Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 3 – Chapitre 8

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Chapitre 8 : Crime et Châtiment

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Chapitre 8 : Crime et Châtiment

Partie 1

— Au début du 11e mois de l’année 1546 du Calendrier Continental — à minuit.

Cela s’était passé dans le domaine d’un certain noble au sein du Royaume d’Elfrieden.

Dans le manoir du noble important qui était le seigneur de ce domaine, douze silhouettes sombres étaient présentes pour une réunion secrète dans l’obscurité.

« Que faites-vous de cette convocation ? » demanda l’un d’eux.

« De tous les nobles dans ce pays, nos quatorze familles ont été convoquées. Il est probable que le royaume s’est accroché à nous, » déclara un autre.

« Il y a ainsi eu des rapports sur les chiens de la robe noire qui reniflaient autour de nous, » déclara un troisième.

« Alors, leur intention avec cette convocation est..., » déclara l’un des hommes.

« ... sans aucun doute, pour faire un exemple avec les autres, » acheva un autre.

« Pour faire un exemple ? N’est-ce pas un piège ? » L’un d’entre eux suggéra cela d’une voix hystérique.

Un autre avait sèchement ri. « Hehe Hehe Hehe. Contrairement aux nobles qui se sont livrés à la corruption, nous n’avons pas été pris la main dans le sac alors que nous commettions des crimes. Sans avoir de preuve d’un délit perpétré afin de nous condamner, ce roi et le vêtu de noir ne peuvent pas nous traduire en justice. »

« Je vois... C’est pourquoi il fait un exemple avec les autres, » déclara l’un des nobles.

« Effectivement, » l’un d’eux était d’accord avec ça. « Pour nous garder en ligne en nous faisant penser : “Demain, ça pourrait être moi”. »

« Deux des trois ducs sont déjà tombés, et les nobles qui n’ont pas participé à la dernière guerre ont perdu leur influence. S’il peut nous garder tranquilles, il n’y aura plus rien pour arrêter ce roi. »

« Hmph... Tout comme le roi l’a prévu, » déclara l’un d’eux. « Ou était-ce le plan de celui en robe noire ? »

« Peu importe lequel d’entre eux est derrière ça. Mais, si nous le regardons d’un autre point de vue, nous pouvons dire que c’était la meilleur des choses que le roi pouvait faire contre nous. »

« Hehe hehe, vous avez raison, » un autre avait ri. Puis il avait ajouté ça avec un ricanement. « Voilà pourquoi, pour l’instant, nous devons faire profil bas. Nous devons agir d’une manière qui n’irritera pas ce roi, et ainsi, cela ne lui donnera pas de raison de nous punir. Non, si quoi que ce soit arrive, nous devons coopérer avec ce que le roi fait. »

« Ça me gêne de le faire, » répliqua un autre noble, irrité face à cette pensée.

« Ce n’est pas grave... Je doute que cela dure longtemps, » le ricaneur avait répondu ainsi. « Une fois tous les obstacles éliminés, je suis sûr que le roi se précipitera avec des politiques révolutionnaires à un rythme encore plus rapide qu’il ne l’a fait jusqu’à présent. Une réforme prise trop vite engendrera une résistance. Nous avons seulement besoin de soutenir ces personnes de l’ombre. Plus il en exécutera, plus ce roi sera considéré comme un tyran, et cela ne fera qu’accroître la résistance. »

Les autres hommes acquiescèrent, impressionnés par les paroles de l’homme.

« Je vois. Alors, il ne pourra pas y rester longtemps, » déclara un autre homme.

« Effectivement. Quand le moment viendra, nous pousserons le roi hors du pouvoir et placerons quelqu’un de plus malléable sur le trône. »

« Quand cela sera accompli, nous pourrons faire revenir les choses dans la situation dont elles étaient sous le règne du roi Albert. »

« La poussée est pour l’instant avec ce roi. Nous ne devons pas être pris dedans. Pour l'atteindre, nous devons pour le moment faire ce que le roi exige. Mais, en temps voulu... »

Les hommes avaient ri sombrement.

Puis l’un des hommes posa une question. « Que faisons-nous des maisons de Jabana et de Saracen ? Les têtes dirigeantes n’ont-elles pas changé ? »

« Laissez les être ainsi. Si elles déplaisent au roi, elles ne pourront plus maintenir leurs maisons. Donc, il s’agit de leurs préoccupations et nullement les nôtres. Ce n’est pas quelque chose dans laquelle nous devrions nous impliquer. »

« Bien sûr. Maintenant, Messieurs, je vous demande à tous de suivre le plan que nous venons d’adopter. »

« D’accord. Afin de reprendre notre ère. »

« « « Afin de reprendre notre ère. » » »

Cependant, ils n’avaient pas réalisé qu’il y avait un observateur dans l’obscurité.

***

Il s’agissait d’un après-midi ensoleillé. Aujourd’hui encore, j’aidais Souma avec son travail administratif.

« D’accord, Liscia, » déclara Souma. « Donnez pour moi ces papiers à Hakuya. »

« J’y vais, » répondis-je.

Après avoir pris les papiers de Souma, j’étais prête à quitter le bureau, quand...

« Liscia ! » Souma m’avait alors appelée.

Alors que je me demandais ce que ça pourrait être, je m’étais retournée. Souma semblait essayer de dire quelque chose, mais ça ne sortait pas. Oui, c’était comme s’il essayait de me dire quelque chose et ne pouvait pas trouver les mots, ou qu’il continuait d’ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais qu’il hésitait !

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je.

« Ah... ! Non, Hmm... ce n’est rien, » dit-il.

« D’accord... Eh bien, je vais maintenant y aller, » dis-je.

J’avais quitté Souma et j’étais sortie du bureau des affaires gouvernementales. Après avoir fermé la porte, j’avais malgré moi soupiré.

Souma s’était probablement senti obligé de me dire quelque chose à cause de ce qui s’est passé avec le Duc Carmine.

Zut... Ce n’est pas quelque chose dont Souma doit se sentir responsable, pensai-je.

Même quand on m’avait dit que le Duc Carmine s’était suicidé dans la prison, je n’avais pas perdu mon sang-froid. Cet homme que j’avais respecté comme un père et un enseignant était mort, mais je me sentais étrangement calme. Ceci m’avait surprise.

Ce n’était pas que je n’étais pas triste. En fait, j’avais l’impression que mon cœur avait été déchiré. Mais malgré ça, j’étais capable d’agir comme mon moi habituel. C’était sûrement... parce que j’avais eu quelque chose comme une prémonition que cela se passerait comme ça. C’était comme si le Duc Carmine que je connaissais avait choisi le chemin de la ruine, prenant avec lui toute l’obscurité qui avait infesté ce pays. Et que Souma accepterait sa détermination à le faire.

Georg Carmine et Souma Kazuya.

Georg Carmine était un grand homme que je tenais en haute estime. Il était fort et noble, un guerrier qui résumait tout ce à quoi je devais aspirer. Je le respectais, et je pensais que je voulais être comme lui.

Et, en ce qui concerne Souma... il était l’homme que j’avais décidé, de ma propre volonté, de soutenir.

J’avais vécu une vie largement détachée de l’amour et de la romance, alors je n’étais pas sûre de ce que je ressentais pour lui. En tant que membre de la maison royale, je n’avais jamais eu de grands espoirs pour ce que serait mon mariage.

Mais quand j’avais vu le sourire rayonnant d’Aisha quand elle était devenue sa deuxième fiancée, ou le sourire de Juna quand il lui avait dit : « Je vous le jure, je vous prendrais à mes côtés (comme ma femme), » j’avais alors ressenti une certaine douleur dans la poitrine.

... Je savais maintenant. Il s’agissait probablement de ce genre de sentiment. J’avais ressenti avec force que Souma pourrait tout à fait avoir ce genre de sentiments.

C’était quelque chose que deux hommes qui étaient importants pour moi avaient décidé. Même si c’était triste, même si c’était douloureux, je devais l’accepter ou je me moquerais de leur résolution. J’avais choisi de croire en leurs décisions.

C’est pourquoi, quand j’avais entendu parler de la mort du Duc Carmine, je n’avais pas sorti ma frustration sur Souma.

Le Duc Carmine n’aurait pas voulu que j’endommage notre relation. C’est pourquoi, si je restais là comme d’habitude au côté de Souma, je rendrais hommage au Duc Carmine. C’était comme ça que je me sentais.

Je continuerais à croire en Souma. Peu importe la décision qu’il aura prise, je l’accepterais et je resterais à ses côtés.

Aujourd’hui se trouvait être le jour du jugement pour le Duc Vargas et Carla. En tant qu’amie, mon désir d’épargner Carla était resté inchangé. Mais peu importe la décision de Souma, j’étais prête à l’accepter. Peu importe quelle conclusion tragique cela pourrait conduire.

Et pourtant...

Eh, Souma, pensai-je. Pourquoi avez-vous un air si peiné sur votre visage ?

Une atmosphère étrange était tombée sur la grande salle du château de Parnam.

Il s’agissait de l’endroit où la condamnation de Castor et Carla allait être prononcée.

En réponse aux plaidoyers de la Duchesse Walter, qui avait grandement contribué à l’effort de la récente guerre, Souma avait pris le droit de les juger devant les tribunaux, et il le ferait en personne. Ce n’était pas un acte louable pour un roi de s’insérer dans les affaires des tribunaux, mais la Duchesse Walter était allée jusqu’à rendre toutes les autres récompenses pour ses services distingués afin de faire la demande, alors il avait été en mesure de forcer à travers ça.

Et maintenant, Souma pourrait juger personnellement ces deux personnes.

Les habitants étaient positionnés plus ou moins là où ils seraient dans la salle d’audience.

Souma était assis plus haut que les autres, utilisant une chaise qui, bien que n’étant pas le trône, était encore assez impressionnante, avec Aisha et moi le flanquant de chaque côté. La position d’Aisha en tant que garde du corps n’était plus en diagonale derrière lui, mais directement à côté de lui. Il s’agissait d’un changement fait pour refléter son nouveau statut en tant que candidate pour devenir une reine. Cela signifiait inévitablement qu’elle était au centre de l’attention de toutes les personnes présentes et donc, Aisha semblait tendue.

Puis, en regardant vers le sol, il y avait l’ancien Général de l’Armée de l’Air, Castor Vargas, et sa fille, Carla. Ils étaient tous deux agenouillés, avec les mains liées derrière le dos. Tous les deux, peut-être parce qu’ils s’étaient résolus à accepter leur sort à ce stade, étaient assis droit.

Entre eux se tenaient le Premier Ministre Hakuya et la Duchesse Walter, face à face. Le rôle de Hakuya était de faire ce qu’il fallait pour qu’ils soient poursuivis pour leurs crimes, tandis que la Duchesse Walter devait défendre Castor et Carla. Dans un procès normal, le procureur et la défense se disputeraient sur la question de savoir si un crime avait été commis, mais à cette occasion, les deux crimes étaient déjà connus et confirmés.

À cause de cela, le travail de Hakuya était de chercher une punition pour leurs crimes, alors que le travail d’Excel était de défendre leurs actions et de chercher une punition plus clémente. Si sa défense était couronnée de succès, leur punition serait allégée, et si elle échouait, ils feraient face à la punition que Hakuya cherchait. Par conséquent, il ne pourrait y avoir aucune conclusion d’innocence.

Aussi, pour observer ce procès, il y avait une longue table tournée de côté avec quatorze nobles assis en une seule rangée. Souma m’avait dit qu’il demanderait leur avis pendant le procès.

On m’avait dit que leur sélection était aléatoire, mais... était-ce vraiment le cas ? Les nobles semblaient se chuchoter l’un à l’autre.

Peu importe ce qu’il a en réserve, je ne serai pas surprise, pensai-je. Car après tout, c’est une situation qui a été imaginée par Souma.

Alors qu’il n’y avait pas eu beaucoup de cas où le roi prenait le droit de juger par les tribunaux, à l’occasion, cela était déjà arrivé. Cependant, dans ces cas-là, le roi avait normalement rendu un verdict qui ne pouvait pas être contesté. Ce format de procès, où le roi avait tenu un procès où il serait le juge, était inouï. Il s’agissait d’une forme de procès sans précédent. Je ne pouvais pas prédire tout ce qui pourrait arriver.

« Maintenant, commençons le procès de Castor et Carla, » Souma avait déclaré ça d’une voix calme.

Hakuya avait lu les crimes dont ils étaient accusés. « L’ancien Général de l’Armée de l’Air Castor Vargas et sa fille, malgré le transfert légitime du trône à Sa Majesté, ont résisté à son autorité et ont même rejeté son ultimatum, levant leurs épées contre l’Armée Interdite. Le crime de trahison s’applique donc dans ce cas. Par conséquent, je crois qu’il est approprié que leurs terres et leurs biens soient saisis et qu’ils soient passibles de la peine de mort. »

Je m’attendais à ça. Hakuya proposait la peine de mort pour les deux criminels.

... Bien sûr, c’était ainsi. La trahison était un crime suffisamment grave pour entraîner la peine de mort pour tous les parents jusqu’à trois degrés de consanguinité.

Le nombre de personnes touchées était réduit au strict minimum parce que le Duc Vargas avait tenu compte des conseils de la Duchesse Walter et avait formellement coupé les liens avec sa famille. En outre, en reconnaissance du service distingué de la Duchesse Walter dans la guerre, il avait été décidé que le jeune frère de Carla, Carl, qui avait été renié et laissé aux soins de la maison de Walter, hériterait de la maison des Vargas avec juste la Cité du Dragon Rouge et la zone autour d’elle comme fief. La fille d’Excel, qui était aussi la mère de Carla et Carl, servirait de conseillère.

Quand Hakuya eut fini de présenter la punition qu’il demandait, c’était au tour d’Excel de défendre les deux personnes et de demander une moindre punition.

Dans ses délibérations antérieures, les offres de la Duchesse Walter qui étaient « J’offre ma tête en échange de leurs deux vies, ou le retour au Roi de tout le duché de Walter à l’exception de la Cité Lagune ». Mais elles avaient déjà été rejetées. Prendre sa tête était hors de question, et s’il détruisait les trois duchés, cela mettrait le reste des nobles sur la défensive contre Souma.

« Il était stupide que Castor et Carla se révoltent contre Votre Majesté, » déclara Excel. « Cependant, ils ne l’ont certainement pas fait pour essayer d’usurper votre position. C’est leur loyauté envers l’ancien roi, Sire Albert, et leur amitié avec le Général de l’Armée de Terre, Georg Carmine, qui les ont égarés. Bien sûr, Sire Albert vous avait officiellement cédé le trône et il est impensable que l’un de vos vassaux ait des doutes à ce sujet. »

Après ça, elle continua après quelques secondes de délais. « Cependant, le changement soudain de dirigeants a jeté dans la confusion non seulement Castor, mais également beaucoup d’autres personnes. Carla a seulement suivi Castor par le fait qu’elle est sa fille. Aucun des deux n’avait des ambitions pour leur propre bien. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes parmi leurs sujets ou l’Armée Interdite pendant la bataille de la Cité du Dragon Rouge. Ne pourrez-vous pas au moins épargner leurs vies ? »

En s’inclinant, la Duchesse Walter avait cherché à réduire la gravité de leurs crimes.

Souma était assis là à l’écouter parler.

Il était si inexpressif qu’il était impossible de lire sur son visage ce qu’il pouvait penser. Je pense que probablement, il réprimait ses émotions pour ne pas les montrer.

Ayant entendu les arguments de l’accusation et de la défense, Souma ouvrit la bouche. « Castor. Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ? »

« Non, » Le Duc Vargas avait déclara ça avec fermeté. « Il n’y a pas de besoin d’entendre les paroles d’un commandant vaincu. S’il vous plaît, séparez cette tête de mes épaules. »

« ... Je vois, » répondit Souma.

« Il n’y a qu’une chose que j’aimerais dire, » déclara le Duc Vargas. « Je suis celui qui a commencé la guerre. Carla n’a fait que suivre mes ordres. Je voudrais également prendre sa punition. Peu m’importe si vous me torturiez ou si vous décidez de m’humilier en public. Mais, s’il vous plaît, ne pouvez-vous pas épargner la vie de Carla ? »

Tandis qu’il était encore attaché, le Duc Vargas s’inclina pour que sa tête touche presque le sol.

Voyant ce que son père orgueilleux faisait, les yeux de Carla s’ouvrirent de surprise. « Père ! »

Cependant, Souma laissa échapper un soupir, mais son expression resta impassible. « J’ai entendu dire que celle qui dirigeait l’Armée de l’Air au cours de cette bataille n’était nulle autre que Carla. Puis-je vraiment laisser ce crime impuni ? Vous devez savoir que cela pouvait arriver quand vous avez levé le drapeau de la rébellion. »

« Argh..., » Le Duc Vargas se mordit la lèvre. Cependant, il n’avait rien rajouté.

Cette fois-ci, Souma regarda Carla. « Carla. Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ? »

« ... Non, » Carla secoua faiblement la tête.

« Est-ce tout ? N’avez-vous rien d’autre à dire ? » demanda Souma.

« Dans ce cas, il y a une chose que je voudrais dire. Je m’excuse pour mon manque de sagesse. Lisc... La princesse a essayé de servir de médiatrice entre nous, mais nous avons obstinément refusé de l’écouter, » après avoir dit ses mots, Carla avait penché sa tête.

Pendant que Carla était en prison, elle avait dit qu’elle ne voulait pas devenir un fardeau en nous demandant d’intercéder en sa faveur. Elle avait probablement ressenti maintenant la même chose.

« Ne me demanderez-vous pas pardon ? » demanda Souma.

« Je ne le ferais pas. Jugez-moi comme bon vous semble, » répondit-elle.

« ... Je vois, » répondit Souma.

Souma détourna son regard sur les deux condamnées, puis il déclara aux nobles assis à l’arrière. « Maintenant, j’aimerais entendre ceux d’entre vous qui sont réunis ici. Ces personnes-là ont, dans leur insouciance, levé le drapeau de la rébellion contre moi, l’actuel roi. Que pensez-vous comme jugement approprié pour ces fous ? J’aimerais beaucoup entendre vos opinions sans réserve. »

Souma avait dit cela avec un regard qui, même à mes yeux, semblait un peu effrayant. Pendant un moment, selon moi, quelque chose ne tournait pas rond. La façon dont il l’avait dit, c’était comme s’il avait déjà pris sa décision. Bien qu’il avait dit qu’il voulait entendre leurs opinions, c’était comme s’il disait, « Je ne peux pas imaginer que l’un d’entre vous oserait s’opposer à l’exécution de ces traîtres. Est-ce bien le cas ? » afin de les intimider. C’était comme s’il agissait afin de contraindre les nobles à regarder le procès...

Normalement, Souma écouterait n’importe quelle opinion, la mettant en application s’il sentait que c’était juste, mais ce qu’il faisait maintenant était exactement le contraire de sa manière d’agir.

Quand je considérais cela et que je regardais les nobles... ils venaient tous de maisons avec de sombres rumeurs tourbillonnant autour d’elles ou des maisons qui avaient refusé à plusieurs reprises de s’impliquer quand il y avait eu une crise. Se pourrait-il que Souma ait eu l’intention d’utiliser Carla et son père pour faire un exemple et forcer ces personnes à lui jurer leur loyauté ?

Il était en train d’afficher son pouvoir et de leur dire, « Si vous ne voulez pas que cela vous arrive, alors obéissez-moi ». C’était l’impression que j’avais eue.

Puis, l’un des nobles se leva et haussa la voix. « Votre Majesté ! Quand vous le dites comme ça, vous donnez l’impression que leur punition est déjà décidée ! »

L’orateur était un jeune homme avec visage bien masculin. Il avait peut-être le même âge que Halbert. Mais il n’avait pas la même carrure que Halbert. Il semblait être un jeune homme sérieux et bon enfant.

« Qui est cette personne ? » demanda Souma.

« Il est à la tête de la Maison des Saracen, Piltory Saracen, » répondit Hakuya.

Piltory déclara après ça. « Je comprends que ce soit un endroit pour déterminer le poids de leur crime. Si vous faites cela, forçant votre volonté sur nous tous, alors ce procès n’a aucune raison d’être ! »

« Ga ha ha ! C’est bien dit, jeune Saracen ! » Un autre des nobles avait dit ça, se levant d’un coup sur ses pieds. Avec ses cheveux gris cendré peignés en arrière, et une barbe épaisse de la même couleur que ses cheveux, il s’agissait d’un grand homme musclé qui commençait à montrer les signes de la vieillesse.

Hakuya plissa les yeux, déclarant le nom de cette personne. « Il s’agit du chef de la Maison de Jabana, Sire Owen Jabana. »

« Ô Premier ministre à la robe noire, » répondit l’homme. « Le Duc Vargas ici présent a défendu ce pays pendant plus de cent ans, ce qui est une plus longue durée que depuis que je suis né. Il peut manquer de maturité, mais je doute que ses sentiments envers ce pays aient changé. Il s’est élevé contre Sa Majesté non par cupidité personnelle, mais parce qu’il était prêt à mourir en raison de son amitié avec Georg Carmine. »

« Vous suggérez que sa trahison n’est pas grave parce qu’elle a été faite au nom de l’amitié ? » demanda Hakuya en le fusillant du regard.

« Nullement, » déclara Owen, tout en secouant la tête. « Ce n’est pas ce que je dis. Le trône avait été officiellement transmis à Sa Majesté le Roi Souma, donc je veux seulement dire que le Duc Vargas a agi d’une manière inconsidérée. Ce n’est pas un crime qui peut être pardonné. Cependant, le Duc Vargas a déjà été dépouillé de sa position, de sa renommée, de ses terres et de ses atouts. N’est-ce pas, peut-être, un peu trop de choses à faire maintenant que de prendre sa vie ainsi que celle de sa fille en plus de tout ça ? »

« “Pardonner au traître” est-ce ce que vous dites ? » demanda Hakuya.

« Vieux comme je suis, je pense qu’il serait regrettable de ne pas le faire, » déclara Owen. « Le Duc Vargas est une personne qui pourrait commander des troupes pendant encore deux à trois cents ans. Y a-t-il quelqu’un dans ce pays qui pourrait diriger l’Armée de l’Air aussi bien que lui ? »

Peut-être enhardi par les mots d’Owen, Piltory avait commencé encore une fois à s’argumenter avec force. « Sire ! Vous-même, n’avez-vous pas dit : “Si vous avez un don, je vais le mettre à profit” ? Allez-vous perdre un don rare comme le sien !? Je ne peux pas croire que le Duc Vargas, un homme qui a dévoilé ses crocs contre vous parce qu’il avait confiance en son ami, est en quelque sorte inférieur à nous, des nobles qui, d’une façon opportuniste, avons refusé de prendre parti ! Je vous en supplie ! Faites comme l’a dit la duchesse Walter et allégez leurs peines ! »

Ayant écouté leurs paroles, Souma ferma les yeux pendant un instant, puis il donna l’ordre. « ... Emmenez-les. »

À cet instant, des soldats avaient encerclé les deux hommes et les avaient emmenés hors de la pièce. Owen avait obéi silencieusement aux soldats avec une expression déçue, tandis que Piltory continuait à crier, « Sire ! S’il vous plaît, reconsidérez votre position ! » même pendant qu’il était escorté hors de la pièce.

Une fois qu’ils avaient été emmenés, un silence désagréable était tombé sur le hall. Tout le monde retenait son souffle, incapable de dire quoi que ce soit jusqu’à ce que Souma rompe de lui-même le silence. « Y a-t-il d’autres opinions ? »

Les opinions des autres nobles étaient toutes une variante de « Condamnez-les tous les deux à la peine de mort. »

« La loi est la loi. »

« Si vous laissez passer ça, cela donne un mauvais exemple à vos autres vassaux. »

« Tout imbécile qui s’opposerait à Votre Majesté ne peut être d’aucune utilité. »

Et cela avait continué comme ça pendant un moment. Alors que ce qu’ils disaient semblait raisonnable, il était clair qu’ils pensaient. « Nous ne voulons pas déplaire au roi tout comme les deux premiers nobles. »

... je... j’avais du mal à le comprendre. Certes, les nobles restants craignaient Souma, et ils auraient du mal à s’opposer à lui. Cependant, quand j’avais comparé les deux nobles qui avaient été expulsés avec les douze qui étaient restés, j’avais dû m’interroger quant à savoir quel groupe serait vraiment celui apportant le plus de bénéfice à Souma et au pays.

... Non. Ne doute pas de lui. J’ai décidé de croire en Souma, n’est-ce pas ? pensai-je.

Je m’étais alors pincé les cuisses. Alors que je tentais désespérément de réprimer mon conflit intérieur, j’avais entendu Souma murmurer. « C’est quelque chose... qui doit être fait. »

Souma ?

« Je comprends vos positions, » Souma se leva et plaça sa main droite vers le haut.

Quand ils virent ce geste, les yeux de la Duchesse Walter s’écarquillèrent, les nobles retinrent leur souffle, et Castor et Carla baissèrent la tête en signe de démission..

Souma baissa la main en donnant un bref ordre. « Faites-le. »

Dans l’instant suivant, il y avait eu le bruit du déplacement de lames dans l’air et du sang qui était éclaboussé. Et alors...

... douze têtes étaient tombées au sol.

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Partie 2

Le livre auquel je m’étais référé en décidant comment je devrais agir en tant que roi était Le Prince.

Le Prince de Machiavel fut appelé « le livre du diable » et pendant des centaines d’années après sa publication, il fut attaqué par l’église chrétienne. Les parties les plus souvent distinguées étaient : « Chapitre VIII — De ceux qui sont devenus princes par des scélératesses » et « Chapitre XVII — De la cruauté et de la clémence, et s’il vaut mieux être aimé que craint.. »

Le chapitre VIII avait pour thème. « Même si un bon souverain peut perdre son pays, celui qui a saisi son État par des moyens ignobles et traîtres peut, par la suite, vivre le reste de sa vie en paix, sans subir la rébellion de son peuple. » Machiavel avait dit : « Je crois que cela découle de la mauvaise utilisation de la cruauté ».

En outre, au chapitre XVII, il avait aussi annoncé que les hommes étaient des créatures égoïstes, et si on leur demandait de faire du mal à l’une des deux personnes, ils choisiraient de faire du mal à une personne qu’ils aimaient au lieu de le faire à une personne qu’ils craignaient. Cela signifiait « il est beaucoup plus sûr d’être craint que d’être aimé ».

Il avait également dit. « Quand un prince est avec son armée, il est tout à fait nécessaire pour lui de ne pas tenir compte de la réputation de la cruauté, » indiquant également. « Hannibal de Carthage n’a fait face à aucune dissension parmi ses troupes ou contre lui-même, que ce soit dans la victoire ou dans la défaite. Cela ne vient de rien d’autre que sa cruauté inhumaine. »

L’église chrétienne, qui avait prêché l’amour, avait attaqué ces portions de texte, en disant. « Qu’est-ce que cela veut dire ? Recommande-t-il que les princes, qui devraient régner par la vertu, se livrent à des actes de cruauté !? » Cela les avait mis en colère, et Le Prince avait été interdit.

Puis, en partie à cause de sa réputation établie en tant que livre du diable, son contenu n’avait pas été examiné de près, les énoncés extrêmes ayant reçu le plus d’attention. Il en était arrivé au point où des erreurs de lecture telles que « Le Prince approuve l’usage de la cruauté » ou « Le Prince dit de massacrer tous ceux qui s’opposent à vous » étaient apparues sans contestation. On avait également vu des appels occasionnels pour réévaluer cette tendance.

Cependant, ce que je voulais dire avec fermeté était que : Machiavel n’a pas donné beaucoup de détails sur les cruautés.

Au chapitre VIII, il avait dit : « Celui qui usurpe un État doit déterminer et exécuter tout d’un coup toutes les cruautés qu’il doit commettre, pour qu’il n’ait pas à y revenir tous les jours, et qu’il puisse, en évitant de les renouveler, rassurer les esprits et les gagner par des bienfaits. Celui qui, par timidité ou par de mauvais conseils, se conduit autrement se trouve dans l’obligation d’avoir toujours le glaive en main, et il ne peut jamais compter sur ses sujets, tenus sans cesse dans l’inquiétude par des injures continuelles et récentes. Les cruautés doivent être commises toutes à la fois, pour que, leur amertume se faisant moins sentir, elles irritent moins ; les bienfaits, au contraire, doivent se succéder lentement, pour qu’ils soient savourés davantage. » Mais quand il s’agit du contenu pour le démontrer, il avait seulement énuméré des faits historiques, et à aucun moment Machiavel lui-même n’avait dit. « Faites-le comme ça ! »

C’était la même chose au chapitre XVII. Il avait crédité les actes merveilleux d’Hannibal à sa cruauté inhumaine, mais il n’avait pas précisé quelle était cette cruauté. Maintenant, quelles étaient ces cruautés que Machiavel disait devoir être faite en même temps, ou la cruauté qui était le fardeau qu’un prince devait supporter ?

Premièrement, Machiavel avait dit dans le chapitre XVII que, « Le prince qui veut se faire craindre doit s’y prendre de telle manière que, s’il ne gagne point l’affection, il ne s’attire pas non plus la haine » et avait noté que, pour éviter d’être détesté, « Il doit s’abstenir d’attenter, soit aux biens de ses sujets, soit à l’honneur de leurs femmes. » Puis, dans la même section, il avait dit. « S’il faut qu’il fasse périr quelqu’un, il ne doit s’y décider que quand il y aura une raison manifeste, et que cet acte de rigueur paraîtra bien justifié. »

Cela pourrait être reformulé en ça. « Même si un prince a une cause juste, il ne doit pas porter la main sur la terre, les biens ou les femmes de son sujet, et le meurtre n’est permis qu’avec une cause valable. (C’est-à-dire que le fait de tuer sans cause n’est pas permis.) »

En d’autres termes, quand Machiavel avait parlé de « l’usage des cruautés », il l’avait limité à « l’assassinat de ceux pour qui vous avez une raison. » Par conséquent, jusqu’où ces meurtres justifiables peuvent-ils être autorisés ? Est-ce qu’il disait, comme l’avait condamné l’église, que vous devriez « tuer tous vos ennemis » ?

Je savais bien que les opinions étaient partagées sur ce point, mais je croyais que la réponse était « Non. »

C’était parce que, dans le chapitre XX du Prince, Machiavel avait dit lui-même ceci : « Les princes, et particulièrement les princes nouveaux ont, éprouvé les hommes qui, au moment de l’établissement de leur puissance, leur avaient paru suspects, leur étaient plus fidèles et plus utiles que ceux qui d’abord s’étaient montrés dévoués. »

Avec ceux qui avaient pu être hostiles au début, s’ils avaient besoin d’aide pour subvenir à leurs besoins, ils pourraient être facilement gagnés à sa cause. Une fois qu’ils avaient été gagnés, ils travaillaient désespérément pour dissiper la mauvaise impression qu’ils avaient laissée, et ils étaient donc beaucoup plus utiles que ceux qui, ne s’étant pas opposés au nouveau prince au début, vivaient dans la sécurité.

Pour un exemple dans l’histoire du Japon, le féroce général qui avait servi sous Nobunaga Oda, Katsuie Shibata, devrait servir d’exemple facile à comprendre.

Quand le frère cadet de Nobunaga s’était révolté contre lui, Katsuie s’était au début rangé du côté du frère cadet, mais s’était ensuite rendu et était devenu son vassal. De là, Katsuie rendit un service distingué sous Nobunaga et devint son principal serviteur. Cependant, si ses efforts avaient été jugés insuffisants, il aurait pu être banni comme Hidesada Hayashi, qui s’était rendu avec lui. Cela avait dû faire partie de la raison pour laquelle Katsuie avait travaillé avec un tel désespoir.

Maintenant, revenons sur le sujet. Ce que Machiavel voulait dire quand il parlait de « cruauté » n’était pas « Assurez-vous de tuer tous ceux qui vous opposent », ou quelque chose comme ça.

Par conséquent, que voulait-il dire exactement ?

Pour répondre à cela, il fallait se tourner vers les exemples historiques que Machiavel avait utilisés de « cruautés bien utilisées. »

Quand Syracuse avait été attaqué par les Carthaginois, Agathocles avait trompé et tué les sénateurs et les personnes influentes, puis, une fois qu’il avait consolidé son propre pouvoir, il avait repoussé l’attaque carthaginoise.

Afin de s’emparer du pouvoir de sa ville natale de Fermo, Oliverotto avait trompé et tué son oncle qui était son patron avec les citoyens d’influence, puis avait tenu Fermo pour une seule année.

Quant à l’homme que Machiavel avait brandi comme son prince idéal, Cesare Borgia, il avait assassiné ceux qu’il avait réconciliés et avait consolidé son pouvoir. Parmi ceux qu’il avait tués était le Oliverotto susmentionné.

Machiavel avait approuvé ces actions. Et ce que nous pouvions voir à partir de ces exemples, c’est que la cible des cruautés était des alliés dans votre propre camp.

Les sénateurs, qui auraient pu être des alliés en tant que membres du même camp, mais qui auraient entravé ses politiques.

Le père qui empêchait quelqu’un de devenir prince. Et enfin, ceux qui s’étaient réconciliés et devenaient des alliés, mais qu’on ne pouvait pas faire confiance sur le fait qu’il n’allait pas se retourner contre lui une fois de plus.

Ces sortes d’alliés gênants, ou pour le dire plus fortement, les ennemis potentiels dans son propre camp, avait été la cible des cruautés selon Machiavel.

On pouvait en dire autant de la « cruauté » au chapitre XVII.

Hannibal aurait été craint par ses hommes à cause de sa cruauté inhumaine, mais si nous devions juger la qualité de cette « cruauté », en regardant l’exemple contrasté qu’il donnait de Scipion, ce qu’il voulait dire par là commençait à apparaître. Scipion était un grand général, mais ses hommes le trahirent, et les gens sous son règne se révoltèrent contre lui. La raison en était que sa trop grande indulgence l’empêchait de punir ses partisans quand ils se livraient à des abus.

En bref, Machiavel disait qu’Hannibal, qui était l’opposé de Scipion, était capable de condamner correctement ses alliés, ce qui le rendait craint par ceux qui servaient sous ses ordres, et peu importe qu’il ait gagné ou perdu, ils ne l’avaient jamais trahi.

Si nous pensions à la cible du « bon usage des cruautés » de Machiavel comme étant des alliés qui pourraient à l’avenir devenir des ennemis, avec son autre affirmation dans Le Prince que lorsque les États voisins sont en guerre, vous devez indiquer clairement de quel côté vous êtes, car si vous essayiez de rester neutre, vous échoueriez généralement. Nous pouvions commencer à voir quelles étaient les pensées sous-jacentes de Machiavel.

Fondamentalement...

« Ne faites pas confiance aux opportunistes qui rejoignent le camp qui gagne en ce moment. »

... C’était à peu près ça.

Machiavel avait servi comme diplomate à une époque où l’Italie était en proie à des intrigues et des trahisons.

Il avait dû voir d’innombrables cas où les choses avaient été poussées sous le tapis parce que quelqu’un ne voulait pas en faire beaucoup. Et tout cela pour finalement finir par voir ceux dont les transgressions avaient été oubliées devenant une source majeure de problèmes plus tard. C’est pourquoi il avait dit que, même si elle était jugée « cruelle », la source de la maladie devait être tranchée à sa racine.

C’est pourquoi j’avais fait décapiter ces douze nobles.

Plus de dix hommes vêtus de noir se tenaient derrière les douze nobles décapités. Leurs visages étaient couverts de tissu noir, et ils portaient des vêtements noirs qui ressemblaient à des tenues de ninja. Dans leurs mains, ils tenaient des épées ensanglantées. Cela rendait évident qu’ils étaient ceux qui avaient décapité les nobles.

L’intrusion soudaine et le meurtre avaient fait que tout le monde déglutit. Mon expression était restée inchangée. Hakuya n’avait pas changé d’un iota son expression. Mais nous étions les seuls dans ce cas.

« Hein !? Souma ! » s’exclama Liscia.

« Sire ! Vous autres, qui êtes-vous ? » cria Aisha.

Liscia et Aisha avaient toutes deux dégainé leurs épées et s’étaient avancées afin de me protéger, mais j’avais simplement posé une main sur l’épaule de chacune d’elles.

« Ça va. Ce sont mes subordonnés, » dis-je.

Liscia s’exclama. « Vos subordonnés... Hein... !? »

Tandis que Liscia semblait toujours perplexe, l’un des hommes en noir s’approcha. Alors que les autres hommes portaient tous des vêtements noirs quelconques, celui-ci était le seul qui portait une armure noire laquée. Il avait près de deux mètres de haut, avec une corpulence musculaire qui était visible même à travers son armure. De son cou vers le bas, il ressemblait à une sorte de Chevalier Noir, mais son visage était recouvert d’un masque de tigre noir. L’homme au masque de tigre noir s’agenouilla devant moi, inclinant la tête. « Maître. La mission est terminée. »

L’homme dans le masque de tigre noir avait une voix grave qui convenait à son apparence.

Liscia inhala de surprise. « Cette voi... quo !? »

Liscia avait commencé à dire quelque chose, mais j’avais tenu son épaule plus serrée. Liscia me regarda avec surprise, mais quand je secouai la tête... il semblait qu’elle avait compris ce qui se passait. Elle avait doucement rengainé son épée.

Quand j’avais regardé Excel, elle semblait également avoir compris la situation générale. Il y avait une légère colère pas tout à fait cachée dans son sourire.

« Je vais insister... pour avoir une explication appropriée de tout cela plus tard, » elle semblait dire ça silencieusement. Quand une beauté comme elle se fâchait, c’était un spectacle incroyable à voir.

Je sentis un vent froid me couler le long de ma colonne vertébrale alors que je tapotais Aisha sur l’épaule, qui n’avait toujours pas baissé sa garde.

« Aisha, rengainez également votre épée, » dis-je.

« M-Mais..., » dit-elle.

« Son nom est Kagetora... “Le Tigre de L’Ombre.” Il est le chef de l’agence de renseignement, les Chats Noirs, qui relèvent directement de ma personne, » dis-je.

Alors que je disais ça, les agents des Chats Noirs avaient brandi leurs épées devant eux à l’unisson.

J’avais été pris par les services secrets de l’Empire à Van, la capitale d’Amidonia, alors j’avais récemment organisé cette unité sous mon commandement direct pour me concentrer sur les opérations de renseignements.

Pour être plus précis, j’avais considérablement augmenté le nombre d’agents qu’avait déjà Hakuya, affiné leurs compétences, amené Kagetora avec ses superbes capacités de commandant pour les diriger, puis les réorganisais en une unité sous mon commandement direct.

Il s’agissait d’une unité avec beaucoup de mystères. Les identités des membres étaient inconnues. On ne savait pas non plus pourquoi, bien que l’unité n’ait été que formellement organisée l’autre jour, ils pouvaient déjà agir dans un tel unisson.

Le plus grand mystère était l’identité de Kagetora. La façon dont il avait commandé son unité comme si ces membres étaient ses propres bras et jambes. C’était presque comme s’il était un général-vétéran, mais y avait-il quelqu’un comme ça dans ce pays ? Qui pourrait-il être ? Personne ne connaissait sa véritable identité.

« ... Eh ! Souma, » Liscia demanda lentement. « Est-ce que Kagetora... »

« Personne ne connaît sa véritable identité. Compris ? » demandai-je.

« Ah, d’accord..., » répondit-elle.

Liscia avait l’air de ne pas savoir quoi dire, mais elle hocha la tête. J’avais immédiatement donné un ordre à Kagetora et aux Chats Noirs.

« Une fois que les corps des nobles auront été éliminés, contactez les unités de l’Armée Interdite qui sont à l’affût autour de leurs demeures. Ils doivent charger et sécuriser des preuves. S’il y a une résistance, supprimez-la. »

« À vos ordres, » répondit Kagetora.

Les Chats Noirs avaient immédiatement commencé à nettoyer les corps dès qu’ils entendirent l’ordre.

Kagetora regarda Liscia une dernière fois, puis quitta la grande salle. Une fois qu’ils étaient tous partis, Liscia m’avait regardé d’un air un peu sec.

« ... Vous allez m’expliquer tout ça après, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle.

« Oui. Je le sais déjà, » dis-je. « Mais je ne sais pas par où commencer... »

« Peut-être que vous pourriez commencer par expliquer pourquoi vous avez tué les nobles, » déclara Liscia.

« Eh bien, oui, ce serait votre première question..., » dis-je.

J’avais lentement commencé à expliquer mes raisons pour ce meurtre.

« Maintenant, quant à la raison pour laquelle ces douze personnes devaient mourir, ils étaient aussi connectés à Amidonia, » dis-je. « C’est quelque chose que Hakuya et Georg avaient confirmé à travers leurs enquêtes indépendantes. »

« Voulez-vous dire qu’ils étaient des espions pour Amidonia ? » demanda-t-elle.

J’avais hoché négativement ma tête. « Ce n’est pas tout à fait exact. J’ai dit “aussi”, n’est-ce pas ? Ils étaient connectés à Amidonia, aux nobles corrompus, et aussi à notre côté. »

« Hein !? Que voulez-vous dire par là... ? » demanda Liscia.

« Ils étaient des opportunistes, » dis-je. « Ils sont du côté de ceux qui gagnent. »

Ces nobles avaient toujours coopéré avec ceux qui étaient du côté des vainqueurs, afin d’éviter eux-mêmes les ennuis.

Quand le royaume avait été en déclin, ils avaient eu des connexions souterraines avec la Principauté d’Amidonia. Quand la guerre civile avait éclaté, ils avaient soutenu les nobles corrompus dans l’ombre, tout en restant eux-mêmes non impliqués. Ils avaient toujours fomenté le mécontentement tout en assurant comme ça leur propre sécurité. Ils avaient fait ça seulement en pensant à leur propre profit et à leur propre conservation.

« Ils ont profité en fournissant des fournitures et du personnel aux groupes de résistance, et si le camp gagnant était le vainqueur, ils écraseraient leurs alliés actuels pour gagner des acclamations pour eux-mêmes, » dis-je. « Si la suspicion se tournait vers eux, ils fomenteraient la rébellion ailleurs, de façon à empêcher l’enquête de les rattraper. Il semble qu’ils l’ont fait encore et encore sous le règne de votre père. »

Ayant appris ce qui se passait dans les coulisses pendant le règne de son père, Liscia était à court de mots. « Non... »

« Maintenant, ce qui les rendait dangereux, c’est qu’ils ne se sont jamais directement rebellés, » dis-je. « Quand l’avantage était de notre côté, ils agissaient presque comme des vassaux loyaux, il était donc difficile de les traduire en justice. C’est parce que quand les choses se passaient selon nos plans, ils faisaient leur travail. »

Après quelques secondes, je continuai à parler. « Plus un dirigeant est confiant dans sa capacité à maintenir le pouvoir, plus il a de patience, plus il veut faire confiance à ses vassaux, et plus il tombera dans un piège comme celui-là. Il penserait. “Si je peux construire une administration stable, ça devrait aller. Il n’y a pas besoin de réduire le nombre d’alliés que j’ai,”. »

« Mais... ne les avez-vous pas fait tuer ? » demanda Liscia.

« C’est parce que je ne vois pas mon règne être stable, » répondis-je. « En fait, je pense qu’un jour je serai peut-être obligé de rester au carrefour du destin. Quand ce moment viendra, je vous garantis que ces opportunistes m’auraient certainement blessé. Je ne veux pas que vous, ou Aisha, ou Juna, ou l’une des personnes qui m’est importante soit blessée, et puis j’aurais alors pensé : “Si seulement je m’étais occupé d’eux à l’époque”. Si cela arrivait, je deviendrais probablement fou. Voilà pourquoi, ici et maintenant, j’ai décidé d’étouffer tout ça dans l’œuf. »

Dans Le Prince de Machiavel, il avait dit ceci. « J’imagine qu’il peut être vrai que la fortune dispose de la moitié de nos actions, mais qu’elle en laisse à peu près l’autre moitié en notre pouvoir. »

Dans ce monde, l’ascension ou la chute d’une personne serait décidée selon que ses actions étaient adaptées à l’époque où elle vivait. Cependant, cela ne peut être jugé que par ceux qui viendront plus tard. Nobunaga Oda, Napoleon... Même s’ils étaient des génies en leur temps, une fois que les temps ne leur correspondront plus, ils seraient détruits.

Machiavel avait comparé la fortune à une rivière en furie.

Il avait dit que, si le changement soudain de la fortune ne pouvait pas être arrêté, si l’on se préparait à ce changement, son flux pouvait être rendu moins effréné et dangereux.

L’important était de ne pas être optimiste sur sa situation, mais d’être résolu et de faire ce qui devait être fait quand cela devait être fait.

À ce propos, Machiavel avait dit : « La fortune est femme. Pour la tenir soumise, il faut la traiter avec rudesse. Elle cède plutôt aux hommes qui usent de violence qu’à ceux qui agissent froidement ». Une façon d’annoncer qui contrarierait toute féministe qui l’aurait entendu. En mettant de côté son choix de mots, afin de m’assurer que les racines de la calamité ne sont pas restées, j’avais donné l’ordre d’abattre ces douze nobles ici.

Après qu’elle ait entendu mon explication, Liscia hocha lentement la tête. « Je comprends votre raisonnement, Souma. Que ferez-vous des Maisons de Saracen et de Jabana, celles que vous avez fait sortir ? »

« Permettez-moi d’expliquer cela, » déclara Hakuya s’avançant d’un pas. « Les Maisons de Saracen et de Jabana avaient travaillé aux côtés des douze autres sous leurs anciens chefs, mais cette connexion entre eux s’était rompue avec leur mort. L’actuel chef de la Maison des Saracen, Sire Piltory, est un beau jeune homme qui excelle à la fois avec la plume et l’épée, tandis que le chef de la Maison Jabana, Sire Owen, est un homme au sang chaud, sobre et honnête. On peut compter sur eux pour servir Sa Majesté sans duplicité. Je crois que vous pouviez voir cela de la façon dont ils ont agi tout en étant conduits hors de la grande salle. »

« ... Donc, vous avez alors montré une certaine discrétion sur qui devait être exécutée, » déclara Liscia.

« C’est exact, » répondit Hakuya en hochant la tête. « Ceux qui ont été exécutés l’ont tous été pour une raison ou pour une autre. Maintenant, nous étudions leurs demeures dans la capitale, recueillant des preuves de ce que c’était pour chacun d’entre eux. La punition pour le crime et la découverte de la preuve sont dans le mauvais ordre, ce qui n’est guère louable, mais je vous demande de nous comprendre. »

Après avoir dit ça, Hakuya baissa la tête.

Il essayait probablement de me soutenir. En lui disant que je n’avais pas tué ces douze personnes sur ma seule suspicion, il essayait d’empêcher que cela fasse quelque chose d’étrange à ma relation avec Liscia.

Liscia semblait comprendre aussi cela, alors elle n’insista pas davantage. « D’accord. Je comprends pour ces douze, mais si les deux autres étaient d’accord avec vous, Souma ? Les auriez-vous aussi tués ? »

Hakuya secoua négativement la tête. « Dans ce cas, le plan était pour moi de les provoquer. Bien que, s’ils avaient tenté de gagner la faveur de Sa Majesté comme les douze autres Maisons, nous aurions eu peu d’utilité pour eux après ça. »

« Vous aviez pensé aussi loin..., » Liscia me regarda, scandalisée.

Non, ce genre de plan qui impliquait de lire les caprices du cœur des gens est le rayon de Hakuya, pensai-je. Je pense que je n’ai pas cette personnalité désagréable...

Me voyant détourner les yeux, Liscia laissa échapper un soupir de résignation. « Alors, qu’arrive-t-il maintenant à Carla et à son père ? »

« ... J’arrive à ça, » j’avais marché pour me tenir devant un Castor enchaîné. Ayant vu tout ce qui venait de se dérouler, il avait l’air stupéfait. La lame qu’il s’attendait à tomber sur son cou était tombée sur celle d’un autre. Il n’était pas étonnant qu’il soit si perplexe.

« Castor Vargas, » dis-je. « Parce que vous avez refusé de tenir compte de mon ultimatum, vous êtes coupable de trahison. »

Castor inclina la tête. « ... Je comprends. »

Puis il baissa la tête encore plus bas qu’avant, posant cette fois-ci son front contre le sol. « Voilà pourquoi, je vous en supplie. Ce crime est seulement de mon fait. Alors, s’il vous plaît, épargnez la vie de Carla. »

« Vous n’êtes pas celui qui décide de cela, » dis-je, froidement. « Ceci est votre jugement. Votre crime de trahison est évident... Cependant, comme Piltory et Owen l’ont dit plus tôt, je reconnais votre contribution à ce pays en l’ayant protégé pendant plus de cent ans. J’ai déjà pris votre poste, vos terres, vos biens et même votre nom de famille. Par conséquent, je vais épargner votre vie, et cela uniquement. »

Je m’étais tourné vers Excel, qui regardait silencieusement pour voir comment les choses se développaient.

« Castor sera laissé sous votre garde, » dis-je à Excel. « Cependant, il lui est interdit d’entrer dans l’ancien Duché de Vargas, et aussi interdit de contacter son fils Carl, ou la mère de son garçon, Accela. Excel, votre beau-fils est celui qui a fait tout ça, alors vous devrez le surveiller de près. »

« Ah ! ... D’accord. Il sera fait selon vos ordres. » Il y avait des larmes dans les yeux d’Excel alors qu’elle effectuait une révérence.

Quand elle releva son visage, j’avais vu sa bouche prononcer les mots « Merci beaucoup, » vers moi. Je n’avais affiché aucune réaction, passant à Carla.

Même si son père avait été épargné, Carla portait encore une expression calme.

« Carla, » dis-je, « vous êtes coupable du même crime. De plus, vous n’avez pas le parcours distingué de Castor quant au fait d’avoir protégé le pays pendant cent ans. C’est triste à dire, mais je ne vois pas comment je pourrais diminuer votre punition. »

« ... Je comprends, » répondit-elle rapidement.

« A -Attendez ! Tuez-moi à la place ! » s’exclama Castor, enfonçant presque son visage contre le sol en désespoir de cause. « Carla a levé sa lame sur vous à mes ordres ! Alors, laissez mes anciens faits d’armes être utilisé pour Carla... »

« Emmenez-le loin d’ici, » ordonnai-je.

Mes assistants l’avaient alors traîné hors de la pièce. Il avait continué à crier. « Je vais prendre sa place ! » jusqu’à ce qu’il soit sorti de la pièce, mais je n’étais pas obligé de l’écouter.

Une fois que les choses s’étaient calmées, j’avais continué. « Vous avez clairement commis le crime de trahison. Cependant, si je laissais le cerveau de ça, Castor, vivre, cela me ferait mal de tuer sa fille. Par conséquent, je vais épargner votre vie, mais vous allez vivre comme une esclave. Vos propriétaires seront la famille royale... c’est-à-dire Liscia et moi-même. »

La deuxième plus lourde punition dans ce monde était les travaux forcés en tant qu’esclave criminel. Il n’y avait pas de telle chose comme l’emprisonnement à vie. Ceux qui deviendraient des esclaves criminels, à moins d’être amnistiés, seraient forcés de faire un dur labeur sans fin dans des endroits comme les mines de charbon. Bien que, dans le cas de Carla, parce que j’avais choisi de donner sa propriété à la famille royale, elle ne serait pas obligée d’aller trimer jusqu’à sa mort dans les mines de charbon et elle sera gardée dans la maison royale comme servante qui devait être d’une soumission absolue.

« ... D’accord, » Carla avait accepté mon ordre, hochant faiblement la tête.

Excel était sur le point de dire quelque chose, mais elle s’abstint finalement de le faire. Elle devait avoir décidé qu’il valait mieux ça par rapport au fait qu’elle soit tuée. Hakuya ferma en silence les yeux, tandis qu’Aisha était agitée par l’atmosphère de la pièce. Et enfin, Liscia avait regardé ce que je ferais en silence, son expression étant restée immuable.

« Je vous donnerai d’autres indications plus tard, mais, pour l’instant, j’ai un ordre à vous donner, » dis-je.

« ... Comme vous le souhaitez, » répondit-elle.

Je m’étais approché de Carla, qui penchait la tête, puis je m’étais accroupi à côté d’elle avant de murmurer un certain ordre pour qu’elle soit la seule à pouvoir l’entendre. Les yeux de Carla s’étaient écarquillées.

☆☆☆

Partie 3

Quand Souma murmura silencieusement l’ordre, je doutai de mes propres oreilles.

« ... S’il en est ainsi, alors, tuez-moi, » m’avait murmuré Souma.

Quand il avait vu mes yeux s’élargir de surprise, Souma m’avait regardée avec un regard sérieux sur son visage. « Pas maintenant, bien sûr. Si je deviens un tyran, je veux que vous soyez celle qui m’arrêtera. Avec votre capacité martiale, ne pourriez-vous pas facilement me tuer ? »

Le tuer s’il devient un tyran... !? Pourquoi me disait-il ça si soudainement ? Me demandai-je.

J’avais gardé ma voix basse alors que je lui demandais ça. « Pourquoi diriez-vous ça ? Et pourquoi à moi, entre toutes les personnes vivantes ? »

« Parce que Liscia et les autres ne pourraient pas le faire, » Souma murmura, un sourire troublé présent. « À un moment donné, je me suis retrouvé entouré de nombreuses personnes dont je me souciais énormément. Tout récemment, je me suis fiancé à une autre personne en plus de Liscia. Je parle d’Aisha, qui est là-bas. »

Il s’est fiancé à cette elfe noire sans que j’en entende parler !? pensai-je, stupéfaite. Est-ce que Liscia l’a accepté ? Bien, connaissant sa personnalité, elle est probablement pragmatique à ce sujet...

« Eh bien... Félicitations ! » murmurai-je.

« Merci, » murmura-t-il en réponse. « Donc vous voyez, j’ai de plus en plus de personnes qui m’importent. En soi, c’est une bonne chose, mais quand je pense à ce qui se passerait si, un jour, je devenais ivre de pouvoir et devenais un tyran... ça commence à me faire peur. Si cela arrivait, je me demande si Liscia et les autres pourraient m’arrêter comme ils le devraient. Comprenez-vous ça ? »

« Liscia vous arrêterait, » murmurai-je. « Vous connaissez bien sa personnalité collet monté. »

« Pourrait-elle vraiment le faire ? » rétorqua-t-il toujours en murmurant. « Bien sûr, si je commençais à me livrer à trop de débauche, ou si je commençais à massacrer les citadins, elle me réprimanderait pour ça. Mais si j’avais une bonne justification, tout comme je l’ai fait cette fois-ci, le ferait-elle vraiment ? Les purges individuelles ne sont pas vraiment un problème en elles-mêmes. Mais quand ils se produisent à plusieurs reprises, vous atteignez finalement un point de non-retour. Quand cela arrivera, Liscia et les autres pourront-ils m’abandonner ? »

C’est... Non, probablement pas, réalisai-je.

« Ce n’est pas à moi de le dire, mais... Liscia est amoureuse de vous, » murmurai-je. « Si vous tombez en enfer, je suis sûre qu’elle sera là à côté de vous. »

Liscia était une fille trop sérieuse et trop dévouée. Probablement, peu importe ce qui se passerait, elle suivrait Souma loyalement jusqu’à cette fin amère.

Souma hocha la tête. « Je le sais. Aisha ressent la même chose. Pensez-vous que Juna ferait peut-être pareil ? De toute façon, il y a beaucoup de personnes qui essaieront de souffrir à mes côtés. Je ne veux pas ça. S’il y avait une révolution en réponse à mon règne tyrannique, ce ne serait pas seulement moi qui serais exécuté, mais également Liscia et les autres personnes qui comptent pour moi. Je ne veux pas que Liscia et les autres finissent comme Marie Antoinette. »

Marie... qui ? pensai-je.

Alors que j’avais encore un point d’interrogation planant au-dessus de ma tête, Souma murmura avec un air sérieux. « C’est pourquoi, Carla, avant que ceux dont je me soucie puissent souffrir avec moi, je veux que vous preniez le rôle de mettre fin à tout ça. »

« ... Je suis maintenant une esclave, » murmurai-je. « Vous devrez déjà savoir que si je tue mon maître, le collier va me tuer. »

« Oui, » murmura-t-il en retour. « Donc, s’il vous plaît, ne le faites que si vous êtes également prête à mourir. Et, si je parviens à remettre la couronne à la génération suivante, je vais vous libérer de tout ça. »

Cet homme... il dit les choses les plus incroyables comme si elles n’étaient rien pour lui, pensai-je, assommée devant tout ça.

Souma m’avait dit que s’il devenait un tyran, je devais devenir la lame qui le frapperait. Puis, après l’avoir tué, je devrais mourir. En me gardant à ses côtés comme son esclave, il espérait m’utiliser comme un moyen de dissuasion personnelle contre le fait qu’il devienne un tyran.

« Vous ne... montrez vraiment aucune pitié, » murmurai-je.

« Je m’efforce de faire tout ce qui est nécessaire pour ceux dont je me soucie, » murmura-t-il.

« Je pensais vis-à-vis de vous-même, » murmurai-je. « Bien que je suppose que le sens est toujours à l’envers. »

J’avais pensé la même chose dans la bataille avec Amidonia, mais cet homme se traitait beaucoup trop mal. S’il ne prenait pas mieux soin de lui-même, il allait causer beaucoup de soucis à ceux qui l’entouraient.

Liscia, tu es tombée amoureuse d’un homme vraiment pénible..., pensai-je pour moi même.

C’était vrai. Afin de protéger d’un avenir triste la vie amoureuse de ma meilleure amie, j’avais décidé d’agir comme son moyen de dissuasion.

Assise tout droit, je m’étais alors très largement inclinée. « J’ai entendu votre ordre. Jusqu’à ce que vienne le jour où je devrais agir, je vais travailler de mon mieux pour vous, en priant pour que ce jour n’arrive jamais. »

Souma hocha la tête de satisfaction face à ma réponse. « En ce moment, nous n’avons aucun travail destiné exclusivement à une esclave. Pour l’instant, vous rejoindrez le groupe des servantes. Mais... eh bien... Euh, vous obtiendrez les détails de la femme de chambre en chef par vous-même. »

Alors qu’il m’avait donné cet ordre, il avait semblé un peu hésitant vers la fin. Je me demandais ce qui se passait, alors j’avais suivi le regard de Souma pour voir une belle servante qui semblait avoir une vingtaine d’années et qui sourirait joyeusement.

Alors que je me demandai ce qui se passait avec elle, je réalisai que Liscia regardait dans ma direction, et qu’une expression de pitié absolue était présente sur son visage.

... Hein !?

***

Avec le procès de Castor et de mon amie Carla, Souma, Aisha et moi retournions au bureau des affaires gouvernementales quand soudainement, Souma trébucha devant nous.

« Souma ! » criai-je.

« Sire ! » cria Aisha.

Quand Aisha et moi avions essayé de le soutenir, Souma avait mis une main sur le mur. « Je vais bien. J’ai simplement trébuché, » répondit-il alors qu’il faisait un signe pour nous d’arrêter avec sa main libre.

« Mais..., » dis-je.

« Tout va bien, » dit-il. « J’aimerais être seul pendant un petit moment. »

Puis il était allé dans le bureau des affaires gouvernementales par lui-même.

De l’aperçu que j’avais eu de son visage de profil, il semblait pâle et malade. Laissée seule dans le couloir, j’avais entamé une conversation avec Aisha, qui avait également été laissée là et se tenait à mes côtés dans un état second.

« Il y a un instant, il était dans son état habituel, » dis-je. « Mais que pensez-vous qu’il lui est arrivé tout à coup ? »

« Je ne suis pas moi-même entièrement sûre de ça, » répondit Aisha. « Cependant... »

« Cependant ? » demandai-je.

« Il ressemblait à un soldat revenant de sa première bataille, » répondit-elle, affichant un air troublé. « Comme quelqu’un... qui venait de tuer pour la première fois. »

« Vous voulez dire par là qu’il se sent mal de la façon dont il a tué les douze nobles ? » demandai-je.

Mais Souma ne l’avait-il pas fait parce qu’il avait cru que c’était nécessaire ? Si c’est le cas, il n’avait rien à regretter. D’ailleurs, Souma avait connu sa première bataille dans la guerre avec la Principauté d’Amidonia. Il avait renversé le prince Gaius VIII d’Amidonia, et il avait fait exécuter les nobles corrompus après cela. Ce n’était pas une première pour lui.

Quand je lui avais souligné ça, Aisha hocha négativement la tête. « C’est de la pure spéculation de ma part, mais lorsqu’il l’a fait avec Gaius, c’était dans une situation de “tuer ou d’être tué”. Les nobles corrompus avaient clairement manifesté leur intention de se rebeller contre lui. Cependant, dans le cas de ces douze nobles, ils ne tentaient pas dans l’immédiat de nuire à Sa Majesté. Même s’il sait qu’il serait dangereux de les laisser en vie, il se demande quand même si c’était la bonne décision de les tuer. Dans son cœur, peut-être qu’il ne peut pas tout à fait accepter cela. »

Aisha regarda, inquiète, la porte du bureau des affaires gouvernementales.

Il ne peut pas accepter ça... Hmm..., pensai-je.

... Tout à fait. Je pensais que l’interprétation d’Aisha était correcte. J’avais entendu de la bouche même de Souma qu’il venait d’un monde paisible. Il n’y avait pas eu de guerres depuis quelque temps.

Parce qu’il était venu d’un monde comme ça, Souma détestait vraiment que des personnes meurent. Mais il n’était pas trop optimiste pour penser que tout pouvait être pris en charge sans sacrifices. Voilà pourquoi les politiques de Souma avaient toujours été axées sur la minimisation du sacrifice tout en maximisant le gain.

C’était un état d’esprit naturel pour le dirigeant d’une nation. Cependant, dans le propre cœur de Souma, il n’était pas si insensible qu’il pouvait accepter même ces sacrifices minimisés.

« Hé, Aisha, » dis-je. « Que faites-vous pour soutenir un soldat comme ça ? »

« Eh bien... Je n’ai jamais fait partie de l’armée, donc je ne suis pas experte en la matière. Mais j’entends souvent qu’il vaut mieux leur faire oublier ça, » répondit-elle.

« Leur faire oublier ça ? » répétai-je.

« J’entends par là que leurs officiers supérieurs et les soldats plus âgés les inviteront à boire du vin et que des femmes viendraient également pour les aider à se défouler, » répondit Aisha. « C’est le genre de chose que seul le temps peut guérir, donc ils les empêchent d’y penser trop profondément et de se briser. »

Du vin, ou l’autre chose... Hmm, pensai-je pour moi-même. Dans ce cas...

***

Le procès avait commencé à midi. Maintenant, c’était vraiment la nuit.

J’étais allongé seul dans mon lit. Le bureau des affaires gouvernementales était complètement noir avec toutes les lumières éteintes.

Il y avait beaucoup de travail pour moi. Mais, juste pour aujourd’hui, j’avais demandé à Hakuya de me laisser me dérober à mes devoirs. Je n’avais pas la volonté de faire quoi que ce soit. Hakuya l’avait compris. Je souhaitais vraiment pouvoir m’endormir. Mais, contrairement à cet espoir, j’étais toujours éveillé.

Si j’utilisais juste un peu ma tête, ça pourrait aider à m’endormir, alors j’avais décidé de réfléchir si l’exécution était justifiée ou non.

En l’examinant sur le long terme, je pensais que l’exécution des douze nobles avait été nécessaire. Si je les avais laissés en vie, et si quelqu’un avait été blessé par la graine de la calamité qu’ils sèmeraient, j’étais sûr que je l’aurais regretté. Mais, eh bien... maintenant, je tenais désespérément ma poitrine, essayant de ne pas regretter de les avoir tués.

« Toutes les cruautés doivent être menées d’un seul coup. »

« Un prince ne doit pas se préoccuper d’une réputation de cruauté. »

« Pour éviter la destruction, il vaut mieux choisir de se battre. »

« Quand le moment de votre décès arrive, il est trop tard pour les regrets. »

J’avais sans cesse retourné dans ma tête les idées de Machiavel. Mais tout ce que je faisais était à la recherche d’une excuse.

Si je devais regretter quelque chose, je préférais que j’aie choisi un chemin qui ne blessait pas ceux dont je me souciais le plus. Je pensais m’en être convaincu avant de prendre la décision, et je me sentais mal à l’aise d’avoir encore hésité malgré cela.

Pendant que je réfléchissais à ça, la porte s’ouvrit soudainement. J’avais simplement bougé la tête pour vérifier, et Liscia et Aisha se tenaient là devant moi.

Dans un vêtement plutôt provocateur...

« Hein !? » J’avais réagi sous le choc.

Elles portaient toutes les deux ce qui ressemblait à de minces robes de chambre qui descendaient à peine là où cela masquerait un hypothétique sous vêtement.

Peut-être qu’elles ne portaient rien sous les robes, parce que le décolleté qui se dégageait de l’endroit où les deux parties de la robe se rencontraient, ainsi que les cuisses nues qui sortaient de dessous... tout cela était terriblement captivant. Dans la lumière qui venait du couloir au-delà de la porte ouverte, les courbes de leurs silhouettes étaient accentuées d’une manière provocatrice. Cela faisait ressortir la taille d’Aisha et sa silhouette galbée, tandis que le corps bien équilibré de Liscia était également magnifique.

C’était peut-être un peu trop pour moi d’encaisser tout ça à la fois, mais je les avais regardées pendant un moment, ravi du spectacle.

... Honnêtement, si je n’avais pas été si déprimé à ce moment-là, toute la raison aurait probablement disparu par la fenêtre en un instant. Cependant, dans mon état d’esprit actuel, tout semblait plus comme une mauvaise blague.

« ... Qu’est ce que vous croyez faire là ? » demandai-je.

Mon ton était si effrayant que je m’en étais moi-même étonné. Non, ce n’était pas ce que j’aurais dû dire, et je le savais bien. C’était comme si je relâchais ma frustration sur elles.

J’avais gardé mon ton aussi calme que possible et je m’étais corrigé. « Je croyais vous avoir demandé de me donner du temps pour moi. »

« Nous ne pouvons pas vous laisser seul quand vous êtes comme ça. Pouvons-nous maintenant venir ? » Liscia avait rejeté mes objections alors qu’elle venait vers moi avant de s’asseoir sur le bord du lit où j’étais couché.

Aisha avait également dit. « P-Pardonnez moi pour l’intrusion, » et après ça, elle était venue de l’autre côté de Liscia avant de s’asseoir poliment à côté de moi.

Si j’avais tourné ma tête à gauche ou à droite, il y avait chaque fois les fesses d’une belle fille. Je ne pouvais que couvrir mes yeux avec un bras, regardant droit devant moi. « Qu’est-ce que c’est... ? Qu’est-ce que vous voulez vous deux... ? »

« C’est... Eh bien... vous pourriez dire que nous voulons vous aider à oublier..., » répondit Liscia.

« Pardon ? » demandai-je, totalement abasourdi.

« En tout cas ! Vous pouvez faire ce que vous voulez avec nous ! » s’écria Liscia.

« C-Comme c’est la première fois que je fais une telle chose, alors je compte sur vous, Votre Majesté !! » cria Aisha.

« Vous pouvez faire ce que vous voulez avec nous »... « Je compte sur vous » que disent ces deux-là ? pensai-je.

« Écoutez... Je ne suis pas d’humeur pour le moment, » dis-je.

« Ohh, si seulement nous avions eu Mademoiselle Juna ici avec nous, » déclara une Aisha déçue.

Non, en ce moment, Juna est en train de s’occuper de la procédure de transfert de la Marine, compris ? soupirai-je... Oh, peu importe. Je suis sûr qu’elles le font parce qu’elles sont inquiètes.

Pendant que je pensais ça, Liscia avait commencé à gigoter. « Hmm, Souma... »

« Quoi ? » demandai-je.

« Il fait un peu froid ici, alors pour l’instant, ne peut-on pas vous rejoindre sous les couvertures ? » demanda Liscia.

Elle tremblait donc, euh... Eh bien, c’est normal. Car après tout, nous sommes presque en hiver. Elles doivent avoir froid dans ces tenues, pensai-je.

Avant que je puisse dire. Ce ne serait pas un problème si vous vous étiez habillée correctement, les deux filles s’étaient précipitées sous mes couvertures. Il s’agissait d’un lit simple, ce qui en faisait que nous avions à peine la place pour trois personnes. Et donc, inévitablement, les deux arrivantes s’étaient retrouvées collées contre moi. C’était assez proche pour que je puisse sentir leurs cœurs battre.

« Wôw, » déclara Liscia. « C’est agréable et chaud, Hmm... »

« Effectivement, » dit Aisha. « Je pourrais facilement m’endormir comme ça. »

« Toutefois, vous savez, ceci est ma chambre et mon bureau, » je ne pouvais que faire un sourire ironique en réponse à leurs commentaires. Cependant... Eh bien... c’était effectivement vraiment chaud.

Mes soucis d’avant semblaient fondre. Voilà à quel point la chaleur des autres filles était importante. En ayant simplement quelqu’un à côté de moi, mon cœur s’était senti plus léger.

Je pouvais me rappeler que je les protégeais et que je voulais les protéger.

« Vous deux, » dis-je.

« Hm !? » dit Liscia.

« Quoi ? » demanda Aisha.

« Merci beaucoup, » dis-je.

Au moment où j’avais dit ça, elles avaient toutes les deux souri alors qu’elles étaient placées de chaque côté de moi.

Puis, peut-être parce que nous étions tous fatigués, nous nous étions tous les trois endormis.

☆☆☆

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5 commentaires

  1. Merci pour le chapitre

  2. Merci pour le chapitre, quel coup de théâtre...

  3. Badassss
    merci pour le chapitre

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