Almadianos Eiyuuden – Tome 2 – Chapitre 46

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Chapitre 46

« Seigneur Mathers… Ou plutôt, permets-moi de t’appeler Seigneur Almadianos. Peut-on s’attendre à des renforts du royaume de Jormungand ? »

Comme on lui avait déjà dit qui était vraiment Kurats, Siegfried décida d’ignorer Frigga et de demander plutôt des renforts, car c’était actuellement sa plus grande préoccupation.

L’aide des Kurats était certainement meilleure que celle d’une armée de 10 000 hommes.

Cependant, son intervention individuelle n’avait pas suffi à amener les petits pays voisins à changer leur vision de la guerre.

Les royaumes voisins de Macbarn et d’Elsreid étaient des alliés très importants, et ils enverraient sûrement leurs troupes s’ils décidaient que Lapland pouvait gagner, même si c’était paradoxal.

Cela dit, Siegfried souhaitait toujours que Jormungand envoie officiellement des renforts, même si cela n’était que quelques soldats, juste pour que d’autres pays puissent penser que Lapland avait ses chances.

« Je doute qu’ils en envoient. Il y a encore beaucoup de soldats à la frontière dans notre pays. L’armée veut intervenir, mais certains membres de la cour ne sont pas d’accord. »

« … À la fin, nous devrons avoir confiance qu’en nous-mêmes. »

Siegfried avait l’air très amer.

Les pertes du pays à la frontière avaient été pires que prévu. Après la réorganisation des troupes, il ne restait plus que 7000 soldats.

Même si Siegfried combinait ces troupes avec celles de Frigga, les effectifs de l’armée ne dépasseraient pas 8000 soldats. Asgard avait également subi des pertes considérables, mais leur nombre était encore trop élevé pour que Lapland puisse y faire face.

« Frère, si nous nous en tenons à la défense, notre situation ne fera qu’empirer. Nous devons montrer aux autres pays que l’on peut obtenir une victoire éclatante aussi vite que possible. »

Ce dont ils avaient le plus besoin en ce moment, c’était d’une victoire symbolique.

Si Lapland devait, par exemple, vaincre le comte Cabernard sur le champ de bataille, leurs alliés se sentiraient alors suffisamment soulagés pour envoyer des renforts.

Le problème était de savoir si Lapland pouvait remporter une telle victoire.

« Pardonnez-moi d’interrompre votre conversation. Un messager est venu avec un message urgent. C’est un des soldats en poste à Guryud. »

Après avoir frappé à la porte, un vieux majordome aux sourcils épais entra dans la pièce.

« Envoie-le ici immédiatement. Il a ma permission de venir m’informer personnellement ! »

Guidé par le chambellan du château, un jeune soldat entra dans la pièce et s’agenouilla immédiatement. Il était complètement essoufflé et utilisait ses dernières réserves d’énergie pour crier les informations qu’il avait pour le roi.

« Le comte de Berglund a trahi le pays ! Les forces principales d’Asgard ont déjà commencé à marcher vers son territoire ! »

Le territoire de Berglund se trouvait à l’ouest de la Laponie. Il était positionné à un endroit stratégique important pour le commerce du royaume, ce qui pourrait permettre aux Asgards d’attaquer la capitale par-derrière, bien qu’ils auraient besoin de faire un long détour pour cela.

Après avoir échoué à capturer Crowdagen, Cabernared avait lui-même trouvé deux options. Il pourrait soit essayer de capturer Crowdagen une fois de plus, soit prendre ce détour et se rendre directement dans la capitale.

Pour lui, le choix était évident.

Ayant été confronté à la brutalité absurde de Kurats, il voulait éviter autant que possible de se battre de manière frontale.

Et parmi les nobles qu’il avait faits prisonniers lors de sa dernière victoire, il y avait le fils aîné du comte de Berglund.

Cabernard avait tiré le meilleur parti de ce gain précieux.

Il avait utilisé le fils du comte comme otage pour les négociations, et il avait ensuite diffusé l’information que Lapland avait perdue plus de la moitié de ses forces.

Étant donné que l’information était vraie, le comte de Berglund se pencha immédiatement du côté d’Asgard.

Tout d’abord, Lapland pouvait presque être considérée comme une fédération, il n’y avait pas beaucoup d’aristocrates qui allaient jusqu’à se sacrifier pour la nation.

De même, le comte de Berglund n’avait pas un assez fort sens du devoir pour rester fidèle à la famille royale alors que sa maison pourrait être sur le point d’être détruite.

Il pensait plutôt à coopérer activement avec Asgard afin de préserver le statut de son territoire.

Sa première cible pour atteindre cet objectif avait été la forteresse de Guryud, qui se trouvait près de la ligne de front de Berglund.

Comme la garnison de Guryud n’avait aucune idée de la trahison du comte, une attaque-surprise de son armée avait suffi pour les éliminer du jour au lendemain.

Cette nuit-là, tout le matériel et les provisions de Guryud furent emportés, et la forteresse fut incendiée.

Dépassées par le nombre, les troupes de Guryud furent toutes tuées, mais en se sacrifiant, elles parvinrent à envoyer un homme.

Il s’appelait Vander. C’était un soldat qui avait rejoint la garnison il y a seulement un an.

Après qu’il eut été envoyé dehors, Vander avait chevauché sans se reposer vers la capitale, alors que la forteresse disparaissait dans les flammes derrière lui.

« Tu as bien fait de m’apporter cette information. Excellent travail. »

Se sentant soulagé par les paroles de Siegfried, Vander était tombé et s’était évanoui sur place.

« Emmenez-le chez le médecin. C’est un serviteur méritoire, alors traitez-le avec soin. »

« Comme vous voudrez, Votre Majesté. »

Le chambellan porta Vandel sur son épaule et quitta la pièce. Une fois tous les deux sortis, Siegfried s’était assis lourdement sur sa chaise et poussa un profond soupir.

« C’est un problème après l’autre. Je n’aurais jamais cru qu’ils marcheraient jusqu’à Berglund. »

L’armée d’Asgard avait dû faire un détour par les montagnes pour s’y rendre, ce qui alourdirait considérablement leur approvisionnement.

Malgré cela, ils étaient toujours prêts à aller jusqu’au bout. Cela montrait à quel point ils étaient sérieux.

Le pays le plus puissant du continent était apparemment déterminé à détruire Lapland.

Siegfried avait été optimiste, pensant qu’ils n’iraient pas jusqu’à envahir Berglund. Maintenant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir honte de la naïveté dont il avait fait preuve.

« Votre Majesté, je me demandais… »

Contrairement à Seigfried, Kurats avait un sourire calme sur son visage.

« Si Berglund disparaissait, serait-ce un problème ? »

Toute la pièce était devenue silencieuse.

Personne n’avait pu déduire ce que Kurats entendait par ses mots.

« Disparaître ? Que veux-tu dire par là ? »

« Je veux dire, disparaître littéralement, comme dans, si je le détruis au point qu’il n’en reste plus aucune trace. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? »

Siegfried avait à peine réussi à s’empêcher de demander ça.

Frigga lui avait raconté à l’avance comment Kurats avait lancé d’énormes rochers qui pesaient plusieurs tonnes.

S’il pouvait faire tomber du ciel des armes aussi massives une par une, alors peut-être qu’il pourrait vraiment effacer toute une ville entière en solo.

« Retiens-toi ! Ne fais pas ça ! Le comte de Berglund est un ennemi et doit certainement être vaincu, mais le peuple de son territoire n’est pas à blâmer. Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter tout massacre aveugle ! »

Siegfried n’avait pas d’autre choix que de le dire.

Cela n’aurait peut-être pas d’importance dans le grand dessein des choses puisque tout le pays risquait d’être détruit, mais Siegfried préférait quand même éviter de s’attirer si possible l’hostilité de son propre peuple.

Abattre la population d’un territoire entier alors qu’elle n’opposait aucune résistance ne servirait qu’à aliéner davantage les nobles de la cour royale.

« Même ainsi, si Asgard s’en prend à la ville, les gens périront quand même, n’est-ce pas ? »

Dans ce monde, le sort d’une ville occupée par un autre pays était cruel.

Ce n’était pas parce que Berglund s’était rangé du côté d’Asgard que l’armée d’Asgard ne voulait pas piller et réquisitionner les biens des habitants.

Une armée était une entité vivante qu’il fallait entretenir avec de la nourriture et des fournitures. Quand ils n’en avaient pas assez, ils les arrachaient à l’endroit où ils se trouvaient.

« C’est pourquoi le comte a pris tout ce qu’il pouvait à la forteresse avant de la brûler… »

Le comte avait fait cela pour éviter que son peuple ne soit pillé, même si ce n’était qu’un peu… Malgré cela, Lapland n’était pas en mesure d’épargner la moindre sympathie au comte de Berglund.

« … Alors, me permettrais-tu de détruire le château de Berglund ? »

« Oui, si tu détruis uniquement le château, ce serait mieux. »

Bien qu’il y aurait probablement quelques victimes civiles, il était normal de supposer que les personnes travaillant dans le château étaient des fonctionnaires du comte du Berglund.

Siegfried avait encore mal à la tête en pensant à la façon de se défendre contre l’armée d’Asgard par la suite, mais il pensait que ce serait possible si les murs extérieurs du château étaient épargnés de la destruction.

« Merci beaucoup. »

{Tu ne pourras pas utiliser un sort anti-militaire comme « Soleil Altaïque » cette fois-ci. Si tu veux détruire seulement le château, utiliser quelque chose comme « la prison de Malaga » serait plus sûr…}

{Je ne peux pas lancer des pierres à nouveau ?}

{Cet abruti… Écoute, je ne pense pas que les résultats seront aussi bons si tu continues à utiliser la même méthode. De plus, tu seras en mesure de montrer à quel point tu es extraordinaire en tant que mage de cette façon. Ça a l’air sympa, non ? COMPRIS ?}

Chaque bataille dont Bernst avait été témoin jusque-là était loin de ce qu’il pouvait considérée comme son idéal de bataille. À ce moment-là, il voulait que sa fierté de mage soit nourrie à tout prix.

{Tu tiens tellement à ce que j’utilise la magie cette fois, hein ?}

{Qu’y a-t-il de mal à ce qu’un mage utilise sa magie !? Et quel genre de faux mage ne dépend que de ses muscles !? Je dirais que c’est ce qui ne va pas ici !}

{Je n’en suis pas si sûr.}

Fier d’être un mage, Bernst ne pouvait pas tolérer de voir un mage se battre uniquement avec ses muscles.

Ainsi, bien qu’il ait reconnu la force de Kurats, il ne pouvait pas renoncer à lui faire changer ses méthodes.

D’ailleurs, tôt ou tard, Kurats allait rencontrer des adversaires qu’il ne serait pas capable de battre seulement avec ses muscles.

Malgré sa force anormale, ses muscles n’étaient pas tout-puissants. Il avait beaucoup d’ouvertures dont on pouvait profiter.

Cependant, il était certain que l’ennemi qu’ils combattaient cette fois-ci était au courant de cela.

« Eh bien, nous frapperons les premiers et éliminerons le comte de Berglund. »

◆ ◆ ◆

Tout confier à un adjoint comme Kurats ne serait pas une bonne chose pour la réputation du royaume de Lapland.

Même s’il n’avait pas de mauvaises intentions, cela deviendrait certainement une question politique après la guerre.

Comme cela pouvait être le cas, Frigga avait fini par accompagner Kurats à Berglund.

En utilisant son griffon, ils arriveraient sans doute à destination plus vite que l’armée de l’empire Asgard, et le royaume de Lapland pourrait sauver la face en disant que la valkyrie blanche comme neige avait coopéré avec Kurats.

Une autre raison pour laquelle le royaume avait dû se donner tant de mal pour que les choses se passent ainsi, c’était que la rébellion du comte de Berglund avait grandement ébranlé les alliés de la cour royale.

À tel point, en fait, que sans la présence d’un joker absurde comme Kurats, il ne serait pas étrange que d’autres aristocrates suivent le comte dans son acte de trahison à l’avenir.

De toute évidence, malgré la victoire à Crowdagen, rien n’avait changé. Lapland était encore en danger d’être détruite.

« Tu sais… Cela ne me dérange pas que tu me serres plus fort. »

« Buru... »

Contrairement à ce que Frigga déclara timidement, le griffon ne semblait pas content.

Cette réaction n’était pas surprenante. C’était probablement fastidieux pour la bête de porter un homme lourd comme Kurats.

D’autant plus que son maître était trop occupé à s’occuper de cet homme pour lui accorder une quelconque attention.

« Eh bien, ça ne me dérange pas de le faire également. »

Après l’avoir dit, Kurats avait serré la petite taille de Frigga par-derrière.

Comme le griffon volait à grande vitesse, le vent soufflait implacablement sur les deux individus, ce qui rendait la chaleur de la peau de l’autre beaucoup plus confortable.

Kurats avait l’impression que le contact avec la taille de Frigga était peut-être encore plus excitant que celui de Cornelia ou de Lunaria.

« H-Hmm, e-excuse-moi. Cela ne me dérange pas que tu me serres dans tes bras, mais quand tu me caresses comme ça, c’est un peu gênant, et ça me fait me sentir toute drôle… »

On aurait dit que Kurats avait bougé sa main sans s’en rendre compte.

« Désolé, c’était impoli de ma part. »

« N-Non, ce n’est pas grave. »

Frigga avait détourné son visage rougissant, dans un état qui lui donnait l’impression que c’était plus qu’une grosse affaire pour elle.

« Cela mis à part, les griffons sont vraiment rapides, sûrement parce qu’ils n’ont pas à affronter d’obstacles sur leur chemin vu qu’ils voyagent dans le ciel. »

« N’est-ce pas ? Et Shellac est le griffon le plus rapide qui soit ! »

Tandis que Frigga gonflait sa poitrine avec fierté, le griffon cria comme un enfant gâté qu’on louait.

Il semblait comprendre dans une certaine mesure la parole humaine.

{Hum, les sorts de vol sont les bases de la magie ! Pourquoi ne peux-tu pas les utiliser ? C’est inacceptable !}

{Facile à dire, mais ce n’est pas si facile à utiliser !}

Embarrassé, Kurats ne pouvait que trouver des excuses pour répondre aux plaintes de Bernst.

Flotter de façon stationnaire dans le ciel n’était pas difficile pour lui.

Cependant, il n’arrivait pas à garder le contrôle quand il commençait à accélérer.

Une fois, il avait volé si vite qu’il avait failli franchir le mur du son.

Peu importe sa force, il ne resterait certainement pas indemne s’il dépassait la vitesse du son.

Pourtant, même dans cette situation, il n’aurait pas à s’inquiéter pour sa vie. C’était une autre preuve de la puissance de ces muscles.

« Quand on aura le temps, on ira capturer un griffon pour toi K, k, k, ku, Kurats ! Après tout, nous avons nos méthodes pour les apprivoiser en Lapland ! »

{Qu’attends-tu ? Elle a trouvé suffisamment de courage afin de t’appeler par ton prénom. Dépêche-toi et fais la même chose.}

{Je me demande pourquoi tout le monde est si obsédé par l’envie de m’appeler par mon prénom…}

Voyant que, comme par magie, il n’y avait aucun signe de progrès dans la compréhension de Kurats des émotions qui liaient les hommes et les femmes, Bernst leva les yeux en silence vers le ciel. Rien que de penser à la façon dont il allait guider cet alter ego dans la direction qu’il voulait lui donnait déjà mal à la tête.

Inconscient de ces pensées, Kurats approcha sa bouche près de l’oreille de Frigga, et lui répondit d’une voix de baryton qui résonnait du fond de son abdomen.

« J’ai hâte d’y être, Frigga. »

Bernst avait dû admettre que le jeu de Kurats était digne d’éloges.

« Hiii ! Tu ne peux pas souffler sur mon oreille comme ça ! »

Tout en tremblant de tout son corps, Frigga avait émis une douce voix que Kurats n’avait encore jamais entendue d’elle jusqu’à présent.

Même elle avait remarqué ce qu’elle avait accidentellement laissé échapper de sa bouche.

Frigga était devenue rouge de la tête au cou et avait gardé le silence pendant un petit moment.

Incapable de supporter cette ambiance, Kurats avait immédiatement tourné son regard vers son entourage.

Là, il aperçut une haute montagne qui s’élevait à plus de 3000 mètres d’altitude et qui était couverte de neige blanche sur son sommet. On aurait dit que la montagne portait une couronne blanche.

Ainsi, bien au-dessus de ces cieux vides que peu de gens n’avaient jamais vus de près, les deux personnes se tenaient maladroitement l’une et l’autre tout en se dirigeant vers le territoire de l’ennemi.

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