100 en Chance et une Compétence en Domptage de Dragons – Tome 2 – Chapitre 42

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Chapitre 42 : Un conseil d’amie

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Chapitre 42 : Un conseil d’amie

Partie 1

***Point de vue de Seryanna***

La nouvelle que m’avait apportée la princesse Elleyzabelle était dévastatrice. Quand j’avais fermé la porte derrière moi, je me sentais comme si ma force m’avait quittée, mais en tant que chevalière, je ne pouvais pas me permettre de succomber face à ma situation. Je n’avais pas le droit de montrer une telle faiblesse...

J’avais essayé de penser d’une manière positive que peut-être quelque part il y avait encore une petite lumière d’espoir. Si maintenant je me battais dans une campagne et me trouvais prise au piège dans une forteresse encerclée d’ennemis, abandonner ou succomber au désespoir ne ferait que réduire le moral de mes troupes. Ainsi, je devais rester forte et me battre jusqu’à la toute fin parce que je ne pourrais jamais savoir quand ce rayon d’espoir apparaîtra.

Prenant une profonde inspiration et avec un regard calme, je me frayai un chemin à travers le palais royal jusqu’à ce que j’atteigne la sortie à l’arrière. De là, c’était un chemin droit vers la grande forge à côté du mur, où les meilleurs forgerons du royaume forgeaient leurs armes et armures.

Trois grands fours étaient alignés l’un à côté de l’autre, soufflant de la fumée à travers leurs hautes cheminées. Plus d’une douzaine d’enclumes étaient alignées devant eux et plusieurs dragons frappaient énergiquement des morceaux de métal chauffé tenu avec leur pince. Parmi eux, j’y avais vu mon amie, Dregarya Gorrashy.

Avec le tablier de cuir typique que portaient la plupart des forgerons, des gants de cuir épais et un gros marteau dans la main droite, elle ne cessait de frapper la lame d’une épée. Ses yeux noirs étaient concentrés sur le morceau de métal devant elle, ignorant tous et toutes le monde autour d’elle. Grâce à son talent exceptionnel de forgeronne, elle devenait comme ça chaque fois qu’elle a commencé à travailler.

Elle est toujours comme d’habitude. Pensais-je en laissant apparaître un petit sourire.

J’avais franchi la barrière insonorisée devant la forge, ce qui avait empêché tout le bruit de la forge d’attendre les oreilles sensibles de la noblesse vivant à l’intérieur du palais, et je m’étais dirigée vers elle.

Les sons forts de métal en cours de travail pouvaient être entendus venant de partout à l’intérieur de la forge. Presque aucun des forgerons ici ne m’avait prêté attention, et ceux qui l’avaient fait avaient simplement hoché la tête pour me saluer.

Une fois arrivée à l’emplacement de la dragonne, je m’étais assise sur une chaise voisine et attendis patiemment qu’elle finisse son travail. L’interrompre aurait été grossier, et la dernière fois que je l’avais fait, elle m’avait fait la morale pendant une demi-heure.

En ce qui concerne son apparence, elle était d’une taille moyenne avec des écailles blanches. La couleur indiquait son affinité avec l’élément de la lumière. Bien qu’elle n’avait pas d’ailes comme la plupart des dragons de ces couleurs d’écailles, elle avait une longue queue sans pointe. Ses cheveux argentés n’étaient pas lavés comme d’habitude et maintenus dans une queue de cheval, tandis qu’un seul brin de couleur bleu royal coulait sur sa joue droite. En tant que femme, elle était belle, et la paire d’écailles blanches en forme de losange sur ses joues accentuait cette beauté.

J’étais un peu jalouse, mais je devais encore m’éveiller, donc j’avais toujours mis ces choses de côté.

Environ une heure plus tard, Dregarya avait finalement terminé sa lame et l’avait refroidie dans un baril d’eau à proximité.

« Ouf ! Cela a pris assez de temps ! » Elle essuya la sueur de son front puis se retourna.

Nos yeux s’étaient rencontrés un moment, mais son regard tomba rapidement sur mon armure.

« Ack! Qu’as-tu fait à mon bébé ? » avait-elle crié.

« Bonjour, Dregarya. Je m’excuse, mais mon armure a fini dans cet état après une bataille contre une éveillée supérieure et une armée de dragon mort-vivant sur le chemin de la capitale, » avais-je répondu en me levant.

« Ah ! Enlève-la ! Enlève-la ! J’ai besoin de la réparer ! » déclara-t-elle. Et immédiatement après ça, elle commença à défaire les sangles de mon armure.

Sa queue était un peu trop habituée à enlever des armures, mais avant qu’elle ne puisse finir, je l’avais arrêté d’un coup sur la tête.

« Owie! Pourquoi m’as-tu frappé ? » demanda-t-elle avec les yeux larmoyants en frottant l’endroit frappé.

« Tu ne vas pas me déshabiller comme ça devant tous ces hommes, » déclarai-je en désignant les dragons rougissants derrière moi.

Au moment où elle avait commencé à défaire mes sangles, toute la forge était devenue silencieuse.

« Ah ! Que regardez-vous ! Reprenez votre travail ! » leur cria-t-elle.

« Oui, M’Dam ! » avaient-ils répondu et le bruit du travail était revenu.

« Difficile d’imaginer que tu es la cheffe ici, » j’avais secoué la tête tout en retenant mon armure pour qu’elle ne tombe pas.

« Que puis-je dire, c’est juste arrivé. » Elle haussa les épaules comme si ce n’était rien.

« Je doute que ça puisse juste être arrivé, après tout, tu es aussi connue sous le nom de Dreggor le légendaire forgeron. » J’avais souri.

« Et grâce à ce surnom stupide, tout le monde ne cesse de supposer que je suis un homme, » elle secoua la tête.

« Eh bien, où puis-je me changer dans une intimité relative ? » demandai-je.

« Utilise la pièce là-bas, » elle avait indiqué une porte à côté de la forge.

C’était la cuisine utilisée par les forgerons ici. Pour être trop paresseux pour aller déranger le cuisinier pour leur faire un repas et être trop têtu pour bouger jusqu’à ce qu’ils aient fini leur travail, le roi avait été obligé de leur construire cela afin de les empêcher de s’évanouir et de ressembler à des fantômes en train de marteler le métal.

« Un vêtement de rechange, s’il te plaît ? » lui avais-je demandé.

« Hm... » Elle se frotta le menton et regarda ensuite vers le gauche à un tas d’armures.

Quelques instants plus tard, elle était revenue avec un ensemble à ma taille.

« Utilise ceci. » Elle sourit.

Je hochai la tête et emportais l’ensemble avec moi dans la cuisine. Une fois à l’intérieur, j’avais commencé à changer d’armure. Ce n’était pas comme si je n’avais rien en dessous, mais depuis qu’Alkelios m’avait vue nue, franchement, je ne souhaitais pas qu’un autre homme me voie même par pur hasard. C’était probablement faux de ma part de ressentir tout cela en tant que chevalière, mais pour le moment, cela ne me dérangeait pas beaucoup.

Une fois que j’avais été changée, je ressemblais à n’importe quel autre garde royal dans le palais.

J’étais sortie de la cuisine avec l’armure cassée dans les mains et l’avais remise à Dregarya. Elle avait commencé à pleurer quand elle avait vérifié les fissures.

« Qu’est-ce qui t’a frappé, Seryanna ? Une montagne ? » Demanda-t-elle.

« C’est proche de ça. Mais non, juste une très puissante dragonne, » répondis-je.

« Alors, qui était-ce ? » avait-elle demandé.

« Kataryna Georg, » avais-je répondu calmement en prenant place sur la chaise que j’avais utilisée plus tôt.

« Jamais entendu parler d’elle. Est-elle forte ? A-t-elle une bonne armure ou arme ? » s’enquit-elle.

« Elle est très forte, mais je n’ai pas vu d’armes ou armure hors de l’ordinaire. Elle portait principalement des vêtements décontractés en coton ou en cuir. Pas de robes, seulement des pantalons, et de temps en temps, il m’arrive de la voir porter des protège-bras en acier, » répondis-je.

« Es-tu sérieuse !? Comment a-t-elle pu se battre sans ça ? » demanda-t-elle.

« Kataryna est une mage de glace très puissante. Elle pourrait facilement geler un champ de bataille entier ou lancer d’innombrables lances de glaces. Cependant, je soupçonne que sa spécialité pourrait être une autre forme de combat rapproché, » avais-je répondu.

« Alors, elle n’utilise la magie que contre les faibles ? ACK! Elle a craqué en plus ! » déclara-t-elle alors qu’un morceau de mon armure s’était cassé dans sa main.

« Ton armure m’a sauvé la vie, Dregarya, merci, » lui déclarai-je.

« C’est le rôle d’une armure. Si cela a été fait, alors ça a fonctionné ! » avait-elle dit.

« Au fait, est-ce que quelqu’un d’ordinaire est passé par ici ? » demandai-je.

« Ouaip ! Tu vois, monsieur soleil qui veut prendre l’armée de ton grand-père m’a rendu visite l’autre jour, » déclara-t-elle.

« Est-ce vrai ? » Je clignai des yeux, surprise.

« Oui. Il m’a ordonné de lui faire une sorte d’armure avec les matériaux qu’il avait apportés. Sais-tu ce que sont ces matériaux ? » demanda-t-elle en me regardant.

« Non. » Je secouai la tête.

« Draconitium et Dregaryum. » déclara-t-elle.

J’avais cligné des yeux, surprise. J’avais entendu parler de ces deux métaux et ils étaient considérés comme rares et de grande valeur. Tout le monde ne pouvait pas se permettre une armure ou une arme faite à partir de ces matériaux, la raison était la résistance de ceux-ci, leurs propriétés uniques ainsi que la facilité avec laquelle ils pouvaient être enchantés.

Le Draconitium était un métal rare découvert par les dragons il y a très longtemps. Il avait la propriété d’absorber rapidement la magie. Ce faisant, son endurance augmentait. La plupart des armures et armes des chevaliers royaux étaient fabriquées à partir de ce matériel. Quant au Dregaryum, c’était un autre métal rare qui avait été découvert par Dregarya. Il avait la propriété d’amortir les effets de toute attaque physique ou magique.

Grâce à l’armure spéciale qu’elle avait créée pour mon grand-père, Brekkar Draketerus, elle avait été amenée au palais et avait reçu le titre de forgeron légendaire. En conséquence, elle avait fait une armure pour le roi, le premier prince et plusieurs de leurs chevaliers dignes de confiance. Ensuite, parce que d’autres nobles et chevaliers l’avaient harcelé pour en faire, elle demanda au roi la permission d’accepter uniquement les demandes qu’elle voulait. En tant que tel, le harcèlement s’était arrêté parce que personne ne voulait aller à l’encontre de Sa Majesté.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? » demandai-je en plissant les yeux vers elle.

« Que ça va être nécessaire dans la guerre à venir, alors je ferais bien de ne pas trahir le royaume. » Elle me fit un sourire en coin.

« Je doute fortement que quelque chose comme ça puisse arriver, étant donné tes circonstances spéciales, mais de quelle guerre parle-t-il ? » demandai-je en plissant les sourcils.

« Hey ! Garde ça secret ! Je veux toujours être tranquille la semaine prochaine ! » Elle me tira la langue.

« Tu devrais faire attention à ton langage. » Souris-je.

« Bah ! Détails ! » Ria-t-elle.

« Toujours, cette nouvelle d’une guerre... Que pouvait-il vouloir dire ? Les humains n’ont pas fait de mouvement sérieux depuis leur défaite il y a 38 ans. Outre les escarmouches habituelles sur l’île Ragold et le champ de bataille au sud, il n’y a aucun signe d’une guerre, » déclarai-je en me frottant le menton.

« Je sais. Le Champ de Bataille des Cicatrices est un désordre. Toutes les plaines ont été transformées en charbon par Brekkar, et l’île Ragold est là où le prince Charmeill et la princesse Natalia se trouvent. Avec ces deux-là, les humains auront besoin d’au moins deux éveillés supérieurs. » Fit-elle remarquer en démontant habilement mon armure.

« Étrange en effet... peut-être qu’il sait quelque chose que nous ne savons pas ? » demandai-je.

« J’en doute. Ce type m’aurait dit s’il y avait un danger de quelque chose de plus gros, » dit-elle avec un sourire.

« Ce mec ? Soupir... » Je secouai la tête à la façon dont elle s’adressait à quelqu’un de son statut.

« Détails. » Elle haussa les épaules.

« Quoi qu’il en soit, combien de temps faudra-t-il pour réparer mon armure ? » Demandai-je.

« Je n’en ai aucune idée... Même les enchantements ont subi des dégâts... Honnêtement, plus je regarde cette armure, plus je ne peux m’empêcher de penser que tu as été ridiculement chanceuse d’avoir pu survivre à ces combats. » Elle laissa échapper un soupir tandis qu’une autre pièce cassait dans sa main.

En entendant le mot « chanceuse », mon cœur se serra, et je fronçai mon front.

« Q-que veux-tu dire ? » demandai-je d’une voix hésitante.

« Regarde ça. » Elle m’avait montré mon protège bras.

« Je ne vois aucun problème. » Je secouai la tête.

« Regarde. » Dregarya avait dit en plaçant le morceau de métal sur l’enclume.

En levant le marteau, elle le laissa tomber sous la gravité. Normalement, un coup comme ça n’aurait rien dû faire, j’avais reçu pire, alors je ne montrais aucun signe d’inquiétude sur mon visage, mais quand le marteau avait frappé, le protège-bras s’était brisé comme s’il était un morceau de verre.

Je me gelai.

« Mon amie, ton armure n’est rien de plus qu’un déchet en ce moment... Elle doit être reforgée et réenchantée à partir de 0. » Elle attrapa les restes et les jeta dans une pile avec d’autres armures endommagées.

« Il n’y a rien que tu puisses faire ? » Demandai-je.

« Non. Endommagé au-delà de toute réparation possible. Mais comme je l’ai dit, tu as vraiment été chanceuse... trop chanceuse... Comment as-tu survécue à ça ? » Demanda-t-elle une fois de plus en penchant la tête.

J’avais laissé échapper un soupir.

« Je suppose que mon petit-ami m’a aidée, » déclarai-je.

« Ton, quoi ? » Dregarya m’avait regardée avec des yeux étincelants.

Je pense que j’ai fait une erreur... Pensais-je, mais c’était trop tard.

La queue de la dragonne se balançait dans les airs comme à l’époque quand elle avait trouvé un moyen de combiner les avantages du Draconitium et du Dregaryum pour faire une armure puissante pour mon grand-père. Le regard dans ses yeux était celui d’un prédateur devant une proie juteuse.

En déglutissant, j’essayai de regarder autour et de trouver un moyen de m’en sortir, mais avant que je puisse agir, elle posa ses mains sur mes épaules et me fit un grand sourire.

« Je veux TOUT entendre à ce sujet ! Y compris ta première fois avec lui ! » Elle a reniflé.

« Je suis toujours... vierge, » avais-je chuchoté ce dernier mot.

« Encore mieux ! Je vais t’apprendre comment le capturer ! » Elle renifla à nouveau.

« Pourquoi es-tu dans cet état ? » Demandai-je en gémissant.

« Parce que c’est super, absolument AMUSANT ! » Rit-elle.

J’avais dégluti.

Sans pouvoir prononcer un seul mot, je fus ramenée dans la cuisine, où nous aurions un peu plus d’intimité. À tout le moins, je n’avais pas à raconter tous mes secrets devant les autres forgerons. C’était un sujet un peu sensible.

***

Partie 2

Après m’être un peu calmée, je lui avais tout dit, comment j’avais rencontré Alkelios, comment j’avais rencontré Kataryna, comment il avait guéri Brekkar, comment il m’avait embrassée, cette nuit étrange où je me sentais toute chaude puis je lui avais parlé de Draejan.

« C’est... inattendu, » déclara-t-elle en fronçant les sourcils.

Sa queue ne se balançait plus.

« S’il t’a amené les minerais, alors il a l’intention de tout prendre jusqu’à la fin, » avais-je dit.

« Vrai, mais il est aussi une personne connue pour détester les humains. Je ne pense pas qu’il prendra à la légère le fait que tu ronronnes autour d’un humain. Plus encore s’il découvre qu’il a réussi à t’embrasser, même si tu n’as rien fait... Hm, pourquoi au nom de tous les dieux ne t’a-t-il pas sauté dessus ? D’un point de vue humain, tu es magnifique ! » Dregarya laissa échapper un soupir exaspéré, et me regarda dans les yeux. « Tu ne penches pas ce côté, n’est-ce pas ? » me demanda-t-elle.

« Non ! » rétorquai-je.

« Bien... bien que si je n’étais pas dans une relation, je n’aurai pas hésité à passer la nuit avec toi, » elle cligna d’un œil.

« S’il te plaît, garde ces blagues pour toi, Dregarya, » avais-je boudé.

« Je le ferai ! » Elle me fit un sourire éclatant.

Je poussais un soupir puis baissais les yeux.

« Honnêtement, je ne sais pas quoi faire... je ne veux pas épouser Draejan, mais si le roi lui-même l’ordonne, je ne serai pas capable de faire quelque chose. Il prend clairement le rôle de général au sérieux, et tout le monde verra comme normal le fait de m’épouser parce que mon grand-père était celui ayant créé cette armée. Même le prince héritier et le Premier ministre ont accepté... » Je laissai échapper un autre soupir.

« Ne t’inquiète pas pour ces deux derniers, ils vont avec le flux politique. Je suis plus inquiète de ce Draejan va faire à ton humain... J’imagine une mauvaise fin, » elle secoua la tête.

« Que penses-tu qu’il va se passer ? » demandai-je.

« Premièrement, d’après ce que je peux comprendre, il ne semble pas trop sûr de lui-même en ce qui concerne votre relation. Le placer devant le roi comme moyen de le faire changer d’avis pour le mariage pourrait se retourner contre toi. En outre, tu n’es pas éveillée. Ainsi, tu es toujours considérée comme une enfant par beaucoup. Ensuite, nous avons Draejan, qui va essayer de planifier quelque chose pour transformer votre relation en sa faveur, » elle avait expliqué en utilisant des légumes à portée de main comme exemple.

« Comment exactement ? » demandai-je, confuse.

« Simple. Prouver qu’il n’est pas digne de toi selon les normes draconiennes. Même si maintenant il fait face à beaucoup de stress et de trucs comme ça, qui penses-tu qui va prendre son parti ? L’embarrasser devant lui et lui faire perdre sa face devant la royauté obligera sans doute Alkelios à se retirer. »

« Pourquoi ne pas simplement le tuer ? Pourquoi passer par tout cela ? » avais-je demandé.

« Pour que tu te soumettes à lui. Pour te prouver combien tu as eu tort de le choisir. En se gonflant l’ego pour se donner l’impression qu’il est au-dessus de tout le monde, » expliqua-t-elle en secouant la tête.

« Penses-tu qu’il va... réussir ? » demandai-je.

« Alkelios ? Non... il sera dévasté s’il rencontre Draejan ou tombe dans son piège, » répondit-elle.

« Puis-je faire quelque chose pour arrêter cela ? » demandai-je.

« Toi ? Non... Tu l’as dit toi-même, le roi l’a ordonné. À moins que tu ne puisses faire changer d’avis ce dragon têtu, tu devras épouser Draejan et agir comme une bonne et loyale épouse, » elle baissa les yeux et poussa un soupir.

Aucune d’entre nous n’aimait ces prévisions, mais elle avait raison à propos de quelque chose... Le roi détenait tout le pouvoir sur ma situation actuelle. À moins que je ne le fasse changer d’avis, je deviendrais la femme de Draejan même si je n’étais pas encore éveillée.

« Et pour Alkelios ? Puis-je faire quelque chose ? » demandai-je.

« Hm... » Elle ferma les yeux et y réfléchit un long moment. « Oui. » déclara-t-elle en ouvrant les yeux. « Si tu le vois tomber dans le piège de Draejan... peut-être que tu doives y réfléchir à deux fois avant de décider si Alkelios est le vrai ou non. »

« Le vrai ? » demandai-je, confuse.

« Les dragons, comme les humains, ont tendance à se cacher derrière des façades complexes de mensonges, de stress et d’idée de ce qui est bon à faire. Eh bien ! C’est aussi quelque chose que j’ai appris récemment après ma dernière querelle avec ce gars, » elle me fit un clin d’œil.

« Vous deux ? Ce... n’est pas surprenant..., » dis-je.

« Oui ! Celui qui a commencé n’était pas moi d’ailleurs. En bref, il avait beaucoup de choses en tête et le stress de son travail avait atteint le point d’ébullition. La dernière fois que je l’ai vu remuer la queue, c’était après que je l’ai traîné au lit... de force. Donc, nous en avons parlé. Une chose en entraînant une autre, je me suis rendu compte que celui à qui je parlais était juste le masque qu’il portait devant ces nobles. Sais-tu comment je l’ai attrapé ? » Elle m’avait fait un sourire espiègle.

J’avais secoué la tête.

« Je me suis déshabillée devant lui. Sans vêtements ou quoi que ce soit pour me couvrir ! J’ai tout laissé tomber et il m’a dit. “Je crois que madame Dregarya Gorrashy devrait remettre quelques vêtements, sinon elle pourrait attraper un rhume. Au cours d’une conversation de ce degré, un tel comportement pourrait être considéré comme impoli” ! » Elle gesticula et utilisa le ton habituel que l’homme utilisait en public.

J’avais simplement cligné des yeux de surprise. Faire quelque chose comme ça était audacieux, et je doutais vraiment que je puisse faire quelque chose comme ça avec Alkelios. En fait... cela impliquait déjà de connaître la personne se cachant derrière le masque.

« Que penses-tu que j’ai fait ? » Elle avait demandé.

« Je ne sais pas. » J’ai secoué la tête.

« Je me suis approchée de lui. Il a continué à cracher toutes ces bêtises. Je ne l’ai pas laissé partir et l’ai poussé sur le lit. Il a continué à parler comme ça, alors je lui ai demandé où il pensait que nous étions et en face de qui il pensait parler. Quand il s’est rendu compte que son masque ne fonctionnait pas, il a ri jusqu’à en pleurer. Le stress venait vraiment de changer sa personnalité. » Elle soupira et secoua la tête.

« Tu penses que c’est pareil pour tout le monde ? » demandai-je.

Elle acquiesça.

« Lui et moi avons vécu quelque chose de similaire... quand j’étais plus jeune, c’est toi qui m’as sorti de cette transe, tu te souviens ? Je martelais toute la journée et toute la nuit jusqu’à faire saigner ma main. Tu m’as arrêtée en me traînant sur le champ de bataille. Tu as même combattu avec moi jusqu’à ce que je ne puisse plus me défendre. Si tu n’étais pas une si bonne amie pour moi, en ce moment je serais peut-être déjà morte de surmenage, » elle poussa un soupir.

« Je n’ai fait que ce que je considérais comme normal... Mais Alkelios, je ne sais pas ce qu’est son vrai lui... ou si j’étais tombée amoureuse de ce masque ou du vrai ? » Voici mes propres sentiments que je ressentais alors que je serrai mes poings.

« Hey, détends-toi, » déclara Dregarya en posant ses mains sur les miennes. Je levai les yeux et la vit me sourire doucement. « Ne pense pas à celle que tu vois maintenant comme là vraie. Tu pourrais être un peu inexpérimentée avec les hommes, mais tu as de bons instincts. Suis-les. Ils te diront quoi faire. Quant à ce qui va arriver à partir de maintenant, il y a de fortes chances que cela fasse aussi parti de son épreuve. S’il ne peut pas surmonter cette épreuve et se tenir à tes côtés à la fin, alors... Tu pourrais aussi bien l’abandonner parce que les dragons ici le dévoreront vivant avec leur politique. »

J’avais hoché la tête et baissé les yeux. Des larmes s’étaient accumulées dans mes yeux à cause de la tourmente dans mon cœur. Les sentiments d’anxiété, de culpabilité et d’insécurité se retournaient et se tordaient en moi. Je ne pouvais pas les laisser sortir, et je ne pouvais les calmer non plus. Ils poussaient, essayant de se libérer.

Après tout, je ne pouvais pas accepter l’idée que j’étais tombée amoureuse d’un mensonge et que je doive l’abandonner comme ça.

Toute cette agitation intérieure pouvait être vue sur mon visage grimaçant alors que des larmes roulaient sur mes joues, et j’avais essayé de ne pas pleurer.

« Laisse tout sortir, Seryanna. C’est juste moi ici... je sais que c’est difficile, mais tu vas passer au travers de cela, j’en suis sûre, » déclara Dregarya en me serrant dans ses bras.

Quand elle avait fait cela, j’avais pleuré comme une enfant frappée par la douleur et la tristesse. Je m’étais accrochée à mon amie et j’avais tremblé. Mon propre masque de chevalière s’était brisé, laissant derrière lui la femme qui ne voulait pas que les choses finissent comme ça. Qui ne voulait pas être traité comme une sorte de pion politique. Qui ne voulait pas se marier avec un dragon pour qui elle ne ressentait rien...

Pour être honnête, je sentais que si je venais à épouser Draejan... à l’intérieur, je mourrais...

***

Après m’être calmée, nous avions parlé des détails de ma nouvelle armure ainsi que d’une nouvelle épée possible. Dregarya n’avait pas l’intention de faire une nouvelle armure à Draejan à moins que le roi ne lui ordonne, mais elle m’avait dit qu’elle avait prévu de parler longuement avec son amoureux à son retour de campagne. Le sujet serait le contenu d’une certaine lettre et comment remédier au problème.

Quant à moi, j’allais devoir renoncer au désir de m’en prendre à Draejan et rester calme jusqu’à ce qu’une solution soit proposée. Je traitais ici de pouvoir politique bien au-dessus de mon influence ou de celle de la troisième princesse. Cependant, il était clair que ce dragon connaissait certaines choses dont peut-être même le roi n’était pas au courant.

J’avais quitté Dregarya quand le ciel s’était assombri. Cette heure, j’étais sûre de retrouver Alkelios à l’auberge et, profitant de l’occasion, je lui tendis l’invitation de la troisième princesse. Après cela, j’avais prévu de retourner au palais et d’informer les gardes de la convocation officielle ainsi que de faire en sorte que quelqu’un me fasse savoir le moment où il arrivera. Si je ne les avais pas informés, cela finirait par causer beaucoup de problèmes.

Cependant, au moment où je quittais l’aile sud du palais et entrais dans le couloir menant à la sortie, un dragon se plaça devant moi. Il avait de fines ailes blanches sur le dos, plus petites que celles de la princesse Elleyzabelle. Une longue queue avec des pointes pliées sur la colonne vertébrale vers la pointe. Grands pieds griffus semblables à ceux d’un dragon en forme de bête. Une tête humaine avec des yeux noirs fendus et plusieurs écailles qui couraient le long de son menton. Il portait une armure de plaque typique de chevalier royal avec l’emblème de la maison ducale et Doesya à l’avant.

Comme un dragon, il n’avait pas l’air mal, et ses cheveux noirs coupés cours étaient typiques parmi ceux qui travaillaient dans l’armée, cependant, ce qui avait attiré mon attention était la couleur de ses écailles. Il en avait deux types : blanc, qui était la majorité, et d’or, qui pouvaient être vu sur le bout de sa queue, ses ailes, et une paire d’écaille sur son menton.

« Salutation, Sire Seryanna. C’est un plaisir d’enfin vous rencontrer. Mon nom est Draejan Andrakaryus Doesya. » Il fit un salut poli devant moi.

Je me figeai sans parvenir à retourner le message d’accueil. Ce dragon n’était autre que celui qui m’avait amenée dans son jeu politique, mon futur mari.

« Oh, mon dieu, je suppose qu’il est naturel d’être surpris de rencontre leur fiancé d’une telle manière. » Il sourit.

J’avais craqué en entendant le mot « fiancé ».

« Je ne sais pas à quels jeux vous jouez, mais je n’ai pas l’intention de devenir votre femme. Je ne suis même pas encore éveillée, donc notre compatibilité élémentaire est inconnue, » déclarai-je d’un ton ferme.

« Ces choses sont des détails. Pour un héritier, je pourrais toujours trouver une femme appropriée avec le bon élément. Si tu désires tellement un enfant, tu pourrais en avoir toi-même, ça ne me dérange pas... tant que cette personne est un dragon, » il plissa les yeux vers moi.

« Déclarer votre infidélité avant même de mettre une bague à mon doigt. Comme c’est décevant. » Rétorquai-je, agissant comme si je n’avais pas entendu sa dernière remarque.

« Un dragon ou une dragonne, surtout ceux de rang noble ne sont pas interdits par le roi d’avoir plusieurs amants. Quand des questions d’héritage sont en jeu, c’est une solution plutôt merveilleuse. » Il sourit.

« Je m’excuse, mais je ne crois pas en de telles choses. » Je l’avais réprimandé.

« Peu importe ce que tu crois, mais quelle est la vérité de ce monde ? En tant que tel, je n’ai pas besoin de te dire que ton avenir est déjà scellé, à moins que tu ne souhaitasses être déclaré traître. » Il sourit.

Mes doigts se resserrèrent autour de la poignée de l’épée.

« Je ne vais jamais aller contre les ordres de Sa Majesté. » Je lui fis un regard noir.

« Bien, en soi, il en est purement et simplement de la volonté de Sa Majesté qui a pris en considération le bien-être du royaume, cette décision de mariage. Avec toi à mes côtés, la petite-fille de Brekkar Draketerus, j’aurai un contrôle total sur l’armée de Brekkar, tout comme Sa Majesté le souhaite, » Il avait parlé solennellement en s’approchant de moi.

Je ne pouvais absolument pas rétorquer à ses paroles. Ce serait seulement considéré comme un acte de traîtrise envers Sa Majesté. En tant que chevalière, c’était au-delà de la honte et de l’impensable. Ainsi, tout comme mon amie le suggérait, je m’étais abstenue de le dire et m’étais abstenue de le faire.

En me voyant comme ça, Draejan sourit et passa devant moi. Avec cela, notre première réunion se terminerait, mais avant qu’il ne parte, il m’avait dit une dernière chose.

« Oh ! Et ne prends pas la peine de rendre visite à ton animal humain ce soir. Il y a un instant, je lui ai envoyé une invitation officielle au palais avec tes autres amis. Bien sûr, je vais te permettre de les amener d’abord devant la troisième princesse. Après tout, une telle rencontre ne ferait que mieux faire comprendre à cet humain la vérité sur ce monde... que les humains ne sont pas bienvenus ici, et qu’une relation quelconque avec eux ne peut être considérée que comme... honteuse. Et ceux qui vont à l’encontre de cette règle finiront par... souffrir. »

Alors que Draejan s’éloignait, je restais là debout, serrant la poignée de mon épée en jetant un regard noir au sol. Il n’y avait absolument rien que je puisse faire pour arrêter ce dragon. Son pouvoir dépassait largement le mien.

Que dois-je faire... ? Comment puis-je les protéger ? Me demandais-je en maudissant mon propre manque de pouvoir.

Si seulement j’étais éveillée. Si seulement j’étais plus forte. Si seulement... j’avais déjà épousé Alkelios.

Telles étaient les pensées qui me tourmenteraient quand je retournai dans ma chambre.

***

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