Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 2 – Chapitre 6

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Chapitre 6 : La purge

« Oh, c’est mauvais », avais-je chuchoté.

J’avais observé les récents événements de Schtraut à travers la conscience collective depuis la zone sécurisée de la base de l’Arachnée.

« Notre plus grand ennemi a la permission de passer par le duché. Je n’arrive pas à croire que le complot de destitution ait réellement fonctionné… Je pensais que les choses se passeraient bien avec le Duc Sharon, mais je suppose que je vais devoir combattre ce noble de troisième ordre, Leopold. »

César et moi avions longuement discuté de la possibilité de former une alliance. J’avais fait de nombreuses concessions, notamment en donnant au Duché le droit de développer les terres de Maluk pour lui-même. En échange, le duc devait interdire aux autres armées, en particulier celle du duché, de traverser son territoire et de pénétrer dans le nôtre.

Maintenant que cet idiot de troisième classe avait pris la position de duc, toutes ces négociations avaient été réduites à néant. Je ne pensais pas que cela pouvait être pire, mais il avait poursuivi avec le geste le plus mesquin et le plus inepte qu’on puisse imaginer…

Il commença une purge politique.

La purge de Leopold consistait à pendre tous les nobles qui s’opposaient à ses positions et à brûler leurs domaines. C’était une stratégie primitive et stupide de la plus haute importance. Le duché avait l’Arachnée pour voisin, et d’une manière ou d’une autre, il nous avait battus dans ce domaine.

Pire encore, il avait une foule d’autres nobles de troisième ordre qui le soutenaient. La situation devenait incontrôlable.

« Sérignan, il y a un changement de plan. Maintenant qu’on en est là, il faut soumettre Schtraut par la force. Préparez-vous à partir tout de suite. »

« Oui, Votre Majesté », répondit-elle en faisant une révérence.

« Encore une guerre, hein. Se battre est le mode de vie de l’essaim, mais je ne peux m’empêcher de ressentir un soupçon de regret. J’ai vraiment aimé ce pays. », murmurai-je tristement.

À mes côtés se trouvaient de nombreux Essaims Éventreurs et de nouveaux Essaims que j’avais récemment produits. Pendant ce temps, Sérignan et Lysa faisaient les préparatifs nécessaires à notre marche. Les Essaims Masqués que j’avais introduits dans le duché seraient un atout pour notre invasion. Ils tueraient et dévoreraient les soldats en garnison à l’intérieur des murs de la frontière et nous aideraient à pénétrer dans le pays.

« Écoutez tous… Notre alliance avec Schtraut est tombée à l’eau. Le pays qui était censé être notre allié a été volé par un usurpateur et est maintenant devenu notre ennemi. »

Ma voix résonna à travers la conscience collective.

« L’usurpateur a, dans sa folie, fait de nous les ennemis de son pays. Nous ne sommes plus en bons termes, le duché de Schtraut agit maintenant en opposition directe avec nous. Et l’ennemi doit être exterminé. Telle est la loi de l’Arachnée. »

L’Arachnée dévorait tout. Tous ceux qui s’opposent à l’Arachnée seront consumés.

« Nous déchirerons l’ennemi et l’avalerons dans notre marée noire. Il n’y a pas besoin de pitié. Piétinez-les complètement et entièrement. Que la victoire brille sur l’essaim. »

« Saluez tous la reine ! »

« Saluez tous la reine ! »

Des voix de louange remplirent la conscience collective.

Attendez, non… Arrêtez ça. Je voulais vraiment m’allier avec ce pays pour que nous n’ayons pas à verser du sang inutile. Mais j’ai échoué. Je ne suis qu’une idiote sans espoir.

« Votre Majesté. Ce n’est pas votre faute si vos efforts n’ont pas porté leurs fruits. C’est la faute de cet usurpateur. Partons et frappons-le. »

Sérignan s’était avancée devant moi, interrompant mon autodérision.

« Tu as raison. C’est l’heure, Sérignan. »

☆☆☆

« Nous sommes arrivés, Votre Majesté. »

« Oui… Cela fait peu de temps, mais la nostalgie est toujours là. »

Nos forces décimèrent les gardes stationnés à la frontière renforcée de Schtraut, permettant à toute notre armée d’entrer dans le duché et de commencer notre conquête. Mes Essaims Mascarades, stationnés dans tout le pays, m’avaient informée que les forces ennemies avaient déjà commencé à mobiliser leur armée, mais qu’elles étaient accablées par l’opposition interne et les contrecoups intérieurs.

Voici ce que tu as obtenu, noble de troisième ordre.

Nous nous tenions devant Marine, la première ville que nous avions visitée dans le duché. Les portes de la ville avaient été ouvertes par les Essaims Mascarades, mais quelque chose ne tournait pas rond.

« Votre Majesté, sentez-vous cela ? »

« Oui, Sérignan. Ça pue le sang et le fer. Les salauds l’ont vraiment fait. »

La ville balnéaire que j’aimais tant avait complètement changé depuis notre dernière visite. Les bâtiments avaient été rasés et réduits en décombres. L’auberge que Sérignan avait d’abord choisie pour nous brûlait, et la vue de ses meubles coûteux entre les interstices du toit noirci me faisait grimacer. C’était là que nous étions restés tout en travaillant dur comme aventuriers, mais maintenant elle était réduite en cendres.

Nous avions vite constaté que la taverne était elle aussi en feu. Le propriétaire qui nous avait donné des informations et certains clients malchanceux étaient criblés de projectiles. Le nain qui m’avait avertie de ne pas boire à un si jeune âge était allongé dans une mare de sang.

Ensuite, nous nous étions arrêtés à la Guilde des aventuriers, qui avait elle aussi été complètement détruite. Le groupe avec lequel nous avions travaillé pour abattre la manticore s’était clairement protégé jusqu’au bout. Ils étaient allongés, les yeux vitreux fixés vers l’avant et pas une seule blessure dans le dos : Edgar, l’épéiste qui nous avait tant guidés et appris, Bruno, l’archer qui avait combattu aux côtés de Lysa, et Bridgette, la sorcière qui s’était inquiétée pour ma sécurité… Ils n’étaient plus que des cadavres maintenant.

Pendant que nous étions là, nous étions aussi tombés sur le corps de la réceptionniste bavarde. Après avoir été agressée et assassinée, sa tête avait été collée sur le panneau de la guilde.

Qu’est-ce que ces gens ont fait de mal ? Tout ce qu’ils voulaient, c’était vivre en paix. La haine et la colère bouillonnaient en moi. Mais en y repensant, n’avais-je pas fait la même chose ? Lorsque les chevaliers du royaume de Maluk ont attaqué la forêt des elfes, j’ai riposté par vengeance et de nombreux innocents sont morts. Suis-je meilleure que ceux qui ont provoqué cette tragédie ?

Mes actions n’étaient en aucun cas justes, mais elles n’étaient pas vraiment mauvaises non plus. Nous avions une noble cause : défendre la forêt des elfes. À l’époque, le royaume de Maluk était sans aucun doute un intrus qui avait mis l’Arachnée en danger.

Cela ne signifiait pas pour autant que le massacre était justifié. En fin de compte, il n’y avait pas de véritable justice dans ce monde, seulement des actes répugnants cachés sous des bannières justes pour promouvoir les objectifs égoïstes des gens. Même dans mon ancien monde, il n’était pas facile de décider qui avait raison et qui avait tort quand il s’agissait de faire la guerre. Tout le monde avait raison… et tout le monde avait tort.

Mais dans cette mer de moralité sordide, je pouvais dire avec confiance ceci : la « justice » appliquée par Léopold et ses laquais était tellement mauvaise qu’elle me rendait malade.

« Qui était le maire de cette ville déjà ? »

« C’était l’homme appelé Basile, Votre Majesté. »

Oh, ce vieux schnock. Il nous a beaucoup aidés.

Je ne tardai pas à le trouver. Il avait été pendu sur la place de la ville, et son corps se balançait dans le vent.

« Faites-le descendre », avais-je ordonné.

« Oui, Votre Majesté », dit un Essaim Éventreurs, obéissant à la tâche.

« Une fois que nous en aurons fini ici, vous devrez transformer tous les citoyens en boulettes de viande. Non pas par haine et par mépris, mais par désir d’absorber leur volonté. C’est la seule façon de leur rendre hommage. »

Léopold l’avait fait, cela ne faisait aucun doute. Il avait abattu ses opposants les uns après les autres. Il tuait tous les nobles qui allaient à l’encontre de ses décisions et brûlait leurs terres.

Ces gens devaient détester les soldats qui venaient les massacrer, eux, leurs familles et leurs camarades. Ils avaient probablement maudit leur propre impuissance, se lamentant de ne pas avoir été assez forts pour changer leur destin tragique. C’est du moins l’impression que j’ai eue.

Rassurez-vous, vous n’êtes pas mort en vain. Je vous transformerai tous en boulettes de viande, et vous alimenterez les forces qui détruiront l’homme qui vous a fait ça… et le Royaume Papal par la même occasion.

C’était un rite funéraire maladroit et grotesque, mais mon geste était empreint du plus grand respect.

Pardonnez-moi.

Un à un, nous avions transformé tous les habitants de Marine en boulettes de viande : l’aubergiste, les gens de la taverne, le réceptionniste de la Guilde des aventuriers et Basil de Buffon. Nous les avions utilisés pour renforcer nos forces et établir une base d’opérations avancée à Marine. Après avoir construit un four à fertilisation, nous avions utilisé les morts de Marine pour créer d’autres Essaims Éventreurs et Fouilleurs, que nous avions ensuite envoyés sur le front.

Je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir mal à l’aise face à ce geste, mais il me semblait aussi étrangement approprié. De cette façon, les citoyens de Marine pourraient se venger de leur propre mort.

Allons de l’avant, tout le monde. J’ai beaucoup de haine et de frustration à défouler aujourd’hui.

 

☆☆☆

Ce noble idiot déploya finalement une armée sur le front nord-ouest afin d’arrêter notre invasion. Il s’agissait d’un amalgame de soldats venus des territoires d’autres nobles. Il envoya une force détachée de 100 000 soldats, mais leur équipement et leurs armes n’étaient pas cohérents et ils manquaient de coordination.

Nous nous étions affrontés dans les plaines de Samhul, un terrain plat avec une excellente visibilité. C’était un endroit idéal pour se battre, une belle scène sur laquelle l’ennemi pouvait se faire piétiner.

« Essaims Éventreurs, êtes-vous prêts ? », avais-je demandé.

« Oui, Votre Majesté. »

Les Essaims Éventreurs sont prêts à partir.

« Et toi, Lysa ? »

« Prête, Votre Majesté ! »

Lysa aussi. Excellent.

« Et toi, Sérignan ? »

« Je le suis, Votre Majesté. »

Mon chevalier est aussi prêt à se battre.

« Alors commençons », dis-je, en les poussant à avancer.

« Sérignan, Lysa, vous deux, allez-y. »

Je les laisserais mener la meute et percer les lignes de front de l’ennemi.

« Essaims Éventreurs, en avant ! »

300 000 Essaims Éventreurs avaient suivi mon ordre. Conquérir Maluk m’avait donné assez de ressources pour construire cette force d’Éventreurs, et ce n’était encore qu’une fraction de mon armée totale. Leur nombre ne ferait qu’augmenter au fur et à mesure de notre progression.

« Sérignan, Lysa… Je veux que vous tuiez autant de personnes que l’Éventreur le fait — et même plus, si vous le pouvez. Marquez des points, les filles. »

« Compris, Votre Majesté ! »

Honnêtement, je pourrais finir cette bataille juste en pressant l’ennemi avec des Essaims Éventreurs. Notre victoire imminente était évidente, nous avions trois fois plus de troupes. Il n’était pas nécessaire de s’embêter avec la stratégie, car nous massacrerions l’ennemi quoi qu’il advienne.

Mais je ne pouvais pas me permettre de faire cela, j’avais besoin que Sérignan gagne plus de points d’expérience. De plus, écraser l’ennemi avec le nombre n’avait pas la saveur élégante que je désirais en matière de combat. Je voulais faire mes préparatifs avec soin et minutie, puis écraser mes ennemis avec une efficacité mortelle.

« Aaahhhh ! »

« Hah! »

Sérignan abattait les soldats ennemis les uns après les autres avec son épée longue. Pendant ce temps, Lysa détruisait les crânes avec son arc long.

« Ne vous en prenez pas à elles en tête à tête ! Regroupez-vous et encerclez-les ! Ces filles ne sont pas normales », cria un homme, probablement le commandant de l’ennemi.

« Vous avez entendu l’homme ! Encerclez-les ! »

Sérignan et Lysa occupent les lignes de front. Bien, ils ne devraient pas pouvoir bouger.

« Essaims Éventreurs, avancez des deux côtés. Encerclez-les. »

Profitant de la distraction de l’ennemi, j’avais envoyé mes Essaims Éventreurs en deux ailes massives. L’armée en désordre s’était dispersée alors que la grande pince d’insecte se refermait sur eux. Et pendant que les Essaims Éventreurs avançaient dans la mêlée, ceux-ci commencèrent à déchiqueter les soldats. À ce stade, le reste était facile — avec la formation de l’ennemi en lambeaux, ce serait une simple extermination.

« Aidez-moi ! »

« Je me rends ! Je me rends ! »

« Ayez pitié ! Je vous en prie, épargnez-moi ! »

Certains des soldats ici étaient probablement chargés de mettre le feu à Marines, je ne pouvais donc pas me permettre d’épargner qui que ce soit. Ils avaient provoqué notre colère, ils devaient donc en assumer les conséquences. S’ils se sentaient en droit d’apporter la mort à d’autres, nous avions le droit de leur apporter la mort.

Je m’y préparerais si j’étais toi, Leopold. Ton armée personnelle est la prochaine à y passer.

« Aidez-moi ! Que quelqu’un me sauve ! »

Oh, regardez-moi ça. Un survivant.

« Sérignan, pourquoi ne le tue-tu pas ? »

« J’ai pensé qu’il pourrait servir d’exemple, Votre Majesté. »

« Un exemple, hein ? Tu comptes le faire pendre en guise d’avertissement ? »

« En fait, si je peux me permettre, je pensais que nous pourrions le faire déchiqueter par les Essaims Éventreurs ou l’écorcher vif devant ses camarades. Nos ennemis semblent avoir l’impression que nous sommes en quelque sorte des bêtes, alors je pense que nous devrions leur montrer le contraire. Ils doivent voir que nous sommes des êtres intelligents capables de cruautés calculées. »

« Pas mal. J’aime ça, Sérignan. Une exécution publique leur montrerait que nous sommes intelligents et que nous faisons plus que tuer au hasard. Montrons aux imbéciles qui se sont battus contre nous ce que nous pouvons vraiment faire. Nous le garderons en vie jusqu’à la prochaine bataille. »

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Nous étions l’Arachnée, une faction organisée d’êtres sensibles reliés par la conscience collective. Je ne pouvais pas les laisser nous mettre ensemble avec des bêtes sans esprit. Les Essaims Éventreurs, créés uniquement pour l’abattage, étaient bien plus intelligents que le bouffon de troisième ordre qui essayait de nous étouffer.

« Pourtant, une simple exécution manque de goût. Faisons lui confesser ses crimes. »

« Confesser ? »

« Oui. Il avouera avoir tué les citoyens qu’il était censé protéger et avoir massacré de nombreux innocents. Cela devrait porter un coup au moral de l’ennemi… en supposant bien sûr qu’il puisse encore ressentir de la honte. »

J’avais regardé ma main. Un essaim de parasites avait commencé à s’enrouler autour de mes doigts.

D’un geste rapide, je l’avais enfoncé dans la bouche du soldat suppliant. Sous mon contrôle, il allait rapporter la vérité sur ce qui s’était passé à Marine au reste de ses camarades. J’aurais préféré qu’il admette volontiers ces crimes, mais je ne pouvais pas attendre ce niveau de décence de la part d’un des sous-fifres de Leopold. L’homme ne pensait probablement même pas qu’il avait fait quelque chose de mal.

Mais malgré la préparation de cette punition, je n’avais pas vraiment l’impression d’avoir accompli quoi que ce soit. Je me sentais juste vide. Après m’être occupé de cette affaire, j’avais conduit Sérignan, Lysa et les Essaims Éventreurs plus à l’est, dans Schtraut.

Les villes situées le long du chemin étaient à peu près dans le même état que Marine. Je vis de nombreux nobles qui, après s’être sûrement opposés à Léopold, se retrouvèrent ensuite pendus dans leurs territoires. Territoire qui avait immanquablement fini brûlé par la suite.

Ces pauvres nobles… Et tous ces roturiers innocents… C’est bien. Je vais venger chacun d’entre vous. Le châtiment est la seule miséricorde que je puisse offrir.

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