Kuma Kuma Kuma Bear – Tome 2

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Chapitre 27 : L’ours des rumeurs

La rue où je m’étais installée était devenue tristement célèbre en quelques jours. C’était logique : une maison en forme d’ours avec un mystérieux habitant en costume d’ours surgissant de nulle part dans un terrain vague, ça donnait à réfléchir. Des tonnes de gens commencèrent à venir de loin pour reluquer la maison ours. Par conséquent, je ne sortais pas beaucoup. J’étais sortie pour manger le lendemain de mon installation, mais depuis, j’avais pris l’habitude de cuisiner à la maison.

« Yuna, j’ai fini le dépeçage pour aujourd’hui. »

Comme Fina venait tous les jours après lui avoir demandé de faire mon dépeçage, j’avais décidé qu’en règle générale, elle devait se reposer pendant un jour après trois jours de travail. J’avais également décidé de limiter le dépeçage à cinq monstres par jour. Sinon, Fina se contenterait de garder la tête baissée et de travailler comme un chien. Si elle se limitait à cinq, elle finirait son travail en une demi-journée.

« Merci. Fais attention en rentrant chez toi. »

« Entendu. Tu ne vas pas travailler, Yuna ? »

« Un autre jour… »

Si j’étais dans mon ancien monde, devenir une recluse ne serait pas un problème, mais je ne pourrais pas rester comme ça éternellement ici. J’avais décidé d’aller à la guilde à la première heure demain. J’avais de toute façon besoin de tuer quelques monstres pour que Fina les dépèce.

Le lendemain matin, j’avais donné suite à ma décision.

« Oh, Mme Yuna ! Vous êtes enfin revenue », me cria Helen quand j’étais entrée dans le hall.

Pourquoi la guilde devait-elle être aussi ennuyeuse ?

« Bonjour, Helen », je l’avais saluée en me dirigeant vers son bureau.

« Franchement, où étiez-vous ces derniers temps ? On vous attendait. »

« Vous m’attendiez ? »

« Oui. Nous avons une quête pour laquelle vous avez été nominée. »

« Moi ? Nominé pour une quête ? »

« Elle vient d’un certain Seigneur Cliff Fochrosé. »

« Qui est-ce ? »

Aucune de mes connaissances ne portait ce nom. C’était la première fois que je l’entendais.

« Ne savez-vous pas qui il est ? Le comte Fochrosé gouverne cette ville. »

« C’est le seigneur ? »

Si c’était un comte et un seigneur, il faisait ainsi partie de l’aristocratie. Quelqu’un comme ça m’avait envoyé une quête ? Dans les mangas et les romans, l’aristocratie causait autant de problèmes que la royauté. Je préfère ne pas mettre mon nez dedans. C’est pourquoi…

« Je passe. »

« Hein ? »

« Je refuse. »

« Hein ? »

« Je rentre à la maison. »

J’avais fait demi-tour.

« A-Attendez un instant, s’il vous plaît », Helen s’était penchée du bureau et avait pris mon costume d’ours.

« Quoi ? »

« Pourquoi rentrez-vous chez vous ? »

« Je rentre à la maison pour dormir. »

« C’est encore le matin. »

« Mon heure de coucher n’a rien avoir avec vous, n’est-ce pas, Helen ? »

« Dans ce cas, s’il vous plaît, écoutez-moi avant d’aller vous coucher. Vous n’êtes pas passée souvent ces derniers temps, et l’envoyé du Seigneur Fochrosé est passé plusieurs fois. »

« Ce n’est pas mon problème. »

« S’il vous plaît, écoutez ce que j’ai à vous dire. »

« Pas question ! »

« S’il vous plaît. »

Helen resserra son emprise.

« Une fois que je vous aurai écouté, pourrais-je refuser ? »

« Pourquoi êtes-vous si opposée à faire ça ? »

« La dernière volonté de ma grand-mère était que je ne me mêle pas à l’aristocratie ou à la royauté. »

« Quel genre de dernière volonté est-ce là ? »

« Eh bien, les aristocrates et la royauté tueront les gens immédiatement quand ils n’aiment pas quelqu’un, ou ils les emprisonneront. Ou s’ils trouvent une jolie fille, ils convoiteront son corps et la menaceront si elle les refuse. Ils accuseront les gens de crimes qu’ils n’ont pas commis, prendront l’argent de la population et utiliseront cet argent pour faire ce qu’ils veulent. C’est le genre de personnes qu’ils sont. De plus, ils ont des enfants arrogants et têtus qui s’attendent à ce que tout se passe exactement comme ils le veulent et qui font tout pour l’obtenir. »

« C’est quoi cette façon de penser ? »

« Est-ce que je me trompe ? »

« Il y a certainement des aristocrates comme ça. Mais le Seigneur Fochrosé est différent. C’est une personne gentille et décente. »

« Vous l’avez déjà rencontré ? »

« Je l’ai vu. Et je n’ai pas entendu de rumeurs terribles à son sujet, donc tout va bien. »

« Mais d’un autre côté, s’il les avait juste tuées, personne ne le saurait. Ne dit-on pas que les morts ne parlent pas ? »

« Pourquoi est-ce que votre esprit va vers cela ? »

Je ne pouvais pas lui dire que j’avais été influencée par les mangas et les romans.

« Hé, c’est quoi toute cette agitation matinale ? »

Alors qu’Helen et moi en étions-là, la masse de muscles (le chef de guilde) était venue de l’arrière.

« Chef de guilde ! »

« Helen, que signifie cette agitation matinale ? Qu’est-ce que tu fais ? »

« Ce n’est pas ma faute. Je veux parler à Yuna de la quête pour laquelle le Seigneur Fochrosé l’a nommée, mais elle a d’étranges préjugés contre l’aristocratie et ne veut même pas entendre de quoi il s’agit. »

Ce n’était pas des préjugés. Dans les mangas et les romans, c’était des faits.

« Des préjugés ? »

« Elle dit toutes ces choses sur la façon dont l’aristocratie tue les gens qu’elle n’aime pas et exige le corps de belles femmes, ainsi que l’arrogance et l’entêtement de leurs enfants. »

« Eh bien, il y a du vrai », dit le chef de la Guilde.

« Chef de guilde ! »

« Oui, désolé. Il y a effectivement des aristocrates comme ça, mais Cliff est différent, alors, vous pouvez y aller l’esprit tranquille. »

Cliff ? pensais-je. Il a vraiment le droit d’appeler un aristocrate par son nom ?

« En êtes-vous absolument certain ? »

« Oui. De plus, je connais le gars. »

Je suppose qu’il était logique que le chef de guilde connaisse le seigneur.

« S’il vous plaît, faites-le. Si vous le refusez, vous compromettez sa confiance dans la guilde. », déclara Helen.

Elle s’était mise à faire une prise en main féroce à deux mains. J’avais eu l’impression qu’elle ne voulait pas lâcher prise avant que j’accepte.

« Ummm. OK, j’ai compris. Je vais juste vous écouter. »

« Merci beaucoup. Mais en fait, il n’y a rien à vous dire. Il vient de vous ordonner de venir chez lui. »

« Et ensuite ? »

C’était cent fois plus vague. S’il essayait de faire quelque chose alors que personne n’était là pour le voir…

« Vous n’avez rien à craindre. Je pense qu’il veut juste rencontrer l’ours dont tout le monde parle. »

« Celui dont tout le monde parle ? »

« Vous êtes devenue un peu une célébrité dans cette ville, Mlle Yuna. »

Et bien, pensais-je, je m’étais dit qu’une personne deviendrait célèbre en se promenant dans la ville dans un pyjama d’ours, mais je ne pensais pas que ce soit une raison suffisante pour me convoquer.

« Cédez juste cette fois-ci. Vous avez tué des hordes de loups, de gobelins et un roi gobelin seule, dans un costume d’ours. On ne peut pas ignorer le fait que vous avez construit cette maison d’ours et que vous avez invoqué des ours pour vous déplacer et écraser vos ennemis. Cela allait vous faire entrer dans le moulin à ragots. Même un seigneur ne pouvait pas s’empêcher de vouloir vous rencontrer après avoir entendu cela, pas vrai ? »

« C’est quoi cette histoire de maison d’ours ? »

Il semblerait qu’Helen ne soit pas au courant des dernières rumeurs me concernant.

« Tu n’es pas au courant ? Elle a loué un terrain et y a construit une maison. Ça ressemble à un ours de l’extérieur. En plus, elle l’a soi-disant construite sans que personne s’en aperçoive, c’est donc devenu le sujet brûlant de la ville. »

« Je n’en avais aucune idée. J’irai jeter un coup d’œil un jour. »

Non, ce n’est pas la peine, pensais-je.

Tout ce que je faisais, c’était accomplir des quêtes comme un aventurier ordinaire, faire une maison (d’ours) habituelle avec de la magie, aller tuer sur mes montures (d’ours) et porter mes vêtements normaux (d’ours) en me promenant en ville.

« Ne puis-je pas juste dire non ? »

Je ne voulais pas le rencontrer. Je voulais juste rentrer chez moi.

« Qui sait ? Les aventuriers ne rejettent pas normalement les quêtes de l’aristocratie. Si vous voulez la refuser, votre seule option pourrait être de quitter la ville. », dit le chef de la Guilde.

« Quelle plaie ! »

C’était tout ce que j’avais pu dire.

« Ne dites pas ça. Vous avez simplement attisé sa curiosité. Si ce n’est qu’une réunion, autant aller le voir. »

« Si je devais le rencontrer, quand devrais-je le faire ? Un seigneur n’a pas vraiment de temps libre. »

« Effectivement, il nous a fait part de quelques jours qui lui restaient. Soit demain, soit dans l’après-midi dans trois jours, ce serait l’idéal. »

S’il était aussi occupé, il n’avait pas besoin de faire un détour pour me rencontrer.

« Je ne vous laisserai pas partir tant que je ne vous aurai pas entendu dire que vous acceptez la quête. »

Helen avait toujours ma tenue dans ses griffes inébranlables.

« Compris. Je vais aller le rencontrer. C’est tout ce que j’ai à faire, non ? »

« Le ferez-vous vraiment ? Merci beaucoup. »

Elle avait finalement lâché prise. Sans autre option, j’avais fini par décider d’aller le rencontrer l’après-midi suivant.

Quelle plaie, m’étais-je dit.

***

Chapitre 28 : L’ours se rend à la résidence du Seigneur

Le lendemain, j’avais suivi les indications d’Hélène pour me rendre au manoir du seigneur. Un garde au visage effrayant était posté à ses portes extérieures. Leur avait-elle dit que j’y allais aujourd’hui ? Toute cette histoire était ennuyeuse, mais je m’y étais résignée et je m’étais approchée de la porte.

Le garde s’était retourné et fixa les yeux sur moi. Il pensait vraiment que j’étais suspecte, et ce n’était pas comme si c’était étonnant. Quelqu’un portant un pyjama d’ours s’approchait de lui, dans un monde où les pyjamas n’existaient pas.

« Qu’est-ce que vous avez à faire ici ? » dit-il en me scrutant de la tête aux pieds.

« Je suis l’aventurière Yuna. C’est le seigneur qui m’a appelée ici. »

« C’est vous… J’ai entendu parler de ça. J’ai besoin que vous me montriez votre carte de guilde pour confirmer votre identité. »

Et bien. Je suppose qu’il fallait être vraiment stupide pour convoquer quelqu’un et ne pas avertir le personnel qu’il arrivait. Après avoir fini de vérifier ma carte de guilde, le garde m’avait conduite jusqu’à l’entrée, où une femme de chambre d’une vingtaine d’années avait pris la relève.

De telles servantes existent vraiment, pensais-je. Elle portait même la tenue noir et blanc idéale des servantes. Les gens qui avaient un fétichisme particulier seraient en extase en ce moment.

La bonne avait été clairement surprise de me voir, mais elle s’était immédiatement recomposée. Elle m’avait dit qu’elle s’appelait Lala et, après avoir légèrement incliné la tête, me demanda de la suivre. Lala traversa le manoir en silence, s’arrêta devant une porte et frappa à la porte.

« Maître Cliff, j’ai amené l’aventurière Yuna. »

« Entrez », répondit une voix de l’intérieur.

« Excusez-moi. »

Lala ouvrit la porte et me força à entrer. J’avais obéi, puis elle ferma la porte derrière moi.

La pièce était vaste, elle contenait un grand bureau et une table flanquée d’une paire de canapés. On se sentait comme dans un bureau. Un homme blond d’une trentaine d’années était assis derrière le bureau.

« S’il vous plaît, asseyez-vous sur le canapé là-bas », m’ordonna-t-il.

Je fis ce qu’il m’avait demandé.

« On dirait que vous êtes vraiment habillée comme un ours. »

L’homme s’était approché et s’était assis sur le canapé en face de moi. Un sourire ironique était apparu sur sa bouche lorsqu’il me regarda. On aurait dit que c’était vraiment l’un de ces aristocrates dégoûtants.

« Si vous m’avez juste appelée pour vous moquer de moi, alors je rentre chez moi. »

« Oh, non. Je m’excuse. »

« Dans ce cas, qu’est-ce que vous me voulez ? »

« Je voulais juste rencontrer l’ours dont tout le monde parlait. »

Le chef de la guilde n’avait-il pas dit la même chose ?

« Ma fille voulait aussi vous rencontrer. »

« Votre fille ? »

« J’ai entendu dire qu’elle vous avait suivi une fois en ville. Depuis, rien ne lui fait plus plaisir que de me voir raconter tous les rapports qui me parviennent sur vous. »

Attendez un peu ! N’y a-t-il pas de lois sur la vie privée contre ça !?

« Alors ça veut dire que vous m’avez appelée ici pour votre fille ? »

« En partie, oui, mais je voulais aussi simplement voir l’ours dont tout le monde parle. »

Comme si j’étais un modèle d’exposition de foire, me suis-je dit.

« Mon nom n’est pas “l’ours”, mais Yuna. »

« C’est vrai. Je m’appelle Cliff. Vous devez déjà le savoir, mais je suis le seigneur de la ville. »

« Eh bien, êtes-vous satisfait maintenant que vous m’avez vue ? »

« Ne soyez pas fâché. Vous abîmez votre adorable visage. »

C’était un peu gênant d’être traité d’adorable dans une conversation en face à face. J’avais mis mon capuchon d’ours très bas sur ma tête, pour qu’il ne me voie pas.

« Pourtant, j’ai du mal à croire qu’une petite fille comme vous ait pu tuer un roi-gobelin et des loups tigres. »

« Peut-être que tout ça n’est qu’un mensonge. »

« J’ai fait des recherches sur vous avant de vous convoquer ici, car j’allais vous faire rencontrer ma fille. »

Il avait enquêté sur moi ? Je ne me sentais pas très bien, même si je n’aurais rien pu faire.

On frappa à la porte.

« J’ai amené Madame Noir », dit Lala.

« Entrez. »

Une jolie fille de l’âge de Fina, avec de longs cheveux blonds, entra dans la chambre.

« Père, c’est vrai que l’ours est ici !? »

« Voici ma fille Noir. Elle voulait vous rencontrer. »

Quand elle me vit, les yeux de la petite fille brillèrent. Elle se précipita vers moi.

« C’est toi l’ours ? Je m’appelle Noir. S’il te plaît, appelle-moi Noa. »

« Umm, je suis Yuna. Pourriez-vous m’appeler par mon prénom au lieu de m’appeler l’ours ? »

« J’ai compris. Tu t’appelles Yuna. »

Noa s’était assise à côté de moi et me regarda de haut en bas.

« Hum, puis-je te faire un câlin ? » demanda-t-elle, l’air penaud.

« Bien sûr. »

J’aurais dit non à un garçon, même si c’était un enfant, mais je ne pouvais pas le refuser à une petite fille aussi mignonne.

« Merci beaucoup. »

Noa me serra dans ses bras. Je lui avais donné une tape sur la tête, elle qui m’arrivait à hauteur de poitrine. Entre Fina et elle, peut-être que les petites sœurs étaient justes mon truc.

« Tu es si douce. Et tu sens bon aussi. »

Elle frotta sa tête dans mon ventre.

« Je t’ai vue en ville une fois, Yuna. »

Cliff ne vient-il pas de dire quelque chose à ce sujet ?

« Je ne t’ai vue que de loin, mais tu étais si mignonne que je ne pouvais pas m’empêcher de te regarder. Depuis, j’ai demandé à mon père de me parler de toi. Je voulais te rencontrer depuis si longtemps ! »

« Alors, que voulez-vous que je fasse ? » demandais-je à Cliff.

« Je n’ai rien décidé en particulier. Pourquoi ne parlez-vous pas à ma fille ? »

« Je veux entendre comment tu as vaincu les monstres ! »

Ce n’était pas une histoire très excitante, tout ce que j’avais fait, c’était jeté de la magie. Je lui avais donc raconté mes combats avec le roi-gobelin et les loups tigres, en laissant de côté les parties sombres et peu flatteuses. Les yeux de Noa brillaient lorsqu’elle m’écoutait. Cliff resta silencieux et sirota son verre.

« C’est incroyable ! »

« Tu me crois ? Je mens peut-être. »

« Je te crois. Mon père m’a de toute façon raconté les mêmes histoires. »

« Comme je l’ai dit plus tôt, je me suis renseigné sur vous. Le moins que je puisse faire était de vérifier ce que j’ai entendu sur vos réalisations », dit Cliff.

Je suppose que puisque vous pouviez déterminer l’heure de la mort à partir d’une gemme de mana, la seule chose qu’ils ne pouvaient pas vérifier était si j’avais effectué ces meurtres toute seule. Comme mes histoires de chasse aux monstres étaient épuisées, je m’étais dit que j’avais fini, mais Noa me surveillait toujours.

« Puis-je te demander quelque chose, Yuna ? » s’aventura-t-elle, comme si c’était difficile à dire.

« De quoi as-tu besoin ? »

« Euh… veux-tu bien me montrer ta convocation d’ours ? »

« Ma convocation ? »

« Oui. J’ai toujours voulu voir ta convocation d’animal depuis que mon père m’en a parlé. »

« J’aimerais les voir aussi. »

« Vous êtes sûr ? Ça pourrait être dangereux. »

« C’est vrai ? » dit Cliff.

« Eh bien, je suppose que ça devrait aller tant que vous n’essayez pas de les attaquer ou de me blesser. »

« Je n’ai pas l’intention de faire ça. Je n’ai rien à gagner à vous attaquer, sans compter que ma fille me détesterait si je le faisais. »

Avec l’accord du Seigneur Cliff, j’avais décidé de convoquer Kumayuru et Kumakyu dans les jardins du manoir. Noa nous y avait conduits avec joie tandis que Lala nous suivait.

***

Chapitre 29 : L’ours finit sa quête

Nous nous étions tous déplacés vers un endroit que je pensais être le fond des jardins. Les jardins étaient spacieux, comme on pouvait s’y attendre dans une résidence seigneuriale. Apparemment, les gardes l’utilisaient aussi comme terrain d’entraînement, bien qu’il soit vide pour le moment.

« Yuna, y a-t-il assez de place ? »

« Ceci fera l’affaire. Je vais maintenant les convoquer. Venez, Kumayuru, Kumakyu. »

Ce n’était pas comme s’il y avait une phrase fixe pour les convoquer, mais j’avais essayé de trouver quelque chose qui me semblait approprié. Deux boules de poils géantes, une noire et une blanche, se transformèrent en poupée ourse. Elles avaient commencé à bouger, lentement, en se tournant pour nous montrer leur visage.

« Kumayuru, Kumakyu, venez par ici. »

Au moment où je les avais appelés, ils avaient joyeusement trotté vers moi. Leurs manières de venir vers moi étaient vraiment mignonnes, mais tout le monde derrière moi commença à faire du bruit.

« Ce sont des ours. Il y a des ours ! Yuna, puis-je les toucher !? »

Noa sautait de haut en bas.

« Madame Noir, c’est dangereux ! Reculez, s’il vous plaît ! »

Lala attrapa le bras de Noa, la protégeant avec son corps.

« Lala, s’il te plaît, laisse-moi passer ! Je ne peux pas voir les ours ! Je veux les toucher ! »

Mais la servante la tint fermement.

« S’il vous plaît, dites quelque chose, Maître Cliff ! »

« Je pense que ça devrait aller. »

« Maître Cliff !? »

Comme son employeur avait donné le feu vert, Lala fit machine arrière. Libérée de l’emprise de la bonne, Noa s’était lentement approchée des ours.

« Puis-je vraiment les toucher ? »

« Bien sûr. Donne-leur une petite tape. »

Noa avait doucement touché Kumayuru. Elle tapota Kumakyu avec son autre main. Les deux ours plissèrent les yeux vers elle, semblant heureux.

« Ils sont si chaleureux. Et doux ! »

Noa serra le cou de Kumakyu dans ses bras.

« Veux-tu les chevaucher ? »

« Je peux vraiment !? »

« Kumakyu, ça te va ? »

Kumakyu s’abaissa au sol en guise de réponse, ce qui permit à Noa de monter plus facilement. Noa commença à monter prudemment sur le dos de Kumakyu.

« C’est bon, tu ne vas pas tomber. »

Je lui avais donné un coup de main et l’avais fait monter. Une fois que Kumakyu s’était assuré que Noa était bien installée, l’ours s’était lentement relevé.

« Ouah ! Il est si haut. »

Elle semblait s’amuser.

« Yuna, pouvons-nous faire une promenade ? Juste une fois autour de la maison ? »

« Ouais, bien sûr. Kumakyu, prends bien soin de Noa, s’il te plaît. »

Je ne savais pas quelle était la taille de la maison, mais j’avais pensé qu’en faire une fois le tour ne pouvait pas faire de mal.

Kumakyu roucoula doucement en réponse. Avec Noa sur son dos, l’ours commença à s’éloigner lentement.

« M-Madame Noir ! »

Lala les avait furieusement poursuivis.

Cliff regarda Noa, la bonne, et l’ours partir. Une fois qu’ils furent hors de vue, il s’était approché de moi.

« Pardonnez-moi, mais puis-je aussi en toucher un ? », demanda-t-il.

« Aucun souci », lui avais-je dit.

Ce n’était pas comme si je pouvais refuser.

Cliff avait lentement tapoté Kumayuru.

« Oh, la fourrure est agréable. Et aussi, une belle texture. »

« Voulez-vous le monter ? »

« Je peux ? »

« Juste une fois autour de la maison, comme Noa. »

« D’accord, je comprends. »

Dès que Cliff monta sur Kumayuru, il poussa l’ours, essayant de rattraper Noa. Un peu de temps s’était passé avant que les deux ne reviennent, côte à côte sur leurs ours respectifs.

« Yuna, merci beaucoup. C’était tellement amusant ! »

« Oui, c’était une expérience très enrichissante pour moi aussi. »

Lala suivit le sillage des ours, l’air hagard. Mais ce n’était pas ma faute, alors j’avais décidé de ne pas y faire attention.

« Eh bien, j’ai du travail, alors je retourne à la maison. Je vais laisser Noa avec vous. Revenez me voir avant de partir. », dit Cliff en descendant,

Noa avait dû prendre goût à Kumakyu, puisqu’elle ne montrait aucun signe de faiblesse.

« C’est si agréable… »

La petite fille était étalée sur le dos de Kumakyu. Elle caressa l’ours pendant un moment avant que sa main ne s’arrête de bouger. Le fait qu’elle soit si calme me parut bizarre, j’étais donc allée jeter un coup d’œil. Noa s’était endormie rapidement, en ronflant doucement. J’avais dit à Kumakyu de se frayer un chemin à l’ombre d’un arbre. Ce n’était pas comme si je pouvais la laisser dormir au soleil. Lala regardait Noa avec inquiétude.

« Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Mais nous ne voulons pas qu’elle attrape froid. Avez-vous quelque chose à lui mettre ? », lui dis-je.

Lala s’était précipitée à la maison et ramena une couverture, mais comme Kumakyu était si grand, elle n’avait pas pu la mettre sur Noa.

« Kumayuru, peux-tu l’aider ? »

Kumayuru avait mis ses pattes avant sous les bras de Lala et la souleva pour qu’elle puisse border Noa.

« Merci beaucoup, Maître Kumayuru. »

On aurait dit qu’elle avait enfin cessé de se tortiller. Lala et moi nous étions assis avec Noa à l’ombre pendant qu’elle dormait. J’avais sorti un petit tonneau de jus d’orange — je m’étais attachée à ce truc, car il avait un goût d’orange — et deux gobelets en bois de la réserve d’ours. J’avais fait apparaître de la glace et je l’avais servie avec des glaçons. Lala prit une longue lampée de son jus.

« C’est délicieux. »

« Ravie de l’entendre. »

« J’avais besoin d’un remontant. Merci. »

« J’en ai encore, alors buvez autant que vous le voulez. »

« Ils sont beaucoup plus dociles que je ne le pensais. »

Lala regarda Kumayuru et Kumakyu.

« Eh bien, ce sont après tout des convocations. Ils ne ressemblent pas à des ours sauvages. »

Mais ce n’était pas comme si j’avais déjà vu un ours sauvage.

« Oui, bien sûr. Madame Noir semble apprécier leur compagnie. Nous vous sommes reconnaissants pour vos services. »

« Vous n’avez pas besoin de me remercier. C’est censé être un travail. »

Lala m’expliqua qu’elle était la gardienne de Noa depuis que la fille avait cinq ans, et que sa tâche lui était très précieuse. Après que nous ayons parlé un moment, Noa avait commencé à s’agiter.

« Bonjour. Tu es réveillée ? »

« Huh, où suis-je… ? »

Noa se frotta les yeux en regardant autour d’elle.

« Tu t’es immédiatement endormie, Noa. »

« Je me suis endormie. Kumakyu sentait si bon que je me suis endormie. »

« Madame Noir, pouvons-nous bientôt entrer ? Nous ne voulons pas que vous attrapiez un rhume. »

« Je veux rester avec Kumakyu. »

Noa était clairement décidée à rester avec l’ours. Ça ne marcherait pas, alors j’avais donné un signal subtil à Kumakyu en disant : « Kumakyu est fatigué. Vas-tu le laisser se reposer ? »

À ce moment-là, l’ours roucoula doucement, faisant semblant d’avoir sommeil.

« Oui, c’est vrai. Madame Noir, Maître Kumakyu s’assurait que vous ne tombiez pas pendant votre sommeil. Veuillez permettre à Maître Kumakyu de se reposer. », répondit Lala.

Kumakyu tourna légèrement la tête à la place de Noa et la regarda avec des yeux larmoyants. Noa se retourna. Je pouvais voir les engrenages dans sa tête qui tournait.

« … OK, je comprends. Désolée, Kumakyu. »

Elle était descendue de l’ours et l’avait caressé doucement.

« Repose-toi bien. »

« Kumakyu, Kumayuru, c’est tout pour le moment. »

J’avais désinvoqué les ours, les renvoyant dans les gants.

« Alors, Madame Noir, on retourne dans votre chambre ? »

« Je vais rendre visite à Cliff. »

« Oh, Yuna ? Tu rentres déjà chez toi ? »

« Eh bien, mon travail ici est terminé. »

J’étais presque certaine d’avoir accompli la quête.

« Yuna, s’il te plaît, dîne avec nous ! », dit Noa

Elle attrapa alors mon gant d’ours. J’avais essayé de la repousser, mais elle m’avait juste traînée par la main jusqu’au manoir, où nous avions couru jusqu’à Cliff et avions commencé à parler du dîner. Finalement, Cliff m’avait aussi invitée à rester et à manger avec eux. J’avais donc accepté.

Je m’étais excusée après le dîner. Ils m’avaient demandé de rester pour la nuit, mais j’avais poliment refusé.

« Yuna, tu dois revenir nous rendre visite, d’accord ? »

Noa et Lala me virent à la porte. Après avoir promis à Noa que je reviendrais, nous nous étions séparés.

***

Chapitre 30 : Le travail de Fina

Il y a quelques jours, j’étais allée avec Yuna tuer des tigres et des loups.

Pendant que Yuna allait travailler, j’étais restée dans sa maison d’ours et j’avais travaillé à dépecer ses anciennes victimes. À un moment donné, j’étais allée chercher des herbes pour maman, mais j’avais failli me perdre. Je n’avais pu revenir que grâce à Kumakyu.

J’avais demandé à Kumakyu d’attendre dehors, j’étais allée à l’entrepôt et j’avais sorti un loup de la chambre froide. Il était petit pour un monstre, mais trop grand pour moi, j’avais eu du mal à l’étaler sur la table. Yuna m’avait installé un tabouret pour que je n’aie pas à me tenir sur la pointe des pieds.

J’avais utilisé mon couteau à dépecer pour nettoyer la peau et séparer la viande en morceaux. J’avais aussi sorti la gemme de mana et je l’avais mise de côté. Les parties dont nous n’avions pas besoin allaient à la poubelle. Apparemment, la poubelle était un trou très profond, Yuna m’avait dit de m’assurer que je ne tombe pas dedans.

C’était effrayant, alors j’avais fait attention à ne pas tomber dedans.

Après avoir dépecé quelques loups, la porte du dépôt s’était ouverte. Yuna était de retour. Je me demandais si elle avait déjà battu le loup tigre ? Je n’avais même pas encore fini la première fournée. Yuna m’avait dit qu’elle voulait que je retire la gemme de mana du loup tigre. Cela faisait partie de mon travail, je lui avais donc bien sûr dit que je le ferais.

J’avais été surprise par la taille du tigre. Yuna est tellement cool !

Un tigre-loup est le même type de monstre qu’un loup, donc sa gemme de mana se trouvait au même endroit, un peu entre le cœur et le foie. Elle faisait environ deux fois la taille d’un loup et avait un lustre différent de celui du loup. Je l’avais lavé à l’eau jusqu’à ce qu’il soit propre et je l’avais donné à Yuna.

Nous avions déjeuné, puis j’étais retournée au dépeçage des loups. Yuna avait dit qu’elle allait dormir un peu. Peut-être qu’elle était fatiguée d’avoir combattu le loup tigre ?

J’avais moi aussi décidé de faire de mon mieux. J’avais travaillé dur pour que tout le dépeçage soit fait.

Une fois le travail terminé, j’étais allée au deuxième étage pour aller réveiller Yuna. Je ne savais pas dans quelle chambre elle dormait, alors j’avais frappé à la porte de la chambre la plus proche et je m’étais glissé à l’intérieur vu que je n’avais rien entendu. Elle était là. Elle avait l’air très à l’aise.

Je l’avais secouée pour la réveiller.

« Yuna, Yuna. »

Elle s’était réveillée.

Quand elle était sortie du lit, ses vêtements étaient d’un blanc pur, exactement comme Kumakyu. Elle était mignonne dans sa tenue d’ours noir, mais elle était aussi mignonne dans celle de l’ours blanc. Je suppose qu’elle pouvait inverser ses vêtements pour passer d’un ours noir à un ours blanc ?

Après lui avoir dit que j’avais fini mon travail, nous avions fini par rentrer à la maison. Yuna fit disparaître la maison d’ours. Sa magie était vraiment incroyable. Nous étions retournés sur Kumayuru. Apparemment, si elle utilisait un seul des ours, l’autre devenait grincheux. Je crois que je comprends ce qu’ils ressentent.

Le garde de la porte avait été très surpris. N’importe qui le serait, en nous voyant tous les trois, mais l’ours était mignon, je ne pensais donc pas qu’il devait s’inquiéter.

Comme j’allais travailler le lendemain, j’étais allée chez Yuna à l’auberge, mais elle n’avait apparemment nulle part où traiter les dépouilles. Comme il serait pénible de devoir quitter la ville chaque fois que nous devions faire du dépeçage, elle rendit visite à la guilde des aventuriers pour leur demander de nous trouver un espace à nous. Ils nous avaient dit d’aller voir la guilde des commerçants, nous avions donc fini par nous y rendre.

Ça devenait vraiment important. J’avais commencé à me sentir nerveuse.

Quand nous étions arrivés à la guilde des commerçants, tout le monde regarda Yuna. Cette tenue d’ours se distinguait vraiment. Yuna parla à la réceptionniste pendant quelques minutes et repartit avec une parcelle de terrain. La dame nous avait emmenés dans le terrain vide, Yuna posa alors la maison d’ours à cet endroit.

Peu importe le nombre de fois que je le voyais, c’était incroyable.

Je m’étais mise immédiatement au travail. Ce jour-là, j’avais dépecé des loups tigres. C’était censé être assez similaire au travail avec les loups, mais même un enfant comme moi savait que les peaux de tigre-loup étaient chères. Je devais faire très attention en les enlevant, sinon elles ne vaudraient rien. Mais j’avais fait de mon mieux et quand j’avais terminé ma journée, j’avais eu l’impression d’avoir fait du bon travail.

Pendant quelques jours, j’étais allée chez Yuna et j’avais dépecé le tas de cadavres.

Puis, un jour que j’étais en train de nettoyer et de séparer la viande, j’avais eu un vertige pendant une seconde. Juste au moment où je pensais avoir des ennuis, je m’étais effondrée.

Malheureusement, Yuna le vit et se précipita vers moi. Elle regarda ma main et eut ce regard très inquiet. Je saignais. J’avais dû me couper un peu la main quand j’étais tombée. J’avais mal, mais pas tant que cela.

Yuna toucha l’endroit où je saignais. Je pense qu’elle fit quelque chose de magique. Ça chauffait, puis ça cessa de faire mal. Ma coupure avait même disparu. C’était incroyable.

Elle enleva le gant d’ours et mit sa main sur mon front. Apparemment, j’avais de la fièvre. Elle m’avait dit de monter et de dormir pour le moment dans le lit d’une des chambres. Quand j’étais couchée dans le lit, elle m’avait encore touché le front. Cette fois, elle avait gardé ses gants d’ours. C’était tellement agréable et doux, et cette sensation était devenue de plus en plus forte, jusqu’à ce que je finisse par m’endormir.

Il faisait noir quand je m’étais réveillée. Elle m’avait dit qu’elle m’avait préparé un dîner et que je devais le ramener à la maison et le manger. Puis elle m’avait dit que je devrais prendre ma journée demain. Yuna m’avait dit que je pourrais venir chez elle deux jours plus tard. Elle m’avait dit qu’à partir de maintenant, je prendrais un jour de congé tous les trois jours.

Elle m’avait dit qu’elle ne me laisserait plus faire son dépeçage si je faisais d’autres travaux pendant mon jour de congé. Elle était si inquiète pour ma santé que j’avais décidé de faire ce qu’elle m’avait dit.

***

Chapitre 31 : L’ours va examiner la maladie de la mère de Fina

Aujourd’hui, c’était un jour de repos. Comme Fina, je faisais une pause.

J’avais appris toutes sortes de choses ce mois-ci, par exemple, quand une de mes compétences avait monté de niveau, les nouvelles capacités étaient effectives immédiatement. À l’heure actuelle, j’avais sept compétences.

Langage du monde fantaisiste : Peut comprendre le langage du monde fantaisiste. (La vie dans ce monde aurait été beaucoup plus compliquée si je n’avais pas eu cela).

Alphabétisation du monde fantaisiste : capable de lire et d’écrire dans la langue du monde fantaisiste. (C’est comme ça que je pouvais travailler à la guilde).

Stockage extradimensionnel des ours : Permet de stocker toute chose autre chose que les êtres vivants. (Malgré tous mes tests, je n’avais toujours pas trouvé de limite de poids ou de taille).

Identification de l’ours : capable de voir l’efficacité des outils et des armes (je suppose que ce serait normal d’en avoir dans n’importe quel jeu).

Détection de l’ours : Capacité à connaître la position des monstres et des personnes dangereuses. (Permets de tuer des monstres en toute simplicité).

Cartographie de l’ours : Génère automatiquement des cartes des endroits que j’ai visités. (Un système de cartographie automatique, tout comme celui que l’on trouve dans les RPG. Il m’a évité de me perdre).

Invocation d’ours : Peut invoquer des ours depuis mes gants d’ours. (Des ours polyvalents pour voyager, se battre ou se protéger. L’inconvénient, c’est que je ne pouvais pas me promener en ville avec eux).

En plus des compétences, j’avais de la magie. Selon les règles de ce monde tel que je les comprenais, on pouvait apprendre la magie en travaillant dur, mais dans mon cas, je pouvais facilement utiliser la magie en canalisant le mana à travers mes ours. D’un autre côté, je ne pouvais pas utiliser la magie sans l’équipement d’ours.

Façonner un sort à l’aide d’une image mentale avait un impact direct sur son pouvoir et son apparence. Par exemple, lorsque je lançais un sort de feu en pensant à une torche à gaz, je pouvais créer une flamme qui pouvait faire fondre le fer. Même si je montrais cette magie aux gens de ce monde, ils ne pourraient probablement pas l’invoquer exactement de la même manière, puisqu’ils n’avaient jamais vu ce genre de feu.

La glace fonctionnait de la même manière. Je ne pensais pas qu’ils seraient capables d’imaginer les molécules d’eau gelée. On ne peut être aussi précis avec une image mentale alors que la compréhension du monde était encore essentiellement médiévale.

Je l’avais encore remarqué quand Fina s’était effondrée. Comme pour tout autre sort, si vous imaginiez le muscle et la peau se refermer, vous pourriez sceller une blessure avec de la magie curative. Je ne l’avais pas encore testé, mais je parie que si vous alliez plus loin et que vous imaginiez la réparation des vaisseaux sanguins, cela fonctionnerait d’autant mieux.

En plus de cela, il y avait des sorts qui guérissaient les fièvres et les maladies — le genre de sorts que vous utilisiez pour éliminer les états d’affaiblissements comme le poison et la paralysie dans les jeux. Quel serait le pouvoir de ce genre de sort si vous étiez conscient et pouviez visualiser les germes ?

En réfléchissant aux compétences et à la magie que j’avais acquises, j’avais entendu un bruit à l’entrée. Il y avait une barrière autour de la maison d’ours qui ne laissait entrer que les personnes que j’approuvais. Pour l’instant, Fina était la seule à pouvoir entrer.

Au moment où j’étais sortie dans le couloir menant au premier étage, Fina me sauta dessus.

« Yuna ! »

J’avais senti quelque chose. Fina frissonna tout en s’accrochant à moi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

J’avais retiré Fina et j’avais regardé son visage. Il était mouillé de larmes, ses yeux étaient injectés de sang.

« Y-yuna, m-ma mère… »

« Calme-toi. »

« Ma mère est vraiment malade… et même lui donner des médicaments… ne l’aide pas… J’ai essayé d’aller voir M. Gentz, mais… il a dit qu’il allait chercher des médicaments et il n’est pas revenu… Que dois-je faire ? »

« OK, j’ai compris. Pourrais-tu m’emmener chez toi ? »

Il y avait une chance que je puisse la guérir, bien que je n’aimais pas l’idée de tester ma théorie dans une situation aussi précaire.

Fina et moi étions allées chez elle.

La maison était petite. Fina vivait-elle vraiment ici avec sa mère et sa petite sœur ? Dans la chambre à coucher, la mère de Fina était allongée, très immobile, respirant superficiellement. Une petite fille pleurait près du lit, et Gentz se tenait avec elle.

« M. Gentz !? »

« Je suis désolée d’être arrivée si tard. »

« Avez-vous trouvé des médicaments pour ma mère ? »

« Désolé », dit Gentz.

Celui-ci baissa la tête.

La mère de Fina lui tendit la main en tremblant et tapota faiblement la tête de sa fille.

« Gentz, si quelque chose… m’arrive… s’il te plaît… prends soin de mes filles. »

« Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce qui est supposé t’arriver ? ! » cria M. Gentz.

« Gentz… je t’ai tellement dérangé. Merci beaucoup pour le médicament et pour ce que tu as fait pour Fina. »

De la sueur perlait sur le front de la femme pendant qu’elle parlait.

« C’est bon. Si tu te reposes, tu iras mieux. Arrête d’essayer de parler. Je vais m’occuper de ces deux-là, alors concentre-toi sur la guérison. »

« Shuri… Fina… laissez-moi voir vos visages. »

« Maman ! » dirent les deux filles en courant vers le lit.

« Je suis vraiment désolée de n’avoir rien pu faire pour vous. Et merci, Fina, Shuri. »

La douleur se mêlait à son sourire. Elle semblait à bout. Elle ferma les yeux.

J’avais essayé de taper des mains pour calmer tout le monde, mais frapper les gants d’ours ensemble n’avait pas fait de bruit. Ils avaient quand même remarqué ce que je faisais.

« Yuna ? »

« Je ne sais pas si je peux aider, mais je vais quand même l’examiner, alors écartez-vous. »

Fina éloigna sa sœur par la main, la tenant pendant qu’elle pleurait. Je m’étais mise à côté du lit et j’avais regardé la mère de Fina. Elle avait à peine la trentaine et dépérissait. Elle n’avait probablement pas beaucoup mangé.

« S’il vous plaît, tenez encore un peu. »

J’avais mis mes deux mains sur le corps de la mère souffrante et j’avais versé du mana dans mes deux gants d’ours. J’avais imaginé que le virus, ou le germe, ou l’agent pathogène, ou quoi que ce soit d’autre, était purgé de toutes ses cellules.

« Guérison. »

Je n’avais pas besoin de dire ce mot, mais cela m’avait permis de canaliser plus facilement ma volonté. Le sort enveloppa son corps dans la lumière. Les stigmates de la douleur disparurent progressivement de son visage, et elle commença à respirer plus facilement.

Cela avait-il fonctionné ? Elle avait toujours l’air faible.

« Soins », avais-je chanté, en visualisant cette fois un sort pour lui redonner de l’endurance.

Les yeux de la mère de Fina s’ouvrirent lentement. Elle s’était assise dans le lit comme si rien ne s’était passé.

« … Ça ne fait plus mal ? »

« Maman ! »

Ses deux filles coururent vers elle.

« On dirait que ça a marché. »

« Mademoiselle, qu’est-ce que vous avez fait ? Vous ressembliez à une sorte de puissant prêtre ou d’ecclésiastique… Non, ça n’a pas d’importance pour l’instant. Quoi que vous ayez fait, merci », dit Gentz, les yeux levés en me saisissant la main.

« Yuna, merci ! »

Fina pleurait aussi.

« Excusez-moi, merci beaucoup. Est-ce vous qui m’avez guérie ? »

« S’il vous plaît, calme-vous un peu. », avais-je dit.

« On ne sait pas si vous êtes complètement guérie. »

Après tout, je n’avais fait que lui redonner un peu d’endurance grâce à la magie. Je n’avais pas ramené son corps usé à sa condition optimale.

« Alors combien vous dois-je ? Comme vous pouvez le voir, je n’ai aucun moyen de vous payer pour le moment… »

« Attendez ! Je vais la payer. Mademoiselle, je ne peux pas le faire maintenant, mais je suis sûr que je le pourrai. S’il vous plaît, ne faites rien à cette famille ! »

Quel genre de méchante pensaient-ils que j’étais ? Je t’ai guéri, alors paie-moi ! Si tu ne le fais pas, je prendrai tes filles ! Eh bien, si j’étais un méchant et un lolicon, je suppose que cela pourrait se passer comme ça…

« Heh heh heh, si vous voulez me rembourser, eh bien n’avez-vous pas deux charmantes filles ? »

De toute évidence, j’avais besoin de dissiper le malentendu.

« Je n’ai pas besoin d’argent. Je voulais juste protéger le sourire de Fina », avais-je dit, tout en donnant une tape sur la tête à Fina.

Apparemment, j’avais dit quelque chose de très émouvant, car Fina m’avait immédiatement prise dans ses bras. Je me sentais un peu coupable…

« Mais… »

« Bon, si je peux faire quelque chose pour vous, dites-le-moi », dit Gentz.

« Je ferai n’importe quoi une fois que j’aurai retrouvé mon énergie. »

N’importe quoi ! Ce sont tes mots, pas les miens.

« Dans ce cas, j’aimerais que vous fassiez quelque chose que vous seul pouvez faire. »

« … »

« … »

J’avais regardé Fina et sa sœur.

« Fina, va acheter quelque chose de délicieux avec ta sœur. Fais en sorte que ta mère mange quelque chose qui la nourrira. »

J’avais sorti de l’argent de mon entrepôt à ours et je l’avais remis à Fina.

« Mais… »

« C’est bon. Ta mère va bien, alors vas-y. »

« OK, j’ai compris. Shuri, on y va. »

Je les avais regardés quitter la maison en se tenant la main. J’avais ensuite regardé Gentz et leur mère une fois de plus.

« Qu’est-ce que vous allez nous faire faire ? »

« Je veux que vous viviez ensemble pour le bien de Fina et de sa sœur. »

« … Hein ? »

« … Quoi ? »

Leurs bouches étaient ouvertes et coincées.

« Je sais que vous aimez la mère de Fina, Gentz. »

Je l’avais entendu directement de Fina.

« V-Vous… »

« Nuh-uh. Même Fina le sait déjà. Et vous faites assez confiance à Gentz pour lui laisser vos enfants, ce n’est pas comme si vous ne l’aimiez pas. »

« Eh bien, c’est… »

Son visage avait légèrement rougi.

« Et ce n’est pas comme si vous alliez contrarier ces enfants. En plus, Gentz travaille à la guilde, il a donc un revenu régulier. Je suis un peu inquiète pour vous, trois femmes vivants ici toutes seules. Je me sentirais plus en paix si Gentz était avec vous, non ? »

« Mais… »

« Vous aimez la mère de Fina, n’est-ce pas, Gentz ? »

« C’est… »

Gentz avait dégluti. Puis, il regarda la mère de Fina.

« Tiermina, me ferais-tu l’honneur de m’épouser ? Je t’aime depuis longtemps. C’est une insulte envers Roy, mais je t’aime ! »

« Gentz… merci. »

Ces deux-là méritaient un peu d’intimité. J’avais donc quitté la pièce tranquillement — ou du moins, j’avais essayé, avant que Gentz ne m’appelle.

« Où allez-vous ? »

« Chez moi. Le reste est un problème familial. »

« Je vois. Alors, euh merci », il m’avait remerciée en mugissant.

« Assurez-vous de bien vous occuper de Fina et de tout le monde. »

« Ouais, laissez-moi faire. »

« Si elle ne se sent pas bien à nouveau, appelez-moi. »

J’avais laissé la maison de Fina derrière moi et j’étais rentrée chez moi.

***

Chapitre 32 : Fina fait une demande à l’ours

Quand je m’étais réveillée ce matin, maman avait mal. Elle avait généralement mal, mais là, c’était différent. Elle n’était pas consciente. Peu importe combien de fois je l’avais appelée, elle ne répondait pas. J’avais essayé à maintes reprises de lui faire prendre ses médicaments, mais même après qu’elle les ait finalement prit, rien n’avait changé. Il y avait une tonne de sueur qui coulait sur son front.

Ma petite sœur Shuri était si inquiète. Elle était restée près du lit, à appeler maman, maman. Je ne pouvais pas laisser les choses rester comme ça.

« Shuri, prends soin de maman. »

« Sœur ? » Elle m’avait jeté un regard inquiet.

« Je vais voir M. Gentz. Ça va aller. M. Gentz va pouvoir faire quelque chose. »

Je lui avais doucement tapoté la tête et j’avais couru chez M. Gentz. Il ne serait pas encore au travail. Le fait qu’il n’y ait pas encore beaucoup de gens dans la rue était une bonne chose. Quand j’y étais arrivée, j’avais frappé très fortement à la porte.

« M. Gentz ! M. Gentz ! »

M. Gentz était sorti quand j’avais frappé.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi es-tu ici si tôt le matin ? »

« C’est maman. »

« Qu’est-ce qui est arrivé à Tiermina !? »

« Elle a mal. C’est pire qu’avant. »

Je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer.

« Elle ne va pas mieux. »

« J’arrive tout de suite. »

M. Gentz s’était mis à courir. J’avais couru aussi vite que je pouvais. Quand j’étais arrivée chez moi, je ne voyais plus M. Gentz, car il courait devant moi. À l’intérieur, j’avais vu M. Gentz appeler maman. Elle n’avait pas répondu.

M. Gentz s’était tourné vers moi et Shuri.

« Je vais trouver des médicaments. Tu veilleras sur ta mère. »

Shuri et moi avions tenu les mains de maman.

S’il vous plaît, sauvez ma mère. Je ferais tout ce que je peux. S’il vous plaît, ne nous l’enlevez pas. S’il vous plaît…, pensais-je

« Maman… »

« Fina, Shuri… »

« Maman ! »

Maman était de nouveau réveillée. Mes prières avaient atteint quelqu’un.

« Fina, Shuri, je suis désolée. »

Pourquoi s’excusait-elle ? Elle n’avait rien fait de mal. Ses yeux étaient remplis de larmes.

« Maman… »

« C’est peut-être fini pour moi. Si je meurs, tournez-vous vers Gentz. Je suis sûre qu’il vous aidera. »

On dirait que le fait de parler lui faisait mal. Elle allait mourir ? Je ne voulais pas y penser.

« Je suis désolée, vous deux. Je suis vraiment désolée que vous ayez eu une mère comme ça. »

Elle nous avait tenu la main avec sa faible prise. Je me demandais depuis combien de temps M. Gentz était parti.

Il n’était pas revenu. Ça n’avait peut-être duré que quelques minutes, mais on avait l’impression que des heures s’étaient déjà écoulées. Dépêchez-vous de rentrer, j’avais encore fait un vœu.

« Ugh. »

La douleur devait être de plus en plus forte. Quelqu’un, à l’aide. La petite main de Shuri serra la mienne très fort. Je ne pouvais pas abandonner.

« Shuri. »

J’avais regardé dans les yeux de Shuri. Elle avait l’air mal à l’aise.

« Continue à tenir la main de maman. »

J’avais pris la main avec laquelle elle tenait la mienne et je l’avais mise dans celle de maman.

« Sœur ? »

« Peut-être que Yuna peut faire quelque chose. »

J’avais laissé Shuri s’occuper d’elle et j’avais couru chez Yuna. Je n’avais pas le droit d’être fatiguée. Je pouvais voir la maison d’ours. J’avais ouvert la porte sans frapper.

« Yuna ! »

Yuna était là.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Y-Yuna, ma mère… »

Je n’avais pas pu le dire. Ma voix ne voulait pas sortir.

« Calme-toi. »

« Ma mère est vraiment malade… et même lui donner des médicaments… ne l’aide pas… J’ai essayé d’aller voir M. Gentz, mais… il a dit qu’il allait chercher des médicaments et il n’est pas revenu… que dois-je faire ? »

Quand j’avais vu le visage de Yuna, je n’avais pas pu m’empêcher de pleurer. J’étais venue jusqu’ici, mais Yuna n’était pas un médecin. Je m’étais dit que parce que c’était Yuna, elle pouvait peut-être faire quelque chose.

Yuna avait doucement posé sa main sur ma tête.

« OK, j’ai compris. Peux-tu m’emmener chez toi ? », dit-elle avec un sourire aimable.

Et je l’avais fait.

Quand nous étions arrivés, M. Gentz était revenu. Peut-être qu’il avait obtenu les médicaments ?

« M. Gentz !? »

« Je suis désolé d’être arrivé si tard. »

« Avez-vous trouvé des médicaments pour ma mère ? »

« Désolé. »

M. Gentz baissa la tête. Si c’était un médicament facile à obtenir, alors M. Gentz l’aurait probablement déjà eu. Il avait déjà fait tant de choses. Je ne pouvais pas être en colère contre lui.

Je m’étais laissée aller à me rapprocher du lit. Maman avait l’air de tellement souffrir que je ne pouvais presque pas la regarder.

« Gentz, si quelque chose… m’arrive… s’il te plaît… prends soin de mes filles. »

« Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce qui est supposé t’arriver !? » cria M. Gentz.

« Gentz… je t’ai tellement dérangée. Merci beaucoup pour le médicament et pour ce que tu as fait pour Fina. »

« C’est bon. Si tu te reposes, tu iras mieux. Essaie de ne plus parler. Je vais m’occuper de ces deux-là, alors concentre-toi sur ta guérison. »

« Shuri… Fina… laissez-moi voir vos visages. »

« Maman ! »

On avait toutes les deux pleuré.

Je ne pouvais pas voir le visage de ma mère à travers mes larmes. Elle nous avait serrés dans ses faibles bras.

« Je suis tellement désolée de n’avoir rien pu faire pour vous. Et merci pour tout, Fina, Shuri. »

Elle ferma les yeux.

« Merci, Gentz. »

On aurait dit qu’elle ne pouvait plus ouvrir les yeux. Je lui avais tenu la main, mais elle ne pouvait plus la saisir. Elle ne pouvait plus ouvrir les yeux. Peut-être qu’elle ne dirait plus jamais mon nom.

Maman, maman, maman.

Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer.

J’avais entendu un bruit bizarre derrière moi. Quand je m’étais retournée, Yuna frappait ses mains ensemble.

« Yuna ? »

« Je ne sais pas si je peux aider, mais je vais l’examiner, alors écartez-vous. »

Yuna nous éloigna du lit.

« S’il vous plaît, tenez encore un peu le coup », dit-elle à ma mère.

Yuna posa ses mains d’ours sur ma mère.

« Guérison. »

Son corps s’était illuminé. La couleur de la magie était jolie. Je me sentais au chaud, comme si, juste pour un moment, je sentais la présence d’un dieu là. La respiration de ma mère s’était calmée. Je n’arrivais pas à y croire. Jusqu’à ce moment, on aurait dit qu’elle suffoquait, mais maintenant, sa respiration s’équilibrait.

« Restauration. »

Cette fois, Yuna avait scandé un sort différent. Les yeux de maman s’étaient lentement ouverts, et comme si rien ne s’était passé, elle sortit du lit.

« … Cela ne fait plus mal ? »

« Maman ! »

« On dirait que ça a marché. »

« Mademoiselle, qu’est-ce que vous avez fait ? Vous ressembliez à une sorte de puissant prêtre ou d’ecclésiastique… Non, ça n’a pas d’importance pour l’instant. Quoi que vous ayez fait, merci »

M. Gentz remercia Yuna. C’est vrai, je ne l’avais pas encore remerciée !

« Yuna, merci ! »

M. Gentz et ma mère avaient commencé à demander à Yuna comment la rembourser. Je m’étais souvenue que M. Gentz m’avait dit que la seule façon de guérir ma mère était de payer beaucoup d’argent à un prêtre. Nous n’avions pas autant d’argent.

Yuna avait sauvé ma mère. Je risquerais ma vie pour la rembourser, s’il le fallait, mais Yuna déclara quelque chose auquel je ne m’attendais pas.

« Je n’ai pas besoin d’argent. Je voulais juste protéger le sourire de Fina. »

J’avais failli recommencer à pleurer. Est-ce que je pourrais un jour rembourser ma dette envers Yuna tant que je serais encore en vie ?

« Mais… »

« Bon, si je peux faire quoi que ce soit pour vous, dites-le-moi. »

« Je ferai n’importe quoi une fois que j’aurai retrouvé mon énergie. »

C’est ça. On ne pouvait pas la laisser faire, même si Yuna disait qu’elle ne voulait rien en retour. Si j’avais quelque chose à faire, je le ferais.

J’avais remarqué qu’au moment où maman et M. Gentz avaient dit « n’importe quoi », le coin de la bouche de Yuna s’était mis à bouger.

« Dans ce cas, j’aimerais que vous fassiez quelque chose que vous seul pouvez faire », avait-elle dit.

L’air dans la pièce devint lourd. Qu’est-ce que Yuna allait leur dire de faire ? Elle regarda autour de la pièce avant de s’occuper de Shuri et de moi.

« Fina, va acheter quelque chose de délicieux avec ta sœur. Assure-toi que ta mère mange quelque chose qui la nourrira. »

Elle m’avait donné de l’argent. Yuna avait-elle l’intention de dire à ma mère et à M. Gentz ce qu’elle voulait qu’ils fassent sans que nous soyons là pour l’entendre ? Je voulais savoir ce qui se passait, mais… je voulais aussi que ma mère mange quelque chose de nourrissant, comme Yuna l’avait dit. J’étais donc partie avec Shuri.

***

Chapitre 33 : L’ours mange sur le pouce

Tiermina était en bonne santé. On pouvait même dire qu’elle s’était complètement rétablie. Elle et Gentz avaient fini par donner suite à leur engagement. Ils cherchaient une maison où ils pourraient vivre tous les quatre ensemble. Celle de Tiermina était trop petite, et apparemment Gentz vivait dans une petite garçonnière sordide.

Pour une raison inconnue, Fina et Shuri avaient décidé de s’installer dans la maison d’ours.

« Uhh, alors, pourquoi êtes-vous toutes les deux ici ? »

« Monsieur Gentz, je veux dire que notre père et notre mère ont besoin de temps seuls, c’est ce que nous pensons. »

Était-ce vraiment les pensées d’une fille de dix ans ?

« Est-ce qu’on dérange ? »

« Pas du tout, mais c’est important que vous soyez tous les quatre ensemble. »

« On vivra ensemble quand on aura trouvé une maison, ne t’en fais pas. »

« Mais pourquoi étudies-tu ? » avais-je demandé. Shuri pratiquait son alphabet dans mon salon.

« Ma mère m’a appris à lire, mais elle ne pouvait pas enseigner à Shuri quand elle était malade, et j’avais besoin de faire le ménage et de gagner de l’argent. »

Elles appelaient ça étudier, mais ça se résumait à regarder des caractères écrits sur du papier sale. Elles n’avaient rien pour écrire, et encore moins de papier pour s’entraîner. Tout ce qu’elles faisaient, c’était mémoriser les lettres à vue.

« Dans ce cas, si on allait vous chercher du matériel d’étude approprié ? »

« Hein ? »

« Si vous étudiez comme ça, ça vous prendra du temps pour apprendre quoi que ce soit. »

« Mais… »

Je savais exactement ce que Fina pensait.

« Ne t’inquiète pas pour l’argent. Ce sera un cadeau pour célébrer le mariage. »

« Mais c’est maman qui va se marier. »

« Ne t’inquiète pas des détails. »

J’étais partie avec les deux fillettes derrière moi. Elles se tenaient la main, en restant proches l’une de l’autre. C’était vraiment de gentilles sœurs.

On était d’abord allé à la librairie.

« Excusez-moi ! »

J’avais appelé la vieille dame qui dirigeait l’endroit.

« Qu’est-ce que c’est ? Je vous entends très bien, pas besoin de crier. »

« Excusez-moi, mais avez-vous des livres d’images pour les enfants ? Nous aimerions étudier l’alphabet. »

« Voyons voir, j’ai ça, ça et ça. »

Elle avait sorti trois livres d’images et quelque chose qui ressemblait à un tableau. J’avais décidé de tout acheter.

Ensuite, nous étions allés au magasin général pour prendre quelques outils d’écriture de base. Nous avions eu un petit creux, j’avais donc décidé d’acheter quelque chose aux stands sur la place. Quand nous étions arrivés, de délicieuses odeurs nous étaient parvenues des différents stands. Le stand le plus proche de l’entrée vendait des kebabs, ou quelque chose d’approchant. Ils sentaient très bon.

« Trois pour moi, monsieur. »

« Oh, si ce n’est pas la fille ourse ! Trois, c’est ça ? Et voilà ! Merci pour tout. »

Il me tendit trois brochettes. J’en avais mis une dans ma bouche et j’avais donné les deux autres à Fina et Shuri.

« Merci beaucoup. »

« Merci. »

J’avais examiné les stands à la recherche de nourritures plus succulentes.

« Fille ourse ! Veux-tu de la soupe de légumes ? »

J’avais entendu quelqu’un crier depuis un étal voisin. De la vapeur élevait d’un pot géant. Encore une fois, l’odeur avait réveillé quelque chose d’animal en moi.

« Bien sûr. Je crois que je vais en prendre trois. »

« Voici ! »

Il avait servi de la soupe de légumes chaude dans des récipients en bois qu’on devait rapporter. J’avais pris la soupe et l’avais donnée aux filles.

« Fille ourse, comment trouves-tu le pain avec ta soupe ? »

« Ce n’est pas juste. Fille ourse, et notre barbecue ? »

Tout autour de nous, les propriétaires des stands avaient pris leurs habitudes de vente.

« Et notre jus fraîchement pressé ? »

Une femme vendant une sélection déconcertante de jus de fruits s’était jointe à la mêlée.

« J’ai envie de pain aujourd’hui, alors je vais en prendre trois petits. »

« Bien, merci. »

L’homme du premier stand m’avait remis ma commande, me remerciant abondamment de mon patronage, je m’étais excusée auprès des autres.

« Je viendrai vous acheter des trucs la prochaine fois. »

« C’est bon. »

« Tu as intérêt ! »

J’avais accepté le pain et j’avais salué les stands autour de moi, puis je m’étais assise sur un banc vide à proximité.

C’était peut-être parce que je mangeais souvent sur le pouce ces derniers temps, mais j’avais appris à connaître les gens des stands. J’étais sûre que la tenue d’ours y était pour quelque chose, mais le nombre de personnes qui m’appelaient pendant que je me promenais sur la place augmentait de jour en jour.

Bien que j’appréciais toute cette attention, mes visites sur la place devenaient une habitude suffisante pour me faire craindre pour mon poids. J’avais essayé de me pincer le ventre à travers le costume d’ours. Ce serait bien si j’avais eu une technique qui m’empêchait de grossir.

« Le déjeuner est servi. »

« Merci, Yuna. »

« Merci. »

Shuri avait imité sa sœur et m’avait remerciée. Elles étaient toutes les deux si mignonnes ! Nous avions pris notre temps pour manger notre soupe et notre pain ensemble.

C’était une soupe consistante, plus végétarienne que le bouillon. Les ingrédients de ce monde étaient assez semblables à ceux du Japon. Il y avait des carottes, des daikons, des choux, des concombres et d’autres légumes que je n’avais qu’aperçus, mais dont le goût m’était assez familier, mais les choses qui étaient importantes pour moi en tant que personne japonaise — le riz, la sauce soja et le miso — ne se trouvaient nulle part. J’avais envie de ramen et de nouilles. On aurait dit qu’ils avaient de la farine. Peut-être, me disais-je, qu’ils ont au moins des udon quelque part ?

En tout cas, c’était assez délicieux. Après avoir mangé, nous avions décidé de retourner à la maison d’ours pour étudier. Plus tard, Tiermina et Gentz allaient découvrir que je les avais emmenés manger dehors. J’avais eu des ennuis pour avoir fait manquer aux enfants le dîner qu’ils avaient préparé.

Attention à ne pas trop manger quand on dîne sur le pouce.

Ils m’avaient quand même remerciée pour les fournitures scolaires.

***

Chapitre 34 : L’ours aide au déménagement

La famille de Fiona s’était décidée pour une nouvelle maison — un endroit près de la guilde des aventuriers, à la demande de Gentz — et l’avait payée avec les économies de Gentz provenant de sa vie de célibataire solitaire. J’étais chez Fina aujourd’hui pour aider au déménagement.

« Apportez les affaires que vous voulez prendre ici. Assurez-vous de mettre les petites choses dans une boîte ensemble. »

J’avais commencé à mettre les choses qu’ils avaient emballées dans des boîtes dans le garde-meuble des ours.

« Prends-tu cette table aussi ? »

« Nous n’avons pas d’argent pour en acheter une nouvelle, alors oui, s’il te plaît. »

« Dans ce cas, vas-tu aussi prendre les chaises ? »

« Si tu peux les mettre, s’il te plaît. »

La famille apporta d’autres choses pendant que j’étais occupée à suivre les instructions de Tiermina. J’en avais mis de plus en plus de côté. Fina et Shuri avaient travaillé dur pour emballer toutes leurs maigres affaires.

« Yuna, peux-tu aussi prendre le lit ? », dit Fina

« Bien sûr. »

J’étais allée dans la chambre de Fina. Il ne restait plus que quelques cartons laissés dans un coin et le lit en question.

« Juste un ? »

« Oui, Shuri et moi dormons ensemble. »

« Dans ce cas, tu dois demander à ton nouveau père de t’en acheter un autre. »

J’avais rangé le lit de Fina dans le stockage d’ours, puis j’étais allée dans la chambre de Tiermina et j’avais fait la même chose avec son lit.

« Dis, ton sac sans fond est assez étonnant, mademoiselle. Normalement, on aurait besoin d’un chariot pour transporter tout ça. »

C’est parce que c’était un article que j’avais obtenu de l’administrateur et/ou de Dieu — non pas que je puisse leur dire ça. J’étais allée dans chaque pièce et j’avais mis tous les gros meubles dans mon garde-meuble.

« C’est tout ce qu’il vous faut pour déménager ? »

La maison était vide.

« Oui, merci, Yuna », dit Tiermina.

La première phase étant terminée, nous nous étions dirigés vers la maison de Gentz.

J’avais souvent entendu dire que les hommes vivant seuls vivaient comme des ploucs et je me demandais bien pourquoi. Apparemment, Gentz n’avait pas échappé à ce stéréotype. Il savait depuis quelques jours qu’ils allaient déménager aujourd’hui, alors pourquoi n’avait-il pas fait le ménage ?

« C’est assez terrible », murmura Tiermina en regardant autour d’elle.

« Désolé », déclara Gentz avec une expression de chien de chasse.

« Yuna, excuse-moi, mais pourrais-tu emmener les filles dans la nouvelle maison ? »

« Bien sûr que je peux. »

« Fina, tu vas chercher les cartons pour ta chambre dans l’ordre devant nous. Je t’ai dit hier comment on allait partager les chambres, alors tu sais déjà quoi faire. J’ai aussi dans une certaine mesure nettoyé les chambres, mais je n’ai pas tout reçu, alors pourrais-tu finir ? Commence par donner la priorité aux zones de couchage. Une fois que tu auras terminé, je te laisserai t’occuper de l’organisation. Veille à nettoyer aussi les autres chambres. Je passerai quand j’aurai fini de nettoyer ici. »

Elle avait remis les clés de la nouvelle maison à Fina.

Ensuite, elle me regarda : « Yuna, je suis désolée, mais une fois que tu auras déplacé les affaires, pourras-tu revenir ici ? »

« Oui. »

« Alors, si vous trois pouviez faire ça, s’il vous plaît. »

Qu’est-ce que j’attendais d’autres que l’efficacité militaire de la mère célibataire de deux enfants ? Nous nous étions dirigées vers la nouvelle maison, qui se trouvait à mi-chemin entre l’auberge où j’avais séjourné auparavant et la guilde. Elle était plus grande que leur ancienne maison, mais ne semblait pas du tout poussiéreuse. Merci à Tiermina pour le nettoyage préalable.

« Yuna, peux-tu sortir les produits de nettoyage ? »

Je les avais sortis. Fina prit un seau et se dirigea vers la cuisine pour puiser de l’eau dans la gemme de mana.

« Yuna, peux-tu venir au deuxième étage ? »

Nous étions montées toutes les trois au deuxième étage. Fina vérifia la chambre de droite. Elle était large de plus de six tatamis, ce qui, pour ma sensibilité japonaise, était assez spacieux. Fina ouvrit une fenêtre pour aérer la pièce.

« Shuri, ouvre les fenêtres des autres pièces. Après avoir fait ça, pourrais-tu commencer à nettoyer ? »

Shuri fit un signe de tête et partit.

« Yuna, peux-tu placer les meubles ? »

Comme Fina me l’avait dit, j’avais commencé à poser les meubles et les lits. Même si je les posais légèrement au mauvais endroit, je pouvais utiliser la force d’ours pour les ajuster. À la fin, j’avais posé les boîtes avec les affaires de Fina et de Shuri par terre.

J’avais posé le lit, les meubles et les boîtes de Tiermina sur le sol de sa chambre, pensant qu’elle aurait ses propres idées sur ce qu’elle pourrait en faire. Je n’avais pas voulu sortir les petites choses.. J’étais retournée au premier étage, où la petite Shuri faisait tout son possible pour le nettoyer. J’avais déposé la table, les chaises, la vaisselle… dans la cuisine. Enfin, j’avais mis les restes dont je n’étais pas sûre dans une pièce inutilisée du premier étage.

« Fina, j’ai fini. Je retourne chez Gentz. »

« Merci beaucoup », dit Fina.

« Merci », dit Shuri.

« Assurez-vous d’y mettre de l’huile de coude, vous deux. »

Quand j’étais arrivée chez Gentz, il y avait une montagne de boîtes qui attendaient dehors. Cela semblait avoir été fait rapidement et dans la précipitation. Gentz semblait épuisé, mais avait suivi les instructions de Tiermina avec obéissance. Apparemment, il avait déjà été sermonné.

J’avais moi-même suivi les instructions de Tiermina, et bientôt les dernières affaires de Gentz étaient dans le stockage d’ours. Sa maison étant maintenant vide, nous nous étions dirigés vers leur nouveau domicile.

À l’intérieur, la montagne de choses était à moitié nettoyée. Fina et Shuri étaient venues quand elles avaient réalisé que nous étions de retour.

« Fina, Shuri, bon travail. »

« Mais ce n’est pas encore fini. »

« Ce n’est pas fini en un jour. Pour l’instant, assurons-nous d’avoir un endroit où dormir. Yuna, tu pourrais mettre tout ce qu’on peut déplacer manuellement, à part les meubles, dans la pièce du fond au premier étage ? Je vais te dire où mettre le reste. »

Nous avions mis en place les plus gros objets que nous avions apportés de la maison de Gentz, en les plaçant dans les coins des pièces où ils devaient être. Apparemment, Tiermina et Gentz trouveraient l’emplacement exact plus tard. Lorsque nous n’étions pas sûrs de l’emplacement d’un objet, nous le placions dans la pièce du premier étage où il se trouvait auparavant.

« On s’est assuré d’avoir un endroit où dormir, alors on s’arrête là. »

Tiermina était descendue du deuxième étage au premier.

« Fina, la cuisine est prête ? »

« Je suis désolée. Je n’ai pas encore nettoyé. »

« Ce n’est pas grave. Vous avez travaillé très dur, Fina, Shuri. Ce n’est pas de votre faute si un certain idiot n’a pas nettoyé à l’avance. »

« Désolé. »

Gentz baissa la tête.

« Le dîner va prendre du temps si on commence maintenant. »

« Pourquoi n’irions-nous pas manger quelque part ? » dit Gentz tout en espérant retrouver son honneur.

« On ne peut pas. Maintenant que nous vivons tous les quatre ensemble, nous aurons de nouvelles dépenses. Je n’ai pas d’argent de côté, et on ne peut pas utiliser tes économies pour quelque chose comme ça. »

« Mais il est trop tard pour commencer à cuisiner maintenant. Que comptes-tu faire ? »

Ils se regardèrent tous les deux avec insistance. J’aimerais qu’ils arrêtent de faire comme s’ils allaient divorcer dès le premier jour où ils avaient emménagé dans un nouvel endroit.

« Oh, d’accord. Je vais payer, alors allons manger quelque part. Ça marche, non ? », avais-je dit.

« On ne peut pas t’imposer plus que ce qu’on a déjà fait, Yuna. Nous sommes déjà reconnaissants que tu aies déplacé nos affaires. Cela nous aurait coûté d’engager des déménageurs, et le faire nous-mêmes nous aurait pris plusieurs jours. Nous ne pouvons pas manger au restaurant avec ton argent alors que tu as tant fait pour nous. »

Cela ne me dérangeait pas, mais je voyais bien pourquoi elle pensait ainsi.

« Dans ce cas, pourquoi ne pas faire un repas chez moi ? »

« Chez toi ? »

« Tu peux utiliser tous les ingrédients que tu veux, alors prépare quelque chose de bon. »

« Umm. Je suppose que ça devrait être bon ? D’accord ! Je vais te préparer quelque chose de délicieux. »

Soulagés d’avoir enfin trouvé un compromis, nous étions partis tous les cinq à la maison d’ours.

***

Chapitre 35 : L’ours prend un bain d’ours

« Peu importe combien de fois vous la voyez, c’est une maison impressionnante. »

Tiermina et Gentz étaient allés à la maison d’ours plus d’une fois maintenant. Après que j’ai sauvé la vie de Tiermina, celle-ci voulait me remercier à nouveau et voir Fina au travail, alors Fina l’avait amenée.

« Eh bien, je vais emprunter ta cuisine. Fina, peux-tu m’aider ? »

« Je vais aussi t’aider », déclara Shuri.

« Vas-y, c’est au fond », lui avais-je dit.

« D’accord, merci. Mais c’est nous qui devrions apporter les ingrédients. »

« Vraiment, ne t’inquiète pas. »

« On reçoit toujours de la viande de loup de ta part. La dette que nous te devons ne cesse de s’accumuler. »

Tiermina prit ses deux filles et se dirigea vers la cuisine. Gentz et moi avions décidé d’attendre dans deux chaises dans le salon.

« C’est une maison assez étonnante. Est-ce de la fourrure de tigre-loup ? », murmura-t-il en regardant autour de lui.

J’avais posé la peau de tigre-loup que j’avais obtenue la première fois que j’étais allée chasser avec Fina sur la cheminée. J’utilisais l’autre dans ma chambre à la place d’une couverture.

« Quand je t’ai vue pour la première fois, petite ours, je ne pensais pas que tu serais aussi incroyable », dit-il, comme s’il s’agissait d’un souvenir.

Plus d’un mois entier s’était écoulé depuis que j’avais changé de monde. Mon costume d’ours était devenu célèbre dans toute la ville. C’était un peu effrayant de voir à quelle vitesse je m’étais habituée. Je ne me sentais plus gênée.

« La fille ours. »

« Madame Ours. »

« Petit ours. »

« L’ours sanglant. »

Bien qu’il y ait eu une multitude de noms utilisés par les gens, ils se référaient tous à moi. Je ne pouvais toujours pas dépecer un animal, mais je m’étais habituée à vaincre des monstres. La vie de joueur m’avait bien préparée. J’avais rencontré Fina, et il y avait aussi des tonnes de choses intéressantes dans ce monde. Bien que je n’aie pas reçu de lettre ou de message du dieu/administrateur/quelqu’un depuis ce premier jour, j’étais reconnaissante qu’ils m’aient amené ici.

« Mais, mademoiselle, es-tu sûre de cela ? »

« Pardon ? »

« À propos de la maison. »

« Oh, à propos de ça. »

Comme cadeau de mariage, je leur avais acheté le terrain pour la nouvelle maison. Les économies de Gentz n’avaient servi qu’à la construction physique.

« C’est bon. C’est juste qu’après mon départ et ta mort, je ne veux pas voir ces trois-là dans la rue. Et tant qu’elles auront une maison, ça n’arrivera pas, pas vrai ? », dis-je.

« Hé, ne me rabaisse pas comme ça ! J’ai un bel avenir devant moi. »

« Alors, assure-toi de les protéger. Si tu ne le fais pas, tu sais ce qui va se passer, d’accord ? »

« Bien sûr. Je jure sur la tombe de Roy que je les protégerai. »

Gentz me dit que Roy était le défunt mari de Tiermina. Quand ils étaient jeunes, tous les trois avaient été dans le même groupe. Apparemment, ils s’étaient séparés quand Roy et Tiermina s’étaient mariés, et Gentz commença à travailler à la guilde. Plusieurs années plus tard, alors que Tiermina était enceinte de Shuri, Roy était parti faire une quête en solo et en mourut. Depuis lors, Gentz s’était occupé en cachette de la famille de Tiermina et, à un moment donné, était tombé amoureux d’elle.

Alors que j’écoutais Gentz parler du passé, Fina et Shuri avaient apporté plusieurs plats à la vapeur à la suite. Au final, Tiermina amena ensuite un plat principal imposant. Mon estomac parla pour moi.

« Merci d’avoir attendu. Nous en avons fait beaucoup, alors s’il vous plaît, mangez-en des tonnes. », dit-elle.

Tiermina et ses filles avaient pris place.

« Yuna, je suis désolée, mais on a fini par utiliser beaucoup d’ingrédients. »

« C’est bon. Encore une fois, je ne suis pas en manque de nourriture. »

« Ce frigo ours est génial. Les légumes et la viande ne dépérissent pas. »

« Je vais l’ajouter à la liste de mariage. »

Comme les frigos de ce monde ne fonctionnaient pas comme ceux du Japon, je venais d’en faire un moi-même après avoir acheté une gemme de mana de glace.

« J’aimerais beaucoup, mais nous te devons déjà beaucoup, et nous ne pouvons rien te donner en retour. »

« Si vous ne pouvez rien me donner en retour, alors je prendrai votre fille. »

J’ai jeté un coup d’œil à Fina alors qu’elle mangeait de la viande.

« Oh, tu es sûre que tu veux une fille comme ça ? »

Tiermina avait aussi regardé Fina.

« Elle est obéissante et adorable, travaille dur, s’occupe de sa famille, et sait cuisiner. Et, tu sais, elle peut écorcher un tigre-loup comme si ce n’était rien, ce qui est assez incroyable. »

Les baguettes de Fina avaient cessé de bouger.

« Ugh, peux-tu t’arrêter, maman ? Et toi aussi, Yuna. »

« Comment peut-on élever un enfant de dix ans comme ça ? » dis-je.

« Je pense que c’est ma faute. Parce que je suis tombée malade, je l’ai accablée. Elle a dû travailler plus dur que les enfants normaux. Elle s’est occupée de sa sœur et moi pendant que j’étais malade, a fait le ménage et a travaillé chez Gentz. C’est parce que je ne lui ai jamais permis de faire ce qu’un enfant devrait faire. », dit Tiermina.

« Je ne pensais pas que c’était une sorte de fardeau », déclara Fina.

« Un enfant de dix ans n’est pas censé être capable de penser comme ça. »

« Je n’étais pas la seule à travailler dur. Shuri m’a aussi aidée. »

Elle donna une tape sur la tête à sa sœur, qui avait travaillé si durement, alors qu’elle mangeait à côté d’elle.

« Tu as raison. Shuri a fait de son mieux aussi, hein ? »

Tiermina regarda ses filles avec joie.

Après avoir fini notre repas, Tiermina aida à nettoyer. J’étais allongée et j’avais bu un jus d’orange après le repas.

« Je suppose que nous devrions bientôt rentrer à la maison. »

Tiermina se leva de sa chaise.

« Il est déjà tard, alors pourquoi ne restes-tu pas ? J’ai les chambres. Et… »

J’avais regardé Shuri, qui s’endormait.

« Shuri a travaillé si dur pour aider au déménagement. »

Tiermina semblait en conflit.

« Hmm… On ne va pas te déranger ? »

« Et tu es toute poussiéreuse et transpirante à cause du travail de déménagement ? Ne serait-ce pas trop de rentrer chez toi maintenant et de devoir préparer le bain ? »

« Tu as raison. Dans ce cas, ça te dérangerait ? »

Il semblait que les bains étaient communs même dans ce monde, dans une certaine mesure. La plupart des gens en avaient, à moins qu’ils ne soient très pauvres. Vous pouviez facilement tirer et chauffer de l’eau avec un ensemble de gemmes d’eau et de feu. Comme j’avais préparé le bain pendant que Tiermina préparait le dîner, il était prêt à l’emploi.

« Vous devriez y aller toutes les trois. Je vous montrerai vos chambres plus tard. »

« On peut y aller ensemble ? »

Quand j’avais construit la baignoire, je l’avais faite grande, pensant que je pourrais l’utiliser comme un endroit pour laver Kumayuru et Kumakyu quand ils se salissaient. En fait, ils étaient toujours propres quand je les renvoyais et que je les convoquais à nouveau. Cela ne s’était donc jamais produit.

« Elle est assez grande pour trois. Fina, montre à tout le monde. »

« Yuna, tu devrais aussi venir ! Tu es d’accord avec ça, n’est-ce pas, maman ? »

« C’est bien, mais tu es sûre qu’on pourra toutes y entrer ? »

« Ça va aller. Le bain d’ours de Yuna est énorme. »

Fina ouvrit ses bras pour montrer la taille de la baignoire. Elle avait utilisé mon bain plusieurs fois après s’être salie en travaillant au dépeçage.

« C’est une baignoire pour ours ? »

« Tu comprendras quand tu la verras. »

Fina prit ma main et me tira de mon siège. Elle réveilla Shuri, qui avait bâillé légèrement et s’était aussi levée. Enfin, elle saisit la main de sa mère.

Avant de nous rendre au bain, j’avais regardé Gentz.

« S’il te plaît, n’entre pas. »

« Comme si je le ferais ! »

Nous nous étions dirigées toutes les quatre vers le bain.

« Déshabillez-vous ici », lui avais-je dit.

Au Japon, on aurait appelé ça le vestiaire. J’avais préparé des boîtes pour que chacun puisse ranger ses vêtements.

« Yuna… »

Tiermina me regardait.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Eh bien, c’est la première fois que je te vois sans ta capuche. »

« Tu ne peux pas voir mon visage même si je porte une capuche ? »

Quand je me promenais en ville, je la tirais très bas pour cacher mon visage, mais je la repoussais quand je parlais à des gens que je connaissais.

« Je peux le voir, mais tu sembles complètement différente sans elle que lorsque tu la portes. Je ne pensais pas que tes cheveux seraient aussi longs. Les cheveux changent tellement l’apparence d’une fille. »

J’avais touché mes cheveux. Elle avait raison : on ne voyait pas mes cheveux longs quand je portais la capuche.

« Tes cheveux sont jolis, Yuna », dit Fina.

« D’accord, d’accord. Tu n’as pas besoin de me flatter, alors va juste dans le bain. »

« Ce n’était pas de la flatterie ! »

J’avais ignoré Fina, j’avais enlevé les vêtements d’ours et j’étais allée dans la baignoire, qui était assez grande pour contenir une dizaine de personnes. J’avais tourné un ours blanc et un ours noir à droite et à gauche de la baignoire : de l’eau chaude coulait de leur bouche. Je m’étais inspirée des dessins de sources chaudes que j’avais vus à la télévision — une ermite comme moi n’était bien sûr jamais allée dans une source chaude en personne.

« C’est vraiment un bain d’ours », dit Tiermina.

« Assure-toi de te laver avant d’entrer dans la baignoire. »

« Tu as aussi du savon… c’est presque comme un bain d’aristocrate. »

« Shuri, je vais te laver, alors viens par ici. »

Fina avait assis Shuri sur une chaise et l’avait savonnée, en commençant par la tête. Tiermina, apparemment déçue de ne pas avoir pu aider ses filles à se laver, me regarda.

« Yuna, je te lave ? »

« Je peux le faire moi-même. »

« Mais n’est-ce pas difficile de laver tes beaux cheveux noirs ? Puisque c’est si long ? »

« C’est pénible, mais je peux le faire moi-même. »

Je m’y étais habituée au fil des ans. Je m’étais assise à côté de Fina et je m’étais savonnée. Shuri, qui était propre avant tout le monde, était déjà allée se baigner dans l’eau chaude. Au moment où Fina avait essayé de se laver, Tiermina l’avait attrapée et avait commencé à la laver. Finalement, nous étions toutes dans la baignoire.

« Yuna, tu as une belle silhouette. »

« Est-ce que j’en ai une ? »

Ma taille était fine, mais quant à ma poitrine…

« C’est dommage pour ta poitrine. »

C’était comme si elle avait lu dans mes pensées. Ma poitrine était à peine plus grande que celle de Fina, même si je ne savais pas trop comment me comparer à un enfant de dix ans.

« J’ai l’intention de me faire des courbes. Comme bam, shwoo, bam », avais-je déclaré. Il me restait encore quelques années pour grandir.

« Je me demande si c’est possible. »

« Pensez-vous que la mienne va grossir ? » dit Fina.

J’avais comparé Fina et Tiermina.

« Tu es libre de rêver. »

« C’est plutôt désagréable… »

Tiermina regarda sa propre poitrine, plutôt sobre. Elle avait pris un peu de poids par rapport à l’époque où elle était alitée, mais elle était toujours émaciée.

« Tu n’as pas à t’inquiéter, Fina. La tienne va grossir, contrairement à la mienne. »

« J’aimerais que la mienne soit de la même taille que celle de Yuna. »

J’avais serré Fina dans mes bras, ressentant une profonde affinité avec elle à ce moment.

Finalement, nous avions enroulé des serviettes autour de nos têtes et étions sortis de notre bain prolongé. Lorsque nous étions revenues dans la partie principale de la maison, nous avions aperçu Gentz assis là, tout seul, l’air solitaire. Quand il nous vit…

« Vous ! Vous avez pris énormément de temps ! »

Son cri traversa la pièce.

***

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