Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 12

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Prologue

« L’ANNIVERSAIRE… l’anniversaire de Néphy… !? »

L’ensemble du château trembla violemment en raison de l’agitation intérieure de son seigneur.

Une résidente cria : « Arg ! Je suis vraiment désolée, Madame… ! Hein ? » en sortant du lit.

Un autre murmura. « Hm, il semblerait qu’aujourd’hui sera une journée bruyante, » tout en touillant le plat qui mijotait.

Un troisième déclara : « Dieu merci, Mlle Gremory est en voyage d’affaires, » avec un soupir de soulagement.

Zagan était assis au centre de cette secousse, faisant face à une vieille haute elfe dans sa salle de trône… à savoir, l’Archidémon Orias.

« Oh là là, on dirait que tu ne le savais vraiment pas, » dit-elle avec un sourire troublé.

« Orias, permets-moi de te poser une question, » dit Zagan, tout en essuyant timidement la sueur froide de son front. « Se pourrait-il que dans la société normale, il y ait une sorte de coutume pour célébrer les anniversaires ? »

Le sourire de la vieille Archidémon s’était soudainement transformé en une grimace douloureuse.

« Oh… Eh bien, je suppose que j’aurais dû commencer par là. Désolée. »

« Je veux dire, ce n’est pas comme si j’étais complètement ignorant. En repensant à mes anciens jours en tant qu’orphelin, je peux dire que j’ai certainement vu quelque chose d’un peu similaire auparavant. »

De temps en temps, Zagan avait vu certains enfants recevoir du pain ou des objets hétéroclites qui pouvaient être vendus pour une somme d’argent raisonnable sans trop d’explications. Même lorsqu’il avait demandé aux autres pourquoi, ils ne lui avaient jamais répondu et s’étaient contentés de faire des grimaces comme pour lui dire de se débrouiller.

En y repensant maintenant, il s’agissait bien d’anniversaires. Cependant, dans son esprit, de telles occasions s’accompagnaient de souvenirs clairement amers, ce qui était précisément la raison pour laquelle il était confronté à une énorme crise.

Comment célèbre-t-on un anniversaire ?

Zagan ne connaissait même pas la date de son propre anniversaire, il n’avait jamais eu l’occasion de le fêter, et personne ne l’avait déjà fêté pour lui. La façon dont les orphelins faisaient les choses ne pouvait pas du tout servir de référence. La seule chose qu’il pouvait dire, c’était qu’il était typique d’offrir une sorte de cadeau.

« Ne t’inquiète pas, » dit Orias avec un hochement de tête, lisant l’immense sentiment de confusion qui traversait l’esprit de Zagan. « Ce n’est pas si compliqué. Il suffit d’offrir des paroles de félicitations et un cadeau. »

« Est-ce vraiment suffisant ? Le jour où Néphy est née est le jour le plus béni du monde, n’est-ce pas ? »

Orias plissa agréablement les yeux en entendant cela et répondit : « Je crois que ma fille est vraiment bénie que tu la tiennes en si haute estime. »

« Ne te moque pas de moi, Archidémon Orias. Je t’ai promis de rendre Néphy heureuse. Et je t’assure que je viens à peine de commencer mon travail, » déclara Zagan avec toute la majesté d’un Archidémon.

Pour une raison inconnue, Orias avait couvert son visage avec ses deux mains. On aurait dit que le bout de ses oreilles pointues était teint en rouge.

« Pourquoi détournes-tu le regard ? » demanda Zagan.

« Vous êtes tous deux bien trop éblouissants…, » marmonna Orias. Puis, elle se frappa la poitrine à plusieurs reprises pour tenter de calmer son cœur avant de se ressaisir. « L’anniversaire de ma fille est le vingt-quatre d’Arnaki. »

Arnaki était le quatrième mois de l’année. On était actuellement au début du troisième mois, Thalassa, donc il y avait beaucoup de temps pour se préparer. Pourtant, en entendant qu’elle était née ce jour-là, les yeux de Zagan s’écarquillèrent sous le choc.

« Le vingt-quatre d’Arnaki… En es-tu certaine ? » avait-il demandé.

« Euh, oui ? Y a-t-il un problème ? »

Zagan se gratta la tête, ayant un peu de mal à répondre, avant de dire : « C’est… le jour où Néphy et moi nous sommes rencontrés. »

Ou, eh bien, le jour où je l’ai achetée…

Avec le recul, il trouvait déroutant que Néphy soit tombée amoureuse d’un sorcier qui avait dépensé toute sa fortune pour l’acheter.

« Quoi… ? Vraiment ? » demanda Orias avec étonnement.

« Oui. »

« Alors peut-être as-tu déjà rempli ta promesse, » dit-elle avec un doux sourire.

« Ce qui veut dire… ? »

« Dans l’esprit de ma fille, le jour où elle t’a rencontré est le jour le plus joyeux du monde. »

Zagan sentit son visage s’échauffer en entendant ces mots inattendus.

« Un Archidémon ne devrait pas prononcer des mots aussi frivoles. Hum, je veux dire… même moi, je suis parfois embarrassé, » marmonna-t-il.

« Hein ? Oh… Je vois, » dit Orias, bien qu’elle fasse une grimace comme pour dire qu’il le lui disait bien trop tard, non pas que Zagan ait le sang-froid pour le voir, bien sûr. Elle croisa alors soudainement les bras en semblant troublée.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda Zagan.

« En parlant de l’anniversaire de ma fille, je me demande quand est née Nephteros. »

Nephteros — l’elfe noire qui était maintenant considérée comme la petite sœur de Néphy — était en fait le clone de Néphy. En tant qu’homoncule, il était peu probable qu’elle ait un anniversaire précis. Malgré tout, Zagan secoua la tête comme si ce n’était pas grave.

« C’est la vraie jumelle de Néphy. N’est-il pas normal qu’elles partagent le même anniversaire ? » dit-il.

« Oui… Tu as raison. Faisons comme ça. Son anniversaire sera donc le vingt-quatre d’Arnaki. »

« Oui. »

Même si Zagan était d’accord, des nuages sombres enveloppaient son cœur.

Un anniversaire… Mais avec le temps qu’il lui reste…

Confronté à l’impérieuse nécessité de résoudre le problème de Nephteros avant leur anniversaire, Zagan avait ressenti de manière inhabituelle quelque chose proche de l’anxiété. C’était le point de départ d’un incident en approche.

***

Chapitre 1 : L’anniversaire de ma fiancée est bien plus important que le sort du monde

Partie 1

« Regarde ça, mon frère ! J’ai appris à flotter ! »

Plusieurs heures après avoir reçu l’information choquante sur l’anniversaire de Néphy et avoir pris le petit déjeuner, une voix joyeuse résonna dans la salle du trône. Seuls Zagan, Kimaris — qui résumait les rapports pour lui à ses côtés — et un jeune garçon faisant du bruit devant eux, Furcas, se trouvaient actuellement dans la pièce.

Je veux préparer l’anniversaire de Néphy en secret et lui faire une surprise.

C’était la raison pour laquelle Zagan avait gardé le silence à ce sujet alors qu’il tentait de commencer les préparatifs, mais ses devoirs normaux ne cessaient de surgir et de s’interposer. Dans ce cas précis, il avait des demandes et des rapports de ses subordonnés, ainsi que du garçon en face de lui.

Le garçon qui s’agitait, flottant à quelques centimètres du sol, semblait avoir un peu moins de quinze ans. Il portait une chemise et un pantalon de chanvre ainsi qu’un pardessus usé. Sa tenue était complètement déplacée dans le château d’un Archidémon. En fait, il ne ressemblait guère plus qu’à un garçon parfaitement normal. Malheureusement, il était en fait l’un des sorciers à qui l’on avait confié le titre d’Archidémon. Pour preuve, le sceau de l’Archidémon brillait sur sa main droite.

« Je vois. Tant mieux pour toi, » dit Zagan en hochant la tête, ne sachant pas exactement comment se sentir dans cette situation.

« C’est ça ! C’est grâce à toi qui me l’a appris, mon frère ! »

Cela faisait trois jours qu’ils avaient sauvé ce garçon d’un certain cauchemar. Furcas y avait perdu ses souvenirs, et ils ne montraient aucun signe de résurgence. Cela dit, il possédait toujours l’Emblème de l’Archidémon, ce qui signifie qu’il possédait plus de mana que n’importe quel sorcier ordinaire. S’il retrouvait la mémoire, il était fort probable qu’il devienne un ennemi. Mais même si ce n’était pas le cas, il y avait des tonnes de raisons pour que les autres Archidémons et sorciers le manipulent.

J’ai l’impression que ce serait plus rapide de l’achever…

C’est ce que pensait Zagan, mais pour une raison ou une autre, le garçon s’était attaché à lui au point de l’appeler constamment « frère ». S’il était un canus, Furcas remuerait probablement la queue. En le voyant comme ça, l’envie de Zagan de le tuer s’était évanouie.

Furcas était donc désormais sous sa protection. À la condition qu’il reste confiné dans le château — qu’il n’en sorte qu’accompagné de Zagan, Kimaris ou autre —, il avait même reçu une formation en sorcellerie simple.

Honnêtement, même s’il n’avait aucun souvenir, son corps s’en souvenait probablement. Il apprenait à une vitesse terrifiante.

« Je n’en attendais pas moins de vous, Sire Furcas, » déclara Kimaris avec un sourire agréable. « Je ne connais personne d’autre qui ait maîtrisé la sorcellerie aussi rapidement. »

Malgré sa voix douce, Kimaris possédait un corps énorme. Il possédait un physique ferme, un visage de lion et une splendide crinière. Debout, à quelques pas du trône, il était assez imposant, mais Furcas n’en avait cure. Il avait simplement exprimé un pur plaisir.

« Merci, Kimry ! Tu as un visage effrayant, mais tu es en fait un gars très gentil ! »

« C’est normal dans ce château, » répondit Kimaris.

Eh bien, même sans souvenirs, ce garçon était toujours un Archidémon. Peut-être qu’il avait juste des nerfs d’acier.

Ce serait bien mieux s’il avait envie de vivre comme un civil normal… Avec cette pensée en tête, Zagan s’adressa au garçon.

« Réponds-moi, Furcas. Pourquoi veux-tu apprendre la sorcellerie ? J’espère que tu es conscient qu’elle n’est pas particulièrement utile si tu souhaites vivre une vie ordinaire. »

Zagan ne voulait pas donner au garçon une stimulation inutile. Si Furcas devait passer le reste de sa vie naturelle à vivre normalement, Zagan était prêt à s’occuper de lui.

Furcas l’avait regardé en clignant des yeux, confus, avant de répondre : « Hein ? Je sais déjà que je ne peux pas protéger Lilith si je ne deviens pas plus fort. »

« Juste pour que tu le saches, Lilith est aussi sous ma protection. Tant que ce sera le cas, elle ne sera pas exposée au danger. »

De façon inattendue, Furcas lança un regard d’exaspération à Zagan.

« Tu ne comprends pas, mon frère. Lilith est sûre de continuer à faire de son mieux pour t’aider, hein ? Je sais mieux que quiconque à quel point elle est une fille formidable. C’est pourquoi je dois devenir plus fort pour la protéger et la soutenir. »

Comment un type aussi sérieux et droit est-il devenu un fichu Archidémon ? pensa Zagan en se berçant la tête. Il croyait que Furcas avait dévié du droit chemin dans la vie à cause d’Alshiera, mais il n’avait pas la moindre idée de comment.

« J’ai peur de ce qui se passera au retour de Mlle Gremory…, » Kimaris murmura avec une certaine gravité.

« N’en parle pas, Kimaris. Tu me fais mal à la tête. »

La grand-mère était actuellement en voyage d’affaires, mais il était temps qu’elle revienne. Il était clair comme le jour que si elle voyait Furcas et Lilith maintenant, elle se mettrait à les suivre partout et à danser de joie. Rien de bon n’en sortirait. Furcas ne l’avait jamais rencontrée, aussi restait-il dans la confusion. Voyant cela, Zagan secoua la tête pour se ressaisir.

« Uhhh… Alors ? Comment est la vie ici ? Crois-tu que tu vas t’en sortir ? » demande-t-il.

Actuellement, Furcas n’était guère plus qu’un civil ordinaire. De ce fait, Zagan devait le considérer au même titre que Lilith et Selphy.

« Ouais ! » Furcas répondit en souriant. « Tout le monde est si gentil ! Rien ne me dérange vraiment ! Je pense que la seule chose qui vaille la peine d’être mentionnée, c’est le fait que Lilith m’évite un peu, et que son amie sirène continue de me regarder avec des yeux super froids. »

Les yeux de Zagan s’écarquillèrent à cette nouvelle totalement inattendue.

Hein ? Par sirène, il veut dire Selphy ? Pourquoi est-ce qu’elle le regarderait fixement ?

Kuroka — qui était actuellement loin pour affaires — Selphy, et Lilith étaient des amies d’enfance de Liucaon. Toutes trois d’espèces rares, elles s’entendaient bien au sein du château. Contrairement à la succube Lilith, qui était toujours remplie de soucis, la sirène Selphy était toujours si optimiste qu’elle ne parvenait presque jamais à lire l’atmosphère, même si elle parvenait souvent à remonter le moral de tous ceux qui l’entouraient. Zagan ne pouvait même pas l’imaginer agir froidement envers qui que ce soit.

Furcas ne semblait pas du tout s’interroger. Au lieu de cela, il prit simplement une expression joyeuse et irréfléchie lorsqu’il haussa soudainement le ton de sa voix.

« Qu’est-ce qui se passe maintenant… ? » demanda Zagan.

« Oh, je me demandais juste… Contre quoi te bats-tu ? Je ne sais même pas ce qu’était le monstre de la dernière fois. »

Maintenant qu’il y pense, Zagan réalisa qu’il ne lui avait rien expliqué.

J’imagine que Bifrons ou autres finiront par le manipuler si je me tais.

Il n’aimait pas avoir à le faire, mais Zagan savait qu’il valait mieux informer correctement Furcas des détails.

« Mon ennemi actuel est un sorcier nommé Shere Khan, » commença Zagan d’un ton irrité. « C’est un Archidémon, tout comme moi. Nous nous sommes affrontés au cours des derniers mois. »

Cela dit, Shere Khan n’avait fait aucun mouvement au cours du mois dernier. Au vu des rapports qu’il avait reçus de Shax et de ses autres subordonnés, Zagan pensait que l’Archidémon avait décidé de se concentrer sur le renforcement de sa force, donc Shere Khan allait probablement faire le prochain mouvement bientôt. C’était juste une question de temps.

Kimaris se taisait, une expression compliquée sur le visage. Son destin était aussi lié à celui de Shere Khan.

« Un Archidémon ? » demanda Furcas en frissonnant. « Il y a d’autres personnes comme toi ? »

Tu en es aussi un…

Zagan voulait déjà confisquer l’Emblème de l’Archidémon du garçon, mais malheureusement, c’était un système terrifiant et complexe qui employait le Célestian. Le rituel d’usurpation de propriété nécessitait le consentement de douze Archidémons, ce qui signifiait que chaque Archidémon autre que celui qui était volé devait être d’accord.

Il était bien plus rapide de tuer le propriétaire et de voler le sceau de l’Archidémon que de se donner la peine d’invoquer un tel rituel, aussi cela n’avait-il jamais été fait. Il était apparemment possible de faire en sorte que le propriétaire transfère volontairement le sceau à quelqu’un d’autre, mais avec Furcas dans son état actuel, cela s’avérait difficile. Dans ces conditions, Zagan décida de le garder à portée de main. Furcas ne pouvait pas comprendre tout cela.

« Alors, qu’est-ce que ce Shere Khan t’a fait ? » demanda Furcas.

« Il y a beaucoup de choses… D’abord, il a détruit la ville natale de Kuroka. Tu ne l’as pas rencontrée, mais c’est la fille de Raphaël. Il essaie aussi de tuer Alshiera. Oh, et il y a aussi l’affaire de Kimaris… En bref, il a causé un tort indescriptible à mes subordonnés. »

Après avoir énuméré toutes les raisons à voix haute, la rage commença à monter en Zagan, et sa voix devint involontairement rauque. Surpris par cette situation, Furcas déglutit.

« Donc, c’est un monstre… »

Les sorciers étaient fondamentalement des monstres, mais Zagan pensait qu’il n’avait pas besoin de faire appel à ce niveau de bon sens.

« Eh bien, tous ces actes me donnent une raison suffisante pour le tuer, mais il y a autre chose qu’il a fait et qui est impardonnable, » ajouta Zagan en secouant la tête.

« Il y a plus !? Quelle est la chose terrifiante qu’il a faite ? »

Zagan pointa un doigt vers le garçon tremblant et déclara avec résolution : « Ce salaud a osé interrompre mon rendez-vous avec Néphy. »

L’autre jour, les choses s’étaient enfin calmées au point de permettre à Néphy et lui de sortir ensemble, mais on les en avait empêchés. C’était déjà assez grave que le simple fait de tuer Shere Khan soit considéré comme une demi-mesure aux yeux de Zagan. Il s’agissait d’un ressentiment totalement injustifié de sa part, à la limite du complexe de persécution, mais il ne doutait pas une seule minute que tout était de la faute de Shere Khan.

« Hein… ? Votre rendez-vous ? » dit Furcas, totalement étonné. « Tu veux dire quand les amoureux sortent ensemble… non ? »

« Précisément. »

Furcas jeta un coup d’œil à Kimaris pour demander de l’aide, mais le talentueux bras droit de Zagan lui renvoya un regard nonchalant, comme pour lui dire que cela n’avait rien d’extraordinaire.

« Est-ce vraiment plus important que tes subordonnés ? » demanda Furcas, incrédule.

Il avait un très bon argument, mais Zagan fit une déclaration contraire avec toute la majesté d’un Archidémon.

« Crois-tu qu’un dévouement aussi minime soit une manière suffisante de montrer son amour ? »

Furcas se serra la poitrine et se pencha en arrière comme s’il était frappé par la foudre.

 

 

« T-Tu as raison. Si quelqu’un devait rendre Lilith triste, je le combattrais jusqu’à la mort. Je suis un tel idiot… »

Le garçon tomba à genoux en se réprimandant, ce qui fit sourire Zagan tel un père affectueux.

« Ne t’inquiète pas. L’ignorance n’est pas un crime. Cependant, rester ignorant l’est, donc tu dois étudier. As-tu compris ? »

« Hnnngh ! Je vais faire de mon mieux ! »

Sans pouvoir savoir que c’était, en fait, le moment où il commençait à s’écarter du droit chemin, Furcas étouffa ses larmes les plus sincères. Il s’essuya ensuite le visage et se leva.

« Donc après s’être occupé de ce Shere Khan, tout sera réglé !? Je vais tout donner ! » s’exclame-t-il.

« Oui… Tu peux… Bien. Va rester aux côtés de Lilith. Protège-la. »

« Laisse-moi faire ! »

Zagan ne voulait pas que le garçon fasse quelque chose d’inutile et se mette en travers du chemin, c’est pourquoi il lui avait donné cet ordre tout en détournant son regard.

Désolé, Lilith, je te donnerai une sorte de récompense plus tard.

Il se sentait un peu coupable de lui imposer une telle nuisance. À côté de lui, Kimaris semblait imaginer le chaos qui s’ensuivrait au retour de Gremory, en se serrant le ventre de douleur.

***

Partie 2

« Alors ce monstre était-il aussi un des sous-fifres de Shere Khan ? » demanda Furcas en levant la tête.

« Non… D’une certaine manière, on pourrait dire qu’il est responsable, mais c’est une question distincte. S’il était laissé en liberté, le monde entier risquait d’être détruit, sans parler de mon environnement immédiat. C’est pourquoi je m’en suis occupé. »

Zagan avait fini par la croiser, alors il n’avait pas eu d’autre choix que de faire quelque chose. Honnêtement, il n’avait été repoussé que de l’autre côté de la barrière d’Alshiera, et ce uniquement grâce à Lilith et aux autres personnes présentes. Tout ce que Zagan avait fait était de gagner du temps. Il n’avait vraiment pas le droit de prétendre qu’il s’en était occupé. Kimaris n’avait pas été présent à ce moment-là, donc cela avait également semblé attirer son attention. Il dirigea un regard acéré vers Zagan, mais ce dernier ne lui répondit pas.

Des choses qui ne doivent pas être comprises. Des choses dont on ne doit pas parler…

Ce monde était comme un rêve pour cette chose. Elle pouvait le voir de temps en temps, mais tout était vague. Même quand elle essayait de saisir le monde, il semblait que tout lui glissait entre les doigts. C’est ainsi que le monde était protégé de lui. Telle était la vraie nature de la barrière qui devait utiliser une personne aussi puissante qu’Alshiera comme sacrifice humain pour se maintenir.

Si cette chose se rendait compte qu’elle était dans un rêve, si elle commençait à rêver de manière lucide et évoluait jusqu’à un stade où elle pouvait se déplacer à sa guise, le monde serait immédiatement détruit. C’est pourquoi il était interdit à quiconque de faire des recherches sur elle et c’est la raison pour laquelle il était tabou de prononcer son nom.

Lorsque Zagan et Néphy s’étaient rencontrés à l’intérieur de ce rêve, il avait suffi de réaliser que c’était en fait un rêve pour qu’ils se mettent à rêver avec lucidité. Maintenant qu’il comprenait à moitié tout cela, Zagan devait faire l’effort de ne pas y penser plus qu’il ne l’avait déjà fait, du moins, jusqu’à ce qu’il trouve un moyen d’y faire face.

Zagan secoua la tête pour mettre de côté de telles pensées tandis que le jeune garçon regardait le plafond avec des yeux plissés.

« Tu es vraiment incroyable, mon frère. Ça ne veut-il pas dire que tu as protégé le monde ? »

« Hein ? Non, ce n’est pas vraiment comme ça que ça s’est passé… »

En fait, il avait plutôt pensé à détruire le monde qu’à le protéger, tout comme lorsqu’il avait pensé qu’un parasite s’était attaché à Foll.

Bref, est-ce que ce type va vraiment bien ? Pourquoi est-il si ému ?

C’était à Furcas d’interpréter les choses comme il l’entendait, mais Zagan avait l’impression de tromper le garçon, puisqu’il prenait tout sous un angle très positif. Cela le rendait quelque peu agité. Dans le pire des cas, il serait troublant que Furcas se rende compte que tout cela n’était qu’un malentendu et qu’il le trahisse par rancune injustifiée, alors peut-être était-ce une bonne idée de lui donner un avertissement maintenant.

Zagan se racla la gorge, puis il déclara : « Je ne vois pas d’inconvénient à ce que tu t’énerves, mais réfléchis au moins toi-même à ce qui est bien ou mal. Je ne me crois pas vertueux. Si je te mettais en balance avec Néphy ou Foll, je te rejetterais sans hésiter. »

« Mais n’as-tu pas failli mourir pour sauver Lilith et moi ? » demanda Furcas en clignant des yeux.

« Euh, non, tu ne m’écoutes pas… »

Les vies de Néphy et de Foll n’étaient pas en jeu, et il estimait qu’il aurait été honteux de retourner auprès de Néphy sans rien faire. Ses raisons avaient toutes été égoïstes. Néanmoins, Furcas sourit comme si tout était clair maintenant.

« Si jamais tu m’abandonnes, cela signifie que c’est à mon tour de te sauver ! » s’était-il exclamé.

Zagan resta abasourdi par son regard innocent.

Bon sang, ce type est sans espoir. Il n’est décidément pas fait pour être sorcier. Il me rappelle… Oui, lui. Il ressemble à l’Archange en chef Ginias II, le type avec qui je me suis disputé dans la ville sainte. Je devrais peut-être parler à Stella pour que Furcas travaille là-bas…

Avec l’aide de Stella, ils pourraient faire abstraction du fait qu’il était un sorcier. On pouvait dire la même chose de Chastille et de sa faction d’unification, mais ils avaient une position difficile dans l’Église, donc un ex-Archidémon pourrait causer des problèmes majeurs dans leurs rangs. Il restait le problème de l’Emblème de l’Archidémon, mais peut-être était-ce une bonne idée de contacter Stella à ce sujet quand il en aurait le temps.

Zagan se gratta la tête en pensant à de telles choses. Kimaris, lui, laissa échapper un rire amusé.

« Ha ha ha. Vous devriez vraiment essayer d’être plus conscient de la façon dont les autres vous perçoivent, mon seigneur. »

« Hmph… Quelle impolitesse, » dit Zagan avec un soupir avant de se tourner vers Furcas. « Peu importe. Plus important encore, je dois t’avertir. Je ne pense pas qu’il apparaîtra devant toi, mais si jamais tu rencontres un sorcier nommé Bifrons, bouche-toi les oreilles, essaie de ne rien regarder et fuis. »

« Bifrons… ? Un autre de tes ennemis ? »

« Oui. Bifrons ressemble à un petit morveux, mais c’est en fait un Archidémon avec trois décennies d’expérience à son actif. Son passe-temps est de regarder les autres souffrir. Je dirais qu’il est expert pour compliquer les choses, donc il vaut mieux mourir que de s’impliquer avec ce sorcier. »

Cet Archidémon était à peu près la seule personne dont Zagan parlait avec autant de haine, peut-être en partie à cause de son échec à l’achever.

Non pas que je pense que Bifrons s’intéressera à Furcas tel qu’il est maintenant…

Bifrons semblait bien plus heureux à l’idée que les gens luttent pour leur survie dans le chaos qu’il a semé, afin de satisfaire ses désirs tout en étant une nuisance majeure pour tout le monde.

Sans aucun souvenir, et avec la puissance d’un Archidémon, Furcas pouvait peut-être être considéré comme un jouet légèrement intéressant, mais sa nature était bien plus proche d’un civil comme Lilith. C’était peut-être un comportement particulier pour un Archidémon, mais il ne possédait plus aucun facteur qui ravissait Bifrons. Même si Bifrons essayait de l’utiliser, Furcas ne parviendrait pas à retenir l’attention de l’Archidémon. Et dans le cas où Furcas serait impliqué, Bifrons ne deviendrait pas obsédé par lui comme avec Nephteros.

Dans ce sens, Bifrons est probablement déjà obsédé par Aristella…

Elle était la fille pitoyable qui était devenue la médium d’Azazel, et Bifrons avait vraiment essayé de la sauver. De leur point de vue, récupérer son cadavre aurait dû suffire, mais Bifrons avait fait bien plus que cela. Zagan n’était pas sûr qu’elle soit encore en vie, mais il espérait qu’elle ne soit pas impliquée dans quelque chose d’étrange.

Je n’ai après tout pas réussi à la sauver à l’époque.

Il se sentait au moins obligé de la sauver la prochaine fois, si l’occasion se présentait. Les pensées de Zagan s’arrêtèrent net lorsqu’il remarqua que Furcas était devenu complètement pâle.

« Il n’y a pas de raison d’avoir peur. Je dis juste que de tels bâtards existent, » dit Zagan.

« Mais… tu ne penses pas que ce Bifrons sera intéressé par Lilith ? C’est une fille tellement charmante. »

« Oh… Hmm… Eh bien, Bifrons est obsédé par quelqu’un d’autre en ce moment, donc c’est probablement bon. »

C’est ce que Zagan déclara, mais une autre idée lui était venue à l’esprit.

Cela fait plusieurs mois que Bifrons et Shere Khan ont fait équipe, ce qui signifie…

Il était temps pour eux de briser la malédiction du Phosphore Céleste que Zagan avait lancée sur Bifrons. Ça aurait tenu un peu plus longtemps si Bifrons avait été seul, mais il était hors de question qu’il aide Shere Khan par charité. On pouvait supposer que briser le Phosphore du Ciel était la condition pour qu’il offre son aide à Shere Khan, et une coopération entre deux Archidémons ne durait jamais longtemps.

Je suppose que je devrais vraiment le dire à Nephteros…

Cette fille était actuellement accablée par un problème majeur. De plus, il y avait la question de son anniversaire, ce qui signifiait que le problème devait être résolu avant.

L’impatience de Zagan semblait se faire sentir. Furcas fit un seul pas en arrière pour partir, mais il releva presque immédiatement le visage en pensant à quelque chose.

« Ah oui ! Puis-je te demander une dernière chose ? »

« Quoi ? »

« Ces Archidémons dont tu parles sont des personnes importantes, non ? Alors… qui est ce Roi aux yeux d’argent dont Alsh — je veux dire, Mlle Alshiera — parle ? »

Même sans ses souvenirs, quelque chose semblait rester en Furcas. Au moment où il avait prononcé le nom d’Alshiera, son expression était devenue quelque peu apathique.

Le Roi aux yeux d’argent… Zagan avait instinctivement détourné son regard à cette idée.

« C’est le nom d’un héros d’un pays appelé Liucaon, » répondit-il. « Si tu souhaites en savoir plus, va jeter un coup d’œil à mes archives. J’ai une collection de livres décrivant ses légendes. »

Zagan savait maintenant que cette légende était son père. Cependant, il n’avait pas réussi à rassembler des informations significatives sur lui. Au moins, deux personnes avaient porté ce nom. S’il s’agissait de la première et de la deuxième génération, cela ferait de Zagan la troisième génération du Roi aux yeux d’argent. Et dans ce cas, il serait approprié de considérer la deuxième génération comme son père, mais il n’y avait pratiquement aucun indice permettant de savoir s’il avait été le héros de Liucaon ou quelqu’un d’autre. Il n’était même pas clair à quelle époque il avait vécu.

De plus, Zagan avait mis en doute l’exactitude des légendes de Liucaon. Aucune d’entre elles ne mentionnait les séraphins, Azazel, le Seigneur-Démon, ou même Alshiera. Le seul nom qui avait un lien avec le présent était celui du père de Foll, Orobas. Soit toutes les informations importantes avaient été intentionnellement dissimulées, soit tout avait été transformé en œuvre littéraire. Même si les choses avaient été conformes à la réalité au début, il était très probable que l’histoire se soit déformée avec le temps. Zagan avait commandé tous les livres relatifs aux légendes de Liucaon, mais aucun ne contenait les informations qu’il souhaitait.

« Alors tu lis d’autres livres que des grimoires, hein ? » dit Furcas avec un air surpris.

« Bien sûr que oui. Ceux qui n’apprennent pas de l’histoire sont condamnés à la répéter. »

Zagan était un roi. Tant qu’il régnerait sur les autres, il apprendrait tout ce qu’il devait apprendre. De nombreux livres de Liucaon documentaient les connaissances de stratèges militaires et d’autres personnes de grande sagesse. De tels livres ne se trouvaient pas normalement sur le continent, où toute la littérature en circulation était gérée par l’Église, il y avait donc un intérêt à les lire, même sans tenir compte de sa recherche d’informations sur le Roi aux yeux d’argent.

Furcas hocha la tête en signe d’admiration, puis il l’inclina soudainement et il demanda : « Alors… ça veut dire que tu es de Liucaon ? »

« Qui sait ? Je ramassais des ordures à Kianoides quand j’ai pris conscience de mon environnement. Je ne sais rien de mon lieu de naissance, et je n’ai aucun intérêt pour la question. »

Zagan avait enquêté sur cette question simplement parce qu’il était probable qu’elle devienne une obstruction inutile à l’avenir. Même s’il identifiait son père, il ne pensait pas que cela le toucherait de manière significative.

Mais qui était cette personne que j’ai vue à la fin à l’intérieur de la barrière d’Alshiera… ?

Zagan était certain de ce qu’il avait vu à la fin du rêve, au moment où il était chassé de la barrière. Il y avait trois personnes qui se tenaient là : Alshiera, qui donnait une impression différente de ce qu’elle était maintenant, son vieil ami Marc, qui était le pape de l’Église jusqu’à il y a cinq ans, et enfin, un jeune homme aux yeux d’argent.

Un titre pompeux comme celui de Roi aux yeux d’argent ne convenait pas du tout au jeune homme. De plus, même si les yeux argentés étaient rares, ils n’étaient pas totalement inconnus. Fouiller une ville entière aurait probablement permis de trouver une ou deux personnes qui en étaient dotées. Néanmoins, Zagan avait une idée de l’identité de ce jeune homme.

Si je ne m’abuse, c’était la deuxième génération…

Cependant, il ne pouvait pas se fier à l’apparence des personnes avec lesquelles Zagan l’avait vu, donc il n’avait aucun moyen d’en être sûr. Il soupira à cette pensée.

« Désolé. Je n’aurais pas dû demander, non ? » dit Furcas, reculant devant le ton quelque peu direct de Zagan.

« Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, » répondit Zagan en se levant. « J’ai des affaires à régler en ville. Va te consacrer à tes études. »

« Bien ! »

Le garçon qui était autrefois un Archidémon agita la main innocemment en sortant de la salle du trône.

Au moment où Zagan s’apprêtait à partir lui aussi, il trouva un visiteur inattendu qui l’attendait.

« Monsieur Zagan, je peux vous déranger une seconde ? »

C’était une sirène qui semblait ruminer profondément quelque chose.

***

Partie 3

Au même moment, Néphy rangeait la cuisine après le petit déjeuner. Ces derniers temps, les sorciers du château prenaient des repas plus réguliers, alors tout ranger prenait beaucoup de temps. Cela dit, tout le monde mangeait toujours absolument tout ce qu’il y avait dans son assiette, il n’y avait donc jamais besoin de s’occuper des restes.

Néphy avait attaché ses cheveux blancs en un chignon pour qu’ils ne gênent pas le nettoyage. C’était quelque chose que Lilith avait fait pour elle assez souvent ces derniers temps. Elle portait sa robe ultramarine habituelle, son tablier blanc et ses bottes bénies par la sorcellerie. Avec elle dans la cuisine, il y avait Raphaël, Foll, Lilith et Alshiera.

« Oh ? Où est Selphy ? » Néphy demanda à tout le monde en réalisant que quelqu’un manquait.

« Elle a dit qu’elle devait voir Zagan, » répondit Foll.

La petite fille avait des cheveux verts, de la couleur de l’herbe du printemps, à travers lesquels dépassaient deux cornes. Ses yeux ambrés avaient pour pupilles des fentes verticales. Pour être plus précis, c’était une jeune dragonne, pas une petite fille. Elle portait sa robe indigène préférée avec les manches retroussées et un tablier semblable à celui de Néphy pour laver la vaisselle. Elle était la précieuse fille de Néphy et Zagan.

Cette fille était en fait l’un des sorciers les plus talentueux du château, probablement du monde entier. Elle pouvait nettoyer toute la vaisselle en quelques secondes seulement si elle utilisait la sorcellerie, mais elle le faisait rarement. Des moments comme ceux-ci, où elle pouvait discuter et rire avec tout le monde, étaient précieux pour elle. C’est pourquoi Néphy nettoyait aussi comme tout le monde sans avoir recours à la sorcellerie.

« Comme c’est inhabituel, » dit Néphy en hochant la tête. « Je me demande… a-t-elle quelque chose à lui demander ? »

« Oui… c’est probablement le cas, » répondit Lilith docilement. « Il semble que quelque chose la préoccupe ces derniers temps. »

Elle avait des cornes tordues surgissant de ses cheveux écarlates, des ailes comme celles d’une chauve-souris sortant de son dos, et une queue longue et étroite. C’était une charmante succube aux yeux dorés semblables à la lune. Lilith était une personne normale, totalement incapable d’utiliser la sorcellerie, dans un château de sorciers, mais elle n’était pas non plus impuissante. Après l’incident de l’autre jour, on pouvait dire qu’elle était en un sens la personne qui devait être la plus protégée.

« Habituellement, elle vient me voir dès que quelque chose la dérange…, » murmura-t-elle, avec une expression sombre planant sur elle en raison de la position compliquée dans laquelle elle se trouvait maintenant.

Néphy lui retourna un sourire ambigu.

Donc même Selphy a des choses qui l’inquiètent…

Cette fille passait son temps dans le château d’un Archidémon avec un optimisme total, sans jamais montrer la moindre timidité. Néphy ne pouvait même pas l’imaginer s’inquiéter de quoi que ce soit. Pourtant, Selphy était en fait un génie dans un seul domaine. On dit que les gens normaux ne peuvent pas comprendre les préoccupations d’un génie. Les inquiétudes de Selphy auraient pu être incompréhensibles pour elle.

« Y a-t-il quelque chose qui inquiète vraiment les filles ? »

Néphy avait sagement senti qu’elle devait garder ses pensées pour elle, mais le majordome Raphaël avait impitoyablement dit ce qu’il pensait. Il était assez grand pour qu’elle doive lever les yeux vers lui. Malgré le fait qu’il approchait de la cinquantaine, sa colonne vertébrale était parfaitement droite. Son bras gauche blindé était artificiel, mais son bras droit non blindé était toujours aussi épais. Son langage bourru pouvait le rendre difficile à comprendre, mais il était en fait sans défaut lorsqu’il s’agissait de cuisiner et de nettoyer. Le vieux monsieur était un ancien Archange. Son épée sacrée était actuellement stockée dans son bras artificiel. Zagan faisait confiance à Kimaris et Gremory en tant que sorcier, mais il accordait une confiance inégalée à Raphaël, son bras droit.

Les yeux de Lilith s’étaient élargis de façon inattendue en entendant les mots du majordome.

« En fait, elle s’inquiète un peu, vous savez ? En général, c’est pour des choses relativement insignifiantes, mais… »

« Comme quoi ? » demande Raphaël.

« Argh…, » Lilith gémit en fronçant les sourcils. « Hum… Il y a ces insectes appelés fourmis, non ? Elles emportent parfois des petits morceaux de dessert, alors elle s’est demandé ce qu’elles en font, puisque ça ne peut certainement pas être réparti entre toutes… Et comment, si elle était une fourmi, elle quitterait la colonie si elle n’avait pas une portion à chaque fois... Et puis elle se demandait comment les fourmis qui partent vivent en dehors de la colonie… »

« Comme c’est… philosophique. »

C’est la réponse que Raphaël avait trouvée après avoir désespérément essayé de lire l’atmosphère, à sa manière.

Un silence avait suivi.

Tous les regards avaient alors naturellement convergé vers Alshiera, qui était restée étrangement silencieuse pendant tout ce temps. Ou peut-être que plutôt que de rester silencieuse, c’était plutôt comme si son esprit était complètement ailleurs. Le fait qu’elle ait quand même réussi à nettoyer la vaisselle correctement était plutôt impressionnant.

Alshiera avait les mêmes yeux dorés que Lilith, ainsi que des cheveux dorés attachés en deux nattes, dont Néphy savait qu’elles cachaient ses cornes cassées. Sa peau était pâle et deux crocs perçaient ses lèvres minces. Elle était la vampire le plus fort du monde. L’effrayante peluche qu’elle portait toujours précieusement sur sa poitrine était maintenant placée sur une chaise juste à côté d’elle.

« Qu’en penses-tu, Alshiera ? » demanda Foll.

« Hein ? Oh, je n’écoutais pas. De quoi parliez-vous ? »

Alshiera avait repris ses esprits et avait incliné la tête alors que tous les autres échangeaient des regards.

« Hum, nous parlions du fait que Selphy semble agir bizarrement, » dit Néphy. « Es-tu au courant de quelque chose ? »

« Eh bien… C’est après tout une jeune fille qui grandit. Non pas que je comprenne vraiment… »

« Alshiera, s’est-il passé quelque chose ? » demanda Foll, en regardant fixement la vampire pendant tout ce temps.

« Non, hum… J’étais juste perdue dans mes pensées. »

« Si ça n’a rien à voir avec Selphy, alors est-ce à propos de ce qui s’est passé ce matin ? »

Tous les habitants du château savaient que Zagan avait fait du grabuge aux premières heures du jour. Ça devait être assez important, vu qu’il avait percé la barrière autour de la salle du trône.

« Le Roi aux yeux d’argent est aussi un garçon en pleine croissance, » répondit Alshiera en détournant discrètement son regard.

« Que s’est-il passé ? Tu as écouté à travers la barrière, n’est-ce pas ? » demanda Foll, se rapprochant soudainement et faisant plier Alshiera en arrière.

« Pourrais-tu ne pas parler de moi comme si j’étais si irrespectueuse ? »

« Mais tu as écouté leur conversation. »

Alshiera n’avait pas répondu et avait gardé le silence. Apparemment, elle avait vraiment écouté aux portes.

Néphy croisa les bras et tomba dans une profonde réflexion.

J’hésite à fouiller dans ses secrets, mais ça semble impliquer Maître Zagan.

Chaque fois que cette fille se taisait ainsi, c’était en rapport avec son devoir — c’est-à-dire en rapport avec la grande existence qui menaçait le monde entier — et sinon, c’était en rapport avec Zagan. En repensant aux circonstances récentes, Néphy était arrivée à une certaine conclusion.

« Je crois que Maître Zagan parlait à ma mère à ce moment-là. »

« Quelque chose dont Zagan et Grand-mère parlaient en secret… Alors est-ce à propos de toi, Néphy ? » ajouta Foll.

« Peut-être, mais dans ce cas, Dame Alshiera ne réagirait pas de la sorte. »

« Pourriez-vous, les filles, arrêter de lire autant dans une seule expression… ? » se plaignit Alshiera. Néphy était maintenant certaine d’être sur la bonne voie.

« Néphy, penses-tu à quelque chose ? » demanda Foll en levant les yeux vers elle tout en lavant un plat.

« Voyons voir… La seule chose qui me vient à l’esprit est que cela fait presque un an que j’ai rencontré Maître Zagan. »

Personne n’avait négligé le fait qu’Alshiera avait de nouveau détourné son regard.

« On dirait que nous sommes proches du cœur du problème, » fit remarquer Néphy.

« Hm ? » murmura soudainement Lilith avec un regard curieux.

« Quelque chose ne va pas, Lilith ? »

« Je veux dire, cela fait environ un an que tu as rencontré Son Altesse, non ? »

« Oui. »

« Je me demandais juste quand était son anniversaire… »

Néphy avait clairement vu Alshiera tressaillir sur place en entendant cela.

« Je vois… »

L’elfe afficha un doux sourire, puis recula comme si elle glissait sur le sol et referma silencieusement la porte de la cuisine.

« Pourquoi fermes-tu la porte ? » demanda Alshiera.

Ce n’était pas comme si cela pouvait réellement empêcher Alshiera de partir. La vampire était sur le point de se transformer en une nuée de chauves-souris, mais Foll lui avait fermement agrippé les épaules et l’avait arrêtée. Enfin, Raphaël dégaina son épée sacrée comme s’il voulait soudainement la polir, puis la planta dans le sol. D’après ce que Néphy apprendra plus tard, il s’agissait apparemment d’une barrière anti-morts-vivants que seuls les Archanges pouvaient utiliser.

Néphy était prête à déchaîner le mysticisme céleste à tout moment. Même le vampire le plus fort du monde ne pourrait pas facilement briser ce siège. Avec la tension soudaine dans la pièce, la seule non-combattante, Lilith, laissa échapper un cri silencieux, mais ce n’était qu’une banalité.

« C’est magistral, Lilith, » dit Néphy en tapant dans ses mains et en hochant la tête. « Nous ne l’aurions pas remarqué de nous-mêmes. »

« Augh… Uhhh… Vous avez tort. Je-je ne voulais pas… »

Après avoir fait l’éloge de la succube, qui tremblait violemment et avait les yeux pleins de larmes, Néphy et toutes les autres personnes présentes dans la pièce avaient entouré Alshiera.

« Et maintenant, si nous parlions un peu ? » demanda-t-elle au vampire.

« Je me sens soudainement un peu effrayée par vous, mais… »

Il est étrange de parler du teint d’un vampire, mais c’était comme si Alshiera avait pâli en fixant un trou dans le sol. Si elle avait été capable de transpirer, elle aurait eu une sueur froide coulant sur son visage.

Néphy pensait qu’elle comprenait au moins la nature d’Alshiera après avoir passé autant de temps avec elle, même si ce n’était pas dans la même mesure que Zagan. Si elle ne voulait vraiment pas parler, ou si elle ne pouvait pas, elle n’aurait pas réagi comme ça. Après tout, elle aurait pu facilement s’échapper avant d’être encerclée. Dans ce cas, Alshiera voulait vraiment le dire à tout le monde ou croyait qu’elle devait le faire.

Cela signifie-t-il qu’il lui est simplement difficile de le dire elle-même, je me le demande ?

Eh bien, tant qu’elle avait l’intention d’en parler, cela signifiait qu’elle avait juste besoin d’une petite poussée dans le dos pour se lancer. Néphy joignit ses mains devant sa poitrine en signe de supplication, puis sourit en inclinant légèrement la tête.

« Permettez-moi d’aller droit au but. Connaissez-vous la date exacte de l’anniversaire de Maître Zagan ? »

C’était plus une poussée du haut d’une falaise qu’une petite poussée dans le dos. Les yeux lunaires d’Alshiera tournaient en rond dans un mouvement de panique, mais après un court moment, elle abandonna finalement.

« Je veux bien vous le dire… mais j’ai une condition. »

« Bien sûr. Qu’est-ce que c’est ? »

« Ne soyez pas indiscrète et n’essayez pas de deviner pourquoi je le sais. C’est ma condition. »

C’était apparemment la raison pour laquelle elle n’avait pas parlé immédiatement.

 

 

Cela ne me dérange pas vraiment, tant que cela ne devient pas un obstacle pour Maître Zagan… pensa Néphy, puis échangea un regard avec les autres. Raphaël et Foll avaient vu son regard et lui avaient retourné un signe de tête. Lilith… Eh bien, elle semblait s’être évanouie lors de cette situation imprévisible, il était donc inutile de lui poser la question.

Après avoir confirmé cela, Néphy avait fait un signe de tête à Alshiera et avait dit, « Très bien. Je vous promets que nous ne serons pas indiscrets et que nous n’y penserons même pas. »

« Merci… » Alshiera marmonna en reprenant calmement sa respiration — non pas qu’elle respire vraiment ou quoi que ce soit — puis dit : « Le Roi aux yeux d’argent est né le 9 de Thalassa. »

« Le 9 de Thalassa… ? » répéta Néphy.

Ce n’est pas ce mois-ci ? Quel jour sommes-nous déjà… ?

Les yeux de Néphy s’étaient ouverts en grand et elle avait pratiquement crié : « C’est dans une semaine ! »

Si Alshiera ne les avait pas informés, elle l’aurait complètement manqué. Néphy était tellement secouée par ce fait que des mauvaises herbes avaient commencé à pousser entre les fissures des carreaux de pierre à ses pieds.

« Néphy, calme-toi. Les mauvaises herbes poussent, » dit Foll.

L’ignorant complètement, Néphy s’approcha de Lilith à pas vertigineux et incertains, puis la saisit par les épaules.

« Argh ! Qu-Qu-Qu-Qu’est-ce que c’est !? »

« Lilith ! Dis-moi s’il te plaît ! Qu’est-ce que tu fais pour fêter un anniversaire !? »

« H-H-H-Hein !? »

Lilith était complètement perplexe, tandis qu’Alshiera restait à bercer sa tête.

« Tu ne sais pas non plus… ? » murmura-t-elle à Néphy.

« Oh, non, je ne sais pas. J’ai entendu parler de telles festivités dans le village, mais ces jours-là, je n’étais jamais autorisée à sortir de la cave… »

Évidemment, Néphy n’avait aucun moyen de savoir quand était son propre anniversaire.

***

Partie 4

Hein ? Cela signifie-t-il que Maître Zagan et sa mère parlaient de…

Cependant, Néphy venait de promettre de ne pas être indiscrète ni même de penser aux détails. La conversation entre ces deux-là pouvait être considérée comme indiscrète, alors Néphy avait consciemment mis un terme à ces pensées. Pour cette raison, elle avait forcé un sourire, laissant tout le monde complètement abasourdi.

« Quelle vie difficile… ! » avait gémi Foll.

Cela avait également ramené Lilith à ses sens.

« Hmm, dans mon cas, j’ai généralement des vêtements, des accessoires et autres, » dit la succube. « Regardez, j’ai même reçu cette bague d’Alshiera quand j’ai eu 5 ans. »

Lilith leva la main, montrant un anneau d’or orné d’un écusson délicatement sculpté. En voyant cela, Néphy et Foll avaient retenu leur souffle.

« C’est incroyable…, » dit Néphy. « Même moi, j’en ressens une forte bénédiction dont on ne peut se mêler négligemment. »

Ça semblait plus proche du mysticisme que de la sorcellerie, non pas que Néphy puisse vraiment le dire. Elle ne savait pas ce que c’était spécifiquement, mais elle pouvait sentir une force en elle que même les esprits n’auraient pas osé défier.

« Alshiera. Si surprotectrice, » dit Foll avec étonnement.

« Une si vieille histoire n’a rien à voir avec le présent, n’est-ce pas ? »

Dix ans, c’est pratiquement hier pour un vampire, mais Néphy avait promis de ne pas être indiscrète, alors elle avait laissé faire.

« D’autres ont fêté mon anniversaire pour moi chaque année, mais je considère vraiment que c’est mon plus grand trésor, » ajouta Lilith.

« Comme c’est gentil. Maintenant que tu le dis, c’est quand ton anniversaire, Lilith ? » demanda Néphy.

« Moi ? Le trente et unième de Klimaka. »

« Oh là là… » Néphy s’était excusée. C’était le jour où ils s’étaient tous rendus à Atlastia. « Pardonne-moi de ne pas t’avoir félicitée à ce moment-là. »

« Hein ? Non, je veux dire, ce n’était pas vraiment le moment pour ça. D’ailleurs, mes parents ont fêté ça avec moi normalement, alors ne vous inquiétez pas pour ça. Et vous, Sire Raphaël ? »

Lilith avait jeté un regard suppliant au majordome. Il était, en fait, un autre non-sorcier de valeur dans ce château. Il aurait pu avoir de l’expérience dans la célébration des anniversaires, mais Raphaël semblait troublé par la question.

« Dans mon cas, mes subordonnés ont fait la fête avec moi à plusieurs reprises. Cela dit, il était courant que nous nous divertissions à la taverne, donc je ne pense pas être une référence appropriée, » dit Raphaël, puis il s’interrompit un peu et il hocha la tête en se souvenant soudainement de quelque chose. « Oh ! Mais j’ai déjà célébré l’anniversaire de quelqu’un d’autre. J’ai donné sa canne à Kuroka à une telle occasion. »

La cait sith Kuroka avait déjà perdu la vue par le passé. C’était déjà le cas lorsqu’elle avait rencontré Raphaël.

Je vois. Pas étonnant que Kuroka chérisse tant cette canne.

« Foll, et toi ? » demanda Raphaël.

« Moi ? Hmm… Oh. Le jour de ma naissance, mon père partait me chercher un festin. Des trucs comme des spectateurs et des salamandres. Ils étaient super savoureux. »

En voyant sa fille avec une étincelle inhabituelle dans les yeux, Néphy avait souri.

Oh, je suppose que « sortir et fêter » signifie « chasser » dans ce cas.

Même Néphy savait que les spectateurs et les salamandres étaient bien au-delà des moyens du sorcier moyen. Cela en disait long sur la véritable force d’un dragon.

Et à ce moment-là, Néphy avait été soudainement choquée.

Maintenant que j’y pense, je ne connais pas non plus l’anniversaire de Foll ! N’est-ce pas un échec majeur en tant que parent !?

« Hum… C’est quand ton anniversaire, Foll ? » C’est ce que Néphy lui demanda timidement.

Il semblait quelque peu honteux de poser cette question après tout ce temps, mais Néphy avait paniqué parce qu’elle ne connaissait pas l’anniversaire de Zagan. Ce n’était pas le moment de s’inquiéter d’une telle honte.

Foll avait un peu réfléchi, puis elle avait hoché la tête et avait dit, « Alors… Je suis d’accord pour le 6 de Didymo. »

Les yeux de Néphy et de Raphaël s’étaient agrandis à sa réponse.

« C’est le jour où je suis devenu le majordome de mon seigneur. »

« Mhm. Et le jour où Zagan et Néphy m’ont adoptée. »

« Es-tu vraiment d’accord avec ça ? » demanda Néphy, déconcertée. « Tu es née un autre jour, n’est-ce pas ? »

Foll avait secoué la tête comme si ce n’était pas grave, puis elle avait dit, « Je veux dire, je n’ai jamais compté sur un calendrier humain, donc je ne sais pas quand c’est vraiment. Donc oui, ce jour est parfait. »

C’est logique. Il était impossible qu’un dragon vive selon un calendrier humain. Son père, Orobas, avait probablement su exactement quel jour c’était, mais Foll n’y avait apparemment jamais vraiment réfléchi. Néphy s’accroupit pour croiser le regard de Foll et lui tapota la tête avec un sourire.

« Très bien. Alors, faisons une merveilleuse fête ce jour-là. »

« Hmm ! Ça a l’air sympa ! »

Néphy avait ensuite tourné son regard vers Raphaël.

« C’est quand ton anniversaire ? »

Il n’avait pas l’air de s’attendre à cette question. Raphaël avait eu l’air un peu étonné pendant un moment avant de répondre : « Le 21 de Kori. »

C’est à peu près à cette époque que Nephteros était entrée par hasard dans l’Église.

Les anniversaires… Pourquoi ne me suis-je pas posé la question avant ?

Néphy avait honte de sa propre ignorance pour avoir manqué des occasions si précieuses.

« Revenons au sujet, » dit Néphy, en retournant son regard vers Alshiera. « Savez-vous comment on fête les anniversaires, Dame Alshiera ? »

« Hein ? Moi ? Euh… » Alshiera s’interrompit. Son corps se raidit, puis elle porta sa main à son front comme pour retenir un mal de tête. « Hum, Alshiere Imera est devenue une fête nationale, et avant cela, il y a mille ans… Avons-nous fait quelque chose de spécial ? »

Néphy savait qu’Alshiere Imera était le même jour que l’anniversaire de cette fille, mais il s’avérait que faire chevaucher son anniversaire avec une journée de célébration nationale était un peu difficile. Selon Zagan, l’Église et les vampires étaient en opposition, donc tout cela semblait étrange.

Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le fait qu’Alshiere Imera ressemble beaucoup à son propre nom, je me le demande ?

Il n’était pas possible que le jour saint de l’Église célèbre la vampire elle-même, n’est-ce pas… ? En tout cas, cette fille avait eu une vie bien plus dure que Néphy ou Zagan.

« Cependant, il y avait, en fait, quelque chose que je voulais faire pour célébrer pour quelqu’un… » chuchota Alshiera. « Euh… Quoi ? »

Néphy s’était enroulée autour du bras d’Alshiera, tandis que Foll saisissait l’autre.

« Alors, c’est décidé, » déclara Néphy.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Quoi que tu veuilles faire, on le fera pour Zagan, » répondit Foll. « Je veux dire, nous ne savons même pas comment célébrer les anniversaires. »

Un frisson parcourut Alshiera comme si elle était tombée la tête la première dans un piège.

« C’est différent de ce dont nous avons discuté ! » avait-elle protesté.

« Non, nous voulons simplement répondre à vos sentiments, Dame Alshiera. Nous n’avons ni prié ni deviné quoi que ce soit. »

Raphaël retira alors son tablier et le plia soigneusement avant de dire : « Hm. Si nous devons faire des préparatifs hors de la vue de mon seigneur, ne serait-il pas préférable de changer de lieu ? Nous avons déjà fini de nettoyer ici. »

Raphaël avait fini de ranger toute la vaisselle pendant que les autres avaient maîtrisé Alshiera. C’était le majordome de Zagan, le summum de l’efficacité.

« Merci beaucoup, Sire Raphaël. Bon, alors, on y va ? » dit Néphy.

« Où m’emmenez-vous ? » demanda Alshiera.

« Le Palais de l’Archidémon fera l’affaire. Zagan ne peut pas nous entendre là-bas, et je veux explorer. »

« Une merveilleuse suggestion, Foll. Invitons aussi Nephteros et Chastille. Je pense que Nephteros en particulier sera ravie de tout cela. »

Avec cela, une toute nouvelle calamité s’était abattue sur Alshiera.

De retour dans la salle du trône, sans aucun moyen d’être au courant de la catastrophe dans la cuisine, Zagan et Selphy se faisaient face. Au vu de l’atmosphère, Kimaris savait que ce n’était pas une affaire banale, il s’était donc excusé en disant qu’il avait du travail à faire.

Désormais seul dans la salle du trône, Zagan demanda à Selphy de fermer la porte et de s’asseoir. Le bas de son corps naturel était celui d’un poisson, mais elle se déplaçait normalement avec des jambes humaines. Bien qu’elle soit venue ici pour parler, elle était restée silencieuse et n’avait pas pris la parole.

Mrgh, j’aimerais déjà commencer à me préparer pour l’anniversaire de Néphy… Cependant, cette fille optimiste était venue demander des conseils à nul autre que Zagan. Il devait s’agir de quelque chose d’assez sérieux. Et en tant que roi, il ne pouvait pas simplement abandonner ses subordonnés.

Zagan attendit patiemment qu’elle prenne la parole, mais comme elle refusait de commencer, il essaya de lancer la conversation lui-même tout en s’abstenant d’agir de manière autoritaire du mieux qu’il le pouvait.

« Alors ? Que s’est-il passé ? »

« Ouais… À propos de ça… »

Zagan était prêt à la frapper si elle allait se plaindre des plats d’accompagnement du petit déjeuner, mais pour l’instant, cela semblait être une affaire bien plus sérieuse. Après un court instant, Selphy se ressaisit enfin.

« Je ne sais pas vraiment par où commencer… Ummm… Il y a ce type, Furcas, non ? »

Il fallait s’attendre à ce que ce nom apparaisse.

« C’est vrai. Je suppose que je devrais aussi te parler de lui. »

Après toute l’agitation qui s’était produite dans le cauchemar, Zagan avait informé Lilith de toute la situation, mais n’avait rien expliqué à Selphy. Cette fille était la meilleure amie de Lilith. Même si elle n’avait pas besoin de savoir, elle avait le droit de savoir.

« Laisse-moi commencer par te dire que tu ne dois pas en parler à qui que ce soit. Si tu le laisses échapper avec un “whoopsie” comme d’habitude, tu auras une punition appropriée. »

Il finit par la menacer, mais de manière inattendue, Selphy acquiesça, l’air complètement sérieux. Après avoir confirmé cela, Zagan était allé droit au but.

« C’est un Archidémon, tout comme moi. »

« Oh, vraiment ? »

Elle n’avait pas l’air intéressée du tout, ce qui avait laissé Zagan avec une grimace.

Uhhh… n’est-ce pas pour ça qu’elle est méfiante ? Alors pourquoi s’inquiète-t-elle pour Furcas ?

Il n’avait pas vraiment compris, mais il avait encore des choses à dire. Ainsi, Zagan se racla la gorge et continua.

« Eh bien, en fait, il est toujours un Archidémon, mais en raison de certaines circonstances, il a perdu ses souvenirs. Un Archidémon ignorant peut être manipulé d’innombrables façons, je ne peux donc pas simplement le jeter dehors. C’est pourquoi je m’occupe de lui. »

« N’est-ce pas un peu dangereux ? » demanda Selphy avec étonnement. Elle avait finalement reconnu un danger dans la présence de Furcas.

« Une préoccupation naturelle, » répondit Zagan avec un hochement de tête. « Nous ne savons pas quand ses souvenirs reviendront, et il y a de fortes chances qu’il devienne hostile s’ils reviennent. »

« Alors… pourquoi l’abritez-vous ? »

« Comme je l’ai dit, il y a un risque majeur à le jeter dehors. De plus, il était au bord de la mort quand il a perdu la mémoire, mais Lilith l’a sauvé. Tuer quelqu’un pour qui mon subordonné a risqué sa vie pour le sauver ne peut pas être fait à ma propre discrétion. Ce n’est pas l’acte d’un roi. »

Un dirigeant d’un si mauvais calibre serait encore pire qu’un tyran.

Eh bien, j’ai cependant fait des préparatifs pour m’occuper de lui si nécessaire.

Tant que Furcas possédait l’Emblème de l’Archidémon, rien ne serait résolu en se débarrassant simplement de lui. Cela le rendait quelque peu ennuyeux à gérer, mais Zagan était au moins prêt à protéger Lilith et ses autres subordonnés.

***

Partie 5

« Alors Lilith l’a sauvé…, » Selphy murmura, en mettant sa main sur sa poitrine. « Est-ce que cette personne aime vraiment Lilith ? »

Zagan hocha la tête à cette question tout à fait inattendue. Il jeta ensuite un autre coup d’œil à son visage. Ses joues étaient rouges, elle laissait échapper un soupir de douleur, et elle avait même des larmes qui se formaient dans ses yeux.

Hm ? Euh, quoi… ?

Furcas avait, en effet, avoué ses sentiments à Lilith au milieu d’une salle comble. Selphy avait même été elle-même là, alors Zagan ne pensait pas qu’elle avait vraiment besoin de demander.

« Je ne comprends pas vraiment, » continua Selphy en respirant bruyamment. « Quand je regarde cette personne courtiser Lilith, ça me fait mal à la poitrine. Mes yeux deviennent, comme, tout chauds et tout ça, et je commence même à pleurer… Je ne comprends pas… »

L’esprit de Zagan s’était vidé en entendant sa confession choquante.

Cela ne veut-il pas dire… ? Attends, non… Hein ? Pourquoi ?

C’était des phénomènes qu’il connaissait trop bien. Il n’y avait aucun doute là-dessus. En d’autres termes, Selphy était venue ici pour rien d’autre que… des conseils amoureux.

C’était un problème sérieux qui dépassait de loin son imagination. Même avec l’intelligence d’un Archidémon, il n’avait pas encore tout compris. S’était-il passé quelque chose pour que Selphy tombe amoureuse de Furcas ? Il n’y avait peut-être aucune raison logique, mais cela semblait quand même beaucoup trop soudain.

Honnêtement, Zagan ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle était venue demander conseil à la mauvaise personne. Pourquoi n’avait-elle pas demandé à Néphy ? Pourtant, objectivement parlant, les sentiments de Selphy étaient assez clairs, même pour lui. Cela dit, elle semblait souffrir parce qu’elle ne voyait pas elle-même la réponse.

Zagan croisa les bras, regarda le plafond et ferma les yeux.

Est-ce vraiment quelque chose que je peux dire à la personne en question ?

Il s’était inquiété pendant une minute entière — c’était la première fois qu’il réfléchissait à quelque chose qui n’avait rien à voir avec Néphy pendant un temps aussi long — puis il trouva finalement sa réponse.

« Bon, comment dire ça…, » il commença. « Je crois que je sais ce qu’est ce sentiment qui t’abrite. En fait, d’un point de vue objectif, ce n’est rien d’autre que mon opinion. »

Selphy ne répondit pas. Au lieu de cela, elle garda les yeux fixés sur Zagan et attendit qu’il continue. Après avoir pris une petite inspiration, Zagan dit exactement ce qu’il pensait sur un ton lourd.

« Je crois que cette émotion dans ton cœur est de l’amour. »

Ses yeux s’écarquillèrent à la révélation choquante avant qu’elle n’offre à Zagan un sourire mou et résigné.

« Ha ha… Alors c’est vraiment le cas, hein ? »

Elle l’avait elle-même déjà vaguement réalisé. Elle n’avait simplement pas voulu le reconnaître.

Personne ne veut admettre qu’il est tombé amoureux de l’homme qui essaie de courtiser sa meilleure amie.

C’est pourquoi elle ne pouvait pas en discuter avec Néphy, et encore moins avec Lilith. Kuroka était actuellement absente du château, et Gremory était hors de question. Dans ce cas, Zagan était vraiment la seule personne à qui Selphy pouvait parler ouvertement. Il ne pouvait même pas deviner à quel point un tel choix avait pesé sur elle. Dans ce cas, il voulait être le plus utile possible pour elle.

Mais qu’est-ce que je dois faire ?

« En fait, je pensais que c’était peut-être le cas, » dit Selphy avec un sourire d’autodérision, ignorant l’agitation intérieure de Zagan. « Non… Je connaissais probablement la réponse depuis longtemps. »

« Hmm… Attends, il y a longtemps ? »

Selphy et Furcas ne s’étaient-ils pas rencontrés il y a seulement trois jours ? Quelque chose clochait, mais Zagan n’arrivait pas à mettre le doigt sur quoi.

Selphy avait continué à parler comme si elle regardait des souvenirs lointains, disant : « Je pense que j’ai commencé à me sentir comme ça quand j’avais environ onze ans ? À l’époque, ce sourire qui me souhaitait un joyeux anniversaire était si joli. Mon cœur battait la chamade, j’avais mal, mais pour une raison inconnue, seule mon visage semblait en feu… »

Ça devait être il y a cinq ou six ans. Comment avait-elle rencontré Furcas à l’époque ? À ce moment-là, Liucaon était sous la protection de Marchosias, donc même un Archidémon n’aurait pas pu s’immiscer dans cette région.

« C’est pour ça que je me suis enfuie de chez moi. C’est vrai que j’en avais assez des vieilles coutumes qui disaient que nos chansons ne pouvaient pas être entendues en dehors de la famille royale, mais c’était probablement la plus grande raison… Je veux dire, n’est-ce pas, comme, un peu bizarre ? »

Attends, de qui Selphy parle-t-elle exactement ?

La perplexité de Zagan s’accentua. Il pensait qu’elle avait parlé de Furcas, mais vu les circonstances, cela semblait impossible. Alors de qui Selphy était-elle tombée amoureuse ? Elle continua à raconter son histoire avec un sourire gêné, comme si elle allait pleurer à tout moment.

« Je savais que je ne devais pas me sentir comme ça, alors je ne pouvais plus rester là. Après quelques années, je pensais avoir remis de l’ordre dans mes sentiments, mais après avoir vu cette personne la courtiser, mon cœur était si trouble… »

« Désolé… Puis-je vérifier quelque chose avec toi rapidement ? »

Zagan savait que c’était mal de sa part de l’interrompre, mais il y avait quelque chose qu’il devait confirmer.

« Est-ce que cette personne dont tu es amoureuse est... Lilith ? » lui avait-il demandé timidement.

Les joues de Selphy étaient devenues rouge vif en entendant cela.

 

 

Ah… Alors c’est vraiment elle ?

Zagan se pencha en arrière sur son trône par pur choc pour la deuxième fois de la journée. Si on le pousse à le dire, il avait l’impression qu’il y avait plus de signes de cette nature venant de Lilith. Il n’aurait jamais pensé que Selphy serait celle dont elle serait sérieusement amoureuse.

Attends. Est-il possible qu’elle confonde amitié et intérêt romantique ?

Bien que, à en juger par son expression, il n’y avait pas beaucoup de place pour le doute. Néanmoins, faire un faux pas pourrait conduire à quelque chose d’irrémédiable, il devait donc demander.

Zagan prit une autre grande inspiration, puis dit : « Hum, eh bien, comment dire ça… ? Ce serait gênant si je me trompais, alors je veux te demander quelque chose. Je ne sais rien de ce que ressentent les femmes, donc ça peut paraître étrange. Si je t’offense, ignore-moi. Cela te convient-il ? »

Selphy acquiesça à sa longue préface, alors Zagan lui lança immédiatement sa question.

« Eh bien, tu sais, l’amour est différent de l’amitié… Hum, je veux dire, comme le désir d’enlacer et d’embrasser… je pense que ça implique généralement de tels sentiments. Comment es-tu sur ce plan ? »

« Voulez-vous dire, est-ce que je la vois avec, genre, un intérêt sexuel ? »

Malgré l’approche extrêmement détournée de Zagan, la personne en question avait répondu de manière tout à fait franche. Cela dit, Selphy n’avait probablement pas réfléchi à la question avant d’en arriver là. Elle avait les deux mains jointes sur ses genoux alors qu’elle y réfléchissait sérieusement. Mais très vite, elle avait répondu avec une résolution claire.

« Je le pense. Je veux dire, je pense qu’elle me satisferait bien plus que n’importe quel homme. »

Si fort… !

Sa déclaration puissante avait même gagné le respect de l’Archidémon Zagan. En fait, Lilith était censée être une spécialiste des questions de la nuit, donc c’était logique.

Attends, est-ce normal que ces deux-là partagent une chambre ?

Les séparer maintenant semblait cruel, mais ce serait gênant si quelque chose devait arriver. Zagan pensait cependant que Lilith l’accepterait.

Hein… ? Ça ne veut-il pas dire que leur amour est réciproque ?

Il n’avait pas encore confirmé les sentiments de Lilith, mais elle ne semblait pas mécontente de l’idée. Dans tous les cas, il n’y avait aucun doute sur les sentiments de Selphy. Zagan laissa échapper un gémissement lorsque soudainement, l’expression de Selphy s’assombrit.

« Ha ha… Je suppose que c’est vraiment dégoûtant…, » dit-elle.

« Dégoûtant ? Comment ça ? »

Zagan était resté bouche bée devant la direction inattendue de ses inquiétudes. Cette fois, c’était au tour de Selphy d’être confuse.

« Je veux dire, on est toutes les deux des filles, non… ? Alors, se sentir comme ça, c’est un peu… »

Zagan secoua la tête d’étonnement et répondit : « S’il peut y avoir de l’amour entre les espèces, alors pourquoi ne peut-il pas y avoir de l’amour entre ceux du même sexe ? »

Si Néphy se transformait en homme à la suite d’un accident, Zagan cesserait-il de l’aimer ? Ou s’il se transformait en femme, est-ce que Néphy ne l’aimerait plus ? Il ne pensait pas que l’un ou l’autre cas soit vrai.

Il voulait que Néphy reste comme elle était, mais Zagan l’aimerait toujours même si elle était un homme. Cela ne changerait pas du tout s’il se transformait en femme. Compte tenu de la malédiction qui avait affligé Stella et Decarabia, la sorcellerie qui changeait de sexe existait bel et bien, même si ce n’était que temporaire. Zagan n’avait jamais entendu parler de quelqu’un le faisant intentionnellement, mais il y avait aussi de la sorcellerie de transformation normale, donc ce n’était pas une situation complètement impossible.

Honnêtement, Zagan n’avait toujours pas une compréhension complète de l’amour normal, mais même en faisant abstraction de cela, il sentait qu’une fois que quelqu’un en venait à nourrir de tels sentiments, la race ou le sexe n’avait rien à voir avec cela.

Au contraire, avec cette mamie gênante qui courait partout, le sexe semblait être une question insignifiante. En tout cas, il n’était pas nécessaire de nier les sentiments de Selphy. C’était surtout le cas après avoir vu Kuroka et Shax dernièrement… Bien que, dans leur cas, il y avait des obstacles complètement étrangers à la race à surmonter, mais il n’y avait pas d’autre choix pour eux que de faire de leur mieux pour les surmonter.

En fait, si ses sentiments sont considérés comme grossiers, alors qu’en est-il de moi ?

C’était un homme qui avait dépensé un million de pièces d’or pour acheter sa fiancée. Il n’était pas évident de savoir combien de ses pensées étaient parvenues jusqu’à elle, mais Selphy lui adressa un sourire plein de gratitude.

« Merci… J’ai l’impression qu’un poids énorme a été enlevé de mes épaules. »

« Je vois. C’est bien. »

Zagan ne pensait pas vraiment lui avoir donné un conseil utile, mais Selphy se leva de son siège comme si elle était déjà pleinement satisfaite.

« Umm, alors qu’est-ce que tu comptes faire ? » lui demande-t-il.

« Je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire, » répondit Selphy en se grattant la tête. « Donc je suppose que je vais, comme, traiter mes sentiments avec un peu plus de soin pendant un certain temps. »

« Je vois… Eh bien, si tu te sens à nouveau perdue, n’hésite pas à venir me voir quand tu le souhaites. Je t’écouterai au moins. »

Il avait toujours l’impression que lui parler n’était pas beaucoup mieux que de parler à un mur, mais le simple fait d’avoir un visage à qui parler devait faire une grande différence.

Selphy lui fit un petit signe de tête, puis se retourna et elle déclara : « Je suis vraiment contente d’être venue vous voir, Monsieur Zagan. »

Sur ce, elle avait souri. Elle semblait aussi insouciante que d’habitude, mais aussi un peu plus mature. Zagan ne savait pas s’il était utile, mais Selphy était redevenue normale lorsqu’elle quitta la salle du trône.

Le pauvre Furcas a de bien sombres perspectives, hein ? se dit Zagan en s’asseyant sur son trône. Le garçon avait-il la moindre chance de battre Selphy ? Il ne l’encourageait pas vraiment, mais en le voyant affronter un obstacle aussi imposant et puissant, il éprouvait au moins de la sympathie.

Zagan laissa échapper un soupir épuisé. Il voulait commencer à préparer l’anniversaire de Néphy tout de suite, mais il ne se sentait pas capable de tenir debout pour le moment.

***

Chapitre 2 : Quand les pleurnichards attirent, tout le monde a la vie dure

Partie 1

« Mon nom est Asura ! Asura, le Bras Hex ! Le Héros de l’Ouest, Asura ! Gravez-le dans votre esprit ! »

C’est ce que le garçon avait annoncé en se révélant à moi. Je ne l’avais jamais vu auparavant. C’était un humain aux cheveux écarlates et aux yeux cramoisis, ce qui signifiait qu’il était un grigori. Ils étaient assez courants dans l’équipe de Salomon. C’était un peuple plutôt tragique qui était utilisé comme des outils par les séraphins.

Dans ce monde, où tous les gens sauf les séraphins étaient indésirables, l’attention des séraphins ne faisait pas des grigoris un symbole d’envie. Ils étaient des outils jetables. Les séraphins les tuaient sans rime ni raison particulière. Ils étaient juste des jouets avec lesquels on pouvait jouer.

Nés sous la direction des séraphins, ils n’avaient même pas le choix de s’enfuir comme toutes les autres races le pouvaient. Ceux qui avaient survécu aussi longtemps se voyaient, sans exception, accorder la vie au prix d’une autre. En ce sens, on aurait pu dire qu’ils étaient la race que les séraphins détestaient le plus.

Le jeune grigori se tenait dans une position imposante, bloquant mon chemin et me regardant avec des yeux pleins d’espoir. Après plusieurs secondes à rester là dans un état de confusion, j’avais réalisé qu’il était apparemment en train de se présenter à moi.

J’avais eu beaucoup de mal à me souvenir des noms et des visages. Je veux dire, même si j’essayais de me souvenir, tout le monde disparaissait assez rapidement. Ainsi, j’avais fait de mon mieux pour détourner les yeux et passer devant lui. Je portais toujours Murdock. Il était lourd, et je devais aller l’entretenir, donc j’étais plutôt occupée.

« Hé, attendez ! Pourquoi m’ignorez-vous !? »

Il s’était accroché à moi, les yeux pleins de larmes. La plupart des gens comprenaient quand je les ignorais et n’essayaient pas de me parler, alors sa réaction était plutôt inattendue. En regardant de plus près, j’avais remarqué qu’il avait l’air d’avoir quatorze ou quinze ans. Peut-être ce comportement était-il logique pour un enfant. J’avais arrêté de marcher et je m’étais retournée avec un air extrêmement mécontent bien visible. Le garçon m’avait regardée fixement pendant un moment, puis il s’était remis debout avec vigueur et avait gonflé sa poitrine.

« Héhé. Vous êtes l’as dans le coin, hein ? Eh bien, je suis l’homme qui a massacré les séraphins à l’ouest. Entendons-nous comme des camarades-chefs ! »

Je lui avais fait un signe de tête accompagné d’un soupir de compréhension. Les nouveaux arrivants se montraient ici de temps en temps. Ils avaient tendance à dire des choses inexplicables lorsqu’ils étaient poussés par l’euphorie de savoir qu’ils allaient combattre des séraphins, alors son acte ne m’avait pas surprise le moins du monde.

Cela dit, j’étais encore moi-même une enfant. Je n’avais aucune raison de vivre, si ce n’est un désir brûlant de vengeance. Je n’étais pas une personne remarquable au point de le mépriser pour son excitation. Je lui avais donc accordé la courtoisie minimale d’un léger signe de tête — ce dont Orobas et Salomon ne s’étaient jamais débarrassés — et j’avais tourné les talons.

« Hé ! Dites-moi au moins votre nom ! »

Je n’avais pas pu lui répondre sur le champ. Cependant, ce n’était pas parce que je le trouvais gênant. Je ne me souvenais tout simplement pas de mon nom. Salomon et mon grand frère m’appelaient Ashy, mais ce n’était qu’un surnom. J’avais un nom propre, mais pour une raison inconnue, je ne m’en souvenais pas.

Pourtant, ça ne faisait pas une grande différence. Si quelqu’un avait besoin de moi, il pouvait simplement dire « Hé » ou « Vous êtes là ». De toute façon, tout le monde allait finir par mourir en combattant les séraphins. Si nous devions enterrer chacun des défunts et graver leurs noms sur des pierres tombales, ils rempliraient probablement le continent entier.

Je n’étais pas sûre de la façon dont le garçon avait interprété ma réaction. Tout ce que je savais, c’est qu’il y afficha soudainement un regard d’extrême tristesse. Il avait probablement pensé que je l’ignorais. J’étais habituée à ce que les gens pensent de cette façon. J’étais consciente du peu de cas que je faisais de la coopération. Et pourtant, le garçon avait baissé la tête comme s’il avait commis une erreur irrémédiable.

« Désolé…, » dit-il, puis il en rit avec un regard troublé. « Alors, que dites-vous de ça ? Quand je reviendrai vivant après la prochaine sortie, vous me direz votre nom. Ça ira ? »

Le garçon m’avait quittée sans même attendre ma réponse. Après cela, il était revenu de la bataille suivante tout comme il l’avait déclaré si fièrement. J’avais fini par devoir compter sur Orobas pour pouvoir me souvenir de mon propre nom. Ce garçon avait ensuite pris l’habitude de m’imposer des exigences arbitraires chaque fois qu’il se battait contre les séraphins.

Quand je reviendrai, prends un repas avec moi.

Quand je reviendrai, dis-moi ce que tu aimes.

Quand je reviendrai, laisse-moi t’entendre chanter.

Quand je reviendrai… Quand je reviendrai…

Au début, j’avais trouvé l’ensemble désagréable, mais finalement, je m’y étais habitué et tout sentiment de mécontentement avait disparu depuis. Le garçon était certainement fort. Un grigori se vantait d’être très fort par nature. Ses blessures guérissaient rapidement, et par-dessus tout, un seul coup de son bras briserait la barrière d’un séraphin avec la même facilité que les chasseurs de séraphins.

Il était, en fait, bien plus fort que moi, vu que je ne pouvais tirer sur mes cibles qu’à une distance sûre. Il semblait qu’il n’allait pas disparaître de ma vie. Tout comme Salomon et mon frère, il semblerait qu’il allait continuer à se battre avec nous. Quand j’avais commencé à y croire, nous avions fini par nous battre contre l’un des hauts séraphins.

Le Haut Séraphin Camael.

En général, les séraphins avaient une paire d’ailes faites de lumière qui jaillissait de leur dos. On les appelait les ailes hex. Elles étaient aussi la véritable nature de la barrière d’un séraphin. Deux ailes leur donnaient déjà des pouvoirs proches de ceux des dieux, mais les hauts séraphins avaient six ailes.

Chaque aile hex supplémentaire multipliait apparemment grandement leurs pouvoirs, bien plus que le simple double par aile. Avec six exemplaires, un haut séraphin était à un niveau bien supérieur à celui de trois séraphins ordinaires à deux ailes.

Mon rôle était de détruire au moins trois des ailes du haut séraphin avant que Camael n’anéantisse l’avant-garde. Cela allait certainement conduire à de nombreux sacrifices. L’avant-garde était soutenue par ce garçon, par Asura.

Malgré tout, ils étaient sûrs de pouvoir tenir trente secondes. Pourtant, c’était très peu de temps pour briser trois ailes. Si je ratais ne serait-ce qu’un seul tir, tout le monde était sûr de mourir. De plus, le séraphin n’allait évidemment pas rester immobile et m’offrir le tir parfait.

Quand la bataille commença, j’avais désespérément aligné mes viseurs et pressé la détente. Il n’y avait aucun intérêt à survivre. J’avais toujours rêvé de me battre, de lutter, de laisser ne serait-ce qu’une marque de griffe sur un séraphin, puis de mourir. Mais à ce moment-là, je savais que je ne pouvais pas mourir. Je savais que je ne pouvais pas mourir avant d’avoir rempli mon rôle. Au moins, Asura et ses guerriers mettaient leur vie en jeu, croyant de tout cœur que je briserais ces ailes.

J’avais abattu une aile, et profitant de l’agitation du séraphin, j’avais aligné pour un deuxième tir et j’avais tiré. Avec deux ailes en moins, même le haut séraphin avait dû commencer à faire des manœuvres d’évitement. Lorsqu’un séraphin se concentrait entièrement sur l’esquive, ses mouvements dépassaient de loin la perception humaine. Il était impossible de faire face à cela à courte distance, c’est pourquoi nous devions les traiter par des tirs de précision à longue distance.

Le haut Séraphin avait abattu mes camarades les uns après les autres. La sueur avait commencé à tremper mes paumes alors que je saisissais mon chasseur de séraphins. Mon doigt tremblait sur la gâchette. Cependant, je m’étais débarrassée de ma panique en prenant une profonde inspiration.

C’est bon. Je peux le faire, je m’étais rassurée. Le haut séraphin était rapide, mais il n’avait pas complètement disparu. Je devais simplement prédire la trajectoire de ma cible.

J’avais tiré un troisième coup. Une troisième aile avait volé en éclats. Vingt secondes s’étaient écoulées. Cependant, après avoir tiré trois fois du même endroit, j’avais attiré l’attention du haut séraphin. Une seule attaque d’un séraphin pouvait facilement anéantir un petit village. C’était le cas pour un séraphin doté de deux ailes hex, alors un haut séraphin doté de trois paires d’ailes pouvait déclencher une dévastation d’une tout autre ampleur. Je n’avais aucun espoir de me mettre en sécurité.

Les trois ailes restantes sur le dos du haut séraphin rayonnaient de lumière alors qu’il tenait en l’air une lance luminescente. Il y avait 1000 mètres entre nous. Le chasseur de séraphins avait une vitesse initiale de 853 mètres par seconde, ce qui signifie qu’il fallait un peu plus d’une seconde pour qu’une balle atteigne ma cible. En revanche, cette lance de lumière effaçait sa cible à l’instant même où elle était libérée.

Je serais anéantie avant que ma balle ne frappe. Je ne pouvais pas intercepter l’attaque ou l’éviter.

Dans ce cas, je vais juste tirer !

Je ne pouvais pas être sauvée, mais le séraphin ne pouvait pas non plus esquiver en attaquant. Je m’étais retrouvée surprise par mon sang-froid en prenant une inspiration. Mon doigt trembla. J’avais la quatrième aile en ligne de mire. Le marteau s’était abattu sur la gâchette, libérant une balle de la bouche du canon.

Une pensée soudaine m’était venue à l’esprit.

Qu’a dit Asura cette fois-ci ? Quand je reviendrai — .

J’avais regardé dans mon viseur la lance de lumière s’étendre, quand soudain…

« Je ne vous laisserai pas tuer Ashy ! »

J’avais eu l’impression de voir un garçon plonger devant la lumière. Et puis, je m’étais évanouie. Quand je m’étais réveillée plus tard, je m’étais retrouvée dans un lit dans le château d’Orobas. Le dragon, qui avait pris la forme d’un vieil homme, était assis à mes côtés. Il avait apparemment pris soin de moi.

J’avais essayé de m’asseoir, ce qui avait provoqué des vagues de douleur dans tout mon corps. J’avais plus de vingt os fracturés, dont trois de mes côtes, le haut de mon bras, ma clavicule, mon fémur et mon tibia. De plus, mon corps entier était couvert de brûlures à haut degré. Et pourtant, j’étais en vie.

Orobas m’avait fait un bref résumé de ce qui s’était passé depuis que je m’étais effondrée. Trois jours avaient passé. Le haut séraphin Camael avait été vaincu. Nous avions gagné.

Il m’avait dit que le canon de Murdock était cassé. Et ensuite, il m’avait dit qu’Asura n’était pas revenu.

À ce moment-là, le bras d’Asura avait réussi à dévier très légèrement la lance du séraphin. C’est pourquoi j’avais à peine réussi à survivre.

Qu’est-ce que ce garçon voulait que je fasse à son retour, cette fois ?

Quand je reviendrai…

Quand je reviendrai, montre-moi ton sourire.

Une douleur qui n’avait rien à voir avec mes os cassés avait envahi mon cœur. Mon esprit était tombé dans le désordre, et avant que je ne le sache, des larmes chaudes avaient coulé sur mes joues. Le vieux dragon n’avait rien dit et était resté près de moi.

J’avais toujours souhaité la mort, mais finalement, il était aussi mort avant moi. Il avait été un autre de ces irresponsables. Cependant, étant donné que mon cœur était dans un état tel que je n’avais même pas pris la peine de me souvenir de mon propre nom, me rappeler comment pleurer m’avait vraiment sauvée.

C’est l’un des précieux souvenirs qui m’avaient soutenue au cours des années de ma longue vie à venir.

***

Partie 2

« Alshiera, tu m’écoutes ? » demande Foll, ramenant Alshiera de son voyage dans ses souvenirs.

« Oh, désolée pour ça. Je me souviens de beaucoup de choses depuis que je suis ici. »

Elles se trouvaient dans le hall d’entrée du Palais de l’Archidémon, où résidait auparavant le golem fait à partir d’un démon. Néphy et Lilith étaient également avec elles. En levant les yeux, Alshiera vit d’énormes statues de pierre qui dominaient le hall comme par le passé. Il s’agissait de golems capables de tirer le Phosphore des Cieux qui avaient été modifiés exclusivement pour l’usage de Gremory.

Raphaël était resté au château. Il fallait apparemment ruser un peu pour empêcher Zagan de découvrir ce qu’ils préparaient, et le majordome avait aussi des tâches ménagères à accomplir. Toutes les personnes chargées de telles tâches ne pouvaient pas quitter le château en même temps.

Plusieurs heures s’étaient écoulées depuis qu’Alshiera avait été enlevée dans la cuisine. Pendant ce temps, elle leur avait expliqué comment on fêtait les anniversaires — ou, en tout cas, Lilith l’avait fait, en grande partie — mais il n’était toujours pas certain qu’elles aient vraiment compris.

Ils sont vraiment des enfants adorables.

Ils étaient tous si courageux, si purs, si sincères qu’Alshiera voulait les protéger, même s’ils n’étaient pas Zagan. Elle avait commencé à sentir qu’elle ne voulait plus se séparer d’eux. Le temps qui lui restait touchait déjà à sa fin, mais…

Comme c’est disgracieux de ma part.

Il y a mille ans, ils s’étaient aussi battus en croyant qu’ils n’avaient pas beaucoup de temps. Alshiera s’était débarrassée de son sentimentalisme alors que Foll lui lançait un regard perplexe.

« De quoi t’es-tu souvenue ? » avait-elle demandé.

« Rien, vraiment. Je me rappelle juste quelques souvenirs d’un vieil ami. »

Les subordonnés de Zagan se trouvaient également au Palais de l’Archidémon. Sur la quarantaine de personnes qui travaillaient sous ses ordres, environ trente pour cent servaient au château, soixante pour cent au palais de l’Archidémon, et les dix pour cent restants étaient envoyés à l’Église et dans diverses autres missions. Shax faisait partie de ces derniers dix pour cent.

En d’autres termes, le hall d’entrée était traversé par des sorciers à tout moment, alors Alshiera ouvrit l’une de ses portes et poursuivit son chemin à l’intérieur. Un long couloir s’étendait devant elle avec de nombreuses portes le long de ses murs. Elles servaient principalement de chambres d’hôtes à l’ère moderne, mais il y a mille ans, elles étaient des salles de maladie, des entrepôts et des salles d’attente pour les chasseurs de séraphins, entre autres choses. Elle marcha dans le couloir avec les trois autres filles derrière elle. Après avoir passé trois, puis quatre portes, elle s’arrêta à la cinquième.

« Cette pièce fera l’affaire. »

Les murs qui l’entouraient étaient épais, ce qui gardait le son à l’intérieur, c’était donc l’endroit parfait pour parler en secret. Il ne restait rien du passé ici, mais c’était autrefois la salle des malades dans laquelle Alshiera avait passé du temps. Elle avait procédé à l’ouverture de la porte sans même frapper.

« H-Hein ? Quoi ? »

Un sorcier masqué à la carrure imposante était déjà à l’intérieur. Il semblait être en train de travailler sur quelque chose, vu qu’il ne portait pas sa robe, exposant le haut de son corps musclé. Il avait le dos tourné, un marteau à la main, et au moment où il avait vu Alshiera entrer, son œil unique avait tourné en rond dans la confusion.

« Hum, Dame Alshiera ? » dit Néphy, déconcertée. « Il semble qu’elle soit déjà occupée, alors ne devrions-nous pas chercher une autre chambre… ? »

Néphy jeta un coup d’œil à l’intérieur, rencontrant le regard du sorcier déconcerté.

« Hum, vous êtes le Seigneur Naberius… n’est-ce pas ? » demanda-t-elle. « Je suis désolée pour cette intrusion soudaine. »

Elle ne s’était jamais présentée correctement à lui, aussi Néphy lui avait fait une élégante révérence en même temps que ces mots.

« O-Oh, vous êtes… Néphy ? La fiancée de Zagan ? » demanda-t-il en retour.

Ses oreilles pointues étaient devenues rouges en entendant cela.

« Oh… Hum… Oui… Mais nous n’en sommes encore qu’au stade des rendez-vous, alors… »

Bien qu’ils soient collés l’un à l’autre jour et nuit, elle se sentait apparemment toujours gênée lorsque les autres lui faisaient remarquer à quel point ils étaient proches. Les habitants du château ne regardaient ces deux-là que de loin, donc personne ne le lui disait jamais en face. Dans un sens, sa nature timide lorsqu’elle y était confrontée était parfaitement naturelle.

Néphy rougit, affichant une expression à la fois heureuse et embarrassée. En revanche, Alshiera pouvait voir que Naberius était devenu mortellement pâle sous son masque. Jetant l’outil dans sa main, il se précipita vers Alshiera, l’attrapa par le bras et l’entraîna dans la pièce.

« A-Aha ha ha ha. Je vais emprunter cette fille pour un moment, d’accord ? » dit-il, puis il claqua la porte sans attendre de réponse. Cette pièce avait été attribuée à Naberius pour en faire son atelier. Il avait été chargé de réparer les chasseurs de séraphins d’Alshiera et d’exécuter une commande de Zagan.

En regardant de plus près, Alshiera put voir un chasseur de séraphins placé sur une table dans la pièce. La chaise sur laquelle Naberius était assis se trouvait devant un marteau et une enclume, ainsi qu’un four à haut rendement qui pouvait être contrôlé par le mana. Elle ne pouvait pas voir exactement ce sur quoi il travaillait, peut-être parce qu’il était en train d’être nettoyé avec des produits chimiques.

Même avec son masque, elle pouvait voir que Naberius affichait une expression effroyable alors qu’il se rapprochait d’elle.

« Es-tu folle !? » Il avait crié. « Qu’est-ce qui te prend d’amener cette fille ici !? »

Il avait secoué ses épaules d’avant en arrière. Un homme musclé secouait une petite fille qui tenait dans ses bras une poupée en peluche, ce qui ne donnait pas vraiment une image des plus jolies. En tout cas, Zagan avait demandé à Naberius de préparer le cadeau de Néphy en secret. Ce serait gênant pour Néphy de le voir le faire. Alshiera le savait, bien sûr. Elle savait aussi qu’il serait là. Cependant, elle se contenta de lever les yeux au plafond, feignant l’ignorance.

« Je voulais que quelqu’un partage le malheur déraisonnable qui m’est soudainement tombé dessus, » avait-elle avoué sans vergogne.

« Comme si ça m’intéressait ! » Naberius hurla, la saisissant par le col, les larmes aux yeux. « N’est-ce pas toi qui as provoqué cette situation à cause de tes bêtises habituelles ? Pourquoi dois-tu m’entraîner dans ta chute !? »

« Parle pour toi. Tout ceci n’est-il pas le résultat de tes méfaits habituels ? »

Les choses étaient devenues un peu floues à cause de l’intervention de Zagan, mais Alshiera n’avait pas pardonné à l’homme d’avoir mis Lilith en danger. En fait, Lilith était déjà techniquement impliquée, mais il avait quand même essayé de l’encourager sans le savoir.

Quoi qu’il en soit, Naberius savait qu’Alshiera était toujours en colère contre lui. Si la demande de Zagan était révélée, Naberius n’aurait plus la protection d’Alshiera, et Zagan deviendrait son ennemi. Il n’y aurait aucun moyen pour lui de survivre.

Pourtant, ce n’est pas Alshiera qui avait proposé de parler en secret au Palais de l’Archidémon, alors Naberius ne pouvait que se résigner face à sa malchance.

« Rien en toi, à part ton visage, ta voix et ta personnalité, n’est mignon du tout ! » cracha-t-il en grinçant des dents.

« Tu me fais un compliment ou tu me dénigres ? » avait-elle répondu avec étonnement.

« Dame Alshiera ? » Une voix réservée avait appelé de l’autre côté de la porte. « Ne serait-il pas préférable pour nous d’aller dans une autre pièce… ? »

« C’est bon, » répondit Alshiera. « Cet homme est simplement timide. Ne vous inquiétez pas, il vous conseillera gentiment sur le cadeau à choisir. »

« Noooooonnnn ! » Le cri silencieux de Naberius était de la musique aux oreilles d’Alshiera. Il semblait avoir abandonné, alors elle alla ouvrir la porte. En un claquement de doigts, tous les outils de la pièce disparurent grâce à la sorcellerie avant que quiconque ne puisse les voir.

« Hum, est-ce que ça va vraiment… ? » demande timidement Néphy.

Ayant tout juste réussi à tout cacher, Naberius posa sa main sur son masque et se retourna en riant. Son esprit incompréhensible lui permettait apparemment de retrouver rapidement son sang-froid, si bien que personne ne remettait en cause ses agissements.

« Vous êtes plutôt poli, n’est-ce pas ? Contrairement à une certaine vampire. J’étais en plein travail, donc c’est un peu le bazar, mais ne vous occupez pas de moi et entrez. »

« Alors, veuillez nous excuser…, » marmonna Néphy et elle se pencha légèrement en arrière, dépassé par le comportement de Naberius, avant de faire un pas dans la pièce.

« Puis-je aussi entrer ? » demande Foll, tout en jetant un coup d’œil dans la pièce.

« Foll. Tu es la fille du roi aux yeux d’argent, ce qui signifie que tu es pratiquement le maître de ce château. Il n’y a aucune pièce dans laquelle tu ne peux pas entrer librement, » lui répondit Alshiera.

« Vraiment ? »

« Je suis surpris que tu aies le culot d’endoctriner aussi calmement la fille polie d’autrui avec de telles inepties. Qu’est-il arrivé au fait que tu n’aies pas le droit de te mêler des allées et venues des vivants ? »

Alshiera avait cru entendre quelqu’un se plaindre, mais ce n’était probablement que son imagination. Foll lui avait fait un rapide signe de tête, puis était entrée dans la pièce. Enfin, Lilith avait timidement regardé à l’intérieur.

« Oh… Hum, vous êtes la personne qui m’a aidée à me sauver cette fois-là… n’est-ce pas ? Euh, je ne vous ai pas encore remercié correctement pour ça. Donc, eh bien, merci. Mon nom est Lilith. »

Maintenant qu’Alshiera y pense, Lilith et Naberius s’étaient rencontrés, mais n’avaient jamais eu l’occasion de se parler, et encore moins de se présenter correctement. Lilith lui avait fait une révérence, et pour une raison inconnue, Naberius avait poussé sa main contre son masque — probablement là où se trouvait le coin de son œil — et avait baissé sa tête.

« Euh, allez-vous bien ? » lui avait demandé Lilith.

« C’est bon. Ne vous inquiétez pas… Mon cœur était simplement secoué par le fait qu’il y a une fille qui peut montrer une gratitude appropriée ici… »

Alshiera ferma la porte, isolant tout bruit de l’extérieur. C’était une pièce spacieuse, qui correspondait à son ancienne utilisation comme chambre de malade. Elle avait à peu près autant d’espace que le hall d’entrée. La moitié de la pièce était tapissée de lits en ruine, tandis que l’autre moitié était devenue l’atelier de Naberius, où toutes sortes d’outils étaient mis de côté.

Alshiera se dirigea vers le lit le plus proche de l’atelier, sortit un mouchoir de sa poupée en peluche bien-aimée, le plaça sur le lit et prit place. Tous les autres avaient fait de même et avaient également commencé à s’asseoir.

Naberius s’était appuyé contre le mur en face d’Alshiera. Foll avait pris place sur la chaise à sa droite. Il n’y avait pas de chaise sur la gauche, Lilith s’était donc assise sur le lit voisin. Néphy avait hésité avant de décider de prendre place sur le même lit qu’Alshiera, juste à côté d’elle. Ainsi, ils avaient tous formé un cercle improvisé.

À ce moment-là, un grondement avait jailli de l’estomac de Foll.

« Oh là là. As-tu faim, Foll ? » demanda Alshiera.

« Non, mais quelque chose sent vraiment bon ici. »

« Une odeur… ? »

Les yeux ambrés de Foll étincelaient alors qu’elle fixait Naberius.

Oh, elle a mentionné le fait d’être traitée avec des spectateurs pour son anniversaire…

Un beholder adulte était bien au-delà de la portée d’un jeune dragon, mais l’âge accentuait en fait leur vaste mana et leur viande savoureuse. Foll n’était pas n’importe quel jeune dragon, elle avait une puissance équivalente à celle d’un Archidémon, ce qui lui donnait plus qu’assez de force pour défier le plus fort des spectateurs. Vu sa croissance à un si jeune âge, elle dépasserait probablement le sage dragon Orobas lorsqu’elle serait adulte.

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