Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe – Tome 3 – Chapitre 4

Bannière de Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe ***

Chapitre 4 : La Pièce, l’Esprit et Kakuni

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Chapitre 4 : La Pièce, l’Esprit et Kakuni

Partie 1

Mes yeux s’étaient ouverts dans mon appartement, qui était encore faiblement éclairé. Je n’entendais pas les moineaux ce matin, et la pluie tombait à l’extérieur. La lumière qui s’infiltrait à travers les rideaux était plus sombre que d’habitude, et j’avais commencé à entendre un léger gazouillis. Il semblait que les moineaux se couvraient de la pluie sur mon balcon. Il n’y a pas si longtemps, je jouais dans un donjon d’un monde fantastique, mais tout cela me semblait être un rêve maintenant que je m’étais réveillé.

Mais, comme pour prouver que tout cela était bien réel, des cheveux blancs soyeux et de longues oreilles étaient sortis de sous la couverture. Une paire de mains pâles suivirent, qui s’agrippèrent ensuite à moi. La demi-elfe s’était réveillée avec les deux mains sur mes épaules, comme pour me coincer. Toujours pas complètement réveillée, elle se frottait les oreilles et me regardait avec ses yeux encadrés de longs cils. Elle avait une apparence jeune, mais il y avait aussi une allure distincte avec son décolleté élancé. Sa peau, qui ressemblait à de la soie, trembla alors qu’elle laissait échapper un joli bâillement. Elle m’avait chuchoté un bonjour et m’avait rappelé qu’elle était une résidente du monde imaginaire. Ses yeux d’améthyste s’ouvrirent lentement, et comme d’habitude, je fus captivé par leur belle couleur.

« Bonjour, Marie. As-tu bien dormi ? »

« Chaque fois que je suis avec toi, je dors toujours comme un bébé. D’ailleurs, depuis quand a-t-on commencé à dire nos salutations matinales en japonais ? » Elle me regarda avec une expression amusée, et mes yeux s’élargirent légèrement. J’avais encore remarqué un léger accent dans sa voix, mais elle parlait en japonais presque parfait. Cela faisait seulement un mois qu’elle avait erré dans ce monde.

« As-tu l’impression de maîtriser le japonais maintenant ? »

« Oui, je le pense. J’ai l’impression que je peux trouver les mots instinctivement ces derniers temps. Avant, je devais penser et traduire chaque mot, mais maintenant, c’est comme si je faisais toutes les connexions dans ma tête. » Avec ça, elle avait remué et placé sa joue contre ma poitrine. Son corps léger était empilé sur le mien, et je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir du bonheur quand elle me regardait dans les yeux. J’avais levé la tête pour trouver qu’il était 6 h 30 du matin. Nous nous étions couchés assez tôt hier soir, nous avions donc eu le temps de profiter d’une conversation matinale.

« Cela devrait faciliter les choses lorsque nous irons à la campagne. Quand je rentrerai du travail demain, nous partirons le lendemain matin, » déclarai-je.

« Héhé, je ne peux pas attendre. Aomori est plein de verdure et de montagnes, n’est-ce pas ? Après avoir regardé cet anime, le simple fait d’entendre parler de l’arrière-pays m’excite, » déclara Marie.

J’avais de la chance en pouvant observer la fille elfe de si près, alors qu’elle balançait joyeusement sa tête de gauche à droite. Son visage, habituellement intellectuel, s’emplissait par un sourire, ses pieds battant adorablement lorsqu’elle imaginait des terres inconnues. Mais honnêtement, j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus prudente avec le sexe opposé et qu’elle ne soit pas si collante. Je ne savais pas comment réagir, car je sentais les gonflements de son corps mince se presser contre moi. Bien que, pour une raison inconnue, je ne pouvais pas trouver en moi la force de le dire à haute voix.

« En guise de préparation, on devrait peut-être revoir l’anime avant de partir. Au fait, Wridra a dit qu’elle retournerait chez elle ce soir. »

« Oui, je l’ai entendue pendant que je m’endormais. C’est dommage, c’était animé et amusant pendant qu’elle était ici. Nous n’avons que des billets pour le Shinkansen pour nous deux, donc je suppose que pour le Golden Week, ce sera juste nous deux…, » alors qu’elle s’éloignait, ses yeux rêveurs s’étaient soudainement ouverts. Elle avait cligné des yeux, puis m’avait regardé avec une expression mécontente. « Ça te va-t-il ? Personnellement, ça ne me dérange pas que je vienne avec toi ou que Wridra et moi soyons ensemble, mais toi ? Je veux dire, il y a des choses comme les frais de repas à considérer, non ? Je ne sais pas, mais je pensais que tu serais plus heureux ou que tu trouverais ça plus pratique si c’était juste moi. »

« Hein ? Oh, bien sûr, ça ne me dérange pas de toute façon, » j’avais répondu aux questions de la fille, puis elle était partie avec un froncement de sourcils. Je n’étais pas sûr de savoir pourquoi, puisque je pensais être agréable. « Les choses sont animées quand Wridra est là, et tu es incroyablement adorable. Au fait, savais-tu qu’il y a un dicton qui dit que tu n’oublieras jamais une elfe une fois que tu l’aurais vu ? Les rumeurs ne sont pas très nombreuses, mais j’ai l’impression que celle-ci est totalement vraie. » Marie était en train de se lever, le dos tourné vers moi, mais elle s’était arrêtée à mi-chemin. Ses oreilles se dressaient, leur extrémité devenait progressivement plus rouge.

« H-Hmph. Je ne savais pas que les humains avaient une anecdote aussi stupide. Cependant, je ne sais pas pour moi. Mais suis-je vraiment si mignonne ? »

« Hein ? Absolument. C’est difficile à mettre en mots, mais tu es vraiment mignonne, donc tu n’as pas à t’inquiéter de ça. Au moins, c’est ce que j’ai toujours pensé. » Elle semblait écouter attentivement mes paroles, car je voyais le bout de ses oreilles trembler alors qu’elle s’approchait un peu plus. Je ne pouvais pas lire son expression avec son dos tourné vers moi, mais elle s’agitait comme si elle semblait un peu gênée. Après avoir fait des mouvements inexplicables pendant un court moment, Marie s’était finalement levée du lit.

« Ahem. Eh bien, n’es-tu pas juste un beau parleur ? Alors je te pardonnerai, et j’ai hâte de faire notre voyage, alors essaie de ne pas travailler trop tard ce soir, » déclara Marie.

« Compris. Je ferai de mon mieux pour répondre à tes attentes. » C’était une demande pour mon directeur et ma compagnie, mais comme c’était entre le week-end et les vacances consécutives, je ne m’attendais pas à trop de travail. Certaines personnes utilisaient les heures de vacances pour prolonger encore plus leurs jours de congé.

« Alors, dépêchons-nous de manger. Allez, c’est l’heure de te lever. » Je la laissai me tirer par la main pour m’encourager à me réveiller. Nous étions déjà en mai, mais il faisait un peu froid à cause de la pluie. Marie fixa le moineau sur le balcon depuis son siège à la table, puis écarta ses lèvres lustrées.

« Il fait si humide aujourd’hui. Pleut-il beaucoup au Japon ? »

« Le mois prochain, c’est le début de ce qu’on appelle la saison des pluies. Ce sera encore pire à ce moment-là. Je suis presque sûr que ce pays se situe dans les plus importants en ce qui concerne la fréquence des pluies, » avais-je expliqué en jetant un regard de côté à l’elfe alors que je commençais à préparer le petit déjeuner. J’avais cassé un œuf dans un bol et j’avais réfléchi aux paroles de Marie. Le Japon avait beaucoup de barrages, et il avait probablement eu beaucoup de problèmes de pénurie d’eau depuis longtemps. Bien qu’il ait beaucoup plu, il était possible qu’il y ait eu des problèmes avec les réserves d’eau. C’était pour commencer un petit pays, et peut-être que toute l’eau s’écoulait dans l’océan. Alors que je réfléchissais à cette idée…

« Ah ! Regarde, regarde, Kazuhiho ! Vite ! » La voix forte de derrière m’avait fait sursauter, me faisant laisser tomber le pain que j’avais coupé dans le bol de jaune d’œuf. Je m’étais retourné en vitesse, puis je m’étais figé.

Je pouvais voir quelque chose au-dessus de la table. Une chose blanche et nébuleuse. Était-ce une sorte de poltergeist ? C’était assez terrifiant, et j’étais complètement réveillé quand un frisson m’avait parcouru le dos. Une épaisse fumée semblait s’y accumuler, et alors que je me frottais les yeux d’incrédulité, la voix de Marie retentit à nouveau.

« Un e-esprit ! En ai-je vraiment invoqué un ? »

« Qu… ? Un esprit !? » J’avais haussé la voix dans le désarroi. Ma bouche était grande ouverte, et j’avais du mal à la fermer. Après tout, une elfe venait d’appeler un esprit dans un quartier de Tokyo. Ou, plutôt, peut-être qu’elle était en train d’en convoquer un en ce moment même. Le panache de fumée flottait lentement dans l’air, puis sa forme avait commencé à devenir plus claire.

Bloop.

On pouvait entendre le bruit de quelque chose comme de l’eau qui coule, et on put voir un poisson pâle flotter dans l’air. Ouais… J’avais senti qu’être gelé par surprise était une réaction appropriée. C’était peut-être un spectacle auquel j’étais habitué dans le monde du fantastique, mais je ne m’attendais pas à voir quelque chose comme ça au Japon. Juste à l’extérieur de la fenêtre, il y avait une vue emplie de bâtiments en béton, et il y avait un sens certain de la réalité. Malgré cela, l’esprit de l’eau battait sa nageoire caudale, tournant en l’air et dispersant de l’eau brumeuse alors qu’il le faisait. Le fossé intense entre la réalité et la fantaisie me donnait le vertige.

« C’est… Eh bien, c’est pour le moins surprenant. J’ai l’impression de voir une hallucination là. » Finalement, j’avais réussi à faire sortir quelques mots d’incrédulité. Je m’étais approché de la table, et le poisson bleu se rapprocha de Marie. C’était comme si elle lui donnait de la nourriture. L’elfe tourna ses yeux ronds vers moi, et je découvris que ses joues étaient rouges.

« Umm, je l’ai appelé en japonais juste pour essayer. La raison pour laquelle ils n’ont pas répondu est peut-être que j’avais des problèmes à communiquer mes mots, ou plutôt mes émotions, » expliqua Marie.

« Hein ? Les esprits parlent-ils en japonais ? » demandai-je.

Elle avait secoué la tête. Selon elle, la raison était la suivante. Dans le monde imaginaire, les esprits étaient le fondement de toutes choses. Ils résidaient dans des plantes, des animaux et même des objets fabriqués par l’homme, et c’était des êtres qui n’étaient liés par rien. Mais en fait, ils étaient aussi affectés par certaines choses. Par exemple, si une montagne était abondante, les esprits de terre devenaient plus actifs, et quand il y avait une grande inondation, les esprits de l’eau débordaient aussi, tellement qu’ils pouvaient être vus avec l’œil humain, selon l’échelle. En d’autres termes, les esprits avaient pris les caractéristiques de leur environnement.

« Il y a beaucoup d’humains au Japon, non ? Je pense que c’est pour ça qu’ils ont été influencés par les Japonais. Plus précisément, c’est le moyen d’exprimer des émotions plutôt que la langue japonaise elle-même. »

J’avais réussi à faire sortir un faible « Hein. » Je ne pouvais pas le nier même si je le voulais, avec un esprit juste devant moi, donc tout ce que je pouvais faire c’était d’acquiescer. « C’est difficile à croire, mais je n’ai pas le choix après l’avoir vu en personne. Au fait, puis-je le toucher ? »

 

 

Elle m’avait fait signe d’y aller. Le poisson était semi-transparent et de couleur bleu marin pâle, et je pouvais voir l’autre côté à travers son corps. J’avais doucement rapproché mon doigt de lui, et il avait été touché par mon doigt sans se dérober. L’eau qui avait touché mon doigt était fraîche au toucher. Je l’avais senti sans réfléchir et j’avais trouvé qu’il avait un parfum rafraîchissant.

« Je me demande… Penses-tu qu’il y a aussi des niveaux de compétences dans ce monde ? » demandai-je.

« Je me demande la même chose. Je pense que lorsque je suis arrivée dans ce monde, j’ai été pratiquement réduite au niveau 1. C’est ce que je ressens, bien que je ne sois pas sûre que ce soit vraiment comme ça que ça marche. » En hochant la tête, je m’étais assis à côté d’elle… et j’avais réalisé que j’étais en train de préparer le petit déjeuner. C’était très japonais de ma part de donner la priorité à la préparation du travail, même si un événement qui avait complètement défié le bon sens s’était produit. Le pain avait déjà absorbé une grande partie du jaune d’œuf lorsque j’étais retourné à la cuisine, et je l’avais rapidement repêché avec une paire de baguettes.

***

Partie 2

« Tu as déjà mentionné quelque chose comme ça. Je me demande si quelque chose de similaire arrive aussi à Wridra quand elle vient ici, » déclarai-je.

« Dans son cas, c’est un dragon légendaire, donc je pense qu’il y a beaucoup plus qu’elle pourrait faire même au niveau 1. Mais je ne suis pas sûre que le concept de niveaux s’applique à elle, » répondit-elle.

J’avais laissé l’analyse à Marie qui avait fait un signe de tête contemplatif. J’avais mis une poêle sur la cuisinière, j’avais allumé le feu et j’avais commencé à faire cuire le pain trempé dans l’œuf. Un doux parfum avait rempli l’air, grâce au sucre que j’avais mélangé.

« Désolé d’interrompre ton temps de réflexion, mais quel genre de thé veux-tu ? » demandai-je.

« Hmm, je me demande s’il y a aussi des gens de haut niveau dans ce monde… Oh, je voudrais du citron, s’il te plaît. Je détestais les choses acides, mais j’ai bien aimé les saveurs d’agrumes dernièrement », avait-elle répondu, puis elle avait finalement remarqué l’odeur sucrée dans l’air. Son appétit dominait sa soif de savoir, et elle s’était dirigée vers la cuisine où je cuisinais. Une chose qui était différente de l’habitude était la façon dont elle avait un esprit d’eau qui la suivait. Il suivait son maître comme s’il était un animal domestique. « Hmm, ça sent bon. Cuisines-tu avec une poêle aujourd’hui ? »

« Oui, c’est presque fini. Je l’ai trempé dans du jaune d’œuf avant de le faire frire. » Elle avait fait un bruit curieux et avait regardé dans la poêle, mais j’avais dû mettre le couvercle pour le cuire à la vapeur. L’odeur s’était évanouie après que j’ai posé le couvercle, et j’avais commencé à préparer le thé entre-temps. Ensuite, je l’avais transféré dans une assiette et je l’avais mis sur la table avec quelques bananes, et le petit déjeuner était complet. Je m’étais assis en face de Marie, qui s’était empressée de prendre place, et nous avions mis nos mains ensemble pour la routine habituelle.

« Itadakimasu ! »

Marie avait saisi ses couverts comme si elle ne pouvait pas attendre une minute de plus et avait poignardé sa nourriture avec une fourchette. Le pain doré couvert de sirop d’érable s’était déchiré facilement quand elle avait mordu dedans. Le doux parfum de l’œuf s’échappa du pain grillé chaud et le beurre avait rempli sa bouche lorsqu’elle le croqua. Il s’était aussi imprégné dans les parties brûlées, et avait une saveur profonde et riche. Un sourire s’était répandu sur son visage dès la première bouchée, et je pouvais dire qu’elle aimait la saveur, car je pouvais entendre ses pieds flotter sous la table.

« Nnaaah ! Si sucré ! La douceur de l’œuf, du beurre et du sirop s’est imprégnée et… C’est vraiment délicieux ! Je ne peux pas croire que j’ai une telle délicatesse dès le matin. Tu essaies d’utiliser la nourriture comme appât pour les elfes, non ? Ohh, mais c’est gênant. Ça me donne envie de vivre au Japon, sachant que je peux apprécier une telle nourriture ici. »

« Ne vis-tu pas déjà pratiquement ici ? Au moins, je serais heureux si tu vivais avec moi. » Quand je lui avais dit ça, ses yeux violets s’étaient déplacés alors qu’elle avait sa fourchette toujours dans la bouche. Elle avait lentement mâché la nourriture dans sa bouche, puis m’avait jeté un regard en relevant la tête..

« … Pour être honnête, je ressens la même chose. J’ai l’impression de m’être installée ici sans avoir ta permission. Mais c’est ta maison, et j’avais peur que tu me considères comme une nuisance. »

« Haha, je veux que tu passes du temps ici sans te soucier de ce genre de choses. Je ne sais pas si tu peux le dire, mais la recherche de la nourriture que tu aimes est mon dernier hobby. J’ai prévu de m’adonner à ce passe-temps depuis toujours. »

« Oh, je le savais ! Tu as utilisé la nourriture comme appât ! Dommage pour toi, une elfe estimée comme moi ne perdra pas contre la nourriture, les visites touristiques ou les sources chaudes, et je peux profiter de ces choses en sachant très bien ce que tu fais. » Elle m’avait lancé un regard moqueur et obstiné, et nous avions ri tous les deux. Il pleuvait toujours dehors, mais on aurait dit une journée ensoleillée et sans nuages.

Je me sentais un peu timide de le dire, mais je voulais vraiment qu’elle reste avec moi. Depuis qu’elle était entrée dans ma vie, tous les jours avaient été délicieux, et cela valait pour le Japon comme pour le monde des rêves. Nous avions partagé des repas, des vacances aux sources chaudes, des animes, le donjon et d’innombrables joies ensemble. La fille avait posé sa fourchette et avait tendu la main vers moi. Je l’avais naturellement pris dans ma main, et nos doigts s’étaient entrelacés sur la table. Je pouvais sentir sa chaleur à travers ses doigts pâles et fins. En levant les yeux, j’avais constaté que ses joues étaient rouges, le rose se détachant nettement sur sa peau claire.

« Alors, j’aimerais vivre ici. Désormais, ma maison est ici, dans le quartier de Koto, » déclara Marie.

« Bienvenue dans notre appartement. Et cela vaut aussi à l’adorable esprit là, » déclarai-je.

L’esprit flottant dans l’air secoua sa nageoire caudale, éparpillant des gouttelettes d’eau autour de lui. Marie rayonnait d’un sourire satisfait et me frotta la main avec son pouce. Cela m’avait rendu inexplicablement heureux, et nous avions tous les deux ri à gorge déployée. C’était donc le jour où Mariabelle avait emménagé avec moi dans le quartier de Koto.

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J’avais regardé par la fenêtre du train pour voir que c’était bien après le coucher du soleil. Je voulais rentrer à la maison le plus vite possible, mais le train avançait si lentement qu’on avait l’impression qu’il ne bougeait pas du tout. Une annonce de retard avait été diffusée par les haut-parleurs. Apparemment, quelqu’un avait déposé ses bagages sur les rails dans une gare. Il y avait des gouttelettes d’eau sur la fenêtre à cause de la pluie qui tombait toujours à l’extérieur. Je pouvais sentir un peu d’humidité, mais heureusement, il n’y avait pas trop de monde à l’intérieur du train, car c’était le début du Golden Week. En y pensant, c’était une journée de travail tout aussi détendue. Mes autres collègues au travail passaient leur temps libre à partir en vacances, à se détendre à la maison ou à rendre visite à leur famille.

Je dois juste finir mon service demain, et je serai enfin libre.

C’est ce qui semblait être le sentiment dans tout le bureau, et il y avait une ambiance générale d’excitation dans l’air. Quant à moi, j’avais l’intention d’aller en Shinkansen dans la région de Tohoku. Je passais habituellement mon temps à la maison chaque année, mais cette fois-ci, mon horaire était assez chargé. Je voyageais sur le Shinkansen avec l’elfe et passais quelques jours chez moi à Tohoku. Rien que d’y penser, et mon cœur s’était mis à battre à tout rompre. Cela faisait un certain temps que je n’étais pas retourné dans ma ville natale, et j’avais hâte de faire visiter à Marie la terre où j’avais grandi. Si seulement cette pluie s’arrêtait…

Vrrr…

Juste à ce moment, mon téléphone avait vibré dans la poche de mon costume. C’était une notification de mon application de médias sociaux, et l’écran affichait le nom de Kaoruko. C’est une femme qui vit dans le même immeuble que moi, celle qui m’avait informé d’un lieu de vacances près de la ville. Le voyage que j’avais fait là-bas avec l’elfe et la draconienne était assez amusant, et nous avions apprécié la journée au maximum. J’avais souri et j’avais lu son message.

« Seriez-vous intéressé par un peu de porc kakuni ? »

J’avais cligné des yeux, confus, face à la question soudaine. Après avoir envoyé quelques messages, j’avais découvert qu’elle avait fait trop de ragoût de poitrine de porc. Son mari, qui travaillait dans un établissement gouvernemental, avait malheureusement reçu une invitation soudaine à une réunion sociale, de sorte qu’il lui restait sa part.

« Kakuni, cela a l’air bien…, » j’avais dit à haute voix sans réfléchir, puis j’avais fermé la bouche en signe d’agacement.

J’aurais pu le faire moi-même si j’avais utilisé la grosse marmite que j’avais, mais il aurait fallu beaucoup de temps pour le faire mijoter, et l’ingrédient principal était de gros bloc de viande de porc, qui n’était pas bon marché. Cela signifie que je n’aurais que le week-end comme option si je devais le faire, mais je n’étais pas sûr de faire attendre Marie pendant tout le temps de cuisson. C’est pourquoi je voulais vraiment des outils permettant de gagner du temps, comme une cocotte-minute, ainsi que d’autres équipements de cuisson. Assez parlé des circonstances de ma cuisine. Je devais décider quoi faire pour l’invitation. Nous vivions dans le même immeuble, et il aurait été dommage que la nourriture soit gaspillée. Je voulais accepter la nourriture avec gratitude, mais il serait impoli de lui prendre simplement de la nourriture et de partir après ça. Il serait préférable qu’elle vienne chez moi et que je la remercie pour les plans de vacances dont elle m’avait fait part il y a quelque temps. Après y avoir réfléchi un moment, j’avais commencé à rédiger ma réponse.

« Alors, que diriez-vous de prendre un repas ensemble ? Marie serait ravie, et je pourrais nous faire du riz frit. » Elle avait répondu tout de suite. Les femmes étaient vraiment rapides à la dactylographie.

« Vraiment ? Oui, j’aimerais beaucoup ! Je vais venir avec mon pot ! » Il y avait un emoji indiquant la joie à la fin de son message. J’avais souri, pensant que c’était drôle de voir comment je pouvais sentir son plaisir à travers le texte, et puis mes yeux avaient rencontré un homme d’affaires qui se tenait près de moi.

Kakuni et du riz frit, hein…

Oui, le repas de ce soir allait être un régal. J’avais seulement souhaité que le train se mette en marche. Contrairement à ce que je ressentais, le train avançait à un rythme étonnamment lent.

J’avais déverrouillé la porte avec un clic et j’avais laissé échapper un soupir. Finalement, j’étais à la maison. Je pouvais ajuster mes heures de travail avec un peu plus d’effort, mais je ne pouvais rien faire pour le train. Mon costume avait aussi l’air assez ridé à cause de l’humidité. Lorsque j’avais ouvert la porte, j’avais été accueilli par de l’air chaud et j’avais remarqué que l’odeur était différente de celle d’habitude. Marie s’était précipitée avec une expression malicieuse, puis avait levé un doigt devant mon visage confus.

« C’est l’heure des questions. Qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui ? » demanda Marie.

Ma confusion n’avait fait que s’aggraver. Mais quand elle avait pris mon sac, il y avait une aura chez elle comme si elle attendait beaucoup de compliments. J’avais senti un sourire involontaire se glisser sur moi alors que je regardais le visage excité de Mlle l’Elfe.

« Voyons voir… Tu as fait la lessive ? As-tu fait la vaisselle ? » demandai-je.

« Fauxxxx. Eh bien, j’ai fait ces choses, et j’ai aussi nettoyé la maison, mais j’ai fait autre chose que je n’avais jamais fait auparavant. Sais-tu ce que c’est ? » En plaçant mes chaussures sur l’étagère à chaussures, j’avais rencontré ses yeux violets.

Hmm, qu’est-ce que ça pourrait être ?

J’avais retiré ma cravate en regardant autour de moi, sans rien remarquer d’extraordinaire. C’était étrange de constater à quel point l’air était pur, malgré ce temps pluvieux.

« L’air pur… Attends un peu. » Je m’étais figé en enlevant ma veste. Un fluide transparent flottait au milieu de la pièce, et j’avais failli laisser échapper un cri aigu. J’avais réussi à l’arrêter juste avant qu’il ne s’échappe de ma bouche, mais je regardais ce qui semblait être un liquide flottant à l’intérieur d’un vaisseau spatial. Mon cœur battait dans ma poitrine presque au point de me faire mal, mais j’avais pu feindre le calme.

« Hm, est-ce l’esprit d’eau que tu m’as montré ce matin ? » L’elfe à moitié féérique avait appris à contrôler les esprits même quand nous étions à Tokyo. Il va sans dire que tout autre humain aurait crié s’il avait été confronté à un tel spectacle. En m’approchant un peu plus, j’avais remarqué qu’un poisson d’un bleu marine pâle nageait au centre de la masse liquide. Je m’étais retourné, et l’utilisatrice d’esprits se tenait là avec une expression de fierté sur son visage. « … L’esprit absorbe-t-il l’excès d’humidité de l’air ? »

« Correct ! Te souviens-tu que tu as dit qu’il y aurait beaucoup d’humidité à partir du mois prochain ? J’ai fait des expériences pour voir si je pouvais faire le contraire de ce que je faisais dans l’autre monde. » Maintenant qu’elle l’avait mentionné, je m’étais souvenu qu’elle ajustait la température en contrôlant la vaporisation. C’était aussi surprenant, mais réaliser un tel exploit ici au Japon n’était rien de moins qu’étonnant.

***

Partie 3

Attends, n’est-ce pas important ? Nous pourrions contrôler l’humidité sans climatisation… ce qui signifie que nous pourrions économiser beaucoup sur les factures d’électricité.

« C’est incroyable, Marie. Si tu peux contrôler l’humidité, tu pourrais rendre l’été et l’hiver beaucoup plus supportables. »

« Héhé, n’est-ce pas ? J’aime gérer et mettre de l’ordre dans les choses comme ça. Cela doit être mon talent… Oh, qu’est-ce que tu as là ? As-tu loué une vidéo ? » En voyant le sac dans ma main, la fille s’était accroupie pour jeter un coup d’œil. Les lettres sur le sac indiquaient qu’il provenait du magasin de location de vidéos, mais c’était quelque chose que j’avais acheté sur le chemin du retour. Je m’étais demandé s’il fallait ou non le lui donner tout de suite, puis j’avais ouvert le sac vers elle.

« Tiens, mets la main à l’intérieur, » déclarai-je.

« Hein ? Quoi ? Il vaut mieux que ce ne soit pas quelque chose d’étrange. Hmph, toi et ce sourire endormi, » répondit Marie.

J’avais eu l’impression de sourire sans m’en rendre compte. Marie semblait hésitante en tendant la main dans le sac. Il y avait un objet dur à l’intérieur, et une fois que j’avais confirmé qu’elle l’avait pris, j’avais lentement retiré le sac. Ce qui était ressorti du sac était un emballage de DVD aux couleurs vives. Une mystérieuse créature levait les yeux, hébétée, se trouvant dans un décor pluvieux comme celui de ce soir. L’arrière-plan dessiné à la main présentait un air distinct qui me rappelait les livres d’images, et Marie pouvait déjà raconter une merveilleuse histoire attendue à l’intérieur.

« Oh, c’est… ! » Elle m’avait regardé, avec les yeux grands ouverts.

« Il y a une règle qui dit que tu dois donner des cadeaux spéciaux aux elfes qui travaillent dur, » déclarai-je.

« Hein ? Oh, tu veux dire… Est-ce pour moi !? » s’exclama Marie.

« Bien sûr. Tu peux le regarder quand tu le veux et autant de fois que tu le veux. J’ai pensé qu’il serait mieux de l’acheter plutôt que de le louer à nouveau. J’espère que tu l’aimeras, » répondis-je.

En réponse, elle avait envoyé ses bras autour de mon cou dans une étreinte. Elle avait laissé échapper un bruit de joie inintelligible près de mon oreille, et la force inattendue qui se trouvait derrière m’avait presque déstabilisé. Je l’avais rapidement soutenue avec mes bras, parvenant à retrouver mon équilibre à temps. Puis, son visage se trouvait juste devant le mien, rayonnant de bonheur.

« Merci ! J’adore regarder celle-là. Je suis si heureuse ! » déclara Marie.

« Je suis heureux de l’entendre. Je voulais te faire une surprise, alors je t’ai acheté autre chose. Veux-tu regarder ça avec moi après le dîner ? » demandai-je.

« Oui ! J’aimerais beaucoup ! Merci ! » Elle m’avait serré de nouveau avec force, et j’avais été un peu surpris de voir à quel point elle semblait heureuse. La voir si heureuse m’avait aussi apporté de la joie. Les bras autour de moi ne s’étaient pas relâchés pendant un certain temps, et je pouvais sentir ses cheveux doux et blancs alors qu’elle frottait son visage contre le mien.

Un peu plus tard, elle m’avait finalement libéré de son étreinte. J’avais entendu la sonnette de la porte alors que je cuisinais du riz frit. Quand j’avais levé les yeux, j’avais remarqué qu’il était déjà 7 h 30 du soir, et j’avais réalisé que notre invitée était arrivée juste à temps.

« Désolé, Marie. Pourrais-tu laisser Kaoruko entrer ? » demandai-je.

« Bien sûr, pas de problème. Laisse-moi faire ! » déclara Marie.

Marie se cogna avec assurance la poitrine avec son poing, puis se couvrit les oreilles et s’avança légèrement vers la porte d’entrée. Marie avait fixé du regard le paquet vidéo jusqu’à présent, et même si elle ne pouvait pas le lire, elle était visiblement de bonne humeur. Nous étions dans un petit condo 1DK, donc la porte d’entrée était juste derrière la cuisine, et je pouvais entendre clairement la voix de Kaoruko quand la porte s’était ouverte.

« Bonsoir. J’ai apporté des kakuni. » Je m’étais tourné vers la voix douce pour trouver une femme bien préparée pour le dîner, tenant un pot à deux mains et souriant à Marie.

« Bienvenue. S’il te plaît, entre. » Marie lui fit signe d’entrer, et les yeux de Kaoruko s’élargirent.

« Wôw… Je suis impressionnée. Ton japonais est devenu tellement meilleur, Mariabelle-chan ! » déclara Kaoruko.

« Héhé, je me suis beaucoup entraînée. Mais je ne connais toujours pas les mots ou les textes compliqués. Je pense que le kanji est joli, alors j’aimerais les apprendre un jour, » déclara Marie.

Kaoruko présentait un regard de grand intérêt sur son visage. J’avais été moi-même surpris. Il faudrait normalement plusieurs mois, voire des années, pour en apprendre autant que Marie. Personne ne peut reprocher à Kaoruko sa réaction d’étonnement visible, étant donné que cette fille avait appris les bases en un mois environ.

Kaoruko portait un pantalon décontracté, et je m’étais dit qu’elle aimait porter des vêtements pas trop voyants. Ses cheveux noirs jusqu’aux épaules avaient une aura de propreté et elle avait un air qui correspondait à sa profession de bibliothécaire. J’avais continué à cuisiner en appelant Kaoruko, qui était toujours là, abasourdie.

« S’il te plaît, entre. Je n’ai pas eu de kakuni fait maison depuis longtemps, » déclarai-je.

« Oh, s’il vous plaît, n’en attendez pas trop tous les deux. C’est une recette de famille, donc je ne suis pas sûre qu’elle convienne à votre palais, » répondit-elle.

J’avais reçu le pot de sa part et je l’avais placé sur le poêle. Kaoruko était passée devant moi alors que j’allumais le poêle pour réchauffer la marmite.

« Wôw, cette disposition de résidence devrait être beaucoup plus petit, mais cela semble si spacieux, » déclara Kaoruko.

« Ton appartement est un 2LDK, n’est-ce pas ? C’est peut-être parce que je n’ai pas beaucoup de meubles…, » répondis-je.

Je m’étais rendu compte d’un truc.

Quand je m’étais retourné, Kaoruko regardait le lit, figée sur place. Elle avait vu les deux oreillers côte à côte, et nous étions tous les deux immobiles dans la même position. J’avais complètement oublié que Marie et moi avions dormi sous la même couverture. Mais avec la taille de la chambre, cela aurait été assez étroit si nous avions mis deux lits ici. Je n’y pouvais pas grand-chose, même si j’avais hâte de nous réveiller ensemble, et…

« … Kitase-san ? »

J’avais entendu mon nom d’un ton plutôt raide, et j’avais levé les yeux d’un coup. Le visage de Kaoruko était un peu rouge, et elle me regardait avec une expression accusatrice. Je lui avais indiqué sans mot dire que je n’avais pas posé un doigt sur Marie, mais je n’étais pas sûr que mon message soit bien passé. La casserole sur le poêle commençait à bouillir et à claquer, libérant un arôme doux et aguichant. La tête de Marie était armée de curiosité face à l’air gênant qui régnait entre Kaoruko et moi.

Le kakuni, le riz frit, le Ching Guang Juai sauté et la bière furent placés sur la table, et les dames devinrent beaucoup plus vivantes. Marie prenait du thé plutôt que de l’alcool parce que nous avions une invitée, et elle semblait déçue de cela, comme je m’y attendais.

Désolé pour ça…

Elle m’aida à disposer les petites assiettes, les cuillères à soupe et les baguettes, et les préparatifs furent bientôt terminés. Le kakuni fièrement placé au centre était le plat principal de la soirée. L’épaisse et succulente viande de porc et les parfums de vin de riz et d’anis étoilé avaient mis nos sens en émoi.

« Ahh… Ça sent délicieusement bon… ! C’est un de ces plats qui vous fait saliver de façon incontrôlable, n’est-ce pas ? » demanda Marie.

« Le secret pour apprécier le kakuni est d’ouvrir grand la bouche sans se soucier de son apparence, puis de prendre une grosse bouchée. Maintenant, mangeons, » déclara Kaoruko.

Nous avions tous dit « Itadakimasu » ensemble, et la fille avait attraper le kakuni de son assiette avec ses baguettes. Le ragoût de viande de porc était incroyablement tendre, la baguette le perçant profondément avec facilité. Elle tremblait doucement lorsqu’elle le soulevait et le portait à sa bouche. La fille semblait hypnotisée par son éclat appétissant et son doux arôme alors qu’elle écartait les lèvres. Sa bouche s’était refermée sur ça, et la viande dense s’était défaite avant même qu’elle ne la morde. Il aurait peut-être été plus exact de dire qu’elle avait fondu. Elle avait sûrement été surprise par la viande qui avait pris le dessus sur ses papilles gustatives en se dissolvant dans sa bouche. L’umami lui remplissait la bouche, et un mélange de jus et l’arôme distinctement riche des épices chinoises lui donnèrent un coup de fouet.

« Hmmmmm… !! »

Elle avait serré les deux mains, si complètement immergée dans le torrent de saveurs qu’elle n’avait même pas remarqué les jus qui coulaient sur le côté de sa bouche. Elle avait mâché, libérant le flot de saveur, et la viande grasse avait perdu sa forme. L’odeur de l’anis étoilé lui passait par le nez lorsqu’elle mâchait, et le goût restait fort, peu importe combien de fois elle mâchait. La fille avait continué à mâcher avec de la surprise sur son visage, et même après avoir finalement avalé, elle était restée immobile pendant un moment.

« Miam…, » murmura Marie.

Kaoruko et moi avions souri, en voyant le regard d’étonnement sur le visage de Marie. Elle était vraiment franche quand il s’agissait de ses réactions à la nourriture, et le simple fait de la regarder était une joie. Kaoruko s’était tournée vers moi, souriant d’oreille à oreille.

« C’est tout simplement merveilleux. J’aimerais pouvoir être du kakuni. »

Euh, peut-être elle qui est après tout un peu étrange.

J’avais toujours pensé que Kaoruko était une fonctionnaire au statut précaire. Bien que, je dois admettre, je savais en quelque sorte ce qu’elle ressentait.

« Puis-je t’essuyer la bouche, Marie ? » J’avais demandé ça avec un mouchoir en main, et la fille m’avait regardé avec une expression rêveuse. Puis elle avait hoché la tête, en ayant l’air de ne pas être revenue de son paradis personnel. Le tissu avait absorbé du liquide lorsque je l’avais pressé sur son visage, et j’avais ressenti une douceur moelleuse qui pouvait rivaliser avec la texture du kakuni.

« Kazuhiho, je veux devenir du kakuni, » déclara Marie.

Toi aussi ?

C’était une chose étrange à dire, mais je commençais à être envieux de la popularité du kakuni. Je n’avais même pas encore commencé à manger, mais Kaoruko et moi avions ri à gorge déployée. Quant au riz frit, j’avais allégé l’arôme pour que le kakuni brille vraiment en comparaison, il s’était donc parfaitement assorti à la bière.

Une bière s’était transformée en deux, et le visage de Kaoruko était rose quand nous avions fini de manger. Elle s’était penchée en arrière sur son siège avec un soupir satisfait, et je soupçonnais qu’elle appréciait son repas encore plus que son mari, qui était actuellement en train de boire.

« Ma famille m’a envoyé cette viande depuis Hokkaido, où j’ai grandi. Comme vous le savez, mon mari est un peu en surpoids. J’étais un peu inquiet à propos de toutes ces calories, » déclara Kaoruko.

« Ohh, ça doit être sympa. Je suis né à Aomori, mais je ne suis jamais allé à Hokkaido. » Kaoruko reposa sa joue rouge dans sa main. Elle était plus expressive que d’habitude, grâce à l’alcool, regardant de temps en temps Marie et se mettant à sourire.

« Au fait, où allez-vous tous les deux pour le Golden Week ? » demanda Kaoruko.

« Nous avons pensé que ce serait une bonne occasion de visiter ma maison à Aomori. Je compte aller voir mon grand-père, qui est fermier, » répondis-je.

« Oh, ça a l’air sympa. Où vit-il à Aomori ? » demanda Kaoruko.

« C’est dans la région de Hirosaki, » répondis-je.

Kaoruko s’était arrêtée de parler pour réfléchir, puis avait sorti son smartphone et avait commencé à tapoter sur l’écran. Elle semblait être éméchée alors qu’elle marmonnait, puis elle sourit quand elle trouva apparemment ce qu’elle cherchait. Elle me présenta l’écran, et mes yeux s’élargirent un peu.

« Alors cela serait dommage si vous ne visitez pas cet endroit. Je le recommanderais sans hésitation cette année, » déclara Kaoruko.

Hmm, elle pourrait avoir raison… Si je pouvais emprunter le camion de mon grand-père…

« Merci. Nous aimerions beaucoup y aller, » avais-je répondu, et elle avait rapproché son visage, ivre.

Puis, elle chuchota. « Oui, s’il te plaît, passe un bon moment avec Mariabelle-chan. L’astuce pour la rendre heureuse au maximum est de garder le secret jusqu’à ce que vous arriviez. » Elle s’éloigna avec un sourire sur son visage. Son expression douce semblait vraiment exprimer sa beauté féminine, et je m’étais retrouvé à sourire avec elle. La pluie avait continué à tomber à l’extérieur, bien qu’elle devrait cesser après-demain, selon le bulletin météorologique. J’avais hâte de prendre des jours de congé consécutifs, mais cette période d’attente était peut-être la plus excitante de toutes.

« Était-ce bon, Marie ? » demandai-je.

« Hehehe ! C’était trop bon ! Si j’étais du genre à tenir un journal intime, je remplirais probablement quelques pages en l’écrivant. J’ai l’impression que mon estomac pourrait éclater ! » répondit Marie.

Alors qu’elle était apparemment trop pleine pour se lever, elle m’avait donné son impression en se penchant en arrière sur sa chaise. Elle se plaignait de prendre du poids ainsi, mais il me semblait me souvenir que ses baguettes ne se reposaient pas ne serait-ce qu’un instant pendant le repas.

***

Partie 4

J’avais rendu le pot à Kaoruko après l’avoir lavé, et elle avait à nouveau souri. Nous l’avions raccompagnée à son appartement après le dîner, et alors qu’elle était éclairée par la lumière de sa porte d’entrée, nous lui avions parlé.

« Merci de m’avoir raccompagnée à mon appartement. J’apprécie. »

« Pas du tout, merci pour la nourriture. On devrait refaire ça un autre jour, » déclarai-je.

« Merci pour le repas. Le porc kakuni était si bon, je n’arrivais pas à y croire, » déclara Marie.

Kaoruko me regarda, puis Marie à côté de moi, avant de se mettre à rire. À en juger par la quantité de travail de son mari, il semblerait qu’elle dînait souvent seule. Mais nous avions passé une soirée animée ensemble, le visage de Kaoruko était encore un peu teinté de rose à cause de l’alcool, et Marie lui avait même offert un souvenir de notre mini-voyage. Ce n’était pas étonnant qu’elle semble être de si bonne humeur. Nous nous étions dit bonne nuit, et j’avais marché dans le couloir silencieux avec Marie.

C’était une nuit sans lune, et la pluie tombait encore légèrement à l’extérieur. Je regardais les lumières de la ville de couleur un peu froide quand la fille m’avait tendu la main. Je m’étais tourné, et mon cœur avait battu un peu plus fort dans ma poitrine. La belle fille me regardait dans la nuit pluvieuse. Je ne savais pas combien de fois j’avais été captivé par ces yeux francs. Peut-être que c’était plus comme si j’étais dans un état de capture constant. L’elfe avait parlé d’une voix douce, faisant vaciller mon cœur.

« Peut-on regarder un film ensemble ? » demanda Marie.

« Bien sûr. Mais je suis un peu triste que tu n’aies plus besoin de traducteur, » répondis-je.

« Oh, penses-tu que je n’aurais plus besoin de toi ? Mais tu ferais quand même un parfait dossier. Tu peux également servir de chauffe-main lors d’une nuit froide comme celle-ci, » déclara Marie.

Depuis quand suis-je devenu un coussin pour elle ? Mais j’étais heureux de faire tout ce qui la rendrait heureuse. Nous avions finalement recommencé à marcher, en direction de ma chambre.

Le lit avait grincé quand la fille avait grimpé dans le lit de la chambre sombre. Elle avait placé un coussin derrière son dos et avait posé du thé chaud sur la table à côté d’elle, et la pièce s’était transformée en une salle de cinéma peu éclairée.

« Ce moment est mon préféré. Et toi ? » déclara Marie.

« Je ressens la même chose. Je pense que tout le monde ressent de l’excitation quand quelque chose est sur le point de commencer, » avais-je répondu en appuyant sur un bouton de la télécommande. C’était aussi le cas pour les jours de congé consécutifs à venir, car nous avions tous deux un sentiment d’exaltation au fond de nous. J’avais peur qu’on ne puisse pas dormir avec autant de choses à attendre. Marie avait applaudi quand le film commença à jouer.

Cela avait commencé très calmement. Le vent soufflait doucement, et une fille qui regardait paresseusement le ciel avait remarqué quelque chose et s’était assis. Puis elle avait commencé à courir vers une vieille et élégante maison, et l’histoire avait commencé à se dérouler. L’histoire tournait autour de cette jeune fille, qui avait grandi avec sa famille aimante et qui avait fini par se mettre à son compte. Marie regardait avec inquiétude et tenait ma manche alors que la fille du film se mettait en route.

« Est-ce qu’elle sera bien en vivant toute seule ? J’espère qu’une mauvaise personne ne la trouvera pas. » Il semblait qu’elle s’identifiait déjà à l’héroïne. Il y avait beaucoup d’elfes qui ne quittaient jamais la terre sainte de leur forêt. C’est pourquoi il y avait des épreuves pour ceux qui souhaitaient partir, et les parents s’inquiétaient de voir leurs enfants exprimer la volonté de partir.

« Oui, mais il semble que c’est ce que la fille veut vraiment. Comment était-ce pour toi quand tu as quitté ta forêt, Marie ? » demandai-je.

« Eh bien… Je pense que j’étais très inquiète, mais en même temps, j’étais tout aussi excitée. » Alors qu’on riait ensemble, le monde dans le film se développait plus loin. Le film mettait en valeur le ciel bleu et la mer aux couleurs profondes, et l’elfe avait laissé échapper son étonnement « Wôw… » Les jambes de Marie se mirent à onduler d’avant en arrière au son de la musique joyeuse, et elle me regarda avec une expression qui traduisait sa fascination totale pour ce monde.

« La ville est tellement grande et étonnante ! » déclara Marie.

« Oui, c’est très coloré et joli. Aimerais-tu vivre dans un endroit comme ça ? » demandai-je.

« Bien sûr, » répondit Marie avec enthousiasme, le cœur plein d’espoir pour l’avenir de la fille à l’écran. Elle était probablement impatiente de découvrir sa nouvelle vie, son nouveau monde et les gens qu’elle allait y rencontrer. Mais l’optimisme de la jeune fille avait été mis à mal lorsqu’elle avait rencontré des inconnus rudes dans ce nouveau monde. En voyant cela, l’expression de Marie s’était assombrie.

« Je pense que tout le monde pourrait être un peu plus gentil. » Je savais que je n’aurais pas dû la traiter comme une enfant, mais en voyant Marie bouder devant le film, je n’avais pas pu m’empêcher de lui tapoter la tête. Elle avait dû vivre la même chose. Ayant déménagé de la forêt à la ville et possédant le talent d’être une sorcière spirituelle, elle avait dû vivre elle-même beaucoup d’épreuves. Elle avait appuyé sa tête contre moi, puis avait tiré ma main pour qu’elle repose sur son ventre. Il semblait qu’elle ne plaisantait pas tout à l’heure quand elle avait dit qu’elle m’utiliserait comme coussin. Elle s’était penchée un peu sur ses fesses pour trouver une position plus confortable.

« Peut-on faire confiance dès le départ à des gens gentils ? Personnellement, je pense qu’ils sont un peu effrayants. »

« Tu as peut-être raison. Tu m’as donné une terrible première impression, après tout. Je ne te laisserai pas l’oublier… En fait, tu devrais oublier ça. » Elle m’avait pincé la cuisse, ce qui me chatouilla à peine, mais j’avais fait semblant d’avoir mal et j’avais dit. « Aïe. »

L’héroïne du film vivait une période relativement difficile, mais dans mon cas, dans le passé, j’avais déjà été tué par Marie. Wridra avait aussi eu la même réaction… Pourquoi avais-je tendance à me faire tuer par des femmes que je venais de rencontrer ? Mais je pouvais en rire, car tout s’était passé dans le monde des rêves. La fille du film n’avait jamais fait face à un tel danger, bien sûr, et elle avait lentement commencé à se fondre dans la ville. En y pensant, c’était peut-être le fait de rencontrer des gens qui avait élargi son monde. Une chose similaire se produisait dans le film, où la fille interagissait avec les autres, établissait des liens et construisait son monde au fil du temps. Mais tout ne se passait pas sans accrocs. Avec chaque petite douleur qu’elle endurait, elle passait aussi par une croissance. Marie la surveillait comme si elle voulait la protéger, sa main tenant ma manche tout le temps.

« Elle est si jeune, mais forte. Je me souviens avoir pleuré dans les ruelles à l’époque, » déclara Marie.

« Tu es aussi une travailleuse acharnée, Marie. Tu as vécu beaucoup de choses, mais peut-être que les choses se sont calmées pour toi après que tu aies commencé à rencontrer des gens ? » Marie s’était retournée et m’avait regardé. Je m’étais senti attirer par ses yeux colorés alors qu’ils captivaient mon regard. Ses lèvres avaient commencé à bouger, mais elle avait simplement dit « Peu importe » et elle n’avait pas répondu à la question.

Entre-temps, l’héroïne du film avait croisé le chemin de quelqu’un de nouveau. C’était un garçon qui avait environ son âge, mais l’impression que Marie avait de lui était assez stricte, ayant veillé sur la fille et s’étant montrée compréhensive envers elle pendant tout ce temps.

« Je ne l’aime pas. Il ne prend rien au sérieux, et il n’a pas une once de tact en lui. » Elle avait détourné la tête et avait soufflé dans ses joues avec le même geste que l’héroïne. J’avais ri involontairement, Marie n’aimait pas ça. Quoi qu’il en soit, le garçon était un important instrument d’intrigue dans l’histoire. Jusqu’à présent, l’histoire consistait à se fondre dans la ville, mais maintenant, l’accent était mis sur la création de liens avec des amis et le sexe opposé. Ce qui m’avait surpris, c’est de voir à quel point la première impression qu’il avait laissée avait changé. Le garçon avait montré son côté sincère et fidèle, révélant sa nature directe et honnête, changeant complètement le regard de l’héroïne et de Marie sur lui. Marie s’était soudainement retournée et m’avait regardé, semblant réaliser quelque chose.

« Qu’est-ce que c’est ? » demandai-je.

« … Non, ce n’est rien. » Elle secoua la tête et se retourna vers l’écran… Qu’est-ce que c’était ? Quelque chose d’inattendu arrivait aussi aux autres personnages. Au premier regard ils semblaient être froid, mais ils avaient lentement commencé à agir plus gentiment envers la fille. Chacun d’eux avait des bizarreries et des personnalités qui n’étaient pas évidentes au simple passage, et les yeux de Marie s’élargissaient un peu au fur et à mesure que leurs charmes individuels se révélaient.

« Wôw, ce monde devient tellement plus vivant. Je me demande pourquoi. J’ai presque l’impression d’y vivre. » Comme elle l’avait fait remarquer, la ville avait changé avant qu’on puisse le remarquer. Tout le monde était prévenant et la fille était devenue acceptée par eux au fil du temps. « Comme c’est étrange… C’est presque comme Kaoruko. Mon impression d’elle change chaque fois que nous nous rencontrons. Elle a été si gentille aujourd’hui. »

« Pareil pour Wridra. Elle était si hostile au début, mais avant que je m’en rende compte, elle appréciait les chansons avec toi. Je pense qu’aucun de nous ne s’attendait à faire un voyage aux sources chaudes avec elle. » Marie fit un signe de tête, avec une expression soulagée sur son visage. Elle semblait se rendre compte de l’environnement béni dans lequel elle se trouvait. Son corps était doux et chaud contre le mien, et elle laissait échapper un souffle en se frottant la tête contre moi.

Il semblait que Marie commençait à s’habituer au fonctionnement des films. Après l’introduction était venu le développement, et il y aurait sûrement un tournant et une conclusion qui suivrait. L’histoire s’était accélérée avec un malheur inattendu lors d’une nuit sinistre. Tout ce qui avait été construit jusque-là semblait bouillir, comme la montée et la descente des montagnes russes, mais la chute soudaine ne s’était pas produite au début, mais à la fin. Si l’héroïne échouait dans sa tâche, la ville serait radicalement changée. Tout ce dans quoi elle avait travaillé dur pour construire disparaîtrait complètement. Marie l’avait compris et s’était tendue comme l’héroïne du film, priant pour que tout s’arrange à la fin. Chaque fois qu’elle se retournait, on aurait dit qu’elle allait pleurer comme l’héroïne, et je lui avais souri de façon rassurante. Les montagnes russes qui n’avaient cessé d’accélérer avaient enfin atteint son point culminant. Marie poussa un grand soupir de soulagement alors que les gens acclamaient sous le ciel bleu et clair, et elle laissa son corps se poser sur le mien.

« Ça ne peut pas être bon pour mon cœur. J’avais l’impression que ça allait sortir de ma bouche, » déclara Marie.

« Ouais, je peux encore l’entendre battre. » Bien sûr, je pouvais sentir son cœur battre à travers son dos trempé de sueur. Elle avait écarté les doigts et m’avait montré ses mains, qui étaient également couvertes de sueur. Elle devait être assez terrifiée. Bien qu’elle riait, j’avais vu des larmes couler sur sa joue pendant qu’elle clignait des yeux. J’avais mis mes bras autour d’elle par-derrière, et nous avions regardé l’épilogue des personnages pendant que le générique passait. Nous avions apprécié ce moment pendant un certain temps, et j’avais remarqué que les larmes de Marie avaient cessé. Elle avait posé sa tête sur mon épaule et avait chuchoté.

« Comme c’est étrange. Les gens dont je n’aurais pas voulu être proche au début semblaient attirants à la fin. Ils n’étaient pas simplement gentils, et cela les rendait d’une certaine façon encore plus merveilleux. Je pense que cette histoire voulait nous dire que ce qui est important, c’est la façon dont nous vivons notre vie chaque jour. »

« Oh, c’est une observation pointue. Que penserais-tu si je te disais qu’il y a des romans centrés sur leur vie quotidienne ? » Je le lui avais demandé, et les yeux fermés de la fille s’étaient ouverts. Ils étaient encore humides de larmes, et elle s’essuyait les yeux légèrement gonflés avec ses doigts.

« Si ça existait, j’adorerais les lire, bien sûr, » déclara Marie.

« Que penserais-tu si je te disais qu’il y en a un sur cette table ? » Ses yeux violet clair s’élargirent, montrant leurs couleurs vibrantes. Ses lèvres s’étaient séparées, et elle s’était soudainement levée avec un élan. Après avoir fait bouger le lit en se levant, elle avait couru vers la table de l’autre côté de la télévision. Je m’étais levé lentement, marchant pieds nus sur le sol, puis je m’étais approché d’elle par-derrière. « L’as-tu trouvé ? »

L’elfe se retourna avec un livre à la main, puis me montra sa jolie couverture. Elle avait couru vers moi dans la chambre noire et avait sauté pour placer ses bras autour de mon cou. J’avais trébuché, encore bourré du repas que nous avions pris plus tôt, mais je l’avais rapidement tenue par la taille alors qu’elle pendait vers moi.

« Merci ! Je vais aussi apprendre à lire, c’est sûr. Veux-tu bien t’accroupir un peu ? » demanda Marie.

« Hm ? Qu’est-ce que tu veux dire ? » J’avais fait ce qu’elle m’avait demandé, et ses pieds avaient atteint le sol en dessous. Elle avait tiré sur ma manche, ce qui signifie qu’elle voulait que je me penche un peu plus. Je m’étais retrouvé à genoux, et son beau visage s’était rapproché du mien jusqu’à ce que ma vision s’assombrisse. Elle me tenait la tête avec les deux mains, et je sentis une douce chaleur s’épanouir sur mon front.

Attends, c’est…

En réalisant qu’elle m’avait embrassé, mes joues avaient commencé à devenir chaudes. L’obscurité totale avait fait travailler mon imagination d’autant plus fort. Ses douces lèvres avaient changé de forme lorsqu’elles avaient été pressées contre mon front. Marie était restée comme ça pendant un certain temps, et je ne pouvais pas bouger un muscle jusqu’à ce qu’elle finisse par s’éloigner. Elle m’avait regardé de face, et je faisais probablement une drôle de tête en ce moment.

« Dans mon monde, c’est ainsi que les elfes remercient les gens qui sont très prévenants. Tu le savais ? » demanda Marie.

« Non, je n’ai pas…, » commençai-je.

Ses yeux gonflés s’étaient rétrécis en souriant, révélant ses dents d’un blanc nacré. Il semblait que je ne pouvais rien faire d’autre que d’être captivé par son sourire. J’avais aussi réalisé que les enseignements des elfes n’étaient pas si mauvais.

Ce soir-là, la lecture avant le coucher devait se faire avec un roman plutôt qu’avec un livre d’images. En soutenant sa tête avec mon bras, j’avais lu à haute voix les parties qu’elle avait indiquées avec son doigt. Avec son incroyable intellect, cette méthode lui avait suffi pour absorber et apprendre la langue. Peut-être qu’elle avait repris une compétence d’amélioration de la mémoire du monde des rêves. Mais la somnolence avait pris le dessus alors que nous nous étions couchés confortablement au chaud, et elle n’avait cessé de faire de jolis bâillements.

« Non, non, ce n’est pas ma faute. Ta voix me donne sommeil. Je veux en lire plus, mais… *bâillement*…, » son doigt avait fait de son mieux pour continuer à pointer les lettres, mais il avait vacillé dangereusement comme un navire qui déviait de sa route. Puis, avec son doigt pointé au loin, elle s’était endormie. Essayant de ne pas la réveiller, j’avais lentement retiré le livre et j’avais placé sa tête sur un oreiller. L’étagère devenait sa collection personnelle. J’avais placé la couverture jusqu’à sa poitrine et j’avais remarqué que son odeur flottait dans l’air. Sa respiration légère et rythmée m’avait fait sourire involontairement. Je n’avais pas d’autre choix que d’être gentil avec l’elfe qui m’avait donné tant de moments de bonheur comme celui-ci.

Bonne nuit, Mlle l’elfe. Nous reprendrons où nous nous sommes arrêtés demain.

Lorsque j’avais prononcé ces mots, la voix qui résonnait dans la pièce était plus douce que je ne l’avais prévu.

***

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