Kuma Kuma Kuma Bear – Tome 4

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Chapitre 75 : L’ours achète un magasin

Le jour qui suivit celui de mes adieux faits à tout le monde à la capitale, j’utilisais la porte de transport des ours pour retourner à Crimonia avec Fina.

« Yuna, c’était tellement amusant ! »

Mis à part l’armée de monstres mortels contrôlés par des nécromanciens, j’avais vraiment apprécié mon séjour à la capitale. Et j’avais en plus mis la main sur des pommes de terre et du fromage.

« Je suis heureuse de l’entendre. Si jamais tu veux y retourner, appelle-moi et on pourra utiliser la porte de transport des ours. »

« Oui ! Je veux y aller avec toute ma famille la prochaine fois. »

« Tant que tu gardes le secret de la porte de transport des ours, compris ? »

« Compris. »

Nous nous étions dirigés vers l’orphelinat afin que je puisse ramener Fina à Tiermina, qui aurait dû être occupée avec les kokkeko à l’orphelinat en ce moment. Quand j’étais arrivée au poulailler près de l’orphelinat, j’avais trouvé les enfants au travail. L’un d’eux m’avait remarquée avant que je puisse faire quoi que ce soit…

« C’est la fille aux ours ! »

… Ce qui signifiait qu’ils avaient tous remarqué. Ils se mirent à courir vers moi.

« Avez-vous tous bien travaillé ? »

« Oui ! »

Les enfants étaient tout sourire. Cool, on dirait que les choses sont O-okay.

« Tiermina est-elle dans le coin ? »

« Uhuh ! Elle compte les œufs là-bas. », dit un des garçons.

Il me désigna une petite cabane à côté du poulailler. J’avais remercié les enfants de m’avoir dit ça et j’y étais allée. J’avais trouvé Tiermina à l’intérieur, comptant les œufs avec Shuri à côté d’elle.

« Maman ! »

Dès que Fina vit Tiermina, celle-ci courut vers elle et la serra dans ses bras.

« Fina ?! »

« Sœur ! »

Shuri se précipita vers Fina et lui fit un gros câlin, rayonnante.

« Shuri, on est de retour ! »

« C’est bon de te voir, Tiermina. »

« Bienvenue à la maison, vous deux. »

Fina était enfin à la maison, saine et sauve.

« Comment était la capitale ? », demanda Tiermina.

Fina avait pratiquement explosé avec des détails.

« Ce n’est pas juste ! », dit Shuri tout en croisant les bras et en faisant une puissante moue de petite fille.

« Tu dois tout faire, sœurette ! »

Si j’allais ailleurs, je devrais m’assurer de les prendre toutes les deux, la pauvre enfant.

« Au fait, Tiermina, j’ai quelque chose à te demander — ou plutôt, à te confier. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

Je lui avais donné une explication simple sur Morin et sa fille, et comment j’allais ouvrir un magasin.

Tiermina s’était frotté les tempes : « Donc, en plus des œufs, vous vendez du pudding et du pain. Et vous dites que vous avez des boulangers qui viennent de la capitale ? Alors, que suis-je censée faire ? »

Elle semblait un peu exaspérée, mais je suppose qu’elle n’allait pas refuser pour autant.

« J’aimerais que tu t’occupes des ventes, du stock et, surtout, de l’argent de la boutique. »

« D’accord. Je n’ai pas à m’occuper des détails avant l’arrivée de cette Morin, n’est-ce pas ? »

« Et il y a aussi l’histoire du pudding, pourrais-tu donc parler à Milaine des œufs ? C’est comme ça qu’on décidera de la quantité de pudding à vendre. »

« Compris. Je lui parlerai la prochaine fois que je serai à la guilde du commerce. »

Elle n’était pas la seule à avoir des questions pour Milaine. Il y avait le truc avec les œufs, mais la boutique allait être plus grande que ce que j’avais initialement prévu, maintenant que nous cuisions du pain et des pizzas. J’avais aussi besoin de la consulter à ce sujet.

J’avais assez dérangé Tiermina pendant son travail, j’avais donc décidé de passer chez la directrice avant de rentrer chez moi… Mais elle était sortie, peut-être que je passerais plus tard.

Je m’étais ensuite dirigée vers la guilde des aventuriers.

« Mlle Yuna, déjà de retour ? », dit Helen

« J’ai un souvenir pour toi. »

J’avais sorti le cadeau de la capitale de mon rangement pour ours et je l’avais tendu.

« Un accessoire ? Pourquoi, merci beaucoup ! »

Quel soulagement ! Je ne savais pas ce qui était à la mode dans ce monde fantaisiste, j’avais donc simplement acheté ce que la personne du magasin m’avait recommandé. On dirait que tout s’est bien passé.

« Le maître de la guilde est-il là ? »

« Oui. Je vais aller le voir tout de suite, juste un instant. »

Elle était allée dans l’arrière-boutique pour appeler le maître de guilde et était revenue aussitôt.

« Il va vous recevoir dans son bureau. Veuillez venir par ici. »

Je l’avais remerciée et m’étais dirigée vers l’arrière-salle où se trouvait le maître de guilde.

« Vous êtes revenue rapidement », dit-il.

« Vous m’avez convoquée, alors me voici. Au fait, merci pour la lettre d’introduction. »

« Était-ce utile ? »

« Oh oui. J’ai eu des ennuis pendant un moment, mais après, le maître de guilde de la capitale m’a beaucoup aidée. »

« Du moment que c’était utile. Comment va cette bonne vieille Sanya ? »

« Elle va bien. Je pense que je lui ai laissé quelques dégâts à nettoyer. Ou, euh, peut-être plus que deux. »

Le maître de la guilde avait éclaté de rire. Sanya s’était occupée des aventuriers qui m’avaient donné du fil à retordre, de cette histoire de tueur de monstres, de la promesse faite au roi et de toute l’affaire Morin. Je ne pouvais pas lui parler de l’histoire de l’armée de monstres, alors je lui avais dit que, grâce à Ellelaura, nous avions pu voir le château, rencontrer Dame Flora, et que j’avais servi du pudding au roi et à Dame Flora.

« Pardonnez-moi, vous… avez cuisiné pour le roi et la princesse ? »

Il redressa quelques papiers, comme s’il essayait de rendre quelque chose, n’importe quoi un peu plus ordonné.

« Oui. »

Je lui avais ensuite parlé du couple de boulangers mère et fille que j’avais rencontré, du marchand corrompu, de l’aide de Sanya, et enfin de la grosse portion de pudding royal.

« Que pensez-vous que vous faisiez à la capitale ? »

« Écoutez, ce n’est pas comme si tout était de ma faute. »

Je ne pouvais pas fermer les yeux quand il s’agissait de Morin et de sa fille, et recevoir une demande du roi lui-même était la dernière chose que je voulais.

« Oui, oui. Err. Ce pudding dont vous avez parlé. Est-il vraiment si bon ? »

« Voulez-vous en goûter ? »

Je lui ai offert un peu de pudding pour le remercier de sa lettre d’introduction. Le maître de guilde le renifla, en prit une bouchée, puis une autre.

« Hm. Mon Dieu, c’est délicieux. »

Même le maître de guilde lui donna de bonnes notes. Peut-être que mon public était un peu plus large que je ne le pensais, hein ?

Après avoir quitté la guilde des aventuriers, je m’étais dirigée vers la guilde du commerce pour trouver Milaine afin de la consulter au sujet de la boutique…

« Yuna ! »

… mais ce fut elle qui me trouva.

« S’il vous plaît, ne criez pas mon nom », me suis-je plainte en me dirigeant vers sa place habituelle à la réception.

« Mes excuses. C’est sorti tout seul. »

« Tenez, j’ai un souvenir pour vous. »

Ce n’était pas un accessoire similaire au souvenir d’Helen, mais c’était proche.

« Merci beaucoup. Maintenant, Yuna, à propos de la boutique dont nous avons parlé l’autre jour… », dit-elle, rayonnante.

« J’ai trouvé quelques bons endroits pour l’emplacement. Comment voulez-vous procéder ? »

« J’allais justement demander ça. »

Après une rapide explication de ce qui s’était passé à la capitale, je lui avais dit que j’allais vendre du pain à côté du pudding, et qu’il faudrait que la boutique soit assez grande pour compenser.

Milaine hocha la tête d’un air pensif.

« Maintenant, quand vous dites “grande”, quelle taille allons-nous opter ? »

Eh bien, voyons voir. J’avais besoin d’une salle à manger pour les clients et, puisque je voulais employer les orphelins, j’avais besoin que la cuisine ait beaucoup d’espace, au cas où. Bref, j’avais décrit mes exigences pour le magasin comme elles me venaient à l’esprit.

« Le loyer sera dans ce cas plutôt cher. Mais c’est moi qui ai suggéré que vous devriez ouvrir un magasin, alors je serais heureuse de vous offrir une réduction. Mais si vous avez besoin d’un grand espace, ça fait quand même beaucoup d’argent… »

Milaine avait l’air troublée.

« Ne vous inquiétez pas pour le prix. Si c’est bien situé, je l’achèterai. »

« Yuna, un magasin n’est pas quelque chose que l’on achète sur un coup de tête. Pas pour la plupart des gens, en tout cas. »

Milaine semblait exaspérée, mais grâce à ce dieu et à ses objets en forme d’ours bizarre, je n’avais aucun problème d’argent. Pourtant, je ne pouvais pas partager cela avec Milaine. J’avais souri et j’avais fait comme si de rien n’était.

« Eh bien, tant que vous pouvez vous le permettre, la guilde du commerce n’a aucun problème avec ça. Le prix sera élevé, mais il y a un magasin avec toutes les caractéristiques que vous cherchez. »

D’après Milaine, le bâtiment était grand et proche de l’orphelinat. Parfait. Maintenant, tout ce que j’avais à faire était de vérifier le prix et de le voir par moi-même.

« Combien ça coûterait ? »

Milaine sortit un dossier, y réfléchit un peu, puis écrivit une somme sur un papier avant de me le tendre.

« Avec une remise, je suppose que c’est le mieux que je puisse faire. »

Le montant qu’elle proposait semblait vraiment élevé. Pour le moins, c’était plus cher que le terrain que j’avais acheté près de l’orphelinat. Pourtant, c’était bien dans mon budget d’ours magique. J’avais décidé de regarder le bâtiment et de décider ensuite.

« Bien sûr. Je vais vous y conduire maintenant. »

Comme Milaine me l’avait dit, le magasin était assez proche de l’orphelinat et, bien qu’il n’y avait pas de bâtiments à proximité, on arrivait à une route passante après avoir marché un peu. Même si une file d’attente se formait devant le magasin, cela ne gênerait personne.

Le seul problème était que…

« C’est un magasin ? »

Cela ressemblait bien plus à un manoir. Peut-être que je me suis imaginé des choses ? J’avais frotté mes yeux, mais le bâtiment n’avait pas perdu son aspect de manoir.

« Ça n’en a pas l’air. »

« Pas encore. Le manoir aura besoin d’être rénové. »

Un manoir transformé en magasin, hein ? Eh bien, ce n’est pas comme si j’avais des problèmes avec l’emplacement. Et plus je le regardais, plus je trouvais son prix raisonnable.

« Puis-je voir l’intérieur ? »

« Naturellement. »

Milaine prit la clé et ouvrit la porte. Nous y étions donc entrées. Il y avait un escalier massif à l’avant et une vaste surface vide autour. Si j’installais des tables et des chaises ici, cela pourrait faire un bon espace de restauration. En continuant à l’intérieur, il y avait un couloir à gauche, et au bout de ce couloir, j’avais trouvé une cuisine. Elle semblait plus que suffisamment grande. Il y avait assez de place pour que Morin et Karin puissent travailler, et pour que les orphelins puissent les aider.

« Il y a aussi une chambre froide, donc vous aurez beaucoup de place pour la nourriture. »

J’avais jeté un coup d’œil dans la chambre de stockage. C’était plutôt spacieux. En fait, c’était assez grand pour que je puisse stocker les œufs et le pudding ainsi que les ingrédients pour le fromage et le pain. C’était peut-être encore mieux que ce à quoi je m’attendais.

« Et l’autre couloir ? »

« Il y a des chambres par là. On peut même y voir le jardin. »

Quand j’étais allé vérifier, j’avais effectivement trouvé plusieurs chambres, chacune avec une vue sur le jardin. Je pourrais probablement les transformer en chambres de luxe. J’étais ensuite allée vérifier le deuxième étage.

Quand j’étais montée à l’étage, j’avais trouvé plusieurs chambres et une surface spacieuse, bien qu’elle ne soit pas aussi grande qu’au rez-de-chaussée. Apparemment, il s’agissait d’un manoir d’aristocrates et les lits, les armoires et les autres meubles des chambres étaient laissés tels quels. Si quelqu’un voulait vivre ici, c’était prêt à être emménagé.

Je pourrais transformer le premier étage en magasin et faire vivre Morin et sa fille au deuxième étage.

Mais, en y regardant de plus près, on aurait dit qu’elle n’avait pas été nettoyée depuis longtemps. Les murs et les tapis étaient sales. Mais bon, des nettoyeurs professionnels pourraient s’en occuper assez facilement.

J’avais décidé de faire des folies et d’acheter ce petit manoir. Les détails, je pouvais les garder pour demain. Aujourd’hui, je m’occupais juste de toutes les formalités liées à l’achat de l’endroit.

***

Chapitre 76 : L’ours remodèle la boutique

Le jour après l’achat de la boutique, je m’étais rendue à l’orphelinat afin de rencontrer la directrice pour prendre des nouvelles et lui parler de la boutique. J’avais vu un groupe de petits enfants qui jouaient à l’extérieur de l’orphelinat. Attendez, est-ce que je connaissais ces enfants ? Bien sûr que oui, hein ?

J’avais rassemblé les enfants qui s’étaient approchés de moi et leur avais distribué des fruits que j’avais achetés à la capitale comme souvenirs. Quand j’avais goûté les fruits, ceux-ci étaient sucrés et acidulés. Je leur avais dit de partager. Après m’avoir donné une réponse polie, ceux-ci s’étaient dirigés vers l’orphelinat. Je les avais suivis à l’intérieur pour voir la directrice.

« Oh, qu’est-ce que vous avez tous là ? »

J’avais entendu la voix de la directrice.

« Nous l’avons obtenu de la fille-ours ! »

« Oh ! Yuna est là ? »

« Yuna est là. Je suis de retour. », avais-je dit en me mettant en évidence.

« Vous êtes de retour. Vous devez être épuisée par le voyage. »

C’est vrai. Techniquement, j’étais allée à la capitale pour travailler sur une quête d’escorte, mais tout cela ressemblait plus à des vacances.

« Directrice, comment vont les enfants ? »

« Ils vont bien, grâce à vous. Ils mangent bien, dorment bien, et font de leur mieux pour maintenir l’orphelinat à flot. »

De bonnes nouvelles pour tout le monde, donc. Je lui avais dit que je commençais une boulangerie et je lui avais demandé si elle pouvait y affecter quelques orphelins.

« Une boulangerie ? »

« Oui. J’aimerais bien que les enfants me donnent un coup de main. »

« Nous avons des enfants qui ne travaillent pas bien avec les oiseaux, et il y en a aussi qui aiment simplement cuisiner. S’il y a des enfants qui veulent faire du bénévolat, permettez-leur d’en faire. »

S’il y avait des enfants qui aimaient cuisiner, ils seraient certainement un atout. Faire du pain restait quand même un travail manuel, ils s’en sortiraient donc beaucoup mieux s’ils étaient volontaires. Pas de travail forcé pour les orphelins, merci beaucoup.

« De combien d’enfants avez-vous besoin ? »

« J’ai besoin de personnes pour préparer la nourriture et pour servir les clients, j’aimerais donc avoir trois enfants pour chacune de ces tâches, soit six au total. Bien sûr, je les ferais travailler à tour de rôle, pour qu’ils apprennent à connaître toutes les tâches dans une certaine mesure. »

Cela semblait être une quantité décente d’orphelins.

« Je vois. Alors, rassemblons les enfants pour le leur demander directement. »

La directrice dit aux enfants près d’elle de rassembler tout le monde. Les enfants se séparèrent pour chercher les autres. Ils devaient être principalement dans le poulailler, mais il y en avait probablement dans l’orphelinat. Pendant que j’attendais, les enfants commencèrent à se rassembler dans le réfectoire.

« Qu’est-ce qu’il y a, directrice ? »

« Je vous le dirai quand tout le monde sera là. Asseyez-vous et attendez. »

Les enfants obéirent aux instructions de la directrice. Quelques enfants m’avaient remarquée et s’étaient approchés, mais la directrice les avait avertis et ils prirent place. Le temps que tous les orphelins finissent de se rassembler, j’étais sûre qu’ils étaient plus nombreux.

« Tout le monde, s’il vous plaît, écoutez attentivement ce que je vais dire. Cela peut décider de votre avenir. »

Décider de votre avenir ? Ça semblait exagéré. Je suppose que ce n’était pas comme si ça n’avait pas de sens dans un monde fantaisiste. S’ils pouvaient apprendre à cuisiner, ils pourraient gagner leur vie avec ça. Pour les orphelins, c’était comme leur montrer un nouvel avenir.

« Il semblerait que Yuna va ouvrir une boulangerie, et elle veut que six d’entre vous l’aident. Il y aura du travail physique ainsi que du service à la clientèle. Ce sera probablement difficile à bien des égards. Des volontaires ? »

« Vous faites seulement du pain ? »

« Principalement, mais vous ferez aussi du pudding. »

« Moi ! Je vais le faire. »

« Oh ! Oh, moi aussi. »

« Comptez sur moi ! »

Dès que j’avais dit qu’on ferait du pudding, des enfants levèrent la main.

« On va vendre le pudding. Vous ne pourrez donc pas le manger. »

« Aie. »

« Allez, vous le saviez bien, non ? Aussi, puisque vous devrez gérer l’argent, je vais donner la priorité aux enfants qui savent lire, écrire et faire des maths. »

« Aie. »

Comme ils feraient du commerce, j’avais besoin qu’ils soient capables de mémoriser les informations sur la marchandise, et ce serait un problème s’ils ne savaient pas compter l’argent.

« Je sais lire, écrire, et faire des maths. Je suis volontaire ! »

« Ouais, moi aussi ! »

« Je ne suis pas très bon en maths, mais je veux essayer. »

« Je veux faire de la pâtisserie ! »

Ils levèrent leurs mains les uns après les autres. La directrice utilisa son jugement pour en choisir quelques-unes pour moi. On s’était retrouvé avec quatre filles et deux garçons. Nous avions confié à Miru, l’aînée de douze ans, le rôle de chef et lui avions demandé de gérer tout le monde.

« Dès que la boutique sera prête, je viendrai vous voir. »

Après avoir réglé les choses à l’orphelinat, je m’étais rendue au manoir pour faire les préparatifs nécessaires. L’endroit était vraiment immense — je n’avais pas pu m’empêcher de me sentir un peu intimidée quand je m’étais trouvée devant, même si j’imaginais plutôt quelque chose comme un fast-food. Mais comme j’avais déjà acheté la chose, il était inutile de me prendre la tête.

L’emplacement était vraiment génial. Le grand terrain était proche de l’orphelinat et un peu à l’écart de la route principale de la ville, mais pas trop loin pour que nous n’ayons pas de clients. J’avais utilisé la clé de Milaine pour ouvrir la porte et j’étais entrée.

Première étape : aller à la cuisine et installer le four en pierre dont nous aurions besoin pour faire du pain et des pizzas. J’avais mis provisoirement tout ce qui pouvait me gêner dans la réserve des ours, puis j’avais regardé la cuisine maintenant vide pour trouver un emplacement pour le four.

J’avais installé trois fours au bord de la cuisine. J’avais vérifié la chambre froide l’autre jour, je n’avais donc pas besoin de faire quoi que ce soit à ce sujet. De quoi d’autre aurions-nous besoin ? J’avais réfléchi, mais rien ne m’était venu à l’esprit. Je verrai ça avec Morin quand elle arrivera.

C’était tout pour la cuisine. J’avais donc grimpé les escaliers jusqu’au deuxième étage. C’était petit comparé au premier étage, mais il y avait une zone sans rien. Je pourrais probablement en trouver l’usage.

Au-delà de cette zone vide, il y avait des couloirs à droite et à gauche qui menaient à des pièces comme des salons ou des chambres avec leurs propres lits et meubles. Une chambre double conviendrait certainement à Morin et Karin. Après un dernier passage au deuxième étage, je m’étais dirigée vers le jardin.

Plutôt spacieux ! Je pourrais peut-être en faire un café en plein air quand il fera beau, même s’il était plus qu’envahi par la végétation pour le moment. Il faudrait que je demande à Milaine ce qu’il en est.

Les préparatifs s’étaient déroulés sans problème les jours suivants. Grâce à Milaine, j’avais pu nettoyer l’intérieur et le jardin. J’avais également recueilli l’avis de Milaine et de Tiermina sur la décoration intérieure — des choses comme le nombre de chaises et de tables, la meilleure utilisation des pièces vacantes et du jardin, toutes ces bonnes choses — mais je leur avais surtout dit quelle ambiance je souhaitais et je les avais laissées s’en occuper.

Alors que nous étions encore en train de préparer la boutique, Morin et sa fille étaient arrivés de la capitale, se rendant directement à l’orphelinat.

« Yuna, tu es déjà là ? »

« Oui, euh, j’ai pris un peu d’avance. » Je ne voulais pas mentionner la porte des ours, après tout.

Je pouvais voir qu’elles étaient fatiguées, c’était un long voyage depuis la capitale. J’avais décidé de laisser une discussion détaillée pour demain et de leur donner un peu de temps pour se reposer. Après une rapide présentation de la directrice, nous nous étions toutes les trois dirigées vers la boutique et leurs chambres.

« Yuna, l’auberge est-elle loin ? », demanda Karin derrière moi.

« Vous n’allez pas à l’auberge. Nous allons à la boutique où vous allez travailler. »

« La boutique ? »

« Il y a de jolies chambres vides là-bas, alors j’ai pensé que ça pourrait être un bon endroit pour dormir. Ça rend le travail plus pratique et tout. »

Je les avais conduits à la boutique… et elles se figèrent quand ils la virent.

« Yuna, tu as dit que c’était une boutique. C’est un manoir. »

Le manoir se dressait bien devant elles.

« Ancien manoir, futur magasin. Qu’est-ce que c’est que ces mots, hein ? », dis-je en haussant les épaules

« Ça va être un magasin ? Veux-tu dire qu’on va vendre du pain dans un manoir ? »

« Ancien ! Je veux dire, j’ai seulement fini de remodeler l’intérieur jusqu’à présent. »

Je n’avais toujours pas d’enseigne ou de nom pour ce magasin. J’espérais faire un brainstorming avec tout le monde. Peut-être que c’était un snack-bar, ou peut-être un café. Ou non, une boulangerie, une pizzeria, un pudding, peut-être un de ces combinés hors de prix jeu de société-snack-bar-café-brasserie ?

« Tu veux faire du pain dans un endroit comme celui-ci… »

« On passera aux choses sérieuses demain. Reposez-vous pour aujourd’hui. »

J’avais conduit le duo dans le manoir.

« C’est incroyable. »

« Maman, on va vraiment vendre du pain ici ? »

Elles examinèrent l’étage ouvert, maintenant sans taches.

« Le premier étage est un magasin, donc… oui. Vous pouvez utiliser les chambres du deuxième étage. »

Je leur avais montré leurs chambres momentanément.

« Wôw, on va vraiment vivre ici ? »

« Le trajet court est un vrai bonus, non ? »

Je les avais emmenées dans les pièces intérieures du deuxième étage. Le décor n’était pas vraiment époustouflant, mais c’était quand même très joli. Avec une fenêtre, le plan sophistiqué ressemblait vraiment à la maison d’un noble.

« Et voilà. Je vais sortir les bagages que j’ai apportés de la capitale pour vous, alors faites-moi savoir si quelque chose ne vous convient pas. »

Leurs meubles et autres objets de la capitale étaient dans mon entrepôt à ours. J’avais commencé à les sortir.

« Vous pouvez utiliser les meubles qui sont déjà là comme vous le souhaitez. »

« On peut vraiment dormir sur un lit comme ça ? », dit Karin en le touchant, émerveillée.

« Pourquoi pas ? La literie est aussi neuve, donc c’est plutôt confortable. »

« Merci beaucoup pour tout. », dit Morin en inclinant la tête.

« J’ai aussi nettoyé la baignoire, alors utilisez-la quand vous voulez. »

« Une baignoire… »

Morin avait pratiquement haleté.

« Rien que d’y penser, j’en ai des frissons dans le dos », balbutia Karin.

« Super. Si vous avez besoin d’autre chose, faites-le-moi savoir. », dis-je.

« Rien en particulier. C’est juste trop. »

« Ouais… »

Eh. Après avoir vécu ici un moment, je suppose qu’elles trouveront ce dont elles ont besoin.

« Très bien, je reviendrai demain, alors allez-y doucement pour aujourd’hui. »

Sur ce, je les avais laissées et j’étais sortie du manoir transformé en magasin.

Le lendemain, j’avais amené les six orphelins volontaires au magasin. Ils étaient déjà venus plusieurs fois. La première fois, ils étaient choqués, mais ils semblaient tout de même assez enthousiastes à l’idée de travailler là.

L’arôme délicieux du pain nous envahit. Morin et Karin faisaient du pain dans la cuisine. Si j’avais su qu’elles allaient faire du pain, je n’aurais pas déjà pris mon petit-déjeuner.

« Bonjour, les gars ! »

« Bonjour, Yuna », dit Karin.

« Vous avez eu une bonne nuit de sommeil ? »

« Oui, je me suis endormie dès que je me suis mise sous les couvertures. »

« C’est bien. »

« Bonjour, Yuna », dit Morin.

« Vous cuisinez déjà ? »

« Je voulais me familiariser avec les fours. Comme j’ai trouvé des ingrédients pour le pain, j’ai tout préparé dans la soirée. »

Je suppose qu’elles avaient exploré la cuisine après que je sois rentrée.

« Comment sont les fours ? Tout fonctionne bien ? »

« Pour l’instant, tout va bien. Ça va prendre du temps de comprendre les bizarreries des fours, mais c’est normal. »

« Les fours ont des bizarreries ? »

« Oh, certainement. Certains endroits seront plus chauds que d’autres, et je dois savoir combien de temps il faut pour que la température monte. Ces facteurs varient d’un four à l’autre et affectent la cuisson du pain. »

C’était vraiment une pro. Quand je faisais une pizza, j’improvisais. Pas étonnant que le pain de Morin soit si bon.

« Yuri, qui sont ces enfants ? »

« Ne t’ai-je pas parlé d’eux hier ? Ils vont t’aider à la boutique. »

Les enfants avaient salué Morin avec fougue.

« Pourrais-tu leur apprendre à cuisiner ? Tu n’as pas besoin de leur dire la recette de ton mari, mais ce serait vraiment bien. »

Si c’était hors de question, ils resteront cloisonnés au pudding et à la pizza.

« C’est bon. Savoir que le pain de mon mari sera partagé avec des gens me rend heureuse. »

« Très bien, tout le monde, après qu’elle vous aura enseigné, assurez-vous de ramener le pain avec vous à l’orphelinat. »

Les orphelins laissèrent échapper des applaudissements enthousiastes. Aww !

***

Chapitre 77 : L’ours réfléchit à un nom de magasin

Les travaux de préparation du magasin étaient presque terminés, mais un problème subsistait : nous n’avions toujours pas de nom. Lorsque j’avais essayé de demander conseil à Morin, elle m’avait dit que c’était mon magasin et que c’était à moi de décider.

C’était bien beau, mais… j’étais terriblement mauvaise pour nommer les choses. J’avais même utilisé mon propre nom dans le jeu. J’avais appelé mes invocations d’ours Kumayuru et Kumakyu parce qu’ils étaient kuma-kuma, comme dans le mot japonais pour ours. Les ours semblaient heureux de leurs noms, mais c’étaient des ours magiques et ils avaient probablement leur propre conception des choses. Non, je n’avais aucune confiance en ma capacité à nommer quoi que ce soit, et même après avoir réfléchi à un nom de magasin pendant plusieurs jours… aucune idée, la tête vide. J’avais donc décidé de demander à chacun ses suggestions.

J’avais réuni la gérante de la boutique, Morin, et sa fille, Karin, les aides de l’orphelinat, Milaine, de la guilde des commerçants, qui avait participé à la rénovation, Helen, qui m’aidait à la guilde des aventuriers, Tiermina et ses filles Fina et Shuri, qui me donnaient toujours un coup de main, et Noa, qui était revenue de la capitale — quatorze personnes au total.

Puis, nous étions entrés dans le vif du sujet :

« La boulangerie de l’ours. »

« Le restaurant de l’ours. »

« La pizzeria de l’ours. »

« L’Ours et le Pudding. »

« Le restaurant de l’ours. »

« L’Ours avec vous. »

« L’Ours… »

« L’Ours… »

Elles étaient arrivées avec un déluge insupportable de noms d’ours.

« D’accord, alors… vous semblez toutes assez déterminés à mettre ours dans le nom. Pourquoi ? »

Je savais déjà pourquoi, mais j’avais quand même demandé. Peut-être qu’elles allaient me donner une réponse inattendue.

« Je veux dire… »

« Yuna… »

« Uhh… »

Tout le monde m’avait fixée. Bon, d’accord. C’était ma boutique, d’où le truc de l’ours. Ça ressemblait quand même beaucoup à une répétition de l’histoire de Kumayuru et Kumakyu. Mais je n’allais pas leur dire non, et je m’en fichais un peu. Dans mon monde d’origine, il y avait aussi des magasins avec « ours » dans leur nom. Ça m’avait juste un peu déprimée d’entendre tout le monde le dire à voix haute.

« Eh bien, que pensez-vous de “La boutique de l’aventurière Yuna” ? », se risqua Helen

« Non ! », l’avais-je coupée. D’une certaine manière, ça sonnait trop fade. Si nous allions dans cette direction, alors « La boulangerie de Morin » ferait tout aussi bien l’affaire.

Quand je l’avais dit à Morin, celle-ci l’avait gentiment écarté en disant : « C’est ta boutique. »

« Je pense qu’il doit y avoir “ours” dedans », dit Karin.

Noa hocha la tête.

« C’est vrai. Parce que c’est la boutique de Yuna. »

Tout le monde fit un signe de tête à Noa. Il fut alors décidé que l’ours serait utilisé dans le nom, et tout le monde commença à proposer de nouvelles idées. On dirait que j’étais coincée avec « ours ». Peut-être que les autres étaient aussi mauvaises que moi pour nommer les choses.

Ours ? C’est bon. Mais qu’en est-il du reste du nom ? Personne ne pouvait décider.

« Et si on choisissait d’abord l’uniforme du magasin ? J’ai réfléchi à quelques idées. », lâcha Milaine.

J’avais cligné des yeux : « Un uniforme ? »

« Il faut qu’ils portent quelque chose lorsqu’ils servent les clients. »

Je me souvenais bien avoir vu une fois des employés d’un grand magasin de la capitale porter des choses qui ressemblaient à des robes tabliers. C’était un look plutôt mignon. Peut-être que des vêtements de bonne et de majordome fonctionneraient dans un monde fantaisiste ? J’avais essayé d’imaginer les enfants dans ces vêtements. Hmm.

J’avais hoché lentement la tête.

« C’est une bonne idée, les uniformes. »

« N’est-ce pas ? J’ai donc fait un ensemble juste pour essayer », Milaine sortit un uniforme plié de son sac d’objets et l’étala.

« Est-ce un ours ? »

« Si c’est ta boutique, Yuna, il fallait bien que ce soit un uniforme d’ours. »

En disant ces mots redoutés, Milaine mit les vêtements d’ours en évidence. Ugh. Je n’étais pas littéralement une ourse, et je ne voulais vraiment pas que cela devienne ma marque pour toujours.

Milaine pivota jusqu’à ce que ses yeux se posèrent sur l’une des orphelines.

« Miru, ne veux-tu pas essayer ça ? », demanda-t-elle à la fille.

Allez, c’est impossible que ça marche. Même Miru ne porterait pas une tenue aussi embarrassante.

« Oooh ! Puis-je vraiment ? ! »

Mais Miru semblait ravie. Aucun dégoût, aucune horreur sur son visage. En fait, certains des enfants la regardaient avec jalousie.

« Tu as tellement de chance. »

« Pas juste ! »

« Ooo ! Moi la prochaine ! »

Mais… mais… ! Argh ! Miru avait l’air extatique quand elle prit l’uniforme d’ours et les autres enfants étaient verts de jalousie. Peut-être que j’étais l’intruse ?

Je m’étais frotté les tempes.

« Tu n’es pas gênée ? »

« Bien sûr que non. Je vais te ressembler, Yuna. Je suis si heureuse. »

Les autres enfants avaient hoché la tête. Était-ce à cause de l’histoire du « sauvetage de l’orphelinat » ? Ils ne me faisaient pas passer pour un héros ou quelque chose comme ça, non ? Miru avait commencé à se changer immédiatement, jetant ses vêtements pour enfiler l’uniforme.

« Miru, arrête ! », avais-je dit.

Elle inclina alors la tête vers moi.

« Trouve un vestiaire ou autre chose. »

Milaine hocha la tête.

« C’est vrai. Tu deviens trop âgée pour ce genre de choses. Viens avec moi. »

Milaine s’était levée et avait conduit Miru dans une des pièces du fond. Miru avait déjà douze ans, il fallait vraiment qu’elle se fasse une raison sur ce genre de choses. Les garçons étaient peut-être plus jeunes qu’elle, mais ils restaient des garçons, et ils vieillissaient. Je suppose que j’aurais besoin de désigner des vestiaires.

Après un moment, Miru était revenue avec l’uniforme. Il ressemblait beaucoup à mon body d’ours, jusqu’à la capuche. Il y avait même une petite queue sur ses fesses pour compléter le look mignon. Je suppose que ce n’était pas vraiment un uniforme, mais plutôt une parka d’ours ? Allaient-ils vraiment porter ça au travail ?

« Qu’est-ce que vous en pensez ? »

Miru avait l’air ravie alors qu’elle tournait lentement sur place pour montrer l’uniforme. Pourquoi était-elle heureuse de cette chose ?

« C’est vraiment très beau. »

« Eeeee ! Tu es si chanceuse. »

« Migonnnnnne. »

Elle était couverte d’éloges de toutes parts. Ce n’était vraiment pas mal. C’était mignon. Mais, je voulais dire, allez. Un uniforme d’ours. Je voulais y mettre un terme, mais je ne pouvais pas me résoudre à dire quoi que ce soit. C’était franchement trop adorable.

Pourtant, je sentais que quelque chose manquait. J’avais regardé Miru de haut en bas. Oh ? C’est vrai… ça semblait bizarre parce que Miru n’avait pas de chaussures. Quand Milaine remarqua que je fixais les pieds de Miru, celle-ci fouilla dans son sac d’objets comme si elle se souvenait de quelque chose.

« Miru, essaye ça. »

Elle sortit de son sac des chaussures qui ressemblaient beaucoup aux miennes. Elles étaient toutes deux noires pour aller avec les vêtements, contrairement aux blanches et noires des miennes. Miru enleva ses chaussures et mit celles de Milaine. Elle était en ours de la tête aux pieds.

Tiermina rit : « Oh, mon Dieu, tu leur as même fait des chaussures ! »

La foule était bouche bée.

Milaine secoua la tête : « J’ai demandé à quelqu’un d’autre de les faire. Mais elles sont belles, n’est-ce pas ? »

Les petits pieds de Miru étaient emmitouflés dans les chaussures qui ressemblaient terriblement aux miennes. Bon sang, je savais que Milaine était une fonceuse, mais là, ça semblait un peu extrême.

« Honnêtement, » continua Milaine, « J’ai aussi envisagé d’acheter des gants, mais ils m’empêcheraient de cuisiner et de servir, alors je me suis contentée des chaussures. À moins que tu ne veuilles les gants. »

Elle m’avait lancé un regard plein d’espoir.

« Je pense que c’est mieux sans gant. »

Milaine avait réussi à ne pas avoir l’air trop déçue.

« Comment tu les trouves, Miru ? »

« Très agréable ! »

Miru sautillait pratiquement dans la boutique dans ses chaussures d’ours.

« Ils vont vraiment travailler en portant ça ? », avais-je soupiré.

« Tant que vous donnez votre permission », dit Milaine.

« Yuna, je veux les porter. S’il te plaît, s’il te plaît ? », me supplia Miru.

Hmm. Eh bien, ce n’est pas comme si je les portais. (Attends, je portais des trucs d’ours, n’est-ce pas ? Zut.)

« Si vous êtes toutes d’accord avec ça, alors je suppose que c’est bon. », avais-je dit.

Tant que les enfants étaient heureux, alors peu importe. Ce n’était pas comme si quelqu’un les obligeait à porter ces trucs débiles.

« Je suis d’accord avec ça », dit un des garçons.

« Moi aussi », dit un autre.

« Moi aussi ! »

Attendez, les garçons aussi ? Ce serait mortifiant quand ils y repenseraient plus tard. Eh bien, pas de retour en arrière, les garçons.

« On dirait qu’on va porter l’uniforme d’ours », dit Milaine en chantant.

« Attendez un peu. Ça veut dire que je dois porter ça ? », dit lentement Karine.

Elle était silencieuse, mais maintenant elle désignait l’uniforme de Miru.

C’est vrai. Les enfants n’étaient pas les seuls travailleurs. Si Karine devait aussi s’occuper de la boutique, elle devrait aussi porter l’uniforme au travail.

« C’est mignon sur les enfants, mais je ne suis pas sûre que ce soit pareil pour moi… »

Karin avait 17 ans, non ? Si on était au Japon, elle serait en deuxième année de lycée. Je suppose que cette tenue serait embarrassante à cet âge.

« Je pense qu’elle t’ira très bien, Karin. »

« Mais Mlle Milaine, tu ne la porterais pas toi-même, hein ? »

« Eh bien, j’ai une vingtaine d’années, donc ça n’irait pas. Mais je pense que tu as le bon âge pour le porter. Ça t’ira très bien, profite en tant que tu le peux ! »

« Il n’y a aucune chance que je puisse servir les clients dans cette tenue embarrassante ! »

Wôw. Je devais garder cette « tenue embarrassante » tout le temps parce que je perdrais mes pouvoirs si je ne le faisais pas. Et je ne devais pas seulement servir les clients dans cette tenue — j’avais vaincu des méchants, tué des monstres, j’étais allée à la capitale et j’avais même rencontré le roi, tout ça habillé en ours.

« Comme je vais faire du pain avec ma mère, dans la cuisine, je pourrais être dispensé de porter ça ? »

« Les enfants ne peuvent pas servir les clients sans surveillance. Et n’es-tu pas censée être responsable de l’étage, Karin ? », avais-je dit.

Nous en avions déjà discuté. Morin s’occuperait de la cuisine, tandis que Karin gérerait la devanture et donnerait des instructions aux enfants.

« Mais… »

Karin nous avait lancé un regard désespéré.

« Pff. Heh. Bwahahahahah ! », Milaine éclata alors de rire.

Karin cligna des yeux.

« Mme Milaine ? »

« C’était juste pour les enfants. Mais si vous voulez le porter, je peux vous arranger ça. »

« Ugh, je préfère mourir. »

Ça semblait un peu trop.

« Mais, je me demande si je ne pourrais pas te faire porter au moins un bonnet d’ours ? », dit Milaine

En tout cas, Karin semblait soulagée après avoir réalisé qu’elle n’aurait pas à porter l’uniforme et Milaine semblait ravie à la vue de l’apparence oursonne de Miru.

« Merci beaucoup pour le modèle, Miru. »

Quand j’avais demandé combien les uniformes coûteraient, Milaine m’avait dit qu’elle s’en chargeait, mais je ne pouvais vraiment pas la laisser faire. De plus, j’aurais probablement besoin de quelques pièces de rechange. Nous nous étions donc arrangés pour que je paie les extra.

« Mais comment nommeras-tu la boutique ? », demanda Fina, nous ramenant au sujet principal. Après une longue discussion, nous nous étions mis d’accord sur un nom.

« L’Antre de l’Ours ».

Nous y voilà. C’était agréable, chaleureux et relaxant. Prenez une pizza et hibernez un peu, pourquoi pas ?

***

Chapitre 78 : L’ours ouvre sa boutique

Maintenant qu’on avait notre nom, Milaine l’avait fait mettre sur une enseigne de la guilde du commerce… ou elle allait le faire, mais quelqu’un avait mentionné qu’une enseigne pour un « Antre de l’ours » devait avoir un signe ours. Comme ma maison d’ours, elle devait avoir l’allant immédiat d’un gros ours.

« Suis-je censée le faire comme ça ? » (Comme d’habitude, je suppose.)

« Si on demandait à un artisan de le faire, ça prendrait du temps. Vous ne pouvez pas le faire, Yuna ? »

Hmm. Elles savaient déjà que je pouvais faire toute une demeure sur le thème de l’ours.

« Il y a déjà un bâtiment ici, donc je ne peux pas le faire exactement comme ma maison. »

« Nous vous laissons le soin de régler les détails, Yuna, d’autant plus qu’aucune d’entre nous ne sait exactement ce que vous pouvez faire en utilisant votre magie. »

Et ce fut ainsi que j’avais été chargée de rendre ma propre boutique plus « ours ». Ce qui voulait dire… quoi, exactement ? Elle avait déjà un extérieur, et je n’allais pas tout démolir et recommencer. Quelle plaie !

Après la réunion du jour, chacune était retournée à son travail ou à sa maison — Milaine et Tiermina étaient allées à la guilde du commerce pour négocier l’enseigne et les uniformes, Morin et Karin étaient allées dans la cuisine pour nettoyer, Miru et les autres orphelins avaient ramené à l’orphelinat le pain qu’ils s’étaient entraînés à cuire. Helen était rentrée chez elle et Lala, la bonne, était venue chercher Noa. À la fin, Fina et Shuri étaient les deux seules restantes.

« Maintenant que vous faites une boutique, vous allez pouvoir manger du pudding quand vous voulez ! », s’était exclamée Fina.

« Pas vraiment. Ça dépend de la quantité d’œufs qu’on a. »

Comme je devais vendre des œufs en gros à la guilde du commerce à intervalles fixes, Tiermina et Milaine allaient s’en occuper. Fina savait aussi comment faire du pudding pour elle-même, elle n’avait donc pas besoin de se rendre à la boutique.

« Hé, les filles ? À quoi ressemblerait un magasin d’ours, d’après vous ? »

« Des ours ! », cria Shuri tout en sautant de haut en bas.

Fina acquiesça.

« Et si on la décorait avec des ornements en forme d’ours ? »

Des décorations en forme d’ours, hein ? J’avais fait la maison d’ours, donc je suppose que je pourrais faire quelque chose comme ça en utilisant la magie.

Dans un premier temps, j’avais installé deux statues d’ours à l’entrée. J’avais rassemblé le mana dans mes marionnettes d’ours et les avais imaginées. Dans mon monde, il y avait ces mignonnes figurines de la culture pop, les Nendoroid, avec des petites têtes qui représentaient environ deux cinquièmes de leur taille.

J’avais utilisé de l’argile comme support. De la couleur serait bien, alors j’avais utilisé la magie pour rassembler différentes teintes de terre. Ce n’était pas vraiment un joli arc-en-ciel de couleurs, mais c’était mieux qu’une pure couleur argileuse. Si jolie et mignonne…, nous avions une mignonne statue d’ours Nendoroid.

« C’est trop mignon. »

« Ours ! »

Les deux s’étaient précipités pour roucouler sur l’ours en forme de Nendoroid.

« Vous pensez que ça a l’air bien ? »

« Ouais. C’est tellement mignon que je vais imploser ! »

Et les testeuses se déchaînaient ! J’avais installé mes ours mignons au deuxième étage et à l’extérieur pour qu’ils se démarquent. Mais, hmm… oui, les statues d’ours étaient jolies et tout, mais quand j’avais regardé à nouveau le bâtiment de face, je ne pouvais toujours pas dire quel genre d’établissement c’était censé être. Comment les passants étaient-ils censés savoir pour notre pain aux ours ? J’étais retournée à l’avant du bâtiment et j’avais fait un ours géant tenant une énorme miche de pain.

Comme on le faisait dans le cadre d’une boulangerie.

Après avoir décoré l’extérieur du bâtiment, je m’étais dirigée vers le jardin. Nous avions opté pour un café en plein air. Tout le monde était d’accord pour dire que la nourriture était meilleure à l’air libre. Je m’étais mise au travail afin de fabriquer des ours pour le jardin, en mélangeant un peu pour varier les plaisirs. J’avais fait un ours qui s’appuyait contre un arbre, un ours qui lançait un coup de poing, et une maman ours avec son petit. Oh, et il fallait bien un mignon ours endormi.

Whoa. Je suis une artiste maintenant ? Est-ce que ça compte ?

Shuri s’était précipitée et s’était accrochée à l’ours endormi.

« Shuri, tu vas salir tes vêtements. »

Fina avait traîné Shuri jusqu’à moi.

« Mais l’ours », fit remarquer Shuri.

Shuri semblait réticente à partir, mais j’avais fini avec la terrasse du café et j’avais conduit les deux à l’intérieur.

« En fais-tu aussi pour l’intérieur de la boutique ? », demanda Fina.

« Ehh. C’est possible. Où devrais-je les faire ? »

Le magasin était rempli de tables et ce n’était pas comme si je pouvais en faire au milieu des allées.

« Tu n’as pas besoin de les faire trop grandes. Peut-être des petites ? »

Ce n’était pas une mauvaise idée. J’avais inspecté l’intérieur de la boutique et j’avais regardé les tables. Peut-être là ? Je m’étais approché d’une table et j’avais fait apparaître une petite statue d’ours chibi de type Nendoroid en son centre.

« C’est un petit ours », s’émerveilla Shuri. Elle s’était avancée sur sa chaise et lui avait donné un petit coup.

« Shuri, pas de contact. », prévint Fina

« Mais… c’est un joli ours. »

Il était peut-être trop mignon. Je ne voulais pas d’histoire d’ours ici, alors j’avais ajouté un peu de magie pour attacher l’ours à la table.

« Il ne s’enlèvera pas, même si tu l’abîmes », avais-je dit à Shuri.

Celle-ci avait donné un coup, mais il n’avait pas bougé d’un pouce. Ça devrait empêcher tout incident de vol d’ours, non ?

J’avais installé d’autres ours dans des poses amusantes sur les autres tables, dont un ours debout, un ours qui se bat, un ours qui dort, un ours qui court, un gros tas d’ours, un ours qui danse, un ours qui brandit une épée, un ours qui mange du poisson, un ours qui boit du miel et un ours qui fait un câlin. Les tables terminées, je m’étais mise au travail sur les murs : des ours s’étaient balancés en bas des murs, avaient escaladé des piliers, avaient aiguisé leurs griffes dans les coins. Comment appelle-t-on un endroit rempli d’ours, d’ailleurs ? Une école d’ours ? Une meute ? Une ourserie ?

Karin était descendue de l’étage.

« Yuna, qu’est-ce que vous faites ? »

« Des ours », avais-je dit.

Karin regarda autour d’elle les ours chibi qui décoraient la boutique.

« Oui, franchement… Et ils sont mignons. Ce genre d’ours ne me ferait pas peur même si je les croisais dans les bois. »

Elle en poussa un sur une table.

« Tu crois qu’on va avoir des clients ? »

Eh bien, c’était une toute nouvelle boutique dans un endroit peu connu, servant une cuisine peu familière. Je suppose que c’était une préoccupation.

« Je pense qu’ils viendront. De plus, j’ai demandé une campagne de publicité qui soit une véritable attraction. Et avec le pain de Morin et la pizza, le pudding, les chips et les frites… je pense qu’on est bon. »

« Les chips et les frites étaient délicieuses. Oh, et le fromage allait très bien avec le pain. »

J’avais vaguement hoché la tête.

« Je suis néanmoins un peu inquiète quant à la quantité de fromage que nous avons en stock. Nous pourrions ne pas avoir assez pour répondre à la demande. »

Nous avions besoin de fromage pour le pain et la pizza, nous en avons donc utilisé des tas. Je m’inquiétais également de notre approvisionnement en pommes de terre pour des raisons similaires.

« Où achetez-vous le fromage ? », demanda Karine.

« À un vieux type à fromage. Il est venu à la capitale pour le vendre. »

« Attends, il n’était pas de la capitale ? Mais alors… »

« Ce n’est pas grave. J’ai demandé où il habitait, comme ça on pourra aller dans son vieux village à fromage si on veut. »

« Et pour les patates ? »

« Elles devraient être livrées à l’orphelinat un peu après le mois prochain, mais je vais aller en acheter si on a besoin. »

C’était pénible de devoir sortir, alors j’espérais que les pommes de terre arriveraient à temps. Mais, d’après Fina, des vendeurs de pommes de terre venaient parfois en ville. J’avais demandé à Tiermina de vérifier cela. Si tout allait bien, nous pourrions peut-être vendre toutes les pommes de terre juste à temps pour l’arrivée du nouveau lot.

Nous avions prévu d’ouvrir dans dix jours. L’enseigne et les uniformes seraient heureusement faits avant. Je bombardais les guildes de marchands et d’aventuriers de prospectus publicitaires. Tout était prêt.

Il ne me restait plus qu’à compter sur le travail des enfants.

Tout le monde était devenu fou des figurines d’ours. Milaine m’avait même demandé d’en faire un à côté du panneau. Je n’avais pas pu me résoudre à refuser, alors j’avais fini par sculpter un ours qui s’accrochait au bord de l’enseigne. Parfois, on avait l’impression que c’était Milaine qui dirigeait vraiment la boutique, tant elle prenait l’initiative afin de s’occuper de toutes les formalités et négociations ennuyeuses. Elle s’occupait de la vaisselle et d’autre chose, et elle avait même obtenu des ingrédients pour nous à prix réduit. Je ne pouvais donc vraiment pas dire non à tout ce qu’elle demandait. Ce n’était pas que ça me dérangeait, vu à quel point elle était serviable, mais je me demandais comment se passait son vrai travail.

À chaque fois que j’avais demandé, elle disait quelque chose comme : « Tout cela relève du travail de la guilde du commerce, donc il n’y a pas de problème. »

Les enfants étaient ravis des uniformes dès qu’ils furent arrivés. Nous en avions même des supplémentaires et quelques un pour Fina et Shuri, qui aideraient.

J’avais demandé aux enfants de s’exercer aux mathématiques et de mémoriser les noms des menus et leurs prix. Ils avaient ensuite appris à tout cuisiner et nous nous étions entraînés à accueillir les clients. Mon armée d’orphelins joyeux s’était consacrée à l’étude sans une seule plainte.

Et finalement, le jour d’ouverture était venu. Tout le monde était nerveux. Les enfants étaient agités et n’arrêtaient pas de jeter des coups d’œil dehors. Je pense que Morin et moi étions les seules à ne pas paniquer. Quand l’heure d’ouverture était arrivée, on ouvrit les portes et… personne.

« Personne ne vient. »

Karin regarda l’entrée. Il n’y avait aucun signe de personne.

« On vient juste d’ouvrir. »

Les enfants avaient l’air déçus après s’être échauffés.

Peut-être n’avais-je pas fait assez de publicité ? J’avais au moins demandé à Milaine et Helen de mettre respectivement plus de tracts dans les guildes des marchands et des aventuriers. Nous avions même demandé à des amis d’en mettre aussi.

Un peu après l’ouverture du magasin, notre premier client était enfin arrivé.

« Hey, donc. Ahem. Bonjour. »

Le maître de la guilde des aventuriers avait redressé sa cravate.

« Bienvenue. »

Normalement, les enfants servaient les clients, mais comme c’était le maître de la guilde, j’avais décidé d’être son hôtesse.

« Quel petit endroit excentrique vous avez là », avait-il dit en regardant le magasin, rempli de figurines d’ours et d’enfants en uniformes d’ours.

« Est-ce que c’est trop ? », avais-je demandé.

« Vous voulez parler des ours à l’extérieur et à l’intérieur ? Ils feraient certainement réfléchir certaines personnes, mais je pense qu’ils attireraient aussi des gens par curiosité. »

Eh bien, ils se démarquèrent, c’est sûr. Espérons que l’ours porteur de pain l’aide à ressembler davantage à une boulangerie.

« Alors, que puis-je vous servir ? », avais-je demandé une fois qu’on avait atteint le comptoir.

« Des recommandations ? »

« La pizza, le hamburger et les pains sont des repas, et les articles à base de pommes de terre sont censés être des collations. Le pudding est pour le dessert. Consultez votre estomac et revenez me voir. »

Nous avions mis en place un système pour que vous commandiez et payiez au comptoir arrière, et que vous y récupériez aussi la nourriture. Ils devaient cependant attendre un peu pour la pizza.

« Je vois. Dans ce cas, je vais prendre la pizza puisque Helen m’a dit que c’était bon. »

« Et que voulez-vous boire ? La pizza est un peu huileuse, donc je recommande quelque chose de rafraîchissant. »

« Alors, le jus d’oran. »

Il termina sa commande et paya. Quelques minutes plus tard, Morin fit cuire la pizza et les enfants l’apportèrent aussitôt.

« Est-ce une pizza ? »

Le maître de la guilde regarda la pizza comme si c’était une sorte de scène de crime à base de gluten. Puis il hocha la tête, l’accepta ainsi que le jus d’oran, et se dirigea vers un siège.

« Ça commence », dit-il doucement, et… il prit une bouchée. Puis il en prit une autre. Et une troisième. L’inertie s’était installée.

« Oh, mon dieu, c’est… quelle merveille ! »

En un clin d’œil, il consomma toute la pizza et, quelques secondes plus tard, vida le verre de jus d’oran.

« Je suis content que ce soit à votre goût. »

« Oui, oui. Les autres trucs. Comment est-ce ? Est-ce aussi bon ? »

Son œil avait tressailli.

« Je crains que vous ne deviez en décider vous-même. Chacun a ses préférences. »

« Très bien, comment puis-je ajouter quelque chose à ma commande ? »

« Vous pouvez retourner au comptoir comme tout à l’heure pour en acheter plus. »

« Génial. »

Le maître de guilde se leva et commanda un hamburger au comptoir. Il savoura chaque bouchée. Il était pratiquement rayonnant au moment de partir.

Le temps passa et, heureusement, les gens arrivèrent petit à petit. Peut-être avions-nous ouvert au mauvais moment, mais nous avions commencé à avoir plus de clients à l’approche de l’heure du déjeuner.

J’avais probablement dû remercier le maître de guilde et Helen, car un groupe d’aventuriers était passé. Certains d’entre eux s’étaient moqués des statues d’ours, mais ils se turent après avoir reçu un regard furieux de l’Ours sanglant elle-même et ils avaient tranquillement passé leurs commandes — pizza et pain. L’Ours Sanglant recommanda des frites et du pain. Ils obéirent. Après avoir fini de manger, ils étaient repartis, satisfaits de leur repas et surtout pas terrifiés par moi.

Après cela, des clients réguliers étaient venus en suivant les conseils de Milaine et des tracts. Dans l’ensemble, ce n’était pas un mauvais départ, non ?

… pour ne pas dire plus. Car au lieu d’avoir moins de clients après le rush du midi, nous en avions plus. Apparemment, les clients qui mangeaient ici pendant le déjeuner avaient fait connaître la boutique.

Les statues d’ours invitaient aux commérages, le pain salé invitait à la clientèle, et le pudding donnait à notre patronage un bonus de 1,75× au moins. Comme je ne savais pas combien nous allions vendre et qu’il y avait le problème de l’inventaire des œufs, j’avais fait trois cents puddings, mais le stock faiblissait. Même si les œufs étaient beaucoup moins chers qu’avant, le prix des puddings restait assez élevé. Peu importe, car les clients (surtout les filles) continuaient à les acheter les uns après les autres. Personne ne s’était soucié de la limite d’un par client, et certains en avaient acheté trois ou quatre en douce.

Puis vint la ruée vers l’après-travail (les aventuriers). Le maître de guilde et Helen s’étaient complètement surpassés avec leur publicité. Nous avions épuisé nos réserves de pudding et nous nous étions retrouvés avec une tonne de clients déçus qui avaient pris la porte. Le pain que nous avions sous la main s’était immédiatement vendu, et même si les enfants avaient aidé Morin à cuire de nouveaux pains, il y avait trop de commandes. Même Fina avait dû participer et aider.

J’avais commencé à faire attendre les clients, juste au cas où il y aurait un problème. Karin et les enfants ne seraient pas en mesure de gérer la faim de pudding des aventuriers violents.

J’espérais laisser mon personnel manger après la ruée du midi, mais nous n’avions même pas le temps pour ça. Sans assez d’ingrédients pour servir le dîner, nous avions fini par fermer plus tôt.

***

Chapitre 79 : L’ours soumet une quête à la guilde des aventuriers

« Je suis morte. M-O-R-T-E. Décédée. »

« Siiiii fatiguééééeee… »

On s’était étalés sur les chaises du magasin, complètement épuisées. Même les enfants, toujours aussi énergiques, semblaient épuisés.

« Je n’aurais jamais pensé que nous aurions autant de clients, » dit Morin en sirotant son thé avec un sourire crispé.

« Pourquoi y en avait-il autant ? Crimonia n’a-t-elle pas de boulangerie ? » demanda une Karin légèrement étouffée parce que son visage était écrasé contre la table.

« Nous en avons une, mais je ne sais pas combien de temps elle va rester maintenant que tout le monde a goûté à la pâtisserie de Morin. »

Au moment où j’avais fait l’éloge du pain de Morin, Karin s’était réjouie.

« Votre pizza et votre pudding se portaient plutôt bien aussi. Je ne me souviens même plus du nombre de pizzas que nous avons cuites. », avais-je ajouté

Le pain de Morin n’était pas la seule chose qui s’était envolée des étagères — la pizza, le pudding et les frites aussi.

« Mais ça ne peut pas continuer comme ça, sinon nous allons mourir à la tâche demain. »

J’étais d’accord. Non seulement les clients pullulaient, mais les ingrédients s’amenuisaient.

« Morin, comment ça s’est passé en cuisine ? »

« Nous préparons le pain la veille et le faisons cuire tôt le matin. Si nous devons augmenter la production, j’aimerais vraiment avoir quelques fours de plus. Comme ça, je pourrais cuire plus de pains simultanément. »

Plus de fours ? C’était du gâteau.

« De cette façon, » poursuit-elle, « nous pourrions cuire des pizzas au fur et à mesure des commandes, et cuire le pain populaire lorsque nous avons besoin de suppléments. Nous avons réussi aujourd’hui uniquement grâce à l’aide des enfants. Mais la préparation pour demain sera un calvaire si on se retrouve avec le même nombre de clients. Nous devrons avoir beaucoup de choses prêtes, sinon nous nous retrouverons dans la même situation qu’aujourd’hui. Le fait de ne pas avoir le temps de faire une pause est aussi un problème. »

C’est vrai. Si elle préparait le pain la veille, se levait à l’aube pour le cuire et ouvrait juste après l’avoir terminé, elle n’aurait pas le temps de se reposer. De plus, plus ils seraient fatigués, moins ils seraient efficaces et plus ils seraient susceptibles de faire des erreurs.

« Et si on ouvrait plus tard ? Nous avons plus de clients qui arrivent à l’approche du déjeuner. Si nous utilisions ce temps d’avance pour le travail de préparation, tout le monde pourrait déjeuner avant l’ouverture. Nous ne nous retrouverons pas avec les mêmes problèmes qu’aujourd’hui. », avais-je demandé.

J’avais pu faire en sorte que les enfants aient quelque chose à manger aujourd’hui, mais Morin, Karin et moi-même n’en avions pas.

« Cela nous aiderait. J’aimerais aussi donner aux orphelins un peu de temps libre. »

Morin regarda alors les enfants. Ils s’assoupirent sur leurs chaises. Ils avaient été sur les nerfs toute la journée et étaient probablement épuisés.

Pour ce qui est de l’heure de fermeture, j’avais dit : « Je pense que nous devrions allouer une certaine quantité d’ingrédients par jour et, une fois qu’ils sont épuisés, nous devrions fermer. »

Morin faisait du pain supplémentaire chaque fois que nous faisions une vente. Puisque nous faisions les choses de cette façon, la cuisson du pain ne connaîtra jamais de fin.

« Es-tu sûre ? »

« Je veux dire, je ne fais pas ça pour devenir riche. Tant que vous pouvez garder votre boulangerie en activité et que les enfants peuvent travailler, qui s’en soucie ? Et de toute façon, je ne perdrais pas d’argent. Si nous avons autant de demandes, je pense que c’est bon. »

« Oui », dit Tiermina.

Elle avait pris des nouvelles de nous tout au long de la journée et s’était même jointe à nous.

« Nous faisons plus qu’assez de bénéfices. Mais le magasin aura quelques dépenses, donc je pense que nous devrions économiser autant que possible. »

« Vous n’avez pas à vous inquiéter pour ça. »

« Si je ne m’en faisais pas, où cela te mènerait-il ? »

Tu ne vois toujours rien, Tiermina. J’avais encore l’argent que j’avais gagné dans mon monde d’origine et l’argent que j’avais gagné en tuant des monstres. Tant qu’on ne perdait pas d’argent, tout allait bien. Mais je l’avais laissée faire.

« De plus, les ingrédients sont limités. Ce n’est pas comme si on pouvait les sortir de nulle part. Si nous continuons à utiliser les œufs, le fromage et les pommes de terre à ce rythme, nous allons en manquer tout de suite. C’est pourquoi nous devons délibérément doser la quantité que nous utilisons pour une journée. », avait-elle poursuivi

Hmm. Si on avait une quantité fixe de tout ce qu’on utilisait par jour, ça faciliterait aussi le réapprovisionnement.

« C’est vrai. À part la farine, beaucoup de choses que nous utilisons sont difficiles à se procurer. Nous ne pouvons pas non plus réduire davantage le nombre d’œufs que nous vendons par le biais de la guilde commerciale. »

Nous avions réduit la quantité d’œufs que nous vendions en gros à la guilde pour l’ouverture du magasin, et nous avions déjà atteint la limite de notre potentiel de production de pudding. Nous devions également traiter précieusement nos pommes de terre et nos puddings jusqu’à ce qu’une occasion de nous approvisionner se présente.

Si nous voulions offrir plus de produits, nous devions garantir que nous avions assez d’ingrédients. Je n’aurais jamais pu imaginer que nous aurions autant de clients le premier jour.

« Aussi, tous les six jours de travail, nous aurons un jour de congé. », avais-je dit

« Un jour de congé ? »

Les gens de ce monde ne prenaient généralement pas de jour de congé. Je n’avais jamais vu les restaurants ou les auberges prendre des vacances. En échange de cela, ils se créaient des créneaux de temps libre pendant les heures de travail pour faire d’autres choses. Mais nous n’avions pas eu de temps libre. Pendant que le magasin était ouvert, nous devions nous engager auprès des clients. Après cela, nous devions nettoyer, préparer, et faire toutes sortes d’autres choses.

Mais surtout, les enfants avaient besoin de pauses.

« Le jour où nous n’ouvrons pas le magasin. Vous pouvez aller faire du shopping, dormir ou autre. Ce sera un jour où vous vous reposerez pour pouvoir revenir au travail plein d’énergie. »

« Es-tu sûre qu’on doit faire des pauses ? Nous ne pourrons pas vendre autant. »

« Je préférerais vraiment qu’on prenne des jours de congé à tour de rôle, mais on n’a pas assez de personnel pour ça. »

Les enfants travaillaient dans ce monde, mais ils restaient des enfants. Ils n’étaient pas des esclaves, et je me sentais mal de ne pas les laisser se reposer. Les enfants passaient avant les profits.

« Parlons maintenant de l’étage. As-tu eu des problèmes ? », avais-je demandé à Karin. Même si je travaillais aussi à la devanture, elle était responsable de l’étage.

« Il y avait des clients qui semblaient vouloir ramener les ours à la maison. »

J’avais bien vu des clients qui essayaient d’arracher les ours des tables. Pas de chance, les gars, les nounours étaient fixés.

« Quelques clients nous ont également demandé de les vendre », déclara Karin.

« Ils ne sont pas à vendre, je pense que je vais devoir mettre un avis à ce sujet. Y a-t-il autre chose ? », avais-je demandé aux employés de l’étage.

« Certains clients étaient agacés par le temps d’attente au comptoir. »

« Alors je vais installer un autre comptoir pour demain. Il y avait beaucoup de gens qui voulaient juste du pudding, peut-être que nous devrions mettre le réfrigérateur avec le pudding à côté du comptoir pour réduire le temps d’attente. »

Nous avions discuté des points problématiques que nous avons rencontrés tout au long de la journée. Gérer une entreprise était certainement difficile. Si j’avais eu de l’expérience dans la vente de produits dans mon ancien monde, nous n’aurions probablement pas été aussi épuisés. Les seules choses qu’un ermite de quinze ans comme moi connaissait venaient des mangas, de la télévision et d’un roman léger fantaisiste occasionnel. Ce n’était pas comme si je les étudiais pour obtenir des conseils commerciaux, donc mes plans étaient pleins de trous. Pourtant, grâce aux travailleurs, nous avions passé la journée sans trop de problèmes.

Tiermina s’était levée et partit corriger les heures d’ouverture sur les tracts que nous avions distribués… mais il était peut-être trop tard pour cela. La plupart des gens étaient passés sans se rendre compte qu’il y avait des horaires. S’ils venaient pendant les mêmes heures qu’aujourd’hui, nous n’aurions pas de problème, mais il y avait une chance qu’ils essaient de passer le matin. Il y avait aussi la possibilité que d’autres problèmes surgissent. J’étais à l’affût de tout vaurien aujourd’hui, mais il y aurait probablement des choses que je ne pourrais pas voir. De plus, tous les employés étaient des femmes et des enfants. Si quelque chose arrivait, que se passerait-il si je ne pouvais pas y faire face seule ?

Je m’étais donc dirigée vers la guilde des aventuriers.

« Yuna, que fais-tu ici à un moment pareil ? », me demanda Helen. Je l’avais trouvée en sortant de la guilde.

« Vous rentrez chez vous ? »

« Oui, mon service est terminé. Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Je suis venu soumettre une quête. »

« Une quête ? »

« En quelque sorte. J’espère prévenir les problèmes avant qu’ils ne surviennent. »

J’avais donné une explication simple de ce qui s’était passé aujourd’hui : nous avions une tonne de clients de plus que prévu, nous changions les heures d’ouverture, et je voulais engager un aventurier qui pourrait protéger les enfants.

« Je suis désolée, je n’en avais aucune idée. On dirait que j’ai fait trop de publicité. », dit-elle.

« Ce n’est pas votre faute. J’ai juste fait beaucoup d’hypothèses qui… ne se sont pas passées comme je le pensais. »

« Qu’est-ce que ça a à voir avec une quête ? »

« J’ai des enfants qui travaillent dans la boutique, donc je veux engager un aventurier qui peut garder un œil sur eux pour moi. »

« Hmm. Eh bien, vous avez tous ces orphelins, donc je suppose que cela deviendrait une nécessité. »

« Oui, je pensais justement à engager un garde pour sept jours. Connaissez-vous des aventuriers qui accepteraient un tel travail ? »

« Cela dépend de la récompense de la quête. L’argent lubrifie les roues de l’aventurier, après tout. »

« De l’argent, hein ? Je ne suis pas sûre du taux du marché. »

Même si c’était un peu cher, si ça assurait la sécurité des enfants, ça valait le coup. Si les enfants étaient blessés parce que je lésinais, je ne pourrais pas faire face à la directrice. Je voulais engager un garde fort pour m’assurer que cela n’arriverait jamais.

« Cela dépend du rang dans lequel vous voulez recruter. Vous voulez quelqu’un pour garder une boutique, et les gens contre lesquels il va la garder sont des citadins moyens, non ? Alors je pense que des aventuriers de rang inférieur feront l’affaire. Mais si vous avez des problèmes avec un aventurier de haut rang, un aventurier de rang inférieur ne fera pas l’affaire. »

Je ne pensais pas que nous avions des voyous de ce genre dans le coin, mais encore une fois, cette histoire avec Deboranay s’était produite à la guilde des aventuriers, donc je ne pouvais pas complètement l’exclure.

« Yuna, Helen, que faites-vous ici ? »

Rulina, l’aventurière qui était allée tuer des gobelins avec moi, était sortie de la guilde et nous avait adressé un sourire. Les autres membres du groupe de Deboranay étaient également derrière elle. Il y avait Deboranay, que j’avais assommé, Lanz, le type qui aimait parler, et ce type silencieux, c’était Gil ? Toute l’équipe est arrivée.

Mais pourquoi Rulina était-elle dans un tel groupe ? Elle avait un faible pour les énergumènes ou quoi ?

« N’aie pas de pensées grossières, Yuna. »

Effrayante. Elle ne pouvait pas, genre, lire dans les pensées ou quelque chose comme ça… si ?

« Grossières ? Je me demandais juste pourquoi quelqu’un d’aussi joli que toi était dans un groupe comme celle-ci, Rulina. »

« Je ne suis pas un membre officiel de ce groupe, juste un intérimaire. Il suffit de regarder ce groupe, on peut dire qu’il est plein d’abrutis. », dit-elle en reniflant.

Ils en avaient l’air.

« On a fini par faire équipe temporairement, et ça a continué comme ça. »

« Tu aurais déjà dû rejoindre officiellement notre groupe », lâcha l’un d’eux.

« Pas question. Si je devais faire officiellement équipe avec quelqu’un, ce serait avec une fille adorable comme Yuna. »

Rulina s’était penchée vers moi et m’avait fait un câlin. Depuis que je l’avais portée comme une princesse cette fois-là, Rulina était devenue un peu câline avec mon costume d’ours.

« Quoi de neuf, Yuna ? »

« Je pensais soumettre une quête pour obtenir un garde pour ma boutique. »

« Oh, la nouvelle ? Tout le monde en parle. »

« En disant de bonnes choses, j’espère. Eh bien, j’étais venue afin de pouvoir la sécuriser un peu. »

Avec un rapide signe de tête à Helen, j’avais répété mon explication à Rulina.

« Donc, s’il y a des clients problématiques, j’espérais engager un aventurier qui puisse les intimider ou, genre, les détourner gentiment ou quelque chose comme ça. »

« Je vois. Alors tu veux qu’on le fasse ? »

« Vraiment ? Ce serait d’une grande aide. »

« Oui. »

« Arrête de prendre des décisions sans nous consulter, Rulina », gémit quelqu’un derrière Rulina. C’était, bien sûr…

« Deboranay ? »

« Je ne le ferai pas. »

« Si Deboranay n’y va pas, je n’irai pas non plus », s’était plaint Lanz. Gil était silencieux comme toujours.

La bouche de Rulina s’était tordue : « Vraiment ? Dans ce cas, je me retire du groupe temporaire. »

« Attends, tu quoi ? », protesta Debornay.

« Ça t’étonne ? Si vous comptez vous servir de moi quand bon vous semble et ne jamais m’aider quand j’ai besoin de vous, alors pourquoi m’embêter avec vous, fainéants ? »

Rulina se détourna d’eux.

« Yuna, est-ce qu’un seul aventurier suffit ? »

« Je vais aussi le faire », marmonna Gil.

« Vraiment ? »

« Il paraît que la bouffe est bonne. Si vous me nourrissez, je vous aiderai aussi. »

« Gil, tu vas nous trahir ? », Deboranay attrapa l’épaule de Gil.

« Elle nous a aidés il y a un moment, mec. En plus, je suis d’accord avec Rulina. »

« Merci, Gil », dit Rulina.

Gil était un homme peu loquace, mais peut-être était-il différent de Deboranay.

Les deux s’étaient regardés en silence. Deboranay fut le premier à détourner le regard.

« Va au diable ! Allons-y, Lanz. »

« Entendu, chef. »

Ils s’étaient éloignés, laissant Rulina et Gil derrière eux.

« Es-tu sûre, Rulina ? », avais-je demandé.

« Je suis sûre. J’avais prévu de partir il y a des semaines après notre petite aventure, mais ils ont pleurniché et gémi. On a fait durer les choses jusqu’à aujourd’hui, mais c’était assez tendu. »

« Quand tu décideras d’arrêter carrément d’être un aventurier, fais-le-moi savoir. Je suis en train de recruter des talents. », avais-je dit.

« Je te prendrai au mot quand je le ferai. »

Est-ce qu’elle se moquait de moi ? Parce que sinon, il y avait une tonne de choses pour lesquelles j’aimerais avoir son aide. Personnalité, compétences, à peu près tout ce qui concernait Rulina était fantastique.

« La quête, cependant, es-tu libre pour sept jours ? »

« Bien sûr. Bon sang, payez-moi juste en repas, je n’ai pas besoin de frais de quête. »

« Dommage, tu en auras quand même. Et les repas aussi. »

« Hum, s’il vous plaît, assurez-vous que vous passez tous les deux par les canaux de guilde appropriés lorsque vous acceptez cette quête », intervint Helen, qui écoutait silencieusement jusque là.

Eh, c’était assez juste. J’avais fini par soumettre une quête à la guilde, et Rulina et Gil l’avaient acceptée. Les frais de quête consistaient en des repas à l’Antre de l’Ours et quelques pièces d’argent.

Après avoir soumis la demande de garde sans problème, j’étais rentrée à la maison d’ours. Même si je ne faisais que des trucs en coulisse (l’ermite que je suis), c’était une journée fatigante. J’avais pris un bain d’ours et j’avais chassé la fatigue. Ahh. C’était ça le truc. J’étais sortie, j’avais mis mes vêtements blancs d’ours et je m’étais glissée dans mon lit.

***

Chapitre 80 : L’ours ouvre sa boutique – Jour 2

Quand j’étais allée au magasin le lendemain, Rulina et Gil étaient déjà là.

« Bonjour, les gars. »

« Bonjour, Yuna. C’est exactement comme les rumeurs l’ont dit. », dit Rulina. (Gil avait juste grogné.)

« Quelles étaient les rumeurs ? Vous les avez mentionnées hier aussi, n’est-ce pas ? »

« Il n’y a rien d’étrange. C’est juste que la rumeur qui s’était répandue disait que l’aventurière ourse a ouvert une boutique, et que c’était apparemment un manoir, et qu’il y avait des décorations bizarres en forme d’ours, et qu’une bonne odeur se dégageait de l’intérieur, et que les enfants qui y travaillent te ressemblaient exactement. Ce genre de rumeurs. »

Tout cela était vrai, mais l’entendre à voix haute était… étrange.

« Qu’est-ce qu’on est censés faire ? », demanda-t-elle.

« Comme je l’ai expliqué hier, si des clients passent, dites-leur que nous ouvrons dans l’après-midi. Et s’il vous plaît, gardez un œil sur les choses pour vous assurer qu’il n’y aura aucun problème quand le magasin ouvrira. Je ne pense pas que quelqu’un veuille faire du mal aux enfants, mais il vaut mieux prévenir que guérir. »

« Très bien. Nous avons Gil ici, je ne pense pas que quelqu’un va nous répondre. S’ils le font, ils se calmeront avec juste un regard de notre gars. »

Rulina frappa le dos nerveux de Gil. On dirait qu’elle l’avait frappé assez fort, mais il n’avait même pas bronché.

« Ok, mais ce sont toujours des clients, alors s’il vous plaît, ne leur donnez pas de coups de pied aux fesses. »

« Oh, bien sûr que non. Pas les civils. On va juste les menacer un peu. »

« S’il y a quelque chose que la menace ne peut pas gérer, appelez-moi. Je m’en occuperai. »

Je leur avais confié l’extérieur et j’étais entrée dans la boutique. L’intérieur débordait de l’odeur appétissante du pain frais. Morin et les enfants s’affairaient dans la cuisine. Pendant que Morin et sa fille cuisinaient, elles donnaient des instructions aux enfants qui, à leur tour, travaillaient de leur mieux. Il y avait de vrais futurs boulangers parmi ces petits gars.

« Bonjour, mademoiselle ! »

Quand l’un d’entre eux me remarqua, les enfants me saluèrent avec énergie… mais ils avaient quand même tous l’air assez fatigués. Morin et Karin étaient habitués à cela, mais les enfants ne l’étaient absolument pas. Ils avaient probablement travaillé tard dans la nuit hier pour préparer les choses pour aujourd’hui. En plus de cela, ils étaient occupés dès l’aube.

Ils pourraient se reposer après avoir cuit le pain jusqu’à l’ouverture du magasin… mais comme leur travail impliquait du feu et de l’huile, il serait dangereux de les laisser travailler alors qu’ils étaient fatigués. J’avais traversé la cuisine et j’avais posé mes mains d’ours sur la tête des enfants.

« Fille-ours ? »

L’une des filles pencha la tête sur le côté au moment où j’avais posé ma main sur sa tête.

« Guéris. Tiens bon, juste un peu plus longtemps. », avais-je dit.

J’avais utilisé la magie de reconstitution de l’endurance sur tous les orphelins. Ça leur avait permis de tenir un moment, mais ils inclinaient la tête sur le côté, perplexes, comme s’ils ne comprenaient pas ce qui venait de se passer. Finalement, j’avais fait un tour complet de la boutique et j’étais retournée voir Rulina. Dès que j’étais sortie, j’avais surpris Rulina en train de discuter avec un client pour lui expliquer la situation. Le client avait obéi et était rentré chez lui après avoir entendu ce qui se passait.

« Tout va bien ? »

« Oui, une fois que j’ai expliqué les choses, ils rentrent directement chez eux. »

Elle fit un signe de tête à son partenaire.

« Gil aide. »

« Je ne fais que me tenir debout », dit Gil.

« Comme une montagne musclée, mon gars. »

« Hrm. »

Oui, le citoyen moyen n’était pas prêt à se battre avec un aventurier.

« Est-ce que tout va bien avec les aventuriers ? », avais-je demandé.

« Ça va bien se passer. Je veux dire, à qui appartient cette boutique, d’après vous ? »

« Euhh, à moi ? »

« C’est vrai, Ours Sanglant. C’est votre boutique. C’est vous qui avez assommé une douzaine d’aventuriers la première fois que vous êtes venue à la guilde, qui avez tabassé un roi gobelin et liquidé une putain de vipère noire. Aucun idiot ne cherchera à se battre avec vous après ça. Si quelqu’un est assez stupide pour essayer ça, je pense que c’est un aventurier débutant ou un étranger. À ce moment-là cette montagne va se mettre en marche. », dit-elle en montrant Gil

« Mmhm. »

« Merci, les gars. Vous pourrez manger tout ce que vous voulez quand on aura ouvert le magasin. »

J’étais retournée à l’intérieur afin d’aller aider tout le monde.

Alors que j’aidais à la préparation de la cuisine, Rulina était entrée, l’air un peu anxieuse.

« Yuna, peux-tu me donner un peu de temps ? »

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Il y a une jeune femme qui est passée, et Gil et moi avons un peu de mal avec elle. »

Elle avait l’air un peu inquiète. Par « jeune femme », je suppose qu’elle voulait dire que la personne n’était pas un adulte.

« Qui est-ce ? »

« Une fille d’aristocrate. »

Une seule personne me vint alors à l’esprit, et elle correspondait bien à cette description. Mais encore une fois, je ne savais pas combien d’aristocrates il y avait dans cette ville, donc ce n’était pas forcément elle.

« Si c’était une aristocrate normale, nous pourrions nous débrouiller. », ajouta rapidement Rulina

Quand j’étais sortie pour vérifier par moi-même, j’avais trouvé une petite fille blonde qui s’en prenait à Gil. Ouaip, c’était bien elle.

« S’il vous plaît, laissez-moi gentiment entrer. J’ai des affaires à voir avec Yuna. »

« Attendez. Nous l’appelons. »

Gil semblait néanmoins troublé alors qu’il utilisait son imposante silhouette pour bloquer l’entrée à une enfant. Et, sans surprise, cette fille aristocrate était Noa. Comme je ne pouvais pas rester en arrière et regarder indéfiniment, j’étais arrivée devant les deux.

« Noa, qu’est-ce que tu fais ? »

« Yuna ! »

Elle me fit alors un sourire en me voyant avant de se retourner vers Gil et Rulina et de s’énerver.

« Je leur ai dit que je voulais te voir, mais ces ruffians ne m’ont pas laissé entrer ! »

« Je leur ai demandé de garder la boutique, Noa. Je suis impressionnée qu’ils sachent que tu es une aristocrate. »

« Nous avons vu la jeune femme accompagner le seigneur à plusieurs reprises », dit Rulina.

Je vois. On dirait que Noa était célèbre par ici.

« Quoi de neuf, Noa ? »

« Quoi de neuf ? Ce qu’il y a, c’est que je n’ai pas pu m’arrêter pendant un moment à cause d’affaires nobles très importantes, et quand je suis enfin passée aujourd’hui, j’ai vu ça ! C’est quoi cette boutique ? »

Noa avait désigné les ours chibi à l’entrée de la boutique.

« Ils n’étaient pas là quand nous avons décidé du nom de la boutique ! », dit-elle en faisant des moues impressionnantes.

« Nous avions discuté ensemble sur la façon de rendre la boutique plus “ours”, non ? Alors… je l’ai fait. »

Noa avait été emmenée chez elle par Lala avant que je fasse les décorations en forme d’ours. Elle n’était pas passée depuis.

« Ughhh. Je n’arrive pas à croire que tu les aies faites alors que je n’étais pas au courant », dit-elle en reniflant.

« Oui, totalement. Bref, qu’est-ce qui t’amène ici aujourd’hui ? »

« Le pudding, naturellement ! »

Je ne savais pas quoi faire quand elle me frappait avec ce sourire désarmant.

« En fait, je voulais passer hier, mais je n’ai tout simplement pas pu. Je serais venue bien plus tôt si j’avais su qu’il y avait ces jolis ours ! »

Comme je ne pouvais pas renvoyer Noa dans une telle situation, je l’avais laissée entrer dans la boutique. Dès que nous étions entrés, Noa s’était figée.

« Qu’est-ce que c’est ? », cria-t-elle quand elle vit les décorations en forme d’ours dans la boutique.

Puis, elle s’était rapprochée de moi et avait serré ma marionnette ours.

« S’il te plaît, s’il te plaît, fais ça chez moi aussi ! »

« Cliff fondrait physiquement si je faisais ça. »

« Je vais le convaincre ! S’il te plaît, fais-en pour chaque pièce. »

« On va se détendre un peu, d’accord ? Ok. Et bien… contente-toi de ça pour l’instant. »

J’avais repris ma main, fit une minuscule statue d’ours chibi, et l’avais tendue à Noa.

« Merci beaucoup. Je le chérirai pour toujours et à jamais ! »

« Tu n’as pas besoin de faire ça. »

Je ne saurais vraiment pas quoi faire si elle traitait vraiment une poupée faite de terre comme un trésor de toute une vie. Noa berça précieusement sa figurine d’ours alors qu’elle passait d’un ornement d’ours à l’autre, l’air positivement joyeuse.

« Oui, je vois », dit Noa.

Elle posa alors ses mains sur ses hanches.

« Je les prendrai tous, Yuna. »

Évidemment, j’avais refusé.

« Mais au fait, où donc étais-tu passée ? »

« J’étais en retard dans mes études à cause de la visite à la capitale, alors mon père m’a assigné un tuteur à domicile. »

Ce qui était logique, elle n’avait fait que jouer à la capitale. Si elle était la fille d’un aristocrate, elle devait étudier. Un aristocrate ignorant était pire qu’un aristocrate intelligent.

« Mais mon père est terrible. Il ne me laisse pas du tout sortir. », gémit Noa

« Eh bien, si tu n’étudies pas, que peut-il faire d’autre ? »

« Il pourrait me laisser faire une pause de temps en temps. »

« Dans ce cas, le pudding est mon cadeau… tant que tu étudies bien. »

Pour l’instant, j’avais conduit Noa à un siège. Si je la laissais seule, elle irait rôder dans la boutique pour toujours — mieux vaut avoir une zone désignée pour Noa. Même assise, elle continuait à se tourner et à regarder tout autour du magasin.

« Il est encore tôt, mais aimerais-tu manger autre chose que du pudding ? », avais-je poursuivi.

« Puis-je vraiment ? »

« Bien sûr. La plupart des choses sont simples à faire, nous pouvons donc les apporter tout de suite. Oh, mais tu ne peux avoir qu’un seul pudding. Mes stocks sont limités. »

J’avais apporté à Noa un pudding, une petite pizza et du jus de fruits.

« Vous n’ouvrez pas encore ? N’est-ce pas déjà l’heure d’ouverture ? », avait-elle demandé entre deux bouchées de pudding.

« Des trucs sont arrivés. »

Je lui avais décrit l’essentiel de ce qui s’était passé hier.

« Eh bien, naturellement ! Après avoir goûté ta nourriture une fois, même moi j’ai envie d’en parler à tout le monde. »

« Quand bien même, il y avait beaucoup plus de monde que prévu. »

« Chère Yuna, tu es si parfaitement inconsciente ! Aussi pure et naïve que ton pudding ! »

« Qu’est-ce que ça veut dire... »

« Je voulais absolument te montrer la salle où ils ont présenté tes puddings pour le festival de l’anniversaire du roi. »

Elle avait pointé sa grosse cuillère de pudding vers moi et l’avait immédiatement mise dans sa bouche.

« Le roi m’en a un peu parlé. Il a dit qu’il y avait des tonnes de curieux qui lui demandaient de leur dire qui avait fait le pudding. »

« Bien sûr ! Quand le pudding est arrivé, tout le monde a été surpris par cette nouvelle cuisine. Mais sur la recommandation du roi, tout le monde l’a essayé. À partir de là, la salle était en effervescence ! »

J’avais déclenché une sorte d’émeute du pudding ?

« Ai-je des ennuis ? »

« Pourquoi en aurais-tu ? »

« S’ils découvrent que je le vends ici, les gens pourraient venir me forcer à leur apprendre l’art du pudding. »

Ce qui pourrait mettre les orphelins en danger.

« Tout ira bien. Le roi lui-même a dit à mon père de te protéger. Si quelque chose arrive, tout le monde saura que cette boutique a été ouverte sur les instructions de Sa Majesté. »

« Vraiment ? »

C’est la première fois que j’en entends parler.

« Je l’ai entendu de mon père, donc je pense que c’est vrai. »

« Personne n’a pris la peine de me le dire. »

« Par égard pour toi, j’en suis sûre. Tu as beaucoup à faire, Yuna. Et fais comme si tu n’avais rien entendu de ma part. Il disait aussi que les guildes d’aventuriers et de commerçants avaient reçu des instructions. »

Était-ce pour cela que le maître de la guilde des aventuriers était venu ici pour manger ? Et puis, Cliff faisait toutes ces choses pour moi sans que je le sache. Bien sûr, c’était un ordre du roi, mais je devais quand même être reconnaissante pour cette bienveillante conspiration du pudding.

« Je pense que si mon père est impliqué dans la boutique en tant que seigneur, et que la famille royale est impliquée plus loin dans les coulisses, tu n’as pas à t’inquiéter que quelqu’un te fasse du mal. Si quelque chose arrive, tu peux le dire à mon père et tout devrait bien se passer. »

Donc j’avais le seigneur et le roi lui-même qui me soutenaient. Les enfants ne pouvaient pas être plus en sécurité. J’avais accepté les sentiments du roi avec gratitude… mais ce n’était pas comme si je pouvais les refuser.

« Aussi, le pudding est délicieux, mais tout est délicieux. Le pain et la pizza. Même l’atmosphère est délicieuse ! Je pense que les gens ne pourront pas s’empêcher de se rassembler », dit Noa.

Cette gamine me fit sentir naïve.

Après avoir parlé avec Noa pendant un moment, j’avais remarqué qu’il y avait une clameur dehors. J’étais sortie pour vérifier et j’avais constaté qu’une foule s’était formée.

« Qu’est-ce qui se passe ? », avais-je demandé à Rulina.

« Quand je leur ai dit que le magasin ouvrirait dans l’après-midi, ils ont dit qu’ils allaient commencer à attendre. »

C’était normal. Il ne restait même pas une demi-heure avant l’ouverture de la boutique, le fait que les clients commencent à faire la queue n’était pas bizarre.

« Rulina, pourriez-vous demander aux clients de former deux files ? Si l’un d’entre eux s’agite ou essaie de couper, assurez-vous de leur donner un avertissement. »

« Vous êtes sûre ? »

« Tant qu’ils ne causent pas de problèmes. Je veux dire, je suppose que ça va vous causer des problèmes. »

« Pas vraiment. J’ai juste besoin qu’ils forment deux lignes, c’est ça ? »

« Ouaip, vous avez compris. »

Pendant ce temps, je demandais à tous ceux qui travaillaient dans le magasin de manger et de faire une pause pour que la journée d’hier ne se répète pas. À l’heure de l’ouverture, les files d’attente avaient atteint une trentaine de personnes, mais (grâce à Rulina et Gil) tout s’était déroulé sans problème.

« Rulina, Gil, merci. »

« C’est notre travail, alors ne vous en faites pas. Assurez-vous de nous inviter à déjeuner par contre. »

« Je l’ai préparé, tout est prêt. »

Cette fois, après l’ouverture, il n’y avait pas eu de chaos. Les clients faisaient docilement la queue et commandaient alors que le Mont Gil se profilait.

Jusqu’à ce que nous puissions produire le pudding en masse, nous les limitions à une tasse par client. Après avoir parlé à Noa, je pensais que nous aurions beaucoup de commandes de pudding, mais beaucoup d’entre eux avaient commandé des hamburgers et des pizzas. C’était logique, c’était l’heure du déjeuner.

Puis, à un moment propice à la pause, j’avais préparé le déjeuner que j’avais promis à Rulina et Gil.

« Merci pour votre travail », leur avais-je dit. Comme ils avaient terminé leur travail, je les avais fait asseoir à quelques sièges que j’avais préparés juste pour eux.

« Vous ne plaisantiez pas avec la foule », dit Rulina.

Quand l’heure de l’ouverture était arrivée, les clients que nous avions refusés et ceux qui connaissaient les nouveaux horaires étaient venus tous en même temps, remplissant la boutique à pleine capacité.

« Mais c’est vraiment délicieux. La pizza et le hamburger… », déclara Rulina.

« Hrm. »

Gil avait mangé en silence devant Rulina. Il n’avait pas l’air mécontent.

« Si vous en voulez plus, dites-le-moi. Je peux vous apporter plus de n’importe quoi d’autre que le pudding. »

« Ah, l’infâme pudding. Helen m’a dit qu’il était très bon. »

« Mais c’est sucré, alors parfois les gars s’en plaignent. », avais-je dit

« C’est bon. Bien. Ouais. », gronda Gil.

« Oui, c’est bon. Manger ça pendant une semaine, c’est un super avantage. »

« Eh bien, vous pourriez prendre un emploi permanent chez moi. J’ai des tonnes de choses que vous pourriez faire. », avais-je dit.

« C’est tentant, Yuna, mais j’aimerais continuer à être une aventurière pendant un moment. »

« En parlant d’aventurier, qu’allez-vous faire de Deboranay ? »

« Ugh, lui. Je pense à me séparer de lui et des autres. C’était de toute façon censé être temporaire dès le départ. Qu’est-ce que tu vas faire, Gil ? »

« Je ne sais pas trop. »

« Tu pourrais aussi venir travailler au magasin, Gil. »

« Je ne fais pas la cuisine. Je me bats. »

« Ça me va. Je pourrais te confier la sécurité, et comme il y a des enfants qui veulent devenir aventuriers, ce serait bien que tu leur apprennes les différentes techniques pour le devenir. »

Je pense que la raison pour laquelle certains enfants voulaient devenir des aventuriers était à cause de moi. J’avais sauvé les orphelins, et j’étais une aventurière, certains enfants voulaient donc apparemment m’imiter. Pour devenir « assez fort pour protéger l’orphelinat ! » avait dit un enfant.

D’après la directrice, les orphelins n’avaient pas d’endroit où travailler même après avoir grandi, donc beaucoup d’entre eux auraient commencé à partir à l’aventure. Elle m’avait dit de ne pas m’inquiéter à ce sujet. Pourtant, il serait beaucoup mieux qu’ils apprennent de Gil plutôt que de se lancer sans aucune compétence ou connaissance du combat.

S’ils avaient besoin d’un endroit pour travailler, j’en ferais un pour eux. Je ne voulais vraiment pas qu’ils fassent quelque chose de dangereux.

« Aussi, j’aimerais que tu protèges les enfants pendant que je ne suis pas en ville. Il y a des tonnes de travail pour toi. »

« Je vais y réfléchir. »

Je pensais qu’il refuserait, j’avais donc été surprise par sa réponse. J’étais convaincue qu’il dirait quelque chose de dramatique comme « Mon destin est dans l’aventure » ou autre.

« Prends ton temps. Tu n’as pas à me le dire tout de suite. »

D’accord, je n’étais pas pressée.

Notre deuxième jour s’était passé sans incident. Les clients qui étaient arrivés en retard avaient l’air déçus, car ils étaient rentrés chez eux sans connaître le goût du pudding. Les chaînes d’approvisionnement, mec. Elles t’auront toujours. Si nous avions un surplus d’œufs, je voudrais aussi essayer de faire des sandwichs aux œufs… au moins pour moi.

Oh, et Lala avait emmené Noa. Apparemment, Noa lui avait fait faux bond en étudiant. Noa avait pleuré et supplié pour de l’aide, mais je ne pouvais rien faire.

Je ne voulais pas m’embrouiller avec Lala.

***

Chapitre 81 : L’ours achète des provisions

Plusieurs jours s’étaient passés depuis l’ouverture, et tout allait bien, sauf pour le stock de pommes de terre et de fromage. Nous en avions encore assez, mais nous vivions vraiment sur le fil du rasoir avec ces produits. Et avant que nous n’épuisions nos stocks, j’avais décidé de me rendre dans les villages qui les fournissaient.

Le village des pommes de terre était le plus proche. J’avais chevauché Kumayuru pour arriver rapidement au village — Kumayuru était vraiment plus rapide. Est-ce que mes invocations devenaient plus puissantes en même temps que moi ?

J’avais ralenti et étais entrés dans le village, et… un étranger s’était approché.

« Qu-Qui donc êtes-vous ? », demanda-t-il en tremblant.

Pendant un moment, je ne savais pas pourquoi il était si effrayé, puis j’avais réalisé qu’il regardait Kumayuru.

« Je suis l’aventurière Yuna. C’est mon ours, vous êtes donc en sécurité. »

J’avais donné une petite tape sur la tête de Kumayuru pour le lui montrer.

« En êtes-vous sûre ? »

« Oui, tant que vous n’essayez pas de lui faire du mal. J’aimerais voir un type qui s’appelle Zamoru. Il est dans le coin ? »

« Zamoru ? »

« Oui, je l’ai rencontré à la capitale. Il m’a vendu des patates. »

L’homme relâcha alors sa garde.

« Vous êtes la fille-ours qui lui a acheté son stock ? »

« À moins qu’il y ait d’autres filles-ours, oui. »

Oh, j’espère qu’il n’y en avait pas. Ce serait tellement ennuyeux.

« Vous êtes vraiment habillée en ours. Zamoru l’a dit à tout le monde, mais… OK, votre ours est vraiment inoffensif, hein ? »

« C’est bon. »

J’avais encore une fois donné une tape sur la tête de Kumayuru, celui-ci laissa alors échapper un « Cwooom… » satisfaisant.

« D’accord. Je vais appeler Zamoru, alors attendez ici. N’entrez pas comme ça, vous allez effrayer tout le monde. »

C’était logique. Tout villageois normal serait effrayé si un ours se promenait dans le village. J’avais donc fait ce qu’il m’avait dit en allant chercher Zamoru. Quelques villageois m’avaient regardée de loin et j’avais pu entendre l’homme leur dire faiblement : « Zamoru la connaît, c’est sans danger. »

Très vite, l’homme amena Zamoru.

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu », lui avais-je dit tout en lui offrant un sourire amical.

Il m’avait regardée, puis il regarda Kumayuru, et enfin moi.

« Une fille ours et un vrai ours. Vous savez, je pensais qu’il plaisantait à propos d’une fille ours sur un ours, mais nous sommes là. Alors, de quoi avez-vous besoin ? Notre rendez-vous à Crimonia n’est-il pas prévu pour plus tard ? Vous n’êtes pas ici pour vous plaindre parce que quelqu’un est tombé malade, n’est-ce pas ? »

Argh, quelle vilaine chose à dire ! Il pourrait au moins demander avant de faire des suppositions.

« Non. Je n’avais pas assez de patates, alors je suis venue en acheter. »

« Vous devez plaisanter. Je vous ai vendu pas mal de patates dans la capitale. »

« Eh bien, euh. Nous n’étions pas préparés à la popularité indécente des repas que j’ai préparés avec les pommes de terre achetées, et maintenant nous sommes pratiquement à sec. Ça ne peut pas attendre jusqu’à ce qu’on se rencontre à Crimonia. Plus maintenant. »

« Je ne peux pas le croire… »

Comme il n’y avait rien d’autre à faire, j’avais sorti les chips et les frites de mon sac.

« Je les ai faites avec les patates. »

Zamoru mangea les chips, faites à partir de ses propres pommes de terre.

« Oh. Hrm. Délicieux. »

« C’est bon à grignoter, non ? Tout ce que j’ai fait, c’est les frire dans l’huile et les saupoudrer de sel. »

« Ça aussi, c’est doux et délicieux. »

« Je les ai aussi fait frire dans l’huile. »

« Vous êtes sûr que ce sont des patates ? »

« Mhm. On les met même sur des pizzas pour les manger, on est donc vraiment en train de travailler dessus. »

« Quel est donc cette… Pi-sa dont vous parlez ? »

Oh, c’est vrai. Duh. J’avais aussi sorti une pizza de ma réserve d’ours.

« Piz-za. Les patates sont plus un ingrédient secondaire dans cette recette, mais elles sont toujours essentielles. Prenez une bouchée. »

Bien que Zamoru semblait surpris de voir de la pizza pour la première fois, il l’avait mangée.

« Incroyable ! Est-ce que ça utilise vraiment les patates que j’ai produites ? »

« Oui. Beaucoup. Je veux dire, énormément. S’il vous plaît, produisez les pommes de terre. »

« Oui, bien sûr, je vais le faire, mais pas tout de suite. »

Oh, c’est vrai. Il devait probablement avoir besoin de les déterrer ou quelque chose comme ça.

« Je ne suis pas encore pressée, donc c’est bon. Mais j’aimerais les avoir plus tôt que tard, alors pourriez-vous les apporter à Crimonia quand elles seront prêtes ? »

« Très bien. Je les apporterai rapidement. »

« Cool. Dans ce cas, prenez ça. »

Je lui avais donné un sac d’objets que j’avais récupéré des voleurs.

« Et ça, c’est ? »

« Un sac à objets. Je ne l’ai jamais utilisé avant, donc je ne sais pas ce qu’il peut contenir, mais je pense que les patates vont rentrer. »

« Un sac à objets ? Et vous allez juste… me le donner ? »

« Eh, bien sûr. Quand vous ne l’utilisez pas, vous pouvez laisser les autres villageois l’utiliser. Ce sera plus facile de transporter des objets avec ça, non ? »

« Ce sera… vraiment le cas, oui. »

« Alors nous sommes d’accord. Apportez-moi juste les patates. »

« Oui, bien sûr ! Combien dois-je en apporter ? »

« La même quantité que la dernière fois fera l’affaire. Il y a un magasin appelé l’Antre de l’Ours à Crimonia. Parlez à une femme nommée Morin à la boutique. »

« Morin de l’Antre de l’Ours, c’est ça ? »

« C’est ça. »

J’avais sauté sur le dos de Kumayuru.

« Vous partez déjà ? »

« J’ai d’autres endroits à visiter et d’autres choses à prendre. »

Kumayuru et moi avions couru comme le vent jusqu’au prochain village, à la recherche de ce qu’il y a de plus fondant… le fromage.

Le village était apparu plus vite que prévu. J’avais suivi les indications du vieux vendeur de fromage. D’après ses informations, ça semblait correct.

Cette fois, pour ne pas effrayer les villageois, j’avais demandé à Kumayuru de ralentir. Je ne descendrai de ma monture qu’à l’approche du village. Un homme portant une lance s’était encore approché de nous, ce qui était juste. J’avais fait en sorte de rester devant Kumayuru pour que mon petit copain ne soit pas transformé en pelote d’épingles.

« Vous vous déguisez en… ours ? »

C’était reparti.

« Êtes-vous la fille qui a acheté du fromage à la capitale ? »

Au moins, il avait l’air calme à ce sujet.

« Oui, j’ai acheté du fromage, je me suis déguisée en ours, tout ça. Puis-je parler au gars ? Le, euh, gars du fromage qui vend des trucs à la capitale. »

L’homme hocha la tête en signe de compréhension.

« Oui. J’ai entendu parler de cette affaire par le chef du village. »

« Il vous a parlé de moi ? »

« Il a dit d’autoriser “une fille en tenue d’ours” à entrer dans le village. Comme vous étiez notre puissante bienfaitrice acheteuse de fromage, il a ordonné aux gardes de vous traiter avec le plus grand respect. »

J’avais jeté un coup d’œil autour de moi.

« Vous avez l’air de monter la garde. S’est-il passé quelque chose ? »

« Les gobelins sont apparus récemment et ont commencé à attaquer le bétail. Nous sommes en patrouille depuis. »

Des gobelins, hein. Donc Kumayuru n’était pas ce dont il avait peur…

« Eh bien, je vais vous amener au chef du village. »

« Hum, puis-je amener mon ours avec moi ? »

Expliquer toute l’histoire de l’invocation semblait être une douleur, mais je me sentirais aussi mal de laisser mon ours.

L’homme fronça les sourcils.

« Malheureusement, je ne pense pas. Je vais appeler le chef du village, pouvez-vous attendre ici ? »

Une fois de plus, j’avais fini par attendre à l’extérieur du village pour éviter de faire du tapage. Finalement, le type vendeur de fromage était arrivé.

« Oh, la jeune fille aux ours ! Vous êtes finalement venue ici ! »

« J’ai promis, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas oublié que vous me feriez une remise sur le fromage si je passais par là, n’est-ce pas ? »

« Bien sûr que non. »

Le garde hocha la tête.

« Chef de village, je retourne à ma patrouille. »

« Oui, je t’en prie. »

L’homme me salua et retourna à son poste. Le vieil homme — ou plutôt le chef du village — jeta un long regard à Kumayuru.

« Alors, jeune fille, c’est quoi cet ours ? »

« C’est le mien. Ne vous inquiétez pas pour ça. »

Le chef du village fronça les sourcils en regardant Kumayuru, car c’était un grand ours.

« Au fait, j’ai entendu dire que des gobelins attaquaient votre bétail. Est-ce que tout va bien ? », dis-je tout espérant changer de sujet.

« Oui, nous avons renforcé nos patrouilles, donc tout devrait bien se passer. »

« Vous ne soumettez pas une quête à la guilde des aventuriers ? »

« Nous l’avons déjà fait, avec l’argent que vous nous avez versé dans la capitale, mais… »

Mais personne ne vint. Je suppose que le village était à la merci des aventuriers. Ils venaient si la récompense était élevée, mais au bout d’un moment, toutes les demandes se ressemblaient. Pourquoi ne pas choisir la plus proche ? Honnêtement, je faisais la même chose.

« Nous repoussons les gobelins tant bien que mal, mais leur nombre ne cesse d’augmenter et ils déciment notre bétail. À ce rythme, nous ne pourrons même plus faire de fromage. »

Pas possible. Non… du fromage ? C’était une question de vie ou de mort. C’était inacceptable. Il n’y avait qu’une seule chose que je pouvais faire.

« Je vais tuer les gobelins. Tous les gobelins. »

« Quoi ? Tous les… »

Le chef du village faillit trébucher de surprise.

« Hé, je suis une aventurière. Ne faites pas attention à la tenue, ça ira. »

Je lui avais montré ma carte de guilde. Le chef du village avait semblé surpris en la regardant.

« Et j’ai mon ours. »

J’avais donné une tape à Kumayuru. Le chef du village me regarda et regarda Kumayuru à son tour.

« En plus, sans fromage, ce serait la mort de la pizza telle qu’on la connaît. Et je ne peux pas non plus abandonner ce village aux gobelins. »

« Vous y allez vraiment ? »

« Pour la gloire du fromage. »

Avec Kumayuru, j’étais allée dans les bois remplis de gobelins. Apparemment, ils ne pouvaient même pas y mettre les pieds à cause de tous ces gobelins. Et quand j’avais utilisé ma compétence Détection, ça les avait repérés partout.

« Ok, mon pote, on y va », avais-je dit tout en donnant une tape à mon ours.

J’avais donné une tape à Kumayuru et on s’était mis à courir vers les gobelins.

Inutile de dire que ça s’était terminé rapidement. Une fois les gobelins éradiqués, j’étais rentrée.

« Vous avez donc finalement abandonné, gamine ? », demanda le chef du village vendeur de fromage. Il attendait à l’entrée du village, inquiet.

« Voyez par vous-même. Il n’y a plus un seul gobelin dans les bois. Il y avait un orc là-dedans, alors je l’ai aussi tué. Vous pouvez y aller. »

« Très drôle, ma fille. »

À ce moment-là, j’avais sorti de mon sac tous les cadavres de gobelins, plus celui de l’orc, devant lui. En pensant à l’avenir, j’avais fauché chaque monstre.

« Pourquoi, ils sont… ! »

« Extrêmement morts, ouais. »

« Vous avez vraiment vaincu les gobelins… »

Le chef eut les yeux embrumés. C’était gentil, mais… Mais non. Après un moment, même les villageois avaient remarqué que l’entrée du village était remplie de cadavres de gobelins et avaient commencé à se rassembler.

« Chef, qu’est-ce que c’est ? »

« Je pense que vous ne me croirez pas, mais cette jeune fille habillée en ours a vraiment… »

Il s’était frotté les yeux, ému.

« Vraiment anéantis ces créatures. C’est ce que vous avez dit ? »

C’est ça. Les villageois m’avaient regardée. Malgré tous leurs doutes, quand ils avaient écouté le chef et vu Kumayuru, ils me crurent quand j’avais dit que j’avais tué des gobelins.

Les apparences étaient vraiment importantes, hein ?

En échange de l’élimination des monstres morts par les villageois, je leur avais donné les gemmes de mana. Les villageois avaient commencé à tout nettoyer et j’étais entrée dans le village avec le chef. Bien sûr, Kumayuru était aussi venu. Personne ne nous avait repoussés.

Ensuite, on m’avait conduite à l’endroit où le fromage était stocké. C’était un entrepôt souterrain tapissé de toutes sortes de fromages.

« Vous êtes sûr ? »

Je recevais du fromage en guise de remerciement.

« Bien sûr. C’est tout ce que nous pouvons faire pour vous. »

Nous avions discuté du futur fromage avec le chef. Jusqu’à présent, ils ne faisaient que ce qu’il fallait pour que les villageois puissent manger, mais ce n’était pas bon — si j’achetais tout, ils épuiseraient leur stock tout de suite. Nous avions convenu d’un contrat selon lequel j’achèterais périodiquement du fromage et il le fabriquerait pour moi.

« Est-ce que vous aimez vraiment notre fromage à ce point… ? »

Il s’était remis à pleurer. Ce vieil homme avait vraiment des glandes lacrymales surproductives.

« Faites-moi juste un délicieux fromage, d’accord ? »

« Oui, d’accord. Je vais m’investir corps et âme dans sa fabrication. »

Nous avions ensuite fait le tour du village et il m’avait montré toutes sortes de bétail. Quand je lui avais demandé sur un coup de tête de me montrer comment faire du fromage, il avait accepté. Mais n’était-ce pas une technique secrète du village ?

Quand je lui avais demandé ça, il me murmura : « Il n’y a aucune raison de vous le cacher, à vous, la sauveuse du village. »

Sympa. Je venais d’exterminer des gobelins. C’était… peu importe. Je m’étais sentie presque coupable. Et puis, ce n’était pas comme si j’allais essayer de fabriquer le fromage ailleurs juste parce que j’avais appris à le faire.

Ils m’avaient organisé une fête de bienvenue, mais je pensais que c’était moi qui l’avais propulsé dans des hauteurs : pour leur montrer à quel point leur fromage était merveilleux et pour les remercier, j’avais fabriqué des fours et leur avais offert des pizzas avec leur propre fromage.

***

Chapitre 82 : L’ours s’ennuie

Les ventes aux magasins allaient bon train. Morin était à l’affût de nouveaux pains, et elle cherchait même comment faire de nouvelles sortes de sandwichs avec de nouveaux ingrédients. Lentement, nous avions construit notre menu.

L’adaptation des horaires d’ouverture s’était également bien passée. Les enfants s’étaient aussi habitués à leur travail, et y prenaient même goût.

Lorsque le travail de garde de Rulina et Gil avait pris fin, les enfants eurent l’air déçus. Le duo était très apprécié des enfants. Je suppose qu’ils finiront par devenir plus populaires, vu qu’ils avaient sauvé les enfants des clients grincheux.

Depuis qu’ils nous avaient quittés, les deux aventuriers avaient quitté Deboranay et s’étaient lancés dans des quêtes en solo ou avaient formé des groupes temporaires. De temps en temps, ils venaient dans la boutique en tant que clients.

Aujourd’hui, j’utilisais la porte de transport d’ours pour aller à la capitale afin de voir la princesse Flora. (J’adore la téléportation instantanée.) Comme la maison d’ours se trouvait dans un quartier relativement huppé, il n’y avait pas beaucoup de gens qui passaient par là. La route principale, par contre, était bondée, comme d’habitude.

Lorsque j’avais atteint la porte du château, les soldats m’avaient jeté un regard attentif. Mais au moment où je m’étais rapprochée d’eux, ils semblaient savoir qui j’étais.

« Yo. J’aimerais voir la princesse. Est-ce d’accord ? »

J’avais sorti ma carte de guilde de mon sac à ours. J’avais un permis d’entrée pour le château enregistré sur ma carte. Quand je présentais la carte, je pouvais faire apparaître le permis d’entrée en y versant du mana. Personne ne pouvait voir ce permis d’entrée autrement.

Quel était mon but ? Voir Mlle Flora, bien sûr. Je ne pouvais toujours pas entrer pour voir la princesse sans surveillance, alors ils m’avaient dit d’attendre pendant qu’ils appelaient Ellelaura. Cela n’avait pas pris longtemps.

« Yuna, ça fait longtemps ! »

« C’est bon de te revoir, Ellelaura. »

« Es-tu venue voir Mlle Flora ? »

« Oui, juste pour rattraper le temps perdu. »

J’aimerais m’arrêter et voir Mlle Flora plus souvent, mais si je me montrais trop souvent, les gens pourraient commencer à poser des questions gênantes.

Avec Ellelaura qui m’accompagnait, j’étais entrée, je m’étais dirigée vers la chambre de Lady Flora… et j’avais trouvé le roi qui attendait là.

« Votre Majesté, vous faites encore l’école buissonnière ? », dit Ellelaura, un ton enjoué dans la voix.

« Allons, Ellelaura, je prends une pause normale. Pas une pause… à la Ellelaura. »

« Pardonnez-moi, Votre Majesté, mais il se trouve que je fais mon travail en conduisant Yuna ici. »

« Tu es actuellement très assidue. »

« Actuellement ? Je prends toujours mon travail au sérieux. »

« Vraiment, et depuis quand ? »

« Eh bien, Votre Majesté, pourquoi faites-vous une pause dans la chambre de Mlle Flora ? N’avez-vous pas l’habitude de le faire dans vos propres chambres ? »

« Parce que j’ai été informé de la venue de Yuna. Je sais que Yuna voit Flora chaque fois qu’elle lui rend visite. »

Pendant que les deux se chamaillaient, Mlle Flora s’était approchée de moi.

« Bonjour, Mlle Flora. »

« Ourse, tu es venue me voir ? »

« J’ai promis, n’est-ce pas ? »

Laissant les adultes se disputer, j’avais pris la petite main de Mlle Flora dans ma marionnette ours et l’avais conduite à la table, où je lui avais fait prendre place.

« Je t’ai apporté du pudding, alors mangeons-le ensemble. », avais-je dit.

« Uh-huh. »

J’avais posé quatre puddings sur la table, ce qui avait mis fin à la dispute en un clin d’œil : Ellelaura et le roi s’étaient immédiatement assis avec nous et avaient commencé à engloutir le pudding.

L’expression de Mlle Flora alors qu’elle savourait le pudding avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase de la discussion que je menais avec moi-même. J’avais sorti un morceau de papier de ma réserve d’ours et l’avais posé devant Ellelaura et le roi.

« Qu’est-ce que c’est ? », demanda le roi tout en plissant les yeux.

« La recette du pudding. S’il vous plaît, utilisez-la pour en faire pour Mlle Flora. »

« Vous êtes sûre ? »

« Tant que cela rend Mlle Flora heureuse. Je ne sais pas non plus quand je pourrai revenir ici, alors la création du pudding vous incombe à tous. »

« En effet. J’accepte gracieusement votre cadeau. Rassurez-vous, je ne partagerai les instructions qu’avec mon chef personnel, en qui j’ai confiance. »

« Ne vous inquiétez pas trop si cela se sait, pas besoin de punir qui que ce soit. »

« Ne vous inquiétez pas. Il n’y a personne parmi les chefs royaux qui pourraient divulguer des informations. »

« Mais il pourrait y avoir des gens qui les volent. »

Il y avait des voleurs d’informations, quel que soit le monde dans lequel on se trouvait. Il suffisait de prendre un livre d’histoire. Vous pouviez vous approcher de la fuite zéro, mais vous ne pouviez pas l’atteindre.

« S’il y a quelqu’un qui voudrait voler une recette de la famille royale, je lui donnerai une punition appropriée. Ne vous inquiétez pas. », dit le roi avec un sourire aigu de lion

terrifiant ! Mais bon, au moins il prenait ça au sérieux.

« Et sachez que je ne vous reproche pas de ne venir qu’occasionnellement. Nous sommes un peu loin de Crimonia, après tout… mais peut-être que déménager ici pourrait résoudre ce problème. »

« Je soutiens ce que vous dites, Votre Majesté, mais je ne peux pas permettre que cela se produise en considération de Crimonia. », dit Ellelaura.

Oh non. Allaient-ils commencer à se battre pour moi ou quelque chose comme ça ?

« Je pensais faire un saut jusqu’à l’océan pendant un moment », avais-je dit rapidement.

« L’océan ? », répéta Ellelaura.

« Oui. Il y a un océan à l’est de la capitale, non ? »

J’avais eu ce scoop la dernière fois que j’étais passée par la capitale. J’avais entendu dire que si on continuait vers l’est, on atteignait l’océan. Je ne savais pas si c’était loin, mais j’y arriverais si je chevauchais mes ours assez longtemps.

« Quoi ? Veux-tu aller à l’océan ? »

Le roi s’était gratté le menton, perplexe.

« Je veux manger des fruits de mer. »

« Tu fais tant pour la nourriture », avait-il songé.

Je suis japonaise — comment pourrais-je lui expliquer ? Si je ne pouvais pas avoir du riz ou du miso, je voulais au moins des fruits de mer. Des calamars grillés et des takoyaki seraient parfaits maintenant. Ou plus tard. Ou toujours ?

« Oublier les joies de la nourriture est une grande perte dans la vie. Puisque les gens doivent manger pour vivre. », avais-je déclaré.

« Ça fait vraiment réfléchir », dit le roi, en mettant une bouchée de pudding dans sa bouche.

« J’aimerais qu’il y ait un océan près de Crimonia », avais-je dit en soupirant.

« Il y en a un », dit Ellelaura.

« Hein ? »

Je m’étais figée.

« Mais, pouvez-vous vraiment l’appeler ainsi ce qui est près de Crimonia ? », dit le roi

« Pouvez-vous tous les deux ralentir une seconde et expliquer ? »

« Oui, oui. Tu connais la grande montagne au nord-est de Crimonia, n’est-ce pas ? », avait-il demandé.

J’avais hoché la tête. Je pouvais la voir depuis la ville. C’était en fait plus une chaîne de montagnes, d’après ce que je pouvais voir.

« Si vous escaladez cette montagne, vous atteignez un océan. Mais c’est un vrai calvaire de le gravir ou de le contourner. »

Il y avait donc bien un océan au-delà de cette montagne géante. Si proche et pourtant si loin !

« Il y a même un port de mer. La plupart des gens ne s’y rendent pas à cause de la montagne, mais… je suppose que tu as tes ours, non ? », dit Ellelaura

J’avais bien mes ours ! Je n’aurais pas besoin de me rendre à l’océan depuis la capitale, et c’était plus proche… si je pouvais franchir les montagnes.

« Yuna a des ours ? », dit le roi en fronçant les sourcils.

« Yuna les invoque. »

« Eh bien, eh bien ! Tu es tout simplement pleine de surprises ! »

« Ce sont des ours très gentils et mignons. »

Ellelaura semblait presque fière d’eux. Et plus elle les décrivait, plus le roi et Mlle Flora étaient fascinés.

« Il est ainsi plus facile de se rendre à la capitale », avais-je admis.

« As-tu des ours ? », demanda Mlle Flora.

« Des ours, hein ? », répéta le roi.

Lady Flora avait une étincelle dans les yeux et le roi lui-même semblait fasciné. Inévitablement, je m’étais préparée à convoquer mes ours… en plein milieu de la chambre de la princesse.

« Vous êtes vraiment sûr de vous ? », avais-je demandé.

Le roi haussa les épaules.

« Ehh. »

Eh bien, c’était la personne la plus distinguée du pays, et j’avais obtenu sa permission, j’avais invoqué Kumayuru.

« Un vrai, véritable ours. Fascinant ! »

« Un ours ! »

Mlle Flora s’était approchée de Kumayuru, mais le roi s’était contenté de regarder et n’avait pas essayé de l’arrêter. Ils semblaient terriblement blasés à propos de tout ça.

« Tu en as un autre, pas vrai ? », demanda Ellelaura.

« Tu en as d’autres ? »

J’avais tendu ma main gauche et invoqué Kumakyu.

« Un ours blanc, je vois. Comme c’est rare. »

Le roi s’était approché et avait touché Kumakyu.

« Il est vraiment docile. »

« Tant que vous ne faites rien aux ours, ils ne vous feront rien. »

« Ours blanc ! »

Mlle Flora, qui étreignait Kumayuru, fut surprise par le pelage blanc de Kumakyu.

Ne montrant aucune crainte, Mlle Flora commença à jouer avec Kumayuru et Kumakyu. Elle était montée sur Kumayuru et avait chevauché l’ours en faisant le tour de la pièce.

« Yuna, qui donc es-tu », dit le roi, en regardant mes ours.

« Je suis une aventurière de rang D. »

« Une aventurière de rang D qui peut vaincre dix mille monstres ? »

Quoi, était-ce un problème ?

« En fait, Yuna, es-tu toujours de rang D même si tu as vaincu ces dix mille monstres ? »

« Parce que, comme nous le savons tous, c’est un groupe de rang A qui passait par là qui les a vaincus », avais-je dit fermement.

« Tu aurais dû tout dévoiler. »

« Je préfère ne pas le faire. »

« Tu portes cette tenue et pourtant tu fuis l’attention », avait dit le roi, l’air exaspéré.

Oui, c’était effectivement la même chose. Quelle brillante analyse de la part de Sa Majesté.

« Si tu avais reconnu que tu les avais vaincus, tu aurais pu t’élever au rang B. », continua le roi

Au rang B, hein ? Je pouvais cacher ça, mais ça suscitait quand même des questions, et les questions pouvaient mener à l’histoire du « vaincu dix mille monstres ». Nah.

« Oh, au fait, Yuna, tu n’as pas encore reçu de récompense de Sa Majesté ? »

« C’est elle qui les a refusées, Ellelaura. Ce n’est pas ma faute. »

En échange, je lui avais demandé de promettre de garder le silence à mon sujet. J’avais passé ce marché pour pouvoir vivre en paix, même si je savais qu’il avait aussi demandé à Cliff de me soutenir quand il s’agissait de ma boutique. Mais, puisque Sa Majesté et Cliff gardaient le silence sur ce sujet, je n’allais pas en parler.

La conversation s’était vite calmée. Bien que j’avais essayé de rentrer à la maison, Lady Flora ne voulait pas lâcher Kumayuru et Kumakyu.

« Non. Je veux jouer plus. »

Eh, pourquoi pas. Je pourrais rester au château jusqu’au dîner.

***

Chapitre 83 : L’ours gravit la montagne

J’étais dans le poulailler en compagnie de Tiermina et Fina. Ce fut à ce moment-là que je leur avais communiqué mon projet de traverser la chaîne de montagnes et de visiter l’océan.

« Vous allez vraiment y aller ? », demanda Tiermina.

De l’inquiétude s’insinuait dans sa voix.

« Je veux voir l’océan, alors s’il vous plaît, occupez vous de la boutique pour moi », dis-je

Et ce n’était pas comme si j’avais vraiment besoin de le demander. La boutique tournait déjà autour de Tiermina et Morin.

« Ça devrait aller, Yuna, mais la chaîne de montagnes d’Elezent est rude. »

« J’ai mes ours, ça devrait donc aller. Si ça semble toujours dangereux, je reviendrai. »

« Yuna… »

Fina avait aussi l’air inquiète.

« Je vais m’en sortir. Je m’en sors toujours. Je te contacterai quand je serai là-bas. »

J’avais sorti deux ours chibi de la taille de ma paume de ma réserve d’ours et j’en avais tendu un à Fina.

« Est-ce que c’est Kumayuru ? »

Fina regarda la première figurine que je lui avais tendue, puis la seconde. Les ours avaient la forme de Kumayuru et Kumakyu.

« C’est un appareil magique qui te permet de parler sur de longues distances. »

Après avoir tué dix mille monstres pendant que j’étais à la capitale, j’avais acquis deux nouvelles compétences. La première était la capacité de fabriquer des téléphones d’ours qui me permettaient de parler aux gens en faisant circuler le mana à travers eux. C’était des appareils de communication qui utilisaient le mana à la place des ondes radio. L’autre compétence était la miniaturisation des invocations. Elle ne semblait pas très utile — pourquoi voudrais-je transformer mes ours en oursons ? Je le ferais si je pouvais les rendre plus grands. Mais si je les rendais plus petits, ils ne seraient pas aussi puissants dans un combat. Je ne serais même pas capable de les monter !

Mais là encore, voir Kumayuru et Kumakyu miniaturisés était si apaisant. Leurs petites formes, alors qu’ils trottaient derrière moi, étaient si mignonnes ! Et ils pouvaient même prendre un bain avec moi ! Ils pouvaient dormir sur le lit avec moi sans me gêner, je pouvais les prendre dans mes bras comme des petits oreillers… Bon, d’accord. C’était un genre de compétence assez câline. Je pouvais le comprendre.

« Si quelque chose arrive, fais passer du mana dans le téléphone ours et réfléchis bien avant de vouloir m’appeler. Tu arriveras à joindre le téléphone d’ours de mon côté », avais-je expliqué, mais…

« Yuna, je ne suis pas une gamine, ok ? Je sais qu’il n’y a aucun moyen de parler à quelqu’un qui est loin. N’essaie pas d’inventer des trucs afin que je me sente mieux. »

Fina fit la moue et râla. Uhh, elle ne me croyait pas ? En plus, elle a dix ans. Allez !

« Yuna, » dit Tiermina doucement, « Je suis sûre qu’il y a des appareils magiques comme ça dans la capitale, mais celui-ci semble… »

Était-ce vraiment un objet si rare ? Dans le jeu, c’était probablement un peu comme la fonction de chat.

« Alors que diriez-vous de l’essayer pour voir ? Je vous parlerai via votre téléphone d’ours, alors allons dehors pour l’essayer. »

Et bien que j’ai dit cela, c’était en fait la première fois que je l’utilisais. Je n’avais demandé à personne d’autre de l’utiliser, et je ne pouvais certainement pas l’expérimenter toute seule. Même moi, je ne savais pas comment me connecter à leur téléphone d’ours. Aurait-il une sonnerie magique ou quelque chose comme ça ?

Pour vérifier le fonctionnement du téléphone d’ours, nous étions sorties toutes les trois. Nous nous étions éloignées du poulailler et de l’orphelinat, dans un endroit moins peuplé où nous pourrions les utiliser sans subir de questions bizarres.

J’avais fait circuler du mana dans le téléphone d’ours dans ma main et j’avais voulu qu’il se connecte au téléphone d’ours dans la main de Fina… et il s’était mis à sonner ! En quelque sorte !

« Cwoon, cwoon, cwoon, cwoon, cwoon, cwoon. »

Était-ce la sonnerie d’un ours ?

Vraiment ? Sérieusement ?

Peut-être que je pourrais le changer comme on pouvait le faire avec les téléphones portables…

« Y-Yuna, qu’est-ce que je suis censée faire ? »

Alors que le téléphone d’ours sonnait au sommet de la paume de Fina, elle le regarda, clairement troublée. Oh, c’était vrai.

« Passes-y du mana comme pour la gemme de mana que tu utilises pour allumer une lumière. »

Fina fit cela et le téléphone d’ours cessa de chantonner.

« D’accord, je vais m’éloigner maintenant. »

Je m’étais éloignée de plusieurs dizaines de mètres de Fina.

« Fina, tu m’entends ? »

J’avais parlé en direction du téléphone d’ours tenu dans la bouche de ma marionnette ours.

« Yuna ? »

Je pouvais entendre la voix de Fina à travers la bouche du téléphone d’ours.

« Tu peux m’entendre maintenant ? »

« Uh-huh, je t’entends. »

« Bien ! »

Whoa, je pouvais vraiment l’entendre. C’était comme un téléphone portable ou un talkie-walkie.

« Ok, je vais m’éloigner un peu plus alors, et… Fina, tu m’entends toujours ? »

« Complètement. »

« Yuna, est-ce vraiment un appareil magique pour les conversations à longue distance ? »

J’avais entendu la voix de Tiermina sur le téléphone d’ours.

« Je ne connais pas sa portée maximale, mais je pense que nous devrions être capables d’être assez éloignés. »

Comme je ne l’avais jamais utilisé auparavant, je ne savais pas exactement à quelle distance je pouvais être. Mais, c’était une compétence que j’avais reçue des dieux. Les Dieux n’avaient pas besoin de passer par des trucs comme la téléphonie mobile merdiques. Probablement.

« Bon alors, je vais raccrocher. »

« Raccrocher quoi ? »

« Mettre fin à la conversation, je veux dire. Ensuite, tu essaieras de m’appeler. Fais-le comme je viens de te l’expliquer : en faisant couler du mana et en pensant que tu veux me parler. »

« Ok, je vais essayer. »

J’avais raccroché le téléphone d’ours et j’avais attendu l’appel de Fina. Le téléphone d’ours commença à pleurer.

« Cwoon, cwoon, cwoon, cwoon, cwoon, cwoon. »

Je ne savais pas à quoi je m’attendais. C’était un peu mignon, mais difficile à décrire. Trouver des sonneries ou des jingles électroniques dans ce monde serait étonnant, mais s’il avait une fonction d’enregistrement, j’aurais aimé enregistrer la voix de Fina pour ça.

« Yuna, j’appelle. Yuna, j’appelle. » ou quelque chose comme ça serait bien. Je ferais des recherches.

J’avais fait circuler du mana dans mon téléphone ours. Les croonings s’étaient arrêtés.

« Euh, Yuna, tu m’entends ? »

« Parfaitement. »

Génial. Nos communications fonctionnaient dans les deux sens. Le seul problème maintenant était la distance, mais je ne pouvais pas le vérifier immédiatement. Je pouvais utiliser la porte de transport ours et aller à la capitale pour le vérifier, mais ce serait probablement ennuyeux.

« Ok, je retourne vers vous, donc je raccroche. »

J’avais coupé l’appel et j’étais retournée auprès de Fina.

« Yuna, cet ours est incroyable. »

Elle tenait soigneusement le téléphone d’ours.

« C’est vrai ? On peut se parler avec ça où qu’on aille maintenant. »

« Oui ! »

« C’est vraiment incroyable. Je n’arrive pas à croire qu’on puisse parler à des gens qui sont très loin avec ça. », déclara Tiermina.

« Si quelque chose arrive, s’il vous plaît contactez-moi. Si je peux revenir, je le ferai. »

Je pourrais revenir immédiatement en utilisant la porte de transport ours.

« Mais êtes-vous sûre de vouloir laisser Fina garder un appareil magique aussi étonnant ? »

« C’est bon. Il n’y a aucun intérêt à en avoir deux. »

Si j’en portais deux sur moi, j’aurais juste l’air d’une gamine ringarde qui jouait avec deux talkies-walkies.

« Mais vous nous le donnez ? Ne voudriez-vous pas donner quelque chose d’aussi génial à vos amis ou à votre famille chez vous ? »

Oh. Ouais. Je suppose que je le ferais.

Huh.

A.. mis. Ça sonne bien.

Fa… mille. Quel concept.

« Yuna, qu’est-ce qui ne va pas ? » me demanda Tiermina. Je suppose que je ne parlais pas, hein.

« Ma ville natale est si loin. Je ne peux pas utiliser ça avec eux. », dis-je

« C’est vrai ? Toutes mes excuses. », demanda doucement Tiermina.

Elle n’avait pas cherché à savoir. Je pense qu’elle savait qu’il ne fallait pas.

« Ce n’est pas grave. Tout va bien. Ne t’en fais pas. Aucun souci avec ça, Fina. »

« Ok. Je vais le garder en sécurité. »

J’avais donné une tape sur la tête de Fina.

Tôt le matin, j’étais montée sur Kumayuru et j’étais partie vers la chaîne de montagnes Elezent.

Cela faisait un moment que je n’avais pas fait de voyage en solo, mais la progression était assez régulière. Il ne m’avait pas fallu longtemps pour la voir. Tout était blanc proche du sommet, je pouvais donc dire que la neige s’était accumulée là. Mais bon, les vêtements d’ours étaient résistants au froid, donc ça allait. Je n’étais rien d’autre qu’une simple fille qui escaladait une montagne dans son équipement d’ours incroyablement OP. Il n’y avait rien à voir ici et, comme toujours, je n’avais aucune raison de porter autre chose.

Kumayuru était sorti de la ville et avait commencé à courir vers la chaîne de montagnes. Alors que je regardais la montagne qui approchait, ma carte s’était mise à jour.

« Et bien, c’est… montagneux. »

Peu de temps après, j’avais atteint la base de la montagne. J’avais entendu dire qu’il y avait un chemin quelque part, mais… ils n’avaient pas l’intention de faire un chemin aussi étroit, non ? Pourtant, le chemin était juste assez grand pour permettre à Kumayuru de passer.

Tant qu’il y avait un chemin, il était plus facile de progresser, alors je l’avais pris. Et même si je me perdais, je serais capable d’utiliser ma compétence de cartographie d’ours pour revenir. Le seul inconvénient était que je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait.

J’avais rangé Kumayuru, qui m’avait amenée jusqu’ici, et j’avais demandé à Kumakyu de m’emmener sur le reste du chemin. Après tout, si je ne montais que Kumayuru, Kumakyu allait bouder.

« Kumakyu, je te choisis. Tu vas y arriver, mon petit pote. »

Kumakyu était parti sur le chemin de montagne. Bien que la pente soit de plus en plus raide, Kumakyu continuait à avancer. Il y avait beaucoup d’arbres au pied de la montagne et la végétation était dense, mais elle s’éclaircissait régulièrement au fur et à mesure que nous montions. Kumakyu ne montrait bien sûr aucun signe de fatigue.

Ma compétence de détection montrait des signaux de monstres, mais ils étaient tous éloignés et aucun d’entre eux ne montrait de signe de rapprochement. Au bout d’un moment, les arbres avaient disparu, remplacés par des rochers grossièrement déchiquetés. Quand j’avais regardé en bas, j’avais pu voir que nous avions déjà bien grimpé.

« Tu vas bien, Kumakyu ? »

« Cwoom. »

Kumakyu leva les yeux vers moi.

« C’est bon à entendre. Si tu es fatigué, fais-le-moi savoir. »

J’avais donné une tape sur la tête de Kumakyu. Ce dernier avait joyeusement accéléré et s’était élancé sur le chemin en pente. La neige avait commencé à tomber, collant faiblement sous les pieds. Kumakyu courait sur cette fine couche de poudreuse, laissant des traces d’ours dans leur sillage.

On dit que le temps était capricieux en montagne, mais je n’avais aucune idée que ce serait comme ça. Ou peut-être que les choses étaient comme ça dans les mondes fantaisistes ?

La neige tombait plus fortement. Grâce à Kumakyu, j’étais arrivée jusqu’ici sans trop de problèmes, mais une personne normale aurait probablement eu besoin de plusieurs pauses. Essayer de s’habiller pour le froid les aurait alourdis, mais ne pas s’habiller pour cela les aurait transformés en glaçons. Avec ma grenouillère ours, je n’avais ni chaud ni froid.

La neige tombait encore plus lourdement, s’accumulant sur le sol. Kumakyu n’y avait pas prêté attention et couru sur le sommet de la neige. Alors que nous grimpions, je pouvais voir un loup blanc à notre droite à travers les vagues de flocons de neige.

Un loup des neiges, à la fourrure pure et blanche. Peut-être que ça ferait un bon souvenir pour Fina ? Mais le loup des neiges m’avait vue et s’était enfui aussitôt. Avec Kumakyu à mes côtés, il n’allait pas attaquer. Je voulais cette fourrure blanche, mais pas assez pour lui courir après.

Trois types de monstres semblaient habiter la chaîne de montagnes : les loups des neiges, les lapins des neiges et les bonshommes de neige.

Les loups des neiges étaient les mêmes que les loups normaux, mais avec une fourrure blanche.

Les lapins des neiges étaient ce qu’ils semblaient être : des lapins des neiges, mais plus gros. Pour tout vous dire, ils étaient inoffensifs.

Les bonshommes de neige par contre… étaient formés par la neige qui s’accumulait autour des gemmes de mana de glace. Je pense que le plus simple serait de les imaginer comme des bonshommes de neige avec des bras et des jambes. Leurs attaques étaient monotones. Ils essayaient de vous frapper ou faisaient sortir des blizzards de leur bouche, ou du moins c’était comme ça qu’ils agissaient dans le jeu. C’était tellement irritant, la façon dont ils gelaient mes armes et armures.

De plus, les attaques physiques ne fonctionnaient pas sur eux. Si vous essayiez, ils s’effondraient et se régénéraient immédiatement. La seule façon de les battre était de faire fondre leur neige avec du feu.

Je lançais donc des boules de feu sur les bonshommes de neige. Quand la boule de feu les touchait, la neige s’évaporait et ils laissaient tomber une gemme de mana de glace. C’était super efficace. C’était les gemmes de mana que vous pouviez utiliser pour les réfrigérateurs et les congélateurs. Elles étaient utiles, alors je les ramassais.

Les choses allaient bien, mais les chutes de neige se transformaient progressivement en blizzard et… peut-être était-il temps de faire une pause ?

Grâce à l’équipement d’ours, je n’avais pas froid. Kumakyu semblait bien aussi. Je pourrais continuer à avancer comme ça, mais la visibilité était trop faible. Comme je ne progresserais pas bien si je me forçais à avancer, j’avais décidé de me reposer jusqu’à ce que le blizzard se calme.

J’avais essayé de trouver un endroit pour m’abriter de la neige dans ma vision blanche, mais…

« Uhhm, je ne vois rien. »

J’avais regardé dans toute la zone, mais je n’avais pas trouvé d’abri. Peut-être que je pourrais en fabriquer un ?

Alors que j’hésitais sur ce que je devais faire, Kumakyu détecta quelque chose. Un monstre ? Non… J’avais utilisé ma compétence de détection. C’était deux personnes.

***

Chapitre 84 : L’ours sauve des gens

Il y avait des personnes dans le blizzard.

Ce devait être des aventuriers comme moi, non ? Qui d’autre entrerait dans un tel blizzard ? Avaient-ils fait tout ce chemin pour tuer des monstres ? Pourtant, Ellelaura avait dit que la chaîne de montagnes était rude et que les monstres n’en valaient pas la peine. Pourquoi les aventuriers grimperaient-ils ici ?

Malgré tout, le fait qu’une tierce personne voyait Kumakyu et flippait serait problématique. J’avais décidé de les éviter avec l’aide de mon habileté de détection et je m’étais détournée. Hmm. Aucun mouvement des signaux.

Je m’étais demandé si c’était une de ces choses — un bivouac ? Peut-être y avait-il une grotte ? Si c’était le cas, j’imagine que je pourrais continuer sur la même voie, non ?

Je n’arrivais pas à me décider sur ce que je devais faire, à part avancer. S’ils s’abritaient sur place, ils ne me remarqueraient probablement pas de toute façon. Et même s’ils me voyaient, je ne pense pas qu’ils se battraient.

Le blizzard était devenu de plus en plus fort, et j’avais suivi les signaux à travers lui.

Il s’était avéré qu’il n’y avait aucune grotte, ni rocher, igloo ou autre. Je n’avais même pas trouvé de gens debout là… mais il y avait des signaux. Ce qui voulait dire… qu’ils étaient enterrés dans la neige ? Oh non.

J’avais concentré mes yeux et j’avais regardé à nouveau. Toute la surface était couverte de blanc et je n’avais rien vu qui ressemblait à un humain. Ok, peut-être pas ? Alors que je regardais autour de moi, Kumakyu avait réagi. En regardant dans cette direction, j’avais trouvé quelque chose qui ressemblait à un sac à dos enterré dans la neige.

J’étais descendue de Kumakyu, j’avais sprinté vers le sac, et j’avais commencé à creuser dans la neige, aussi vite que je le pouvais. Sous les couches de froid, j’avais trouvé un homme et une femme allongés sur le sol, serrés l’un contre l’autre.

« Vous allez bien !? »

J’avais invoqué la magie du vent et j’avais soufflé le reste de la neige loin d’eux. Je les avais secoués. Rien n’avait fonctionné. Ils étaient transis de froid, mais respiraient encore. J’avais invoqué Kumayuru et les avais mis sur mes ours.

S’il n’y avait pas d’abri contre la neige, je devais en fabriquer un. Aussi silencieusement que possible, en surveillant les signes d’une avalanche, j’avais creusé un trou dans la paroi de la montagne. Kumayuru et Kumakyu m’avaient suivie à l’intérieur, et — en sécurité pour le moment — j’avais sorti la maison d’ours mobile que j’avais utilisée lors de mon voyage vers la capitale.

Je les avais amenés tous les deux dans la maison d’ours et les avais installés sur le canapé. Quelques couches de couvertures pourraient aider, mais ce ne serait pas suffisant. J’avais également augmenté la chaleur de la maison d’ours — la plupart du temps, j’aimais garder la température de l’endroit à une température modérée, mais là, il fallait faire plus. Une pierre à feu fit l’affaire et augmenta la chaleur. Et c’était tout. Il ne me restait plus qu’à attendre.

L’escalade de la montagne et la randonnée dans le blizzard m’avaient ouvert l’appétit, et comme ils n’allaient pas se lever avant un moment, il était temps de manger ! J’avais préparé quelque chose de chaud à manger et une boisson rafraîchissante et j’étais allée à l’intérieur pour voir comment allaient les autres.

« Que peut bien être donc cet endroit ? »

« La maison d’ours. Vous êtes debout ? »

La femme regarda la pièce autour d’elle de façon confuse avant de finalement me regarder.

« Vous êtes… vous êtes un ours ? »

« Yuna est mon nom, l’aventure est mon métier. Je vous ai trouvé sur la montagne enneigée. Vous vous en souvenez ? »

La femme fronça les sourcils pendant un moment. Puis elle cria soudainement : « Damon ! »

« C’est le nom du gars ? Il est encore en train de dormir. »

J’avais alors désigné le canapé à côté d’elle.

La femme poussa un profond soupir de soulagement.

« Merci mon Dieu. Vous nous avez sauvés. »

« J’étais dans les parages. Je vous ai trouvé tous les deux effondrés dans la neige. C’est une chance que je sois aussi passée ici. »

« Merci beaucoup. Mon nom est Yuula. Voici mon mari Damon. »

Yuula inclina alors sa tête. Elle devait avoir quoi, vingt-cinq ans environ ? Mais bon, il y avait des gens ici comme Ellelaura, alors qui pouvait le dire ? Elle avait l’air d’avoir un peu froid, même avec la couverture, je lui avais donc donné du lait chaud.

« Que faisiez-vous tous les deux dans un endroit pareil ? »

Bien que les aventuriers ne venaient pas souvent ici, elle et Damon ne ressemblaient vraiment pas à des aventuriers.

« Nous venons du port maritime de Mileela et nous nous dirigeons vers Crimonia. »

« Oh-Mileela est l’endroit au-delà de cette montagne, non ? »

Cette ville côtière était… ma destination.

« Oui, c’est ça. Nous étions en train de traverser la montagne jusqu’à Crimonia pour acheter de la nourriture sur leurs marchés, mais nous étions si épuisés. »

« De la nourriture ? Pourquoi traverser une montagne pleine de blizzards pour de la nourriture ? »

« Il semblerait que la nouvelle n’ait donc pas atteint Crimonia », dit Yuula en inclinant la tête.

« Hein ? »

« Il y a environ un mois, un monstre est apparu dans la mer de Mileela. »

Il y avait des monstres marins ? Eh bien, pourquoi n’y en aurait-il pas ?

« C’est un kraken, disent les aventuriers. Il est apparu près du port et il met les bateaux en pièces. On ne peut ni entrer ni sortir. »

Dans le jeu, le kraken était un boss océanique. Le gros calmar meurtrier standard. Il était faible contre le feu et la foudre, mais les dégâts occasionnés par le feu étaient divisés par deux dans les zones aquatiques. La foudre était super efficace, mais vous vous souvenez du passage sur les océans ? Vous pouviez vraiment foutre en l’air votre propre groupe si vous lanciez un sort de foudre sans être entouré d’eau. Argh, je détestais ce boss — les classes de mêlée comme la mienne étaient inutiles contre lui, donc si vous ne lanciez pas de sort, vous vous débattiez en vain avec votre arme.

« De plus, à cause de l’apparition du kraken, les navires des autres ports maritimes ne sont plus venus avec des cargaisons. Nous espérions trouver de la nourriture à Crimonia… »

« Vous n’avez pas de guilde d’aventuriers chez vous ? Ne pourraient-ils pas tous unir leurs forces et tuer le calmar ? »

Yuula secoue la tête : « Nous n’avons pas d’aventuriers capables de vaincre un kraken. »

Même si le kraken était un monstre d’événement, il comptait quand même comme un boss. Quel genre de pouvoir cela représenterait-il ici ? Qui pourrait vaincre un tel monstre ?

« Vous ne pourriez pas vous contenter de manger du poisson, au lieu de risquer de traverser la montagne pour aller à Crimonia ? », avais-je demandé.

Yuula secoua la tête.

« Nous ne pouvons pas envoyer de navires, même dans les bas-fonds. Ils se font attaquer où qu’ils soient, et le kraken se rapproche à chaque fois qu’il attaque. Depuis, on ne peut plus envoyer de bateaux ni même s’approcher de l’océan. »

Oui, si le kraken venait au port, la nourriture serait le dernier de leurs soucis.

« Ne pouvez-vous pas pêcher sans envoyer de bateaux ? Utiliser des cannes à pêche et autres ? »

Une fois de plus, Yuula secoua la tête.

« Nous pêchons, mais nous attrapons si peu. Et seules certaines personnes sont autorisées à pêcher. »

« Pourquoi ? »

« Quand trop de gens se rassemblent au bord de l’eau, le kraken se montre. On ne peut pas laisser partir trop de gens. Les poissons qu’ils attrapent sont gérés et distribués par la guilde du commerce. Comme il n’y en a pas beaucoup, nous n’en avons pas. »

Alors que j’écoutais Yuula parler du port maritime, l’homme sur le canapé commença à remuer et à ouvrir les yeux.

Yuula avait presque couru jusqu’à lui.

« Damon, tu vas bien ? »

« Yuula ? Nous… nous allons bien ? »

L’homme s’était assis et avait saisi la main de Yuula.

« L’aventurière ici présente, Mlle Yuna, nous a aidés. »

« Un ours ? »

Eeeeeet c’était reparti.

« Damon, c’est impoli. Elle nous a aidés quand elle nous a trouvés effondrés dans la neige. »

« Oh, je suis désolé. Oui, je suis Damon. Du fond de mon cœur, je vous remercie. Mais… quel est cet endroit ? »

« C’est ma maison. »

Enfin, celle qui était mobile.

« Donc nous avons été sauvés… »

Ils s’étaient embrassés. C’était un peu fleur bleue, mais ils l’avaient mérité. Afin qu’il se sente plus à l’aise, j’étais allée à la cuisine, j’avais fait chauffer du lait et je l’avais apporté à Damon.

« Merci. Vous me sauvez la vie. »

Il commença à l’engloutir immédiatement. Ils avaient commencé à s’installer et à se calmer.

« Mais pourquoi êtes-vous sur la chaîne de montagnes ? Ce serait pittoresque, mais il n’y a pas de route côtière ? »

C’était pourtant ce que j’avais entendu. Pourquoi risquer leurs vies sur la montagne ?

« Eh bien… »

Damon avait commencé, puis il poussa un soupir de lassitude.

Yuula reprit la suite : « Peu de temps après l’apparition du kraken, des bandits ont commencé à apparaître sur la route côtière. Quiconque quittait la ville ou allait acheter de la nourriture était attaquée. Les routes ne sont pas sûres. »

« Même s’ils ne peuvent pas gérer le kraken, pourquoi les aventuriers ne pourraient-ils pas gérer quelques bandits ? Vous n’auriez pas pu soumettre une quête à la ville ? »

Les famines touchaient tout le monde, y compris les aventuriers.

Le duo secoua la tête.

« Nous ne pouvons pas. Les aventuriers de haut rang ont été engagés par des personnes fuyant le port maritime. Ils sont tous partis. »

« Il ne reste que des aventuriers de bas rang maintenant… »

Les aventuriers n’avaient pas pu vaincre le kraken, ni les bandits. Les aventuriers de haut rang étaient partis sans faire leur travail.

Quel cauchemar ! Ils ne pouvaient pas pêcher, pas envoyer de bateaux en mer, pas obtenir de nourriture des autres villes, et pas passer sur les routes à cause des bandits. Et les aventuriers étaient inutiles. Et il n’y avait pas assez de poissons dans les bas-fonds.

« Et les montagnes ? »

Il devait y avoir quelque chose. C’était ridicule !

« Pourquoi ne pas chasser dans les montagnes ? »

S’il y avait des loups ici, il devait y avoir quelque chose à manger pour eux.

« Nous pouvons chasser un peu dans les montagnes, mais pas beaucoup. Ce que nous avons réussi à chasser a été escroqué par nos propres marchands ! »

« Les autres ports savent-ils que la mer de Mileela est attaquée par le kraken ? Le pays ne fait rien ? »

Bien sûr, ce n’était pas la capitale, mais des soldats ne pouvaient-ils pas aider ?

« Oh, nous ne sommes pas gouvernés par le roi… sous aucun roi d’ailleurs. Mais cela signifie que personne ne nous aidera. »

« Vraiment ? »

Yuula acquiesça : « J’ai entendu dire que le port maritime a été créé il y a longtemps par des réfugiés d’une époque déchirée par la guerre. »

Pas d’aventuriers, pas de nourriture, et pas de pays. Ils étaient complètement acculés. Personne ne pouvait rien faire, sauf… peut-être moi ? Mais comment pourrais-je me battre ? Même mes ours ne pouvaient pas se battre dans un océan.

« Qu’aller vous faire maintenant ? », avais-je demandé.

« Si possible, nous irions à Crimonia. »

« Pouvez-vous vraiment retourner au port de mer depuis Crimonia ? Vous avez eu de la chance cette fois. »

Ils n’avaient même pas atteint leur objectif.

« Si nous ne le faisons pas, nos enfants et nos parents n’auront rien à manger… »

Ils avaient l’air si défaits, ils se souvenaient probablement de leur voyage jusqu’ici. Bien sûr, ils allaient continuer pour atteindre leur but… et peut-être finir complètement enterrés.

Je pourrais simplement les laisser repartir après ça, mais je ne pouvais pas les laisser mourir. J’avais près de cinq mille loups pour la nourriture et des tonnes de farine pour faire du pain et des pizzas. J’avais assez de nourriture pour pourrir… dans mes réserves, mais cela n’arrivera pas.

« Hum, alors où sommes-nous maintenant ? », demanda Damon.

« Nous sommes dans les montagnes. »

« Huh ? »

« Quoi ? »

Les deux étaient surpris. Je suppose que n’importe qui le serait après avoir entendu dire qu’il y avait une maison au milieu des montagnes.

« On est dans une grotte près de l’endroit où vous vous êtes effondrés. »

« Vous êtes sérieuse ? »

« Si vous pensez que je mens, vous pouvez vérifier par vous-même. »

Tous les deux regardèrent à l’extérieur de la maison d’ours par la fenêtre. Même de l’intérieur de la grotte, on pouvait voir le blizzard hurler dehors.

« Il y a une maison dans cette grotte ? »

« Yep. C’est magique. »

« C’est incroyable ! »

« C’est comme ça que je suis arrivée jusqu’ici. »

Sans mes trucs d’ours, je n’aurais jamais gravi cette montagne. Costume d’ours, invocations d’ours, maison d’ours, et stockage d’ours… qu’est-ce que je ferais sans eux ?

« Aussi, à propos de la nourriture de tout à l’heure, j’ai de la nourriture, alors je vais partager. »

« Vraiment ? Si vous pouviez nous en donner, ce serait merveilleux, mais… combien vous nous feriez payer ? »

Damon sortit un sac en cuir et répandit des pièces d’argent et de cuivre sur la table. Ils avaient probablement rassemblé tout l’argent qu’ils avaient dans leur foyer. Ce n’était pas beaucoup selon mes critères.

« C’est tout ce que nous avons. Plus vous serez disposées à vous en séparer, plus cela nous aidera. »

Damon inclina la tête, se montrant assez bas et humble pour une fille de mon âge. Mais s’il avait été arrogant et avait exigé la nourriture, je l’aurais refusé.

« Je n’ai pas besoin d’argent. Laissez-moi juste vous demander une faveur. »

J’avais du stock de loups à revendre.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Faites-moi visiter la ville quand on y sera. »

« Vous êtes sûre que c’est tout ? »

« C’est tout. Je ne vais pas demander quelque chose de déraisonnable. »

Si le kraken n’était pas là, je leur aurais demandé de me présenter leur poissonnier le plus recommandé. Pour l’instant, je suppose que j’avais juste besoin d’aller en ville.

« Merci. »

Arrête donc avec ses courbettes. Franchement, ils étaient si polis avec une fille dans des vêtements si étranges. C’était vraiment terrible.

« Plus important encore, vous devez être fatigué après cette journée, non ? Je vais préparer à manger, alors reposez-vous après avoir mangé. Une fois que le blizzard se sera calmé, nous partirons très tôt. »

J’avais préparé quelques repas chauds pour eux. Ils avaient pleuré doucement en mangeant. Je supposais qu’ils n’avaient pas beaucoup mangé au port. À moitié affamés et essayant d’escalader une montagne… Bon sang. Une fois qu’ils eurent fini de manger, je les avais conduits dans la chambre à l’étage.

Quant à moi, je m’étais blottie sous les couvertures de ma chambre, espérant récupérer de cette journée épuisante.

***

Chapitre 85 : L’ours atteint la ville côtière de Mileela

Avec un peu d’aide de la magie du vent, j’avais dégagé la neige qui s’était accumulée devant la grotte et j’étais sortie pour voir un ciel clair. Il y avait tellement de soleil que le blizzard d’hier aurait pu être un mauvais rêve. Un ciel aussi lumineux était un spectacle plutôt rare pour une ancienne recluse comme moi.

Le couple quitta la grotte en premier pendant que je rangeais la maison d’ours dans mon entrepôt. Quand je m’étais dirigée vers l’extérieur, je les avais trouvés trébuchants un peu dans la neige fraîche.

« Yuna, ma chère, que vas-tu faire pour votre maison ? », demanda Yuula.

Depuis qu’ils m’avaient ouvert leur cœur hier, ils avaient cessé de m’appeler « Madame » Yuna et étaient devenus franchement sentimentaux. Je préférais toujours ça à « Madame ».

« J’ai utilisé la magie pour la faire sortir, donc je peux aussi la ranger. »

« Yuna, tu dois vraiment être une incroyable aventurière », dit Damon.

« Je suis juste une aventurière ordinaire. »

Ce qui était un peu bizarre à dire, et un mensonge un peu évident. S’il y avait un autre aventurier qui portait une tenue d’ours comme celle-ci, qui escaladait une montagne en solitaire, et qui pouvait sortir et ranger une maison entière quand il en avait envie, j’aimerais bien le voir.

« Très bien, les gars, je vais lancer la convocation dont je vous ai parlé hier soir. Préparez-vous. »

J’avais tendu mes deux mains et, comme ça, Kumayuru et Kumakyu étaient apparus.

« Whoa, vous ne plaisantiez pas avec ces ours. »

« Oh là là, on va les monter ? »

Je suppose que c’était une chose de savoir quelque chose et une autre de le voir.

« Vous deux, vous pouvez monter sur mon ours noir, Kumayuru. »

« Il ne va pas nous attaquer, hein ? »

Ils s’étaient approchés prudemment de Kumayuru.

« Bien sûr, tant que vous ne faites rien pour les blesser ou les insulter. »

Damon cligna des yeux.

« Tant qu’on ne fait pas… Je suis désolé, vous voulez dire qu’ils peuvent nous comprendre !? »

« Yep. Kumayuru, pourrais-tu t’accroupir et les laisser monter sur toi ? »

Kumayuru s’accroupit en réponse.

Damon bafouilla : « Euh… Kumayuru… Je suis juste tellement, tellement excité de voyager avec toi. »

« Cwooooom. »

« Wôw ! »

Damon avait l’air d’un enfant dans un magasin de jouets.

« Il comprend vraiment ce qu’on dit ! »

Damon sauta sur le dos de Kumayuru.

« S’il te plaît, monte aussi, Yuula. Nous sommes sur le point de partir. »

Yuula acquiesça et monta derrière son mari. Kumayuru se leva lentement — je pense que lorsqu’il s’agit d’adultes, deux était probablement le maximum pour Kumayuru.

« Je ne pense pas que vous allez tomber, mais assurez-vous de bien vous accrocher. », avais-je dit.

J’avais enfourché Kumayuru, puis nous étions partis en direction du port maritime. La progression était lente, au pas, et s’accélérait au fur et à mesure qu’ils s’habituaient à monter mes ours magiques géants. Nous ne pouvions pas aller aussi vite en terrain montagneux, mais c’était mieux que de marcher.

Le temps en montagne était capricieux. Il y avait une chance qu’il y ait une nouvelle tempête sous peu. J’avais donc accéléré un peu la cadence sur le chemin de la montagne. J’avais combattu quelques bonshommes de neige le long du chemin avec la magie du feu. Puisque Kumayuru était là, tout irait probablement bien, mais toute attaque de monstre serait une complication dont je n’avais pas besoin.

« Tu es si calme à propos de tout ça, chère Yuna. »

« Ouais, whoa… »

Jusqu’à ce qu’ils me rencontrent, les deux se cachaient quand ils trouvaient des monstres ou changeaient de chemin. Ce n’était pas comme si on pouvait battre les monstres en les frappant sur la tête ou autre, donc je suppose que les gens normaux devaient fuir.

Finalement, nous avions atteint l’autre côté de la montagne, et l’océan bleu sans limites s’était étendu devant nous comme les eaux scintillantes d’un rêve. La mer m’attendait. Le kraken aussi, je suppose, ce qui était… moins bien, si vous vouliez mon avis.

Quoi qu’il en soit, ce n’était pas parce que je pouvais voir l’océan qu’il était vraiment proche. L’océan était juste grand. J’avais l’impression d’être à la même distance que si je descendais du sommet du Mont Fuji, je crois ?

Non pas qu’une ermite comme moi ait jamais escaladé le mont Fuji. Je ne l’ai vu qu’à la télévision. Si mon corps d’ermite essayait de se hisser au sommet du mont Fuji, les choses deviendraient très vite désastreuses. Je devais vraiment être plus reconnaissante pour mes convocations d’ours.

L’océan s’étendait devant nous, au loin, baigné de soleil, et nous nous étions dirigés vers lui.

Les ours avaient commencé à descendre en courant le long du sommet de la chaîne de montagnes. Le couple sur Kumayuru était assez agité depuis tout à l’heure. Toutes sortes de trucs énervants. « S’il te plaît, arrête », « C’est trop rapide », et « On va mourir ». Totalement ingrat !

Certes, nous descendions assez vite, mais pourquoi ne pouvaient-ils pas en profiter ? Faire comme si c’était des montagnes russes ou autre. C’était… probablement à ça que ressemblaient les montagnes russes, non ? Pour les gens qui vont dehors ?

Quelques heures et une courte pause plus tard, nous étions arrivés à la base.

« Vous deux, vous vous en sortez bien ? »

« Oui, je me débrouille. »

« Je vais bien. »

Leurs cris s’étaient tus en partie, et ils s’étaient contentés de tenir Kumayuru pour la vie.

Damon soupira : « C’est juste que… eh bien, il nous a fallu si longtemps pour gravir cette montagne, et nous sommes allés si loin. Tu nous as fait redescendre juste comme ça. »

Nous avions tous les trois voyagé pendant un certain temps maintenant, n’est-ce pas ? Mais c’était grâce à mon invocation d’ours que nous avions finalement réussi.

Nous étions descendus de mes ours à mi-chemin après être descendus de la montagne et nous nous étions dirigés vers le port à pied. Damon et Yuula m’avaient dit que nous ferions peur aux habitants si nous allions vers eux avec les ours. Je suppose que les ours étaient généralement considérés comme des brutes poilues.

« On s’est vraiment retrouvés ici en un jour », avaient-ils soupiré. C’était le crépuscule, et nous avions finalement atteint la ville. La brise marine nous frappait. Nous étions enfin arrivés à l’océan !

Au moment où nous étions arrivés près du port maritime, nous avions croisé un type.

« Damon, tu es revenu ! »

« Ouais, on a dû faire demi-tour. On était sur le point de mourir, et cette fille nous a sauvés. »

Le gars m’avait regardée.

« Un… ours ? »

« Je suis l’aventurière Yuna. »

Je lui avais montré ma carte de guilde.

« Une aventurière… ? », répéta le gars.

Oui, oui. Surpris qu’une fille en costume d’ours se dise aventurière, etc. Il avait regardé plusieurs fois moi et ma carte de guilde. J’avais essayé de ne pas le blâmer trop sévèrement pour ça.

« Êtes-vous sûre ? »

« Oui. »

Damon hocha la tête : « Elle a combattu tous les monstres qui ont tenté quoi que ce soit sur notre chemin. Yuna est beaucoup plus forte qu’elle n’en a l’air. »

L’homme m’avait regardée avec curiosité.

« Alors, Damon, tu n’as finalement pas atteint Crimonia ? »

Damon secoua la tête : « J’ai abandonné à mi-chemin. C’est là qu’elle nous a sauvés. »

« Compris. Petite Ourse, merci d’avoir sauvé Damon et Yuula. »

« Je les ai juste trouvés et fais ce que n’importe qui aurait fait. Ne vous inquiétez pas pour ça. »

« Je vois. Damon a dû vous parler de l’état du village, mais nous vous accueillons quand même à bras ouverts. »

Sur ce, le type nous avait laissé entrer.

« Que vas-tu faire maintenant, Yuna ? »

« Dormir. Il est tard, et demain sera un vrai enfer. Si vous pouviez me montrer une auberge, ça m’aiderait beaucoup. »

« Une auberge ? Il y a des chances qu’ils ne servent pas de nourriture. », soupira Damon.

« Ça ne fait rien. J’ai de la nourriture, tout ce dont j’ai besoin maintenant c’est de dormir. »

Si je n’arrivais pas à trouver un endroit, je pourrais toujours chercher un endroit désert et installer la maison d’ours.

« Dans ce cas, Yuna, pourquoi ne viendrais-tu pas séjourner chez nous plutôt que dans une auberge ? », demanda Yuula.

« Nan. Vous allez enfin revoir votre famille, n’est-ce pas ? Ça ira. »

« Mais tu nous as donné tant de nourriture… »

J’avais mis de la viande de loup, de la farine et des légumes dans un sac d’objets que je leur avais donné hier. Ils n’avaient même pas de sac d’objets, mais ils étaient quand même en route pour Crimonia afin d’acheter des trucs et de tout ramener par la montagne. Ils étaient pour le moins imprudents… mais je suppose que c’était ce que faisait la faim.

« Faites-moi visiter la ville si vous voulez me remercier. »

Les deux avaient essayé de me donner de l’argent pour la nourriture, mais j’avais refusé. Je ne voulais même pas qu’ils me raccompagnent à une auberge, mais ils m’avaient pratiquement suppliée de les laisser faire au moins ça. Même s’ils voulaient apporter de la nourriture à leur famille, ils voulaient d’abord me donner ce petit cadeau.

Nous nous étions promenés un peu dans la ville, mais il n’y avait pas d’animation, pas beaucoup de gens dehors. C’était désert, même pour un coucher de soleil, et la place était morte. Au moins, il n’y avait pas beaucoup de gens autour de la fille ours pour la dévisager cette fois.

« Normalement, cette place devrait être remplie de tonnes de chariots de nourriture », dit Yuula avec tristesse.

« Mais comme on ne peut pas attraper de poissons à cause du kraken, personne ne fait de commerce. »

« Et comme les bateaux ne peuvent pas venir, les gens ne viennent pas non plus des environs. »

« Exact. Vous aviez dit que les poissons sont gérés par la guilde du commerce ou quelque chose comme ça ? », avais-je dit.

« Oui. Ils ne pensent qu’à l’argent. »

Ils étaient censés distribuer le poisson, mais apparemment ils étaient gavés de pots-de-vin des riches et des désespérés. Mais alors, à quoi d’autre s’attendre de la part de marchands ? En fin de compte, tout se résumait à leur ligne de fond. Je pouvais pratiquement les voir regarder leur portefeuille, se demandant combien ils pouvaient se permettre d’escroquer sans causer trop de troubles. Même la guilde commerciale de Crimonia pouvait être impitoyable sur les profits. Je préférais quand ils m’aidaient à faire des pizzas.

« Damon ! »

Alors que nous marchions vers l’auberge, quelqu’un avait appelé Damon par-derrière. Un homme de l’âge de Damon avait couru vers nous.

« Jeremo ? »

« Quand êtes-vous revenu ? »

« À l’instant. »

« Je vois. Quand j’ai appris que vous aviez franchi la montagne, j’avais du mal à le croire. »

« Nous étions presque à court de nourriture, Jeremo. On n’avait pas le choix. »

« Je suis désolé de l’entendre. C’est qui cette fille dans un accoutrement bizarre là-bas ? »

Son regard était passé de Damon à moi.

« C’est Yuna, une aventurière. Elle nous a sauvés quand nous nous sommes effondrés dans la neige, nous a donné à manger et nous a ramenés au port maritime. »

Jeremo leva un sourcil.

« C’est une aventurière ? Je veux dire, la, euh, nous parlons tous les deux de la fille ici… dans le costume d’ours, non ? »

« Yuna, voici Jeremo. Il travaille à la guilde commerciale. »

« Les corrompus qui font monter les prix ? », avais-je dit en regardant fixement Jeremo.

« Jeremo n’est pas tout à fait comme les autres », dit Damon.

« C’est une façon intéressante de le dire. », dit Jeremo en grimaçant.

« C’est mieux que de dire que tu es avec eux, non ? »

« C’est juste. Ravi de vous rencontrer, Yuna. Je m’appelle Jeremo, et oui, je travaille vraiment à la guilde commerciale. »

Il continuait à reluquer le costume d’ours.

« Je suis Yuna, et oui, je suis vraiment une aventurière. Et non, je ne vais pas répondre aux questions sur les vêtements d’ours. Ne demandez même pas. »

Jeremo coupa immédiatement la question qu’il s’apprêtait à poser. Même s’il me posait des questions, je ne pourrais pas répondre à la plupart d’entre elles, et je n’en avais de toute façon vraiment pas envie.

« Je suis juste reconnaissant que vous ayez sauvé Damon. Pourquoi êtes-vous allée en haut de la montagne ? »

« Pour voir l’océan. »

C’était surtout pour avoir des fruits de mer, mais j’avais laissé cette partie de côté.

« C’est tout ? Vous avez… escaladé une montagne pour ça ? »

Il avait l’air exaspéré.

« Je n’arrive pas à croire qu’une petite fille ait pu gravir cette montagne. »

« On n’arrivait pas non plus à croire qu’elle nous avait sauvés, mais on l’a vue éliminer des monstres sans verser une goutte de sueur. »

« Si vous êtes aussi forte, mademoiselle, alors peut-être pourriez-vous aider les aventuriers qui sont venus l’autre jour et ont battu les bandits ? », dit Jeremo pensivement.

« Il y a d’autres aventuriers ? »

Je pensais qu’ils étaient tous partis.

« Un groupe de rangs C est passé par la grande route l’autre jour. », dit-il en hochant la tête.

« Huh. Vraiment ? »

« Oui, et le maître de guilde de mon travail les a immédiatement contactés. Il y a une chance qu’ils soient intégrés à la guilde commerciale. Il y a aussi beaucoup de gens qui veulent quitter le port maritime, alors ils pourraient prendre un travail de garde et quitter la ville. »

« C’est vrai. Espérons qu’il s’agisse d’un bon groupe d’aventuriers. »

Un court silence s’était installé entre nous.

« Eh bien, euh. Je ferais mieux de me remettre au travail. Damon, Yuula, je suis heureux que vous soyez sains et saufs. Jeune fille, je… ne resterais pas trop longtemps dans ce port. », dit Jeremo

Et nous avions ainsi pris des chemins différents.

***

Chapitre 86 : L’ours se rend à la guilde des aventuriers

Partie 1

« Yuna, ma chère, voici l’auberge. »

C’était vraiment beaucoup plus grand que ce à quoi je m’attendais.

« Il y a habituellement des gens qui viennent d’autres ports maritimes pour acheter du poisson. Mais en ce moment, il y a… des chambres libres. »

Ils étaient entrés tous les deux, je les avais ensuite suivis.

« Deigha est là ? »

« Est-ce toi, Damon ? »

Un homme musclé bronzé était assis derrière le comptoir, l’air de rien. Nos regards s’étaient croisés.

« Des muscles ? »

J’avais laissé échapper un mot.

« Un Ours ? », avait-il lâché en retour.

Il avait des muscles plutôt ridicules. Comme une sorte de dieu de la mer, tout droit sorti des vagues.

« Damon, c’est qui la fille mignonne avec les habits d’ours ? », grogna-t-il.

« La fille qui nous a sauvé la vie. On a failli mourir dans la neige sur le chemin de Crimonia. »

« C’est un peu exagéré », avais-je dit.

« Et elle est en plus trop modeste. Nous nous sommes effondrés dans un blizzard, et elle nous a trouvés. Puis elle nous a protégés et nous a ramenés au port. »

« Cette petite fille ours a fait ça… »

« Elle veut rester à l’auberge. As-tu des chambres libres ? »

« Mm. Nous n’avons pratiquement que les aventuriers qui sont venus plus tôt. Des tonnes de chambres libres. »

« Tu pourrais donc la laisser rester ici ? »

« Oui, bien sûr. Je ne peux cependant pas servir de repas. Je parie que Damon te l’a déjà dit, mais nous manquons de nourriture dans ce port. Désolée d’être impoli, mais je n’ai pas les réserves nécessaires pour aller nourrir un étranger. »

Ehh. J’avais le pain que Morin m’avait fait et des tonnes d’autres choses, donc je n’avais pas de problèmes quand il s’agissait de nourriture.

« Cependant, si vous avez des ingrédients, je pourrais vous préparer quelque chose. », ajouta-t-il

Comme il l’avait proposé, j’avais décidé de le prendre au mot. Dommage que je ne puisse pas avoir de fruits de mer, par contre. J’avais sorti de la viande, des légumes, de la farine et d’autres choses de mon stock d’ours et je les avais placés devant l’homme musclé.

« Si vous pouvez faire quelque chose avec ça… », avais-je dit.

« Whoa, whoa, comment avez-vous fait pour avoir autant de nourriture sur vous !? »

J’avais haussé les épaules.

« Je ne sais pas combien de temps je vais rester, mais préparez quelque chose de savoureux, si vous le pouvez. Si vous avez besoin de plus d’ingrédients, dites-le-moi. »

« D’accord, j’ai compris. Je vais préparer quelque chose tout de suite. J’aimerais par contre pouvoir servir des fruits de mer. Je m’appelle Deigha. »

« Je m’appelle Yuna. »

« Enchanté de vous rencontrer, Mlle Ours. »

Pourquoi ne pouvait-il pas utiliser mon nom comme une personne normale ? Pourquoi personne ne pouvait-il le faire ?

Damon et Yuula étaient rentrés chez eux et j’avais eu mon repas préparé, qui était étonnamment délicieux. Ce type savait cuisiner. L’estomac plein, on m’avait montré ma chambre. Comme il y avait des tonnes de chambres libres, il m’avait laissé la plus grande chambre avec un plan de paiement différé. Il y avait même assez de place pour convoquer mes ours.

Je m’étais assise sur le lit et j’avais sorti mon téléphone ours. Fina devait s’inquiéter pour moi, alors je l’avais appelée.

« Yuna !? »

Après quelques sonneries d’ours, Fina décrocha.

« Fina, j’y suis. », avais-je dit avec ma meilleure voix d’agent secret

« Vraiment ? Merci mon Dieu. »

Je pouvais entendre à quel point elle était soulagée. Le fait de voir qu’elle s’inquiétait autant pour moi était touchant.

« Alors, l’océan est beau ? »

« Oui. Joli, grand, bleu. »

Même si je ne l’avais pas encore vu de près.

« C’est tellement beau. J’aimerais pouvoir le voir. »

« Si Tiermina est d’accord, voudras-tu venir avec moi un jour ? »

« Le penses-tu vraiment !? »

Eh bien, je ne pouvais pas vraiment l’amener avant que les bandits et le kraken soient partis, mais pourquoi pas ? En parlant de ça, je ne voulais pas inquiéter Fina, donc je ne lui avais pas parlé des bandits, du kraken, ou de la famine. Je lui avais juste dit que j’allais profiter des vibrations de l’océan pour un moment et que je pourrais mettre un peu de temps avant de revenir à Crimonia.

« Eh bien, si quelque chose arrive, n’hésite pas à appeler. »

Il était tard, donc je voulais que la conversation soit courte.

« Je n’hésiterai pas. Mais Yuna, s’il te plaît, ne fait rien d’imprudent non plus. »

Le lendemain matin, je m’étais réveillée avec deux énormes petits pains noirs et blancs posés sur mon lit. Je les avais inspectés de plus près et j’avais vu que Kumayuru et Kumakyu étaient recroquevillés et dormaient sur le lit sous forme de cubes. C’est vrai, je les avais convoqués par mesure de sécurité la nuit précédente. Il y avait une jeune fille de quinze ans qui dormait ici, après tout, alors j’avais besoin d’au moins un peu de sécurité.

Mes ours dormaient cependant si paisiblement. Ils allaient me réveiller si quelqu’un venait, non ? Quand je les avais caressés, ils m’avaient regardée, avaient poussé de petits bâillements et s’étaient immédiatement recroquevillés. J’avais rappelé mes petits gars, j’avais grimpé hors du lit et j’avais changé mes vêtements d’ours blanc pour mes vêtements d’ours noir. Puis je m’étais dirigée vers la salle à manger en bas.

« Vous êtes en avance. J’ai de la nourriture prête si vous en voulez. »

L’homme musclé Deigha m’avait servi le petit-déjeuner, qui était aussi délicieux qu’avant.

Parmi les employés de l’auberge, il y avait Deigha, sa femme et leurs enfants, qui tenaient plus de leur mère. Ils étaient tous plus âgés que moi, et le fils aidait à l’auberge tout en travaillant comme pêcheur. Et bien qu’ils avaient cuisiné à l’auberge avec le poisson que le fils avait attrapé, il était coincé à terre comme la plupart des pêcheurs et aidait donc à l’auberge elle-même.

Je pense que la sœur avait quelques années de plus que moi. Elle aidait à faire le ménage, la lessive, la cuisine, et tout ce dont sa mère avait besoin. J’avais été soulagée de constater qu’ils n’étaient pas musclés comme leur père. Ça aurait fait beaucoup trop de muscles pour un seul bâtiment.

« Quel goût ça a ? », grogna Deigha. Mais il grognait sur tout.

« Super ! »

« Eh bien, c’est bon à entendre. Et vous êtes sûre qu’on peut aussi avoir une part à manger ? »

« Vous me laissez une belle chambre. C’est le moins que je puisse faire. »

Selon Deigha, certains ménages étaient sur le point de manquer de nourriture. Bien qu’ils se soient répartis entre les personnes qu’ils connaissaient, même eux étaient presque à court.

« Au moins, la guilde commerciale distribue de la nourriture, non ? », avais-je ajouté.

« Hmph ! Ils font semblant, c’est sûr, mais en fait ils ne font que remplir les poches des riches. »

Comme l’avaient dit Yuula et Damon. Dans ce cas, je pense qu’il vaut mieux éviter de distribuer de la nourriture dans la guilde commerciale.

« Alors vous ne pouvez pas non plus obtenir de la nourriture ? »

Deigha secoua la tête.

« La guilde des aventuriers chasse des loups et d’autres animaux dans les bois pour en distribuer, mais ça ne va pas plus loin. »

« La guilde des aventuriers fait ça ? »

« Oui, ils aident aussi beaucoup de gens. »

Donc la guilde des commerçants était une corrompue, mais la guilde des aventuriers pouvait être décente. Intéressant.

Lorsque j’avais quitté l’auberge, je m’étais dirigée vers la guilde des aventuriers avec l’aide des indications de Deigha. Je l’avais trouvée tout de suite, elle était plus petite que celle de Crimonia. Je m’étais préparée à un autre combat avec des aventuriers tapageurs en entrant, mais…

« Il n’y a personne… dans le coin ? »

« Quelle impolitesse ! Je suis juste là, n’est-ce pas ? »

J’avais regardé dans la direction de cette voix pour trouver… une exhibitionniste. Elle portait une jupe courte, une chemise qui soulignait son abondant décolleté, et buvait même si c’était le matin.

« Très bien, gentille petite chose, que faites-vous dans une guilde d’aventuriers ? »

« C’est la guilde des aventuriers, non ? »

Je n’étais donc pas accidentellement entrée dans un magasin pour adultes.

« Ouais. Qu’est-ce qu’il y a ? »

« C’est quoi cette tenue ? »

« Comme c’est grossier. Ce sont mes vêtements. Ça rend les garçons sauvages », dit-elle en se penchant en avant pour mettre sa poitrine en valeur.

C’était une façon d’enfoncer le clou pour la fille aux ours et à la poitrine planche à laver. Je la rattraperai dans quelques années… pas vraies ?

« OK, mais il n’y a pas d’hommes ici ? Ou… quelqu’un ? », avais-je dit lentement.

« Bien sûr que non. Vous n’avez pas entendu ce qui se passe dans cette ville, mon ours ? »

« Kraken, bandits, famine… j’ai compris l’essentiel. Et quelques aventuriers de haut rang se sont enfuis avec certains habitants de la ville, il ne reste que les aventuriers de bas rang. »

Et personne d’autre.

« Vous avez à peu près tout compris, petite. Mais les aventuriers qui sont restés traînent à la guilde du commerce. »

« Vraiment ? Pourquoi la guilde du commerce ? »

« Ils sont de bas rang, mais ils peuvent encore chasser des monstres de moindre importance. La guilde du commerce les achète à un prix élevé, alors la plupart d’entre eux sont allés là-bas. »

Je vois. Donc ils gagnaient de l’argent en vendant à la guilde du commerce plutôt qu’ici. Les aventuriers préféraient les gros sous aux grosses pertes… mais je n’avais pas l’intention de le dire à voix haute.

« La guilde des aventuriers ne peut pas acheter des trucs plus chers ? »

« Hmph. J’ai déjà entendu ça. »

La femme me lança un regard noir. Je n’avais pas pu m’empêcher de sursauter, son regard était si acéré.

« Ha ha, je plaisante. Vous êtes une nerveuse. Qu’est-ce que vous venez faire ici, mon petit ourson ? »

« J’ai entendu dire que vous n’aviez pas assez de nourriture, alors je suis venue vous aider. Je suis une aventurière. »

« Vous ? Une aventurière ? Pfft. Heh. Ahahahaha ! Ça fait longtemps que je n’ai pas eu un bon fou rire, merci. Vous êtes censée être une aventurière, petite fille ourson ? Aha ha ha ! »

Elle n’arrêtait pas de rire aux éclats.

« Oui, je suis une aventurière. D’accord ? »

La femme sirota sa boisson et manqua de la renifler dans un nouveau gloussement.

« D-Désolée, désolée, je-pfffeeeahhahahahaha ! Je n’arrive vraiment pas à imaginer qu’une fille portant un costume d’ours aussi mignon soit une aventurière. Juste pour être sûr, voulez-vous bien me montrer votre carte de guilde ? »

« Et la vôtre ? »

« Oh, c’est vrai. Désolée. Je suis le maître de guilde de cette ville. Je m’appelle Atola. »

Je n’aurais jamais deviné. Je suppose qu’il n’y avait pas assez de talents dans le coin. J’avais donné ma carte de guilde à Atola.

« Il n’y a pas d’autres employés ici ? », avais-je demandé.

« Nan, on n’a pas le temps de tergiverser tant que la ville est dans cet état », avait-elle dit, et elle avait immédiatement pris une énorme gorgée d’alcool.

« Ouf. Pas de flânerie. Maintenant, ceux qui savent se battre sont dans la montagne pour ramasser de la nourriture et les plus forts négocient un envoi d’aventuriers. Tous les autres massacrent les monstres et les animaux ou distribuent la nourriture. »

***

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