Votre Majesté. »

En lisant le second message, des larmes coulèrent dans mes yeux. Je ne comprenais même pas pourquoi je me sentais si émue. Tout ce que je savais, c’était que quelqu’un avait besoin de moi pour le sauver, et qu’il était de mon devoir de répondre à cet appel. Si je n’y allais pas, celui qui a envoyé ce message s’effondrerait sûrement.

« Vous partez ? », dit une voix derrière moi.

Je m’étais retourné pour voir une fille étrange qui se tenait dans mon appartement. Elle était vêtue de blanc et me regardait avec des yeux tristes.

« Un être immonde a pris votre âme au piège. C’est le jeu du diable. Ce jeu n’a pas d’issue… et pas de fin. Vous êtes le divertissement du Diable, vous qui dansez dans la paume de sa main. Et pourtant, vous êtes là, prête à y retourner. Êtes-vous certaine de votre décision ? », dit-elle.

« Il le faut. Ils m’attendent. », me suis-je entendu dire.

Quoi ? Qui sont-ils ?

Je ne le savais pas, mais je pouvais dire que « ils » étaient extrêmement importants pour moi. Je ne pouvais pas les abandonner. Il n’était pas question de les laisser se débrouiller seuls, même si je ne me souvenais plus de qui ils étaient à ce moment-là.

« Je vois. Alors vous partez. J’ai fait cet espace pour rien, alors. Dommage. »

La pièce s’était soudainement mise à s’effriter. Les murs, les meubles, le sol, tout s’était effondré en un rien de temps.

« Alors, ce n’était pas mon appartement ? » demandai-je, troublée.

« Non, ce n’était pas votre appartement. C’était un espace transitoire que j’ai créé en utilisant vos souvenirs. J’ai pensé qu’être ici mettrait votre âme à l’aise… C’est vraiment dommage. Ce n’était peut-être pas une solution définitive, mais cela aurait guéri votre âme, même si votre corps devait périr. Malgré cela, vous choisissez toujours de retourner au Jeu du Diable. »

J’avais du mal à suivre ce qu’elle disait.

« Mais un jour, je sauverai votre âme. Je vous le promets, je vous sauverai avant que la cage du Diable ne se referme. »

Elle m’avait tendu la main et prit la mienne. La sienne était chaude et douce, elle me rappelait quelque chose, mais je ne pouvais pas me rappeler quoi. Non… Quelque chose en moi résistait au souvenir. Il y avait un mur autour de mon cœur, et à l’intérieur, quelque chose criait.

« N'oubliez jamais votre cœur humain, ____. »

« Attends, mon nom… ! »

Mais au moment où j’avais dit ces mots, ma conscience recommença à s’évanouir.

Comment m’appelait-elle ? Quel était mon nom ?

J’étais remplie de malaise. Quelque chose me disait qu’au moment où je connaîtrais ce nom, je retournerais vraiment dans mon propre monde.

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3 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre

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