Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 1

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Chapitre 4 : Un jour de Congé à Parnam

Partie 1

Nous sommes maintenant quelques semaines après que le premier épisode de "Le Génial Déjeuner du Roi" ait été diffusé.

Ce jour-là, une pétition venait d’être remise au Premier ministre Hakuya Kwonmin.

Le département du personnel avait été le seul à s’être occupé de cela, mais la pétition comprenait des noms de personnes provenant de la Garde Royale, des femmes de ménage ainsi que de tous les autres groupes du palais. Marx, qui était maintenant le chambellan, et Ludwin, le chef de la Garde Royale, avaient tous deux également été mentionnés dessus.

Se demandant ce que cela pourrait être, Hakuya examina rapidement le contenu pour trouver...

« ... Ha, je vois. » (Hakuya)

Hakuya était d’accord malgré lui avec cette pétition.

◇ ◇ ◇

« Vous savez tout. Je vais insister jusqu’à ce que vous preniez un congé, Votre Majesté. » Déclara Hakuya.

« Qu’est-ce qui se passe exactement ? » Demandai-je. « Tout ce que vous m’avez dit est vraiment sans queue ni tête. »

Alors que je travaillais dans le bureau des affaires gouvernementales, Hakuya était soudainement entré et il m’avait dit sans préambules : « Prenez un congé. » Puis, il avait abandonné le paquet de papiers qu’il tenait dans ses mains sur le bureau sur lequel je travaillais.

« Ceci est une pétition que je viens de recevoir en provenance directe du département du personnel. » M’informa-t-il. « Selon ce document, “Lorsque ceux se trouvant au sommet ne se reposent pas, ceux qui sont en dessous ont du mal à prendre un congé”. Vous trouverez dans ce document les signatures de Messieurs Marx et Ludwin. Quant à moi, votre humble serviteur, j’ai aussi ajouté mon propre nom à cette longue liste. »

Ah. Maintenant qu’il le mentionne, je crois que je n’ai pas pris de repos depuis que j’ai été convoqué ici, n’est-ce pas ? pensai-je.

Ce n’était pas comme si je ne me reposais pas du tout. Récemment, comme j’étais devenu habitué à utiliser mon pouvoir de Poltergeist Vivant, j’avais pu parfois laisser la paperasse à ma capacité et j’avais pu faire des choses comme coudre des poupées dans la chambre de Liscia. Si je laissais une partie de mon esprit fonctionner pendant qu’une autre partie de celle-ci se reposait, je pouvais travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sans me sentir le moins du monde épuisé... Cependant, selon Hakuya, il semblerait que ce n’était pas le problème ici.

« Même si vous vous reposez, vous êtes toujours dans le palais. N’est-ce pas ? » Me demanda-t-il.

« Oui. Pour le cas où quelque chose se passerait. » (Souma)

« Je vous dis simplement qu’il semblerait que vous ne vous reposiez pas quand vous agissez ainsi. Et, parce qu’il semblerait que vous ne vous reposiez pas, toutes les personnes du palais ont elles aussi, du mal à se reposer. Veuillez prendre cela en considération. » (Hakuya)

« C’est facile pour vous de dire cela... » Dis-je.

« Normalement, je voudrais que vous preniez plusieurs jours de repos pour pouvoir pleinement vous reposer. » Dit-il. « Mais... »

« Avons-nous ce genre de temps à disposition ? » Demandai-je.

« Nous ne l’avons pas. » (Hakuya)

« C’est bien ce que je pensais. » (Souma)

En fait, il y avait une montagne de choses à faire. Sans parler du développement et du renforcement de l’armée, de rencontrer des VIP, de créer des documents à usage externe, de faire avancer toutes sortes de réformes. La liste pourrait durer pour toujours. Même la demande d’Aisha d’aller à la Forêt Protégée par Dieu dès que possible était encore en attente. Je leur avais au moins expliqué comment l’éclaircissement périodique fonctionnait, donc j’espérais que leur situation soit devenue meilleure depuis. Dans ce pays assailli par des problèmes internes et externes, il n’y avait pas de temps que nous pouvions nous permettre de gaspiller.

« Cependant, si cela réduit le moral et, par conséquent, l’efficacité du travail, je crois que votre travail acharné pourrait être autodestructeur en soi. » M’expliqua Hakuya.

« Eh bien ! Dans ce cas, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » Demandai-je.

« D’une manière ou d’une autre, je vais trouver le temps de vous donner un jour de congé. » Dit-il. « Pourquoi ne pas l’utiliser pour une sortie quelque part ? »

Hein ? Une sortie...

« Puisque je n’ai pas beaucoup de jours de congé, que se passerait-il si je disais que je voulais l’utiliser pour me reposer dans ma chambre ? » Demandai-je.

« Votre requête est rejetée. Je dois vous demander de prendre vos vacances de manière à ce que vos sujets puissent vous voir heureux de les prendre. » (Hakuya)

« ... Et vous appelez toujours cela des vacances ? » (Souma)

À mon avis, il s’agit d’un jour de congé seulement quand vous êtes en mesure de faire ce que vous voulez avec. Je tentai de faire à Hakuya un regard éloquent pour tenter de lui transmettre cela, mais il l’encaissa avec une totale indifférence.

« N’est-ce pas l’occasion parfaite ? Vous pourriez utiliser ce temps pour visiter la ville du château avec la Princesse Liscia. » (Hakuya)

« Vous désirez donc que j’aie un rendez-vous galant ? » Demandai-je.

« Vous êtes tous deux fiancés, alors, s’il vous plaît, veuillez montrer à la population à quel point vous êtes proche l’un de l’autre. » (Hakuya)

« Oh, allez ! Maintenant, tout cela se transforme en quelque chose qui fait partie de mes devoirs officiels. » Protestai-je.

Voulez-vous que nous fassions des trucs comme ils l’ont fait à l’émission sur l’album Famille Impériale ?

« ...Et que ferez-vous pour me protéger ? » Rajoutai-je.

« N’avez-vous pas Aisha pour ce genre de situation ? » Me répondit-il.

« D’abord, vous me dites d’avoir un rendez-vous gallant, et maintenant, vous me dites d’apporter une autre femme avec moi ? » (Souma)

« Quel est le problème ? Ce sera comme avoir une belle fleur dans chaque main. » Commenta Hakuya. « Juste à y penser, je suis très jaloux de vous. »

« Vous ne le pensez pas vraiment... » (Souma)

*Soupir*... Eh bien, c’est certainement un moment très intéressant pour me détendre. Je suppose que je pourrais l’apprécier en me disant que je vais simplement aller m’amuser avec des amis. Je pourrais aussi aller dans tous les endroits de la capitale qui m’intéresse. Voyons voir... je pourrais visiter le café chantant dans lequel Juna travaille. Cela pourrait être sympa.

« ... D’accord. Vous avez gagné. Je vais prendre un jour de congé. » Dis-je.

« Votre compréhension est appréciée. » (Hakuya)

Alors qu’Hakuya s’inclinait de façon révérencieuse, je lui fis un regard froid.

« Actuellement, où est Liscia ? » Me demandai-je.

Je voulais lui faire savoir que nous avions un jour de congé, mais elle n’était pas dans sa chambre. Habituellement, cela signifiait qu’elle était quelque part dans les installations de formations du palais. Quand j’étais monté sur le trône, la position de Liscia en tant que membre de la royauté était partie en fumée. Maintenant, tout ce qui lui avait été laissé était son grade dans l’armée, alors agir en tant que mon conseiller (ce qui, selon vous, était un travail très difficile) était le seul travail qu’elle avait maintenant. Et dernièrement, ne s’était-elle pas plainte du fait qu’elle n’avait plus rien à faire autre que de se joindre aux gardes royaux pour s’entraîner ?

En premier, j’allai visiter le champ de tir, puis les terrains d’entraînement intérieur. Et finalement, lorsque je vérifiai dans les jardins intérieurs, je trouvai Liscia avec Aisha au milieu d’une des cours intérieures.

« Haaaaaaaaaaa! » (Aisha)

Avec un grand cri, Aisha balança une épée aussi grande qu’elle.

En revanche, Liscia avait lu silencieusement les attaques de son adversaire, frappant rapidement à l’aide de sa rapière.

Il était difficile pour un amateur de dire laquelle des deux avait l’avantage. Était-ce Aisha, qui relâchait une attaque qui écraserait tout ce qui serait touché par elle. Ou était-ce Liscia qui esquivait avec grâce cette attaque, libérant trois attaques consécutives avec sa rapière ?

Était-ce Aisha, qui avait pu créer ces poussées sur le côté en n’utilisant rien de plus que le gantelet qu’elle portait ? Ou était-ce Liscia qui avait utilisé l’ouverture créée par Aisha pour marcher sur la grande épée d’Aisha, empêchant Aisha de la soulever ?

... Est-ce vraiment un match d’entraînement ? Leurs tactiques à l’épée étaient si intenses, que je ne pouvais pas être sûr qu’elles ne soient pas sérieuses.

« Vent Sonique ! » (Aisha)

« Épée de la Montagne de Glace ! » (Liscia)

Maintenant, elles commencent à utiliser la magie et leurs compétences !

Le Vent Sonique d’Aisha était apparemment une compétence qui libérait un "vent tranchant" depuis son épée à deux mains. Quand Liscia l’esquiva, elle coupa sans difficulté l’arbre qui se trouvait derrière elle. L’arbre avait été coupé en deux, en diagonale.

Pendant ce temps, l’Épée de la Montagne de Glace de Liscia semblait être une compétence qui gelait instantanément le sol au point ou il devenait une sorte de patinoire, puis elle lui permettait de projeter des pieux de glaces sur son adversaire, mais Aisha avait alors facilement coupé tous les projectiles qui semblaient pouvoir la frapper en utilisant son épée.

... Pourquoi sont-elles dans une lutte qui ressemble étrangement à une bataille à mort ?

J’avais déjà vu la magie en action dans ce monde. Récemment, pour pratiquer ma capacité à manipuler des poupées, j’avais utilisé un mannequin pour sortir et chasser des monstres, alors j’avais souvent rencontré des aventuriers lors de ces sorties qui utilisaient la magie (bien que c’était généralement lorsque mon mannequin était vu comme un monstre et qu’ils l’attaquaient).

Cependant, avec la magie utilisée par les aventuriers ordinaires, ce qu’ils pouvaient faire était de simples projectiles de flammes, de glaces ou des soins des blessures mineures. Je n’avais jamais pensé que la magie utilisée par quelqu’un d’expérimenté soit si incroyable.

Aisha était forte, mais Liscia semblait elle-même assez capable. Alors que les deux combattaient, leurs yeux étaient remplis de vie, étincelants même, comme si elles avaient découvert une rivale digne d’elles.

Donc voici ce qu’est un véritable guerrier. Attendez, si je les laisse se battre ainsi, elles vont finir par détruire tout le château !

« Vous deux... Arrêtez ça ! » (Souma)

« « Oui Monseigneur ! Attendez, quoiiiiiiiii !? » » (Les deux)

Les deux qui reprirent ainsi conscience de leur environnement atterrirent sur le sol gelé, puis, totalement synchronisées, elles glissèrent toutes deux sur la plaque de glace et tombèrent à l’unisson sur leurs fesses.

*

« Un-Un-Un rendez-vous tous les deux !? » s’exclama Liscia.

« Oui ! » (Souma)

Quand je lui avais expliqué que j’avais un jour de congé obligatoire et qu’Hakuya m’avait recommandé d’avoir un rendez-vous avec elle, Liscia avait l’air stupéfaite.

« Attendez... Est-ce quelque chose que nous devrions faire parce que quelqu’un d’autre nous a dit de le faire ? » (Liscia)

« Je ressens la même chose que vous, mais... Dans l’esprit de Hakuya, les rendez-vous royaux font probablement partie de nos tâches à accomplir. » (Souma)

« Quelle façon inhumaine de penser ! » Murmura-t-elle.

« "Avant d’être un être humain, je suis le Premier ministre." C’est très probablement ce qu’il nous dirait si on lui faisait la remarque. » (Souma)

« Hahaha ! » À la suite de ma réplique, elle se mit à rire. « Oui, sans aucun doute ! »

« Alors pour lui, fondamentalement, avant même que nous soyons des êtres humains, il veut que nous soyons le roi et la reine. » (Souma)

« ... Pardon. De cela, je ne peux vraiment pas en rire. » (Liscia)

Tous les deux, nous avions alors soupiré à l’unisson à cette pensée.

Hakuya était brusque, fiable, et il avait pris dès le départ son travail très au sérieux. Mais il pouvait quelques fois aller bien trop loin à cause de sa fidélité sans faille qui le caractérisait. Eh bien, ce n’était pas pour dire qu’il n’avait pas quelques fois un certain côté empli de douceur. Récemment, il avait commencé à s’occuper personnellement de Tomoe en lui donnant des cours à la suite de la demande de Tomoe.

« Eh bien ! je suis heureux d’avoir un jour de congé, et je pense que c’est correct si j’en profite pour ainsi aller visiter divers endroits, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Je suppose que oui. » Accepta-t-elle.

« Oh, oh ! Dans ce cas, s’il vous plaît, venez dans ma forêt ! » Aisha leva la main, essayant d’attirer notre attention, mais je secouai la tête.

« J’ai encore une tonne de travaux officiels à finir pour pouvoir y aller. Il ne peut se faire que des choses que nous pouvons faire lors d’une excursion d’une seule journée. » (Souma)

« Ohh... Même à cheval, il faut trois jours pour arriver jusqu’à la Forêt Protégée par Dieu... » (Aisha)

Oui, c’est pourquoi c’est hors de question d’y aller maintenant.

« Vous devrez abandonner cette idée pour cette fois-ci. Mais je vous ai appris comment faire des éclaircissements périodiques, n’est-ce pas ? » (Souma)

« Oui. Cependant, il y a parmi les elfes sombres des individus qui sont aveuglément têtus... qui dirait à coup sûr. "Quelle est cette absurdité ? Comment pouvez-vous suggérer que nous, les elfes sombres, les protecteurs de la forêt, nous abattions les arbres ?" » (Aisha)

Ah. Ouais, vous pouvez facilement trouver des types de ce genre dans tous les endroits possibles.

Je respectai grandement leur désir de protéger la nature, mais quand cette envie allait trop loin, elle atteignait un niveau d’arrogance et là, cela pouvait devenir un réel problème. La nature n’était pas si faible qu’elle nécessiterait que les humains la regardent de haut et la "protègent". Si quelque chose...

« C’est pourquoi je veux que vous veniez, Monseigneur. » M’expliqua-t-elle. « Pour leur donner un coup de pied au cul. »

« ... Je comprends. Quand j’aurai le temps, j’irai. » (Souma)

Il me semble que le nombre de choses que je devais faire était en constante augmentation, mais... dire cela ne serait de toute manière d’aucune aide, n’est-ce pas ? pensai-je.

« Je vous en prie. Si cela vous aide, utilisez mon corps, ainsi que ma vie, de quelques manières que vous pourrez trouver utiles. » Annonça Aisha en inclinant sa tête.

« Eh bien, j’ai actuellement une faveur à vous demander... » (Souma)

« Oui, Monseigneur ! Voulez-vous que je réponde à vos besoins physiques ? » Me demanda-t-elle immédiatement.

« Pourquoi est-ce la première chose qui vous vient à l’esprit ? » (Souma)

« Eh bien, je viens juste de vous offrir mon corps ! » (Aisha)

« Souma... » Liscia se mit à parler à côté de moi, très agressive.

« Bien sûr, ce n’est pas ce que je vous demande ! Liscia, arrêtez de me regarder avec ce visage ! » (Souma)

Quand Aisha était excitée, il semblerait qu’elle se contrôle bien moins, et qu’elle devenait souvent quelque peu sauvage.

« Je voulais simplement vous demander d’être mon garde du corps pendant que nous irons dans la ville du château. » Lui expliquai-je.

« V-Vous voulez que je me joigne à vous pour votre rendez-vous ? » Me demanda-t-elle.

« Eh bien ! Si nous étions juste Liscia et moi, nous serions en difficulté si quelque chose venait à se produire. » Dis-je ?

Après quelques secondes, je rajoutai. « Nous pouvons bien l’appeler un rendez-vous, mais en vérité, nous allons juste marcher ensemble dans la ville, et donc vous ne devriez pas être dérangée par cela. »

« ... Mais dans mon cas, cela me dérange quand même. » Pour une raison quelconque, Liscia faisait la bouche en cœur.

Peut-être qu’elle aurait voulu être seule à ce rendez-vous ? ... Non, cela ne pouvait pas être cela. Je veux dire, même si nous étions fiancés, il s’agissait juste d’une formalité.

« Eh bien, c’est comme ça. » Dis-je. « Je compterai sur vous deux quand ce jour viendra. »

« Oui, Monseigneur ! Compris ! » Déclara Aisha avec enthousiasme.

« ... Bien, j’ai compris. » Contrairement à l’enthousiasme d’Aisha, Liscia semblait peu satisfaite.

*

Et ainsi, notre jour de congé arriva enfin.

Liscia, Aisha et moi marchions alors le long d’une rue commerçante dans la ville du château de Parnam. Hakuya nous avait dit. « S’il vous plaît, sortez et montrez aux gens du peuple à quel point vous êtes proche l’un de l’autre. » Mais apparemment, cela avait été juste une blague. Car quand le jour fut enfin venu, il nous avait demandé de rester discret. Eh bien, dans le cas où le roi descendît dans la ville du château, après tout, Aisha seule n’était probablement pas assez sécuritaire.

Donc, je portais en ce moment l’uniforme de l’Académie Royale des Officiers de Parnam et je me faisais passer pour un de ses étudiants... Ce qui était plus ou moins vrai, étant donné que j’étudiais encore à l’université avant d’être invoqué ici.

En passant, Aisha et moi portions tous deux des uniformes scolaires, mais nous nous étions rapidement rendu compte que les gens reconnaîtraient Liscia, et donc, en tant que déguisement, elle avait ses cheveux en tresses et portait des lunettes de soleil, lui donnant une apparence d’étudiante d’honneur. Avec cela, si quelqu’un nous regardait, tout ce qu’ils verraient était simplement trois étudiants se baladant dans la ville lors d’un jour de congé.

« Houla, mon pote, vous avez de vraies beautés avec vous ! Si vous êtes un vrai homme, alors vous devez obligatoirement m’acheter certaines marchandises en tant que cadeau pour les leur offrir sur le champ, cela leur montrera ainsi comme vous êtes généreux. » L’homme qui venait de m’interpeller était un homme d’âge moyen se trouvant devant une étale de marchandises avec des accessoires posés dessus. Il m’avait dit cela dans un accent du Kansai. Apparemment, l’argot marchand de ce monde était automatiquement traduit, pour mes oreilles, en tant qu’un faux accent du Kansai.

En répondant à l’homme d’un sourire plein de tact, je parlai à Liscia. « Liscia, vous avez une belle apparence avec ces lunettes. Elles vous vont bien ! »

« V-Vraiment ?... Merci. » (Liscia)

« Monseigneur ! Et pour moi ! Que pensez-vous de moi dans un uniforme scolaire ? » Aisha leva rapidement sa main. Dernièrement, elle avait été très agressive à ce sujet.

« ... Euh, oui, ça ne vous convient pas vraiment. » Dis-je.

« Pourquoi, pas vraiment !? » (Aisha)

Parfaitement... L’uniforme des officiers de l’Académie était quelque chose comme un blazer, et cela ne correspondait pas à sa peau brune et à ses cheveux d’argent. Je ne savais pas trop comment le lui dire, mais il me semblait que je regardais quelqu’un qui se déguisait en un personnage (cosplay) qu’on trouverait dans un animé scolaire. À l’instar de la façon dont il n’y avait pas de filles aux cheveux roses dans la vie réelle, et même lorsque les filles teignaient leurs cheveux de cette façon, ça n’avait pas l’air totalement naturel ? Vous pourriez parfaitement dire qu’il y avait ici un affrontement entre le réaliste et le fantasme.

« Personnellement, je ne pense pas que cela a l’air si mauvais sur elle, vous savez ? » Dis Liscia.

« Princesse ! » S’exclama Aisha.

« Oui, c’est possible. Eh bien, je suis sûr que c’est probablement juste parce que je la jugeais selon les normes de mon monde. » Dis-je.

Vraiment, il s’agit d’un monde diversifié avec de nombreuses races. Ainsi devrais-je essayer de m’y habituer aussi vite que possible.

*Bruit de roulettes, Bruit de roulettes, Bruit de roulettes*...

« Et, de toute façon, Souma, ce n’est pas Aisha qui me dérange là, mais cette chose que vous traînez derrière vous. » Annonça clairement Liscia, pointant du doigt la chose en question.

« Hmm ? Vous voulez dire, cette valise à roulettes ? » (Souma)

« C’est une valise ? Et elle a des roues sous elle ! » Répliqua Liscia, étonnée.

« Oui. » Dis-je. « Il y a des roulettes en dessous, ce qui facilite le transport de lourdes choses. »

« Ma parole, qu’est-ce qu’il est commode de l’avoir avec nous ! » Les yeux d’Aisha étaient largement ouverts dus à la surprise. Pas surprenant, car ce n’était pas du tout courant dans ce pays.

J’avais demandé spécialement la fabrication de celui-ci à un artisan de la ville du château. La personne qui l’avait fait pour moi avait dit qu’il voulait en faire plus pour en vendre à tous. Je l’avais autorisé à le faire tant qu’il n’essayait pas de garder le monopole sur ce concept. S’il s’avérait qu’il y avait de la demande pour en acheter, ils se pourraient bien qu’il ne soit plus si inhabituel d’en voir dans quelques années.

« Mais Monseigneur, si vous voulez que vos bagages soient transportés, il vous suffisait de me demander... » Protesta Aisha.

« Nous sommes censés être déguisés en camarades de classe. Ce serait hors de propos qu’un garçon laisse une fille porter ses affaires. » Lui expliquai-je. En outre, une bonne partie de mon équipement d’autodéfense était là-dedans. Je ne pouvais pas le laisser loin de moi. « De plus, Aisha, arrêtez de m’appeler Monseigneur. Techniquement, nous sommes censés être incognito ici. »

« D’accord ! Monseigneur. Heuu... Monsieur ! Mais dans ce cas, comment dois-je vous appeler... ? » (Aisha)

« Adressez-vous à moi normalement, mais sans le titre. Si vous le souhaitez, vous pouvez même utiliser mon prénom, 'Kazuya'. » (Souma)

« « Hein ? » » Les deux filles s’exclamèrent de concert, emplies de confusion.

Hein ? Pourquoi Liscia est-elle aussi confuse ?

« Mais... Souma, n’est-ce pas votre prénom 'Souma' ? » Me demanda Liscia.

« Hein !? Souma est évidemment mon nom de famille. Kazuya est mon prénom. » (Souma)

« Mais le premier jour, vous avez dit que vous étiez Souma Kazuya, n’est-ce pas ? » (Liscia)

« ... Ha ! » (Souma)

Zut ! Dans ce pays, ils suivent le style européen, où le prénom arrive en premier. J’aurais donc dû me présenter en tant que Kazuya Souma. Oh ! Je vois ! C’est pourquoi tout le monde m’appelle le roi Souma. Maintenant que j’y pense, il est étrange d’avoir le titre de "roi" attaché avec le nom de famille. Dans un système héréditaire, vous auriez alors un grand nombre de rois avec le même nom si vous l’aviez fait de cette façon.

« E-Est-il trop tard pour corriger cela ? » Demandai-je.

« Probablement ? Tout le monde pense que vous êtes Souma, et je pense que toute votre correspondance externe a été faite sous le nom Souma Kazuya. » (Liscia)

« Arggg! Quand je pense que j’ai fait un terrible quiproquo... » Me lamentai-je.

« Eh bien, ce n’est pas si grave ? » Dis Aisha. « Pourquoi ne pas utiliser un nom en public et l’autre en privé ? Donc, à des occasions privées comme aujourd’hui, je vous appellerai 'Sir Kazuya'. »

Avec Aisha en train de chercher des moyens de couvrir mon erreur, je me sentis tout simplement encore plus déprimé. « Maintenant, j’ai Aisha, de toutes les personnes présentes, qui essaie de couvrir mes erreurs.. »

« Et que pensez-vous de moi, Sir Kazuya ? » (Aisha)

« Qu’est-ce que vous me demandez... ? Une elfe sombre qui me semble très déçue ? » (Souma)

« C’est méchant ça ! » S’exclama-t-elle.

« Franchement, vous deux, arrêtez avec ces stupides plaisanteries, et allons-y. » insista Liscia alors que j’étais encore confronté à une Aisha aux yeux larmoyants.

Ouais... Il est bien de dire que nous devons continuer, mais nous n’avions pas encore choisi une destination particulière. Pensai-je. « Est-ce qu’il y a un endroit où vous, les filles, souhaitez aller ? »

« Non. » Répondit Liscia.

« Partout où vous irez, je vous suivrais, Sir Kazuya. » Rajouta Aisha.

« Ouais. Au moins, vous deux, vous pourriez faire semblant d’y réfléchir. » (Souma)

Si elles repoussaient vers moi la décision, je ne saurais pas quoi faire. Maintenant que j’y pense, c’était la première fois que je marchais par mes propres moyens dans la ville du château. Après tout, la dernière fois que j’étais venu ici, nous étions passés uniquement en galopant à dos de cheval.

Hmm. Dans ce cas, peut-être que c’est d’autant plus une raison pour laquelle je devrais jeter un coup d’œil dans les environs. Même si nous nous promenons, tout cela sera encore nouveau pour moi.

« Et bien ! Allons-y alors doucement. » Dis-je.

*

Parc Central de Parnam.

Un grand parc au centre de la capitale royale, Parnam.

Même si on l’appelait parc, il n’y avait pas de terrain de jeux ou quelque chose du genre. Il y avait juste des arbres, des arbustes et des fleurs qui avaient été plantés là-bas. Mais ce terrain était trois fois plus grand que le Dôme de Tokyo. Au centre du parc, il y avait une fontaine impressionnante avec un récepteur de Joyau de Diffusion de la Voix. Quand une émission était diffusée, il pouvait projeter une image si massive qu’elle était assez grande pour être vue à plus de 100 mètres. Il y avait donc des sièges dans le style d’un amphithéâtre qui avait été placé tout autour de la fontaine, et d’après ce que je savais, lors de la dernière diffusion du Joyau de Diffusion de la Voix, une foule qui comptait plus d’une dizaine de milliers de citoyen s’était rassemblée ici.

En y pensant, ceci pourrait être intéressant de faire un concert en direct depuis ici. Pensai-je. Dès que le programme de diffusion de Juna utilisant le Joyau de Diffusion de la Voix sera prêt et mis en place, j’aimerais vraiment planifier quelque chose comme ça. Un jour, cette place possédant une fontaine pourrait devenir une scène pour tous les chanteurs d’Elfrieden qui aspirent à se tenir debout, comme l’est le théâtre extérieur de Budokan ou de Hibiya.

... Eh bien ! C’est assez proche de mon fantasme de l’oisiveté. De toute façon, nous étions venus dans le Parc Central.

« C’est un endroit si charmant qui est plein de beauté de la nature. » Déclara Aisha.

« C’est vrai que même si nous sommes encore au milieu de la ville, l’air est tellement pur ici. » Commenta Liscia. « Mmmm. »

Aisha regarda tout autour d’elle avec curiosité tandis que Liscia s’étirait de tout son long.

« Hein !? Mais je ne me souviens pas si l’air était si pur avant... » murmura-t-elle.

« Eh bien, c’est vrai que j’ai travaillé dur pour arranger ça. » Dis-je.

« Vous avez arrangé ça ? Avez-vous fait quelque chose de particulier dans ce parc ? » Demanda-t-elle, intriguée par ma remarque.

Alors que Liscia semblait toujours perplexe, je gonflai fièrement le torse avant d’expliquer. « Pas seulement à ce parc. J’ai fait installer de nombreuses infrastructures dans tout le sous-sol de Parnam, et je pourrais aller plus loin en disant que j’ai aussi fait des préparatifs en ce qui concerne les lois concernant cela. Si vous comparez ces choses-là il y a quelques mois, je pense que vous verrez que la qualité de l’environnement et l’hygiène se sont considérablement améliorées. »

Pour être franc, avant mes actions, l’hygiène et la qualité de l’environnement dans ce pays étaient au même niveau qu’en plein milieu du Moyen Âge européen. Ce qui veut dire que c’était déplorable.

Le fumier de cheval était laissé en plein milieu des rues comme si cela était parfaitement normal, et les habitants jetaient leurs eaux usées domestiques dans des fossés se trouvant le long des routes. J’avais entendu dire que tout cela sentait une odeur absolument infecte lors des chaudes journées d’été.

Comme le concept d’hygiène n’existait pas, ces problèmes étaient délaissés. De même que lorsque le fumier des chevaux séchait, il se transformait alors en poussière qui s’élevait dans l’air. Lorsque cela pénétrait dans les poumons des personnes, cela provoquait alors une variété de maladies respiratoires.

C’était pourquoi la première chose que j’avais faite dès le début de mon règne fut la mise en place d’un aqueduc et d’un système d’égout, partout dans la capitale.

« Un aqueduc et un système d’égout. » Répéta Liscia estomaquée. « Quand avez-vous eu le temps de faire faire ce genre de chose !? »

« En vérité, il n’a pas fallu tant d’efforts que ça. » Lui répondis-je en haussant les épaules. « Pour commencer, il y avait déjà des passages souterrains qui parcouraient l’ensemble des sous-sols de Parnam. Le saviez-vous ? Presque tout ce que j’avais à faire était de faire passer un cours d’eau proche dans certains passages de ce réseau. »

« Attendez, ne serait-ce pas les tunnels d’évacuation pour la famille royale !? » Cria-t-elle, scandalisée.

Comme Liscia l’avait dit, dans le cas où la capitale était attaquée, et que la chute de la famille royale devenait incontournable, ces tunnels avaient été destinés à la famille royale afin qu’elle puisse s’échapper en les utilisant. Et même si les ennemis les découvraient, ils avaient été construits sur le principe d’un labyrinthe afin d’entraver la poursuite, et de plus, ils couvraient l’intégralité de Parnam. De plus, ils avaient été construits en trois couches. Tout cela avait été très pratique pour les réutiliser afin de les transformer en un aqueduc et un système d’égout. Ceci n’avait nécessité que très peu de travaux finalement.

Pour commencer, l’eau de la rivière qui coulait près de Parnam avait été conduite jusqu’à arriver dans la première couche, qui servait d’aqueduc souterrain. Cette eau était maintenant utilisée par les puits et les salles de bains publics qui dépendaient autre fois de l’eau souterraine présente dans la nappe phréatique. La troisième couche, quant à elle, était utilisée en tant qu’égout, se vidant finalement dans des étangs de sédimentation se trouvant à l’extérieur de la capitale où les eaux usées seraient finalement entièrement filtrées avant de retourner une fois de plus dans la rivière. Le système avait été conçu de telle sorte que l’eau qui avait fait le tour entier de la ville dans la première couche serait automatiquement drainée dans la troisième couche. Nous avions rempli la deuxième couche et avions modifié les accès de manière à ce que les mauvaises odeurs de la troisième couche ne se propagent jamais dans la première.

« Comme vous les avez transformés en un système d’aqueduc et d’égout, alors que prévoyez-vous de faire en cas d’urgence !? » Me demanda Liscia.

« Si nous arrivons au point où la famille royale doit fuir la capitale, le pays est dans ce cas déjà fini, n’est-ce pas ? » Lui répondis-je. « Si cela dépendait de moi, je me rendrais vraisemblablement au point où l’ennemi arriverait proche de la capitale. »

« Si facilement ? » S’écria-t-elle.

« Liscia, tant qu’un roi a son peuple à ses côtés, il est en sécurité. » (Souma)

C’était une autre leçon provenant de Machiavel. Selon lui. La meilleure forteresse possible était de ne pas être détestée par son peuple.

Un prince doit faire face à deux types d’ennemis [1]. Des traîtres provenant de l’intérieur et des ennemis étrangers venant de l’extérieur.

Et donc, si vous avez le soutien de votre peuple, les traîtres ne peuvent pas rassembler de partisans ou inciter la population à se rebeller. Donc ils devront tout simplement abandonner. D’autre part, si vous êtes détesté par votre peuple, il n’y aura jamais de pénurie de citoyens désireux d’aider des étrangers pour vous conduire à votre éventuelle chute. Voilà ce que Machiavel avait déclaré.

« Même si je perdais mon titre, tant que les habitants du royaume sont encore là, il y aura toujours une chance de reprendre le trône. » Dis-je. « D’autre part, si le roi venait à être le seul à survivre, sans aucun peuple qui le soutenait, il sera alors lui aussi tout simplement dévoré par son prochain ennemi qui se présentera devant lui. »

« ... Hein !? C’est vraiment un monde difficile. » Murmura Liscia.

« C’est tout simplement la réalité. Eh bien ! De toute façon, les systèmes d’aqueduc et d’égout étaient assez faciles à réaliser, mais quand il a été nécessaire de créer les étangs de sédimentation... Ah ! Allons nous asseoir à l’ombre. » (Souma)

Il n’y avait pas vraiment de problème à rester dans le coin un peu alors que nous discutions, donc nous sommes allés nous asseoir sous l’ombre fournit par quelques arbres se trouvant dans le parc.

Peu de temps après, nous pûmes nous asseoir dans un coin tranquille, et Aisha s’appuya quant à elle contre un arbre avant de commencer à s’assoupir. Elle ne pouvait probablement pas suivre cette conversion concernant un sujet si compliqué. Je devrais me demander si c’était acceptable pour quelqu’un qui était censé être mon garde du corps de faire cela, mais, bon, en connaissant Aisha, elle pourrait probablement même me protéger durant son sommeil. Je continuai donc à parler.

« Je ne pouvais pas laisser les eaux usées non traitées s’écouler directement dans la rivière. Les eaux usées domestiques ont souvent des bactéries pathogènes et des parasites, le saviez-vous ? Afin de nous protéger contre ceux-ci, nous devons laisser l’eau s’accumuler dans un endroit où elle peut être filtrée en passant à travers du sable et des cailloux... En d’autres termes, un étang de sédimentation. » (Souma)

« B-b-bactéries patho—gènes ? » bégaya Liscia tout en penchant la tête sur le côté. Il semblerait que ces mots soient inconnus pour la population de ce monde.

Eh bien, il n’était probablement pas nécessaire de se révéler trop sensible à ce sujet. Les habitants de ce pays ne connaissaient pas le concept de la pollution. C’était probablement parce qu’avec le niveau de vie et le niveau technologie de ce pays, même s’ils déversaient toutes leurs eaux usées non traitées dans la rivière, cela ne provoquerait pas beaucoup de différences.

Cependant, à mesure que le pays allait s’agrandir et que sa technologie allait progresser, il y aura automatiquement des problèmes de pollution qui apparaîtront. Plus tôt, j’aborderais ce problème, et mieux cela vaudra. Les Japonais avaient appris beaucoup sur les effets de la pollution après avoir subi la maladie de Minamata [2], la maladie d’Itai-Itai [3] et l’asthme d’Yokkaichi [4]. Il n’y avait aucun besoin pour les personnes de ce pays de vivre quelque chose de si horrible que ça.

« Alors, est-ce que quelque chose s’est produit avec ces étangs de sédimentation ? » Me demanda-t-elle.

« C’est vrai, ainsi j’ai utilisé l’Armée Interdite pour creuser des trous pour créer les étangs de sédimentation. » (Souma)

« Qu’avez-vous fait faire à Sir Ludwin et à ses hommes ? » S’exclama-t-elle.

Eh bien ! Si j’avais embauché des travailleurs, cela aurait coûté cher. De plus, j’avais envie d’enseigner aux soldats de l’Armée Interdite des techniques du domaine du "Génie Militaire". Creuser des trous, les remplir, et les renforcer. C’était l’entraînement parfait pour savoir comment creuser des tranchées. Il semblerait que les batailles dans ce monde étaient toujours orchestrées sur des champs de bataille en plein air, alors un groupe qui pouvait utiliser des tactiques de guerre de tranchées comme dans la Première Guerre mondiale pourrait tout à fait se tenir au sommet.

Quoi qu’il en soit, je divaguais.

« Pendant que je les faisais creuser, nous avons rencontré une grande pile d’os de monstre. » (Souma)

« Des Os ? » Me demanda-t-elle.

« Oui, j’ai bien dit des os. Des os de dragons, ainsi que de géants et de plein d’autres espèces. » (Souma)

L’un des soldats qui avaient été affectés aux travaux avait dit. « C’est comme si nous nous trouvions au milieu d’un cimetière de monstres. »

Des dragons, des géants, des gargouilles et bien d’autres. Il y avait eu une grande quantité d’os clairement non humains tout simplement dispersés au hasard dans toute la zone.

Soit dit en passant, des créatures que je venais d’énumérer, les dragons étaient les seuls qui n’étaient pas des monstres.

Les dragons avaient un degré de puissance magique incomparablement supérieur à ce que les wyvernes avaient, ils étaient intelligents, et apparemment ils pouvaient même prendre forme humaine. Ils avaient fait, depuis des temps immémoriaux, un pacte de non-agression mutuelle avec la race humaine et avaient construit leur propre pays dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. La dirigeante de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, la Matriarche Dragon, était bien plus forte même par les normes des dragons. Elle était considérée comme un spécimen incroyablement beau et elle était même adorée par certains peuples. Fondamentalement, les dragons étaient des Bêtes Divines terribles, mais ils étaient aussi l’une des races de ce monde, tout comme l’étaient les humains et les dragonewts.

Quoi qu’il en soit, revenons à notre histoire.

Selon les chercheurs qui avaient alors enquêté sur ces os, ils se trouvaient dans une strate géologique depuis des milliers d’années.

« Alors, cela veut-il dire qu’il y avait un donjon là-bas ? » Liscia inclina la tête due à la curiosité, mais je hochai négativement la tête.

« N’ai-je pas dit qu’ils étaient dans une certaine strate géologique ? Il y a des milliers d’années, cet endroit était lui-même, la surface. » (Souma)

« La surface... ? Non, vous ne pouvez pas vouloir dire cela. Parfois, des monstres sortent d’un donjon, mais jamais sur une si grande échelle. En dehors du Domaine du Seigneur-Démon, les monstres ne se montrent jamais à la surface comme ça... Ah ! » Liscia haleta, secouant la tête comme si elle essayait de dégager la pensée qui était venue dans son esprit. « Halte-là ! Le Monde des Démons n’est apparu pour la première fois qu’il y a dix ans ! »

« En d’autres termes, cela signifie que même avant cela, il y eut une époque où des monstres erraient à la surface. » Dis-je. « Si vous y réfléchissez bien, il existe actuellement des donjons dans tout ce continent avec des monstres qui vivent à l’intérieur d’eux. Pour une raison quelconque, les monstres qui vivaient sur ce continent, il y a des milliers d’années, ont disparu, et une petite partie d’entre eux ont survécu en s’isolant dans les donjons. C’est l’idée que les savants ont eue en analysant cela. »

C’était un peu comme découvrir qu’il y avait encore des dinosaures vivant dans une région inexplorée du monde. Ou comme la pandémie d’un virus dont on pensait qu’il était éradiqué. Bien que cette hypothèse ait été juste émise, et qu’il restait à la confirmer.

« Eh bien, alors !? Les monstres et les démons qui ont détruit les pays du Nord ne sont pas "venus ici", ils sont "revenus", n’est-ce pas ? » (Liscia)

« Cela, je ne le sais pas encore. » Lui répondis-je. « C’est dangereux de sauter à cette conclusion avec le peu de connaissances que nous avons. »

Contre quoi essayions-nous de lutter ? Quels étaient nos ennemis ? C’était une question où les possibles réponses faciles n’allaient pas se réduire si aisément.

« De plus, il y a encore une chose qui me dérange... » Annonçai-je, sans prendre des gants.

« Encore une autre !? » (Liscia)

« Même en mettant de côté la question concernant les os, je devais faire construire ce bassin de filtration d’eau. Donc, les savants ont conservé des archives archéologiques de tous les os qui ont ainsi été découverts. La chose qui me dérange est que la quantité représentant un squelette complet d’os de dragons, l’un des plus grands et les mieux conservés a totalement disparu. Et cela même si je sais qu’il était censé être démonté pour une présentation et qu’il avait donc été envoyé pour être stocké au Musée Royal de Parnam... » (Souma)

« Alors, il aurait donc été volé ? » Me demanda Liscia.

« Dans ce cas, ce serait une bonne nouvelle... Eh bien, non, toujours pas de bonne nouvelle. Le squelette entier d’un dragon de plus de 20 mètres de haut, même si vous le désassemblez, il ne sera en aucun cas facile à transporter. Malgré cela, il n’y a aucun signe qu’il a été sorti de Parnam. Et pourtant, les os sont toujours portés disparus. C’est comme si l’ensemble complet avait soudainement commencé à bouger, avait battu des ailes avant de s’envoler au loin. » (Souma)

« Ha ! Non, ce n’est pas possible ! Un dragon squelette !? » Se mit-elle à crier.

« C’est ce que les érudits suspectent. » (Souma)

Un dragon squelette. Apparemment, il y avait des monstres comme ça en ce monde.

On disait qu’un dragon en colère peut oblitérer un royaume. Les dragons avaient accès à de vastes réserves de pouvoirs magiques au plus profond de leur corps, et ces réserves restaient dans leur corps après la mort. Normalement, le pouvoir magique diminuait progressivement, mais quand un dragon mourait en ayant encore des regrets (ou plutôt, quand son corps était laissé dans un mauvais environnement pendant trop longtemps), en de rares occasions, il se transformait en un dragon squelette.

Ces dragons squelettes étaient désignés par les pays comme étant des créatures particulièrement dangereuses appartenant à la classe spéciale de catégorie A. Pouvant quand même voler, bien qu’ils n’y aient plus de membranes entre leurs os de leurs ailes, ils répandaient un miasme qui apportait rapidement la mort à tous les êtres vivants se trouvant dans son rayon d’action. Ils pouvaient également utiliser la technique du Souffle du Dragon comme quand il était vivant. Alors quand un seul de ces individus apparaissait quelques parts, il était vu comme une catastrophe vivante (qui en réalité ne vivait pas) qui nécessitait la mobilisation complète des militaires d’un pays pour espérer pouvoir le vaincre. C’était aussi la seule raison qui faisait que les pays les plus petits allaient dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, où vivaient les dragons, pour y chercher de l’aide.

Cependant, cette fois, les choses étaient différentes.

« Si c’était le cas, Parnam serait déjà enveloppé par le miasme. » Dis-je. « Après tout, les érudits ont effectué, dès la découverte, un test magique pour s’assurer qu’il n’y avait aucun risque que cela se produise. Il ne devrait plus y avoir assez de magie dans ce fossile pour cela. »

« Je vois... C’est une bonne chose alors. » (Liscia)

« C’est pourquoi je n’ai pas compris ce qui s’est passé. Actuellement, où est-ce que les os du dragon disparu sont ? » (Souma)

Ceci faisait déjà près d’un mois depuis que les os du dragon avaient disparu. Malgré cela, il n’y avait toujours aucun signe d’eux, alors, cela signifiait-il qu’ils avaient été transportés à l’extérieur des murs d’une manière ou d’une autre ? Ils avaient dès le départ perdu leur valeur en tant que catalyseur magique. La meilleure chose qui pourrait être faite avec eux était de les mettre dans un musée (bien sûr, j’aurais besoin de la permission de la dirigeante de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon pour cela) et ainsi les utiliser comme attraction touristique.

Je n’avais donc pas compris la raison derrière tout cela. C’était pour ça que cela me dérangeait tant.

Je me couchai alors sur mon côté. Liscia fronça les sourcils en me voyant faire, mais je ne m’en souciais pas.

« Vous allez avoir vos vêtements sales après cela. L’avez-vous réalisé ? » Commenta-t-elle.

« Ils peuvent être lavés. D’ailleurs, compte tenu de mon poste, je peux demander à quelqu’un d’autre de les laver pour moi. » (Souma)

« Un roi ne peut se laisser se salir ainsi. » Dit-elle.

« Oui, je suis sûr que la dignité est importante et tout, mais... qu’est-ce que c’est pénible. » (Souma)

« En tant que l’une des personnes qui vous a contraint à le faire, ce n’est peut-être pas à moi de vous le dire, mais vous devriez céder et finalement, accepter tout cela. » (Liscia)

« C’est vrai. Vous avez raison. Wow ! Avoir du temps où je suis complètement détendu est aussi très agréable. » Dis-je tout en étendant mes bras et mes jambes écarquillés. Comme il était agréable de ne pas avoir une seule partie de mon esprit en train de travailler.

Maintenant que j’y pense, je travaillais constamment depuis mon arrivée dans ce monde. Il y avait des choses à faire, des choses que je devais faire, des choses que je n’avais pas d’autre choix que de faire, des piles et encore des piles d’entre eux, et donc, j’avais utilisé ma tête pendant tout ce temps. J’avais actuellement un moment différent où je n’avais pas besoin de penser à quoi que ce soit. Finalement, c’était vraiment merveilleux.

« Ahh. J’aimerais pouvoir me disperser et revenir dans la terre. » Murmurai-je.

Liscia resta silencieuse pendant un petit moment. Après m’avoir vu ainsi, elle semblait réfléchir, puis, hésitante, me demanda. « Si vous le voulez... vous pouvez mettre votre tête sur mes genoux !? »

◇ ◇ ◇

Notes

  • 1 En parlant de Prince, c’est une référence directe au livre de Machiavel, Le Prince.
  • 2 La Maladie de Minamata : On appelle hydrargyrisme toutes les formes d’intoxication par le mercure, mais en référence à une maladie qui a touché durant des décennies des milliers d’habitants des pourtours de la baie de Minamata, on parle de la maladie de Minamata pour désigner les symptômes et syndromes subis par ces malades (en particulier les symptômes physiques et neurologiques graves et permanents induits par l’intoxication in utero aux composés de mercure (monométhylmercure principalement). Il s’agit là d’un des exemples les plus souvent cités pour évoquer les "maladies industrielles".
  • 3 La maladie d’Itai-Itai : La maladie Itai-Itai (イタイイタイ病, Itai-Itai byō, littéralement : maladie aïe aïe) est un cas documenté d’intoxication massive au cadmium survenu dans la préfecture de Toyama, au Japon. L’intoxication au cadmium provoque un ramollissement des os et une insuffisance rénale. La maladie est ainsi nommée à cause des violentes douleurs (痛い, itai), localisées à la colonne vertébrale et aux articulations. Le terme de maladie Itai-Itai a été inventé par la population locale. Le cadmium avait été déversé dans les cours d’eau des montagnes par les industries minières. Les compagnies minières ont été poursuivies pour les préjudices subis. La maladie Itai-Itai est connue comme l’une des quatre grandes maladies provoquées par la pollution au Japon.
  • 4 L’asthme d’Yokkaichi : De 1960 à 1972, les résidents de la ville d’Yokkaichi ont souffert de problèmes de santé provoqués par l’émission du SOx dans l’atmosphère par les usines chimiques d’huile locale. Au Japon, une maladie appelée le zensoku d’Yokkaichi (asthme d’Yokkaichi) dérivé du nom de la ville, et elle est considérée comme l’une des quatre grandes maladies dues à la pollution au Japon.

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