Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 6 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : La réduction de la distance entre eux deux

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Chapitre 4 : La réduction de la distance entre eux deux

Partie 1

Il s’agissait du matin après que Naden et Souma se soient rencontrés.

Dans un endroit non loin de la grotte, la lumière brillait à travers les branches des arbres, illuminant un petit ruisseau, et une personne s’y lavait. Peut-être, parce qu’il n’avait pas à se soucier des yeux des autres dans la forêt, il ne portait rien de plus que ses sous-vêtements, se trempant dans la rivière et versant de l’eau sur leur corps.

Aujourd’hui était un autre jour clair dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon avec son éternel printemps.

En fait, la pluie n’était jamais tombée au milieu de la journée ici. C’était peut-être le résultat de l’utilisation du pouvoir de la Mère-Dragon. Une quantité fixe de pluie tombait à une heure fixe chaque jour à Dracul. C’est pourquoi, même si le ciel était clair tous les jours, la nature abondante sur le plateau avait pu se maintenir.

Parce que c’était une journée chaude comme celle-ci, l’eau claire de la rivière, qui était fraîche, mais pas trop fraîche, était apaisante. La personne à moitié nue s’était assise sur un rocher, essuyant son visage avec un chiffon qui avait été laissé là à cet effet.

« Qu-Qu’est-ce c’est que ça... que vous croyez faire !? » s’exclama Naden.

Naden, qui était encore à moitié endormie, avait été soudainement choquée et avait ainsi dissipé sa somnolence.

« Oh, salut, Naden. Vous êtes déjà debout ? » déclara Souma.

« Ne faites pas face à ici, pervers ! » s’écria Naden.

C’était Souma qui se baignait dans la rivière. Son corps, qui, peut-être grâce à son entraîneur personnel, Owen, n’avait pas d’excès de graisse, avait été ainsi exposé.

Incapable d’en voir plus, Naden avait détourné le regard. « Pourquoi vous mettez-vous nu ici !? »

« Je porte toujours mes sous-vêtements, vous savez ? » demanda Souma.

« Ce n’est pas le problème ici ! » s’écria Naden.

« Puisque je m’impose à votre hospitalité, j’ai pensé que ce serait impoli si j’étais trop sale, alors je me lavais..., » répondit Souma.

« Pourtant... vous ne pouvez pas vous montrer devant une jeune fille comme ça…, » déclara Naden.

La tête encore détournée, Naden avait volé quelques regards du coin de l’œil. Même si les dragons, en tant que race, pouvaient être quelque peu ambigus lorsqu’il s’agissait de sexe, voir un membre du sexe opposé était inhabituel, et elle ne pouvait s’empêcher de regarder.

Sans se soucier de la réaction innocente de Naden, Souma avait commencé à s’habiller et lui avait demandé : « Quand vous et Lady Tiamat êtes dans vos formes de ryuu ou de dragon, vous êtes si énormes, mais quand vous vous changez en formes humaines, vous portez déjà des vêtements, hein ? Il n’y a pas le moindre signe de déchirure quand vous grandissez en taille. Se pourrait-il que ces vêtements fassent partie de votre corps, ou quelque chose comme ça ? »

Quand Souma l’interrogea sur cette chose qui la dérangeait, Naden répondait avec un regard vide. « Euh... Ouais. Nous transformons nos écailles, de sorte que ce serait correct une façon de le dire. Nous ne pouvons rien faire pour la couleur, mais nous pouvons changer le design, et même les faire disparaître complètement si nous en avons envie. Et aussi, si nous lavons nos corps sous forme de dragon, nous pouvons laver nos corps humains et nos vêtements en même temps. »

« Ça a l’air pratique, mais est-ce que ça fait mal si vos vêtements sont déchirés ? » demanda Souma.

« Kazuma, ressentez-vous de la douleur quand vous vous coupez les cheveux ou les ongles ? » demanda Naden.

« Oh, j’ai maintenant compris, » répondit Souma.

Fondamentalement, les dragons n’avaient pas les nerfs qui passaient à travers leurs écailles. En fait, leurs écailles pourraient ressembler à une carapace qu’ils pourraient contrôler librement, couvrant leur corps et protégeant leurs entrailles.

« Hm ? Donc, ça veut dire que même quand un dragon est habillé, ils sont quand même encore nus..., » murmura Souma.

« Ne dites pas un mot de plus ! » cria Naden.

*Crack, crack, crack.*

Avec un petit bruit de craquement, les cheveux de Naden s’étaient levés sur la tête. Il y avait des traînées bleues d’éclairs allant d’un cheveu à l’autre. Le mode colérique de Naden avait fait paniquer Souma.

« Électricité !? Wôw, attendez ! Je suis tout mouillé là, vous savez !? » s’écria Souma.

*Bzzt !*

Alors que Souma s’éloignait du ruisseau, l’attaque électrique que Naden avait déclenchée avait frappé la surface de l’eau. Les pauvres poissons qui s’étaient fait prendre dans la décharge avaient commencé à flotter à la surface.

Souma avait été stupéfait par ce dont il venait d’être témoin, mais il avait immédiatement placé le reste de ses vêtements et avait effectué une retraite stratégique précipitée. Il ne pouvait pas supporter une décharge électrique alors que son corps était encore mouillé.

Naden l’avait poursuivi en criant : « Prenez ça ! »

Même s’il était terrorisé par les crépitements de l’électricité qui le poursuivait, la partie calme de l’esprit de Souma était déjà en train de trouver des applications pratiques pour la capacité de Naden.

Un ryuu qui contrôle l’électricité !? La Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon à même cela ? Si nous avions l’électricité, il y aurait toutes sortes de choses que nous pourrions faire avec elle. Le fait d’avoir Naden ne donnerait-il pas un véritable coup de pouce à notre recherche sur l’électricité ?

Chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un avec un talent particulier, la première chose que Souma faisait était de penser à des applications efficaces pour leur don. C’était les risques du métier d’être roi.

« Attendez, Kazuma, ne vous enfuyez pas ! » cria Naden.

Est-ce que je peux la faire venir au royaume, sans avoir besoin d’un contrat ou d’un partenariat pour être impliqué... ?

C’était ce que Souma s’était demandé, alors même que Naden le poursuivait.

 

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Par la volonté de Tiamat, on s’occupait de moi dans la grotte de Naden.

C’était devenu ainsi parce qu’il restait encore cinq jours jusqu’à la Cérémonie du Contrat à laquelle on m’avait demandé de participer, et qu’elle m’avait suggéré la grotte de Naden comme lieu d’hébergement. Il s’était avéré que, malgré la grandeur du Château de Cristal, il y avait peu de divertissement et que je m’ennuierais probablement si j’y restais.

Naden, d’autre part, avait rassemblé des documents écrits du monde d’en bas, et avait un certain nombre d’objets inhabituels dans sa chambre. Cela, et c’était probablement plus pratique pour moi de rester dans une chambre destinée à un occupant de taille humaine.

Bien que tout cela commence à ressembler à des prétextes..., m’étais-je fait la remarque.

Tiamat semblait vouloir que Naden et moi apprenions à nous connaître.

Quand notre réunion s’était terminée, et qu’elle était sur le point de me téléporter à l’endroit où se trouvait Naden pour qu’elle puisse s’occuper de moi, Lady Tiamat m’avait regardé avec des yeux pleins de sincérité, et m’avait dit : « S’il vous plaît, enseignez à cette fille à ma place. Apprenez-lui les choses qu’elle ne connaît pas d’elle-même. »

« Hein ? Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? » avais-je demandé.

« Vous devriez déjà connaître la voie. S’il vous plaît, offrez-lui des conseils, » m’avait-elle dit.

Quand elle avait dit cela, Lady Tiamat avait l’air d’une mère inquiète pour son propre enfant. Juste au moment où j’étais sur le point de lui demander pourquoi elle avait ce regard, le paysage avait changé, et j’avais été à la rencontre d’une ryuu noire criant, « stupide soleillllllllllll ! » dans un discours de drame d’adolescent.

Après cela, un messager officiel de Lady Tiamat était venu chez Naden, et Naden avait été nommée ma préposée pour la durée de mon séjour ici. Naden avait l’air de penser que c’était vraiment désagréable, mais elle ne pouvait pas défier un ordre de Lady Tiamat, alors elle avait acquiescé à contrecœur.

J’étais ici depuis lors, séjournant dans la grotte de Naden, buvant du thé et lisant les documents qu’elle avait rassemblés dans le monde inférieur... c’est-à-dire des romans d’amour qui avaient été écrits dans les nations de l’humanité.

En face de moi se trouvait Naden, allongée dans son lit et regardant un récepteur simple. Une ryuu regardait le Joyau de Diffusion de la Voix... Elle l’avait apparemment ramassé dans un marché aux puces de l’Empire, et en lui donnant un petit choc, elle l’avait remis en marche. Quoi, était-ce comme une vieille télé, qui recommencerait à fonctionner si vous la frappez ?

Naden m’avait regardé et m’avait demandé : « Est-ce amusant pour un homme de lire des romans d’amour destinés aux femmes ? »

« Bien plus que vous ne le pensez. Cela vous montre ce que les différentes femmes du monde considèrent comme leur idéal, » répondis-je.

Quand j’avais entendu dire qu’il s’agissait de romans d’amour, je m’attendais à ce qu’ils soient des drames désordonnés d’amour et de haine, comme les feuilletons de jour, mais ils étaient légers et duveteux comme une romance d’un shoujo.

D’un coup d’œil rapide, je savais que la plupart étaient des histoires de chevalerie. Il y avait un chevalier qui jurerait fidélité à une belle dame, et il accomplirait des actes méritoires au service de cet amour... C’était ainsi que beaucoup d’histoire débutait. Il y avait aussi des histoires de Cendrillon, où une simple fille du village aidait un jeune seigneur ou prince qui avait quitté le palais sous un déguisement, il tombait amoureux d’elle, et ils finissaient par se marier. Les histoires pourraient en grande partie être divisées entre ces deux modèles.

« Est-ce le genre de choses dont vous rêvez ? » avais-je demandé de façon ludique.

« ... Eh bien, » déclara Naden, tournant la tête sur le côté alors qu’elle réfléchissait, « J’aimerais qu’un chevalier cool me monte pendant que nous volons ensemble dans le ciel. »

« Ahh, si vous êtes une ryuu ou un dragon, c’est le genre de lecture qu’on finit par avoir, hein..., » dis-je.

Pour une fille normale, ce serait « Je veux monter à cheval avec un mec cool », mais pour les races de dragon, c’était apparemment « Je veux être le cheval, et laisser le chevalier monter sur mon dos. »

Lorsque vous avez interagi avec différentes cultures et races, il était intéressant de voir ces petites différences d’interprétation.

« Alors Naden, qu’est-ce que vous regardez là-bas ? » avais-je demandé.

J’avais entendu des bruits vifs venant du récepteur simple que Naden tenait, alors j’étais curieux. Elle avait dit qu’elle l’avait trouvé dans l’Empire, alors était-ce un programme de chant venant de là ?

« Hm ? C’est un programme musical de l’Empire du Gran Chaos. Kazuma, voulez-vous le regarder avec moi ? »

« Oh ! Ouais, bien sûr que si. » Je souhaitais voir quel genre de programme musical l’Empire faisait.

Naden s’était assise à côté de moi, plaçant le récepteur simple à un endroit où nous pouvions le voir tous les deux. Pour éviter les fuites d’informations, il n’était pas possible de voir les émissions enregistrées avec d’autres gemmes que celles utilisées pour les réunions de diffusion lorsque vous étiez dans un autre pays. Pendant nos négociations d’après-guerre avec la Principauté et l’Empire, lorsque Jeanne, la petite sœur et générale de l’impératrice Maria, avait vu les émissions de notre pays, elle avait dit qu’elle aimerait les imiter dans l’Empire. Je me demandais quel genre de programmes ils faisaient.

Tout en pensant cela, j’avais pris une gorgée de thé, regardé le récepteur simple, et...

« Bonjour, tout le monde ! C’est Maria. »

« Bwuh !? »

« Wôw, Kazuma !? » s’écria Naden.

J’avais craché partout le thé que j’avais essayé de boire. À l’écran se trouvait l’impératrice Maria de l’Empire du Grand Chaos vêtue d’une robe à froufrous de style idole.

« Maintenant, j’aimerais que vous entendiez tous ma chanson. »

Maria avait commencé à danser légèrement en chantant d’une voix claire.

Bien que son chant et sa danse pourraient ne pas être à la hauteur si on les comparait à notre Prima Lorelei, Juna, Maria avait un charisme plus grand qui attirait les personnes vers elle.

... Et, attendez, Maria n’était-elle pas à fond là dedans ? Elle avait l’air de commencer de plus en plus enthousiaste.

Qu’est-ce que je regardais exactement ?

Calme-toi. En tout, il y a une cause et un effet.

 

 

D’après ce que Hakuya m’avait dit, le programme le plus populaire dans l’Empire était celui qui suivait ce que Maria faisait pendant la journée. Comme sur l’Émission sur la Famille Impériale Japonaise. Sa sœur Jeanne se plaignait : « Comment cela a-t-il pu se produire ? »

Peut-être que c’était le flux normal des choses :

1. L’Empire commence à produire des émissions où des Loreleis chantent.

2. Le programme le plus populaire était un programme détaillant la vie de Madame Maria.

3. Si nous faisons de Madame Maria une Lorelei, le nombre de téléspectateurs ne va-t-il pas exploser ?

4. Une impératrice chantante et dansante est née ! ← Où nous étions maintenant.

... Eh bien, c’était probablement plus ou moins ça. Il semblait que l’Empire passait par un processus d’essais et d’erreurs pour trouver des moyens de divertir leur peuple. Celui-ci ressemblait à une erreur.

Eh bien, le programme lui-même était amusant, alors j’avais regardé Maria avec Naden pendant un moment, mais...

« Oh non ! Il y en a un de plus maintenant..., » j’avais entendu la voix d’une fille qui venait de derrière nous.

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Partie 2

Au moment où je m’étais retourné pour regarder qui parlait, j’avais vu qu’il y avait une fille dans une robe blanche d’une seule pièce qui nous regardait avec exaspération. La jeune fille avait des cornes en forme de chèvre sur la tête et une queue blanche qui dépassait de l’arrière. Cette fille était-elle aussi un dragon ?

Quand la fille m’avait regardé, elle avait poussé un soupir. « J’ai trouvé que ça avait l’air vivant ici... Naden, finalement, as-tu aussi commencé à ramener des hommes à la maison ? Ramène-le là où tu l’as trouvé. »

... J’étais quoi là ? Un chien abandonné ? Cela m’avait fait m’imaginer dans une boîte en carton étiquetée « Je suis un roi provisoire abandonné. S’il te plaît, ramène-moi à la maison. » C’était vraiment une image surréaliste.

Pendant ce temps, Naden, qui avait été accusée d’avoir traîné des hommes à la maison, avait fait la moue. « Ne me fais pas paraître si mal ! C’est un invité ! »

« Un invité ? » demanda l’autre fille.

« C’est vrai ! Lady Tiamat m’a ordonné d’être sa préposée pour son séjour ici, » répondit Naden.

« Sa préposée, hein... Selon moi, vous êtes juste en train de vous amuser ensemble, non ? » demanda-t-elle.

« Argh…, » gémit Naden.

La fille avait raison, Naden n’avait rien à répliquer face à ça. Elle m’avait donné à manger, et elle s’occupait de moi, mais elle n’avait rien fait d’autre en tant que préposée. J’avais été plus ou moins livré à moi-même.

La fille blanche m’avait montré du doigt. « Je suis Pai Long. L’amie de Naden. Qui êtes-vous ? »

« Kazuma Souya du Royaume de Friedonia, » répondis-je.

J’avais souri et avais serré la main de Pai. Au moment où je l’avais fait, elle avait incliné la tête sur le côté.

« Le Royaume de Friedonia ? Est-ce ce pays à l’est dont Naden parlait la dernière fois ? Nous n’avons pas de relations avec eux... Kazuma, que faites-vous ici ? »

« Ahh, eh bien, j’ai été invité ici par Lady Tiamat pour une raison inconnue, » répondis-je.

« Par Lady Tiamat ? » À ce moment-là, Pai avait eu l’air d’avoir réalisé quelque chose, et elle s’était tournée vers Naden. « Naden, ne penses-tu pas que Lady Tiamat a l’intention de faire participer cet homme à la Cérémonie du Contrat ? »

« Hein ? Kazuma, participant à la Cérémonie du Contrat ? » demanda Naden avec les yeux écarquillés. « Kazuma n’est pas l’un des chevaliers de Nothung, est-ce que tu ne l’as pas remarqué ? Peut-il y participer ? »

« As-tu oublié ? Cela ne s’est pas du tout passé récemment, mais ils disent que Lady Tiamat invite parfois ceux qui sont susceptibles de devenir des héros de leur époque, ce qui leur permet de former des contrats indépendants avec un dragon. Comme le premier roi d’Elfrieden l’a fait. »

« Un héros de notre époque, hein..., » Naden avait jeté un coup d’œil dans ma direction. Ce regard présent sur son visage... Elle n’y croyait pas du tout. « Je ne sais pas, mais il n’a pas l’air si impressionnant. »

« C’est dur, même si c’est vrai, » avais-je dit.

« Kazuma, Lady Tiamat ne vous a rien dit ? » demanda Pai, mais je haussais les épaules, sans confirmer ni nier.

C’était vrai, Lady Tiamat avait suggéré qu’elle aimerait que je participe à la Cérémonie du Contrat. Cependant, j’avais hésité à le dire à ces deux-là. Si elles découvraient que j’y participerais, la question suivante serait évidemment de savoir qui j’étais exactement. Si elles découvraient que j’étais le roi d’une nation, cela serait un peu un casse-tête pour moi.

« Je n’ai pas le droit de vous le dire. Si vous voulez savoir, demandez le à Lady Tiamat, » dis-je afin clore le sujet.

« Hahaha Haha ! » Pai avait ri. « Ce n’est pas si facile de lui parler. Oh, je sais ! » Pai avait fait claquer ses deux mains ensemble. « Naden, tu t’occupes de Kazuma, n’est-ce pas ? Ce n’est pas quelque chose qui revient souvent, alors pourquoi ne pas lui montrer la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon ? »

« Oh ! Ça m’intéresserait », avais-je dit. « Puis-je vous déranger avec ça ? »

« Euh... » Naden avait ouvertement agi comme si c’était une vraie chose pénible à faire. « La Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon est assez grande, tu sais ? Ne serait-ce pas un peu dur pour Kazuma, d’avoir à marcher pendant tout le trajet ? »

« Tu peux le porter sur le dos, » déclara Pai.

« Pai, un dragon ne laisse que son partenaire monter sur son dos. Tu le sais bien, n’est-ce pas ? » demanda Naden.

« Où est le mal ? Pourquoi ne pas le faire avoir un contrat avec toi ? » demanda Pai.

« J’ai aussi le droit de choisir, » avait répondu Naden. « Ce type ennuyeux n’est pas mon genre. J’aime les gars forts que tout le monde peut respecter. »

« ... Ça fait un moment que vous me parlez avec une langue bien acérée, n’est-ce pas ? » Je m’étais plaint. C’était comme un couteau enfoncé dans mon cœur... Puis j’avais réalisé quelque chose. « Hé, est-ce que laisser quelqu’un d’autre que votre partenaire monter est quelque chose de déshonorant ? »

« Ouais, » répondit Naden.

« Où est votre dos, Naden ? » demandai-je.

« Hein ? » s’exclama Naden.

Naden n’était pas un dragon de style occidental, elle était un ryuu de style oriental. Son corps était essentiellement un cylindre allant de l’arrière de sa tête à sa queue. Bien qu’elle se soit un peu bombée à l’endroit où se trouvaient ses pattes avant et arrière, elle n’avait pas un dos clairement défini comme un dragon de style occidental.

« Si je montais derrière votre tête, ce ne serait pas votre dos, ce serait la nuque, non ? » avais-je demandé. « Pourquoi pas là ? Il n’y a pas de règle contre quelqu’un d’autre que votre partenaire sur votre cou, n’est-ce pas ? »

« ... » Naden n’avait rien contre cela, alors il avait été décidé que nous allions sortir ainsi.

Les forêts pleines de végétation récente couvraient plus de la moitié de Dracul. Normalement, ces forêts n’étaient ni trop sombres ni trop claires, et en raison de l’absence de vent, il n’y avait pas de bruissement de branches. Il s’agissait de forêts tranquilles, ni trop humides, ni trop denses.

Maintenant, une ryuu noire se faufilait rapidement entre les espaces entre les arbres de ces forêts. Bien sûr, c’était Naden dans sa forme de ryuu et j’étais en train de monter sur sa tête.

En partie à cause de l’endroit où j’étais assis, je me sentais comme le protagoniste de cet anime que j’avais regardé il y a longtemps. Tout en tenant ses deux bois de cerf comme s’il s’agissait des poignées d’une moto, j’avais tenu bon pour ma vie et j’avais essayé de ne pas me faire secouer.

Nous n’étions pas à notre place dans cette forêt tranquille.

« Naden... Attendez ! N’allez-vous pas un peu vite... ? » avais-je demandé nerveusement.

« Vous avez droit à un tour gratuit, alors ne vous plaignez pas, » répliqua Naden.

J’avais déclaré ça parce que j’avais peur des branches qui passaient au-dessus de ma tête, mais Naden ne semblait pas vouloir ralentir son rythme. Avec la forme du corps de Naden, c’était plus comme un grand huit, mais il n’était possible d’en profiter que parce que j’avais une barre de sécurité. Eh bien ! Non pas que j’avais été l’un des premiers à monter des machines en criant...

« Maintenant que j’y pense, Naden, qu’est-ce que vous disait à Pai avant de sortir ? » avais-je demandé.

Avant que nous ayons quitté la grotte, elles avaient parlé de quelque chose à voix basse. Elles avaient jeté un coup d’œil furtif dans ma direction, alors je me demandais ce qui se passait, mais elle avait tourné la tête pour détourner le regard.

« R-Rien ! » Puis, la tête encore détournée de moi, Naden semblait marmonner quelque chose. « Merde, Pai... Qui a besoin de ton “Si tu travailles dur pour te vendre maintenant, peut-être que Kazuma te choisira à la Cérémonie du Contrat” ? Ne fais pas la fouineuse. »

« Hein ? Désolé », avais-je dit. « Votre voix était si faible que je n’ai pas compris ce que vous disiez. »

« Je vous l’ai dit, ce n’est rien ! » répliqua-t-elle.

Nous avions continué à faire des allers-retours comme ça en nous déplaçant dans la forêt, puis... quelques minutes plus tard...

Quand nous étions sortis de la forêt, j’avais sauté de la tête de Naden dans une prairie herbeuse.

Normalement, elle aurait été assez vaste pour l’appeler une grande plaine, mais ce n’était pas ce que je ressentais quand je l’avais regardée. C’était parce que, au centre de cette grande plaine, il y avait un unique arbre massif, et ses racines sillonnaient les plaines herbeuses, et ses branches s’étendaient comme pour couvrir toute la prairie. Grâce à cet arbre massif, je n’avais pas eu l’impression d’être debout sur une grande plaine.

En regardant d’en bas, l’arbre s’éleva dans le ciel comme un château imposant. Cependant, ses feuilles étaient dorées, et elles semblaient presque aveuglantes dans la façon dont elles brillaient à la lumière du soleil.

J’avais poussé un soupir d’admiration malgré moi. « C’est... assez incroyable, hein. »

« Bien sûr, » déclara Naden, qui à un moment donné était revenue à la forme humaine, en gonflant fièrement sa poitrine. « C’est l’un des sites célèbres de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, le Grand Arbre de Ladon. »

« Radon ? L’atome ? Ou le monstre géant du ciel ? » J’ai demandé.

« De quoi parlez-vous ? C’est Ladon, le nom du dragon dont on dit qu’il a protégé cet arbre il y a très, très longtemps. »

« Hm... »

Il y avait eu un dragon appelé Ladon, hein ? Selon Naden, il y avait une légende qui disait qu’il y avait eu un dragon doré nommé Ladon qui vivait dans les branches de cet arbre il y a longtemps, et c’était l’influence de ce dragon qui avait fait prendre aux feuilles leur teinte dorée.

Maintenant que j’y pense, il y avait aussi un dragon qui gardait l’or dans la mythologie grecque...

Était-ce la toison d’or et les pommes d’or que l’on protégeait ? La façon dont les feuilles s’étaient regroupées, ça ne ressemblait pas du tout à la toison dorée. Bien qu’elle soit si massive, elle ressemblait plus à un nuage d’or.

« C’est comme quelque chose qui sort du monde des légendes, » murmurai-je.

« Hehe ! C’est assez incroyable, hein ? » Naden hocha la tête avec une satisfaction apparente, puis leva les yeux vers l’arbre et dit : « Ce grand arbre n’est jamais mort, il n’a jamais perdu ses feuilles et il est là depuis des temps immémoriaux. C’est comme un symbole de l’éternité et de l’indestructibilité de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. »

« Éternel et indestructible..., » murmurai-je.

« C’est l’incarnation de la fierté des dragons. Vous ne trouverez pas d’autre arbre aussi beau dans le monde entier », avait déclaré Naden avec confiance.

Il n’y avait probablement pas une seule personne qui ne pouvait pas reconnaître la beauté de cet arbre. C’est dire à quel point cet arbre était beau, élégant et impressionnant. S’il avait été là depuis toujours, je pourrais comprendre pourquoi les dragons en seraient fiers. Mais...

« L’appeler le numéro un, c’est peut-être un peu trop, » avais-je dit.

« Hein ? » Ma réaction avait fait que les yeux de Naden s’étaient écarquillé.

« Je vous accorde que c’est un spectacle incroyable, mais j’aime aussi les fleurs de prunier et de cerisier, » répondis-je

« Prunier ? Cerisier ? » demanda-t-elle.

« C’étaient des arbres de mon pays qui avaient de belles fleurs. Les pruniers fleurissaient tout en supportant le poids de la neige, et les cerisiers fleurissaient jusqu’à leur maximum, puis cela tombe. Ils avaient chacun leur propre manière de vivre, et ils étaient beaux, » répondis-je.

« Mais les fleurs tombent, n’est-ce pas ? Ils ne fleurissent que pendant une courte période. Le Grand Arbre de Ladon ne se desséchera jamais, » avait insisté Naden.

J’avais souri avec un sourire ironique et j’avais étendu mes bras. « Avoir des choses qui durent longtemps est important, bien sûr. Comme les paysages naturels, les traditions, le patrimoine culturel, etc. Mais, dans mon pays, il y avait une appréciation égale, ou peut-être même plus grande, pour les choses qui évoluent vers autre chose. »

Je m’étais accroupie et j’avais cueilli les fleurs de pissenlit qui poussaient un peu partout. Quand je l’avais secouée, les graines avaient été emportées par le vent. L’éternel printemps de Dracul avait contribué à donner à la scène une qualité paisible et aérienne. J’avais souri à Naden.

« Ne trouvez-vous pas que c’est joli à sa façon ? » demandai-je.

« Mais peu importe à quel point c’est joli, c’est fini en un instant, n’est-ce pas ? » Naden avait protesté.

« C’est ce qui nous permet d’attendre la prochaine fois, n’est-ce pas ? » Je m’étais assis dans l’herbe, puis je m’étais couché sur le dos. « Le fait que vous ne pouvez pas le voir quand vous le voulez ne le rend-il pas d’autant plus précieux ? Même si ça finit, vous pouvez attendre avec impatience le jour où il reviendra. »

« ... je ne comprends pas vraiment, » répondit Naden.

Hm... Les dragons étaient une race à longue durée de vie, donc peut-être « mono no aware » ou la « sensibilité pour l’éphémère », qui était l’appréciation japonaise de l’impermanence des choses, était un peu difficile à comprendre pour eux.

« C’est une différence de valeurs, voyez-vous, » dis-je. « Il y a plus d’une façon de voir les choses. C’est la même chose avec les dragons, n’est-ce pas ? Pour les adorateurs de la Mère-Dragon, les dragons sont des créatures sacrées. Pour les chevaliers de Nothung, vous êtes leurs partenaires et compagnons d’armes. Pour l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, vous n’êtes pas très différent des monstres. Dans mon ancien pays, un ryuu comme vous aurait été vénéré comme un dieu qui contrôle le temps. »

« Moi... un dieu ? » Naden avait été un moment déconcertée, mais elle avait éclaté de rire. « Pff... Hahahaha ! »

Naden se tenait les côtés pendant qu’elle riait. Pendant que je la regardais, me demandant ce que j’avais dit de si drôle, Naden m’avait fait un sourire joyeux tout en essuyant les coins de ses yeux.

« Hahaha... C’est tellement stupide. Quand je pense qu’ils se moquent de moi ici en m’appelant un ver, mais dans votre pays, je serais vue comme un dieu. C’est ce que vous vouliez dire par différence de valeurs, hein, » demanda-t-elle.

Une fois qu’elle avait eu un bon et chaleureux rire, Naden avait fait une expression vide et avait dit en marmonnant : « Est-ce qu’ils seraient d’accord... avec un dragon qui ne peut pas voler ? »

... Hein ? Elle ne pouvait pas voler ?

« Hein ? Naden, ne pouvez-vous pas voler ? » avais-je demandé.

« Comment le pourrais-je ? Je n’ai pas d’ailes, » déclara Naden.

« Non, non, c’est parfaitement naturel qu’un ryuu n’ait pas d’ailes, » répondis-je.

« Hein ? »

« Hein ? »

Nous nous étions regardés. Quoi ? Il y avait quelque chose qui ne se mettait pas en place dans notre conversation...

« Je vous l’ai dit. Je n’ai pas d’ailes, donc c’est évident que je ne peux pas voler, » insista Naden.

« Y a-t-il un lien entre un ryuu n’ayant pas d’ailes et un qui ne peut pas voler ? » avais-je demandé.

« Hein ? »

« Hein ? »

Il y avait quelque chose de bizarre là. Comme s’il y avait une certaine incohérence dans notre compréhension. Et cela aurait pu continuer ainsi longtemps si...

« Kazuma, qu’est-ce que vous êtes… ? » Naden était en train de dire quelque chose quand c’était arrivé. Avec de grandes rafales, trois dragons, rouge, bleu et vert, étaient descendus du ciel avant d’atterrir devant nous.

☆☆☆

Partie 3

Les trois dragons qui avaient atterri devant nous étaient rouge, bleu et vert. Il s’agissait de Ruby, Sapphire et Emerada.

Franchement... pourquoi devais-je les rencontrer maintenant, entre tout autre instant ?

Une fois qu’elles avaient pris forme humaines, elles étaient venues me regarder de très près.

« J’ai entendu dire que tu avais ramassé un humain, alors je suis venue voir... Est-ce lui ? » demanda Ruby.

Je n’avais rien dit.

Le regard de Ruby s’était déplacé vers Kazuma. « Des vêtements bizarres. N’êtes-vous pas de Nothung ? »

« ... Tout à fait. Je suis Kazuma Souya, je suis venu ici depuis Friedonia, » répondit Kazuma.

Kazuma, qui était un peu déconcerté par l’atmosphère hostile qui régnait entre nous, s’était présenté brièvement.

J’avais fait un peu claquer ma langue. « Vous n’avez pas besoin de donner votre nom à ces individus. »

« Je t’entends, Naden, » déclara Ruby.

« Je l’ai dit pour que tu l’entendes, sale garce, » avais-je.

« Qui traites-tu de sale garce ? Tu n’es qu’un misérable ver, » répliqua Ruby.

C’était une situation de feu croisé. Le feu avait jailli de sa bouche et l’électricité avait jailli de mes cheveux. Kazuma, qui ne comprenait toujours pas la situation, se tenait là et se grattait la tête.

« Euh... peut-être que vous ne vous entendez pas bien ? » demanda Kazuma.

« Si vous pensez qu’on s’entend bien, je dois douter de votre vue. La dragonne rouge est Ruby, la bleue est Sapphire, et la verte est Emerada. Elles aiment m’appeler “lézard sans ailes”, et un “ver”, entre autres choses, et elles se battent toujours avec moi, » avais-je dit.

« Sans ailes... hein, » Kazuma avait croisé les bras et semblait réfléchir profondément à quelque chose.

... Où voulait-il en venir avant ?

Quoi qu’il en soit, je m’étais tourné vers Ruby et ses acolytes pour leur dire : « Vous êtes venues voir Kazuma, n’est-ce pas ? Et si vous rentriez chez vous maintenant ? »

« Je n’apprécie pas ton ton condescendant, » se moqua Ruby. « Ce pour quoi je suis venue n’est pas lié à toi. »

Ruby était passée juste devant moi pour se placer devant Kazuma.

« J’ai entendu dire que vous avez été invité ici par Lady Tiamat, n’est-ce pas ? » demanda Ruby.

« Hm ? Tout à fait, » Kazuma, qui semblait avoir une pensée profonde, répondit comme s’il venait de la remarquer.

« Cela signifie que vous participerez à la Cérémonie du Contrat, n’est-ce pas ? » demanda Ruby.

« ... Eh bien, apparemment ça veut dire ça. Non pas que je pense en être digne, » répondit Kazuma.

« Si Lady Tiamat a jugé bon de vous inviter, c’est que vous en êtes digne, » déclara Ruby.

J’avais dégluti. Ruby, qui se moquait de moi comme un ver, reconnaissait Kazuma. Se pourrait-il que Ruby fût sur le point de faire une offre à Kazuma ?

Si Lady Tiamat l’avait appelé ici, même s’il ne ressemblait pas à grand-chose, il pourrait encore être une personne digne de respect. Lors de la Cérémonie du Contrat, c’est généralement le chevalier qui faisait la demande en mariage. Cependant, si un dragon s’intéressait à l’un des chevaliers, ils pouvaient aussi se présenter pour encourager le chevalier à la choisir.

Lors de la Cérémonie du Contrat... Kazuma finirait-il par danser avec l’un de ces dragons ?

Je ne pense pas que j’aimerais ça.

Ce que j’avais imaginé avait fait surgir une douleur dans ma modeste poitrine. Quand j’avais pensé que la personne qui m’avait dit que j’étais un ryuu pourrait conclure un contrat avec un autre dragon, mon cœur m’était mis à me faire très mal. J’étais ainsi même si je n’avais pas moi-même l’intention de participer à la cérémonie.

Pendant que je pensais à cela, Ruby se rapprochait de Kazuma. « Hé, vous devriez venir chez moi. »

J’avais ressenti un choc à la tête. Quand j’avais regardé, Ruby avait tendu la main vers Kazuma.

« Vous me fascinez. J’aimerais en savoir plus sur vous, » déclara Ruby.

« À propos de moi ? » répéta Kazuma.

« Oui. Vous devez être spécial pour que Lady Tiamat vous ait reconnu. Si vous êtes à la hauteur de mes attentes, je pourrais même daigner former un contrat avec vous, » déclara Ruby.

Un contrat de chevalier dragon... Ruby n’aurait pas pu tomber amoureuse de Kazuma au premier regard, n’est-ce pas ?

En me regardant, Ruby avait ajouté. « Je suis un dragon de loin supérieur à cette enclavée. Contrairement à Naden, je peux voler, et je peux aussi cracher des flammes. Je pourrais vous montrer tous les coins de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon de là-haut dans le ciel. »

« Argh..., » cela m’avait frustrée au point de ne pas pouvoir réfuter ce que Ruby disait.

C’est vrai, Ruby était un dragon rouge, celui qui était populaire auprès des chevaliers. On disait que le rouge intimiderait l’ennemi, de sorte qu’il était plus facile pour le cavalier de gagner des accomplissements militaires. En plus de cela, elle avait les grandes ailes qui me manquaient, et elle pouvait cracher le feu, comme on pourrait s’y attendre de n’importe quel dragon. Quand j’avais regardé comment Kazuma réagissait à ce qu’elle faisait devant lui... il affichait un sourire troublé.

« Ouais, eh bien, je suis content que vous ayez une si haute opinion de moi et tout ça…, » répondit-il.

J’avais haleté. Les mots de Kazuma m’avaient fait avoir de l’électricité qui avait parcouru à travers tout mon corps, et mes cheveux étaient restés dressés.

En l’entendant donner une réponse positive à Ruby, ma poitrine avait été emplie de rage... et de tristesse. Je ne voulais pas entendre ces mots de la personne qui m’avait dit que j’étais un ryuu. Ça m’avait donné envie de pleurer. Peut-être que je pourrais lâcher une attaque électrique sur Ruby et les autres, puis faire un vrai carnage.

« Mais..., » Kazuma avait secoué la tête et avait dit : « Le fait de pouvoir voler et cracher du feu est-il si précieux ? »

... Hein ?

« Hein ? Qu’est-ce que vous dites ? » demanda Ruby.

Tout le monde avait les yeux rivés sur Kazuma. Kazuma s’était gratté la tête en répondant : « Eh bien... Je viens d’un pays sans contact avec les dragons, alors pardonnez-moi pour mon ignorance. Comme vous le disiez auparavant, est-ce que le fait de pouvoir voler et cracher du feu rend un dragon précieux ? »

« Bien sûr que oui », Ruby avait riposté. « Alors qu’un dragon est le partenaire de leur chevalier, ils sont aussi leur compagnon d’armes. Ce que l’on recherche, plus que tout, ce sont des ailes qui les transporteront en hauteur et vite à travers le champ de bataille, et des flammes pour incinérer leurs ennemis. »

« Je vois. L’apparence n’entre pas en ligne de compte. Eh bien, il semble qu’après tout, il y a beaucoup de belles personnes parmi la race des dragons. » Kazuma acquiesça face à la réponse de Ruby. « Et vous, les filles, pouvez-vous toutes voler et cracher du feu ? »

« C’est exact. Sauf pour ce ver là-bas, » répondit Ruby.

« ... je vois. » Puis, avec un regard sérieux, Kazuma avait regardé Ruby dans les yeux et lui avait demandé, « Alors, dites-moi, qu’est-ce qui vous rend, personnellement, précieuse ? »

Ruby et la valeur de l’autre ? N’était-ce pas leur capacité à cracher du feu et à voler ?

« Hein ? Qu’est-ce que vous dites ? » demanda Ruby. Elle ne semblait pas satisfaite de cette réponse.

Kazuma avait secoué la tête. « C’est un fait que les dragons peuvent cracher du feu et qu’ils peuvent voler, n’est-ce pas ? Dans ce cas, ce n’est rien de spécial. Il s’agit d’une capacité que chaque dragon possède, et cela signifie que ce n’est pas une raison spécifique pour laquelle je devrais vous choisir, n’est-ce pas ? »

Quand il l’avait dit de cette façon, Ruby et les autres avaient eu la bouche grande ouverte, et elles l’avaient regardé sous le choc. J’avais probablement un regard similaire sur mon propre visage.

Kazuma avait continué, ne faisant attention à aucune d’entre nous. « Si d’autres dragons peuvent aussi le faire, alors ce n’est pas une raison pour laquelle je devrais me donner la peine de vous choisir en particulier. C’est précieux d’avoir quelque chose d’universel comme ça, mais ce n’est rien de spécial. Si vous commencez tous sur la même base, les dragons les plus forts ou les plus beaux ne gagneront-ils pas ? Être comme tout le monde n’est même pas un point en votre faveur. »

Je n’arrivais pas à y croire. « Kazuma... Vous... »

Les critiques de Kazuma étaient si pertinentes que j’avais commencé à douter qu’il ne connaissait pas vraiment les traditions de ce pays. Le fait était que la Cérémonie du Contrat était une compétition intense entre les dragons. Comme le fait qu’ils soient ou non choisis par quelqu’un là-bas déterminerait plus ou moins le reste de leur vie, c’était tout à fait naturel.

Pendant que nous étions occupées à réagir avec surprise, Kazuma avait poussé un soupir. « Une base d’évaluation standardisée, le rejet de ceux qui ont une individualité... Je pensais avoir déjà vécu cette ambiance quelque part auparavant, mais c’est essentiellement la même chose que les guerres des examens comme on dit chez moi. J’ai eu des moments difficiles il y a deux ans... » murmura Kazuma avec un regard au lointain dans ses yeux.

... Guerre des examens ? Qu’est-ce que c’était ? S’agit-il d’une série de guerres qui s’étaient déroulées dans un autre pays ? Mais pourquoi parlait-il d’elles maintenant ?

« C’est mieux que de ne pas être du tout choisi ! » Ruby, qui était revenue à la raison, déclara en se tortillant le visage. « Qui choisirait Naden, qui ne peut pas faire les choses que tout le monde peut faire !? »

Elle m’avait pointé du doigt en m’accusant.

Kazuma avait instantanément répondit : « C’est vrai qu’en tant que dragon, Naden manque d’universalité. Mais ce qu’elle a, c’est l’individualité. »

« I-Individualité ? » demanda Ruby.

« Quelque chose qui la rend différente des autres. Lors de l’évaluation de la valeur des choses, la norme la plus simple est : “Une chose, il n’y en a qu’une dans le monde”. S’il n’y a qu’un seul exemplaire, même si ce n’est qu’un jouet d’enfant, ou le couvercle d’un bocal, cela n’a de sens que s’il a de la valeur, n’est-ce pas ? C’est également vrai pour les gens. Je... Non, le roi de mon pays fait des pieds et des mains pour rassembler les individus qui ont des dons spécifiques, » déclara Kazuma.

Le roi de son pays... Parlait-il du roi-héros de Friedonia ?

« Et vous dites... que Naden a cette valeur ? » demanda Ruby, l’air abasourdi.

« Ici, dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, y a-t-il un dragon autre que Naden qui puisse créer des éclairs ? Elle peut faire une chose que personne d’autre ne peut faire. Cela, en soi, est précieux. Mais, vraiment, comprenez-vous vraiment ce qui se passe ici ? » demanda Kazuma.

« Qu-Quoi... ? » demanda Ruby.

« La raison pour laquelle vous vous battez toujours avec Naden, » expliqua Kazuma. « C’est parce que vous l’enviez pour son individualité, n’est-ce pas ? »

« Quoi..., » Ruby semblait avoir été frappée par ce que Kazuma avait indiqué.

Hein ? Était-ce vraiment ça ?

Avec la vérité placée devant nos visages, je ne savais pas comment réagir, et il en était de même pour Sapphire ou Emerada, qui se tenaient en retrait.

Tandis que la bouche de Ruby s’ouvrait et se refermait, Kazuma continuait à parler.

« Je dirais que les autres dragons qui ont une mauvaise volonté envers Naden le font probablement pour la même raison de base, » déclara Kazuma. « Du point de vue de ces dragons, qui luttent à l’intérieur d’un système d’évaluation standardisé, l’existence de quelqu’un comme Naden, qui fait fi de cette norme d’évaluation pour suivre son propre chemin, est un objet de ressentiment et de jalousie, et donc ils ne peuvent tout simplement pas l’accepter, n’est-ce pas ? Pendant la guerre des examens, s’il y a un élève dans la classe préparatoire qui dit : “Je vais reprendre l’entreprise familiale”... eh bien, oui, ils vont se démarquer. Évidemment, ils auront des problèmes dans leur vie que ceux qui les entourent n’ont pas, mais pour ceux qui ont été placés dans une situation concurrentielle, ils n’ont pas le sang-froid nécessaire pour s’arrêter et réfléchir à cela ».

Kazuma semblait être le seul à être satisfait de son explication. Je l’avais perdu quelque part en cours de route, et il n’avait aucun sens dans ce qu’il disait là, mais la seule chose que j’avais saisie, c’était qu’il disait que j’étais spéciale.

J’avais regardé le dos de Kazuma. C’était peut-être parce que nous étions nés dans des pays différents, mais ces derniers jours, j’avais été forcé à plusieurs reprises de réaliser que Kazuma et moi voyions les choses différemment.

Cependant, Kazuma m’offrait un nouvel ensemble de valeurs. Un où je n’étais pas sans valeur. Ma poitrine était devenue chaude et j’avais l’impression de pleurer pour une raison différente de celle d’avant.

« Un jour, celui qui connaîtra votre valeur apparaîtra. »

La prophétie de Lady Tiamat était vraie. Cette personne était devant moi maintenant.

« Pff, ça ne change pas qu’un dragon sans vol ne sert à rien ! » déclara Ruby en semblant avoir repris pied.

Un dragon sans vol. Ces mots m’auraient beaucoup dérangé avant. Cependant... Bizarrement, ils ne m’avaient pas du tout dérangé. C’était parce que Kazuma m’avait dit que j’étais un ryuu, que j’avais une individualité.

Avec un regard mystifié clairement visible sur son visage, Kazuma avait incliné la tête sur le côté. « Ça me dérange depuis le début, mais qui a décidé que Naden ne pouvait pas voler ? »

« Il devrait être évident que ce ver sans ailes ne peut pas voler, » répondit Ruby.

« Pourquoi un ryuu aurait-il besoin d’ailes pour voler ? » demanda Kazuma.

« Quoi ? » s’écria Ruby.

« Hein ? » m’exclamai-je.

J’avais l’impression d’avoir entendu cet échange il n’y a pas si longtemps que ça.

Après m’être lassée de l’atmosphère ici, j’avais doucement tiré Kazuma, qui semblait avoir un point d’interrogation flottant au-dessus de sa tête, par le cou. « Ça suffit... Allons-y. »

« Hm ? Qu’est-ce qui ne va pas, Naden ? Vos joues ont l’air terriblement rouges, » demanda Kazuma.

« Vous l’imaginez ! Allez, j’étais en train de vous montrer la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, vous en souvenez-vous ? » demandai-je afin de changer de sujet.

« Oh, maintenant que vous en parlez, nous faisions ça, » répondit Kazuma.

Laissant derrière nous Ruby et les autres qui étaient encore abasourdies, nous avions fait demi-tour et étions retournés par le chemin que nous avions emprunté.

« Naden, tu ferais mieux d’être présente la Cérémonie du Contrat ! » Ruby avait crié après moi. « Ne t’enfuis pas ! » Elle semblait être revenue à la raison.

J’avais réagi en me retournant, en fermant une paupière et en lui tirant la langue.

« Alors, où est la prochaine étape ? Avez-vous déjà vu Château de Cristal, n’est-ce pas ? » avais-je demandé.

Une fois que nous nous étions éloignés de Ruby et des autres, j’avais demandé à Kazuma de monter sur mon cou à nouveau pour que je puisse lui faire visiter la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. Je n’avais même plus l’impression d’avoir des ennuis. En fait, j’avais même eu envie de continuer comme ça, et de voir toutes sortes de choses avec Kazuma. Pas seulement dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, mais aussi dans le monde extérieur.

« J’ai été téléporté à mon arrivée et à mon départ, » avait répondu Kazuma. « J’aimerais voir sa beauté de l’extérieur, mais... avant cela, il y a un endroit où j’aimerais que vous m’emmeniez, » avait ajouté Kazuma avec un regard pensif.

« Il y a un endroit où vous voulez aller ? » demandai-je.

« Lady Tiamat a dit que je connaissais déjà la voie. Si elle voulait parler de ce que je pense qu’elle voulait dire... je dirais que ça vaut la peine d’essayer, » déclara Kazuma avec un regard empli de confiance.

Dix minutes plus tard, après avoir couru dans ma forme de ryuu...

« Est-ce que cet endroit était vraiment biennnnnn !? » avais-je crié.

« Ouuuuiiiiii, se sera parfffffaitttt ! » avait-il répondu.

Grondement, grondement, grondement, grondement...

On était tous les deux obligé de crier. À cause du grondement sans fin, nous ne pourrions pas nous entendre si nous ne le faisions pas.

☆☆☆

Partie 4

La source du bruit de grondement devant nous, avec ses jets d’eau qui produisaient des arcs-en-ciel constants pendant la journée, était la Grande Cascade. C’était un rideau d’eau de plusieurs dizaines de mètres de haut et de plusieurs centaines de mètres de large, créant un brouillard qui s’étendait loin dans la zone. Même parmi les nombreuses curiosités de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, qui avait tendance à être de grande envergure, ce Grand Arbre de Ladon et cette cascade étaient dans une classe à part.

Incapable de rester tranquille en présence d’un tel spectacle, Kazuma avait crié, « Ohh ! La beauté de ce paysage est vraiment magnifique ! »

« Hein ? Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne pouvais pas vous entendre ! » criai-je.

« J’ai dit que c’est magnifiqueeeee ! Et aussiiiii, il y a quelque chose que je veux que vous essayiez ! » déclara Kazuma.

« Je ne sais passss ! Et, qu’est-ce que vous voulez que j’essaie ? » demandai-je.

« Ohhhhh, je me souviens maintenant ! » répondit-il.

Ça avait l’air trop bruyant, alors que je pense que c’était difficile de communiquer correctement.

Kazuma avait commencé à se déshabiller. C’était arrivé d’un coup, alors j’avais tourné le dos vis-à-vis de lui et j’avais crié, « Q-Quoi !? Pourquoi vous déshabillez-vous si soudainement ? »

« Pour aller dans l’eau, bien sûr, » répondit-il.

« Quoi !? Pourquoi !? » demandai-je.

« Allez, vous aussi, Naden, » déclara-t-il.

« Encore une fois, pourquoi !? » demandai-je en insistant.

Kazuma avait enlevé son haut, laissant son pantalon ample. Après ça, il commença à faire de légers exercices, puis il alla dans l’eau. J’avais aussi essayé de ne tremper que le bout de mes pieds. L’eau était maintenue à la température parfaite, ni trop froide, ni trop chaude. Ça faisait du bien... Mais, avant ça.

« Si nous allons nager, il y a des endroits plus calmes pour le faire, comme le lac. Est-ce que vous le saviez ? » avais-je dit.

« Il faut que ce soit un endroit comme celui-ci. Dépêchez-vous, Naden, » insista Kazuma.

« Me dites-vous de me déshabiller ? » demandai-je.

J’avais serré mon corps avec mes deux mains. L’idée de faire disparaître mes vêtements et d’aller dans l’eau devant Kazuma... c’était tellement embarrassant que j’avais cru que j’allais mourir.

Pendant que j’étais timide, Kazuma avait ri de façon ironique et avait dit : « Pas du tout. Vous pouvez le faire en forme de dragon, d’accord ? »

« Oh... C-C’est vrai, hein, » avais-je rougi, car j’avais tiré des conclusions hâtives.

Alors que j’étais encore comme ça, Kazuma m’avait fait signe d’entrer. « Vous êtes une ryuu, donc vous devriez être bonne nageuse, n’est-ce pas ? »

« Je ne sais pas si c’est parce que je suis une ryuu, mais... J’ai confiance en ma capacité à le faire, oui. Mais pourquoi est-ce que ça en arrive là si soudainement ? » demandai-je.

« Il y a une petite chose que je veux essayer. D’accord, Naden. Allons au fond des chutes, » déclara Kazuma.

Face à l’insistance de Kazuma, je m’étais transformée en ryuu et j’avais plongé dans l’eau en produisant un grand éclaboussement. Il y avait une grosse vague qui avait soulevé Kazuma de haut en bas. J’avais alors demandé à un Kazuma à la dérive, « Pourquoi le fond des chutes ? Vous voulez que je m’entraîne ainsi ? Ou bien est-ce autre chose ? »

J’avais entendu dire que ce genre de méthode d’entraînement existait dans le monde d’en bas. Était-ce parce qu’ils essayaient de concentrer leur esprit tout en étant frappés par les chutes ? Cependant, même si je me plaçais sous la Grande Cascade, ce qui briserait probablement les os d’un humain normal, s’il essayait de m’entraîner en dessous, avec la masse accrue et la puissance défensive de ma forme ryuu, cela ne ressemblerait probablement pas à beaucoup plus qu’un massage.

« Cela aiderait probablement les épaules raides, » avais-je dit enfin commenté.

« Vous n’avez rien qui vous rendrait raide... OK, j’avais tort. S’il vous plaît, pas d’éclairs, » supplia Kazuma.

« Bon sang ! » Quand j’avais fait soulever les poils de mon dos sous forme de ryuu, montrant des étincelles électriques, Kazuma avait levé les mains. « Si vous ne voulez pas être choqué par mes éclairs, évitez de dire des choses qui me mettront en colère. »

« Non... C’est juste que je suis avec vous, je me souviens de mes amies qui se trouvent dans mon pays natal, » avait avoué Kazuma en se grattant timidement la joue. « C’est pour ça que je finis par faire le genre de blagues que j’aurais fait là-bas. »

« Vraiment ? » avais-je demandé.

« Tout à fait. Les femmes de ce monde vivent toutes leur vie restreinte par quelque chose, qu’il s’agisse d’une grande ou d’une petite chose. Il pourrait s’agir d’une famille célèbre, de la nécessité de produire un héritier... Pour ceux dont la naissance les places dans les sommets, cela pourrait même s’agir de quelque chose liée à leur ville natale ou à leur pays. Mais ces contentions leur offrent aussi une protection. Mais, Naden, vous n’avez rien de tel, n’est-ce pas ? Vous êtes forte parce que vous êtes une ryuu, et si vous le voulez, vous pourriez même vivre seule. En toute honnêteté, dans tout ce continent, vous êtes probablement la femme la plus proche des femmes de ma patrie. »

Je n’avais pas vraiment compris ce que Kazuma disait. Mais...

« Même moi... je ressens la solitude quand je suis livrée à moi-même, » avais-je dit.

Les mots étaient sortis naturellement. La solitude. J’avais été plus surprise que quiconque que je l’aie dit. Je n’avais jamais vraiment... pensé comme ça avant. J’avais toujours été heureuse de ne pas être impliquée avec un dragon autre que Pai, parce que c’était moins compliqué de cette façon. Malgré cela... J’avais déclaré maintenant que je ressentais de la solitude.

« Bien sûr, » répondit Kazuma en souriant. « Même si vous pouvez vivre seule, c’est vraiment triste d’être ainsi isolée des autres. »

Quand j’avais entendu ces mots, j’avais compris que je n’étais plus l’être que j’étais jusqu’à présent.

« L’engrenage arrêté sera forcé de commencer à bouger. »

C’était ce dont Lady Tiamat avait dit.

En étant avec Kazuma, j’avais appris le sentiment de sécurité que procurait le fait d’être avec quelqu’un qui vous acceptait tel que vous étiez. J’avais appris la solitude qui accompagne le fait d’être toute seule. Maintenant que je savais ces choses... Je ne pouvais pas retourner à la solitude.

Je ne voulais pas y retourner.

Je ne voulais pas revenir en arrière... alors je me devais d’aller de l’avant.

« Naden ? » avait-il demandé.

« C-Ce n’est rien ! » m’écriai-je.

Wôw... C’était une bonne chose que je sois sous ma forme de ryuu noire. Si j’avais été sous forme humaine, Kazuma aurait certainement remarqué que mon visage était rouge vif. Ce n’est pas bon. J’avais besoin de penser à autre chose.

« Alors, euh... Oh ! C’est vrai. Pourquoi allons-nous au fond de la cascade ? » demandai-je.

« Hein ? Oh. Je me suis souvenu d’une chose. Pour l’instant, allons à côté de la cascade, » déclara Kazuma.

Kazuma me poussant vers l’avant, nous étions allés jusqu’à la chute d’eau remplie de brouillard. C’est à ce moment-là que Kazuma avait montré du doigt le sommet des chutes et avait dit : « Naden, pouvez-vous remonter ces chutes à la nage ? »

« Nager, à l’intérieur de ces chutes ? Elles descendent avec beaucoup de force, vous savez ? » déclarai-je.

« Eh bien, oui, c’est une cascade, » répondit-il tout simplement.

« Mais, pourquoi ? » demandai-je.

« Il y a ce dicton dans ma patrie : “En escaladant une chute d’eau, un ryuu effectue l’ascension des cieux”, » déclara-t-il.

« Ascension des cieux !? Vraiment !? » m’écriai-je.

Pourrais-je acquérir la capacité de voler en escaladant une chute d’eau ?

Il chuchota, « Bien que le dicton dit qu’une carpe qui grimpe une chute d’eau deviendra un dragon... ».

« Hein ? Avez-vous dit quelque chose ? Je n’entendais pas à cause du rugissement des chutes, » criai-je en réponse.

« Ce n’était rien. Il faut être prêt à essayer n’importe quoi. Faisons-le, » déclara Kazuma.

J’avais regardé la cascade. « Je pense qu’affronter ce courant pourrait casser des os... »

« Ne pouvez-vous pas le faire ? » demanda Kazuma.

« Je pense que je peux le faire, » répondis-je.

« Oh, Naden, fermez les yeux quand vous êtes dans l’eau, » déclara Kazuma.

« Hein ? Pourquoi ? » demandai-je.

« Faites-moi confiance, essayez ça, » répondit Kazuma.

Après cela, Kazuma m’avait saluée, comme s’il me disait : « Bon voyage. »

« Pourquoi agissez-vous comme si c’était le problème d’une autre personne ? » avais-je répliqué.

« Plutôt le problème d’une autre-ryuu, n’est-ce pas ? » plaisante-t-il.

« Si je fais ça et que rien ne change, vous serez choqué par mes éclairs ! » m’écriai-je.

Après m’être préparée mentalement, je m’étais déplacée dans et hors de l’eau à plusieurs reprises, comme les serpents de mer représentés dans les peintures, laissant mon corps sortir de la surface de l’eau en forme de demi-beigne alors que je fonçais vers le centre de la Grande Chute d’eau. Quand j’étais entrée dans la chute d’eau, cette fois, j’avais tordu mon corps horizontalement en grimpant de plus en plus haut.

« Naden, fermez les yeux quand vous êtes dans l’eau, »

Les paroles de tout à l’heure de Kazuma m’étaient revenues en tête.

Oh, taisez-vous ! Je dois juste les fermer, non ? Très bien !

En fermant les yeux, j’avais nagé à contre-courant de la chute d’eau.

Arg, c’est assez effrayant de nager les yeux fermés...

Dans l’obscurité totale, j’avais continué à nager, ne sentant que l’eau sur ma peau, et le bruit des chutes qui avaient été quelque peu atténuées sous l’eau. Mon sens de quelle direction était vers le haut ou vers le bas devenait de plus en plus confus ! Était-ce que je nageais vers le haut comme j’étais censée le faire ? Ou les falaises étaient déjà derrière moi, et je nageais horizontalement maintenant ?

Ce n’était probablement que quelques dizaines de secondes en temps réel, mais j’avais eu l’impression que cela avait duré des dizaines de fois plus longues que cela. Puis...

Ah !

La pression sur mon corps avait soudainement disparu.

C’était comme être jeté dans l’espace. Malgré cela... Je nageais encore. C’était comme si j’avais perdu mon sens du toucher en même temps que ma vue. Je nageais, mais je n’avais pas senti l’eau.

Quelle était cette sensation ? J’étais mal à l’aise, mais c’était également agréable.

« Attendez un peu, combien de temps dois-je garder les yeux fermés... Hein ? » m’écriai-je.

Quand j’avais ouvert les yeux, en regardant en bas pour me plaindre à Kazuma, le sol était bien en dessous de moi.

La chute d’eau était terminée depuis longtemps. Pourtant, je nageais encore.

Je nageais dans le ciel. Je sentais clairement les courants d’air.

En faisant flotter mon corps sur eux, je pouvais nager dans le ciel. J’étais dans le ciel que je n’avais pu qu’admirer auparavant, en regardant la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, depuis là haut.

Je ne pensais pas que le monde était si beau...

Les larmes avaient commencé naturellement à couler de mes yeux de ryuu. Quand les larmes s’étaient asséchées, je nageais maladroitement dans le ciel, et j’étais descendue à l’endroit où Kazuma me regardait avec la bouche grande ouverte.

« Kazuma... Je... Je peux voler. »

« Euh, ouais..., » avait-il dit. « Bien que ce soit plus comme nager que voler. Les légendes de mon pays natal disaient qu’un ryuu grimperait au ciel à travers le vent, les nuages, la foudre et la pluie, voyageant dans le ciel comme s’ils nageaient au fond des mers. »

« Voyager dans le ciel comme si je nageais..., » murmurai-je.

« Bien que je ne m’attendais pas à ce que ça se passe aussi bien que ça. » Kazuma s’était gratté la joue, souriant avec ironie.

« Hein ? Alors, n’étiez-vous pas sûr que je pourrais voler si j’escaladais la cascade ? » demandai-je.

« Je pensais qu’il y avait une chance sur deux que cela fonctionne, » déclara-t-il. « Ce que je veux dire sur ça, c’est que je sais que même les dragons et les wyvernes réussissent à voler. Même s’ils ont des ailes, ils ne sont pas faits pour voler comme les oiseaux. Pour qu’ils puissent faire voler ces corps massifs, il faut qu’il y ait un élément lié à la magie. En prenant en compte ça, je me suis dit que, puisque vous êtes une ryuu, le fait d’avoir ou non des ailes n’affecterait pas votre capacité à voler. J’ai pensé que c’était simplement que vous ne saviez pas comment le faire. Cela, et le fait que Lady Tiamat avait dit quelque chose qui suggérait que je saurais comment vous faire voler. La seule chose qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai pensé aux moyens de faire voler un ryuu, c’est l’escalade d’une cascade comme dans les légendes de mon pays natal. C’est pour ça que je vous l’ai fait tester. »

Kazuma semblait avoir pensé à quelque chose quand on le lui avait suggéré. Lady Tiamat avait dit quelque chose comme ça à Kazuma... Cela garantissait à peu près que Kazuma était la personne qui trouverait en moi la valeur que même moi je ne pouvais pas trouver.

Est-ce que cela signifie... que Kazuma est celui que j’attendais depuis si longtemps ?

Nous étions retournés sur le rivage, et j’avais demandé à Kazuma alors qu’il remettait les vêtements qu’il avait laissés là, « Hé, Kazuma. Dites-moi... Si je n’avais pas pu voler comme ça, qu’est-ce que vous comptiez faire ? »

Kazuma avait réfléchi à ma question pendant un certain temps, puis avait avoué avec honnêteté : « Si cela en était arrivé là, je me serais excusé. “Désolé, ça n’a pas marché”, c’est ce que j’aurais dit. »

« Attendez, est-ce tout ? » demandai-je.

« C’est tout. Même si vous ne pouviez pas voler, votre valeur ne changerait pas. Je ne sais pas ce que les chevaliers dragons apprécient, mais en me basant sur le système de valeurs de mon pays, je veux désespérément votre capacité à contrôler l’électricité. Si personne ne vous choisit à la Cérémonie du Contrat, s’il vous plaît, venez dans mon pays. Vous y serez la bienvenue. »

J’étais silencieuse.

« Venez dans mon pays », avait-il dit sans la moindre gêne.

J’avais l’impression qu’il n’y avait pas de place pour moi dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. Mais Kazuma avait dit qu’il me voulait. J’avais l’impression de pouvoir nager à nouveau dans le ciel en raison de la joie qui m’emplissait.

Mais, eh bien... la façon dont il avait dit : « Si personne ne vous choisit » m’avait énervée. J’avais donc décidé de me venger un peu pour cela.

« Qu-Quoi, Naden ? » J’avais attrapé Kazuma par le coup, et l’avais forcé à monter sur mon dos.

« Wôw !? »

Puis, d’un coup, je m’étais lancée dans le ciel. En un instant, le sol était loin, et un Kazuma paniqué s’était accroché à mon dos, tout en criant.

« Naden, je tombe ! Je tombe ! »

« Vous ne tomberez pas », avais-je dit à Kazuma d’un ton exaspéré. « Après tout, je vous ai sur le dos. »

« Euh… ? Maintenant que vous le mentionnez, nous sommes montés sur une trajectoire presque verticale, mais je ne suis pas tombé, » avait déclaré Kazuma.

« C’est le pouvoir du dragon. Nous protégeons les humains qui montent sur notre dos pour qu’ils ne tombent pas. Cela signifie que les chevaliers peuvent monter sur notre dos sans s’accrocher et qu’ils sont protégés du vent et du froid. Vous voyez bien qu’il ne fait pas froid, même si on était dans les airs ? » demandai-je.

« Maintenant que vous en parlez... Je vois. Il n’est pas étonnant que les chevaliers dragons soient si forts. » Kazuma avait l’air impressionné.

J’avais gloussé. « Je sais. Je n’étais pas sûre qu’un ryuu comme moi serait capable de l’utiliser, mais..., » commençai-je.

« Si vous ne pouviez pas, n’aurais-je pas fait une chute mortelle ? » demanda-t-il.

« J’avais l’impression de pouvoir y arriver, et même si vous étiez tombé, il aurait fallu que je vous rattrape, c’est tout, » avouai-je.

« Vous savez, je préférerais ne pas sauter à l’élastique sans la corde..., » déclara Kazuma.

« Hahahaha. Considère ça comme une revanche pour tout à l’heure, » déclarai-je.

« Pour l’escalade de la cascade ? » demanda-t-il.

« Pour avoir dit : si personne ne vous choisit... Hé, Kazuma ? » J’avais rassemblé mon courage et j’avais demandé à Kazuma. « Vous allez participer à la Cérémonie du Contrat, n’est-ce pas ? Pourquoi ne me choisiriez-vous pas ? »

Quand j’avais demandé ça, Kazuma avait alors eu la bouche bien serrée. Former un contrat signifiait me prendre pour épouse. En d’autres termes, je lui faisais ma demande en mariage. La raison pour laquelle il n’avait pas répondu immédiatement était qu’il y réfléchissait sérieusement, j’en étais sûre. Finalement, il avait lentement ouvert la bouche.

« Je viens d’être invité par Lady Tiamat et je ne suis pas du Royaume des Chevaliers Dragons de Nothung, » déclara-t-il.

« Je le sais déjà, » répondis-je.

« Même si vous faites un contrat avec moi, je ne peux pas devenir un Chevalier-Dragon, » continua-t-il.

« Je ne suis pas non plus comme les autres dragons, » répliquai-je.

« En plus, je ne vous ai rien dit sur moi. Pas même mon véritable nom, » déclara Kazuma.

« Hein !? Kazuma Souya était un faux nom !? » m’écriai-je.

« Et j’ai déjà quatre fiancées dans mon pays, » annonça-t-il.

« Quatre !? » m’écriai-je encore une fois.

Mais même le Royaume des Chevaliers Dragons de Nothung avait permis la polygamie. Si le dragon était un partenaire qui accompagnait le chevalier dragon sur les champs de bataille, le chevalier avait besoin d’une autre partenaire pour rester et surveiller la maison. C’est pourquoi je n’avais aucun problème avec le fait qu’il avait d’autres fiancées, mais en avoir quatre n’était pas quelque chose qu’il pouvait faire sans être dans une très bonne position. C’était complètement différent de prendre une concubine après avoir déjà épousé sa femme officielle.

« Kazuma... Qui êtes-vous vraiment ? » avais-je exigé.

« Ça, je ne peux pas encore vous le dire. » Kazuma avait réussi à faire sortir ces mots. « Je ne suis pas non plus capable de décider du contrat tout seul. »

Est-ce que... je viens d’être rejetée ? Mon cœur s’était serré douloureusement alors que je le pensais, mais ensuite...

« Alors, reviendriez-vous dans mon pays avec moi ? » demanda Kazuma. « Je parie que vous pouvez aller assez vite sous cette forme de ryuu. J’aimerais revenir un peu au Royaume de Friedonia et demander l’avis de toutes mes fiancées sur ce sujet. De cette façon, nous finirons par retourner à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, alors nous serons ici bien avant l’heure de la Cérémonie du Contrat. Est-ce que ça... serait un problème pour vous ? »

Kazuma avait l’air de s’excuser. J’avais secoué la tête et lui avais dit : « ... Non, ça me va. »

Si cela signifiait qu’il était possible que Kazuma forme bien un contrat avec moi. Je devais m’envoler jusqu’au Royaume, ou dans Empire ou n’importe où ailleurs. J’avais maintenant le pouvoir de le faire.

« Alors, où est-ce que je dois aller ? » avais-je demandé.

Avec un regard empli de soulagement, Kazuma avait répondu : « D’accord. Alors, à Parnam, la capitale du Royaume de Friedonia, s’il vous plaît ».

« Bien reçu. »

Et ainsi, j’avais nagé dans le ciel vers l’est.

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