Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 2

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Chapitre 1 : Direction la nation commerciale du Nord

« Je pense que notre prochaine étape consistera à nous faufiler dans le duché de Schtraut », avais-je déclaré au cours du petit-déjeuner.

Ceux qui avaient préparé mon petit-déjeuner étaient nos captifs du royaume de Maluk. Ils avaient fait cela pour moi, leur ennemi juré le plus détesté, à cause des Essaims Parasites qui contrôlaient leur corps. Il était vrai que je n’étais pas de nature à les asservir de cette façon, mais compte tenu de tout ce que le royaume de Maluk avait fait, c’était tout simplement une juste rétribution.

Ce matin, mon repas était composé de bacon et d’œufs avec de la salade et un peu de pain à part. Ce n’était pas un petit-déjeuner luxueux, mais les ingrédients avaient tous été cultivés et élevés par les elfes.

« Le duché de Schtraut », demanda Sérignan, qui était en ma compagnie.

« Oui. Le duché est situé dans une position qui nous permet d’attaquer facilement. Il y a une région montagneuse entre nous, mais c’est quand même plus facile que d’attaquer le Royaume Papal de Frantz ou l’empire de Nyrnal. »

Si nous devions attaquer l’un de ces deux pays, il nous faudrait traverser la forêt des elfes, où se trouve notre base, pour les atteindre. Et comme les elfes étaient sous notre protection, je ne voulais pas transformer leur forêt en champ de bataille. Ce ne serait pas juste.

Il y avait un autre chemin que nous pouvions prendre pour attaquer Nyrnal — en traversant une grande rivière appelée Themel. Mais même si nous faisions construire un pont par les Essaims Travailleurs, ce type d’invasion serait un défi.

C’était pour ces raisons que j’avais jeté mon dévolu sur le duché de Schtraut.

Le duché se trouvait au nord-est du territoire du Royaume de Maluk. Il faudrait traverser une région montagneuse pour y arriver. Mais une fois que cela sera fait, il serait facile d’envahir le duché. Une fois le duché supprimé, il serait beaucoup plus facile pour nous d’attaquer le Royaume Papal de Frantz. Dans l’ensemble, c’était une cible très attrayante.

« Les gens de Schtraut ne nous ont pas encore fait de tort, mais si nous ne les remettons pas à leur place maintenant, nous pourrions bientôt nous retrouver à combattre sur notre propre territoire. De nombreux elfes et essaims seraient perdus dans la bataille. Nous devrions contrôler leur pays le plus rapidement possible. »

Jusqu’à présent, ma politique était de ne riposter que lorsque quelqu’un se battait avec nous… mais cette fois, je prévoyais une attaque préventive. Le duché de Schtraut ne nous avait pas combattus, mais sa position était problématique, cette terre était une voie directe vers le territoire de l’Arachnée. Si les habitants de Schtraut avaient quelque chose à maudire pour leur malheur imminent, ce devait être la terre qu’ils avaient choisie pour s’installer.

« Comme vous le souhaitez, Votre Majesté. Alors j’irai enquêter », dit Sérignan, qui acquiesça d’un signe de tête, apparemment convaincu.

« Je viens avec vous. »

« Mais c’est dangereux ! Le duché est en fait un territoire ennemi ! »

« Même moi, je veux être entouré d’humains de temps en temps. Et je vous ai rejoint quand nous sommes allés à Leen, vous vous souvenez ? »

Le fait d’être entouré de restes humains — enfin, plutôt de globes de chair — me faisait oublier ce que c’était que d’interagir avec des personnes vivantes. Je pensais que le fait d’être entouré d’êtres humains pouvait me permettre une sorte de réhabilitation sociale.

« En outre, je veux voir les choses de mes propres yeux. Je suis peut-être capable de tout voir à travers la conscience collective, mais je veux en être témoin par moi-même, juste pour être sûr. En outre, je veux être présente lors de toute négociation. »

Notre objectif n’était effectivement pas simplement de faire du repérage dans le duché. Il s’agissait d’explorer, de comprendre la situation et d’essayer de négocier avec les bonnes personnes. J’avais peut-être fait du duché de Schtraut mon objectif, mais cela ne voulait pas dire qu’il n’y avait pas de place pour la négociation. Je voulais déterminer si notre nation de monstres pouvait interagir avec les autres pays sur un pied d’égalité. Si rien d’autre n’était possible, le potentiel diplomatique était là.

« Mais quand même, ce n’est pas sûr », protesta Sérignan.

« C’est pourquoi je te demande de m’aider. Oh, Sérignan, mon cher chevalier… Tu me protégeras quoiqu’il arrive, n’est-ce pas ? »

« Bien sûr ! Et selon vos désirs, Votre Majesté ! »

Sérignan était d’une loyauté farouche et d’une dévotion sans faille envers une aussi mauvaise maîtresse que moi.

« Euh, que dois-je faire ? », dit Lysa en se joignant à la conversation.

« Tu devrais venir avec nous aussi. Tu peux utiliser la Mimesis, et ton habileté avec un arc s’est améliorée, non ? »

« Oui, je peux tirer des ficelles plus dures que je n’ai jamais pu le faire auparavant. Je pense que ma précision a aussi augmenté ! »

Maintenant que Lysa était devenue un Essaim, ses muscles étaient beaucoup plus forts, ce qui lui permettait de tirer avec des arcs beaucoup plus grands. Je l’avais déjà vue s’entraîner auparavant — la vue de flèches de la taille de carreaux de baliste frappant leurs cibles à 300 mètres de distance était étonnante.

« Et nous aurons probablement besoin d’une chose de plus pour compléter nos forces ici. »

À peine avais-je prononcé ces mots qu’un homme entra dans la pièce. À première vue, il ressemblait à un des habitants du Royaume de Maluk, mais ce n’était pas le cas.

Le visage de l’homme n’était pas du tout familier, et il semblait avoir une trentaine d’années.

« Qui est cet homme ? », demanda Sérignan, dirigeant un regard suspect dans sa direction.

« Permettez-moi de vous le présenter. »

J’avais fait un geste vers lui.

« C’est un Essaim Masqué. »

En termes de puissance de combat, un Essaim Masqué était identique à un Essaim Éventreur, mais il avait un coût de création deux fois plus élevé. En échange, cependant, il avait une capacité très importante.

« Essaim Masqué, défais ton Mimésis. »

Sur mon ordre, le visage de l’homme se fendit en deux, révélant deux crocs massifs. Des jambes d’insecte s’étendaient sur son dos, et ses — ou plutôt, ses jambes s’étaient transformées en une paire de dards venimeux. Une fois sa transformation achevée, il se tenait devant nous sous la forme caractéristique d’un Essaim.

« Aaah ! C’était un essaim !? », s’exclama Lysa.

« Effectivement, sauf que c’est un essaim capable d’utiliser le Mimésis. C’est une unité spéciale capable de se faufiler en territoire ennemi déguisé en unité ouvrière d’une autre faction et de provoquer des perturbations et le chaos de l’intérieur. N’est-ce pas tout simplement parfait pour notre prochaine mission ? »

La capacité spéciale de l’Essaim Masqué était le Mimesis. Sérignan et Lysa pouvaient aussi l’utiliser, bien sûr, mais les seules unités génériques capables d’utiliser le Mimesis étaient les Essaims Masqués.

Comme leur nom l’indiquait, ils se déguisaient en unités ennemies non armées et s’infiltraient dans les bases des adversaires, perturbant leurs opérations par toutes sortes d’attaques, y compris des attentats suicides. Cela les rendait idéaux pour des missions comme la nôtre, au cours desquelles il fallait se faufiler derrière les lignes ennemies.

« Donc, Sérignan, Lysa, moi-même et l’Essaim Masqué allons infiltrer le duché. Nous allons enquêter sur la façon dont les gens de Schtraut mènent leur vie, sur leur structure politique et sur ce qu’ils essaient de faire actuellement. Naturellement, nous allons aussi repérer leur terrain. Nous devrons trouver la manière la plus appropriée de pénétrer sur leur territoire. »

Nous devions après tout nous préparer à une éventuelle guerre avec eux. La suppression du duché pourrait être notre tremplin pour atteindre le Royaume Papal de Franz.

« Combien d’Essaims Masqués avons-nous ? », demanda Sérignan.

« Celui-ci nous escortera. De plus, nous aurons seize escouades détachées de quatre Essaims Masqués qui se faufileront également. Ils nous serviront de soutien au cas où nous en aurions besoin. Quoi qu’il en soit, nous jouerons le rôle de réfugiés du royaume en ruine de Maluk pour infiltrer le duché. Je ne suis pas sûre qu’ils nous accepteront aussi facilement, mais c’est notre meilleure chance de passer la frontière. »

Nous avions massacré presque tous les habitants du Royaume. Nous n’avions donc personne pour nous fabriquer des documents. Si j’avais su que cela arriverait, j’aurais fait préparer des documents qui nous auraient permis de passer dans un autre pays. Mais c’était plus facile de le dire après coup

« Quoi qu’il en soit, nous partons ce soir. Ainsi, nous atteindrons la frontière de Schtraut demain matin. D’ici là, préparez-vous pour notre mission, faites de votre mieux pour ressembler le plus possible à des réfugiés. »

Les Essaims Travailleurs m’avaient fait faire les vêtements les plus misérables et les plus modestes possible, et ils avaient enduit de boue l’armure de Sérignan, au grand dam de celle-ci. Lysa n’était pas sûre de passer pour une réfugiée de Maluk s’il était évident qu’elle était un elfe, alors elle s’était attaché les cheveux pour cacher ses oreilles.

Les Essaims masqués avaient revêtu des vêtements qui avaient appartenu à certains des citoyens de Maluk que nous avions transformés en boulettes de viande. Pendant ce temps, je m’étais mise au travail pour fabriquer tout ce dont nous aurions besoin pour notre mission. J’avais créé de nouveaux Essaims Masqués de différents sexes et apparences en préparation de cette tâche.

Heureusement, nous avions déjà beaucoup de chariots. Lors de nos attaques sur les différentes villes de Maluk, j’avais pris soin d’épargner les chariots et les chevaux au cas où nous en aurions besoin. Je savais que les mettre de côté s’avérerait utile tôt ou tard.

La nuit était tombée assez tôt, il était donc temps pour nous de partir.

☆☆☆**

Notre petit groupe était parti séparément des escouades des Essaims Masqués, mais nous étions tous arrivés à la frontière de Schtraut en même temps. Une seule route pavée permettait de traverser facilement la région montagneuse, et je l’avais notée mentalement au cas où nous devions la traverser à nouveau plus tard en plus grand nombre.

« Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous tout de suite ! »

Lorsque nous avions atteint la frontière, les soldats situés le long du poste de contrôle s’étaient approchés de notre voiture.

« Oui, en quoi puis-je vous être utile ? » demandai-je en affichant un sourire éclatant.

« Ne jouez pas au plus fin avec moi ! Le duché de Schtraut est au-delà d’ici ! Avez-vous un permis de passage !? », cria un homme qui semblait être le chef des gardes-frontières.

« Oui, eh bien… Nous avons tous fui le Royaume de Maluk, monsieur, donc nous n’avons rien de tel. Notre pays a été détruit si rapidement, nous… Oh, il a fallu tant d’efforts pour arriver jusqu’ici… »

Je m’étais effondrée, des larmes de crocodile glissèrent sur mes joues.

« Oh ! Eh bien, n’en dites pas plus ! Oui, nous avons entendu parler de ce qui est arrivé au Royaume. On dit qu’il a été détruit par une armée de monstres. La guilde fait tout ce qu’elle peut pour se pencher sur la question. Nous ne pensions cependant pas qu’il y avait des survivants. Je vais approuver votre passage avec mon autorité de chef des gardes-frontières. Je vous souhaite le meilleur, jeune fille. J’espère sincèrement que le duché deviendra votre seconde maison. »

Il nous avait ensuite délivré un permis de passage qui nous permettait d’entrer dans la ville la plus proche. Franchement, j’avais planifié l’opération avec la ferme intention d’entrer par la force, mais heureusement, on n’en était pas arrivé là. Et s’ils avaient pensé que nous étions des espions de Nyrnal ?

Dans mon monde, beaucoup de gens devenaient des réfugiés et leurs enfants devenaient rapidement de plus en plus nombreux, de sorte qu’ils n’étaient pas toujours autorisés à traverser les frontières. J’avais pris ce monde pour un endroit beaucoup plus froid et plus impitoyable que le mien, j’avais donc été surprise de trouver les gens ici étonnamment gentils. Une partie de moi espérait que je n’aurais pas à ordonner la mort du chef de la frontière.

J’ai dû tuer trop de gens qui m’ont déjà montré de la gentillesse.

« Marine est la première ville que nous atteindrons dans le duché, la carte indique que c’est une ville portuaire. Nous y passerons la journée et nous commencerons immédiatement à chercher des informations. Une fois que nous aurons trouvé une auberge, nous pourrons y laisser nos affaires et commencer à enquêter. Vous savez ce qu’on dit : le temps, c’est de l’argent. »

« Compris, Votre Majesté. »

Notre permis de passage comprenait évidemment toutes les villes de Schtraut, nous avions donc simplement payé un petit péage lors de l’inspection avant d’entrer dans Marine, notre première ville du duché.

Lorsque les gens avaient appris que nous étions des réfugiés du Royaume de Maluk, ils nous avaient témoigné une grande sympathie, en disant que nous avions de la chance de ne pas avoir été dévorés par des monstres. Cela m’avait laissé un sentiment de culpabilité.

« Regardez, Votre Majesté, c’est la mer ! La mer ! »

« Oui, c’est la mer juste là. Mais ne t’excite pas trop, Lysa. »

Marine, comme son nom l’indiquait, était une ville construite près de l’océan. Elle était située près d’un golfe et ses maisons parsemaient la côte en pente, donnant aux citoyens une vue sur les navires de commerce qui naviguaient en contrebas. L’abondance des navires était bien supérieure à ce que nous avions vu dans les villes portuaires de Maluk, ce qui prouvait à quel point ce pays était beaucoup plus prospère.

« Désolé. C’est juste que… Je n’ai jamais vu la mer avant. »

« Je m’en doutais. Je veux dire, tu as vécu toute ta vie dans la forêt. »

J’avais tourné mon regard vers l’océan.

« La mer est vaste et jolie, mais elle peut aussi être très dangereuse. Elle peut engloutir et tuer des gens trop facilement. »

« C’est un peu comme l’Arachnée. »

« Oui… On agit effectivement de même. »

La mer est tout aussi vaste et totalement connectée que l’Arachnée. Une fois réveillée, elle fait apparaître la ruine, entraînant tout dans sa profonde et sombre étreinte… Quelle comparaison frappante !

« Où devrions-nous louer des chambres ? », demanda Sérignan, interrompant mes réflexions.

« Normalement, je ne me soucie pas de l’endroit, mais cette fois, j’aimerais dormir dans un endroit agréable… Un endroit avec des lits confortables et une nourriture savoureuse. Cette ville ne semble pas avoir d’office de tourisme, je n’ai donc aucune idée de l’endroit où nous pourrions trouver un hôtel trois étoiles ou quelque chose comme ça. »

« Naturellement, un établissement sûr serait préférable. Nous ne pouvons pas permettre qu’il vous arrive du mal, Votre Majesté. Dois-je choisir une auberge pour nous ? »

« Vas-y, Sérignan. Tu as raison, nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers maintenant que nous sommes derrière les lignes ennemies. J’ai laissé ma propre excitation me monter à la tête. »

Il semblerait que le fait de marcher dans les rues remplies de passants et regarder le paysage urbain serein m’avait fait un peu trop baisser ma garde. C’était un territoire ennemi potentiel. Je devais faire attention aux portes, aux murs et aux gardes en patrouille, car il y avait la possibilité que j’assiège cette ville au final. Aussi malheureux que cela ait pu l’être, nous n’avions pas vraiment le loisir de faire quelque chose d’aussi gnian-gnian que de regarder l’océan.

« Alors je pense que l’auberge là-bas est un bon choix, Votre Majesté. Elle est grande, et nous pouvons facilement placer les Essaims Masqués à l’intérieur et autour du bâtiment. Les environs semblent également assez sûrs. »

J’avais regardé l’auberge que Sérignan désignait. Ce n’était qu’une des nombreuses auberges de la rue adjacente, mais celle-ci en particulier semblait être de la plus haute qualité.

« De plus, les chambres donnant sur la mer devraient nous donner une vue sur l’océan », ajouta-t-elle.

« Merci, Sérignan. »

Sérignan était vraiment gentille. J’avais de la chance d’avoir une femme aussi douce en tant que chevalier personnel.

***

Chapitre 2 : La guilde des aventuriers

Partie 1

Une fois que nous avions mis toutes nos affaires dans les chambres de l’auberge, nous avions rapidement commencé notre enquête sur Marine. Franchement, faire tomber cette ville semblait être du gâteau. Les murs n’avaient été construits qu’à titre de précaution contre les contrebandiers, et il y avait très peu d’hommes en patrouille. À part les soldats qui marchaient pour maintenir la paix, la protection de la ville consistait en une seule compagnie d’hommes en garnison le long des murs.

Aucun d’entre eux ne semblait prévoir que cet endroit pourrait devenir un champ de bataille. Étant donné que leur voisin occidental venait de tomber, j’avais eu l’impression qu’ils étaient négligents, qu’ils ne se demandaient même pas quand les monstres pourraient se montrer sur le pas de leur porte.

Cela dit, les soldats semblaient travailler à renforcer les défenses de la ville au mieux de leurs capacités. Ils transportaient des matériaux de construction sur les murs, mais cela n’allait pas suffire. Il était clair qu’ils manquaient soit de personnel, soit de fonds pour le faire… ou peut-être des deux. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas comme s’ils n’étaient pas du tout préparés.

« Très bien, rassemblons des informations », dis-je, en conduisant Sérignan, Lysa et l’essaim masqué en ville.

« Des idées sur la façon dont nous devrions nous y prendre ? J’aimerais avoir une idée du terrain tout de suite pour pouvoir l’attaquer quand nous le voulons… mais d’un autre côté, nous devrions enquêter sur les affaires internes de Schtraut au cas où nous voudrions négocier avec eux plus tard. Où devrions-nous aller en premier ? »

Ce monde n’avait pas de journaux ni rien de ce genre. Les journaux étaient une source vitale d’information sur les affaires du monde, ne pas en avoir rendait donc les choses difficiles. Bon, ce n’était pas comme si j’aurais pu lire un journal si j’en avais un, étant donné que je ne pouvais pas lire les langues de ce monde.

« Je ne sais vraiment pas. Si c’était le village, tu pourrais demander à peu près n’importe quoi en allant dans la salle de réunion. C’était le seul endroit où tout le monde se réunit pour parler. », répondit Lysa en secouant la tête.

« Un endroit où tout le monde se réunit… Votre Majesté, peut-être devrions-nous aller dans une taverne ? », dit Sérignan.

« Une taverne… ? Oui, c’est ça. Ça a l’air prometteur. »

Cela dit, j’avais jeté un coup d’œil aux alentours.

Heureusement, j’en avais trouvé une assez facilement. Je ne pouvais pas lire les panneaux, mais l’image géante d’une choppe débordant de bière devant la porte disait tout.

« Entrons. »

« Comme vous voulez, Votre Majesté. »

J’étais entrée dans la taverne avec eux trois à la traîne.

« Hein ? »

Au moment où nous étions entrés, tous les yeux de l’endroit s’étaient fixés sur nous. J’étais habillée avec les vêtements de réfugié que les Essaims Travailleurs m’avaient confectionnés — la robe était encore très belle - et Sérignan et Lysa étaient assez jolies pour attirer le regard des autres femmes. Être le centre de l’attention de tous était donc assez normal

« Ho là, mademoiselle… Savez-vous quel genre d’endroit c’est ? » demanda un petit homme assis près de la porte — probablement un nain.

« Je le sais. »

« Alors vous savez que ce n’est pas un endroit où vous devriez traîner, hein ? C’est ici que les adultes s’assoient pour discuter. Vous êtes un à trois ans trop jeune pour pouvoir vous asseoir ici avec les autres. »

« Oh, c’est ce que tu essayais de dire. »

Le nain disait qu’il était étrange qu’une fille comme moi vienne dans une taverne, étant donné que je n’avais que quatorze ans environ. Je n’y avais pas pensé, j’avais complètement oublié mon âge actuel.

« Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis en fait assez âgée pour boire. N’est-ce pas, Sérignan ? »

« Aye ! Je veux dire, oui ! Sa Majesté est très certainement en âge de boire. »

« Sérignan ! Tu ne peux pas m’appeler comme ça. Trouve un autre nom à utiliser ici, » lui avais-je dit tout en lui enfonçant un coude dans le côté.

« Hmm. Est-ce que “Mademoiselle” ferait l’affaire ? »

« Je suppose. Allons-y avec ça. »

Nous avions chuchoté pendant tout ce temps, en essayant de recoller les morceaux de notre couverture.

« Eh bien, de toute façon, vous l’avez entendue. Pouvez-vous nous laisser entrer pour qu’on puisse commander quelque chose ? »

« Eh, fais ce qui te plaît. Je me fiche que ta tête soit fichue parce que tu es devenue une ivrogne alors que tu viens à peine de sortir du berceau. », dit le nain d’une voix résignée avant de boire ce qu’il y avait dans sa choppe.

Je m’étais tournée vers mes compagnons.

« Prenons un siège près du comptoir. Gardez vos oreilles ouvertes, d’accord ? »

« Oui, Votre Majesté. »

Nous avions pris quelques sièges au bar.

« Qu’est-ce que ce sera, mademoiselle ? », demanda le barman et propriétaire apparent de l’endroit.

« Du vin rouge, s’il vous plaît. »

Pour être honnête, je n’avais pas besoin de l’avertissement du nain. Je n’étais de toute façon pas une bonne buveuse. L’âge légal pour boire chez moi avait été abaissé à dix-huit ans, alors j’avais déjà bu quelques verres… mais je n’avais jamais trouvé cela agréable. Peut-être que je n’étais pas faite pour ça. Pourtant, je devais au moins faire semblant de boire ici, à la taverne.

« Je vais prendre du lait », gazouilla Lysa.

« Et je prendrai de la bière », dit Sérignan.

Oh, j’aurais pu commander du lait à la place. Eh bien, zut. Pourtant, se rendre dans une taverne et commander du lait, c’est mal. Qu’importe.

Pour l’instant, il fallait simplement s’asseoir et écouter. À tout moment, quelqu’un pouvait être assez détendu par l’alcool pour dire quelque chose d’important.

« Avez-vous entendu parler du Royaume de Maluk ? », murmura le patron après quelque temps.

« Oh, oui, j’en ai entendu parler. Un pays entier vient d’être rayé de la carte. C’est une chose terrible », dit son compagnon.

Quand on parle du loup.

« Qu’en pense le duc ? Si les monstres marchent vers le nord, nous aurons un plus gros problème que l’Empire Nyrnal sur les bras. »

« Non, l’Empire Nyrnal est encore plus effrayant qu’eux. Ils disent que l’Empereur Maximillian est le vrai monstre. »

Hmm… Donc la relation de ce pays avec Nyrnal est franchement hostile. C’est une ouverture dont nous pouvons profiter.

« Les gens de la guilde des aventuriers ont la vie facile. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est d’espionner Maluk pour gagner un peu d’argent de poche. Schtraut peut aller en enfer, ils iront faire leurs affaires ailleurs, ces foutus voyeurs à gages. »

« Ne dis pas ça ! Ces aventuriers se mettent en grand danger. Il n’y a pas assez de gens pour faire toutes les quêtes que le pays doit faire. Et ce n’est pas comme s’ils partaient tous à Maluk. Et pourtant, Maluk a été saccagé par des monstres bizarres… Je tremblerais dans mes bottes si quelqu’un me disait d’aller enquêter dans le nid de quelques bêtes assoiffées de sang dont personne ne sait rien ! »

Il semblerait qu’une organisation appelée guilde des aventuriers fasse des recherches sur le royaume de Maluk. Je vais devoir m’assurer que tous les Essaims Éventreurs situés de l’autre côté de la frontière soient en état d’alerte. Ce serait mauvais de les voir enquêter sur nos affaires internes… Nous devrions fermer nos frontières.

« À la santé des voyous de la Guilde des aventuriers ! Gloire à ces salauds ! »

« Acclamations aux fous imprudents qui valsent dans le nid des monstres à la place de nos lâches chevaliers ! »

Les ivrognes levèrent la voix en trinquant sardoniquement et en tendant leurs verres.

« Cette guilde d’aventuriers a l’air intéressante. Tu en sais quelque chose, Lysa ? » avais-je demandé.

« Je n’en sais pas beaucoup, désolée. Mais des aventuriers se présentaient parfois dans notre forêt pour chercher des prisonniers évadés. Je pense qu’ils sont un peu comme des mercenaires ? »

« Et si on essayait de les rejoindre ? », proposa Sérignan.

« Ça pourrait être problématique. Nous sommes des réfugiés, personne ne sait qui nous sommes. », avais-je dit.

« Des réfugiés de Maluk, c’est ça ? »

Apparemment, le propriétaire de la taverne avait entendu une partie de notre conversation.

« Oui. Nous avons tous fui le Royaume de Maluk ensemble. »

« Cette petite dame en robe ne peut probablement pas faire grand-chose, mais vous deux avec l’armure et l’arc seriez bien à votre place à la Guilde des Aventuriers. Si vous n’avez pas d’autre source de revenus, je pense que la guilde pourrait être une option décente pour vous. »

J’avais noté mentalement qu’il me traitait d’inutile d’une manière si désinvolte. Quand même, ça valait peut-être la peine d’essayer.

« Où peut-on trouver la guilde ? » lui avais-je demandé.

« C’est dans la rue du Mémorial du Duc Sven. Il y a un grand panneau, vous ne pouvez pas le manquer. »

« Merci. Tenez, prenez ça. Vous nous avez beaucoup aidés. »

J’avais laissé tomber une poignée de pièces sur le comptoir, puis j’étais partie, les autres suivaient derrière moi.

« Nous allons nous pencher sur cette guilde d’aventuriers. D’abord, nous devons faire notre chemin dans leur organisation. Il est déjà trop tard pour s’y mettre aujourd’hui, mais allons-y demain. S’ils enquêtent sur ce qui est arrivé à Maluk, ils pourraient découvrir quelque chose que nous préférerions qu’ils ne découvrent pas. », avais-je dit une fois dehors.

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Sur ce, nous étions retournés à l’auberge ensemble. Les lits étaient confortables, la nourriture était délicieuse et la vue sur la mer était magnifique. Je m’étais rappelée à quel point j’étais satisfaite avant.

Merci, Sérignan. Tu as peut-être un talent caché pour trouver de bons hébergements.

***

Partie 2

Comme je l’avais dit à Sérignan et Lysa, nous nous étions rendus à la Guilde des aventuriers le lendemain matin. La fatigue de notre voyage m’avait obligée à faire la grasse matinée. J’avais fait de mon mieux pour garder le secret, mais mes deux plus proches compagnons l’avaient simplement noté avec un sourire.

Je suis désolée, vous deux…

« La guilde des aventuriers devrait être dans la rue du Mémorial du Duc Sven. »

Je m’étais déplacée dans les rues de Marine, à la recherche de l’établissement.

« Oh, c’est ça ? »

Après avoir descendu la rue avec le nom le plus long que nous ayons pu trouver, nous étions arrivés tous les quatre devant un grand panneau représentant une épée et un arc croisés. Apparemment, ils recrutaient des mercenaires ou quelque chose comme ça.

« Cela semble prometteur. Après tout, aucun des autres bâtiments voisins ne semble correspondre au profil recherché », fit remarqué Sérignan.

« Je me demande comment ce sera à l’intérieur », dit Lysa avec un soupçon d’anxiété.

« Il n’y a qu’une seule façon de le savoir. Nous allons entrer. »

Je m’étais avancée, Sérignan, Lysa et l’Essaim Masqué me suivaient de près. Soit dit en passant, l’Essaim Masqué était si silencieux que je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il pensait. La conscience collective ne m’avait pas vraiment appris grand-chose en termes d’émotions ou d’opinions. Je m’étais donc demandé s’il me reconnaissait vraiment comme sa reine, comme les autres l’avaient fait.

« Vous n’avez pas à vous inquiéter, Votre Majesté. Cet essaim suivra tous vos ordres. », me dit soudain l’Essaim Masqué.

J’avais été tellement surprise que j’en avais failli trébucher. Ouah, tu peux parler. C’est un soulagement.

« Très bien, on y va. »

Juste comme ça, nous étions entrés dans la Guilde des Aventuriers. En fait, il n’y avait rien de particulièrement inhabituel. À l’intérieur, il y avait une sorte de réception et des bureaux pour remplir de la paperasse, comme on en voit dans les bureaux du gouvernement.

Des gens de toutes formes et de toutes tailles remplissaient l’endroit, y compris des nains costauds, des femmes délicates et des hommes costauds. En plus de leurs apparences dissemblables, la diversité des armes et des armures qui leur appartenaient empêchait tout sentiment d’unité au sein de la foule.

Ce sont donc des aventuriers… Des soldats à louer. Nous n’en avions pas rencontré lors de notre conquête de Maluk, mais maintenant que je les voyais en personne — un fouillis désorganisé de gens avec des équipements mal assortis — ils ne semblaient pas constituer une menace. Honnêtement, je ne pensais pas qu’ils s’en sortiraient très bien s’ils se battaient en groupe.

« La guilde des aventuriers, hein ? » chuchotais-je, en regardant autour de moi.

« Bienvenue dans la branche Marine de la Guilde des aventuriers. Vous cherchez à entreprendre une quête ? », dit la réceptionniste en souriant.

« Non, nous ne sommes pas vraiment là pour des quêtes. Nous étions juste en train de regarder autour de nous. Sérignan, à quel point penses-tu que ces gens sont forts ? »

« C’est assez varié. Certains sont assez forts pour nous donner du fil à retordre, d’autres ne seraient même pas capables de battre un Essaim Travailleur. »

Sérignan et moi avions fait une enquête approfondie sur la guilde.

« Je vois qu’il y a des quêtes épinglées là-haut. Non pas que je puisse les lire… », avais-je dit

Malheureusement, si je pouvais parler dans la langue commune de ce monde, je ne pouvais pas la lire.

« Peut-être que nous pourrions travailler comme des aventuriers ? »

« Quoi ? Pourquoi devrions-nous le faire ? »

« Eh bien, mademoiselle, je pense que si nous devons enquêter sur les aventuriers, la création de liens pourrait être la meilleure façon de procéder. À cette fin, si nous travaillons comme des aventuriers, nous créerons naturellement ces liens, »

Sérignan n’avait pas tort, son idée était parfaitement logique. J’avais demandé si Lysa et l’essaim masqué étaient d’accord avec le plan par le biais de la conscience collective. Ils avaient tous les deux hoché la tête à l’unisson.

« Alors c’est décidé. Nous allons rejoindre la guilde. Quelle est notre première étape ? »

« Je pense que nous devrions nous inscrire à la réception. »

C’est ça. J’ai déjà repoussé la réceptionniste une fois, mais cette fois, nous devrions vraiment lui parler.

« Nous aimerions nous inscrire en tant qu’aventuriers », lui avais-je dit.

« Oh, bien sûr ! Je suis heureuse de pouvoir vous aider. Commençons par créer vos cartes de guilde. »

« Des cartes de guilde… ? Est-ce qu’on doit payer une cotisation annuelle pour rester membre ou quelque chose comme ça ? »

« Euh, non. Vous devez simplement accomplir un certain quota de quêtes, ce sera plus que suffisant pour vous garder. »

Chez nous, les cartes de membre avaient tendance à s’accompagner de beaucoup de dépenses et de procédures ennuyeuses. Je ne m’attendais certainement pas à ce que ce monde utilise un tel système.

« Très bien, alors. Allez-y, je vous en prie. »

« Merci, madame. Placez votre main sur ce cristal, si vous voulez bien. Cela produira votre carte automatiquement. »

J’avais senti une petite sonnette d’alarme se déclencher dans ma tête. Et si placer ma main sur ce cristal révélait ma véritable identité en tant que reine de l’Arachnée ? L’Essaim Masqué pourrait aussi être exposé. J’avais regardé le cristal avec suspicion.

« Hum, allez-vous vous enregistrer ? »

« Bien sûr. Mais… pouvez-vous m’expliquer quelque chose ? »

J’avais commencé, en alignant les questions dans ma tête.

« Tout d’abord, est-ce que cet artefact lit nos informations personnelles ? »

« Les seules informations personnelles qu’il peut discerner sont votre nom et vos statistiques. Les gens ont bien sûr droit à leur vie privée. »

Je vois. Cela ne devrait pas être un problème.

« Et il ne lit rien d’autre ? »

« Si nous avions un appareil qui pouvait lire plus que ça, le contrecoup aurait été sévère. Encore une fois, tout ce qu’il lit, c’est votre nom et vos statistiques. »

Oui, je suppose que si quelqu’un fabriquait un appareil capable de lire de force les informations personnelles d’une personne, la police ferait de réels progrès dans son travail. S’ils avaient utilisé quelque chose comme ça à l’époque où nous prétendions être des réfugiés à la frontière, nous aurions probablement dû faire couler du sang.

« Alors, allez-vous vous enregistrer ? » demanda-t-elle à nouveau, son exaspération étant évidente.

Je me sentais mal pour tous les problèmes que nous lui causions, la pauvre.

« Oui. Sérignan, tu y vas en premier. »

Sérignan s’était approchée du cristal.

« Il faut juste que je mette ma main ici, non ? »

« Oui, ça fera l’affaire. »

La réceptionniste regarda le cristal s’allumer et des lettres s’étaient gravées sur la carte.

« Alors, vous êtes mademoiselle… Sérignan, oui ? Vous avez des statistiques très élevées. Je pense que vous pouvez avoir une place dans n’importe quel groupe. »

« Je ne sers que la femme qui est à mes côtés. Je n’obéis à personne d’autre. »

« Je vois… »

Veuillez nous pardonner, madame la réceptionniste.

« Lysa, tu es la prochaine. »

« OK ! »

Lysa plaça une main sur le cristal.

« Hmm. Il est écrit que vous avez une agilité et une dextérité exceptionnelles. Est-ce que cet arc est votre arme principale ? »

« Oui, je ne vais jamais nulle part sans lui. »

« C’est logique. Il convient à vos statistiques. »

On dirait que Lysa avait aussi des stats élevées.

« Vas-y, Maska. Essaie. »

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Appeler l’Essaim par son nom complet pourrait potentiellement exposer son identité, j’avais donc rapidement décidé de raccourcir son nom en Maska. Cependant, sa carte de guilde indiquait clairement « Essaim Masqué ».

« Hmm. Monsieur… “Essaim Masqué” ? Un nom un peu bizarre. De toute façon, vos statistiques sont bonnes pour la furtivité, donc vous devriez faire un bon éclaireur. »

Le vrai nom de l’essaim avait été révélé, mais en retour, nous avions appris que ses statistiques étaient également élevées.

« Je suis donc la dernière. »

J’avais posé ma main sur le cristal tout en essayant d’ignorer le mauvais sentiment qui me tenaillait au fond de l’esprit.

« Mlle Grevillea, c’est ça ? Vos stats sont… un peu basses. »

« Soyez franche avec moi, madame. On parle de combien ? »

« Nettement en dessous de la moyenne. »

Aww, zut. Je le savais. Je ne peux pas utiliser une épée ou un arc comme Sérignan et Lysa. Je suis aussi faible qu’un civil sans défense.

« Cependant, votre intelligence et vos compétences de leader sont exceptionnellement élevées. Je suis presque sûre que vous avez établi de nouveaux records pour la guilde pour ces statistiques. En fait, ces compétences sont assez élevées pour que vous puissiez devenir général. »

« C’est exactement ce que j’attendais de vous, mademoiselle. »

Les éloges de Sérignan étaient riches en émotions.

« Impressionnant comme toujours. »

« Sérignan, toutes mes autres statistiques sont au plus bas. Ne me fais pas de compliments. De toute façon, notre inscription est-elle complète ? »

« Oui. N’hésitez pas à faire les quêtes que vous voulez. »

J’étais allée dans des magasins de location de vidéos ayant des règles plus strictes que cette guilde d’aventuriers.

« Oh, bien. Sérignan, choisis une quête pour nous », avais-je commandé.

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

D’un signe de tête, elle se dirigea vers le tableau d’affichage.

Elle choisit rapidement une quête ayant beaucoup d’étoiles imprimées à côté et revint vers nous sans hésitation.

« Sérignan, n’est-ce pas une quête vraiment dangereuse ? » lui demandai-je en faisant des grimaces à toutes les étoiles.

« Ça va aller. Nous pouvons nous en occuper. »

« Lysa, quel est donc le contenu de cette quête? »

« Hmm… “S’il vous plaît, exterminez les griffons qui infestent la périphérie de la ville. La récompense est d’un million de krans par griffon exterminé, et de trois millions de krans par griffon capturé”. »

Heureusement, Lysa pouvait lire la langue des humains.

« Des griffons, hein ? »

Si je me souviens bien, les griffons sont des monstres mi-aigle, mi-lion qui peuvent voler.

« Eh bien, cela ne devrait pas être un grand défi comparé aux anges. Prenons-la. »

« Alors je vais aller accepter la quête tout de suite ! » Sérignan cria en retournant à la réception en courant.

Apparemment, elle était très excitée à l’idée de combattre des griffons. Nous avions rempli tranquillement toutes les formalités et trente minutes plus tard, nous partions pour notre toute première chasse aux griffons.

***

Partie 3

Afin d’accomplir notre quête, nous avions fait un trekking aux abords de Marine. La région était calme et rurale, créant une atmosphère très paisible. Il était difficile d’imaginer que des monstres effrayants puissent surgir à tout moment.

« Où sont les griffons ? On m’a promis des griffons. », demanda Sérignan, visiblement impatiente de se battre.

« C’est ce que je veux savoir. Mais ce n’est pas un nid de griffons, donc ce n’est pas comme s’ils allaient être là tout le temps. », lui dis-je en haussant les épaules.

« Mais si c’est le cas, comment allons-nous les vaincre ? »

Sérignan pleurnichait adorablement.

Malheureusement, ce n’était pas le moment pour moi d’apprécier son charme.

« Ne t’inquiète pas, j’ai un plan pour les faire sortir. Nous allons nous en servir », lui dis-je tout en tendant mon pouce vers les deux vaches que j’avais amenées.

« Les vaches ? »

« Vois-tu, je me suis renseignée sur les griffons à la guilde, et apparemment ils préfèrent aller attaquer des voitures pour les chevaux et des fermes pour le bétail. Je me suis dit que le meilleur moyen de les attirer était d’utiliser des appâts. »

Alors que Sérignan avait évoqué la possibilité de tuer des griffons, j’avais posé à la réceptionniste des questions précises sur cette quête. Pourquoi les griffons infestaient les périphéries, comment les gens les chassaient habituellement, ce genre de choses. C’était comme ça que j’avais conçu mon plan pour les appâter.

« Les griffons devraient être affamés puisque tout le bétail a été retiré de la zone et que les chariots ont commencé à éviter cette route. Je suis certaine qu’au moins une de ces bêtes affamées va se jeter sur quelques bêtes fraîches. Attachons-les autour de… ici. »

À mon commandement, Sérignan attacha les deux vaches à une clôture le long de la route.

« Nous devrions nous cacher en aval des vaches. Lysa, tu as toujours ton arc ? »

« Oui, il est prêt. »

Merveilleux. On peut y aller.

« Alors, le reste dépend de vous. Faites comme bon vous semble. »

Cette humble plouk aux statistiques peu élevées va quitter la scène. Hmph.

« Je me demande comment sont les griffons », murmura Lysa pendant que nous attendions.

« C’est une sorte d’hybride lion-aigle, et ils sont gros. », lui répondis-je.

« En tant que chevalier, j’ai toujours voulu en combattre un », dit Sérignan avec enthousiasme.

« Je ne suis pas surprise. Le travail d’un chevalier est de tuer des monstres. »

En plus de sa profession, elle avait un esprit de compétition qui la poussait à vaincre les monstres au combat. Même la puissante Sérignan avait un côté enfantin.

« Vouloir tuer un griffon est-il vraiment si enfantin ? » demanda Sérignan en faisant la moue, ayant capté mes pensées à travers la conscience collective.

« Argh, désolée… Je veux dire, je suppose que collectionner des trophées dans le jeu est tout aussi enfantin. »

Quand j’y avais pensé, la soif de trophées de jeux vidéo et la volonté chevaleresque de chasser les monstres provenaient probablement du même désir enfantin.

« C’est un peu la même chose pour moi, mais dans mon cas, les trophées que je collectionne sont des pays que j’ai conquis. Et ce genre de trophées est beaucoup plus sanglant et dangereux à se procurer que les tiens », avais-je ajouté.

Je me déplaçais dans ce monde comme si c’était un jeu, je n’étais donc pas vraiment du genre à juger. Au contraire, j’étais probablement le membre le plus incorrigible et le plus mignon de notre groupe.

« Votre Majesté, j’entends des battements de cœur. Quelque chose de gros s’approche », dit Lysa, en gardant la voix basse.

« Ce sera probablement un griffon. Très bien, vous trois, préparez-vous. »

Quelques minutes plus tard, notre individu s’était révélé. Bien sûr, c’était un griffon. Comme dans les légendes, il avait la moitié supérieure d’un aigle et la moitié inférieure d’un lion. Il plongea et attrapa une vache dans ses serres, puis il s’envola, sa proie gémissant de douleur. Les griffes aiguisées du griffon s’enfonçaient dans la chair de la vache, laissant une traînée de sang coulant du ciel.

« Fais-le, Lysa. »

« Oui, madame ! »

Lysa prépara une flèche spéciale sur son arc long et visa le griffon. Un instant plus tard, elle tira.

« Skreee ! »

Le griffon cria et lâcha la vache, les deux tombèrent rapidement à terre.

« Ensuite, Sérignan ! Essaim Masqué ! »

« Bien ! »

Sérignan et l’Essaim Masqué sautèrent des buissons. La lame noire de son épée sainte corrompue et la hache que l’essaim masqué avait achetée à un forgeron se balançaient dans les airs.

Mon Essaim Masqué était vêtu d’une armure de cuir usagé, mais celle-ci n’était qu’une partie de son déguisement. Son exosquelette protecteur, caché sous la mimésis, était beaucoup plus résistant. Le seul Essaim qui portait vraiment une armure était Sérignan.

« Skreeeah ! »

Le griffon s’était débarrassé de la douleur de la flèche, ou peut-être cessa-t-il de la sentir alors que son sang était rempli d’adrénaline. Il déploya ses ailes de façon menaçante pour ses attaquants. Ce spectacle féroce et primitif correspondait presque à celui des anges que nous avions combattus au royaume de Maluk.

« Hiyaaah ! »

Sérignan poussa un cri de guerre, frappant avec son épée sur le cou du griffon.

« Skree ! Skreeaaah ! »

Le griffon esquiva le coup de Sérignan et riposta de son grand bec.

Mais la contre-attaque était trop lente pour toucher Sérignan, qui avait fait une culbute en arrière et lui frappa rapidement le bec avec sa lame, le fendant. L’Essaim Masqué frappa une de ses ailes en silence, mais ce fut un exploit difficile, étant donné le battement incessant du griffon. De plus, l’Essaim Masqué n’avait pas l’habitude de se battre sous forme humaine.

« Ah ! Il essaie de s’enfuir ! »

Le griffon battait des ailes, s’envolait dans le ciel et se dirigeait vers le sud. Lysa tira une autre flèche, qui s’enfonça dans le flanc du griffon. Mais la bête n’était pas tombée.

« Elle s’est échappée ! », s’exclamait amèrement Sérignan.

« Tout va bien », dis-je en regardant dans la direction où le griffon s’était envolé.

« Cette flèche a un truc spécial : elle dégage un arôme puissant que l’essaim peut suivre. Maintenant, nous pouvons le suivre jusqu’à son nid. »

« Incroyable… Vous seule pouvez être aussi préparée, mademoiselle. »

« Eh bien, je me suis dit qu’une créature ailée essaierait de s’envoler si elle le pouvait. Quoi qu’il en soit, commençons à la traquer. Essaim Masqué, si tu veux bien te donner la peine ? », avais-je dit, un peu gênée par son compliment.

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Contrairement à Sérignan et Lysa, qui avaient des organes sensoriels humanoïdes, l’odorat de l’Essaim Masqué était plus aigu et mieux adapté pour suivre le griffon.

J’espérais cependant que la randonnée ne serait pas trop longue. Je ne voulais pas me fatiguer trop vite, avec mes statistiques inférieures à la moyenne et tout le reste. Grrr.

« Il devrait être droit devant. »

Après une quarantaine de minutes, nous avions finalement trouvé ce qui semblait être le nid du griffon.

« Je suis crevée… »

J’étais vraiment épuisée. Le nid de la bête se trouvait dans une grotte au sommet d’une montagne assez haute. L’ascension avait donc été assez difficile. Rien que de penser au retour, j’avais envie de pleurer.

« Est-ce que ça va ? », demanda Sérignan, l’air inquiet.

« Pas vraiment. Finissons-en avec ça. »

Les cinq minutes qui suivirent furent remplies par les cris du griffon et le bruit du métal qui s’entrechoquait.

« C’est fait, Votre Majesté. »

Sérignan m’avait présenté la tête sans vie du griffon.

« Bon travail. »

« Nous avons aussi trouvé trois poussins dans le nid », avait-elle ajouté.

« Hmm, vraiment ? Et qu’en est-il d’eux ? »

« Ils étaient encore jeunes, je n’ai donc pas pu me résoudre à les tuer. »

« Ce n’est pas bon. Pas bon du tout, Sérignan. »

Ils étaient peut-être jeunes maintenant, mais ils allaient finir par grandir et menacer le bétail de la région. De plus, ils pourraient même s’attaquer aux humains parce que nous aurions tué au moins un de leurs parents.

« Écoute-moi bien, Sérignan. Tu as maintenant deux options. Un : tu y retournes et tu tues les poussins. Deux : tu les prends sous ta protection, tu les ramènes avec nous, et une fois qu’ils auront grandi, tu les mets dans le four de conversion et tu les transformes en essaim. », avais-je dit.

L’idée d’avoir des essaims de Griffons était très séduisante.

« Je vais prendre sur moi de les élever. Les Griffons sont des créatures puissantes, donc je suis sûre qu’ils feront un ajout précieux à nos rangs. », avait conclu Sérignan.

« C’est donc ça. Ils sont sous ta responsabilité, d’accord ? »

Avec cela, nous avions accompli notre première quête d’aventurier : l’extermination des griffons.

***

Partie 4

« Heureuse de vous revoir ! Je suis surprise que vous ayez réussi à accomplir une quête aussi difficile juste après être devenus des aventuriers. Pas étonnant que vos statistiques soient si élevées ! », s’exclama la réceptionniste de la guilde.

À l’exception d’une rustre bien en dessous de la moyenne. Hmph.

« J’ai une question. Combien de temps faut-il généralement aux griffons pour arriver à maturité ? », avais-je dit.

« Les griffons ? Hmm… Je pense qu’il leur faut environ six mois pour atteindre l’âge adulte. C’est pour ça qu’ils sont si nuisibles. Ils grandissent si vite, que peu importe combien d’entre eux nous tuons… Ce n’est jamais assez. »

« Tu penses pouvoir t’occuper d’eux pendant les six prochains mois, Sérignan ? »

« Oui, ce sera une tâche simple. »

Les trois poussins que nous avions pris étaient actuellement cachés à l’auberge. Même s’ils étaient encore des bébés, leur appétit était hors du commun. À eux trois, ils avaient déjà réussi à dévorer un mouton entier.

« En tout cas, félicitations pour ce travail bien fait. Voici votre récompense d’un million de krans. »

Elle posa un grand sac de pièces de monnaie sur le comptoir devant nous.

« Eh bien, eh bien… Cela pourrait beaucoup nous aider à long terme. »

Vous savez, toute cette histoire « d’aventurier » n’est peut-être pas si mal après tout.

« Pardonnez-moi de vous interrompre, mademoiselle, mais je sens que les gens nous regardent », murmura Sérignan en me faisant un signe.

« Oh, ça doit être des aventuriers de cette guilde. Nous avons manifestement éveillé leur intérêt… comme nous l’avions prévu. »

D’autres aventuriers avaient pris note de notre succès, ce qui nous permettait de nouer des relations et de tirer toutes sortes d’informations sans éveiller de soupçons.

Comme sur un coup de tête, un jeune aventurier vêtu d’une cotte de mailles s’était approché de nous.

« Dites, c’est vous qui avez tué un griffon ? »

« Oui, c’est nous », lui dis-je gentiment.

« Vous êtes incroyables. Ce genre de quête est vraiment difficile, donc personne n’a voulu s’en charger depuis un moment. Je n’arrive pas à croire que des débutants qui viennent de s’inscrire aujourd’hui aient pu le faire aussi facilement. D’où venez-vous tous ? », dit-il, les yeux brillants.

L’homme était trop familier, à la limite de l’impolitesse, mais peut-être que c’était juste la façon dont les aventuriers se comportaient.

« Nous venons du royaume de Maluk », lui avais-je dit.

« Maluk, hein… Mes condoléances. »

Son regard était devenu sympathique.

« En gros, vous êtes des réfugiés? »

« Oui… quelque chose comme ça », lui avais-je répété, puis je l’avais régalé avec notre histoire inventée de toutes pièces.

« De toute façon, que savez-vous du Royaume ? »

« Juste que les gens du duc ont fait des quêtes pour savoir ce qui s’est passé là-bas. Ils disent que Maluk est contrôlé par des monstres, alors ils ont envoyé des aventuriers pour vérifier l’endroit. Mais personne n’est revenu. Leurs corps ne réapparaissent pas non plus. Ça semble assez dangereux. »

Donc ils ne savent pas vraiment ce qui se passe à l’intérieur des frontières de Maluk… Mon blocage de la frontière semble porter ses fruits.

« Alors, une autre question. Diriez-vous que ce pays est en paix ? »

« On dirait bien, mais qui peut vraiment le dire ? La rumeur dit que l’Empire de Nyrnal exige le stationnement de troupes ici à Schtraut. Frantz fait aussi pression sur le duc pour qu’il rejoigne une sorte d’alliance. »

Hmm… Donc l’ombre de la guerre plane sur ce pays.

« Est-ce que Schtraut est en mauvais termes avec l’Empire de Nyrnal ? »

« Pour être franc, ma petite dame, ce sont des gens assez arrogants. Ils pensent que tout tourne autour d’eux et que le monde entier devrait être entre leurs mains. »

Alors l’Empire est plutôt hautain, hein ? J’ai l’impression que ce sont de mauvaises nouvelles.

« Oh, et Schtraut a aussi fait des provisions. Maintenant que j’y pense, peut-être que la guerre arrive. Il n’y a que deux raisons pour lesquelles un pays achète autant de fournitures : la guerre ou une catastrophe naturelle. », avait-il poursuivi.

Pourquoi ne pas dire cela dès le départ… ? Ils se préparent à tous les coups pour une guerre.

« Que pensez-vous que le duché va faire ? »

« Le Duc Sharon — c’est le leader actuel, si vous ne saviez pas — essaie d’éviter la guerre. Il ne veut combattre personne, ni les monstres ni Nyrnal. »

Je vois. Ils ne veulent pas prendre part à une guerre, mais ils se préparent toujours au cas où elle se produirait.

« Vous savez, si vous voulez, vous pourriez faire équipe avec mon groupe. Je suis sûr que nous pourrions nous attaquer aux quêtes de très haut rang si nous vous avions de notre côté. En fait, il y en a une en ce moment pour exterminer les manticores. Qu’en pensez-vous ? », avait suggéré l’aventurier.

« Bien sûr. Ça ne me dérange pas d’unir mes forces. Faisons-le. », avais-je dit d’un signe de tête.

☆☆☆**

Le groupe de l’aventurier nous avait informés qu’une manticore était un monstre au corps de lion et au dard venimeux à l’extrémité de sa queue. Les manticores étaient extrêmement dangereux et prenaient plaisir à la chair humaine. Elles étaient à peu près aussi difficiles à éliminer que les griffons, de sorte que la plupart des aventuriers n’entreprendraient pas une quête de manticore à moins d’être très confiants dans leurs compétences. À ce qu’il paraît, ce groupe ne s’était joint à nous que parce que nous avions tué un griffon.

J’avais l’impression qu’ils se servaient de nous, mais cela ne me dérangeait pas, car nous allions quand même gagner en renommée. Le problème était de savoir comment nous allions tuer une manticore.

« Y a-t-il un bon appât pour les manticores ? », avais-je demandé aux aventuriers qui nous accompagnaient.

« Une seule chose tend à les attirer, et c’est le sang humain. Une personne sert d’appât et verse un peu de son sang, puis toutes les autres s’attaquent à la manticore une fois que l’odeur l’a fait sortir. C’est de toute façon la tactique que les aventuriers utilisent habituellement pour la chasse aux manticores. Mais je pense qu’elles sont probablement plus faibles que les griffons, vu qu’elles ne peuvent pas voler. », avait répondu le type à l’armure plate, qui semblait être le chef du parti.

Du sang humain, hein ? Cela signifie que Sérignan et les autres ne peuvent pas être utiles.

« Est-ce que je dois donc me couper et faire couler du sang ? », avais-je demandé.

« Es-tu sérieuse ? Les manticores vont droit sur tous ceux qui saignent. »

« Mais je n’ai pas d’autre moyen de contribuer. Je vais faire couler un peu de mon sang, et vous pouvez me protéger avec tout ce que vous avez. Je ne veux pas non plus être le dîner d’une manticore, alors j’ai vraiment besoin de votre soutien. »

« Bien. Et bien, ne t’inquiète pas, tu peux compter sur nous. On te protégera quoiqu’il arrive. »

Le groupe qui nous escortait était composé du jeune homme en armure de plaque, d’un autre homme en armure de cuir et armé d’un arc, et d’une femme portant ce qui ressemblait à une robe de sorcier. Ce n’était pas un groupe imposant, mais leur expérience était fiable.

C’est vrai, l’expérience. C’était quelque chose que nous n’avions pas beaucoup quand il s’agissait de chasser des monstres. Après tout, nous étions en fait les monstres qui avaient détruit un royaume, et nous n’en avions pas encore rencontré de réels lors de notre défense de la forêt elfique. Au mieux, nous devions simplement nous occuper d’un gros ours de temps en temps.

En y repensant, le griffon nous avait fait faux bond lors de notre précédente quête. J’espérais que nous pourrions apprendre quelques techniques de chasse aux monstres de ces aventuriers sans avoir à courir après quelque chose de nouveau.

« Très bien, mettons en place notre formation. Nous allons garder notre petite princesse en sécurité, vous entendez ? Hé, la dame chevalier et toi avec la hache, vous allez former l’avant-garde avec moi. Bruno et euh, toi, l’archère… Vous vous tenez derrière nous. Bridgette, tu prends l’arrière. On va l’occuper à l’avant, alors frappez-le avec votre puissance de feu. Est-ce que tout le monde est prêt ? ! »

« Attendez. Ce positionnement met Mademoiselle en danger. Je devrais être posté à ses côtés. En tant que chevalier, il est de mon devoir de la protéger. », protesta Sérignan.

« C’est une mauvaise idée, madame. Toute notre opération va s’effondrer si tu fais ça. Si l’avant-garde ne tient pas l’avant et ne met pas en sécurité ceux qui sont à l’arrière, nous aurons tous de gros problèmes. Alors la chasse à la manticore ne sera pas notre plus gros problème. »

« Non. Je dois rester à ses côtés. »

Eh bien, si ce n’était pas une bévue. Je suis contente que Sérignan me soit si fidèle, mais à ce rythme, tout va vraiment s’effondrer.

« Sérignan, si tu veux vraiment me protéger, fait ce qu’on te dit. Nous sommes venus ici pour tuer la manticore. Si nous ne pouvons pas le faire, alors nous avons échoué, et cela va nuire à notre réputation. Plus important encore, si tu ne suis pas le plan, cela me mettra en danger. », lui avais-je dit.

« M-Mes excuses, mademoiselle ! »

Sérignan s’excusa abondamment puis se tourna vers les aventuriers.

« Je vais donc suivre vos instructions ! »

J’avais été reconnaissante de la voir faire marche arrière juste après lui avoir dit quelque chose. Au fond, Sérignan était une fille obéissante qui ne faisait pas trop d’histoires.

Elle est si mignonne.

☆☆☆**

« Alors, êtes-vous prêt ? »

« Je suis prête. »

Finalement, nous avions atteint la forêt où l’on disait que les manticores apparaissaient. Nous avions pris nos positions, avec le groupe de Sérignan devant et le groupe de Lysa plus loin. Tout le monde s’était caché dans les buissons, en attendant la manticore.

« Dois-je le faire ? », avais-je demandé.

« Vas-y », avait dit le chef du groupe.

J’avais tranché ma paume avec un couteau, laissant mon sang s’écouler sur le sol.

« Avons-nous vraiment besoin d’autant de sang ? », avais-je dit en souriant.

« Euh, non, la manticore capterait l’odeur d’une seule goutte de sang. Ce sont fondamentalement des petits gloutons voraces, ils prendront donc tous les risques possibles pour manger. », répondit Bridgette, la femme en tenue de lanceuse de sorts.

Des monstres gloutons qui sautent sur n’importe quelle occasion de manger, hein ? On dirait l’Arachnée.

« Reste près de moi. Si tu quittes ma zone et que tu te retrouves en danger, je n’arriverai peut-être pas à temps pour t’aider. », dit-elle d’un signe de la main.

« Oui, je sais. Je n’offre pratiquement aucune puissance de combat, donc je dépends de toi, Mlle… Bridgette. »

« Ne t’inquiète pas, je te couvre. Tu peux aussi laisser tomber le Mlle. Juste Bridgette fera l’affaire. »

« Entendu. Merci, Bridgette. »

Les mages nous avaient rendu la vie difficile pendant la guerre avec Maluk, mais ça ne voulait pas dire que tous les mages étaient des gens mauvais. Bridgette avait un comportement amical et digne de confiance.

« Tu as entendu ça ? » chuchota Bruno, l’archer en armure de cuir.

« Oui. Quelque chose se dirige par ici. », répondit Lysa d’un signe de tête.

C’est vraiment une elfe. Personne n’est plus fiable dans une forêt.

« Des pas lourds… Plus lourds que ceux d’un ours. C’est probablement une manticore. »

« Sans aucun doute. Il se dirige par ici, et il devient plus rapide chaque minute. Il sera bientôt juste devant nous. »

Finalement, j’avais aussi pu entendre des bruits de pas et un grondement grave venant de la forêt verdoyante. En effet, quelque chose s’approchait, et il ne faudrait pas longtemps pour qu’il soit devant nous.

« Elle est là… ! »

À peine le chef du groupe avait-il prononcé ces mots qu’un monstre bondit hors des broussailles. La créature ressemblait à un lion couvert de fourrure cramoisie, et la queue d’un scorpion s’étendait de son derrière.

C’était un manticore… et elle avait vraiment l’air aussi dangereuse qu’on le disait.

« Avant-garde ! Encerclez-la ! Arrière-garde, couvrez-nous ! »

Le groupe de Sérignan s’était jeté sur la manticore géante, qui avait répondu en montrant ses crocs aiguisés. Elle s’était abattue vers l’épée du chef du groupe en poussant son dard vers Sérignan et l’Essaim masqué. Naturellement, mes subalternes ne perdraient pas si facilement.

« Visez le dard ! Si vous l’enlevez, ce n’est qu’un lion ! »

« Haaaaah ! »

Sérignan s’était jetée sur la manticore, lui coupant la queue d’un seul coup. La manticore grogna de douleur et se prépara à frapper Sérignan dans sa rage. À ce moment, cependant, l’Essaim masqué intervint pour ne pas lui donner la possibilité de contre-attaquer.

« Maintenant ! »

Lysa et Bruno lancèrent leurs flèches. Ils tirèrent tous les deux le même type de flèche, mais celle de Lysa, boostée par sa force, pénétra profondément dans le crâne de la manticore, la rendant d’autant plus aveugle.

Avec une telle force, elle est elle-même un monstre.

« Magie, viens ! »

Bridgette déclencha une attaque magique pour l’achever, enveloppant la manticore dans les flammes. Les mouvements de la bête devinrent de plus en plus lents, et elle finit par s’immobiliser complètement.

Est-elle enfin morte ?

« Nous l’avons fait ! Nous avons gagné ! » acclama le chef du groupe.

« C’était un jeu d’enfant », murmura Sérignan, l’air insatisfait.

« Hé, tu es vraiment géniale. Tu viens de couper le dard de cette manticore comme si de rien n’était ! La plupart des gens ne pourraient pas rêver de faire un coup pareil. »

« Hmph. C’était comme si on coupait du papier. Je veux me battre contre un adversaire plus valable. »

Sérignan se retourna pour faire face à l’arrière-garde.

« Lysa et ta magicienne ont aussi donné les coups de grâce. »

« Et toi, ton habileté avec un arc était impressionnante. Tu as percé le crâne de la manticore avec une flèche ! Ça ressemblait honnêtement plus à un carreau de baliste à ce moment-là. », dit l’aventurier à Lysa.

« Vraiment ? Je l’ai juste coincée pour que tu puisses le frapper. », dit-elle timidement.

« Le coincer ? Pour de vrai ? Tu l’as littéralement cloué en place ! »

Lysa avait vraiment sa propre façon de voir les choses.

« Eh bien, je suppose que cela conclut notre quête de chasse à la manticore. Je suppose que ma prochaine question est… y a-t-il des monstres plus dangereux que les griffons et les manticores ? », avais-je demandé.

« Les griffons et les manticores ne vous suffisent pas ? Essayez donc les wyvernes de l’Empire de Nyrnal. On dit qu’ils sont plus effrayants qu’autre chose. Non pas qu’il y ait des wyvernes dans le désert, vous êtes donc en sécurité sur ce point. »

J’avais ressenti quelque chose à propos de ce qu’il m’avait dit.

« Hmm. Tu dis qu’il n’y a pas de wyvernes sauvages ? Alors où l’Empire de Nyrnal trouve-t-il ses wyvernes ? »

« Je ne sais pas. Peut-être qu’ils ont trouvé des œufs de wyverne et ont décidé de les garder pour eux tous seuls. L’Empire a trop de secrets, alors qui peut le dire ? »

Ça n’avait aucun sens. Pourquoi l’Empire de Nyrnal était-il le seul pays capable d’utiliser des wyvernes ?

« Je pourrais avoir besoin de mettre de côté un certain temps afin de vraiment penser à cet Empire », me murmurais-je.

« De toute façon, commençons par gérer ce manticore. Dépêchons-nous de retourner à la guilde et faisons-leur savoir que nous avons fini. »

« Bien sûr. Oh, mais pourrais-tu me dire ton nom d’abord ? Je ne t’ai pas encore entendu le dire. »

« Moi ? Je m’appelle Edgar. Ravi de te rencontrer, petite mademoiselle. »

Edgar m’avait fait un salut exagéré.

« J’espère qu’on pourra refaire une quête ensemble un jour. »

« Bien sûr, si on en a l’occasion. »

Sur ce, nous étions retournés à la guilde pour faire état de notre succès. Après avoir vaincu un griffon et une manticore en si peu de temps, notre petit groupe était devenu célèbre pratiquement du jour au lendemain. Cette notoriété était la clé pour obtenir ce que je recherchais vraiment.

***

Chapitre 3 : Haute société

Partie 1

Après l’extermination du griffon et de la manticore, nous nous étions attaqués à quelques quêtes plus difficiles. Grâce à cela, nous étions devenus célèbres non seulement à Marine, mais aussi dans tout le duché de Schtraut. Mais il s’était avéré que cela n’avait pas plu à tout le monde.

« Alors vous êtes les aventuriers qui nous ont volé la vedette ces jours-ci, hein ? »

Un jour, quand nous avions quitté l’auberge et nous étions dirigés vers la guilde, nous avions été acculés par un groupe d’hommes dans une ruelle. Ils portaient tous une armure de cuir bon marché et des expressions hostiles.

« Je ne sais pas si nous avons volé quoi que ce soit à qui que ce soit, mais nous sommes certainement des aventuriers », dis-je à celui qui nous avait interpellés.

« Ne joue pas les timides avec moi, mademoiselle. Toi et tes amis ici présents avez volé toutes les quêtes les plus difficiles, et nous autres, nous avons lutté pour trouver du travail à cause de vous. À cause de vous, la guilde ne fait que se remplir de quêtes vraiment difficiles. Vous comprenez ? »

Oh. Ils essaient de nous blâmer pour leur propre inaptitude.

« Et alors ? Trouvez donc un autre travail. Je suis sûre que des gens comme vous peuvent trouver plein de bons emplois. »

« Est-ce que tu nous regardes de haut ? ! »

Insatisfait de mon attitude, l’homme avait sorti une épée.

« Est-ce votre façon de dire que vous cherchez la bagarre ? »

Il fit alors tournoyer l’épée dans les airs.

« Je te donne juste une petite leçon, c’est tout. Tu apprendras peut-être à rester à ta place si je te découpe ton joli visage. »

« Sérignan, occupe-toi d’eux. »

« Selon vos désirs. »

Sérignan s’interposa entre moi et la bande de voyous.

« Alors tu veux y aller en premier, hein ? ! Tu l’as demandé ! »

Il leva sa longue épée…

… et un instant après, ses bras tombèrent au sol, coupés du reste de son corps.

« Aaaahhhh ! C’est quoi ce bordel !? »

Avant que quelqu’un ne puisse cligner des yeux, les têtes des cinq hommes qui avaient décidé de se battre avec nous volaient. Le trottoir avait été éclaboussé de sang frais.

De toute évidence, il n’y avait pas de survivants.

Leurs corps s’étaient effondrés sur le sol, en se tordant. La ruelle ressemblait à une scène sortie tout droit d’un film d’horreur.

« J’ai le sentiment que les gens vont continuer à se battre avec nous à partir de maintenant », avais-je dit en soupirant.

« S’ils ont envie de perdre la tête, ils n’ont qu’à essayer », cracha Sérignan.

Être célèbre, c’est sûr, c’est gênant.

« De toute façon, rendons-nous à la guilde. On doit se concentrer sur la collecte d’informations. »

Nous pourrions apprendre toutes sortes de choses à la guilde des aventuriers, par exemple, à quel point les citoyens de Schtraut connaissaient la situation dans l’ancien royaume de Maluk, comment les relations internationales avaient pu changer, ainsi que tout changement dans les affaires internes de Schtraut.

« Oh, bonjour, Mlle Grevillea ! Nous vous attendions ! »

Pour une raison inconnue, la dame de la réception nous avait accueillis avec un large sourire.

« Euh, y a-t-il une quête difficile et avez-vous besoin que nous nous en chargions ? »

« Non, non. Quelque chose d’incroyable est arrivé ! Une personne importante de l’état est ici, et il veut vous rencontrer ! »

Argh.

Est-ce qu’on s’était trop distingués ? Ou était-ce autre chose ? Un certain nombre de possibilités épouvantables s’étaient présentées à mon esprit, depuis le fait que nous nous en sortions trop bien malgré le fait que nous étions supposés être des réfugiés Maluk jusqu’au fait que nous avions des arriérés d’impôts.

Ou bien… Oh, non. Est-ce que Sérignan ne m’a pas appelée « Votre Majesté » une fois de trop ? Mais non, je pourrais juste dire que c’est un surnom, ça ne devrait donc pas être un problème. Si j’avais été une vraie membre de la royauté, mon nom aurait été exposé dès mon inscription à la guilde. Si j’étais le genre de princesse de conte de fées qui se présente déguisée et qui commence à faire le sale boulot comme par magie, je serais certainement une sorte de célébrité maintenant. Qu’est-ce que cette personne pourrait donc bien vouloir de moi ?

« Mlle Grevillea ? Est-ce que ça va ? »

« Oh, oui, je vais bien. Qu’est-ce que cet homme me veut ? »

« Je ne connais pas les détails, mais il semblerait qu’il ait fait un pas en avant pour encourager vos activités. Par ailleurs, le duché recrute parfois des aventuriers de premier plan dans ses rangs. En fait, la guilde a eu de nombreux cas d’aventuriers prometteurs qui ont servi notre pays. Pour autant que je sache, le gouvernement les fait chevaliers, mais c’est techniquement un titre noble. Passer d’aventurier à noble est une merveilleuse promotion ! »

Hmm. S’embrouiller avec ce pays signifie courir pas mal de risques, mais il y a aussi beaucoup à gagner.

« Oh, et il vous a aussi invité à un dîner après-demain ! C’est comme un rêve devenu réalité ! »

« Un dîner ? »

J’avais incliné la tête.

« Oui ! Il y a des dîners de temps en temps à Marine. Le chef de la guilde des marchands locaux et les hauts responsables de la ville — voire du pays tout entier — sont quelques-uns des gens que vous y trouverez. Il faut être noble ou vraiment célèbre pour obtenir une invitation, et tout le monde veut en faire partie. Une fille ordinaire comme moi ne peut qu’en rêver… »

Ce n’est donc probablement pas un dîner pour collecter des dons politiques.

« Rencontrez d’abord le fonctionnaire. Il pourra vous dire ce qu’il a à faire avec vous bien plus vite que moi. », dit-elle tout en faisant un geste de côté.

« Je suppose que oui. »

Se disputer à ce sujet ne me mènerait nulle part. J’avais pris mes résolutions et je m’étais avancée pour rencontrer cette… personne importante.

☆☆☆

« Mlle Grevillea, je présume ? »

Celui qui m’avait saluée était un homme d’âge moyen ayant une barbe impressionnante.

« Oui. Que me vaut le plaisir de vous rencontrer ? »

« Je ne peux pas dire que j’approuve beaucoup votre attitude, mais je l’autorise par respect pour votre position de héros dans la guilde des aventuriers. »

Quel vieil homme prétentieux ! Il me donne presque envie qu’il m’en donne pour mon argent dans ce service.

« Je suis le comte Basil de Buffon. Il fallait que je vous rencontre après avoir entendu parler de vos exploits. Cependant, je dois avouer que je suis un peu surpris. »

Il fit un demi-pas en arrière et regarda successivement Sérignan, Lysa, l’essaim masqué et moi-même.

« Votre groupe est presque entièrement composé de femmes, et pourtant vous avez réussi à vaincre un griffon et une manticore. Comme c’est curieux. »

Il était vrai que l’Essaim Masqué était le seul homme du groupe… bien que ce soit en fait une créature asexuée.

« Pourtant, je peux détecter une légère odeur de sang sur vous. Peut-être que mon esprit me joue des tours ? »

« Nous avons été forcés d’abattre un groupe de voyous qui avaient essayé de nous attaquer plus tôt. Cette ville manque vraiment d’ordre public, ce serait formidable si le gouvernement local pouvait faire quelque chose à ce sujet. Nous devons nous promener dans les rues armées juste pour nous protéger. », expliquais-je froidement.

« Vraiment ? Ça doit être pire que ce que je pensais. La criminalité parmi la classe inférieure est un problème depuis un certain temps déjà, mais de penser qu’il y a des voyous qui tenteraient de faire du mal à une charmante jeune femme comme vous… Je ne manquerai pas de dire au maire de faire plus d’efforts pour améliorer la situation. »

Le Seigneur Buffon ne semblait pas se soucier de savoir si le fait d’être attaqué de cette façon était une justification suffisante pour tuer quelqu’un en légitime défense.

« Eh bien, vous vouliez nous rencontrer, nous voilà. Êtes-vous satisfait, Seigneur Basil ? »

« Les aventuriers de nos jours sont vraiment très grossiers, non ? Pourtant, la robe que vous portez est divine. Elle doit avoir été faite par un artisan de première classe. »

Vous entendez ça, Essaims Travailleurs ? Vous êtes des artisans de première classe maintenant. Maman est si fière de vous.

« Pardonnez mon audace, mais pourriez-vous être une noble de Maluk qui travaille comme aventurier pour cacher son passé ? D’après ce que j’ai entendu, beaucoup de gens ont perdu la vie dans le Royaume de Maluk. Les responsables sont toujours en liberté, mais les gens disent que c’était une légion de monstres. Personne ne sait quel pays les a libérés. Si c’était l’Empire de Nyrnal, je peux comprendre que vous ressentiez le besoin de cacher votre passé. Tous les nobles survivants seraient probablement poursuivis par ces sauvages. », demanda-t-il.

« Non, je ne suis pas une noble. Je suis juste une aventurière ordinaire. »

« Mais je n’ai jamais vu une aventurière ordinaire porter ce genre de robe. Cela mis à part, ces trois-là doivent être vos escortes, n’est-ce pas ? »

Ce ne serait pas bon pour lui de me soupçonner d’être de la noblesse Maluk. Après tout, je ne savais presque rien du pays, nous étions simplement entrés et l’avions détruit.

« C’est vrai. Je suis un chevalier à son service », déclara Sérignan.

« Ah, c’est donc vrai. Oui, tout cela a un sens. »

J’avais réprimandé Sérignan à travers la conscience collective, l’exhortant à se taire et à ne rien dire qui peuvent nous attirer des ennuis. Honteuse, elle s’était un peu effondrée.

Tellement mignonne…

« Je ne vous demanderai pas quel genre de noble vous étiez ni quel titre vous portiez. Si l’on en croit les rumeurs, le royaume de Maluk est en ruines. La dernière chose que je voudrais, c’est de vous causer du chagrin en déterrant des souvenirs douloureux de votre patrie. Je laisserai les choses telles qu’elles sont jusqu’à ce que vos blessures soient guéries. »

Oh. C’est une bonne idée.

La prochaine fois que quelqu’un m’interrogera sur Maluk, je pourrai prétendre qu’ils déclenchent des souvenirs traumatisants. La façon dont cet homme avait effectivement renforcé ma propre couverture sans que j’aie à lever le petit doigt m’avait presque fait rire aux éclats.

« Au fait, j’aimerais vous demander quelque chose. Pas en tant qu’aventurier, mais en tant que noble du royaume de Maluk. »

« Bien sûr. Je vous écoute. »

Qu’est-ce qu’il y a encore ? Le dîner ?

« Je vais organiser un dîner après-demain, et je serais ravi que vous vous joigniez à nous. Les autres hauts responsables ont les yeux rivés sur vous après vos nombreuses réalisations, Mlle Grevillea. Ce serait bien si vous pouviez venir vous mêler au reste des invités. »

Alors, c’était vraiment ça… Mais je ne suis pas très douée pour ce genre de choses.

« Bien sûr, je serai là. Après-demain, c’est ça ? »

« Oui, pendant la soirée. »

« Pourriez-vous nous prêter deux robes et un smoking ? J’ai moi-même une tenue adaptée pour un dîner, mais pas ces trois-là. »

« Ce ne sera pas un problème du tout, ma dame. Je possède un magasin de vêtements, vous pouvez donc me confier ça. Si vous avez besoin de deux robes et d’un smoking, je vous les fournirai. »

Cool, alors nous serons tous habillés pour l’occasion.

« Où aura lieu la fête ? »

« Dans le salon d’apparat de la ville. Voici vos invitations. »

Lord Buffon en avait remis une à chacun d’entre nous.

« Très bien. Merci de vous être donné la peine de nous inviter personnellement. J’espère que nous pourrons animer la fête. »

« Oh, ne vous inquiétez pas pour ça. Votre seule présence est tout ce que je pouvais demander. Je veux juste que les invités aient un aperçu de nos plus célèbres aventuriers. »

Attendez, quoi ? Je suis quoi, une attraction vedette ?

« Bien. J’enverrai ces trois-là demain pour récupérer leurs vêtements. Combien vous dois-je pour ça ? »

« S’il vous plaît, vous n’avez pas besoin de me donner quoi que ce soit. Je vous ai après tout demandé de participer. Il est juste que je couvre la totalité de la dépense. »

Oh. Je pensais que ce vieux type était louche, mais peut-être que c’est en fait une personne décente. Recevoir un traitement aussi généreux me fait réfléchir à deux fois avant de détruire ce pays.

« Alors, retrouvons-nous au dîner. Oh, et voici l’adresse du magasin de vêtements. Suivez ces instructions, et vous arriverez à destination. »

Le Seigneur Buffon nota les instructions sur un morceau de papier avant de quitter les lieux.

« Lysa, tu peux lire ça ? » lui avais-je demandé.

« Oui. Il est écrit que la fête aura lieu au troisième bâtiment de la rue Glorieuse du Duc Louis. », répondit Lysa en regardant le bout de papier.

« J’ai compris. Bien, retournons sur nos pas pour l’instant, nous avons du travail à faire. »

Avec ça, j’avais fait sortir mes trois escortes de la guilde.

« Oh, Mlle Grevillea ! Que vous voulait-il ? »

Alors que nous nous apprêtions à partir, la réceptionniste bavarde m’appela.

« Il nous a demandé de venir au dîner. D’y venir en tant qu’invités », lui dis-je sèchement.

« Ouah ! C’est incroyable ! Je n’arrive pas à croire que des gens de ma guilde vont participer à une de ces fêtes ! Cela restera dans l’histoire ! Je vous encouragerai depuis les coulisses, Mlle Grevillea ! Continuez à faire du bon travail ! »

« Je ne sais pas si cela restera dans l’histoire, mais, euh, le chef de Schtraut sera-t-il présent ? »

« Hein ? Vous voulez dire le duc ? Sa Grâce fait parfois une apparition, mais pas toujours. Je ne peux pas vraiment le dire, bien que j’ai entendu dire qu’il a été très occupé ces derniers temps. »

Tch. Et moi qui pensais avoir une chance de négocier directement avec le responsable de ce pays.

« Merci pour l’information. Nous allons partir maintenant. »

« OK ! Assurez-vous de faire savoir à tout le monde que vous êtes de notre guilde ! »

Je me suis dépêchée de partir pour ne plus avoir à supporter ses bavardages incessants.

***

Partie 2

« Très bien, nous allons tous les quatre à ce dîner ! Nous devrions être en mesure de recueillir des informations que nous n’obtiendrions pas à la guilde, ce qui est une raison suffisante pour y assister. Je veux que vous saisissiez cette occasion pour recueillir toutes les informations possibles sur le duché de Schtraut, en particulier sur le climat politique actuel. Si vous apprenez quelque chose sur leurs relations diplomatiques, ce sera parfait. Le sort de l’Arachnée dépend de notre capacité à comprendre correctement leur statut international. », avais-je déclaré à notre retour à l’auberge.

Sérignan, Lysa et l’Essaim Masqué avaient fermement acquiescé à mes paroles. Bien. Ils comprennent à quel point la situation est importante.

« Le plus gros problème que nous avons est qu’ils pourraient découvrir nos vraies identités. Le Seigneur Buffon a mal compris les choses, mais prétendre être noble peut être un défi. Les nobles agissent parfois sérieusement comme les membres d’une société secrète. Un écusson de famille, une devise, nos relations politiques et personnelles… Ce sont des choses que nous ne pouvons pas fabriquer pour l’instant. C’est pourquoi, si on nous aborde sur l’un de ces sujets, nous allons dire que nous avons perdu nos souvenirs à cause d’un traumatisme. Est-ce que c’est clair ? »

« Oui, Votre Majesté. Nous pourrions certes chercher à imiter une famille noble existante, mais il serait dangereux de fonder notre action sur des informations aussi peu fiables. Il serait plus sûr pour nous de prétendre que nous souffrons de perte de mémoire, alors oui, faisons avec. », déclara Sérignan.

Si nous le voulions vraiment, nous pourrions demander aux essaims de Maluk de se pencher sur une vraie maison noble, mais cela risquerait de faire en sorte que quelqu’un les connaissant apparaisse, même de loin. Comme l’avait dit Sérignan, la solution la plus sûre était de feindre l’amnésie. Bien sûr, trop s’y fier pouvait éveiller les soupçons… mais c’était quand même la meilleure approche que nous avions.

« De toute façon, je vais donner à chacun de vous un rôle assigné. Sérignan, tu es mon garde du corps. Lysa va s’occuper du repérage. Essaim Masqué, désolé, mais j’ai besoin que tu nous assures une sortie. Que nos autres Essaims Masqués se déploient et se rassemblent autour de la salle de réception. »

Sérignan seule sera suffisante pour me protéger tandis que Lysa repérera les gardes du corps des autres invités. L’Essaim Masqué nous assurera une sortie. Je voulais que tous les Essaims Masqués que nous avions amenés dans la ville soient prêts à nous couvrir en cas de besoin.

Hmm… En y repensant, quelque chose ne semble pas normal ici. On a moins l’impression d’aller à un dîner et plus l’impression de se préparer à une opération spéciale.

« Nous avons cependant quelques problèmes. Premièrement, nous ne savons pas à qui nous adresser si nous voulons obtenir des informations utiles. Si nous nous renseignons au hasard, cela pourra paraître contre nature, mais nous n’avons pas d’autre choix que de prendre ce risque. Nous devons espérer que la personne avec laquelle nous engagerons une conversation est suffisamment importante pour savoir une chose ou deux. »

Nous ne connaissions ni les noms ni les visages des VIP du duché, nous n’avions donc aucun moyen d’obtenir des informations clés à un noble, à l’exception d’un propriétaire d’une petite guilde commerciale qui ne savait rien d’important. Ce n’était pas un jeu de rôle où nous pouvions parler à tous les PNJs — cela aurait juste l’air suspect. Nous devions nous concentrer sur quelques cibles prometteuses et nous en tenir à elles.

« Et notre autre problème est lié à vos tenues. Sérignan, peux-tu enlever ton armure ? », dis-je en poussant un soupir.

« Je vais essayer ! »

Elle ne portait pas exactement son armure rouge, elle faisait partie de son corps. L’enlever serait une tâche herculéenne. Pouvait-elle vraiment rentrer dans une robe ?

« Nnngh... ! »

Sérignan s’était concentrée au maximum pour essayer d’enlever l’armure. Enfin, les plaques se détachèrent, tombant sur le sol d’un coup sec.

« Est-ce que ça va, Votre Majesté ? », me demanda Sérignan, nue comme une nouveau-née.

« Sérignan. Tes seins sont plus gros que je ne le pensais. Et tu as un corps qui ferait un malheur. », murmurai-je à travers mes dents grinçantes.

« Tu es vraiment belle, Sérignan ! », s’écria Lysa.

J’avais toujours été mince et miteuse, mais le fait de n’avoir que quatorze ans n’avait fait que rendre mon corps encore plus informe. Mais le fait que Sérignan avait des seins plus gros que les miens m’avait frappée comme une tonne de briques. Ramper sous les couvertures et accepter que la mort par la chaleur de l’univers était assez tentant.

« V-Vous allez bien, Votre Majesté ? Dois-je me cisailler la poitrine ? » demanda Sérignan, sentant ma jalousie à travers la conscience collective.

« Non, ne le fais pas. Mais je te laisse gérer la partie séduction à partir de maintenant. »

Je vais mettre à profit les atouts inattendus de Sérignan.

« Maintenant, Lysa, peux-tu enlever tes vêtements ? »

« Oui, ils se détachent bien. »

Apparemment, malgré le fait que les vêtements que Lysa portait lorsqu’elle était entrée dans le four de conversion avaient fusionné avec son corps, elle avait pu les enlever sans problème.

« Essaim Masqué, et toi ? »

« Est-ce que ça ira ? »

L’apparence de l’essaim masqué s’était légèrement déformée, et il ne portait soudain plus que des sous-vêtements.

Un vrai maître de la mimésis. Je suis sûre que les choses se passeront bien.

« Bon, alors notre prochaine mission est d’aller vous chercher des vêtements de fête. Sérignan, je t’ai acheté des vêtements normaux à l’avance, alors porte-les quand tu sortiras. Lysa, fais attention à ce que tes oreilles ne se voient pas. Essaim Masqué… Je pense que tu t’en sortiras bien. »

« Oui. Pour recevoir des vêtements de ma reine… Je suis vraiment honorée, » dit Sérignan.

Je m’étais dit que Sérignan pourrait se retrouver nue si elle enlevait son armure, alors je lui avais acheté un ensemble de vêtements de tous les jours chez un tailleur, pensant que cela éviterait des complications plus tard. Il s’est avéré que j’avais raison.

« De toute façon, allez choisir vos vêtements de soirée demain. Préparez-vous en conséquence. C’est tout pour aujourd’hui. »

Mince. Je ne pensais pas que préparer des vêtements pour une fête serait si compliqué.

☆☆☆**

« C’est donc l’endroit dont le Seigneur Buffon nous a parlé. »

Nous avions tous les quatre suivi les instructions que le Seigneur Buffon nous avait données et avions finalement atteint son magasin.

« Il y a beaucoup de robes d’apparence coûteuse exposées. »

Lysa regarda la devanture du magasin avec des yeux pétillants.

« Eh bien, c’est le comte qui régale, alors choisis ce que tu veux », lui dis-je alors que j’entrai dans le magasin.

« Bonjour. Puis-je vous être utile ? » dit la commerçante.

Elle portait elle-même une robe légère, et elle nous parlait avec respect. Le niveau de service à la clientèle nous fit comprendre que nous étions dans un établissement de grande classe.

« Nous sommes venus ici sur la recommandation du Seigneur Buffon. Pourriez-vous nous aider ? »

« Oui, j’ai été informé de votre arrivée. Je serais honorée de rendre service à une amie du comte. »

Nous ne sommes vraiment pas ses amis.

« Parfait, cela m’évitera les explications superflues. Pourriez-vous nous faire visiter ? »

« Bien sûr. Par ici, s’il vous plaît. »

Sérignan et les autres avancèrent automatiquement. La tenue actuelle de Sérignan était une robe de soirée cramoisie. Elle ne lui allait pas très bien, mais elle l’aimait quand même. Étrange, vu que je n’avais pas un grand sens de la mode.

« Mlle Sérignan, quel genre de robe aimeriez-vous ? »

« Une qui soit facile à enfiler. Une robe que je pourrais porter en maniant l’épée. »

« Euh, nous parlons d’une robe de soirée, non ? »

« Oui, c’est ça. Si possible, j’apprécierais une armure autour de la poitrine et de l’abdomen. Ça ne me dérange pas si ça ajoute du poids. »

Apparemment, elle ne pouvait pas distinguer une robe d’une armure.

« Sérignan, arrête d’ennuyer les pauvres commis avec tes folles exigences. Pourriez-vous lui trouver une robe plus mature, s’il vous plaît ? Une qui a un certain décolleté et un dos ouvert. Je veux qu’elle soit la fleur la plus séduisante de la fête. »

« Compris. »

Une des employées s’était rendue dans le magasin avec elle pour lui trouver une robe appropriée.

« Et vous, Mlle Lysa ? Quel genre de robe cherchez-vous ? »

« Umm… quelque chose d’un peu plus simple que la robe que notre dame ici va porter. Je ne suis qu’une de ses servantes. », me dit Lysa timidement tout en me faisant un geste.

Je suppose que c’est le maximum qu’elle puisse faire.

« Très bien. »

À son signal, un autre commis fit entrer Lysa.

« Quant à vous, Monsieur Maska, celui-ci fera-t-il l’affaire ? »

« Oui. C’est parfait. »

L’Essaim Masqué avait été le premier à terminer ses préparatifs. Il se tenait devant le miroir, l’air tout simplement fringant en smoking.

N’es-tu pas un étalon ?

« Mlle Grevillea… Je vois que vous n’avez pas besoin d’une nouvelle robe. »

« Oui, c’est bon pour moi. »

Les Essaims Travailleurs m’avaient fait plein de robes magnifiques, je n’avais donc pas eu de problèmes sur ce point. Je portais actuellement l’une d’entre elles.

« Puis-je vous demander où vous avez eu cette robe ? »

« Celle-là ? Elle vient, euh, d’un tailleur du Royaume de Maluk, dans une ville appelée Leen. »

Mais ce magasin n’existe plus. Et tout ceci grâce à l’aimable autorisation de votre serviteur.

« Je ne vois aucune couture, et on dirait qu’elle a été découpée dans un seul morceau de tissu… et mince, cette texture ressemble à de la soie. De plus, son design est plus audacieux que tout ce que même les designers les plus imaginatifs du continent oseraient faire. De penser que l’endroit d’où vient cette robe a été détruit me brise le cœur. »

« D’accord. »

Si ces chevaliers n’avaient pas mis leur nez là où il ne fallait pas, les choses auraient été bien différentes. Oui, si cela n’était pas arrivé, je serais encore en train de me développer paisiblement en vendant des robes et en achetant de la viande. Si seulement ces voyous qui s’étaient fait appeler chevaliers ne s’étaient pas pointés et n’avaient pas brûlé mon précieux Baumfetter… Pourtant, les guerres éclatent toujours, même quand personne n’en veut.

« Mlle ! »

Sérignan était arrivée en courant du fond du magasin avec les larmes aux yeux.

« Regardez ce que cette femme essaie de me faire porter ! C’est honteux ! Je n’ai pas l’air d’un chevalier, mais d’une prostituée. » 

Sérignan portait ce qui était, il est vrai, une robe très racée. Elle était ouverte dans le dos et montrait beaucoup de décolletés, et sa moitié inférieure comportait une fente qui exposait ses cuisses pâles.

C’est génial.

***

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