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Rougo ni Sonaete Isekai de 8-manmai no Kinka wo Tamemasu – Tome 1

***

Chapitre 1 : Mitsuha va dans un autre monde

Partie 1

Une jeune fille se tenait au sommet d’une falaise abrupte, les mains posées sur la balustrade en bois patinée qui la séparait des profondeurs en contrebas. Son regard était jeté sur l’horizon lointain. Oh, mais ne vous inquiétez pas, le suicide était la dernière chose à laquelle elle pensait.

Elle s’appelait Mitsuha Yamano. Ses cheveux noirs raides et longs tombant sur les épaules encadraient un visage jeune sans un soupçon de maquillage. Ne mesurant qu’un mètre cinquante, l’enfant de dix-huit ans était souvent prise pour une collégienne ou, ce qui est encore plus offensant, pour une élève d’école primaire.

Il y a six mois, Mitsuha avait perdu sa famille bien-aimée — sa mère, son père et son frère aîné — à la suite d’un accident bizarre, la laissant sans parents proches. Elle en avait des lointains, bien sûr, mais on pouvait compter le nombre de fois qu’ils s’étaient rencontrés sur les doigts d’une main, et il était probable qu’ils ne se reverraient plus jamais.

Après avoir géré les funérailles et autres formalités administratives, Mitsuha s’était retrouvée avec une grosse somme due à l’héritage et à l’assurance, et avec ceci, un bon nombre d’ennemis. Un oncle particulièrement avide et sa femme avaient cherché à lui arracher l’argent avec des mots cruels et de l’intimidation. Quelques indésirables de l’école de Mitsuha avaient même flâné à l’extérieur de chez elle pour essayer de prendre tout ce qu’ils pouvaient. Au moment où Mitsuha avait été en mesure de chasser tous ceux qui poursuivaient sa fortune, le fardeau mental l’avait conduit à échouer ses examens d’entrée à l’université.

Perdre toute sa famille avait été déjà assez dur en soi, mais le frère de Mitsuha — qui avait deux ans de plus qu’elle — était son idole. C’était sûrement la personne qu’elle avait le plus regretté de perdre. La douleur, le stress causé par la gestion des séquelles et le profond découragement qui avait suivi l’avaient empêché de se concentrer entièrement sur ces études. À ce moment-là, du moins, elle s’était presque entièrement remise de la douleur d’avoir échoué à ses examens.

Désireuse de changer d’air, elle avait décidé de visiter une destination touristique locale. En fait, l’appeler ainsi aurait pu être trop généreux — le « point d’observation », comme on l’appelait, n’était rien de plus que la pointe d’une côte déchiquetée. Un petit nombre de commodités modestes, comme des clôtures en bois, des jumelles à jetons et des toilettes publiques, ornaient le secteur. Mais Mitsuha n’avait besoin de rien de plus. Tout ce qu’elle voulait, c’était contempler la mer et profiter de sa tranquillité.

Par un après-midi de semaine aussi ordinaire, les seuls autres visiteurs du site étaient un couple d’étudiants, une paire de conjoints âgés et un trio de voyous à la tête épaisse et dont l’intelligence rivalisait avec les rochers en contrebas. Mitsuha, d’autre part, avait le potentiel académique d’entrer dans n’importe laquelle des innombrables universités à travers le pays. Malheureusement, une seule d’entre elles se trouvait suffisamment proche de la maison que ses parents lui avaient laissée, et ses normes d’entrée étaient extrêmement élevées. Peut-être qu’elle aurait pu les franchir si elle avait pu donner le meilleur d’elle-même, mais cet exploit s’était avéré trop difficile pour elle dans son état actuel.

À l’origine, Mitsuha n’était pas opposée à fréquenter une université éloignée de chez elle, mais maintenant qu’elle était seule, elle ne voulait plus quitter la maison de ses parents. Ils l’avaient construit à partir de rien, et avec l’absence des membres de sa famille, les souvenirs qu’ils avaient laissés derrière eux étaient trop précieux pour qu’elle les lâche. C’était cet attachement qui avait influencé le choix de Mitsuha de ne passer que les examens d’entrée de son université locale.

Et bien… Qu’est-ce que je fais maintenant ?

Mitsuha s’était demandé si elle devait réessayer les examens l’an prochain ou se concentrer plutôt sur l’obtention d’un revenu. L’hypothèque restante sur la maison de Yamano avait été remboursée à la mort de son père, et le paiement de l’assurance vie de ses parents l’avait rendue assez riche. Cependant, quatre années d’études universitaires et de frais de subsistance permettraient de puiser largement dans cette réserve.

Pour cette raison, Mitsuha avait pesé le pour et le contre quant à l’option d’entrer immédiatement sur le marché du travail. Bien qu’elle ne toucherait pas un salaire aussi élevé qu’avec un diplôme d’études universitaire, il n’y avait pas d’entreprises à proximité qui étaient si généreuses. De plus, un diplôme ne garantissait guère un emploi bien rémunéré à notre époque.

Mitsuha avait également envisagé la possibilité qu’elle puisse se marier et avoir des enfants à l’avenir. Il serait déjà assez difficile de jongler avec une famille et un emploi à temps plein, la dette de l’université ne ferait qu’empirer les choses. Tout bien considéré, l’université ne semblait tout simplement pas en valoir la peine quand l’autre option, plus viable, était de commencer à travailler et à épargner.

Ce n’est pas comme si j’allais obtenir un travail de rêve ou quoi que ce soit d’autre, se disait-elle en regardant la mer.

« Et bien, qu’avons-nous là ? Tu sèches l’école, petite dame ? »

Une voix huileuse, qui venait de derrière, l’avait fait sortir de ses pensées. Mitsuha se retourna et se retrouva coincée par trois sinistres sourires. Le délinquant qui avait parlé avait les cheveux décolorés et semblait avoir une vingtaine d’années.

« Tu veux traîner avec nous ? On va te faire passer un bon moment, t’emmener dans un endroit sympa, te chercher quelque chose à manger… et voir où ça nous mène, hein ? »

C’est reparti pour un tour. Ils pensent clairement que je suis une gamine qui sèche les cours, pensa Mitsuha, complètement dépitée. Alors que beaucoup de femmes aimaient paraître plus jeunes qu’elles ne l’étaient, Mitsuha était une adulte et ne trouvait donc aucun plaisir à être traitée comme une collégienne. Mais révéler qu’elle avait en fait dix-huit ans ne ferait que les rendre plus confiants, alors elle avait choisi de garder ce fait pour elle.

Mais était-ce vraiment important ? Le groupe d’hommes qui l’avait précédée essayait d’aller chercher une fille qu’ils croyaient être au collège, alors peut-être qu’ils ne se seraient pas du tout souciés de son âge. Bien que l’opinion de Mitsuha à l’égard de ces chasseurs de jupons était faible dès le départ, elle ne voulait pas accepter une alternative encore plus désagréable : qu’ils s’en prendraient à une élève du primaire !

Quoi qu’il en soit, ce n’était pas des gens avec qui elle voulait interagir, mais ce serait une situation difficile à fuir. Les trois délinquants assoiffés l’avaient empêchée d’avancer, et seul un plongeon vers sa mort l’attendait derrière elle. Piégée contre la clôture de bois, elle ne trouvait aucun avantage à utiliser contre eux.

Utilisant la voix la plus jeune qu’elle pouvait avoir, elle leur dit :

« Désolé, monsieur…. Je ne peux pas venir avec vous. Maman et papa viennent me chercher ! »

Mitsuha espérait que cette comédie les convaincrait, qu’elle n’était vraiment qu’une enfant qui attendait ses parents, une cible bien au-delà de la portée acceptable de ces voyous. Contre son gré, cependant, le blond scanna le périmètre pour confirmer l’absence de ses parents.

Il s’avança, la saisit par le bras et grogna :

« Viens avec nous ! »

Ses acolytes avaient également avancé, envoyant Mitsuha dans la panique. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, espérant voir l’un des passants lui donner un coup de main, mais ils faisaient tous des efforts faramineux pour ne rien voir.

Allez comprendre, personne ne veut jouer les héros. Je n’ai pas le choix. Je m’en occuperai moi-même !

Malgré son petit gabarit et son regard de chérubin, l’intelligence et la force physique de Mitsuha n’étaient pas à prendre à la légère. Et par-dessus tout, Mitsuha avait du cran. C’était cette qualité qui lui avait permis de protéger son héritage de ceux qui voulaient le saisir.

Son corps avait bougé avant qu’elle puisse penser, envoyant un coup de pied vers le haut directement dans l’aine du gars blond. Sans même faire le moindre bruit, il s’était mis à genoux, se tordant de douleur. De l’écume sortait du coin de ses lèvres, et il s’effondra rapidement, couché et immobile entre ses camarades.

« QU’EST-CE QUE TU FOUS, SALOPE ?! »

Ces paroles dignes d’un gangster étaient sorties de la bouche d’un des délinquants restants, et dans sa rage, il avait poussé Mitsuha vers l’arrière de toute sa force.

« Ah… ! »

Elle avait sursauté quand son dos était entré en contact avec la clôture en bois et qu’un bruit de fissure inquiétant avait atteint ses oreilles. Elle s’était alors retrouvée en plein vol, à la merci de la gravité.

Huuuhhhh ?!

« AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHH ! »

Je tombe ! Je suis en train de tomber ! JE SUIS EN TRAIN DE TOMBER ! JE SUIS EN TRAIN DE TOMBEEEEEEER ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! JE NE VEUX PAS MOURIR !

Tout en criant à pleins poumons, Mitsuha avait prié du fond du cœur pour que quelqu’un l’aide.

JE NE VEUX PAS MOURIR ! JE NE VEUX PAS MOURIR !

« WAAAAAAAAAAAGHHHH ! »

Mitsuha entendit un étrange craquement, accompagné d’un cri qui n’était pas le sien, juste au moment où sa conscience la quittait.

***

Partie 2

« Où suis-je ? »

Mitsuha regarda autour d’elle.

De l’écorce, des feuilles, de l’herbe, beaucoup d’arbres… Oui, je suis dans une forêt. Hé, attendez, attendez une seconde ! Je viens de tomber d’une falaise ! Il n’y avait que des vagues et des rochers au fond, non ?!, pensa-t-elle, déconcertée. Mais elle n’était pas en train de se plaindre de ce nouveau développement. Se réveiller dans une forêt au hasard, ce n’est pas génial. Mais c’est bien mieux que de se transformer en traces rouges sur des rochers !

Avec de telles pensées en tête, Mitsuha se leva par réflexe et vérifia son état. Oui, « par réflexe ». Qu’il s’agisse d’une habitude ou d’une sorte d’adaptation, Mitsuha avait toujours été ainsi depuis aussi longtemps qu’elle pouvait s’en souvenir. Dans la plupart des cas, elle avait donné la priorité à l’action (on pensait pourtant qu’elle réfléchissait avant d’agir). Elle ne pensait pas que c’était tout à fait normal, mais les recherches superficielles pour identifier cette maladie n’avaient pas porté ses fruits.

Imaginez un instant qu’une balle volait vers vous. Vous auriez généralement deux choix : l’esquiver ou l’attraper. Vous ne perdriez pas votre temps à penser, Oh, regardez, il y a une balle qui arrive. Que dois-je faire ? Est-ce que je l’attrape ? Ou l’esquiver ? À gauche ? Peut-être à droite ?

D’un autre côté, vous ne feriez jamais d’actes réfléchis. Selon Mitsuha, le temps était un luxe qui permettait une réflexion et une stratégie approfondies. En un clin d’œil, vous ne pouviez compter que sur votre intuition pour traiter l’information dont vous disposiez afin de choisir la meilleure marche à suivre. Selon ses propres termes, les réflexes étaient le premier secours du mouvement. Ces réflexes se limitaient généralement à des mouvements physiques de base, mais dans son cas, ils semblaient s’appliquer à un plus large éventail d’actions, bien qu’elle n’ait pas entièrement compris pourquoi.

Un ami avait dit une fois à Mitsuha :

« Tu ne te demandes jamais pourquoi tu fais des trucs après les avoir faits, n’est-ce pas ? »

C’était ainsi que notre cher protagoniste avait reçu le surnom de « Spex », abréviation de « Spinal Reflex ».

Enlevez une lettre et ça devenait vraiment obscène, bon sang !

Peut-être que tous les êtres humains avaient la capacité de penser et de prendre des décisions en un instant, mais ils avaient omis de recourir à des processus de réflexion plus approfondis pour comprendre pourquoi ils les avaient pris.

Ah, mais nous sommes partis dans une tangente maintenant. Il est temps de la maîtriser et de revenir à ce qui compte vraiment, d’accord ?

OK, je ne suis blessée nulle part, et j’ai l’air à peu près normale. J’ai mon portefeuille, ma clé de maison… Mais qu’en est-il de la carte d’étudiant que j’ai depuis trois ans ?! Oh, c’est vrai. J’ai eu mon diplôme. Mitsuha avait également vérifié le grand sac à bandoulière qui était tombé avec elle et l’avait trouvé encore rempli de son parapluie, de mouchoirs et d’un sac d’épicerie en plastique. Ce dernier, selon elle, était particulièrement sous-évalué.

Après s’être assurée qu’elle avait tous ses membres et ses biens, Mitsuha avait vérifié son environnement. La forêt était relativement dense et la zone dans laquelle elle avait débarqué ne montrait aucun signe d’activité humaine. Elle ne voyait aucun sentier piétonnier et ne pouvait pas détecter les gens à proximité.

Je suppose que je vais devoir marcher, pensa-t-elle, alors qu’elle était déjà en marche.

Deux heures passèrent, et Mitsuha s’épuisa rapidement. Peu de rayons de lumière avaient traversé la canopée, à peine assez pour éclairer son chemin. Sans aucune idée de l’endroit où elle se dirigeait, tout ce que Mitsuha pouvait faire, c’était aller de l’avant, en évitant les arbres et les rochers sur son chemin. Elle sentait qu’il était tout à fait possible qu’elle tourne en rond, alors elle avait commencé à marquer certains des objets qu’elle voyait. Quand elle ne les voyait pas une nouvelle fois, elle interprétait cela comme un signe encourageant.

Je dois partir d’ici avant qu’il fasse nuit. Qui sait quels prédateurs vivent dans ces bois ? Je suppose que je pourrais dormir dans un arbre s’il le fallait, mais je me vois très bien me retourner et tomber de là. Je dois aussi trouver de l’eau… Y a-t-il un ruisseau ou quelque chose à proximité ? Quelques fruits juteux devraient aussi suffire.

« Bon sang, je suis fatiguée. »

Mitsuha marchait depuis environ quatre heures. Sur un bon sentier pédestre, elle ne se serait pas fatiguée aussi rapidement, mais elle se promenait à travers les sous-bois sauvages de la forêt. Ses muscles étaient devenus raides et ses pieds palpitèrent. Le soleil commençant aussi à se coucher, elle avait donc décidé de grimper dans le premier arbre acceptable qu’elle rencontrera afin de passer la nuit ici.

Bien sûr, je ne dormirai probablement pas très bien, mais venir ici la nuit, c’est du suicide. Mon corps n’y résistera pas. De plus je ne verrais plus rien dans le noir, je ne serais plus qu’une délicieuse proie pour les chasseurs nocturnes qui rôdent autour.

Le matin suivant, Mitsuha était éreintée. Elle avait repris sa marche au lever du soleil, il y a trois heures, bien qu’elle n’ait pas pu dormir de toute la nuit. Non seulement elle avait peur de tomber de l’arbre qu’elle avait choisi, mais elle ne possédait aucune couverture ou quoi que ce soit d’utile, même de loin, pour la protéger les branches dures et noueuses.

« Ah ! »

Elle avait poussé un cri aigu en entendant un bruit désagréable venir de sa cheville gauche.

Sa fatigue corporelle et sa somnolence l’avaient distraite, alors elle avait fait un faux pas et s’était tordu la cheville sur une racine. Merde, ça fait mal, jura-t-elle intérieurement.

Cependant, elle l’avait enduré. Ce n’était pas comme si elle avait le choix. Rester en place n’améliorerait pas sa situation, et ce n’était pas comme si elle pouvait guérir miraculeusement si elle se reposait. Non, elle se forcera à continuer de marcher jusqu’à ce qu’elle trouve un village ou, au minimum, un sentier pédestre. Ce ne serait pas un choix idéal pour sa jambe, mais c’était mieux que la mort.

Quelques heures de plus étaient passées depuis. Mitsuha n’était pas tombée sur de la nourriture ou de l’eau pour soulager sa faim ou sa soif, et la douleur au niveau de sa cheville gauche n’avait fait que s’intensifier. Elle avait passé tellement de temps à penser à sa situation qu’elle en avait eu assez.

Après tout, j’ai tout mon temps.

Hier, elle n’avait été inconsciente qu’une vingtaine de minutes, peut-être une demi-heure. Elle avait vérifié l’heure de sa montre au moment où elle s’était réveillée. Ce qui rendait ce fait particulier, c’était que, de la falaise où Mitsuha se trouvait avant ça, il n’y avait pas de forêt de cette taille à laquelle on pouvait raisonnablement accéder en si peu de temps. De plus, Mitsuha était tombée d’une falaise, il était donc improbable qu’elle en soit sortie indemne. Cela l’avait conduite à trois conclusions possibles :

Un : je suis morte, et c’est l’au-delà.

Deux : je suis à l’hôpital quelque part, dans le coma, et tout ça n’est qu’un rêve.

Trois : J’ai été enlevée par des extraterrestres et emmenée loin, très loin… Moi aussi, j’aime bien la science-fiction, vous savez !

Après un bref moment de contemplation, elle s’était dite à elle-même, j’aimerais vraiment que ce soit le troisième ! Je ne suis pas fan des deux autres !

Mettant de côté le mystère de son arrivée, Mitsuha avait réaffirmé son désir d’atteindre la civilisation. Si elle découvrait qu’elle était encore au Japon, elle s’adresserait à la police sinon, elle se rendrait à l’ambassade du Japon la plus proche.

Lors de son troisième jour dans la forêt, Mitsuha était très fatiguée. Elle s’était réveillée l’après-midi du premier jour, et c’était encore le matin, si bien qu’il ne s’était écoulé qu’environ une journée et demie. Désespérée et privée de nourriture et d’eau, elle avait pris un pari en mangeant des feuilles de plantes. Elle pouvait tolérer la faim, mais la soif l’avait vaincue. À ce rythme, elle sentait que la mort n’était pas loin derrière.

J’ai dû me reposer bien plus qu’hier. J’ai l’impression de trébucher sur toutes les autres pierres ou racines. Mes bras et mes jambes sont couverts de bleus, et la douleur à la cheville me rend folle. J’ai l’impression que ça s’est répandu dans le reste de mon corps. Malgré tout, elle avait fait preuve de volonté et avait continué d’avancer. Sinon, elle mourrait.

Finalement, alors que son sens du temps était parti depuis longtemps et que sa conscience s’était assombrie, elle avait fini par trouver un chemin. Il était juste assez large pour une personne, alors elle doutait presque qu’il ait été pavé par des humains.

Ne me dites pas que c’est une piste d’animaux, je vous en supplie… Cette découverte l’avait amenée à se détendre si rapidement que, après trois jours de mouvements quasi constants, ses jambes avaient enfin cédé. Elle s’était effondrée au sol et avait immédiatement perdu connaissance.

◇ ◇ ◇

« Je ne reconnais pas ce plafond », murmura Mitsuha.

Malgré sa confusion, une petite partie d’elle était ravie de pouvoir prononcer l’une des trente premières lignes qu’elle avait toujours voulu dire.

Laissez-moi réfléchir… Si je ne suis pas complètement folle à ce point, j’ai passé des jours à errer dans une forêt qui n’aurait jamais dû être là au départ, et je me suis évanouie dès que j’ai trouvé un chemin. Maintenant, je suis allongée dans le lit d’un étranger, regardant un plafond que je n’avais jamais vu auparavant.

Après avoir rectifié ses pensées, aussi bizarres soient-elles, elle se rendit compte de ce qui se passait. Elle était dans la chambre à coucher d’une cabane confortable décorée de meubles minables. Malgré l’humilité de la pièce, tout semblait propre et en ordre.

Quelqu’un m’a-t-il sauvée ? se demanda-t-elle. Son esprit était encore dans le flou, mais elle était consciente de son besoin le plus fort et le plus immédiat, elle avait faim et soif.

« De l’eau ! Quelqu’un peut me donner à manger et à boire ? »

Juste après avoir élevé la voix, Mitsuha entendit des pas précipités s’approcher de l’autre côté de la porte. Elle s’était ouverte, révélant une petite fille. Elle ne semblait pas avoir plus de dix ans, elle avait des yeux d’un bleu éclatant et des cheveux d’argent scintillants. Sa robe, bien que simple, n’avait rien fait pour diminuer son visage tout simplement adorable. Elle s’éclaira d’un sourire et cria dans une langue que Mitsuha ne comprenait pas.

Grand frère, j’ai le sentiment que nous ne sommes plus au Japon, pensa Mitsuha.

Il ne semble pas que je sois dans la sphère anglophone non plus. Je sais très bien que j’ai raté mes examens d’entrée à l’université, mais peu importe ! Je peux encore savoir quand une personne parle anglais, ainsi que quelques autres langues. Au fur et à mesure que la jeune fille gazouillait, Mitsuha avait rapidement écarté le japonais, l’anglais, le chinois, le coréen, l’allemand, le français et l’italien. L’apparence exotique de la jeune fille était le seul indice qu’elle avait, et cela lui disait simplement qu’elle ne vivait certainement pas en Asie.

Bon, dans un premier temps il y avait une question plus urgente à régler : Mitsuha était affamée et sa gorge était si sèche qu’elle pouvait à peine parler. Elle s’occuperait d’abord de ses besoins, et la communication pourrait venir après. Après avoir demandé à la jeune fille de cesser de parler, elle avait mimé ce qu’elle voulait. Elle avait mis ses mains en coupe, faisant semblant d’en boire, puis elle avait montré du doigt sa bouche en se frottant l’estomac.

Voilà, ça devrait le faire. Même un singe comprendrait le message ! Peut-être que je ne devrais pas faire ce genre de comparaison vu que cette fille m’a probablement sauvé la vie.

Toujours souriante, la jeune fille avait prononcé quelques mots en réponse, puis elle s’était retournée et avait quitté la pièce. Oui ! Elle m’a comprise ! J’espère…

Mais Mitsuha n’avait aucune raison de s’inquiéter. Après quelques minutes, la jeune fille revint avec une femme que Mitsuha présumait être sa mère, si l’on en jugeait à leurs apparences. Elles avaient apporté un pichet d’eau et deux tasses, l’une vide et l’autre pleine d’une sorte de bouillie. D’un geste de remerciement précipité, Mitsuha prit l’eau et l’avala.

« Ouf ! Je me sens de nouveau vivante ! »

Elle poussa un soupir de soulagement, puis se tourna vers ses hôtes et inclina la tête.

« Merci beaucoup de m’avoir sauvée. »

Bien qu’elles n’aient peut-être pas compris ses paroles, Mitsuha avait senti que son langage corporel était suffisant pour exprimer sa gratitude. La mère de la fillette avait semblé choquée pendant un moment, probablement à cause de la langue étrangère, mais son visage s’était ensuite détendu avec un sourire chaleureux.

D’accord, laissons les remerciements de côté… C’est l’heure de la bouffe ! Mitsuha avait attrapé la nourriture. Cela semblait être des morceaux de pain immergés dans du lait bouilli et dilué — du porridge à base de pain, pour ainsi dire. Bien que la nourriture soit simple, elle était nutritive et facile à digérer, ce qui était précisément ce dont Mitsuha avait besoin. Vu sa chaleur et la rapidité avec laquelle elles l’avaient apportée, il était clair qu’elles l’avaient préparée pour le lui servir quand elle se serait réveillée.

Quel couple de bons Samaritains ! Je devrai les remercier correctement à mon retour. Elles m’ont sauvé la vie ! Mitsuha avait pris sa décision pendant qu’elle mangeait.

Une fois nourrie, elle sentit la somnolence l’envahir. Son évanouissement antérieur et l’inconscience qui s’en était suivie étaient loin d’être des moments de repos. Nourrie et détendue, elle referma les yeux et finit par s’endormir dans le sommeil qu’elle méritait.

***

Partie 3

« Je reconnais ce plafond », murmura Mitsuha.

Bien sûr, c’était le même plafond granuleux qu’elle avait vu la dernière fois qu’elle s’était réveillée. La plus grande différence entre ce moment et maintenant, c’était qu’elle se sentait rafraîchie.

Je dois juste ignorer les coupures que j’ai partout, ma cheville tordue, et mes cuisses et mes mollets surmenés. Ce n’est pas grave. Maintenant, comment comprendre cette situation ? s’interrogea-t-elle.

Mitsuha s’était retrouvée dans un bâtiment peu sophistiqué adjacent à l’immense forêt qu’elle avait traversée. Elle avait d’abord supposé que le bâtiment brut était une sorte de cabane de montagne, mais cela semblerait être une maison assez standard pour la région. Cela l’avait amenée à conclure qu’elle se trouvait dans un village rural.

On dirait que je dois me rendre dans une ville plus grande et contacter l’ambassade. J’espère qu’ils ont des téléphones là-bas.

Tandis qu’elle réfléchissait à ses pensées, la porte s’ouvrit, et la jeune fille aux cheveux argentés d’avant entra. Elle est probablement venue me voir parce qu’elle a senti que je suis réveillée. Cette petite nymphe des bois a des sens aiguisés ! Voyant que Mitsuha était réveillée, la jeune fille était entrée, avait chargé en direction du lit et s’était précipitée vers elle. Sa tête au sommet argenté s’était directement enfoncée dans l’estomac de Mitsuha.

« GUHHHHH ! JE ME RENDS, JE ME RENDS ! »

Mitsuha avait lutté pour se libérer de l’étreinte de l’ours qui avait suivi, qui avait dangereusement mis son frêle corps en danger.

« MA COLONNE VERTÉBRALE ! TU VAS CASSER MA COLONNE ! »

Après quelques tapotements sur l’épaule, la fille avait libéré Mitsuha de son étau. Alors que Mitsuha retombait dans le lit et se tordait de douleur, son adorable agresseur inclina la tête dans la confusion.

Ce n’est donc qu’une expression d’affection, probablement une salutation locale. C’est si intense, et cela ne provenait que d’une petite fille. Un adulte m’écraserait probablement ! Mitsuha avait fait une note mentale pour esquiver si elle sentait un danger imminent.

Après s’être remise de l’étreinte mortelle, elle s’était assise sur le lit avec la fille et les deux avaient commencé à communiquer. Bien sûr, les mots s’étaient avérés infructueux, mais avec le temps, Mitsuha avait senti qu’elle pouvait obtenir l’information qu’elle recherchait par de simples gestes et expressions.

Il s’était avéré que cette fille était celle qui avait trouvé Mitsuha après qu’elle se soit évanouie sur le chemin et qu’elle avait demandé à ses parents de l’accueillir. La jeune fille avait ensuite fait visiter la maison à Mitsuha, qui était vide à l’heure actuelle.

Ses parents doivent être en train de travailler. Ou peut-être que maintenant que je me suis réveillée, ils sont allés parler de moi à quelqu’un.

Le couple avait dû sortir lorsque Mitsuha avait exprimé le désir d’aller aux toilettes. Dehors, vraiment ? Merde, on est vraiment dans la cambrousse. Elle l’avait déjà déduit, mais c’était bien au-delà de ce qu’elle avait imaginé. Il n’y avait rien dans la région à part quelques autres cabanes, qui étaient faites de bûches de bois à peine transformées.

Si je dois deviner d’où vient le terme « les bâtons », ce serait là, dit Mitsuha à elle-même. Et où sont les lampadaires et les poteaux ? Oh, j’ai compris, ils gardent l’endroit pittoresque et accueillant en utilisant des câbles souterrains, non ? Ugh, cela doit être ça ! On aurait dit qu’elle devait se mettre à trouver le chemin de la ville la plus proche.

Après leur retour à l’intérieur, Mitsuha avait repris ses tentatives de communication. La « conversation » était lente et maladroite, mais elle était surprise de voir à quel point elle était capable d’apprendre. Il était possible qu’elle n’ait pas compris certains détails, mais elle espérait qu’elle n’était pas trop loin.

Si elle avait bien compris cette fille — qui se nommait Colette — c’était une enfant unique qui vivait dans cette maison avec seulement ses parents. Ce village était presque complètement autosuffisant, survivant d’industries simples comme l’agriculture, la foresterie et la chasse. Et comme elle l’avait déjà dit, c’était Colette qui avait découvert Mitsuha inconsciente sur la piste et qui avait appelée du secours. Après cela, Colette s’était occupée d’elle, lui essuyant sa sueur, la maintenant hydratée, etc.

Attendez, c’est réellement ma bouée de sauvetage ! Mitsuha s’en était rendu compte et avait impulsivement tiré la plus jeune fille vers elle pour lui faire un câlin. Colette gloussa un peu et lui tendit la main pour la serrer dans le dos. Sentant le danger, cependant, Mitsuha l’avait repoussée par réflexe. Elle avait toujours été rapide, surtout quand il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Alors qu’elle était assise là, se sentant en quelque sorte victorieuse, l’expression choquée de Colette commença à se hérisser de larmes.

Oh, non ! Mitsuha avait désespérément essayé de s’excuser et de la remettre de bonne humeur. Colette avait fini par lui pardonner, même si elle avait l’air un peu boudeuse. Bien jouer, Mitsuha ! T’as vraiment merdé ! jura-t-elle intérieurement. Mais quand les parents de Colette étaient revenus, elle était redevenue normale. Elle a vraiment l’air enfantine, hein ?

Maintenant que ses parents étaient à la maison, Mitsuha avait cherché à communiquer avec eux. Après tout, il n’y avait pas grand-chose à apprendre d’une fillette de huit ans. Oui, elle s’était trompée sur l’âge de Colette. Elle avait d’abord cru que la fille avait dix ans, mais elle avait découvert qu’elle avait deux ans de moins. C’était une surprise pour elle, car elle sentait que la jeune fille était plutôt mature pour quelqu’un de son âge. Pour moi, c’est celle qui m’a sauvé la vie !

Malheureusement, les tentatives de Mitsuha pour obtenir des informations supplémentaires des parents de Colette avaient été décevantes. Ils avaient apparemment travaillé à leur ferme, sans en parler à quelqu’un. Ce n’était pas comme s’ils étaient des méchants qui la gardaient captive, ils n’avaient tout simplement pas envisagé de la dénoncer aux autorités.

Quoi qu’il en soit, Mitsuha était plus que reconnaissante pour la nourriture et l’hospitalité qu’ils lui avaient offerte. En pire compagnie, elle aurait pu être vendue à des trafiquants d’êtres humains et traités comme une esclave. Tout bien considéré, elle pensait que ses hôtes étaient des gens bien et qu’ils l’avaient traitée favorablement. Ce qui l’avait vraiment déçue, cependant, c’était qu’elle n’avait pas appris plus d’eux qu’elle n’en avait appris de leur fille.

Alors qu’il y avait la barrière de la langue à considérer, Mitsuha avait fait progresser ses méthodes gestuelles grâce à des dessins. Pourtant, tout ce qu’elle avait appris à la fin, c’était que l’intelligence du couple était probablement au même niveau que celui de Colette. La fille était-elle une sorte de prodige, ou ses parents étaient-ils un peu malheureux à cet égard ?

Mitsuha avait dessiné une simple carte du monde et avait essayé de leur demander de préciser leur emplacement, mais il semblerait qu’ils ne pouvaient même pas lire la carte. Je ne suis pas si mauvaise en dessin, n’est-ce pas ? s’inquiéta-t-elle. Elle avait alors fait semblant d’utiliser un téléphone, mais ils n’avaient fait qu’incliner la tête dans la confusion. Mitsuha supposait qu’ils étaient coincés dans une époque plus primitive, dépourvue d’appareils à boutons-poussoirs, alors elle avait dessiné un téléphone à cadran, tout en faisant de drôle de sons. Elle faisait certainement de son mieux. Attendez, c’est quoi ces applaudissements ?! Je ne suis pas un mime, bon sang !

Et c’était de cette manière qu’elle avait abandonné. Mitsuha avait décidé de rester avec la famille de Colette, l’aidant dans la maison jusqu’à ce qu’elle se rétablisse complètement. Elle emballerait alors quelques rations et partirait pour la ville. Je leur enverrai mes remerciements à mon retour du Japon. Je n’ai pas d’autre choix !

***

Chapitre 2 : Les bêtes doivent mourrir

Partie 1

Ainsi, quelques années passèrent.

En fait, cela ne faisait que trois jours. Par des crises de pantomime intense, Mitsuha avait réussi à faire comprendre aux parents de Colette ce qu’elle voulait. Du moins, elle l’espérait. D’abord, elle leur avait demandé la permission de rester en échange d’une aide à la maison. Elle les avait également informés de son intention de se rendre dans la ville la plus proche et avait demandé un approvisionnement en nourriture et en eau pour le voyage. Enfin, dans une rafale de gestes, elle avait demandé des directives pour s’y rendre.

Mitsuha avait depuis longtemps abandonné l’apprentissage de leur langue. Elle n’avait pas pu apprendre grand-chose en quelques jours. Mitsuha estimait que tant que la grande ville avait des citoyens qui parlaient japonais — ou du moins anglais — elle pourrait mettre la main sur un téléphone pour appeler l’ambassade ou quelqu’un au Japon. Elle n’aurait alors aucun problème pour rentrer chez elle, et une fois rentrée, elle ne serait plus jamais dans une autre situation où la langue locale lui serait utile. Elle enverrait des remerciements à ses bienfaiteurs, bien sûr, mais seulement avec l’aide d’un traducteur.

Une autre chose que Mitsuha avait saisie de ses discussions avec la famille, c’était qu’ils pensaient qu’elle était une enfant. Ce n’était pas du tout surprenant, surtout si l’on considérait qu’elle semblait mineure selon les normes japonaises. À leurs yeux, elle n’avait que dix ans, douze tout au mieux.

Vous savez quoi ? Je suis d’accord avec ça. En tout cas, dans la grande majorité. C’est pratique pour moi, alors je vais jouer le jeu ! Si Colette a huit ans, ça ne me dérange pas d’être son amie de douze ans.

Il s’était avéré que c’était une coutume locale pour les familles d’accueillir des orphelins ou des enfants reniés. Il n’était pas rare que ces garçons et ces filles finissent par épouser les vrais enfants des parents adoptifs une fois qu’ils avaient grandi. Cela était donc toujours considéré comme une occasion propice.

« Maintenant, tu es vraiment notre enfant ! » et tout ça.

La majorité d’entre eux s’étaient mariés dans d’autres familles, bien sûr, mais ils avaient tout de même traité ceux qui les avaient adoptés comme leurs vrais parents.

C’était un petit village, alors tout le monde ici se considérait dès le départ comme étant tous de la même famille. La mentalité derrière cette pratique pourrait se résumer ainsi :

« Il vaut mieux s’occuper des orphelins et des enfants perdus que de les remettre aux autorités. Pourquoi perdre du temps à chercher des parents qui sont partis depuis longtemps ou qui ont abandonné leurs enfants ? »

Maintenant, il était facile de comprendre pourquoi les parents de Colette étaient si gentils avec Mitsuha et ne semblaient pas considérer sa présence comme un événement important. Elle partirait bientôt de toute façon, alors ça n’avait pas tant d’importance pour elle.

Dans cet état d’esprit, pourquoi Colette a-t-elle passé une demi-journée à me raconter tout ça ? À agiter les bras comme une folle, à dessiner son arbre généalogique avec des bâtons… C’était quoi le problème ? Une fille faisant partie d’une branche généalogique quelconque avait perdu ses parents et avait été recueillie par une famille qui avait un fils. Elle avait fini par l’épouser, et maintenant ils s’occupent tous les deux de leurs parents âgés et… Attends, pourquoi me regardes-tu comme ça !?

Si vous mettiez de côté la pression déconcertante de Colette, les jours suivants de Mitsuha avaient été plutôt paisibles. Elle aidait de diverses façons, dont la cuisine. Même si la famille n’avait pas d’épices ou d’appareils modernes, Mitsuha avait appris à cuisiner auprès de sa mère alors qu’elle était à l’école primaire et en savait assez pour s’en sortir. Les plats qui en résultaient étaient si bons qu’Erene, la maîtresse de maison, était visiblement irritée.

Par contre, pour fendre du bois, c’était une tout autre histoire. Est-ce que cela compte au moins comme travaux ménagers ? N’est-ce pas quelque chose que le père était censé faire tout seul ? Après avoir murmuré de telles plaintes, Mitsuha avait rapidement appris que la préparation du bois de chauffage était en fait le travail d’Erene et de Colette. Alors qu’elle luttait pour les aider, Mitsuha avait trouvé la hache lourde et difficile à utiliser. Elle avait souvent manqué sa cible. Même quand elle touchait la cible, la lame s’était coincée dans le bois et elle n’avait pas réussi à l’arracher pour pouvoir terminer le travail.

Finalement, sa peau avait commencé à peler et ses muscles commencèrent à souffrir. Elle était essoufflée et ses jambes tremblaient sous elle. Il n’avait pas fallu longtemps avant qu’elle reçoive l’ordre de faire autre chose. Pourquoi Colette est-elle si douée pour ça ? Regarde-la faire ! Ces bûches volent…

Le lendemain, Mitsuha et Colette étaient allées dans les bois pour chercher de la nourriture. Chacune d’elles avait reçu un panier, mais Mitsuha avait fini par les porter tous les deux. Non pas parce qu’elle avait confiance en ses talents de chercheuse de nourriture, mais parce que cela permettait à Colette de se déplacer plus facilement et de travailler sa magie « enfant de la nature ». Une idée sans doute intelligente.

Attendez, c’était la forêt dans laquelle je me promenais, n’est-ce pas ? Mitsuha l’avait réalisée. C’est comme ça que Colette m’a trouvée. Je dois me faire pardonner parce que j’ai dû sûrement gâcher sa session de recherche de nourriture ! Elle se mit ainsi à ramasser le plus de plantes possible. Colette lui avait montré des échantillons de ce qu’elle devait chercher, afin qu’il n’y ait pas de problèmes… du moins le pensait-elle. Il s’était avéré qu’ils ne poussaient que dans des endroits spécifiques, et qu’il fallait savoir où chercher. Elle n’aurait eu aucune chance d’en trouver sans l’aide de Colette. Bon, ce n’est pas comme si j’allais faire carrière dans ça. C’est bon tant que je peux aider un peu.

Juste au moment où les paniers étaient pleins au tiers, Colette s’était soudainement arrêtée. Mitsuha la regarda. La plus jeune fille était devenue pâle. Elle avait fait signe à Mitsuha de poser les paniers, et c’était exactement ce qu’elle avait fait, même si elle ne savait pas pourquoi elle le faisait. Colette recula lentement d’un pas et chuchota, « Kel kolore, maltoneis... »

Oh, c’est l’une des phrases qu’ils ont fait en sorte que je l’apprenne. Alors que Mitsuha avait décidé qu’elle n’apprendrait pas la langue, elle avait mémorisé quelques mots pour rendre la communication un peu plus facile. Après tout, il était presque impossible de s’en sortir sans savoir comment dire « oui », « non », « eau », « nourriture », « faim », « donne-moi ça », etc. Les paroles de Colette signifiaient qu’il y avait bête dangereuse en proche, ce qui signifiait…

Attendez, QUOI !? Mais on m’a dit que les bêtes sont rares par ici ! Colette m’a littéralement fait un dessin pour me dire ça ! Mitsuha se sentait paniquée. « Rare » ne veut pas dire qu’il n’y en a jamais. Je suis vraiment bête. Elles avaient toutes les deux reculé silencieusement, laissant les paniers derrière elles. Mitsuha avait supposé qu’elles viendraient les chercher une fois que la bête serait partie ou traquée.

Dommage qu’il n’y ait pas moyen de sauver ce qu’on a collecté. Le produit ne séchera pas correctement dans ces conditions, donc tout sera ruiné d’ici notre retour. Peu importe. La vie est bien plus importante que quelques plantes. On doit juste s’éclipser, et… Attendez, on va au vent ! C’est vraiment mauvais !

Mais attendez une seconde. Aussi surhumaine qu’elle soit, il est impossible que Colette ait pu remarquer la bête avant qu’elle ne nous remarque, donc cela ne sert à rien de se faufiler. Alors pourquoi ne s’en prend-elle pas à nous ? N’a-t-elle pas faim ? Chasse-t-elle d’autres proies ? Est-ce un herbivore ? Oui, c’est vrai, on a affaire à un vrai thriller aux heures de grande écoute. Qu’est-ce qu’il attend, alors ? Penses-y… Réfléchis-y ! Allez, cerveau, tu es un PC bourré de connaissances aléatoires !

C’est fait. J’ai trois possibilités.

Un : il prend son temps pour s’assurer qu’on ne s’échappe pas. Mais a-t-il vraiment besoin de faire ça sachant qu’il a à faire à des enfants comme nous, n’est-ce pas ?

Deux : Il nous voit comme des jouets et joue avec nous juste pour s’amuser. Dans ce cas, il se serait montré pour essayer de nous faire peur.

Trois : Il nous utilise comme cibles d’entraînement pour ses jeunes.

Deux jeunes filles courant pieds nus n’étaient pas très rapides, elles ne pouvaient donc pas s’échapper. De plus, la bête n’aurait pas à craindre que ses petits soient blessés par une sorte de contre-attaque. Ouais, les filles humaines sont de parfaites cibles pour la première chasse des petits. Bien que l’une d’entre nous ne soit plus vraiment une « fille », mais gardons cela secret. C’était juste une supposition de la part de Mitsuha, mais il était clair qu’elles étaient en danger.

Mitsuha s’était creusé la tête pour trouver la meilleure issue. Devraient-ils gagner du temps ? Elle n’avait aucune idée de l’heure à laquelle les villageois allaient devoir venir les chercher. Peut-être à la tombée de la nuit ? Mais viendraient-ils alors ? Les parents de Colette le feraient évidemment, mais d’autres pourraient trouver ça trop dangereux. Sans parler du fait qu’elles ne tiendraient pas assez longtemps.

Mitsuha se retourna et aperçut quelques créatures qui se cachaient entre les arbres. Une grande chose ressemblant à un loup et quelques autres plus petites… J’avais raison. Ils ne peuvent pas grimper aux arbres, n’est-ce pas ? se demanda-t-elle en balayant rapidement la zone à la recherche d’arbres aux branches basses. Les loups se préparaient à faire un mouvement, alors elle s’était décidée de se rendre vers le premier arbre qu’elle voyait dans les environs.

« Colette ! »

Mitsuha cria, puis elle attrapa la main de la fille et la rapprocha d’elle. Les branches de l’arbre étaient hors de portée, trop difficiles à grimper pour les bêtes, et malgré leur minceur, elles seraient assez stables pour supporter Colette. Mitsuha la serra par les aisselles, la souleva du sol et la poussa dans l’arbre.

« Mitsuha ! »

Colette avait crié son nom et avait dit d’autres mots qu’elle ne comprenait pas. Tout en l’ignorant, Mitsuha déplaça ses mains de ses aisselles vers ses pieds et la poussa vers le haut. Elle avait vite compris ce que Mitsuha était en train de faire et avait commencé à grimper à l’arbre toute seule. Une fois qu’elle avait atteint la première branche, elle s’était assise dessus.

« Mitsuha ! »

Elle cria de nouveau, et tendit sa petite main aussi loin qu’elle pouvait le faire.

« Désolée. »

Mitsuha sourit et secoua la tête.

« Je ne suis pas douée pour grimper aux arbres, et celui-là ne nous retiendra probablement pas toutes les deux. Au revoir, ma jolie ! »

Les bêtes commencèrent lentement à s’approcher — leur proie étant restée sur place, elles avaient pu penser qu’elles abandonnaient. Confirmant ce que Mitsuha avait entrevu plus tôt, une bête adulte avait émergé à côté de trois de ses enfants. Ils ressemblaient beaucoup à des loups, alors elle avait choisi de supposer qu’il s’agissait de vrais loups.

Elle leur avait lancé un bâton pour les distraire. Celui-ci ne les avait pas touchés, mais ils avaient compris que c’était un signe d’agressivité, et de leurs lèvres sortaient en une série de grognements. Bien. On vient de passer du niveau « proie faible et facile » à « proie qui résiste ». Je vais attirer leur agressivité sur moi, alors tout ce que j’ai à faire, c’est de les emmener loin d’ici ! Elle avait ainsi couru aussi vite que possible de l’endroit où Colette était assise. Celle-ci criait : « Mitsuha, Mitsuha, Mitsuha, Mitsuha, Mitsuhaaaaaaaa ! »

Elle n’avait pas mis longtemps à se mettre à haleter. Je me lève toujours tôt, car j’ai plein de choses à faire le matin. Et je suis vite à court d’énergie, car il y a des tonnes de choses que je n’ai jamais faites. En dehors du cours de gym, mes seules séances d’entraînement étaient des matchs d’airsoft où mon frère m’a entraînée, donc je suis aussi faible que j’en ai l’air. J’ai de bons réflexes, mais je serais mauvaise dans un marathon.

Le terrain de la forêt n’était pas non plus favorable à un sprinter humain, de sorte que la bête l’avait facilement rattrapée. Il n’avait pas non plus semblé faire beaucoup d’efforts, Mitsuha s’était dit qu’il ne faisait que jouer avec elle en vue de la tuer. Seul le grand me poursuit. C’est une bonne chose, car les petits ne peuvent pas grimper à l’arbre de Colette. Ce n’était pas comme si le plus grand pouvait le faire, mais Mitsuha aurait aimé pouvoir s’en assurer en lui enlevant une de ses pattes.

Gah, je suis déjà finie ! Je dois juste m’assurer que Colette s’échappe ! pensa-t-elle. Mais un instant plus tard, elle avait fait un faux pas, elle trébucha et s’écrasa sur un arbre voisin. Si le loup grincheux n’était pas dans le tableau, il aurait été tout droit sorti d’une comédie burlesque. Ahh, je ne veux pas mourir ! Colette ! Papa ! Maman ! Frérot ! Elle paniqua, se recroquevillant sur elle-même. Alors que les crocs mortels du loup s’approchaient, divers moments de sa vie défilaient devant ses yeux.

Le sourire de Colette, les parents de Mitsuha, son grand frère… Elle l’avait adoré, car il lui avait appris toutes sortes de choses. Elle l’aimait beaucoup et pouvait toujours compter sur lui, même s’il était très… excentrique. Cela l’avait toujours ennuyée de voir à quel point il aimait utiliser les répliques qu’il tirait de romans et à quel point il avait l’air suffisant chaque fois qu’il disait la réplique parfaite au bon moment. Mais là, face à la mort, elle se demandait ce qu’il dirait dans cette situation.

À la fin, tout ce qui sortait de ses lèvres était un « FRÉROT ! » bruyant et criard.

À ce moment-là, Mitsuha avait disparu. Le loup, les mâchoires encore ouvertes, avait enfoncé sa tête dans l’arbre. Après s’être tordu de douleur pendant un moment, il s’était levé et avait bougé brusquement sa tête d’un côté à l’autre dans une confusion totale.

***

Partie 2

Avec un bruit sourd, Mitsuha tomba sur un lit. Elle s’était matérialisée de nulle part, à environ un pied au-dessus du lit, et l’endroit où elle se trouvait maintenant la laissa stupéfaite. Non pas parce qu’elle ne le connaissait pas, loin de là. Elle avait instantanément su qu’elle était dans sa propre maison. Plus précisément, elle était assise dans la chambre de son frère Tsuyoshi.

Avant même qu’elle ait pu se demander pourquoi elle s’était retrouvée dans sa chambre et non la sienne, son corps avait sauté du lit. Elle connaissait la chambre de son frère à l’intérieur et à l’extérieur. Ses jambes l’avaient amené jusqu’au bureau, et sa main s’était frayé un chemin dans le deuxième tiroir.

Hein ? C’est la chambre de Tsuyoshi, non ? Où est le loup ? Tout cela n’était qu’un rêve ? Et Colette ?, se demandait-elle, laissée loin derrière après que ses réflexes suprêmes aient pris le dessus. C’était maintenant « Spex », et non Mitsuha qui contrôlait la situation.

Chaque fois qu’elle n’avait pas le temps de réfléchir et que chaque seconde était critique, son corps passait à l’action. Elle avait couru comme une machine bien huilée alors que ses pensées s’avançaient vers le présent.

Je porte encore des chaussures, et il y a des feuilles sur mes vêtements, et je suis dans un tel état, donc… ce n’était pas un rêve ? Cela signifie que Colette est toujours… Mitsuha essaya de redresser son esprit ébranlé. Pendant ce temps, ses doigts avaient sorti un petit sac en nylon rempli de petites boulettes. Ils avaient déchiré le sac et versé le contenu dans sa poche droite. Les pastilles étaient plus lourdes qu’elles n’en avaient l’air, surtout dans ces quantités.

Ses bras avaient arraché un objet de l’une des étagères, puis l’avaient fixé à sa ceinture. C’était un lance-pierre « Falcon II ». Bien qu’il ressemblait à première vue à un jouet, il pouvait causer autant de dommages qu’un mini-révolver de calibre 22. Tsuyoshi l’avait entraînée à l’utiliser, et c’était une bonne tireuse.

Ensuite, ils avaient ouvert un étui en verre, en sortirent un magnifique morceau de métal et l’avaient mis dans sa poche. C’était un couteau, le « Gerber Folding Sportsman II ». Tandis que ses yeux tombaient dessus, Mitsuha se souvint des paroles de son frère :

« J’ai entendu dire qu’il y a un pays où chaque garçon reçoit un couteau pliant de son père le jour de ses dix ans. Sa forme est élégante ! Son métal est scintillant ! C’est l’aura menaçante que seules les vraies armes ont ! »

Il avait dit que c’était ce qu’il avait de mieux depuis le pain tranché, mais en fait, c’était un couteau pliant assez standard.

Les jambes de Mitsuha l’avaient portée dans les escaliers et dans la cuisine. Ses mains prirent à nouveau le relais, tirant un couteau à découper d’un tiroir près de l’évier. Les couteaux à sashimi étaient plus tranchants et plus longs, mais ils n’auraient probablement pas pu passer à travers la peau de loup sans se casser, donc les couteaux à découper étaient le choix le plus fiable. Après que la lame ait été enveloppée dans un chiffon pour des raisons de sécurité, elle avait été fixée sur sa ceinture. Ses mains dignes de confiance avaient alors saisi un torchon de cuisine d’un mètre de long, l’avaient plié et l’avaient posé sur le sol. Après l’avoir rempli d’épices comme du poivre, du shichimi et du chili, elles l’avaient enroulé et l’avaient mis dans sa poche gauche.

Comment suis-je arrivé ici depuis les bois ? Non, oublie ça, maintenant je dois sauver Colette ! Mais comment ? Attends, j’appelais mon frère et j’ai fini dans sa chambre. Est-ce que ça veut dire que je peux me transporter dans les endroits que je souhaite ? Dans ce cas, j’ai besoin de quelque chose qui puisse tuer les loups.

Mais il était trop tard, son corps avait déjà fait le travail. Avant que Mitsuha ne s’en rende compte, elle avait fini de préparer tout ce dont elle pensait avoir besoin. Après s’être assurée que ses réflexes n’avaient pas faibli ou manqué quelque chose d’important, elle avait finalement repris ses pensées. Mitsuha avait appelé cette phase « Reconnaissance ».

Puis-je vraiment y retourner ? Non, devrais-je y retourner ? Est-ce que ces armes seront suffisantes contre ces loups ? Je pourrais mourir pour de bon cette fois ! Je suis de retour au Japon, saine et sauve ! Pourquoi devrais-je y aller !? Quelle raison ai-je !? Soudainement, Mitsuha se souvint de nouveau de son frère et se demanda ce qu’il dirait de tout cela.

Elle s’était rendu compte qu’elle avait commis une erreur, mais c’était trop tard, ses mots trop rauques résonnaient déjà dans sa tête.

« Chère sœur, as-tu vraiment besoin d’une raison pour sauver une jolie fille en difficulté ? »

D’accord, d’accord, tu marques un point ! Bon sang, mon frère. Tu es bruyant, et tu es un vrai emmerdeur… Mais je t’aime toujours, bon sang !

Mitsuha réapparut dans la forêt et se cogna immédiatement le front contre un arbre. On était loin d’un retour en douceur. En regardant autour d’elle, elle n’avait vu aucun signe de son assaillant canin. Il avait dû retourner vers Colette, donc le temps était compté. Comme il n’y avait pas non plus de vent, il fallait donc faire attention à ne pas faire trop de bruit. Colette va toujours bien, j’en suis sûr. Ils ne peuvent pas grimper à cet arbre, n’est-ce pas ?

Elle était retournée à l’endroit où elle avait laissé Colette, ignorant le museau pointu qui lui léchait la peau. Il lui avait fallu néanmoins plus de temps pour parcourir la distance qu’elle ne l’avait fait lors de sa diversion initiale. Une fois arrivée, elle s’était cachée derrière un arbre voisin. Les quatre loups aboyaient sur Colette. Elle avait l’air terrifiée, mais indemne. Mitsuha avait sorti le couteau pliant de sa poche, déplia la lame et la fixa soigneusement dans sa ceinture. Elle avait ensuite pris le lance-pierre dans sa main gauche et s’était servie de sa droite pour préparer des balles.

Ces balles étaient faites d’acier, ce qui était un peu inhabituel étant donné que le plomb était la norme pour les balles de lance-pierres. Selon Tsuyoshi :

« Celles-ci sont bon marché et faciles à produire en série, ce qui les rend parfaites pour l’airsoft. De plus, elles sont lourdes, mais pas assez dures pour rebondir, ce qui veut dire qu’elles piquent comme l’enfer. Mais ces bébés sont en acier ! Tire dessus de près et tu perceras ta cible. C’est la munition la plus virile qui soit ! »

Mitsuha avait des pastilles d’acier, mais comme elle était face à des bêtes ayant une peau épaisse, elle s’était rangée du côté de l’avis fervent de son frère. Chargeant une balle d’acier dans le lance-pierre, elle avait pointé son arme vers l’avant et avait tiré la balle aussi loin qu’elle le pouvait. Mitsuha pouvait sembler faible de l’extérieur, mais cela n’était dû qu’à sa taille. Elle était assez forte pour tirer le caoutchouc tendu, sa seule limite réelle était la portée.

Bien sûr, cela signifiait que ses tirs seraient plus faibles que, disons, ceux de Tsuyoshi. Elle aurait probablement dû frapper un point faible pour abattre le loup adulte, et ne pouvait qu’espérer que ses petits ne soient pas aussi résistants. Tsuyoshi possédait également une arbalète, mais elle ne l’avait jamais utilisée auparavant, et son rechargement devait probablement prendre beaucoup de temps. Donc, elle — ou Spex, peut-être — avait choisi de ne pas le prendre.

Mitsuha avait fait de son mieux pour viser soigneusement, mais ses mains tremblaient tellement qu’elle avait choisi de lâcher prise. Elle entendit le sifflement de la pastille qui volait dans l’air, puis un cri strident. L’un des enfants loup s’effondra.

L’ai-je touché à la tête ? Il n’y a pas de muscles à cet endroit, donc je suppose que cela lui a percé le crâne ou du moins lui a causé une commotion cérébrale.

Son coup était en fait destiné à l’adulte. Après tout, c’était la plus grande menace présente, alors elle voulait au moins l’affaiblir. D’un autre côté, en abattre un était suffisant. C’était bien mieux que de disparaître, en tout cas. Le grand loup n’avait aucune idée de la raison pour laquelle sa progéniture s’était effondrée, alors il courut auprès de lui, complètement perplexe. Oui, c’est toujours mon tour !

Mitsuha avait soigneusement préparé et tiré une deuxième balle. Celle-ci avait frappé l’adulte, mais seulement sur sa cuisse droite. L’animal n’avait pas du tout souffert et, bien sûr, la bête maintenant en état d’alerte avait les yeux rivés sur elle. Si le regard pouvait tuer, alors cela l’aurait tuée sur le coup. Les jeunes loups remarquèrent où l’adulte — probablement leur mère — regardait et se précipita vers elle. Leur maman avait l’air déconcertée pendant une seconde, puis elle s’était contentée de se tenir sur place, ce qui avait permis à ses petits d’aller se faire tuer. Elle pensait toujours que Mitsuha était une enfant sans défense.

Mitsuha avait rapidement tiré une troisième balle. Celui-là n’avait rien touché. On ne peut pas s’attendre à faire mouche à tous les coups. Elle avait claqué la langue avec frustration alors qu’elle préparait son quatrième tir, probablement le dernier avant qu’ils ne soient trop proches d’elle. Elle sentait qu’elle commençait à paniquer, mais la distance qu’ils avaient avec elle rendait son dernier tir plus précis et plus puissant. Smack ! L’un des deux petits restants s’était effondré. Elle l’avait touché à la gorge, un vrai point faible.

Sans même jeter un coup d’œil à son frère décédé, le dernier petit sauta au niveau des yeux. Mitsuha avait déjà jeté le lance-pierre, arraché le couteau de sa ceinture et déballé la serviette. Dotée d’une excellente vision dynamique et de bons réflexes, Mitsuha n’avait eu aucun problème à éviter le jeune loup inexpérimenté qui s’approchait d’elle. Après l’avoir fait, elle avait frappé avec son couteau et l’avait tranché au niveau du cou, l’envoyant au sol comme les deux autres. Et puis…

« AWOOOOOOOOOOO ! »

Un hurlement glaçant le sang avait résonné dans la forêt. Ses enfants avaient été tués, tous les trois. Même s’ils respiraient encore, le destin cruel n’avait montré aucune pitié pour les bêtes ayant des blessures aussi graves. Ses chers enfants, qui lui avaient été donnés par ce fort et robuste mâle alpha. Elle avait travaillé si dur pour les élever, et ils étaient si près de l’âge adulte, mais maintenant elle les avait perdus à cause d’une proie sans griffes, sans dents et sans poils.

Haine. Haine. Haine. Haine. Tuer. Tuer. Tuer. TUER, c’était tout ce qui se passait dans l’esprit de la mère loup lorsqu’elle fonçait vers Mitsuha.

La voilà qui arrive ! Mais elle s’était préparée. Elle avait en quelque sorte éliminé les jeunes, mais cela ne lui avait donné le droit qu’à un combat contre le boss. Les enfants loups étaient inexpérimentés, mais celle-ci ne l’était pas. Il ne serait pas facile de la piéger, et Mitsuha était une humaine au corps mou qui n’aurait aucune chance contre elle dans une bagarre en tête-à-tête, alors il n’y avait qu’une seule chose qu’elle pouvait faire.

Pendant que le loup chargeait, Mitsuha fixa sa prise sur le couteau dans sa main droite et mit sa main gauche dans sa poche. Quinze cent mètres… un mètre… 50 centimètres… Maintenant ! Elle avait balancé sa main gauche tout en sautant vers la gauche.

« GROAAAH ! »

Le loup avait gémi et il retomba sur le sol, entouré d’un nuage d’épices. Avec leurs sens super aiguisés, les animaux sauvages ne pouvaient probablement pas supporter tout ce poivre et ce chili ! Même Mitsuha était en mauvais état, avec du liquide jaillissant de ses yeux et de ses narines.

Mais elle devait utiliser cette chance si elle voulait gagner. Luttant contre la douleur dans les yeux, le nez et la gorge, elle leva le couteau à découper et se lança sur le loup. Malheureusement, les vrais animaux sauvages avaient été bâtis pour résister aux attaques humaines. Même s’il ne pouvait ni voir ni sentir, un loup mature n’était pas assez faible pour laisser sa proie l’abattre sans se battre. Elle grinçait des dents et frappait avec ses griffes.

Mitsuha ne voyait pas un moyen sûr de s’approcher sans qu’il la griffe ou la mordille, mais elle ne pouvait pas perdre trop de temps, car l’avantage qu’elle avait obtenu de sa bombe à épices s’amenuisait chaque seconde.

Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que mon frère fer-oh, pas maintenant ! Elle avait essayé de lutter contre l’envie, mais c’était sans espoir, elle imaginait déjà ce que son frère allait faire.

Comme toujours, son cerveau avait sélectionné les bonnes pièces dans les archives « Mais que dirait Tsuyoshi ? »

« Une personne vraiment forte est férocement fière et a le courage de le montrer »

Sa voix avait résonné dans sa tête, suivie d’un :

« Sais-tu que les loups ne peuvent pas fermer leur bouche s’ils ont quelque chose coincé dans la gorge ? »

Ça semblait un fait si inutile à savoir. Jusqu’à maintenant, bien sûr !

T’as pas intérêt à t’en prendre à moi, mon frère ! Si je perds mon bras, c’est de ta faute ! Merde, à quoi je pense !?

« Pourquoi s’inquiéter de perdre un bras ou une jambe ? Tu n’as pas vu de films où les gens remplacent leurs membres par des tronçonneuses ou des mitrailleuses ? Des bras et des jambes en métal ! »

GAH ! Tu vis vraiment dans ma tête, n’est-ce pas !? Même la mort ne t’empêche pas d’être un emmerdeur ! Bon peu importe.

Mitsuha avait sauté sur le loup. Venir de l’arrière avait semblé être son meilleur choix, mais il l’avait remarquée et il avait montré ses crocs à son égard. Elle avait balancé le couteau à découper et avait évité tout dommage, puis elle l’avait attaqué. Elle était maintenant sur son dos, s’accrochant de toutes ses forces. Il ne pouvait pas l’attaquer avec ses membres dans cette position, et il ne pouvait pas tourner sa tête assez pour mordre — attends, il peut le faire !? Je ne savais pas que les cous de loup pouvaient se tordre comme ça !

Sans autre choix, elle avait fait le pari de sa vie et avait enfoncé son bras gauche profondément, profondément dans la bouche du loup.

« GEH ! »

Le loup étouffa, referma ses crocs sur le bras de Mitsuha pendant qu’il essayait frénétiquement de serrer ses mâchoires. L’humain s’accrochait à un loup, le loup avait l’humain sur lui, mais leur bataille ne faisait que commencer.

Alors qu’elle saisissait le corps du loup, Mitsuha perdit son couteau à découper. Mais malgré tout ce chaos, grâce à un miracle, elle avait toujours une arme sur elle, la belle lame que son défunt frère avait si chèrement aimée.

« G-GERBER FOLDING SPORTSMAN TWOOOOOOOO! »

Elle avait crié le nom de mémoire — elle pensait que cela lui aurait plu — car elle l’avait pris dans le revers.

Poignarder ! Poignarder ! Poignarder ! Poignarder !

C’était un petit couteau dans les mains d’une fille faible. La lame n’était pas allée en profondeur, mais s’était enfoncée suffisamment pour percer la peau et causer des dommages décents. Mitsuha avait largement dépassé ses limites maintenant, au-delà de toute montée d’adrénaline. Elle était à peine consciente et son sens de la prudence l’avait quittée depuis longtemps. Ses jambes tenaient le loup dans un étau écrasant, et avec son bras gauche dans la gueule de la bête, elle était à peu près fixée dans cette position.

Poignarder ! Poignarder ! Poignarder ! Poignarder !

J’ai mal au bras.

Poignarder ! Poignarder ! Poignarder ! Poignarder !

Je ne sens plus ma main.

Poignarder ! Poignarder ! Poignarder ! Poignarder !

Il fait sombre. Quand le soleil s’est-il couché ?

Poignarder ! Poignarder ! Poignarder ! Poignarder !

Frère… Où es-tu ? Où es-tu ?

Le loup s’était battu et s’était débattu, mais n’avait pas réussi à s’en débarrasser. La petite taille et la légèreté de la jeune fille avaient joué en sa faveur. Le bras dans sa bouche l’empêchait de respirer, sans parler des coups de couteau. Il ne pouvait pas rassembler autant de force qu’avant et sentait que quelque chose d’important sortait de son corps. Si le loup avait été capable de penser humainement, il aurait perdu la tête à cause de la panique.

C’est quoi ce truc sur moi ? Une proie ? Non ! C’est autre chose ! C’est dégoûtant ! Effrayant ! Qu’est-ce que c’est que ça !? Qu’est-ce qui se passe !? Non, non, non, non ! À l’aide ! Aide —

Peu de temps après, tout était silencieux, et rien ne bougeait. Non, deux des jeunes loups respiraient encore, mais c’était tout. Finalement, on entendit le bruit d’une petite fille qui descendait d’un arbre. Elle avait regardé d’un côté à l’autre et avait remarqué quelque chose qui l’avait rendue haletante.

C’était un loup et une fille, couchés par terre si près l’un de l’autre qu’ils étaient comme enlacés. Le sang sur la bête et le bras de la fille, qui était logé dans la bouche du loup, était suffisant pour supposer que le combat avait été fatal. La fille de l’arbre avait rapidement couru vers eux et avait vérifié si l’autre fille avait un pouls et d’autres blessures, et elle avait été soulagée de constater que son état était stable. Elle avait ensuite ramassé une lame en forme de couteau qui se trouvait à proximité, avait tué les jeunes loups qui respiraient encore et s’était enfuie au village.

Prudente et impitoyable, c’était à quoi ressemblait Colette.

***

Chapitre 3 : Le royaume de l’ambition

« Quel plafond vide », murmura Mitsuha.

Et j’essaie de faire le maximum pour m’en souvenir.

« Tu comprends ce que je dis, mon petit ? »

Euh, bien sûr, merci beaucoup. Et ne m’appelle pas petit !

« Tu comprends ce que je dis, mon petit ? »

Oh, donc c’est comme l’un de ces jeux merdiques connus pour ne pas vous laisser faire de progrès jusqu’à ce que vous disiez « oui ».

« Tu comprends ce que je dis, mon petit ? »

« Ouais, ouais ! Je comprends, c’est bon pour toi !? »

« Un seul “oui” aurait suffi, mon petit. »

La ferme ! Et arrête de m’appeler petit !

Mitsuha pensait que cela ne servirait à rien de répondre à une voix désincarnée si ce n’était qu’un rêve. Après tout ce qu’elle avait traversé, elle s’était dit qu’il était tout aussi possible que ce soit la réalité. Après tout, si c’est un rêve, je n’aurais alors rien à craindre. Mais si ce n’était pas le cas, et que je le traitais comme tel ? Oups.

« Umm, je suis Mitsuha Yamano. Et toi ? Es-tu Dieu ? »

« Hmm… Curieusement, tu n’as pas l’air surprise. Peu importe. Je suis ici devant toi pour te dire quelque chose de très important. Mais pour commencer, je ne suis pas un dieu, et je n’ai pas de nom… »

La « chose » avait ensuite révélé l’histoire de son évolution. Il savait seulement qu’il s’agissait d’une forme de vie ancienne et extrêmement rare. La « chose » avait théorisé que ses ancêtres aient été des créatures extraterrestres qui avaient évolué au-delà de la forme physique et étaient devenues des êtres faits d’énergie pure, ou de pensées, ou quelque chose de cette nature. Il n’avait pas de corps, ne connaissait pas la mort, et n’avait pas de désirs ou d’objectifs.

Honnêtement, son existence semble plutôt inutile, pensa Mitsuha.

Mais après des siècles de dérive sans but, l’être avait fait une découverte remarquable — il avait le pouvoir de voyager entre les mondes ! Armé de cette nouvelle capacité, il avait acquis son tout premier désir : un intérêt à apprendre des choses qu’il n’avait jamais connues auparavant… Une soif de connaissance ! Sa conscience avait tremblé dans l’attente d’avoir trouvé un sens à son existence.

« Ouais, ouais, va directement à l’essentiel », interrompit Mitsuha.

« Encore une fois, un simple “oui” aurait suffi. »

Quoi qu’il en soit… La « chose » avait parcouru et observé d’innombrables mondes et avait appris à connaître le concept de « plaisir ». Mais un jour fatidique, alors qu’il flottait au-dessus d’un certain monde, il avait soudainement été assailli par une sensation intense, désagréable et déroutante. Plus tard, il s’était rendu compte qu’il aurait pu endurer ce que les animaux au corps physique appelaient la « douleur ». L’expérience était tout à fait nouvelle, donc elle était intrigante, mais il se sentait aussi perplexe quant à la façon dont un être non physique pouvait ressentir la douleur.

La « chose » s’était interrogée en elle-même pour trouver une explication, et avait découvert qu’il manquait une partie de lui-même. L’agresseur inconnu était entré dans sa zone d’influence — l’équivalent d’un corps pour les formes de vie normale — et avait utilisé une puissante énergie mentale pour lui arracher une partie de son essence. L’assaillant avait ensuite voyagé dans un autre monde, mais l’arrivée de la « douleur » dans son être l’avait rendu confus et incapable de le suivre. Il avait continué à observer le monde jusqu’à ce qu’il sente que la partie manquante était à proximité. Lorsqu’il avait senti que la présence se déplaçait à nouveau dans un autre monde, la « chose » avait finalement pu le suivre.

« Hein ? C’est moi qui ai fait ça ? »

« En effet, il semblerait que cela soit le cas. Mais n’aie crainte… Je ne t’en voudrai pas pour ça. Il semblerait que l’événement ait été accidentel, et cela ne m’a pas incommodé. En fait, je pense que je devrais te remercier de m’avoir fait connaître la “douleur”. C’était tout nouveau pour moi. »

Ouf, quel soulagement ! Je pensais qu’il allait me demander de payer ses frais médicaux ou quelque chose comme ça.

« Alors, qu’est-ce que tu voulais me dire ? », demanda-t-elle.

« Oh, oui… J’ai omis de le dire. Il semblerait que ton esprit porte une telle force et intensité alors que tu as absorbé la fraction de mon énergie que tu as arrachée. »

« Hein !? Est-ce si grave que ça ? »

« Ne t’inquiète pas. Cela ne te fera aucun mal, ni au niveau physique ni au niveau mental. Cependant… »

« C-Cependant ? »

« Il semblerait que tu as acquis la capacité de voyager entre les mondes. »

HUUUUUUH !? Attendez, c’était donc ce qui s’était passé !

Mitsuha avait arraché une partie de la « chose » et avait ainsi acquis le pouvoir de voyager entre les mondes. Et à cause de son fort désir de survivre à sa chute, elle avait été propulsée dans un autre monde, emportant une partie de la « chose » avec elle. Apparemment, c’était le dernier monde que la « chose » avait visité avant la Terre. De plus, le fragment avait maintenant fusionné avec Mitsuha à tel point qu’essayer de l’enlever causerait des dommages irréparables. Ouais, je pense que je vais rester comme ça, merci !

« En fait, t’expliquer la situation et te parler de ton pouvoir n’était qu’une façon d’exprimer ma gratitude. S’il y a autre chose que tu désires ou que tu veuilles simplement savoir, alors parle. La partie de moi en toi a la capacité de te donner plus de pouvoirs. »

Tout ce que je veux, hein ? Eh bien, je… Ah !

« Pourrais-tu m’apprendre de nouvelles langues ? »

« Les langues, dis-tu ? C’est effectivement une chose importante quand on voyage entre les mondes… Très bien, très bien. Je te permettrai de comprendre et de parler les langues de ceux avec qui tu échangeras. N’oublie pas que cela se limite à la langue. Je te déconseille de chercher le pouvoir d’absorber la connaissance au-delà de cela. Le montant que tu pourrais acquérir serait trop élevé pour ton esprit faible. En plus, avoir la capacité de lire absolument n’importe quoi en réduirait l’intérêt. »

J’ai de la place dans ma tête ! Je ne suis pas stupide, bon sang ! Mitsuha s’écria intérieurement.

Néanmoins, l’être supérieur avait un but, alors elle sentait qu’il valait mieux l’écouter.

« Faisons comme ça, alors. Au fait, est-ce que le fait de se déplacer d’un monde à l’autre demande de l’endurance ou quelque chose comme ça ? Quels sont les coûts et les limites ? »

« Un coût ? Eh bien… Le fardeau que cela t’imposera ressemblera à un déplacement entre des pièces adjacentes. Répéter ce déplacement plusieurs centaines de fois te laissera assez fatigué et à bout de souffle. »

Ohh Eh bien, c’est vrai que passer d’une pièce à l’autre une centaine de fois serait épuisant — Attends, est-ce tout !!?

« D’autres questions ou demandes ? »

« Hmm, je ne pense pas… »

« Un tel manque de désir. Il y a encore de la place pour un autre pouvoir, alors permets-moi au moins de t’offrir une fonction réparatrice. »

« Des détails, s’il te plaît. »

« Elle sera faible, et donc lente, mais cela cicatrisera graduellement toutes les blessures que tu auras obtenues. Avec le temps, les membres perdus repousseront et les cicatrices disparaîtront comme si elles n’avaient jamais existé. Pense aux blessures sur ton bras gauche. Ils laisseront une marque, non ? »

Wôw ! Ça m’aiderait beaucoup ! C’est vraiment incroyable !

« J’aimerais bien obtenir un tel pouvoir de guérison, alors, s’il te plaît ! »

« Certainement. Je suis bien conscient qu’une longue vie avec des déficiences physiques est difficile. Ce n’est pas du tout un problème, et ça ne prendra qu’un instant. »

« Hehehehe ! »

« J’ai l’impression que ton attitude envers moi a changé. »

L’être avait exercé sur Mitsuha une puissance invisible et s’était ensuite préparé à partir.

« Je reviendrai te voir quand cette planète aura tourné quelques dizaines de milliers de fois. Sois en bonne santé d’ici là. »

Ce furent ses derniers mots, et il avait fallu quelques secondes à Mitsuha pour réaliser qu’il parlait de centaines d’années. Je serai morte d’ici là ! Ou est-ce que ça voulait dire autour du soleil ? Mais je serai morte de toute façon… Sa conversation avec la « chose » avait en fait été une sorte d’interférence directe dans son cerveau, et une fois qu’il était parti, elle s’était automatiquement endormie. Alors que sa conscience s’évanouissait, elle avait enfin fini par comprendre quelque chose.

« Je ne suis donc pas morte… »

◇ ◇ ◇

Je reconnais ce plafond, s’exclama Mitsuha à sa façon habituelle. Le lit aussi. Et il y a Colette, la gentille petite fille qui dort sur mes jambes. Alors, ses parents m’ont fait revenir ici, hein ? J’espère que ce n’est pas une tendance. Oh, je suis couverte d’une sorte de pansements. Ça a dû leur coûter de l’argent… Je suis désolée. Quel que soit son sentiment, il était temps pour elle de penser à ce qui allait suivre.

Ce qu’elle avait supposé être un village dans un pays en développement faisait vraiment partie d’un monde totalement différent — un monde qui était loin derrière la Terre en termes de technologie et de civilisation. Elle avait également acquis le pouvoir de voyager librement entre ce monde et la Terre.

OUAIS, JACKPOT ! Maintenant, je n’ai plus à me soucier du travail, de l’université ou de quoi que ce soit d’autre ! Ce monde doit être plein d’or et de bijoux et de toutes sortes de choses qui rapporteront de l’argent sur Terre… et les choses de la Terre pourraient valoir une fortune ici. Si j’en apportais et le vendais, je serais riche !

Mais encore une fois, si Mitsuha en faisait trop, elle risquerait de nuire au développement de l’autre monde. Si j’apportais quelque chose de trop avancé et que je le rendais populaire, tout ce qui s’y rapporte finirait par s’effondrer, parce que les fondations ne seraient pas là. Et si j’apportais quelque chose de concret, je pourrais faire effondrer l’économie ou détruire certaines industries, ce qui coûterait des emplois aux gens et les pousserait au suicide, ou peut-être même qu’ils formeraient des foules haineuses !

Elle avait aussi exclu les choses qui dépendraient tellement d’elle que les abandonner provoquerait le chaos. Les choses super influentes qui sont centrées autour de mon existence, ce sera un non franc et massif. Une autre chose qu’elle devait garder à l’esprit était que si elle attirait trop l’attention, elle pourrait être ciblée. Je dois garder les choses secrètes jusqu’à ce que j’aie trouvé du renfort. Bien sûr, elle pourrait toujours s’échapper sur Terre, mais ce ne serait qu’en dernier recours.

Et bien que la manière de pensée de Mitsuha était un peu inhabituelle, elle avait toujours été une jeune femme bien élevée et sincère. Cette attitude lui avait permis de se faire beaucoup d’amis qui l’aimaient encore beaucoup, même s’ils s’étaient éloignés à cause du travail ou de l’université. Parce qu’elle avait une telle personnalité, Mitsuha avait décidé de gagner de l’argent avec ses nouveaux pouvoirs sans déranger personne d’autre.

Mitsuha était en fait très prudente, bien que cette qualité ait souvent surpris les amis qui pensaient qu’elle n’était qu’un danger public. Elle n’hésitait pas à prendre des initiatives risquées chaque fois que c’était nécessaire, mais elle n’avait jamais pris de tels risques quand ce n’était pas le cas. C’était probablement parce qu’elle avait grandi en admirant son frère.

Quoi qu’il en soit, Mitsuha considérait que son aptitude à changer de monde pourrait disparaître un jour. Bien qu’elle ait trouvé cela peu probable, elle ne pensait pas que cela soit impossible, et elle avait donc fait ses plans en gardant cela à l’esprit. Elle établirait une base à la fois dans ce monde et sur Terre et gagnerait assez d’argent pour vivre confortablement de part et d’autre. Elle avait décidé de gagner un milliard de yens (huit millions d’euros) dans chaque monde, pour un total de deux milliards de yens (soit 16 millions d’euros).

C’était la somme que Mitsuha avait calculée afin de pouvoir vivre confortablement jusqu’à son centième anniversaire, même si l’économie devenait turbulente. Elle ne vivrait pas dans le luxe, mais un revenu annuel de vingt millions de yens (160 000 euros) était plus que suffisant pour elle. Au-delà de cela, ses gains n’auraient pas beaucoup d’importance. Elle pouvait simplement s’asseoir et faire quelque chose qu’elle aimait, comme écrire des livres ou vendre de l’artisanat fait main, même si cela ne lui rapportait pas beaucoup d’argent.

Je ne sais pas si c’est un royaume, un empire ou une république, mais je vais accumuler deux milliards et devenir une GAGNANTE À VIE ! BWAHAHAHA ! BWAAAAHAHAHAHAHA !

Ce fut la naissance de son ambition.

***

Chapitre 4 : Préparation

Partie 1

Colette s’était réveillée peu après Mitsuha, et le chaos s’en était suivi. Elle avait poussé un gémissement et s’était lancée sur Mitsuha, et bien trop rapidement pour que la fille plus âgée puisse éviter son câlin d’ours. Mitsuha avait gémi, puis commença à frapper sur son épaule dans une tentative désespérée pour signaler sa reddition. Les parents de Colette, en entendant le vacarme, s’étaient précipités dans la pièce.

« Stop, stooop ! Aïe, ça fait mal ! Tu es en train de me briser ! », cria Mitsuha.

Colette finit par lâcher prise.

« M-Mitsuha ! Tes mots ! », répondit Colette en état de choc.

Ses parents avaient l’air tout aussi abasourdis. Heureusement, Mitsuha avait déjà trouvé une explication.

« Tout d’abord, merci pour tout ce que tu as fait pour moi, Colette. En fait, j’ai appris ta langue dans mon pays. Je ne pouvais pas le parler parce que j’avais perdu la mémoire. Mais tout à l’heure, tout m’est revenu. »

« Vraiment ? Je suis si heureuse, Mitsuha ! »

Tout en pleurant fort, Colette s’accrocha de nouveau à Mitsuha. Ses parents hochèrent la tête, les yeux pleins de larmes. Ce sont des gens si gentils, pensa Mitsuha, toute souriante. Lorsque Colette s’était finalement calmée, Mitsuha avait décidé qu’il était temps de recueillir des informations.

Parce qu’elle venait d’un autre monde, Mitsuha devait être prudente lorsqu’elle parlait d’elle-même. C’était pour cette raison qu’elle avait inventé sa propre histoire : elle venait d’un pays lointain, et pour des raisons que l’on avait commodément dissimulées, elle avait traversé la mer et était venue sur ce continent. Elle avait délibérément choisi de dire « ce continent » plutôt que « ce pays », pour autant qu’elle le sache, leur région actuelle aurait pu être enclavée. Mitsuha et son groupe avaient été séparés lors d’une attaque par des bêtes sauvages, mais sinon elle ne se souvenait de pas grand-chose, seulement qu’elle s’était retrouvée dans la maison de Colette au moment où elle se réveillait.

Mitsuha ne connaissait pas non plus le système de caste de ce monde, alors elle avait évité d’utiliser le mot « noble », mais elle les avait tout de même amenés à croire qu’elle était une membre de haut rang de la société. Son choix était un peu risqué, car pour le dire de manière simple, les relations entre la noblesse et les roturiers n’étaient pas toujours bonnes, ce qui aurait pu être perturbant pour Colette et sa famille. Heureusement, ils ne semblaient pas s’en soucier.

En toute honnêteté, c’était logique, s’était dit Mitsuha. Les vêtements qu’ils m’avaient trouvés n’étaient pas du tout ceux d’un fermier, alors ils ont probablement pensé que c’était quelque chose comme ça. Sinon, il se pourrait peut-être qu’ils ne soient en conflit qu’avec la noblesse locale, et qu’ils ne se soucient pas du tout des nobles étrangers. Ou alors ils ne comprennent rien du tout, si vous voyez ce que je veux dire.

Une fois son histoire terminée, c’était au tour de Mitsuha de poser des questions sur sa situation. Je vais avoir toutes les infos dont j’ai besoin et plus encore ! Elle avait découvert qu’elle avait été inconsciente durant cinq jours. Près d’une semaine… Elle ne pouvait pas reprocher à Colette de s’inquiéter. Mitsuha n’avait aucune idée si c’était dû à l’épuisement et au choc ou si cela avait quelque chose à voir avec ce que la « chose » lui avait fait, mais elle ne se souciait pas vraiment des deux. De plus, ils n’avaient pas oublié de récupérer ses possessions — couteaux, lance-pierres et tout le reste. Comme c’est gentil.

De toute façon, les bêtes qu’ils avaient rencontrées étaient, en fait, des loups. Les villageois avaient rassemblé les cadavres et les avaient réduits en crocs, en fourrure et en viande, ne laissant pas une seule partie se perdre. Ils avaient fendu et mangé la viande, parce qu’elle aurait pourri autrement, mais les crocs et la fourrure n’avaient pas encore été utilisés. Il s’était avéré qu’ils avaient été mis de côté pour Mitsuha, avec un peu d’argent pour la viande. Aww, c’est si doux que ça va me donner des caries ! pensa-t-elle. Mais vu qu’ils croyaient tous qu’elle était sans le sou et qu’ils voulaient lui faire une faveur, il aurait été impoli de sa part de ne pas accepter. Je vais demander à quelqu’un de m’acheter les crocs et la fourrure.

Les villageois étaient extrêmement reconnaissants qu’elle a pu se débarrasser des loups avant qu’ils ne puissent blesser quelqu’un. C’était logique, surtout si l’on considérait que les animaux auraient pu facilement tuer l’une des femmes ou l’un des enfants du village. Colette, par exemple, n’aurait pas eu la moindre chance si elle avait été coincée seule. Mais Mitsuha n’était pas sûre d’avoir tué tous les loups. Ce sont des animaux de meute, n’est-ce pas ? Et vu que c’était une mère louve avec ses petits, il devrait donc y avoir un père aussi, non ?

Elle n’était pas encore convaincue que l’endroit était sûr, mais si les gens du coin le pensaient, elle n’allait pas les contrarier. Les loups d’ici étaient peut-être différents de ceux qu’elle connaissait. Peut-être qu’il était normal que les mères loups de la région emmènent leurs petits en voyage d’entraînement, ou peut-être qu’elle avait eu une séparation difficile et qu’elle ramenait les enfants dans la tanière de ses parents. Peu importe, ça n’a pas d’importance à ce stade, conclut-elle.

Une fois qu’elle avait été amenée ici, Mitsuha avait posé toutes sortes de questions sur le pays dans lequel elle se trouvait : combien valait la monnaie, qu’elle était la ville la plus proche, la capitale, son niveau de développement, etc. — bien sûr elle ne posait pas directement les questions — . Les paysans ne savaient pas grand-chose, évidemment, mais elle était satisfaite d’obtenir environ la moitié des connaissances que les paysans connaissaient par cœur. Quand elle avait terminé, elle avait une autre question qu’elle voulait vraiment poser, mais qu’elle ne pouvait pas faire : Comment se fait-il que Colette en sache plus que ses parents !?

Le troisième jour après son réveil, Mitsuha était allée à l’encontre des objections de sa petite gardienne et s’était promenée seule. Selon les villageois, lorsqu’ils l’avaient amenée des bois, elle était dans un état si terrible que Colette avait été complètement folle de rage. Mais ses blessures apparemment graves avaient guéri depuis, et maintenant on ne voyait qu’un petit bleu sur Mitsuha.

Pourtant, persuader Colette de la laisser partir seule s’était avéré être un défi. Elle avait donné plus de raisons que vous ne pouviez l’imaginer. Ce voyage solitaire était absolument positivement nécessaire pour Mitsuha. Finalement, Colette s’était repliée et était allée chercher du fourrage, même si elle avait jeté un coup d’œil en arrière au moins une douzaine de fois. Après sa disparition, Mitsuha avait vérifié si elle était vraiment seule, puis elle retourna chez elle sur Terre.

Whoa, j’ai manqué tellement d’appels, dit-elle en regardant son téléphone. Eh bien, je ne pouvais pas répondre. Tout le monde doit être mort d’inquiétude… Il vaut mieux que je leur réponde à tous.

Après ça, Mitsuha avait vérifié la boîte aux lettres. Ses factures étant toutes payées automatiquement, il n’y avait donc pas de problème. Elle s’était également rendue au poste de police local pour leur faire savoir qu’elle était saine et sauve. Ils l’avaient beaucoup aidée quand elle traitait avec son oncle et les délinquants qui essayaient de s’en prendre à son argent. Elle voulait apaiser les inquiétudes qu’ils auraient pu avoir au sujet de sa récente disparition.

Ensuite, elle avait apprécié en prenant son premier bain depuis longtemps, elle mit aussi des vêtements propres et s’était occupée de quelques autres tâches diverses. Elle ne pouvait pas laver les vêtements qu’elle portait, car cela risquerait de paraître étrangement propre, alors elle les avait laissés dans leur état actuel. Elle les enfilerait de nouveau quand elle retournerait dans l’autre monde. Il n’y avait pas non plus de raison d’aller faire du shopping puisqu’elle ne pouvait rien apporter à la maison de Colette. Tout ce qu’elle avait quand Colette l’avait trouvée, c’était un sac à bandoulière bon marché contenant un parapluie pliable, des mouchoirs en papier et un sac à provisions jetable. Patience, Mitsuha… Tu emporteras beaucoup de choses une fois que tu auras quitté le village.

Elle avait terminé ses affaires terrestres et était retournée au village bien avant le soir, mais Colette l’avait quand même interrogée sur ce qu’elle avait fait et où elle était allée. C’est quoi le problème, elle est revenue beaucoup trop vite ! Je suppose qu’elle s’est précipitée parce qu’elle s’inquiétait pour moi.

Mitsuha était tellement occupée à passer d’un monde à l’autre et à ses plans pour devenir riche qu’elle avait complètement oublié les hommes qui l’avaient approchée sur la falaise. Au moment où ils avaient poussé Mitsuha dans le vide, elle avait crié si fort que les couples voisins l’avaient vu tomber. Ils voulaient éviter d’être impliqués tant que les délinquants ne faisaient que la draguer, mais ils ne pouvaient ignorer un meurtre.

Après la chute de Mitsuha, la jeune fille du jeune couple avait poussé un cri strident, son petit ami avait pris des photos des auteurs, le vieil homme avait appelé la police, et sa femme avait pris des photos de leur voiture. C’était un travail d’équipe impressionnant. Les voyous avaient paniqué, criant que ce n’était pas de leur faute et d’autres bêtises de ce genre, puis ils avaient sauté dans leur voiture et ils s’étaient échappés. Mais avec tous les témoins et les photos, ils n’avaient pas mis longtemps à se faire prendre et arrêter. Tout le monde pensait que l’affaire était close.

Mais il s’était rapidement heurté à un mur parce qu’ils n’avaient pas pu trouver le corps de la victime. La police avait même vérifié tous les dossiers locaux à la recherche d’une personne disparue, mais n’avait trouvé personne qui correspondait à la description. Cela s’expliquait en partie par le fait que la victime était décrite comme un enfant allant à l’école primaire où au collège, de sorte que Mitsuha était complètement hors de portée des enquêteurs. Ils avaient plusieurs témoins et les aveux des criminels, mais la victime était une inconnue et son corps était introuvable. La police était perdue.

D’un autre côté, les trois hommes avaient obtenu ce qu’ils méritaient. Mitsuha serait sûrement morte sans sa collision étrange et fortuite avec l’être ancien. Le fait qu’elle ait survécu n’avait rien changé, ils avaient quand même commis un meurtre, il était donc juste de les punir comme il se doit. S’ils étaient relâchés, ils feraient sûrement la même chose et harcèleraient d’autres personnes, transformant d’autres innocents en victimes.

Après le décès de sa famille, Mitsuha avait mis fin à leur abonnement au journal. La télévision par câble et Internet étaient plus que suffisants pour elle. Les journaux se seraient aussi empilés rapidement, et elle n’aurait pas pu se donner la peine de les retirer, sans compter que le facteur les entassait toujours dans la boîte aux lettres comme s’il empaillait ses rêves brisés, pour que les gens puissent savoir si Mitsuha était à la maison ou non. Si certains types louches avaient découvert qu’elle n’était pas là aussi souvent, sa propriété aurait été en danger.

***

Partie 2

Mitsuha n’était pas sur Terre lorsque l’incident de la falaise faisait la une des journaux, et même lors de cette dernière visite, elle avait été trop occupée à répondre à tous ses messages manqués pour regarder la télévision ou naviguer sur le Web. Elle n’avait pas eu l’occasion de voir l’histoire, et à son retour, tous les médias l’avaient complètement abandonnée. Mitsuha n’avait jamais entendu parler de l’enquête et n’avait même pas rappelé les hommes présents sur les lieux.

De retour dans l’autre monde, il était presque temps pour Mitsuha d’aller de l’avant. Sept jours s’étaient écoulés depuis son bref retour à la maison, et ses blessures avaient si bien guéri qu’elle avait dû cacher le fait qu’elles ne laissaient pas une seule cicatrice. Certains villageois avaient volontiers acheté les crocs de loup et la fourrure. Apparemment, les peaux de loups juvéniles étaient des marchandises de qualité, elles ne présentaient pas autant de dommages que la peau d’adulte, de sorte que les trois peaux que Mitsuha avait vendues lui avaient rapporté une jolie somme. Les acheteurs avaient aussi parlé de raffiner les matériaux et de les vendre à la ville voisine. Vous avez donc un contact avec une ville, se dit-elle.

Dotée de ses fonds nouvellement acquis, Mitsuha pouvait maintenant dire à tout le monde qu’elle voulait partir en voyage. Elle avait prévu de se rendre à la ville où résidait le seigneur local, puis de se rendre à la capitale à partir de là. D’après ce qu’elle avait appris, la ville du seigneur local n’était pas si impressionnante. Bien qu’elle ne soit pas aussi rurale que ce village, elle correspondait pourtant assez bien à l’image du village. Néanmoins, c’était la ville la plus développée de la région, le point de départ pour les calèches allant à la capitale et, surtout, le lieu où vivait le seigneur local.

Après sa rencontre avec les loups, Mitsuha s’était liée d’amitié avec d’autres villageois que Colette, ce qui l’avait aidée à apprendre beaucoup plus. Tous avaient pris soin de la remercier, et les aînés — pensant qu’elle ne pouvait pas bouger à cause de ses blessures — s’assirent pour discuter avec elle. Les villageois ne savaient pas grand-chose individuellement, mais une fois qu’elle avait tout rassemblé, elle avait obtenu une quantité impressionnante d’informations. En fin de compte, elle avait appris à mieux connaître la ville voisine et la famille du seigneur local que toute autre personne présente.

Je vais commencer par embobiner le seigneur, décida Mitsuha.

Selon les villageois, c’était une personne étonnamment bonne pour un noble. Il chérissait ses sujets, n’hésitait pas à reporter les impôts en cas de mauvaises récoltes… En gros, les gens avaient touché le jackpot avec lui. En plus de cela, il était comte, ce qui signifiait qu’il avait aussi beaucoup d’influence dans la capitale. Après tout, si vous ignoriez les ducs, qui étaient de sang royal, les seuls au-dessus des comtes étaient les marquis.

La ville est à environ dix-huit milles de là, pensa Mitsuha. Du moins, c’est ce que je pense d’après ce que les villageois m’ont dit. Mais s’ils couraient à la vitesse de 19 km à l’heure, alors ces trente kilomètres pourraient facilement être faits ! Ugh, d’accord, assez de ça. Pour l’instant, je dois me concentrer sur le fait de gagner les faveurs du comte pour pouvoir me rendre à la capitale en calèche. J’ai vraiment besoin de son soutien.

Quoi ? Vous vous demandez comment je vais payer la voiture et me débrouiller dans la capitale ? Bien sûr, l’argent que j’ai ici ne suffira pas, mais encore une fois, c’est là que le compte entre en jeu.

De plus, elle n’avait pas encore surmonté son plus gros obstacle.

« NON, NON, NON, NOON ! », hurla Colette.

« NE PARS PAS ! »

Mitsuha ne pouvait pas se résoudre à blâmer la fille. Elles avaient toutes les deux sauvé la vie de l’autre, et il n’y avait pas beaucoup de filles de son âge dans le village. Si Colette n’était pas en train de chercher de la nourriture, elle était partout avec Mitsuha, surtout après que cette dernière eut subi de graves blessures.

« Désolée, mais je dois y aller », lui dit Mitsuha.

« Je voulais faire ça depuis le début. En plus, mon peuple et moi avions convenu de nous retrouver dans la capitale si quelque chose tournait mal. »

« M,mais, mais… ! »

Colette ne voulait tout simplement pas céder. Même ses parents n’avaient pas réussi à la calmer.

« Très bien, alors faisons une promesse. Quand je serai installée dans la capitale, je reviendrai te raconter tout ça. Et si jamais tu y vas, je m’assurerai de te voir quoiqu’il arrive. »

Colette gémissait, mais se calmait lentement.

« Tu es une fille intelligente. Tu sais que tu ne peux pas m’arrêter, hein ? Alors, s’il te plaît… Fais-moi un beau sourire. Je penserai à toi tout le temps jusqu’à ce que je te revoie, et je ne veux pas me souvenir de toi comme ça. »

« Hic… »

Colette avait poussé un autre sanglot, puis elle força ses lèvres vacillantes à sourire. Son père, Tobias, s’émerveilla à cette vue.

« Cette fille est pratiquement une séductrice ! », chuchota-t-il.

C’est vrai, c’est impoli !

Le lendemain matin, les villageois avaient vu Mitsuha partir, elle avait finalement pris le chemin en direction de la ville. Elle avait un sac rempli de nécessités : un gallon d’eau et quatre repas, dont deux légers. Les villageois s’étaient dit que, puisque le voyage prendrait une journée entière pour un adulte, cela prendrait deux jours pour Mitsuha. Ils avaient rempli son sac en conséquence, sans même laisser un pouce pour autre chose.

Mitsuha n’avait pas apporté grand-chose en premier lieu, mais les villageois avaient essayé de la charger de couvertures et d’autres fournitures. Si elle les avait apportées, elle n’aurait pas pu se tenir debout, et encore moins marcher. Certaines personnes avaient même proposé de l’accompagner, mais elle avait fermement refusé. Ce serait vraiment mauvais pour moi.

Quoi qu’il en soit, elle avait plus ou moins dû quitter le village de force. On lui avait dit qu’il était rare que quelqu’un aille en ville. Que le voyage aller-retour prendrait deux jours, trois si vous y passiez une nuit. C’était tout simplement trop loin pour que quiconque puisse s’y rendre sans avoir des affaires sérieuses à régler. Séjourner dans l’une des auberges de la ville était aussi un petit luxe. Le village était en grande partie autosuffisant, de sorte que les gens d’ici ne gagnaient pas assez d’argent pour pouvoir se payer une chambre, de la nourriture et des marchandises.

En fin de compte, personne n’allait en ville sans une très bonne raison. Tout ce qu’ils ne pouvaient pas se procurer dans le village pouvait souvent être acheté auprès des marchands ambulants qui passaient de temps en temps. Ils acceptaient même les demandes et faisaient de leur mieux pour apporter les articles lors de leur prochaine visite.

Mitsuha était bien consciente du fait qu’elle pouvait choisir de ne pas aller en ville, et ils ne le sauraient pas. Si certains villageois décidaient de partir de cette façon dans quelques semaines ou quelques mois, elle doutait qu’ils se promènent en demandant des nouvelles d’elle. Même s’ils le faisaient, ils n’apprendraient rien parce qu’elle n’y serait jamais arrivée. Ce n’est pas comme si je n’avais pas prévu d’aller en ville, pensait-elle. Je vais juste être complètement en retard.

Mitsuha avait maintenant une parfaite compréhension de son mouvement transcontinental, le « saut du monde », comme elle aimait l’appeler. La « chose » avait installé cette compréhension directement dans son cerveau. D’après le manuel intangible, la première zone vers laquelle elle avait sauté avait été déterminée au hasard, mais maintenant elle pouvait aller où elle voulait.

Il y avait une mise en garde : elle ne pouvait se rendre qu’à un endroit qu’elle pouvait imaginer, ce qui, dans ce cas-ci, signifiait un endroit qu’elle avait déjà visité auparavant. Elle pouvait sauter d’un endroit à l’autre en utilisant l’autre monde comme tremplin. Pour cela, elle devait d’abord s’y rendre en utilisant les méthodes normales, mais une fois cela fait, elle pouvait s’y rendre quand elle le voulait. Donc pour l’instant, Mitsuha alla directement en ville, puis revint sur Terre pour faire quelques préparatifs. Après tout, il ne serait pas facile de s’approcher du seigneur et de s’assurer un chemin vers la capitale.

Une fois qu’elle avait parcouru une bonne distance à pied depuis le village, Mitsuha se rendit dans sa maison, sauta sur son scooter de confiance, Scooty, puis revint avec dans l’autre monde. Le chemin entre le village et la ville n’était que peu emprunté, les témoins n’étaient donc pas un problème. Même si quelqu’un la rencontrait, elle pourrait revenir sur Terre.

Le terrain n’étant pas très plat, elle ne pouvait donc pas rouler à pleine vitesse, mais elle était arrivée à la périphérie de la ville après seulement une heure de route. Elle n’avait rencontré personne en chemin, tout se passait donc comme prévu.

Ça suffit pour aujourd’hui, Scooty. Je ferai le reste du chemin à pied à mon retour. Maintenant, il est temps de s’activer ! Mitsuha était rentrée chez elle et avait décidé de porter des vêtements décontractés. Elle s’était rendue à pied à la gare et avait pris le train jusqu’à la ville la plus proche possédant une base militaire américaine. Certains Américains étaient également présents, probablement des militaires affectés à la base. On dirait que je n’ai pas besoin d’attendre d’être là pour ce rôle, se dit-elle.

« Excusez-moi. »

Elle avait adressé ses paroles à l’homme le plus intelligent qui soit. Elle avait simplement demandé si le train s’arrêterait à la première ville qui lui venait à l’esprit, l’avait remercié quand il avait répondu et se mit à marcher jusqu’à la voiture voisine. Elle était ensuite sortie à l’arrêt suivant et était retournée à son point de départ. Grâce à cela, Mitsuha avait acquis la capacité de parler, d’écrire et de comprendre l’anglais.

Pourquoi avait-elle choisi cet homme en particulier, demandez-vous ? Eh bien, elle avait utilisé son aptitude à « scanné » le cerveau de la personne à qui elle parlait afin de copier son langage. Normalement, elle serait en mesure d’en apprendre le plus possible sur une langue en interagissant avec de nombreux locuteurs différents, mais comme elle avait un choix limité, elle s’était efforcée de choisir la personne la mieux informée qu’elle avait vue.

Une fois rentrée chez elle, Mitsuha s’était connectée à Internet et avait commencé à faire des recherches. Les mots-clés, les résultats, les sites — tout était en anglais, et elle en avait visionné une multitude de pages dans le cadre de sa préparation.

***

Partie 3

À une centaine de kilomètres de là se trouvait le quartier général d’une petite organisation mercenaire. Le groupe jouissait d’une réputation relativement enviable. Par rapport aux standards mercenaires, bien évidemment.

« Capitaine. Vous avez de la visite », rapporte l’un des mercenaires, qui ouvrit la porte d’un bureau d’apparence ordinaire.

« Je suis presque sûr que je n’avais pas de rendez-vous aujourd’hui », répondit le responsable.

« C’est une visite inopinée. Êtes-vous d’accord ? »

Le capitaine avait pris un moment pour y réfléchir. Ils n’étaient pas en mission majeure, et l’argent résultant des missions mineures pouvait s’accumuler et aider à couvrir les frais de fonctionnement de l’escouade.

« J’arrive dans une seconde… Emmenez-les à la salle de réception. »

« Bien reçu. Héhé, vous serez surpris. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? C’est une nana sexy ou quoi ? »

« Hmm… On peut dire ça. »

Ouais, c’est vrai. Il n’y a pas moyen qu’une femme comme ça puisse venir dans un endroit comme celui-là, pensa-t-il avec incrédulité en se rendant à la salle de réception. Cependant, quand il ouvrit la porte et vit qui l’attendait à l’intérieur, sa mâchoire faillit tomber.

Mon gars ne mentait pas après tout. Merde, je suis vraiment surpris. Il avait regardé la visiteuse dans les yeux. Elle était loin d’être une « fille canon », mais « jolie fille » semblait bien lui convenir.

« Enchantée de vous rencontrer », commença la fille.

« Je m’appelle Mitsuha, et j’ai une requête pour vous… »

Son invitée ressemblait à un écolier du primaire. Elle avait des cheveux noirs soyeux, des yeux sombres et mystiques et un visage bien proportionné, semblable à celui d’une poupée. Le capitaine avait écouté l’intégralité de son monologue avant de prendre la parole.

« Alors, vous me dites que vous voulez apprendre à utiliser des armes légères, vous entraîner au tir, vous entraîner au combat au couteau et à l’épée courte, et qu’on vous achète tout ce qu’il faut pour, hein ? »

Enfant ou pas, c’était une cliente. Et c’était lui qui dirigeait ici, donc il était évident qu’il savait comment parler affaires, même s’il était effrayé par la situation. La fille hocha la tête en réponse.

« Les armes de poing restent la priorité des priorités. En particulier, j’aimerais en avoir un petit que je pourrais porter avec moi en tout temps pour me défendre, un pistolet puissant de grande capacité que je pourrais utiliser comme arme principale, un revolver léger que je pourrais utiliser si les autres se coinçaient, un jeu d’étuis pour les trois, ainsi qu’une formation sur comment les utiliser. Tout le reste est secondaire. L’entraînement au couteau et à l’épée ne sera peut-être pas très utile… alors n’hésitez pas à les passer sous silence. Supposons que c’est juste pour l’intimidation. »

« Il est dit ici que vous voulez aussi apprendre à utiliser des mitrailleuses, des fusils d’assaut, des armes de tireurs d’élite, des grenades et des lance-grenades… Petite dame, qu’est-ce que vous cherchez à faire comme coup ? »

Il n’avait pas pu s’empêcher d’élever la voix. Merde, j’ai perdu mon calme.

« Je ne prévois rien de tel... ! Ce n’est que de la légitime défense. Mon pays est actuellement en proie à des troubles, voyez-vous… Oh, et bien sûr, je paierai d’avance. »

D’où diable es-tu !? Les voyous de ton pays possèdent des tanks ou quoi !?

« Ah, j’ai beaucoup de yens japonais qui traînent en ce moment », avait-elle fait remarquer.

« Ça vous dérangerait si je vous paie avec ça ? »

« Bien sûr, le yen est au moins une valeur bien plus forte que le yuan », avait répondu le mercenaire.

« Mais il y aura cependant des frais quand on le convertira en dollars… Vous allez aussi couvrir ça, n’est-ce pas ? »

« Oh, mais bien sûr. Ça ne me dérange pas du tout. Ah, mais je peux passer à l’utilisation de pièces d’or. Accepteriez-vous aussi ? »

Des pièces d’or ? Sérieusement, qui diable es-tu ? S’il avait pu lever un sourcil plus haut, il l’aurait fait.

« Je n’ai rien contre, mais de quel genre de pièce d’or on parle ? Krugers ? Maples ? »

« Non. Il s’agira de pièce sans nom provenant d’un pays sans nom. Pensez à la valeur de l’or qu’elles contiennent. Je vous apporterai un échantillon plus tôt que prévu, pour que vous puissiez l’évaluer. Mais… »

« Mais ? »

« Gardez à l’esprit que vous devrez peut-être convertir une centaine de ces pièces, non un millier. »

Après qu’ils se soient mis d’accord, la fille était partie. Elle était louche… non… bizarre, mais je devrais accepter ce boulot. Quelqu’un doit couvrir les frais de la brigade, bon sang ! Le capitaine était presque sûr d’avoir fait le bon choix, mais pour une raison quelconque, la main tenant sa cigarette tremblait encore. Il avait ordonné à un de ses subordonnés de la suivre. Maintenant, je dois attendre qu’il revienne.

« Je suis de retour, Capitaine », avait dit l’homme en question en arrivant.

Uhh, ok, c’était un peu trop rapide.

« Comment ça s’est passé ? »

« Désolé, mais… Je l’ai perdue. »

Quoi ? Quoi ? Elle s’était débarrassée de ce type ?

« Je l’ai vue tourner au coin de la rue en sortant de la base, mais quand je l’ai poursuivie, elle était partie. J’ai regardé autour de moi, mais je ne l’ai trouvée nulle part. »

« Qu’est-ce que c’est que ces conneries !? Il n’y a plus de virages à des kilomètres à la ronde ! »

Son subordonné n’avait pas donné de réponse. Il n’avait rien d’autre à dire non plus. Mec, je suppose que j’ai vraiment besoin de prendre les armes, pensa-t-il en regardant les objets sur son bureau. Il y avait un épais rouleau de yen et un morceau de papier avec les mensurations de Mitsuha dessus. Ils avaient besoin de sa taille pour savoir quel genre d’étuis lui donner.

Une taille A, hein…

◇ ◇ ◇

Purée, c’était vraiment stressant ! pensa Mitsuha.

Sa conversation avec le chef des mercenaires, c’était la première fois qu’elle parlait à quelqu’un en anglais en dehors de ses cours. De plus, son statut d’étranger et de mercenaire ne l’avait pas du tout aidée à se calmer.

Garder le rôle d’une dame de grande classe était vraiment difficile ! J’étais complètement trempé de sueur ! Une fois ses affaires terminées, elle avait disparu de la base des mercenaires. Ils avaient peut-être envoyé quelqu’un pour la suivre, mais ça n’avait pas d’importance. Elle était sortie par la porte d’entrée, avait tourné à droite et s’était téléportée.

Elle avait choisi ce groupe particulier après des heures de recherche en ligne. Elle avait été surprise de voir à quel point les groupes de mercenaires étaient variés. Certains étaient énormes, d’autres petits, certains étaient intègres, d’autres encore se comportaient comme des ordures, et ainsi de suite… D’un autre côté, c’était peut-être étrange d’appeler les mercenaires « intègre ». Pourtant, elle avait opté pour celui qui paraissait le plus honnête de tous.

Si elle avait senti qu’elle faisait une erreur, elle n’avait qu’à faire machine arrière. Rester hors de leur radar semblait assez facile. Et s’ils essayaient de me capturer ou de me violer, je les écraserais. Si leur armurerie était soudainement vidée, ou si leurs fonds et documents disparaissaient avec leur coffre-fort, les mercenaires auraient les mains trop occupées pour s’occuper d’une fugitive. En tant que personne voyageant entre différents mondes, je pourrais devenir une grande voleuse, une tueuse ou un terroriste… Mais ce n’est pas mon style ! Teehee ! Elle espérait seulement que cette nouvelle relation ne tournerait pas mal.

Quant à la façon dont elle était arrivée dans un autre pays si facilement… Elle avait eu une révélation.

Au départ, elle avait eu l’impression que, parce qu’elle avait besoin d’une image mentale concrète de l’endroit où elle voulait aller, elle devait l’avoir été au moins une fois. Mais il lui était venu à l’esprit de tenter une petite expérience. Elle avait absorbé des émissions de télévision, des films et des journaux télévisés qui montraient un lieu spécifique, puis avait vérifié une photo satellite de ce lieu. Cela lui avait donné une image mentale aussi bonne que — non, même meilleur que celle qu’elle aurait si elle l’avait vue en personne.

Le résultat ? Un succès total.

Mitsuha pourrait maintenant aller à de nombreux endroits différents en dehors du Japon. Cependant, elle ne pouvait utiliser cette tactique que sur Terre. Après tout, il n’y avait pas de photos ou de satellites dans l’autre monde, ce qui signifiait qu’elle devrait se rendre à destination au moins une fois. Comme c’était horrible.

Je suis en train de dépenser l’argent de maman et papa… Mais finalement, c’est comme n’importe quel investissement initial. C’est une dépense nécessaire.

Ses pensées s’étaient dirigées vers un collier sur la table. C’était un vrai produit de luxe. Le collier était orné de perles d’un centimètre d’épaisseur et lui avait coûté plus d’un million de yens (8000 euros). C’était en fait sa meilleure arme, donc elle n’avait pas pu se contenter de quelque chose de bon marché.

Juste à côté se trouvait un couteau pliant Gerber. Pas celui que Tsuyoshi avait laissé derrière lui, mais un nouveau qu’elle venait d’acheter. Il y avait aussi un couteau suisse et un couteau de chasse Randall. Sur un cintre voisin, il y avait une robe de grande valeur — et en fait assez chère —, associée à une paire de chaussures à talons. En outre, il y avait quelques ensembles de vêtements de rechange, ainsi que quelques accessoires. Mitsuha avait soigneusement mis tout dans un grand sac à dos, s’était habillée et s’était équipé tout ce qu’elle pouvait.

Très bien ! On déménage !

Très vite, elle se retrouva devant une grande porte. Prenant une grande respiration, elle s’était préparée. Il était enfin temps de passer à l’étape suivante de son plan. Elle avait saisi le heurtoir et avait frappé à la porte, ce qui avait créé de gros bruits sourds. Bien que personne ne puisse l’entendre, elle cria en elle-même.

Il y a quelqu’un !

***

Chapitre 5 : Si les perles sont une arme, Mitsuha est une Arme de Destruction Massive!

Partie 1

« Maître Bozes, vous avez de la visite », annonça le majordome.

« Quoi ? J’étais sûr que je n’avais pas de tels arrangements aujourd’hui », répondit le comte Bozes. Sa curiosité était piquée. Stefan était un majordome fiable qui avait servi la famille Bozes pendant plus de deux générations. Il n’était pas du genre à faire des erreurs absurdes et il n’était pas du genre à annoncer l’arrivée de visiteurs importuns et indignes de confiance.

A-t-il peut-être jugé l’invité digne de m’être présenté ? se demanda le comte. Bien, je vais faire confiance en son jugement.

« Très bien. Laissez-les entrer dans la salle de réception, je les rejoindrais dès que je serai prêt », a-t-il ordonné.

Mais Stefan s’est attardé.

« Dois appeler votre dame et vos enfants ? », demanda-t-il.

Quoi ? Il dit que ma famille devrait se joindre à moi !? Qu’est-ce qu’il pense ?

« Appelle-les, alors. »

« Comme vous le voulez. »

J’ai choisi de faire confiance en son jugement, et je le ferai jusqu’à la fin.

Assez rapidement, le comte se trouva dans la salle de réception, accompagné de toute la famille Bozes : sa femme, Iris, son premier-né, Alexis, son deuxième fils, Théodore, et sa fille, Béatrice. Leur salle de réception faisait pâle figure par rapport à la grandeur des salles de réception du palais royal. Une grande table, plutôt simple, entourée de chaises meublait la pièce.

Convoquer la famille pour rencontrer un invité qui n’avait pas été prévenu, c’était du jamais vu. La femme et les enfants du comte Bozes semblaient déconcertés et mal à l’aise. Il ne leur avait rien dit, car il s’était fait prendre au dépourvu. Mais c’était une chose sur laquelle il ne pouvait tout simplement pas parler. J’espère que ce n’est pas une erreur, Stefan.

Finalement, le majordome conduisit l’invité à l’intérieur.

« Voici Dame Mitsuha von Yamano. Elle vient du Japon. La dame prétend être venue saluer le comte Bozes. »

La fille l’avait énormément surpris. Elle avait des cheveux noirs soyeux et bien soignés, un visage comme celui d’une poupée et des vêtements comme il n’en avait jamais vu auparavant. Le vêtement avait l’air confortable et avait de nombreuses poches, tandis que la ceinture qu’elle portait supportait des couteaux et d’autres outils curieux. Il n’avait jamais entendu parler de son pays, mais il se demandait comment une noble dame — une fille d’à peine plus de dix ans — avait fini par voyager sans suite. Il était furieux. Non pas contre la fille, mais contre ses parents et toute sa maisonnée qui l’avait laissée faire.

Pourquoi ne l’avaient-ils pas arrêtée ? Comment avaient-ils pu permettre ça !?

« Enchantée de vous rencontrer. Je suis Mitsuha von Yamano », dit-elle pour se présenter.

« Comme je venais d’un pays lointain, j’ai pensé que je devais me présenter au seigneur de la région, alors j’ai imploré votre majordome afin qu’il puisse m’accorder une audience avec vous. Mes excuses pour cette décision si audacieuse. »

Un discours si raffiné à un si jeune âge, s’émerveilla le comte. Je peux comprendre pourquoi Stefan lui a permis d’entrer.

« Je vois. Le long voyage jusqu’ici a dû être épuisant », avait-il répondu.

« N’hésitez pas à vous reposer ici aussi longtemps que vous en aurez besoin. Maintenant, si je peux demander… Pourquoi, si vous venez d’un pays si lointain, avez-vous choisi de faire appel à nous plutôt qu’au noble de la capitale ? »

C’était la norme pour les étrangers de se diriger directement vers la capitale. Il ne voyait pas une seule raison de s’arrêter dans une ville comme celle-ci.

« Oui, je peux comprendre pourquoi c’est curieux. En me rendant à la capitale, j’ai été attaqué par des bêtes sauvages, et les gens de cette région m’ont sauvé la vie. Je suis venu vous informer de leurs actions et vous exprimer mon immense gratitude. »

« Quoi ? Vraiment !? », dit-il avec surprise.

Comme c’est délicieux ! Plutôt que de piller ou de tuer, mon peuple a fait des pieds et des mains pour aider une étrangère qui vient maintenant exprimer ses remerciements. Et mes enfants sont aussi là pour le voir. Quelle belle journée ! Le comte se réjouissait tandis que Dame Mitsuha avait sorti quelque chose de sa poche.

« Bien qu’il s’agisse d’une maigre offrande, il y a quelque chose que j’aimerais que vous ayez », avait-elle dit.

« Ça vient aussi de mon pays. Veuillez l’accepter en gage de ma gratitude. »

Stefan lui prit l’objet et l’apporta au comte.

« Qu’est-ce que c’est… ? », se demanda-t-il à haute voix.

Son poids imposant indiquait que c’était métallique, mais il avait une couleur brillante et un toucher élégant. C’était un objet élaboré qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il n’imaginait pas à quoi cela servait, mais il comprenait que c’était l’œuvre d’un maître artisan.

« C’est un couteau pliable et polyvalent », avait ajouté la fille.

« Un couteau !? Ça !? », s’exclama-t-il.

Il était détaillé et semblait valoir une petite fortune, mais il ne pouvait pas s’imaginer à quel point cet objet aussi difficile à prendre en main n’était en fait qu’un couteau, et encore moins un couteau pliable.

« Oui. Bien que ce ne soit pas le genre de couteau qu’on utilise au combat », expliqua-t-elle.

« C’est plus un outil qu’une arme. Il y a plusieurs petits outils cachés à l’intérieur : une lame, des ciseaux et une lime, entre autres. Vous le comprendrez si vous pincez le côté avec les ongles et si vous le tirez vers vous. »

Le comte avait fait ce qu’on lui avait dit et avait réussi à sortir les outils.

« Tant de détails », dit-il, alors qu’il était stupéfait par l’objet.

Il n’était pas seul, ses enfants l’entouraient, le regardant avec une grande curiosité.

« C’est vraiment remarquable. Je sens que je dois donner quelque chose en retour. Dame Mitsuha, que comptez-vous faire ensuite ? »

« J’ai l’intention de me rendre à la capitale d’ici. »

« Vous ne devez pas le faire ! »

Il se leva brusquement, élevant la voix.

« Il fera bientôt nuit ! Sans parler du fait qu’un enfant comme vous ne devrait jamais partir seul pour de si longs voyages ! Je ne peux pas permettre ça ! »

Il avait laissé tomber son ton noble et trop poli pour crier, mais c’était le cadet de ses soucis.

« Attendez trois jours », avait-il ajouté.

« Une calèche en direction de la capitale arrivera. Vous pourriez la prendre. »

« C’est assez embarrassant, alors pardonnez-moi, mais… Je ne crois pas avoir assez d’argent pour payer la calèche… »

Hein ? La réponse inattendue de Dame Mitsuha l’avait rendu sans voix. Une fille vêtue de si beaux vêtements, qui vient de me remercier avec un outil valant des douzaines de pièces d’or, ne peut pas se permettre une simple calèche ? Oh, bien sûr… Elle et son groupe étant séparés, ce sont sûrement eux qui détenaient les fonds. C’est logique, aucune fille noble ayant un groupe ne paie jamais les choses par elle-même.

« Ce soir, vous pouvez rester ici », déclara le comte.

« Et j’attends une explication plus tard. »

Il voulait qu’elle se repose avant de se joindre à eux pour le dîner, alors il avait ordonné à Stefan de la conduire à la chambre d’amis. Juste après leur départ, il avait posé ses coudes sur la table et ses mains sur la tête.

« Chéri », sa femme lui parla.

« Désolé, mais permets-moi de rassembler mes pensées », l’avait-il interrompu en fronçant les sourcils. Iris sourit faiblement et conduisit les enfants hors de la pièce. Le comte Bozes, tout seul, se demanda : « Qui est cette fille ? »

Le majordome des Bozes avait vu Mitsuha dans la chambre d’amis. Bien qu’elle montrait une expression sans prétention, elle souriait à l’intérieur, se disant, Victoire !

Une fois seule, Mitsuha avait commencé à sortir ses affaires de son sac à dos. La robe soigneusement emballée, les chaussures à talons protégés par du matériel d’emballage, le couteau pliant rangé dans son étui et le luxueux collier de perles qui attirait le regard. Les préparatifs se déroulaient à merveille.

Je suis une nouvelle Mitsuha maintenant, pensa-t-elle. Je ne suis plus Mitsuha Yamano, mais Mitsuha von Yamano… Une fille de la noblesse venant d’un pays lointain ! Je jouerai le rôle d’une héroïne courageuse qui cache sa véritable identité pour vivre comme une roturière dans ce pays ! Attendez, non, je ne vais pas simplement « jouer le rôle »… Je deviendrai véritablement ça ! Elle s’était convaincue avec de telles pensées tandis qu’elle se regardait dans un miroir.

Mitsuha avait abandonné l’idée d’essayer de jouer la roturière normale dès le premier jour. Elle n’aurait pas pu agir comme une fermière, même si elle l’avait voulu. Ils l’auraient soupçonnée dès qu’ils auraient vu ses mains propres et sans taches.

Quelques heures plus tard, Stefan était venu escorter Mitsuha au salon. En la voyant, il avait été tellement sidéré qu’il avait accidentellement émis un cri de surprise. C’était peut-être la plus grande gaffe que le maître d’hôtel à la volonté de fer ait jamais commise.

« Maître Bozes, j’ai amené Dame Mitsuha », dit Stefan.

« Excellent. Conduisez-la à sa place. »

Contrairement à l’audience précédente entre Mitsuha et eux, il s’agissait d’un dîner familial informel et non un dîner officiel avec un invité. Il n’y avait pas besoin d’utiliser un langage embelli.

Au moment où Mitsuha entra dans la salle, toute la famille Bozes oublia brièvement comment respirer. Elle était vêtue d’une robe d’un blanc éclatant et pur, des chaussures émaillées et d’un collier de perles d’une valeur inimaginable. Cependant, tout cela n’était que des acteurs secondaires qui s’efforçaient de mettre en valeur la beauté de la jeune fille. Tout le monde était silencieux, et on avait l’impression que le temps s’était arrêté.

Soudainement, un bruit brisa le charme. Stefan avait fait un pas particulièrement fort, ramenant le comte à la réalité. Les autres ne tardèrent pas à suivre, quoique maladroitement. Iris, en particulier, ne pouvait pas quitter le collier des yeux.

« Merci beaucoup à tous de m’avoir invitée », dit Mitsuha en soulevant l’ourlet de sa jupe et en s’abaissant d’une simple révérence. Elle avait ensuite pris place dans la chaise que Stefan lui avait présentée.

« Faites comme chez vous », dit le comte, qui s’appelait Klaus Bozes.

« Une fois de plus, bienvenue au manoir des Bozes. C’est une réunion de famille. Pas besoin de vous préoccuper des bonnes manières et autres, et n’hésitez pas à dîner à votre guise. Si vous êtes trop tendue, la nourriture ne sera pas aussi bonne. »

Mitsuha avait simplement répondu avec un sourire.

Pendant qu’ils mangeaient, ils ne parlaient que des choses les plus inoffensives. Klaus s’était excusé de ne pas avoir présenté sa famille lors de la première réunion et avait procédé de la sorte. Mieux vaut tard que jamais, bien sûr. Ils s’étaient mis à discuter des spécialités du comté, des endroits qui vendaient les meilleurs aliments, et ainsi de suite.

***

Partie 2

C’était amusant, mais pas vraiment fructueux. Mais après le dîner, avec seulement du thé, de l’alcool et des collations sur la table, il était enfin temps de mettre le sujet principal sur la table. Tout le monde était tendu, y compris Mitsuha.

« Maintenant, Lady Mitsuha », lui demande Klaus.

« O-Oui !? », lui avait-elle répondu.

« Oh, pas besoin d’avoir une telle réaction. Relax, ce n’est rien de grave. »

« Entendu », répondit-elle, toujours tendue. Se détendre n’était pas vraiment facile dans cette situation.

« Maintenant, pourriez-vous me dire qui vous êtes vraiment ? Si possible, j’aimerais une réponse honnête. »

Voilà, on y est !, pensa Mitsuha.

« Je viens effectivement d’un pays lointain », commença-t-elle.

« Je me suis présentée en utilisant mon nom de famille pour obtenir une audience, mais maintenant que je suis à l’étranger, le statut social que j’avais dans mon pays natal est presque vide de sens. »

Rien de tout ça n’était un mensonge. Elle venait en effet d’un pays très lointain et avait utilisé son nom de famille pour rencontrer le comte, que ce nom soit réel ou non. Mais à partir de ce moment, les vannes de ses mensonges étaient grandes ouvertes.

« Quant à savoir pourquoi j’ai quitté mon pays, eh bien… Il y avait un conflit pour savoir qui serait l’héritier. Mon père est décédé des suites d’une maladie, et il était évident que mon jeune frère, sage et gentil, prendrait sa place. Cependant, certains imbéciles ont insisté sur le fait que j’étais la meilleure candidate. Donc, avant qu’ils ne puissent faire de moi leur successeur et commettre des actes répréhensibles, j’ai laissé une lettre écrite à la hâte et ma maison derrière moi.

Je crois qu’ils avaient l’intention de faire de moi l’héritier afin de me forcer à épouser l’un de leurs fils et éventuellement usurper le nom de ma famille. Si j’étais restée à proximité, j’aurais pris le risque d’être capturé, e alors j’ai navigué vers ce continent. Je n’ai apporté que quelques effets personnels, dont ce collier, un souvenir de ma mère. »

Mitsuha avait raconté son histoire de manière raffinée.

Oh, je pense que je peux comprendre ceux qui ont insisté pour qu’elle soit l’héritière, pensa Klaus. Ils doivent être bouleversés qu’elle se soit enfuie à cause d’eux… Il avait pitié des vassaux inexistants.

« Quoi qu’il en soit, je ne peux plus y retourner, alors j’ai décidé d’essayer de vivre dans ce pays », avait poursuivi Mitsuha.

« Si je vends le souvenir de ma mère, je devrais avoir les fonds dont j’ai besoin… »

« VOUS… QUE VOUS VENDIEZ CAAA !? », hurla Iris.

« Savez-vous quel genre de collier c’est !? »

« Ah, oui. Ce sont de vraies perles, donc j’imagine qu’elles ont beaucoup de valeur. Vous insinuez que ce sont des fausses ? »

« Huh …!? Vous ne comprenez vraiment pas ! »

Iris était si agitée qu’elle avait commencé à frapper la table.

« Écoutez, ma fille, les prix des perles sont très variés. La valeur change en fonction de la couleur, de la forme, de la taille, de l’épaisseur de la nacre, et plus encore. Maintenant, pensez à votre collier ! Les perles sont parmi les plus grandes en taille, et sont presque parfaitement sphériques ! La couleur profonde me dit tout sur l’épaisseur de la nacre !

Et en plus il y en a un set complet !! Une ou deux perles suffisent amplement ! Vous pourriez en faire de belles bagues, des boucles d’oreilles, des épingles à cheveux, ou des broches justes avec cela. Mais un collier entier, fait de ces perles de haute qualité !? Qu’est-ce que c’est que ces bêtises !? Savez-vous combien de coquillages vous devez ouvrir pour trouver une perle !? Et combien de ces perles conviendraient à de tels accessoires !? Un collier fait des plus belles et les plus éclatantes perles que vous puissiez avoir !? Impossible ! Cela ne devrait tout simplement pas exister ! »

Elle avait encore frappé la table.

En voyant leur douce mère devenir si menaçante, les enfants avaient eu peur.

« Dame Iris, voulez-vous l’avoir… ? », demanda Mitsuha.

Son offre explosive avait transformé Iris en pierre. Elle regarda lentement et d’une manière rigide Klaus. Les mouvements tectoniques dans son cou étaient pratiquement audibles.

Klaus pâlit et demanda :

« I, Iris, quel serait le prix pour ça ? »

« Le prix ? Absurde. Encore une fois, c’est quelque chose qui ne devrait pas exister. C’est un trésor inestimable et unique en son genre. C’est un symbole de statut dont vous pouvez vous vanter n’importe où dans le monde, et personne ne pourra espérer vous égaler. C’est un trésor de rêve, et l’histoire se souviendrait de vous comme la personne qui l’avait possédé. Croyez-vous vraiment qu’un roi ou un marchand fortuné s’opposerait à se séparer de ses richesses pour cela ?

Oh, et gardez à l’esprit que vous ne devez pas l’apporter aux enchères. Les gens essayeraient de vous le prendre de force et n’hésiteraient pas à tuer pour l’obtenir. Et celle qui l’a présenté — vous — serait kidnappée le même jour, puis interrogée violemment sur l’endroit où vous l’avez eu. »

HEIN ! C’EST BIEN PLUS IMPORTANT QUE CE QUE JE PENSAIS !

Mitsuha frissonna devant les paroles de la dame. Elle avait acheté le collier en supposant que les perles de culture n’existaient pas ici et qu’elles se vendraient donc à un bon prix, mais c’était au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer. Elle savait qu’un accessoire bon marché dans un monde pouvait être un véritable trésor dans l’autre, mais elle n’avait aucune idée qu’un collier de perles de culture serait aussi puissant.

J’aurais dû opter pour un collier à 300 000 à 500 000 yens (2430 à 4050 euros), pas pour un collier luxe à 1,3 million de yens (10 530 euros). Ou peut-être que j’aurais dû choisir des pierres artificielles… Mitsuha avait essayé de garder à l’esprit que certains types de bijoux pouvaient perturber le marché et qu’elle pouvait être traquée pour en trouver la source. C’était pour cela qu’elle l’avait apporté directement au manoir des Bozes, pour le garder hors du marché.

Cet échange est mon pari décisif, pensait-elle. J’étais sûre que je m’en sortirais avec assez d’argent et d’alliés pour avoir ma propre maison. C’était pourquoi j’avais opté pour le plus cher que j’avais pu trouver, et… Ah !

« Dame Iris… Et si je le casse afin d’en vendre les perles ! »

Mitsuha avait immédiatement été abattue par le regard foudroyant d’Iris.

« LE BRISER !? C’EST UN TRÉSOR DIVIN DIGNE DES DÉESSES ! VOULEZ-VOUS VOUS ATTIRER LA COLÈRE CÉLESTE ? »

Qu’est-ce que je suis censée faire maintenant !? Après un bref silence, elle décida d’essayer à nouveau de le vendre. Elle n’avait pas le choix.

« Mais que dois-je faire si je ne peux pas le vendre ? Je n’ai pas d’argent et je ne peux compter sur personne dans ce pays. Je serai dans une impasse. Aussi joli soit-il, ce collier ne m’est d’aucune utilité. Je préfère avoir les moyens de subvenir à mes besoins ! »

« Mais n’est-ce pas un souvenir de ta mère ? », demanda le comte.

« Maman ne voudrait pas que je m’y accroche si fort que j’en meurs de faim. Elle préférerait que je le vende afin que je puisse vivre une vie heureuse. »

« H, Hmm, je suppose que c’est vrai… »

Le comte faisait de son mieux pour empêcher toute vente de l’objet, mais son argument l’avait fait taire.

« C’est pourquoi j’aimerais que Dame Iris l’ait. Personne n’obligerait une comtesse à lui dire d’où il vient, et il n’apparaîtra pas sur le marché, donc il n’y aura pas de bouleversement. »

« Mais le prix… »

Le comte se raidit. Il était temps pour elle d’aller droit au but.

« Je n’ai besoin que d’assez d’argent pour ouvrir un magasin dans la capitale. Je peux m’occuper du reste moi-même ! »

« Mais Mitsuha, vous… »

Dame Iris avait l’air complètement décontenancé, mais Mitsuha ne pouvait pas s’arrêter maintenant. Elle avait déjà un plan.

« C’est très bien. Et puis, » dit-elle en levant les yeux vers elle, « Je veux vraiment que vous l’ayez. Si jamais j’ai besoin de me souvenir de ma mère, vous pourrez me serrer dans vos bras en le portant et… »

Elle se tut tout en baissant ses yeux. Dame Iris trembla, des larmes lui montèrent aux yeux.

« Oh, Mitsuha ! »

Elle s’était précipitée, sa chaise était tombée alors qu’elle serrait Mitsuha dans ses bras.

« Dame Iris… »

Oui ! Ça marche ! pensa Mitsuha. Ces nobles n’avaient aucun téléviseur, peu de livres qu’ils pouvaient lire pour s’amuser, et à peine d’autres formes de divertissement. Leur seul accès aux romances était par le biais de pièces de théâtre — des événements rares, même pour les élites — et d’histoires de leurs mères ou de leurs infirmières au moment du coucher. Ils n’avaient à peu près aucune résistance aux romances classique, alors ils s’étaient rapidement accrochés à la sienne.

Bien sûr, les Bozes n’étaient pas des imbéciles. En fait, ils étaient tout à fait capables. Mais comme on l’avait dit à Mitsuha, toutes les personnes de cette famille étaient gentilles et généreuses. Peut-être que Mitsuha aurait choisi une autre voie si celle-ci présentait des inconvénients, mais il n’y en avait pas. La situation actuelle était avantageuse pour toutes les parties concernées.

***

Partie 3

Après que tout le monde se soit calmé et que la salle soit redevenue paisible, les trois enfants, qui n’avaient pu se résoudre à parler au nom de leur père ou de leur mère enragée, avaient finalement rejoint la conversation. Ils mouraient d’envie de parler à Mitsuha.

« Mitsuha, tes beaux cheveux noirs, tes yeux sombres et mystificateurs… », dit l’aîné.

« Ce doivent être des cadeaux d’une déesse, qui t’a été accordée à toi seule… »

« Ah, la plupart des gens de mon pays ressemblent à ça. »

Alexis, le premier-né avait atteint l’âge de dix-sept ans quand il fut été abattu en quelques secondes. Dites une prière pour lui, si vous le voulez bien.

« Mitsuha, ce couteau polyvalent que tu as donné à papa est tout simplement incroyable. As-tu apporté autre chose de ton pays ? », demanda Théodore.

C’était le benjamin, il était âgé de quinze ans. On pouvait dire qu’il était prudent rien qu’en regardant son visage. Dans un RPG, il serait sans aucun doute un mage.

« Oh, j’ai aussi un couteau pliant ordinaire », dit Mitsuha avant de soulever sa robe, afin de retirer le couteau d’une ceinture de cuisse et de le poser sur la table.

« Le voilà. »

« M,Mitsuha ! »

Béatrice pleurait, tandis qu’Alexis et Théodore rougissaient comme des betteraves. Hein ? Ai-je fait quelque chose ?

« C’est pointu, alors fais attention. »

Mitsuha déplia le couteau et le tendit à Théodore.

« Wow », il avait sursauté. Le tranchant et la beauté de la lame, le détail de la poignée, la portabilité et la sécurité de la lame grâce à sa pliabilité… Tout cela était réuni et l’avait laissé stupéfait.

« Ah, veux-tu l’avoir ? », lui demanda Mitsuha.

« Hein ? »

« Je le garde pour ma protection, mais j’en ai un autre. Veux-tu l’acheter pour une pièce d’or ? »

« Oui, s’il te plaît ! »

Il n’avait pas hésité un instant.

Les conversations pendant le dîner avaient donné à Mitsuha une idée assez correcte de la valeur de la monnaie locale. Elle en avait aussi parlé aux villageois, mais elle ne se sentait pas entièrement confiante dans leur sensibilité fiscale. Sans vouloir vous offenser, bien sûr.

Bref, elle avait estimé qu’une pièce d’or valait environ 100 000 yens japonais (810 euros). J’ai juste vendu ce couteau pour un peu moins de dix fois sa valeur d’origine, alors je dirais que je suis assez généreuse ici, s’exclama-t-elle, satisfaite. Du moins selon les standards de mon magasin. Je suis sûre que de toute façon une pièce d’or n’est pas grand-chose pour un garçon noble. Considère ça comme un rabais pour mon premier client, fiston.

Attendez une seconde, j’ai apporté une arme au dîner d’une noble famille ! Ai-je merdé ? Elle avait rapidement scanné son entourage. Oh, eh bien, ils n’ont pas l’air si dérangés que ça. Bien que Mitsuha n’y avait pas prêté beaucoup d’attention, on pouvait objectivement dire que c’était une très mauvaise décision. Sa grâce salvatrice, c’était que cela s’était passé dans ce foyer particulier. Tout le monde ici pensait que Mitsuha était une jolie petite fille, mais fragile. Quelqu’un comme elle avait sûrement besoin d’une arme pour se défendre, non ? C’était ainsi que raisonnaient les Bozes, mais si d’autres nobles avaient été là, ils n’auraient pas été aussi cléments.

La lueur dans les yeux de son frère avait dû rendre Alexis jaloux. Il s’était approché de Mitsuha et lui avait demandé la chose suivante :

« Hé, as-tu d’autres choses !? As-tu d’autres trucs !? »

« Hrmm... »

Rien ne m’était venu à l’esprit au début.

« Je ne peux vraiment pas vendre l’autre, car j’en ai besoin pour me défendre pendant mon voyage. S’il y a autre chose de mon pays dont je peux me débarrasser, ce sont mes sous-vêtements de rechange ! »

« VENDU ! », cria-t-il en réfléchissant.

Il avait immédiatement été confronté à plusieurs regards glaciaux.

« Alexis… », dit Dame Iris en le fixant.

« Cher frère… », Béatrice s’était jointe à elle.

La froideur de leur réaction combinée avait gelé Alexis en place. Il valait peut-être la peine de noter que le comte Bozes avait ouvert la bouche et presque dit exactement la même chose que son fils aîné, mais qu’il soupirait maintenant de soulagement de ne pas l’avoir fait. Il y a des limites que vous ne pouvez pas franchir, comte !, pensa Mitsuha en le regardant. De toute façon…

« Ça fera cinq pièces d’argent, s’il te plaît. »

« Vous les vendez vraiment !? », s’exclamèrent les Bozes à l’unisson. Théodore était la seule exception.

« Je paierais une petite pièce d’or », avait-il dit, augmentant le prix comme s’il s’agissait d’une vente aux enchères.

Eh bien, il est certain que personne ne l’avait vu venir celle-là, pensa Mitsuha. Cependant, grâce à l’intervention de Lady Iris, la vente n’avait jamais eu lieu, elle n’avait donc pas reçu sa petite pièce d’or. Ça aurait fait environ 10 000 yens (81 euros)… C’est vraiment dommage. Sachez que les sous-vêtements n’ont pas été utilisés !

« Au fait, tu as dit que tu ouvrirais un magasin dans la capitale. Quel genre de magasin, très chère ? », demanda Béatrice.

Âgée de treize ans, elle était la plus jeune enfant et la seule fille. Ses cheveux dorés et ses yeux azur lui donnaient l’air d’une fille noble exemplaire, mais au lieu d’être du type « rose épineuse », elle était plutôt adorable.

Elle semble penser que je suis plus jeune qu’elle, et je ne peux pas lui en vouloir. Elle est à peu près aussi grande que moi, peut-être un peu plus grande, et elle a déjà au moins un bonnet C… Mitsuha pleurait tellement intérieurement qu’elle n’avait pas pu s’empêcher de pleurer. C’est dû à ma race, OK !? Elle est blanche, je suis asiatique ! Vous ne comparez pas les chihuahuas et les golden retrievers, n’est-ce pas !? C’est la même chose ! Ce n’est pas la peine ! Compris !? Ses pensées étaient si intenses qu’elle s’était mise à haleter. C,Calme-toi, Mitsuha ! Respire profondément ! Inspire… et expire ! Inspire… et expire !

« J’envisage d’ouvrir un magasin général », dit-elle.

« Un magasin général ? », Béatrice avait l’air perplexe.

« Oui. Je vendrais des bibelots, du maquillage, de jolis accessoires… Surtout des choses amusantes pour les filles, avec quelques articles pratiques en plus. J’aimerais aussi avoir un coin-conseil où je pourrais partager les connaissances de mon pays. »

« Wôw, ça a l’air génial ! Mais qu’entends-tu par “coin-conseil” ? »

« D’après ce que je peux voir, ce pays est très différent du mien. Donc, si les gens d’ici ont un problème sérieux qui a déjà été résolu dans mon pays, je pense que je pourrais les aider en leur donnant la solution. »

« C’est certainement intrigant », avait dit le comte Bozes.

Oh ? Est-ce qu’il serait possible qu’une affaire le tracasse ? pensa Mitsuha, avant de demander :

« Y a-t-il quelque chose qui vous tracasse, comte ? »

« Hmm, je dirais que oui. », répondit-il, apparemment perdu dans ses pensées.

Au bout d’un moment, il fit un sourire tendu et forcé.

« Pour aucune raison perceptible, les deux dernières récoltes dans notre région ont donné moins de blé qu’auparavant. Mais je doute qu’on puisse y faire quelque chose. »

« Hein ? N’est-ce pas juste des dégâts liés à la répétition des cultures et à un manque d’engrais ? »

« Quoi ? »

Il la dévisageait, stupéfait.

Mitsuha avait expliqué que cultiver sans cesse les mêmes cultures consommait les mêmes nutriments et épuisait le sol. Il devait utiliser quelques autres cultures et « tourner » entre elles. Il devait aussi fertiliser les champs en les utilisant comme pâturages, ou en les recouvrant d’une couche de compost ou d’humus. Elle n’avait donné aucun nom de culture et avait omis beaucoup de détails — cette information avait bien sûr un prix.

Le comte paya sans hésiter et posa question après question. Toutes les paroles avaient séché la gorge de Mitsuha, alors elle s’était mise à boire. Leur conversation avait pris une tangente et ils se mirent à traiter d’autres sujets.

« Vous devez développer une spécialité locale ! Vous avez deux options : soit vous faites quelque chose qui ne peut être fait que dans le comté de Bozes, soit vous faites quelque chose qui est bien meilleur que la concurrence ! Vous devez faire de votre nom une marque !

Augmentez les tarifs et vous gagnerez moins d’argent avec les impôts ! C’est du bon sens ! Accroître la demande intérieure ! Augmentez votre pouvoir d’achat ! Et attirer les marchands ! MARCHANDS !

Songez aux inventions ! Inventez quelque chose et produisez-le en masse ! Pensons à quelque chose tout de suite ! »

La fin de la conversation n’allait à première vue nulle part, et la voix de Mitsuha semblait se faire plus fort.

Il y a quelque chose qui cloche chez elle, pensa Iris, qui se rendit vite compte que Mitsuha ne tenait pas un verre de thé ou de jus, mais un verre de vin à la place. Cependant, incapable de nier la valeur des paroles de la jeune fille, elle feignait l’ignorance. C’était l’épouse d’un noble jusqu’à la moelle.

« Mitsuha, tu as une sacrée bonne descente ! » s’écria le comte Bozes, qui était aussi un peu ivre.

« Oh, allons donc Père ! Ah… », Mitsuha gela sur place.

Pourquoi ai-je dit ça ? Ma langue a-t-elle fourché ? Je m’amuse tellement, c’est comme si je me trouvais encore avec ma famille. Je n’avais pas pleuré quand c’était arrivé… J’avais pourtant tenu le coup assez bien. Et aussi pendant les funérailles. Et maintenant, je…

En un rien de temps, Mitsuha se mit à verse des larmes.

« C’est bon, ça ne me dérange pas si tu m’appelles “Père” », dit Klaus en l’embrassant doucement. Mitsuha s’agrippa à son torse virile et pleura comme un bébé jusqu’à ce qu’elle soit épuisée au point de s’endormir.

***

Partie 4

Je ne reconnais pas ce plafond, pensa Mitsuha. Cette blague devient lassante, hein ? Elle était maintenant seule dans la chambre d’amis, enterrée sous les draps de son lit. S’ils n’étaient pas au courant, quelqu’un aurait pu penser que c’était une prisonnière. Et elle l’était, d’une certaine façon, considérant qu’elle s’était enfermée dans sa chambre par pure gêne.

J’ai vraiment pleuré ! Des gémissements, des pleurnichardes, et tout le reste avec! Je suis maintenant une femme adulte qui s’est mise à pleurer contre le torse d’un homme ! Bien sûr, le comte est un bon et gentil gentilhomme à tout égard… Et tout le monde semble avoir officiellement déclaré que j’avais douze ans, alors peut-être que ce n’était pas si mal.

La voiture qui se dirigeait vers la capitale devait arriver dans deux jours plus tard, alors elle avait simplement prévu d’attendre son départ. Cette situation était trop délicate pour qu’elle puisse revenir sur Terre. Elle avait le temps, mais elle ne pouvait pas prendre le risque qu’ils découvrent qu’elle s’était volatilisée. Quoi qu’il en soit, elle avait tout ce dont elle avait besoin avec elle, elle n’avait donc pas l’impression que le problème était réel.

Voyons voir, deux couteaux, une épée courte, trois armes de poing avec chargeur de rechange… Hm ? Vous vous demandez pourquoi j’ai deux couteaux alors que j’ai dit à Alexis que je n’en avais qu’un ? Je parlais des couteaux pliants que j’avais cachés sur moi pour me défendre. Celui que j’ai mentionné était le couteau de chasse Randall que j’avais mis dans ma ceinture pour que tout le monde puisse le voir.

Hein ? Vous pensez que j’ai trop d’armes ? Allez, j’ai besoin de tout ça au cas où je serais attaquée par des bandits ou des monstres en chemin ! Le revolver me sera utile au moment où les autres armes seront coincées, et les armes cachées me seront utiles si je me fais attaquer quand je me changerais. Le couteau de chasse est là pour les cas d’urgence, mais il a d’autres utilisations aussi, comme trancher les oreilles de gobelin et tout ça… Quoi ? Quoi ? On n’a pas de telles quêtes ici ? D’accord, c’est bon !

L’épée courte, c’était juste pour le spectacle. Les gens de ce monde ne verraient probablement pas les armes de poing comme des armes, de sorte que Mitsuha ne pouvait pas être sûre qu’elle ne serait pas la cible, disons, de marchands d’esclaves qui la considéreraient comme une proie facile. L’épée était donc là pour dire aux gens : « Bas les pattes ! »

Oh, et voilà mon entraînement, bien sûr!

Revenons à quelques jours en arrière, lorsque Mitsuha était retournée dans le bureau du capitaine de l’organisation mercenaire privée « Wolfgang ».

« Voilà, mademoiselle », avait dit le capitaine à son entrée. Quelle salutation !

« Je suis là, capitaine », répondit-elle.

Ses mots le firent soupirer et baisser la tête. C’était un groupe de mercenaires, mais il n’était que « capitaine ». Personne ne l’avait appelé par son nom. Faire fuiter les vrais noms des mercenaires à l’extérieur n’est probablement pas une bonne chose, s’était dit Mitsuha. Peut-être qu’ils seraient heureux quand leur groupe deviendra célèbre ? Je n’en ai aucune idée.

« La préparation est terminée. Suivez-moi », dit-il tout en l’emmenant au stand de tir.

« Whoa! », lâcha-t-elle.

En voyant les armes sur la grande table, Mitsuha était si excitée qu’elle ne pouvait pas se contenir.

« C’est ce que vous avez commandé », avait expliqué le capitaine.

« Tout d’abord, l’épée décorative courte. Cette arme est nouvelle, pas une antiquité. Les antiquités sont fragiles et feront un trou dans votre portefeuille. Elle est vendue avec son fourreau, alors mettez-la à votre ceinture. Ça ne servira pas à grand-chose dans un combat, mais comme vous utiliserez vos autres armes, vous n’en aurez pas besoin. »

Mm, tout cela me semble correct. Je ne devrais pas avoir de problème à le tenir, de toute façon, pensa-t-elle.

« Ensuite, l’arme d’autodéfense, un Walther PPS. Il est petit et pèse un peu plus d’une livre (500 grammes). Il utilise des balles de 9 millimètres et vous pouvez en mettre huit dans le chargeur. Neuf si on compte celle qui est dans la chambre. Cela fait le travail dans la plupart des situations d’urgence. Si vous voulez quelque chose d’encore plus léger, il y a des canons de calibre 22, mais ils n’ont pas beaucoup de punch. Celui-ci est populaire parmi les femmes qui cherchent à se défendre. »

Oui, ça m’a l’air d’aller.

« Maintenant, votre arme principale, un Beretta 93 R. Il pèse deux livres et demie (1250 grammes), cette arme est plus lourde, mais elle utilise des chargeurs de quinze et vingt balles, plus la balle dans la chambre. Cette arme est de calibre 9mm. Le plus gros type de tir que vous puissiez faire avec cette arme est le mode rafale à trois balles. Vous pouvez passer du simple tir à la rafale comme ça. »

Il avait fait une petite démonstration.

« Allez-y à fond et vous allez manquer de munitions en une seconde, mais cela fonctionnera à merveille si vous avez besoin de tuer quelqu’un au moment où une bataille commence. Conservez-le en mode rafale et passez en mode de tir unique lorsque vous en aurez besoin. »

Oho. Oui, c’est un peu lourd, mais j’aime le mode rafale. Bon choix, capitaine !

« Et ça, c’est le revolver. C’est un calibre 38 », dit-il, sans ajouter un mot de plus.

Hein ? C’est tout ? Détestes-tu autant les révolvers ?

« Vous pouvez utiliser vos chargeurs de rechange pour jouer avec différentes balles. Il y a des balles perforantes, elles traversent des gilets pare-balles. Les pointes creuses peuvent neutraliser la cible même si vous manquez ses points critiques. Si vous utilisez un fusil, il y a des FMJ, et les mitrailleuses ont des traceurs et des balles perforantes incendiaires. »

O-Oui…

« Maintenant, essayez de le mettre dans son étui et de le mettre en place. Ensuite, il est temps de passer aux instructions et de s’entraîner au tir. Je vais vous dire comment vous occuper d’eux et vous donner quelques trucs à garder à l’esprit. On s’occupera de l’entretien pour vous. Apportez-les ici après les avoir beaucoup utilisés ou quand vous sentez que c’est le moment. »

En d’autres termes, Mitsuha n’aurait pas pu être mieux préparée pour le voyage. Ah ! J’aurais dû apporter des grenades aussi ! J’ai merdé !

Hein ? Vous vous demandez si je pourrais vraiment tuer des gens avec ça ? Bien sûr que je le pourrais. Avais-je une raison de ne pas le faire ? Je ne tuerais pas des gens normaux, bien sûr. C’est évident. Mais si quelqu’un avait essayé de me tuer, pourquoi l’épargnerais-je ? Vous attendriez-vous à ce que je respecte leur vie et que je me laisse mourir à la place ? Quelle blague !

Eh quoi, croyez-vous que je pourrais les attacher et leur parler sévèrement ? Ils m’attaqueraient à nouveau dès qu’ils se libéreraient. Sinon, ils s’en prendraient à quelqu’un d’autre. Combien de bonnes et honnêtes personnes seraient blessées ? Tout ce qui leur arriverait serait de ma faute. Si des innocents étaient tués, je serais leur meurtrière. Les ordures qui ont pris le mauvais chemin dans la vie ne sont plus des humains — ce sont des bêtes qu’il vaut mieux abattre.

Oh, et tuer des soldats ennemis me convient, même si ce ne sont pas des ordures.

Ils pourraient être de bons maris et de bons pères qui ne font que veiller sur leur famille, mais si’ils choisissent ce métier et s’approchent de quelqu’un avec l’intention de la tuer, elles ne pourraient pas vraiment se plaindre si c’était lui qui se faisait tuer. Bien sûr, certains se battent parce qu’ils ont été enrôlés ou quelque chose comme ça, et je compatis, mais à la fin, ma vie est importante et je ne veux pas mourir, donc je n’ai pas vraiment le choix.

J’ai vu des films où le personnage principal hésitait à tuer l’ennemi. Qu’est-ce que c’était que ça ? Allait-il bien dans sa tête ? Était-ce une marque de sa stupidité ? C’était encore pire quand leur hésitation causait la mort de leur ami ou de leur amant, entraînant encore plus de misère, de regrets, et euh… En gros, ils auraient dû garder cette pensée une fois qu’ils avaient tué l’ennemi, non ?

Quoi ? Non ? Ok…

“Mitsuha ! C’est l’heure du déjeuner !”

La voix d’une fille avait fait sortir Mitsuha de ses pensées délirantes et l’avait ramené dans la réalité. Celui qui l’appelait n’était pas le majordome, il craignait peut-être de réveiller une fille qui s’était endormie en pleurant. Si c’était le cas, il excellait certainement dans son travail.

Ce sera Sebastian pour toi, pensa Mitsuha. Oh ? Il s’appelle Stefan ? C’est dommage.

Le déjeuner avait été une expérience inconfortable. Ne vous inquiétez pas, tout le monde était encore très gentil avec Mitsuha. Ils n’avaient même pas mentionné les événements d’hier… mais leur regard l’avait rendue encore plus pénible. Elle était si mortifiée qu’elle ne pouvait même pas regarder le comte. Pour qu’elle se sente plus à l’aise, il avait soulevé toutes sortes de points de discussion.

***

Partie 5

Hein ? Des inventions ? La production de sel ? Des recherches sur des desserts ? Whoa, whoa, whoa, quelle genre de choses ai-je pu dire hier !? Faites comme si vous n’aviez rien entendu ! Hein ? Lequel est-ce que j’aime le plus ? De quoi ? De quoi ? Oh, vos fils… OK. Je ne suis intéressé par aucun des deux en ce moment. Rappelez-moi s’il vous plaît, n’ont-ils pas noué de lien depuis si longtemps que tu as peur que le puits se dessèche.

Quoi ? Quoi ? Pourquoi faites-vous la gueule, vous deux ? Oh, au fait, ça ne me dérange pas d’emmener la petite Béatrice. Hein ? Vous ne voulez pas qu’on t’appelle « petite » ? Vous savez que je serais votre grande sœur si j’épousais un de vos frères, non ? Quoi ? Vous allez arrêter ça quoiqu’il arrive ? Eh bien, faites de votre mieux. Je vais vous encourager.

Après le déjeuner, il y eut un tumulte. Pourquoi, me demandez-vous ? Pour Mitsuha, en fait. Le comte voulait parler d’agriculture, de foresterie, de taxes et de produits locaux. Lady Iris voulait faire du cosplay avec elle en utilisant les vieux vêtements de Béatrice. Alexis l’avait invitée pour une longue et pittoresque balade, mais elle n’était jamais montée à cheval.

Quant aux plus jeunes enfants… Théodore voulait en savoir plus sur les couteaux. Mitsuha connaissait certaines choses, comme le forgeage, l’alliage, les pourcentages de carbone et les prix. Mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander ceci : quel genre de gars insiste pour parler de couteau à une fille ? Béatrice, d’un autre côté, voulait simplement avoir une discussion de filles. C’était compréhensible, car il n’y avait probablement pas d’autres filles nobles de son âge dans le comté.

Très bien, il est temps d’essayer de vendre ces sous-vêtements (inutilisés) à nouveau. Petite pièce d’or, me voilà !

Beaucoup de choses se produisirent jusqu’au moment où il était enfin temps pour Mitsuha de se rendre dans la capitale. Oh, au cas où vous seriez curieux, ils discutèrent entre eux et ils prirent la décision de se la partager. Elle avait passé du temps avec l’un, puis l’autre, jusqu’à ce que tout le monde ait eu son tour. Elle avait à peine réussi à faire une pause.

Aussi, pourquoi diable Stefan s’était-il joint à la discussion sur le partage ? C’était un majordome, non ?

Quoi qu’il en soit, comme nous l’avions établi, divers événements s’étaient produits, et il était maintenant temps pour elle de partir.

« Prenez soin de vous, Mitsuha. Et essayez de ne pas vous lier avec des hommes suspects », déclara Dame Iris.

Oh, ne vous inquiétez pas, je me suis déjà beaucoup entraîné avec Alexis, se dit Mitsuha à elle-même

« Nous irons aussi à la capitale. N’oubliez pas de m’attendre », dit l’homme suspect en question. La saison des bals, un temps où les nobles se réunissaient dans la capitale pour diverses fêtes et occasions, approchait.

Je suis contente que ce ne soit pas maintenant, Alexis…

« Parlez-moi de votre pays la prochaine fois », dit Théodore.

Celui-ci s’intéressait beaucoup à la technologie.

Dommage que je ne puisse rien lui dire d’important. Pas encore, en tout cas. La patience est une vertu, petit !

« Quand je viendrai à la capitale, laissez-moi vous faire visiter tous les bons restaurants de la ville ! », dit Béatrice.

La fille semblait avoir bon l’appétit.

Le dernier, mais certainement pas le moindre, était le comte.

« Soyez prudente sur la route », dit-il.

« J’ai donné à votre escorte une lettre officielle demandant qu’on vous donne l’argent dont vous avez besoin. Il y a une limite, bien sûr, mais vous devriez pouvoir acheter autre chose qu’un palais luxueux. »

Je ne vous remercierai jamais assez, pensa Mitsuha.

Elle avait maintenant assez d’argent pour le voyage et tout ce dont elle avait besoin tout de suite. Elle avait aussi des pièces d’or qu’elle pouvait donner au capitaine. Elle mourait d’envie de savoir combien elles valaient sur Terre.

« Faites bon voyage. »

Stefan l’avait vue partir avec salut, elle se dirigea vers la voiture en compagnie de sa suite.

Oui… ma suite.

Les Bozes ne l’avaient tout simplement pas autorisée à voyager seule. Elle avait fait valoir le fait qu’elle sera avec plusieurs autres passagers à l’intérieur de la voiture, mais ils avaient quand même refusé. La saison des bals étant proche, ils voulaient aussi envoyer deux de leurs serviteurs en plus pour préparer la maison et s’étaient dit qu’ils feraient aussi bien d’aller avec elle. L’une était une femme de ménage d’une vingtaine d’années et l’autre un garde du corps d’une trentaine d’années. Le voyage durant une semaine, cela permettra à Mitsuha d’avoir quelqu’un à qui parler.

La calèche n’était pas le genre de décoration habituel utilisé par les nobles, c’était un chariot couvert qui pouvait accueillir un bon nombre de personnes. Il était tiré par deux chevaux et ressemblait à l'un de ses chariots bâchés peut être que vous pourriez voir dans les westerns. Outre les deux cochers qui la conduisaient à tour de rôle, il y avait sept passagers : Mitsuha est son groupe de trois personnes, un marchand d’âges moyen, plutôt grassouillet, une jeune mère avec sa fille et un jeune homme habillé comme un aventurier.

Aventurier !? N’est-ce pas un vrai boulot, bon sang ? Mitsuha se réprimanda rapidement pour son fantasme lorsqu’elle réalisa qu’il était probablement un garde du corps. Mais ça pourrait facilement juste être un passager. Quoi qu’il en soit, le voyage sera long. Mitsuha espérait discuter avec eux pour recueillir des informations, alors elle s’était dit qu’elle le découvrirait tôt ou tard.

Quelques heures s’étaient écoulées. Mitsuha en était venue à réaliser que son groupe — elle-même, une servante et un garde du corps — ressemblait clairement à une fille noble et à sa suite. Elle pouvait dire que les autres passagers étaient perplexes quant à la raison pour laquelle elle n’utilisait pas sa propre voiture, elle l’avait vu dans leurs yeux. Pire encore, ils l’évitaient activement ou prétendaient qu’elle n’était pas du tout là. Ugh, allez, bon sang!

Sept jours plus tard, ils étaient arrivés à la capitale. Et deviner quoi ? Il ne s’était rien passé de mal ! Nous n’avions pas du tout été attaqués par des bandits ni par des monstres affamés ! C’est dans un sens logique. Si des attaques de bandits se produisaient tout le temps, personne ne voyagerait ou ne ferait des échanges. Ouaip ! Je le savais ! Cependant, ce n’était pas comme si le fait d’accumuler les protections n’avait pas de sens. Elle était certaine qu’elles seraient utiles tôt ou tard.

La voiture avait ramassé et déposé de nombreuses personnes en cours de route. Pendant que Mitsuha discutait avec la bonne et le garde du corps, les autres avaient réalisé qu’elle était inoffensive et qu’elle ressemblait à une roturière, alors ils avaient aussi brisé la glace. Elle avait pu apprendre beaucoup du marchand. Elle avait même eu envie de lui faire quelques faveurs quand elle deviendra riche. Lui aussi était attaché à la capitale.

Une fois qu’ils avaient quitté la voiture, les préposés de Mitsuha l’avaient suivi au lieu de se rendre directement dans le manoir du comte — ce qui était les ordres du comte. Ils ne pouvaient pas la quitter avant qu’elle ne soit arrivée à l’auberge. Quel papa poule, pensa Mitsuha. Il avait d’abord insisté pour qu’elle reste dans la capitale et n’acceptait pas un non comme réponse. L’amener à la laisser aller où elle voulait était un travail éreintant. Elle avait dû prononcer des phrases aussi banales que :

« Je ne peux pas devenir indépendante de cette façon ! Je veux vivre comme un roturier, pas comme un noble ! »

Pourquoi a-t-il agi comme s’il avait un pouvoir sur moi, de toute façon ? Je suis resté chez lui quelques jours et je lui ai vendu un collier. Pour pas cher, aussi ! Hmph ! Bien que… oui, je voulais m’assurer d’avoir verrouillé son soutien. Mais attendez, c’est lui qui a recommandé l’auberge. J’espère que ce n’est pas une auberge pour noble qui coûte un bras et une jambe, n’est-ce pas ?

À la surprise de Mitsuha, c’était une auberge assez normale destinée aux roturiers. Il s’était avéré que la dame responsable du lieu était originaire du comté de Bozes et qu’elle connaissait le comte. Pour lui, c’était juste une auberge bon marché et fiable. La femme de chambre et le garde du corps avaient attendu jusqu’à ce qu’elle arrive, afin de remettre la lettre au propriétaire et se rendre au manoir des Bozes.

Très bien, je peux maintenant retourner sur Terre autant que je le veux ! Il est temps de passer aux choses sérieuses… Trouvons un endroit où je peux faire fortune !

***

Chapitre 6 : Un endroit qui m’appartient

Partie 1

L’auberge ressemblait à n’importe quelle autre auberge. L’hôtesse était une dame dynamique mariée à un chef silencieux qui excellait dans son travail. Ils avaient une fille de sept ans à qui il manquait visiblement des oreilles de chat, ce qui était vraiment dommage.

La fille ressemblait beaucoup à Colette, selon Mitsuha. Malheureusement, il était encore trop tôt pour lui rendre visite, le moment aurait été mal choisi.

Rien ne m’empêche de m’amuser avec cette beauté ! Oh, elle est trop occupée à aider ? D’accord… soupira-t-elle.

Mitsuha était allée dans sa chambre, avait rassemblé ses affaires, et s’était rendue sur Terre pour les déposer, puis elle retourna à l’auberge avec de nouvelles provisions. La robe et les chaussures avaient rempli leur fonction, alors elle les avait laissées à la maison en faveur de sous-vêtements de rechange et de nécessités quotidiennes. Réputée ou non, Mitsuha pensait que l’auberge n’était sûrement pas à l’abri des voleurs.

Cela ne me dérangerait pas trop si mon savon ou mes sous-vêtements se faisaient pincer, mais c’est une autre histoire pour cette robe. Elle m’a coûté beaucoup d’argent !

Mitsuha s’était habillée comme une roturière afin de se promener en ville. Stratégie 101 : gagnez un avantage en vous familiarisant avec les habitants !

Elle avait deviné que les routes principales seraient sûres pendant la journée, mais elle portait une arme de poing dans son étui à bandoulière et un couteau dans sa cuissarde, au cas où. Je devrai probablement faire plus attention une fois que j’aurai commencé à me démarquer.

L’endroit avait vraiment donné l’impression à Mitsuha que c’était la capitale. Même si ce monde était encore en développement, elle trouvait les bâtiments impressionnants. Elle avait trouvé les brochettes de viande assez savoureuses aussi, bien qu’elle avait choisi de ne pas penser à ce qu’elles contenaient. Elle évita les ruelles sombres et les bidonvilles. Elle n’avait pas besoin de clichés, de rencontres qui mettraient sa vie en danger.

Quand le soleil se coucha, Mitsuha était retournée à l’auberge. Le dîner était… louable, peut-être ? Beaucoup d’efforts y avaient été consacrés, mais les épices étant tellement hors de portée que le repas avait un goût fade. Ce n’était pas mauvais en soi, mais elle trouvait qu’il manquait quelque chose. Ah ! Je peux juste apporter quelques épices de la maison, pensa Mitsuha en nettoyant son assiette. Elle retourna ensuite dans sa chambre, rentra à la maison et prit la douche la plus rafraîchissante qu’il soit.

Après le déjeuner du lendemain, elle n’avait pas perdu de temps pour aller voir l’agent immobilier. Bien qu’il devait sans doute être tôt, elle s’était réveillée si tard qu’elle avait failli manquer le petit déjeuner, alors elle était presque certaine que le magasin serait ouvert. Elle avait dû demander son chemin plusieurs fois, mais elle avait fini par trouver le bon endroit. Il portait le sceau d’approbation du comte, donc elle n’avait sûrement pas à s’inquiéter. Quoi qu’il en soit, elle entra doucement. Elle aurait pu faire irruption comme si l’endroit lui appartenait, mais c’était comme une habitude maintenant.

« Soyez la bienvenue ! », dit le jeune homme derrière le comptoir.

Évidemment, ce n’étaient pas les mots qui sortaient de sa bouche, mais c’était ainsi que le cerveau de Mitsuha les avait traités.

« Bienvenue dans notre établissement. En quoi puis-je vous aider ? »

Wôw, il me traite comme un client même si je ressemble à un enfant, pensa Mitsuha. Il est doué pour ça. Je savais que je pouvais compter sur vous, comte Bozes ! Légèrement impressionnée, elle lui tendit une enveloppe.

« Umm, je voudrais une boutique ayant des pièces d’habitation attachées, s’il vous plaît. Tenez, j’ai une lettre de recommandation. »

L’employé l’avait prise et avait jeté un coup d’œil au nom au dos. Aussitôt, son visage pâlit. Il demanda à Mitsuha d’attendre un moment, puis se dépêcha de franchir la porte derrière lui.

Wôw, regardez-le aller… La parole d’un comte est vraiment efficace, pensa-t-elle.

Quelques instants plus tard, il avait été remplacé par un homme beaucoup plus âgé. Ce monsieur était lui aussi un peu paniqué, mais il avait gardé son sang-froid en disant :

« Mes excuses pour le retard. Je suis Lutz Zoltan, le propriétaire. Bienvenue dans mon humble établissement. En quoi puis-je vous être utile ? »

Le grand manitou en personne, hein ? pensa Mitsuha. C’était logique. Cette lettre prouve que j’ai des liens avec un noble assez puissant.

« Enchantée de vous rencontrer, monsieur », répondit-elle courtoisement.

« J’aimerais ouvrir une boutique. »

« Oui, c’est écrit dans la lettre. Nous avons plusieurs propriétés qui pourraient répondre à vos besoins. Pouvons-nous des détails ? »

Il l’avait conduit dans un salon plus loin à l’intérieur du bâtiment. Les clients normaux étaient très probablement traités au comptoir, donc c’était sûrement un traitement VIP.

Peut-être qu’ils m’offriront des bonbons ?

Ils l’avaient fait, et Mitsuha les avait trouvés en très grande majorité… bof bof. Elle pensait qu’ils devaient être bons selon les normes du monde, mais ils ne pouvaient même pas se comparer aux desserts japonais. Son visage avait peut-être révélé son manque d’enthousiasme, mais M. Zoltan n’avait pas l’air contrarié. Il avait probablement supposé qu’elle mangeait de meilleurs bonbons tous les jours. Ou il aurait pu être trop tendu pour s’en soucier.

« Voici ce que nous avons à notre disposition », avait-il dit en présentant et en expliquant les options qui s’offraient à elle.

Dans un premier temps, Mitsuha décida que tout ce qui se trouvait dans le quartier noble devait être exclu.

Bien sûr, c’est sûrement un endroit paisible, et la clientèle serait bonne, mais ces prix sont insensés, et je ne veux pas avoir affaire à des nobles tout le temps. Il n’y aurait pas beaucoup de roturiers non plus. Ce n’est pas comme si je n’aimais pas les nobles. Je sais qu’il y a des gens bons et mauvais dans toutes les classes, de la royauté aux esclaves. Mais j’ai l’impression que je m’ennuierais et que je me fatiguerais assez vite si je devais traiter avec des nobles toute la journée. Ce n’est pas un vrai magasin sans le soutien occasionnel d’un nigaud naïf. Uh-huh.

On ne lui avait rien recommandé qui soit proche des bidonvilles pour commencer, alors, à l’exclusion du quartier noble, il lui restait des propriétés dans le quartier des roturiers. Elle pouvait choisir d’être plus proche du centre ou plus proche des nobles.

Hmmmm… Je suis presque sûre que j’aurai besoin de l’argent des nobles si je veux faire fortune, pensa-t-elle. Il y a aussi de la bonne nourriture dans le coin. Et non, ce n’est pas pour ça que je me suis promenée en ville hier ! Honnêtement !

« Puis-je jeter un coup d’œil à celle-ci, à celle-ci et à celle-ci ? », demanda-t-elle.

« Certainement », dit M. Zoltan.

« Voudriez-vous partir tout de suite ? »

« Oui, s’il vous plaît », répondit-elle

Les deux se préparèrent à partir. Mais cependant pas avant que Mitsuha ait mis le reste des bonbons dans sa poche.

Hein ? Pourquoi la serveuse avait-elle l’air si triste ? Attendez ! Allaient-ils prendre les bonbons restants ? Utiliser deux fois les mêmes bonbons n’était peut-être pas idéal pour la réputation de l’établissement, alors il n’était pas inhabituel de penser qu’ils donneraient les restes aux membres du personnel ou aux enfants. J’ai vraiment merdé… Désolée ! Je me rattraperai avec des bonbons japonais, promis !

Peu de temps après, Mitsuha et M. Zoltan étaient arrivés devant le premier magasin qu’elle avait choisi. Il est bien situé, observa Mitsuha. Le fait d’être près de la route principale signifie que j’aurais un bon flux de clients, mais ça a l’air si étroit. En plus, je ne veux pas trop de clients. Ça m’épuiserait. Je me contenterais d’une clientèle modeste qui ne me connaît que grâce au bon vieux bouche-à-oreille. Mon modèle d’affaires sera « Gros profits, rendements lents »… ! OK, ça n’a pas l’air génial.

Immédiatement après avoir vu la deuxième propriété, Mitsuha se dit à elle-même : M. Zoltan pense-t-il que je suis un multimillionnaire ? Qu’est-ce que je ferais de quelque chose d’aussi énorme !? Quoi, pense-t-il que je vais en faire un orphelinat afin que les enfants travaillent pour moi ? Me prend-il pour une sainte philanthrope ? Non, ce n’est pas moi ! Je passe mon tour ! Suivant !

M. Zoltan l’emmena devant le troisième bâtiment, qui était un peu à l’écart de la route principale. Il n’y avait pas beaucoup de gens qui passaient par là, et la région avait clairement connu des jours meilleurs. Il s’agissait d’un bâtiment en briques de trois étages qui abritait autrefois une auberge et un restaurant.

Comme tout établissement de ce genre, il possédait aussi une cour arrière, avec un puits. La pièce qui était autrefois la salle à manger était un bon endroit pour Mitsuha afin d’exposer ses marchandises, tandis que la cuisine avait un drain, ce qui signifiait qu’elle pouvait installer une salle de bain. Dans l’ensemble, ce lieu semblait parfaitement adapté à ses besoins. Le premier était trop petit, le second était trop grand, ce dernier était à la bonne taille. C’était une technique de vente de base et fiable. M. Zoltan savait vraiment comment faire.

« Je le prends ! », dit-elle comme une petite fille capricieuse qui achète des bonbons bon marché. Ce n’était pas le ton le plus approprié, car il devait probablement coûter des centaines de pièces d’or.

Ah, mais au fait… J’ai complètement oublié d’en demander le prix !

***

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