Kuma Kuma Kuma Bear – Tome 5

***

Chapitre 96 : L’ours fait un tunnel

Le lendemain de la grande fête qui avait suivi la mort du kraken, le port maritime de Mileela entama son lent retour à la normale. La route que les voleurs avaient bloquée s’était rouverte, et la mort du kraken avait aussi rendu la mer plus sûre. Les choses reviendraient à la normale bien assez tôt, me déclara Deigha.

Bien sûr, Deigha se faisait engueuler par sa fille Anz pour s’être saoulée pendant la fête, mais la morosité qui planait sur eux depuis des jours avait disparu. Et honnêtement, ils étaient carrément joyeux.

« Mlle Yuna, ça ne vous dérange pas de manger du riz au petit-déjeuner ? »

« Vous le savez bien. »

Comme si je pouvais dire non au riz. Elle fit alors griller du poisson pour moi et fit frire des œufs que j’avais apportés, que nous avions engloutis assez rapidement.

 

Mon repas du matin terminé, j’étais à mi-chemin vers ma chambre lorsque je m’étais souvenue de ce qu’Anz m’avait dit hier : si Crimonia était plus proche, elle aimerait y aller.

Ça me convenait : d’une manière ou d’une autre, je voulais amener Anz à Crimonia autant qu’elle. Et puis, même si j’emmenais Anz sur les ours, je n’aurais pas ce flux constant de fruits de mer. Mais selon vous, quel en serait alors le but ? Non, j’aurais besoin de sécuriser un canal de distribution pour les fruits de mer. La seule façon à moitié raisonnable d’aller à Crimonia était de passer par la côte, à moins de vouloir prendre la route de la montagne. L’une ou l’autre de ces voies vous prendrait beaucoup de temps et vous exposerait à des dangers allant cela n’en vaut pas la peine à l’habitant de la montagne mort gelé. Pas génial pour le transport de fruits de mer, pensais-je.

Pour emmener Anz et obtenir mes succulents fruits de mer en permanence, il faudrait qu’il y ait un moyen facile d’accès pour les gens entre Crimonia et Mileela. Une seule idée faisait l’affaire : un tunnel dans la chaîne de montagnes entre les deux villes.

Boom : problème résolu. Cela réduira le temps de parcours pour se rendre à Crimonia, Anz pourrait venir avec moi facilement, et nous garantirions une source continue de fruits de mer. Avec un peu de magie d’ours, on pourrait tout régler… enfin, peut-être.

Je veux dire, vous ne pouvez pas juste faire un tunnel en creusant.

Considère les différences d’élévation. Si je commence à creuser horizontalement de ce côté, je pourrais finir par sortir à mi-chemin entre les montagnes… ou creuser trop profondément et me retrouver sous terre pour toujours. Non, je ne pouvais pas faire le tunnel sans avoir une idée de la différence d’altitude entre les deux points. J’avais ouvert ma carte pour vérifier à quelle distance je me trouvais, mais…

« Hm ? »

… la carte avait l’air un peu différente ?

L’ancienne carte 2D était en 3D maintenant. Je pouvais même voir les changements d’altitude en la tripotant. Peut-être qu’il y avait eu une mise à jour du logiciel après avoir vaincu… le kraken ? Ok, super, ai-je eu autre chose ? J’avais vérifié mes autres compétences, mais non.

J’avais étudié cette compétence cartographique à nouveau.

Carte de l’ours Ver. 2,0

Toute zone vue par les yeux de l’ours peut être transformée en carte.

Version 2.0, hein ? Ce n’était pas une grande amélioration, mais c’était plutôt agréable à avoir si vous vouliez, disons, utiliser des ours magiques pour creuser un tunnel dans une montagne.

J’avais de nouveau regardé la carte. Elle montrait vraiment à quel point la chaîne de montagnes était haute, et à quel point il était complètement fou de voir Yuula essayer de l’escalader. Je n’aurais jamais tenté de le faire sans mes ours.

J’avais repéré Crimonia et Mileela sur la carte, puis j’avais cherché un bon endroit pour construire le tunnel. Les marchandises devraient être transportées par chariot, il serait donc préférable de le placer près d’une route. Et oh, je devrais garder la différence d’élévation aussi égale que possible tout en le gardant le plus près possible des deux villes, moins de charges sur les chariots, non ? Prends ça en compte, n’oublie pas ça, et…

Je venais de marquer mes deux emplacements quand on frappa à la porte.

« Qui est-ce ? »

« C’est Sei. Puis je entrer un instant, Mlle Yuna ? »

Sei, de la guilde des aventuriers ? Le fait qu’il vienne à l’auberge était un peu bizarre. J’avais décidé d’ouvrir la porte et de l’écouter.

« Veuillez m’excuser de perturber votre repos. Le maître de la guilde vous demande, auriez-vous l’amabilité de venir avec moi la voir ? »

« Que veut-elle ? »

« Elle aimerait vous consulter au sujet du port maritime. Je n’en sais pas plus, vous devrez lui demander des précisions. »

Au sujet du port maritime ? Huh. Comme j’étais curieuse, je m’étais rendue à la guilde des aventuriers. Une fois là-bas, les employés m’avaient guidée dans une pièce à l’arrière où Atola, le vieux Kuro et deux vieux types que je n’avais pas reconnus attendaient.

Bizarre.

« Nous vous attendions, Yuna. Merci d’être venue. Prenez donc un siège pour l’instant », dit Atola.

« Umm, de quoi s’agit-il ? », avais-je demandé tout en m’asseyant sur la chaise la plus proche.

« Nous avions juste une petite faveur à vous demander. »

« Une faveur ? »

C’était un peu inquiétant, ne trouvez-vous pas ?

« Nous espérions que vous pourriez servir d’intermédiaire entre le port maritime et le seigneur de Crimonia. »

« Un intermédiaire ? »

« Notre maire nous a abandonnés. Puis il y a eu ce scandale avec la guilde du commerce, et pendant tout ce temps, ce kraken s’est baladé, nous ruinant jour après jour. C’est comme une série de malchance, n’est-ce pas ? Eh bien, j’en ai assez. Nous aimerions parler avec le seigneur de Crimonia dès que possible. »

« Que voulez-vous dire par là ? »

« Pour être francs, nous envisageons d’affilier Mileela à Crimonia. »

« Vous parlez de fusionner avec un autre pays ? »

Atola hocha alors la tête.

« Ça semble assez sérieux. Les autres habitants de la ville sont-ils au courant ? », avais-je dit.

« Ils ne le savent pas, mais nous pouvons gérer les retombées nous-mêmes. », dit le vieux Kuro.

« Les seuls à savoir sont les gens rassemblés ici. Considérez-nous comme une sorte de conseil. C’est peut-être un peu petit pour un conseil, mais deux d’entre nous se sont enfuis. », dit Atola.

« Ne laissant que nous pour prendre la décision. Et notre décision a été de nous affilier à un autre pays. Nous ne pensons pas pouvoir continuer comme ça, pas si l’on considère l’avenir de notre village et de ses enfants. », continua le vieux Kuro.

« Après cela, nous avons commencé à parler de la ville avec laquelle nous devrions nous affilier et si votre maison de Crimonia ferait l’affaire. »

« D’accord, mais pourquoi Crimonia ? Vous avez d’autres villes avec lesquelles vous faites du commerce, non ? Certaines d’entre elles sont sûrement plus proches. »

L’un des hommes les plus âgés, silencieux jusqu’à présent, prit la parole dans un râle sec et amer : « Nous ne pouvons pas dire grand-chose sur leurs pays, mais les seigneurs de ces villes sont une bande de chacals avides. Avant l’apparition des brigands, nous avons demandé à ces villes de s’occuper du kraken. Ils ont accepté… et ont exigé des sommes immenses en échange de leur soutien. »

Les autres vieillards hochèrent la tête à côté de lui.

« En toute légitimité, nous aurions dû mettre un terme à la corruption de la guilde du commerce plus tôt, mais on nous a dit que la guilde essayait de récolter des fonds pour ces horribles seigneurs, nous ne pouvions donc rien faire. Si ces seigneurs n’avaient pas exigé une telle somme d’argent, Zallad de la guilde du commerce n’aurait peut-être pas fait ce qu’il a fait. »

« Nous pourrions être tout autant à blâmer pour cela. »

Les trois vieux hommes baissèrent la tête.

C’est vrai, c’est logique. Je me demandais pourquoi le vieux Kuro avait suivi les instructions de la guilde du commerce. Je suppose que si Zallad lui avait dit qu’ils collectaient des fonds pour se débarrasser du kraken et des voleurs, il aurait été parfaitement logique qu’il baisse la tête.

« Maintenant, Yuna. Savez-vous quel genre de personne est le seigneur de Crimonia ? », dit Atola

« Le seigneur ? »

Il était bizarre de les entendre appeler Cliff d’une manière aussi dramatique que « le seigneur ».

« Il est très bien. Je n’ai entendu personne dire que c’était un grippe-sou. »

Enfin, pour autant que je sache, mais qui pouvait le dire ?

« Hm. Pour l’instant, donc, nous aimerions que vous négociiez avec le seigneur de Crimonia. Si votre audience se passe bien, nous pourrions essayer d’établir une alliance avec lui. Pouvons-nous compter sur vous ? »

« Je ferai un effort, mais je ne peux rien garantir. »

« Nous n’avons pas besoin de garanties. Tout effort de votre part est plus que suffisant. Pouvez-vous faire cela pour nous ? »

Les anciens baissèrent la tête suite à ses paroles.

« S’il ne s’agit que de parler, je vais essayer. Désolé d’avance si je rate mon coup. », avais-je dit

« Même essayer est plus que suffisant. Veuillez donner ceci au seigneur de Crimonia. Les détails sont écrits là-bas. », dit l’un des vieillards.

« Très bien, je partirai demain matin », avais-je dit tout en prenant la lettre du vieil homme.

Si je devais partir, mieux valait le faire à la première heure.

« Et oh, n’oublie pas l’histoire du terrain. »

En échange de la victoire sur le kraken, j’étais censée obtenir un terrain où je pourrais construire une maison.

« Tout sera arrangé dès que vous reviendrez. »

« Et un bon emplacement, s’il vous plaît. »

Ah, je pouvais l’imaginer maintenant : une maison avec chambres d’hôtes (et ours) au sommet d’une légère colline. Ce serait parfait.

 

J’étais retournée à l’auberge et j’avais fait savoir à Deigha et Anz que je rentrais à Crimonia.

« Vous rentrez déjà chez vous ? », demanda Anz.

« Ne pourriez-vous pas vous amuser ici un peu plus longtemps, Mme Yuna ? Vous avez à peine eu le temps de voir comment est notre ville sans ce kraken. J’aimerais que vous goûtiez à notre bonne cuisine. »

« Oui, j’espérais vous préparer quelque chose de savoureux maintenant que nous pouvons aller pêcher à nouveau. », dit Anz avec un hochement de tête.

Anz et Deigha avaient l’air déçus, mais leur morosité n’avait rien à voir avec moi : c’était moi qui allais manquer tous ces bons repas. D’une certaine manière, cela faisait de moi un martyr.

« Je reviens rapidement, il faudra donc que vous me prépariez des choses à manger à ce moment-là. »

« Rapidement ? »

« Ouais, Atola m’a demandé une faveur rapide. Je dois juste faire un saut à Crimonia, mais je reviendrais tout de suite après. »

« Dans ce cas, que devons-nous faire avec votre riz ? On le garde pour vous ? »

« Non, je vais le prendre avec moi. »

Avec ma réserve d’ours, ce n’était pas un problème.

Ils m’avaient conduite à l’entrepôt de la cuisine où ils gardaient leur tonneau rempli à ras bord de riz délicieux et appétissant.

« Je peux, euh… je peux vraiment tout avoir ? »

Il y avait tellement de riz. Et bien sûr, l’océan était à nouveau libre pour le commerce, mais la réalité était qu’ils étaient toujours confrontés à une pénurie alimentaire.

« Tous les habitants de la ville ont apporté ceci pour vous, mademoiselle. C’est tout à vous. Ne faites pas attention à nous, prenez-le. »

J’avais mis avec gratitude le riz, le tonneau entier pratiquement plein à ras bord, dans ma réserve d’ours. Je n’aurais pas à m’inquiéter de manquer de riz avant un long, long moment.

 

Le lendemain, après avoir remercié Deigha une fois de plus, j’avais quitté l’auberge.

Jusqu’à ce que je quitte le port, les habitants m’avaient saluée dès qu’ils me virent. Je leur faisais un petit signe avec ma marionnette ours, mais j’avais des affaires à régler. Une fois que j’avais quitté la ville, j’avais invoqué Kumayuru, je lui sautais dessus et j’avais consulté ma carte. Voyons voir, où était le premier endroit que j’ai marqué ?

Nous avions couru le long de la route côtière, et les environs s’étaient transformés en forêt. Je m’occuperai des arbres ici plus tard. Pour l’instant, j’avais rendez-vous avec un site de fouilles.

Encore une vérification pour confirmer, et yep. J’étais bien en direction de Crimonia. Ce serait bien si je commençais à creuser le tunnel ici.

Ensuite, j’avais fait un vestiaire improvisé avec la magie de terre et j’avais mis ma tenue d’ours blanc. Bien sûr, il n’y avait personne autour, mais dans le cas où il y avait vraiment quelqu’un ? Non merci, je n’avais pas ce niveau de courage.

Pourquoi les vêtements d’ours blanc ? Eh bien, j’allais devoir utiliser des tonnes de magie. Je voulais vraiment éviter de m’effondrer par épuisement de mana comme je l’avais fait avec le kraken. La récupération de mana était beaucoup plus rapide en mode ours blanc, et je n’allais pas dormir plusieurs jours d’affilée comme après la bataille contre le kraken.

 

Après mon changement de costume, je m’étais placée devant l’endroit où se trouverait bientôt l’entrée du tunnel et je m’étais lancée. J’avais creusé un tunnel assez grand pour qu’un chariot un peu plus grand que la moyenne puisse le traverser comme… ça. Cette taille était-elle correcte ? Je l’avais jugé à l’œil. Ça avait l’air bien. Avec ça en tête, tout ce que j’avais à faire était de creuser. Et comme il faisait sombre à l’intérieur, j’avais fabriqué une lampe ours pour éclairer les choses.

J’avais creusé en marchant, tout en comprimant les murs au fur et à mesure pour les durcir et les empêcher de s’effondrer. J’avais aussi aplani le sol, pour qu’il ne soit pas inégal. Ugh, c’était beaucoup plus pénible que je ne le pensais, la partie creusement était bien, mais il y avait ensuite tous ces trucs de sécurité.

Heureusement, je n’utilisais pas trop de mana grâce à mes vêtements d’ours blanc. Après quelques séries de creusage et de sculpture, ce n’était plus aussi difficile. Je pouvais pratiquement fonctionner en mode pilote automatique.

Le travail banal me rendait encore un peu somnolente, mais je continuais à creuser et à fortifier, à creuser et à fortifier… tout en m’arrêtant, de temps en temps, pour vérifier ma direction et mon élévation. Foirer cela serait une tellement pénible. Je devais aussi m’assurer que la pente était douce, sinon il serait difficile pour les chariots de passer dans le tunnel.

À la moitié du parcours, j’avais avalé les boulettes de riz que Deigha m’avait préparées pour me rassasier, ce qui n’était pas la meilleure idée que j’avais eue. Avoir le ventre plein me rendait somnolente. J’avais donc commencé à fredonner pour chasser ma somnolence. Creuser, creuser, creuser… jusqu’à ce que, plusieurs heures plus tard, le tunnel s’ouvrit enfin. En vérifiant la carte, j’avais confirmé que j’étais de l’autre côté des montagnes.

J’étais enfin dehors… dans le noir. Hein ? Malgré ma lampe d’ours, il faisait noir et sombre. Au-dessus de moi, la faible lumière des étoiles perçait les trous dans les arbres. J’avais creusé sans relâche du matin au soir. Pas étonnant que je bâillais comme une folle. Dès que j’avais réalisé qu’il faisait nuit, la somnolence de la journée m’envahit.

J’avais sorti ma maison d’ours itinérante devant le tunnel. Avant d’entrer, j’avais vérifié si je n’étais pas sale, mais non : malgré mon petit passage en tant qu’ours taupe fouisseuse, mes vêtements d’ours blanc étaient impeccables. Mon équipement était aussi OP que jamais.

Après être entrée, j’avais résisté à la somnolence, j’avais pris un bain avant de me glisser dans mon lit. J’avais convoqué mes ours sous leur forme d’oursons comme gardes.

« Kumayuru, Kumakyu, bonne nuit. »

Et je m’étais endormie en moins de deux.

***

Chapitre 97 : L’ours va à la rencontre de Cliff

Après m’être lavée, détendue après l’épuisement (mental) d’avoir creusé à travers une chaîne de montagnes, et m’être couchée un peu plus tôt, je m’étais réveillée avec les faibles rayons du soleil. Je n’étais pas fatiguée le moins du monde. Après un petit déjeuner léger, j’avais rappelé Kumakyu, que j’avais envoyé au loin plus tôt, et j’étais partie pour Crimonia. Et comme j’avais demandé à Kumakyu de se dépêcher, cela ne nous avait pas pris longtemps. J’avais salué les gardes de la porte, j’étais allée en ville et j’avais envoyé mon ours chez lui afin qu’il se détende.

+

Mais avant de faire savoir à Fina et Tiermina que j’étais de retour, j’étais allée me débarrasser de cette faveur. J’étais arrivée au domaine du seigneur, j’avais dit à un portier que je connaissais que j’étais venue pour rencontrer Cliff, et avant que vous puissiez dire « ugh, encore ce type », j’avais été conduite dans une pièce pour le rencontrer.

Pas très occupé pour un seigneur, non ?

« Ce n’est pas souvent que vous êtes ici pour moi au lieu de Noa », dit Cliff.

« Eh bien, quelqu’un m’a demandé une faveur. »

« Une faveur ? »

J’avais tendu à Cliff la lettre de Mileela. Cliff l’avait prise et l’avait regardée sur place. Quand il eut fini de lire la lettre, ce dernier soupira.

« Je vous jure, vous… Vraiment, Yuna ? S’attaquer à un kraken toute seule ? », dit-il en se frottant les tempes.

« Est-ce écrit que je l’ai fait en solo ? »

Atola n’avait-elle pas fait jurer le secret à tout le monde ?

« Il est écrit qu’un seul aventurier l’a vaincu, et… Yuna ? Il se trouve que je vous connais. », dit-il en soupirant.

Et bien, tout ceci était normal étant donné qu’il savait que j’avais vaincu dix mille monstres et une vipère noire. Mais le vieux Kuro n’aurait-il pas pu rendre cela un peu moins évident ? Tisser une petite histoire ?

« Ce n’est pas comme si j’avais tué cette chose pour le plaisir. Le kraken se trouvait juste sur mon chemin. »

J’avais mis mes mains sur mes hanches et reniflé.

« Il était sur mon chemin. »

(Mon chemin vers un riz nutritif et oh combien délicieux, c’est ça. Le kraken était assez malchanceux pour se tenir sur mon chemin, ou… nager sur mon chemin, peut-être.)

« Il était sur votre chemin ? Vous devriez vraiment vous écouter de temps en temps. Vous ressemblez à un méchant seigneur qui essaie de dominer le monde, ou quelque chose comme ça. »

« Dominer le monde serait vraiment chiant. »

Cliff cligna des yeux : « Attendez, vous n’êtes pas en train de dire… que vous pourriez le faire, hein. »

« Ce que je veux dire ? Je suppose que je ne le veux pas. », dis-je en haussant les épaules.

Mais ce n’était pas comme si j’allais le faire, tu sais ? Qu’est-ce qui était si amusant dans la domination du monde ? Bien sûr, vous pouviez conquérir le monde… ou vous pouviez faire la sieste, grignoter et être une personne oisive pendant un moment. J’avais lu tous les LN où l’on se réincarne dans un autre monde — généralement après qu’une grosse voiture ou autre les ait tués et qu’un truc fantastique soit arrivé — et où l’on devient un héros, un roi démon ou un barbare fou à moitié nu. Vous saviez cependant ce que c’était ? Que du travail. Cette ours préférerait hiberner, merci beaucoup.

« Eh bien, je suppose que le contenu de la lettre est plus important que vous pour le moment. », dit Cliff en se raclant la gorge

« Qu’y a-il dans la lettre ? »

Je savais plus ou moins ce qu’ils y mettaient, mais je ne connaissais pas les détails minutieux.

« En bref, ils ont détaillé les événements du mois dernier et ont dit qu’ils étaient prêts à payer des taxes afin de rejoindre le territoire de Crimonia. Il y a, ah, beaucoup d’indices sur ce que vous avez fait », ajouta-t-il avec un regard distant.

« Des indices ? »

« Ils disent qu’un seul aventurier les a sauvés en leur donnant de la nourriture. Ils disent qu’un seul aventurier s’est joint à quatre autres aventuriers pour vaincre des bandits et sauver des otages. Oh, et un autre aventurier, sans nom, a vaincu le kraken, ce qui les a sauvés de leur pénurie de nourriture. Ne vous inquiétez pas, pas de noms, juste… un aventurier solitaire. »

Je suppose que les gens qui ne me connaissaient pas ne feraient pas de suppositions à partir de cette lettre. Mais Atola et le vieux Kuro ne savaient pas vraiment à quel point Cliff me connaissait, donc je suppose que c’était inévitable.

« Ah, en mettant de côté les parties sur le fait que vous êtes une adolescente incroyablement puissante, le problème actuel est de savoir comment nous allons progresser dans ces négociations. Je vais probablement devoir les rencontrer, mais ils n’ont pas de maire. Juste trois anciens représentant le port maritime, avec le maître de la guilde des aventuriers pour les assister. Convoquer des personnes âgées jusqu’ici semble plutôt cruel. »

« Vous n’êtes pourtant pas occupé ? Pourquoi ne pas simplement aller à Mileela ? »

« Non, mais écoutez-vous, je suis toujours un seigneur ! J’ai beaucoup de travail ! Je ne peux pas laisser la ville sans surveillance pendant plusieurs jours. »

« Si vous voulez simplement aller à Mileela, ça ne prendra qu’un jour. »

Cliff me jeta un regard étrange.

« Oh, mon Dieu. Est-ce que vous vous sentez bien ? Vous avez voyagé pendant un certain temps, et je sais que les voyages difficiles peuvent faire des ravages, alors si vous avez besoin d’un médecin… »

« Si vous pensez que je délire, je préviens tout de suite que ce n’est pas le cas ! »

« Vous dites ça, mais vous savez sûrement qu’il n’y a aucun moyen d’arriver à Mileela en si peu de temps. Les montagnes ? Vous vous souvenez sûrement des montagnes. À moins bien sûr que vous ne suggériez que nous y allions par les airs. »

Cliff fit un petit battement de bras pour démontrer ça. Bon sang, vraiment ?

« Je ne peux pas voler, mais j’ai fait un tunnel. », avais-je dit en essayant de ne pas serrer les dents

« Attendez », dit Cliff au milieu du battement de ses bras, un air parfaitement abasourdi sur le visage. Ça, c’était un spectacle. Il n’y avait aucune chance que Noa puisse le prendre au sérieux si elle voyait ça.

« Je m’excuse. Pouvez-vous répéter ça ? Je crois que j’ai mal compris. »

« J’ai creusé un tunnel, et maintenant nous pouvons nous rendre sur Kumayuru en un seul jour. »

Cliff se serra la tête.

« Vous ne… mentez pas, n’est-ce pas ? Je suppose que c’est, ah… je suppose que ce n’est pas impossible ? Pas avec vous. Un tunnel. Dans les montagnes. En quelques… justes quelques… jours. »

Juste un, en fait, mais je m’étais mordu la langue.

« Un tunnel ? Un tunnel, quand même ? », dit Cliff.

« Un tunnel. Je voulais faire un canal de distribution de fruits de mer. »

Et je voulais qu’Anz vienne à Crimonia, mais il n’avait pas besoin d’entendre cette partie.

« Un tunnel. J’ai toujours pensé que votre existence même était absurde, mais chaque conversation que nous avons ne fait qu’empirer les choses. », soupira Cliff à la manière d’un enterrement.

« Oui, cool, super. De toute façon, on peut sauter sur Kumayuru et y aller en une journée. L’autre option est de faire venir les vieux, mais il faudrait probablement qu’ils y aillent en calèche et ça prendra du temps. »

« Oui, oui. Vu la situation, je vais aller les voir. »

C’était rapide. Pourtant, c’était mieux que de le voir hésiter et traîner les pieds.

« En plus, j’ai besoin d’évaluer ce tunnel que vous avez fait », avait-il ajouté.

Je n’avais pas vraiment aimé la façon dont il avait dit évaluer, comme s’il était un professeur qui me notait sur un test ou quelque chose comme ça.

« Quand est-ce que vous voulez y aller ? », avais-je demandé.

« J’ai un travail urgent à terminer demain. Je dois aussi prendre contact avec la guilde du commerce. Je suppose que nous partirons après-demain. »

« La guilde du commerce ? »

« Selon la lettre, le maître de leur guilde de commerce a commis des crimes. Je dois en parler aux nôtres, non ? Si possible, je voudrais aussi amener le maître de la guilde. Combien de personnes vos ours peuvent-ils accueillir ? »

« Deux, ça irait. »

« Vous êtes sûre ? »

« Oui. Mais je ne laisserai pas le maître de la guilde monter si elle effraie mes ours. »

« Je ne pense pas qu’elle les effraiera. Si c’est le cas, on peut continuer sans elle. », dit Cliff

Plutôt conciliant de la part de Cliff. Je suppose que je pourrais accepter ça ?

« J’irai chez vous après-demain, alors attendez-moi là-bas, s’il vous plaît. », dit-il.

J’avais promis à Cliff que je le ferais et, sur ce, j’étais sortie dans le couloir… Noa s’était alors précipitée sur moi.

« Yuna ! S’il te plaît, fais-moi savoir quand tu arrives, d’accord ? »

« J’étais là pour Cliff aujourd’hui. »

« En as-tu fini avec ça ? »

« Pour aujourd’hui, oui. »

« Alors ça veut dire que tu as du temps. »

Elle avait un sourire si doux, mais la personne derrière Noa avait également souri… un sourire sinistre, dégoulinant de malheur.

J’avais levé un sourcil.

« Es-tu sûre ? Tu te rends compte que Lala ne fait que nous sourire depuis un moment maintenant ? »

Noa s’était retournée et pâlit à la vue du sourire de Lala, et de sa dague cachée.

« Mlle Noir, vous êtes encore au milieu de vos études. », dit Lala

« Je suis pourtant fatiguée. J’aimerais faire une pause. J’ai besoin de ma dose d’ours. »

Une dose d’ours ? Quoi, l’ours était un nutriment obligatoire maintenant ? Imaginez qu’une telle chose soit découverte sur Terre et annoncée. La cérémonie de remise du prix Nobel mettrait à l’honneur des ours, j’en suis sûre.

Noa n’avait cessé de pleurnicher, et finalement, Lala poussa un petit soupir de défaite.

« D’accord. Mais seulement pour un moment. Mlle Yuna, puis-je vous demander d’accompagner Mlle Noir pendant un court moment ? »

« Bien sûr. »

« Bien alors, si vous le pouvez. Je vais préparer le thé. »

Avec un bref mouvement de tête, Lala nous quitta.

« Ok, Yuna, allons dans ma chambre. »

Noa tira sur mon gant de marionnette d’ours.

« Dis-moi tout, où étais-tu ? »

« Tu sais, près de l’océan après avoir traversé la chaîne de montagnes Elezent ? »

« L’O… pas possible, tu as traversé cette montagne ? »

« Eh bien, j’ai mes ours. »

« C’est incroyable ! L’océan… c’est sympa. J’aimerais aussi y aller. »

« Pourquoi n’irait-on pas, quand le temps se réchauffera ? »

« J’aimerais bien, mais mon père n’autorise pas les excursions lointaines. »

« Oh, c’est bon. J’ai rapproché l’océan d’ici, d’une certaine manière. »

« Hm ? »

Noa fit une petite inclinaison à sa tête.

Je ne pouvais pas encore lui parler du tunnel, alors j’avais gardé les choses ambiguës.

« Je vais lui faire comprendre que c’est plus proche qu’il ne le pense. »

« Tu le feras vraiment ? Alors c’est une promesse. Et hum, Yuna ? Je peux avoir une faveur ? »

Elle me regarda avec les yeux tournés vers le haut et les joues pincées et rougissantes. Ugh, même moi je n’étais pas immunisée contre ce niveau de magnanerie. Il a trop de pouvoir.

« Puis-je emprunter tes ours ? »

C’était exactement ce à quoi je m’attendais. Je voulais dire, elle avait dit qu’elle voulait avoir une dose d’ours tout à l’heure. Et puisque l’occasion s’était présentée, j’avais décidé que c’était le bon moment pour lui montrer les ours dans leurs formes compactes.

Whoosh.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? ! C’est quoi ces ours ?! »

« Ce sont Kumayuru et Kumakyu. Ils devraient rentrer dans ta chambre à cette taille, non ? »

Noa s’était approchée lentement des ours. Je me demandais pourquoi, elle devait savoir qu’ils n’allaient pas s’enfuir ou autre. Puis, avec un souffle déterminé, elle leur fit de gigantesques câlins d’ours.

« Yunaaaaaa ? »

« Ouiiiiii ? »

« Puis-je les avoir ? »

« Tu dois savoir que c’est impossible. »

Comme on pouvait s’y attendre, Noa a eu des ennuis avec Lala lorsqu’elle refusa de lâcher les ours, dix, vingt, trente minutes après la fin de sa pause.

+

Le lendemain, je m’étais rendue à l’orphelinat pour prendre des nouvelles de Fina et Tiermina. Les orphelins entouraient l’endroit, énergiques et enjoués comme toujours. C’étaient les petits enfants de la bande. Les plus jeunes commençaient tout juste à marcher et les plus grands avaient environ cinq ans. Comme les petits enfants ne pouvaient pas s’occuper des oiseaux ou faire du travail manuel, ils pouvaient s’amuser en jouant dehors.

Les enfants m’entourèrent dès qu’ils me virent.

« La fille aux ours ! »

« En chair et en os. Ou en fourrure. Ou peu importe. Vous vous entendez tous bien ? »

Je les avais regardés. L’un des enfants se tenait un pas derrière les autres et me regardait. Un nouveau ?

« Oui ! », dit un des enfants.

« Mmhm ! On joue tous ensemble ! »

Un coup d’œil autour d’eux me montrait qu’ils avaient raison, aucun enfant n’était laissé de côté.

« Eh bien, je vois que vous êtes tous sages. »

« Hee hee ! »

« Assurez-vous maintenant de continuer à jouer gentiment. »

« Uh-huh ! »

Les enfants éclatèrent de rire à ce moment-là. Un des enfants attrapa la main du nouvel orphelin et se mit à courir, les autres le suivant de près. Le nouvel enfant sourit et se fondit dans le groupe.

La directrice et Liz avaient comme toujours fait du bon travail. Les enfants se portaient bien.

De là, je m’étais dirigée vers le petit hangar où Tiermina travaillait, juste à côté du poulailler, pour compter les œufs que les enfants ramassaient. Les enfants de plus de six ans s’occupaient des oiseaux, ramassaient les œufs et nettoyaient les poulaillers.

Et j’avais évidemment trouvé Tiermina là, dans le hangar, en plein milieu du comptage. Fina et Shuri entouraient Tiermina, désireuses de lui donner un coup de main.

« Yuna ! »

Tiermina me fit alors signe.

« Je suis de retour, b… »

Mais avant que je puisse finir ma phrase, Fina et Shuri s’étaient précipitées à travers le hangar avec joie pour une accolade.

« Rien d’excitant n’est arrivé pendant mon absence ? », leur avais-je demandé à toutes les deux.

Si quelque chose s’était produit, elles m’auraient contactée avec le téléphone d’ours, et l’atmosphère calme me disait que les choses se passaient bien. Mais je m’étais dit que je pouvais aussi bien demander.

« Non, rien. Maman et papa s’entendent bien aussi. »

C’était bon à entendre. Peut-être que Fina et Shuri auront un nouveau frère ou une nouvelle sœur d’ici peu.

« Fina, n’en dis pas trop », dit Tiermina sévèrement.

Elle avait l’air un peu gênée d’entendre sa propre fille m’expliquer leur vie à la maison.

J’avais donné des tapes sur la tête de Fina et Shuri et j’avais traversé l’abri pour rejoindre leur mère.

« Tiermina, je suis de retour. »

« On est contentes de te voir. Comment était l’océan ? »

« Les choses ont été un peu mouvementées, mais c’était finalement amusant. »

Oh, et avec une meute de voleurs ici, un kraken géant là…

« C’était amusant, vraiment ? J’y suis déjà allée lors de mes aventures, mais ça me manque parfois. »

Hm. Peut-être que la prochaine fois, je pourrais emmener Tiermina et les enfants à l’océan avec moi. Fina et Shuri n’avaient probablement jamais vu l’océan auparavant.

Les enfants et Tiermina, c’est fait. Objectif suivant : la directrice.

La statue de l’ours veillait sur l’entrée de l’orphelinat nouvellement construit. J’avais passé la main dessus et j’avais demandé, du fond du cœur, qu’il protège ces enfants. À l’intérieur, j’avais trouvé la directrice et Liz qui vaquaient à leurs occupations.

« Directrice, voici un souvenir », avais-je dit après un bref échange.

J’avais sorti de ma réserve d’ours l’énorme quantité de fruits de mer frais que j’avais obtenus au festival. Je voulais dire, ce n’était pas comme si une seule personne aurait pu manger la quantité de nourriture qu’ils m’avaient servie. C’était un plat après l’autre, je serais coincée avec des restes pour toujours et à jamais jusqu’à ce qu’ils m’enterrent avec des fruits de mer.

La directrice étudia la marchandise : « Est-ce du poisson ? Bonté divine. C’est une rareté que vous nous avez apportée. Il est un peu tôt, mais pourquoi ne pas réunir les enfants pour le déjeuner ? »

« Je vais les appeler », dit Liz tout en nous quittant.

« Alors, directrice, savez-vous préparer du poisson ? »

« Oui, j’ai déjà préparé des poissons de rivière. »

Ehh, ce n’était pas comme s’ils avaient souvent du poisson à l’orphelinat, je ne devais donc pas m’attendre à ce qu’elle soit un maître dans les arts de la friture et du poisson. Je devais amener Anz à Crimonia, et vite.

***

Chapitre 98 : L’ours se dirige vers le tunnel

J’avais passé la journée de mon retour à traîner avec Fina et Shuri, ce qui signifiait qu’il serait temps d’aller à Mileela avec Cliff le lendemain. J’étais donc là, devant la maison ours, à attendre Cliff et, peut-être, le maître de la guilde du commerce.

Je suppose que tout cela était bien… mais si elle effrayait mes ours, elle devra suivre à pied ou rester ici. Je n’aimais pas les gens comme ça, et je n’allais pas faire porter à mes ours quelqu’un qui les effrayait.

« Désolé de vous avoir fait attendre », dit Cliff.

Milaine marchait à côté de lui.

« Je n’ai pas attendu très longtemps, mais… qu’est-ce que Milaine fait avec vous ? »

Le fait de voir ces deux-là ensemble me semblait bizarre. Mais bon, peut-être qu’ils sortaient souvent ensemble en dehors de leurs heures de travail.

« J’ai peur de ne pas comprendre. Milaine est le maître de la guilde du commerce dans cette ville. At-Attendez une minute, vous ne vous connaissez pas déjà toutes les deux ? », dit Cliff.

« Milaine, vous êtes le maître de la guilde ? »

C’était la première fois que j’en entendais parler.

« Oh, je ne te l’ai pas dit ? », dit Milaine avec un petit souffle juste un peu trop mignon.

En effet, et elle ne me l’avait certainement pas dit exprès. Je l’avais alors regardée avec méfiance.

« Je plaisante. Ce n’était tout simplement pas le bon moment pour te le dire. Que je sois le maître de la guilde ou une simple employée n’affecte pas notre relation, hein ? »

Oui, bien sûr, elle avait « oublié ». Elle avait dû apprécier le fait de se taire à ce sujet.

« Milaine, quel âge es-tu censée avoir déjà ? »

Elle avait l’air bien trop jeune pour être un maître de guilde, mais peut-être, un peu comme Ellelaura, son apparence était trompeuse.

« Quelle impolitesse ! J’ai une vingtaine d’années, ne le vois-tu pas ? »

Ce qui couvrait dix années entières, et n’y avait-il pas une énorme différence entre vingt et vingt-neuf ans ? Je suppose donc qu’elle devait avoir une vingtaine d’années, et qu’elle ne voulait pas le dire. Pourtant, je ne pouvais pas dire que le fait qu’elle soit un maître de guilde même à cet âge n’était pas impressionnant.

Mais… encore une fois, ça correspondait. Quand nous avions vendu les œufs en gros et démarré le magasin, Milaine avait pris beaucoup de décisions unilatérales. Des décisions qu’un employé normal n’aurait pas été capable de prendre. Elle disait souvent « C’est bon » ou « Laisse-moi faire ». De plus, ce n’était pas comme si une personne normale pouvait refuser de vendre des œufs au seigneur féodal sans encombre. Maintenant que j’y pensais, il y avait une tonne de choses louches qui se passaient. Et pendant tout ce temps, elle m’avait… embobinée avec son apparence jeune. Quelle audace !

Cliff se retourna pour nous faire face, l’irritation se lisait sur son visage.

« Je me fiche que tu aies 20, 30 ou même 40 ans. Allons-y. »

« A -Attends une seconde. Il y a une énorme différence entre vingt et trente ans, et… quarante ans ? Comment ose-tu ? Tu dois être un vrai tombeur auprès des dames. », balbutia Milaine.

« Je n’ai pas besoin de l’être. Vois-tu, Milaine, il se trouve que je suis heureux en ménage et que j’ai des enfants. »

Il n’avait pas tort, sa femme Ellelaura était follement jolie, et ses enfants, Noa et Shia, étaient adorables. À moins qu’il ne soit un type plus décontracté que je ne le pensais, il n’avait pas besoin d’être populaire auprès des femmes.

« Cliff. Tu n’essaies pas de te disputer avec moi ? », dit Milaine.

« Je ne fais qu’énoncer les faits. »

La tension montait ici, devant la maison ours. Nos deux combattants se tenaient l’un en face de l’autre, comme des chats et des chiens sur le point de se battre ! Mais je ne pouvais pas vraiment dire qui était le chat et qui était le chien, mais peut-être que si le combat commençait… Oh, attendez.

C’est vrai, nous devions nous occuper de choses réelles.

« Milaine. Viendras-tu à Mileela ? », dis-je.

« Eh bien, il y a le scandale de la guilde du commerce à régler, et je veux voir si toutes ces histoires de tunnel sont vraies. S’il y a effectivement un tunnel, nous pourrions commencer à commercer avec Mileela, et rien de tout cela ne peut être organisé sans la présence du maître de la guilde. C’est-à-dire moi. »

J’avais réussi à ne pas rouler des yeux.

« Mais, le plus important, c’est que cela me donne l’occasion de monter tes fameux ours ! J’irais même si je devais faire l’école buissonnière. », dit Milaine.

Attendez une seconde… à chaque fois que je la voyais à la guilde du commerce, elle semblait toujours être à la réception. Elle faisait vraiment des trucs de maître de guilde, ou elle se prélassait tout le temps ?

« Ne fais pas l’école buissonnière, fais ton travail ! »

« Précisément. Je vais à Mileela dans le cadre de mon travail, non ? »

Cliff cligna alors des yeux.

« Euh… Je ne peux pas vraiment dire que cela ne soit pas le cas… »

Cliff me lança un regard impuissant. Il n’avait rien d’autre à dire.

« Excellent. »

Milaine m’attrapa par les épaules et commença à marcher.

« Yuna, puis-je aller rencontrer ces ours dont tout le monde parle ? »

Un Cliff visiblement étonné nous suivait. Eh bien, elle faisait son travail, alors je suppose… Je suppose que tout s’était arrangé ?

Bien sûr, pourquoi pas ?

+

En sortant de la ville, notre étrange groupe prit les gardes par surprise. N’importe qui aurait été un peu choqué de voir le seigneur féodal et le maître de la guilde du commerce traîner ensemble, mais j’espérais juste que je n’étais pas une autre raison de la surprise sur leurs visages.

Quand nous étions enfin arrivés à l’extérieur de la ville, j’avais tendu mes marionnettes ours devant moi et j’avais invoqué Kumayuru et Kumakyu.

« Les fameux ours. »

Milaine loucha sur eux comme s’ils allaient disparaître.

« Cliff, vous montez sur Kumayuru. Milaine et moi allons monter sur Kumakyu ensemble. »

« Kumayuru est bien le noir, non ? »

Cliff comprit ce que je voulais dire rien qu’avec le nom des ours et se dirigea vers Kumayuru.

« Yuna, tu as dit que leurs noms étaient Kumayuru et Kumakyu ? »

« Le noir se nomme Kumayuru, le blanc Kumakyu. »

« Ces noms te ressemblent beaucoup, Yuna. », dit Milaine en gloussant.

« Attends, qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Oh, juste que les noms conviennent à leurs apparences et sont très mignons. », dit Milaine en souriant malicieusement.

Kumayuru et Kumakyu ? Mignons ? Je n’en savais rien, mais je m’étais attachée à eux. Si j’étais plus sensible aux noms, ils en auraient peut-être de meilleurs, mais je ne voyais pas pourquoi on avait besoin de noms cool quand on avait deux copains ours gigantesques, duveteux et incroyablement puissants.

Milaine s’était approchée de Kumakyu.

« Eh bien, Kumakyu, je compte sur toi. »

Elle frotta le cou de Kumakyu, et ce dernier semblait aimer ça.

« Très bien, Yuna. Comment dois-je m’y prendre ? »

Contrairement à un cheval, mes ours n’avaient pas de selles, mais Kumakyu s’était agenouillé afin que Milaine puisse monter plus facilement. J’étais montée en premier, puis Milaine monta derrière moi.

« Qu’est-ce que tu en penses ? C’est confortable, même sans selle, non ? », dis-je.

« Et je suppose que c’est aussi confortable tout le temps ? »

Oui, le confort de mes potes était juste inégalé. C’était suffisamment confortable pour qu’on s’inquiète moins des bosses sur la route que de s’assoupir au milieu du voyage.

+

Nous nous étions dirigés à dos d’ours vers la chaîne de montagnes Elezent où se trouvait mon tunnel. Nous avions commencé par un galop léger.

« Ils courent si bien. »

Kumayuru et Kumakyu couraient côte à côte.

« C’est bien qu’ils soient rapides. Les calèches sont si lentes. »

Les calèches ? Allez, comment un chariot pouvait-il être aussi lent que ça ? Mes ours avaient progressivement accéléré le rythme et, quelques heures plus tard, nous étions arrivés au pied des montagnes d’Elezent, là où se trouvait mon tunnel… enfin, là où il était censé être.

« Je pensais que c’était par ici… », avais-je marmonné.

J’avais revérifié la carte, et oui, c’était bien ici, non ?

« Vous vous êtes perdu ? », demanda Cliff.

Au milieu de ma panique, Kumakyu s’était mis à marcher sans prévenir.

« Kumakyu ? »

Kumakyu et Kumayuru avaient pourtant continué à avancer, comme s’ils nous disaient de les laisser faire. Après quelques minutes, nous avions trouvé le tunnel obscurci par les arbres environnants.

« On dirait que les ours sont plus malins que toi. », dit Milaine en rigolant.

Cette fois-ci, je ne savais pas trop quoi répondre.

+

Nous avions fait une pause avant de nous engager dans le tunnel.

« En tout cas, nous sommes arrivés ici rapidement grâce aux ours », dit Cliff.

« Hm. N’importe quel marchand serait rongé par l’envie d’en avoir un à lui. »

« Les aventuriers aussi. »

Ils avaient partagé leurs impressions sur mes ours pendant que nous buvions du jus d’oran. Je me moquais de l’argent qu’on essayait de me proposer. Il n’était pas question que je lâche mes ours. Cliff pourrait essayer de me les voler et voir ce qui se passera.

« Oh, Yuna, arrête de me regarder comme ça. Personne ne pense à te voler tes ours. Je pourrais vivre cent vies, les passer toutes à essayer de te voler, et ça se passerait mal pour moi à chaque fois. »

Cliff me donna une tape sur la tête avec ses articulations, comme s’il essayait de me donner un coup.

Une fois notre repos terminé, Cliff et Milaine s’étaient dirigés vers l’entrée du tunnel.

« Est-ce le tunnel que vous avez fait, Yuna ? », demanda Cliff tout en prenant sa voix de seigneur sérieux.

Il inspecta attentivement le tunnel, Milaine à ses côtés.

« On dirait qu’il est assez grand pour que deux chariots puissent passer l’un à côté de l’autre ? »

« C’est exact. On dirait qu’il est assez grand pour ça. »

« Oui, c’est plus grand que je ne le pensais. », se dit Cliff

« Mais je doute qu’une voiture plus grande puisse partager le tunnel avec d’autres qui vont en sens inverse. »

« Vous pensez que nous devrions donc réglementer la taille des voitures ? »

« Peut-être, mais le fait quelqu’un qui ne sait pas qu’il y a une limite de taille se présente pourrait rendre la situation pénible. », dit Milaine

« Dans ce cas, pourquoi ne pas diviser les choses entre les jours pairs et impairs ? Comme ça, ils n’auraient à attendre qu’un jour. »

« Nous allons un peu trop vite, Cliff. »

« Hmm, oui. D’abord, vérifions la longueur du tunnel, puis décidons en fonction de l’évolution de la situation. »

Peut-être que j’aurais dû le faire un peu plus grand ?

« Et nous aurons besoin d’ouvrir cet espace et de créer un avant-poste. Nous allons avoir aussi besoin de quelqu’un pour gérer le tunnel. », ajouta Cliff.

Milaine regarda autour d’elle. Le feuillage par ici était dense.

« Nous devons ensuite décider du péage pour l’utilisation. »

« Combien pensez-vous que cela pourrait coûter ? »

« Habituellement, nous décidons en fonction des fonds utilisés pour construire le tunnel. »

Ils m’avaient alors jeté un regard.

« Vous allez faire payer les gens pour ça ? »

« Cela va de soi. Quel idiot offrirait quelque chose gratuitement ? Il suffit de penser aux coûts de maintenance, et en plus de cela ? Nous devrons sûrement engager des soldats ou des aventuriers pour stationner ici. », dit Milaine.

« Oui, la situation serait désastreuse si des voleurs ou des monstres s’installaient dans le tunnel. »

Je suppose qu’ils avaient raison, les monstres entreraient probablement dans le tunnel si on le laissait tel quel, d’où les soldats et les aventuriers. En plus de cela, ils auraient besoin de poster des hommes des deux côtés du tunnel. Le tarif était logique, que je l’apprécie ou non.

« De plus, nous devrons éclairer l’intérieur du tunnel avec des gemmes de mana. », marmonna Cliff en regardant dans le noir.

« Nous aurons besoin d’installer des gemmes de mana de lumière et des lignes de mana. Rien que ça, ça va coûter une sacrée somme. »

Les lignes de mana étaient à peu près ce qu’elles semblaient être : des canaux pour acheminer le mana. Pensez aux lignes électriques de la Terre et vous serez sur la bonne voie. J’avais même des lignes de mana dans ma maison d’ours. Pour allumer les gemmes de mana dans le plafond, je touchais une gemme de mana normale sur un mur voisin qui transmettait le mana à la gemme du plafond via les lignes.

« Ah, oui, et bien sûr, nous aurons besoin d’installer des gemmes mana éoliennes. »

« Je suppose que nous le ferons surtout pour quelque chose d’aussi long. En fait, Yuna, quelle est la longueur entre ce côté et le côté opposé ? Nous pourrions avoir besoin d’installer une station de repos quelque part là-dedans. »

+

Ils n’avaient pas arrêté de parler de la façon dont mon tunnel devrait être utilisé dans le futur sans moi. Je suppose que c’était justifier, et tant que nous pouvions apporter des fruits de mer à Crimonia, ehh. Si ce n’était pas aussi simple que je le pensais, je devrais laisser les détails pratiques aux spécialistes.

Après une courte pause, nous étions sortis dans le tunnel. J’avais fabriqué une lampe-ours et l’avais installée devant nous, en l’enchantant pour qu’elle se déplace avec moi.

« Yuna, » dit Cliff, un peu plus tard, « pouvons-nous ralentir ? Je dois vérifier l’état du tunnel et sa longueur. »

Les ours avançaient lentement dans l’obscurité.

« Pas de gouttes au plafond », dit Cliff tout en regardant en l’air.

Cela ressemblait presque à une question.

« Non, j’ai utilisé la magie pour que l’eau coule le long de l’extérieur. Il n’y aura pas de gouttes ici. »

Je voulais dire plus « tunnel cool » et moins « grotte calcaire surprise ».

Milaine hocha la tête.

« Ça va rendre les choses plus faciles. »

« Oui. Maintenant, on doit juste penser à la résistance du tunnel. Nous aurions un problème sur les bras s’il s’effondre. »

« Ça ne devrait pas être un problème si on le renforce avec des gemmes de mana de terre. »

Installer des gemmes de mana de terre dans des murs de terre était censé les rendre plus solides. Des gemmes de mana étaient incrustées dans les murs protégeant la capitale et les villes. C’était du moins ce que les gens disaient.

« Nous avons alors besoin de gemmes de mana de terre en plus des gemmes de lumière et de vent. Ça va prendre une bonne partie de la monnaie. », siffla Milaine

Des gemmes de mana de lumière pour éclairer le tunnel, des gemmes de vent pour faire circuler l’air, et des gemmes de terre pour renforcer le tunnel… c’était tout jusqu’à présent, non ?

« N’est-ce pas à ça que sert le péage ? »

« Comment allons-nous obtenir les fonds initiaux ? Un paiement différé ne conviendrait pas vraiment à la guilde du commerce. », dit Milaine en secouant la tête.

« Ne vous inquiétez pas, nous avons l’argent. », dit Cliff

« Alors la question est de savoir comment obtenir toutes ces gemmes de mana. »

« Pourriez-vous demander à la guilde du commerce de les collecter ? »

« Eh bien… ce n’est pas impossible, mais je serais inquiète de voir le marché s’effondrer. Je préférerais également éviter de provoquer une pénurie. »

« Alors peut-être que nous pourrions les commander depuis la capitale ? »

« Je pense que ce serait plus judicieux. Nous rencontrerions les mêmes problèmes si nous les obtenions des villes voisines, mais ce ne serait pas un souci pour la capitale. »

« Je préparerai les fonds, puis-je compter sur toi pour le faire ? »

« Oui, cela ne devrait pas être un problème. »

Wôw, creuser des tunnels était plus dur que je ne le pensais. Je suppose qu’on ne pouvait pas creuser un trou et dire que c’était fini, à cause du principe suivant : « les gens ont besoin de lumière et d’oxygène pour être à l’aise et ne pas mourir. »

La même chose s’était produite pour l’atelier, une amatrice comme moi travaillant seule avait juste obtenu un plan plein de trous.

Nous avions ainsi continué. Les deux avaient continué leur conversation, mais la sortie ne se présentait pas. Mais à quoi d’autre pouvais-je m’attendre quand on avançait à pas de tortue. N’est-ce pas, Cliff ?

« Le fait que la lumière s’éteigne à mi-chemin serait plutôt effrayant », dit Milaine.

« Yuna, es-tu sûre qu’on peut compter sur cette lumière étrange et farfelue ? »

Excusez-moi, étrange ? Farfelue ? C’était clairement un ours adorable. Je voulais dire, oui, j’avais aussi pensé que c’était farfelu pendant un petit moment, quand je l’avais vu pour la première fois, mais quand même.

« Ne vous inquiétez pas pour ça. »

Et si elle s’éteignait, j’en ferais une autre.

« Puisque l’installation de gemmes de mana de lumière dans le plafond serait encombrante, nous nous contenterons de les encastrer le long des murs. »

Oui… comme j’avais fait le plafond assez haut pour le passage des chariots, une personne normale ne pourrait pas l’atteindre. Pour installer quoi que ce soit dans le plafond, ils devraient installer une plateforme à chaque fois.

« Cela fonctionnerait beaucoup mieux. Et même si un côté s’éteint, nous aurions l’assurance que les lumières de l’autre côté restent allumées. », dit Cliff.

« Cela doublerait le coût, mais a-t-on d’autres choix ? »

Ils avaient beaucoup avancé dans leur conversation, mais nous n’étions pas près d’arriver au bout du tunnel.

« Ce truc n’en finit donc pas ? », dit Cliff en bâillant

« Eh bien, j’ai creusé directement à travers la chaîne de montagnes, mais j’ai quand même dû couvrir une grande distance. »

« Nous devrions donc vraiment faire une halte », dit-il.

« Si nous le faisons, nous devrions la placer en plein milieu du tunnel. », ajouta Milaine.

Je pouvais sentir leurs yeux sur moi.

« Vous voulez dire que vous voulez que j’en fasse une ? »

« Yuna, vous avez déjà creusé tout ça. Qu’est-ce que la création d’une petite halte routière à côté de ça ? Je pense qu’une halte en plein milieu serait le meilleur choix, comme l’a dit Milaine, mais nous devons obtenir une mesure précise du tunnel pour cela. », dit Cliff.

« Je n’ai aucune idée de la longueur de ce truc, mais je peux vous dire où est le milieu sur une carte. »

Ce serait une estimation approximative, mais assez proche pour être utile.

« Vous pouvez vraiment ? »

« C’est juste un peu plus loin. »

J’avais demandé à Kumayuru de courir pendant que je naviguais sur la carte, une carte que je pouvais d’ailleurs ouvrir et regarder sans que personne d’autre ne la voie. Je l’avais testé sur Fina.

« Le point central est juste à peu près… »

J’avais pointé une carte qu’ils ne pouvaient pas voir.

« … ici. »

« Comment le savez-vous ? », s’étonna Cliff.

« Err, ce n’est qu’une approximation, alors ne me faites pas trop confiance. »

« Tant que c’est plus ou moins correct, c’est bon. Pourriez-vous ouvrir un peu cet endroit juste ici ? »

En suivant les instructions de Cliff, j’avais poussé le mur en utilisant la magie de terre.

Il laissa échapper un sifflement bas et impressionné.

« Incroyable. Vous pouvez creuser des trous justes comme ça. »

Le temps passa, j’avais bientôt dégagé assez de roches pour que plusieurs chariots puissent s’arrêter et se reposer.

« Phénoménal. Mais si c’est le centre, je suppose que nous n’avons pas le temps de nous attarder. Yuna, je déteste demander ça, mais pouvons-nous accélérer le rythme ? », dit Cliff tout en secouant la tête.

Il était temps. Nous avions pratiquement volé à travers la moitié restante du tunnel.

***

Chapitre 99 : L’ours revient dans la ville portuaire de Mileela

Le soleil se couchait au moment où nous étions sortis du tunnel. La brise de la mer était venue sur nous et avait béni nos poumons avec de l’air frais, d’autant plus que nous venions de passer des heures et des heures à nous frayer un chemin sous les montagnes. Cliff et Milaine semblaient tout aussi soulagés que moi tandis que nous regardions tous les trois l’océan.

« C’est si joli », dit Milaine.

« Hm. C’est vrai. »

« Avec le nouveau tunnel, je suppose que nous pourrions prendre nos vacances ici. »

« Peut-être que j’amènerai ma fille avec moi la prochaine fois. »

(Il faut l’espérer. Noa serait complètement folle.)

« Je n’aurais jamais imaginé qu’on arriverait de l’autre côté des montagnes d’Elezent en un seul jour. »

« Je ne veux même pas penser au temps qu’il aurait fallu en prenant le chemin le plus long. »

Moi non plus, et j’avais fait la chose. Nous avions tous les trois parlé, marché et regardé le coucher de soleil sur la mer. Le même vieux garde qui m’avait accueillie la première fois attendait à l’extérieur du port. J’avais rappelé Kumayuru et Kumakyu, et je m’étais dirigée vers l’entrée.

« Fille-ours ! Vous êtes revenue ! »

Le garde de la porte se précipita, l’air ravi.

« J’ai appris que vous étiez partie pendant mon absence. Ne pas pouvoir vous remercier avant de partir m’a déchiré, mon pote ! »

Maintenant qu’il en parlait, il y avait effectivement une personne différente au moment où j’étais partie. Oups.

« Merci d’avoir sauvé la ville. »

Le fait d’avoir quelqu’un qui me dit ça était beaucoup trop… et en face de moi qui plus est. Peut-être que j’avais rougi, peut-être pas.

« Des tonnes d’autres personnes m’ont déjà remerciée, vous n’aviez donc pas besoin de le faire. Et, je veux dire, vous m’avez tous déjà donné tellement de riz ! »

Franchement, le riz de remerciement était la meilleure part. Privilégier les cadeaux au détriment des bonnes pensées n’était pas une bonne chose, certes, mais ehh.

« Ouais, mais j’aimerais que vous sachiez que j’ai aussi ramené du riz de chez moi ! Il n’y en avait pas tant que ça, mais je l’ai apporté ! »

« Vraiment ? Merci. Je savourerai chaque bouchée quand je l’aurai mangée », avais-je dit, ce qui illumina son visage.

« J’adore entendre parler du riz de la victoire de quelqu’un d’autre, mais pourriez-vous nous laisser passer maintenant ? », dit Cliff.

« Oh, ha ! Désolé pour ça, mec. Est-ce que vous deux, genre… vous la connaissez ? C’est plutôt cool. »

« Oui, c’est vrai. »

« Ahem. »

Le garde s’était raidi, repassant immédiatement en mode professionnel.

« Puis-je voir vos cartes ? Ça fait partie du boulot, c’est tout. »

Cliff et Milaine avaient docilement remis leurs cartes. L’homme les regarda. Son expression changea alors sous nos yeux.

« Vous êtes le comte et le maître de la guilde… »

Il rendit les cartes et inclina solennellement la tête.

« Veuillez accepter mes plus profondes excuses. Par ici, Seigneur. »

« Ne vous en faites pas pour ça. Vous n’avez pas besoin d’être si formel. », dit Cliff en haussant les épaules.

« C’est vrai. Tu n’as pas besoin de te prosterner devant ce type. », dit Milaine en donnant un petit coup de coude à Cliff.

Le garde semblait tout aussi surpris que moi de voir que Milaine était un maître de guilde.

Nous nous étions dirigés vers le port maritime proprement dit. Le soleil s’était complètement couché, et le ciel était sombre. On dirait que nous n’aurions pas notre discussion aujourd’hui.

« Il est assez tard. Que voulez-vous faire tous les deux ? Je peux vous conduire à une auberge, si vous en avez besoin. »

« Non, je veux d’abord rencontrer le maître de la guilde des aventuriers. »

« Bien. Puisqu’il n’y a pas de maire, nous devrions vraiment saluer les trois anciens représentant la ville, mais il est trop tard aujourd’hui. Pour l’instant, demandons au maître de la guilde de nous expliquer la situation. », dit Milaine.

Les habitants de la ville qui m’avaient remarquée me saluèrent sur le chemin de la guilde des aventuriers. La plupart d’entre eux m’avaient remerciée, mais quelques-uns étaient furieux du fait que je me sois enfuie sans rien dire.

« On dirait que tu es assez populaire, Yuna », dit Milaine.

« Si tu te souviens bien, elle a vaincu le kraken. »

« Oui, oui, mais ça ne peut pas être tout. Regarde comme cette fille est adorable. Dis-moi sincèrement que ça ne compte pas dans sa popularité. »

Mon apparence ? Cette tenue d’ours ? Génial, super, j’adore ça. J’avais tout ce temps eu peur que la tenue ours devienne la seule chose que j’avais pour moi. C’était comme si quelqu’un viendrait me dire que ma seule caractéristique était mes rubans ou mes lunettes, et voilà. Ugh, voici une pensée déprimante : et si je me promenais plus tard sans ma tenue et que tous les habitants de la ville m’ignoraient ?

Huh. C’était bizarre, non ? Je veux dire, j’étais là, à toujours me plaindre que les gens prennent la peine de me parler, mais s’ils ne me parlaient pas ? Ce serait encore pire. Je me sentirais juste seule. Trois hourras fatigués pour les problèmes d’abandon, non ?

Eh bien, peu importe. L’important, c’est que la tenue n’était pas une partie de moi. Ce n’était pas Yuna, vous savez ? Oui. Définitivement pas.

C’est sûr.

Nous avions trouvé les membres du personnel en train de nettoyer la guilde des aventuriers, mais nous n’avions pas repéré d’aventuriers. J’avais entendu dire qu’il y avait beaucoup d’aventuriers en prison maintenant, car ils avaient comploté avec la guilde du commerce, et que beaucoup d’autres avaient quitté la ville, peut-être par pure culpabilité.

« Mlle Yuna ? »

Un membre du personnel me remarqua, et à partir de là, ils me remarquèrent tous.

« Atola est-elle là ? », avais-je demandé.

« Oui, elle est là. Je l’appelle tout de suite. »

L’employé trottina jusqu’à une pièce intérieure et une porte claqua quelque part au fond. Atola était alors venue droit vers nous. Habillée de son habituelle, euh, tenue de poitrine.

« Si ce n’est pas Yuna ! Déjà de retour ? »

« Hey, Atola. C’est bon d’être de te revoir. »

« Comment ça s’est passé ? Qu’a dit le seigneur de Crimonia ? »

Je suppose qu’elle n’avait pas remarqué Cliff et Milaine.

« Atola, prenons un peu de recul. Je vais te l’expliquer. »

« Oh, bien sûr. Bon, alors qui sont ces deux-là ? », demanda-t-elle en regardant Cliff et Milaine.

« Cet homme est le seigneur de Crimonia, Cliff Fo… Fro… ? Écoute, c’est un nom noble cool ou autre, qui sait ? »

« Vous ne connaissez même pas mon nom ? Si vous présentiez un autre noble comme ça, vous auriez des problèmes. Vous avez de la chance qu’il n’y ait que moi. », dit Cliff en me donnant un petit coup de tête.

« Alors, pourquoi en parler ? », dis-je en haussant les épaules.

Le nom de Cliff était si long qu’il était impossible que je m’en souvienne entièrement. D’ailleurs, je ne l’avais jamais dit à voix haute avant.

« Vous êtes juste tellement… »

Cliff laissa échapper un profond soupir exaspéré avant de se tourner vers Atola.

« Je suis le seigneur féodal de Crimonia, Cliff Fochrosé. Nous venons d’arriver. Bien qu’il soit tard, nous pensons qu’il serait juste de vous saluer dès que possible. »

« Vous êtes le seigneur de Crimonia, hm ? »

Atola fit alors écho, les yeux brillants d’excitation.

J’avais roulé les yeux. Tout comme Atola, hein ? Eh bien. Cliff avait déjà une belle femme nommée Ellelaura, elle ferait donc mieux de se taire.

« Et cette femme est le maître de guilde de la guilde du commerce de Crimonia, Milaine. », continua Cliff

« Et vous êtes le maître de la guilde du commerce ? »

Atola la regarda fixement, surprise.

« Je suis Milaine, et j’ai le plaisir d’être le maître de la guilde du commerce de Crimonia. Il semble que l’un des nôtres ait semé la zizanie. Permettez-moi de vous présenter mes plus sincères excuses. »

Atola reprit enfin ses esprits : « O-oui, bien sûr. Je suis Atola et je suis maître de la guilde des aventuriers du port maritime. Merci d’être venu de si loin. »

« Est-ce si loin ? », dit Cliff en levant un sourcil.

« Est-ce vraiment le cas ? », ajouta Milaine.

Ils s’amusaient bien avec ça, hein ? Atola les regarda, un regard interrogateur sur le visage.

« Je n’aurais jamais imaginé que le seigneur et le maître de la guilde du commerce viendraient ici en personne. »

« Vu le contenu de la lettre, nous ne pouvions pas confier ces affaires à quelqu’un d’autre. Je m’excuse de ne pas avoir pris de dispositions avant notre arrivée. », dit Cliff.

« Pas du tout, je suis simplement reconnaissante du fait que vous soyez venus. Vous ne vous êtes pas du tout imposé. »

« Je suis heureux de l’entendre. »

« Eh bien, Seigneur Cliff, il est un peu tard pour tenter une rencontre maintenant. Je voudrais passer en revue tous les détails demain. Cela vous conviendrait-il ? », dit Atola en s’excusant.

« Je comprends parfaitement. Oui, c’est parfait. »

« Et pour ce qui est de l’endroit où vous allez rester ce soir… »

Atola hésita.

« Normalement, vous devriez rester à la résidence du maire, mais nous n’avons pas de maire actuellement, et nous ne sommes donc pas en mesure d’offrir notre meilleure hospitalité, alors vous voyez… »

La voix d’Atola était devenue de plus en plus douce.

« Vous n’avez pas à vous préoccuper de cela. Nous sommes après tout arrivés à l’improviste. Une auberge suffira. »

Atola inclina la tête une seconde fois.

« Je vous remercie beaucoup. J’enverrai un membre du personnel pour vous rencontrer à l’auberge demain, j’espère donc que vous aurez une soirée tranquille. Naturellement, nous couvrirons les frais de l’auberge. »

« Oui, nous acceptons gracieusement votre offre de repos. »

« Yuna, je suppose que tu vas rester chez Deigha ? », dit Atola en se tournant vers moi

« Oui, je veux aussi qu’ils sachent que je suis de retour. »

Il y avait le truc avec Anz, aussi, et… honnêtement ? Je ne savais pas comment étaient les autres auberges du coin, et je ne m’en souciais pas assez pour le découvrir.

« Aussi, Atola, ne parles-tu pas un peu bizarrement ? »

Atola cligna alors des yeux : « Yuna ! À qui croyez-vous que nous parlons ? »

Elle envoya un rapide regard à Cliff.

« Cliff ? », avais-je proposé.

Pour je ne sais quelle raison, ça ne semblait pas être suffisant.

« Cliff, qui est le seigneur de Crimonia et tout ça ? »

« Et tout le reste ? Tu devrais mieux le connaître. Et ne devrais-tu pas l’appeler Seigneur Cliff plutôt que par son prénom ? »

Oh, hein. Je devenais moins formelle avec Cliff sans même m’en rendre compte. Quand cela avait-il commencé ? Depuis la première fois que nous nous étions rencontrés, non ? Et si ce n’était pas le cas, c’était sûrement l’histoire de l’orphelinat qui l’avait confirmé.

« Uhh. Seigneur… Cliff ? Cliff le Seigneur ? »

Cliff tressaillit : « Arrêtez ça ! Vous entendre dire ça est juste… répugnant ! »

« D’accord, pas besoin de faire l’imbécile à ce sujet. »

« Non, c’est… Atola agit comme les gens normaux le feraient avec des nobles. C’est vous qui êtes bizarre. Ce n’est pas que j’aime que les autres s’inquiètent pour moi à ce point, mais ce serait aussi un problème si tout le monde agissait comme vous, Yuna. Maître de la Guilde, si vous pouviez agir normalement autour de moi, ce serait utile. »

« Je ferai de mon mieux. Puis-je vous demander combien de personnes vous ont accompagné ici ? »

« Aucune. »

Atola resta bouche bée. Les nobles étaient normalement accompagnés de gardes, non ?

« Nous avons Yuna. Nous n’avons pas besoin de gardes. »

« Vous êtes sérieux ? »

« Oui. En fait, nous avons fait tout ce chemin sur les ours de Yuna. D’après la lettre, j’ai pensé qu’il valait mieux venir le plus vite possible. C’était le moyen le plus rapide. »

« M… Merci beaucoup. »

Atola était profondément émue. Ça ne lui ressemblait pas pourtant ? Mais elle continua sur ce ton étrange. Ça me donna la chair de poule.

« Permettez au moins aux employés de la guilde de vous protéger. »

« Atola, c’est bon. Nous avons les ours, c’est-à-dire moi. », dis-je.

« Mais… »

« Que dis-tu de ça ? Tu peux leur donner des gardes quand je ne suis pas avec eux. »

Atola s’était alors mordu la lèvre : « Bien. Je suppose que je vais compter sur tes ours pour les surveiller ce soir. »

« Tant qu’ils sont à l’auberge, les ours, c’est-à-dire moi !, les garderont très bien. »

Kumayuru et Kumakyu n’avaient en plus pas besoin de dormir.

Comme il se faisait tard, nous avions vite remballé nos affaires et quitté la guilde des aventuriers.

Ainsi, après quelques jours d’absences, j’étais de retour à l’auberge de Deigha.

+

« Jeune fille ! Vous êtes de retour ? »

Deigha, tout aussi géant qu’il était s’était approché en titubant dès que j’ouvris la porte.

« Je suis de retour. À partir d’aujourd’hui, je suis à nouveau à ta charge. »

« Ha ! Vous êtes toujours la bienvenue ici. Qui sont ces deux-là ? »

Deigha regarda alors Cliff et Milaine qui se tenaient derrière moi.

« Je suis l’ami de Yuna, Cliff. Nous allons nous imposer à vous pendant un moment. », dit-il en hochant la tête.

« Et je suis Milaine. »

« Un ami de Yuna est un ami à moi. Nous avons des tas de chambres libres. Restez aussi longtemps que vous le souhaitez. Gratuitement, bien sûr ! »

De toute façon, puisqu’Atola couvrait les frais, ça ne ferait pas de différence que ce soit gratuit pour nous.

« Oh, êtes-vous certain de pouvoir dire ça ? »

Milaine laissa échapper un faux petit souffle.

« Et si Yuna se retrouvait avec de mauvaises personnes ? Et si on voulait rester ici… pour toujours ? »

« Elle ne se fait pas ce genre d’amis. Si vous disiez la vérité, alors vous seriez tous des imposteurs. »

« Heh. Il semble qu’il ait beaucoup de confiance en toi, Yuna ! »

« Je ne ferais pas immédiatement confiance à des étrangers, mais cette fille est d’un genre différent. Tout le monde ici est d’accord là-dessus. »

C’était quoi cette confiance qu’ils avaient en moi ? C’était assez effrayant. Est-ce que j’avais vraiment fait quelque chose d’aussi bien ?

Eh bien, euh. Maintenant que j’y pense… oui ?

J’avais distribué de la nourriture, capturé des voleurs, sauvé des captifs, nettoyé accidentellement la guilde du commerce, fait bouillir le kraken, puis fait don de tous les morceaux de calmar cuits. Quand on dit tout ça clairement, comme ça, je pense qu’il est normal qu’ils me fassent confiance.

« Si elle me dit que vous êtes ses amis, alors ça vaut ma confiance entière. », dit Deigha

Allez, ça devenait une sorte de culte. Et comme je ne voulais pas d’une secte, ça avait l’air d’être un gros problème.

« Ce n’était vraiment pas grand-chose, j’étais juste présente là, agissant sur un coup de tête. Je le pense, s’il te plaît, n’y accorde pas trop d’importance, je n’essayais pas d’être une sorte de sauveuse. »

Peu importe ce qui se passait ici, je devais l’arrêter.

« Mais… »

Deigha fronça alors les sourcils.

« Si tu veux vraiment me remercier, fais-moi une simple faveur la prochaine fois. »

« Qu’est-ce que c’est ? Quelle simple faveur ? »

« Je suppose que je ne peux toujours pas le dire. »

« Allez, si c’est quelque chose que je peux faire, je vous écoute. »

Était-il sûr ? Il pouvait vraiment faire une promesse comme ça, sans réfléchir ?

Mwahahaha… Je serais… en train de prendre sa fille ! … parce que nous avons évidemment déjà parlé de ce genre de choses. J’avais juste besoin de la permission de son père, maintenant, mais ça pouvait attendre un peu.

« Eh bien, les amis de la fille aux ours, je vais préparer un festin ! Mangez à cœur joie. »

Deigha avait rempli la table de fruits de mer. Tous deux mangèrent jusqu’à satiété.

Nous avions chacun loué notre propre chambre et nous nous étions détendus, dormant de l’aventure d’aujourd’hui pour la promesse de demain. Je n’avais pas oublié de convoquer Kumayuru et Kumakyu comme gardes.

« Assurez-vous de me faire savoir si vous remarquez quelqu’un de suspect près des chambres de Cliff ou de Milaine. », avais-je demandé à Kumayuru et Kumakyu, en leur caressant doucement la tête.

Ils me répondirent alors par un doux « cwoom. »

***

Chapitre 100 : L’ours est inutile ? Partie 1

Kumayuru et Kumakyu me réveillèrent au matin. Je m’étais retrouvée à faire un câlin à Kumayuru. J’avais dû m’accrocher au grand garçon sans m’en rendre compte pendant que je dormais. Mais c’était vraiment un bon sommeil réparateur.

Pourtant, Kumakyu bouda un peu parce que j’avais à la place fait un câlin à Kumayuru. Cela ne semblait pas juste — je veux dire, je dormais à ce moment-là, je ne savais donc tout simplement pas ce que je faisais et je n’avais pas besoin de tout cela aujourd’hui. Mais encore une fois, Kumayuru avait l’air si misérable avec ses grands yeux mignons que j’avais promis que nous dormirions ensemble ce soir. Sur ce, je les avais renvoyés tous les deux pour le moment.

Cliff et Milaine prenaient déjà leur petit-déjeuner au moment où j’étais arrivée au réfectoire.

« Vous vous êtes levés tôt tous les deux. »

« Nous avons peu de temps, et beaucoup à faire. », dit Cliff.

« En fait, j’aurais aimé dormir un peu plus, mais je suis prête à sacrifier ce confort si…, » elle laissa échapper un petit bâillement, « … je dois absolument le faire. »

« Tu n’as pas bien dormi ? »

Hmm. Deigha n’avait pas besoin de savoir ça, il pourrait s’en vouloir.

« Mes pensées ne faisaient que bourdonner. J’ai à peine pu fermer l’œil. », dit Milaine.

« On dirait que vous avez du pain sur la planche tous les deux », dis-je.

Cliff jeta un regard à Milaine, puis me fixa.

« Yuna… »

« Oh, Yuna… »

Milaine s’était frotté les yeux.

« Et qui est donc responsable de toute cette situation selon vous ? », dit Cliff.

« Attendez, vous me blâmez pour tout ça ? »

Qu’est-ce qu’il y avait à me reprocher ? D’être trop forte pour être génial ?

« Je ne dirais pas que c’est votre faute, mais vous devriez réfléchir à ce que vous avez fait », dit Cliff délicatement.

Hmph. Je n’étais pas vraiment d’accord, mais je suppose que je pouvais voir où Cliff voulait en venir et il n’y avait pas de raison d’argumenter. Eh bien, peu importe. J’avais commandé un repas à Deigha, je m’étais assise sur une chaise et j’avais attendu.

« Cependant, si l’on considère cela bien, c’est un joli port de mer. J’ai fait une petite balade dans le coin avant le petit-déjeuner. »

« Hm. Il est difficile d’imaginer qu’il y avait des bandits et un kraken ici. »

Anz sortit avec mon petit-déjeuner, un ressort dans sa démarche et un sourire éclatant de type service à la clientèle sur son visage.

« Vous pouvez remercier Mlle Yuna pour cela. Elle a apporté la paix dans ce port maritime. »

Je m’étais déplacée sur ma chaise.

« C’est exagéré. »

« Oh ? Eh bien, Mlle Yuna, vous allez devoir vous disputer avec tout le monde dans le port. »

« Je suppose que Yuna est une sorte de héros par ici, hein ? », dit Cliff en rigolant.

Argh, vraiment ? Est-il trop tard pour se retirer de cette histoire de héros ?

+

Un peu après avoir terminé notre repas, Sei, de la guilde des aventuriers, était venu nous saluer.

« Bonjour à tous. Avez-vous passé une bonne nuit ? »

« Oui, c’était très bien », dit Milaine.

Elle avait fait semblant de somnoler pratiquement toute la matinée, mais elle s’était glissée si facilement dans le personnage du maître de guilde.

« J’en suis ravi. Si je peux me permettre, j’aimerais vous emmener à la guilde des aventuriers à cette heure. Cela vous conviendrait-il ? »

Comme le petit-déjeuner était terminé, ils n’avaient pas objecté à la proposition de Sei… ce qui signifiait que j’avais enfin un peu de temps pour moi pendant que ces deux-là étaient partis discuter. Comme il faisait beau, peut-être que j’irais à l’océan. Ou non, peut-être que je pourrais aller sur la place et voir s’ils vendaient quelque chose d’intéressant ? Ou non, peut-être que c’était le moment de prendre des nouvelles d’Atola et d’aller voir ma toute nouvelle parcelle de terrain pour la maison ours ?

Cliff avait remarqué que je ne me levais pas de mon siège.

« Yuna, qu’est-ce que vous faites ? Nous partons. »

« Nous comme dans vous ou nous comme dans nous ? »

« Je pense que vous connaissez la réponse, Yuna, » avait-il dit, l’air sidéré.

Était-ce si évident ? Comment les gens arrivaient-ils à comprendre ce genre de choses ?

« Vous allez parler de tout ça, d’une ville à l’autre, non ? »

« Oui, c’est ça. »

« Est-ce que je ressemble à ce genre d’individu pour ça ? »

La réponse était censée être non. Qu’est-ce que je pouvais ajouter au travail administratif de la ville ?

« Qu’est-ce que vous dites ? Vous allez superviser les pourparlers. Si vous n’êtes pas là, alors que ferons-nous ? »

Attendez, depuis quand je supervise quoi que ce soit ?

« Milaine ? »

Elle devait savoir que c’était une mauvaise idée, non ?

« Vous êtes la seule d’entre nous à connaître la situation du port maritime, nous avons besoin de vous. Je doute vraiment qu’ils mentiraient, mais nous avons besoin de votre expertise. »

« Quand il s’agit de négocier, il est facile de parler des bonnes choses, mais personne ne veut évoquer les dures vérités ou les problèmes inconfortables. Avec vous dans les parages, il sera plus difficile pour eux d’adopter cette stratégie. », dit Cliff.

Était-ce vraiment le cas ? Je ne voyais pas les gens d’ici comme étant du genre à faire ça. Mais Cliff et Milaine ne savaient pas comment se comportaient les habitants de la ville, je supposais donc que c’était assez logique pour eux.

J’avais donc accepté à contrecœur.

+

Lorsque nous étions arrivés à la guilde des aventuriers, les employés nous conduisirent dans la même salle que celle où j’avais rencontré les anciens il y a peu de temps. Atola et trois anciens étaient assis sur leurs chaises, avec un nouvel ajout. Quand j’avais sauvé Damon des montagnes, Damon avait présenté cet employé de la guilde du commerce comme étant l’un des meilleurs, il s’appelait Jeremo.

Atola nous demanda de nous asseoir. Nous avions ensuite commencé.

« Nous vous remercions chaleureusement d’être venus jusqu’à Mileela dans un délai aussi court. Je n’aurais pas pu imaginer que le seigneur de Crimonia lui-même viendrait ici de son propre chef. »

« Après tout, elle me l’a demandé », dit Cliff.

Je ne me souvenais pourtant pas lui avoir demandé une telle chose. Tout ce que j’avais fait, c’était lui donner la lettre et lui expliquer la situation. J’avais dit qu’il pouvait y aller s’il avait du temps libre, mais…

« De plus, il semble qu’elle ait fait quelque chose de déconseillé et qui manque totalement de bon sens. Il n’y avait donc aucune possibilité dans mon esprit que je puisse confier une affaire aussi délicate à l’un de mes subordonnés. », continua Cliff.

« Je suis d’accord avec Cliff. », acquiesça Milaine.

Quelle impolitesse ! Tout ce que j’avais fait, c’était de vaincre le kraken et construire un tunnel.

« Avant de commencer, commençons par les présentations. Je suis le maître de la guilde des aventuriers, Atola. En ce moment, je m’occupe des affaires concernant le port maritime. », dit Atola.

« Vous savez déjà qui je suis, mais je le refais pour des raisons de bienséance : je suis le seigneur féodal de la ville de Crimonia, Cliff Fochrosé. S’il vous plaît, ne vous embêtez pas avec d’autres formalités, j’ai pris l’habitude de ne pas me préoccuper de telles choses. »

À ce moment-là, il me jeta un regard. C’était très impoli, mon pote.

Milaine se leva : « Je suis Milaine, le maître de guilde de la guilde commerciale de Crimonia. Je m’excuse pour le scandale que la guilde commerciale du port maritime a causé. »

Les trois vieillards firent de même et se présentèrent. Puis, finalement…

« Je m’appelle Jeremo, je travaille pour la guilde du commerce, et… je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle j’ai été appelé ici. »

« Tu es venu en tant que représentant de la guilde du commerce », dit l’un des vieux hommes.

« Moi ? Un représentant ? »

« C’est exact. À partir de maintenant, tu prendras tes ordres du maître de la guilde Milaine, de la guilde du commerce de Crimonia. »

« Pourquoi moi ? »

Un autre vieil homme prit la parole : « C’est vous qui donniez du poisson aux ménages en difficulté et qui le cachiez à vos supérieurs de la guilde du commerce, non ? »

« Vous le saviez ? »

« Pas mal de maisons sentaient le poisson grillé, et la plupart d’entre eux n’avaient pas les moyens de se permettre un tel luxe. »

« Mais ça ne veut pas dire que je l’ai fait. »

« Ne sous-estimez pas notre réseau d’information. »

« Donc vous… saviez ce que je faisais ? »

« Cela nous faisait mal de voir que la nourriture n’allait qu’aux riches. »

Un des meilleurs, comme Damon l’avait dit. Jeremo ne s’était pas contenté de se plaindre, il avait agi, même s’il l’avait gardé secret.

« Parce que les habitants de la ville ont une si haute opinion de vous, nous vous avons appelé ici pour représenter la guilde du commerce. »

« Oui. Si nous devons reconstruire la guilde du commerce, nous avons besoin de quelqu’un en qui nous pouvons avoir confiance. »

Jeremo accepta à contrecœur.

« Je pense que cela suffit pour les présentations personnelles. Nous n’avons pas beaucoup de temps, alors continuons la discussion. », dit finalement Cliff.

Attendez, qu’en était-il de mon introduction ? Étais-je la troisième roue du carrosse ? N’avaient-ils pas besoin de moi parce que j’étais juste la fille aux ours ?

Peut-être que je n’avais pas besoin d’une présentation puisque tout le monde savait qui j’étais, mais tout le monde dans la pièce en avait fait une. C’était presque comme si nous étions arrivés à la fin des auto-présentations de la classe et juste quand je pensais que c’était mon tour, quelqu’un avait dit : « Je suppose que tout le monde est passé. »

Tout le monde ? Et moi, alors ? Qu’en est-il de mes sentiments ?

« Selon la lettre, vous voulez rejoindre mon territoire ? », continua Cliff

« Oui. En échange, nous aimerions être sous votre protection. Nous aimerions avoir votre aide si quelque chose arrive à ce port maritime. »

« Comme le problème du kraken ? »

« Oui. »

« Je voudrais commencer par dire qu’un kraken n’est pas un monstre facile à vaincre. Cette fille-ours ici présente va à l’encontre de toute logique. »

Cliff m’avait alors pointée du doigt. Excusez-moi, personne ne lui avait appris que pointer du doigt était impoli ?

« Oui, nous comprenons cela. Nous ne pensons pas qu’il y en aura un autre. Mais supposons qu’un monstre similaire apparaisse ici et que les circonstances deviennent aussi terribles… dans ce cas, nous aimerions que vous promettiez de nous fournir de la nourriture entre autres. »

« De la nourriture, c’est ça ? Savez-vous quelle est la distance entre Crimonia et le port maritime ? », répéta Cliff.

« Eh bien, ah… »

Les personnes représentant Mileela s’étaient tues. Conscients de la distance ? C’était difficile de ne pas l’être. Transporter de la nourriture prendrait tellement de temps et de travail. Ils dépériront s’ils devaient traverser une montagne ou prendre le chemin le plus long.

« C’était une blague », dit Cliff tout en éclatant de rire.

Milaine s’était jointe à lui.

Atola, Jeremo, et les trois autres anciens étaient déconcertés par cela.

«  Cliff ? »

Atola et les autres avaient l’air troublés, ils n’avaient vraiment aucune idée de la raison pour laquelle cet étrange seigneur perdait les pédales à la table des négociations.

« Nous avons un accord concernant l’approvisionnement en nourriture. Si le port maritime est confronté à une pénurie de nourriture, nous vous apporterons notre soutien. Cependant, si ma ville est confrontée à la même situation de pénurie alimentaire, je ne peux rien promettre. Cela vous convient-il ? », dit-il finalement.

« Oui, bien sûr. Notre port maritime ne connaîtrait une pénurie que si nous ne pouvions pas aller en mer. Je ne pense pas que nous aurions une pénurie au même moment que Crimonia. »

« D’accord. Disons-le clairement : si Crimonia a une pénurie de nourriture, vous nous apporterez votre soutien. »

Le soulagement inonda alors la pièce : « Oui. Mais comment transporter la nourriture ? »

Normalement, ce serait un problème, mais…

« Ce n’est pas un problème. Grâce à cette ourse juste là. »

Il me donna alors une petite tape sur la tête. Je pouvais pratiquement voir les points d’interrogation flottant au-dessus de la tête de tout le monde sauf nous trois.

« Cette ourse ici présente a construit un tunnel reliant Crimonia au port maritime. », dit Cliff

« Hey, vous ne pouvez pas simplement dire que… »

Mais quelqu’un d’autre commença à parler avant que je puisse terminer ma pensée.

« Un tunnel ? »

« Seigneur Cliff ? »

Atola et les autres semblaient avoir du mal à y croire. J’admets que cela faisait beaucoup à encaisser.

« Est-ce vrai, Yuna ? »

« Eh bien, plus ou moins », avais-je marmonné.

Je l’avais vraiment creusé pour amener Anz à Crimonia, et pour obtenir un canal d’approvisionnement pour mes fruits de mer.

« Oui, nous avons voyagé jusqu’ici via ce tunnel. », dit Cliff.

« Vous… ne plaisantez donc vraiment pas ? »

« Je suppose que ça ressemble vraiment à une blague, mais c’est la vérité. Avec un cheval rapide, on peut aller à Crimonia en un jour. Nous ne savons pas combien de temps cela prendrait en voiture, mais ça ne peut pas être beaucoup plus long. »

« Et vous n’avez plus besoin de vous soucier de la nourriture », ajouta Milaine.

« Nous allons répandre la rumeur que le tunnel a toujours été là, alors s’il vous plaît, gardez secret la vérité sur sa construction et sur l’implication de Yuna. », continua Cliff.

« Mais pourquoi ? »

« Supposons que quelqu’un apprenne que Yuna l’a fabriqué, d’autres personnes pourraient surgir en espérant qu’elle en fasse un pour eux aussi. Cela ferait beaucoup de bruit pour notre Yuna, vous ne trouvez pas ? Je suis sûr que vous ne voudriez pas que cela se produise. »

Après tout ce qui avait été dit et fait, Cliff s’était apparemment vraiment occupé de moi.

« Eh bien… », dit un vieil homme.

« Bien sûr », conclut Atola.

« Alors s’il vous plaît, gardez ça entre nous. »

« Compris. »

Et ce fut comme ça qu’Atola et les autres acceptèrent la proposition de Cliff.

***

Chapitre 101 : L’ours est inutile ? Partie 2

À partir de là, nous avions commencé à parler de la façon dont le tunnel devrait être utilisé.

« Nous devons rendre le tunnel utilisable le plus rapidement possible », dit Cliff.

« N’est-il pas déjà utilisable ? Vous êtes venus ici en le traversant, non ? »

« Oui, mais pour l’instant, c’est moins un tunnel, plus un… long trou, appelons-le ainsi. »

C’était dur. J’avais quand même fait beaucoup d’efforts pour ce truc. Mais il n’avait pas tout à fait tort, et je ne trouvais pas de bonne réplique, alors…

« L’intérieur du tunnel étant complètement noir, nous devons donc installer des gemmes de mana de lumière. Il y a aussi trop d’arbres qui obscurcissent le tunnel : assez pour cacher l’entrée ou pour rendre impossible le passage des chariots. Nous allons devoir faire un peu d’aménagement paysager. »

OK, bien sûr, un chariot ne pourrait pas passer. On était tous les deux d’accord là-dessus. Mais qu’en était-il d’un grand et beau cheval ? Il pourrait passer, n’est-ce pas ? Peut-être ? À peine ?

« Je suppose qu’on peut dire que c’est la raison pour laquelle le tunnel n’a pas été découvert jusqu’à maintenant. Votre port maritime devra fournir de la main-d’œuvre et déblayer le terrain, tout comme le nôtre. Nous fournirons évidemment les salaires, ne vous inquiétez donc pas pour ça. Mais vous devrez les gérer », dit-il en fixant Jeremo.

Jeremo cligna des yeux : « Vous voulez dire moi ? »

« Bien sûr que je parle de vous. Ne représentez-vous pas la guilde du commerce ? »

« J’ai compris. Je suppose que c’est le cas. »

Ouf. C’était une tâche difficile à gérer, mais je pariais qu’il allait s’y faire.

« Et concernant les gemmes de mana de lumière ? », dit Jeremo tout en se tenant légèrement plus droit, mais l’air un peu plus pâle.

« Je vais prendre des dispositions pour les gemmes de mana, alors soyez tranquille. Nous aurons également besoin de gemmes de mana de vent et de terre. »

Atola et les autres poussèrent des soupirs de soulagement lorsque Cliff déclara cela. Je pariais qu’ils ne sauraient pas quoi faire s’ils devaient cracher l’argent eux-mêmes.

« Je suppose que c’est tout ce dont nous pouvons discuter. Le reste ira plus vite si vous voyez le tunnel par vous-mêmes. Aujourd’hui, si possible. », dit Cliff.

« Alors, s’il vous plaît, permettez-moi de préparer les chariots. », dit Atola.

Elle était rapidement partie informer Sei des arrangements. Et quand je voulais dire rapidement, c’était vraiment rapidement, car elle était revenue tout de suite.

« Désolé de vous avoir fait attendre. »

Cliff était soit imperturbable, soit il n’avait pas remarqué.

« Élisez ensuite un représentant du port maritime. J’aimerais lui parler la prochaine fois. Bien sûr, ça ne me dérangerait pas que ce soit l’un d’entre vous. »

« Comme un maire ? »

« Comme un maire. Nous ne pouvons pas régler les discussions sans un représentant approprié de votre ville. »

« Oui, bien sûr. Donnez-nous quelques jours et nous vous présenterons un maire. »

« Et dans quelques jours, je le rencontrerai », dit Cliff d’un air satisfait.

Il laissa ensuite la parole à Milaine.

« Très bien. Les affaires de la guilde commerciale d’aujourd’hui. Une fois de plus, j’ai l’impression que je dois m’excuser pour les problèmes causés par notre guilde sœur dans cette ville. J’ai lu la lettre d’Atola, je l’ai relue, en fait, et je suis devenue encore plus furieuse. Nous ne tolérons pas un tel comportement dans la guilde du commerce, et nous ne resterons pas sans rien faire. Nous infligerons la punition de la même manière que nous le ferions à Crimonia. », dit Milaine tout en souriant largement à Jeremo.

« Euh, si je peux me le permettre, quelle forme cela prendra-t-il exactement ? », dit tranquillement Jeremo.

« Une exécution. Le port maritime fera après tout partie de mon territoire, il s’ensuit que la punition sera la même que celle que j’infligerais à tous ces voyous en Crimonia. Ils ont assassiné des gens et ont volé des biens, et ils ont fait tout cela dans une de mes villes. Donc, ce sera une exécution. Rien de bon n’arrivera si nous les laissons vivre, non, le cœur de votre peuple a besoin du froid réconfort de la rétribution. », dit simplement Cliff.

C’est-à-dire, le peuple de la mer, ceux qui avaient perdu des pères, des mères, des fils, des filles, des grands-pères, des grands-mères, et plus encore à cause de la famine et du banditisme. Je ne pouvais pas imaginer souffrir cela et juste laisser tomber.

« Nous tiendrons l’exécution sur la place du port maritime dans quelques jours. Tous ceux qui le souhaitent pourront la voir. Une fois la justice rendue, nous pourrons oublier cette terrible affaire. », dit Cliff.

« Et les voleurs aussi ? »

« Indépendamment du fait qu’ils ne faisaient que suivre les ordres de la guilde du commerce, tout meurtrier ou violeur recevra la peine de mort. Ceux qui sont moins coupables travailleront dans les mines jusqu’à ce qu’ils aient gagné leur liberté. »

C’était difficile d’entendre ça. Il était si sûr de lui, si prompt à régler ça et à passer à autre chose. Bien sûr, ces gars étaient horribles, et bien sûr, ils avaient tué des gens sans défense, mais je ne pouvais pas imaginer prendre ce genre de décision. Je ne pouvais pas imaginer avoir à faire ça comme travail, jour après jour. Cliff savait ce qu’il faisait. Il était vraiment… à un tout autre niveau.

« Si l’un des parents des condamnés à mort a des plaintes, vous pouvez leur dire de me contacter librement. Utilisez mon nom. »

Jeremo acquiesça vigoureusement.

« Nous comprenons. Um, Seigneur Cliff, merci beaucoup. »

« Pas besoin de ça. Je fais mon travail. »

« Oui, oui, c’est une bonne chose, mais parlons de l’avenir de la guilde du commerce, d’accord ? », dit Milaine

Jeremo eut l’air nerveux en entendant cela.

« Il y a une chose que j’aimerais demander. Si ce Jeremo est quelqu’un en qui vous avez confiance ? Est-il un travailleur acharné ? De quel bois est-il fait ? », dit Milaine

Les anciens inclinèrent légèrement la tête à cette question, mais eurent immédiatement une réponse : « Jeremo n’est pas du tout assidu, mais il fait bien son travail. »

« Il fait parfois l’école buissonnière, mais les habitants de la ville l’apprécient. »

« Il volait des poissons et les redistribuait aux pauvres pendant cette période difficile. »

« C’est vrai. Même s’il râle, il fait son travail et son cœur est à la bonne place. »

Après un peu plus de discussion sur le caractère de Jeremo, Milaine prit sa décision : « Dans ce cas, nous ferons de Jeremo le maître de guilde du port maritime. »

« C’était quoi, la dernière partie ? »

« Pour le port maritime. »

« Avant cela. »

« Le maître de la guilde, oui. Alors que la guilde était (disons) instable, vous avez quand même gagné la confiance du peuple. La confiance est un bien précieux dans une période comme celle-ci : si un étranger comme moi devenait le maître de la guilde, ce ne serait pas une bonne chose. »

« Mais… le maître de la guilde ? Moi ? »

« Je vais envoyer quelqu’un pour vous assister. Vous pouvez prendre votre temps pour apprendre les ficelles du métier. »

« Jeremo, cette demande vient aussi de nous. Te rends-tu compte de l’espoir que tes actions nous ont apporté à tous ? », ajouta un ancien

Un autre : « Et si tu veux faire l’école buissonnière, confie le travail à un de tes employés. »

Et un autre : « Jeremo, nous t’en supplions. »

Les anciens baissèrent la tête. Ça semblait un peu irresponsable de la part d’une bande de vieux de lui donner la permission de faire l’école buissonnière, non ? Mais je supposais que le maître de guilde de la guilde commerciale de Crimonia faisait ça aussi. Cela faisait-il partie de la description du poste ?

« Yuna, avez-vous quelque chose à ajouter ? »

« Non. »

Milaine me jeta un long regard suspicieux, et je m’étais retranchée profondément dans ma capuche d’ours pour m’échapper. Ah, la capuche… le meilleur ami du reclus.

« Très bien. Je comprends. S’il vous plaît, arrêtez de vous incliner. Si vous êtes sûrs que je suis assez bon pour ce travail, alors j’accepte votre jugement. », dit Jeremo aux anciens.

Milaine souriait en entendant cela, et Jeremo l’avait bien remarqué. Quant à la partie où son visage était devenu rouge vif à la vue de son sourire… peut-être était-ce un effet de la lumière, peut-être pas. Qui pouvait le dire ?

« Excellent, Jeremo. J’ai maintenant des documents essentiels pour vous, concernant le travail de la guilde du commerce, alors occupez-vous-en dès qu’ils arriveront. Pour ce qui est d’informer le personnel et les résidents, je vous laisse faire, maître de guilde Jeremo. »

Milaine donna quelques détails supplémentaires sur les affaires de la guilde pendant que Jeremo écoutait attentivement, et puis…

« Je dirais qu’on en a terminé. Maintenant, nous devons juste aller à la guilde du commerce. Cliff, tu penses qu’on devrait commencer par là, ou… ? »

« On peut commencer par le tunnel. Je préfère que les employés l’entendent de la bouche de Jeremo et de vous autres. De plus, nous avons besoin de vous cinq pour examiner le tunnel en tant que représentants du port maritime. »

« Hm. Je suppose que tu as raison. Allons-y, d’accord ? », dit Milaine en reniflant.

Et nous étions ainsi partis. Il y avait trois maîtres de guilde (dont un nouveau), quelques anciens, un Seigneur, et la fille ours qui avait tout déclenché.

+

Juste devant la guilde des aventuriers, nous avions trouvé deux voitures à toit qui nous attendaient. Sei se tenait devant eux.

« Seigneur Cliff, Mlle Milaine. Je m’excuse de n’avoir que de petites calèches, mais je les ai néanmoins préparées pour vous. »

Il ne mentait pas à propos de la partie petite - celles-ci étaient minuscules comparées à celles que le noble de la capitale, Gran, utilisait. Cliff ne semblait pas s’en soucier.

« Ne vous inquiétez pas pour ça. »

Et maintenant que j’y pense, aucun noble ne vivait dans le port maritime. Qui utiliserait une voiture ostentatoire ?

Sei nous dirigea vers les voitures. Les calèches avaient des sièges pour quatre personnes, deux paires se faisant face. Cliff, Milaine, Atola, et moi nous étions entassés dans la première voiture. Les trois vieillards et Jeremo étaient montés dans la seconde.

Une fois qu’Atola donna ses instructions au conducteur, les voitures se mirent en marche, et nous étions partis. (Pour de vrai cette fois.)

« Yuna, merci d’avoir amené le seigneur de Crimonia ici. Je ne peux vraiment pas vous remercier assez. », dit Atola à côté de moi.

« J’ai fait une promesse, non ? »

« Oui, mais je ne m’attendais pas à ce que tu perces un tunnel à travers une montagne pour y arriver. »

Bien sûr. Le fait de les laisser penser que c’était la raison pour laquelle je l’avais fait me rendait heureuse. C’était une meilleure raison que celle de dénicher un grand chef de fruits de mer pour Crimonia.

Les yeux aiguisés de Cliff lurent en moi comme dans un livre.

« Yuna, pourquoi faites-vous une tête… Hein ! On dirait qu’elle n’a pas vraiment fait le tunnel pour la ville. »

« N’est-ce pas pour cette raison ? », demanda Atola.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? », avais-je dit maladroitement.

« Mensonges ? », dit Cliff.

« Mensonges », dit Milaine.

« Allez, Yuna, crache le morceau. »

La puissante cagoule d’ours me fit défaut.

« Yuna… »

Même Atola me regardait maintenant ? Vraiment ?

Argh. La partie était finie. Je leur avais dit la vérité : j’avais fait le tunnel pour sécuriser un canal de distribution pour apporter des fruits de mer à Crimonia, et Anz avec.

Cliff ? « … »

Milaine ? « … »

Atola ? « … »

« Je ne peux pas le croire », dit Cliff.

Atola plissa les yeux comme si elle n’était pas sûre de pouvoir me croire.

« Vous avez fait tout ça juste pour amener un cuisinier ? »

« Non. Je veux dire, oui, mais pas oui comme, euh, le seul oui. Est-ce que j’ai pensé que ce serait bien d’avoir des fruits de mer à Crimonia ? C’est un oui. Mais Atola, toi et le vieux Kuro semblaient vouloir avoir plus de facilité à aller vers Crimonia, non ? Oui. Alors j’ai pensé que ce serait bien d’avoir un tunnel. Je suis sérieuse. »

Et je le pensais vraiment, je le pensais sincèrement. Mais ils avaient tous l’air d’en avoir marre.

« Je pense qu’il serait mieux de ne pas parler de ça au vieux Kuro et aux autres. », dit Cliff

« D’accord », dit Milaine.

« Oui, je ne voudrais pas détruire l’illusion pour eux », dit finalement Atola.

Huh. Après tout le travail que j’avais fait pour construire le tunnel, toute cette appréciation tombait comme une pierre.

***

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Un commentaire :

  1. La construction d'un tunnel n'est pas si simple 😅

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