Saikyou Mahoushi no Inton Keikaku LN – Tome 4

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Chapitre 16 : Désir ardent

Partie 1

Elle avait un rêve depuis qu’elle était jeune.

Qu’un jour, le héros d’un conte de fées apparaîtrait et la prendrait pour épouse.

Les héros des contes de fées voyageaient toujours en ligne droite, inébranlable et inflexible, ne faisant que suivre avec honneur leur chemin. Leurs actions n’étaient pas toujours destinées à sauver quelqu’un, mais le résultat était qu’ils sauvaient la vie de beaucoup de gens.

L’idéal de la fille était le genre de prince tout droit sorti d’une de ces histoires fantastiques.

En y repensant maintenant, elle avait réalisé que c’était en grande partie dû à l’influence de son père. Lorsqu’elle était jeune, il lui avait toujours lu des histoires colorées avant de s’endormir, alors dans un sens, ce n’était que le résultat naturel.

C’est pourquoi la jeune fille cherchait toujours à s’affiner, à devenir une meilleure personne, de sorte que lorsque le prince arriverait un jour — il se tournerait vers elle. Elle pensait qu’un jour, un homme parfait comme son père apparaîtrait sûrement.

Le nom de cette fille était Felinella Socalent. Elle était la fille de la famille noble montante qui prenait d’assaut la nation d’Alpha.

La personnalité de son père étant ce qu’elle était, il n’avait jamais été strict sur les manières ou l’étiquette convenant à un noble, ou aux réalisations d’une femme. Mais Felinella n’en avait pas profité, prenant plutôt l’initiative d’acquérir ces qualités, probablement grâce à son idéal de jeunesse. Rien ne lui donnait plus d’énergie pour aller de l’avant que cela.

Elle pensait que lorsqu’elle rencontrerait l’homme qui incarnerait ses idéaux, elle devrait être digne de lui. En plus de sa forte volonté, elle avait une personnalité qui prenait tout ce qu’elle faisait au sérieux, ce qui avait fini par la transformer en son idéal.

Elle avait acquis de nombreuses compétences raffinées, comme la musique et la peinture. Et grâce à l’influence de son père, Felinella s’était intéressée aux voies de la magie.

Mais surtout, elle se demandait à quel point une femme serait attirante si elle devait toujours être protégée. Si elle était quelqu’un d’aussi faible que cela — son prince idéal la trouverait-il intéressante parmi les nombreuses femmes du monde ?

Avec cette pensée en tête, Felinella avait acquis une expertise en magie grâce à des efforts inlassables.

Plusieurs années avaient passé, alors que cette conviction la poussait à aller de l’avant.

À l’âge de 11 ans, les idéaux et les attentes avaient rempli son cœur, et elle avait déjà du mal à faire la différence entre les rêves et la réalité. Tout ce qu’elle avait fait jusqu’à présent n’était pas inutile, mais comme prévu, tout le monde dans la société noble était très éloigné de ses idéaux.

Les valeurs de la noblesse leur avaient toutes été inculquées depuis leur naissance, et ils étaient assez semblables. Malgré leur statut et leur richesse, elle pensait qu’aucun d’entre eux ne pourrait devenir le héros de son histoire. Ils n’étaient que des marionnettes accomplissant loyalement les souhaits de leurs parents. Et tout ce dont ils parlaient était superficiel.

Sa déception grandissante l’avait forcée à accepter la réalité : en fin de compte, les contes de fées n’étaient beaux que parce qu’ils étaient des fantasmes. La réalité était bien plus crue et sinistre.

À un moment donné, elle avait accepté cela comme une vérité, et avait fini par croire que la déception et la légère douleur dans sa poitrine étaient juste quelque chose qui venait avec le fait d’être un noble.

Aussi, lorsque Vizaist lui avait raconté une nouvelle histoire, le rêve d’enfant qu’elle avait presque abandonné avait repris vie.

Son père avait parlé d’un garçon, un an plus jeune qu’elle, qui avait rejoint son équipe. Son nom était Alus Reigin.

Chaque histoire qu’elle entendait du garçon faisait battre son cœur, au point qu’elle suppliait pour en entendre plus chaque jour. S’il n’y avait pas de nouvelles histoires, elle lui demandait d’en raconter une ancienne.

Ses réalisations et son mode de vie semblaient tout droit sortis d’un livre, malgré la dureté de la réalité, et elle éprouvait une attirance difficile à résister envers lui, bien que Vizaist ait probablement embelli les récits dans une certaine mesure.

Malgré cela, Felinella voulait en savoir plus sur Alus. Qu’est-ce qu’il aime, qu’est-ce qu’il déteste ? Qu’est-ce qui l’ennuyait, et qu’est-ce qu’il appréciait ?

Très vite, une image s’était formée dans son esprit, qu’elle avait coloré elle-même, et elle avait commencé à le tenir en haute estime dans son cœur d’enfant. En entendant comment il avait sauvé son audacieux père d’innombrables fois, ainsi que les nombreuses histoires qui ne pouvaient pas être rendues publiques, ce garçon qui n’était pas si différent d’elle en âge était devenu sa lueur d’espoir.

Mais en conséquence, Felinella n’avait jamais demandé à Vizaist autre chose que d’autres histoires sur Alus. Elle s’inquiétait aussi de savoir si elle était une femme digne de lui, comme elle était maintenant. Elle avait travaillé pour se raffiner pendant tout ce temps, mais elle avait toujours l’impression que ce n’était pas suffisant.

Lorsqu’elle avait pensé qu’il ne s’intéresserait peut-être même pas à elle, elle avait commencé à affiner encore plus ses compétences en magie et, quelques années plus tard, elle s’était inscrite au deuxième institut de magie.

Finalement, après que beaucoup de temps se soit écoulé, elle demanda à Vizaist. « Père… s’il te plaît, laisse-moi servir dans ton escouade. Je ferai n’importe quoi, même des corvées, pourvu que cela me rapproche un peu plus du sommet des magiciens… »

Sa demande avait vraiment troublé Vizaist. S’il avait été à la tête d’une escouade de reconnaissance normale, cela n’aurait pas été un problème, mais les missions dont il s’occupait à l’époque étaient principalement à l’intérieur d’Alpha.

Ce n’est pas tant que c’était dangereux, mais c’était un travail louche. Et il y avait beaucoup de missions qu’il doutait que son esprit encore jeune puisse gérer.

Cependant, à la fin, Vizaist avait cédé. Felinella l’avait subjugué par la passion. Elle avait continué à faire de son mieux pour le jour où elle rencontrerait Alus. Après tout, elle voulait lui être utile, même si c’était dans l’ombre.

Même après qu’Alus ait quitté l’équipe de Vizaist, elle et Vizaist étaient toujours là pour faire les enquêtes préliminaires pour toutes les missions qu’Alus recevait. Et Felinella avait pu maintenir ses efforts parce qu’elle pouvait toujours le sentir à ses côtés.

C’est probablement à ce moment-là que Felinella avait développé une attirance pour Alus en tant que personne, plutôt que comme un idéal dans sa tête. Même s’il n’incarnait pas les idéaux qu’elle avait eus dans son enfance, elle s’intéressait de plus en plus à lui à mesure qu’elle en apprenait davantage sur lui. Elle voulait savoir tout ce qu’il y avait à savoir sur lui.

Ce n’était probablement pas quelque chose qui serait arrivé juste parce qu’elle avait entendu des histoires de son père. Si elle ne s’était pas intéressée au garçon appelé Alus, elle aurait probablement continué à courir après le prince de ses rêves.

Chaque fois que Vizaist parlait de lui, il ajoutait toujours des détails inutiles. Il le faisait probablement inconsciemment, mais c’était son opinion sur Alus. Et c’est ainsi que l’image que Felinella se faisait d’Alus s’était étoffée.

Cet Alus était loin d’être un être humain parfait. En fait, il avait un côté horriblement fragile. C’était un magicien imparfait qui gardait pour lui sa douleur, maintenant sa position isolée au sommet par une force anormale. Elle s’imaginait même entendre le cri de son âme, quelque chose qu’il n’aurait jamais dit à voix haute.

À un moment donné, Felinella avait fini par comprendre comment le monde fonctionnait, et elle avait réalisé l’environnement déraisonnable dans lequel il se trouvait. Et lorsque Vizaist avait parlé de lui d’un ton lourd, elle avait versé plus que quelques larmes. L’histoire du magicien qui se battait seul lui rappelait les nombreuses mauvaises fins d’histoires qu’elle avait entendues. C’est pourquoi Felinella voulait vraiment être plus proche de lui.

Elle était consciente qu’il était stupide de se languir de quelqu’un qu’elle n’avait pas encore rencontré, mais c’était ses vrais sentiments. En fait, elle commençait à se dire que ses sentiments étaient plus proches de la réalité parce qu’elle ne l’avait pas encore rencontré en personne, et qu’elle ressentait toujours cela.

Elle avait vu une photo de lui une fois au milieu d’une mission. Ses sentiments étaient restés inchangés. Ils étaient vraiment réels.

Le visage d’Alus était sans expression, mais une morosité inexplicable planait sur lui, comme s’il portait l’isolement et le chagrin, faisant ce qu’il pouvait pour la nation. Pour Felinella, cela ressemblait à l’expression de quelqu’un qui ne connaissait pas de bonheur dans le monde.

Alors qu’elle voulait le libérer de ses chaînes, elle avait compris, au cours de ses missions, que la magie était la seule chose qui pouvait vaincre les Mamonos et que les magiciens étaient très précieux.

C’était juste la façon dont le monde était sale. C’était juste à quel point le monde exigeait des sacrifices.

Depuis lors, lorsque Felinella était dans une situation difficile, elle se disait qu’Alus l’était encore plus.

C’est alors que le nom d’Alus Reigin avait cessé d’être évoqué lors des missions. Même lorsqu’elle l’avait demandé à son père, tout ce qu’elle apprenait était qu’il était vivant, mais que tout le reste était inconnu.

Elle n’avait pas le sang-froid nécessaire pour chercher à le rencontrer, et elle craignait qu’il ne soit dans une situation difficile — et qu’elle ne soit pas encore digne de lui.

L’attendre n’était pas acceptable, mais l’endroit où se trouvait Alus restait inconnu.

Même dans son anxiété, elle avait poursuivi ses efforts et avait atteint le domaine des trois chiffres en tant qu’étudiante.

À la fin de la première année, elle avait été convoquée dans le bureau de la directrice. Elle avait été choisie comme représentante pour prendre la parole lors de la cérémonie d’accueil des nouveaux élèves. C’était bien sûr un honneur, et elle avait immédiatement accepté. Ce faisant, elle avait vu par hasard les profils des nouveaux élèves inscrits.

Cela devait être une coïncidence. Mais parmi les profils, elle avait vu le nom d’Alus Reigin.

Son cœur avait bondi, comme si elle avait senti le destin à l’œuvre.

Après cela, elle avait pratiqué sa salutation sans fin et l’avait affinée. Elle ne pouvait pas se permettre de se mettre dans l’embarras. Elle ferait tout ce qu’elle pourrait pour qu’il se souvienne d’elle.

Felinella avait passé plus de temps à répéter son discours de quelques minutes qu’à préparer ses examens.

Cependant…

Les projecteurs l’avaient éclairée, et elle avait porté le micro à sa bouche. Peu après le début du discours, elle avait parcouru des yeux tous les nouveaux étudiants pour le trouver.

Elle avait cherché, mais… sa voix joyeuse avait progressivement baissé de ton, et une légère déception avait jeté une ombre sur son expression.

Il n’était pas là.

Ce n’est pas comme si elle n’avait pas été capable de le trouver. Au lieu de cela, elle avait vu un siège vide et elle était convaincue que c’était le sien. Lorsqu’elle s’en était rendu compte, sa voix avait faibli pendant un instant.

Finalement, Felinella avait accompli son devoir, comme on l’attendait d’elle. Elle avait encore tout le temps du monde, se disait-elle. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle pensait que s’il était à l’Institut, il devait avoir pris sa retraite militaire. Mais elle n’en avait pas entendu parler par son père, alors elle n’était pas sûre.

Soudain, elle se souvint de quelque chose qu’il avait dit auparavant : le gouverneur général avait désormais le pouvoir de donner des ordres à Alus. Vizaist avait eu l’air étrangement enthousiaste quand il en avait parlé.

Il était rentré tard un soir, ivre mort, parlant fièrement d’Alus comme s’il parlait de lui-même. « Alus est enfin devenu un Single Digit. »

En tenant compte de cela, il était probable que son père ne savait pas qu’Alus était inscrit à l’Institut. Felinella devrait éventuellement le lui dire, mais elle pouvait attendre un peu plus longtemps… au moins jusqu’à ce qu’elle puisse rencontrer Alus.

Avec cette pensée en tête, cet instant tant désiré était venu en ce jour où elle se tenait devant le dortoir des filles.

☆☆☆

Partie 2

Le matin était arrivé.

Felinella Socalent avait ouvert les yeux. Elle s’était réveillée naturellement. Rien n’avait perturbé son sommeil, alors que la lumière du soleil agissait comme une alarme. Ses habitudes bien ancrées l’avaient automatiquement réveillée.

Elle s’était levée du lit avec un bâillement, s’étirant comme d’habitude. Ces mouvements étaient suffisants pour la réveiller complètement… en général.

Au lieu de cela, elle était assise sur le lit, comme si elle essayait d’éviter la lumière du soleil qui perçait à travers les rideaux, en abaissant un peu la tête.

 

 

Peut-être était-elle encore coincée dans un rêve… cependant, les vestiges de ses sentiments étaient trop vifs pour un rêve.

Elle se souvient de ses sentiments envahissants et de leur évolution. C’était comme si les sentiments qui avaient été cachés au fond de son cœur étaient finalement apparus à la surface. C’est peut-être pour cela que son cœur s’était mis à battre comme une alarme.

Elle avait fini par tout déballer. Cela lui avait échappé au clair de lune, la nuit de l’incident. C’était la première fois qu’elle avait dit clairement qu’elle avait des sentiments pour lui.

Deux jours s’étaient écoulés depuis, mais ce n’est que maintenant qu’elle réalisait ce qu’elle avait dit. C’était une expression de détermination dont elle n’avait pas à avoir honte, mais Felinella savait maintenant à quel point cela pouvait ébranler son cœur.

Jusqu’à présent, elle avait été confessée plusieurs fois… mais maintenant qu’elle était celle qui se confessait, elle avait appris combien on pouvait être anxieux et hésitant en le faisant. Ayant appris ce qu’elle ressentait, Felinella voulait maintenant saluer le courage des garçons qui s’étaient confessés à elle.

Elle ne pouvait pas retirer ce qu’elle avait dit. Il fallait qu’elle l’accepte. Felinella mit son angoisse de côté et, cherchant à se redynamiser, se dirigea vers les douches.

C’est alors que son permis qu’elle avait laissé sur la table avait sonné pour signaler un appel.

Felinella avait maudit son incapacité à l’ignorer, et elle se retourna. La sonnerie avait retenti plusieurs fois… elle allait confirmer l’appelant, et si c’était un ami, elle rappellerait plus tard.

« … !! M. Alus !? »

Maintenant, je l’ai fait, se dit-elle, sentant un mal de tête arriver.

Il avait déjà sonné plusieurs fois. Sachant à qui elle avait affaire, il ne serait pas étrange qu’il raccroche à tout moment, elle ne pouvait pas le faire attendre. Avec un sentiment de panique, elle poussa le permis contre son oreille. « Est-ce vous, M. Alus ? »

Sa confirmation, après avoir décroché l’appel, n’avait aucun sens, puisqu’elle avait déjà vérifié de qui il s’agissait.

« Ah, non, excusez-moi. C’est Felinella Socalent… »

Son esprit tournait en rond. Ce n’est qu’après l’avoir dit qu’elle avait réalisé à quel point cela semblait inutile. C’était un appel de licence à licence, donc il était évident qu’Alus savait que c’était elle à l’autre bout.

L’instant d’après, son visage était devenu rouge d’embarras. Dans sa confusion, son discours incohérent s’était enfoncé encore plus profondément.

« Tout d’abord, pourquoi ne pas te calmer ? » déclara la voix grave d’un jeune homme à travers la licence.

Lorsqu’elle l’avait entendu, Felinella avait senti son cœur sauter un battement. Après avoir pris une profonde inspiration, elle avait feint de garder son calme, mais sa voix était aussi embarrassée qu’elle craignait l’être.

Posant sa main sur sa poitrine pour se calmer, Felinella reprit la parole. « … O-Oh, je viens de me réveiller, alors s’il vous plaît ne faites pas attention à moi. Oui. Je vais très bien. »

Alors qu’ils continuaient à parler, son cœur avait commencé à se calmer, et ses mots étaient devenus plus fluides. La main sur sa poitrine se déplaça vers ses lèvres, comme pour cacher le sourire qui s’épanouissait sur son visage. « Oui, je comprends. Alors, je vous attendrai à la porte d’entrée. »

À partir de ce moment-là, jusqu’à ce qu’Alus raccroche, Felinella avait gardé le permis pressé contre son oreille dans une béatitude.

Après un soupir chaleureux, elle s’était précipitée vers les douches.

 

☆☆☆

Pour les étudiants assidus du Second Institut de Magie, des vacances d’été n’étaient pas nécessaires. Et pour l’instant, la paix était revenue dans l’enceinte du campus.

Bien qu’ils soient des étudiants passionnés, ils n’avaient aucun moyen de savoir ce qui s’était passé dans les coulisses, après l’attaque de l’Institut par un savant fou.

À cause de l’incident avec Godma Barhong, Alus avait fini par perdre la moitié de ses vacances d’été. Cependant, ce n’était pas seulement à cause du nettoyage après le projet de séparation des facteurs éléments, mais aussi à cause des rapports qu’il avait dû écrire sur l’implication de Loki et de Tesfia, ainsi que d’autres rapports. Cela lui avait pris deux jours entiers. Son travail n’avait pas été moins assidu que celui de n’importe quel autre étudiant.

Loki, après avoir aidé à rédiger le grand nombre de rapports, s’était complètement essoufflée. Alus lui avait dit qu’il n’était pas nécessaire qu’il l’aide, mais elle avait fermement insisté. Grâce à elle, il avait réussi à réduire le temps qu’il devait y consacrer, mais il lui restait encore une dernière chose à faire.

« Bon alors, je pense que je devrais aussi conclure ça. » Bien sûr, cela ne signifiait pas écrire plus de rapports, mais quelque chose de complètement différent.

Alus avait envoyé les rapports écrits au gouverneur général, avec une seule ligne. « Aucune réponse nécessaire. »

À présent, Loki était profondément endormie. Alus avait accidentellement fait tomber une tasse alors qu’il se versait du café et, malgré le grand fracas, Loki ne montrait aucun signe de réveil. Ses efforts durant l’incident, ainsi que l’épuisement à aider Alus, l’avaient finalement rattrapée et elle récupérait maintenant.

Comme il était midi et que Loki ne s’était toujours pas réveillée, Alus avait écrit un mot pour elle et avait quitté le laboratoire. Dans son esprit, tout ce qu’il voulait faire était de la laisser prendre un repos bien mérité.

 

+++

« Je vous attendais, M. Alus, » Felinella avait salué Alus avec un sourire rafraîchissant et séduisant.

Il l’avait appelée dans la matinée. Peut-être parce qu’ils étaient encore en vacances, elle portait des vêtements décontractés. Elle portait un gilet sur une chemise blanche éclatante et une jupe plissée. Elle était venue habillée en civile, contrairement à son uniforme, cela lui donnait une allure soignée et propre, plus adulte.

La destination d’Alus était le dortoir des filles. Un étudiant de sexe masculin ne pouvait pas entrer sans rendez-vous, alors il en avait pris une avec lui. En fait, s’il ne l’avait pas fait, pénétrer dans ce jardin imprenable aurait été une gageure.

Ce n’était pas un gros problème si l’on suivait les procédures appropriées, mais le dortoir aux allures de forteresse ressemblait au genre d’endroit où les hommes étaient strictement interdits. La paperasse pour y entrer était stricte et incroyablement détaillée, et s’appliquait à tout homme, même aux autres étudiants de l’Institut.

L’entrée avait un clavier qui nécessitait l’utilisation d’un permis, et sans les procédures appropriées en place, la seule chose qu’un homme recevrait lorsqu’il placerait son permis serait un fort bruit d’erreur, rejetant son entrée.

La vérité est qu’Alus avait déjà fait l’expérience de la sécurité stricte du dortoir. C’est pourquoi il s’était assuré d’entrer en contact avec Felinella à l’avance. Normalement, les étudiants masculins étaient rejetés à la porte, mais avec la permission du superviseur du dortoir, il n’aura aucun problème à entrer. Alus n’était pas devenu le magicien numero 1 en répétant de vieilles erreurs.

Il avait sorti son permis pour pouvoir ouvrir le portail. Pendant qu’il le faisait, Felinella avait essayé de dire quelque chose, mais Alus avait continué à avancer.

« Désolé, t’ai-je fait attendre ? » Alus leva la main et tenta d’entrer, lorsqu’un son désagréable retentit.

C’était l’alarme d’intrusion qui se déclenchait. Au même moment, des bras s’étaient refermés de part et d’autre de lui et l’un d’eux avait frappé son abdomen.

Trépignant légèrement, Alus inclina sa tête vers le bas pour regarder ses pieds. Là, il vit des entraves fermement attachées à ses chevilles, qui ne bougeaient pas d’un pouce.

Bien qu’il se soit entraîné au combat réel, c’était une attaque-surprise.

Alus avait un air renfrogné, tandis que Felinella se précipitait et s’excusait à plusieurs reprises. « Je suis vraiment désolée, M. Alus ! J’aurais dû vous le dire plus tôt — même si vous nous contactez à l’avance, la permission pour le système ne peut être accordée que de l’intérieur. Il se trouve que le gardien est en train de faire une pause en ce moment. »

« Oui, c’est bon. Ce n’est rien. J’ai aussi été négligent. » C’était l’endroit qui avait les contrôles les plus stricts de l’Institut. Mais même Alus l’avait sous-estimé.

Avec des gestes rapides, Felinella avait sorti ce qui semblait être un passe-partout, et l’avait maintenu contre le clavier de la porte. Une lumière verte s’était allumée, leur indiquant que l’entrée était autorisée. Au même moment, les entraves sur les jambes d’Alus s’étaient libérées, et les bras de la barrière s’étaient retirés comme s’ils n’avaient jamais été là.

Felinella s’était excusée une fois de plus, la tête basse.

Le système de sécurité s’étant désarmé si rapidement, Alus n’avait pas le temps d’attirer l’attention des résidents du dortoir. Il avait tout de même regardé autour de lui, juste au cas où, et avait laissé échapper un soupir avant de pénétrer dans la zone interdite.

« Désolé de t’appeler le matin. T’ai-je réveillée ? » L’appel avait été bref, mais Alus avait pu constater que Felinella avait l’air de se réveiller à peine. Bien qu’à présent, elle soit propre et bien habillée. Il se sentait un peu mal en regardant son visage.

« Pas du tout. J’avais l’intention de me réveiller de toute façon… Je suis le genre d’individu qui ne supporte pas la vie malsaine. »

Cela ressemble beaucoup à un noble, pensa Alus. Ou peut-être devrait-il la féliciter d’être une élève modèle.

Dans le dortoir, il y avait quelques étudiantes. La raison pour laquelle elles ne regardaient pas l’étudiant dans leur dortoir était que Felinella se tenait à côté de lui. Bien sûr, Alus ne pouvait pas s’empêcher de recevoir sa part de regards étranges, malgré cela.

Il avait manifestement une bonne raison de venir jusqu’au dortoir des filles. C’était parce qu’il avait besoin de rencontrer Alice tout de suite.

Alors qu’Alus se tenait devant la porte des filles, une tonalité mignonne avait retenti. Après un court instant, on entendit la voix d’une fille qui bâillait, et la porte s’ouvrit. « Baillements. Oui, qui est… est-ce !? »

La personne qui regardait à travers la porte n’était pas Alice, mais Tesfia. Le visage de Tesfia avait tressailli à la vue inattendue d’un homme devant sa porte dans le dortoir des filles.

Elle était de la noblesse comme Felinella, mais tout de même, elle avait l’air négligée après son réveil, avec ses cheveux non entretenus qui ressortaient par endroits comme un pouce endolorit. D’ailleurs, il était déjà midi passé.

Le regard grossier d’Alus s’était alors posé sur son déshabillé, qui lui arrivait aux genoux. Il n’était pas exactement transparent, mais le tissu était fin, révélant les lignes de son corps. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la vue est suggestive.

« Quoi — huh !? Pas possible ! Arrête ! Ne regarde pas ! »

Tesfia, réalisant à quel point son apparence était inappropriée, n’avait pas fait quelque chose de modeste comme se couvrir. Au lieu de cela, elle avait essayé la méthode de la force brute pour assommer Alus. Un poing frappé à pleine puissance s’était approché du visage d’Alus.

Peut-être que prendre les choses à bras le corps était quelque chose qu’un homme devait faire. S’excuser ensuite pour sa visite inopinée serait encore plus courtois.

« — !! »

Cependant, Alus ne souscrivait pas du tout à ce genre de politique. Il avait facilement attrapé son poing dans sa main. « Tais-toi, je ne suis pas là pour toi aujourd’hui, alors sors Alice », dit-il en tenant toujours sa main, l’empêchant de bouger.

Ne pouvant plus supporter la honte, Tesfia avait commencé à remuer son corps, tenant son déshabillé d’une main, tout en serrant les jambes l’une contre l’autre.

« M. Alus… »

À la douce incitation de Felinella, Alus s’était rendu compte qu’il tenait toujours sa main et il l’avait lâchée, et Tesfia avait répondu en claquant rapidement la porte.

☆☆☆

Partie 3

Bientôt, des bruits forts étaient venus de derrière la porte.

« Fia, essaie de ne rien casser. C’est contre moi qu’ils vont se mettre en colère. » Après avoir appelé de l’autre côté de la porte, Felinella poussa un soupir exaspéré. « J’espère que vous parviendrez à comprendre un peu mieux le cœur d’une femme, Monsieur Alus, » dit-elle en baissant les yeux sur ses propres vêtements.

On dirait que ça va être une lutte. Elle cacha habilement son exaspération, ne se plaignant pas vraiment de l’entêtement d’Alus, lui adressant plutôt un regard doux.

« Vraiment ? Je ferai plus attention la prochaine fois. » Alus semblait avoir reconsidéré son comportement pour une fois, et il se pinça l’arête du nez.

En lui jetant un regard en coin, Felinella avait retroussé les lèvres en pensant à quelque chose. Mais ce genre de négligé pourrait être bon. Il semblait qu’elle se préparait à le séduire.

Après 30 minutes d’attente… « Combien de temps allez-vous me faire attendre ? » dit Alus en ronchonnant, alors que la porte s’ouvrait enfin et que les deux résidentes de la pièce en sortent.

« C’est toi qui es venue ici à l’improviste, » rétorqua Tesfia. Alice et elle étaient dans leurs tenues habituelles, debout côte à côte.

Heureusement, Alus avait Felinella avec lui, et ils avaient passé le temps d’attente en parlant ensemble.

« Trois minutes, c’est plus que suffisant pour s’habiller. »

« Les filles ont beaucoup de circonstances dont elles doivent s’occuper, d’accord ! »

Felinella s’était frotté la tempe en regardant les deux individus se disputer, mais ce n’est pas comme si elle ne pouvait pas comprendre ce que Tesfia voulait dire. Après qu’Alus l’ait appelée, elle s’était dépêchée, mais avait quand même pris un certain temps pour se préparer.

« Je ne me soucie pas de ces circonstances. De toute façon, j’ai appelé Alice, pas toi. »

« Alice et moi venons ensemble. De plus, il est hors de question que je l’envoie seule après que tu te sois comporté comme un pervers auparavant. »

Cette fois-là, il s’agissait d’un malentendu, donc Alus pouvait facilement le réfuter. Mais peu importe la logique de ses explications, si cette agitation prenait de l’ampleur, les badauds se rassembleraient et les rumeurs se propageraient.

Ne pouvant rien faire d’autre, Alus avait signalé les secours du regard, laissant le superviseur du dortoir s’occuper du reste.

« Fia, c’est moi qui ai amené M. Alus ici. Et même si c’est ta propre chambre, en tant que dame, tu devrais toujours t’efforcer d’être habillée d’une manière qui ne fera pas honte à ta famille. De plus, c’est toi qui as ouvert la porte sans vérifier qui c’était. »

« M... Mais… »

« Mais quoi ? »

Alors que Felinella fronçait les sourcils, Tesfia avait tressailli et s’était tue.

Cette attitude guindée était exactement comme Alus imaginait qu’une dame noble devait se comporter. Pour l’instant, la bruyante s’était tue.

« D’accord, Alice — allons-y. »

« Hein ? Où ? » Peut-être avait-elle fait la grasse matinée comme Tesfia, mais Alice, qui regardait tranquillement, avait soudain ouvert les yeux en grand.

Même Tesfia affichait un air surpris sur le visage. En fait, Felinella semblait aussi un peu surprise d’entendre qu’ils allaient quelque part.

« Pourquoi ne pas nous dire d’abord pourquoi tu es ici ? Et pourquoi n’y a-t-il qu’Alice... Et moi ? » Tesfia s’était accrochée au bras d’Alice, la différence de taille ressemblant à celle d’un enfant qui faisait une crise de colère. Bien que ce ne soit pas tout à fait inexact…

« C’est parce que ça n’a rien à voir avec toi. En fait, on n’a pas du tout besoin de toi. Ce n’est pas quelque chose que je dois cacher, mais en parler ici ne serait pas bon. »

« Alors, veux-tu entrer… ? » suggéra nerveusement Alice.

Tesfia l’avait interrompue. « Alice, es-tu sérieuse ? »

« Eh bien, si nous ne le faisons pas, nous n’arriverons à rien, » avait dit Alice, en utilisant un raisonnement parfaitement sain.

Voyant que Tesfia hésitait encore, Felinella avait décidé d’utiliser encore plus de logique contre elle. « Fia, c’est toi qui as évoqué le fait de parler des affaires d’Alus pour être ici. Ou bien tu as quelque chose là-dedans que tu préfères ne pas montrer ? »

« Je ne… Je ne sais pas, mais… est-ce que ça peut attendre une minute — ! » Tesfia avait eu des sueurs froides, puis elle avait claqué la porte sur Alus et les autres une fois de plus.

Et de nouveau — un vacarme retentit de l’intérieur de la pièce.

« Eh bien, eh bien, » déclara Felinella avec un petit sourire en coin. Alice avait eu une expression similaire en appelant, « C’est pourquoi je t’ai dit de garder les choses propres. »

« On ne va nulle part comme ça. D’accord, » marmonna Alus, en se décidant. Il avait déjà attendu 30 minutes. Il n’allait pas attendre plus longtemps. « Nous entrons. »

« Al, attends ! »

Ignorant la tentative d’Alice, surprise, de l’arrêter, Alus avait ouvert la porte.

« Haha…, » Felinella ne pouvait que rire, un peu amèrement, en se préparant à ce qui allait suivre.

En entrant, Alus avait vu la pièce de ses propres yeux. La pièce aux murs blancs était plutôt spacieuse, même pour deux personnes. Les accessoires de filles et les couleurs ici et là ressortaient… et quand Alus avait vu une silhouette massive, il avait été décontenancé pendant un moment.

En regardant de plus près, c’était un animal en peluche géant. Il avait quelques endroits effilochés, mais était en bon état général. Soit il avait été beaucoup utilisé, soit il était simplement vieux.

Il était clair que les résidentes de la pièce avaient un côté très fille et mignon. Bien que cet animal en peluche appartenait probablement à Alice.

« Ce n’est toujours pas… Quoi ! N’entre pas ! »

« Ça ne me dérange pas. J’avais déjà supposé que tu menais une vie négligée. »

« Toi, ferme-la ! »

Alus étant entré dans la pièce, Felinella et Alice avaient haussé les épaules et étaient entrées.

Devant eux, Tesfia avait crié, en respirant lourdement. « Je ne peux pas te croire ! »

« Je suis pressé par le temps ici, et tu m’as déjà fait attendre 30 minutes, » répondit Alus de manière posée.

« Oh, Fia, » Alice avait soupiré, puis elle avait haussé les épaules.

« Laisse tomber, Fia. C’est de ta faute. »

« Toi aussi, Mme Feli ? » Tesfia avait finalement semblé se rendre, en baissant la tête. Il n’y avait aucune raison de résister davantage.

La pièce dans laquelle Alus était entré possédait l’odeur unique d’une chambre de fille. C’était une odeur douce et familière. « Donc, vous êtes la raison pour laquelle il y a une douce odeur dans mon laboratoire. »

« Argh, ne le sens pas ! N’inhale pas ! » Tesfia s’était lancée sur Alus, essayant de l’empêcher de respirer.

Alus avait facilement attrapé ses bras. « Ne sois pas ridicule. »

« C’est une bonne odeur, n’est-ce pas ? » Felinella avait aussi capté l’odeur.

Cela dit, rien de bon ne sortirait de la poursuite de ce genre d’échange stupide. Surtout avec la rousse dans les parages.

Finalement, trois étudiants s’étaient assis autour d’une table. Cependant — .

« Hé, c’est quoi ce traitement ? »

En effet, il n’y avait que trois chaises à la table. Et comme Alus avait continué à se disputer avec Tesfia, il fut le dernier à s’asseoir. Ainsi, il n’y avait plus de chaises, ce qui le laissait debout. Mais dans tous les cas ce n’était pas comme s’il était aussi furieux qu’il en avait l’air. Pourtant, compte tenu de ce qui s’était passé jusqu’à présent, il avait du mal à l’accepter.

Les autres, à part Alus, s’étaient tous assis à peu près en même temps, donc ce n’était pas comme si Tesfia était malveillante.

« Oh, très bien, Al..., » Tesfia, qui avait réussi à se calmer, commença à se lever de sa chaise. Après avoir refroidi sa tête, elle avait réalisé que le faire attendre 30 minutes avait peut-être été un peu trop. Elle avait fait semblant d’être réticente, mais en réalité, elle se sentait un peu coupable de tout cela.

Cependant, au moment où Tesfia avait commencé à se lever — .

« Venez, M. Alus, nous pouvons partager la moitié de ma chaise. » Felinella s’était glissée sur le côté de la chaise, invitant Alus à s’asseoir. Elle avait devancé Tesfia, et lui avait souri pour cacher l’embarras qu’elle ressentait. Partager une chaise, c’était un peu fort, et ils finissaient par devoir se presser l’un contre l’autre. Il était donc peut-être normal qu’une adolescente éprouve une certaine résistance à cette idée.

Dans tous les cas, Alus avait l’impression que cela ne ferait que l’épuiser. « C’est bon comme ça pour moi, alors tu peux t’asseoir là. » Alus avait refusé… ou il avait essayé, mais Felinella avait insisté sur le sujet. Et finalement, ils avaient fini par perdre encore plus de temps.

Finalement, Alus avait fait passer sa volonté, et lorsqu’il avait vérifié l’heure, il avait constaté qu’il n’avait plus aucune marge de manœuvre. « Maintenant, je vais demander à Alice de m’accompagner au quartier général de l’armée pour rencontrer le gouverneur général. J’ai déjà un rendez-vous. Je te l’ai dit, n’est-ce pas ? Le gouverneur général et moi-même te soutiendrons, » déclara Alus, faisant référence au moment où il avait découvert l’absence d’attributs d’Alice lors de son examen.

C’était une conséquence involontaire du projet de séparation des facteurs éléments, et Alus avait fait cette suggestion pour éviter qu’Alice ne devienne le sujet d’autres recherches ou enquêtes étranges.

« Ah ! » Alice laissa échapper un petit glapissement, comme si elle s’en souvenait.

« Le gouverneur général ? Pourquoi Alice rencontrerait-elle quelqu’un d’aussi important ? »

« Même si nous te le disons, tu devras garder le secret. Mais si tu veux savoir, demande-le à Alice. » Alus commençait à avoir mal à la tête. Mais comme toute fuite aurait des répercussions négatives sur Alice, Tesfia ne laisserait probablement rien filtrer.

« Puis-je aussi l’entendre ? » demanda timidement Felinella.

« Ça ne me dérange pas. » Alus pensait que Felinella travaillait déjà avec l’armée, donc elle devait comprendre la gravité de la situation. De toute façon, elle était intelligente, donc elle ne causerait certainement aucun problème.

Après qu’Alice ait brièvement expliqué la situation, Tesfia avait immédiatement pris la parole. « Dans ce cas, j’y vais aussi ! »

« Je ne serais pas aussi nerveuse si Fia venait… »

C’était un peu pénible pour Alus, mais il pensait que laisser Tesfia derrière lui serait aussi un problème. Il l’imaginait déjà le harceler de questions sans fin. « Puisque cela concerne Alice, alors tu peux venir si elle est d’accord… mais essaies de ne pas te faire remarquer. »

En voyant Tesfia serrer son poing de joie, Alus avait commencé à se sentir anxieux à propos de tout cela. « Et toi, Feli ? Si elle vient, je pourrais aussi bien toutes vous emmener. »

« J’ai entendu les détails importants, je m’abstiendrai donc de me joindre à vous. Il se trouve aussi que j’ai d’autres travaux à faire après cela. »

« Je vois. » Alors on ne peut rien y faire. Alus hocha la tête. Ils avaient fini par perdre beaucoup de temps inutilement, mais il avait une idée de ce que son « travail » pouvait impliquer.

Vu son comportement résolu, il était clair que Felinella prenait son travail au sérieux. Ils ne savaient toujours pas exactement qui était derrière Godma. Et l’escouade de Vizaist, responsable de la collecte d’informations, était probablement encore en mission pour en savoir plus.

« Bien, Feli. Une fois que c’est fait, apporte-moi un rapport. »

Du point de vue de Felinella, ce n’était pas vraiment quelque chose d’assez sérieux pour être appelé nettoyage. Elle se voyait tout au plus comme une simple assistante de Vizaist. Mais elle ne put s’empêcher de sourire en voyant Alus lui faire une demande. « Oui ! »

Hochant la tête à sa réponse, Alus vérifia l’heure. « Nous ferions mieux d’y aller. Je n’en entendrai jamais la fin si nous sommes en retard. »

« Quoi ? Déjà ? … Hein ? Je ne peux pas partir en étant habillée comme ça. »

C’est alors que Tesfia vérifia sa tenue, et demanda cela d’un ton anxieux. Elle avait déjà changé son déshabillé pour quelque chose qui ne se remarquerait pas à moins d’aller dans un endroit vraiment huppé. Il s’agissait de vêtements normaux qui ne poseraient pas de problème dans la plupart des endroits, mais elle s’inquiétait de savoir si elle pouvait les porter devant le gouverneur général.

Il n’est pas étrange que des nobles comme Tesfia se soucient de leur apparence, mais Alus portait également quelque chose de très décontracté. La tenue monotone noirâtre qu’il portait était fournie par l’armée, et elle était de très mauvais goût en termes de mode. « Non, tu devrais être bien comme ça. Si tu n’aimes pas ça, alors mets ton uniforme, » lui dit-il, et il fit la même chose à Alice. Si cela prenait encore plus de temps, le gouverneur général risquait de râler encore un peu plus.

☆☆☆

Partie 4

Alus et les deux filles avaient traversé trois endroits en utilisant le Cercle de Transport, puis ils s’étaient dirigés du district de la classe moyenne vers la limite du domaine contrôlé par les humains en Alpha.

Plus ils se rapprochaient de la ligne défensive, plus la présence militaire était importante. C’est ce qui ressortait des uniformes et des armes que les militaires portaient.

Il y avait des villes ici aussi, mais leur apparence était très différente de celles du quartier des classes moyennes.

L’une de ces villes était Folen, un lieu important d’Alpha. Elle était également désignée comme la deuxième ligne de défense. Si la première ligne de défense était brisée d’une manière ou d’une autre, le personnel de défense se repliait à Folen et attendait les ordres. Pour cette raison, il y avait un commandement militaire au centre de la ville.

Les murs autour de la ville avaient été fortifiés en cas d’attaque de Mamonos, mais tout le monde savait que ce n’était que pour la forme.

La barrière de Babel était bien plus solide, et avait tenu les Mamonos à l’écart pendant des décennies, mais cela signifiait aussi que la survie de l’humanité dépendait uniquement de l’existence de cette barrière.

Folen serait l’une des premières villes mises en danger si la barrière tombait, aussi de nombreuses voies de fuite et d’évacuation avaient-elles été construites. Mais même si quelque chose devait arriver, seule une minorité de la population pourrait s’échapper.

Beaucoup de gens ici étaient têtus et attachés à leur mode de vie. Ils étaient prêts à mourir en se battant pour leur ville.

L’attitude de la population se reflétait dans l’atmosphère de la ville. Folen était toujours animée. Non seulement la scène urbaine était vibrante et pleine de vie, mais il y avait également de nombreux magasins axés sur les magiciens, qui présentaient les technologies magiques des villes industrielles.

Même de nombreux étudiants de l’Institut venaient ici pour acheter des outils ou des matériaux. L’Institut disposait également d’un grand stock de ce type d’objets, mais on ne pouvait pas reprocher aux jeunes de vouloir personnaliser leur propre équipement.

Bien sûr, il y avait aussi des ateliers spécialisés dans les AWRs, et pratiquement tous les élèves de terminale qui voulaient avoir leur propre AWR allaient visiter Folen au moins une fois.

« Hé, j’ai dit qu’on n’avait pas le temps ! »

« Mais…, » déclara Alice.

« Je ne peux pas les quitter des yeux, » dit Tesfia.

Dans cette ville… deux personnes s’étaient montrées déraisonnables. Comme Alus était celui qui les menait, les enfants déraisonnables étaient bien sûr Alice et Tesfia. Comme c’était la première fois qu’elles venaient ici, elles s’étaient arrêtées devant toutes les vitrines pour admirer les marchandises.

Et chaque fois qu’elles le faisaient, Alus leur disait de se dépêcher, mais c’était la énième fois… à cause de cela, ils ne faisaient aucun progrès. En voyant ces deux-là, les yeux pétillants de curiosité, et leur incapacité à se détourner des précieuses marchandises, Alus ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour l’avenir.

« Pourquoi es-tu venue ici ? Je vais te laisser derrière. »

« Attends une minute ! » s’exclama Tesfia.

Alice déclara. « Ne peut-on pas y aller un peu plus doucement ? »

Quand Alus s’éloigna, lassé d’elles, les deux filles se précipitèrent à sa suite. Elles regardaient toujours autour d’elles avec le même intérêt qu’auparavant, tout en continuant leur chemin.

C’est à ce moment-là qu’Alus avait perdu face à leur persistance. Alors qu’il se résignait, il décida également d’acheter quelque chose pour remonter le moral de Loki. Elle l’avait également aidé pour les rapports, alors en tant que partenaire, il voulait la remercier d’une manière ou d’une autre.

Cela dit, leurs affaires passaient toujours en premier. « Eh bien, nous pouvons prendre un peu de temps sur le chemin du retour. »

« Vraiment !? … Merci. » Avec un léger rougissement, Alice l’avait remercié avec enthousiasme.

… Bien que l’autre ne semblait même pas entendre ce qu’il disait. Eh bien, que pouviez-vous faire...

La plupart des étudiants de l’Institut s’étaient inscrits pour étudier la magie correctement. Ils n’avaient donc pas eu beaucoup d’occasions de visiter Folen. « Il y a beaucoup de choses que vous pouvez apprendre ici, donc ce ne serait pas une perte de temps de venir pour une visite, » dit Alus.

Même si l’on ne faisait pas de shopping, c’est là que circulaient les dernières nouvelles. Ce pays avait mis au point une nouvelle technologie, ce nouveau produit était de haute qualité, et ainsi de suite. C’était une ville où l’on parlait beaucoup des dernières nouveautés.

Alus fréquentait souvent Folen lorsqu’il n’était pas en service… cela dit, c’était la première fois qu’il y conduisait d’autres personnes.

De manière exaspérante, le simple fait de descendre la rue principale demandait beaucoup d’efforts. Les deux filles réagissaient à chaque boutique devant laquelle elles passaient, faisant d’elles des cibles parfaites pour les commerçants qui tentaient d’attirer les clients.

Alus avait dû les emmener par la main, car elles semblaient prêtes à succomber à la tentation. Perdre Tesfia pour une visite au magasin ne ferait pas de mal, mais Alice devait venir avec lui.

On pouvait sélectionner plusieurs emplacements à partir d’une porte de transfert, mais lorsqu’on voyageait à Folen, on devait traverser la ville. Pour accéder à la porte de transfert, il fallait un permis délivré par Alpha, et le transfert était effectué en lisant l’emplacement de la base militaire sur le permis.

Alus avait choisi de passer par Folen pour voir les curiosités pour la première fois depuis longtemps, et il n’était pas nécessaire de dire qu’il regrettait cette décision.

Alors qu’ils approchaient enfin du Cercle de Transport, ils étaient tombés sur un mur encore plus haut que les murs extérieurs, surmonté de lances fourchues. C’était une quasi-barrière, communément appelée la seconde Babel.

La barrière de Babel était le résultat de l’union d’innombrables chercheurs. C’était une imitation de cette barrière.

Cela dit, elle ne pouvait repousser que les Mamonos les plus faibles, et sa portée était extrêmement courte. Il n’était donc pas très pratique malgré son coût élevé, ce qui rendait sa production en masse inutile.

La Tour de Babel qui avait protégé l’humanité pendant si longtemps était désormais quelque chose qu’elle ne pouvait plus reproduire. Selon certaines rumeurs, seuls les dirigeants des nations connaissaient ses secrets, mais certains prétendaient que même eux ne savaient pas tout. Il s’agissait manifestement d’une construction inconnue, mais les principales théories et les mécanismes impliqués étaient entourés de mystère.

Certains avaient même considéré Babel comme un objet de culte, mais il n’en restait pas moins que sa construction et son fonctionnement relevaient plus que probablement d’une technologie perdue.

Ayant maintenant atteint la porte de transfert, Tesfia et Alice regardèrent derrière elles avec regret. Pour les magiciens, cette ville était certainement un trésor.

Alus avait dit qu’il y avait beaucoup de connaissances à acquérir ici, mais en tant qu’étudiants, le mieux qu’ils puissent faire était de consulter les documents. À moins qu’ils ne cherchent à devenir ingénieurs, ils ne feraient probablement aucune découverte.

Mais Alus s’était dit qu’elles ne cherchaient probablement pas à apprendre quoi que ce soit. D’après ce qu’il avait entendu, les femmes étaient généralement du genre à être attirées par les pierres précieuses et à aimer faire du shopping. Et ces deux-là ne faisaient probablement pas exception à la règle. Ainsi, malgré sa considération, il s’était rendu compte une fois de plus qu’il avait pris une mauvaise décision.

Il étouffa une envie de se plaindre, et fit un signe de tête pour que les filles avancent. « Nous partons. » Il avait sorti son permis, lancé le transfert, et leur environnement avait commencé à changer.

« … ! » « … ! »

Alus était habitué à cela, mais Alice et Tesfia ne l’étaient pas. Il pouvait comprendre leur réaction lorsqu’un grand bâtiment était soudainement apparu devant eux.

Les deux filles avaient été surprises et avaient regardé en silence les changements autour d’elles, ne bougeant pas au début à cause d’un sentiment de pression.

Le bâtiment était au moins trois fois plus grand que le bâtiment principal de l’Institut. Sa forme était unique, un cube incurvé. On aurait dit que le bâtiment était penché. Cette vaste base digne d’être appelée le quartier général militaire possédait une présence similaire à une chaîne de montagnes.

Il y avait plusieurs postes de surveillance autour de l’entrée, et Alus avait de nouveau brandi son permis à ce qui semblait être un poste de contrôle. « Je vous laisse derrière moi ! »

Les deux filles étaient encore stupéfaites quand Alus avait crié cela, mais finalement elles avaient commencé à le suivre.

Malgré les regards interrogateurs qu’il avait reçus, il avait continué à marcher sans se soucier de rien. D’un autre côté, beaucoup savaient qui était Alus, et certains s’étaient même arrêtés pour le saluer.

À proprement parler, les magiciens en première ligne n’avaient pas de rang militaire. Si l’on devait leur donner un rang, leur rang du magicien remplissait cette fonction.

Les magiciens à un chiffre, qui étaient largement plus forts que les autres, étaient appelés Singles. Les rangs dans les dizaines étaient appelés Doubles.

Ceux qui étaient dans les centaines étaient des Triples, ceux qui étaient dans les milliers étaient des Quadruples, ceux qui étaient dans les dix mille étaient des Quintuples et ceux qui étaient dans les cent mille étaient des Sextuplets. Les trois derniers étaient abrégés en Quads, Quins et Sixes.

C’était toutes des désignations officielles, mais les Quins et les Sixes n’étaient pas différents des soldats de base, donc personne ne les utilisait.

Bien qu’il n’y ait pas de grades, les Singles étaient reconnus comme étant au même niveau que les généraux, les Doubles comme des officiers de campagne et les Triples comme des officiers de compagnie. Mais comme ils n’avaient pas le pouvoir de donner des ordres, personne ne faisait vraiment la différence entre les grades.

Bien sûr, une chaîne de commandement était établie pour chaque mission afin que l’unité puisse fonctionner comme une organisation, et pour cette raison, nombreux étaient ceux qui respectaient le rang d’un magicien dans l’armée.

De plus, en raison de leur position dans les compagnies, les Triples servaient également de véritables officiers de compagnie, donc s’il y avait une différence entre leurs rangs d’officiers militaires et de magiciens, il s’agissait d’une différenciation basée sur l’occasion.

En voyant Alus inspirer un tel respect, Tesfia l’avait regardé avec un intérêt renouvelé. « Tu es plutôt populaire. »

« Ce n’est pas de la popularité. Ils ne font que respecter le rang, contrairement à toi. »

En se rappelant comment elle avait agi dans le passé, Tesfia avait ressenti un picotement dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas ignorer son commentaire comme elle l’aurait fait habituellement.

Ces personnes âgées qui baissaient la tête devant lui n’étaient peut-être pas tout à fait consentantes, mais elles comprenaient tout de même la valeur de ce grade. Grâce à Alus, la charge qu’ils devaient accomplir en mission avait été allégée, ce qui avait apporté la paix à Alpha.

Bien qu’ils connaissaient son visage, très peu de gens l’avaient vu au combat. C’est pourquoi la plupart des gens ici avaient regardé avec confusion un jeune homme à l’apparence un peu frêle recevoir le respect de ses aînés.

D’ailleurs, une fois à l’intérieur du quartier général, l’atmosphère ostentatoire présentée par son extérieur s’était quelque peu estompée, bien que la taille soit toujours écrasante. À l’intérieur, les magiciens, qui constituaient l’essentiel de la force militaire d’Alpha, entraient et sortaient par rotation. Si l’on exclut ceux qui étaient en mission dans le monde extérieur, soixante-dix pour cent des magiciens de la nation étaient stationnés ici.

« Je commence à être un peu nerveuse, » dit Alice. Lorsqu’ils pénétrèrent à l’intérieur du bâtiment, le nombre de magiciens qu’ils rencontrèrent sur leur chemin était stupéfiant. Elle semblait un peu intimidée, et redressa son dos.

Avec autant de magiciens, les AWRs qu’ils portaient se distinguaient. Ils avaient tous l’air bien utilisés, ce qui dégageait une aura impressionnante et imposante.

☆☆☆

Partie 5

Après avoir fait l’expérience du monde extérieur dans le cadre de la leçon extrascolaire, Alice s’était rendu compte avec douleur que cet endroit était le plus proche du monde extérieur dans le royaume des humains.

« La plupart des magiciens ici sont après tout bien plus capables que vous. »

« B-Bien sûr qu’ils le sont !! » rétorqua Tesfia sans perdre un instant, mais même elle se montrait un peu réservée en regardant les magiciens autour d’eux. S’ils étaient en dessous d’étudiants comme eux, Alpha aurait été dévoré par des Mamonos depuis longtemps.

« Eh bien, vous êtes à des niveaux complètement différents, alors ne vous inquiétez pas trop à ce sujet. Et puisque je suis ici, il n’y a pas non plus beaucoup d’autres raisons de s’inquiéter. »

« Fais-tu ce qui te plaît, hein ? » Tesfia avait répondu avec exaspération. Elle avait une expression maussade, et c’était à peu près tout ce qu’elle pouvait faire. Mais elle ne pouvait s’empêcher de trouver étrange qu’une personne de son âge soit tenue en si haute estime par les adultes.

En tant que membre de la famille Fable, Tesfia avait déjà vu des adultes baisser la tête devant elle. Mais c’était parce que sa mère, la chef de famille, marchait derrière elle. Elle était bien consciente que ce n’était pas vraiment elle qu’ils saluaient.

Ainsi, lorsque Tesfia avait vu Alus, en tant que magicien à un chiffre, recevoir un tel respect, elle avait commencé à vouloir se donner pour objectif d’atteindre les mêmes sommets.

Mais depuis qu’elle savait comment était Alus en temps normal, elle hésitait encore à le faire.

« Tu peux considérer que c’est un avantage d’être un Single. » Avec un sourire sec, Alus avait traversé la base d’un pas familier.

Plus ils se rapprochaient du centre, moins les gens ignoraient qui était Alus. Beaucoup s’écartaient de son chemin, grâce à son titre de plus fort d’Alpha.

Il n’avait cependant pas de compagnons d’armes qui l’appelaient, et il y en avait même qui tournaient les talons et s’éloignaient lorsqu’ils l’apercevaient.

Alus s’avançait hardiment malgré cela, mais il y avait un sentiment étrange dans l’air. Il avait parcouru les couloirs de cette base d’innombrables fois, mais en ce moment, il croyait sentir une atmosphère oppressante autour de lui.

Il y a plus de magiciens ici que d’habitude. De plus…

Il pouvait voir les visages de certains magiciens comme s’ils étaient sur leurs gardes à propos de quelque chose. La tension était similaire à celle du Monde extérieur. Alus pouvait sentir des picotements sur sa peau. L’atmosphère tendue n’affectait pas tous les militaires — seulement certains d’entre eux.

S’ils étaient dans le Monde extérieur, il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter. Mais cela n’avait pas autant de sens dans un quartier général militaire. Quand il y pense, il semblerait qu’il y ait aussi plus de gardes.

C’est un spectacle étrange. Pourquoi les militaires montent-ils la garde dans leur propre quartier général ?

Alus y avait pensé pendant une seconde, mais il ne semblait pas qu’ils s’inquiétaient pour lui, alors il avait décidé de mettre la question en veilleuse pour le moment.

« Je ne peux pas dire si tu es respecté ou détesté. » Complètement inconsciente de la tension qui régnait dans l’air, Tesfia avait continué ses remarques insouciantes de tout à l’heure. Elle avait vu des gens le reconnaître, et d’autres l’éviter.

« C’est un problème dans les deux cas. » Pour être plus précis, c’était un peu différent de la haine. Les regards posés sur lui étaient probablement ceux de personnes ayant participé à des missions précédentes, qui avaient vu sa force de première main, et qui étaient soit étonnés par sa puissance écrasante, soit effrayés par elle.

Quoi qu’il en soit, personne n’avait essayé d’établir une relation amicale avec lui. Alus soupçonnait que le fait d’être directement sous le commandement du gouverneur général y était pour quelque chose.

Mais il ne se sentait pas gêné ou seul parce que les autres prenaient leurs distances avec lui. Cela avait aussi toujours été le cas sur les lignes de front. Dans ce monde, il n’y avait aucune garantie que le sourire d’hier serait encore là demain.

Un grand nombre de pierres tombales se trouvaient dans un terrain situé à l’extrémité du quartier général. Seules quelques-unes des personnes enterrées là avaient un corps intact. La plupart des tombes ne contenaient que ce qui restait, ou les effets personnels du défunt. C’était une tradition pour les gens de s’y rendre pour une visite lors de leur premier engagement dans l’armée.

Après avoir atteint le centre du rez-de-chaussée, ils avaient commencé à monter les escaliers. Une fois qu’ils avaient atteint le dernier étage, l’atmosphère était immédiatement devenue très oppressante.

Le haut commandement était réuni ici, avec le bureau du gouverneur général aux côtés de ceux d’autres membres de haut rang de l’armée. L’âge moyen des personnes ici était plus élevé, avec des magiciens de rang de général traversant la zone avec des expressions sérieuses.

La seule chose inchangée était l’attitude d’Alus. Mais au sommet, tout le monde connaissait Alus, et beaucoup de gens avaient l’air effrayés. Ils avaient tous agi de manière froide et distante, afin de ne pas s’approcher davantage.

Cependant…

« Ça fait un bail, Alus ! Je ne t’ai pas vu dans le coin ces derniers temps, alors qu’est-ce que tu fais maintenant ? »

Des humains étranges existaient partout. C’est pourquoi la vraie paix n’était pas si facile à obtenir.

La personne qui accueillait Alus était un homme d’une trentaine d’années. Il avait gravi les échelons pour devenir commandant à un jeune âge, et suivait le chemin de l’élite vers le sommet.

Il n’avait pas la carrure robuste caractéristique des soldats, mais était plutôt mince. Sans AWR à la taille, c’était la preuve que son rang de magicien était suffisamment élevé pour qu’il n’ait plus besoin de sortir dans le monde extérieur.

Malgré une certaine distance pour ce qu’on pourrait appeler une conversation amicale, sa voix voyageait bien.

Alus avait attendu qu’ils soient assez proches pour pouvoir tenir une conversation normale. « Ça fait longtemps, commandant Lindelph. »

« Oh, arrête ça. Ça me donne la chair de poule. » Lindelph ne semblait pas apprécier la façon formelle dont Alus s’adressait à lui, car il agitait sa main de haut en bas de façon exagérée.

Alus ne détestait pas particulièrement cet homme trop amical.

« Je ne suis dans cette position que grâce à toi. Je n’ai pas été reconnu par mes seuls pouvoirs, donc j’ai encore un long chemin à parcourir. »

Lindelph était l’un des magiciens qui commandaient la ligne défensive. Il s’occupait principalement des Mamonos de basse classe détectés près de la ligne, et les unités sous son commandement s’en occupaient souvent elles-mêmes. Il avait le grade de colonel. À l’origine, il était un officier d’état-major intégré à l’escouade dans laquelle se trouvait Alus.

Ses compétences en tant que magicien ne pouvaient pas être louées comme étant grandes. Sans mâcher ses mots, il était un leader sans capacité.

Après qu’Alus ait terminé le programme de formation des magiciens à un jeune âge, ils avaient passé quelques mois dans la même équipe. Il était l’un des rares compagnons d’armes qui avaient combattu aux côtés d’Alus, et qui étaient toujours en vie et en service actif.

« Ne sois pas si modeste. Tu es le plus jeune à être promu dans l’histoire, n’est-ce pas ? J’ai entendu dire qu’il y a beaucoup de voix jalouses dans l’armée. »

« Ça me touche de près… Oh ? » Voyant les deux filles en uniforme à moitié cachées derrière Alus, Lindelph sourit malicieusement. « Une beauté de chaque côté, n’es-tu pas un habile opérateur ? Tu as donc finalement toi aussi atteint cet âge. Ah, la jeunesse. »

« Si c’est à ça que tu penses que ça ressemble, tu seras probablement rétrogradé sous peu. »

La joue de Lindelph avait tressailli à la réponse cynique d’Alus. Son large sourire s’était brisé, mais il s’était contenté de faire une remarque. « Eh bien, tu verras, j’ai l’intention de faire encore plus partie intégrante de l’élite. Mais cela mis à part, en quoi cela t’intéresse-t-il de faire venir des étudiantes ? »

« Ce n’est pas quelque chose de spécial..., » Alus s’était arrêté lorsqu’il avait senti que les deux filles se cachaient derrière lui. Leurs regards semblaient lui demander de les présenter. Résistant à l’envie de l’ignorer et de passer à autre chose, Alus les avait brièvement présentées.

« Commençons par lui. Ce type franc est le commandant Lindelph, qui prévoit secrètement de recevoir une promotion posthume. Il est actuellement promu à la vitesse d’un train hors de contrôle. »

« Hé ! C’est quoi cette introduction qui sonne dangereux ! »

« Et ces deux-là sont mes camarades de classe, Tesfia Fable et Alice Tilake. Je suis venu ici parce que j’ai des affaires à régler avec le gouverneur général. »

« Tu as dit camarades de classe ? Là, je me disais que je ne t’avais pas vu depuis un moment, mais là, tu es étudiant… Vizaist peut être assez méchant, il aurait dû dire quelque chose… mais hmm, tu as dit Fable ? »

Lindelph avait eu l’air de réfléchir profondément pendant un moment. Puis il avait tapé dans ses mains. « En parlant de Fable, pourrait-elle être la fille de l’ancien général Frose ? »

Les épaules de Tesfia avaient tremblé à ses mots, avant de répondre, « O-Oui… »

« Je vois, je vois… donc vous êtes sa fille ! J’ai reçu un entraînement sévère sous les ordres de l’ancien général. Enchanté de vous rencontrer. Je m’appelle Lindelph Maeger. » Se souvenant de ses expériences amères, Lindelph tendit la main. Il était doué pour commander, mais ses compétences en magie ne s’amélioraient pas, donc son expression n’était pas vraiment infondée.

Tesfia avait pris sa main et avait échangé une poignée de main polie, mais son expression semblait également un peu amère.

« Cette jeune femme est elle aussi très belle. »

« Merci beaucoup. » Alice avait souri et lui avait serré la main.

Une fois les présentations faites, Alus avait encouragé Lindelph à poursuivre. « N’avais-tu pas autre chose à faire ? » En voyant la pile de documents qu’il tenait dans ses mains, Alus avait compris qu’il devait être en route pour quelque chose.

« Bien, alors je vais prendre congé ici. » Lindelph s’était rapidement éloigné, avant de se retourner comme s’il se souvenait de quelque chose. Il s’était écrié. « Alus, pourquoi n’irions-nous pas dîner la prochaine fois ? J’ai trouvé un endroit agréable ! »

Alus n’était pas sûr de ce qu’il entendait par « endroit agréable ». Était-ce de la bonne nourriture, ou le genre d’endroit où des femmes magnifiques les servaient ? Il s’arrêta un moment pour considérer la personnalité de Lindelph. « Ta femme te tuerait. »

Avec la distance qui les séparait, la voix d’Alus ne lui parviendrait probablement pas. Et vu le contenu, il hésitait à le crier haut et fort.

Mais Lindelph semblait avoir une bonne compréhension de la personnalité d’Alus, ne prêtant même pas attention à sa réponse, puisqu’il avait déjà commencé à s’éloigner à nouveau avant que la réponse ne soit faite.

Toujours aussi égocentrique, se dit Alus, en regardant le commandant s’éloigner. Laissant de côté Alice et Tesfia, qui affichaient des regards perplexes, Alus reporta son attention sur sa destination.

☆☆☆

Partie 6

Ils avaient atteint le dernier étage du bâtiment de sept étages.

Le bureau du gouverneur général avait une vue imprenable sur la ligne défensive. En cas d’urgence, le paysage artificiel affiché à l’intérieur de la barrière pouvait être coupé pour montrer le monde extérieur.

Cela n’était jamais arrivé, jusqu’à présent. Ou plus exactement, depuis la construction de la Tour de Babel, l’imagerie artificielle n’avait jamais dû être arrêtée.

Il y avait de la moquette rouge foncé dans le bureau, et presque pas de meubles. Cela correspondait aux préférences personnelles du gouverneur général. Cependant, ce n’était pas non plus un lieu désert, car à la place d’un intérieur luxueux se trouvait une montagne de documents.

Après avoir autorisé son entrée, Berwick avait jeté un coup d’œil à l’horloge alors qu’Alus entrait dans la pièce. « C’est inhabituel pour vous d’être en retard, même si ce n’est que de deux minutes. »

« Dis-le au commandant Lindelph. »

« Je vois. » Berwick avait souri et il avait offert à Alus un siège sur le canapé.

« Hé, entrez donc. » Les deux filles étaient restées figées dans l’encadrement de la porte. Mais leur paralysie avait été brisée par la voix d’Alus.

L’instant d’après, Alice avait vu le propriétaire de la pièce, et s’était plaqué une main sur la bouche tandis qu’un « Ah ! » de surprise s’échappait de ses lèvres.

« Ça fait un bail, Alice, » la voix du gouverneur général était joyeuse.

 

 

« Alice, tu connais le gouverneur général ? »

« Hein, cette personne est… ce soldat !? Pas possible ! »

On avait dit à Alus que Berwick était le commandant il y a des années, lorsqu’ils s’étaient déplacés pour arrêter Godma pour le projet de séparation des facteurs éléments. Quand Alice avait été sauvée de l’installation, il semblait qu’il s’était occupé d’Alice. Peut-être qu’il avait vu cela comme une expiation pour avoir laissé Godma s’échapper.

« Je vois, donc tu t’es aussi inscrite à l’Institut… Je vois, je vois. »

Seul Alus avait senti que quelque chose clochait dans le ton enjoué du gouverneur général, après l’avoir connu depuis longtemps.

Pensant à la perspicacité du vieil homme, Alus commença par s’excuser. « En ce qui concerne cet incident avec Godma, je crois honnêtement qu’il y a eu une certaine ineptie de ma part. »

« Eh bien, ne vous inquiétez pas. J’ai reçu un rapport de Vizaist. Il n’y a aucun problème. »

Alus s’attendait à cette réponse. Aucun préjudice réel n’avait été causé, et en tant que plus fort d’Alpha, on ne lui avait pas non plus demandé de prendre la responsabilité de quoi que ce soit d’insignifiant dans une autre mission.

La raison en était que Berwick était le plus souvent aux commandes de ces missions, et que les détails de celles-ci n’avaient jamais été rendus publics.

Mais cette fois-ci, bien qu’il ait dit qu’il n’y avait aucun problème, Berwick avait pris un air sérieux, bien qu’Alus soit le seul à le remarquer.

« Mais je n’aurais jamais imaginé que la jeune Alice soit ton élève. » Contrairement à ce qu’il avait dit, il semblait que Berwick avait peut-être anticipé tout cela. Peut-être qu’Alus étant forcé d’entrer à l’Institut et se retrouvant dans la même classe que ces deux excellentes élèves que sont Alice et Tesfia, tout cela était conforme à son plan. Cette méthode de Berwick qui avait deux ou trois coups d’avance était familière à Alus. C’était comme une lumière pratique qui apparaissait pour le guider dans l’obscurité.

Pendant que les deux hommes parlaient, Tesfia et Alice s’étaient assises sur le canapé, mais en tant que soldat, Alus était resté debout devant le gouverneur général. Cependant, en l’absence d’étrangers, son ton était resté moins que formel.

« Cela fait un moment que je ne t’ai pas vu, Tesfia, bien que tu ne t’en souviennes probablement pas. »

« Hein !? … Je suis désolée. »

« Oh, ne t’inquiète pas pour ça. Il s’est passé beaucoup de temps depuis. » Berwick sourit en se rappelant le bon vieux temps.

L’existence de Tesfia était la raison pour laquelle Frose, sa mère, avait choisi de prendre sa retraite en premier lieu. Lorsque Frose était active, elle était la commandante d’un bataillon, et était considérée comme l'un des commandants hors pair de son temps. Elle excellait dans l’utilisation de tactiques astucieuses pour éliminer les Mamonos.

Quand elle avait pris sa retraite, il y avait eu une grande fête, et c’est là que Berwick avait rencontré Tesfia. Cela dit, en raison du caractère animé de la fête, ils n’avaient échangé que des salutations, il n’était donc pas étonnant qu’elle ne se souvienne pas de lui.

« Au fait, Alus. Tu n’es pas venu ici juste pour une chose pareille, n’est-ce pas ? » Berwick savait mieux que quiconque qu’Alus n’était pas le genre d’individu à venir jusqu’ici juste pour s’excuser d’une gaffe.

Alus acquiesça, puis passa au sujet principal. « Lorsque des expériences humaines ont été réalisées sur Alice, il y a eu des effets secondaires inattendus. C’est-à-dire que j’ai trouvé un défaut dans ses informations de mana. »

« — !! Je vois. »

Alice s’était raidie.

Cela avait également rappelé au vieux général ses regrets passés. Avec une expression amère, il avait dit à Alus de continuer sur un ton lourd.

« En soi, cela n’entraînera aucune conséquence. On pourrait appeler ça un simple accident. »

« Non, ce n’est pas le genre de problème qui peut être balayé sous le tapis comme un accident, » déclara Berwick. « Surtout pas quand il a été provoqué par l’homme. »

Alus avait vu cela comme quelque chose qui pourrait être expliqué comme accidentel, mais Berwick l’avait vu comme quelque chose de plus sérieux.

« En conséquence, Alice a développé une affinité pour le sans attribut. »

« — !! » Les yeux de Berwick s’ouvrirent un instant et, pour se calmer, il joignit les mains, posa ses coudes sur le bureau et se cacha la bouche.

Alice avait déjà entendu cela auparavant, elle n’était donc pas très secouée. Pendant ce temps, Tesfia, qui entendait cela pour la première fois, semblait plus perplexe que choquée.

« Donc, comme toi, elle est… »

Alus avait arrêté Berwick en levant la main. Il n’avait pas encore tout dit à Alice, en fait, il ne lui avait dit qu’une partie de la vérité. « Elle est sans attribut, mais ce n’est pas la même chose que moi. »

En entendant cela, Berwick avait immédiatement réalisé qu’il avait presque négligemment laissé échapper quelque chose. Il se racla la gorge et hocha la tête.

Cependant, cette vérité avait soulevé une inquiétude. Elle montrait la possibilité de créer artificiellement des personnes ayant une affinité pour le sans attribut par le biais d’expériences humaines.

Berwick avait jeté un coup d’œil aux deux personnes sur le canapé. « Est-ce… est-ce que quelque chose comme ça est possible ? »

« J’imagine qu’il serait impossible de le faire intentionnellement. C’était probablement une coïncidence. Et ce n’est pas comme si elle avait perdu toutes ses informations de mana, comme moi. Il serait plus judicieux de supposer qu’une partie de l’attribut de lumière a été altérée. »

« Je vois. C’est donc la raison pour laquelle tu as fait tout ce chemin. »

« C’est pourquoi je pense qu’il est du devoir du gouverneur général de la protéger, afin qu’elle ne devienne pas à nouveau un sujet de recherche étrange. »

Berwick expira. « Bien sûr. Tu n’as pas besoin d’évoquer le devoir. Si quelque chose arrive, je te soutiendrai. »

« Merci beaucoup. »

« Tu n’as pas à me remercier pour quelque chose comme ça. Au contraire, j’aimerais t’offrir mon soutien. Ne t’inquiète pas, je garantirai ta sécurité. Tant que tu ne te jettes pas à l’eau, bien sûr. »

Alice, embarrassée, s’était inclinée en signe de sa profonde gratitude envers Berwick.

Pour être honnête, Alus était venu ici pour obtenir cette promesse du gouverneur général. Si le secret de l’affinité d’Alice pour le sans attribut devait se répandre, des personnes ayant un état d’esprit similaire à celui de Godma ne manqueraient pas d’apparaître.

Quoi qu’il en soit, cela devrait régler les choses pour l’instant… ou du moins c’est ce que Berwick pensait.

Tesfia et Alice semblaient se lever du canapé, quand Alus changea rapidement de sujet. « Oh, et Gouverneur Général, à propos du tournoi amical de magie… »

« Hm ? » Berwick lui lança un regard perplexe, suivi par les expressions similaires de Tesfia et Alice.

« Maintenant que tu le dis…, » dit Tesfia.

« C’est un grand événement annuel, après tout, » avait ajouté Alice.

Berwick déclara. « Et alors… Ah, c’est à cause de Vizaist, n’est-ce pas ? »

Entendant la remarque de Berwick, Alus poursuit sans l’affirmer. « Je n’ai pas l’intention de participer. »

« Je savais que tu dirais ça, mais tu n’arriveras à rien en me parlant. Tu es déjà étudiant à l’Institut, et c’est eux qui font la sélection. »

Alus avait répondu avec un sourire en coin. « Cela signifie donc que tu n’interviendras pas, si j’échoue. »

« … Je n’accepterai aucune concession. »

« — !! »

« Même si c’est un tournoi amical, cela reste un événement officiel — et un match légitime. »

Il semblait que Berwick avait réponse à tout. Cela signifiait que si Alus devait échouer à la sélection, Berwick interviendrait certainement. En fait, c’était un ordre pour Alus.

Cela dit, Berwick comprenait qu’il forçait les choses. Il soupira, et se frotta les tempes. « Je viens juste d’avoir un appel de Rusalca, me faisant savoir que leur nation a aussi beaucoup d’excellents magiciens alignés cette année. »

Rusalca était une grande nation près d’Alpha. Et ils avaient obtenu la victoire au Tournoi amical de magie l’année précédente.

Alpha avait également formé beaucoup d’excellents magiciens, mais Rusalca était particulièrement passionné par leur formation, et avait arraché la victoire des mains d’Alpha.

Malheureusement, lorsqu’on racontait les résultats d’Alpha dans le tournoi, on les trouvait plus rapidement en commençant par le bas.

Berwick voulait qu’Alus participe pour qu’Alpha puisse avoir un meilleur bilan. Si la fierté du pays était en jeu, certains sentiments s’y mêlaient également.

« Peu importe ce que Rusalca a dit, je refuse. Cela n’a rien à voir avec moi. » Alus étant étudiant cette année, il avait le droit de participer.

« Oh, ce n’est pas si mal. Si nous pouvons montrer au monde qu’Alpha forme de superbes magiciens, ce sera plus facile pour toi à l’avenir. »

« Tu crois que je suis assez naïf pour tomber dans un truc pareil ? »

« Je ne te demande pas de le faire pour rien. Je te donnerai même dix livres rares d’autres nations. Même si tu n’es pas à court d’argent, il y a des choses sur lesquelles tu ne peux pas mettre la main, n’est-ce pas ? »

« Tsk... » Bien que sachant qu’il était mené par le bout du nez, Alus ne pouvait s’empêcher d’hésiter devant une telle récompense. Il ne serait pas exagéré de dire qu’Alus possédait déjà tous les livres rares importants d’Alpha. Il avait accumulé suffisamment de connaissances. Mais son esprit de recherche n’était pas freiné.

Pendant ce temps, Tesfia et Alice regardaient fixement la scène devant elles.

☆☆☆

Partie 7

Berwick passa à l’offensive lorsqu’il vit Alus s’arrêter pour réfléchir. « De plus, je ne verrais pas d’inconvénient à parler avec Cisty de l’exemption d’une partie des crédits du trimestre prochain, si tu obtiens de bons résultats au tournoi. »

« C… C’est d’accord. » Alus avait finalement succombé à la tentation, et avait attrapé la main tendue de Berwick.

« C’est sale ! » murmura Tesfia, après avoir vu le tout se dérouler sous ses yeux.

« Il a été soudoyé, » dit Alice joyeusement.

Berwick sourit ironiquement aux deux filles. « Il y a simplement des circonstances propres aux adultes. N’est-il pas naturel pour un adulte de récompenser ceux qui s’en sortent bien ? »

« … Juste cette fois-ci, cependant, » dit Alus de manière préventive. Mais Berwick s’était dit qu’il pourrait utiliser cette méthode plusieurs fois à l’avenir.

En fin de compte, Berwick avait fini par tirer profit de la personnalité inchangée d’Alus, tandis que le ressentiment de ce dernier restait sans réponse. Fondamentalement, seul un échange équivalent, une compensation pour ses efforts, pouvait le faire bouger. Un échange équitable, c’était bien, mais une négociation unilatérale tuait son âme libre.

Alus avait vécu cela suffisamment de fois pour en avoir marre. C’est pourquoi il n’avait pas exigé quelque chose d’aussi vague que la confiance, mais plutôt une douleur égale à celle qu’il avait ressentie en voyant sa liberté réduite à néant, en guise de compensation de la part de l’autre partie.

Cela dit, il devait admettre que quelque chose d’aussi incertain que la confiance existait entre lui et Berwick, car tout ce qu’ils avaient convenu ici n’était qu’une promesse verbale. Dans un sens, cela montrait à quel point ils étaient proches.

Mais ce n’était pas encore terminé. Berwick fixait sérieusement Alus, comme pour dire qu’ils avaient encore quelque chose à discuter.

« … Désolé, Fia et Alice, mais pourriez-vous sortir un moment ? Il semble que je n’en ai pas encore reçu assez, » dit Alus.

« — !! N’es-tu pas un peu gourmand ? » demanda Tesfia, exaspérée, quand Alus lui adressa un sourire noir.

Alice s’était agrippée à la manche de sa meilleure amie pour l’apaiser. « Viens, Fia. Al avait aussi beaucoup de choses à faire… nous attendrons dehors. »

« Oui, faites ça. Je vous rejoins bientôt. »

Après avoir salué une nouvelle fois le gouverneur général, Alice avait quitté la pièce, poussant Tesfia devant elle. Mais avant de sortir, elle s’était retournée. « Al, ne cause pas trop de problèmes, d’accord ? »

« Cela dépend de ce que fait l’ennemi. »

« Oh, bon sang, » gémit Alice en lui adressant un sourire résigné et en partant.

Une fois ces deux-là sortirent de la pièce, Berwick fit mine de soupirer de manière détendue. « Désolé pour cela. Je pourrais inquiéter la jeune Alice sans raison si je le disais devant elle. Je suis sûr qu’elle a souffert plus qu’assez… »

« Est-ce quelque chose que tu dirais à quelqu’un qui cherche à devenir un magicien ? Ce n’est pas une chose que tu peux faire si tu es faible. »

« Je le sais. Mais il est difficile de se précipiter. Tout le monde a besoin de faire des pas mesurés pour avancer, surtout s’il s’agit d’un chemin épineux. »

« Quelle prévenance venant de toi ! »

« Ne dis pas ça. Tout le monde ne peut pas prendre des décisions aussi claires que toi. » Sous son expression douce, Berwick transmettait ses émotions amères.

Normalement, ce n’était pas une décision prise si facilement ni une décision qui avait tout bon. Mais Berwick avait la responsabilité de lui forcer la main. Ses émotions complexes étaient dues à la conscience qu’il en avait.

« Très bien, passe déjà au sujet principal. Qui sait ce que ces deux-là vont dire si je les fais attendre. »

« Hmph, je vois que même un Single n’a aucune chance contre les dames. » L’expression de Berwick s’était détendue pendant un moment alors qu’il se moquait d’Alus.

Jusqu’à présent, ils n’avaient fait qu’échanger des civilités… mais à partir de ce moment-là, l’attitude de Berwick était devenue celle d’un militaire strict.

Voyant cela, Alus avait éliminé tout ce qui était inutile, y compris ses émotions, son visage devenant sans expression. Même le ton de sa voix était devenu vide, se contentant d’énoncer des informations de manière factuelle. « Si tu es inquiet pour Alice, cela signifie-t-il que c’est lié à Godma ? Je doute que le renforcement de la sécurité du quartier général n’y soit pas non plus étranger. »

Alors qu’une atmosphère lourde envahit la pièce, Berwick acquiesça. « Nous n’avons pas encore totalement saisi qui était derrière cet incident, Godma lui-même étant notre seule piste. Et il faut obtenir des informations, même si la vie de la personne est en train de s’achever. »

« L’utilisation de l’attribut sombre pour les interrogatoires va à l’encontre du droit international. »

« … Il y en a qui pensent qu’il y a des exceptions à tout. »

Il était possible d’utiliser la magie noire pour contrôler l’esprit. Et une méthode d’interrogation utilisée dans le passé était une méthode de type lavage de cerveau pour extraire des informations.

Les infractions graves commises par les magiciens avaient tendance à être couvertes par l’armée ou la nation, dans les sept nations. Les crimes qui perturbaient l’ordre national étaient particulièrement dangereux, et les nations faisaient tout ce qu’il fallait pour les résoudre.

« Comme tu le sais, il a été confirmé qu’un sort tabou qui n’est même pas enregistré dans l’encyclopédie des sorts, le Grimoire, a été utilisé. Donc, cela ne s’arrêtera pas à Godma, » dit Berwick.

« Je parie que oui. Godma n’est pas un magicien, mais un chercheur, et il s’y consacre aussi. Il est normal de soupçonner quelqu’un derrière lui, si même lui était capable d’utiliser des sorts tabous. »

« C’est exact. Même si nous ne pouvions pas nous attendre à grand-chose, nous aurions quand même dû pouvoir lui soutirer une pépite d’informations. »

« Aurait dû ? » demanda Alus. « Ce qui veut dire… ? »

« Le lendemain de sa mise sous assistance respiratoire, il a été assassiné. »

« — !! » Alus plissa les yeux. Il devina immédiatement les circonstances entourant la situation, ainsi que sa gravité.

Puisqu’il était un prisonnier important, Godma aurait dû être confiné en sécurité par l’armée. Cela signifiait qu’il avait été tué dans une base militaire, ce qui semblait peu probable. Même Alus, rompu aux opérations secrètes, aurait évité de commettre un crime dans une base militaire.

Les installations militaires étaient pleines de guetteurs, et d’excellents magiciens expérimentés. Commettre un crime dans un endroit comme celui-ci, sans être détecté, était tout simplement impossible. Ce n’était rien de moins qu’une attaque suicide, mais d’après la façon dont Berwick s’exprimait, il semblait que le coupable ne s’était pas suicidé et n’avait pas été appréhendé.

Alors qu’Alus regardait Berwick, il reçut en réponse une réponse amère.

« C’est exactement ce que tu penses. Le coupable nous a complètement échappé. Il a localisé la pièce que seuls les gradés connaissaient et y est entré. Il a également mis hors service les systèmes de sécurité. Le crime a eu lieu pendant les quelques minutes qu’il a fallu pour les remettre en marche… nous n’avons pas pu confirmer son apparence, mais nous avons réussi à identifier le mana restant, et après une analyse, nous avons pu le relier à quelqu’un de l’armée. Le problème est que cette personne était, sans aucun doute, dans le Monde extérieur lorsque le crime a eu lieu, et les autres membres de l’équipe l’attestent également. C’est une situation qui laisse vraiment perplexe. »

C’était un phénomène mystérieux qui était normalement impensable. Mais Berwick avait déjà établi le profil d’un criminel. Il n’y avait aucune confusion sur son visage, et il n’avait pas l’air d’avoir abandonné, car il avait les yeux fixés sur une cible spécifique.

L’incident était complètement incroyable, et pourtant, il indiquait une seule possibilité.

« Un crime commis par ceux qui utilisent Godma dans les coulisses… en d’autres termes… » La situation avait rappelé à Alus un nom qui ne pourrait jamais être rendu public. En pensant à qui était capable de rendre possible un crime pratiquement impossible — seul ce nom lui venait à l’esprit.

Berwick savait exactement de qui Alus parlait avec ses mots vagues, et l’affirma avec, « Il n’y a probablement aucun doute là-dessus. Ils n’ont pas bougé depuis que tu as traité avec un de leurs cadres… mais il semble qu’ils soient de nouveau en mouvement. »

« C’est la conclusion la plus logique. Les sept nations ont permis à trop de corruption d’exister. » La froideur tranchante des mots d’Alus soulignait la menace que cette organisation représentait pour eux.

« Nous sommes en train d’enquêter aussi profondément que possible. De plus, nous n’avons pas pu localiser ce livre, l’un des quatre livres de Fegel dont tu as parlé. »

« Je vois. Eh bien, je n’avais aucune preuve concluante que le livre que j’ai vu était l’un d’entre eux. »

« J’ai du mal à croire que toi, plus que quiconque puisse faire une telle erreur de jugement. Même si c’était le cas, nous n’avons pas encore trouvé de livre correspondant à ta description. »

« Si c’est vraiment l’un des originaux, » dit Alus, « il n’y a aucun doute qu’ils essaieront de le récupérer. »

« En effet. »

« J’aurais peut-être dû donner la priorité à la récupération pendant le combat. »

« Peut-être, » dit Berwick. « Mais on peut difficilement t’en vouloir pour ça pendant une mission. De toute façon, c’est à peu près tout ce que j’ai pour toi maintenant. »

« Bon, les vacances sont terminées, alors je devrais prendre congé… J’espère juste qu’ils pourront rester tranquilles un peu plus longtemps, » dit Alus avec une expression de ras-le-bol, en prenant congé.

« Nous pourrions avoir à te faire bouger à nouveau, » dit fermement Berwick, dans son rôle de chef de l’armée.

Alus l’avait ignoré alors qu’il se dirigeait vers la porte, mais lorsqu’il l’avait atteinte, il s’était arrêté, dos à Berwick, et il avait dit : « Tu arrives trop tard. » Avec ça, il était sorti.

S’ils avaient avancé plus vite, peut-être que tout aurait pu être réglé dans l’obscurité.

☆☆☆

Partie 8

Sur le chemin du retour, Alus s’était arrêté à Folen comme il l’avait dit. Même s’ils prenaient leur temps, ils ne devraient pas rentrer trop tard. Et puis, c’était peut-être le meilleur moyen de se défouler.

Mais comme prévu dans une ville prospère, il faudrait plus d’une journée pour faire le tour des magasins. Alors qu’Alus pensait qu’ils devraient réduire leur choix, il s’était rendu compte que ces deux-là ne le suivaient pas.

« Fia, qu’est-ce que tu crois que c’est ? »

« Hmm… Je ne sais pas. »

Les deux femmes étaient pressées contre une vitrine, regardant les marchandises à vendre avec des visages confus. Dans la vitrine se trouvaient des pièces de monnaie gravées de formules magiques circulaires.

« Ce sont des signaux de fumée. Dans l’armée, ils sont utilisés pour demander des renforts, ou indiquer aux autres leur position. Il y en a aussi qui peuvent être utilisés comme écrans de fumée contre les Mamonos. »

« Vraiment ? » dit Alice.

« Alors cet endroit a même des choses comme ça… » Tesfia s’émerveilla.

Il s’agissait de biens de consommation bon marché, mais les articles de qualité supérieure étaient vendus à des prix plus élevés et, comparés aux articles de qualité inférieure, ils pouvaient être vendus dix fois plus cher. Mais lorsque vous achetez ces articles, il est courant d’acheter dans des magasins qui servent l’armée. Si vous étiez trop économe, vous pouviez vous retrouver avec des outils qui ne fonctionnaient pas correctement lorsque vous en aviez le plus besoin, ou même avec des outils qui explosaient avant que vous puissiez les utiliser.

Les personnes familières avec les formules magiques pouvaient juger de la qualité en regardant les gravures, mais cela dépassait les capacités d’un magicien normal.

Tesfia et Alice ne semblaient pas vouloir acheter quoi que ce soit, mais cela ne les empêchait pas de regarder les vitrines chaque fois qu’elles voyaient quelque chose qui attirait leur attention.

Alus avait rapidement réalisé qu’ils n’arriveraient jamais à rien si cela continuait. C’est pourquoi — « Je vais dans un magasin où je suis un habitué, alors retrouvons-nous à la porte de transfert dans une heure. »

« Ne me laisse pas derrière ! Je viens aussi, » dit rapidement Tesfia.

« Moi aussi ! » dit Alice.

Elles avaient immédiatement déclaré qu’elles allaient le suivre, dès qu’il l’avait dit. Alus haussa les épaules, et décida d’enfoncer le clou. « Ça ne me dérange pas, mais ça va être ennuyeux. » Il savait que c’était probablement inutile. Vu les étincelles dans leurs yeux, tout ce qu’elles voyaient devait être nouveau pour elles.

Après cela, il avait emprunté une ruelle étroite et s’était dirigé vers une boutique familière au bout de la rue.

La boutique était située dans un vieux bâtiment décrépit qui, de l’extérieur, ressemblait à une résidence normale.

Les deux filles avaient poussé des cris soudains, car elles pensaient qu’Alus était en train de s’introduire dans la maison.

Lorsqu’il avait ouvert la porte en bois, la cloche avait retenti d’un son sourd. Il s’agissait d’une ville industrielle, et le fait qu’un bâtiment comme celui-ci existe encore était assez remarquable. Selon le propriétaire lui-même, c’était parce qu’il avait du charme.

« Vieil homme, es-tu là ? »

« Cette voix est… oh, c’est juste toi. » La voix vigoureuse d’un vieil homme provenant des profondeurs du magasin avait répondu à Alus.

Du point de vue de l’âge, il ne serait pas étrange de le voir marcher avec une canne, mais cet homme n’en aura pas besoin avant longtemps. Un feu brûlait toujours dans ses yeux.

Le vieil homme avait lancé à Alus un regard déçu et une réponse grossière, mais Alus l’avait ignoré. Après tout, cela arrivait chaque fois. Pour autant qu’il le sache, le vieil homme faisait la même chose à tous ses clients. Mais il n’était pas sénile ou quoi que ce soit, il avait en fait une mémoire fantastique pour son âge.

Le nom complet de celui que le voisinage appelait « le vieux » est Budna Yorts. Il était une sorte de technicien AWR bien connu à Folen.

« Comment se portent les affaires ces derniers temps ? »

« Eh bien, cela a été très déroutant. Depuis un mois, lorsque nous avons reçu de Rusalca des AWRs de conception nouvelle, les marchandises affluent à un rythme effréné. »

« Est-ce si différent ? »

Le vieil homme était particulièrement bien informé de l’actualité de Folen. De plus, il était un forgeron AWR extrêmement compétent. Il avait travaillé dans le département de production des AWRs de l’armée dans sa jeunesse, et même après avoir quitté ce département, il avait utilisé son savoir-faire pour s’en sortir. Il était connu comme un maître artisan dans les bons cercles.

« Non, ils ne sont pas si différents des autres. Mais c’est plutôt les types d’AWRs qu’un Single ou un Double utilise qui sont produits en masse. En ce moment, un AWR de type livre de magie, comme celui utilisé par ce Single. Quel était son nom déjà ? En tout cas, il est très populaire en ce moment. Même si seule une fraction peut l’utiliser pleinement. »

Budna avait le nez fin quand il s’agissait d’affaires. Les Doubles étaient suffisamment reconnus par le public comme ça, mais les Singles étaient admirés de tous. Par conséquent, le type d’AWR qu’ils utilisaient s’était transformé en quelque chose comme des marques. Bien sûr, le matériau utilisé était différent afin de réduire le coût.

« Donc je suppose que les autres magasins sont dans un marasme ? »

« On pourrait le croire… n’est-ce pas ? » Budna avait un regard acéré sous ses longs cils.

Le flot d’AWRs en provenance de Rusalca aurait dû semer la pagaille sur le marché, mais Budna ne semblait pas s’en émouvoir. « Bien sûr, c’est un coup dur pour les artisans AWR peu impressionnants. Mais bizarrement, l’achat d’articles militaires a augmenté à peu près au même moment. En fait, à vue de nez, nous sommes plus prospères que jamais. »

« C’est bien, non ? Je doute que ça dure longtemps de toute façon. »

Tous les artisans du coin étaient fiers de leurs compétences. Ils pouvaient facilement surmonter des problèmes mineurs comme celui-ci. En fin de compte, le monde des artisans était un endroit où les compétences l’emportaient sur tout, et Alus le savait aussi.

« Ce n’est pas une mauvaise chose, bien sûr. Mais il y a des choses que l’on obtient quand on fait des affaires ici. Ce que j’entends, c’est que ce ne sont pas des soldats qui font les achats ni un courtier qui s’est installé ici. Il semble qu’ils évitent les yeux du public, passent de grosses commandes et achètent les marchandises. C’est organisé et en grand nombre. Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, mais il serait difficile de ne pas les remarquer quand ils sont aussi actifs. »

« Ne font-ils pas simplement des investissements dans un produit populaire ? » demanda Alus.

« On pourrait le croire. Mais en seulement deux semaines, assez de marchandises pour quatre mois ont été achetées ici à Folen. »

C’était en effet suspect. L’armée n’étant pas liée à l’achat, il s’agissait peut-être d’un colporteur sans base au sein de la nation. Néanmoins, il n’était pas naturel pour eux d’acheter autant. « Je vois. Je vais garder cela à l’esprit. Alors, puis-je voir ce nouvel AWR ? »

« Nan, tu n’en trouveras probablement plus dans cette ville. »

« Oh, » dit Alus, d’une voix déçue. Ayant vu ses ambitions de recherche remuées, entendre cela le décourageait.

« Eh bien, ne t’inquiète pas. L’AWR que tu utilises est mon plus grand chef-d’œuvre. Tu n’as pas besoin de le remplacer. Et même si j’essayais de le produire en masse, tu es bien le seul à pouvoir l’utiliser. »

Comme Budna l’avait dit, l’AWR d’Alus, la brume nocturne, était une œuvre commune réalisée par les deux hommes. Utilisant les technologies les plus avancées, chaque anneau avait été soigneusement fabriqué et gravé avec des formules magiques superfines.

En raison de la difficulté à la manipuler, la Brume nocturne était extrêmement pointilleuse quant au choix de son porteur. Si quelqu’un qui ne comprenait pas l’essence des Sorts Perdus essayait de l’utiliser, il aurait du mal à activer un sort.

« Hein, c’est vous qui avez fabriqué l’AWR d’Al ? » Alice, qui était en train d’examiner attentivement les marchandises du magasin, avait été surprise.

« Oui, mais c’était une collaboration. Il a gravé les formules magiques pendant que je fabriquais l’AWR. »Budna ferma les yeux et rayonna d’autosatisfaction en se remémorant le moment où il avait terminé son chef-d’œuvre.

Pendant qu’il le faisait, Tesfia avait pris l’une des marchandises à vendre.

Au moment où elle l’avait fait, les yeux de Budna s’étaient ouverts. « Hé ! Ne touchez pas à la marchandise, mademoiselle ! »

« Laissez-moi les toucher, juste un peu… vous n’avez pas besoin d’être si avare ! » Tesfia s’était plainte, mais elle s’empressa de remettre l’objet sur l’étagère.

Avec un grognement, Budna s’était retourné vers Alus. « Mais quand même, c’est rare de te voir venir ici avec d’autres personnes. »

« Il y avait des circonstances particulières. »

Sans se laisser décourager par les réprimandes de Budna, Tesfia avait continué à fouiller dans le magasin avec des yeux pétillants. Budna avait rétréci encore plus ses yeux ridés, la surveillant. Une fois qu’elle avait eu fini de fouiller, elle avait soudainement lâché un franc compliment. « Mais cet endroit a vraiment un assortiment incroyable… même un amateur comme moi peut le dire. »

« — ! Est-ce ainsi ? Hmm, je vois que vous avez un œil assez perspicace. C’est exactement ça, je suis fier de tout ici. Par exemple, celui qui est là-bas est…, » il y a un instant, il regardait Tesfia avec méfiance, mais son expression était devenue joyeuse.

Comme le vieil homme s’éternisait si vous le complimentiez, Alus ramena rapidement la discussion sur le sujet. « En fait, j’avais déjà terminé la conception de l’AWR, mais lorsque je l’ai présenté aux militaires, ils m’ont dit qu’il était impossible de fabriquer quelque chose d’aussi avancé. C’est pourquoi je l’ai apporté ici, à un forgeron dont j’avais entendu de bonnes choses. » En utilisant la brume nocturne, Alus avait réussi à remettre Budna sur la bonne voie.

« Les anneaux sont en fait fabriqués dans le même matériau que la lame, » dit Budna à Tesfia. « J’ai aussi appliqué un revêtement pour pouvoir y graver des formules magiques. »

« Vraiment ? Il y a des centaines d’anneaux, non ? »

« Oui, et ceux-là seuls m’ont pris deux ans. Je n’ai pas eu de travail aussi important depuis. Un long moment s’est écoulé depuis que j’ai accepté ce travail…, » dit Budna en commençant à verser de l’eau chaude dans une petite théière.

Sentant qu’il était sur le point de dériver à nouveau hors sujet, Alus décida d’aller droit au but. « Pour commencer, as-tu de bons matériaux de haute qualité pour les AWRs ? »

« Tout dans mon magasin a été jugé par mon propre œil. En ce moment, la seule chose que je n’ai pas sous la main est le Mithril. »

« Eh bien, il peut se passer des mois entre les découvertes de Mithril, donc on ne peut rien y faire. Qu’est-ce que tu as d’autre ? »

Le Mithril était un type de métal magique largement utilisé à des fins magiques diverses. C’était également l’un des meilleurs matériaux pour les AWRs, et en raison de sa rareté, il fallait beaucoup de chance pour en trouver.

Ce qu’Alus entendait par « autres trucs » ne faisait pas référence à d’autres matériaux de haute qualité, mais plutôt aux autres matériaux différents dont disposait Budna.

Budna l’avait tout de suite compris. Après tout, Alus était un habitué, et ils se connaissaient depuis longtemps. « Je ne peux pas dire que je n’ai rien…, » avec un sourire intrépide, il se leva et se dirigea vers l’arrière-boutique.

Il revint bientôt avec un lingot d’or dans sa main.

« Qu’est-ce que c’est ? » s’exclama Tesfia.

« Je ne sais pas, » avait répondu Budna.

Surpris par son éclat, Tesfia s’était approchée pour le voir de plus près. « De l’or ? »

« Hé ! Vous êtes de la noblesse, alors ne soyez pas si avide ! »

Balayant les paroles d’Alus, Tesfia fixa le lingot avec curiosité. « Ne sois pas si avare, c’est magnifique… alors est-ce de l’or ? »

« Non, ça ne l’est pas. Pour être honnête, je ne sais pas vraiment de quel type de matériau il s’agit. Il a une bonne conductivité pour le mana, donc je suis sûr qu’il fera un bon AWR, mais comme sa composition ne peut pas être analysée, je ne peux pas l’utiliser comme matériau dans mes produits. »

« On ne peut pas l’analyser ? » Tesfia déclara. « C’est intéressant. »

☆☆☆

Partie 9

Normalement, cela signifie qu’il ne peut pas être analysé à l’aide de la technologie actuelle, ou qu’il ne peut pas être soumis à l’analyse en raison de circonstances particulières.

Il peut s’agir, par exemple, d’un produit issu du marché noir qui ne peut être fabriqué par des moyens normaux et qui est donc illégal. Il pourrait même s’agir d’un matériel qui entraînerait une sanction s’il était identifié et en possession d’une personne.

D’après la déclaration de Budna, il semblerait que ce soit le premier cas, quelque chose qu’un artisan moyen ne pourrait pas analyser. Mais le propriétaire de la boutique avait également l’impression que la substance n’avait pas été acquise par des moyens normaux, ce qui en faisait un matériau très douteux. « Je pensais te le montrer la prochaine fois que tu te monteras ici. Alors, tu la reconnais ? »

Alus avait manipulé le lingot d’or et l’avait examiné attentivement. Il ne semblait pas être un minéral normal, mais il ne pouvait pas vraiment le dire. « Vieil homme, combien en veux-tu ? »

« Je ne me bats pas pour l’argent. Alors prend juste le prix moyen d’un matériau qui traîne ici. En retour… »

« Je sais. Si je parviens à analyser ce minéral, je te demanderai de faire un AWR avec, » dit Alus. Il avait sorti son permis, qui servait également de carte de crédit, et l’avait présenté au terminal de paiement.

Voyant cela, Budna avait rapidement travaillé sur la caisse. Le numéro qui était apparu avait six zéros après lui.

« — !! » avait réagi Alice.

« C’est autant que ça !? » s’écria Tesfia.

« Ce magasin ne vend que des produits de haute qualité. Le truc que tu as ramassé tout à l’heure coûte aussi cher, » lui avait dit Alus.

« Sérieusement ? »

« Au minimum, il coûte plus que le salaire annuel d’un magicien moyen. »

Cela dit, ce qu’Alus avait acheté n’était pas de l’ordre d’un revenu annuel, mais plutôt de l’ordre de l’achat d’une maison. Mais selon le résultat de l’analyse, cela pourrait valoir beaucoup plus.

Cependant, il se ferait remarquer s’il le ramenait chez lui comme ça, alors Budna avait mis le lingot dans une boîte en bois ordinaire.

Les yeux du vieil homme n’étaient pas seulement illuminés par l’éclat doré du lingot, mais aussi par l’espoir qu’avec celui-ci, il serait capable de réaliser sa plus grande œuvre. Il avait l’esprit d’un véritable artisan, pensa Alus, en disant à Budna. « Je te reverrai bientôt. »

Il avait ensuite quitté le magasin avec les deux filles à ses côtés.

Le temps s’était écoulé avant qu’ils ne le sachent. Il commençait à faire sombre dehors. À cette heure de la journée, Folen prenait un visage différent. La rue principale était soudainement bordée de stands, et la ville qui sentait le fer avait complètement changé. Contrairement aux heures du jour, la rue principale était animée, et on aurait pu croire qu’il y avait un festival en cours.

La nuit, les artisans de la ville industrielle avaient installé des stands de vente d’accessoires et de marchandises diverses, comme activité secondaire et pour faire une pause. Résultat, la rue principale était éblouissante et voyait affluer la clientèle féminine.

« Vous pouvez trouver des accessoires plus robustes ici, plutôt que dans l’une de ces boutiques là-bas. Les étals de ce genre peuvent aussi offrir de bonnes affaires inattendues… » Alus était d’avis que plus une chose était solide, mieux c’est, ce qui était un état d’esprit complètement différent de celui des femmes orientées vers la mode.

Mais pas un seul mot de ce qu’il avait dit n’avait de toute façon atteint les filles, car elles étaient totalement fixées sur la visite de tous les étals.

« N’est-ce pas magnifique, Fia ? » Même les mots d’Alice n’avaient pas été entendus. Tesfia courait de stand en stand, se léchant les babines devant les marchandises exposées.

« Bon sang… » Avec un regard abasourdi, Alice se tourna vers Alus, mais en réalité, elle semblait tout aussi impatiente que Tesfia.

Un simple coup d’œil avait suffi pour que même Alus devine ce qu’elle voulait. « C’est bien, mais ne vous perdez pas. » Ils étaient après tout sur le chemin du retour, et il avait dit que tout irait bien, alors Alus avait décidé de les suivre discrètement.

Alice était excitée, mais Tesfia fixait littéralement tout ce qui l’entourait et courait partout. Alus en avait eu assez et avait décidé d’attendre au milieu de la rue.

Par conséquent, il était resté au milieu de la route sans rien faire pendant un certain temps, tandis que les deux filles partaient dans tous les sens dès qu’elles repéraient quelque chose d’intéressant.

Finalement, elles s’arrêtèrent soudainement. Alus le remarqua et se dirigea vers l’échoppe qui semblait avoir attiré leur attention. Il s’agissait d’un simple étalage composé de marchandises placées sur un tissu posé sur une planche.

Cependant, les marchandises colorées elles-mêmes intéressaient les filles au point qu’elles s’étaient accroupies pour les regarder de plus près.

« Hey, vieil homme, combien pour ça ? » Tesfia avait pris une jolie barrette et l’avait demandée au propriétaire de l’échoppe d’une voix vive.

Le propriétaire semblait un peu trop jeune pour être appelé « vieil homme », mais il ne montrait aucun signe de contrariété en levant trois doigts.

La monnaie utilisée par l’humanité s’appelait le Deld. Les pièces étaient faites de cuivre, d’argent et d’or, et leur valeur était respectivement de 500, 5 000 et 10 000 Delds.

Il y avait aussi des billets de 100 Deld en papier, et des demi-billets d’une valeur de 50 Delds.

Mais avec l’augmentation du nombre de magiciens, il restait peu de pièces et de billets en circulation. Il était désormais courant d’utiliser une carte d’argent, ou une licence si vous en aviez une, pour payer.

L’homme levait trois doigts, et normalement on imagine que ça veut dire 3 000 Delds. « C’est 30 000 Delds. »

« — !! C’est cher, » s’exclama Alice, sur un ton de frustration.

Tesfia, de son côté, avait calmement remis la barrette en place.

« Désolé, mais si je vais plus bas, je vais perdre de l’argent. » Le propriétaire avait souri ironiquement. C’était vraiment le mieux qu’il pouvait faire, et il avait presque l’air de s’en excuser.

Alus, arrivé à l’étalage, interpella Tesfia avec sarcasme. « Tu es de la noblesse, alors ne soit pas si radine. Je parie que tu as plus qu’assez d’argent de poche pour ça. »

« Je n’ai pas assez d’argent pour faire des folies. Je suis une étudiante qui travaille, tu sais ! »

En entendant une réponse aussi raisonnable, même Alus s’était tu.

Trente mille Delds suffisaient à un adulte pour vivre pendant un mois. Plus on était proche de la ligne de défense, moins le terrain était cher, et plus on s’en éloignait, plus il devenait cher. Pour un endroit comme celui-ci, le loyer serait d’environ 40 000 Deld. C’est aussi le salaire mensuel moyen d’un non-magicien.

Un magicien gagnait environ 400 000 Delds par mois, et ceux qui travaillaient dans le monde extérieur recevaient également des primes en fonction de leurs résultats. Avec ces circonstances à l’esprit, un achat de 30 000 Deld n’était pas bon marché.

Cependant, même Alus pouvait dire que la pince à cheveux choisie par Tesfia était un accessoire de bonne qualité. Même sans la beauté de l’artisanat, elle était très résistante et ne se casserait pas facilement. Son créateur devait être un forgeron d’AWR, car elle était faite du même type de matériau que celui utilisé pour fabriquer les AWRs, sans entraver le flux de mana.

Tesfia regarda à nouveau la barrette avec envie. Alice, qui avait eu une discussion similaire avec le propriétaire de l’étal, remit tristement le bracelet qu’elle avait ramassé.

Cet étalage vendait des choses plutôt chères, s’était dit Alus. Ce qui signifiait qu’il avait probablement fait beaucoup de ventes. Le prix de ce genre d’objets dans les autres échoppes n’était que de quelques milliers de Deld.

Les étals proposaient parfois des articles coûteux comme celui-ci, mais ces prix étaient un peu élevés. Mais d’après le jugement d’Alus, ce genre d’article coûterait deux fois plus cher dans les magasins. En ce sens, les deux filles avaient un bon sens de la qualité.

C’est alors qu’Alus repéra un étui aux pieds du propriétaire. « Hm ? Qu’est-ce que c’est ? » Puisqu’elle était à ses pieds, elle n’était peut-être pas à vendre, mais elle avait attiré l’attention d’Alus.

« Je vois que vous faites des observations astucieuses. Je pensais que cela coûterait trop cher pour le vendre sur mon étal, et je ne voulais pas le mettre avec les autres marchandises. »

À l’intérieur de l’étui se trouvait un pendentif. Il avait une chaîne en argent finement travaillée, et la boule ressemblant à une pierre précieuse était d’un blanc nuageux. Sa taille était à peu près celle d’un ongle de pouce.

Il était difficile de la qualifier de belle. Mais Alus avait laissé échapper un gémissement en réalisant ce qu’était la boule. « Cette boule est un type de pierre magique, hein. »

« — !! Qui êtes-vous au juste ? Ce n’est pas quelque chose que l’on trouve par ici. »

L’observation du propriétaire était juste. Les pierres magiques étaient le plus souvent portées par les magiciens en mission dans le monde extérieur, par nécessité. Bien qu’elles ne soient pas incorporées dans les AWRs, les pierres précieuses à forte conductivité de mana étaient appelées pierres magiques. Beaucoup d’entre elles avaient la propriété de confiner le mana en leur sein, et elles étaient traitées en fonction du type de pierre.

La boule du pendentif était d’une couleur blanche floue à l’intérieur. Alus avait prédit que la pierre de mana serait classée comme une pierre de sceau. Les pierres de sceau fonctionnent en scellant le mana d’une personne à l’intérieur, et peuvent être utilisées comme leurres pour confondre les Mamonos. C’était très pratique pour échapper à de nombreux Mamonos.

La raison pour laquelle le propriétaire avait dit que vous ne pouviez pas la trouver par ici était simple. Ce genre de pierre de mana était fabriqué comme des munitions militaires. En transformer une en décoration était extrêmement rare.

« Je crois que c’est la première fois que j’en vois une utilisée ainsi comme accessoire, et la matière première est différente de ce qu’utilisent habituellement les militaires, n’est-ce pas ? » demanda Alus.

« C’est exact. »

Ce qui signifie qu’il n’y avait pas à se plaindre de cet objet. Alus n’avait pas non plus oublié de trouver un cadeau pour Loki. Non seulement c’était inhabituel, mais il pensait aussi que c’était une idée intéressante.

Mais lorsqu’il s’agissait d’accessoires, la gemme elle-même était insuffisante. Même s’il ne cherchait pas quelque chose d’aussi cher que ce que la noblesse préférerait, il trouvait qu’une couleur blanche terne manquait de beauté.

Voyant Alus plongé dans ses pensées, le propriétaire avait commencé à décrire sa marchandise de manière ambitieuse. « La pierre précieuse est ce qu’on appelle une calderite. » C’était un quartz spécial, de haute pureté. Non seulement c’était une pierre de sceau, mais elle était aussi utilisée pour identifier l’affinité d’un magicien. « C’est un produit de première classe qui a été fait avec beaucoup de talent. La chaîne est faite de Mithril, et elle a été conçue par un artisan de premier ordre. Pourtant, vous avez vu clair dans son jeu. »

Le propriétaire s’était penché, la main sur la bouche, et avait murmuré. « L’obscurité à l’intérieur répond au mana qui y circule, et s’illumine en fonction de l’attribut. Par exemple, l’attribut Eau le rendrait d’un bleu profond… »

« C’est intéressant, mais ça ne durerait pas longtemps comme ça, » déclara Alus.

Une fois que le mana était hors du corps, l’information commençait à se décomposer. En d’autres termes, à mesure que le temps passait, les résidus de mana finissaient par disparaître. Les pierres de sceau étaient à l’origine faites pour contenir du mana, mais même celles utilisées comme leurres dans l’armée ne duraient qu’un jour tout au plus.

« Ils ont pensé à ça. La surface a été recouverte pour maintenir le mana de façon semi-permanente. Ainsi, une fois que vous aurez fait passer votre mana à travers, la couleur restera la même après avoir changé. »

☆☆☆

Partie 10

« Je vois. Alors, combien est-ce ? »

Quand Alus avait demandé cela, le propriétaire avait eu un regard désolé sur son visage. « J’ai bien peur qu’un jeune comme vous ne puisse pas se le permettre. C’est 3 600 000 Delds. »

Cependant, c’était beaucoup moins que ce qu’Alus avait prévu. Il s’était préparé à ce qu’il coûte au moins 5 000 000 Deld, il avait donc presque immédiatement sauté sur l’offre, mais il avait ensuite réalisé qu’il pouvait en tirer un peu plus. « C’est bon. Je l’achète, alors ajoutez ça et ça, » dit-il en désignant les objets que Tesfia et Alice voulaient.

« — !! »

Alus avait sorti son permis, devant le propriétaire de l’échoppe aux yeux écarquillés.

En voyant cela, le propriétaire avait enfin compris qu’il avait affaire à un magicien. « Je vois. Cela ne me dérange pas de les vendre comme un ensemble, mais sérieusement, qui êtes-vous ? »

« Je suis juste un magicien ordinaire. On ne trouve pas souvent quelque chose comme ça… mais à 3 600 000 Delds, est-ce que ça va vous rapporter quelque chose ? »

« Eh bien, j’ai bien dit que je n’avais pas l’intention de le vendre, mais en réalité, je n’ai tout simplement pas trouvé d’acheteur. C’est pourquoi je l’ai laissé dans la valise. C’était juste trop cher à vendre par ici… Je n’en ferai probablement pas d’autres. Mais je suis ému de vous entendre dire ça. »

Il n’était pas nécessaire de préciser que tous les artisans de la ville n’étaient pas d’habiles vendeurs.

Alus avait maintenu le permis contre le lecteur de carte et avait fini de payer.

« Merci de votre visite, » déclara le propriétaire de l’échoppe, qui avait vu Alus et les autres partir avec un air de satisfaction.

« Merci, Al ! » déclara Tesfia.

« Merci beaucoup !! » déclara Alice avec joie.

Tesfia avait reçu de lui la pince à cheveux et Alice le bracelet. Elles avaient tout de suite mis leurs nouveaux cadeaux, avec des expressions excitées.

« C’était juste parce que j’achetais un souvenir pour Loki. » En réalité, cela n’avait pas coûté grand-chose à Alus. Alors si elles étaient heureuses pour quelque chose comme ça, c’était bien aussi…

« J’ai l’impression que mon sens de l’argent va être chamboulé quand je suis avec toi, » déclara Tesfia, mais avec un sourire éclatant.

Il semblait que les deux filles étaient complètement satisfaites. Maintenant, tout ce qui restait à faire était de rentrer à la maison.

C’est vrai que ce n’était peut-être pas un achat bon marché, mais les magiciens recevaient un salaire élevé. En tant que magicien le plus haut placé de tous, Alus avait plus d’argent qu’il ne pourrait jamais en dépenser.

Une partie de cet argent provenait des résultats de ses recherches, mais la majorité provenait de la reprise de terres par lui-même. Normalement, plusieurs centaines de magiciens de haut rang étaient envoyés pour reprendre des terres. Comme Alus recevait la même somme que tous les autres, il avait facilement plus d’argent que le gouverneur général.

 

***

Alus était revenu au laboratoire un peu plus tard que l’heure du dîner.

C’était presque l’heure du couvre-feu, mais Tesfia et Alice l’avaient accompagné jusqu’au laboratoire, sans aucune hésitation, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

Quand la porte s’était ouverte, une fille aux cheveux argentés l’attendait.

Dès qu’Alus avait aperçu la couleur argentée en ouvrant la porte, son visage s’était crispé. C’était comme être confronté à une bombe à retardement.

Il vit Loki vêtue d’un tablier, les bras croisés et les joues gonflées de ressentiment. Son regard puissant avait semblé tiré des lasers vers Alus, et le silence avait suivi. Personne n’avait envie d’être le premier à parler dans une atmosphère aussi froide que celle-ci.

Cependant, il semblerait que cela puisse être géré en fonction de la position de chacun et de la façon dont il l’utilisait.

« Ah, oh, regardez l’heure… Je suppose que je vais prendre congé maintenant ! » Alice n’avait pas pu regarder Loki dans les yeux et avait trouvé une excuse pour s’échapper du laboratoire. C’était une sale méthode pour rejeter sur une seule personne toutes les responsabilités liées à la gestion de Loki.

Et à la suite de cela — « C’est vrai ! On ne peut pas rater le couvre-feu ! » Tesfia avait désespérément essayé d’utiliser la logique. Elle ne pouvait pas non plus regarder Loki.

J’étais le seul à me soucier du couvre-feu, rétorqua Alus dans sa tête. Il avait l’intention de leur couper la route, mais il s’était ravisé, car ce ne serait pas très mature.

« Alors, à plus tard, Al. Et merci pour aujourd’hui ! »

« On se voit demain. Je m’occuperai bien de ça. » Tesfia avait montré sa nouvelle pince à cheveux dans sa queue de cheval, en se tournant vers la porte. Mais la gemme rouge qui s’y trouvait n’avait fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

Quand Loki avait fixé la barrette, ses yeux s’étaient encore plus rétrécis.

Dire merci c’est bien, mais pourquoi le faire maintenant ? Ces filles ont juste retourné une faveur avec de la méchanceté.

Sentant une aura dangereuse venant de Loki, Alus ne pouvait détacher son regard d’elle, mais il maudissait mentalement les deux filles qu’il entendait s’éloigner du laboratoire.

Enfin, Loki avait poussé un long soupir. « Alors, où êtes-vous allé aujourd’hui ? » Quand elle avait enfin parlé, elle n’avait pas l’air aussi en colère que prévue. Au contraire, elle semblait exaspérée.

Ce n’était pas comme si Alus avait de mauvaises intentions. Il avait seulement laissé un mot pour elle parce qu’il ne voulait pas la réveiller alors qu’elle était si fatiguée. « Nous sommes allés au bureau du gouverneur général pour parler de l’affinité sans attribut d’Alice et pour demander son soutien. »

« Je vois, et on dirait que tout s’est bien passé. Mais si tu avais l’intention de te donner la peine de m’écrire un mot, tu aurais pu simplement me réveiller. »

« Tu m’as aidée à écrire des rapports toute la nuit. Je ne suis pas assez cruel pour te forcer à te lever quand tu es fatiguée. » Alus s’était mis à marcher, comme pour dire que c’était fini. En passant à côté d’elle, il avait posé sa main sur sa tête.

« Sire Alus, tu dois aussi être fatigué, alors comment pourrais-je dormir ? » Loki avait répliqué d’une voix si calme qu’Alus avait décidé de l’ignorer.

Pensant qu’il avait réussi à esquiver la question, il soupira de soulagement.

« Donc, sur le chemin du retour, tu as eu un rendez-vous avec ces deux-là. » Contrairement aux prières d’Alus, Loki avait vu clair en lui. Et elle avait entendu ce que les filles avaient dit. Quand ce genre de chose se passait sous ses yeux, bien sûr qu’elle n’en ferait pas abstraction.

« C’est ces deux-là, donc bien sûr ce n’était pas un rendez-vous, et ces cadeaux étaient juste quelque chose que j’ai eu pendant que j’étais sorti. » Alus fouilla dans sa poche et en sortit un paquet élégamment emballé. Le propriétaire de l’échoppe avait montré une quantité inattendue de considération et de goût. « Tiens, c’est ta récompense pour cette fois. »

« Hein !? »

Il tendit négligemment la petite boîte à Loki, qui la prit par réflexe. La petite boîte était emballée dans du papier, avec un joli ruban pour la décoration.

« … Puis-je l’ouvrir ? »

Alus avait répondu d’un simple « Ouais » en se dirigeant vers sa chambre pour se changer.

« … !! »

Il avait pu entendre le bruit de l’ouverture de la boîte, mais un long silence avait suivi. Quand il avait fini de se changer, Alus était retourné dans la chambre et lui avait demandé si elle n’avait pas aimé. « Si ce n’est pas le cas, je suis désolé. Je n’ai pas vraiment l’habitude d’offrir des cadeaux. »

« Non…, » les yeux baissés, Loki serrait le pendentif contre sa poitrine. « Je suis juste heureuse… merci beaucoup, Sire Alus. »

Lorsque Loki leva les yeux vers lui, ses yeux s’emplirent de larmes de joie qui semblaient pouvoir se déverser en un seul clignement.

« C’était une trouvaille étonnamment bonne, et si tu verses du mana à travers la pierre, elle est censée s’illuminer magnifiquement selon la disposition de ton mana. Je suis sûr que ce sera une belle couleur si tu essaies. »

« Oui, » dit Loki, et baissa de nouveau les yeux vers elle. Après s’être frotté les yeux, elle lui rendit son regard avec un immense sourire. Comme pour l’essayer tout de suite, elle posa le pendentif sur la paume de sa main… mais ne laissa aucun mana le traverser. « … Sire Alus, combien de fois ce pendentif réagira-t-il à mon mana ? »

Les pierres de mana magiques étaient toutes des objets à usage unique. Alus avait répondu avec ce que le propriétaire de l’échoppe lui avait dit. « Une seule fois. Et elle est censée avoir été enduite pour que les informations du mana qu’elle contient ne se décomposent pas. »

Loki avait baissé les yeux une fois de plus, avant de regarder Alus avec une ferme résolution. « Alors puis-je te demander, Sire Alus ? »

« Tu veux dire… utiliser mon mana ? »

Loki avait hoché la tête, avec un sourire qui exprimait ce qu’elle ressentait vraiment à ce sujet.

Les informations du mana reflétaient l’attribut ainsi que toutes sortes d’informations. Elles comprennent tout ce qui concerne la personne, même ses expériences accumulées.

« C’est pourquoi…, je ne pense pas que mon mana puisse donner une belle couleur. » En pensant à son sale passé, le mana d’Alus était anormal. C’est pourquoi son mana ne donnerait jamais de sa vie une lumière claire à une gemme.

« Je veux que ce soit ton mana. » Loki avait désespérément essayé d’empêcher ses émotions de se manifester, en tendant le pendentif vers Alus, qui l’avait saisi avec désinvolture.

On dit que les femmes ne peuvent s’empêcher d’être attirées par les choses étincelantes. Dans ce sens, le mana d’Alus ne convenait pas vraiment.

Eh bien, si c’est ce que Loki voulait, il serait grossier de s’y opposer davantage. Bien qu’il ne soit pas vraiment enclin à le faire, Alus laissa son mana circuler dans le pendentif.

Il avait ensuite lentement ouvert sa main. Quand sa main s’était ouverte pour révéler le pendentif, Loki l’avait regardé fixement.

« … Je te l’avais dit. » Comme Alus s’y attendait, la gemme avait pris la couleur de la nuit la plus noire, sans aucune étoile à voir. Il y avait même plusieurs fissures à l’intérieur. Il aurait été préférable de la laisser d’un blanc terne. « Désolé pour ça. Je t’en achèterai un nouveau un jour. »

Cependant, le pendentif lui avait été arraché de la main. « Merci beaucoup, Sire Alus ! Je suis si heureuse… Je ne pouvais rien demander de plus. »

Le mana d’Alus était à l’intérieur de ça. Une partie de ce qu’il avait accumulé, et Loki appréciait plus que tout de pouvoir se sentir aussi proche de lui. Il n’y avait rien de mieux qu’elle pouvait demander.

« Comme je l’ai dit, il a été enduit. Bien que je ne pense pas qu’il ait été affaibli par les fissures… cela te convient-il vraiment ? Les pendentifs peuvent être beaucoup plus beaux… »

« C’est bien. C’est ce que je veux. Et tu as dit qu’il y avait de plus belles choses, mais pour moi, il n’y a rien de plus beau que ça ! » Loki avait pressé le pendentif contre sa poitrine, comme pour l’enlacer.

En voyant cela, le bord des lèvres d’Alus s’était retroussé en une sorte de sourire en coin. En fin de compte, il ne comprenait pas comment le cœur d’une femme fonctionnait. « Si ça ne te dérange pas, alors c’est bien comme ça. » C’est à peu près tout ce qu’il avait pu dire.

« Sire Alus, peux-tu me le mettre ? »

Alus hocha la tête et prit la chaîne dans sa main, la gemme noire craquelée pendait en dessous. Loki se retourna et ramena sa main derrière son cou pour brosser ses cheveux. Sa nuque blanche et mince était captivante. Alus mit la chaîne autour de son cou et ferma le fermoir.

Loki laissa alors tomber ses cheveux, se tournant pour lui faire face et lui demander comment elle était. La gemme accrochée à sa clavicule brillait contre sa peau pâle.

 

 

« Oui, ça te va bien. »

« Merci beaucoup, » lui dit Loki, en rougissant un peu. Tant que la personne elle-même l’appréciait, Alus était bien avec ça.

« Plus important, le dîner. »

« Oui ! Je vais le préparer tout de suite. » Loki s’était mise à préparer le dîner en étant de bonne humeur, comme si elle allait se mettre à fredonner à tout moment. Le dîner devait déjà être préparé depuis un certain temps, car elle n’avait qu’à le réchauffer légèrement et à le mettre sur la table.

Alus s’était assis, et comme il allait porter la nourriture à sa bouche — .

« Mais tu as aussi donné des cadeaux à ces deux-là. »

« — ! »

N’aurais-tu pas pu laisser faire ? se dit-il, en se figeant. Quand il l’avait fait, la nourriture sur sa fourchette était tombée.

« … Seulement pendant mon absence. »

☆☆☆

Chapitre 17 : Le Tea Party des aristocrates

Partie 1

Tesfia faisait ses adieux douloureux à Alice à l’entrée du dortoir.

Elle était confrontée à son plus grand défi : rentrer chez elle, où sa mère l’attendait.

Lorsqu’elle était rentrée chez elle pendant les vacances d’été, son séjour avait été écourté par l’attaque de l’Institut.

Hier, elle avait reçu un message de sa mère lui demandant de revenir à la maison, maintenant que l’incident était terminé. En se basant sur la personnalité de sa mère, Tesfia avait imaginé qu’elle voulait plus qu’un simple rapport sur la situation actuelle. Elle ne pouvait pas cacher sa tristesse. Le simple fait d’être avec sa mère était douloureux.

Sa mère, Frose, avait été un général, menant des magiciens sur des missions d’extermination à grande échelle. Après cela, elle avait servi en tant qu’instructrice, entraînant les magiciens au combat réel.

C’est pourquoi elle était particulièrement stricte avec ceux qui voyageaient sur le chemin de la magie, elle n’avait même pas fait preuve de pitié envers sa propre fille.

Elle s’était retirée quand sa carrière avait atteint un bon point d’arrêt. Selon Frose, c’était parce qu’elle avait formé un bon remplaçant.

Mais du point de vue de Tesfia, elle pensait que c’était probablement parce que son père avait perdu la vie lors d’une mission dans le Monde extérieur. Par conséquent, ils étaient réduits à une famille de deux personnes, et c’était probablement la raison pour laquelle sa mère était si stricte.

Tesfia avait sa fierté en tant que membre de la noblesse, et elle avait fait des efforts dignes de ce nom, mais peu importe ses efforts, elle pouvait compter sur une main le nombre de fois où sa mère lui avait gentiment tapé sur la tête. Peu importe ses résultats à l’Institut, ce n’était jamais assez pour sa mère.

Dernièrement, elle était devenue encore plus dure avec Tesfia, c’est pourquoi Tesfia hésitait à rentrer chez elle pour la deuxième fois.

« Bon, alors… J’y vais. »

« Mais au moins, il n’y a pas eu de problèmes avec tes notes quand tu es rentrée chez toi la première fois. Pas vrai ? »

« Oui, mais elle a posé beaucoup de questions… »

« Je vois. Après tout, nous ne pouvons pas parler d’Al, » dit Alice. Elle avait appris de première main à quel point Frose était stricte. Si Frose persistait à demander des informations sur Alus, Alice pouvait imaginer que Tesfia cède à sa mère.

Mais en réalité, Alus n’était pas la seule chose dont Tesfia devait s’inquiéter.

Tesfia secoua légèrement la tête, toujours avec une expression sombre, devant l’inquiétude de son amie. « Mais tu sais, il n’y a pas que ça… en fait, peu importe. OK, on se voit plus tard ! » Se montrant aussi joyeuse qu’elle le pouvait, Tesfia entra dans le Cercle de Transport.

Contrairement à sa première visite chez elle, elle n’avait pas eu besoin de porter beaucoup de bagages. Tout ce qu’elle avait apporté cette fois-ci, c’était son katana. À partir d’ici, elle traversera plusieurs villes et prendra une voiture à mi-chemin. Bien sûr, la source d’énergie de cette voiture était le mana artificiel.

Bien que ce type de véhicule soit devenu courant récemment, ils étaient encore chers et seuls les riches pouvaient se les offrir.

Après avoir traversé un certain nombre de Cercles de Transport, Tesfia laissa échapper un soupir pour la énième fois aujourd’hui, elle s’inquiétait de ce qu’elle devait rapporter à sa mère au sujet de l’incident. Plus elle se rapprochait du domaine des Fables, plus sa vitalité s’échappait avec ses soupirs.

Au début, elle avait réussi à se remonter le moral en se promenant dans les villes animées, mais à l’approche de Babel, cette vision avait commencé à changer.

En traversant deux ou trois autres Cercles de Transport, elle arriva à la ville la plus au nord du district de la classe moyenne, une zone bordée de magasins de luxe. C’était, cependant, là où vivaient les rangs inférieurs des riches.

Cela dit, il y avait quand même une abondance de lampadaires dignes d’un quartier riche, éclairant les gens qui marchaient dans les rues la nuit.

Les maisons étaient conçues pour mettre en valeur la classe et le standing de ceux qui y vivaient, et les jardins étaient magnifiquement entretenus.

La vue de ce quartier pesait sur Tesfia, et le malaise qu’elle ressentait se transformait en une anxiété plus profonde.

Après avoir rencontré Alus, elle s’était rendu compte de la chance qu’elle avait, et de l’insouciance de sa vie. Je parie que la plupart des gens ici n’ont même pas vu un Mamono. Empruntant les mots d’Alus cette fois-là, Tesfia s’était dit ceci.

« Désolé de vous avoir fait attendre, jeune fille. »

Soudain, elle avait entendu une voix familière. Ça l’avait fait sursauter, mais elle s’attendait déjà à ce qu’il soit là.

C’était le majordome de longue date de la famille Fable, Selva Greenus. Le vieux majordome, avec son expression douce, ses cheveux gris et son costume noir, avait élégamment posé sa main sur la porte de la voiture pour l’ouvrir.

« Merci de m’accueillir, Selva. »

Cet homme était au service de leur famille depuis avant la naissance de Tesfia, et vous auriez su qu’il était âgé rien qu’en regardant ses cheveux gris. De plus, il avait des rides profondes sur le visage, signe de son âge avancé et de toute une vie d’expériences.

Il avait une silhouette haute et mince, et son dos était toujours droit, l’image même d’un majordome raffiné. Ses cheveux gris montraient son âge, mais ils ne faisaient qu’accentuer l’élégance qu’il dégageait.

Selva était autrefois un magicien. Ou plutôt, sa position était un peu spéciale, il pouvait utiliser la magie, mais il n’avait jamais pris le titre officiel de magicien.

Au début, il avait été engagé comme garde pour la famille Fable, mais au fil du temps, il avait reçu des tâches supplémentaires, jusqu’à ce qu’il s’installe dans un poste de majordome. À présent, la garde n’était plus qu’une fonction secondaire de son travail.

Quoi qu’il en soit, Selva s’était spécialisé dans le combat contre les gens, et bien qu’il ait passé l’âge physiquement, son style de combat utilisant la magie était resté aussi raffiné que jamais. Ce vieil homme était bien plus capable qu’un jeune garde au visage frais.

« J’ai entendu dire que l’incident survenu était désastreux. Mais heureusement, rien de grave ne semble s’être produit. »

Voyant Tesfia baisser la tête, Selva caressa sa barbe et la regarda avec douceur. « Oh, tout va bien. Je suis seulement heureux que rien ne soit arrivé… Je suis sûr que vous êtes fatiguée, entrez s’il vous plaît. »

En montant dans la voiture magique, Tesfia s’était sentie flotter. Comme la voiture utilisait le mana comme source d’énergie, le système était incroyablement souple, empêchant toute sensation de tremblement. Les pneus appartenaient au passé, car grâce au mana artificiel, le châssis de la voiture planait légèrement au-dessus du sol.

Dans le domaine humain, il y avait des inventions et des biens futuristes mélangés à des technologies plus anciennes.

Si l’apparition des Mamonos avait entraîné un déclin de la civilisation humaine, la recherche de moyens pour mieux les combattre avait permis de faire de nombreuses découvertes technologiques. Malgré cela, certaines technologies anciennes étaient encore utilisées, donnant à la culture un charmant mélange d’ancien et de nouveau. Par exemple, les chevaux étaient encore utilisés pour les déplacements des magiciens dans le monde extérieur.

« Jeune fille, lors de votre dernière visite, je vous ai dit que vous étiez devenue très belle. Et que les traits de votre visage sont de plus en plus beaux au fil du temps, tout comme Maître Frose… »

« Oui… mais vous n’exagérez pas ? Je ne suis partie à l’Institut que quelques mois auparavant. »

En laissant de côté les doutes de Tesfia, Selva, qui avait servi la famille Fable depuis sa jeunesse, avait souri. Il ressemblait à un grand-père se réjouissant de la croissance de sa petite-fille.

Pendant ce temps, Tesfia avait semblé devenir mal à l’aise dès que le nom de sa mère avait été mentionné, car son expression semblait déprimée.

Sentant ses sentiments, Selva déclara calmement. « Non, même pas. Je le sais très bien… les jeunes grandissent vite, et Lady Tesfia mûrit d’une manière différente de celle de Maître Frose. C’est pourquoi je suis vraiment heureux. »

Selva lui adressa un sourire significatif et ajouta. « C’est un secret vis-à-vis de Maître Frose, » avec un clin d’œil et un doigt levé.

« … Merci. » Comme prévu, Tesfia n’avait pas pu cacher son angoisse au majordome d’âge mûr. Mais finalement, tout ce qu’elle avait pu lui offrir, c’était un sourire amer en réponse.

Selva, à la place du conducteur, avait rapidement jeté un coup d’œil à Tesfia dans le rétroviseur. « Ce n’est pas seulement moi. Maître Frose s’inquiète aussi chaque fois qu’il se passe quelque chose. »

« Vraiment ? »

En réalité, Tesfia et Frose n’avaient pas toujours été en mauvais termes. En raison de la position de Frose dans l’armée, elle était simplement stricte lorsqu’il s’agissait du sujet de la magie.

Cependant, c’était suffisant pour que Tesfia commence à penser négativement à sa mère. Quand Selva lui avait dit quelque chose comme ça, elle n’avait pas pu s’empêcher d’être heureuse, même s’il était naturel pour une mère de s’inquiéter pour son enfant.

Grâce à cela, l’atmosphère oppressante dans la voiture commença à se détendre, et Tesfia repoussa dans un coin de son esprit les défis qu’elle ne manquerait pas de rencontrer en arrivant chez elle. Elle s’était égayée grâce à la conversation légère avec Selva, mais elle n’avait aucun moyen de savoir que c’était grâce à sa maîtrise de l’art de la conversation.

Une fois qu’ils furent assez proches pour voir le domaine de la famille Fable, Selva se racla la gorge et changea de sujet. « Alors, jeune fille, à propos de ce sujet… »

L’expression de Tesfia s’est soudainement figée.

« Maître Frose en a parlé parce qu’elle se soucie de vous. Bien sûr, elle connaît aussi la raison pour laquelle vous vous êtes inscrite à l’Institut… »

« Je sais ! Je sais… Je comprends que c’est quelque chose qu’on ne peut éviter en tant que membre de la noblesse ! Mais… ! » dit-elle d’une voix tremblante. Tout ce qu’elle avait à faire était de devenir un magicien accompli et de prendre la tête de la famille.

Pourtant… lorsque sa mère avait abordé ce sujet lors de sa première visite à la maison, Tesfia savait qu’elle n’attendait rien d’elle à ce moment-là.

Alors que ces pensées tournaient dans sa tête, la voiture magique passa les portes menant au domaine des Fables. La voiture magique avait une route faite spécialement pour elle, avec des arbres bordant la route de chaque côté. Cela ressemblait à d’autres domaines que l’on peut voir dans les districts de classe moyenne et supérieure.

Cela dit, le manoir lui-même était si loin qu’on ne pouvait pas le voir depuis les portes. La raison en était que le domaine de la famille Fable faisait environ la moitié de la taille du Second Institut de Magie.

Lorsque le manoir, un bâtiment presque aussi grand que la structure principale de l’Institut, arriva en vue, il n’y avait plus de conversation dans la voiture. Une atmosphère douteuse avait pris sa place, et c’est Tesfia qui en était responsable. Sa poitrine picotait de douleur pour avoir haussé le ton face à Selva.

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