Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 8

***

Chapitre 1 : L’état de Maalt

Partie 1

Wolf m’avait demandé de l’aider à rechercher des thralls et des vampires.

« Ça ne me dérange pas, mais es-tu sûr de ça ? » avais-je répondu.

« Sûr de quoi ? » demande-t-il en penchant la tête.

« Tu sais que je suis un vampire. Je n’ai rien à voir avec ce chaos, mais ne crains-tu pas que je rejoigne leur camp ? » demandai-je.

Cela semblait être une préoccupation normale, et Wolf répondit : « Eh bien, peut-être que ce n’est pas impossible. »

« Dans ce cas —, » commençai-je.

« Mais d’après ce que je vois, ce n’est pas le cas. »

Maintenant, c’était moi qui étais confus.

« As-tu déjà oublié pourquoi je voulais que tu rejoignes le personnel de la guilde ? » demanda-t-il avec un soupir. « Pour faire simple, j’apprécie tout le travail que tu fais pour cette ville et ses aventuriers. Je sais tout le bien que tu as fait. Ces types ne cherchent qu’à détruire l’endroit, alors je ne vois pas pourquoi tu travaillerais avec eux, camarade vampire ou non. C’est évident. N’ai-je pas raison ? »

J’avais été un peu surpris. J’avais l’impression qu’il m’estimait beaucoup, mais je ne pensais pas que ça allait si loin. Peut-être que j’avais juste une mauvaise opinion de moi-même. Cependant, il semblait inhabituel qu’un maître de guilde accorde une telle attention à chaque aventurier. Wolf était juste spécial.

Et il avait raison. Tout ce que j’avais ressenti en voyant Maalt comme ça, c’était de la colère. Ce n’était pas la plus grande ou la meilleure ville, mais la vie paisible de ses habitants était ruinée pour des raisons probablement égoïstes. J’aimais cette ville, ses aventuriers et ses citoyens. La voir ainsi n’était rien d’autre que de la colère.

« Tu as tout à fait raison, » avais-je dit à Wolf. « J’ai compris. Je vais me joindre à la recherche. Cependant, est-ce que je peux décider où aller ? »

Ces décisions étaient généralement prises par la guilde dans un souci d’efficacité. Ils ne fonctionnaient pas toujours de cette façon, mais Wolf était un maître de guilde compétent et rationnel. J’avais donc supposé qu’il donnerait la priorité à la productivité.

« Ça me va. As-tu un endroit en tête ? » avait-il répondu promptement, contre toute attente.

« Oui, en quelque sorte. En plus de ça, il faut s’inquiéter du fait que je suis un vampire. Si je travaille avec d’autres aventuriers, ils pourraient se méfier de moi. »

« Bien, c’est logique. Je suis sûr que tu peux te débrouiller, mais sois prudent. Maintenant, vas-y ! »

Je m’étais précipité hors du bureau avant d’arriver dans les rues de la ville.

 

◆◇◆◇◆

J’avais couru à travers la ville avec ma destination déjà décidée. La ville était dans un état désastreux, alors j’avais jeté un coup d’œil autour de moi pour me faire d’abord une idée de la situation, mais j’étais revenu à Maalt pour Edel, alors il était ma priorité. J’avais attendu aussi longtemps parce que j’avais la confirmation qu’il était vivant et dans un endroit où il serait probablement en sécurité pour un moment.

Contrairement aux autres monstres, les morts-vivants pouvaient survivre et se remettre de n’importe quel dommage tant que leur tête restait intacte. J’avais un peu peur de tester cela en m’explosant la tête pour voir si je pouvais revivre, mais peut-être même que c’était possible après un certain temps. Mais je n’avais aucune envie de l’essayer.

Quant à l’endroit où je me rendais, c’était le deuxième orphelinat de Maalt. C’était le foyer d’Alize, de Lillian et des autres orphelins, ainsi que la base d’opérations d’Edel. J’avais eu un signal d’Edel, et ça venait de là. Il semblait toujours inconscient, mais il était vivant, donc il allait au moins bien dans un certain sens. Je voulais aussi savoir si Alize, Lillian et les orphelins étaient en sécurité.

J’avais traversé la ville à toute vitesse jusqu’à ce que j’arrive à l’orphelinat. J’avais vu des gens s’agiter sur le chemin, et j’en avais aidé certains qui étaient coincés sous des débris, mais je n’avais pas vu de vampires ou de thralls. Aider les gens n’avait pas pris trop de temps. Avec ce corps, il était assez facile de déplacer des objets lourds et d’éviter de se faire mal. Cela ne ressemblait à rien de ce que j’aurais pu imaginer dans le passé.

Je pensais que les changements de mes sens pourraient m’aider à localiser les vampires et les thralls, mais cela s’était avéré difficile. Ils semblaient se dissimuler avec de la magie comme Wolf l’avait mentionné, y compris leur odeur. Personnellement, j’étais si sec que je n’avais pas beaucoup d’odeur, mais certains thralls étaient censés être plus humides que d’autres. J’avais entendu dire qu’ils pouvaient sentir mauvais s’ils n’étaient pas assez nourris, mais je n’avais moi-même jamais testé pour voir si c’était vrai.

En tout cas, je n’avais pas pris le temps d’utiliser le heurtoir. J’avais poussé la porte de l’orphelinat et j’étais entré.

« Rentt !? » cria Alize.

 

 

Elle se tenait juste à l’entrée, sa baguette à la main, et la pointait droit sur moi. Je suppose qu’elle essayait de protéger l’orphelinat du mieux qu’elle pouvait. Lillian se tenait à côté d’elle, une lance dans la main. C’était une femme ronde d’âge moyen, mais sa posture portait la marque de l’expertise au combat. Peut-être savait-elle vraiment comment se battre. Je n’avais jamais eu cette impression lorsqu’elle était malade et alitée, mais en la regardant maintenant, cela semblait probable. C’était comme si elle avait vécu sa part de batailles.

« Alize, Lillian, vous êtes en sécurité ? » avais-je demandé.

Alize avait couru vers moi et s’était accrochée à mes hanches. « J’avais peur, » avait-elle dit. J’avais caressé sa tête.

Lillian s’était ensuite approchée de moi. « Nous avons entendu parler des thralls, alors nous nous sommes défendus ici. Je peux utiliser la Divinité, donc peut-être que je devrais aller les chasser, mais j’ai des orphelins dont je dois m’occuper. »

Je ne connaissais pas exactement la puissance de Lillian, mais je savais qu’elle avait une bonne dose de Divinité en plus des signes d’expérience du combat que je pouvais identifier. Elle serait peut-être plus que de taille à affronter les thralls, mais cette situation était un peu particulière.

« Même si les enfants étaient en sécurité sans vous, je ne pense pas que vous devriez sortir, » avais-je dit.

« Pourquoi pas ? »

« Je ne sais pas ce que vous avez entendu, mais les thralls semblent se déguiser en humains. Vous ne serez pas en mesure de les trouver facilement. »

Sans cela, chacune des églises aurait pu envoyer ses utilisateurs de Divinités pour se débarrasser rapidement des monstres. Mais comme on ne savait pas où ils se trouvaient, il était plus efficace de demander aux aventuriers de fouiller méticuleusement la ville pour les déloger.

De plus, les utilisateurs de Divinités pouvaient être différents. Lillian pouvait utiliser une arme et se défendre, mais la plupart n’étaient pas comme ça. La majorité se contentait d’aller de ville en ville pour donner des bénédictions et demandait aux gardes de se battre pour eux. Avec le chaos qui régnait dans la ville, les envoyer à l’extérieur ne semblait pas être une bonne idée. Si la ville perdait quelques saints, ce serait probablement un cauchemar.

« Ils sont déguisés ? » demanda Lillian. « Ne peut-on pas les détecter avec les arts divins ? »

« Je ne sais pas exactement ce que les arts divins peuvent faire, mais seriez-vous capable de détecter un thrall au sein d’une foule ? » Si elle le pouvait, ce serait bien qu’elle le fasse. Ou alors elle pourrait m’apprendre à le faire. Si c’était assez facile, je pourrais moi-même essayer.

« Il serait difficile de le faire à une si grande échelle. Je pourrais le faire, mais cela m’épuiserait gravement. S’il y en a beaucoup à trouver, je ne pense pas pouvoir faire grand-chose, » répondit-elle.

Au final, il semblerait que les recherches des aventuriers seraient plus efficaces. La certitude qu’elle aurait pu fournir aurait pu être utile, mais c’était une telle urgence ou ceux qui fouillaient pourraient s’en sortir en arrachant simplement les vêtements des suspects. Il n’y avait pas besoin de la faire sortir. De plus, Lillian avait la responsabilité de protéger cet orphelinat.

« C’est ce qu’il semble, » avais-je dit. « Tous les orphelins sont-ils en sécurité ? »

« Oui. Alize s’est portée volontaire pour aider à défendre l’orphelinat avec la magie qu’elle a apprise, mais il n’y a pas eu d’envahisseurs pour l’instant. »

« C’est bien. Savez-vous comment c’est sous l’orphelinat ? » demandai-je.

J’avais demandé parce que c’est là qu’était Edel. Alize et Lillian savaient aussi toutes les deux qu’il vivait là.

« Tu veux savoir pour Edel ? » demanda Alize, toujours accrochée à moi mais en levant les yeux vers mon visage. « Ah oui, je ne l’ai pas vu. Dans un moment comme celui-ci, on pourrait penser qu’il sortirait en rampant pour parler avec les autres souris. »

Je savais que le réseau de communication des souris d’Edel était vaste et que les souris se parlaient fréquemment entre elles. Cela semblait être le moment idéal pour en profiter, c’était donc étrange qu’il n’ait été vu nulle part.

« Je vais aller vérifier le sous-sol. Je pense que vous feriez mieux de vous cacher plus à l’intérieur. Si quelque chose arrive, criez pour m’avertir. J’accouerais ici tout de suite, » avais-je dit avant de me diriger vers le sous-sol.

***

Partie 2

« Hé, Edel ! » avais-je crié en entrant dans la cave.

Cinq souris s’étaient précipitées vers moi. C’était les compagnons souris qui avaient assisté Edel lors de notre première rencontre. Peut-être était-ce parce qu’elles servaient Edel, ou peut-être que mon pouvoir avait une influence sur elles, mais elles étaient un peu plus intelligent que le puchi suri moyen. Elles comprenaient les mots et les émotions humaines dans une certaine mesure. Quand elles s’étaient rassemblées autour de moi, j’avais su que quelque chose s’était produit.

« Où est Edel ? » avais-je demandé. Une des souris s’était éloignée sur le côté, voulant que je la suive. Le sous-sol n’était pas si grand, mais il était rempli de choses et il était un peu difficile de s’y retrouver. J’avais contourné les objets qui se trouvaient sur mon chemin et j’avais suivi la souris jusqu’à un puchi suri noir couché près du mur. C’était Edel.

« Hé ! »

Je m’étais précipité et j’avais posé une main sur lui. Il avait l’air mort, mais il ne l’était clairement pas. Pourtant, je ne savais pas exactement dans quel état il était. Je pouvais sentir qu’il respirait et je ne voyais pas de blessures notables, bien que l’on puisse se demander ce que la respiration signifie pour un mort-vivant. Je respirais, mais surtout pour me fondre dans la masse. J’avais parfois remarqué que j’arrêtais de respirer dans des situations difficiles, alors je savais que cela ne devait pas être trop dur pour Edel. Il semblait juste être inconscient.

J’avais alors pensé qu’il serait plus sûr de le forcer à se réveiller, alors j’avais envoyé du mana et de l’esprit en lui. Il semblait qu’il manquait des deux. La grande distance que j’avais parcourue avait pu affaiblir la réserve d’énergie que je lui avais envoyée. Je n’en étais pas sûr, mais je pourrais demander une fois qu’il serait réveillé.

« Sqreak ! » Edel avait crié en ouvrant brusquement les yeux et en se levant. Il regarda autour de lui avec méfiance jusqu’à ce qu’il me voie et se détende. Il avait dû se passer quelque chose d’étrange s’il était si agressif, mais je ne savais pas quoi.

Edel lisait mes pensées et communiquait les siennes par des images. Dans mon esprit, je pouvais voir de façon vivante ce qu’il avait vu. Le nombre de choses qu’Edel pouvait faire ne cessait d’augmenter. Je ne me souvenais pas avoir été capable de faire cela auparavant, mais j’appréciais d’avoir un familier aussi exemplaire.

« Est-ce un donjon ? Le donjon de la Lune d’Eau ? Non, le donjon de la Nouvelle Lune ? » m’étais-je demandé à voix haute.

Cette image avait probablement été prise du point de vue d’un des sbires d’Edel. Il était moins agile que lui. Elle n’était pas non plus beaucoup plus intelligente qu’une souris ordinaire. Elle zigzaguait inutilement, mais elle allait certainement quelque part.

Puis j’avais vu quelqu’un. Ça aurait été bien, sauf que cette personne était en train de mordre le cou d’un aventurier, du sang coulant de sa bouche. Quand il avait aperçu la souris, il avait dit que ce n’était pas beau de regarder. Puis il avait déchaîné des flammes et l’image était devenue sombre. La souris était probablement morte, malheureusement. Je pouvais sentir la rage d’Edel face à la mort de son allié.

Je m’étais demandé qui était cette personne. Je savais que c’était un vampire, vu qu’il suçait du sang. Cependant, ce n’était pas quelqu’un que je connaissais. Il y avait quelques personnes que je soupçonnais d’être des vampires, mais il n’en faisait pas partie. Malgré cela, j’avais l’impression de l’avoir déjà vu quelque part, et d’avoir entendu sa voix.

C’est alors que je m’étais souvenu d’un souvenir singulier et bref. C’était une des fois où j’avais exploré le donjon de la Nouvelle Lune. Je chassais des orcs, et en quittant le donjon, j’avais croisé quelqu’un. Sa voix était exactement comme celle de ce vampire. J’avais été surpris de me souvenir de lui à Maalt il y a si longtemps, mais je m’étais également souvenu que c’était à peu près au moment où les nouveaux aventuriers avaient commencé à disparaître. Soudain, tout avait commencé à avoir un sens. Je l’avais rencontré non loin de l’endroit où les aventuriers novices Raiz et Lola se battaient lorsque je les avais vus pour la première fois. J’avais pensé que notre rencontre était peut-être une coïncidence, mais vu sa vraie nature, il visait peut-être ces deux-là. Mais ma présence à cet endroit lui avait fait craindre de s’exposer, alors il n’avait rien fait… ou quelque chose comme ça. Si c’est le cas, Raiz et Lola avaient eu de la chance. En tout cas, je connaissais maintenant l’identité du vampire et probablement aussi le coupable derrière les aventuriers disparut.

Je devais le signaler à la guilde. Mais je ne savais pas où il était, mon seul espoir étant le donjon de la Nouvelle Lune. J’avais demandé à Edel, mais il avait dit qu’il ne savait pas. D’après les images qu’il avait montrées, il n’avait finalement pas pu saisir l’endroit exact. Le choc de la mort de cette souris l’avait fait s’évanouir, c’était prévisible.

Je ne savais pas exactement comment gérer ça. Si j’allais dire aux gens qu’il y avait un vampire dans le donjon de la Nouvelle Lune, ça aurait l’air bizarre. De plus, je n’avais aucun moyen de savoir s’il était toujours là. J’avais besoin de quelque chose de plus convaincant.

« Qu’est-ce que c’est ? Dis-tu que tu as une bonne idée de l’endroit où se trouvent les thralls ? » avais-je demandé à Edel. Il avait répondu par l’affirmative.

Selon lui, les souris l’informaient d’actes bizarres commis dans toute la ville, notamment des incendies criminels et des vagabondages. Elles voyaient probablement des thralls. La plupart des sbires d’Edel n’étaient pas spécialement forts comme lui, ils ne pouvaient donc pas les vaincre, mais ils pouvaient au moins surveiller ces monstres.

Dans ce cas, il serait peut-être préférable de commencer par éliminer tous les thralls de la ville. Les vampires avaient la capacité de produire plus de thralls, mais ils ne pouvaient pas le faire facilement. Ce n’est pas comme faire un gâteau. Même cela pouvait prendre du temps, mais fabriquer un monstre prenait encore plus de temps. D’abord, ils avaient besoin d’humains comme base, puis ils devaient leur sucer le sang et le remplacer par le leur. Mais même là, ils devaient attendre un certain temps avant que la personne ne devienne un thrall. Ils devaient d’abord fermenter, pour le dire d’une manière moins drôle.

Il faut beaucoup de temps pour que les humains deviennent des monstres, c’est pourquoi on dit parfois qu’il faut brûler tout cadavre suspect à vue. Même s’ils étaient en train de se transformer en thrall, les réduire en cendres avant la fin du processus les détruirait. Il y avait des exceptions à cette règle, cependant. Les vampires pouvaient aussi créer instantanément des thralls, mais cela leur coûtait beaucoup d’énergie. Je ne savais pas si c’était leur mana ou leur sang qui posait problème, mais cela n’avait pas beaucoup d’importance.

Si Wolf avait raison et qu’il y avait près d’une centaine de thralls dans la zone, alors ils ne pouvaient pas avoir été fabriqués à l’instant. Ils avaient dû être produits sur une longue période et cachés. Ce n’était pas possible en quelques heures, mais s’il avait eu des semaines, il aurait pu fabriquer une centaine de thralls.

« Très bien, je suppose que je vais commencer par les thralls. Mais ce vampire pourrait avoir quitté le donjon de la Nouvelle Lune et aussi être revenu en ville. Si je le trouve, faisons-en notre priorité, » avais-je dit à Edel, qui avait accepté. On peut toujours compter sur lui, et c’est très pratique de l’avoir à proximité. « Puis-je aussi te demander de surveiller l’orphelinat ? Si des thralls arrivent, préviens Lillian et Alize dès que possible. »

Il m’avait dit qu’il le ferait, donc c’était un souci réglé. Maintenant, je pouvais aller à la chasse au thrall sans regret. D’abord, je devais dire à Lillian et Alize que les sbires d’Edel feraient le guet autour de l’orphelinat.

 

◆◇◆◇◆

« Je vois, c’est très apprécié. Merci, » déclara Lillian quand je lui avais dit. « Mais est-ce une façon sûre d’utiliser les familiers ? Je ne suis pas une experte, mais j’ai entendu dire qu’on ne pouvait pas contrôler autant de monstres à la fois. » Elle ne s’inquiétait pas de savoir s’ils allaient faire le travail, mais plutôt s’ils allaient gêner la chasse aux thralls d’une manière ou d’une autre.

« Je ne contrôle réellement qu’Edel, et il contrôle les autres. Il semble avoir une tonne d’hommes de main, qui peuvent faire plusieurs tâches à la fois, » avais-je dit.

« Je vois, donc d’une certaine manière, vous avez indirectement le pouvoir sur tous ces monstres. »

Je suppose que Lillian pensait que j’étais un dompteur de monstres. Elle avait l’air impressionnée. Je n’y connaissais rien moi-même, donc cela aurait pu être parfaitement normal pour les dompteurs de monstres, pour autant que je le sache.

« C’est un de mes secrets, alors ne le dites à personne. »

Peut-être y avait-il des dompteurs de monstres qui faisaient la même chose que moi, et si c’était le cas, ils devaient avoir des capacités folles de collecte d’informations. Mais je préférais penser que cette capacité était unique à Edel. Malgré tout, je m’étais dit que ce serait une bonne idée d’apprendre quelque chose sur le dressage des monstres. J’aurais pu demander à mon père, mais il n’était pas non plus vraiment normal. Je voulais trouver un dompteur de monstres ordinaire pour me familiariser avec ça.

***

Partie 3

J’avais quitté l’orphelinat et couru à travers la ville. Edel était assis sur mon épaule et me dirigeait vers tous les thralls suspects. Il recevait ces informations en regardant les images à travers les yeux de ses sbires positionnés dans tout Maalt. Du moins je le supposais, mais je ne recevais pas les mêmes informations et je ne pouvais pas en être sûr. Essayer de regarder tout ça moi-même semblait assez brutal. Il me l’avait montré juste un peu comme un test et ça m’avait demandé beaucoup d’efforts, alors je n’avais pas eu envie d’essayer moi-même.

D’un autre côté, Edel n’avait pas eu de mal à le maîtriser. C’était un peu bizarre qu’il ait des capacités supérieures à celles de son maître, mais cela pouvait arriver avec les familiers. Mon père avait un familier qui pouvait voler, mais il ne pouvait pas voler tout seul. Pour autant que je sache, du moins. Je ne pouvais pas l’exclure, mais je serais assez choqué de voir des ailes sortir du dos de mon père d’âge moyen. Je suppose que je pourrais faire quelque chose de similaire. De toute façon, de ce point de vue, l’éventail des compétences d’Edel n’était pas si étrange. J’étais le plus fort combattant, donc nous nous complétions de cette façon.

J’avais été surpris par le nombre de puchi suris qu’il y avait dans toute la ville. Je n’y avais jamais pensé, mais maintenant je les voyais à tous les coins de rue et dans tous les coins et recoins. Edel voyait probablement à travers leurs yeux. Avoir autant d’yeux partout rendait certainement plus facile de trouver des thralls.

Edel m’avait fait signe lorsque nous nous sommes approchés d’une foule. Le premier thrall semblait être ici, mais en m’approchant, j’avais réalisé que ce serait assez difficile. C’était la place de la ville, mais il semblait que les habitants l’utilisaient comme lieu de rassemblement pour ceux qui fuyaient les incendies. Il y avait beaucoup de gens autour, et je ne pouvais pas dire qui était un thrall au premier coup d’œil. Ils utilisaient vraisemblablement la magie pour se déguiser, donc il n’y avait aucun moyen pour moi de les reconnaître. Mais Edel semblait savoir. Il m’avait dit par télépathie qui était le thrall.

C’était un homme assis sur la fontaine au milieu de la place de la ville. Il portait une barbe, mais ne se distinguait pas vraiment de la foule. Il se méfiait de son environnement, mais c’était le cas de tous ceux qui venaient de fuir les incendies. Je doutais que quelqu’un puisse croire qu’il était un thrall, mais Edel m’avait garanti qu’il l’était. Si c’est le cas, il y avait quelque chose que je devais faire.

« Excusez-moi, » avais-je dit à l’homme.

« Qu’est-ce qu’il y a, mon pote ? As-tu aussi couru jusqu’à cette place ? » a-t-il répondu, comme n’importe qui le ferait.

Cela m’avait mis en colère. Ce n’est pas que ce thrall prétendait être humain, mais il semblait si naturel. Quand j’étais un thrall, ça me tuait chaque fois que je devais parler. Il n’y avait pas de justice dans ce monde. Mais j’avais gardé ça pour moi.

« Non, je suis un aventurier. J’essaie de trouver celui qui a allumé les feux, » avais-je dit.

L’homme avait tressailli, mais n’avait pas réagi. « Huh, c’est vrai ? Alors, allez les trouver. Faites leur payer pour ce qu’ils ont fait à cette ville. S’il vous plaît. »

Rien n’était étrange dans ce qu’il disait. C’est ce qui le rendait effrayant. Ces monstres pouvaient se cacher parmi les humains sans être détectés. C’est ce qui avait conduit à cette agitation. Je voulais révéler sa véritable identité et l’exterminer. Mais avant cela, j’avais pensé que je pourrais peut-être le capturer vivant et lui soutirer des informations sur les autres thralls et le vampire.

« Oui, je vais le faire. Au fait, les coupables semblent être des thralls. Désolé, mais pourriez-vous enlever vos vêtements ? »

« Pourquoi ? Regardez, vous pouvez voir que je suis humain. »

« J’espère que vous l’êtes, mais peut-être que vous ne l’êtes pas. Les thralls ont des corps en décomposition, donc je le saurai quand vous aurez enlevé vos vêtements. Allez-y maintenant. »

L’homme se leva et commença à s’éloigner. « Pourquoi devrais-je le faire ? Je suis un humain. Humain, je vous le dis. »

Il n’avait pas l’air de mentir, mais je savais que cet homme était un thrall. Je l’avais pressé davantage, mais il s’était soudainement enfui et avait tendu une main vers quelqu’un d’autre dans la foule.

Il ne semblait pas y avoir beaucoup d’utilité à parler. J’avais dégainé mon épée et m’étais préparé à taillader l’homme, mais j’avais entendu ce qui ressemblait à un canon. Un instant plus tard, l’homme était en feu. Le feu n’était pas rouge, mais bleu clair. Me demandant ce qui s’était passé, je m’étais retourné pour voir d’où venait la flamme et j’avais vu une femme.

« Oh, qu’avons-nous là ? Si ce n’est pas Rentt ! Ça fait combien de temps que ça dure ? »

La femme avait des cheveux gris foncé et des yeux rouges flamboyants. Elle était menaçante, mais belle. Cette beauté était indéniable, mais je ne pourrais jamais la décrire comme étant délicate. Elle était comme un oiseau de proie ou une bête carnivore. Étrangement, malgré tout cela, elle avait une sorte de pureté. En vingt-cinq ans de vie, je n’avais jamais rencontré une femme comme elle.

« Bonjour, Mlle Nive, » avais-je dit.

« Juste Nive est très bien, merci. Nous sommes tous deux des aventuriers, vous savez. Vous pouvez me traiter comme tel. »

C’était vrai, mais je voulais mettre de la distance entre elle et moi. C’était cependant difficile de lui faire des objections. « Très bien, Nive. Pourquoi êtes-vous là ? »

« Une raison assez simple. C’est le moment pour moi de briller. L’occasion parfaite de réduire ces créatures en cendres, » dit-elle en repoussant l’homme en feu d’un coup de pied. Je pensais que ça aurait été chaud, mais ce n’était probablement pas un feu ordinaire. J’étais à proximité et je n’avais pas non plus pu sentir de chaleur. Il avait dû être produit par des arts divins.

Les autres personnes sur la place de la ville étaient horrifiées par nous. De leur point de vue, elle était une magicienne qui venait de mettre le feu à un homme d’âge moyen et j’étais un homme suspect portant un masque et une robe qui avait une conversation amicale avec elle. C’était à peu près ce à quoi je m’attendais. À en juger par les réactions, le feu bleu clair était également visible pour le commun des mortels. Peut-être que ce n’était pas le feu sacré, juste le feu allumé par les arts divins, donc c’était bien qu’il soit visible. De plus, si l’homme avait commencé à se tordre sans raison apparente, il aurait pu paraître menaçant aux yeux de la foule. Peut-être que Nive avait ça en tête. Non pas qu’elle semblait s’en soucier.

Mais la flamme visible présentait un autre danger. Si on avait l’impression qu’elle avait mis le feu à un citoyen au hasard, les chevaliers pourraient nous arrêter. Je me donnais la peine de l’interroger au préalable pour éviter cela. Maintenant, je n’avais aucune idée de la façon de maîtriser la situation.

« Oh ? On dirait que ça n’a pas été suffisant pour le tuer. Les serviteurs de ces insectes suceurs de sang peuvent toujours prendre une raclée, » dit Nive en tournant ses yeux ronds et purs vers l’homme en feu. Même si le feu brûlait, il continuait à nous regarder fixement. Je ne sais pas pourquoi il me regardait comme ça, ce n’était pas comme si je l’avais enflammé. Mais pour être honnête, j’allais l’attaquer une fois que j’aurais été sûr qu’il était un thrall.

Je m’étais préparé à un combat alors que Nive regardait autour d’elle. « Je suis sûre que ça a fait peur à tout le monde ! » Elle avait crié. « Mais il s’avère que cet homme était un monstre qui se cachait parmi vous ! C’est un thrall ! Regardez comment il brûle vivant et pourtant il se tient toujours debout et nous regarde fixement ! Partez d’ici, tout le monde ! Je suis l’aventurière de classe Or, Nive Maris, et voici mon assistant, Rentt Vivie ! Nous allons tuer le monstre ! »

Apparemment, elle avait déjà pensé à un moyen de maîtriser la situation. Je pensais qu’elle n’y avait simplement pas pensé, mais je suppose qu’elle avait aussi gardé la flamme un peu faible pour cette raison. Un thrall pouvait encaisser bien plus de dégâts qu’un humain, et une petite brûlure ne le tuerait pas. Mais Nive l’avait frappé avec un feu divin qui purifiait le corps. Les capacités de régénération du thrall étaient entrées en conflit avec la purge divine, ce qui avait fait que son corps s’était décomposé, s’était restauré, et s’était décomposé à nouveau de façon répétée. Personne ne pouvait voir ça et penser qu’il était humain.

La foule semblait reconnaître que l’homme était un monstre et s’éloigna du centre de la place. Ils n’étaient pas partis entièrement parce qu’ils voulaient voir comment ce combat se terminait. La plupart des civils n’avaient jamais eu la chance de voir des aventuriers combattre un monstre, et un thrall en plus. Ils avaient peut-être entendu parler de vampires et de thralls tuant des citadins en grand nombre dans d’autres villes, mais peu avaient eux-mêmes vu ces monstres. Ils voulaient probablement voir le thrall tué pour avoir une histoire à raconter plus tard. J’avais trouvé cela inutilement audacieux compte tenu de la situation d’urgence, mais c’était typique des habitants des petites villes. Ils pouvaient être courageux, à la limite de l’imprudence. Ils pouvaient toujours s’enfuir s’ils le devaient, donc il n’y avait pas trop à s’inquiéter.

« Maintenant, Rentt, allons-y, » dit Nive avec un sourire.

« Je n’ai jamais accepté d’être votre assistant, Nive, » m’étais-je plaint, mais j’avais quand même fait face au thrall.

« Quel est le problème ? Je vais même vous payer ! »

Nive s’était rapprochée du thrall en feu. Elle n’avait pas l’air d’avoir d’arme, mais une fois qu’elle était assez proche, elle avait bougé son bras. L’homme avait sauté hors de la trajectoire, et j’avais entendu un bruit sourd et vu des étincelles jaillir du sol.

« Des griffes ? » avais-je demandé.

« Oui. J’utilise aussi une épée ordinaire, mais quand il s’agit de tuer des vampires, j’aime juste la sensation de déchirer leur chair avec mes doigts, » expliqua-t-elle. C’était plutôt désordonné, mais pas surprenant venant d’elle. « Mais c’est plus dur que je ne le pensais. Celui-là semble être d’un rang relativement élevé. Rentt, attaquons-le ensemble. »

J’avais hoché la tête. Une classe Or pourrait probablement s’en occuper seule, mais elle devait avoir des idées. Peut-être voulait-elle observer les capacités physiques de ce thrall pour évaluer la force du vampire qui l’avait créé.

J’avais positionné mon épée et m’étais approché du thrall. Il avait l’air surpris, mais il avait déplacé son bras vers moi. Ses ongles étaient anormalement longs et c’était probablement son arme. J’avais évité l’attaque et coupé son bras sans trop de problèmes.

***

Partie 4

Le suivant à agir avait été Nive. Elle avait pointé sa griffe vers le cou de l’homme et l’avait déplacé plus vite que l’œil ne pouvait le voir. Un instant plus tard, une ligne rouge horizontale était apparue sur son cou. Sa tête était tombée et du sang noir avait coulé de l’entaille. Mais la tête de l’homme était toujours vivante et fixait Nive. Son corps était à genoux, mais il n’était pas encore tombé. Sa force vitale était quelque chose à craindre. Ou puisqu’il était mort, j’aurais peut-être dû l’appeler autrement. Mais je n’ai rien trouvé. En tout cas, il pouvait encaisser plus de coups que la moyenne des monstres, comme les morts-vivants. Je pouvais probablement en supporter autant, mais cette idée me rendait malade. Mais bien sûr, il y avait quand même un moyen de détruire ces créatures. S’il n’y en avait pas, les vampires seraient inarrêtables.

 

 

Nive s’était approchée et avait ramassé la tête du thrall. Puis elle avait récité une incantation. La tête avait commencé à brûler. Ces flammes étaient plus puissantes que les précédentes. La tête était tombée en morceaux sans se régénérer, pour finalement se transformer en cendres. Au même moment où la tête s’était désintégrée, le corps s’était transformé en sable. Un tel phénomène ne se serait pas produit si l’homme était humain.

Tout ce qui restait du thrall était un cristal magique. Nive me l’avait jeté et m’avait dit : « Voilà votre récompense. Il se vendra à un prix assez élevé. »

Un cristal de thrall n’était certainement pas mauvais comme paiement. Les monstres vampiriques pouvaient vivre parmi les humains, leurs cristaux magiques étaient donc difficiles à acquérir et se vendaient très cher. C’était même vrai pour les thralls, une forme inférieure de vampire. En plus de cela, la guilde avait lancé une demande urgente pour tuer des thralls, donc il se vendait encore plus cher. À l’heure actuelle, ce cristal magique avait autant de valeur qu’un bijou décent.

« Vous êtes sûre ? » avais-je demandé.

« Oui, je ne chasse pas les vampires pour l’argent. Les vaincre me suffit, » avait-elle répondu.

Ça avait l’air un peu sadique. J’aurais été plus soulagé si elle avait dit qu’elle le faisait pour l’argent. Alors je pourrais au moins voir son humanité. Ça donnait juste l’impression qu’elle avait une envie folle de chasser les vampires, ce qui est le cas, je suppose.

« Vous ne pensez pas à quelque chose de grossier, n’est-ce pas ? »

« Non, pas vraiment. »

Nive m’avait regardé d’un air dubitatif. Elle avait un joli visage, mais quelque chose dans cette lumière dans ses yeux me donnait envie d’éviter son regard. Ils étaient comme les yeux injectés de sang d’un monstre affamé. Son regard avait l’air de pouvoir tuer. C’était extrêmement inconfortable.

Les yeux de Nive s’étaient détendus. « Bon, tant pis, alors. En tout cas, Rentt, vu tout ce qui se passe et comment on s’est croisés par hasard, et si on travaillait ensemble ? » suggère-t-elle, mais elle avait été rapidement interrompue.

« Nive ! » Quelqu’un avait crié derrière elle. C’était une femme habillée en clerc, aux cheveux argentés et aux yeux améthyste. C’était Myullias Raiza, une sainte lobélienne. Nive fronça les sourcils en entendant la voix, mais seulement un instant avant de sourire et de regarder par-dessus son épaule.

J’avais l’impression d’avoir vu quelque chose que je n’aurais pas dû voir. Je m’étais demandé si elles étaient en mauvais termes, mais j’étais tout à fait incapable de deviner ce que Nive ressentait. Peut-être que l’expression que j’avais vue n’avait pas de sens profond, ou peut-être qu’elle essayait délibérément de m’induire en erreur. C’était dangereux de trop y penser.

« Oh, si ce n’est pas la Sainte Myullias ? Ne cours pas comme ça, ça te donne l’air qu’à moitié sainte. Tu n’as déjà pas l’air d’une sainte, » dit Nive d’un ton cinglant. L’Église de Lobélie était de loin l’une des plus grandes organisations religieuses du continent, elle avait donc du cran pour dire cela.

Myullias parut momentanément irritée, mais elle se calma rapidement. « Je n’aurais pas eu à le faire si vous n’étiez pas partie brusquement, » dit-elle avant de remarquer les cendres sur le sol. « Qu’est-ce que c’est ? » Il semblait qu’elle connaissait déjà la réponse à cette question. Vu l’état de la ville, une sainte lobélienne serait capable de deviner ce qui s’est passé.

« Bien sûr, les restes d’un vulgaire insecte suceur de sang, » répondit Nive. « Rentt et moi, nous nous en sommes occupés. »

La façon dont elle les traitait comme des insectes était affreuse, mais c’est ainsi que les gens parlaient des vampires de façon désobligeante depuis longtemps. Le genre de personnes qui détestaient les vampires parlait comme ça.

« Je vois, c’est donc pour ça que vous vous êtes mise à courir. »

« Oui, il se déguisait en humain. Il était extrêmement difficile de le distinguer du vrai, mais Rentt l’a forcé à abandonner la comédie en l’interrogeant. Et quand il était sur le point d’attaquer quelqu’un, j’ai essayé de le purger avec des arts divins. Il s’est avéré que c’était après tout un thrall. Il s’en est fallu de peu, n’est-ce pas, Rentt ? »

Apparemment, elle avait écouté notre conversation, mais je ne pouvais pas deviner quand elle avait commencé. Si elle avait décidé d’utiliser les arts divins parce qu’il était sur le point d’attaquer quelqu’un, je suppose que c’était acceptable.

« Nive, quand avez-vous compris qu’il était un thrall ? » avais-je demandé.

« Je n’en ai eu la certitude que lorsqu’il était sur le point d’attaquer la foule. Par contre, j’ai bien senti l’odeur des thralls sur cette place. J’ai un bon nez. »

Je ne savais pas si elle voulait dire ça au sens figuré ou au sens propre, mais l’un ou l’autre aurait eu du sens venant d’elle. Je la croirais si elle pouvait trouver des thralls par instinct, mais je pourrais tout aussi bien croire qu’elle était une sommelière de vampires comme je suis un sommelier de sang. Je l’avais imaginée reniflant un vampire de 300 ans, commentant comment il était bien fermenté et mûr pour être tué. Cette idée me dégoûtait.

Myullias semblait également déconcertée. « Vraiment ? » dit-elle avec un soupir.

En tout cas, Nive et Myullias semblaient toujours travailler ensemble. Nive n’avait pas l’air très enthousiaste à ce sujet, mais ce n’était pas mes affaires. Le thrall était mort de toute façon, alors je voulais juste m’éloigner de Nive.

« J’aimerais aller voir s’il y a d’autres thralls dans le coin, alors je vais y aller maintenant », avais-je dit. « Que la lumière soit dans vos futurs. » J’avais récité à la hâte une prière lobélienne et j’avais quitté la place en courant.

« Attendez, Rentt ! Rentt !!! » Nive avait crié, mais je l’avais ignorée.

Heureusement, je ne faisais pas que fuir. J’avais mon travail comme excuse. Je n’avais toujours aucune idée de la relation qu’entretenait Nive avec l’Église de Lobélie, mais j’espérais qu’elle ne serait pas capable d’abandonner une sainte et de me poursuivre. J’avais couru pendant un moment avant de regarder par-dessus mon épaule, mais Nive n’était pas là et ne semblait pas se lancer à ma poursuite. Heureux d’être en sécurité, j’avais couru à travers la ville à la recherche du prochain thrall.

 

◆◇◆◇◆

J’avais coupé la tête d’un troisième thrall et l’avais purgé avec ma divinité. Il avait hurlé d’agonie en mourant. Ce n’était qu’un monstre que je tuais, mais pour les spectateurs, j’avais donné l’impression d’avoir tué quelqu’un sans raison. Les habitants de la ville étaient quelque peu déstabilisés, mais contrairement à ce qu’avait fait Nive, j’avais clairement indiqué qu’il s’agissait d’un thrall avant de le tuer. Je n’avais pas eu à craindre d’être arrêté de cette façon.

Mais alors que Wolf m’avait dit qu’il pouvait y avoir beaucoup de thralls, j’avais été choqué par leur nombre. J’avais aussi été surpris qu’ils puissent tous parler comme des humains normaux, une grande différence par rapport à l’époque où j’étais un thrall. Je m’étais demandé ce qui les rendait différents. Peut-être qu’ils s’étaient habitués à parler de cette façon. Peut-être que mes cordes vocales étaient simplement pourries. Différents thralls pouvaient être pourris à différents endroits, donc j’étais probablement juste malchanceux. Eh bien, ces thralls étaient probablement des humains vivants dans le passé, donc je suppose que nous étions tous malchanceux.

Ces thralls pouvaient parler assez bien, mais cela ne signifiait pas qu’ils possédaient toujours le même esprit que dans la vie. Ils pouvaient agir comme tel, mais seulement pour tromper les humains, ou du moins c’est ce qu’on disait. Je ne savais pas à quel point c’était vrai. Ils avaient commencé à se contredire après avoir été interrogés assez longtemps, donc c’était probablement correct, mais le fait qu’ils agissent de façon si humaine faisait qu’il était douloureux de les tuer. Quoi qu’il en soit, si on les laissait tranquilles, ils attaquaient les humains et mangeaient leur chair, pour finir par se transformer en vampires et devenir une menace pour l’humanité.

Me demandant si le moment était venu, j’avais regardé les thralls comme si je vérifiais la chaleur pendant que je faisais griller du poisson. Ils s’étaient pour la plupart transformés en cendres et ne pouvaient probablement pas se réanimer.

D’ailleurs, les autres aventuriers aspergeaient les thralls d’eau bénite pour s’en débarrasser. C’était un article assez cher, mais la guilde le fournissait pour cette occasion. Même s’ils ne le faisaient pas, certains aventuriers pouvaient simplement appeler Nive quand ils en trouvaient un. Elle viendrait certainement en courant. Mais il n’y avait qu’une seule Nive, pour autant que je le sache. Elle ne pouvait pas répondre à des appels venant de toute la ville.

J’avais aussi vu d’autres saints chercher des thralls dans la ville. Leurs arts divins étaient particulièrement efficaces contre eux. Mais peu de saints avaient de véritables capacités de combat, alors ils servaient surtout à les achever. Les saints dont le travail principal était la purification pouvaient purifier des villes entières en une seule fois, ils auraient donc probablement beaucoup à faire s’ils étaient ici en ce moment, mais ils n’étaient pas vraiment nombreux. Il y en avait peut-être un par pays, et les engager pouvait coûter une fortune. On pourrait penser qu’ils accorderaient des réductions lors de catastrophes de ce genre, mais je suppose qu’ils ne pourraient jamais travailler au prix fort. Quand on avait autant de pouvoir, c’est difficile de trouver le bon moment pour l’utiliser.

Quoi qu’il en soit, je m’étais demandé ce que le vampire pouvait gagner à mettre le feu à la ville et à semer le chaos. S’il avait déjà créé autant de thralls, je pensais que corrompre lentement tout Maalt aurait été un plan plus intelligent. Mais peut-être que ça aurait été difficile en soi. Les thralls n’avaient pas besoin de beaucoup de sang, mais s’ils devenaient de petits vampires, ils en auraient besoin d’une tonne. Si les gens commençaient à découvrir des signes d’attaques de vampires, les chasseurs de vampires pourraient venir les chercher en grand nombre. Peut-être qu’ils voulaient commencer quelque chose avant que cela n’arrive. Ça a du sens, mais ça n’en a pas.

Cependant, il n’y avait pas beaucoup d’utilité à réfléchir à ça. J’étais retourné à la chasse aux thralls. Si je les chassais tous, le patron devrait se montrer. Ou quitter Maalt, mais ça serait bien aussi. Je ne savais pas combien il en restait, mais grâce à Edel, je pouvais toujours en trouver plus.

« Allons de l’avant, » avais-je dit à la souris sur mon épaule, puis je m’étais mis à courir.

***

Partie 5

« Après tout ça, je n’ai toujours pas localisé ma cible ? » Quelqu’un l’avait dit quelque part dans le donjon de la Nouvelle Lune.

La voix basse et haineuse était dirigée vers les nombreuses autres personnes présentes. De jeunes garçons et filles transpiraient et méditaient. Ils respiraient difficilement et semblaient vraiment épuisés.

Les enfants étaient assis en cercle autour d’un homme qui les fixait d’un air apathique. Il avait l’air frustré, comme si un outil ne fonctionnait pas correctement, mais n’exprimait pas plus d’inquiétude que cela.

« Argh ! » avait gémi l’un des garçons. Puis il avait craché du sang et s’était effondré.

L’homme regarda le garçon et il se tient la tête comme s’il avait un mal de tête. « Où était-il cette fois-ci ? » avait-il demandé.

« Un thrall du deuxième district commercial a été tué, » répondit le garçon.

« Hm ! Pas que ça ait de l’importance s’ils sont tués, mais on les trouve un peu trop vite. À ce rythme, je pourrais être à court de thralls avant que ma cible ne se montre. »

« Êtes-vous sûr que cette personne se trouve dans cette ville ? »

« Oui, certainement. Pouvoir découvrir qu’elle est dans cette ville a pris du temps, mais il n’y a aucun doute. Cependant, je ne sais pas exactement où chercher, et je suppose que je ne peux pas m’attendre à ce qu’ils sortent de sa cachette, malheureusement. »

« Mais si nous pouvions obtenir leur aide… »

« Oui, nous allons nous rapprocher de notre objectif. C’est ce que nous sommes venus faire ici. Je vous impose un lourd fardeau, mais c’est pour le bien de notre avenir. Vous comprenez cela, n’est-ce pas ? » demanda l’homme en regardant tous les enfants. Ils étaient encore concentrés, mais ils avaient hoché la tête.

Cet homme était sans aucun doute leur plus grand espoir. Il leur montrait une lumière qu’ils n’avaient jamais vue de leur vie. C’est pourquoi ils contrôlaient les thralls pour lui. Il leur avait accordé aussi ce pouvoir.

L’homme avait observé les enfants et avait souri.

 

◆◇◆◇◆

Non seulement les thralls, mais la plupart des morts-vivants étaient des créatures tragiques. Ils gagnaient en quelque sorte l’immortalité, mais en même temps, ils perdaient leur humanité. Lorsqu’ils mouraient et devenaient morts-vivants, leur cadavre était habité par une nouvelle personnalité. Personne ne savait pourquoi cela se produisait ni où allait l’ancienne personnalité, malgré des débats sans fin sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, il était accepté comme un fait qu’ils devenaient des personnes différentes après la mort. Il y avait de nombreuses raisons à cela, mais la plus importante venait des autorités religieuses. Elles déclaraient que les morts-vivants étaient des êtres impurs et donnaient la priorité à leur purification par-dessus tout, elles ne pouvaient donc pas accepter que les morts-vivants aient une humanité. Ils pouvaient avoir l’apparence qu’ils avaient dans la vie, mais ils ne pouvaient pas être considérés comme la même personne.

Je n’avais pas particulièrement critiqué cette idée. Je pouvais comprendre pourquoi les autorités religieuses ne pouvaient pas accepter les morts-vivants comme les personnes qu’ils étaient dans la vie, compte tenu des postes qu’ils occupaient. Mais l’important dans leurs affirmations était qu’elles étaient à moitié prouvées. C’est pourquoi j’avais interrogé tous les thralls que j’avais rencontrés. Quand on interrogeait les morts-vivants assez longtemps sur leurs vies passées, leurs réponses commençaient à se contredire. S’ils étaient les mêmes personnes qu’ils avaient toujours été, cela n’arriverait probablement pas. Mais vu que leurs corps tombaient en morceaux, on pouvait aussi expliquer cela par une perte de mémoire. C’était difficile d’en être sûr.

Mais même si cette explication était vraie, cela ne changeait rien au fait que les morts-vivants attaquaient les humains. Certains, comme les grands vampires, pouvaient se contrôler, mais même eux avaient tendance à attaquer les humains. Personne ne voulait accepter de telles personnes comme membres de sa famille, comme amis ou comme êtres chers, aussi les morts-vivants étaient-ils historiquement considérés comme des personnes différentes après la mort. C’est pourquoi ils avaient toujours été exterminés.

Cependant, les humains n’étaient pas si simples. Pensez à votre famille ou à vos proches. Et si, après leur mort, ils revenaient à la vie avant que vous n’ayez pu vous en rendre compte ? Et s’ils semblaient et agissaient exactement de la même manière, de sorte que vous ne puissiez pas nier que c’était eux ? Je ne sais pas si beaucoup de gens pourraient les rejeter tout de suite. Appelez ça de la gentillesse, de la naïveté, ou même de la faiblesse. Je ne sais pas ce que c’est. Mais ce que Lorraine et mes autres amis m’avaient montré, c’était de la gentillesse.

« Pourquoi ? Pourquoi !? »

Mais pour ce qui se passait devant moi, je ne savais pas comment l’appeler.

 

◆◇◆◇◆

Des aventuriers s’y étaient rassemblés. Pas tous les aventuriers de la ville, mais une dizaine d’entre eux. L’un d’entre eux était le Maître de Guilde Wolf, qui aurait dû être à la guilde pour donner des ordres, donc quelque chose de spécial se passait. Mais je suppose que la situation n’était pas vraiment unique. J’avais eu de la chance, mais il ne serait pas étrange que des incidents similaires se produisent tout autour de Maalt.

Les aventuriers entouraient un garçon seul. Plus qu’un garçon, c’était un thrall. Ses yeux étaient injectés de sang, et ses vêtements déchirés laissaient apparaître de la chair sèche et pourrie en dessous. La magie de déguisement ne le cachait plus, car son visage était couvert de cicatrices et de trous. Tout cela faisait partie de la chasse au thrall, mais ce thrall se faisait passer pour un aventurier. Son équipement et son âge le faisaient passer pour un débutant.

« Quel est ton nom ? » Wolf demanda cela au thrall.

« Tita Well. Je suis un aventurier de classe Fer. Je ne fais que commencer, mais j’essaie d’atteindre la classe Bronze. Je veux gagner un peu d’argent pour l’envoyer à mes parents dans ma ville natale. J’aimerais aussi pouvoir acheter une jolie robe de mariée pour ma sœur. »

« Quand es-tu devenu un thrall ? »

« Un thrall ? Je suis Tita Well, un aventurier de classe Fer. »

Je venais juste d’arriver, mais il semblait que les autres avaient posé ces questions plusieurs fois. Wolf secoua la tête et regarda derrière lui, vers des aventuriers qui tenaient une fille par les épaules. « Est-ce vrai ? » demanda-t-il.

« Oui, » répondit la fille à travers ses larmes. « Pourquoi ne pouvez-vous pas le laisser partir ? Regardez, il vous parle. Il dit les mêmes choses qu’avant. »

« Je comprends ce que vous ressentez, mais vous avez vu ce qui s’est passé. Il était fou furieux, il y a juste une minute. On ne peut lui parler comme ça que parce qu’on le retient. Si nous le lâchons, il est certain qu’il attaquera à nouveau quelqu’un. Pouvez-vous vraiment dire qu’il est la même personne qu’il a toujours été ? »

« Mais, mais… ! »

Wolf était dur, mais il avait raison. Les yeux de Tita oscillaient entre la raison et la folie. Le ramener à la normale ne semblait pas impossible, mais une telle chose n’avait jamais été accomplie auparavant.

« Désolé, » dit Wolf. « Si j’avais mieux fait mon travail, il n’aurait probablement pas été une victime. Mais ce qui est fait est fait, et je ferai ce que je dois faire. Si vous ne voulez pas regarder, fermez les yeux. Si vous voulez détester quelqu’un pour ça, détestez-moi. »

Wolf dégaina l’épée qu’il portait dans le dos et la leva au-dessus de sa tête. La fille, vraisemblablement une alliée de Tita, avait essayé de tendre la main, mais elle avait fini par frémir et la retirer. Elle devait penser que c’était sans espoir, et elle avait raison.

Wolf coupa la tête de Tita. Puis il aspergea d’eau bénite la tête et le corps, les réduisant en cendres. Tout ce qui restait était l’armure bon marché de Tita. La fille prit l’armure dans ses bras, ramassa les cendres, et pleura.

 

◆◇◆◇◆

Wolf regarda la fille, son expression affichait sa peine. Je m’étais approché de lui par-derrière. « Rentt ? » déclara-t-il sans se retourner pour me regarder. Il devait avoir remarqué que je regardais ces événements.

« Désolé que tu aies dû faire ça, » avais-je dit, bien que les mots me semblent un peu banals.

« C’était un aventurier de ma guilde. J’étais le meilleur homme pour ce travail. » Je pouvais sentir la dignité et la responsabilité qu’il ressentait en tant que maître de la guilde. Nous avions de la chance de l’avoir à la tête de notre guilde.

« Alors ce garçon était de la guilde de Maalt ? » avais-je demandé. Je n’avais commencé à regarder qu’au milieu de l’action et je n’avais pas tous les détails, mais je pensais qu’il l’était, et Wolf l’avait confirmé.

« Oui, c’est l’un des aventuriers débutants qui a disparu. La fille qui pleure là partait à l’aventure avec lui. Il s’est levé et a disparu un jour, et c’était tout, jusqu’à ce que… »

« Il est revenu en tant que thrall ? »

« C’est vrai. C’est tragique. S’ils s’en étaient pris à quelqu’un comme moi qui a moins d’avenir à espérer, ça aurait été une chose, mais il fallait qu’ils ciblent quelqu’un qui a des aspirations. Ça me rend malade. »

Si j’étais ce vampire, je n’aurais probablement pas non plus voulu me battre avec Wolf, mais je pouvais voir où il voulait en venir. Cibler les faibles était la démarche logique pour tout chasseur, mais quand ces cibles étaient humaines, c’était inadmissible. Les aventuriers débutants étaient généralement des enfants qui ne connaissaient pas encore leur chemin dans le monde. Seul un lâche les attaquerait.

« Laisse-moi te demander quelque chose, juste pour être sûr, » me chuchota Wolf pour que personne d’autre n’entende. « Tu ne connais pas un moyen de transformer les thralls en personnes, n’est-ce pas ? » Wolf avait parlé à la fille comme si c’était impossible, mais il se demandait apparemment si c’était possible d’une manière ou d’une autre. Après tout, il m’avait comme une sorte d’exemple.

« Malheureusement, je ne sais pas s’il y a un moyen. Et quand j’étais un thrall, je n’ai jamais perdu la tête comme ça. Ma voix était un peu rauque, mais je pouvais parler comme une personne ordinaire, et j’étais parfaitement sain d’esprit. Peut-être qu’il y a quelque chose de fondamentalement unique chez moi par rapport à eux, à en juger par ce que j’ai vu ici. »

Le garçon ne pouvait pas répondre clairement à la question de Wolf. On pouvait se demander s’il était même conscient d’être un thrall. Mais j’étais différent. J’étais pleinement conscient de ce que j’étais. Je ne peux pas dire que je n’avais pas de pulsions monstrueuses, mais à part quand j’avais attaqué Lorraine, j’étais capable de les contrôler. Je continuais également à boire du sang humain tous les jours, mais je n’avais jamais pensé à attaquer une autre personne. Ce garçon, par contre, était en train de devenir fou furieux avant d’être capturé. Il devait y avoir quelque chose qui le rendait différent de moi à un niveau fondamental.

Wolf avait l’air à la fois déçu et soulagé par ma réponse — déçu de ne pas avoir pu sauver les aventuriers qui avaient été ses alliés et soulagé que sa décision de purifier ces aventuriers ait été le bon choix. S’il les avait tués alors qu’ils auraient pu être sauvés, il aurait probablement eu du mal à s’excuser. Quoi qu’il en soit, c’était son seul choix dans cette situation. S’il révélait que j’étais mort-vivant et qu’il prétendait connaître un moyen de guérir les thralls en plus de cela, cela le mettrait dans une position précaire. Mais il était prêt à traverser ce pont si cela pouvait les aider.

« Je vois, j’ai compris, » dit Wolf. « C’est bon à savoir. Oh, aussi, nous avons rassemblé quelques informations. Écoute ça. »

Wolf m’avait parlé de l’état actuel de la ville. J’en connaissais une partie grâce à ce que j’avais vu à travers le partage de vision d’Edel, mais je n’étais pas aussi analytique que la guilde. Edel et moi pourrions essayer de nous débrouiller seuls, mais nous manquerions d’expérience dans certains domaines. La guilde savait comment gérer ce genre de situation, et elle avait de nombreux membres du personnel pour trier les informations, donc les écouter était bénéfique.

Tout d’abord, il m’avait dit qu’ils avaient trouvé et vaincu des thralls tout autour de Maalt et qu’il semblait y en avoir entre cinquante et cent au total. Certains, comme le garçon de tout à l’heure, étaient de nouveaux aventuriers qui avaient disparu. Cela avait presque confirmé qu’un vampire était derrière ces disparitions.

Ils avaient essayé de localiser et de capturer le vampire en même temps qu’ils avaient exterminé les thralls, mais ils n’avaient pas réussi à le trouver. Ils avaient également essayé de deviner l’emplacement du vampire en se basant sur la façon dont les thralls étaient répartis dans Maalt, mais le vampire semblait avoir pris cela en compte en les plaçant de façon égale dans toute la ville. Il savait que c’était mieux que de les installer autour de sa cachette, apparemment. S’il créait sans cesse des thralls et les envoyait de sa cachette, ils n’auraient pas été répartis de manière aussi uniforme. On peut en déduire qu’il avait réfléchi au positionnement avant de lancer l’attaque.

***

Partie 6

« Eh bien, la chasse aux thralls se déroule toujours aussi bien, » poursuit Wolf. « Je pense que nous finirons par tous les éliminer, mais il y a eu des dégâts considérables. J’aimerais qu’on puisse déjà battre le boss. En parlant de ça, je veux te demander quelque chose. »

« Quoi ? »

« Sais-tu à quel point un vampire doit être proche pour contrôler un thrall ? Ils sont tous arrivés et ont commencé à attaquer des gens et à mettre le feu à des objets en même temps, donc ils ont probablement tous reçu les mêmes ordres. Je pense que le vampire est au moins assez proche pour leur donner des instructions.

« Je n’en sais rien, » avais-je répondu.

« Pourquoi ? Tu ne l’es pas, tu sais ? » Wolf l’avait demandé en hochant la tête. Il avait évité de dire directement que j’étais un vampire. J’avais apprécié sa prévenance.

« Eh bien, réfléchis-y. Je n’attaque pas les gens, et je n’ai jamais créé ou contrôlé de thralls. Je ne saurais pas exactement à quel point il faut être proche pour en contrôler un, ou combien on peut en créer. »

« Bon, je comprends. Maintenant que tu le dis, comment un vampire qui n’attaque pas les gens pourrait-il faire des thralls ? Mais bon, va-t-on devoir fouiller tous les coins et recoins pour trouver ce vampire ? » dit Wolf en croisant les bras.

« Attends un peu. Je n’ai peut-être jamais fabriqué de thrall avant, mais j’ai fabriqué un familier. Ici, » avais-je dit en montrant la souris sur mon épaule. Edel s’était dressé sur ses pattes arrière et avait croisé ses pattes avant. Pour une souris, elle était remarquablement adroite.

« Je croyais que ce n’était qu’un animal de compagnie, » marmonna Wolf en regardant Edel avec des yeux écarquillés. Je ne pouvais pas imaginer que ce serait le premier choix de beaucoup de gens pour un animal de compagnie, mais je suppose qu’il me trouvait bizarre. Peut-être que tout le monde le pensait, et c’est pourquoi personne n’avait fait de commentaire sur l’animal assis sur mon épaule pendant tout ce temps.

« S’il n’était en fait qu’un animal de compagnie, il aurait été un peu fou de le faire traverser une ville assiégée sur mon épaule, tu sais, » déclarai-je.

« Eh bien, je me suis dit que c’est le genre de chose que tu ferais. Tu as la réputation de faire brusquement des choses qui n’ont pas de sens. Tu as toujours été comme ça. Mais maintenant que j’y pense, il y avait un sens à toutes ces choses. Eh bien, assez parlé du passé. Donc c’est un familier. Qu’en est-il ? »

« Les thralls sont fabriqués à partir d’humains, donc ce n’est peut-être pas tout à fait la même chose, mais la façon dont j’ai fabriqué mon familier est pratiquement identique. Peut-être que la portée à partir de laquelle ils peuvent être contrôlés est la même aussi. »

« Je vois, alors à quelle distance il faut être pour ça ? Hey, est-ce que tu contrôles vraiment cette chose ? » Edel avait commencé à danser de façon erratique sur mon épaule. Wolf lui avait jeté un regard suspicieux. Je ne savais pas si Edel s’ennuyait ou pas, mais peu importe.

« Eh bien, en général, je le laisse faire ce qu’il veut. Mais si je lui donne des ordres, il les suivra. Donc, en ce qui concerne la portée maximale de cela, je sais au moins que nous pouvons nous contacter de n’importe où dans Maalt. Et même depuis l’extérieur de Maalt, je peux lui donner des instructions simples. »

« D’aussi loin ? Et plus loin ? »

« Je ne sais pas. Je pense que ça s’étend jusqu’au donjon de la Nouvelle Lune. »

Je n’avais pas encore essayé, mais j’avais l’impression que ça pourrait marcher. Je ne pourrais pas donner d’instructions détaillées, et il faudrait probablement un certain temps pour que les messages lui parviennent, mais les commandes générales fonctionneraient jusqu’à cette distance. En plus de cela, il y avait aussi ce que j’avais vu au donjon de la Nouvelle Lune. J’avais décidé que c’était le bon moment pour en parler.

« Au fait, il peut partager ses sens avec moi dans une certaine mesure, et il a ses propres adeptes de la même espèce qui peuvent partager leur vision avec lui. Grâce à ces capacités, j’ai appris quelque chose d’un peu curieux. »

« Attends un peu. Vous partagez leur vision ? D’accord, la taille et la couleur de ton familier sont assez inhabituelles, mais n’est-ce pas un puchi suri ? Donc il peut voir ce que les autres puchi suris voient ? N’importe quel adulte avec un couteau pourrait tuer un puchi suri s’il en avait envie, donc personne ne s’occupe vraiment d’eux et on les laisse errer partout. Si tu pouvais sentir ce que chaque puchi suri sent, ça veut dire…, » Wolf murmura, en rassemblant les pièces du puzzle. « On dirait que j’ai eu raison de te mettre dans ma guilde. Tu sais tout ce qui se passe dans cette ville, n’est-ce pas ? »

« Je n’irais pas aussi loin, mais ils peuvent se faufiler dans toutes sortes d’endroits pour obtenir des informations. »

« Il vaut mieux ne pas faire ça à la guilde ? Mais peu importe, ce n’est pas important pour le moment. Quoi qu’il en soit, qu’as-tu découvert ? »

« J’ai vu un vampire mordre quelqu’un au donjon de la Nouvelle Lune. Ça fait un moment depuis, mais je pense que ça pourrait être la base du vampire. »

« Je vois. Les disparitions se produisaient surtout dans les donjons. Elles se produisaient aussi en ville, mais pas aussi fréquemment. Cependant, je ne pensais pas qu’il était possible de contrôler des thralls d’aussi loin. Je n’ai pas lancé de recherche jusqu’ici, mais on dirait que je devrais. »

Avec la ville en feu et les thralls qui attaquent les gens, il n’y avait personne de disponible à envoyer au donjon alors que la probabilité d’y trouver quelque chose était incroyablement faible. Capturer le vampire était important, mais pas autant que de protéger les habitants de la ville. Cependant, d’après ce que j’avais dit, il y avait de fortes chances que le vampire soit là.

« Eh bien, il n’y a toujours pas beaucoup d’aventuriers qui ont les mains libres, » dit Wolf après avoir réfléchi un peu. « Nous reprenons lentement les choses en main ici, mais c’est loin d’être fini. Je vais devoir choisir quelques personnes à envoyer là-bas. Rentt, y vas-tu ? »

J’avais hoché la tête. L’ennemi était un vampire, et même si je ne connaissais pas son rang, c’est moi en un sens qui en saurais le plus sur lui.

« Et ce sera sûrement bien si Lorraine y va aussi, non ? Qui d’autre ? » Lorraine m’aiderait à m’assurer que je ne faisais pas de bêtises, et elle était aussi l’un des rares aventuriers de classe Argent de Maalt.

« Vous m’emmènerez aussi, n’est-ce pas ? » demanda quelqu’un en se faufilant derrière Wolf.

« Whoa ! » Wolf avait glapi.

La personne derrière lui était, bien sûr, Nive Maris la chasseuse de vampires. Je souhaitais juste qu’elle s’en aille.

« Qu’est-ce que vous avez entendu ? » demanda Wolf à Nive avec un regard perplexe. Il était probablement inquiet qu’elle ait entendu quelque chose sur moi. Mais j’avais vu quand Nive avait avancé derrière Wolf comme un chat, et rien de problématique n’avait été discuté depuis son apparition.

« Oh, je vous ai juste entendu dire que vous choisissiez des gens. Rien avant ça, » répondit Nive. « Il me semble que vous ayez trouvé la base du boss ou quelque chose comme ça. Par contre, je n’en ai aucune idée de comment vous l’avez trouvée plus vite que moi. »

Elle avait l’air de n’avoir rien entendu qui puisse poser problème, mais je ne pouvais pas être sûr qu’elle ne mentait pas. Peut-être qu’elle jouait l’idiote, mais je n’avais aucun moyen de le deviner. En tout cas, elle avait l’air d’essayer d’être mignonne, comme un enfant qui voit un jouet et a hâte de jouer avec. L’intention d’un enfant aurait pu se lire sur son visage, mais je ne pouvais pas imaginer ce que Nive pensait.

« Eh bien, les guildes ont leurs méthodes. La plupart du temps, nous lançons des aventuriers sur plusieurs pistes jusqu’à ce que ça marche, » dit Wolf, soulagé de ne pas avoir révélé mon secret. Et ce n’était pas non plus entièrement un mensonge dans ce cas, si on remplaçait simplement les aventuriers par des souris.

« Je vois, et vous l’avez trouvé comme ça par hasard, n’est-ce pas ? » répondit Nive. « Même moi, je ne peux pas rivaliser avec le pouvoir des coïncidences. Alors, puis-je venir ? »

J’espérais qu’elle avait oublié ce que nous faisions, mais mon espoir était vain. Rien ne pouvait distraire Nive de son obsession pour les vampires.

« Bien sûr, » dit Wolf. « Vous êtes de rang Or, sans compter que vous êtes un chasseur de vampires. Ce serait bien de vous avoir dans le coin. Pas vrai, Rentt ? »

Il m’avait demandé, non pas tant pour avoir mon approbation, mais plutôt pour me dire qu’il n’y avait pas le choix en la matière et que je devrais faire avec. Vu la force et les capacités de Nive, la refuser serait absurde. Nous devions envoyer les meilleurs des meilleurs, et personne à Maalt ne correspondait mieux qu’elle. Mes sentiments spontanés sur le fait qu’elle soit indigne de confiance et dangereusement devaient être mis de côté.

« C’est vrai ! Ça va aider d’avoir un expert dans le coin, » avais-je répondu, mais seulement parce que je devais le faire.

« Excellent, » dit Nive en ricanant. « Ne perdons pas de temps. Au fait, où allons-nous ? Je n’ai pas encore entendu cette partie. »

« Oh, le donjon de la Nouvelle Lune, » expliqua Wolf. « Je ne peux pas garantir que le vampire s’y trouve, mais il y a de bonnes chances. »

« Vraiment ? Je vois, cela peut certainement être vrai. Le vampire moyen aurait du mal à contrôler les thralls à une telle distance, mais un vampire puissant pourrait le faire. Même les petits vampires peuvent parfois le faire si plusieurs d’entre eux travaillent ensemble. La distance maximale à laquelle quelqu’un pourrait contrôler les thralls de Maalt serait quelque part autour du donjon de la Nouvelle Lune. »

« Alors pensez-vous que nous ayons raison ? » demanda Wolf.

« Oui, mais je pensais que je chassais un vampire de moindre importance qui agissait seul. Je pensais qu’il y avait de grandes chances qu’il se cache dans Maalt même. Mais au vu de la qualité et de la quantité des thralls, il est peut-être préférable de mettre ces attentes de côté. S’il y a plusieurs vampires, cependant, je me serais attendu à plus de pertes. »

« Je pense cependant qu’un assez grand nombre d’aventuriers et de civils ont disparu. »

« Pas tant que ça, relativement parlant. Un petit vampire doit se nourrir de quelques humains par mois. Ils n’auraient pas forcément besoin de tuer qui que ce soit s’ils avaient des humains prêts à leur fournir du sang de leur propre chef, mais il faudrait qu’ils soient très organisés pour que cela fonctionne. Il n’y avait pas d’organisation de ce genre à Maalt. Je n’ai peut-être pas assez enquêté, mais je pense qu’ils utilisent la médecine du sang. C’est une surprise. »

Wolf pencha la tête. « C’est quoi la médecine du sang ? »

« Une drogue spéciale qui peut supprimer les pulsions de vampire suceur de sang. Mais ce n’est pas facile à produire. Une poignée de vampires ne serait pas capable de le faire toute seule, je peux vous le dire. Hm, maintenant ça me démange vraiment de capturer ce vampire. »

« Pourquoi ? » avais-je demandé.

« Parce qu’ils doivent bien se procurer le médicament à base de sang quelque part. Si nous les capturons et les interrogeons, cela devrait nous mener à une énorme bande de vampires. Ce sera le jackpot de la chasse aux vampires ! Qu’est-ce qui est plus excitant que ça ? »

L’enthousiasme sincère de Nive était terrifiant. Je me sentais presque mal pour les vampires qu’elle poursuivait. Wolf pensait probablement la même chose, mais le gardait pour lui.

« Je suis content que vous soyez passionnée par votre travail, » avait-il dit. « Si vous pouvez capturer le boss pour nous, Maalt redeviendra la jolie petite ville qu’elle a toujours été. Je compte sur vous. »

« Bien sûr. Je vais capturer le vampire, je vous l’assure. »

J’avais regardé le sourire de Nive, me rappelant à quel point je détestais devoir travailler avec elle, mais il n’y avait pas d’autre solution maintenant. Heureusement, il y aurait quelqu’un d’autre pour la surveiller. J’avais regardé derrière Wolf et j’avais vu Myullias courir vers nous.

« Combien de fois dois-je vous le dire ? Arrêtez de vous mettre à courir au hasard ! » avait-elle crié entre deux respirations lourdes. Ce n’était pas très saint de sa part.

***

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Un commentaire :

  1. Merci pour le chapitre.

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