Kuma Kuma Kuma Bear – Tome 3

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Chapitre 51 : L’ours se dirige vers la capitale royale

Le jour où j’étais partie avec le convoi, j’étais d’abord passée chez Tiermina pour récupérer Fina. De là, nous nous étions dirigés vers la maison du Seigneur féodal pour retrouver Noa.

« Alors, qui gardes-tu, Yuna ? »

« Oh ? Ai-je oublié de le mentionner ? C’est la fille du seigneur de la ville. »

Le visage de Fina devint pâle.

« Le seigneur… alors ça veut dire qu’on va chez le seigneur Fochrosé ? »

J’avais fait un signe de tête.

« Je rentre à la maison »

Elle s’était éclipsée. Je lui avais pris la main avec ma marionnette ours pour l’empêcher de s’échapper.

« C’est bon, ce n’est pas comme s’ils allaient te manger. En plus, je garde sa fille — c’est une enfant qui s’appelle Noa. »

Vu la réaction de Fina, j’avais deviné que le fossé entre la noblesse et les roturiers était assez large, même dans ce monde. Et même si elle était noble, Noa semblait être une fille douce.

« Vous voulez dire Mademoiselle Noir ? Mais quelqu’un comme moi ne peut pas aller avec vous… »

Bizarre, pensais-je. Je l’appelais par son surnom, mais Fina l’appelait Noir. Je suppose donc que les gens ne la connaissaient pas par ce surnom ?

« Bref, allons-y. S’ils disent que tu ne peux pas venir, nous irons ensemble tout seuls plus tard. », avais-je dit

Fina était venue à contrecœur, mais j’avais gardé la main sur elle. Quand nous étions arrivées au manoir, Noa se tenait déjà debout, les mains sur les hanches, près de la porte.

« Tu es en retard, Yuna ! », dit-elle avant même de nous saluer.

« Nous ne sommes pas en retard. Quand as-tu commencé à attendre ? »

« Depuis que je me suis réveillée et que j’ai pris mon petit déjeuner, il y a donc une heure… »

« C’est beaucoup trop tôt. »

« Je ne pouvais pas attendre, sachant que j’allais voyager sur un ours », avait-elle dit, l’air embarrassé. C’était plutôt mignon.

« J’ai une faveur à te demander. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Je l’emmène aussi avec moi. Ça ne te dérange pas ? »

J’avais pointé du doigt Fina, qui avait bronché.

« Qui est-elle ? »

« C’est ma sauveuse, Fina. »

« Ce n’est pas vrai. Yuna, c’est toi qui m’as sauvée ! » m’avait dit Fina. Je n’étais pas convaincue.

« Elle a dit qu’elle n’était jamais allée dans la capitale royale, alors j’ai pensé l’emmener. J’espérais pouvoir obtenir la permission de toi et de Cliff. »

« Ça ne me dérange pas vraiment, mais je ne vais pas céder ma place sur l’ours. »

« Je vais vous faire monter ensemble », avais-je dit.

« Je suppose que c’est bien, mais je monte devant ! »

« J’aimerais aussi avoir la permission de Cliff, au cas où. Pourrais-je le voir ? »

Noa entra et revint avec Cliff, qui avait immédiatement donné son accord.

« Ça ne me dérange pas », avait-il dit.

« Tu es sûr ? »

« Ce n’est qu’une personne de plus. De plus, avoir une fille du même âge que ma fille avec elle n’est pas du tout une mauvaise idée. »

Fina salua Cliff nerveusement : « Je suis Fina. »

« S’il te plaît, prends soin de ma fille. »

« O-Oui », balbutiait Fina.

« Ne sois pas méchant avec elle. »

Je tirai le bras de Fina, me mettant entre elle et Cliff.

« Tu me fais paraître méchant. Je ne faisais que la saluer », avait-il protesté. Je suppose que le fait qu’il était un aristocrate ne faisait que mettre Fina sur la sellette.

Nous nous étions dirigés vers les portes de la ville. Noa semblait s’amuser, mais Fina était une boule de nerfs.

« Au fait, quel est ton nom ? » demanda Noa.

« C’est Fina. »

« Je suis Noir. Ravie de te rencontrer. »

« Oui, madame ! »

L’introduction officielle avait peut-être apaisé ses inquiétudes, puisqu’un sourire revint sur le visage de Fina. Une fois que nous étions sorties de la ville, j’avais convoqué Kumayuru et Kumakyu. Noa avait joyeusement pris Kumayuru dans ses bras au moment où l’ours avait fini de se manifester.

« Kumayuru, c’est bon de te voir ! »

Elle avait ensuite salué Kumakyu de la même manière.

« Je l’ai déjà dit, mais je vais monter devant, d’accord ? »

« Oui, Mademoiselle Noir. »

« Alors, c’est un plaisir, Fina. »

Noa offrit sa main à Fina, qui la prit nerveusement.

« Oui, c’est un plaisir pour moi aussi. »

Maintenant montées sur Kumayuru dans leurs positions respectives, elles ne pouvaient pas s’empêcher de sourire. Je suppose qu’elles vont s’en sortir, pensai-je en montant sur Kumakyu.

« Alors, allons à la capitale ! »

Comme nous n’étions pas pressés, nous étions partis à un rythme tranquille.

« Kumayuru, je compte sur toi pour nous amener à la capitale, d’accord ? »

Noa donna à Kumayuru une gentille caresse.

« Mademoiselle Noir, vous savez déjà pour Kumayuru et Kumakyu ? »

« Yuna les a amenés au manoir et m’a laissée les monter une fois. Ils ont aussi fait une sieste avec moi. J’étais si excitée pour ce voyage que j’avais hâte. Comment toi et Yuna vous connaissez-vous, Fina ? »

« Fina m’a tirée d’affaire quand j’étais perdu dans la forêt, au moment où je suis arrivée ici », avais-je interrompu.

« C’est vrai, » dit Fina, « mais c’est Yuna qui m’a sauvée d’une attaque de loup. Je l’ai juste conduite en ville. »

« Et puis, je suis devenue une aventurière, mais comme je ne pouvais pas dépecer les monstres, j’ai fini par demander à Fina de le faire pour moi. »

« Oui, et je suis vraiment reconnaissante pour l’argent que tu me verses. »

« Fina, tu peux dépecer des monstres ? »

Noa avait l’air surprise.

« Oui, je l’ai fait pendant longtemps à la guilde. »

« Depuis longtemps ? Quel âge as-tu ? »

« J’ai dix ans. »

« Tu as donc le même âge que moi. Je ne peux pas croire que tu dépèces des monstres à ton âge… »

Noa jeta un regard choqué à Fina par-dessus son épaule. C’était donc bizarre pour des enfants de dix ans de pouvoir dépecer des monstres, même dans ce monde. Fina devait vraiment être spéciale.

Les deux jeunes eurent ensuite une conversation amicale. Et malgré leur différence de classe sociale, elles avaient après tout le même âge. Pendant que je les écoutais parler, nous avions suivi la route vers la capitale à un rythme tranquille. Aucun monstre ou voleur n’avait fait son apparition et la journée paisible s’était bientôt transformée en soirée.

J’avais cherché le meilleur endroit pour installer notre campement. Il y avait dans un endroit un peu éloigné de la route principale quelques arbres qui semblaient prometteurs. Je m’y étais donc rendue.

« Yuna, tu ne vas pas dire que nous allons camper en plein air ici, pas vrai ?! », dit Noa

« Oui, tu pensais qu’on allait rester dans une auberge ? »

« Euh, et bien, oui. Chaque fois qu’il y avait des villes ou des villages à proximité, on restait dans une auberge. Si ce n’était pas le cas, on dormait dans la calèche… »

Bien sûr. C’était vraiment la fille d’un noble.

« Ne t’inquiète pas. Tu auras de quoi dormir. »

« …? »

Je leur avais dit de prendre un peu de recul et j’avais sorti une maison d’ours du stockage d’ours. La maison ours avait la forme de deux ours assis : une maman et un petit. La maman ours était la vraie maison, et le petit était l’entrepôt attenant où Fina pouvait faire ses dépeçages. La porte d’entrée était placée dans la patte gauche de la maman ourse.

Je l’avais faite plus petite pour qu’elle soit moins visible, mais elle était tout de même très attrayante, bien qu’elle ne fasse que la moitié de la taille de la maison ours en ville. J’avais également redessiné un peu l’intérieur depuis l’époque où Fina et moi étions allées tuer des tigres et des loups.

« Yuna ?! Qu… qu… »

Noa cria d’étonnement.

« C’est une maison d’ours. Celle-ci est pour les voyages, c’est donc un peu petit. »

« Je ne demandais pas ce que c’était, je voulais savoir d’où ça venait. Je suppose que je sais d’où ça vient, mais est-ce que ça peut vraiment tenir dans un sac sans fond ? »

« Je ne suis pas sûre des limites supérieures de mon sac sans fond. »

L’autre maison, plus grande, y rentrait très bien. Tout comme la vipère noire.

« Tu n’es pas surprise, Fina ? » demanda Noa. Elle avait l’air plutôt perplexe.

« Non. Je l’ai déjà vue sortir une maison d’ours. »

« Aussi, tout ça est un secret, alors ne le dis à personne », j’avais prévenu Noa.

« De toute façon, pourquoi ne pas rentrer ? Tu dois être épuisée après avoir voyagé toute la journée. »

J’avais renvoyé Kumayuru et Kumakyu, puis j’avais fait entrer les filles.

« Oh Noa, désolée, mais s’il te plaît, enlève tes chaussures ici. »

J’avais des chaussures d’intérieur qui ressemblaient à des pantoufles, prêtes pour Noa et Fina dans l’entrée. Au-delà de l’entrée se trouvait le salon-salle à manger combiné, qui était éclairé par des pierres de mana. Il était assez spacieux pour accueillir dix personnes.

« Quelle est cette maison ?! » s’exclama Noa, surprise.

« Choisissez une chaise et asseyez-vous. Je vais préparer le dîner. »

Je m’étais dirigée vers la cuisine, j’avais huilé une poêle à frire et j’avais préparé de la viande hachée et des œufs pour faire des steaks hamburger. J’avais fait une salade pendant que les steaks cuisaient. Les enfants devaient avoir leurs légumes verts. Une fois les steaks cuits, j’avais servi la soupe encore chaude de l’auberge dans des bols et j’avais mis du pain frais sur une assiette. Puis j’avais versé du jus de fruits dans des tasses. Bon appétit.

« Yuna, qu’est-ce que c’est ? »

« C’est le dîner. Si tu veux un repas comme ceux que tu manges dans ton manoir, je ne peux pas vraiment faire ça. »

« Non, je ne pensais pas du tout à ça. En fait, ça sent encore meilleur que les repas que je prends à la maison. »

« Vraiment ? Super. Assurez-vous de le manger pendant qu’il est chaud. »

Noa et Fina commencèrent à manger.

« C’est quoi ce truc délicieux ? »

« C’est juste un steak hamburger. »

« Ham-bur-ger ? »

« Oui, on n’en mange pas dans ce pays ? »

« Ce n’est pas vraiment qu’on n’en mange pas, c’est la première fois que je mange quelque chose comme ça. »

« Vraiment ? Je n’ai fait que hacher de la viande de loup, de bœuf, de porc et d’autres choses. »

« Yuna, penses-tu qu’on puisse faire ça aussi chez moi ? » demanda Fina.

« Je pense que tu le pourrais, mais peut-être que faire la sauce serait difficile. C’est très bon avec du radis chinois râpé. »

« S’il te plaît, apprends-moi comment la faire la prochaine fois. Je veux que tous les membres de ma famille puissent y goûter ! »

« Bien sûr. »

« Moi aussi », dit Noa.

« Noa, tu n’as pas besoin de le savoir, non ? Tu as une bonne qui prépare tes repas. »

« C’est vrai, mais je n’aime pas me sentir exclue. »

« Eh bien, ça peut attendre qu’on soit de retour en ville. »

« Cette soupe a aussi bon goût. »

« L’auberge a fait ça pour moi. »

« Et le pain ? »

« J’ai trouvé une bonne boulangerie, alors j’ai fait des provisions. »

Après avoir discuté un peu, on avait fini notre repas. Fina et Noa étaient maintenant assez à l’aise l’une avec l’autre pour converser normalement.

« Maintenant, faisons une courte pause, puis prenons des bains. Nous partirons au lever du soleil, nous devons donc nous coucher tôt. »

« Oui, je comprends. »

« Est-ce qu’on part vraiment si tôt ? »

Les réactions étaient tout à fait opposées : Fina se levait toujours tôt pour le travail et les tâches ménagères, tandis que Noa était une noble qui saluait le matin tranquillement.

« C’est parce que je ne veux pas que d’autres personnes repèrent la maison. Je veux lever le camp avant que quelqu’un se réveille et commence à regarder autour de moi. »

« Je comprends. Je croyais aussi que tu avais parlé d’un bain ? Ai-je mal entendu ? » demanda Noa, en se frottant les oreilles.

« Tu n’as pas mal entendu. Il y a un bain, alors lave-toi avant d’aller te coucher. Fina, peux-tu lui montrer comment fonctionne le bain ? »

« J’ai l’impression que tout ce que je croyais être du bon sens est en train de s’effriter », dit Noa alors que Fina la conduit vers le bain.

Pendant qu’elles étaient occupées, j’avais débarrassé le repas. Je n’avais fait que laver la vaisselle et les tasses. Quand elles étaient sorties toutes les deux, je leur avais donné le sèche-cheveux et leur avais dit de se sécher les cheveux pendant que je prenais mon bain. Quand j’avais fini et que j’étais revenue, elles attendaient.

« Vous n’êtes pas encore au lit ? »

« Au lit où ? »

C’est vrai, je venais de me rappeler que je ne leur avais pas encore donné de chambre.

Au premier étage, il y avait le salon-salle à manger, la cuisine, la salle de bain et la baignoire. Le deuxième étage avait trois petites chambres. Une de ces chambres était la mienne, et les deux autres étaient pour les invités. Il y avait trois lits dans chacune des chambres, pour un total de six.

Je leur avais montré les chambres.

« Que voulez-vous faire ? Vous voulez dormir dans des chambres séparées ? »

« Les deux me conviennent. Tu peux choisir, Mademoiselle Noir. »

« Je veux parler avant d’aller me coucher, alors restons dans la même chambre. »

« OK ! »

« Tu peux parler, mais assure-toi de te coucher tôt », lui avais-je dit.

J’étais ensuite allée dormir dans ma propre chambre. Après tout, ce serait gênant si je me réveillais tard après les avoir avertis de cela.

***

Chapitre 52 : L’ours aperçoit un chariot attaqué

J’avais fini par me réveiller avant le lever du soleil le lendemain matin. Le ciel était encore très sombre, et il faisait probablement froid, mais la grenouillère en forme d’ours m’avait empêchée de sentir le froid. J’étais passée du côté de l’ours blanc au côté de l’ours noir et j’étais descendue au premier étage.

« Bonjour, Yuna. »

Fina était déjà réveillée, mais je n’avais pas vu Noa dans les parages.

« Bonjour. Où est Noa ? »

« La réveiller m’aurait mis mal à l’aise, alors elle dort encore. »

« Je vais préparer le petit déjeuner, alors va la réveiller. »

J’avais préparé la soupe et le pain d’hier pour le petit-déjeuner. Noa avait l’air groggy au moment où elle entrait dans la salle à manger.

« Bonjour. »

« Tu as l’air d’avoir sommeil. »

« C’est parce que je dors toujours à cette heure. »

« Nous partirons après le petit-déjeuner. »

« Oui », répondit Noa, dont les mots étant interrompus par un bâillement. Fina sourit en regardant.

Après avoir terminé notre repas, nous avions repris notre voyage vers la capitale royale. Le voyage avait continué à être paisible, nous nous étions même arrêtées pour acheter des légumes frais dans un village que nous avions traversé en chemin.

Normalement, je dormais beaucoup pendant le voyage. Comme on ne pouvait pas tomber des ours, on pouvait faire la sieste dessus sans s’inquiéter. Noa avait aussi passé beaucoup de temps à dormir, probablement parce qu’elle s’était réveillée plus tôt qu’à l’accoutumée et parce que les ours avaient un dos si confortable.

Quelques jours après avoir quitté la ville, il s’était enfin passé quelque chose.

« Arrêtez-vous une seconde. »

Kumayuru et Kumakyu s’arrêtèrent.

« Y a-t-il un problème ? »

« Il y a des gens et des monstres devant. »

« Vraiment ? ! »

Je ne pouvais pas les voir d’où nous étions. La seule raison pour laquelle je pouvais le dire était grâce à ma compétence détection d’ours, que j’activais de temps en temps. Cette fois-ci, elle avait fait apparaître tout un tas de monstres devant nous.

« Yuna, que devons-nous faire ? »

« Si des gens sont attaqués, nous devons aller les aider. »

Ma compétence détection d’ours avait permis d’identifier les monstres comme étant des orcs. J’aurais pu les tuer sans verser de sueur. Mais je ne voulais pas mettre Fina et Noa en danger.

« Yuna ? »

Fina avait l’air inquiète, elle s’accrochait derrière Noa, se tenant à ses vêtements. Si je les laissais derrière moi, j’aurais un mauvais goût dans la bouche. Je leur avais dit ce qui se passait. Elles seraient si tristes si les gens attaqués finissaient par mourir.

« Je vais faire un saut pour les aider. Les monstres pourraient essayer de vous attaquer aussi, alors vous devez impérativement rester avec Kumayuru, compris ? »

« Yuna, ne fais rien de dangereux. »

« Yuna… »

« Ça va aller. »

Elles avaient encore l’air inquiètes au moment où je les avais laissées derrière moi et que j’étais partie au galop avec Kumakyu.

Les orcs avaient fait le tour d’un chariot. Des aventuriers, à en juger par leurs regards, tenaient le périmètre, ce qui expliquait sans doute pourquoi je pouvais encore les détecter. J’avais été momentanément soulagée de les voir vivants, mais ils semblaient plus nombreux.

« Un, deux, trois… huit. »

Il y avait huit orcs dans la mêlée, et quatre aventuriers pour les tenir à distance. L’un d’eux, probablement un sorcier, était coincé par un orc. Un épéiste était occupé avec deux orcs à côté du chariot. Les deux derniers étaient séparés à une certaine distance, entourés de cinq orcs.

J’avais sauté de Kumakyu et j’avais couru vers le sorcier, qui semblait être le plus en danger. Il était effondré sur le sol, essayant de ramper, mais l’orc avait une prise sur sa jambe. Il faisait tomber une massue de sa main gauche. C’était mauvais.

J’avais donné un coup de pied au sol, amassé du mana dans ma main et envoyé une lame de vent sur l’orc, lui tranchant son cou épais avant qu’il ne puisse me voir arriver. J’avais peut-être monté d’un niveau ?

Le sorcier regarda autour de lui, essayant de comprendre ce qui s’était passé, et il m’avait enfin remarquée.

« Un ours ?! »

J’étais passée devant le sorcier surpris et m’étais dirigée vers la cible suivante. Une épéiste défendait seule le chariot contre deux orcs. Son dos n’était pas du tout protégé. Mes nouvelles lames de vent traverseraient les orcs, ce qui risquait d’endommager le chariot et la femme à l’épée. J’avais donc à la place fait surgir de la terre autour des moitiés inférieures des orcs et je les avais immobilisés.

« Quoi ?! » s’écria l’épéiste.

« Je les ai immobilisés, alors finissez-les vous-même ! »

Elle avait immédiatement décidé de terminer le travail. Elle s’était placée sur les côtés des orcs et les trancha. Pendant ce temps, je me dirigeais vers l’endroit où les deux autres combattaient les cinq orcs, loin du carrosse.

Comme avant, je ne pouvais pas utiliser ma lame de vent, et le sort de terre ne faciliterait pas la fuite des deux humains. J’avais recueilli du mana dans mes mains. Au lieu d’imaginer une lame de vent, j’avais imaginé une masse d’air. Puis, j’avais lancé cette masse d’air vers les orcs. J’en avais envoyé cinq à la fois, chacun d’eux frappant un orc et le faisant exploser à ses pieds. Les aventuriers avaient aussi été renversés par l’explosion, mais ils n’étaient pas morts.

Les orcs effondrés s’étaient levés presque immédiatement. Les aventuriers semblaient vouloir se relever eux aussi.

« C’est dangereux, alors restez à terre ! » avais-je crié.

J’avais lâché une lame de vent horizontale sur les orcs debout, les coupant en deux et éclaboussant les aventuriers de sang d’orc. Je vous ai sauvés, alors ne vous fâchez pas, d’accord ? me suis-je dit. La menace étant écartée, je m’étais approchée des aventuriers ensanglantés.

« Vous allez bien ? »

« Un ours ? »

Une aventurière aux longs cheveux se leva et rangea son épée. L’autre aventurière vérifia son environnement.

« Hum, vous nous avez sauvés ? »

« À peu près. »

« Eh bien, merci. Vous nous avez vraiment sauvé la vie. »

« Je passais juste par là, alors ne vous inquiétez pas. »

Ils avaient l’air affreux avec du sang d’orc partout, mais ils n’avaient pas l’air en colère. Je me sentais un peu mal, mais c’était une urgence.

« Marina ! »

L’aventurière qui se battait près du carrosse était tombée.

« Tu vas bien ? »

« Oui, on va bien. Cette fille déguisée en ourse nous a sauvés. Et vous ? »

« Elle et moi, on va bien, grâce à cette fille. »

Le visage de l’aventurière aux cheveux longs indiquait qu’elle était soulagée.

« Je vois. Je dois vous remercier encore une fois. »

« Heureuse d’être arrivé à temps. »

« Je suis Marina, la chef de ce groupe. Celle qui tient la grande épée là, c’est Masrika, et voici… »

« Je m’appelle Itia. »

Apparemment, la sorcière que j’avais sauvée en premier s’appelait « Elle ». Nous étions retournés à la voiture, et j’avais appelé Kumayuru et Kumakyu en chemin. Par télépathie ou autre, je pouvais donner des instructions à mes ours même s’ils étaient loin.

« Elle, ça va ? »

« Oui, je vais bien. Cependant si le combat avait continué un peu j’aurais été fichue. »

C’était peut-être parce que l’orc l’avait attrapée, mais ses vêtements étaient en lambeaux et je pouvais voir sa peau pâle. Elle essayait de la couvrir, mais comme sa poitrine était grande, ses seins débordaient de ses mains.

J’étais vraiment opposée à cela ! (NdT : les gros seins)

« Nous sommes en vie grâce à vous. Merci. »

Elle m’avait remerciée avec ce regard indescriptible sur son visage, en me regardant de haut en bas. Elle avait probablement une tonne de questions sur mon sens vestimentaire.

« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? ! » cria Marina alors qu’elle surveillait le périmètre.

« Ce sont des ours ! »

Les aventuriers avaient mis la main sur leurs épées.

« Attendez, il y a des filles qui montent cet ours. »

« Ce sont mes ours, donc c’est bon. »

« Vos ours ? »

Les aventuriers avaient regardé mon accoutrement, puis les ours, et avaient relâché leurs positions de combat comme si elles l’avaient accepté.

« Yuna, ça va ?! »

« Yuna, comment vas-tu ? »

« Je vais bien. »

Noa et Fina étaient descendues de Kumayuru et coururent jusqu’à l’endroit où j’étais. J’avais mis mes mains de marionnette d’ours sur leur tête pour les calmer. Elles tremblaient un peu, ce qui était compréhensible. C’était des filles de dix ans.

***

Chapitre 53 : Ensemble avec l’ours

« Êtes-vous celle qui nous a sauvés ? »

Une voix vint de derrière moi pendant que je tapotais la tête de Noa et Fina. Je m’étais retournée pour voir un homme plus âgé et une fille. La fille était peut-être un peu plus jeune que Fina et Noa. Ils étaient très bien habillés, comme Noa. Je suppose donc qu’ils sont des nobles, ou peut-être juste une famille riche. Ils avaient après tout des aventuriers comme gardiens.

« Si vous parlez des orcs, alors oui. »

« Je vois. Dans ce cas, permettez-moi de vous remercier. Je suis Gran Fahrengram. Merci d’avoir sauvé ma petite-fille et moi-même. »

L’homme plus âgé baissa la tête.

« Je suis Yuna, une aventurière. On passait par là, alors ne vous inquiétez pas. »

« Mais, quels vêtements étranges portez-vous ? », dit Gran en regardant ma tenue d’ours. Les autres aventuriers, qui se posaient des questions sur ma tenue jusqu’alors, avaient aussi hoché la tête.

« Ne vous inquiétez pas pour ça », lui avais-je répondu. Je ne savais toujours pas comment expliquer cette tenue.

« Je suis impressionné que vous ayez pu vaincre les orcs si facilement. Et puis, c’est la fille de Cliff là-bas ? »

Gran regarda Noa. On dirait qu’ils se connaissent déjà, m’étais-je dit.

« Seigneur Gran, c’est un tel plaisir de vous revoir. Je suis Noir », Noa l’avait salué comme une vraie aristocrate.

« Ah oui, Noir. Ça fait environ un an ? Comme tu as grandi. Est-ce que Cliff est ici ? »

Gran regarda autour d’elle.

« Mon père a du travail, alors il est resté en ville. Il m’a dit d’aller voir toute seule ma mère dans la capitale royale. »

« Alors tu as fait tout ce chemin toute seule ? »

« Oui, mais je vais bien, puisque j’ai mon escorte. »

Gran m’avait regardée.

« On dirait que ce Cliff t’a trouvé un très bon aventurier, bien qu’étrangement habillé. »

J’avais souhaité qu’il arrête de me traiter « d’étrange » encore et encore.

« Misa, contente de te revoir. »

Noa se dirigea vers la fille à côté de Gran, qui avait de longs et beaux cheveux argentés.

« C’est un plaisir de te revoir, ma très chère Noa. »

« Misa, vas-tu aussi à la capitale royale ? »

« Oui, ma mère et mon père m’ont précédée, alors je vais à la capitale avec mon grand-père. »

Ma très chère ? Ça sonne bien. J’avais essayé de m’imaginer que quelqu’un m’appelait « ma très chère Yuna », mais ça m’avait donné la chair de poule. Ouais. En plus, ça serait embarrassant.

« Désolée d’interrompre votre conversation, mais puis-je avoir un moment ? »

Marina arrivait, l’air plus propre maintenant qu’elle avait lavé le sang des orcs.

« Si on laisse les orcs tels qu’ils sont, ça pourrait attirer leurs compatriotes, ou d’autres monstres qui cherchent à manger les corps. J’aimerais les dépecer. »

« Vous voulez les dépecer ? »

« C’est vous qui les avez vaincus, mais vous l’avez fait en profitant du fait qu’ils étaient occupés par nous. C’est pourquoi nous aimerions aussi avoir une part. »

Ah, c’était donc ce qu’elle voulait dire. Je ne savais pas à quel point les matériaux orcs étaient précieux, mais il était naturel que ces autres aventuriers pensent à de telles choses.

« Je n’ai pas besoin d’aucune part. Vous pouvez en faire ce que vous voulez. »

« Vous êtes sérieuse ? Vous en avez abattu six. Itia a aussi vaincu les deux qu’elle gérait grâce à vous. »

« On en a éliminé deux par nous-mêmes, donc on n’a pas besoin de tout prendre. »

D’après le nombre de corps, il y avait eu une dizaine d’orcs.

« On va aller à la capitale royale, donc vous pouvez faire ce que vous voulez. »

J’étais allée vers Kumakyu et j’avais sauté sur son dos. J’avais des tonnes d’orcs dans mon entrepôt à ours et je n’avais pas vraiment besoin de plus.

« Noa, Fina, on y va. »

« S’il vous plaît, attendez une seconde », dit Gran.

« Si vous allez aussi à la capitale royale, pourquoi n’y va-t-on pas ensemble ? »

Voulait-il qu’on soit des compagnons de voyage ? Mais mes ours devaient ralentir pour que leur voiture puisse suivre. J’y avais réfléchi un moment, puis j’avais répondu : « Je n’y vois aucun avantage, alors, non merci. »

« Je vous paierai pour nous escorter. »

« Vous avez déjà ces femmes pour vous protéger, non ? D’ailleurs, n’est-ce pas une manière grossière d’agir envers elles ? »

J’avais parlé assez fortement pour que les aventuriers des environs puissent entendre. S’il m’engageait, cela signifiait qu’il n’avait pas beaucoup confiance en elles.

« Je ne doute pas des capacités de Marina et des autres. C’est juste que rencontrer un groupe d’orcs sur le chemin vers la capitale royale est normalement impossible. »

Était-ce vrai ? Je suppose que oui vu que nous n’avions pas vraiment rencontré de monstres jusque-là.

« J’aimerais que vous soyez là pour ma petite-fille. Nous avons été enfermés dans le chariot ces derniers jours, ce qui a été fastidieux. Avoir quelqu’un qu’elle connaît dans les parages comme Noir, cela pourrait rendre le voyage plus agréable. »

« Hmm. »

J’avais encore l’impression de me faire avoir ici. Je ne voulais pas parler de la maison ours sans leur faire confiance, donc si nous voyagions ensemble, je ne pourrais pas l’utiliser. Si nous ne pouvions pas utiliser la maison ours, cela voulait dire pas de lit et pas de bain. En outre, nous nous déplacerions plus lentement et couvririons beaucoup moins de terrain.

Alors qu’est-ce que j’allais faire ?

Cliff me payait, donc j’aurais cherché des instructions auprès de lui, mais il n’était pas là. J’avais décidé de demander l’avis de Noa, vu qu’elle était à la fois la personne que j’escortais et la fille de mon client.

« Noa, que veux-tu faire ? »

« Moi ? »

J’avais appelé Noa et je lui avais murmuré à l’oreille.

« Si nous voyageons avec eux, nous ne pourrons pas utiliser la maison ours. Donc nous ne pourrions pas non plus utiliser les lits ou la baignoire. »

Noa commença à chuchoter, bain, lit, bain, lit. On aurait dit qu’il y avait une bataille entre le lit et le bain et Misa dans la tête de Noa. Hmm, umm, elle murmura, et la bataille arriva finalement à son terme.

« Yuna, je suis inquiète pour Misa. Penses-tu que ce serait bien si nous y allions ensemble ? »

« Si c’est ce que tu veux, c’est bon. Mais j’ai quelques conditions. »

« Lesquelles ? »

« Naturellement, nous garderons la maison ours secrète. De plus, s’il y a des monstres que je ne pense pas pouvoir battre, nous allons courir tous les trois et laisser les autres derrière. Assure-toi d’être au moins préparé à cela. »

C’était la seule chose sur laquelle je ne changerais pas d’avis. Même moi, je n’étais pas invincible, et il devait y avoir des monstres — comme les dragons, par exemple — que je ne pouvais pas battre. Si nous rencontrions un tel ennemi, je ne serais peut-être pas capable de protéger d’autres personnes en plus de Noa et Fina.

« Je comprends », déclara Noa.

Je m’étais tournée vers Gran.

« Avez-vous pris une décision ? » avait-il demandé.

« Nous allons voyager avec vous. »

« Vous le ferez ? Ah, c’est merveilleux. »

Gran avait l’air ravi. Misa aussi, elle se précipita sur Noa.

« Alors, pourrais-tu aider les femmes pour le dépeçage, Fina ? J’aimerais partir le plus vite possible. »

« D’accord ! » Fina se précipita vers l’endroit où les aventuriers dépeçaient les orcs.

« Alors, ces ours sont à vous ? » demanda Gran, en regardant Kumayuru et Kumakyu.

« Ce sont mes invocations. Ils sont bien dressés, alors ne leur faites pas de mal. »

« Ils sont convoqués ? »

Gran continuait à regarder. Misa suivait, l’air étonné, tandis que Noa l’arrêtait pour l’emmener vers les ours.

« Le noir se nomme Kumayuru et le blanc Kumakyu. »

Misa s’était lentement rapprochée de Kumayuru.

« C’est bon, il n’y a pas de quoi avoir peur. »

Noa commença à caresser Kumayuru. Voyant cela, Misa la rejoignit et toucha Kumayuru.

« C’est doux. »

« N’est-ce pas ? Ils sont si gentils. Ils font un très bon endroit pour dormir. »

Noa donna à Kumayuru un énorme câlin, ce qui semblait arranger les choses pour les autres. Peu de temps après, Fina, Marina et les autres avaient fini de s’occuper des orcs et nous avaient rejoints.

« Cette gamine est douée pour le dépeçage. Elle nous a vraiment aidés. De plus, êtes-vous vraiment sûres de tout nous donner? »

« C’est bon. Il semblerait qu’on aille à la capitale ensemble, alors j’ai hâte de travailler avec vous. »

« Oui, de même. »

Avant de partir, Marina vérifia le chariot. Heureusement, il était en bon état, nous étions donc partis tout de suite. Une fois le contrôle terminé, Marina s’était assise sur le siège du conducteur et la sabreuse, Masrika, s’était assise à côté d’elle.

Il y avait de la place pour environ six personnes à l’intérieur du carrosse. Gran, Misa et Noa étaient montés les premiers, et Elle et Itia avaient pris les places restantes, en surveillant à travers les vitres latérales et arrière.

Les escortes ne sont-ils pas censées garder l’extérieur ? Mais ce n’était pas comme si elles pouvaient suivre un carrosse à pied pendant de longues heures, surtout chargées de leur équipement et de leurs armes. De plus, si des monstres attaquaient après avoir marché si longtemps, vous seriez trop épuisé pour vous défendre. Rien que d’y penser, j’avais ressenti une gratitude renouvelée pour ma convocation d’ours.

Au moment où elle était montée dans la voiture, Noa sortit son doigt et pointa Fina du doigt en déclarant : « Je te laisserai avoir les ours cette fois, mais cette place m’est réservée. »

Et bien, pensais-je, Kumayuru et Kumakyu sont tous les deux mes invocations.

Le carrosse s’était mis en mouvement. Nous l’avions suivi, avec Fina sur Kumayuru et moi sur Kumakyu.

Clip clop, clip clop.

Hmm, pensais-je. Nous allons assez lentement. Combien de temps faudra-t-il pour arriver à la capitale royale d’ici à cette allure ? Mais comme je ne pouvais rien y faire pour l’instant, j’avais décidé de laisser les ours faire le guet pendant que je faisais une sieste l’après-midi. Il faisait beau, et la chaleur de Kumakyu m’avait très vite assoupie.

Le carrosse roula sans incident jusqu’au coucher du soleil. Marina nous avait dit de nous arrêter et de nous ranger sur le côté de la route principale au milieu de nulle part. Son groupe y avait installé ses lits de camp et avait sorti les rations de voyage de ses sacs sans fond. Je voulais vraiment sortir ma maison d’ours, mais je m’étais retenue.

Comme il semblait que Misa allait manger avec son père et les autres aventuriers, j’avais appelé Noa et Fina pour qu’elles trouvent une solution pour le dîner. (Apparemment, Misa était aussi un surnom. Son nom complet était Misana.) Pour ce qui était de la préparation de la nourriture, tout ce que je faisais, c’était de sortir des repas simples de la réserve des ours. La différence entre le mien et celui de Marina était que mon pain était encore mou et chaud sorti du four. Je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir un petit sentiment de supériorité pendant que nous mangions.

Bientôt, il était temps d’aller au lit. Nous allions partir à l’aube, ce qui me convenait parfaitement. Marina était venue juste au moment où j’allais me border.

« J’aimerais savoir dans quel ordre nous allons monter la garde. »

Ah, la garde de nuit : le grand ennemi du sommeil et le coût inévitable de la vie en plein air.

« En ce qui concerne la surveillance, nous avons ces gars, donc ça devrait aller. »

J’avais pointé du doigt Kumayuru et Kumakyu.

« Si des monstres ou des gens s’approchent de nous, ils nous le feront savoir. »

« Vraiment ? »

« On n’a pas besoin de guetteurs, mais si ça vous inquiète vraiment, votre groupe peut le faire. »

« Peut-on vraiment faire confiance à ces ours ? » dit Marina, en regardant mes compagnons à fourrure.

« C’est à vous de décider si vous leur faites confiance ou non. »

C’est tout ce que j’avais pu dire.

« Je comprends. Nous allons surveiller de notre côté. »

Marina se dirigea vers la voiture.

« Où vas-tu dormir ? », demandai-je à Noa, après avoir défendu mes huit heures de sommeil.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Vas-tu dormir avec Misa ou avec les ours ? »

« Que veux-tu dire ? Tu vas dormir avec les ours ? » demanda-t-elle, la voix tremblante.

« Eh bien, la nuit est froide et dangereuse, non ? Venez ici, Kumayuru, Kumakyu. »

J’avais appelé les ours et je les avais fait s’asseoir. Ensuite, j’avais appelé Fina pour qu’elle fasse une démonstration et je l’avais emmitouflée dans une couverture. Une fois enveloppée, Fina s’était recroquevillée sur le ventre poilu de Kumakyu, qui était assis. Les pattes de l’ours l’encerclèrent, et voilà, l’œuvre d’art intitulée « Ensemble avec l’ours » était terminée.

« Qu’est-ce que c’est ? C’est une sublime façon de dormir ! »

« Tu vois, il ne fait pas froid comme ça. »

« Je vais dire à Misa que je dors avec toi ! Fina, assure-toi de garder une place pour moi ! »

Noa était partie en courant, puis était revenue rapidement… avec Misa à ses côtés.

« Yuna, Misa a dit qu’elle voulait aussi dormir avec les ours. »

« Je peux ? La très chère Noa m’a dit beaucoup de choses merveilleuses sur les ours aujourd’hui. J’aimerais y participer. S’il vous plaît ? »

Misa fixa ses grands yeux innocents sur moi. Je ne pouvais pas dire non. Elle était même plus jeune que Noa !

« Bien sûr. Vous pouvez coucher toutes les deux avec Kumayuru. Fina et moi, on va dormir avec Kumakyu. »

« Merci, Yuna ! »

« Merci beaucoup ! »

Noa et Misa m’avaient remercié, je les avais tout de suite emmitouflées dans une couverture et blotties contre l’estomac de Kumayuru.

« Kumayuru, ne les réveille pas toutes les deux, sauf si quelque chose de dangereux approche. Kumakyu, s’il te plaît, dis-moi si des monstres ou des gens s’approchent de nous », avais-je demandé. Je m’étais alors appuyée contre l’estomac de Kumakyu, en m’assurant de laisser la moitié à Fina. Il faisait chaud. J’avais mis ma main dans le bras de Kumakyu pour m’y tenir dans mon sommeil.

« Bonne nuit, Fina. »

« Bonne nuit. »

 

***

Chapitre 54 : L’ours attrape les voleurs

Je m’étais réveillée au milieu de la nuit, quand Kumakyu avait bougé.

« Kumakyu ? »

Je m’étais frotté les yeux. Fina dormait tranquillement à côté de moi. J'avais utilisé ma capacité de détection, en m'assurant de ne pas la réveiller.

Il y avait des gens à une certaine distance qui n'étaient pas là quand j'avais vérifié avant de m'endormir. Si Kumakyu réagit à ces personnes, me suis-je dit : est-ce que cela signifie qu'elles viennent juste d’apparaître ? Je les avais observés pendant un moment, mais ils ne semblaient pas bouger. Peut-être qu'ils ne faisaient que camper pour la nuit, comme nous ?

« Kumakyu, dis-moi s'ils bougent. »

Je m’étais rendormie. Kumakyu n'avait pas réagi de nouveau, et quand je m’étais réveillée le lendemain matin, le groupe n'avait pas bougé de l'endroit où je les avais sentis la nuit dernière.

Le petit déjeuner était léger, nous étions partis au lever du soleil. J'avais maintenu ma capacité de détection au fur et à mesure que nous avancions pour ne pas avoir à faire face à une deuxième attaque de monstres. Mon radar repéra des gens qui nous suivaient. Quand nous nous étions arrêtés pour une pause, ils s’étaient arrêtés. Une fois la pause terminée, ils avaient bougé avec nous. Le signal que je captais était toujours à la même distance derrière nous.

C'était vraiment suspect, mais qu'est-ce que cela signifiait ? Il n'y avait pas beaucoup de raisons agréables pour que quelqu'un nous suive. Une possibilité était qu'ils nous utilisaient comme des gardes. Si une menace venait de l'avant, nous nous en occupions pour eux, et si quelque chose les attaquait par-derrière, ils se précipitaient et nous forçaient à affronter les monstres. L'autre possibilité était qu'ils nous traquaient. Ce groupe était l'équipe de reconnaissance, et ils attendaient juste le bon moment pour attaquer - ou que d'autres de leurs amis se joignent à eux.

Je ne savais pas encore lequel c'était.

Le carrosse s'était arrêté, il semblerait que nous avions trouvé l'endroit où nous allions camper pour la journée. Lorsque j'avais relancé mon radar, nos mystérieux acolytes s'étaient bien sûr eux aussi arrêtés. Je ferais mieux de faire un rapport aux autres.

« Marina, tu as un moment ? »

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Marina me regarda alors qu'elle installait le campement. Je lui avais parlé des gens qui nous suivaient et de ce que j'en pensais.

« S'il est vrai que les gens s'accrochent parfois à la voiture devant eux, ils disent généralement quelque chose à l'avance et se mettent d'accord pour voyager ensemble. Il est vrai que parfois les personnes de devant feront payer, il y a donc des cas où les autres suivront à une certaine distance derrière. »

« Alors, tu penses que c'est bon ? »

« Je n’en suis pas sûre. Ils nous observent peut-être. En fait, comment peux-tu le savoir ? »

« Mes ours me l'ont fait savoir. »

Je n'avais pas mentionné ma capacité de détection.

« Alors, que devrions-nous faire ? »

« J'aimerais vraiment voir qui nous suit, pour être honnête, mais ce serait probablement inutile. »

« Vraiment ? »

« Il est peu probable que leur apparence nous dise quoi que ce soit. Yuna, je sais que tu es forte, mais pouvons-nous aussi compter ces ours dans notre force de frappe ? »

« Ils protègent Noa et Fina, donc vous ne pourrez pas vraiment compter sur eux pour vous battre. »

Marina secoua la tête. « Pouvons-nous te demander de protéger Mademoiselle Misana et le Seigneur Gran ? Cela nous faciliterait aussi la tâche pour nous battre. »

C'est vrai, il serait délicat de protéger les gens que vous gardez tout en essayant de vous battre. En ce qui me concerne, je m'occuperais de l'attaque seule ; je voulais juste mettre Marina et son équipage au courant. En revanche, tomber dans une embuscade était une tout autre histoire qu'un combat que nous pouvions tous voir venir.

« Très bien. Je vais leur dire de protéger aussi Misa et Gran. Ce sera plus facile s'ils sont tous dans le carrosse. »

Marina m'avait remerciée et était retournée vers son groupe.

Après le dîner, nous avions commencé à nous préparer pour aller au lit. Marina informa tout le monde pendant notre repas. Elle avait dit à Noa, Misa et Fina de se mettre à l'abri dans le carrosse dès que le danger surviendra.

« Yuna, on va vraiment se faire attaquer ? »

« Ne t'inquiète pas. S'il arrive quelque chose, ces deux-là vous protégeront. », lui avais-je dit

Kumayuru et Kumakyu roucoulèrent en réponse.

« En plus, vous ne pensez pas que je puisse être battue, hein ? »

Noa et Fina en savaient plus sur mes capacités que Marina et les autres.

« Alors vous pouvez dormir tranquille. »

« Yuna, s'il te plaît, ne te surmène pas », dit Fina.

« Ça va aller. Comme l'a dit Marina, ce sont peut-être des voyageurs normaux qui nous utilisent comme gardes. »

J'avais donné une petite tape sur la tête de Fina pour calmer ses nerfs. Noa et Misa regardaient. Elles avaient l'air jalouses, alors je leur avais tapoté la tête de la même façon. C'était un petit prix à payer pour les mettre à l'aise.

« On repart tôt demain, alors allez vous coucher. »

« Oui, Yuna, bonne nuit », dit Fina.

« Yuna, bonne nuit », dit Noa.

« Bonne nuit », dit Misa.

Elles s’étaient endormies dans les bras de Kumayuru et Kumakyu. Marina et les autres avaient l'air un peu anxieux, alors j'avais décidé de confier aux ours le soin de faire le guet afin qu’elles puissent dormir un peu. Nous ne savions pas si nous allions être attaqués, après tout, et le sommeil était assez important.

Quelque chose m'avait bousculée. Quand j'avais ouvert les yeux, Kumakyu était là, me donnant un coup de coude.

« Kumakyu ? »

Le plan m’était revenu lentement alors que je commençais à me retourner. Je m’étais dit qu'il y avait une chance que nous soyons attaqués. J'avais activé mon radar. Oui, ils étaient bien là. Une foule commençait à se former. Dix, vingt, peut-être vingt-cinq personnes. N'était-ce pas un peu exagéré pour s'attaquer à quatre aventuriers ?

Je m’étais échappée de Kumakyu, en essayant de ne pas réveiller Fina. J'avais dit à Kumakyu de protéger tout le monde si les ennemis pénétraient dans notre camp. Non pas que j'avais l'intention de les laisser arriver ici.

« Ils sont encore là, hein ? » Marina et les autres étaient venus.

« Vous étiez encore éveillée ? »

Je m'attendais à ce qu'ils montent la garde à tour de rôle.

« Ce n'est pas comme si on pouvait dormir après que tu nous aies dit qu'on pourrait être attaqués. »

« Il y a un assez grand groupe de gens qui se rassemblent là-bas. »

« On devrait réveiller tout le monde pour les mettre dans le carrosse. »

« Laissez-les dormir. Je vais y aller. »

« Seule… ? »

« Ça va aller. Si l'un d'entre eux s’échappe, s'il vous plaît, occupez-vous-en. »

« J'irai avec toi. »

« Marina ?! »

Les autres aventuriers avaient l'air choqués.

« Tu me ralentirais », lui avais-je dit franchement. Elle serait vraiment un fardeau.

« Tu vas vraiment t'en sortir toute seule ? »

« Ça va aller. »

Je doutais qu'ils aient quelqu'un de plus fort qu'un roi-gobelin ou une vipère noire.

« Très bien. Alors, fais-le, s'il te plaît. »

« Bien sûr. Je m'en vais. Surveillez bien tout le monde. »

J'avais regardé l’endroit où Fina, Noa et Misa étaient blotties avec mes ours. Les trois filles dormaient comme des bébés. Confiant leur sécurité aux pattes de mes ours, je m’étais mise à courir dans le noir, en suivant le signal de mon détecteur d'ours.

Je voyais bien tout autour de moi. L'équipement de détection d’ours avait-il acquis des capacités de vision nocturne sans que je m’en rende compte ? Il y avait quelques personnes devant moi, regroupées dans le noir et tenant leurs épées bien serrées. Même si c'était en pleine nuit, ils n'avaient pas de feu. Je pouvais même entendre leur conversation dérangée.

C'était certainement des bandits, ce qui signifiait que j'étais vraiment libre de les attaquer avant qu'ils n'essaient de nous attaquer. Je m’étais attaquée à ce gang sans méfiance. Mes chaussures d'ours n’avaient pas fait de bruit et ma tenue d'ours noir s’était fondue dans l'obscurité. J'avais lancé un sort.

« Qu'est-ce que c'est ? »

Le temps qu'ils me remarquent, il était trop tard. J'avais assailli les bandits à coups de lame de vent, en prenant soin d'orienter mes tirs de façon à ce qu'ils touchent les personnes à cheval, mais pas leurs chevaux. Les chevaux n'avaient après tout fait de mal à personne. J'avais forcé le gang à se rassembler avec la première volée, et j'avais ensuite fait sortir des barres de terre du sol autour d'eux. Finalement, j'avais scellé le sommet avec un couvercle de pierre improvisé. La cage était complète.

« On ne peut pas les casser ! Les mages à l'avant ! »

Plusieurs des bandits jetèrent des sorts, mais ils rebondirent sur les barreaux et finirent par causer des dégâts à l'intérieur de la cage.

« Arrêtez avec la magie ! On va mourir ! »

« Ça fait mal ! Que diable se passe-t-il ? »

« Que quelqu'un fasse de la lumière ! »

« Bonsoir, bandits ! »

Ils n’avaient vraiment compris que j'étais là que lorsque j'avais commencé à leur parler.

« Un ours ? »

« Qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ? »

« C'est toi qui as fait ça, petit crétin ? »

« Laisse-nous sortir d'ici ! »

« Tu es cet ours qui chevauchait un ours… »

L'un d'entre eux semblait déjà savoir qui j’étais. Je suppose qu'il faisait partie du groupe qui nous suivait. J'avais été surprise de voir qu'ils avaient décidé d'attaquer alors qu'ils savaient pour mes ours. Peut-être s’étaient-ils dit qu'ils pouvaient s'en sortir, puisqu'ils avaient des sorciers dans leur groupe.

« Tu penses vraiment que tu peux nous faire ça et vivre ?! »

Ces types sont-ils stupides ? Croyaient-ils vraiment pouvoir me combattre alors qu'ils étaient coincés dans une cage ? Je les avais arrosés avec un sort d'eau pour les faire taire.

« La prochaine fois que vous ouvrirez la bouche, je passerai au feu. »

« Ferme ta bouche ! Tu crois que tu peux faire ça au clan des bandits Zamon… ?! »

« Feu. »

J'avais lancé une masse de feu dans la cage.

« Chaud ! Chaud ! Qu'est-ce que tu crois que tu fais ? »

Les sorciers à l'intérieur de la cage avaient libéré de l'eau pour éteindre le feu.

« J'ai dit que si tu ouvrais à nouveau la bouche, je mettrais ensuite le feu. Es-tu stupide ? »

« Pourquoi, espèce de petit… »

Ils semblaient avoir beaucoup à dire, mais cette fois, ils se turent. J'avais utilisé un sort de terre pour soulever la cage de cinquante centimètres du sol. Certains des bandits qui se trouvaient à l'intérieur avaient perdu l'équilibre et tombèrent en faisant du bruit, mais je les avais ignorés. Ensuite, j'avais fixé des roues au-dessous de la cage pour la rendre mobile. Je ne me souciais pas de leur confort, alors je n'avais pas ajouté de ressorts pour absorber les secousses et les bosses de la route.

Il ne me manquait plus que quelque chose pour déplacer la cage. J'avais pensé que je pourrais utiliser les chevaux, mais ils s’étaient tous enfuis. J'avais réfléchi pour finalement trouver la solution. Ça allait attirer l'attention, mais c'était ma seule option.

« Viens, ours ! »

J'avais fait un golem de terre en forme d’ours, en suivant la même logique que lorsque j'avais fait les ours de feu et d'eau pour tuer les loups tigres et la vipère noire. Il mesurait environ trois mètres de haut.

« Un ours ! »

« C'est quoi cette chose ?! »

Les bandits faisaient du bruit dans leur cage.

« Que comptes-tu nous faire ? »

« Laisse-nous sortir d'ici ! »

Ils étaient si bruyants. Apparemment, les petits voleurs étaient des idiots, quel que soit le monde dans lequel vous viviez. Parfois, ils venaient avec un chef intelligent, mais cette bande ressemblait à une bande d'imbéciles. J'avais lancé une boule de feu dans la cage pour les faire taire, et comme la dernière fois, un des sorciers s’était mis à l'éteindre comme si sa vie en dépendait.

« La prochaine fois que vous ouvrirez la bouche, je vous la ferai manger. »

J'avais fait apparaître une boule de feu pour insister. Ils me regardèrent alors de travers en silence. N'avaient-ils vraiment pas compris la situation dans laquelle ils se trouvaient ? En tout cas, ils étaient restés silencieux. J'avais donc demandé à l'ours de terre de ramener la cage devant le chariot. Si je prenais trop de temps, Marina et les autres pourraient commencer à s'inquiéter.

***

Chapitre 55 : L’ours arrive à la capitale royale

Tout le monde était réveillé quand j’étais arrivée avec la cage. Fina et Noa attendaient sur Kumayuru. Je me demandais si elles se préparaient au cas où elles devraient s’enfuir d’elles-mêmes.

« Vous vous êtes levés ? »

« Ce n’est pas comme si on pouvait dormir en sachant que des bandits arrivaient ! »

« Effectivement, nous ne pouvions pas dormir quand il y avait une chance que des bandits nous attaquent ! »

Gran était aussi réveillée. Un gars comme lui aurait vraiment dû rester au lit.

« Yuna, je n’aurais jamais pensé que tu t’éclipserais sans dire un mot », dit Noa.

« Yuna, je pense que tu es allée trop loin cette fois… » dit Fina.

J’avais attrapé les bandits, alors pourquoi avais-je eu l’impression que c’était moi qui avais des problèmes ici ?

« Hum, par où je commence ? » dit Marina, faisant écho à ce que tout le monde pensait manifestement.

« Pour l’instant, pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait des bandits ? »

Les yeux de tout le monde s’étaient focalisés sur moi, et le contre-interrogatoire commença. Pourquoi est-ce que ça arrive ? me suis-je dit.

« Comme vous pouvez le voir, j’ai attrapé les bandits, je les ai donc mis dans une cage. »

« Comment as-tu attrapé autant de gens toute seule ? »

« Je l’ai fait avec un peu de magie de terre. »

« Et cette cage ? »

« Je l’ai créé avec un peu de magie de terre. »

« Et pour finir, qu’en est-il de cet ours ? »

« J’en avais besoin pour déplacer la cage, alors j’ai fait cet ours. »

À voir leurs visages et la façon dont ils soupiraient un peu chaque fois que je répondais, j’avais l’impression de les exaspérer.

« Plus je t’entends parler, plus l’envie de rire de ce que tu dis est forte », déclara Marina.

Elle avait l’air d’en avoir assez.

« Alors, que vas-tu faire de ces bandits ? »

« Je ne sais pas, qu’est-ce que vous en pensez ? Devrions-nous les emmener dans la capitale royale ? Faut-il les tuer ici ? »

« Ça ne peut pas être les bandits de Zamon, n’est-ce pas ? »

Elle, la sorcière, parla dans le dos de Marina, en regardant le groupe.

« Les bandits de Zamon ? »

Je m’étais souvenue qu’ils avaient dit quelque chose de ce genre.

« C’est un groupe de bandits qui ont fait des ravages par ici. »

« Vous devez plaisanter. Vous avez attrapé les bandits de Zamon toute seule ? »

« Ils sont si importants que ça ? »

« J’ai entendu dire que c’est un groupe épouvantable qui dépouille ses victimes de tout argent et de tout objet de valeur, et viole toutes les femmes qu’il croise. »

Il était possible que leurs cibles soient Marina et les autres femmes. D’un autre côté, le simple fait de penser que Fina et les autres filles pouvaient être celles qu’ils recherchaient…

« Alors on devrait les tuer ? » avais-je suggéré.

« Je sais que ce sera beaucoup de travail, mais nous devrions les livrer aux gardes de la capitale et les forcer à nous informer de l’emplacement de leur cachette. Il se peut qu’ils y détiennent les femmes qu’ils ont enlevées, et nous ne savons pas où elle se trouve ni combien de personnes la gardent. Obtenir d’eux ces informations de manière vérifiable va prendre du temps, et nous sommes en pleine mission d’escorte. Je pense que notre meilleure chance est de nous diriger vers la capitale royale et de les livrer aux autorités sur place. »

Le plan de Marina était sans faille. Je n’avais aucune objection. Elle et son groupe voulaient probablement sauver les femmes capturées par les bandits le plus rapidement possible, mais ils avaient pris cette décision après avoir pesé leurs compétences et leur situation. Je n’avais pas non plus prévu de laisser Noa et Fina derrière moi pour aller à la cachette. Même si c’était vraiment pénible, nous emmènerions les bandits dans la capitale.

« Eh bien, nous avons décidé de ce qu’il faut faire à partir d’ici. Il fait encore nuit, alors on devrait se rendormir ? »

« Peux-tu dormir dans une telle situation ? »

« Je n’ai pas l’impression de pouvoir dormir après avoir vu tous ces bandits. »

« Moi non plus. »

« Yuna, je ne peux pas non plus dormir. »

« Yuna… »

« Naturellement, je n’ai pas l’impression de pouvoir dormir non plus. »

Pas une seule personne n’était avec moi. De toute façon, ils devaient dormir près de ces bandits le lendemain, et l’aube était encore loin. Qu’allaient-ils faire s’ils n’allaient pas dormir ?

« Alors », dit Gran, « que diriez-vous de partir tôt ? Si les chevaux montrent des signes de fatigue, nous pouvons leur permettre de se reposer à ce moment-là. »

Et ainsi, nous avions fini par reprendre notre voyage vers la capitale royale même si c’était encore le milieu de la nuit. J’allais dormir sur le dos de Kumakyu.

Quand le soleil se leva, nous avions décidé de prendre un petit déjeuner pour donner du repos aux chevaux. Cela avait provoqué un tollé chez les bandits.

« Donnez-nous à manger ! »

« Oui, oui, c’est ça. »

« Vous ne mourrez pas de faim avant quelques jours. »

« C’est une blague ! »

J’avais jeté de l’eau sur les bandits turbulents pour les faire taire. Nous avions confisqué les sacs sans fond de tous les bandits avec leurs armes, de sorte que même s’ils avaient de la nourriture, ils ne pourraient pas la manger maintenant. La seule chose qu’ils recevaient était l’eau que leur sorcier avait fabriquée.

Quelques jours après la capture des bandits, vers midi, le mur entourant la capitale royale apparut. De multiples routes convergeaient à ce moment-là, toutes remplies de chariots. Sur l’ordre de Gran, notre chariot s’arrêta.

« Si nous continuons plus loin, nous attirerons l’attention sur nous », dit-il.

« Yuna, désolé, mais s’il te plaît, attends ici. Nous allons appeler les gardes. »

Gran, Marina et les autres m’avaient dit que si je ne voulais pas me faire un nom absurde ou provoquer un tumulte, je ne devrais pas emmener l’ours Golem en ville. Nous avions décidé qu’ils iraient chercher les gardes pendant que je resterais derrière.

J’avais détruit le golem et j’avais démonté la cage. Ils étaient affaiblis par la faim et attachés, les bandits n’avaient pas la force de s’enfuir. J’avais rappelé Kumayuru et Kumakyu, il ne restait plus qu’à attendre le retour de Gran et des autres.

« C’est vraiment un grand mur. »

Même de loin, je pouvais dire qu’il était énorme. Fina avait l’air impressionnée de voir quelque chose d’aussi grand pour la première fois.

« Je ne pensais pas que j’irais un jour aussi loin de chez moi. Mon père est mort quand j’étais petite, et ma mère est tombée malade. Trouver de la nourriture tous les jours était une telle lutte que je ne pensais pas que j’irais un jour dans la capitale royale. Tout ça, c’est grâce à toi, Yuna. Encore une fois. »

« Il y aura aussi des choses amusantes à l’avenir. Amusons-nous bien à la capitale, d’accord ? »

« Oui ! »

Pendant que je parlais à Fina de nos plans, la voiture de Gran était revenue. J’avais vu une douzaine de gardes à cheval derrière lui.

« Madame Marina, ce sont les bandits de Zamon ? »

Les gardes regardèrent les bandits liés. Marina descendit du siège du conducteur de la voiture.

« Oui, c’est ça », dit-elle.

« Je suis impressionnée que vous en ayez capturé autant. »

« Oui, eh bien, cette fille a joué un grand rôle dans la réalisation de ce projet. »

« Vous voulez dire la fille avec les vêtements d’ours dont vous avez parlé plus tôt ? »

Ils m’avaient regardée d’une manière douteuse, mais peut-être parce qu’ils avaient accepté l’explication de Marina et Gran, ils n’avaient pas demandé plus. Ils chargèrent les bandits sur le carrosse du garde. Comme ils étaient tous épuisés, ils n’avaient pas résisté.

Un peu plus loin, Gran parlait à quelqu’un qui ressemblait au chef des gardes.

« Ranzel, on peut partir ? Nous sommes fatigués de notre long voyage et nous voulons nous reposer. »

C’était vrai. Je voulais aussi entrer rapidement dans la capitale royale.

« Oui, bien sûr. Merci pour votre coopération. »

« S’il y a quelque chose que vous devez savoir, venez me voir. »

Gran prenait toutes les questions qui m’auraient été adressées. Il me devait la vie, alors il avait dit que c’était le moins qu’il puisse faire. Il avait l’air d’être un bon gars. Je m’étais demandé si beaucoup d’aristocrates dans ce monde étaient vraiment des gens bien ?

« Eh bien dans ce cas, je vais prendre des dispositions pour obtenir une entrée préférentielle dans la capitale. », dit le garde

« Je vous en serais très reconnaissant. »

J’étais prête à marcher sur le reste du chemin quand Gran m’avait dit de monter dans la voiture. J’étais reconnaissante, mais je ne savais pas si j’étais à la hauteur à cause de ma tenue. Marina et deux de ses compagnons étaient assis à la place du conducteur. J’avais donc pris une place entre Fina et Noa. En face de nous, il y avait Misa, Gran et Elle. Bien qu’elles aient été serrées contre moi, Fina et Noa ne s’étaient pas du tout plaintes, elles semblaient assez heureuses d’être à côté de moi. Avec neuf personnes à bord, nous avions commencé à trotter vers l’entrée de la capitale royale.

Des gardes montés nous avaient guidés alors que nous sautions en tête de ligne. Je m’étais sentie un peu désolée pour toutes les personnes que nous avions croisées et qui faisaient encore la queue. Lorsque nous étions arrivés à l’entrée, les gardes avaient arrêté leurs chevaux et nous avaient dit de poser nos cartes de guilde et de résident sur le cristal pour vérification.

Pour ce faire, il fallait sortir de la voiture. Quand j’étais descendue, cela avait immédiatement provoqué une agitation des gens autour de moi.

« Un ours ? »

« C’est un ours ? »

« Qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ? »

« Tu te démarques vraiment, Yuna. »

Ils n’avaient pas eu besoin de faire un effort pour dire quoi que ce soit. J’avais posé ma carte de guilde sur le panneau de cristal, et une fois qu’il avait confirmé que je n’avais pas de casier judiciaire, j’étais retournée dans la voiture. J’avais peut-être l’air drôle en le faisant, puisque Fina et les autres se moquaient de moi.

« Yuna, tout va bien. Tes vêtements sont mignons. »

Je ne savais pas comment répondre à une fille de dix ans qui me trouvait mignonne.

Une fois que nous étions tous remontés à bord, la voiture recommença à avancer. Gran avait eu la gentillesse de nous emmener jusqu’à la maison de la mère de Noa.

« Où est ta maison, Noa ? »

« Dans le quartier des classes supérieures. C’est un peu loin d’ici. »

La calèche se déplaçait au petit trot. La capitale royale avait l’air animée, d’après ce que je pouvais voir de la petite fenêtre. Fina regardait aussi dehors, avec sa petite bouche ouverte. En voyant ce regard sur son visage, j’avais été heureuse de l’emmener avec moi.

« Les gens se sont rassemblés de partout en raison de la fête d’anniversaire du roi. »

« La capitale a toujours eu beaucoup d’habitants, mais vous verrez de plus en plus de gens se rassembler au fil du temps », nous avait dit Marina depuis son siège aux rênes.

Peu à peu, le carrosse s’était dirigé vers des routes plus désertes. Les bâtiments autour de nous avaient changé, et les manoirs qui ressemblaient à d’élégantes propriétés étaient devenus plus fréquents.

« Yuna, je peux le voir maintenant. C’est là que se trouve la maison de ma mère. »

Elle était à peu près de la même taille que la maison du Seigneur de Crimonia. Je me demandais qui était la mère de Noa ? Elle n’était pas avec sa famille, et ils avaient dit qu’elle travaillait au château. J’avais essayé de le demander à Noa, mais apparemment, elle ne savait rien d’autre que l’endroit où sa mère travaillait.

La calèche s’était arrêtée devant le domaine.

« Alors, Noir, si tu as le temps pendant que tu es dans la capitale royale, viens rendre visite à Misa. », dit Gran

« Ne veux-tu pas rencontrer ma mère ? »

« Elle n’est probablement pas à la maison cette heure. Je viendrai la saluer à l’avenir, une fois que j’aurai reçu un rapport complet des gardes. »

« Chère Noa, Fina, chère Yuna, venez me voir, s’il vous plaît. »

« Oui, nous viendrons. »

« Si possible, j’aimerais jouer avec Kumayuru et Kumakyu. », dit Misa

« Bien sûr. Incluez-les dans votre temps de jeu. »

« Je le ferai ! »

Nous avions remercié Marina et les autres, puis nous étions descendus de la voiture.

« Vous nous avez vraiment aidés. Au début, j’ai pensé que vous étiez juste une fille bizarre. »

Marina riait, mais ce n’était pas une moquerie.

« Faites-moi savoir si vous avez besoin d’un coup de main. Si nous pouvons faire quelque chose pour vous aider, nous le ferons. »

Elle avait saisi les rênes et avait poussé les chevaux. La voiture s’était lentement animée et s’était éloignée.

***

Chapitre 56 : L’ours se bat avec la sœur aînée de Noa

« Eh bien, Yuna, Fina, allons à l’intérieur », dit Noa, en nous guidant vers les portes d’entrée.

Tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp…

Nous entendions le bruit de pas de course venant de quelque part.

Tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp-tmp…

Les pas s’approchaient régulièrement de nous par-derrière. Alors que je me retournais pour leur faire face, une femme blonde s’était précipitée vers nous.

« Nooo-aaaah ! »

« Mère ! »

« Noa, tu m’as manquée ! »

La femme pressa sa joue contre celle de Noa. Elles avaient les mêmes cheveux d’or. Elle avait environ vingt-cinq ans, à peu près, ce qui semblait assez jeune pour être la mère de Noa. Quand j’avais comparé leurs visages alors qu’elles étaient pressées l’une contre l’autre, j’avais réalisé qu’elles se ressemblaient aussi beaucoup. Quel âge avait-elle quand elle a eu Noa ? M’étais-je demandée.

« Cliff n’est pas là ? »

La mère de Noa regarda autour d’elle.

« Père travaille toujours en ville. Il m’a dit de partir avant lui à la capitale royale toute seule. »

« Il l’a vraiment fait ? Je ne peux pas croire qu’il t’ait laissée venir ici toute seule. »

« Il me l’a permis parce que Yuna m’a escortée. »

« Yuna ? Tu ne parles pas de cette fille aux vêtements amusants ? »

Bizarre, j’avais entendu beaucoup de choses, mais personne ne m’avait encore appelée « amusante ». Je suppose que c’était la même chose.

« Cette personne habillée comme un ours est l’aventurière Yuna. Elle m’a escortée jusqu’à la capitale. Et voici Fina. C’est une amie d’ours. »

Attend quoi ? Une amie d’ours ? Depuis quand est-ce arrivé ?

En tout cas. En mettant ça de côté, j’avais salué la mère de Noa.

« Yuna. Enchantée de vous rencontrer. »

« Je m’appelle Fina. Yuna m’a emmenée pour ce voyage », avait dit Fina en me copiant.

« Oh, mon Dieu, quelles adorables enfants ! Je suis Ellelaura, la mère de Noa. Allons à l’intérieur pour que vous puissiez me donner les détails. »

« Mais mère, comment as-tu su que j’arrivais dans la capitale royale ? »

« Oh, j’ai dit au gardien de la porte de m’envoyer un message urgent quand toi et Cliff arrivez. Puis quand le message est arrivé, j’ai confié tout mon travail à Sa Majesté et je suis venue en courant. »

Un message urgent ? Cela signifiait-il qu’ils avaient envoyé un messager au château avant notre arrivée ? N’était-ce pas très rapide ? En plus de cela, elle avait dit qu’elle avait jeté tout son travail sur le roi — est-ce vraiment bien ? Je suppose qu’elle n’avait pas pu s’en empêcher, car elle n’avait pas vu sa fille depuis si longtemps.

Ellelaura nous avait guidés dans l’immense intérieur de la résidence. Les servantes étaient venues nous saluer. Certaines d’entre elles ne pouvaient pas contrôler leur expression en me voyant, mais aucune n’avait ri. Nous avions été guidés vers une pièce spacieuse.

« S’il vous plaît, asseyez-vous n’importe où. Je suis sûre que vous êtes épuisées. »

Il y avait deux sofas luxueux pouvant accueillir cinq personnes chacun de chaque côté d’une table. Fina n’avait pas quitté mon côté depuis tout à l’heure, on aurait dit qu’elle imitait ce que je faisais. Quand je m’étais assise au milieu d’un canapé, Fina s’était mise à ma droite et Noa à ma gauche. Une fois que nous étions toutes assises, une bonne nous avait apporté à boire. Comme j’avais soif, je l’avais bu avec gratitude. C’était frais et délicieux. Fina avait pris sa tasse et l’avait aussi bu.

Après avoir étanché ma soif, j’avais regardé à nouveau Ellelaura.

« Le Seigneur Cliff m’a demandé de les garder en sécurité, madame. »

J’avais sorti la lettre et la boîte avec l’épée du roi-gobelin de la réserve d’ours.

« Oh, donc cet ours sur votre main est un sac sans fond », remarqua Ellelaura en ouvrant la lettre et en vérifiant son contenu. Elle hocha la tête plusieurs fois et me regarda. Une fois qu’elle avait fini de lire la lettre, elle la referma doucement.

« C’est donc l’épée du roi-gobelin. Il a trouvé l’objet rare. Et il semble que vous lui ayez même laissé l’avoir. »

« Oh, ce n’était pas du tout un problème, madame. »

« Oh, arrêtez d’être si formel. »

« Vous êtes sûre ? »

« C’est bon. C’était dans la lettre. »

Maintenant, je voulais savoir comment Cliff me décrivait dans la lettre…

« “Il vaut mieux ne pas s’inquiéter de la façon dont elle parle. Il vaut mieux que tu ne te renseignes pas sur ses vêtements. De plus, elle est plus forte qu’elle n’en a l’air. Elle s’attire facilement des ennuis à cause de ses vêtements, alors s’il te plaît, soutiens-la si nécessaire…” il y a beaucoup d’autres choses écrites ici aussi », avait lu Ellelaura.

Oui, il m’avait fait passer pour une nuisance ridicule. Pire encore, tout était vrai, alors je ne pouvais même pas le contester.

« Il dit aussi que tu es gentille et que tu es une aventurière que Noa aime beaucoup. Il semble que Cliff ait beaucoup de foi en toi. »

« Est-ce qu’il a vraiment confiance ? »

Il m’avait confié la sécurité de Noa, mais c’était gênant d’entendre quelqu’un le dire à voix haute. Je n’arrivais pas à croire qu’il ait fait autant confiance à une fille qui se promenait en pyjama.

« Qu’il t’ait chargé d’escorter notre fille toute seule en dit long. Au début, je doutais que tu puisses assurer la sécurité de Noa seule, mais tu as tué à toi seule une centaine de gobelins, un roi-gobelin, des orcs, des loups tigres et une vipère noire. J’ai presque cru que le contenu de cette lettre était une blague. »

« Oui, Yuna est incroyable. Quand nous sommes arrivées dans la capitale royale, elle a vaincu les orcs et a attrapé une bande de bandits toute seule ! » déclara Noa.

Ellelaura avait l’air choquée.

« C’est vraiment le cas ? »

« Oui, le Seigneur Gran était là aussi. Il peut te dire ce qu’il a vu. »

Noa parla joyeusement de ce qui s’était passé sur notre chemin vers la capitale. Elle devait avoir hâte de voir sa mère après si longtemps.

« Eh bien, regardez l’heure. Shia devrait bientôt rentrer. »

« Shia ? »

Encore un autre nom à retenir.

« Oui, c’est ma grande sœur. Elle va à l’académie royale en ce moment. », dit Noa

« Noa, tu as une grande sœur ? »

« Oui. Mais elle a cinq ans de plus que moi, donc on n’est pas très proches. »

Elle avait quinze ans ? J’avais regardé Ellelaura à nouveau. Quel âge avait-elle quand elle avait eu cet enfant ? Si j’avais supposé qu’elle avait vingt-huit ans, elle en aurait eu treize… Ça ne marcherait pas au Japon, mais peut-être que ce n’était pas impossible ici ?

« Yuna, est-ce que tu laisses des pensées étranges te traverser l’esprit ? »

Elle me lisait comme un livre. Je me demandais si elle était douée pour voir à travers les gens, ou si mon visage était aussi transparent. J’avais décidé d’être honnête.

« Tu as l’air si jeune, alors je me demandais quel âge tu avais quand tu as eu tes enfants. »

« Oh, tu penses que j’ai l’air si jeune ? »

Ellelaura avait rougi. On dirait que les femmes étaient toujours heureuses d’être appelées jeunes, quel que soit le monde. Même si je me mettais en colère chaque fois que les gens devinaient que j’étais plus jeune que je ne le suis vraiment.

« Au début, je pensais que tu avais environ 25 ans, mais quand j’ai appris que tu avais une fille de 15 ans, j’avais commencé à me poser des questions. »

« Oh, mon Dieu, quelle joie de t’entendre dire ça. Normalement, je ne dirais pas aux autres quel âge j’ai, mais je vais faire une exception spéciale pour toi. J’ai trente-cinq ans cette année. »

« Ma mère est célèbre pour sa beauté. »

« Oh, dans ce cas, ne penses-tu pas que ma petite fille deviendra elle aussi une beauté ? »

« J’espère que oui ! Cela me rendrait si heureuse ! »

Noa semblait heureuse.

Il y eut une agitation soudaine de l’autre côté de la porte, qui s’était ouverte pour faire entrer une fille en nattes qui était le portrait craché d’une Noa plus âgée.

« Je suis de retour, maman ! Noa est-elle vraiment là ? »

Je m’étais dit que c’était Shia. Elle portait des vêtements d’école. Je suppose qu’ils ont aussi des uniformes dans ce monde.

« Shia, tu as des invités devant toi. »

« Veuillez excuser mon impolitesse. Attends, tu veux dire cet ours ?! »

« Oui, c’est bien ça. Tu es grossière avec l’ours. »

Ellelaura, pensais-je, tu es aussi grossière qu’elle.

« Maman, s’il te plaît, ne plaisante pas. »

« Ha ha, ce n’est pas une blague. Cette fille habillée en ours est Yuna, l’aventurière qui a escorté Noa jusqu’à la capitale royale. La fille à côté d’elle est son amie, Fina », déclara Ellelaura.

« Tu dis que ces trois filles ont fait tout le chemin jusqu’à la capitale par leurs propres moyens ? Tu dois plaisanter. Ces petites filles sont venues de Crimonia ? »

Je m’étais demandé si j’étais censée être une de ces « petites filles » ? Je suppose que j’étais plus petite qu’elle.

« Hé toi, tu pourrais te lever pour moi ? »

Je m’étais levée comme on me l’avait demandé.

« Tu dois plaisanter. Cette mignonne petite fille ne peut pas être une aventurière. »

Une petite fille mignonne ? me suis-je dit. Excuse-moi, j’ai quinze ans, tout comme toi. J’étais plus petite que Shia, et ma poitrine était plus plate, mais je grandissais encore, alors ça ne comptait pas.

« Ma sœur, Yuna est forte. Elle est même incroyable, mais ses ours sont les plus incroyables de tous. »

« Ses ours ? »

Shia inclina la tête alors que le doute l’assaillait.

« Ah oui. Et si vous faisiez un entraînement ? Si on fait ça, je suis sûre que Shia comprendra. », dit Ellelaura

« Attendez »

Ne pourraient-ils pas prendre des décisions en mon nom ?

« Yuna, veux-tu bien prendre ma fille comme adversaire ? Oh, et ne te retiens pas, s’il te plaît. Mais pas de blessures majeures, puisqu’elle est une fille. »

« Très bien. J’accepte le match. », dit Shia

Moi non ! Cela devenait vraiment pénible, et ça s’aggravait de minute en minute.

La situation n’avait fait que progresser à partir de là, avec ou sans mon accord. Avant que je ne m’en rende compte, le match était lancé et nous étions dans la cour.

« Elle a pris la grosse tête parce qu’elle est la plus forte de son école, alors, assure-toi de la faire prendre conscience de la vérité. », dit Ellelaura

Euh. Je ne savais pas vraiment quoi faire. Même si je n’étais pas censée me retenir, c’était quand même un membre de la noblesse dont nous parlions. En plus, j’étais sûre que la blesser rendrait Noa triste.

« Maman ! Je n’ai pas une grosse tête. »

« Oh, tu n’en as pas ? Tu ne disais pas qu’il n’y a pas une seule fille plus forte que toi à l’école ? »

« Si, mais ça ne veut pas dire que j’ai une grosse tête ! »

« Ha ha, je plaisante. »

« Umm, tu t’appelles Yuna, n’est-ce pas ? »

Shia me fit une grimace.

« Oui. »

« Tu es meilleur avec une épée ou de la magie, Yuna ? Choisis ce que tu veux. »

« Une épée, alors. »

Une servante apporta des épées en bois pour que nous puissions choisir.

« Eh bien, quand tu seras prête », dit Shia en préparant son épée.

Les filles qui maniaient l’épée avaient l’air plutôt cool, surtout quand elles tenaient leurs armes avec une telle habileté. Ses longs cheveux dorés ne faisaient qu’ajouter à l’effet.

« Es-tu sûre que c’est cool d’y aller quand tu veux ? »

« C’est bon. »

« Alors, je te crois sur parole. Me voici. »

J’avais utilisé mon pas d’ours pour me frayer un chemin jusqu’à la poitrine de Shia en un instant, amenant mon épée pour mettre Shia hors d’état de nuire. Alors que son épée flottait dans les airs, j’avais arrêté la pointe de la mienne juste devant son visage.

« Est-ce que ça te suffit ? »

J’avais baissé mon épée et je m’étais retirée.

« H-hey, attends une minute. »

« Quoi ? »

« Faisons cela encore une fois, s’il te plaît », me demanda-t-elle, les yeux fermés avec les miens dans une expression sérieuse. Elle n’était pas seulement une mauvaise perdante — on aurait dit qu’elle voulait vraiment essayer à nouveau.

« S’il te plaît. »

« Je vais me battre avec toi jusqu’à ce que tu sois satisfaite. »

J’avais préparé mon épée et j’avais attendu le coup de Shia. Alors qu’elle faisait le premier mouvement, j’avais esquivé et j’avais fait tomber son épée. Elle tenait son bras comme s’il était engourdi. Malgré cela, elle avait immédiatement récupéré son épée, s’était préparée et avait attaqué.

Elle balança son épée lentement et sans grande force. Je ne connaissais aucune fille de son âge, je ne pouvais donc pas dire si elle était forte ou faible pour son niveau d’entraînement. J’avais balayé son coup et j’avais arrêté mon épée à l’arrière de son cou. Shia n’avait aucune stratégie lorsqu’elle se battait. Elle n’avait pas l’air de penser à la façon dont son adversaire se défendrait contre elle, à la façon dont il attaquerait, ou à quoi que ce soit d’autre.

J’avais jeté l’épée en bois de Shia et j’avais pointé mon épée sur son corps sans défense.

« Peu importe combien de fois nous faisons ça, ce sera toujours pareil. »

« Pardonne-moi, mais puis-je utiliser la magie ? »

« Aucun problème. »

« Merci beaucoup. »

Shia plaça son épée dans sa main gauche et recueillit le mana qui s’était transformé en flamme dans sa main droite.

« Boule de feu ! »

La boule de feu s’était envolée vers moi. Je m’étais écartée de son chemin. Shia attendait là, son épée levée au-dessus de moi. Mais elle était toujours aussi lente. J’avais paré le coup avec la main.

Shia sauta en arrière, prit de la distance, puis lança une autre boule de feu. Que lui enseignaient-ils à l’académie ? Ça ne servait à rien de connaître la magie et le maniement de l’épée si on ne les utilisait pas ensemble. Même les débutants n’ayant joué que quelques mois savaient mieux se battre. Peut-être était-ce une question d’expérience ? J’avais fait ma part de matchs joueurs contre joueurs dans les jeux RPG. C’était généralement contre des idiots qui se battaient sans espoir, mais il y avait eu des fois où je n’avais gagné que de justesse. Même si j’avais perdu, j’aurais quand même appris quelque chose.

On ne pouvait pas avoir ce genre d’expérience dans ce monde. Si vous perdiez, vous mourriez.

J’avais évité la boule de feu et j’avais comblé la distance entre moi et Shia, puis je l’avais frappée à l’estomac avec un faible coup d’ours.

« Guh… »

Shia s’était penchée et tomba à genoux. Peut-être était-ce un peu trop fort ?

« Ça suffit », dit Ellelaura en terminant le match.

« Je peux encore… »

« Tu devrais savoir qu’elle y allait doucement avec toi. »

« Mais… »

« C’est fini. »

« … OK », répondit doucement Shia, en se levant.

« Tu t’appelles Yuna ? Tu es vraiment forte. Malgré les apparences, je suis en fait l’une des plus puissantes de l’académie. Je n’aurais jamais pensé que je perdrais contre quelqu’un de plus jeune que moi. »

« J’ai quinze ans. »

« Quoi ? »

« Comme je l’ai dit, j’ai quinze ans. J’ai le même âge que toi. »

« Pas possible, je pensais que tu étais plus jeune que moi. »

Bien sûr, j’étais plus petite que la moyenne, mais je n’étais pas si petite que ça… je crois.

« Alors, pourquoi ne pas organiser une fête pour fêter l’arrivée de Noa à la capitale, et pour accueillir Yuna et Fina ? »

Une fois le match terminé, nous nous étions assis ensemble pour un repas savoureux, bien que j’avais eu l’impression qu’il manquait quelque chose. Ce monde n’avait pas autant d’assaisonnements que le Japon. Ils avaient du sucre, du sel et des épices de base, mais j’avais envie de sauce soja et de miso.

Pendant ce temps, Fina se comportait bizarrement. Elle mangeait par petites bouchées, mais elle ne parlait pas beaucoup. Même quand quelqu’un lui parlait, elle ne semblait pas vouloir répondre beaucoup. Peut-être que la nourriture ne lui convenait pas ?

« Maman, tu crois que les professeurs et tout le monde à l’académie y vont doucement avec moi ? »

« Hmm, je n’en suis pas sûre. Yuna est une aberration. En termes d’aventuriers, je suis sûr que son niveau se situerait au moins autour du rang C. »

« Rang C… mère, c’est impossible. »

« Elle a vaincu une horde de cent gobelins. Elle a tué un roi-gobelin. Elle a tué des orcs. Elle a tué un couple de loups tigres. Elle a tué une vipère noire — et, bien sûr, elle a fait tout ça toute seule. »

Où étaient les lois sur la protection de la vie privée dans ce monde ?! Je souhaitais que les gens arrêtent de bavarder de mes exploits.

« Alors tu ne dois pas t’en vouloir. Je voulais juste que tu saches qu’il y a des enfants du même âge que toi qui sont plus forts. », poursuivit Ellelaura.

« Oui, elle était très forte. Yuna, je suis désolé pour tout à l’heure », dit Shia.

Après tout, peut-être que ce n’était pas une si mauvaise enfant.

« Mais tu peux aussi utiliser la magie, n’est-ce pas, Yuna ? »

« À peu près. »

« Et ta magie est-elle aussi forte ? »

« En plus de ça, Yuna a ses ours. Ils sont encore plus étonnants », dit Noa, s’insérant fièrement dans la conversation.

« Comme je l’ai déjà dit, qu’est-ce que ces ours sont censés être ? »

« Ce sont des convocations de Yuna. Ils sont super mignons. »

« Convocations… euh, me laisserais-tu voir cette invocation d’ours plus tard ? »

« Bien sûr », je l’avais promis à Shia.

Une fois qu’on avait fini de manger, on nous avait conduits aux chambres où on allait dormir cette nuit. Comme Fina l’avait demandé, on avait partagé la même chambre.

***

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