Almadianos Eiyuuden – Tome 3 – Chapitre 69

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Chapitre 69

Si quelqu’un comme Eustache ou Cellvis avait été responsable de la situation actuelle, Albert se serait probablement retenu.

Mais celui derrière tout cela n’était autre que Kurats. 

C’était un roturier vivant dans le village reculé de Gaura, ce qui n’était pas très différent d’un habitant d’une tribu sauvage qui ne connaissait rien d’autre que la chasse et l’agriculture.

Comment Albert pouvait-il réellement se contrôler, alors que ces insignifiantes ordures essayaient de l’empêcher de réaliser ses ambitions ?

S’était-il préparé tout ce temps pour rien ?

Tous les efforts qu’il avait déployés pour conquérir le cœur de la première princesse et se préparer à monter sur le trône n’avaient-ils servi à rien ?

Il était si près de son but, et pourtant il allait être renversé par un plébéien qui ne pouvait pas distinguer sa gauche de sa droite ?

Je ne laisserai pas ce cirque ridicule aller plus loin !

« Votre Majesté, faites-vous plus confiance à cet homme qu’à moi ? Si nous confions la fondation de notre défense nationale à un roturier d’une région éloignée qui se dit noble, comment pourrons-nous faire face à nos ancêtres ? »

En temps de paix, les paroles d’Albert n’auraient pas été nécessairement sans importance.

Certains nobles auraient même hoché la tête ouvertement en signe d’approbation, en disant : « C’est exactement ce à quoi je pensais. »

Cependant, c’était un temps de guerre.

Et plus important encore, Albert dépréciait la décision du roi lui-même.

« Alors, laissez-moi vous demander. Que dire d’une personne qui s’est donné beaucoup de mal pour obtenir son titre et qui n’a pas goûté à la vie luxueuse d’un noble, mais qui s’est précipitée pour sauver Lapland de sa terrible crise et a même conduit des renforts à sa princesse ? Si le Seigneur Gaura avait été du côté d’Asgard, Lapland aurait disparu depuis longtemps, et notre royaume de Jormungand aurait probablement déjà été piétiné. »

Ça devenait dangereux, Eustache le savait. Le roi Christophe devenait irrité.

Cependant, Albert continua.

Psychologiquement, il ne pouvait pas accepter la présence d’un étranger comme Kurats.

« Votre Majesté, vous préférez croire un simple roturier plutôt qu’un homme d’État plus âgé ? »

À ce moment précis, Eustache finit par comprendre la vraie nature d’Albert.

Albert avait reçu une excellente éducation et était très versé dans les affaires intérieures et étrangères. Eustache espérait depuis longtemps qu’Albert suivrait ses traces et deviendrait son successeur, le prochain premier ministre du royaume.

Il ne manquait pas non plus d’apparence. C’était un homme charmant et beau. Avant de prendre pour épouse la première princesse, il était le genre de jeune noble qui était la cible des cris aigus des dames de la cour, avec les nombreux scandales que cela comportait.

Il possédait également l’un des territoires les plus importants du royaume, un endroit clé pour la mobilisation de toutes les forces vers la frontière. Ce seul fait faisait de lui l’un des piliers des affaires militaires du pays.

Comme si cela ne suffisait pas, ce jeune homme avait rapidement grandi pour devenir le chef de la plus grande faction du royaume.

Mais en réalité, tout cela n’était que la façade rusée d’un simple enfant, qui ne pouvait pas supporter de ne pas avoir ce qu’il voulait.

L’homme qui voulait donner la priorité à ses propres désirs sur le pays était lui, pas Kurats.

Je pensais que j’avais un bon œil pour les gens, comment ai-je pu ne pas voir ça… ?

Tandis qu’Eustache s’en rendait compte, le regard de Christophe changea aussi. Ce n’est que maintenant qu’il comprit à quel point la nature d’Albert était vraiment dangereuse.

Christophe n’avait pas pu s’empêcher d’être impressionné une fois de plus. C’était grâce au complot de Kurats qu’Albert se comportait si imprudemment et exposait sa vraie nature.

Après tout, Albert n’aurait jamais perdu son calme à ce point si le choc n’avait pas été assez important pour être tombé la tête la première dans un piège après avoir célébré ce qu’il croyait être une victoire sans faille.

« Alors, Albert, mon sujet, je vais te poser une autre question. Qui selon toi a le plus de poids ? Toi ou ton roi ? »

Le rôle d’un roi était, d’une part, de coordonner les intérêts des nobles et, d’autre part, d’écouter les demandes des différentes classes qui composaient le royaume et de refléter ces demandes dans les politiques du pays.

Mais en substance, le roi représentait la nation, et il avait le dernier mot en tout. Ses décisions avaient préséance sur tout le reste.

Une fois le temps du débat terminé et la décision du roi prise, ses vassaux et ses sujets n’avaient plus le droit d’être en désaccord.

C’était comme ça dans une monarchie féodale.

Et ce même roi avait actuellement une expression qui montrait qu’il était prêt à se débarrasser d’Albert sur le champ en fonction de ce à quoi il allait répondre.

Cette expression suffisait amplement à mettre un terme définitif à l’accès de colère d’Albert.

En regardant derrière lui, Albert découvrit que la majorité des nobles qui étaient censés être près de lui le regardaient avec les yeux froids.

Personne n’était prêt à le défendre.

« Bien sûr, la volonté de Votre Majesté l’emporte sur tout. »

Albert avait commis une erreur fatale.

La confiance et l’influence qu’il accumulait depuis des années avaient disparu sans laisser de traces.

Aussi élevées que soient ses chances de devenir roi, il avait abusivement traité la princesse d’un pays d’imposteur et avait menacé le roi de choisir entre lui-même et Kurats.

Il tremblait de peur de ce qu’il venait de faire.

Encore un pas de plus.

Il s’imaginait à une marche d’un trône qu’il cherchait désespérément.

Tout ce qu’Albert avait fait avait pour but de monter cette marche illusoire.

Mais maintenant que le roi se montrait hostile à l’égard d’Asgard, il était inévitable qu’il choisisse Lunaria comme successeur, car elle excellait dans les combats et les questions militaires. Après tout, pour le meilleur ou pour le pire, Felbelle était une femme obéissante, mais elle ne sera jamais qu’une marionnette.

Ce n’était pas comme ça que les choses devaient être.

Si Kurats n’était pas apparu, Lunaria aurait été prise en otage en tant qu’épouse de l’empereur Asgard, et Felbelle aurait pris le trône de Jormungand, permettant à Albert de devenir le roi suivant.

Ce n’était ni un rêve ni une illusion, mais une vision claire d’un avenir qui pourrait très bien l’être. Et pourtant, ce n’était plus le cas.

Suis-je censé laisser passer cette humiliation ?! Je lui rendrai tout ce qu’il m’a fait en deux fois !

Bien qu’il se sentait dévasté, Albert avait toujours la volonté de se jurer amèrement qu’il allait prendre sa revanche.

« Cet homme, tout seul, a fait tomber le Seigneur Cabernard, celui qu’on appelle le mur de fer d’Asgard. Il s’agit là d’une réalisation sans précédent dans l’histoire. Le roi Siegfried a accordé au Seigneur Gaura un titre honorifique de comte, et nous lui donnerons aussi un titre de comte, ainsi qu’un territoire approprié. »

Le titre de comte était tout juste suffisant pour que Kurats soit digne de devenir le mari de la princesse Lunaria.

Dans son esprit, Christophe avait déjà terminé le projet du prochain gouvernement du royaume.

« Voyons voir, peut-être que le territoire Adreward fera l’affaire, puisqu’il est sous le contrôle direct de la famille royale… »

« S’il vous plaît, attendez ! »

Celui qui osa protester contre les paroles du roi avant de pouvoir s’emporter n’était autre que son Premier ministre, Eustache.

Adreward, avec ses plaines fertiles, était historiquement transmis au prince héritier avant son intronisation.

En d’autres termes, Christophe disait officiellement que Lunaria était son prochain successeur et Kurats le prochain roi.

La puissance militaire inégalée de Kurats était certainement presque irremplaçable pour le royaume.

Mais quoi qu’il arrive, il y avait encore trop de choses qu’ils ne savaient pas sur lui. Ils ne pouvaient pas encore lui confier le destin du royaume en tant que mari de Lunaria.

« Qu’y a-t-il, Eustache ? Vous opposez-vous à cela ? »

Christophe croisa les bras, visiblement mécontent que quelque chose soit venu atténuer ce rare moment d’excitation.

Mais sa réaction n’était pas allée plus loin qu’une mauvaise humeur.

Il avait fait confiance au jugement d’Eustache.

« Les réalisations du Seigneur Gaura sont pour le moins admirables. Cependant, jusqu’à présent, tout ce qu’il a montré, c’est sa force. Pour lui confier Adreward, il doit d’abord montrer des résultats non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans le domaine politique. »

Il était impossible de laisser le royaume entre les mains d’un homme qui ne possédait que la puissance militaire.

Quand on le lui avait dit, Christophe avait eu du mal à répondre.

Après tout, les origines de Kurats étaient problématiques et ses fondements en tant que noble étaient trop faibles.

C’est pourquoi Christophe avait voulu peu à peu attirer l’attention sur sa relation avec Lunaria. Mais Eustache avait une autre idée.

« Et si on lui donnait Bashtar à la place ? »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Christophe était étonné qu’Eustache pense même à suggérer cet endroit.

« Ce serait plus une punition qu’une récompense. »

« C’est peut-être le cas, mais s’il réussit à remettre sur pied Bashtar, personne ne doutera de lui. »

Ce que disait Eustache, c’est que pour qu’un roturier devienne roi, il devait accomplir au moins cela.

{Hé, Kurats. Dis-lui que tu acceptes.}

En es-tu sûr ?

{Peu importe le type de terre dont ils parlent, entre les mains du roi magique, c’est comme si c’était le paradis.}

Dans ce genre de situation, Kurats était tout à fait disposé à faire confiance à Bernst. Parce que lui-même n’avait aucune idée de ce qu’il était censé faire.

« J’y ai réfléchi, et je crois que monsieur le premier ministre marque un point important. Je serais heureux de m’occuper de Bashtar. »

« Si c’est ce que pense le Seigneur Gaura, qu’il en soit ainsi. »

Christophe conclut cet échange par un dernier signe de tête.

Honnêtement, il avait l’impression d’avoir été joué par Eustache, mais il valait peut-être mieux laisser tomber.

« Mais qu’y a-t-il de si anormal à Bashtar ? Je n’en ai jamais entendu parler. »

Bashtar était situé au nord-ouest de Jormungand, à environ 500 km au nord du village de Gaura.

Cent ans plus tôt, le comte chargé de gouverner la région éloignée de Bashtar avait apporté une grande croissance à ses industries minières et manufacturières, lui assurant un niveau de prospérité incroyable pour une région éloignée.

Puisqu’il était et est toujours le plus grand territoire du royaume, le comte de Bashtar avait également été chargé de la gestion de toute la partie occidentale du pays, ce qui lui avait donné beaucoup d’influence.

Cependant, cela n’avait pas duré indéfiniment.

Leur industrie minière ne cessait de prendre de l’expansion, et leurs terres agricoles ne cessaient de croître, ce qui avait inévitablement fini par mettre en colère les monstres qui vivaient dans les environs.

Et, il y a 70 ans, tout cela s’était transformé en une attaque coordonnée de monstres, qu’on avait appelée plus tard l’invasion de Bashtar.

Cette attaque avait été menée par le monstre aristocrate qui régnait sur cette région, Triastella.

L’armée d’un comte qui régnait sur un endroit aussi isolé ne pouvait rien face à cette invasion, elle fut anéantie en un rien de temps. À la fin, plus de la moitié du territoire de Bashtar fut occupée par des monstres.

Ayant abandonné la moitié du territoire pour éviter de subir d’autres invasions de monstres, les habitants de Bashtar avaient commencé à vivre très près les uns des autres, dans un espace très limité.

Et maintenant, chaque jour, ils vivaient dans la peur, ne sachant pas si et quand la prochaine attaque de monstre allait arriver.

Leurs terres fertiles et leurs mines avaient été arrachées, et tout ce qui leur restait, c’était un sol infertile et des terres stériles remplies de roches à perte de vue.

Comme personne ne voulait être responsable d’un tel lieu, il était inévitablement tombé entre les mains de la famille royale, qui faisait le strict minimum pour gérer le territoire.

Monstre aristocrate ? Donc, il est comme ce gars qu’on a battu l’autre jour ? Adrian, c’est ça ?

{Je ne dirais pas que ce sont les mêmes. On peut les appeler tous les deux des monstres aristocrates, mais celui que nous avons rencontré semblait être au bas de la chaîne. Mais cela n’a pas d’importance, car le roi magique ne connaît pas d’adversaire !}

Après que la situation lui fut expliquée, Kurats répéta mot pour mot ce que Bernst lui avait dit de répondre.

« Alors, je surmonterai toutes ces difficultés et reviendrai avec de bonnes nouvelles, Votre Majesté. »

« C’est génial ! Si tu réussis à remettre Bashtar sur pied, je ferai de toi un marquis, tu as ma parole ! »

« Je suis infiniment honoré et reconnaissant, Votre Majesté. »

Les fonctionnaires du royaume de Jormungand regardaient tous Kurats comme s’ils regardaient quelque chose d’incroyable.

Même s’il venait de revenir au royaume avec des réalisations sans précédent dans l’histoire, il fut immédiatement poussé dans une situation qui ressemblait à celle d’un exilé du royaume.

Le fait que Kurats ait pu calmement accepter cette tournure des événements l’avait fait passer aux yeux des autres pour une sorte de monstre étrange.

Bien qu’Albert ricanait, heureux que Kurats obtienne ce qu’il méritait, il ne pouvait pas étouffer l’idée qu’il pourrait réellement être capable de réussir.

Après tout, repousser le quatrième escadron de l’empire Asgard tout seul n’était pas moins incroyable.

Mais Albert avait aussi réalisé autre chose en même temps.

Le fait que Christophe était prêt à laisser Kurats s’occuper du territoire Bashtar signifiait que, bien qu’il allait prendre une position hostile contre l’empire Asgard, il n’avait pas l’intention de les attaquer activement.

La présence de Kurats dans le pays pouvait avoir un effet dissuasif, mais cela ne changeait rien au fait que l’empire Asgard surpassait encore le royaume de Jormungand en termes de puissance militaire.

Cela étant, Albert avait encore une chance d’arranger les choses.

Ce n’est pas encore fini ! Un jour, je prendrai ta tête dans la rue pour que tout le monde puisse la voir !

« Votre Majesté, puis-je faire une demande ? »

« Oh, avez-vous besoin de quelque chose, princesse Frigga ? »

« Les faveurs que notre pays doit au Seigneur Kurats sont plus élevées que toutes les montagnes et plus profondes que la mer. Avec votre permission, j’aimerais le suivre jusqu’à ce que je l’aie au moins partiellement remboursé. »

À ce moment-là, on avait soudain eu l’impression que des étincelles crépitaient dans l’air autour de Lunaria et de Frigga.

« Je n’ai aucune raison de refuser… Seigneur Gaura, seriez-vous d’accord ? »

« Comme je n’ai toujours pas d’expérience en tant que vassal, j’accepte avec gratitude l’offre de Sa Majesté. »

Qu’est-ce que ça veut dire ?! On dirait qu’il faut qu’on parle après ça !

Lunaria essaya de transmettre sa plainte à travers son regard, mais Kurats l’avait complètement ignorée.

D’un autre côté, Frigga n’était pas si subtile. Elle tenait triomphalement la main de Kurats, et rapprochait ses lèvres de son cœur pour lui murmurer à l’oreille.

« Comme ça, je pourrai rester à tes côtés, maître. »

Peu importe la façon dont on regardait cette interaction, Frigga flirtait clairement et très franchement avec Kurats.

Peut-être que je l’interprète mal.

Christopher essaya de se rassurer, mais son sourire étriqué et la sueur sur son front trahissaient ses véritables pensées.

Kurats était membre de la cour royale de Jormungand, mais il y avait toujours une possibilité très réelle que Lapland essayait d’en faire le mari de la jeune sœur du roi.

De plus, Kurats et Frigga s’étaient battus sur le champ de bataille ensemble. C’était des frères d’armes.

C’est mauvais ! C’est terrible !

Deux proches camarades d’armes, laissant l’agitation de la capitale pour aller dans un endroit plus éloigné, où ils allaient partager leur lit et leur nourriture. C’était la recette d’une histoire d’amour.

Et bien sûr, s’ils devaient avoir un enfant ensemble, il serait difficile pour Kurats de refuser d’épouser Frigga.

Eustache pouvait deviner le genre d’illusions folles que le roi Christophe avait en ce moment, mais ce n’était pas le moment idéal pour lui de dire quoi que ce soit.

« Père ! J’y vais aussi ! »

« S’il vous plaît, attendez ! Bashtar n’est pas un endroit convenable pour Votre Altesse ! »

Eustache avait le sentiment que cela arriverait. Lunaria, toujours aussi énergique et dynamique, avait décidé de faire quelque chose d’imprudent.

Cependant, ils ne pouvaient pas laisser Lunaria aller dans un endroit isolé inondé de monstres. Elle était la future héritière du trône par défaut maintenant.

« Votre Majesté, dites quelque chose ! »

« Tu peux y aller, Lunaria ! »

« Quoi ?! »

Qu’est-ce que son propre père peut bien dire ?

« Elle apprendra beaucoup de la princesse Frigga. D’ailleurs, laisser la princesse de Lapland travailler dur toute seule ferait honte à notre pays ! »

« Votre Majesté, on dirait une excuse ! »

« J’ai pris ma décision ! Je n’ai pas besoin de tes conseils, Eustache, je sais ce que je fais ! »

« C’est ce que les accros du jeu disent toujours ! »

Eustache s’apprêtait à lui arracher les cheveux de la tête, mais ses tentatives désespérées pour persuader le roi n’avaient porté aucun fruit.

C’est ainsi qu’il avait été décidé que Frigga et Lunaria iraient toutes les deux à Bashtar.

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2 commentaires

  1. Merci avec la soeur ca fait un ménage à 4.

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