Le Dilemme d'un Archidémon – Tome 11

***

Prologue

« … pai… Sen… Allez, s’il te plaît, réveille-toi, Senpai ! »

« … Hein ? »

Zagan s’était soudainement réveillé en entendant une voix familière qui l’appelait par un nom peu familier. Une fille aux cheveux blancs se tenait devant lui. Elle avait des oreilles pointues et des yeux azur. Sa peau était si blanche que c’était comme si elle n’avait jamais été touchée par le soleil. Ses lèvres modestes étaient d’un rose pâle et ses cheveux étaient attachés par un ruban rouge vif. Ses mains délicates étaient jointes derrière elle et elle se penchait vers lui.

C’était bien la fille que Zagan connaissait, mais ses vêtements étaient complètement différents de ceux qu’elle portait habituellement. Elle n’avait pas son précieux collier autour de son cou fin. À la place, elle portait une veste et une cravate, qui ressemblaient beaucoup à des vêtements de noble. La veste était serrée, correspondant à la largeur de ses épaules, de sorte qu’elle ne donnait pas l’impression d’être un vêtement d’homme. Et une sorte d’insigne doré était brodé sur la poche de poitrine gauche de la veste.

Sa chemise d’un blanc immaculé combinée à ses cuisses, qui étaient exposées en raison de sa jupe courte, était éblouissante. Le choc qu’il avait reçu en les voyant était particulièrement redoutable, considérant que son uniforme habituel de femme de chambre était bien plus modeste.

Huh? Qu’est-ce qui se passe ? Elle est si mignonne. Attends, non, je veux dire, qu’est-ce qui se passe ?

Voir sa bien-aimée dans des vêtements inconnus était plutôt rafraîchissant. En plus, elle était si mignonne que ça faisait mal, mais il n’arrivait pas à suivre la situation. Et, alors qu’il était assis là, perplexe, la fille gonfla ses joues et le regarda fixement.

« Bon sang, c’est toi qui as dit que tu m’aiderais à étudier, alors pourquoi dors-tu ? »

« Étudier ? »

Un simple bureau se trouvait entre Zagan et la jeune fille. Un livre d’apparence fragile était ouvert sur le bureau, à côté d’un autre livre composé de pages blanches couvertes de lignes parallèles soigneusement tracées. Il y avait également une sorte de bâton en bois qui ressemblait à un stylo, ainsi qu’une pierre inexplicable à l’aspect mou.

Il semblait que la jeune fille était en train d’écrire des citations et des explications dans le livre blanc tout en lisant dans l’autre. Peut-être était-ce là l’étude dont elle avait parlé. Elle était actuellement debout, peut-être parce que Zagan s’était endormi.

Zagan jeta un coup d’œil autour de lui. Il n’y avait personne d’autre. La pièce avait l’air un peu vieillotte et était faite de bois. Des rangées de bureaux identiques, comme celui où il était assis, bordaient la pièce. Ils étaient tous alignés pour faire face à la même direction, mais sa chaise avait été tournée dans l’autre sens pour faire face à la fille en face de lui.

Après avoir confirmé tous les faits, Zagan réalisa qu’il portait également des vêtements peu familiers. Il ne portait pas de cravate, mais le design de sa veste et de son pantalon correspondait à celui de la fille. Ils donnaient une impression similaire aux vêtements de cérémonie de l’Église, ou même aux uniformes militaires que portaient les chevaliers. Dans tous les cas, ils semblaient être l’uniforme d’une sorte d’organisation. Zagan ne parvint pas à cacher sa perplexité face à la situation, mais il baissa tout de même la tête pour la dissimuler autant que possible.

« Euh, désolé. Est-ce que je me suis endormi ? »

« C’est vrai, Senpai. Tu as dit que tu allais m’aider dans mes études, alors je cherchais — je veux dire, j’espérais pouvoir compter sur toi… »

La fille affichait un air sombre et déprimé, ce qui avait fait paniquer Zagan.

« Tu as tout faux ! Je me réjouis aussi de chaque moment que je peux passer avec toi, Néphy… En fait, il est impensable que je ne traite pas mon temps avec toi comme un précieux trésor ! »

Zagan avait fini par se lever d’un bond et avait divagué, ce qui avait fait cligner les yeux de la jeune fille, étourdie. Elle s’était alors tenu la tête timidement et elle avait commencé à tripoter sa cravate.

« S-Senpai… C’est la première fois que tu me dis quelque chose comme ça… »

« Huh? Oh, hum, désolé… »

« Ne le sois pas ! »

Il avait senti qu’il ne pouvait pas supporter plus d’embarras et avait couvert son visage.

Première fois ? C’est bizarre. Si l’on met de côté notre première rencontre, je suis sûr que j’ai bien exprimé mes sentiments à Néphy ces derniers temps.

Mais alors même que ces pensées confuses traversaient son esprit, Zagan ramassa le stylo inconnu sur le bureau.

« De toute façon, nous devons étudier, non ? »

« O-Oui… » La jeune fille répondit par un hochement de tête avant de devenir rouge jusqu’au bout des oreilles et de le regarder d’une manière troublée. « Mais Senpai, c’est, hum, mon crayon… »

« Q-Q-Q-Q-Q-Quoi !? D-D-D-D-Désolé ! »

Il était entré dans un monde étrange. Un monde avec une fille adorable habillée de vêtements étranges. Et pourtant, sa cognition était incapable de les considérer comme étranges. Quoi qu’il en soit, les choses étaient tout de même complètement différentes de la normale, et il ne pouvait s’empêcher de se sentir déconcerté. Et, alors qu’il était assis là, hébété, une voix familière parvint aux oreilles de Zagan.

« … gan… Maître Zagan… »

◇◇◇

« Maître Zagan, le petit déjeuner a été préparé. »

« Gwah !? »

« Fueh !? »

Zagan se leva d’un bond en émettant un bruit étrange. Il vit une Néphy surprise, debout devant lui, les yeux ouverts comme des soucoupes. Elle portait sa tenue de soubrette habituelle et avait autour du cou un collier rustre orné d’un ruban. C’était la Néphy que Zagan connaissait. Il se sentit soudain soulagé, ce qui rendit Néphy plutôt curieuse.

« Quelque chose ne va pas, Maître Zagan ? »

« Non, j’ai juste fait un rêve étrange… »

C’était vraiment étrange.

« Un mauvais rêve ? » demanda Néphy d’un air inquiet.

« Hmm, non, je suppose qu’on peut dire que c’était un bon… ? »

Il s’agissait en fait d’un rêve bouleversant où il avait découvert une nouvelle forme de bonheur. Mais même s’il essayait de s’en souvenir, les détails lui échappaient comme de l’eau dans les mains.

« C’est quand même étrange, » dit Néphy avec un sourire réservé. « Il est rare que tu dormes aussi profondément comme ça. »

Son corps se sentait, en effet, un peu plus léger que d’habitude.

« Hm ? Maintenant que tu le dis, j’ai l’impression que la dernière fois que j’ai dormi assez profondément pour faire un rêve, c’était quand tu m’as permis d’utiliser tes genoux comme oreiller. »

« Hwah !? Hum… À l’époque… Je voulais te rendre la pareille d’une manière ou d’une autre… donc… »

« Oh oui, j’ai l’impression que je ne t’ai jamais vraiment remercié pour ça. Tes genoux m’ont vraiment bercé dans un profond sommeil. Tu as mes remerciements, Néphy, » dit Zagan en hochant profondément la tête, maintenant capable de comprendre que son offre était la meilleure récompense qu’il aurait pu demander. D’un autre côté, Néphy se couvrait le visage comme si elle ne pouvait plus écouter.

Mais en mettant tout ça de côté, quel genre de rêve était-ce exactement ?

C’était comme si… J’avais quelque chose d’important à faire… ?

Zagan croisa les bras et se creusa les méninges à ce sujet. Et pendant qu’il le faisait, Néphy avait finalement retrouvé son calme, avait baissé les mains de son visage et l’avait regardé d’un air perplexe.

Ah ! J’ai l’impression de me souvenir maintenant !

Zagan s’était raclé la gorge, puis il avait parlé d’une voix extrêmement sérieuse en disant. « Umm, écoute-moi, Néphy. »

« Oui, Maître Zagan ? »

« Tu es plus belle que jamais aujourd’hui. J’ai vraiment l’impression d’être retombé amoureux de toi. »

« Fueh !? »

Zagan avait essayé d’exprimer ses sentiments honnêtes en mots, ce qui avait conduit Néphy à se coucher sur le sol, en se couvrant le visage une fois de plus.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Qu’est-ce qui ne va pas… ? Hum, je suis heureuse que tu dises ça, mais mon cœur n’était pas prêt pour une telle attaque-surprise… » Néphy murmura ces mots si faiblement qu’on aurait dit que sa voix allait s’éteindre à tout moment. Elle jeta un coup d’œil à Zagan à travers l’espace entre ses doigts. Et réalisant que sa déclaration était, en fait, sortie de nulle part, Zagan commença à montrer des remords.

« Désolé, j’ai senti que je devais te dire mes sentiments honnêtes pour une raison quelconque. J’ai simplement exprimé la première chose qui m’est venue à l’esprit en te regardant… Hein ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Tout le visage de Néphy, de son front jusqu’à la pointe de sa mâchoire, était devenu rouge vif. C’était comme si elle disait que ses compliments excessifs étaient une forme d’abus.

« Si c’est comme ça que ça va se passer, alors je peux aussi… Hein ? »

La fille que Zagan aimait se leva en résolution comme pour dire quelque chose… puis s’effondra alors que ses genoux faiblissaient. Néphy semblait en état de choc, puis se couvrit le visage une fois de plus avec angoisse. C’était comme si elle avait cru esquiver une attaque quelques instants auparavant, mais qu’elle avait été frappée d’un coup fatal. Les lèvres tremblantes qu’il voyait sous ses paumes avaient l’air terriblement relâchées, donc elle ne souffrait pas vraiment. Cependant, il semblait qu’elle avait perdu toute force dans ses jambes.

« Tu vas bien, Néphy ? »

« … Mes excuses. Il semble que je sois incapable de te regarder dans les yeux, Maître Zagan. »

La façon dont elle avait parlé d’une voix si calme alors qu’elle tremblait sur place avait fait naître en Zagan un extraordinaire désir de la protéger. Et sous l’impulsion du moment, il l’avait prise dans ses bras.

« Hawawawawa... M-Maître Zagan ? »

« Petit-déjeuner, c’est ça ? Ne te force pas. Je t’y emmène. »

Après y avoir réfléchi, Néphy avait fait de son mieux pour être proactive ces derniers temps. Il y avait la question des yeux de Kuroka, ses études en mystique céleste, et, bien sûr, sa relation avec Zagan.

Il était tellement inutile qu’il devait dépendre de Néphy quand il s’agissait de faire des choses que la plupart des amoureux faisaient. S’il ne pouvait pas la soutenir quand elle en avait besoin, quel genre d’Archidémon était-il ?

Néphy se résigna et s’appuya contre la poitrine de Zagan.

« Bon sang… Je ne suis pas de taille face à toi aujourd’hui, Maître Zagan. »

« Alors tu peux tout simplement compter sur moi. C’est ce que je désire vraiment, » avait-il répondu avec un sourire naturel.

Néphy l’avait regardé par les interstices de ses doigts et avait dit. « Alors, permets-moi une chose. »

« Oh ? Je t’écoute. »

Zagan hocha la tête avec le sourire d’un père affectueux prêt à tout accepter, mais son mince vernis de contenance fut brisé par un seul coup.

« Je t’aime tellement, Maître Zagan. »

« Hnnngh ! »

Un impact énorme traversa sa poitrine, faisant tomber Zagan à genoux… avec Néphy soigneusement tenue dans ses bras, bien sûr. C’était un matin comme les autres, vraiment…

« Argh ! Un tel pouvoir d’amour pur juste avant le petit déjeuner ! Merci pour le repas ! »

… Et l’ennuyeuse mamie qui convulsait de l’autre côté de la porte était aussi un spectacle tout à fait ordinaire.

Pourtant, cette situation marquait le début d’un incident assez important.

***

Chapitre 1 : Parfois, les individus de l’intérieur et de l’extérieur sont désespérément incapables de se regarder dans les yeux

Partie 1

« Avez-vous besoin de moi ? »

Il se trouvait sur une plaine herbeuse avec d’innombrables épées plantées dans le sol. C’était le lieu d’une formidable bataille qui avait eu lieu il y a un peu plus d’un an. Deux groupes qui auraient dû être des ennemis mortels, les sorciers et les chevaliers angéliques, avaient combattu côte à côte et avaient même été rejoints par le Dragon Sage, mourant tous d’une mort noble.

Deux silhouettes se tenaient parmi la myriade de pierres tombales. Tous deux portaient des capuchons sur les yeux, rendant leur visage, leur physique et même leur sexe complètement indistincts. La personne qui avait parlé en premier avait le dos tourné vis-à-vis de l’autre invidu.

« Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai besoin de quelque chose. J’ai simplement pensé vous donner un avertissement en tant que compagnon Archidémon, » répondit la seconde silhouette d’une voix insistante et saccharine avant de poursuivre sur un ton imposant. « Vous ne devez pas continuer au-delà de ce point. Ce sont les mots de Marchosias, Chat des Vallées Furcas. »

Le personnage nommé Furcas avait frissonné à la mention de ce nom.

« C’est une déclaration plutôt inhabituelle de la part de l’Archidémon Naberius, entre tous. Ou préférez-vous Artisan Mystique, ou peut-être Seigneur des Yeux Magiques Naberius ? »

La voix tonitruante de Furcas avait légèrement repoussé la capuche de Naberius, révélant un masque d’argent. Il était fait de Mithril. Une fissure unique longeait un côté du masque, laissant apparaître une lumière qui ressemblait aux ténèbres de l’enfer combinées à un rubis.

C’était probablement une forme d’œil magique. L’œil maléfique de Balor, l’œil du roi d’argent, le regard hypnotique. Il existait de nombreux pouvoirs, qu’ils soient issus de la sorcellerie ou d’implants artificiels, qui étaient classés comme des yeux magiques. Cependant, l’œil de Naberius était particulièrement spécial parmi tous ces pouvoirs.

Les sorciers d’exception recevaient un surnom, mais on ne leur en donnait jamais un deuxième. C’était parce que ce surnom était un symbole du domaine qu’ils portaient à l’extrême. Cet Archidémon avait la particularité d’avoir deux surnoms.

L’œil rubis de Naberius se rétrécit sous le masque. Ce simple geste n’aurait rien donné s’il avait été fait par n’importe qui d’autre, mais lorsqu’il était exécuté par le Seigneur des Yeux Magiques, il avait suffisamment de pression pour lancer une malédiction de pétrification sur toute personne ayant un mana assez faible. En fait, les brins d’herbe aux pieds de Naberius se transformèrent impuissants en tas de sel et s’effritèrent.

Pourtant, Furcas n’avait pas tenu compte de ce regard et avait simplement demandé : « Naberius, combien de siècles se sont écoulés depuis que vous êtes devenu un Archidémon ? »

« … Qui sait ? J’ai oublié. Je ne m’ennuie pas au point de compter ce genre de choses. »

Furcas ne montra aucun signe d’attention à la réponse, et continua simplement à parler avec chagrin, disant. « Cela fait 500 ans pour moi. Cinq siècles que je suis devenu un Archidémon. Il n’y a pas une seule parcelle de terre dans ce monde que je n’ai pas foulée. La Terre Sainte du Nord, l’Atlastia de la Cité de l’Océan, l’Iris dans les cieux, même la terre sous la garde du grand Dragon Sage, Faskomilio. Il n’y a plus rien d’inconnu qui me reste à poursuivre. »

Naberius répondit par un soupir, puis il déclara. « Pourquoi le cerveau humain imagine-t-il et rêvasse-t-il ? Pourquoi le souffle d’un dragon apporte-t-il la destruction à toute la création ? Pourquoi le mana et l’aura s’opposent-ils alors qu’ils reposent sur les mêmes bases ? » Une main en armure s’étira du manteau de Naberius, ses doigts comptant un par un. « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il y a d’innombrables faits inconnus qui doivent encore être expliqués là-bas. N’est-ce pas bien trop arrogant, même pour un Archidémon, de prétendre ne pas les voir et d’agir comme si vous saviez tout ? »

Même avec une durée de vie prolongée par la sorcellerie, de nombreux mystères inconnus ne pouvaient pas être explorés dans les livres. Il était impardonnable même pour un Archidémon de nier cela. Ainsi, la voix de Naberius était remplie de colère.

« Je ne suis pas intéressé par tout cela, » répondit Furcas d’une voix creuse. Mais ce n’était pas par mépris, mais par chagrin. Furcas s’était finalement retourné pour faire face à Naberius et il poursuivit : « Je ne suis pas du tout intéressé. Dites-moi, cela vous convient-il vraiment ? Oui, il est possible de trouver d’innombrables inconnus dans les limites de la sorcellerie. Et honnêtement, j’envie même ceux qui sont satisfaits par de telles poursuites. Cependant, cela ne m’intéresse pas. »

Furcas leva les yeux au ciel en se lamentant, semblant en fait se sentir déprimé par cette pensée.

« J’ai affiné ma sorcellerie à la recherche de terres invisibles. Et pourtant, ce monde est bien trop petit. Au-delà de l’horizon, au-delà du ciel sans fin, même cette mer d’étoiles scintillantes n’est rien d’autre qu’une image encadrée de nourriture gastronomique dans un monde fermé. Je suis fatigué de tout cela. »

L’artisan mystique Naberius et le chat des vallées Furcas voyaient le monde bien trop différemment. Ils n’avaient jamais eu la chance de s’entendre.

« Je n’arrive vraiment pas à m’entendre avec vous, Furcas, » dit Naberius avec un soupir.

« Nous sommes d’accord pour une fois. Vous êtes le seul avec qui je suis incapable d’avoir une conversation correcte. »

Ainsi, tout en sachant que c’était inutile, Naberius leva les yeux au ciel avec Furcas et il déclara. « … Ce n’est pas différent du suicide, non ? »

« Je m’en fiche. J’ai attendu un an depuis la mort de Marchosias. C’est un temps suffisant pour remplir mes obligations. »

« Cependant, le chef actuel est Andrealphus. »

« Il a aussi disparu. Marchosias est une chose, mais je n’ai aucune raison de pleurer sa perte. »

Était-ce la raison pour laquelle Furcas avait choisi d’agir maintenant, plus que jamais ? Naberius poussa un soupir pour la énième fois. Un mois s’était écoulé depuis que l’Archidémon en chef Andrealphus était parti purger l’Archidémon Shere Khan. Et depuis ce temps, il avait disparu.

Shere Khan l’a-t-il tué ? Ou peut-être est-ce Bifrons qui est à blâmer ?

Naberius pensait qu’Andrealphus était le plus puissant des Archidémons actuels. Et les autres Archidémons étaient probablement d’accord. Il était indéniablement vrai qu’il avait surpassé Marchosias, qui s’était affaibli au cours de ses dernières années à cause de l’âge.

Pourtant, je suppose que cet homme n’était pas très populaire…

Les sorciers n’avaient pas simplement appris la sorcellerie parce qu’ils souhaitaient devenir plus forts. Le désir de force ne prenait vraiment racine qu’au cours des premières années, lorsque les connaissances d’une personne pouvaient être facilement pillées par d’autres, rendant impossible toute recherche jusqu’à ce qu’un minimum de force soit acquis. Malheureusement, la force seule n’était pas suffisante pour inspirer le respect aux autres sorciers.

C’est pourquoi Andrealphus, qui s’était consacré à l’acquisition de la sorcellerie pour se rendre plus fort que n’importe qui, ne recueillait aucune sympathie de la part des sorciers. Néanmoins, il avait été choisi comme Archidémon en chef en raison du pouvoir qu’il possédait pour agir en tant qu’exécuteur. Et pourtant, il avait été terrassé en l’espace d’un an.

C’est toujours un Archidémon, donc je doute qu’être tué suffise à l’immobiliser…

Ce qui signifiait qu’il était soit affaibli au point de ne pas pouvoir se montrer, soit emprisonné. S’il était vraiment mort, alors il n’avait aucune valeur. Même Naberius avait ressenti un irrépressible sentiment de déception à cette idée.

« Oublie Andrealphus. Cette fille ne se taira pas si vous passez la barrière, vous savez ? » fit remarquer Naberius, ce qui fit tressaillir Furcas.

« Alshiera… Le célèbre gardien de la barrière, hein ? »

C’était un monstre qui avait fait dire à Marchosias. « Alshiera est la seule personne avec laquelle il ne faut jamais créer de problèmes. » En tant que gardienne de la barrière, elle exerçait apparemment un pouvoir qui rivalisait avec celui du sage dragon Orobas, sans parler d’un minable Archidémon.

Malgré cela, elle peut être assez mignonne…

Quoi qu’il en soit, il est vrai que Naberius ne voulait pas faire d’elle une ennemie.

« Pas de problème, » répondit Furcas en secouant la tête. « Elle est affaiblie au point de devoir prendre en main les chasseurs de séraphins, non ? Elle est venue vous voir pour les réparer, n’est-ce pas ? »

C’est pourquoi je déteste parler aux Archidémons. Même un ermite comme Furcas est assez rusé.

« … Quel homme indécent, écoutant aux portes le secret d’une jeune fille, » dit Naberius, une main repoussant le masque d’argent.

Malheureusement, il n’y avait plus aucun moyen de convaincre Furcas de faire marche arrière. Ils étaient dans une impasse. Et au moment même où cette pensée traversait l’esprit de Naberius, Furcas devenait étrangement hésitant.

« Maintenant que j’y pense, je n’ai jamais fait une telle rencontre malgré une errance constante dans ce monde. »

« … Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Naberius ne comprenait pas, mais Furcas s’était débarrassé de cette hésitation et il avait flotté dans les airs.

« Adieu, Archidémon Naberius. Vos plaisanteries frivoles étaient grinçantes à l’oreille, mais c’était une bonne perte de temps. »

« Au revoir, Archidémon Furcas. Je ne comprendrai jamais votre hobby, mais je vous souhaite bonne chance. »

Sur ce, Furcas disparut dans le ciel, se glissant dans la crevasse où cet être, celui que Bifrons appelait le Seigneur-Démon, s’était manifesté il y a un an et quelques mois.

« … Eh bien, je dirais que j’ai payé ma dette, n’est-ce pas, Marchosias ? »

En fin de compte, Naberius n’avait pas réussi à arrêter Furcas, mais il s’était quand même débrouillé aussi bien qu’on pouvait l’espérer.

Quand même, perdre une épée sacrée… et maintenant un emblème d’Archidémon… C’est plutôt mauvais, n’est-ce pas ?

Le sceau était resté intact grâce aux vies du sage dragon Orobas, de Marchosias et d’innombrables chevaliers angéliques. Cependant, en un peu plus d’un an, il avait commencé à s’effilocher une fois de plus. Le responsable était-il Shere Khan ? Ou Bifrons ? Ou peut-être les deux ?

Ce n’était actuellement rien de plus que la plus petite des fissures, mais la « porte » était déjà ouverte. « Ça » l’avait reconnu comme tel. La destruction du sceau ne pouvait plus être arrêtée. Avec la perte continue des sceaux d’Archidémon et des épées sacrées, il n’y avait sûrement plus aucun moyen d’arrêter « ça ». Le monde avait déjà entamé une spirale vers sa perte inévitable.

Mais cela n’avait rien à voir avec Furcas. Il était déjà désespérément fatigué du monde, et Naberius n’avait aucun moyen de l’arrêter. Et il n’y avait pas que Furcas, d’ailleurs. En raison de la disparition d’Andrealphus, les autres Archidémons qui s’étaient tenus tranquilles allaient certainement commencer à agir selon leurs propres caprices. Naberius poussa un nouveau soupir et leva les yeux au ciel.

« Marchosias. Pensez-vous que ce monde a changé en une seule année ? »

L’Archidémon masqué eut au moins la curiosité d’aller confirmer si tel était le cas, même au sein d’un monde en voie d’extinction, et disparut ainsi dans le néant.

Une fois les personnages partis, quelque chose ressemblant à un cri de désespoir résonna dans la fissure du ciel, se projetant dans les airs sans atteindre une seule oreille.

***

Partie 2

« Haaah, je n’arrive pas à régler mes problèmes… »

Après le petit-déjeuner, Zagan poussa un soupir dans sa salle du trône. Il avait bien dormi, et sa tête était claire. C’est pourquoi il essaya de mettre de l’ordre dans sa situation actuelle, mais ne put retenir son soupir devant la difficulté de la situation.

« Hm ? C’est étrange de vous voir soupirer, Sire Zagan, » dit Kimaris.

Zagan avait demandé au lion de l’accompagner au cours du mois dernier pour l’aider dans l’utilisation expérimentale de la sorcellerie et pour l’entraînement. C’était également le plan pour aujourd’hui, c’est pourquoi il était venu chercher Zagan dans sa salle du trône.

« Oh, est-ce déjà l’heure ? »

« Il y a ça aussi, mais je n’ai pas encore vu Mlle Gremory aujourd’hui. Je me demandais si elle avait encore dérangé… »

Zagan grimaça en signe de compréhension.

« Gremory a encore fait une crise ce matin, alors je l’ai forcée à s’occuper de quelque chose pour moi. Elle devrait revenir demain. »

« Est-ce que c’est une tâche qui est située très loin ? Dans ce cas, je pense qu’il aurait été plus rapide pour moi d’y aller. »

Aucun sorcier n’était capable d’égaler la vitesse de Kimaris, la Lame Noire. Le seul qui s’en approchait était Foll, qui possédait une différence fondamentale de potentiel en tant qu’espèce. Et pourtant, Zagan secoua la tête.

« C’est une affaire qui lui convient. Cela concerne Kuroka et Shax, bien sûr. »

« Ah, je vois… »

Kimaris plissa les yeux comme s’il avait tout compris, et Zagan lui fit un haussement d’épaules agacé.

« Pour ce qui est de ta première question, nous avons commencé à mettre en place des choses pour faire face à Shere Khan pendant Alshiere Imera. Après trois mois de querelles incessantes, je ne peux m’empêcher de soupirer. »

Zagan voulait simplement le frapper au visage et en finir avec lui, mais le conflit s’était prolongé inutilement à cause de l’implication de Bifrons.

Il faut vraiment que je tue maintenant Bifrons. Cette peste a déjà eu une chance avec moi, alors il n’y en aura pas une deuxième.

Laisser l’Archidémon en vie ne pourrait apporter que du mal.

« Et… je suppose, Azazel, » ajouta Kimaris d’un ton lourd.

Zagan lui répondit d’un signe de tête avec une expression grave. Tout avait commencé lorsqu’il avait trouvé ce nom dans une note provenant du village elfique caché. Il avait commencé à poursuivre le nom d’Azazel, avait rencontré la vampire Alshiera, avait suivi des pistes concernant son vieil ami Marc, et lorsqu’il avait enfin découvert la véritable identité de cet homme, Azazel était apparu devant lui. Le jour où la construction du grand bain avait été achevée, Zagan et Barbatos avaient rencontré l’ombre qui avait volé le corps de cette fille pitoyable. Alshiera avait évité d’y répondre directement, mais c’était bien Azazel.

Après tout, elle a dit que c’était son ennemi.

Alshiera prétendait qu’elle comptait s’en occuper elle-même, mais Zagan n’était pas du genre à laisser de tels problèmes aux autres.

Il semble qu’Andrealphus ait également échoué…

Il n’avait en fait rien attendu d’Andrealphus, mais il semblerait que toutes les questions importantes devaient vraiment être réglées de ses propres mains. Quoi qu’il en soit, même si Andrealphus avait remis son épée sacrée à son successeur, il avait son Emblème de l’Archidémon. Même sans la Confession du Séraphin, il était toujours le plus fort des Archidémons.

Ce qui veut dire que Bifrons l’a fait…

Durant son âge d’or, Shere Khan avait rivalisé avec Andrealphus en force. Cependant, Zagan considérait la possibilité qu’il batte Andrealphus comme une blague. La seule raison pour laquelle Zagan avait gagné leur dernier combat était qu’Andrealphus n’essayait pas de le tuer. Si ce terrifiant Archidémon allait droit au but, personne n’avait la moindre chance contre lui. S’il avait été vaincu, c’est qu’il n’avait même pas eu l’occasion de se défendre.

Bifrons avait la capacité de transformer son corps en quelque chose de semblable à des débris. Zagan ne connaissait pas la vraie nature de ce pouvoir, mais il pensait qu’il était plus probable que ça fasse partie de sa nature inhérente en tant qu’espèce plutôt que d’être provoqué par la sorcellerie ou autre. Et même Andrealphus n’avait aucune chance si de tels débris empiétaient sur son corps.

Naturellement, Bifrons avait tenté la même chose sur Zagan à de nombreuses reprises lors de leurs hostilités ouvertes. Cependant, les yeux de Zagan pouvaient vaguement voir les débris. C’est pourquoi il s’était désespérément débattu avant qu’ils ne puissent le toucher.

Zagan s’adossa à son trône et regarda le plafond.

« Il semble que j’ai trop d’ennemis qui brouillent les pistes. »

« Ce serait bien si on pouvait simplement en finir en écrasant une tête…, » Kimaris approuva avec un sourire amer.

Je pensais que j’avais un tas de problèmes, mais peut-être que c’est assez simple après tout ? Zagan sombra dans la réflexion, puis remit de l’ordre et décida de dire ce qu’il pensait.

« On peut peut-être s’en sortir en écrasant une seule tête… pour l’instant. »

« Pour l’instant ? »

Zagan leva ses doigts un par un en passant en revue les détails.

« Actuellement, j’ai trois ennemis. Shere Khan, Bifrons, et Azazel. »

Alshiera lui avait dit de ne pas s’impliquer avec Azazel, mais il était trop tard. Maintenant qu’il était apparu devant Zagan et l’avait attaqué, il devait s’en occuper. Néphy et les autres n’avaient aucune chance de connaître la paix tant qu’il était en liberté. Zagan leva deux doigts de sa main droite et un de sa main gauche.

« Parmi eux, Shere Khan et Bifrons travaillent ensemble, mais Shere Khan est le meneur. Bifrons se serait sûrement attaqué à nous de manière bien plus méchante s’il était aux commandes. En d’autres termes, si Shere Khan meurt, Bifrons n’aura plus de raison de se battre. »

Le petit Archidémon continuerait bien sûr à les affronter, mais c’était une autre affaire qui nécessitait une bonne préparation de leur part. En d’autres termes, Bifrons resterait tranquille pendant un certain temps.

Kimaris hocha simplement la tête en réponse. Il ne semblait pas avoir d’objections.

Zagan montra ensuite sa main gauche et il déclara. « Le prochain est Azazel. J’ai mis en place des contre-mesures, mais honnêtement, je n’ai pas l’impression de pouvoir gagner. S’il revient, je pense que nous n’avons pas d’autre choix que d’emprunter l’aide d’Alshiera, même si je déteste le faire. »

« … Donc, c’est un adversaire que même vous ne pouvez pas vaincre ? »

Jusqu’à présent, Zagan n’avait jamais mentionné son incapacité à vaincre un adversaire par lui-même. Le pelage noir de jais de Kimaris trembla à cette idée.

« Mais voilà le problème. Pourquoi est-il resté silencieux pendant un mois après être apparu devant moi ? Pour commencer, pourquoi s’est-il montré avec un tel timing ? »

« Un tel timing… ? » dit Kimaris, s’enfonçant dans ses pensées et essayant de digérer la signification derrière tout cela.

« À mon avis, Azazel est incapable de se déplacer librement dans ce monde. Ça ne te paraît-il pas juste ? »

Les yeux de Kimaris s’étaient agrandis et il répondit en disant. « Certainement. Dans ce cas, cela pourrait expliquer pourquoi il n’est pas apparu depuis. Mais dites-moi, avez-vous une raison de le croire ? »

« D’abord, il fallait utiliser le corps de cette fille pitoyable. La dernière fois que j’ai vu cette gamine, Aristella n’avait rien de ce monstre Azazel en elle. Elle était possédée d’une certaine manière la nuit où Azazel s’est manifesté. »

Zagan ne connaissait pas la méthode spécifique de possession, mais il pensait que c’était l’œuvre de Bifrons.

« En d’autres termes, il faut une sorte de médium pour se manifester ? »

« … Exactement. »

Et ce « médium » avait été complètement et minutieusement détruit. L’intervention de Bifrons lui avait apparemment sauvé la vie d’un cheveu, mais le Chasseur de Séraphin était une arme similaire au Phosphore du Ciel. Les blessures qu’elle infligeait ne pouvaient pas être soignées. Il était impossible de s’en remettre sans fabriquer un corps entièrement nouveau, ou quelque chose de ce genre.

Elle n’était pas une ordure irrécupérable au point de mériter de subir une telle chose…

Le regret déchirait encore le cœur de Zagan. Il n’avait jamais imaginé que le fait de ne pas pouvoir sauver quelqu’un qu’il souhaitait aider lui laisserait un si mauvais arrière-goût. Et c’était précisément la raison pour laquelle il refusait de laisser Néphy, Foll, Nephteros, ou n’importe quel autre, connaître un tel sort.

Kimaris avait ensuite souligné un problème évident avec la théorie de Zagan en demandant. « Mais elle a une jumelle, non ? Dans ce cas, cela ne voudrait-il pas dire qu’il y a un autre médium dans la nature ? »

« … Non, pas forcément un seul. »

Dexia et Aristella. Ces jumelles étaient les subordonnées de Shere Khan, mais elles avaient le même visage que la fille que Stella, la vieille amie de Zagan, avait amenée au château. Et c’était bien trop pratique pour être une simple coïncidence. Zagan avait déjà envoyé un avertissement à Stella, donc même un Archidémon ne pourrait pas se mêler à elle sans une préparation adéquate.

« Avant de répondre à tes doutes, permets-moi de te poser ma propre question, » dit Zagan, en tenant compte de ces éléments. « Quel est l’objectif réel de Shere Khan ? »

« C’est… »

Shax avait dit qu’il agissait comme s’il essayait de sauver des gens, tout en attaquant des espèces rares comme Kuroka. Son comportement inadapté était suffisant pour qu’on le soupçonne d’avoir un dédoublement de personnalité.

« À propos d’Aristella… Une partie de son corps a été laissée derrière. J’ai essayé de l’analyser, ce qui m’a amené à découvrir quelque chose d’assez particulier. »

Ses deux bras coupés avaient été laissés derrière elle. Après tout, Zagan était vraiment un sorcier. Les disséquer calmement sans leur donner un enterrement correct était un sacrilège des plus infâmes. Heureusement, les informations qu’il en avait tirées étaient excellentes.

« Il semble qu’elle ne soit pas humaine. Mais elle n’est pas non plus un être incomplet comme un homoncule. En tout cas, elle est différente de tous les êtres que je connais, ce qui signifie qu’elle est probablement une forme de vie magique originale créée par Shere Khan. »

« Une forme de vie magique… ? » marmonna Kimaris, en se retournant avec étonnement sur le terme inattendu.

« Ne crois-tu pas que Shere Khan a l’intention d’achever cette forme de vie magique ? »

« Hmm, » murmura Kimaris en hochant la tête. « Voulez-vous dire que les chasses aux espèces rares ont été menées dans le but de collecter des matériaux à cette fin ? »

« Exactement. Et cela ne ferait-il pas de l’essaim d’ombres qui est apparu pendant Alshiere Imera les expériences ratées qui n’ont pas atteint le degré d’achèvement que ces jumelles ont fait ? »

« Alors, vous ne voulez pas dire… » Kimaris s’interrompt, se raidissant à la mention des ombres.

« Shere Khan essaie probablement de créer Azazel, » répondit Zagan en hochant la tête sans hésitation.

***

Partie 3

Zagan n’avait encore que des théories sur ce qu’était exactement Azazel. Cependant, il avait au moins une idée générale. Les jumelles avaient été en contact avec deux personnes avant de disparaître de la ville. Zagan avait été témoin de l’une d’entre elles de ses propres yeux, mais il y avait eu une autre rencontre avant cela. Zagan avait été informé que cette personne avait été témoin d’étranges cauchemars pendant un certain temps. Il était imprudent de tirer une conclusion alors qu’il n’y avait pas de preuve positive, mais si cette fille pouvait être considérée comme la première à être possédée, les jumelles pourraient avoir atteint leur but après être entrées en contact avec elle.

En d’autres termes, Azazel et le Seigneur-Démon sont une seule et même personne.

Zagan s’était ensuite remémoré les événements d’Alshiere Imera, en disant. « Les ombres qui sont apparues pendant Alshiere Imera partageaient les formes d’espèces rares assassinées. Je ne sais pas comment ça marche, mais il est possible d’utiliser Azazel pour ressusciter les morts. »

« Alors, même après avoir tué les espèces rares, il prévoit de les ressusciter par la suite… ? »

« Je parie que c’est quelque chose comme ça. Même si c’est toujours intolérable pour ceux qui ont été tués. »

Il n’y avait aucun moyen de prouver que ceux qui étaient ressuscités étaient les mêmes que ceux qui avaient été tués.

Kimaris porta sa main à sa tête, comme s’il était frappé par un mal de tête, et demanda. « Est-il… ? Est-ce qu’il court vraiment après une illusion aussi absurde ? »

« Hein… ? De quoi parles-tu ? » demanda Zagan, les sourcils froncés.

Kimaris secoua la tête en signe d’agitation, puis s’étendit sur le sujet en question. « Oh, ce n’est rien. Plus important, cela signifie-t-il que Shere Khan utilise même Azazel comme pion ? Cela signifie que la jumelle restante sera… »

« Ne sois pas stupide. Même s’il a été détruit, Bifrons a emporté l’échantillon d’Azazel. Il sera sûrement heureux de le disséquer en ce moment même. Il n’utilisera pas si facilement une précieuse pièce de rechange. »

C’était très probablement la raison pour laquelle ces deux Archidémons avaient gardé le silence au cours du dernier mois. Shere Khan pouvait se servir de Dexia pour invoquer Azazel une fois de plus, c’est précisément pour cela qu’il la manipulait avec soin et précaution. Même si elle était incomplète, il devait protéger de toutes ses forces le premier fruit de son travail. C’est ainsi que sont les sorciers. Il ne risquait pas de jeter un objet aussi précieux sur Zagan et de le perdre.

Kimaris frissonna à cette terrible pensée. Il murmura alors quelque chose, comme s’il priait pour la santé mentale d’un de ses proches, et demanda. « Quelle est la probabilité que Shere Khan guérisse sa précieuse subordonnée… ? »

« C’est le genre de fou qui pense pouvoir ressusciter les gens après les avoir massacrés, tu te souviens ? Tout au plus, il pense probablement pouvoir la ressusciter après l’avoir utilisée pour achever Azazel. »

Au contraire, il les gardait probablement soigneusement enfermées pour les empêcher de mourir. Kimaris se couvrit le visage, ressentant de la pitié en réalisant leur destin tragique.

« … On s’est un peu égaré, » lui dit Zagan. « En résumé, on dirait que tout n’a aucun rapport, mais Shere Khan, Bifrons et Azazel sont tous liés par une seule ligne. »

Si Azazel était vraiment le Seigneur-Démon, alors Bifrons avait été le premier à tenter de le ressusciter. Shere Khan avait ensuite essayé de faire la même chose en utilisant une méthode différente. C’est pour cela qu’ils avaient uni leurs forces et qu’Azazel avait commencé à agir.

« Shere Khan est celui qui dirige actuellement tout. Si nous nous occupons de lui, Bifrons se calmera et Azazel pourra être arrêté. »

Il y avait, bien sûr, aussi un besoin de régler les choses avec Bifrons. Et bien que débarrasser Azazel de son médium semblait intelligent, il n’y avait aucune garantie que cela le scellerait, puisqu’il avait déjà commencé à agir. Néanmoins, vaincre Shere Khan semblait être le moyen le plus rapide de résoudre l’incident lui-même.

J’ai déjà joué mon va-tout pour y parvenir. Il ne reste plus qu’à se préparer autant que possible avant que le moment n’arrive.

Pourtant, Kimaris murmura, résigné, en disant. « … je vois. C’est logique. Je suppose que c’est la seule solution. »

« Hm… ? » marmonna Zagan, en fronçant les sourcils une fois de plus.

Cependant, Kimaris s’était contenté de sourire, comme il le faisait toujours, et répondit. « Oups, il semble que cette discussion ait duré bien trop longtemps. L’heure est venue. »

« Oh, c’est vrai. Je dépendrai encore de toi aujourd’hui. »

« Bien sûr. »

Ainsi, l’Archidémon et son bras droit avaient ainsi quitté la salle du trône.

« Fwaah… » Lilith laissa échapper un énorme bâillement dans la cuisine du château de Zagan. Ses cheveux cramoisis étaient attachés de chaque côté de sa tête et ses yeux dorés laissaient entrevoir un air fatigué. Elle avait de petites ailes de chauve-souris qui sortaient du bas de son dos et une queue pointue juste au-dessus de ses fesses, bien qu’elle ait le malheur d’avoir une poitrine plate. Elle était une succube, ainsi que la première princesse de la famille royale de Hypnoel. Elle portait des vêtements révélateurs, comme n’importe quel succube, mais elle avait un tablier blanc ainsi qu’un foulard blanc enroulé autour de sa tête.

« N’as-tu pas assez dormi, Lilith ? Rester debout toute la nuit est totalement mauvais pour ta santé. »

 

 

« Mais je suis une succube. »

Les succubes étaient une race qui vivait dans les rêves. Elles étaient donc plus actives la nuit. Il était en fait plus étrange pour une succube d’être debout et de cuisiner pendant la journée, tout bien considéré. La sirène à côté de Lilith lui avait simplement adressé un sourire joyeux en réponse.

C’était Selphy. Elle avait des nageoires là où un humain normal aurait eu des oreilles et des cheveux bleus comme la couleur de la mer. Elle se tenait actuellement sur deux jambes, mais sa forme naturelle était celle d’une fille avec le bas du corps d’un poisson.

« Mais c’est super bizarre de te voir bâiller en plein travail, » dit Selphy en riant. « S’est-il passé quelque chose ? »

« Ce n’est rien de grave… »

En voyant la louche de Lilith cesser de bouger, Selphy s’était retournée pour lui faire face.

« Je t’écouterai si tu as un problème. »

« Je ne suis pas vraiment troublée par ça… C’est plus… je pense que c’est inquiétant ? »

Selphy lui fit un signe de tête compréhensif et elle déclara. « Ah, ça fait trois jours que Kuroka est partie et tout, hein ? »

Lilith, Selphy, et la cait sith Kuroka étaient toutes des amies d’enfance. Kuroka avait traversé des souffrances indescriptibles pendant la période où elles étaient séparées. Et jusqu’à récemment, bien que cela fasse deux mois qu’elle a été soignée, elle était complètement aveugle.

La restauration de la vue de Kuroka s’était déroulée sans problème, elle avait donc repris le travail. Elle logeait au château de l’Archidémon pendant le traitement, mais elle était à l’origine une prêtresse de l’Église, une organisation qui s’opposait aux sorciers. Un sorcier nommé Shax l’accompagnait pour lui servir de garde, mais cet homme était désespérément incapable de lire l’humeur.

Tous deux se voyaient sous un jour bien meilleur qu’ils ne le laissaient croire aux autres, et pourtant leurs sentiments se dérobaient toujours à chaque instant. Maintenant qu’ils étaient loin de Kianoides, Lilith ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour leur avenir.

Je suppose qu’ils ont leurs propres soucis… Lilith sentit un mal de tête arriver et mit sa main sur son front.

« Ça va bien se passer ! » Selphy la rassura avec un sourire enjoué. « Kuroka n’a pas toujours de chance, mais Monsieur Shax n’est-il pas un gentil vieil homme qui se mettrait en danger pour la protéger et tout ça ? Au point où ils en sont, ils doivent juste mettre de l’ordre dans leurs sentiments. »

« Je suis presque sûre que c’est un obstacle majeur… »

En fait, elle avait l’impression que le plus grand malheur de la vie de Kuroka était de tomber amoureuse de cet homme. Quels étaient les véritables sentiments de Shax à son égard ? Kuroka ne devait-elle pas traverser encore plus d’épreuves avec lui après avoir déjà tant souffert ? Cela faisait mal au cœur de Lilith de penser à cela.

« Mais je pense que ça va bien se passer, tu sais ? Je veux dire, Monsieur Shax est, comme qui dirait, un amoureux des chats sans égal. »

« Hein ? L’est-il vraiment ? »

« Ouais ! Quand des chats errants passent par le jardin de temps en temps, il part les nourrir avec un air super gentil. Et puis, quand Kuroka passe par là, il devient rouge vif et panique complètement. »

« Alors, attends ! Est-ce qu’il la regarde comme une fille ou comme un chat !? »

C’était probablement le problème exact qui préoccupait Kuroka.

« Oh, en parlant de chats, Mlle Néphy a dit qu’elle n’avait jamais vu un chat venir ici avec ça, hein ? »

« Oh, je suppose qu’il n’y a pas de chats dans une forêt isolée… Attends, ce n’est pas la question ! » Lilith haussa la voix et secoua la tête. La conversation semblait toujours s’écarter du sujet lorsqu’elle parlait avec Selphy.

« H-Hein ? Qu’est-ce qui te prend ? »

« Non, je veux dire… Ces derniers temps, Son Altesse a l’air étrangement fatiguée, n’est-ce pas ? »

« Vraiment ? Il a l’air d’avoir une énergie gênante quand Mlle Néphy est là. »

« Eh bien, c’est le cas quand ils sont ensemble… »

En se remémorant des scènes entre eux, Lilith s’était sentie stupide de s’inquiéter pour lui.

« Mais ce n’est pas ce que je veux dire, » continua Lilith. « Il oublie juste qu’il est fatigué. Sa fatigue ne disparaît pas vraiment, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, c’est un sorcier et tout ça, alors n’est-il pas en train de gérer ça d’une manière magique ? As-tu déjà entendu parler d’un sorcier qui s’effondre de fatigue ? »

Leur roi se tenait au sommet de tous les sorciers, reposant sur le siège d’un Archidémon. S’effondrer de fatigue était une chose pour laquelle même un sorcier novice serait ridiculisé. Lilith l’avait bien compris, mais elle avait quand même déplacé son regard vers le sol.

« La couleur du mana qui l’entoure me semble fatiguée…, » murmura-t-elle.

Il ne le montrait pas du tout en apparence, mais le mana ne mentait pas. Selphy avait soudainement pris un air sérieux et s’était tournée pour faire complètement face à Lilith.

« Sérieusement ? »

« Hmm… »

Zagan était un Archidémon terrifiant, mais il était aussi un roi qui traitait impartialement une non-sorcière comme Lilith comme sa subordonnée. Quand elle avait demandé égoïstement un grand bain il y a un mois, il avait même fait le grand bain derrière son château. Bien, la plus grande raison pour laquelle il avait fait cela était de faire plaisir à Néphy et à sa mère Orias, mais au final, il est vrai qu’il avait fini par répondre à sa demande égoïste. C’est pourquoi Lilith voulait faire quelque chose pour lui rendre la pareille en tant que personne sous sa protection.

***

Partie 4

Juste à ce moment-là, la porte de la cuisine s’était ouverte.

« Désolée, je suis en retard. »

Une petite fille était entrée. Elle avait de beaux cheveux d’un vert vif, avec des cornes à l’aspect rugueux qui dépassaient de leurs interstices. Ses grands yeux étaient de couleur ambre. Elle ne semblait pas plus âgée qu’un petit enfant, mais en vérité, elle était à la fois un dragon et la fille de l’Archidémon.

C’est étrange. Cette fille n’est jamais en retard…

Néphy était souvent en retard parce qu’elle était très occupée, mais Foll était toujours à l’heure. Était-elle coincée à faire autre chose ?

« Oh, salut, ma petite dame ! Ne t’inquiète pas du tout ! » Selphy la salua d’un signe de la main joyeux.

« Ça fait un moment que je me pose la question, mais c’est toi la princesse ici, non ? Pourquoi tu aides à la cuisine ? » demande Lilith.

En fait, tous ceux qui résidaient dans la cuisine étaient essentiellement des membres de la famille royale. De plus, la fiancée de l’Archidémon, ou du moins Lilith pensait qu’elle était sa fiancée, travaillait aussi activement dans la cuisine. Pourquoi cela ?

« Je fais juste ce que je peux. C’est mieux pour un repas d’être un peu plus savoureux. »

Foll n’était pas une fille très expressive, mais sa façon d’aider à la cuisine était si adorable qu’elle avait fait naître en Lilith le désir de la protéger.

« Honnêtement, tu es d’une grande aide. Toi, le Seigneur Raphaël et Lady Néphy êtes les meilleurs pour assaisonner, » dit Lilith, préparant un tabouret pour que Foll puisse s’y tenir.

Le majordome Raphaël et la servante… la fiancée de l’Archidémon, Néphy, étaient très occupés. Alors dernièrement, Foll s’était occupée de tout ce qui concernait l’assaisonnement des aliments.

Lady Néphy a passé moins de temps dans la cuisine ces derniers temps…

Elle était déjà responsable de toutes les tâches ménagères de tout le château. De plus, elle devait s’occuper de ses propres études de sorcellerie et de mysticisme. Il était logique qu’elle soit occupée. Elle n’avait pratiquement pas de temps pour elle. C’était peut-être la raison pour laquelle la fatigue de Zagan se faisait remarquer ces derniers temps.

Foll monta sur le tabouret, puis secoua modestement la tête et dit. « Tu t’es bien débrouillée, Lilith. Aie plus confiance en toi. »

« V-Vraiment ? Merci. »

Lilith avait peur de la dragonne, mais cela la rendait d’autant plus heureuse d’être félicitée par elle. L’expression de Foll semblait étrangement distraite, comme si elle était dans le brouillard. Cela avait-il un rapport avec son retard ?

Je me demande ce qui la perturbe ? Lilith n’était pas sûre de pouvoir être utile, n’étant pas sorcière et tout, mais elle voulait quand même aider. Cependant, juste quand elle était sur le point de parler…

« Lilith, de quoi parlais-tu à l’instant ? » demanda Foll.

« Huh ? Oh, humm… » Lilith était perdue, ne sachant pas comment répondre alors qu’elle s’était préparée à poser elle-même une question. Elle ne se souvenait même pas de ce dont elles parlaient.

« Oh, Lilith disait justement que Monsieur Zagan avait l’air fatigué ces derniers temps, » répondit Selphy.

« … Lilith ? » Foll la fixa de ses yeux ambrés, ce qui avait fait se raidir le corps de Lilith.

« Umm, ça me semble juste comme ça. »

« … »

Ce n’était pas vraiment une explication, alors Foll continua à la regarder d’un air dubitatif.

« Je veux dire, je suis une succube, donc je peux voir la vitalité humaine. Ou, je suppose qu’on peut dire que c’est la santé du mana ou quelque chose comme ça, » ajouta Lilith, paniquée.

Les succubes manipulaient les rêves. Elles pouvaient montrer des cauchemars aux gens, mais le but original de leur pouvoir était de satisfaire les désirs des autres. En récompense, elles volaient la vitalité de leur cible.

En vérité, j’ai pas mal de clients dans ce château… Lilith travaillait activement comme succube depuis qu’elle était arrivée de Liucaon. Elle résolvait les désirs des subordonnés-sorciers de Zagan dans leurs rêves. C’était l’une des raisons pour lesquelles elle avait bâillé plus tôt. Et elle avait, bien sûr, la permission de Zagan pour le faire.

Quand on est exposé à Zagan et Néphy, ainsi qu’à Kuroka et Shax, chaque jour, n’importe qui voudrait avoir une partenaire à lui. C’était le travail de Lilith de montrer aux spectateurs leurs rêves idéaux la nuit. Mais le fait de contempler de loin ces relations d’une lenteur glaciale suscitait des sentiments étranges chez les gens, si bien que les résidents du château avaient tous des désirs inhabituels, comme se blottir contre quelqu’un sur la place de la ville toute la journée.

C’était des pensées si paisibles pour des sorciers odieux servant directement sous les ordres d’un Archidémon. Malgré tout, la qualité de la vitalité qu’elle recevait en paiement était assez élevée, puisqu’il s’agissait de sorciers de première classe. C’était suffisant pour que Lilith se sente étrangement coupable, car elle avait l’impression de tous les arnaquer.

« … J’ai complètement oublié. Je pensais qu’il n’y avait que moi et Zagan, » dit Foll avec un air surpris.

« Veux-tu dire être capable de voir le mana ? »

Foll fit un petit signe de tête.

Y a-t-il un problème à pouvoir voir le mana ?

« Selphy et Kuroka peuvent-elles aussi le voir ? » demanda Foll avec curiosité.

« Moi ? Non. Pas du tout. Kuroka n’a jamais mentionné quelque chose comme ça, mais elle ne peut probablement pas ? En fait, elle ne pouvait même pas voir normalement, hein !? »

« C’est vrai…, » murmura Foll. Puis, elle se concentra sur Lilith avec une expression excessivement prudente. « Lilith, que peux-tu voir ? »

« Que puis-je voir ? Comme… si oui ou non… c’est sain, je suppose ? »

Comme elle se nourrissait de la vitalité humaine, il valait mieux cibler les humains en bonne santé. C’est pourquoi elle pouvait voir la qualité du mana. Y avait-il autre chose à faire ? Lilith pencha la tête avec curiosité tandis que Foll clignait des yeux à la suite de cette réponse peu convaincante.

« Est-ce tout ? Qu’en est-il du flux et des connexions ? »

« Connexions ? Je ne comprends pas vraiment ce que tu veux dire… »

Sur ce, la jeune dragonne poussa finalement un soupir de soulagement et elle répondit. « Désolée de demander quelque chose de bizarre. »

« Hum, ça ne me dérange pas vraiment… ? »

Lilith ne comprenait pas vraiment ce qui se passait. En voyant à quel point sa perplexité était claire, même Foll pouvait dire qu’elle n’était pas assez claire.

« Voir le flux de mana est une capacité scandaleuse à posséder pour un sorcier. Je voulais savoir si tu l’avais. »

« Oh, ça ? Désolée, c’est juste un sens normal que nous avons, nous les succubes. La famille royale s’enorgueillit de nos capacités, mais je suis sûre que c’est inutile pour la sorcellerie. »

« Zagan peut le voir, » répondit Foll d’un ton très sérieux. « C’est pourquoi il est devenu un Archidémon à une vitesse sans précédent. »

C’était apparemment une capacité étonnante. Lilith était assez émue d’apprendre ce fait.

« Alors… le Roi aux yeux d’argent pourrait-il aussi le voir ? » demanda Selphy avec curiosité.

Les yeux de Lilith s’étaient ouverts en grand.

« Cependant, il était aussi connu comme tel... Le Roi aux yeux d’argent. »

C’était arrivé il y a environ un mois. Le jour de l’ouverture du grand bain, Alshiera avait dévoilé le nom du père de Zagan. Lilith avait senti qu’elle avait enfin compris ce qui pesait sur l’esprit de Foll.

Je veux dire, nos trois familles royales sont les descendants directs du Roi aux yeux d’argent…

De plus, Alshiera avait mentionné que le Roi aux yeux d’argent était l’ancien détenteur du Ciel sans lune de Kuroka. Foll aurait pu espérer un indice ou un lien de la part de Lilith, l’amie d’enfance de Kuroka. Cela dit, Lilith n’avait rien de tel sous la main, et elle n’avait pu que hausser les épaules.

« Le Roi aux yeux d’argent avait peut-être de tels pouvoirs, mais il était notre grand ancêtre d’il y a plus de mille ans. Je suis presque sûre que nous n’avons pas hérité de… Hein ? Attendez un peu. »

Lilith remarqua une légère incohérence dans ce qu’elle disait.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Selphy avec curiosité.

« C’est juste que… Le Roi aux yeux d’argent était un héros d’il y a plus de mille ans, non ? Donc, s’il est le père de Son Altesse… Hein ? C’est bizarre, non ? »

Lilith avait déjà entendu dire que Zagan faisait exactement son âge, c’est-à-dire 18 ou 19 ans.

« Uhhh ? Le dernier Archidémon n’avait-il pas plus de mille ans ? Donc, le Roi aux yeux d’argent serait au moins plus vieux que ça, non ? Même en mettant cela de côté, les dragons vivent des dizaines de milliers d’années, » commenta Selphy.

« Mais le Roi aux yeux d’argent n’était pas un sorcier. »

« … Peut-être que des personnes ont juste hérité du nom ? » ajouta Foll avec étonnement, ramenant Lilith à la raison.

« C-C’est vrai. C’est logique… Mais quand même, je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui aurait hérité du titre de Roi aux yeux d’argent. »

Même s’il s’agissait simplement d’un secret de polichinelle, il était quelque peu impensable que la première princesse de l’une des trois grandes familles royales soit laissée dans l’ignorance.

Ce qui veut dire… Attends, qu’est-ce que ça veut dire ? Lilith était complètement désorientée, incapable de mettre de l’ordre dans ses idées, lorsque Foll lui lança un regard.

« Lilith, enlève-le du feu. Le ragoût brûle. »

« Ah ! »

Lilith retira le chaudron du feu dans un mouvement de panique. Après cela, elle dut se concentrer sur sa cuisine et fut incapable de poursuivre leur conversation.

Peut-être que je devrais essayer de demander à Son Altesse dans ses rêves cette nuit ? Lilith n’avait aucun moyen de savoir à ce moment-là que son idée déclencherait un incident majeur.

***

Partie 5

« Bonne journée à vous. Est-ce l’heure de travailler ? »

Après être entrée dans le bureau, Nephteros avait été accueillie par la petite fille assise à l’intérieur. La fille avait des cheveux blonds attachés des deux côtés et des yeux dorés comme la lune. Sa robe était noire, comme un symbole de la nuit, et elle tenait dans ses bras une poupée en peluche effrayante. On pouvait voir deux crocs pointus sortir de ses lèvres. En voyant cette vampire, qui ne se souciait pas de la lumière du soleil, Nephteros poussa un soupir.

« Vous êtes encore venue ? Je ne pense pas que vous trouverez quelque chose d’intéressant en restant près de moi, Alshiera. »

Cela faisait environ un mois maintenant. Depuis qu’elle avait été invitée à la fête célébrant l’achèvement du grand bain au château de Zagan, cette fille suivait Nephteros partout. Elle se demandait ce qu’elle avait fait pour l’offenser ou l’attirer, mais Alshiera n’avait rien fait de particulier. Nephteros savait déjà que la fille agissait d’une manière qui rendait ses intentions complètement illisibles.

« En effet, ce n’est pas du tout intéressant, » répondit Alshiera en ricanant.

« Alors, que diriez-vous de retourner au château ? N’êtes-vous pas la cible de Shere Khan ? Laissez-moi vous dire que je ne suis pas assez forte pour vous protéger d’un Archidémon. »

Alshiera referma à moitié ses yeux, puis, comme si elle prenait plaisir à la situation, elle déclara. « Teehee, ce n’est pas intéressant, mais vous regarder est plutôt agréable. »

« … Je ne comprends pas. »

« Vous n’avez pas besoin de le faire. »

La jeune fille agissait comme bon lui semblait dans le château de Zagan, et elle n’était pas différente devant Nephteros, qui ne pouvait pas dire si elle était amicale ou hostile, ou si elle pouvait baisser sa garde. Mais dans tous les cas, c’était épuisant. Comme toujours, elle était incapable de lire les intentions de la jeune fille.

« Votre santé est-elle stable ces derniers temps ? » demanda Alshiera.

« Ma santé ? Eh bien, je me sens beaucoup mieux depuis que vous avez commencé à venir ici. »

Nephteros avait eu un épisode où elle s’était effondrée juste avant la fin du grand bain.

Je ne me souviens pas vraiment de ce qui s’est passé à l’époque…

Selon Richard, elle avait apparemment montré des symptômes proches du somnambulisme. Sentant qu’elle dérangerait tout le monde autour d’elle comme ça, elle avait fait en sorte de ne jamais être seule. Mais c’était peut-être à cause de cela qu’elle était étrangement en bonne condition ces derniers temps.

Cela mis à part, Nephteros était quelque peu troublée par le fait qu’Alshiera ne se levait pas de sa chaise de bureau, et elle avait donc fait un signe de la main pour la faire partir.

« En tout cas, c’est le siège de Chastille. Vous pouvez vous déplacer ? Il est grand temps qu’elle prenne ses fonctions. »

Ils ne seraient pas en mesure de terminer leur travail si elles devaient avoir cette discussion pendant les heures de bureau. Et pourtant, Alshiera ne montrait aucun signe de vouloir se lever de sa chaise, comme si elle n’avait pas entendu Nephteros. Cela dit, leur petit échange durait depuis un mois déjà. De ce fait, Nephteros n’avait plus de réserve à son égard. Elle apporta une autre chaise avec des mouvements familiers.

« Tenez, utilisez celle-là. »

« … Très bien. »

« Vous pouvez prendre les macarons qu’on nous a offerts, alors ne faites pas cette tête. »

« … Me prenez-vous peut-être pour un des enfants du quartier ? »

Au début, Nephteros trouvait la fille sinistre et mystérieuse. Mais après l’avoir vue au château de Zagan, tous ces sentiments avaient été complètement dissipés.

Il semblerait qu’elle ait aussi sauvé Kuroka et plusieurs autres personnes… Nephteros pensait qu’elle n’était pas une mauvaise personne. Du moins, elle ne semblait pas porter d’hostilité. Et alors qu’elle lui adressait un sourire avec de telles pensées à l’esprit, un regard aigre se dessina sur le visage d’Alshiera qui se mordit les lèvres. Nephteros trouva cette partie d’elle plutôt mignonne.

Après avoir transporté la chaise, avec Alshiera toujours dedans, jusqu’à la table de réception du bureau, Nephteros vit la jeune fille manger les snacks mis de côté avec une expression posée.

« Je préférerais un bon vin plutôt que des macarons. »

« Vous donner du vin quand vous ressemblez à ça me semble immoral. »

Sur ce, Nephteros commença à organiser les documents.

« Si le vin n’est pas bon, alors votre sang fera aussi l’affaire, » répondit Alshiera avec un sourire ensorceleur.

Nephteros leva la tête à cette pensée dérangeante. Une seconde plus tard, Alshiera retroussa ses lèvres et révéla ses deux crocs.

Quelle est cette étrange impression de déjà vu… ?

Il n’y avait aucune hostilité dans ces mots, et pourtant elle avait l’air terriblement agressive. C’était plutôt déroutant… Mais après y avoir réfléchi, Nephteros avait tout de suite trouvé une réponse.

« Ça ne me dérange pas vraiment, » dit-elle en haussant les épaules. « Mais je ne sais pas trop si mon sang aura un bon goût. »

Alshiera la regarda d’un air étonné et dit. « Oh là là ? Je pensais que vous seriez plus opposée à cette idée. »

« Je sais que vous êtes blessés. Ce genre de choses est important pour un vampire, non ? Ça ne me dérange pas vraiment si ça ne fait pas mal. Je vous dois bien ça. »

« … Vous vous en souvenez ? »

La voix d’Alshiera prit un ton tranchant, comme si elle levait sa garde. Nephteros grimaça, puis écarta ses cheveux argentés de son visage.

« Je ne comprends pas vraiment ce que vous voulez dire, mais vous avez protégé Kuroka, n’est-ce pas ? Ce serait problématique pour moi si elle n’était pas là. »

Ce seul fait était une raison plus que suffisante pour que Nephteros se sente redevable.

« Hmm… Je vois, » répondit Alshiera en s’enfonçant dans ses pensées.

La réponse de Nephteros fut apparemment au-delà de ses attentes. Et voyant qu’elle s’enfonçait dans le silence, Nephteros pensa à demander quelque chose qu’elle avait toujours voulu entendre de la part de la jeune fille.

Mais je suppose qu’elle ne me donnera pas de réponse… Dans ce cas, elle s’était dit qu’il valait mieux s’approcher en poussant l’intérêt d’Alshiera de manière inoffensive. Après avoir trouvé les bonnes questions à poser, Nephteros lança sa ligne et attendit de voir si elle allait mordre à l’hameçon.

« Hé, puis-je vous demander quelque chose ? »

« À propos de ? »

« Vous connaissez Grand Frère depuis longtemps… Vous le connaissiez avant même de le rencontrer à Liucaon, n’est-ce pas ? »

Alshiera plissa les yeux. Nephteros ne pouvait pas dire si c’était par méfiance ou par admiration, mais elle avait au moins réussi à faire le premier pas pour attirer son attention.

« Maintenant, pourquoi croyez-vous cela ? » demanda Alshiera, la poussant à continuer.

« Je veux dire, n’avez-vous pas dit “on se retrouve” ou quelque chose comme ça ? »

« Hélas, quelle surprise ! De penser que le jour viendrait où je vous rencontrerais à nouveau. »

C’est ce qu’Alshiera avait dit lorsqu’ils l’avaient rencontrée pour la première fois à Atlastia. Nephteros n’avait pas compris la signification de ces mots à l’époque, mais maintenant qu’elle savait pour le père de Zagan, cela avait du sens. La raison pour laquelle elle appelait Zagan le Roi aux yeux d’argent était qu’elle avait superposé l’image de son père sur lui… et parce qu’elle connaissait Zagan lui-même.

Peut-être… était-elle amoureuse de ce Roi aux yeux d’argent. Cependant, il s’agissait d’une théorie totalement infondée, aussi Nephteros n’en avait pas parlé à voix haute.

Alshiera détourna son regard pendant un instant, mais il semblait que son amour-propre ne lui permettait pas d’esquiver la question. Elle poussa un petit soupir et le reconnu, disant, « Eh bien, ce n’est pas quelque chose à garder caché après tout ce temps. En effet. J’ai connu le Roi aux yeux d’argent lorsqu’il était enfant. »

Nephteros en était déjà convaincue, mais l’entendre de la bouche même d’Alshiera le rendait irréel. Que savait-elle exactement sur Zagan ?

Dois-je aller droit au but ? Ou dois-je essayer d’ajouter un autre sujet ? Nephteros hésitait sur la façon de procéder. Obtenir les réponses qu’elle voulait d’Alshiera n’était pas une tâche simple. Si elle ne la secouait pas un peu plus, elle pensait que la jeune fille allait tout simplement passer sous silence. C’est pourquoi Nephteros avait préparé son prochain leurre tout en la secouant un peu plus.

« Oh ? Alors, puis-je vous demander encore une chose ? »

« … Je n’ai pas l’intention de répondre, même si vous me le demandez, mais sachez que… »

Il semblait qu’elle ne voulait vraiment pas qu’on lui parle de Zagan. Dans une rare démonstration, l’agitation d’Alshiera était claire dans son comportement. Cela avait laissé Nephteros un peu heureuse, c’est pourquoi elle avait fini par dire quelque chose de plutôt négligent.

« N’est-ce pas vous qui avez demandé à ce Marc de chercher Zagan ? »

Marc était le nom de l’ami d’enfance de Zagan, qui était un peu comme un grand frère pour lui. Et pourtant, il avait un jour manié les chasseurs de séraphins, tout comme Alshiera. On disait aussi que sa véritable identité était le pape, le chef de toute l’Église. Il avait apparemment agi comme un enfant de la rue pour rester aux côtés de Zagan à la demande de quelqu’un. C’était le cas, mais…

L’air s’était figé dans un craquement. Une perle de sueur avait coulé sur la joue de Nephteros.

Est-ce que je suis allée trop loin… ?

Même si c’était il y a plus de 200 ans, Alshiera avait facilement vaincu l’Archidémon Andrealphus. Toucher le mauvais nerf aurait pu conduire Nephteros à être étranglée à mort avec facilité. La différence de puissance entre elles était tout simplement énorme. En tant que telle, une condition préalable majeure pour attirer son intérêt était de ne pas la mettre en colère.

Alshiera reprit ses esprits en voyant Nephteros si effrayée, puis elle laissa échapper un profond soupir. Au même moment, l’atmosphère gelée se dispersa.

« Je ne me rappelle pas avoir demandé une telle chose. Il en a simplement fait une promesse de lui-même, » avait pratiquement craché Alshiera.

« … Désolée. C’était plutôt irréfléchi de ma part, » dit Nephteros en réfléchissant à la façon dont elle s’était laissée emporter par le moment.

« Ça ne me dérange pas vraiment. »

La façon dont Alshiera avait soufflé sur le côté avait donné un aperçu de la façon dont elle se sentait quelque peu coupable d’agir de façon immature. En voyant une telle réaction, Nephteros avait soudainement souri.

« Qu’est-ce qui se passe maintenant ? » demanda Alshiera.

« Rien. Je ne dis pas ça méchamment, mais je trouvais que vous ressemblez vraiment au Grand Frère. »

« … Que regardez-vous exactement pour penser une telle chose ? »

Alshiera détourna ostensiblement le regard, mais ses doigts s’agitèrent sur sa jupe. Apparemment, elle ne détestait pas la comparaison.

***

Partie 6

Cette fille est heureuse à propos des choses des plus étranges…

La fille adoptive de Zagan, Foll, était similaire à cet égard.

Maintenant que j’y pense, elle s’entend bien avec Foll, n’est-ce pas ?

Y avait-il quelque chose qui les reliait, peut-être ? Mettant cette pensée de côté, Nephteros décida de préciser ses pensées et de la féliciter comme une forme d’excuse pour ce qu’elle avait dit plus tôt.

« C’est vrai, la tête que vous faisiez à l’instant en est un bon exemple. En général, votre affection est assez difficile à comprendre. Même si vous traitez les autres avec gentillesse, cela peut sembler quelque peu trompeur. Cette partie de vous est exactement comme lui. »

Après avoir dit cela, elle commença à douter que sa déclaration soit réellement un éloge, mais Alshiera ne semblait pas être offensée. Elle passait fièrement son doigt dans ses cheveux dorés tout en jetant des regards à Nephteros comme si elle en demandait plus. Cette réaction avait également fait penser à Nephteros à la fille adoptive de Zagan.

« Cependant, je crois que le Roi aux yeux d’argent est assez facile à comprendre. »

« Vous voulez dire récemment, non ? Il était très différent la première fois que je l’ai rencontré… »

Récemment, il avait appris à exprimer ses sentiments honnêtes pour Néphy et à parler aux autres sorciers sans provoquer de malentendus. Mais quand Néphy l’avait rencontré pour la première fois, ses capacités de conversation étaient exécrables. Dans un sens, son majordome Raphaël était plus facile à comprendre.

Et maintenant qu’elles avaient abordé ce sujet, même Alshiera avait pris une expression maussade.

« Je n’essaie pas d’être aussi difficile à comprendre… »

« Vraiment ? Vous étiez vous-même assez étrange lors de notre première rencontre, pour votre gouverne. J’ai eu l’impression que vous vous précipitiez pour attaquer. »

Lorsqu’un certain accident avait transformé Zagan en enfant, il s’était rendu dans la cité sous-marine pour chercher une solution. À ce moment-là, Alshiera s’était approchée du petit Zagan et avait fait mine de vouloir lui sucer le sang. À cause de cela, elle avait fini par se disputer avec une Foll adulte. C’était il y a seulement 4 mois, mais ça semblait être une éternité. C’était même un peu nostalgique.

Alshiera avait souri d’un air dubitatif alors qu’elle déclara. « Oh, mon dieu, peut-être que j’avais vraiment l’intention de l’attaquer à l’époque… »

La petite vampire avait jeté une autre sucrerie dans sa bouche. Il semblerait que sa méfiance de tout à l’heure se soit dissipée et qu’elle soit de nouveau de bonne humeur.

Et toujours un peu nostalgique, Nephteros répondit. « Hm ? En vérité, n’étiez-vous pas si heureuse que vous aviez soudainement envie de le tenir dans vos bras ? »

Au début, Zagan avait souvent fait preuve d’une telle attitude à l’égard de Néphy.

« Hgk - Hak ! Ack ! »

« Allez-vous bien ? »

Alshiera avait eu une splendide quinte de toux alors que Nephteros se précipitait, agitée, vers elle et lui frottait le dos. Les morts-vivants n’avaient pas de cœur qui battait ou n’avait pas besoin de respirer, donc Alshiera avait dû être secouée par sa déclaration. Il y avait même des larmes au coin de ses yeux. Nephteros voulait seulement évoquer le bon vieux temps, mais il semblerait qu’elle ait accidentellement touché le point sensible.

 

 

« D-Désolée. Je ne pensais pas que vous seriez si surprise… »

« Non, c’est bon… »

Alshiera releva la tête et brossa ses cheveux en arrière tandis qu’elle reprenait son sang-froid. Elle fixa ensuite Nephteros d’un air de reproche, le mettant sur ses gardes.

Je suppose que celui-là l’a mise en colère…

Ce n’était pas suffisant pour geler l’air comme avant, mais cela ne l’aurait pas choquée d’apprendre qu’elle avait ruiné l’humeur d’Alshiera. Et après s’être crispé… Nephteros s’était sentie plutôt déçue.

« Hm… ? »

Elle pensait qu’Alshiera allait lui lancer de dures insultes, mais rien n’était sorti de sa bouche. Ses yeux montraient un désir de se plaindre, mais sa bouche restait ouverte comme si elle était devenue muette. D’un certain point de vue, c’était comme si elle avait reçu un choc et que son cœur ne pouvait pas suivre.

« … »

« Umm... ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’avait-elle encore offensée ? Il n’en avait pas l’air, mais quelque chose dans le comportement d’Alshiera semblait étrange. Nephteros pencha la tête quand Alshiera serra soudainement sa poupée en peluche et pencha la tête.

Après un petit moment, elle retrouva finalement sa voix et marmonna. « Oui… C’est exactement comme vous le dites. »

« Que voulez-vous dire ? »

« … Je voulais le serrer dans mes bras. Même si je savais que je n’avais pas le droit, je ne pouvais pas le supporter, » déclara Alshiera d’une voix étouffée, comme si elle se repentait.

« Vous n’aviez pas le droit… ? »

Zagan était certainement surpris à l’époque, mais ce n’était pas quelque chose qu’il s’obstinerait à rejeter.

Alshiera ne semblait pas prêter attention à la perplexité de Nephteros et poursuivait son soliloque en disant. « Je veux dire, le Roi aux yeux d’argent ressemblait exactement à l’enfant que j’ai connu… C’était si nostalgique, si incroyable… C’est peut-être risible pour un mort-vivant comme moi de dire cela, mais c’était un miracle… »

Quels sentiments se cachaient derrière ces mots ? La façon dont elle tenait sa poupée en peluche et courbait son dos rappelait à Nephteros un enfant perdu livré à lui-même. Ou peut-être était-il plus juste de dire qu’elle ressemblait à une fille portant le fardeau d’avoir détruit un pays ou quelque chose comme ça. Elle avait l’air si impuissante, comme si elle allait fondre en larmes à tout moment.

Je me demande ce qui s’est passé entre elle et le Roi aux yeux d’argent… ? Nephteros ne pouvait même pas commencer à l’imaginer, étant donné que cela ne faisait même pas un an qu’elle était née. Elle avait été créée comme une copie de Néphélia, un jouet pour l’Archidémon Bifrons. Si elle n’avait pas fini par trouver une amie en Chastille, elle se serait effondrée depuis longtemps.

Le comportement d’Alshiera lui rappelait comment elle avait agi lorsqu’il n’y avait pas de salut en vue. Non, Alshiera semblait encore plus fragile que cela, comme si elle marchait toute seule sur un chemin bien plus sombre. Cela faisait croire à Nephteros que l’attitude désinvolte habituelle de la jeune fille était une coquille pour se maintenir désespérément au milieu de l’enfer dans lequel elle vivait.

Cette fille avait vécu dans l’isolement pendant un millier d’années, et avait aussi probablement passé son temps avant cela à souffrir énormément. Nephteros ne pensait rien de ce qu’elle disait, mais elle avait fini par créer une fissure dans la coquille protectrice de cette fille.

« … »

Elle ne savait pas quoi dire. La seule chose dont elle était capable était de tenir la petite vampire en face d’elle dans ses bras. C’est pourquoi elle ne pouvait pas demander. Elle ne pouvait pas poser la vraie question à laquelle elle espérait obtenir une réponse. À propos de la fois où ils s’étaient rencontrés dans la ville sous-marine.

Hey, vous parliez de moi à l’époque ?

« Alors je vous dis adieu, mon cher Roi aux yeux d’argent, et — Azazel. »

C’était le nom de l’ennemi que cette fille avait consacré le reste de sa vie à combattre. C’était le secret que Zagan recherchait. Et, selon toute vraisemblance, c’était quelque chose de terriblement mauvais. Nephteros se demandait si elle n’était pas impliquée d’une manière ou d’une autre dans cette affaire… et si c’était la raison pour laquelle cette fille restait à ses côtés. Elle voulait presser Alshiera pour obtenir des réponses, mais après l’avoir vue comme ça, elle ne pouvait rien dire.

Le temps s’était écoulé dans un silence complet, et avant qu’ils ne s’en rendent compte, on frappa à la porte.

« Entrez, » dit Alshiera en levant la tête.

« Est-ce que ça dépend de vous ? »

La façon dont Alshiera s’était comportée comme si c’était sa propre chambre avait laissé Nephteros étonnée. Il semblerait qu’elle avait réussi à se calmer.

Une jeune femme était entrée dans le bureau, accompagnée d’un jeune chevalier angélique. Elle avait des yeux vaillants et écarlates et des cheveux de la même couleur attachés par un ornement de cheveux en forme de papillon. Elle portait les vêtements d’un évêque et avait une épée suspendue à sa taille.

C’était Chastille, l’un des douze Archanges et le chef de cette église. L’autre chevalier angélique était un jeune homme nommé Richard. Il servait actuellement comme garde privé de l’évêque, il portait donc son Armure Sacrée.

Ils étaient les deux seuls à entrer, mais Nephteros reporta son attention sur les pieds de Chastille. Il ne s’était pas montré pendant qu’elle travaillait, mais ce sorcier lugubre se cachait sûrement dans les ombres qui s’étendaient sous elle.

En apercevant Nephteros, Richard sourit et dit. « C’est donc ici que vous étiez, Lady Nephteros… Oh, et Mlle Alshiera, aussi. »

« Pardonnez l’intrusion, » répondit Alshiera avec un sourire nonchalant.

Ah bon…

Voir Alshiera ne pas agir de manière désinvolte avait jeté Nephteros dans une boucle. Après s’être calmée, elle se leva pour se remettre au travail quand quelque chose tira sur sa robe. Alshiera s’était agrippée à sa manche tout en gardant son regard détourné.

Elle murmura ensuite d’une voix très calme. « S’il vous plaît, gardez ce que vous venez d’entendre secret. »

« … Bien sûr. »

En les voyant ainsi, Richard esquissa un sourire et déclara : « Je vois que vous vous entendez bien maintenant. »

« Oui, bien sûr. En fait, nous sommes en termes assez amicaux pour qu’elle dise qu’elle est d’accord pour que je suce son sang. »

« Du sang… ? »

La phrase inquiétante avait fait baisser la main de Richard sur l’épée à sa taille. Voyant cela, Chastille l’avait arrêté comme si ce n’était pas grave.

« C’est juste l’humour de Mlle Alshiera. Elle ne veut pas dire du mal, alors n’y prêtez pas attention, Richard. »

C’était déjà les heures de bureau, donc Chastille était en mode travail. En tant que telle, elle traita le comportement trompeur d’Alshiera avec familiarité. Pendant ce temps, Richard hésitait encore, se demandant si c’était vraiment bien de baisser sa garde.

« … C’est donc ça ? »

« Elle voulait probablement dire “nous sommes assez amicales pour ne pas nous mettre en colère pour de telles blagues”. »

« … Je suis surpris que vous ayez déduit cela de ce qui a été dit. »

« Je connais Zagan et le seigneur Raphaël depuis assez longtemps pour comprendre ça. Vous devriez vous-même vous y habituer. »

***

Partie 7

Richard était resté perplexe devant cette déclaration sans cœur, il avait donc simplement répondu. « Je crois que ce sera plutôt difficile pour moi. »

C’était parfaitement naturel, mais pour une raison inconnue, même Alshiera semblait confuse.

« Quoi… ? Quelque chose ne va pas, Mlle Alshiera ? »

« … Non. Je me demandais simplement si vous aussi, vous me trouviez comme ça. Je veux dire que je ressemble au Roi aux yeux d’argent, ou que je suis difficile à comprendre. »

« Oui. En fait, vous êtes assez semblables pour que je soupçonne que vous soyez la sœur de Zagan. »

Alshiera avait soudainement couvert son visage.

« Umm, qu’est-ce que c’est maintenant ? » demande Nephteros.

« … S’il vous plaît, laissez-moi tranquille. Je me sens juste un peu responsable de tout ça. »

« Est-ce ainsi… ? » Nephteros marmonna avec confusion. Elle n’avait aucune idée de ce dont Alshiera se sentait responsable, mais elle lui retourna tout de même un vague signe de tête.

Est-ce que ça a un rapport avec le moment où ils se sont rencontrés avant ça dans le passé, je me le demande ?

Elle avait une personnalité tellement excentrique. Si elle avait rencontré Zagan lorsqu’il était enfant, il n’aurait pas été étrange qu’il ait été inconsciemment influencé par elle d’une certaine manière. Cependant, ce n’était pas un sujet à aborder sans réfléchir, comme Nephteros l’avait appris il y a quelques instants.

Nephteros relégua sa conjecture dans un coin de son esprit comme rien de plus qu’une fantaisie et continua son travail.

Peu de temps après, quand elle leva les yeux de son travail, Alshiera n’était plus là. Elle était vraiment une fille incompréhensible. Et même si elle s’interrogeait sur ce point, Nephteros continua le travail qu’elle avait en main.

Les pensées du mystérieux vampire étant désormais reléguées dans un coin de son esprit, elle s’était plongée dans le travail, et midi était arrivé avant qu’elle ne le sache.

Soudain, un violent coup résonna à la porte du bureau.

« L-Lady Chastille ! C’est grave ! »

C’était une voix familière et irritante qui appartenait à l’un des trois idiots. À savoir, celui qui utilisait un bouclier.

« Que s’est-il passé ? » demanda Chastille en se levant, l’air grave.

La porte du bureau s’ouvrit.

« À propos de ça… »

Le grand homme au bouclier entra dans la pièce avec hésitation. Ses propos semblaient étrangement inarticulés alors qu’il dirigeait l’attention de Chastille derrière lui.

« Foll ? »

Cachée derrière le grand homme, simplement parce qu’ils étaient de taille bien trop différente, se trouvait la petite fille de Zagan. Comme elle était en ville, elle portait sa capuche, qui ressemblait à une tête de chat. Elle s’entendait avec Chastille comme chien et chat, mais c’était surtout à cause des préjugés unilatéraux de Foll.

« Tête de cheval… Non, Chastille. Il y a une chose que je veux te demander. »

« … S’est-il passé quelque chose ? » demanda Chastille, se crispant en entendant l’attitude soudainement respectueuse de Foll.

« Chastille, écoute — . »

Ce jour-là, Chastille… non, tout le bureau de l’Église de Kianoides avait été plongé dans un chaos sans précédent.

◇◇◇

Une onde de choc sourde s’était propagée tandis qu’un nuage de poussière s’élevait dans les airs.

« Allez-vous bien, Sire Zagan !? »

Sous Kianoides, tout au fond d’une grande grotte du Palais de l’Archidémon. L’espace était similaire à la grotte sous le château de Zagan, mais celle-ci était plus grande et les murs et le plafond étaient scrupuleusement renforcés.

Un sorcier au visage de lion s’était précipité vers Zagan. Son corps était couvert de muscles qui semblaient aussi durs que l’acier. En termes de force physique, c’était un géant qui surpassait de loin Zagan. Il s’agissait de Kimaris, la Lame Noire, le fidèle serviteur et bras droit de Zagan.

Zagan se leva d’un tas de gravats, secoua la tête et dit. « Ne t’inquiète pas. C’est ma faute. J’aurais dû m’écarter du chemin à temps. »

Du sang coulait de sa tête, mais l’hémorragie elle-même s’était déjà arrêtée. La blessure allait se refermer dans quelques secondes. Le sang qui coulait était simplement les restes de ce qu’il avait déjà saigné et qui coulait sur ses cheveux.

 

 

Zagan était un spécialiste parmi les sorciers qui se concentrait sur le renforcement de son propre corps. Même si ses entrailles étaient arrachées, il pouvait se régénérer en moins d’une minute. Cela dit, il y avait de légers signes de fatigue dans ses yeux argentés.

« … Sire Zagan. C’est vraiment imprudent. Je sais que cela ressemble à de l’orgueil, mais je pense qu’il sera difficile d’attraper ma silhouette en utilisant la vision cinétique d’un humain, même améliorée par la sorcellerie. »

« Je le sais. C’est pourquoi je compte sur toi. »

Normalement, la compétence d’un sorcier en sorcellerie déterminait sa force. Et à cause de cela, il n’y a absolument aucun besoin de force physique normale. Par exemple, disons qu’il y avait un chevalier angélique qui maniait une épée capable de couper n’importe quoi et qui se déplaçait aussi vite que la lumière. Il n’y avait absolument aucun besoin pour un sorcier de combattre un tel adversaire de front. Les choses pouvaient être réglées simplement en mélangeant un poison insipide, inodore et incolore qui pouvait tuer en une seule bouffée, puis en l’administrant en secret. On pourrait même régler le problème en laissant simplement tomber la cible dans un puits sans fond.

La véritable capacité d’un sorcier était de savoir élaborer de tels plans et de les mettre en œuvre. La fois où Barbatos avait kidnappé Néphy, au moment où Zagan était devenu un Archidémon, cela l’avait clairement démontré. Si Barbatos avait complètement ignoré Zagan et s’était contenté de s’enfuir, comment les choses se seraient-elles passées ? Qui aurait pu coincer un spécialiste de la téléportation comme lui ? Peut-être un Archidémon spécialisé dans le même domaine, comme le Chat des Vallées Furcas, mais il n’y en avait sûrement pas d’autres. Voilà ce que signifiait une différence de force entre sorciers.

Zagan avait gagné simplement parce que Barbatos s’était entêté à vouloir le battre dans un combat. Et il l’avait bien compris. En bref, tant qu’il montrait son visage, il savait que Barbatos serait entraîné dans le domaine d’expertise de Zagan.

C’est précisément pourquoi je respecte Kimaris…

Un tel pouvoir n’avait traditionnellement pas beaucoup de sens pour les sorciers. Kimaris n’avait pas été nommé candidat à la fonction d’Archidémon parce qu’il possédait un pouvoir surnaturel comme Zagan. Il possédait simplement une grande force brute. Même si les sorciers ne lui avaient normalement pas accordé un regard, il devait être reconnu. En d’autres termes, le sorcier connu sous le nom de Kimaris était un expert qui surpassait Zagan dans le domaine de la violence.

Comment ce type peut-il être un gentleman malgré sa spécialisation dans ce genre de sorcellerie ?

Kimaris était un homme d’un bien meilleur caractère que la plupart des chevaliers angéliques, sans parler des sorciers.

« Désolé, mais j’ai besoin que tu me tiennes compagnie un peu plus longtemps. Il semble que ce genre de technique ne puisse s’acquérir qu’en répétant sans cesse. »

Kimaris lui retourna un sourire troublé et répondit. « Comme vous le voulez. Mais d’abord, j’aimerais vous suggérer une pause. »

« … Hmph. Si tu dis cela, je ne peux pas ignorer un tel conseil. »

Zagan ne pouvait nier que sa fatigue s’était accumulée. S’il retournait au château dans un tel état et causait à Néphy des soucis inutiles, il mettrait la charrue avant les bœufs. Il suivit donc docilement le conseil de Kimaris et s’assit sur les décombres.

« Je peux te demander quelque chose pendant que nous nous reposons ? » demanda Zagan.

« Oui. Demandez tout ce que vous voulez savoir. »

« Pourquoi as-tu acquis un tel pouvoir ? »

Les yeux de Kimaris s’étaient écarquillés. Tout comme Zagan, sa spécialité semblait anormale pour un sorcier. Personne ne choisirait une telle voie à moins d’avoir une très bonne raison. De plus, il fallait une bonne dose de détermination pour atteindre un tel stade sans mourir.

« … Hmm. Considère cette question comme le résultat de ma curiosité. Ce n’est pas grave si tu ne souhaites pas répondre. »

À cela, Kimaris secoua la tête et répondit. « Non. J’aimerais cependant que Mlle Gremory n’en sache rien. Cela vous convient-il ? »

« Oui. Bien sûr. »

Cela dit, il était étrange que Kimaris garde des secrets pour Gremory.

« Très bien. Au début, je désirais le pouvoir afin de me venger, » dit Kimaris en s’asseyant sur l’un des plus gros morceaux de gravats.

« Je vois. C’est logique, » répondit Zagan en hochant la tête. C’était une raison vraiment facile à comprendre et à apprécier.

« J’avais un ami proche quand j’étais petit. À l’époque, j’étais vaniteux et violent de toutes sortes de manières. En revanche, mon ami était une personne très gentille. Chaque fois qu’il voyait quelqu’un de blessé, il le soignait. Quand il voyait quelqu’un en difficulté, il le sauvait. Ce genre de comportement lui semblait parfaitement naturel. »

Cela semblait quelque peu incroyable de la part des Kimaris que Zagan connaissait.

Ce qui veut dire qu’il a été influencé par son ami ?

Quoi qu’il en soit, il n’était pas difficile d’imaginer que cela était profondément lié à son désir de vengeance.

« Mais… » Kimaris avait fait une pause en grinçant des dents. « Mais un jour, mon village a été attaqué par un sorcier. Les léonins étaient une race qui pouvait se battre à armes égales avec les sorciers sans même avoir besoin de sorcellerie. Nous étions une race forte. C’était le cas de mon père, de mon frère, et même de l’ancien du village… Cependant, seuls mon ami et moi avons survécu. »

Les léonins étaient une espèce rare dont on disait déjà qu’elle était éteinte. Si l’on considère que cet événement date de l’enfance de Kimaris, cela avait dû se dérouler il y a environ 70 à 80 ans. Et pourtant, les yeux de Kimaris ne contenaient pas la moindre trace de ressentiment lorsqu’il parlait. Il avait plutôt l’air découragé.

« Mon moi vaniteux a appris à quel point j’étais impuissant. J’ai ressenti de l’amertume, de la honte, et j’ai pleuré pendant des heures. Mais je ne me suis pas complètement perdue dans le désespoir, juste dans la rage. Et je pense que c’était parce que mon ami était avec moi. Après tout… c’est lui qui a attaqué le village. »

Les yeux de Zagan s’étaient élargis de surprise et il demanda. « … Pourquoi a-t-il fait ça ? »

Kimaris secoua la tête et répondit. « Je ne sais pas. Même ce matin-là, nous nous sommes battus comme d’habitude et nous avons donné un coup de main au village. Peut-être s’est-il rapproché de moi simplement pour enquêter sur les tenants et aboutissants du village. »

Ce n’était probablement pas quelque chose d’aussi simple à comprendre qu’une trahison. Contrairement à son passé macabre, la voix de Kimaris sonnait complètement creux.

« Peu après, j’ai perdu toute raison à cause de ma rage et j’ai erré dans le monde pendant des années, n’étant rien de plus qu’un monstre. C’est alors que Mlle Gremory m’a recueilli et m’a appris la sorcellerie. »

C’est là que Gremory est intervenue…

Honnêtement, elle était vraiment une mamie gênante bien que, selon sa mémoire, il y ait eu une période où elle avait mené une vie diligente.

***

Partie 8

« Même après avoir appris la sorcellerie, je n’ai pas oublié ma vengeance. Au contraire, j’ai appris la sorcellerie pour pouvoir vaincre mon ami et Mlle Gremory. Mais elle m’a entraîné sans pitié malgré mon désir… C’était irritant, mais je ne la détestais pas. »

En écoutant cette partie, Zagan se sentait mal à l’aise. Mais l’expression de Kimaris était rapidement redevenue sombre.

« Après une dizaine d’années, Mlle Gremory s’est effondrée. »

Hein ? Était-ce son habituelle surcharge de pouvoir amoureux ou quoi que ce soit d’autre ? Zagan avait à peine réussi à garder ces mots pour lui.

« … Que s’est-il passé ? »

« Mlle Gremory est celle qui a arrêté mon déchaînement de violence. Mais en vérité, elle a été gravement blessée lors de la rencontre. À ce moment-là, la situation s’était aggravée au point que même son professeur n’a pas pu la guérir, et je ne connaissais que la sorcellerie utilisée pour le combat…, » Kimaris s’était arrêté et s’était couvert le visage. « … Et c’est là qu’il s’est montré une fois de plus. Mon ami. »

Il parlait comme si la relation complexe entre eux n’était pas encore claire.

« Mon ami me l’a dit. Il m’a dit qu’il pouvait sauver Mlle Gremory. Mais en échange, il voulait que je me sépare du pouvoir que j’avais acquis pour m’aider à accomplir ma vengeance. Je devais choisir. La vengeance… ou Mlle Gremory. »

Zagan se demandait quel genre de pouvoir il avait, mais il était clair qu’il l’avait choisie. Gremory était après tout toujours aux côtés de Kimaris.

« J’ai pris ma décision à ce moment précis. Je devais remercier Mlle Gremory pour ma vie, alors j’ai décidé de devenir assez fort pour la protéger. C’est pour ça que je me bats. »

« … Je vois. C’est donc pour ça que tu es si fort. »

C’est ainsi qu’il avait réussi à devenir un candidat Archidémon.

Zagan s’était ensuite moqué de lui en disant. « Et Gremory n’a aucune idée de tout ça ? »

« Je ne le lui ai pas dit, mais je pense qu’elle l’a déjà remarqué. »

Eh bien, cette mamie était toujours une ancienne candidate Archidémon. C’était une sorcière exceptionnelle qui rivalisait avec Barbatos. En fait, on ne savait même pas lequel des deux était le plus doué. Elle avait dû comprendre qu’il s’était passé quelque chose après qu’une blessure mortelle qu’elle avait subie ait soudainement guéri.

Je vois. C’est pourquoi Gremory agit ainsi seulement quand il s’agit de Kimaris… Zagan supposait qu’elle se sentait redevable envers lui parce qu’il avait dû renoncer à sa vengeance pour elle. Bien que, de son point de vue, ce n’était, rien de plus qu’une excuse. En tout cas, elle n’avait pas fait le tri dans ses sentiments depuis plus d’un demi-siècle, ce qui le laissait plutôt perplexe.

Attends… ? Attends. Un demi-siècle, ce n’est pas si long, n’est-ce pas… ? pensa Zagan. Il était totalement incapable de s’imaginer dans une relation intime avec Néphy dans 50 ans. Au contraire, il pouvait facilement s’imaginer rougir et se tordre pour la moindre chose, même après 100 ans.

« Hum, je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter, n’est-ce pas? » demanda Kimaris en penchant la tête.

« Oh, eh bien… comment dire ? Je réfléchissais simplement sur moi-même. Ne t’inquiète pas pour ça. »

« Oh… Vraiment. »

La façon dont Kimaris avait l’air convaincu de ce qu’il venait de dire avait rendu Zagan un peu déprimé. Et c’est à ce moment qu’il avait eu une soudaine prise de conscience.

Ça veut dire que son ami est toujours en vie ?

Et vu qu’il n’avait pas révélé son nom…

« Ça ne me dérange pas si tu refuses de répondre, mais laisse-moi te demander encore une chose, » déclara Zagan.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Cet ami que tu avais… S’appelait-il Shere Khan ? »

Kimaris se tut, ce qui était une réponse en soi. Ainsi, Zagan se leva en silence.

« Nous avons passé un peu trop de temps à bavarder. Nous allons être en retard pour le dîner si nous ne rentrons pas bientôt. »

« … Oui, » répondit Kimaris d’une voix sombre.

Zagan avait donné une bonne claque à la poitrine du lion.

« J’ai pour principe de répondre du mieux que je peux aux espoirs de mes subordonnés. Si tu le désires, je te servirai la tête de Shere Khan sur un plateau. Et si tu le souhaites, je n’hésiterai pas non plus à lui laisser la vie sauve. »

Il avait apparemment cédé toute décision sur la vie de Shere Khan à Kimaris.

Kimaris cligna des yeux de surprise, puis il fit un petit sourire et il déclara. « Je suis vraiment heureux d’être à votre service, mon roi. »

« Bienvenue à la maison, Maître Zagan. »

Zagan avait été accueilli par Néphy à son retour dans son château.

Hm ? Foll n’est pas là aujourd’hui ?

D’habitude, la fille de Zagan se trouvait juste à côté de Néphy pour l’accueillir, mais il semblait qu’elle avait beaucoup à faire. Une bonne partie du temps s’était involontairement écoulée à cause de sa discussion avec Kimaris. Il ne lui restait qu’un temps insignifiant pour s’entraîner, il avait donc mis fin à ses activités plus tôt, mais il n’était toujours pas rentré à temps pour voir sa fille.

Ce n’était pas de chance qu’il ne puisse pas voir le visage de Foll, mais le beau sourire de Néphy était plus que suffisant pour dissiper immédiatement la fatigue de toute la journée. Il vivait pour cette vision.

Non ! Ce n’est pas bon ! Je dois aller plus loin !

Il venait de vivre un moment de bonheur, mais si cela durait 50 ans sans changer, il ne pourrait jamais s’excuser suffisamment auprès de Néphy ou d’Orias. Et surtout, Zagan lui-même ne pourrait pas le supporter. Mais dans ce cas, que devait-il faire ?

Ma seule option est de l’inviter à un rendez-vous…

Cela faisait environ un mois depuis leur dernier rendez-vous. D’ailleurs, c’est Néphy qui l’avait invité la dernière fois. Et pourtant, parce qu’il avait pleinement pris conscience de ses lacunes dans la lutte contre Azazel, sa vie privée était morte pendant le mois qu’il avait passé à réfléchir à des contre-mesures et à s’entraîner.

Il avait, bien sûr, toujours du temps pour sa famille, comme Néphy et Orias. Mais les moments paisibles et tranquilles passés avec Néphy étaient le point de départ de Zagan. Cela n’avait pas changé même après qu’il ait gagné de nouveaux membres de famille avec Foll et les suivants. Au contraire, c’était précisément parce que sa famille s’était agrandie qu’il devait chérir le temps passé avec Néphy par-dessus tout. Il ne pouvait pas qualifier de famille une relation où son propre bonheur devait être mis en attente.

Azazel, Shere Khan et Bifrons n’étaient pas seulement des menaces pour sa vie. Zagan voulait vivre en paix avec Néphy, alors il combattait simplement ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Mais cela signifiait que ses priorités étaient à l’envers, puisque se préparer pour eux l’avait tenu éloigné d’elle pendant si longtemps.

« Écoute-moi, Néphy ! »

« Oui, Maître Zagan ? »

Cependant, alors qu’il était sur le point de l’inviter à un rendez-vous, il réalisa soudainement quelque chose.

« Hm… ? Tu as l’air plutôt pâle. T’es-tu reposé correctement ? »

« Hwah ? Hein… ? » Néphy s’était touché le visage en s’agitant. « Mes excuses. Je ne pensais pas que c’était assez grave pour se voir sur mon visage… »

« Il n’y a pas besoin de s’excuser. Plus important, s’est-il passé quelque chose ? »

Néphy s’étonna, secoua la tête et déclara. « Non, ce n’est pas ça… Hum, mes cours avec ma mère sont si instructifs que je finis par me coucher tard pour étudier sans même m’en rendre compte. »

« Vraiment ? »

Le développement d’une relation avec Orias était favorable, donc ce n’était pas quelque chose sur lequel Zagan devait la mettre en garde.

« J’ai essayé d’utiliser la sorcellerie pour maintenir ma santé, mais quand je perds ma concentration, c’est juste…, » Néphy s’interrompit et se couvrit le visage de ses deux mains, timide.

« Ne t’inquiète pas pour ça. De toute façon, repose-toi un peu demain. Nous avons suffisamment renforcé notre personnel pour que tu puisses prendre un peu de temps libre sans problème, n’est-ce pas ? »

Elle ne s’était pas beaucoup montrée au château ces derniers temps, mais Alshiera était aussi capable de faire le ménage. Malheureusement, Néphy avait baissé les épaules de honte en entendant ces mots.

« Bien… Nous avons… J’ai échoué en te faisant t’inquiéter pour moi, alors je vais me reposer. »

Néphy comprenait sa position et celle de ceux qui l’entouraient. Elle savait qu’essayer de s’encombrer de tout n’aidait pas les autres, mais les troublait au contraire. C’est pourquoi elle s’était pliée à cette règle.

« Oh, » dit Néphy, réalisant soudain quelque chose. « Je vais me reposer, mais qu’allais-tu dire, Maître Zagan ? »

Néphy était une femme vive, alors elle n’avait pas laissé passer ça.

« Euhhh… En fait, j’ai vraiment faim à force de bouger autant. J’aimerais avoir quelque chose de copieux à manger ce soir. »

Même Zagan savait qu’il ne fallait pas l’inviter soudainement à un rendez-vous demain dans une telle situation.

« Bien sûr ! Je m’assurerai que ta portion soit un peu plus grande. »

Il était inhabituel pour Zagan de faire des demandes particulières concernant sa nourriture, puisqu’il trouvait tout délicieux, aussi Néphy répondit-elle d’un ton joyeux en partant en courant.

Le visage heureux de Néphy est vraiment mignon… pensa Zagan en agitant sa main jusqu’à ce que sa bien-aimée ne puisse plus être vue, puis il tomba soudainement à genoux.

« S-Sire Zagan ? Y a-t-il un problème ? » demanda Kimaris d’une voix tremblante.

Ce n’est pas bon ! Je n’ai pas pu faire avec Néphy ce que font les couples normaux ces derniers temps !

Sa déficience envers Néphy l’avait rendu essoufflé. C’était la seule chose qu’il ne pouvait pas satisfaire avec la sorcellerie. Il était possible d’atténuer temporairement les symptômes en utilisant Mémorandum pour voir une image d’elle, mais sans la serrer dans ses bras, puis l’asseoir sur ses genoux, lui frotter les joues et jouer avec ses oreilles, il ne pouvait fondamentalement pas résoudre le problème.

Aaah… Ça fait combien de temps qu’on a parlé d’aller en ville et de trouver des vêtements pour l’autre ? Deux mois ? Pourquoi vis-tu, Zagan !? Il avait l’impression qu’il allait devenir fou à cause de sa propre inutilité et de son désir ardent pour Néphy. Pourquoi devait-il subir une telle souffrance ?

« … Désolé, Kimaris. Je pourrais bien tuer Shere Khan. »

« Qu-Quoi... ! ? A-t-il fait quelque chose ? »

Le sorcier connu sous le nom de Shere Khan respirait encore, donc Zagan et Néphy ne pouvaient pas profiter de leur temps ensemble en tant qu’amoureux. Tout était de sa faute. Le seul choix qui restait était de le tuer. Et pendant que Zagan y était, il s’était dit qu’il allait tuer Bifrons, vu que cet Archidémon était aussi susceptible de faire quelque chose de gênant. Il y avait déjà commis l’infraction précédente, celle de se mettre en travers de sa (fausse) lune de miel à Raziel. Bifrons allait très probablement se mettre en travers du chemin au milieu d’un autre rendez-vous, donc Zagan devait s’en occuper de manière définitive.

Et tandis que l’Archidémon se tortillait, il ne remarqua pas quelque chose d’assez important. Lilith se tenait dans l’ombre de la cuisine où Néphy venait d’entrer, et le regardait fixement.

***

Chapitre 2 : Le mal d’amour d’une fille est une calamité pour laquelle même un Archidémon ferait de l’hyperventilation

Partie 1

« Dans ce cas, j’hériterai du nom du Roi aux yeux d’argent, » déclara sans hésiter le garçon aux yeux d’argent.

Je ne pouvais pas le comprendre. Non, je ne pouvais pas le croire. Après avoir dit cela, il m’avait serrée dans ses bras avec une expression désolée.

« … À partir de maintenant, je suis sûr que tu vas traverser de nombreuses expériences douloureuses et amères durant le temps que tu passeras dans ce monde, Ashy. Et malheureusement, je ne pourrai pas rester à tes côtés dans ces moments-là. Alors… »

Le garçon sera mort avant moi. Il était possible pour lui de rejeter son humanité et de vivre éternellement comme un mort-vivant, mais il n’avait pas choisi cette voie. Même moi, je ne pouvais pas lui souhaiter une telle chose. Et bien que je comprenne cela, le garçon avait dit quelque chose de complètement inattendu. Je lui avais répondu d’une voix tremblante, lui demandant s’il comprenait vraiment le sens de ce qu’il disait.

« Hmm… C’est pourquoi je vais devenir le Roi aux yeux d’argent. Je n’ai pas besoin d’un nom sur ma pierre tombale. Tant que le monde parlera du Roi aux yeux d’argent, je serai là avec vous tous. C’est après tout la seule et unique chose que je peux laisser derrière moi pour vous. »

Ce garçon était un héros qui avait sauvé le monde. Même si c’était peu de temps comparé à moi, il aurait pu passer le reste de sa vie à se prélasser dans la gloire de ses accomplissements. Et pourtant, il avait dit qu’il voulait tout jeter et hériter du nom du Roi aux yeux d’argent.

« Préparons une histoire ensemble, Ashy. Une aventure dans laquelle tout le monde peut se plonger. Je veux dire, le Roi aux yeux d’argent est un héros de légende, non ? Oh, je sais ! Et si on chassait un méchant dragon ? Et puis, tu peux avoir le rôle de la princesse qui doit être sauvée. »

Le garçon parlait avec l’innocence d’un enfant. Je m’étais trouvée incapable de répondre tout de suite. Je savais que si j’essayais de dire quoi que ce soit, je ne serais plus capable de retenir mes larmes. C’est pourquoi j’avais fait de mon mieux pour sourire et lui dire qu’Orobas serait en colère s’il faisait d’un dragon le méchant.

« Oups. Fâcher Orobas, c’est un peu effrayant, hein ? OK, alors faisons d’Orobas mon compagnon qui a combattu à mes côtés. J’ai déjà combattu sur son dos, donc ce n’est pas vraiment un mensonge, non ? Quant au dragon maléfique… Oh, pourquoi pas Marbas ? »

Après cela, nous avions imaginé de nombreuses histoires. Nous étions tous deux encore jeunes, alors ce n’étaient que des histoires idiotes et banales. Néanmoins, ces histoires étaient imprégnées de nos vies.

« J’espère que tu pourras me pardonner de t’avoir tout mis sur le dos, » déclara le garçon quelque temps plus tard, en s’excusant jusqu’au bout.

J’avais secoué la tête, toujours aussi inchangée par le temps.

Je lui avais dit que j’avais reçu beaucoup d’amour.

Je lui avais dit qu’on m’avait laissé tellement de choses.

Et donc, je lui avais dit qu’il n’avait plus besoin de s’inquiéter.

Je ne savais pas si j’avais réussi à garder un sourire correct à ce moment-là. Mais malgré tout, le garçon avait touché ma joue et m’avait dit. « Prends soin de Zagan et de Lilith. »

Ce furent ses derniers mots.

◇◇◇

Alshiera s’était réveillée. Elle était à l’intérieur de la grotte sous le château de Zagan. C’était l’espace qu’elle avait emprunté pour entretenir ses chasseurs de séraphins et confectionner leurs munitions. Et comme elle monopolisait cet espace ces derniers temps, son propriétaire passait la plupart de son temps hors du château, au Palais de l’Archidémon.

« … Un autre rêve. »

Elle avait eu des rêves du passé assez souvent récemment. Alshiera toucha son abdomen. Il était encore humide d’un liquide sombre. La mort l’envahissait. Cependant, elle ne ressentait aucune peur. Au contraire, elle se rappelait simplement de nombreux souvenirs nostalgiques. Elle avait continué à exister dans ce monde en tant que morte-vivante pendant un millier d’années. Ainsi, dans un sens, le temps qu’elle avait passé dans ce monde ressemblait à une lanterne qui tournait très lentement.

« Si tu vis, tu vas sûrement… »

Il était aussi l’une des personnes qui avaient dit une telle chose à Alshiera. Et elle avait répondu à une telle demande avec une honnêteté insensée en « vivant » pendant mille ans. Il était temps pour elle de se reposer. Cependant… Alshiera avait fait un sourire doux-amer.

« Je suppose que ce n’était pas si mal. »

Pendant ces mille ans, Alshiera n’était en aucun cas seule. Elle gloussait en se remémorant son passé.

« Oui, tu as raison. Il en va de même pour toi, n’est-ce pas ? Azazel. »

J’ai aussi réussi à rencontrer cette fille une fois de plus… Alshiera réalisa qu’elle n’était pas du tout seule. Elle avait réussi à remplir sa promesse avec le Roi aux yeux d’argent. Elle avait choisi un endroit pour mourir. Tout ce qui restait à faire était de se préparer et de passer le temps qui lui restait à loisir.

Lors des dernières heures de temps libre dont elle disposait au cours de ses mille ans de vie, elle n’avait vraiment rien à faire. Elle avait passé tellement de temps dans ce monde qu’elle avait fait tout ce à quoi elle pouvait penser. Il ne lui restait plus qu’à s’asseoir dans le coin d’une pièce et à regarder distraitement sa famille s’amuser.

Peut-être que c’est tout ce qu’il y a dans les dernières années de la vie humaine…

Bien qu’elle ait toujours l’air d’une enfant, malheureusement.

Deux chasseurs de séraphins et des douilles vides reposaient sur la table en face d’elle. Les balles pour ces chasseurs de séraphins avaient été spécialement fabriquées. Alshiera était la seule capable de les créer. Et au maximum, elle pouvait en fabriquer dix par jour. Donc, en un mois, elle pouvait peut-être fabriquer un peu plus de 300 balles. Cependant, elle ne pouvait pas passer tous les jours assis là à fabriquer des munitions.

Ce jour-là, pendant Alshiere Imera, elle avait épuisé le peu de munitions qui restaient à Stern et Mond. Depuis, elle avait fabriqué des balles à partir de rien, ce qui lui avait permis de créer plus de mille balles.

Même lorsque son corps ne pourrait plus se maintenir, ces Chasseurs de séraphins resteraient derrière. Si quelqu’un les prenait en main, ils seraient sûrement utiles à Zagan.

« Juste un millier de tirs…, » marmonna Alshiera avec un soupir.

Combien de temps durerait une si petite réserve de balles dans la lutte contre Azazel ? Actuellement, Alshiera était celle qui possédait le plus de pouvoir au monde. Elle était tout à fait capable de massacrer les treize Archidémons, même dans son état de faiblesse. Et pourtant, ce n’était pas suffisant.

Elle ne pouvait que gagner un peu plus de temps. Même si elle n’arrêtait pas de dire que c’était son combat, elle n’avait pas d’autre choix que de le confier à Zagan en fin de compte. Peut-être était-ce simplement la limite de ce qu’une personne pouvait faire par elle-même.

De toute façon, Alshiera était la lie d’il y a mille ans, un mirage. Seuls ceux qui vivaient vraiment l’instant présent pouvaient faire le choix nécessaire, pas elle.

C’est terriblement irresponsable de ma part de ne rien leur dire malgré ça…

Alshiera laissa échapper un autre gloussement.

« Oui, oui, je sais. C’est comme tu le dis, Azazel. Mais c’est inévitable maintenant qu’Orobas est parti. »

À ce moment-là, des bruits de pas résonnèrent dans la grotte, alors que quelqu’un descendait l’escalier. Peu de temps après, une petite fille était apparue devant elle.

« Bienvenue à la maison, Alshiera. »

« Je suis rentrée, Foll. »

La relation d’Alshiera avec cette fille était plutôt compliquée. Lors de leur première rencontre, Foll l’avait méprisée. Pourtant, elle était la fille du bienfaiteur d’Alshiera, Orobas, ainsi que la fille adoptive du fils du Roi aux yeux d’argent, Zagan…

Ce sont tous des faits, mais il était difficile de dire qu’ils étaient suffisants pour décrire leur relation. Cependant, si elle devait choisir un seul mot pour la décrire…

Je suppose que ça fait de nous… des amies ?

Elle n’aurait jamais pensé qu’elle gagnerait une telle chose à son âge avancé. La vie est vraiment pleine de surprises.

« Tu es de retour tôt aujourd’hui. S’est-il passé quelque chose ? » demanda Foll.

C’était tard dans la nuit, à l’heure où l’on préparait le dîner. C’était aussi précisément l’heure à laquelle Néphy allait accueillir Zagan à son retour du Palais de l’Archidémon.

Et pourtant, elle est ici pour me voir, pas pour voir le Roi aux yeux d’argent. Ça doit vouloir dire qu’elle a quelque chose à dire qu’elle ne veut pas qu’ils entendent.

Normalement, Foll aurait dû être dehors à embrasser son père à cette heure. Mais ce jour-là, Alshiera était rentrée au château plus tôt que d’habitude. Elle rentrait souvent tard dans la nuit, puisqu’elle passait toute la journée à traîner autour de l’Église, mais pas cette fois.

Alshiera haussa les épaules et répondit. « J’ai poussé là où ça fait le plus mal en parlant à cette fille, alors je suis revenue en courant jusqu’ici. »

Foll hocha la tête comme si elle scrutait le véritable sens de ses paroles, puis conclut d’un ton ferme : « Veux-tu dire Nephteros ? »

« Teehee. Je me le demande… »

Ce n’était pas quelque chose qu’elle devait cacher, mais c’était devenu une habitude pour elle d’éluder les questions. Foll s’était probablement habituée à cette facette de la personnalité d’Alshiera. La petite fille apporta une chaise et elle assit à côté d’Alshiera.

« J’ai entendu le nom de mon père, » dit Foll.

« Oh, mon dieu, est-ce que ça a glissé de ma bouche ? » demanda Alshiera en mettant sa main sur ses lèvres. Bien que cela n’ait pas d’importance maintenant qu’elle avait été entendue. « En effet. Je me sentais juste un peu nostalgique. »

« Je veux que tu me parles de mon père. »

Même si elle appelait Zagan son père, Orobas était toujours le précieux père de Foll. Il était naturel pour elle de vouloir en savoir plus sur lui après avoir entendu son nom sortir des lèvres d’Alshiera, vu qu’elle connaissait le dragon sage.

« Je n’ai pas d’histoires aussi intéressantes que celles que vous espérez, sachez-le. »

« Je veux toujours les entendre. »

Foll était une fille très têtue.

Eh bien, je peux comprendre le désir du Roi aux yeux d’argent de répondre à une telle obstination… C’est pourquoi Alshiera avait décidé de répondre d’une manière inoffensive.

« Voyons voir… Chaque survivant d’il y a mille ans avait son propre rôle à remplir. »

« Est-ce à propos du fait que tu es une sorte de gardien ? »

« … Oh là, là. »

Elle n’était pas sûre que Foll ait compris toute seule ou que Zagan ait vu clair en elle. Alshiera ne croyait pas qu’elle l’avait laissé échapper par hasard, mais…

***

Partie 2

De toute façon, ils étaient sûrs d’arriver à la réponse tôt ou tard… Cela dit, ce n’était rien de plus que le passé pour Alshiera et Orobas. L’important était de savoir ce qu’ils choisiraient de faire une fois qu’ils auraient découvert la réponse.

Alshiera hocha légèrement la tête avant de poursuivre en disant. « Précisément. Je suis, pour ainsi dire, un gardien. Les mots que je prononce sont des contes de fées. Je suis un spectateur qui ne se mêle pas au monde actuel. »

Elle n’était même pas une actrice. Elle n’avait pas le droit de monter sur une grande scène. Bon, pour une spectatrice, elle avait l’impression de s’être impliquée assez fortement, mais cela restait dans les limites du permis. Pour le moins, elle n’avait rien fait pour orienter les actions de Zagan ou des personnes qui l’entouraient.

Après avoir réfléchi un moment, Alshiera était revenue à la question initiale de Foll et elle déclara. « Le rôle d’Orobas était celui d’un évangéliste. C’est lui qui était censé parler de ce qui s’est passé il y a mille ans. »

Mais il avait fini par mourir dans la bataille l’année dernière.

Nous ne pouvions pas nous permettre de gaspiller toute la puissance restante dans cette bataille… C’est pourquoi Marchosias, dont la puissance était déjà en déclin, et les Archanges qui avaient déjà dépassé l’âge d’or, étaient les seuls à participer. Les autres Archidémons et les jeunes Archanges qui avaient encore de la place pour se développer devaient être préservés.

Le Dragon Sage prit des mesures pour combler le manque de pouvoir, mais même lui ne put survivre au conflit. Avec la perte d’Orobas, il était incroyablement difficile pour les gens de cet âge de démêler la vérité sur ce qui s’était passé il y a mille ans. C’est pourquoi Alshiera devait répondre à contrecœur.

Foll leva les yeux vers Alshiera, qui faisait une expression de trouble, et elle lui demanda. « Alshiera. Es-tu… en colère contre mon père ? »

« Moi ? Pourquoi le serais-je… ? »

« Je veux dire, il était censé t’aider, non ? »

Alshiera commença à brosser la tête de la jeune fille plutôt innocente.

« Oh, je ne sais pas. Honnêtement, il m’a aidée plus que nécessaire au cours de ces mille ans. C’était vraiment un homme splendide. »

Si elle avait un regret, c’était de ne pas pouvoir lui rendre la pareille.

« Puis-je te demander… ce qu’était mon père pour toi ? »

C’était une question assez soudaine.

« C’est un peu difficile à expliquer… mais je suppose qu’il était un peu comme mon tuteur ? »

« Tuteur ? »

« Oui. À l’époque, il y avait beaucoup d’enfants sans parents vivants. Et il y avait tout autant d’enfants qui se battaient pour le plaisir d’une petite vengeance. Orobas était un professeur qui nous a montré à tous la bonne façon de se battre. C’était un parent qui nous a appris les moyens de survivre. »

« Oooh. Quoi d’autre ? » Foll poussa un soupir d’admiration et se pencha en avant, les yeux brillants.

« Eh bien, pour dire les choses simplement, il était strict. Quand je me battais comme si j’essayais de mourir, il se mettait en colère contre moi. Il n’avait pas l’intention de m’apprendre à me suicider, donc avec le recul, c’était parfaitement raisonnable. »

« Je ne peux même pas l’imaginer se mettre en colère. »

Peut-être qu’Orobas n’était rien de plus qu’un parent taciturne devant Foll.

« C’est vrai ? Dans mes souvenirs, il rugissait souvent d’une voix si forte que j’avais l’impression que mon cœur allait s’arrêter. Bien que, de nos jours, mon cœur se soit vraiment arrêté. »

C’était une blague cynique de vampire, mais Foll n’avait même pas gloussé. Peut-être qu’elle avait trouvé ça difficile à comprendre.

« C’était vraiment un grand inquiet bruyant. Je croyais sincèrement qu’il me détestait. Mais… »

« S’est-il passé quelque chose ? »

Voyant que Foll était si impatiente d’en savoir plus, Alshiera répondit d’un ton réticent. « … Lorsque je n’ai pas réussi à sauver un ami précieux, j’étais complètement perdue, car je ne savais même pas comment pleurer. Il s’est tenu à mes côtés et m’a dit que c’était bon maintenant, puisqu’il était là avec moi. Il a dit que c’était bon maintenant, alors je pouvais aller de l’avant et pleurer. Et puis, il m’a doucement effleuré la tête. »

Tout le monde vénérait Orobas comme le grand Dragon Sage. Mais pour Alshiera, il n’était rien d’autre qu’un vieil homme grincheux et gentil. À l’époque, elle n’aurait jamais imaginé qu’elle serait réconfortée par sa fille de la même manière mille ans plus tard.

« … Tout va bien. C’est bon maintenant. »

Deux mois s’étaient écoulés depuis que Foll l’avait enlacée en disant cela.

Alshiera esquissa un sourire et poursuivit. « Je suppose que ce n’est pas vraiment une histoire. »

« Ce n’est pas vrai. Je suis heureuse d’en savoir plus sur mon père. »

« … Tu es vraiment une bonne fille, » répondit Alshiera, en lui caressant la tête une fois de plus.

« Dans quel genre d’endroit as-tu vécu avec mon père ? » demanda timidement Foll.

« Oh, mon Dieu, vous n’êtes pas au courant ? »

Maintenant qu’Alshiera y pense, personne ne lui avait jamais posé la question, mais elle se disait que quelqu’un aurait déjà compris. Foll hocha la tête tandis qu’Alshiera la regardait comme si c’était quelque peu inattendu.

« Le Palais de l’Archidémon. Nous y avons vécu avec Marchosias il y a mille ans. »

Ce n’était rien de plus qu’une grotte au départ, mais ils avaient fait descendre des bâtiments de la surface pour la rendre habitable. Après tout, être sous terre était pratique pour se cacher des séraphins. C’était l’origine du Palais de l’Archidémon.

La chaise s’était brisée lorsque Foll s’était levée… ou plutôt, elle avait sauté sur ses pieds.

« Je veux aller le voir. »

« En ce moment ? C’est l’heure du dîner. »

« Mrrgh… »

Foll était l’une des aides qui préparaient les repas dans le château de Zagan. Alshiera était également responsable des tâches ménagères, elle pouvait donc au moins la remplacer, mais il était hors de question qu’elles partent toutes les deux à un tel moment.

Foll baissa les épaules d’un air abattu, l’air franchement déprimé.

« Et si nous y allions après le dîner ? » suggéra Alshiera avec un sourire.

« Je ne peux pas rester debout tard le soir. Zagan va se mettre en colère, » répondit Foll. Elle était une fille étrangement sérieuse lorsqu’il s’agissait de ces questions… bien qu’elle soit sorcière.

« Alors nous pouvons y aller demain. »

« Mmm ! »

« Est-ce tout ce que vous vouliez demander ? » demanda Alshiera avec un charmant sourire.

« Hein ? »

« N’avez-vous pas quelque chose à demander que vous vouliez cacher au Roi aux yeux d’argent et à Dame Néphy ? »

Foll avait probablement oublié après avoir entendu parler d’Orobas. Et donc, Alshiera avait décidé de lui offrir un gros cadeau, vu qu’elle était une si bonne fille. Cependant, elle l’avait regretté profondément l’instant d’après.

« … Oui, » dit Foll, se grattant la joue avec embarras avant de prendre la parole avec une expression très sérieuse sur le visage. « Je veux entendre parler de ta vie amoureuse. »

Ainsi, les nouvelles épreuves d’Alshiera avaient commencé.

◇◇◇

« Hnnngh ! C’était quoi cette accumulation explosive de puissance de l’amour !? »

Une sorcière fomorienne aux cornes tordues commença à faire du bruit. Kuroka et Shax se trouvaient actuellement dans la ville minière d’Orycheio, située à environ une journée de calèche à l’ouest de Kianoides. Elle était officiellement sous l’influence de l’Église, mais l’exploitation minière était plus rapide avec de la sorcellerie.

En conséquence, une ville remarquable était née où les sorciers et l’Église travaillaient ensemble. La grande majorité des mineurs étaient, en effet, des sorciers. Non seulement cela, mais il y avait aussi des magasins destinés aux sorciers, remplis de drogues, de golems, d’outils, et même de grimoires sans montrer un seul signe de tentative de dissimulation.

Après que Kuroka soit entrée dans un bar à l’aspect désolé dans cette ville minière, elle trouva la grand-mère troublée en train de crier et de faire des histoires à l’intérieur. En la voyant, Kuroka mit sa main sur son front, retenant un mal de tête.

« Hum, qu’est-ce que vous faites ici… ? » demanda-t-elle.

Gremory ne semblait pas l’entendre. La mamie était tombée à genoux d’un air découragé. Elle attirait beaucoup d’attention, alors Kuroka aurait aimé qu’elle arrête d’agir comme ça.

L’enchanteresse Gremory, contrairement à son comportement absurde, était la fidèle servante de l’Archidémon Zagan, placée à ses côtés comme sa main gauche. Elle avait normalement l’air d’une vieille mamie, mais actuellement, elle avait la forme d’une belle femme. Elle prenait cette forme quand elle était sérieuse, mais elle n’avait pas l’air sérieuse du tout.

Ne tenant pas compte du fait qu’elle dérangeait les autres clients en faisant du bruit au milieu du bar, Gremory se leva de manière instable. C’était comme si elle ne voyait pas du tout ce qui l’entourait, tant elle était consternée.

Lorsqu’elle était sous cette forme, elle était sans aucun doute d’une beauté extraordinaire — tant qu’elle gardait la bouche fermée — alors un sorcier à l’allure de hooligan, assis à une table voisine, tendit la main vers ses fesses.

« Gyah ! »

Le corps du pervers s’était effondré sur le sol avant que ses doigts ne puissent l’atteindre. C’était comme s’il avait été écrasé par une énorme main.

Est-ce la sorcellerie que Zagan a utilisée à l’époque contre cette chimère… ?

Zagan avait écrasé cette chimère grotesque que Bifrons avait envoyée en ville en faisant un léger geste de la main. Gremory avait reproduit cet exploit ici sans même faire le moindre geste. Elle avait simplement dirigé son regard vers l’homme.

Elle était un peu bizarre, mais c’était la crème de la crème en matière de sorcellerie. Même un non-sorcier comme Kuroka pouvait le dire facilement. Donc, n’importe quel sorcier serait capable de dire que cette mamie — enfin, cette belle femme — était bien au-delà de la norme.

« Ces cornes… Ce comportement foireux… Merde, c’est l’Enchanteresse Gremory. »

« Putain, qu’est-ce qu’elle fait là ? Son fief n’est-il pas à Kianoides ? »

« Ne faites pas de contact visuel. Vous ne savez pas ce qu’elle va vous faire ! »

« Nooon ! On va me prendre pour un pervers si on me voit si près d’elle ! »

Les clients environnants n’avaient pas vraiment montré d’admiration pour Gremory. C’était plutôt comme s’ils ne voulaient rien avoir à faire avec elle et prenaient leurs distances. La grand-mère déçue marmonnait toujours quelque chose pour elle-même.

« Ça vient de… Ce n’est pas possible… Le château de mon seigneur ? Ce pouvoir d’amour n’est pas le sien. La seule personne ici qui pourrait posséder un tel pouvoir d’amour… Ah ! Non ! Lady Alshiera !? »

« Lady Alshiera ? »

Kuroka avait réagi par inadvertance à la mention de ce nom. Sa voix semblait ramener Gremory à la raison. La grand-mère prit finalement un siège. Les autres clients de la table s’étaient alors enfuis en panique.

***

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