Chronicle Legion – La Route de la Conquête – Tome 1 – Chapitre 3

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Chapitre 3 : Les Chevaliers et les Faits d’Armes

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Chapitre 3 : Les Chevaliers et les Faits d’Armes

Partie 1

 Le sanctuaire d’eau était situé profondément en dessous du fort tutélaire de Suruga.

À l’intérieur du vaste espace construit à partir de la pierre se trouvait une piscine d’eau bénite de couleur bleu marin. Avec des dizaines de piliers géants se tenant à l’intérieur, il émanait d’ici une certaine solennité qui rappelait les anciens temples grecs.

Le sanctuaire de l’eau faisait partie des installations militaires importantes présentes dans les forts ainsi qu’un sanctuaire de tranquillité.

« Cela fait si longtemps depuis ma dernière visite du sanctuaire de l’eau de Suruga, » déclara une voix féminine.

Rikka Akigase marchait toute seule dans le sanctuaire de l’eau. L’abondante nappe d’eau bleue de ce lieu était sillonnée par un réseau de chemins de trois mètres de large qui permettait aux personnes de marcher sans se mouiller dans toute la pièce.

Seuls les individus impliqués dans les pouvoirs mystiques ou les légionnaires étaient autorisés à entrer dans les sanctuaires de l’eau.

La plupart de ces personnes étaient des Chevaliers, suivis par les maîtres noétiques, les moines, les prêtres, les vierges des temples, les guildes d’alchimistes, les chercheurs des associations noétiques, ainsi que les génies et les bêtes mystiques, etc.

Rikka se dirigea vers le « bain » se trouvant à l’arrière du sanctuaire de l’eau. Il n’y avait pas de porte séparant cette zone du reste du sanctuaire. À l’intérieur d’un espace à peu près de la taille d’un terrain de basket, il y avait une piscine ronde remplie d’un liquide bleu marin. Au centre de cette piscine se trouvait une fontaine fournissant le liquide bleu.

« Commençons..., » murmura-t-elle.

Rikka avait alors défait ses vêtements afin d’enlever son uniforme militaire noir qui la désignait comme étant un officier de l’Armée Impériale.

En tant que princesse du fief de Tōkaidō, Rikka s’était entraînée dans toutes sortes d’étiquette, mais elle n’avait jamais eu l’envie de ranger avec soins ses vêtements. Ses vêtements retirés avaient été éparpillés partout sur le sol sans se soucier des détails triviaux dans une démonstration de la nature d’une audacieuse guerrière présente sur le champ de bataille.

Cependant, elle avait posé précautionneusement l’épée japonaise suspendue à sa taille.

Complètement nue, Rikka était entrée dans la piscine, à savoir la cuve de liquide ectoplasmique utilisée pour la baignade... qui atteignait finalement sa taille.

Le liquide bleu marin remplissant le sanctuaire d’eau était du fluide ectoplasmique artificiel. Ce liquide avait la même composition que le sang circulant dans les veines des Légionnaires.

La cuve du liquide ectoplasmique n’était pas profonde. On pourrait s’asseoir dans la cuve et le liquide n’atteindrait pas le haut des épaules.

Rikka avait étendu ses membres dans la cuve. Il n’y avait que très peu de graisse sur son corps bien entraîné, bien que les courbes douces de son buste et de ses hanches exprimaient pleinement sa beauté féminine.

Le fluide ectoplasmique froid refroidissait sans pitié son impeccable corps nu.

Rikka avait enduré le froid provoqué par le liquide présent dans la piscine. Son corps avait commencé progressivement à se réchauffer. Cela représentait la meilleure preuve que la source des pouvoirs mystiques s’infiltrait dans le corps de Rikka Akigase.

Ce liquide ectoplasmique deviendrait la source d’énergie de l’armée de Kamuys sous son commandement.

« Le liquide ectoplasmique est synthétisé à partir du sang des Bêtes Sacrées divines pour servir de nourriture à des êtres qui ne sont pas de ce monde... Les chevaliers doivent stocker du liquide ectoplasmique dans leurs corps et leurs âmes pour nourrir leurs armées. N’est-ce pas exact ? »

C’était ce que Rikka avait appris sur les Légionnaires à travers la tradition orale.

Le fait de se baigner dans une cuve de liquide ectoplasmique représentait quelque chose comme des rations de ravitaillement pour nourrir une armée massive. En outre, il y avait une signification importante derrière tout ça.

« ... Sur mon Appellation d’Onikiri Yasutsuna, je prie le sanctuaire local de Suruga. Maintenant que mes soldats et moi nous nous sommes baignés dans l’eau bénite locale, pourriez-vous m’accorder le sceau de guerre m’autorisant à devenir un dieu de la guerre afin de défendre Suruga. »

Rikka ferma les yeux et pria envers le sanctuaire de Suruga. Il s’agissait de la demande pour que Rikka Akigase et son armée puissent devenir les chevaliers-gardiens de la zone ainsi que leur accorder le pouvoir...

Un peu plus tard, tout le corps de Rikka se mit à briller avec un faible rayonnement afin de lui signifier l’établissement d’un « contrat ». Après avoir accompli cela, elle pouvait maintenant sortir à tout moment du bain. Une fois la lumière calmée, elle s’était préparée à gérer un autre problème non résolu qui la préoccupait.

« Sakuya, s’il vous plaît, sortez. Je ne suis pas en colère contre vous. »

Rikka interpella le génie qui se cachait dans le fort tutélaire de Suruga. Sakuya pourrait ne pas être présente au sanctuaire d’eau, mais elle devrait être capable de sentir les ondes noétiques qui « l’appelaient ».

« Il va de soi que vous auriez pu faire mieux hier. Heureusement, je suis arrivée au bon moment et ce fort tutélaire n’est pas tombé entre les mains de l’ennemi. »

Le ton de Rikka était doux comme si elle consolait un enfant ou un animal effrayé.

Cependant, Rikka ne voulait pas feindre une voix douce pour amadouer les autres. Elle ne pouvait pas non plus le faire. Consciente de sa disposition guerrière, Rikka parlait de façon rigide. « Puisque le pire des scénarios a été évité et que je ne suis pas une femme qui s’accroche à la rancune, pourriez-vous, s’il vous plaît oubliez ce qui s’est passé hier ? Dépêchez-vous et venez m’aider. À partir d’aujourd’hui, nous serons très occupés quant à un avenir prévisible. »

Dès qu’elle avait fini de dire ça, une fillette d’environ neuf ans était apparue directement depuis les airs et elle se tenait à côté de la cuve contenant le liquide ectoplasmique. La jeune fille aux cheveux noirs atteignant les épaules était habillée comme une jeune fille du sanctuaire. C’était l’image projetée de Sakuya.

L’image du génie regardait Rikka avec des yeux timides et un regard triste clairement visible sur son visage.

Rikka s’était délibérément abstenue de parler. Elle haussa les épaules d’une manière exagérée pour laisser entendre. « Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

Immédiatement, un renard était apparu à côté de Sakuya avec un son de cloche.

Jetant un coup d’œil au renard de liaison, l’image déclara doucement : « La princesse arrive... Elle souhaite que vous... alliez à l’étage. »

« Vraiment ? Son Altesse est arrivée tôt, » déclara Rikka.

Une nuit s’était écoulée depuis l’attaque des Croisés. Nous étions actuellement 9 h 24, le matin.

Apparemment, la princesse Shiori se trouvait hier au fort tutélaire. Après que Rikka se soit précipitée sur les lieux, elle était retournée à sa résidence temporaire dans la ville. Donc, elles n’avaient toutes les deux pas pus se voir. Rikka allait enfin rencontrer la princesse présente dans les rumeurs. Elles devaient également discuter de l’incident en cours.

« Ça n’aidera personne. La situation est devenue très sérieuse, », murmura Rikka en se rappelant les reportages à la télévision vu la nuit dernière.

Hier, à 19 h, le gouvernement de Kyoto dans la région de Kinai avait tenu une conférence de presse.

L’hôte était le gouverneur général de Kinai, Izumi Tenzen. Il était le premier Chevalier (plus haut rang dans la hiérarchie locale) et souverain de Kinai. Il était un général féroce et réputé qui se tenait personnellement sur les lignes de front afin de diriger son armée de légionnaires.

Devant les médias qui comprenaient des stations de télévision, des journaux et des magazines, il avait proféré des malédictions d’une manière extrêmement émotionnelle.

La cible de ses abus verbaux était le Seigneur César, le grand généralissime du pays voisin et protecteur du Japon Impérial.

L’essentiel du discours était le suivant :

« Le seigneur César se fait appeler le protecteur de l’impératrice de notre nation, mais exerce un contrôle total sur notre gouvernement impérial et le fief de Kantō pour interférer injustement dans nos affaires intérieures. Le fait d’expulser le Seigneur César et l’armée romaine loin de la présence de Sa Majesté est la première étape pour reconstruire notre fière nation. Nous promettons nos vies pour accomplir cette action cruciale. »

En outre, il avait même dit ce qui suivait :

« L’ami de notre nation, l’Empire Britannique, est entièrement d’accord avec nous. »

« Je déclare par la présente la formation de l’Alliance pour la Restauration entre le fief de Kinai et l’Empire Britannique. Tous les Fiefs souhaitant poursuivre le même rêve sont invités à rejoindre l’alliance pour sauver notre grande nation. »

« En tant que révolutionnaires pour la renaissance de notre nation, l’Alliance pour la Restauration va bientôt marcher sur Tokyo. »

Le manifeste de l’Alliance pour la Restauration avait été instantanément diffusé à travers le Japon sur les ondes.

Cela avait provoqué un énorme tumulte dans le palais impérial et le bâtiment de la Diète nationale.

La région de Tōkaidō, prise en sandwich entre Kinai et Kantō, était où se trouvaient Rikka et la princesse. L’armée de l’Alliance pour la Restauration passerait inévitablement par Tōkaidō.

« Dans tous les cas, je dois longuement discuter avec la princesse, » déclara-t-elle.

Bien que crainte par la faction Impératrice, Shiori était tout de même une princesse légitime de la famille impériale.

En tant que chevalière, Rikka n’avait d’autre choix que d’exprimer son respect et ses inquiétudes. Quittant le liquide ectoplasmique bleu, Rikka se dirigea vers son uniforme militaire qui était éparpillé sur le sol.

***

« Merci d’avoir pris la peine de venir ici, Votre Altesse, et m’avoir gratifié de votre présence, » déclara Rikka.

Arrivée dans une pièce du fort tutélaire de Suruga, Rikka Akigase s’inclina aussitôt qu’elle vit la princesse.

Shiori avait souri avec douceur en réponse à cette jeune fille qui était à la fois la fille du gouverneur général de Tōkaidō et une Chevalière.

« Je suis vraiment heureuse que nous ayons pu nous rencontrer comme prévu aujourd’hui malgré la situation, » répondit Shiori.

« Ce n’est rien, » répondit Rikka tout en faisant un sourire ironique. En premier lieu, leur rendez-vous avait été fixé pour aujourd’hui.

Shiori était vêtue de sa blouse et de sa jupe habituelles tandis que Rikka avait son uniforme militaire noir exclusif aux officiers.

« Est-ce que votre père est actuellement à Nagoya, Rikka-sama ? » demanda Shiori.

« Tout à fait, » répondit Rikka. « Au fait, mon père a apparemment rendu hommage à Votre Altesse auparavant... »

« Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises dans la capitale, » répondit Shiori. « Je l’ai également vu une fois après mon retour de Rome. »

Les deux filles étaient assises sur des canapés différents pour ainsi pouvoir parler face à face avec une table pour recevoir des invités entre elles.

Il s’agissait du bureau personnel du châtelain, en d’autres termes, le commandant en chef d’un fort tutélaire.

Naturellement, la chambre du commandant était meublée avec élégance et noblesse. Quatre jours auparavant, le précédent châtelain à qui appartenait cette chambre avait été arrêté pour corruption. Il avait été emprisonné au quartier général de la police militaire à la périphérie de la Cité de Suruga et son Appellation, la clé lui permettant la convocation des Légionnaires, avait également été scellée.

Hier, le châtelain temporaire était mort au combat.

« En parlant de... Rikka-sama, êtes-vous actuellement le châtelain du fort tutélaire de Suruga ? » demanda Shiori.

« Oui, c’est tout à fait le cas, » répondit Rikka. « Bien sûr, le fait de revenir à Nagoya serait actuellement un défi. Puisque les rencontrer ici compte comme un coup de destin, sous peu, je vais affronter l’Alliance pour la Restauration. »

La princesse Chevalière avait souri gaiement et Shiori avait demandé. « Alors les zones urbaines autour de Suruga ont-elles été bouclées ? »

« Exacte, » répondit Rikka. « Toutes les principales routes et voies ferrées sont tombées sous le contrôle de l’Alliance pour la Restauration. »

Une carte de Tōkaidō avait été disposée sur la table.

La région de Tōkaidō comprenait trois préfectures : Aichi, Shizuoka et Yamanashi. La cité de Suruga était la métropole centrale de la préfecture de Shizuoka.

« En dehors de cet endroit, tous les forts tutélaires de Shizuoka avaient été capturés par l’Alliance pour la Restauration, » déclara Rikka en pointant du doigt cinq endroits sur la carte... respectivement, Hamamatsu, Kakegawa, Suruga, Fuji, et Nagahama.

« Le précédent châtelain de Suruga a non seulement prit des pots de vin, mais a même eu des relations secrètes avec des agents de Grande-Bretagne, » expliqua Rikka avec irone. « Si nous avions découvert cela plus tôt, nous aurions pu découvrir l’invasion à la première occasion... Cependant, cela aurait pu être son arrestation qui a incité l’Alliance pour la Restauration à agir plus tôt que prévu. »

Shiori lui avait alors répondu. « Peu importe, Suruga est actuellement apparenté à une île isolée sur terre. »

« Tout à fait, » répondit Shiori. « Les lignes téléphoniques ont cessé de fonctionner depuis la nuit dernière alors que les stations de communications dans les environs ont apparemment été prises en charge par la rébellion. De plus, toute la région de Suruga est soumise à des interférences à grande échelle dues aux ondes noétiques, de sorte que même les communications sans fil et les ondes hertziennes sont devenues très instables. »

En effet, depuis la nuit dernière, les signaux de télévision et de radio ne pouvaient plus être reçus.

Shiori l’avait également constatée.

Rikka avait continué. « Obtenir une information externe nécessite donc l’utilisation de bêtes de rétention pour aller rechercher ou transmettre des messages. En ce moment, j’ai envoyé une centaine de renards de liaison. »

« Est-il possible pour les humains d’entrer ou sortir de la zone ? » demanda Shiori.

« Les forces britanniques ont déployé de nombreuses bêtes de rétention afin d’encercler Suruga, » répondit Rikka. « Que ce soit en prenant des routes aériennes ou en traversant les Montagnes du Sud, il y a un risque élevé d’être détecté. »

« Des bêtes de rétention... Dans ce cas, toutes tentatives d’évasion irresponsables seraient encore plus dangereuses, » déclara Shiori. Elle avait commencé à évaluer la situation.

Les plaines de la préfecture de Shizuoka étaient principalement situées le long du rivage. Non seulement les zones urbaines étaient-elles concentrées ici, mais l’ancienne route datant avant la période d’Edo était également construite le long de la côte. C’était pourquoi le nom de Tōkaidō équivalait à la « route de la mer ».

Les cinq forts tutélaires de la préfecture de Shizuoka avaient également été construits le long de l’ancienne route ou sur la côte du Pacifique.

« Comme on pouvait s’y attendre, l’armée de l’Alliance pour la Restauration..., » Shiori s’était mise à parler après une certaine contemplation. « ... avancera vers l’est le long de l’ancienne route pour prendre le contrôle de Hakone. »

« Assurément, » répondit Rikka. « Rome possède une garnison stationnée à Kantō, ce qui signifie qu’un échec est presque assuré à moins que l’Alliance pour la Restauration ne sécurise sa base d’opérations avant d’attaquer. »

Plus l’altitude de vol d’un Légionnaire était élevée, plus la consommation de liquide ectoplasmique était importante. En conséquence, les déplacements étaient essentiellement limités aux vols à basse altitude ou en mer, tout en évitant les régions montagneuses. (Si un combat contre les légionnaires n’était pas prévu après le mouvement des troupes, il y avait aussi des cas de voyages en haute altitude à travers la stratosphère.)

Alors qu’elle était assise d’une manière formelle et droite, Rikka avait alors dit solennellement. « Votre Altesse, maintenant que Suruga est entouré, la situation est assez grave. Si vous voulez échapper vers la capitale, peut-être que je pourrais... »

« Ce n’est nullement nécessaire, mais j’apprécie le geste, » déclara Shiori.

« Oh ? » s’exclama la chevalière. Elle plissa les yeux avec intérêt.

Shiori avait souri avant de dire. « Je ne sais pas si Suruga sera mon dernier lieu de repos, mais je suis venue ici avec l’intention de rester sur le long terme. D’ailleurs, ces personnes de la capitale... n’apprécieraient probablement pas mon retour. »

« C’est vrai, » répondit Rikka.

Rikka savait aussi pourquoi Shiori était crainte.

Alors qu’elle souriait maladroitement et se sentait ridicule, Shiori lui avait alors dit. « Rikka-sama, en parlant du fait de s’échapper de Suruga, ne serait-il pas naturel que vous receviez des ordres vous demandant de vous échapper ? »

Le père de Rikka Akigase était le gouverneur général de Tōkaidō, Akigase Shouzan.

Il était à la fois un homme d’une magnanimité impressionnante et un homme politique expérimenté. Même sans tenir compte de leur relation de parent et d’enfant, il était possible pour lui d’ordonner secrètement à sa fille de quitter Suruga, afin d’empêcher la chevalière du plus haut grade de Tōkaidō de périr avec le fort tutélaire de Suruga.

En entendant la spéculation de Shiori, Rikka avait franchement ri. « Cela, je ne peux pas le nier. De toute façon, il y a plusieurs façons d’y réagir. Si mon père devait envoyer un renard de liaison pour me donner un tel ordre... Je vais simplement prétendre que le renard de liaison a disparu. »

« Oh, ma chère ! » s’exclama la princesse.

Rikka Akigase n’était pas seulement une guerrière puissante, mais aussi une noble Chevalière d’une intégrité absolue.

Shiori avait souri avec élégance avec d’autres intentions dans son esprit. Comme elle avait des raisons l’empêchant de quitter cet endroit, son seul choix était de refuser l’offre aimable de Rikka. Il y avait un problème présent ici que Shiori devait s’en occuper le plus rapidement possible.

Cette question était précisément Masatsugu Tachibana. Shiori avait besoin de clarifier la relation entre lui et elle.

Shiori espérait que Masatsugu soit son chevalier, mais même dans ce cas, personne ne pouvait garantir avec certitude qu’il serait prêt à l’aider.

Néanmoins, Shiori avait raffermi sa résolution. Elle devait accomplir cet objectif et cela, peu importe ce qu’elle devrait faire pour ça.

***

Partie 2

« Arg... ! » Le jeune soldat de première classe leur servant de guide avait soudainement serré son estomac avec ses deux mains et avait gémi en raison de la douleur.

Hatsune le regarda en face et feignit l’inquiétude. « Oh Mon Dieu ! Quel est votre problème ? »

« M... Mon estomac me fait soudainement... Ohh... Argggggg ! » s’écria le jeune soldat.

« Oh non ! Je vais aller vous aider à prendre des médicaments ! Euh, dois-je aller dans un magasin ou à l’infirmerie dans une situation comme celle-ci ? » demanda Hatsune.

« S-S’il vous plaît, veuillez m’excuser, je dois m’absenter pendant un moment, » déclara le soldat.

Le malheureux soldat s’était levé de sa chaise et avait fui la scène. Le combo des jeunes Tachibana, Masatsugu et Hatsune, avait regardé le soldat partir.

Ils se trouvaient actuellement dans le fort tutélaire dans le salon de thé utilisé pour les invités. Il y avait beaucoup de lumière naturelle et un grand espace ouvert.

À l’intérieur de la pièce, il y avait des distributeurs automatiques de boissons et de cigarettes ainsi que plusieurs tables rondes pour que les visiteurs puissent faire une pause. Nous étions actuellement le jour suivant après que les Légionnaires britanniques aient attaqué. La princesse Shiori visitait à nouveau le fort tutélaire, mais cette fois, c’était dans le cadre d’une rencontre avec la Chevalière Rikka Akigase.

En tant que sa suite, Masatsugu et Hatsune étaient également venus, mais n’avaient eu d’autre choix que d’attendre en veille pendant la réunion. Un certain officier militaire prévenant avait été envoyé en tant que guide pour leur faire visiter les environs du fort tutélaire.

... Naturellement, maintenant qu’il s’agissait du lendemain de l’attaque des Croisés, la loi martiale avait déjà été promulguée dans la ville.

Dans cette situation chaotique, une visite de deux étrangers équivaudrait à créer des problèmes, de sorte que l’officier responsable de ça avait envoyé quelqu’un pour les surveiller sous l’euphémisme de « guide ».

Cependant, Masatsugu et Hatsune avaient reçu des ordres secrets leur demandant d’échapper à la surveillance.

Quand Hatsune était arrivée dans le salon de thé, elle avait acheté deux tasses de café en papier dans un distributeur automatique. Puis elle en avait offert gaiement un au soldat en guise de remerciement pour leur avoir fait visiter les lieux. Mais avant ça, elle avait secrètement glissé une pilule noire dans la tasse de café. Acceptant avec reconnaissance, le soldat avait bu le café trafiqué avec un sourire sans se douter le moins du monde du traquenard. Il était vraisemblable que l’apparence adorable de Hatsune combinée avec la vue rare des vêtements japonais dans une base militaire avait scellé l’affaire.

« Comment était-ce, Onii-sama ? » demanda Hatsune. « Ma technique ninja du pot de miel a fonctionné ! »

« Alors c’est ton idée d’un pot de miel..., » répliqua Masatsugu.

Les courbes du buste de Hatsune étaient très évidentes même sous le haut de son kimono. Elle gonfla fièrement sa poitrine.

Quant à lui, Masatsugu n’avait pas pris de café. Prenant une gorgée d’eau potable, il demanda à Hatsune. « Lui as-tu donné un laxatif ? »

« Quelque chose comme ça... il s’agit d’un mélange secret transmis dans la Famille Tachibana, » répondit Hatsune. « Une pilule suffit à transformer quelqu’un en dieu gardien de toilettes pendant deux heures. Il sera complètement incapable de les quitter. »

« Ça ressemble à un ninja quand tu parles de secrets transmis dans la famille, » déclara Masatsugu.

« Cela va sans dire. Le clan Tachibana était après tout une famille de maîtres ninjas qui commandaient des ninjas de rangs inférieurs, » répondit Hatsune.

« Ils étaient comme Hattori Hanzou ? Notre clan garde vraiment beaucoup trop de secrets, » déclara Masatsugu.

Hatsune avait parlé de l’histoire de la Famille Tachibana, ce qui avait incité Masatsugu à faire cette remarque de façon poignante.

Hattori Hanzou Masanari, qui avait servi Tokugawa Ieyasu, n’était pas seulement connu comme le féroce général avec le surnom « Hanzou la Lance », mais aussi un maître ninja. Il s’agissait d’une légende très connue.

« À ce propos, il y avait également un Chevalier dans le clan Tachibana il y a deux générations avant nous, » déclara Hatsune.

« Mais notre clan Tachibana mène de nos jours une vie très discrète, » constata Masatsugu.

« On ne peut pas y faire grand-chose, » répondit Hatsune. « Le titre honorifique de Chevalier est non héréditaire. Cependant, l’Appellation est toujours sous la garde de notre clan, donc quiconque en hérite peut devenir Chevalier. » Hatsune bouda, un peu contrariée. « J’ai entendu dire qu’il s’agissait d’une Appellation de très haut niveau. Quiconque échoue dans le rituel de succession meurt. C’est pourquoi le rituel est interdit sauf en cas d’urgence. »

« Désolé, mais je ne comprends pas ce que tu entends par Appellation ou succession, » répliqua Masatsugu.

« Oh, désolée à propos de ça, » répliqua Hatsune. « Une Appellation se réfère à un titre universellement reconnu concernant quelqu’un ayant prouvé ses aptitudes martiales. Quelqu’un qui hérite de ce titre peut devenir un Chevalier afin de pouvoir convoquer des légionnaires. »

Masatsugu se pencha en avant, écoutant attentivement l’explication de Hatsune, car celui qui avait ordonné hier au Légionnaire japonais, le Kamuy, de se battre était précisément Masatsugu lui-même.

« La plupart d’entre eux portent le nom de médailles. Par exemple, La Prise de l’Armée Impériale du Japon, » expliqua Hatsune. « Le plus commun est la médaille nommée Zuihou, l’Ordre du Trésor Sacré. Mais parfois, il y a des Appellations qui sont différentes. Un chevalier digne d’hériter de ce genre de titre de haut niveau pourra utiliser des actions lui permettant des attaques vraiment incroyables ! »

« Je vois, » répondit Masatsugu.

« Cependant, ces héritages spéciaux sont très difficiles à acquérir. Si quelqu’un d’inéligible tente le rituel de succession, l’échec entraîne une mort instantanée, » continua Hatsune.

« C’est quoi cette soi-disant éligibilité ? » demanda Masatsugu.

« C’est un peu ambigu, mais à peu près “quelqu’un qui équivaut à une immense puissance militaire devrait pouvoir le faire” ou quelque chose du genre, » déclara Hatsune.

« Puissance militaire, hein... Donc, une capacité martiale supérieure n’est pas suffisante ? » demanda Masatsugu.

« Hmm, en dehors des prouesses martiales, tu dois également être versé dans la stratégie militaire, savoir comment améliorer le moral de tes troupes, être invaincu sur les champs de bataille, etc. Ce sont tous les aspects de la “puissance militaire”, » répondit-elle.

Hatsune interrompit l’explication et regarda directement Masatsugu. « Hier, Onii-sama, quand tu as démontré cette force surnaturelle, je pensais que tu avais hérité de l’Appellation à un moment donné. Je parle de celle spécialement gardée par le clan Tachibana. »

« Désolé, mais je n’ai aucun souvenir de tout cela, » Masatsugu avait donné une réponse négative et avait dit. « Y a-t-il beaucoup de personnes qui combattent les Légionnaires comme moi... utilisant un corps de chair ? »

« Je ne l’ai jamais vu et personne dans notre clan n’y est parvenu, » répondit Hatsune. « D’une manière générale, tu aurais dû être totalement écrasé comme une crêpe. Oh, cependant... »

Hatsune avait battu des mains avant de déclarer avec des yeux brillants. « J’ai mentionné tout à l’heure que “ceux qui ont des Appellations de haut niveau” peuvent utiliser des mouvements vraiment incroyables, n’est-ce pas ? Il s’agit d’une rumeur que j’ai entendue dans le palais impérial, donc c’est très rare. »

« Au moins, il y a des cas connus..., » déclara Masatsugu.

« Nous approfondirons ces questions plus tard, » dit-elle. « De toute façon, Onii-sama, tu n’es certainement pas une personne ordinaire... Alors, il est temps pour moi de partir et de finir les instructions de la princesse au plus tôt. »

Hatsune se leva de son siège, déplaçant la chaise.

La cousine lointaine de Masatsugu était rapidement partie, affichant toujours sa personnalité joyeuse et sociable. Masatsugu se leva aussi pour tranquillement se promener. Il avait décidé de tuer le temps en attendant que son maître et Hatsune s’occupent de leurs affaires respectives.

Tout en marchant, Masatsugu s’était mis à réfléchir à ce qui s’était passé la veille.

En ayant fait surgir un pouvoir inhabituel hors de lui-même, cela lui avait permis que lui-même et la princesse survivent lors de cette situation mortelle.

À l’époque, un sentiment de sang bouillant avait traversé son corps et son esprit. Très naturellement, il avait compris l’origine des Légionnaires ainsi que la manière de les utiliser. Il avait pu appliquer ses connaissances dès cet instant et avec brio.

Quand les Croisées avaient été détruites, la princesse lui avait demandé : « Masatsugu-sama... êtes-vous enfin éveillé ? »

« Un legatus legionis enfin — Un véritable chevalier. »

Masatsugu avait été incapable d’y répondre, et il était resté tout simplement confus devant elle.

Après la brève bataille, le sentiment de sang bouillant avait disparu. Et en même temps que cela se produisait, il avait également oublié comment contrôler les Légionnaires.

En fin de compte, Masatsugu n’avait aucun moyen de répondre à la question de Shiori.

Cependant, le terme « legatus legionis » avait laissé une profonde impression dans son esprit.

Quand Masatsugu avait demandé à Shiori ce que cela signifiait, elle avait tout simplement répondu avec un sourire. Il avait alors supposé que ce sourire devait cacher sa déception.

« Celui qui garde une Légion... C’est un ancien terme romain signifiant commandant de la légion. »

Legatus Legionis. Masatsugu avait ruminé quant à ce terme pendant longtemps.

***

« Princesse ! J’ai effectué toutes vos instructions ! » annonça Hatsune.

Ils étaient sur le chemin du retour du fort tutélaire de Suruga.

Le fort tutélaire était situé au sommet d’une région montagneuse à l’est de la ville, ce qui les obligeait à aller et venir en voiture. Naturellement, ils retournaient en voiture personnelle.

La princesse utilisait une voiture civile de luxe noire avec Hatsune comme chauffeuse.

Seize ans était l’âge légal pour pouvoir obtenir un permis de conduire. Masatsugu l’avait obtenu l’année dernière. Cependant, sa cousine éloignée était clairement plus qualifiée que lui en tant que conducteur.

Tout en faisant la démonstration de techniques de virage sophistiquées sur la route de montagne, Hatsune avait dit à la dame qu’elle servait. « C’était tellement problématique de faire ça, vous savez ? Il a fallu mettre en place le faux, utiliser une clé cachée, chercher de l’aide auprès du vieux monsieur Tachibana qui avait infiltré l’endroit... Ça prendrait beaucoup de temps si je devais donner tous les détails de toutes ces tâches... »

« Bon travail. Je compterai sur vous quand la prochaine opportunité se présentera, » déclara la princesse.

« Sniff. Princesse, vous êtes trop insensible, j’essayais de dire quelle dure épreuve cela avait été pour moi... Cette disposition sadique rassemble vraiment beaucoup à une princesse, » déclara Hatsune. « Au moins, permettez-moi de me vanter un peu. »

« Fufufufu, vous ne saviez pas que se vanter de ses glorieux exploits est un plaisir qui appartient aux personnes âgées ♪ ? » répliqua Shiori.

Shiori était assise tranquillement toute seule sur spacieux siège arrière de la voiture.

Masatsugu était sur le siège du passager avant, tenant le fruit durement gagné en raison des efforts de Hatsune. Il s’agissait d’une fine plaque de bois de la taille d’une feuille A3 avec des caractères kanji et sanscrit écrits en cursive à l’aide d’un pinceau. Masatsugu ne pouvait que reconnaître les quatre mots de « invoquer le grand dieu » et l’image d’un animal ressemblant à un chien dessiné sous eux.

C’était non seulement un talisman de bête de rétention utilisé par des techniques noétiques, mais aussi un article militaire de qualité.

Aujourd’hui, Hatsune avait « emprunté » quelque chose comme ça dans le stockage souterrain du fort tutélaire.

« Hatsune, faites un petit tour dans la ville avant de retourner au dortoir, » demanda Shiori.

« Compris, » répondit Hatsune.

Hatsune avait suivi les instructions de la princesse et avait tourné le volant.

La voiture avait traversé les quartiers et les rues de Suruga que Masatsugu connaissait si bien. Cependant, il y avait très peu de circulation dans chacune de ces rues. La plupart des magasins avaient également temporairement été fermés. Tout cela était dû à la promulgation de la loi martiale. La plupart des véhicules sur la route appartenaient à l’armée provinciale Tōkaidō ou à la police.

Sur le chemin, cette voiture avait aussi été à plusieurs reprises arrêtée par les soldats et la police.

Heureusement, la princesse était déjà devenue une célébrité connue dans tous les foyers de Suruga. L’influence et le respect qui lui avait été accordé ainsi que la carte de visite de la Chevalière Rikka Akigase reçue au fort tutélaire s’étaient révélés très pratiques dans ces situations. Rikka avait écrit. « S’il vous plaît, fournissez une aide à la princesse », sur le dos de la carte, ce qui avait eu un important effet.

Après cela, Hatsune avait conduit la voiture au nord de la ville de Suruga.

Le fait de continuer dans cette direction les faisait passer près des montagnes du Sud et du mont Ryuusou. En d’autres termes, ils étaient partis dans la campagne proche d’une station de bus qui allait vraiment profondément dans les montagnes.

Masatsugu avait regardé par la fenêtre dans le ciel et avait remarqué quelque chose.

Il avait vu dans les airs trois wyvernes. Les wyvernes étaient un type de bête de rétention utilisé par de nombreux pays. Leurs caractéristiques communes étaient « un aspect semblable à un lézard, sauf qu’ils ont des ailes qui sortent de leurs épaules » et « ils font environ deux à trois fois la taille d’un cheval. »

Cependant, les wyvernes de chaque pays étaient une variante, et elles avaient chacune leur propre couleur unique.

Les wyvernes impériales du Japon étaient bleues tandis que celles qui volaient actuellement étaient blanches. Le blanc était la couleur des wyvernes de l’Empire Britannique.

« Donc, les bêtes de rétention britanniques ont envahi toutes les voies d’accès ici..., » se lamenta la princesse en grognant.

Leur voiture n’était pas la seule voyageant sur la route. De temps en temps, ils voyaient des voitures d’habitants du coin qui se dirigeaient vers la zone urbaine adjacente à la Gare de Suruga pour y chercher refuge.

Il y avait beaucoup de dépliants dispersés sur le sol.

Ces dépliants largués un peu partout par les wyvernes avaient été signés conjointement par les Forces Impériales Britanniques et le fief de Kinai.

Un peu plus tôt, le petit groupe de Masatsugu en avait ramassé pour les lire. « Les résidents sont fortement encouragés à chercher refuge dans les zones jugées appropriées par la Charte de la Chevalerie ». Voilà ce qui était écrit dessus. Les personnes vivant dans la région avaient agi selon les instructions de ces dépliants.

Masatsugu avait demandé à la princesse assise sur le siège arrière. « Le fief de Kinai a-t-il l’intention de s’opposer à l’armée romaine avec l’aide britannique ? »

« Très certainement, » répondit-elle. « Au cours de ces cinquante dernières années, les Chevaliers du Japon ont effectué très peu d’action sur les champs de bataille... En revanche, les Chevaliers de l’Empire Romain d’Orient et de l’Empire Britannique ont combattu sur les champs de bataille à travers le monde. Que ce soit en Force de Chevalier ou en expérience, les Chevaliers du Japon ne sont pas de taille à affronter ces deux adversaires. »

« Qu’est-ce que c’est que la Force d’un Chevalier ? » demanda Masatsugu.

« La Force d’un Chevalier représente la quantité de Légionnaires qu’un Chevalier peut invoquer en même temps, » répondit la princesse. « On pourrait y voir un indicateur de force. Prenez la bataille d’hier comme exemple... Malgré son avantage sur le terrain, la base de Suruga a perdu face aux Croisés envahissants en raison de son infériorité numérique. » La princesse haussa les épaules et soupira.

« C’est vrai. La disparité de force entre les deux armées était trop évidente, » déclara Hatsune.

« D’après ce que j’ai entendu, un Chevalier peut utiliser plus de Légionnaires lorsqu’il se bat dans un fort tutélaire amical, » déclara Masatsugu.

Les êtres mystiques, les Légionnaires, avaient été convoqués depuis les airs sous les ordres d’un Chevalier.

Cependant, les effets étaient différents selon le lieu de leur invocation.

La quantité de Légionnaires convoqués diminuerait de façon drastique à moins que l’invocation ne se produise dans un pays détenant de puissantes énergies mystiques connues sous le nom d’enceintes divines ou de sanctuaires. Comme si la nature voulait jouer un petit tour, ces sanctuaires étaient très rares et ces quelques sanctuaires étaient situés au plus profond des montagnes ou au milieu de la nature, donc dans des lieux n’ayant qu’une faible valeur militaire...

Masatsugu s’était remémoré des connaissances qu’il avait déjà entendues.

Shiori lui avait alors dit. « Les forts tutélaires possèdent tous des sanctuaires d’eau dans leur profondeur. En d’autres termes, des réservoirs de fluide ectoplasmique artificiel. Grâce à de grandes quantités de ce liquide mystérieux qui “nourrit les êtres qui ne sont pas de ce monde”, la région entourant un sanctuaire d’eau deviendra naturellement purifiée spirituellement... »

« Ce qui signifie que cela devient un domaine sacré, non ? » demanda-t-il.

Après avoir compris l’explication, Masatsugu avait été stupéfait de quelque chose et il avait commencé à se poser des questions quant à la situation.

De sa position sur le siège du passager avant, il avait l’impression que Shiori le regardait continuellement depuis qu’ils parlaient de ça.

***

Partie 3

Le groupe de Masatsugu était rentré au Lycée Rinzai un peu avant midi, ou plus précisément, les dortoirs du lycée. La princesse Shiori et Hatsune étaient toutes les deux des pensionnaires.

Après que la voiture de la princesse avait été garée sur le parking du personnel, Masatsugu et Hatsune étaient restés aux côtés de Shiori tout en se dirigeant vers le dortoir.

Contrairement à hier, Shiori ne s’était pas placée en tête du petit groupe.

Sur le campus, elle avait l’intention de garder sa façade de « princesse douce et vertueuse ».

« ... Taisei ? » demanda Masatsugu alors qu’il doutait de ce qu’il voyait devant le dortoir des garçons. Il y avait Taisei Okonogi qui se tenait là à l’attendre.

Alors qu’il était préoccupé par la présence de la princesse, Taisei fit un geste de la main, voulant pouvoir parler en privé avec Masatsugu.

Comme il vivait dans la ville, Taisei n’était pas pensionnaire. En outre, maintenant que la loi martiale était en vigueur, les établissements d’enseignement étaient tous fermés pour le moment. Masatsugu n’avait donc aucune idée de la raison qui faisait qu’il se trouvait là.

« Votre Altesse, puis-je dire un mot à mon ami ? » Masatsugu jeta un coup d’œil à Taisei avant de demander la permission à la princesse.

« Cela ne me dérange pas... cependant, j’aimerais également le rencontrer, » répondit Shiori. « Je souhaite connaître les réactions de l’école et des étudiants. »

Après que Masatsugu ait fait venir Hatsune et la princesse auprès de son ami, Taisei avait salué la princesse avec un air confus en interrogeant Masatsugu avec un regard qui semblait dire. « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Complètement insensible, Masatsugu avait alors demandé. « Que se passe-t-il, Taisei ? Ne voulais-tu pas me parler ? »

« Oh, oui. Compte tenu de ces moments inhabituels, l’information est difficile à se procurer, » répondit Taisei. « J’ai donc pensé que “Peut-être que Masatsugu-kun pourrait avoir des informations légitimes puisqu’il sert la princesse ?”. Je suis donc venu pour pouvoir obtenir quelques informations. »

« Et ainsi, tu as fait tout ce chemin jusqu’au dortoir pour cette raison, non ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit Taisei. « J’ai effectué le trajet avec mon vélo. De plus, en tant que membre du conseil des élèves, j’étais également curieux de savoir si les pensionnaires agissaient de manières inappropriées. J’ai brièvement observé le dortoir des garçons et c’est assez chaotique là-dedans. »

C’était seulement à ce moment-là que Masatsugu se rappela que son ami était le vice-président du conseil des étudiants.

Le visage de Taisei était beau, mais totalement indéchiffrable quant à ce qu’il pensait ou ressentait. Il avait alors soupiré avant de lui répondre. « En raison de la perturbation noétique générée par l’armée, il est pratiquement impossible de recevoir des signaux de télévision et de radio, mais il y a occasionnellement des images ou un peu de son. En utilisant des informations fragmentaires, tout le monde fait toutes sortes de spéculations afin de donner un sens à la situation... ou plus... je suppose qu’ils essayent de s’imaginer ce qui va arriver après ça. »

D’après ce que Masatsugu avait entendu, il existait autrefois des entreprises qui développaient des téléphones portables de poche. Cependant, la présence d’ondes noétiques permanente était devenue l’une des raisons empêchant l’adoption généralisée de cet équipement rendu obsolète...

Les ondes noétiques consistaient l’énergie des pensées produites par les bêtes de rétention, les génies et les Chevaliers. Le terme général utilisé pour désigner les techniques de contrôle noétique afin de provoquer des interférences destructrices des ondes électromagnétiques en utilisant des ondes noétiques puissantes était « perturbations noétiques ».

Selon une légende urbaine, l’utilisation d’un four à micro-ondes à côté d’un Chevalier le ferait exploser. (Le four, pas le Chevalier.)

Il y a dix ans, quand le Seigneur César menait un millier de Légionnaires afin de combattre l’armée américaine stationnée au Japon, des interférences électriques avaient eu lieu dans tout le Japon. Les humains devaient encore inventer des moyens de produire des ondes électromagnétiques assez fortes pour contrer les puissantes ondes noétiques.

« En outre, parmi les étudiants de l’extérieur de la ville ou de la préfecture, il y a des individus qui prévoient d’utiliser des routes secondaires non bloquées pour rentrer chez eux à bicyclette, » expliqua Taisei.

« Le fait de partir en soi n’est pas interdit..., » répondit Masatsugu.

« Oui, quand j’ai dit “l’armée” tout à l’heure... Ce n’est probablement pas l’Empire Britannique, mais les forces locales du Fief de Kinai, n’est-ce pas ? » demanda Taisei. « Ce n’est pas une invasion étrangère, mais une rébellion ou un coup d’État, non ? »

Hier soir à 19 h, le Fief de Kinai avait tenu une conférence de presse.

La conférence de presse avait eu lieu avant les perturbations noétiques et donc, tout le monde dans la ville de Suruga avait pu la regardée dans les nouvelles. Toujours à la pointe de l’actualité, Taisei n’avait pas manqué cette information.

Alors que Masatsugu était sur le point de répondre aux questions de son ami, la dame qu’il servait parla avant lui.

Souriant avec douceur, la princesse avait offert une suggestion. « Eh bien ! Puisque nous sommes proches de midi... Pourquoi ne rassemblons-nous pas tous les étudiants en pension pour un repas ? Cela me pèse un peu sur la conscience que depuis hier, je n’ai pas officiellement salué tout le monde à mon arrivée... Hatsune, s’il vous plaît, occupez-vous de prendre des dispositions nécessaires pour tout ça. »

« D-D’accord, princesse, » répondit Hatsune.

***

Une heure plus tard, le repas de rassemblement était prêt.

Il y avait un total de soixante-dix garçons et filles vivant dans les dortoirs. La cafétéria de l’école avait été choisie comme lieu de rassemblement parce qu’il n’y avait pas d’espace dans les dortoirs où tout le monde pouvait se réunir. De plus, Shiori avait utilisé le système d’annonces publiques de l’école pour pouvoir inviter d’autres étudiants et membres du personnel présents à participer au repas de groupe.

En raison du temps de préparation insuffisant, le choix de nourritures n’avait rien de spécial.

Néanmoins, le fait que suffisamment de thés et de boulettes de riz puissent être rassemblés pour servir tant de personnes était rendu possible grâce au leadership de la princesse qui avait proposé l’idée.

« Mes chers camarades, les dames auraient-elles la gentillesse de se joindre à moi pour aider à la cuisine ? » demanda Shiori. « Et messieurs, pourriez-vous aider à mettre en place la pièce ? Ah oui ! Les membres du conseil des élèves pourraient-ils aller à la salle de diffusion ? »

Ses idées avaient été transmises par Hatsune, Masatsugu et Taisei puis exécutées par la communauté.

Shiori s’était souvenue de la position de Taisei dans le conseil des élèves, alors elle avait fait ses demandes aux membres du conseil des élèves par l’intermédiaire de leur vice-président (en vérité, ils ressemblaient plus à des instructions qu’à des demandes).

En outre, Shiori était également allée à la cuisine de la cafétéria pour faire des boulettes de riz avec les filles.

La princesse n’était pas très qualifiée dans les arts culinaires, mais conscients de son statut de noble, les étudiantes s’entendirent vite avec elle.

Quand le repas commença, Shiori inclina la tête pour s’adresser à tout le monde. « Salutations, mesdames et messieurs. Suruga est actuellement confronté à une période de tribulations. »

Elle continua. « Les forces britanniques et le fief de Kinai ont formé l’Alliance pour la Restauration, dans l’intention de lancer une insurrection contre notre gouvernement impérial. Ceci est indiscutable. »

« Cependant, une panique ou une méfiance excessive ne ferait que créer un plus grand danger pour vous, » continua-t-elle.

« La Charte de la Chevalerie interdit formellement aux forces armées d’attaquer, de piller et de blesser intentionnellement les civils et leurs zones résidentielles, » continua-t-elle. « Cet accord, dirigé par l’empereur Karl le Grand de l’Alliance du Roi Chevaleresque, a été fortement soutenu par le Seigneur César et par Victoria II, la reine d’Angleterre, et est ainsi apparu comme un ensemble de règles internationales d’engagement. »

« En d’autres termes, nous sommes protégés par cette charte, » continua-t-elle.

« Il est très probable que d’autres attaques soient lancées contre le fort tutélaire de Suruga, mais en quittant arbitrairement la ville et en vous dirigeant vers les zones non-protégées par la Charte de la Chevalerie... serait en fait le choix le plus dangereux, » continua-t-elle.

La princesse avait expliqué la situation, mettant en garde les étudiants contre des comportements imprudents.

Puis elle avait souri et avait déclaré tout en plaisantant à moitié. « J’ai quitté l’école à Rome à mi-chemin et j’ai été transférée sur ce campus... Maintenant que je suis à Suruga, j’ai l’intention d’aller correctement à l’école jusqu’à la fin de mes études. Je souhaiterais que tout le monde s’occupe bien de moi, s’il vous plaît. »

Ses paroles enjouées avaient réussi à dissiper la nervosité du public, provoquant des rires dans la pièce.

Après avoir terminé son discours, Shiori ne s’était pas assise. Elle était allée un peu partout dans la pièce afin d’avoir une conversation amicale avec les étudiants. Interrogée sur l’agitation actuelle, elle expliquait la situation du mieux qu’elle le pouvait. Il n’y avait jamais une absence de sourires autour d’elle à un moment donné.

Juste avant la fin du repas, Taisei avait déclaré à Masatsugu. « C’est incroyable. Avec ce seul rassemblement, Son Altesse est devenue “la princesse des dortoirs des étudiants”, agissant d’une manière encore plus fiable que les enseignants ou nous du conseil des élèves. À ce rythme, elle prendra le contrôle du monde au sein de l’école en moins d’un mois. »

***

Le Dortoir de Lys Noir avait été attribué à l’usage exclusivement de la princesse.

Il s’agissait d’un bâtiment de deux étages construit avec un cadre en acier. Il y avait un grand hall, une salle à manger, un salon de conversation, une salle de lecture, etc. au rez-de-chaussée et à l’étage, il y avait plusieurs chambres individuelles pour les pensionnaires. La disposition était la même que les dortoirs ordinaires des garçons et des filles.

Cependant, Dortoir de Lys Noir donnait vraiment une impression plus classe et plus propre que les autres dortoirs de la ville. Grâce aux travaux de rénovation, tout le papier peint était nouveau. Les meubles chics avaient également rendu l’intérieur très élégant. La décoration intérieure seule était pratiquement du « style Rokumeikan [1] ».

Après le repas, Masatsugu, Shiori et Hatsune étaient allés dans le salon de conversation dans le Dortoir de Lys Noir. Il y avait trois grands canapés disposés autour d’une table basse en ivoire.

En tant que responsable, Shiori était tranquillement assise sur un canapé. Debout, Masatsugu avait expliqué à la princesse ce qu’il avait entendu plus tôt. « ... Et c’est ce que mon meilleur ami a dit tout à l’heure. »

« Prendre le contrôle du monde, vraiment ? » demanda Shiori. « Votre ami utilise les mots d’une manière amusante. »

Masatsugu avait répété ce que Taisei avait dit, faisant ainsi sourire Shiori.

Contrairement au « sourire obéissant visant le monde extérieur » qu’affichait Shiori pendant le repas, son actuel sourire exprimait une sorte d’ironie avec une forte volonté et intelligence.

« Cependant, il l’a plutôt bien dit, » déclara Shiori. « Je dois devenir la personne la plus influente dans cette école et à Suruga, sinon, mes projets en seront affectés... Je dois d’abord prendre le contrôle de la zone de Suruga avant de progresser dans mes objectifs en obtenant la suprématie totale dans la préfecture de Shizuoka, Tōkaidō, puis dans l’est du Japon, et pour finir, dans l’ouest du Japon. »

« ... Quoi !? » s’exclama Masatsugu.

Shiori avait déclaré plusieurs mots qu’on ne s’attendrait pas d’une princesse mise à l’abri.

Alors que Masatsugu était stupéfait en entendant ça, Hatsune avait déclaré avec une importante excitation clairement audible dans le ton de sa voix. « Onii-sama, tu dois bien te souvenir de ça. Notre princesse a un plan très ambitieux. D’abord, elle se fera un nom et donnera une leçon à la faction de l’Impératrice qui l’a intimidée et harcelée, elle ainsi que sa mère. À l’avenir, elle deviendra le cerveau gouvernant secrètement tout le Japon depuis l’ombre. »

« Quoi !? » s’exclama à nouveau Masatsugu.

« Pour le dire plus simplement, notre princesse prendra le contrôle du Japon, » répondit Hatsune. « Nous, du clan Tachibana, sommes les aides et espions de confiance qui sommes là afin de l’aider à atteindre ses objectifs ♪. »

La révélation de Hatsune était surprenante, mais il était possible de trouver une certaine logique sous-jacente.

La relation intime entre le clan Tachibana et la princesse Shiori Fujinomiya était vraiment semblable au lien profond entre « un général de la période Sengoku et un clan secret de ninja ».

Même les aides-domestiques du Dortoir de Lys Noir étaient toutes des femmes plus âgées du clan Tachibana.

En outre, Hatsune avait changé son kimono et son hakama afin de revêtir un uniforme officiel de l’école. En la voyant habillée comme ça, Masatsugu avait été frappé par une pensée.

Peut-être que Hatsune aimait porter le hakama en tant que garde du corps de sa maîtresse.

Après tout, il était beaucoup plus facile de se déplacer dans un hakama qu’en jupe. Actuellement, à l’intérieur du dortoir, la probabilité d’une attaque contre la princesse serait plutôt faible, d’où le fait qu’Hatsune s’était changée afin de porter son uniforme.

« ... Tu fais attention aux détails. Je suis surpris, » déclara Masatsugu.

« Onii-sama, pourrais-tu ne pas faire de tels commentaires grossiers à l’improviste ? » demanda Hatsune.

« Oh, désolé, » répondit-il. « Les examens de mi-années vont bientôt arriver. Je t’ai cataloguée comme le type de personne qui emprunterait des notes à ses amis afin de les copier, et qui passerait les examens à l’aide d’un bachotage de dernière minute. »

« Comment peux-tu connaître ma stratégie pour les examens ? » demanda Hatsune.

Naturellement, étant donné la situation actuelle de la tourmente qui touchait la ville, on ne pouvait que tenter de deviner si des examens à mi-parcours auraient lieu ou non.

Cependant, Masatsugu regardait maintenant Shiori, car il avait une question à lui poser. « Je comprends maintenant les intentions de Votre Altesse. La question est, pourquoi me le dire ? Bien que je fasse partie du clan Tachibana, vous me connaissez à peine. De plus, nous nous sommes rencontrés que depuis quelques jours. »

Il n’y avait pas si longtemps, Masatsugu était encore un étudiant ordinaire sans le moindre indice sur les secrets de son clan.

D’ailleurs, il avait également perdu sa mémoire. Il serait inconsidéré pour une princesse de prendre comme subordonnée de confiance quelqu’un dont sa personnalité et ses dispositions étaient inconnues.

Shiori avait alors répondu. « En effet, il y a beaucoup de choses dont j’ai besoin de discuter avec vous, Masatsugu-sama, y ​​compris celui-ci. Veuillez bien m’accompagner. »

« Compris. Est-ce pour... quelque chose comme une discussion en privé ? » demanda Masatsugu.

« Nullement ! Ceci est une invitation à un rendez-vous qui ne comprendra que nous deux, » étonnamment, la princesse avait répondu ça avec une expression solennelle.

Notes

  • 1 Rokumeikan : Le Rokumeikan (鹿鳴館?) (litt. Pavillon du cri du cerf) était un grand bâtiment à un étage situé à Tokyo au Japon. Achevé en 1883, il est considéré comme un symbole de l’occidentalisation controversée pendant l’ère Meiji (1868-1912). Destiné à loger des hôtes étrangers, il fut commandé par le ministre des Affaires étrangères Inoue Kaoru et dessiné par l’architecte britannique Josiah Conder, un conseiller étranger travaillant au Japon.

***

Partie 4

Par conséquent, Masatsugu et la princesse avaient décidé de « se rencontrer à l’extérieur pour leur rendez-vous » en venant chacun de leur côté.

Ils avaient choisi de se rencontrer devant un petit magasin près des dortoirs une demi-heure plus tard. Cette chaîne locale possédait des succursales dans la grande région de Suruga, qui ne fonctionnait pas tous 24 heures sur 24.

Masatsugu était arrivé cinq minutes plus tôt.

Quelqu’un lui avait parlé après ce petit délai. « Merci pour votre patience. »

Il s’était alors retourné avant de voir que la princesse était là comme il s’y attendait. Elle venait à l’instant apparemment d’arriver.

Au lieu de son chemisier et de sa jupe habituelle, Shiori s’était changée afin de porter une robe une pièce et des leggings noirs, le tout complété par des bottes hautes. Elle portait également une paire de lunettes.

Peut-être à cause de ses lunettes, elle semblait encore plus intelligente que d’habitude.

« Ce n’est pas vraiment un déguisement..., mais tout simplement quelques petits changements afin d’éviter t’attirer l’attention, » expliqua-t-elle quand elle le vit là regarder de bas en haut.

« Excusez-moi si je suis impoli en disant ça, mais je ne pense pas que dans votre cas, cela soit suffisant, » déclara Masatsugu. « Votre Altesse est auparavant apparue à la télévision et donc, de nombreux résidents ont vu votre visage. Et cela est d’autant plus vrai pour ceux qui vivent à proximité de l’école. »

Après tout, Shiori était une beauté aux cheveux blond-platine qui était vraiment tape-à-l’œil.

Sa seule présence avait déjà attiré beaucoup d’attention. Cependant, Shiori avait souri nonchalamment avant de lui répondre. « Détendez-vous, tant que je fais ça... »

Instantanément, Masatsugu avait été surpris par ce qui se passait devant ses yeux. Il avait semblé entendre à ce moment-là un bruit strident venant de la princesse avant que cela ne disparaisse.

« Si j’utilise le Noèsis afin de déguiser mon image, je ne serai pas découverte aussi facilement, » lui expliqua la princesse. « Les personnes qui n’ont vu Shiori Fujinomiya qu’à la télévision ne pourront pas discerner mon identité. »

« Le Noèsis... Donc il s’agit d’un contrôle noétique que vous effectuez là afin d’altérer votre image ? » demanda Masatsugu.

« C’est bien ça, » répondit Shiori. « Cette méthode n’a aucun effet contre ceux qui me sont familiers, comme Hatsune ou vous... Les Croisés d’hier ont également utilisé un camouflage relevant de la même branche de techniques. »

« Je comprends. On dirait que j’étais trop superficiel quant à mes pensées, » avoua Masatsugu.

En effet, si maintenant, il examinait attentivement Shiori, son visage semblait légèrement flou.

Masatsugu s’était excusé après avoir compris toute l’histoire. Quand il s’adressait à la princesse, il se tenait toujours de manière simple et réservée, conservant une attitude « respectueuse, comme s’il interagissait avec quelqu’un ayant plus d’ancienneté dans les arts martiaux ».

Il avait conversé avec la princesse, pleinement conscient que l’utilisation élégante du vocabulaire était au-delà de ses capacités.

Cependant, Shiori lui avait alors dit. « Masatsugu-sama, puis-je vous donner un ordre ? »

« Comme vous voulez, » répondit Masatsugu.

« S’il vous plaît, arrêtez de parler de cette manière. Parlez-moi comme si vous parliez à Hatsune, » déclara-t-elle.

Cet ordre inattendu avait pris de court Masatsugu.

« Ce n’est pas possible. Ce serait trop irrespectueux de ma part..., » commença Masatsugu.

« Comme je l’ai déjà dit... ceci est un ordre, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, refuser d’exécuter un ordre serait vraiment irrespectueux, » déclara Shiori en tout en souriant malicieusement.

À l’occasion, cette princesse aimait taquiner les autres pour son propre amusement. Masatsugu l’avait déjà observée hier, donc cet acte ne le surprenait pas, sauf qu’il ne savait pas comment y répondre.

« Êtes-vous incapable de suivre mes instructions, peu importe laquelle ? » demanda Shiori.

« Hmm. »

« Dans ce cas, arrêtez au moins de vous adresser à moi avec le “Votre Altesse”. J’ai dit la même chose à Hatsune, que je n’aime pas être traité de la sorte par ceux proches de moi. »

« Compris. Alors je vous appellerai également “Princesse”, » déclara Masatsugu.

« S’il vous plaît, n’hésitez pas à vous référer à moi en utilisant le nom. »

Masatsugu l’avait observée pendant un moment. La princesse avait spécialement choisi Hatsune pour qu’elle soit sa dame d’honneur.

Dans ce cas, se comporter plus naturellement lui conviendrait mieux. La capacité de Masatsugu à marcher au rythme de son propre tambour était bien connue de ceux qui le connaissaient. Il avait décidé de laisser cet aspect de sa personnalité lâche.

« Princesse, où allons-nous aujourd’hui ? » demanda-t-il.

« Comme j’ai appelé cela plus tôt un rendez-vous, alors, Masatsugu-sama, vous pourriez prendre la tête et décider de toutes les activités de votre propre chef, vous le savez ? » lui dit-elle.

« Ce serait une trop lourde responsabilité pour moi. Permettez-moi de le refuser, » répondit-il.

« Eh bien, » le ton de Masatsugu avait changé par rapport à avant. Ainsi, Shiori avait souri en étant heureuse de ça. « Alors, on ne peut pas y faire grand-chose. J’ai une idée alors, alors, s’il vous plaît, suivez-moi. »

Masatsugu avait avancé avec Shiori à ses côtés, mais une pensée lui était alors immédiatement venue à l’esprit.

Ils étaient confinés dans une ville régionale sous la loi martiale, mais la princesse marchait avec beaucoup d’entrain dans sa démarche. Elle semblait vraiment de très bonne humeur.

Ce que Shiori avait dit ensuite avait parfaitement confirmé l’intuition de Masatsugu. « Malgré l’état d’urgence, je suis plutôt contente. »

« ... Comment ça ? » demanda Masatsugu.

« Jusqu’ici, j’ai dû garder ma véritable personnalité et mes capacités secrètes pour ainsi vivre sous l’apparence d’une princesse inoffensive, » répondit-elle. « Mais dès que j’ai attiré un peu trop l’attention dans le palais impérial, j’ai été prise pour cible. Finalement, j’ai été délaissée et envoyée en otage dans la capitale romaine. »

Le ton de la princesse semblait moins réservé qu’avant.

« Cependant, après avoir passé un certain nombre d’années à planifier, je suis finalement sur le point de terminer les préparatifs pour pouvoir enfin riposter, » continua-t-elle. « Je vais utiliser Suruga comme point de départ afin d’élargir ma sphère d’influence. Par conséquent, je ne peux pas feindre la docilité tout le temps comme avant, je dois aussi travailler dur en utilisant mon esprit et mes capacités... pour le dire franchement, c’est en vérité assez délicieux. »

Ils avaient tous deux conversé tout en marchant le long d’une route rurale. Cette zone était proche du pied du Mont Kunou, non loin des hauts plateaux.

Les haut-parleurs installés un peu partout dans la ville avaient diffusé une annonce. « Bonjour à tous, je dois tout de suite vous informer à propos de quelque chose... »

Cela avait été réalisé par le gouvernement municipal à travers une femme lisant l’annonce. Avec les ondes publiques telles que les signaux de télévision et de radio affectées par la perturbation noétique, ce moyen de communication simple était le média le plus efficace afin de transmettre des informations.

L’annonce n’était pas différente du contenu de ce que Shiori avait déclaré au cours du repas qu’ils venaient d’avoir.

Cependant, le discours de la princesse avait touché les profondeurs du cœur des personnes qui étaient présentes, peut-être à cause de l’aura émanant de cette princesse ampliée de noblesse.

« La perturbation noétique persiste... En d’autres termes, les forces britanniques continuent de causer des interférences dans la périphérie de Suruga, » Shiori avait déduit la situation après avoir entendu la diffusion. « Peut-être que les forces britanniques ont l’intention de reprendre l’offensive d’hier. »

« ... Dans ce cas, visent-ils toujours à conquérir le fort tutélaire de Suruga ? » demanda Masatsugu.

« Oui. Les forces britanniques et le fief de Kinai ont probablement l’intention d’utiliser la préfecture de Shizuoka comme base d’opérations pour envahir Hakone, » répondit Shiori.

L’analyse précise de Shiori avait montré qu’elle avait quelques connaissances quant à la stratégie militaire.

« Ils ont attaqué les forts tutélaires dans la préfecture de Shizuoka alors qu’ils étaient alimentés par du liquide ectoplasmique provenant de sanctuaires d’eau, » continua-t-elle. « Voilà la situation qu’ils souhaitent maintenant sécuriser. Étant donné la présente situation, ils devraient d’abord prendre le fort tutélaire de Fuji, qui est le plus proche de Hakone, avant de subjuguer les forts de Suruga et de Nagahama qui sont proches de Fuji afin d’éviter d’être attaqué à l’arrière. »

La princesse Shiori semblait penser à tout cela comme à un jeu de stratégie.

Le profil de son visage à lunettes semblait très intelligent et élégant, un style qui lui convenait mieux que lorsqu’elle affichait une vertu soumise, mais feinte. Ce fut le genre d’impression que Masatsugu avait acquis quand il avait vu son expression.

« Princesse, je ne comprends pas du tout les Légionnaires. Pourtant, malgré cela, j’ai réussi à faire ce qui s’est passé hier. Se pourrait-il que cela ait un rapport avec le terme “legatus legionis”..., » tout en notant la beauté de la princesse dans son esprit, Masatsugu lui avait parlé.

« ... Ce terme a-t-il un rapport avec les Légionnaires ? » continua-t-il vu qu’elle ne répondait rien.

« Eh bien..., » répondit-elle pensivement. « C’est pour expliquer ces choses-là que je vous ai invité aujourd’hui à ce rendez-vous. Toutes mes excuses, Masatsugu-sama. Je dois être plus concentrée sur le rendez-vous... »

« ... !? » Masatsugu était confus, ne sachant pas pourquoi la princesse avait baissé la tête pour s’excuser.

D’ailleurs, pourquoi la princesse insistait-elle pour appeler une sortie avec son garde du corps un « rendez-vous » ?

Pendant ce temps, Shiori regardait fixement Masatsugu... Il y avait un soupçon de tristesse dans ses yeux.

« Masatsugu-sama, vous ne vous souvenez toujours de rien, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle.

« Me souvenir de quoi ? » demanda Masatsugu.

« Vous ne vous souvenez toujours pas de moi. Il y a longtemps, nous nous sommes déjà rencontrés, » répondit Shiori.

Masatsugu avait sursauté. Donc, il s’était avéré qu’il avait rencontré la princesse avant ça. Si quelque chose de majeur comme cela s’était vraiment déroulé, cela devait être avant sa perte de mémoire. Cependant, il ne pouvait pas se souvenir de la moindre chose à propos de ça.

« Nous allons continuer la discussion quand nous serons arrivés. Il s’agit de l’endroit où je voulais vous emmener, » déclara-t-elle.

Les deux étudiants avaient parlé pendant qu’ils marchaient le long du chemin jusqu’à arriver à un certain endroit.

À ce moment-là, la princesse s’était arrêtée devant une forêt de bambous au pied de la montagne.

Un examen plus approfondi avait révélé un petit chemin dans cette forêt de bambous. Elle avait bifurqué pour aller sur ce chemin. Masatsugu avait alors suivi Shiori dans les profondeurs de cette forêt où il y avait une maison japonaise en bois dont émanait une grande tranquillité.

Il s’agissait d’un bâtiment assez petit, mais élégant.

***

Partie 5

Le fort tutélaire de Fuji était installé dans les zones humides d’Ukishimagahara, dans la ville de Fuji, se situant dans la préfecture de Shizuoka.

La plus grande partie de la région présentait une abondance de nature et même les environs du fort tutélaire étaient luxuriants et verdoyants.

Les sites de construction des forts tutélaires étaient toujours choisis afin d’éviter autant que possible les centres urbains densément peuplés. Un emplacement rural discret serait une sorte de deuxième choix...

Il s’agissait d’une règle non écrite découlant de la Charte de la Chevalerie ratifiée par diverses nations. Avec l’exemple de l’empereur Karl le Grand, les Ressuscités aimaient s’engager dans le dernier recours inhumain de la diplomatie connu sous le nom de « guerre ». Même si elle était hypocrite, la Charte avait établi les conditions d’une justification universellement approuvée pour la guerre et toutes les nations devaient s’y conformer.

... Ce qui précédait était les pensées du Chevalier Noir.

Il était lui-même aussi un Ressuscité, d’où l’importance de tout ça.

Actuellement, le fort tutélaire de Fuji avait été occupé par un contingent britannique de l’Alliance pour la Restauration.

Le Chevalier ayant comme fonction celle de Châtelain ainsi que ses officiers et soldats avaient vaillamment combattu. Mais dorénavant, ils avaient été capturés et désarmés lors de la victoire britannique, et ils étaient actuellement sous une garde rapprochée.

Il y avait eu de malheureuses pertes au cours de cette bataille, mais de tels faits de guerre inévitables ne devaient même pas être mentionnés.

... En vérité, le véritable sens de la Charte de la Chevalerie est d’embellir le jeu connu sous le nom de guerre, afin de le rendre plus acceptable pour la population.

En ce moment, le Chevalier Noir se trouvait dans le sanctuaire de l’eau souterraine.

Dans ce réservoir majestueux de fluide ectoplasmique, des dizaines de colonnes se dressaient, créant une atmosphère solennelle comme celle d’un temple grec ancien. Il y avait aussi un « bain » à l’intérieur.

Le style architectural des sanctuaires d’eau était pratiquement universel à travers le monde. Le Chevalier Noir en avait déjà vu beaucoup au cours de sa vie.

En entrant dans le liquide bleu utilisé pour s’y baigner, il récita certaines paroles rituelles. « Honte à celui qui en pense mal. Sur mon véritable nom et mon âme, je supplie le sanctuaire de cette terre. Je lui demande de bien vouloir partager la nourriture et l’eau bénite avec mes soldats et qu’il me reconnaisse comme l’un des chevaliers de cette zone. »

Le Chevalier Noir ferma les yeux et pria, alors que tout son corps rayonnait faiblement.

Dans son champ de vision fermé et sombre, une certaine image avait fait surface.

Il s’agissait de soldats géants ailés de noir, ressemblant fortement aux Croisés. Leur armure noire de jais brillait avec la lumière de l’esprit combatif et de la gloire. Une armée de mille glorieux Chevaliers Noirs...

« Ô Chevaliers de la Jarretière [1], m’inspirez-vous ainsi afin que je me dépêche et que je vous prépare dès maintenant la suite de la campagne ? »

En écoutant les supplications de son armée, le Chevalier Noir avait souri ironiquement avant d’ouvrir les yeux.

À ce moment-là, il avait entendu des bruits de pas. Quelqu’un avait marché dans le bain en portant des bottes en cuir. Il y avait aussi le bruissement de vêtements. Vraisemblablement, le visiteur était entré sans même prendre la peine de se déshabiller.

L’entrée se situait derrière le Chevalier Noir. Il ne savait pas qui était arrivé, mais il s’était mis à parler sans même regarder en arrière. « Je ne vais pas dire ça... J’interdis aux autres de partager le bain quand je l’utilise, car ce serait bien trop rustre. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vous invite à vous déshabiller et à me rejoindre ici. C’est agréable d’avoir des moments de ce genre avec de jeunes chevaliers dans le bain de temps en temps. »

Les Chevaliers étaient tenus de garder leur calme en tout temps afin d’illustrer le caractère et les principes dictés par la chevalerie.

Le Chevalier Noir se remémorait souvent cela. Cependant, il avait entendu un « clic » venant de derrière lui, et cela le rendit très curieux quant à ce que c’était.

« Affirmative. En tant qu’esprit et non-Chevalier, il n’est pas vraiment nécessaire pour moi de reconstituer le liquide ectoplasmique dans un sanctuaire aquatique... Néanmoins, je vais me conformer à cet ordre, » déclara une voix féminine.

Dès qu’il entendit la voix d’une jeune fille, le Chevalier Noir tourna précipitamment la tête afin de voir ce qui se tenait derrière lui.

Celle qui était arrivée dans le bain était la poupée possédée par le génie Morrigan, vêtue d’un uniforme de marin ainsi que d’un béret. Elle avait bougé ses mains afin de dénouer l’écharpe autour de son cou, produisant un autre « clic » provenant de ses articulations.

« De plus, après cet événement, je déposerai un rapport auprès des plus hautes autorités... Annonçant comme quoi mon supérieur m’a soumis à un harcèlement sexuel. Alors, soyez prévenu, » déclara Morrigan.

Les simulacres utilisés par les génies étaient pour la plupart sans expression, mais actuellement, Morrigan regardait froidement le Chevalier Noir.

« Morrigan, ce n’est pas un ordre, » répondit-il. « Il s’agit simplement d’un malentendu, de plus... »

Le Chevalier Noir tenta de garder sa voix calme, mais ne put s’empêcher d’élever la voix. « Vous êtes celle qui harcèle sexuellement les autres... ! Une femme qui vient ici pour aller en présence d’un homme nu et qui va même jusqu’à me regarder si rudement ! »

« Le sanctuaire de l’eau est une installation d’une importance particulière, » répondit-elle. « Je voulais vérifier cela de mes propres yeux, » répondit-elle.

« Alors vous auriez pu choisir une autre fois quand je ne serais pas là ! » répliqua le chevalier.

La reconstitution du liquide ectoplasmique dans les sanctuaires de l’eau, les ablutions d’eau froide ou les rites de purification étaient tous des rituels sacrés.

Les vêtements n’étaient pas autorisés dans le bain, par conséquent le Chevalier Noir était complètement nu. Il avait normalement l’air plutôt mince, mais c’était purement un effet visuel provoqué par ses vêtements. En vérité, son corps était musclé jusqu’au bout des ongles.

Avec son corps spectaculaire totalement exposé, le Chevalier Noir gronda durement contre sa subordonnée.

***

« Selon mes recherches..., » déclara le simulacre du génie Morrigan en se dirigeant vers le Chevalier Noir.

Ils avaient déjà quitté le sanctuaire de l’eau souterraine. Ils faisaient une promenade dans les locaux alors qu’il marchait en ce moment sur la pelouse présente dans le fort tutélaire de Fuji.

« La pratique des bains mixtes existait aussi dans l’Angleterre médiévale et en France, » continua Morrigan. « Je ne peux donc pas comprendre la raison de votre choc et vos réprimandes. »

« Vous soulevez un point tout à fait correct, mais il s’agit des prérogatives d’un chevalier de défendre la vertu et la dignité... » répliqua le Chevalier Noir.

Au moment où il était sur le point de continuer sa réplique, le Chevalier Noir se rendit compte de quelque chose. L’Angleterre médiévale et la France. Ces mots n’auraient pas pu être prononcés par quelqu’un ignorant son identité.

« Morrigan, avez-vous compris mon identité ? » demanda-t-il.

« En effet... Franchement, la difficulté de l’énigme n’est pas bien grande, » répondit-elle. « Il y a beaucoup d’indices, tout simplement en observant vos paroles et votre comportement. »

« Je vois, » répondit-il. « Je suppose que c’est l’inconvénient d’avoir laissé son nom dans l’histoire, » déclara-t-il.

« Non, je crois plutôt que c’est purement le produit de vos imprudences, » répliqua-t-elle.

« Vous semblez avoir du talent pour les remarques mordantes..., » répliqua à son tour le Chevalier Noir.

« Cela aussi est l’une de nos traditions anglaises, » déclara le génie.

Le génie Morrigan avait hérité des coutumes anglaises du sarcasme mordant et de l’humour noir.

Le Chevalier Noir leva délibérément les yeux afin de cacher son sentiment d’embarras. Plus d’une centaine de Légionnaires britanniques, les Croisés, étaient en attente dans le ciel au-dessus du fort tutélaire de Fuji.

Tout en restant immobiles en tenant dans leurs mains droites leurs fusils à baïonnette, ils attendaient d’autres ordres.

Ces Légionnaires, sur le point de marcher sur Suruga, étaient sous le commandement de deux Chevaliers de Sa Majesté, Sire Steven et Sire Lampard, que le Chevalier Noir avait amenés depuis l’Angleterre.

Il était actuellement 14 h 53 et le ciel de Tōkaidō était très clair.

« Hier, il s’agissait de Sire Philneville qui a attaqué Suruga. Est-ce que vous allez le relever de son commandement ? » demanda le génie.

« L’armée de Phil n’a pas encore récupéré de ses pertes, » répondit-il.

Les chevaliers avaient pu invoquer des Légionnaires, des soldats géants ailés, de nulle part.

Ces êtres mystérieux pourraient facilement se rétablir en un jour de leurs blessures, ne comptant que sur leur régénération innée. Cela pouvait sembler scandaleux, mais en tout cas, ils n’avaient pas besoin de traitement ou de réparations.

Cependant, cela ne s’appliquait pas à ceux qui étaient frappés d’incapacité en raison de la mort ou de blessures critiques.

Les Légionnaires grièvement blessés avaient besoin d’une ou deux semaines avant de pouvoir se régénérer complètement et d’ainsi pouvoir retourner sur le champ de bataille.

« D’ailleurs, la princesse Akigase a pris le relais en tant que châtelain de Suruga..., » déclara-t-il. « Elle semble être une guerrière assez puissante. Selon des rapports non vérifiés, sa Force de Chevalier est exceptionnelle et peut-être beaucoup plus élevée que celle de Phil. »

« Je vois, » Morrigan hocha la tête et leva les yeux vers les Croisés présents en l’air.

Les Légionnaires britanniques blancs totalisaient 188 individus. Par rapport à hier, le nombre de Légionnaires convoqués par Sire Steven et Sire Lampard dans le destroyer Tintagel avait plus que doublé.

« En m’incluant, Stevie et Lamps ont également terminé leur pacte tutélaire dans le sanctuaire de Fuji. Actuellement, ce fort tutélaire de Fuji est devenu notre bastion..., » expliqua-t-il.

Plus les pouvoirs mystiques d’un sanctuaire étaient grands, plus il était facile d’invoquer un grand nombre de Légionnaires.

Les forts tutélaires équipés de sanctuaires d’eau remplissaient également les conditions d’un sanctuaire naturel. Mais comme les forts tutélaires étaient aussi des installations militaires, il n’y avait aucune raison pour que de telles bénédictions divines profitent aux envahisseurs.

Par conséquent, le « pacte tutélaire » était un rituel pour distinguer un ami d’un ennemi.

« ... En raison de cette règle, la manière dont nous menons la guerre est devenue plutôt archaïque, » Le Chevalier Noir avait souri ironiquement avant de continuer à parler. « En fin de compte, la guerre est revenue à la tactique de conquérir et de tenir des forteresses à utiliser comme place-forte. Actuellement, je m’attendrais à ce que la princesse Akigase forme un nouveau pacte au sanctuaire des eaux de Suruga, afin de transformer cette région en son propre bastion. »

« Oui, très certainement, » répondit-elle. « Un chevalier est limité à un sanctuaire d’eau lié à lui à la fois. »

Le destroyer Tintagel était contrôlé par Morrigan.

La source d’énergie du vaisseau, un réacteur à fluide, faisait circuler du liquide ectoplasmique artificiel afin de générer des pouvoirs mystiques. Par conséquent, le navire lui-même était équivalent à un sanctuaire, permettant aux Légionnaires d’être convoqués plus facilement que les terres ordinaires.

Cependant, en tant que « substitut », son efficacité ne pourrait pas faire face à ce qui était obtenu dans un sanctuaire d’eau.

C’est pourquoi les forces britanniques avaient donné la priorité à la conquête des différents forts tutélaires de Shizuoka, pour les utiliser comme base avancée.

« La révolution apportée par les armes à feu et la poudre à canon ainsi que l’invention de machines volantes ont rendu les fortifications faciles à neutraliser, » expliqua le chevalier. « Le mot “guerre de siège” a disparu des champs de bataille pendant près d’un siècle... Cependant, nous construisons encore une fois des forts tutélaires et consacrons des efforts pour prendre des châteaux et défendre notre propre territoire. » Le Chevalier Noir médiéval avait ri tout en parlant.

C’était vraiment drôle selon lui.

« Une fois votre image principale, l’Ifrit de Tintagel, Morgan la Fée, aura été transplanté dans le fort titulaire de Fuji, nous partirons avec Stevie et Lamps pour voir leurs capacités, » déclara-t-il.

« Comme vous le souhaitez, » répondit-elle.

La période du XIXe au XXe siècle...

... était un moment où les méthodes de guerre avaient rapidement évolué.

Ces changements étaient liés aux avancées spectaculaires dans la précision et les capacités des munitions des armes à feu, mais aussi au remplacement des véhicules hippomobiles par l’automobile. De plus, l’avènement des technologies sans fil et de l’avion ainsi que la disparition de la cavalerie du champ de bataille qui avait été supplantée par des chars d’acier dans les plaines avaient achevé ces modifications.

Les progrès dans les technologies industrielles avaient conduit une tendance à la mécanisation...

Dans le même temps, les miracles apportés par les Bêtes Sacrées avaient également favorisé les développements « mystiques ».

La technologie radar était apparue au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais elle était tombée en désuétude une fois que les techniques de contrôle noétique avaient été établies. De plus, les unités des Légionnaires avaient la propriété de neutraliser toutes formes d’ondes radar, conduisant ainsi à son obsolescence dans le monde moderne. L’information devait donc être recueillie par les bêtes de rétention ou par l’observation humaine.

En outre, les avions n’avaient pas réussi à devenir les maîtres des cieux.

Les cieux étaient contrôlés par des bêtes de rétention capables de voler et les Bêtes Sacrées divines. Tous ceux qui travaillaient dans le domaine de l’aviation se promèneraient toujours avec la peur au ventre, alors qu’ils surveillaient les tempêtes et les turbulences causées par ces êtres sur un coup de tête. On pouvait infliger de graves dommages aux avions humains simplement en utilisant des ondes noétiques afin d’invoquer des vols d’oiseaux contre le poste de pilotage ou les moteurs...

Il s’agissait actuellement de l’année 1998 à la fin du XXe siècle, une époque où l’humanité n’était plus les seigneurs de toute la création.

Notes

  • 1 Chevaliers de la Jarretière : La Jarretière est bel et bien le collant pour femme utilisé avec un porte-jarretelles. Mais dans ce cas-là, il s’agit de quelque chose en relation. Cela fait référence à un ordre de chevalier de l’Angleterre.

    Le très noble ordre de la Jarretière (Most Noble Order of the Garter) est le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, fondé le 23 avril 1348 le jour de la Saint Georges, en pleine guerre de Cent Ans, par le roi Édouard III.
    Selon la légende, la création de cet ordre aurait été décidée par le roi Édouard III lors d’un bal à Calais, où il dansait avec sa maîtresse, la comtesse de Salisbury. Celle-ci ayant, en dansant, fait tomber sa jarretière, le roi, galamment, la ramassa sous les quolibets des danseurs, la mit à son genou et coupa court aux railleries par ces mots : « Messieurs, honi soit qui mal y pense. Ceux qui rient maintenant seront très honorés d’en porter une semblable, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs eux-mêmes le chercheront avec empressement. »
    Cet ordre de chevalerie, le plus ancien qui subsiste encore au xxie siècle, rassemblait autour du souverain vingt-cinq chevaliers, membres à part entière. Les hommes sont appelés « chevaliers compagnons ».

***

Partie 6

La maison dans les profondeurs de la forêt de bambous avait été soigneusement entretenue.

On pourrait le dire d’un coup d’œil vers la porte, en voyant l’entrée et le couloir. Il n’y avait pas le moindre grain de poussière et toutes les surfaces en bois étaient polies.

La cour relativement petite était décorée tel un jardin japonais.

« Ce Manoir Ryouzan appartient à des parents éloignés du côté de mon père, » expliqua Shiori. « Grâce à leur générosité, je suis libre d’utiliser cet endroit à ma discrétion pendant mon séjour à Suruga. »

Shiori avait ouvert la voie, expliquant l’origine de cette bâtisse tout en avançant dans le couloir. Masatsugu s’était rappelé ce que Hatsune avait dit au sujet du père de la princesse qui était d’une ancienne famille de nobles qui vivait à Suruga.

En outre, Masatsugu pourrait détecter la présence d’autres personnes (probablement des domestiques).

Cependant, ils ne s’étaient pas montrés et étaient restés dissimulés jusqu’à maintenant. Masatsugu croyait qu’ils allaient immédiatement exécuter les ordres de Shiori dès qu’elle les appellerait pour ça.

L’atmosphère sereine de cette maison était définitivement au-delà de la capacité du clan Tachibana non raffiné à produire.

« S’il vous plaît, par ici, Masatsugu-sama, » déclara la princesse.

Masatsugu avait été conduit par elle jusqu’à une pièce de style japonais. Assise formellement en style seiza, Shiori fit signe à Masatsugu afin qu’il s’assoie devant elle. Il s’était placé tout comme elle lui avait demandé de faire.

Jamais, dans ses rêves les plus fous, il n’aurait espéré avoir l’occasion de converser avec la princesse en privé.

« Plutôt qu’un rendez-vous... Cela semblerait plus à une romance, » déclara Shiori.

« Princesse, vous utilisez ces mots pour des liaisons romantiques depuis un moment maintenant, » parlant candidement, Masatsugu avait répondu à la princesse qui était dans une contemplation sérieuse.

« Se pourrait-il que vous soyez tombée amoureuse de moi en si peu de temps et que vous me confessiez cet amour aujourd’hui ? » demanda-t-il.

« D-De quelle absurdité parlez-vous !? » s’écria la princesse. « Cela ne fait que quelques jours depuis notre réunion ! Développer une romance sur la base d’une telle relation serait trop impropre ! »

« Dommage, » répondit Masatsugu. « C’est juste que j’ai entendu beaucoup de conversations sur ce sujet ces derniers temps. »

La réaction de Shiori indiquait qu’elle était très troublée et agitée par ça tandis que Masatsugu inclinait la tête en signe d’excuse, complètement imperturbable.

Plus précisément, il n’avait pas « entendu » ces conversations. À la place, il les avait lues dans des romans de comédie romantique visant les garçons du lycée. Mettant cela de côté, Masatsugu avait pensé à quelque chose d’autre.

Donc, elle avait un certain côté à sa personnalité qui était comme celle d’une princesse surprotégée.

À l’inverse, la princesse lui avait parlé avec un déplaisir clairement audible. « Bon sang... Je m’attendais à ce que vous soyez une personne plus sérieuse en me basant sur votre apparence. Je me suis apparemment trompée... »

« Désolé pour ça, » répondit-il. « Puis-je demander à quoi vous fait penser mon apparence ? »

« Personne ne vous a jamais dit que vous avez un beau visage comme celui d’une célébrité ? » demanda Shiori.

« Oh, bien sûr, j’ai entendu ça quelques fois, sauf qu’ils ajoutent toujours à la fin. “Si seulement vous aviez une personnalité normale”. »

« ... En effet, votre coopération et votre sensibilité sont quelque peu défectueuses, » la princesse avait calmement commenté Masatsugu, l’incitant à s’incliner la tête une autre fois tout en disant à la princesse. « Désolé pour ça. »

« Cependant, princesse, puisque ma beauté semble adaptée à vos goûts, alors je suppose que votre but en m’amener ici est de vous confesser, non ? » demanda Masatsugu. « Se pourrait-il que vous me disiez tout cela parce que vous êtes trop gênée pour en parler ? Est-ce que c’est ça... ? »

« Je ne pense certainement pas cela ! » Shiori nia avec véhémence puis baissa précipitamment sa voix. « N-Naturellement, je vous suis très reconnaissante de m’avoir sauvée hier. Pour venir à ma rescousse comme ça... ma reconnaissance ne connaît pas de limites... »

Shiori baissa vivement la tête et le remercia en posture de seiza, employant même le rituel respectueux de presser trois doigts de chaque main sur le sol.

Quelle princesse, adhérant à l’étiquette malgré sa personnalité obstinée, pensa Masatsugu.

La princesse leva la tête et regarda directement Masatsugu.

Regardant carrément ses yeux, Masatsugu fixa Shiori avant de déclarer. « Je remplissais tout simplement mes devoirs de garde du corps. Pas besoin de laisser peser cela sur votre esprit. D’un autre côté, je suis curieux quant à certaines choses que vous m’avez dit. Par exemple, pourquoi notre sortie compte-t-elle comme un “rendez-vous” ? »

« Eh bien. Mon souhait est que nous développions une relation plus étroite, Masatsugu-sama. Oh..., » Shiori répondit sincèrement avant d’ajouter en étant un peu embarrassée. « S-Sachez que je fais référence à des relations amicales entre une princesse et son subordonné, pas à une relation amoureuse entre un homme et une femme. Je souhaite confirmer si nous sommes en mesure de cultiver le genre de convivialité qui existe entre deux individus. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé afin d’avoir votre compagnie. Puisque j’ai des sujets importants à discuter avec vous, selon moi, c’est un “rendez-vous” avec un sens spécial. »

La princesse prit une profonde inspiration, puis elle avait immédiatement affirmé. « Masatsugu, avant votre perte de mémoire, vous étiez censé devenir mon Chevalier. »

Comme on pouvait s’y attendre, Shiori était au courant de l’amnésie de Masatsugu. Compte tenu de son attention aux détails, la princesse ne pouvait pas avoir manqué une telle information, donc Masatsugu n’était pas surpris, cependant...

« Je devais devenir votre Chevalier. Mais je ne suis pas un Chevalier..., » répliqua-t-il.

« Vous êtes aussi un Chevalier, » déclara Shiori. « Tout comme le Seigneur César et l’amiral Nelson de l’Empire Britannique, vous êtes un Ressuscité qui êtes revenu à la vie en provenance du monde antique. Comme vous le savez, ils sont tous des Chevaliers avec leurs propres armées. »

Shiori avait continué à lui expliquer. « De plus, ils sont tous, sans exception, de très puissants Chevaliers. Il y a beaucoup de Chevaliers accomplis nés à l’époque contemporaine... Mais aucun d’entre eux ne peut invoquer plus de cent ou deux cents Légionnaires. Ils ne sont pas à la hauteur du Seigneur César ou de Karl le Grand qui sont tous les deux capables de commander des armées de plus de mille individus. »

« En parlant de ça, ce titre vous m’avez parlé la dernière fois..., » commença Masatsugu.

« Tout à fait. Le terme legatus legionis signifie “vrai Chevalier” et est un titre secret pour les Ressuscités, ceux qui sont revenus du pays des morts, » répondit la princesse.

Shiori avait ensuite expliqué que ce titre était seulement connu de la royauté, des politiciens et des soldats.

« C’est moi qui ai demandé au père de Hatsune de préparer votre identité en tant que membre de la Famille Tachibana pour que vous n’attiriez pas une attention injustifiée, » expliqua Shiori. « Par coïncidence, le clan Tachibana a eu un jeune homme qui est mort dans un accident, nous avons donc emprunté son enregistrement familial. »

« ... Je vois, » après avoir écouté attentivement les explications, Masatsugu hocha la tête et répondit avec concision.

Souriant avec un léger désarroi, Shiori lui avait alors dit. « Vous ne semblez pas être dérangé le moins du monde par ça. »

« J’ai déjà découvert hier que je ne suis pas une personne ordinaire, » répondit-il. « D’ailleurs, il n’y a aucun moyen pour moi de vérifier vos déclarations concernant le Seigneur César et les autres, alors je n’ai pas besoin de tirer de conclusions pour le moment... C’est tout simplement ainsi et je peux ne rien y faire pour le moment. »

Masatsugu était toujours calme et recueilli, se déplaçant à son rythme. Tirant le meilleur parti de sa disposition naturelle, il avait exprimé ses honnêtes pensées. « Naturellement, je suis assez curieux de savoir comment un homme comme moi a pu perdre la mémoire. »

« Peut-être... que votre résurrection ne s’est pas déroulée sans heurts, » répondit-elle.

« Que voulez-vous dire par là ? » demanda-t-il.

« Je vous ai éveillé il y a deux ans... Plus précisément, j’ai prié mon grand-père, le Seigneur Tenryuu, de m’envoyer “un ancien guerrier” et il a accepté ma demande, » lui expliqua-t-il.

« Pourquoi avez-vous fait une telle demande ? » demanda Masatsugu.

Masatsugu avait entendu dire que les Bêtes Sacrées divines obéiraient aux demandes des jeunes filles promises à eux ou aux enfants de leur lignée et accorderaient des pouvoirs mystiques tels que des Légionnaires ou des bêtes de rétention.

La petite-fille du Seigneur Tenryuu Shiori devait pouvoir faire appel à ce genre de privilège. La question était, dans quel but ?

« Mon objectif est le même que celui du Fief de Kinai, » expliqua la princesse. « Je souhaite obtenir une force militaire suffisante pour me dresser contre le Seigneur César même si je ne peux pas le vaincre. Sinon, la participation à la lutte de pouvoir du Japon contemporain serait impossible. J’ai besoin d’un Chevalier puissant pour qu’il se batte pour moi, et qu’il puisse réaliser mes idéaux. »

Shiori Fujinomiya était une princesse de seize ans. En d’autres termes, elle avait seulement quatorze ans il y a deux ans quand elle avait fait ça.

Ce qui avait le plus surpris aujourd’hui Masatsugu, c’était la découverte qu’elle avait nourri de telles ambitions et aspirations à un si jeune âge.

Devant un Masatsugu abasourdi, Shiori s’inclina de nouveau amplement, amenant trois doigts de chaque main contre le sol avant de lui demander. « Masatsugu-sama, j’ai une autre demande. »

« ... »

« Je voudrais que vous me prêtiez votre soutien. Quant à savoir si j’en suis digne, s’il vous plaît réfléchissez bien avant de me donner votre réponse dans les prochains jours. Merci d’avance, » déclara-t-elle solennellement.

« N’est-ce pas un ordre ? » demanda Masatsugu en réponse à l’appel sincère de la princesse.

Shiori leva la tête, acquiesça avant de lui dire. « Bien que vous ayez perdu votre mémoire, Masatsugu-sama, vous étiez après tout autrefois un guerrier avec d’illustres faits d’armes. Seule une personne telle que vous pourrait porter le titre de legatus legionis. Ce serait trop insolent de ma part de donner un ordre à un héros d’un tel calibre. »

Masatsugu venait maintenant de comprendre pourquoi depuis le début, Shiori s’était toujours adressée à lui avec l’honorifique du « -sama » alors qu’elle était une princesse et qu’elle avait toujours parlé sur un ton formel alors même qu’elle n’était pas comme ça avec sa prétendue cousine.

« Ce que je demande, c’est de l’aide plutôt que de la loyauté. En échange de cette aide, je suis prête à payer le prix adéquat, » continua la princesse.

« Le prix ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit Shiori. « Qu’il s’agisse du statut, de la renommée ou de la richesse..., n’importe quoi tant que je peux vous le donner. »

***

Ainsi, le « rendez-vous » de Masatsugu et de la princesse se conclut.

Décidant pour l’instant de continuer à servir de garde du corps, Masatsugu s’apprêtait à quitter la maison élégante avec Shiori.

« Pourriez-vous attendre ici brièvement ? » lui demanda Shiori. « Je dois matérialiser une bête de rétention. »

« Pour matérialiser une bête de rétention ? Puis-je observer la technique ? » lui demanda-t-il en retour.

Les maîtres noétiques avaient pu matérialiser les bêtes de rétention grâce au pouvoir de la noèse. Masatsugu n’avait entendu que des rumeurs à propos de telles techniques, alors il avait demandé ça afin de satisfaire sa curiosité dès qu’il avait entendu Shiori mentionner qu’elle allait le faire.

Pour une raison inconnue, la princesse se retrouva à court de mots à la suite de la demande du jeune homme. Après un moment d’hésitation, elle lui répondit maladroitement. « Eh bien... Je suppose que vous pouvez. Il est possible que le fait d’être témoin de l’utilisation de pouvoirs mystiques ou d’un liquide ectoplasmique puisse vous rafraîchir la mémoire comme cela l’a fait hier... C’est une bonne occasion. »

Après ça, elle lui avait dit qu’elle devait aller se préparer en premier, seule, puis Shiori avait quitté la pièce de style japonais.

Elle revint vingt minutes plus tard, effrayant Masatsugu dès qu’il la vit. La princesse avait ses cheveux blond-platine relevés et apparaissait devant Masatsugu alors qu’elle n’était vêtue que d’un maillot de corps blanc de style japonais.

Grâce au changement de tenue de la princesse, Masatsugu avait pu confirmer sa silhouette parfaite et ses courbes féminines.

« Suivez-moi, s’il vous plaît. Un changement de lieu est nécessaire, » Shiori murmura-t-elle, tremblante légèrement, peut-être gênée par sa tenue.

Elle marchait en tête afin d’éviter d’avoir un contact visuel avec Masatsugu. Elle avait emmené Masatsugu jusqu’au jardin se trouvant à l’arrière du terrain où il y avait un bain en plein air. Il s’agissait d’un bain élégant et classique fabriqué à partir de cyprès japonais.

En outre, l’endroit était entouré de bosquets de bambou, permettant de profiter du plaisir de se baigner dans une forêt de bambous.

Dès le départ, la maison ressemblait à une auberge japonaise discrète, mais Masatsugu ne s’attendait pas à ce qu’elle soit entièrement équipée avec même un bain en plein air. Bien qu’impressionné par tout cela, Masatsugu avait remarqué que la baignoire n’était pas remplie d’eau chaude ordinaire.

La baignoire débordait d’un liquide bleu marin, aussi beau que les mers du sud.

« C’est ce qu’on appelle le liquide ectoplasmique artificiel... il s’agit de la même substance qui se trouve également dans les sous-sols des forts tutélaires, » lui expliqua-t-elle.

« En d’autres termes, une ressource à usage exclusivement militaire. Comment avez-vous mis la main dessus ? » demanda Masatsugu.

« Principalement grâce aux bénédictions de mon grand-père, » répondit Shiori. « Le liquide ectoplasmique artificiel est synthétisé à partir du précieux sang fourni par les Bêtes Sacrées en conjonction avec de l’eau pure qui a des propriétés de purification spirituelle... De petites quantités de liquide ectoplasmique peuvent également être produites en utilisant le sang de la fille ou de la petite-fille d’une Bête Sacrée. »

Riant avec un sourire, Shiori ajouta. « En termes de dons de sang, ce montant serait la limite. Je n’ai pas l’intention d’épuiser mon propre sang, donc je ne serai pas trop gourmande... Masatsugu-sama, s’il vous plaît, apportez-moi cela. »

Masatsugu avait pris la planche de bois de la taille d’une feuille A3 et il l’avait placée sur le sol du bain. Ce tableau était le talisman de la bête de rétention que Hatsune avait emprunté. Sur sa surface se trouvait un animal dessiné ressemblant à un chien ainsi que le kanji pour dire « invoquer le grand dieu » et divers caractères sanskrits.

Shiori s’était agenouillée à côté de la baignoire de mystérieux liquide bleu.

Tenant un seau en bois, elle ramassa du liquide ectoplasmique et se trempa la tête.

Elle avait répété cela à mainte reprise. Même debout sur le côté, Masatsugu avait été un peu éclaboussé par quelques gouttelettes qui volaient un peu partout. Le liquide était assez froid. Il s’agissait du rituel de l’ablution à l’eau froide afin de purifier l’esprit et le corps.

Une sonnerie aiguë pourrait également être entendue en provenance du corps de la princesse.

Masatsugu compris instinctivement. Il y avait un renforcement de ses pouvoirs mystiques.

L’eau bénite bleue s’infiltrait dans le corps et l’esprit de Shiori, augmentant sa noèse et ses qualités mystiques.

« Êtres destinés à descendre sur le monde, que Dieu soit avec vous, » proclama-t-elle.

Shiori avait alors touché l’illustration du chien sur la planche avec ses mains moites. Le talisman de la bête de rétention s’était instantanément altéré, transformant la planche A3 en un gigantesque loup.

Un loup d’argent, presque de la taille d’un cheval, était apparu. Le loup d’argent grogna avec férocité avant d’instantanément disparaître.

« ... Excusez-moi. Je devais d’abord absorber le liquide ectoplasmique et purifier mon corps et mon esprit, car cela fait longtemps que je n’ai pas invoqué un loup Mibu..., » déclara-t-elle.

La reconstitution du liquide ectoplasmique était essentielle à ceux qui maniaient des pouvoirs mystiques, tels que Chevaliers et maîtres noétiques.

Masatsugu demanda à Shiori. « Alors, ce loup s’appelle un loup Mibu ? »

« Tout à fait, » répondit-elle. « Compte tenu de la situation d’urgence actuelle, je souhaite avoir une autre bête de rétention à part le renard de liaison, c’est pourquoi j’ai demandé à Hatsune de l’obtenir pour moi. Euh... Masatsugu-sama. P-Pourriez-vous arrêtez de me fixer du regard ainsi... ? »

« Oh, excusez-moi ! » répondit-il.

Le maillot trempé s’accrochait étroitement au corps de la princesse.

Les courbes de Shiori étaient devenues encore plus évidentes qu’avant, montrant la forme parfaite de ses seins à Masatsugu. Hatsune semblait avoir atteint le royaume du « G », mais la princesse rivalisait avec elle, et elle pourrait même avoir franchi les frontières l’emmenant au « F »...

Distrait par ses pensées futiles, Masatsugu était sur le point de détourner son regard... Il s’interrompit.

Une idée lui était venue par hasard et c’était maintenant l’occasion parfaite pour en parler.

« Princesse, ne venez-vous pas de dire que vous étiez prête à payer n’importe quel prix que vous étiez capable de donner ? » demanda Masatsugu.

« Tout à fait, » répondit la princesse.

« Excusez-moi, mais je ne pense pas que vous êtes actuellement capable d’offrir une grosse récompense. Le statut, la célébrité et la richesse que vous avez promis... C’est au mieux une promesse vide, pas bien différente de dessiner un gâteau pour satisfaire la faim. »

« Eh bien... c’est vrai. Vous soulevez un point judicieux, » Shiori leva les yeux et se redressa avec résolution, acceptant la critique de Masatsugu.

Un tel comportement n’était probablement pas intentionnel. Masatsugu avait souri en réponse, pensant à quel point la princesse était une amusante personne. Malgré sa fierté et ses machinations politiques, elle était prête à traiter sincèrement avec les « personnes ».

Au cours du repas d’aujourd’hui, elle avait activement interagi avec les étudiants de l’internat.

Se faufilant entre les élèves, elle n’avait pas gardé Hatsune ou Masatsugu à ses côtés. Elle aurait certainement pu éviter beaucoup de problèmes si elle avait amené l’un d’entre eux avec elle. Au cours de la journée d’aujourd’hui, elle l’avait aussi traité avec ferveur, parlant sans réserve, essayant de gagner l’approbation de Masatsugu.

Masatsugu pouvait voir les côtés « purs » et « troubles » de la princesse Shiori.

« Mon espoir est que vous puissiez accepter la récupération de votre récompense dans le futur, » déclara Shiori.

« Il s’agit là d’une solution, mais Princesse, il y a des récompenses que vous pouvez offrir tout de suite. Vous êtes une femme très attirante et me satisfaire de manières féminines... »

« ... !? » elle n’avait rien dit à ce moment-là.

« ... serait également une option, » finit-il par dire.

« Je-je concède que vous marquez un point. M-Mais comment dois-je dire cela !? » Shiori était instantanément devenue très troublée alors qu’elle essayait durement de simuler qu’elle était calme. « J-Je sais que je possède un joli visage qui devrait être très attirant pour les hommes... »

« Avez-vous une telle conscience de vous-même ? » demanda Masatsugu.

« O-Oui. C’est juste que, en ce qui concerne l’amour, les relations amoureuses, les aventures d’un soir, les relations purement physiques..., » commença-t-elle par répondre. « Je manque d’expérience et de compréhension dans ces domaines, c’est pourquoi je me suis sentie réticente à offrir de telles récompenses de ma propre initiative. »

Shiori avait récupéré un regard empli de dignité et elle n’avait pas hésité à avoir un contact visuel avec Masatsugu.

« En supposant que vous me trouvez digne de ça, Masatsugu-sama, je-je veux bien être votre partenaire amoureux, » continua-t-elle à lui répondre. « En tant que fille de la famille impériale, j’aurais peut-être des difficultés à entrer dans un mariage officiel avec vous, mais en tant que votre maîtresse... »

« Princesse, je plaisantais en disant ça, » déclara Masatsugu.

« Hein... Euh... Masatsugu-sama ! » cria-t-elle.

Masatsugu avait admis qu’il plaisantait en affichant un visage sérieux, ce qui avait fait que Shiori tomba instantanément en colère.

Imperturbable, il déclara. « Je comprends beaucoup de choses après vous avoir écouté. Vous êtes pleinement consciente du prix à payer pour avancer d’un seul pas... en utilisant des méthodes sans scrupules... »

« ... »

« Pour obtenir l’atout qui est “moi”, vous avez déjà payé le prix correspondant, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Masatsugu-sama... Ce n’est pas quelque chose dont vous devez vous soucier, » répondit la princesse.

Shiori avait faiblement souri, mais elle n’avait fourni aucune autre réponse.

Masatsugu avait trouvé très amusant de découvrir que Shiori Fujinomiya était une femme de ce genre. En même temps, il s’était trouvé incroyable. Au cours des deux dernières années, il n’avait jamais évalué d’autres personnes de la sorte, mais maintenant, il était capable de lire le caractère de la princesse de façon très naturelle.

Après tout, il semblerait qu’il devait avoir été un soldat ou un guerrier dans un lointain passé.

Au moment même où il pensait cela, le son d’une cloche avait été entendu sur les lieux, annonçant l’arrivée d’un renard de liaison. Shiori jeta un coup d’œil au visage poilu du renard et son expression redevint solennelle.

« Près d’une centaine de Croisés avancent en ce moment vers le fort tutélaire de Suruga !! » annonça-t-elle.

Évidemment, la bataille pour Suruga ne serait pas réglée pacifiquement.

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