Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe – Tome 1 – Chapitre 7 – Partie 2

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Épisode 3 : Une fin de semaine reposante

Partie 2

Il y avait beaucoup de lieux publics comme des bibliothèques dans cette région, et certaines possédaient des terrasses où l’on pouvait lire des livres. Mais ces endroits étaient plus fréquents dans les zones plus récemment aménagées, de sorte qu’ils auraient été un peu trop loin à pied. Je n’étais là que pour trouver quelque chose qui plairait à Mademoiselle l’Elfe, alors je l’avais emmenée dans un passage dans un mur voisin.

« Ah ! Je n’ai pas été surprise par l’ouverture automatique des portes ou quoique cela soit d’autres… J’ai simplement fait du bruit parce que le verre a bougé, c’est tout, » déclara Marie.

Sa surprise ne me dérangeait pas, et je me doutais que cela arriverait.

Marie semblait se rebeller contre le Japon moderne ou quelque chose comme ça…

Elle avait regardé autour d’elle plusieurs fois avant d’entrer dans la bibliothèque. Il y avait peu de monde à l’intérieur puisqu’il venait juste d’ouvrir pour la journée, mais l’immeuble était bien climatisé. Les murs étaient bordés d’objets d’art et d’artisanat fabriqués par des enfants et de dépliants présentant différents livres. La jeune elfe les regardait avec beaucoup d’intérêt, alors j’avais regardé avec elle. Cela semblait dessiné sur du papier coloré. Elle avait pris origami rose dans sa main et avait émis un son plein d’étonnement.

« Cet endroit “bibliothèque” est très différent de ce que j’avais imaginé. Je pensais qu’il ferait plus sombre et plus poussiéreux. La lumière du soleil est après tout un poison pour les livres, » déclara Marie.

« Hein, je ne le savais pas. Je n’ai jamais été moi-même dans un musée, mais je pense que tu as raison de dire que le cuir et le papier sont sensibles à la lumière du soleil et à la chaleur, » déclarai-je.

Dans l’autre monde, les livres devaient être écrits à la main, donc ils étaient naturellement très chers. Seuls ceux qui avaient un statut social comme les nobles et les sorciers étaient autorisés à entrer dans un établissement semblable à celui-ci. Il y avait quelques magasins qui vendaient des livres au grand public dans les villes, mais les livres étaient encore loin d’être considérés comme accessibles au grand public. Le fait que les bibliothèques d’ici semblaient être orientées vers les enfants l’avait aussi beaucoup surprise.

« Vérifions d’abord l’annuaire… Hmm, je pense qu’un livre avec bon nombre de photos serait bien… Maintenant, où est la section des enfants… ? » déclarai-je.

« Ton monde doit être très avancé si les enfants peuvent lire des livres, » déclara Marie.

Il n’y avait pas de technologie d’impression dans son monde. Mais on pourrait dire que seules des informations précieuses avaient été stockées dans leurs livres en guise de compromis. Du moins, je pensais que c’était ce qu’elle voulait dire, mais Marie secoua la tête.

« Non, je parle du taux d’alphabétisation. Seulement, environ trente pour cent de la population sait lire dans mon monde, et les livres ne sont généralement utilisés que par les nobles et nous, les sorciers, » déclara Marie.

« Oh, c’est vrai. Mais ne pas savoir lire n’affecte pas vraiment la vie là-bas, hein, » déclarai-je.

C’était une évidence pour une sorcière comme Marie de savoir lire. Leur mission était de percer les mystères de l’art secret, de sorte que déchiffrer ces faisceaux d’information faisait partie de leur rôle élémentaire. Quant aux nobles, ils avaient le devoir d’apprendre pour ne pas être trompés par des formulations trompeuses dans les contrats liés à l’argent et aux biens. La population générale n’avait pas de missions ou d’emplois aussi importants à faire et se préoccupait davantage de ce qu’il fallait manger ce jour-là.

J’avais supposé que le seul autre type de lecture que les gens auraient besoin de faire serait sur leurs écrans de statut. Mais même dans ces cas-là, ils pourraient simplement demander à d’autres aventuriers ou à leur guilde de leur apprendre ce que chaque terme signifiait. Je doutais qu’aucun d’eux n’ait trouvé de la joie dans l’acte de lire. Cette mentalité pourrait probablement être renversée si une telle chose comme le manga existait dans leur monde…

« OK, Marie ! Allons pour l’instant à la section pour les enfants, » déclarai-je.

« … Attends un peu. As-tu l’intention de me faire lire un livre écrit pour les enfants ? » demanda Marie.

« Ah, j’ai juste pensé qu’il y a peut-être quelque chose que tu aimerais y voir. S’il n’y en a pas, on peut passer cette section et continuer à regarder autour de nous, » déclarai-je.

Elle avait plissé ses yeux violets, et j’avais réalisé que je la faisais devenir un peu malheureuse. Je voyais bien qu’elle craignait de regarder les livres pour enfants alors qu’elle était une sorcière spirituelle.

Finalement, je l’avais invitée à y jeter un coup d’œil, et elle m’avait suivi à contrecœur.

Dès que nous étions entrés dans la salle de lecture, un spectacle familier était entré dans mon champ de vision. Bien que cela faisait un certain temps que je n’étais pas venu ici, j’y étais souvent allé depuis que j’étais à l’école primaire. La vue nostalgique et les odeurs m’avaient ramené à cette époque révolue…

Une chose que j’avais appréciée, c’est que la réceptionniste nous avait accueillis sans regarder fixement la jeune elfe. C’était formidable de savoir qu’elle tenait compte de l’espace personnel des individus pour qu’ils puissent venir lire tranquillement.

« Hein, je la reconnais…, » murmurai-je.

Si je me souvenais bien, j’avais parlé à la même réceptionniste plusieurs fois dans le passé. Mais aujourd’hui, j’étais avec Marie, alors j’avais décidé de laisser ça pour plus tard.

« Magnifique… Autant de couleurs…, » Marie s’émerveillait en marchant entre les étagères.

Les rangées de livres avaient toutes des tranches colorées, et l’elfe regardait chacun d’elles avec un regard plein de curiosité.

Puis, elle s’était figée. Je m’étais tourné vers elle, et ses yeux violets étaient fixés à un seul point sur une étagère. J’avais fait quelques pas en arrière pour voir où elle regardait, puis j’avais réalisé ce qui avait attiré son attention.

Il y avait un chat sur la couverture d’un livre.

Il nous regardait avec ses yeux clairs et ronds, et il ressemblait à la vraie affaire, bien qu’il portait un joli chapeau. Marie venait de jouer avec un chat, révélant un côté d’elle que je ne voyais pas souvent.

« As-tu trouvé un livre qui te plaît ? » demandai-je.

« Non, ce n’est pas ça. C’est juste que les couleurs vives m’ont attiré les yeux, » déclara Marie.

J’avais répondu avec un « Mhm » quand j’avais pris le livre qu’elle regardait. C’était plus lourd que ce à quoi je m’attendais, et il était clair en regardant la couverture arrière qu’il avait été publié à l’étranger.

« Pourquoi ne pas vérifier ? C’est aussi beau et coloré à l’intérieur, » déclarai-je.

« J’ai dit que je ne suis pas intéressée…, » déclara Marie.

Elle n’arrêtait pas de me faire des regards curieux alors qu’elle me l’avait dit. J’avais souri à la façon dont elle avait essayé de cacher son intérêt et j’avais tourné une page. Ensuite, le sentiment que l’histoire du chat prenait vie avait pu être ressenti à travers les pages ouvertes.

« Si je me souviens bien, cette série parle d’un chat qui part à l’aventure dans différents pays. C’était beaucoup plus populaire avant, et je me souviens qu’on en parlait tout le temps, » avais-je dit à Marie pendant qu’elle regardait le livre.

Puis elle avait dirigé ses yeux ronds vers moi. « Quoi, ce n’est plus populaire ? Mais c’est un si beau livre… »

« Il y a aussi des tendances dans les livres d’images. Mais il est encore possible qu’il redevienne populaire… Et si on s’asseyait un peu ? » J’avais fait un geste en direction des chaises rondes à proximité, et nous nous étions assis l’un à côté de l’autre.

Il faisait beaucoup plus clair à l’extérieur, et la lumière du soleil qui se réfléchissait sur le sol avait réchauffé la pièce. C’était un peu étrange qu’une elfe d’un monde imaginaire s’accroche à ma manche au milieu d’une pièce pleine de livres d’images.

« Ce chat ressemble à celui que j’ai vu ce matin. C’est si mignon, mais le livre…, » déclara Marie.

« Pourquoi ne le lis-tu pas ? En fait, les livres veulent que les gens les lisent, tu sais, » répliquai-je.

J’avais basculé à la page suivante, et le chat était sorti pour commencer son aventure. L’elfe s’était approchée assez près pour que nos joues se touchent presque, puis avait regardé dans le livre d’images.

« J’aimerais bien, mais… Je ne comprends toujours pas comment lire les caractères, » déclara Marie.

« C’est une coutume dans d’autres pays, mais j’ai entendu dire que tu ferais un beau rêve si tu lis avant de te coucher. Si tu choisis un livre que tu aimes, je peux te le lire à la maison, » déclarai-je.

Marie avait cligné des yeux plusieurs fois, puis s’était tournée vers moi. « On a le droit d’emprunter ces livres ? Mais quelqu’un pourrait les salir, ou même les voler ! » déclara Marie.

« C’est vrai, mais nous en prendrons bien soin. Nous ne pouvons les emprunter que pour un temps limité, alors revenons les rendre ensemble, » déclarai-je.

Elle avait tiré sur ma manche quelques fois avec la même expression que celle qu’elle montrait au chat tout à l’heure. J’imaginais qu’elle s’imaginait déjà le monde à l’intérieur du livre d’images juste avant de s’endormir. Je lui avais dit que c’était décidé et j’avais fermé le livre, puis je le lui avais donné. Elle le tenait précieusement dans ses mains, son sourire semblant éclairer la pièce en répondant adorablement. « D’accord ! » Même la réceptionniste semblait rougir et apprécier l’expression heureuse de l’elfe.

« Merci, j’ai hâte d’y être ! » C’était presque comme si des fleurs flottaient et dansaient autour de la tête de Marie.

« Très bien, alors allons chercher autre chose qui pourrait te plaire, » déclarai-je.

J’avais décidé de sauter le fait que c’était habituellement les enfants qui se faisaient lire des livres avant le coucher…

En tout cas, je voulais lui faire la lecture. Je l’imaginais se frotter les yeux en me demandant de lire un chapitre de plus… Hmhm, je ne pouvais pas attendre.

 

 

En regardant Marie comparer avec enthousiasme deux livres d’images, j’avais eu une idée :

Hm, Marie s’intéresse donc à l’illustration…

Quand j’y pense, le plaisir de l’art était réservé à quelques privilégiés, comme les nobles. C’était une forme profonde de divertissement que la plupart ne considéraient pas comme étant pour les enfants. C’était sans doute pour cela que Marie avait réalisé pour la première fois le charme de tout ça dans cette bibliothèque.

En y repensant, j’avais réalisé que beaucoup d’enfants avaient d’abord appris la langue dans des livres d’images et des animes. En ce sens, l’anime pouvait être un bon moyen pour elle aussi d’apprendre le japonais. Mais je devais éviter de l’ennuyer avec quelque chose de trop enfantin. J’avais besoin de quelque chose d’intéressant et d’agréable pour les enfants et les adultes…

Puis, ça m’était venu à l’esprit.

« Hm, ça pourrait marcher. Je crois que je vais louer un film en rentrant, » déclarai-je.

Tandis que je me disais cela à voix haute, la jeune elfe se leva de sa chaise, les livres soigneusement tenus dans ses bras. Après avoir pris le temps de se décider, elle avait choisi trois des livres de la série de livres d’images du chat qu’elle avait trouvé plus tôt. Mais pour le dire franchement, elle me rappelait un peu un chat elle-même, comme sa nature capricieuse et la façon dont elle me regardait parfois avec ses yeux tels des joyaux.

Elle leva les yeux avec une expression interrogatrice qui ne faisait que confirmer pour l’instant ses qualités de chat dans mon esprit. Elle était là, la tête inclinée, et j’avais posé ma main sur le chapeau sur sa tête. Ce serait bien si elle me laissait caresser sa tête comme ce chat l’avait fait pour elle…

« Tu as réfléchi pendant un moment. N’avais-tu rien trouvé d’autre qui te plaisais ? » demandai-je.

« J’ai trouvé un livre avec une grenouille dessus. C’est assez injuste. Qui n’aurait pas du mal à décider ? » demanda Marie.

J’avais suivi son regard vers un livre avec une grenouille à l’air suffisant sur la couverture. J’avais remarqué qu’elle avait l’air d’aimer les personnages insolents comme eux.

Cela veut-il peut-être dire qu’elle aimerait de la marchandise liée à des marques de personnages ? Cela pouvait être amusant de l’emmener dans cet immense établissement qui était difficile à dire si c’était à Chiba ou à Tokyo… Cela me donnait toutes sortes d’idées d’endroits pour l’emmener dans le futur.

« Allons voir ces livres à la réception, » déclarai-je.

« Très bien, allons-y alors ! » L’elfe semblait toujours être dans le monde des livres d’images, car ses pas étaient légers alors que je l’emmenais à la réception.

La femme au comptoir nous avait salués, avait reçu les livres que Marie lui avait présentés, puis avait souri. Ses cheveux descendaient jusqu’aux épaules et elle avait un comportement calme.

« Excusez-moi, j’aimerais emprunter ça, » déclarai-je.

« Bien sûr que oui. Ça fait un bail, Kitase-san. Je vois que vous avez une jolie fille aujourd’hui, » déclara la femme.

J’étais déjà venu ici quelques fois, donc je connaissais déjà la réceptionniste. Nous n’avions pas l’air très éloignés l’un de l’autre en âge, et à en juger par l’anneau à son doigt, c’était une femme mariée.

« C’est une parente d’outre-mer. Elle semble aimer les livres d’images, alors je pense qu’on reviendra de temps en temps, » déclarai-je.

« Ah, j’ai hâte que cela se produise. Puis-je vous demander votre nom ? » Ses cheveux noirs et soyeux ondulaient en se penchant un peu au-dessus du comptoir pour regarder Marie.

Je m’étais rendu compte que c’était une bonne occasion pour un entraînement au japonais de base, alors j’avais traduit la question à l’elfe et je lui avais rapidement appris quelques phrases. Elle se les répéta plusieurs fois, puis se mit à parler maladroitement.

« H-Hallo, je m’appelle Mariabelle, » déclara Marie.

« Je suis Kaoruko Ichijo. Ravie de vous rencontrer, Mariabelle-chan, » déclara Kaoruko.

Marie lui tendit la main pour lui serrer la main, ce qui semblait être une habitude du monde onirique. Kaoruko sembla enchantée par la main pâle et élancée de l’elfe pendant un moment, puis se leva de sa chaise dans une agitation. Il semblait qu’elle aussi ressentait quelque chose de fantastique de la part de Marie.

La beauté de Marie semblait tout droit sortie du monde des fables. Si je devais la comparer à une créature mythique, je dirais qu’elle ressemble plus à une licorne. Kaoruko avait peut-être hésité à toucher une telle œuvre d’art.

C’était timide et maladroit, mais les deux femmes se serraient enfin la main. C’était un peu trop pour Kaoruko, car elle avait laissé échapper un « Nn ! » et se tortilla un peu, avec une Marie qui semblait surprise.

Mais je pouvais comprendre Kaoruko. Marie était vraiment comme une jolie petite poupée. Je l’avais ressentie juste en la voyant bouger, alors la toucher avait suffi à faire trembler quelqu’un.

L’elfe me regarda avec une expression perplexe. « Kazuhiho, pourquoi a-t-elle mis “chan” après mon nom ? Est-ce que je n’ai pas communiqué mon nom correctement ? »

« Oh, non ! Je suppose que c’est juste quelque chose qu’on met à la fin du nom d’une jolie fille, » répondis-je.

Elle avait incliné la tête, alors je lui avais donné une petite leçon. Je lui avais dit que Kaoruko avait mis « -san » à la fin de mon nom parce qu’il était utilisé pour s’adresser aux hommes et aux femmes qui étaient du même âge ou plus âgés. Inversement, « -chan » était principalement utilisé pour s’adresser à des personnes plus jeunes.

Marie acquiesça de la tête, puis se tourna vers Kaoruko pour parler. « Meechu, Kaoruko, Chan. »

Oh, c’est vrai… Kaoruko serait plus jeune du point de vue de l’elfe. Mais non seulement Kaoruko n’avait pas peur qu’on s’adresse à elle de cette façon, mais elle était sur le point d’être tuée par le bégaiement mignon de Marie. Elle avait serré ses bras autour de son propre corps, puis avait levé la tête après avoir laissé ses émotions se calmer. Des mèches de ses cheveux noirs n’étaient pas à leur place sur son visage, mais elle semblait retrouver son attitude cool de réceptionniste.

« … Kitase-san, c’est beaucoup trop pour moi quand elle s’adresse directement à moi avec mon nom comme ça, » déclara Kaoruko.

« Ouais, j’ai compris. C’est assez troublant pour moi parce qu’elle ne réalise même pas ce qu’elle fait, » déclarai-je.

Kaoruko me regarda avec des yeux pleins d’empathie. Je ressentais un étrange sentiment de bonheur de trouver quelqu’un qui comprenait ma douleur, lorsqu’elle avait soudain semblé réaliser quelque chose et que son regard s’était transformé en un regard de suspicion.

« Ne me dites pas que vous avez…, » demanda Kaoruko.

« Non, non, non, nous n’avons pas… Je n’aurais même pas le courage de faire quelque chose comme ça, » déclarai-je.

« Alors, vous feriez quelque chose si vous aviez plus de courage ? » demanda Kaoruko.

Oh franchement, je n’aurais vraiment pas dû dire ça…

Mais… ça m’avait fait réfléchir à sa question. Dans mon esprit, je voulais éviter de détruire ma relation avec Marie par-dessus tout. Ce n’était pas vraiment une question de savoir si j’allais agir ou non, ou si j’avais les tripes.

« C’est une fille très gentille. Je n’aurais jamais pensé faire quoi que ce soit qui puisse la décevoir, » déclarai-je.

« Oui, je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais je pense que vous devriez maintenir cette relation pendant un certain temps… Maintenant, à propos de votre carte de bibliothèque. Avez-vous changé d’adresse depuis votre dernière visite ? » demanda Kaoruko.

Oh, maintenant qu’elle en a parlé… En fait, j’avais déménagé une fois depuis la dernière fois que j’étais venu ici.

J’avais sorti mon permis de conduire et j’avais commencé à remplir les papiers pour un changement d’adresse. Quand je lui avais remis mon permis, Kaoruko avait eu un regard de surprise sur son visage.

« Oh… ? Cette adresse… Alors vous vivez aussi là-bas ? » demanda Kaoruko.

« Hein ? Voulez-vous dire que vous vivez aussi là-bas ? » demandai-je.

Ses yeux s’étaient ouverts en grand et elle avait hoché la tête.

Ça, c’était une surprise. Je n’avais jamais réalisé qu’on vivait au même endroit.

Marie avait tiré sur ma manche, et j’avais baissé les yeux pour la trouver en train de me regarder d’un air empli de doutes.

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Marie.

« Je viens d’apprendre qu’elle vit dans le même immeuble d’appartements que moi. Je pense qu’elle est mariée, donc elle vit probablement avec son mari, » déclarai-je.

« Ah, donc c’est une voisine. Ces immeubles en copropriété ont des maisons en dessous et à côté d’eux, il est donc difficile de dire qui habite où, » déclara Marie.

Il était vrai que le concept de faire connaissance avec ses voisins disparaissait dans la société moderne. Personnellement, je n’avais jamais eu ce genre de relation avec mes voisins, et je ne pouvais pas dire que j’étais vraiment intéressé par ça. Donc, même si mon immeuble avait une association de gestion, je n’avais pas assisté à la plupart de leurs réunions. Je l’avais dit à Kaoruko en tant que telle, et elle avait acquiescé d’un signe de tête.

« L’association de gestion s’occupe principalement du nettoyage et des exercices d’incendie. Nul n’est obligé d’y assister à des fins sociales, » répondit Kaoruko.

« C’est vrai. J’ai de toute façon tendance à passer tout mon temps libre sur mes loisirs…, » déclarai-je.

Je n’étais pas trop fan des relations sociales. Être prévenant pourrait être fatigant, et je devrais m’inquiéter de ne pas donner aux gens une mauvaise impression de moi.

Mais, attends… alors pourquoi n’ai-je pas ressenti d’aversion à être avec Marie ?

« Hm… ? »

Elle semblait confuse quand nos yeux s’étaient croisés, mais je n’avais pas la réponse. Je n’avais jamais eu l’impression que le fait d’être avec elle était gênant, et même prendre soin d’elle était agréable selon moi. Je ne m’attendais vraiment pas à trouver une telle question enfouie dans mes pensées…

En y réfléchissant, Kaoruko m’avait parlé. « Ça vous dirait d’aller quelque part ensemble l’un de ces jours ? Pour être honnête, j’aimerais mieux connaître Mariabelle-chan. »

« Oh, Euhh, je vois…, » déclarai-je.

J’avais été un peu surpris par son invitation. C’était une situation étrange. Cette femme que je connaissais à peine nous avait invités à sortir, et ses yeux étaient complètement obsédés par Mariabelle et ils m’ignoraient apparemment. Je n’avais pas pu m’empêcher de me sentir étrangement déçu. C’était un peu comme si une fille te parlait juste pour te demander de donner une lettre d’amour à un autre gars.

J’avais quand même décidé d’étudier son offre.

« D’accord, bien sûr. Puis-je obtenir vos coordonnées… ? » demandai-je.

Interagir avec d’autres personnes pouvait être un bon moyen pour Marie d’étudier le japonais. Cela pourrait aussi l’amener à se rendre à la bibliothèque pour parler avec Kaoruko pendant mon absence. C’était dans cet esprit que j’avais décidé d’accepter son offre.

Mais l’échange de coordonnées avec une femme m’avait rendu un peu nerveux. Le simple fait de s’ajouter les uns aux autres sur les médias sociaux était apparemment un échange incompréhensible du point de vue de l’elfe. Elle avait cligné des yeux plusieurs fois, puis elle avait attrapé un livre dans un mouvement d’agitation alors qu’il commençait à glisser vers le bas.

« H-Hey, qu’est-ce que tu fais ? » demanda Marie.

« Elle dit qu’elle veut mieux te connaître. C’est pourquoi je lui donne mes coordonnées. Ça ne te dérange pas, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Non, bien sûr que ça ne me dérange pas, mais…, » répondit Marie.

Ses doigts doux s’étaient glissés entre les miens sous le comptoir. J’avais l’impression qu’elle dépendait de moi alors qu’elle serrait ses mains autour des miennes, et mon cœur avait commencé à battre plus vite pour une raison inconnue. J’avais l’impression qu’un petit oiseau s’était posé sur mon doigt.

« C’est bon, je serai à tes côtés pendant ce temps. Je pense que tu es sur le point de te faire ta première amie, » déclarai-je.

Je m’étais souvenu qu’elle avait une personnalité un peu introvertie. Elle évitait les foules et n’aimait pas interagir avec les autres, alors elle était un peu comme moi dans ce sens.

Elle avait inconsciemment serré ma main, puis m’avait finalement parlé. « Alors, d’accord. Vas-tu m’apprendre comment saluer correctement dans cette situation ? »

Dans le coin de la salle de la bibliothèque, l’elfe prononça maladroitement des paroles de salutation. Quand j’y pense, c’était la première fois qu’elle interagissait avec quelqu’un qui n’était pas moi. En fait, ce chat serait-il le premier… ? Ou la serveuse peut-être…

Les deux femmes se serrèrent à nouveau la main, et il semblait que l’elfe avait fait un petit pas de plus dans le Japon.

***

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2 commentaires

  1. Tiens, pas de "Fête des voisins'' au Japon ? 😁

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