Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 3

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Chapitre 1 : Un plongeon dans l’océan

Partie 1

J’avais conquis le duché de Schtraut. C’était une victoire construite sur d’innombrables morts : le duc Sharon, Basil de Buffon, les gens de la guilde des aventuriers… Aucun de ces gens n’avait mérité leur sort ni tous les braves petits Essaims qui avaient perdu la vie dans le conflit.

Mon Essaim ne craignait rien, beaucoup d’entre eux s’étaient lancés dans une mort certaine afin que nous puissions nous rapprocher de notre victoire. Leurs vies étaient des sacrifices nécessaires. Sans eux, nous n’aurions pas gagné.

De manière irritante, le duché était frontalier avec la grande puissance du sud — l’Empire de Nyrnal — par la forêt des elfes. De plus, il bordait le Royaume Papal de Frantz à l’est. J’avais réussi à creuser un fossé entre Frantz et Nyrnal pendant le Conseil international, mais après qu’un seul pays nous ait déclaré la guerre, une énorme cible nous avait été peinte sur le dos. L’autre grande puissance cherchait toujours à profiter du fait que nous étions pressés sur un front pour nous attaquer sur un autre.

C’était pourquoi j’avais fait du renforcement des défenses de nos frontières notre priorité. Les Essaims avaient construit des murs et érigé des tours de guet le long des frontières. Les Tours à Globe Oculaire étaient des structures défensives fixes qui attaquaient automatiquement tout ennemi qui s’approchait. De plus, elles surveillaient également leurs alentours et nous alertaient si une armée s’approchait de la frontière.

Pourtant, les frontières de Schtraut étaient terriblement vastes. J’avais une grande force d’Essaims Travailleurs qui commençait la construction, accompagnée d’Essaims Éventreurs pour les protéger, mais on ne savait pas quand ils finiraient de fortifier toute la frontière.

Nous avions commencé par travailler sur la frontière avec Frantz. À mes yeux, Frantz était la menace la plus immédiate, car il avait organisé l’armée alliée dans le but exprès de nous combattre.

Aujourd’hui aussi, d’autres tours de guet étaient en construction le long de la frontière.

Travail, travail, travail.

Pour l’instant, rien ne semblait entraver la mise en place de nos défenses. Peut-être que le Royaume Papal n’avait pas peur de nous, ou qu’il pensait que les murs seraient faciles à démolir. Mais même s’ils n’étaient pas faciles à casser, nos murs n’étaient faits que de pierres maintenues ensemble par la salive des Essaims Travailleurs, ils n’étaient pas indestructibles.

Mais s’il était possible qu’un mur puisse être attaqué, nous déploierons alors simplement des forces à l’endroit affecté. Les murs étaient là pour ralentir nos ennemis, pas pour les arrêter complètement. Entre les longues frontières que Schtraut tenait avec Frantz et nos propres frontières avec Nyrnal, les forces des Essaims étaient très dispersées. Cela signifiait que l’ennemi devait attaquer nos fortifications une à une. Et pendant qu’ils étaient retenus par les murs, nous mobilisions nos forces pour les intercepter.

Telle était la stratégie que j’avais décidée pour l’instant. En la revoyant dans mon esprit, je surveillais la construction des murs.

Travaillez, travaillez ! Construisez, mes amis, construisez !

« Votre Majesté ? »

Sérignan m’avait lancé un regard empli de doute alors que je tenais de tels propos dans ma tête sur les Essaims Travailleurs.

Aww, pas encore la conscience collective. Elle a entendu mon chant.

« Ignore-moi, Sérignan. J’étais juste, euhh, en train de m’enflammer. »

« Je… vois. »

Elle semblait encore dubitative, mais je n’y avais pas prêté attention. Après tout, la frontière était si longue que si je ne chantais pas dans ma tête, je ne pourrais pas rester saine d’esprit. Plutôt que de construire en ligne droite, j’avais fait en sorte que les Essaims Travailleurs décalent les Tours à Globe Oculaire pour que leurs lignes de feu se croisent.

Le jeu m’avait appris que la victoire revenait à celui qui faisait le premier pas, je m’appuyais donc rarement sur des structures défensives comme celles-ci. Ma mentalité en tant que joueuse d’Arachnée était de submerger l’ennemi avec des tactiques offensives, comme les ruées d’Essaims Éventreurs, plutôt que d’opter sur des choix défensifs.

En d’autres termes, l’Arachnée devenait beaucoup moins efficace s’il devait se concentrer strictement sur la défense. La faction était construite autour d’attaques incessantes, et la récompense pour les massacres était la chair de ceux tombés au combat, qui pouvait être utilisée pour créer des boulettes de viande afin d’augmenter ses rangs.

Se battre avec des structures défensives serait une erreur stratégique dans le cas de l’Arachnée, car cela limiterait la vitesse à laquelle elle pourrait augmenter ses effectifs et mettrait plutôt le rythme de la bataille entre les mains de l’ennemi. Si je n’avais mené que des batailles défensives avec l’Arachnée, je n’aurais pas gagné autant de parties que je l’avais fait. C’était logique, le jeu devait être équilibré, et aucune faction ne pouvait être invincible.

Cependant, étant donné notre situation actuelle, j’avais dû repenser notre tactique. Je n’avais essentiellement aucune information sur ce que l’ennemi complotait, surtout en ce qui concernait l’Empire de Nyrnal. L’Empire avait quitté l’alliance, c’était vrai, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il se mêle de ses affaires. Ensuite, il y avait eu ce discours sur les dragons — les wyvernes que seul Nyrnal pouvait soi-disant utiliser.

Les wyvernes étaient une sous-espèce de dragon, et j’associais les dragons à quelque chose de très spécifique… ce qui me donnait un très mauvais pressentiment. Jusqu’à présent, nous n’avions pas rencontré d’autres factions du jeu, mais cela ne voulait pas dire qu’elles n’étaient pas là quelque part. En supposant que les wyvernes n’étaient que des monstres ordinaires, tout irait bien. Mais si mes soupçons étaient corrects, et qu’il ne s’agissait pas de simples monstres, l’Arachnée allait être confrontée à un ennemi très menaçant.

C’était l’une des raisons qui avait fait que je m’efforçais de renforcer nos défenses. Nous gardions un œil vigilant sur ce que l’ennemi préparait et était prêt à faire. Nous devions probablement nous occuper de Frantz en premier, mais nous devions essayer de rassembler des informations sur leurs progressions. Ainsi, votre servante était actuellement engagée dans la tâche plutôt ennuyeuse de construire des fortifications frontalières.

Peut-être avais-je été optimiste en pensant que, si l’on disposait de suffisamment de temps, l’Essaim apprendrait à les construire lui-même.

« La frontière est sérieusement si longue… J’espère que nous avons assez de ressources pour construire tous les murs. »

La création de suffisamment de fortifications pour couvrir toute la longueur de la frontière nécessiterait beaucoup de ressources. J’avais ordonné aux Essaims Travailleurs d’abattre des arbres et de creuser des rochers, mais je commençais à douter que notre objectif soit réalisable.

Mes simples calculs m’avaient amenée à penser que nous en aurions assez pour les murs et les Tours à Globe Oculaire, mais une partie du terrain le long des frontières n’était même pas du terrain solide. Cela signifiait que certains des murs devraient être construits de manière tordue et en zigzag. Compte tenu des stocks de bois et de pierres que nous avions pour le moment, je n’étais pas sûre que ce soit faisable…

« Votre Majesté, puis-je dire un mot ? », criait une voix pendant que je calculais les chiffres.

C’était un des Essaims Éventreurs.

« Quelque chose ne va pas ? », avais-je demandé.

« Oui. Nous avons été attaqués par ce qui semble être une force ennemie. Nous avons réussi à les repousser, mais de justesse, et l’ennemi s’est enfui avec une partie de nos ressources. »

En répondant à ma question, l’Essaim Éventreurs transmit ce qu’il avait vu à travers la conscience collective.

« Ils… venaient de la mer ? »

Et voici ce que j’avais vu. C’était un groupe d’hommes débarquant d’un voilier de taille moyenne et montant sur des bateaux plus petits. Ils avaient ensuite ramé jusqu’aux rives d’une ville côtière que j’avais conquise. Malheureusement, la ville était pleine d’Essaims Travailleurs qui essayaient de reconstruire l’endroit et seule une poignée d’Essaims Éventreurs stationnait pour les défendre. Les Essaims Éventreurs avaient essayé de riposter, mais ils avaient été encerclés et rapidement vaincus.

Ils avaient cependant abattu quelques hommes appartenant à l’ennemi, et les quelques Essaims Éventreurs qui restaient avaient escorté les Essaims Travailleurs vers un lieu sûr. Pendant ce temps, les assaillants avaient fait un raid sur les entrepôts de la ville, volant les ressources que j’avais économisées pour débloquer de nouvelles structures. Après cela, ils avaient fui vers leur navire.

« Des pirates ? Sérieusement ? »

Les pirates étaient le seul type de personnes que je pouvais imaginer faire quelque chose comme ça. Cela correspondait à leur mode opératoire — ils apparaissaient de la mer, volaient les biens des autres et s’enfuyaient.

« Ils étaient trop négligents pour être des éclaireurs de Frantz. Ce sont probablement des pirates », avais-je conclu.

« Des pirates, vous dites ? Je me demande d’où ils viennent. Ce serait difficile pour nous de poursuivre un bateau de pirates, mais s’ils ont une place forte, nous pourrions peut-être organiser un débarquement. », s’interrogeait à voix haute Sérignan.

« Mais c’est ennuyeux. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un nous attaque par la mer. »

J’avais poussé un soupir.

« Nous pouvons couvrir les frontières avec toutes les défenses que nous voulons, mais tout cela est inutile si nous sommes exposés au grand large. Nous devons aussi envisager de fortifier les côtes maintenant. Aaah, ça me donne mal à la tête… »

J’avais pensé que fortifier nos frontières terrestres nous mettrait à l’abri, mais j’avais négligé d’envisager la possibilité que nos ennemis puissent simplement naviguer vers notre territoire. Alors que notre camp était maintenant capable de gérer des navires, nous n’avions qu’une poignée d’embarcations utilisables.

Nous avions réduit en boulettes de viande tous les charpentiers qui auraient pu construire ou réparer des navires, et l’Essaim ne savait pas comment les construire. Construire une flotte pour patrouiller les côtes n’était pas une option réalisable.

Même si nous pouvions quand même y parvenir, le seul d’entre nous qui savait comment mobiliser une flotte était Roland. Les autres membres de l’Essaim avaient appris de lui comment gérer un navire, mais il ne servait à rien d’essayer de leur faire absorber le savoir sur la façon de commander une flotte entière.

L’Arachnée était une force terrestre, un type d’armée fondamentalement différent. Je ne pensais pas qu’il était nécessaire que nous nous engagions dans une guerre navale. Ma seule expérience du contrôle d’unités aquatiques ou navales m’était venue de périodes où j’avais côtoyé d’autres factions. Ces expériences n’avaient pas eu beaucoup de succès, mon ratio victoires/pertes était toujours épouvantable par rapport à l’époque où je jouais avec l’Arachnée.

En d’autres termes, je n’étais pas du tout compétente en matière de combat naval.

« Que devons-nous faire, Votre Majesté ? » demanda l’Arachnée.

« Nous allons demander aux Essaims Travailleurs d’ériger des tours de guet le long des villes côtières et d’y poster des forces de réserve. Cela devrait les tenir en échec. »

« Compris, Votre Majesté. Selon vos désirs. »

L’Essaim Éventreurs fit son geste de loyauté et se prosterna.

« Sais-tu nager, Sérignan ? »

« Moi, nager ? Non, je ne sais pas. Mes excuses, Votre Majesté… »

« Je ne te blâme pas, je te le demandais simplement. »

L’essaim n’était pas bon quand il s’agissait de traverser l’eau, et Sérignan ne faisait pas exception.

« Mais c’est un tel gâchis. Nous avons conquis ces jolis rivages, et nous ne pouvons même pas aller nous baigner. »

Les mers de Schtraut étaient d’un bleu saphir très agréable, et il semblerait que ce soit un plaisir de s’y baigner. En plus, c’était le milieu de l’été, j’avais donc vraiment envie de me baigner.

Est-ce que c’est puéril de ma part, je me le demande ?

« Voulez-vous aller vous baigner, Votre Majesté ? »

« Oui, ce sera un changement de rythme agréable. Mais je sais que ce n’est pas le moment pour ça. »

« Si tel est votre désir, Votre Majesté, nous pouvons nager. Vous avez travaillé si dur tout ce temps, vous méritez certainement un peu de repos. Je vous en prie, allez-y, nagez. », dit Sérignan.

« Tu es étonnamment enthousiaste, vu que tu ne sais pas toi-même nager. Es-tu sûre ? »

Est-ce qu’elle s’amusera vraiment en venant avec moi si elle ne sait pas nager ?

« Mon plaisir n’est pas ce qui compte ici. Je vous ai simplement conseillé de vous reposer parce que je pense que c’est nécessaire, Votre Majesté. Vous avez l’air très fatiguée et vous vous êtes effondrée à plusieurs reprises pendant la guerre contre le duché. Je crois que vous méritez un peu de repos. »

Elle n’avait pas tort, j’étais plutôt fatiguée ces derniers temps. Le massacre de Maluk était une chose, mais les nombreux décès à Schtraut avaient pesé lourdement sur moi. Si les choses s’étaient passées différemment, les gens que nous avions tués auraient pu être nos alliés, cela me donna l’impression d’avoir perdu un ami.

***

Partie 2

« Vous ne devez jamais oublier votre cœur humain. »

Je m’étais souvenue des mots que cette personne m’avait dits. C’était à ce moment-là que j’avais réalisé que je possédais toujours mon cœur humain… et c’était pourquoi j’avais fait le deuil des habitants de Schtraut.

Mis à part les charges émotionnelles, je n’avais cessé de me battre, et j’avais même été empoisonnée deux fois ! Il était naturel que je sois épuisée à ce point, même si je n’avais pas remarqué que cela s’insinuait en moi.

Un regard dans le miroir m’avait fait comprendre que mon corps déjà mince était encore plus maigre qu’avant. Peut-être que Sérignan avait raison, et que j’avais besoin de changer de rythme.

« Très bien ! Alors, allons nager. Et comme tu ne sais pas nager, on peut aussi faire un barbecue. On jouera à la plage, et après on pourra retourner au travail. Je ne pense pas que l’ennemi nous attaquera à nouveau si tôt, et s’il le fait, nous le réduirons en chair à pâté. »

« Selon vos désirs, Votre Majesté. Nous allons commencer les préparatifs. »

Un plongeon dans l’océan, hein ?

Cela faisait deux ou trois ans que je n’étais pas allée nager. J’avais peur d’attraper un coup de soleil, mais c’était un souci mineur. En ce moment, je voulais me détendre et m’amuser avant de devoir retourner dans le monde sauvage de la guerre.

☆☆☆**

Très vite, nous nous étions retrouvés à la plage. L’eau bleue étincelante ne montrait aucune trace de monstres. Cela, ainsi que les belles dunes blanches, faisait de l’ensemble l’image même d’une station balnéaire. Je n’aurais jamais pu aller sur une plage comme celle-ci dans mon monde.

« L’océan est si beau ! », s’exclama Lysa.

« En effet. C’est dommage que nous ne puissions pas nager », dit Roland d’un signe de tête.

J’étais escortée par des Essaims Éventreurs et des Essaims Mascarades, ainsi que par Lysa, Sérignan et Roland.

« Pourquoi te caches-tu derrière, Sérignan ? Ne sois pas timide, viens voir la mer. »

J’avais appelé Sérignan.

« Mais, ma tenue, c’est… »

En remuant, elle jeta un coup d’œil derrière les rochers.

Le maillot de bain de Sérignan était un bikini assez audacieux que j’avais demandé aux Essaims Travailleurs de faire. Le tissu blanc complétait sa peau pâle et lui donnait l’air d’une femme mûre. Du moins en ce qui concerne sa silhouette.

Pendant ce temps, Lysa et moi étions en maillot de bain une pièce, également offert par les Essaims Travailleurs. Le mien n’était pas voyant, mais celui de Lysa exposait son dos au cas où sa mimesis s’effaçait et que ses ailes apparaissaient.

« Allez, ça te va bien, Sérignan. De toute façon, tu es la seule de notre groupe qui pouvait s’en tirer en portant quelque chose comme ça, alors sois fière de ce que tu as. »

« Euh, selon vos désirs, Votre Majesté… »

Avec ça, elle s’était traînée jusqu’à nous.

« Très bien, Lysa et moi allons nager. Toi et Roland pouvez rester à l’écart et profiter de votre barbecue. »

« Loin de moi cette pensée, Votre Majesté ! Je ne peux pas manger avant que vous n’ayez pris la première bouchée ! »

Qu’est-ce que tu peux être rabat-joie, Sérignan... Mais je suppose que c’est en partie ce qui te rend si mignonne.

« Bien, vous pouvez manger plus tard, alors. Allons-y, Lysa ! »

« Compris ! »

Lysa et moi nous étions approchées de l’eau, en plongeant nos pieds dans les vagues qui se retiraient.

« Ooh, c’est sympa et cool ! » s’était-elle écriée.

« C’est ta première fois à la plage, non ? Tu t’amuses bien ? »

Nous avions commencé à barboter, l’eau nous atteignant jusqu’à la taille.

« Oui ! J’aimerais pouvoir montrer ça à Linnet… »

« Oui… C’est ça. »

Les sentiments de Lysa pour Linnet n’avaient pas du tout diminué. La mort de Linnet était aussi la première de toutes les personnes qui m’étaient chères. Sa mort m’avait poussée à détruire le royaume de Maluk et nous avait menés là où nous étions aujourd’hui. Cela avait également été un tournant majeur pour Lysa.

« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ? Tu as été éloigné du village elfe pendant si longtemps. Tu dois avoir le mal du pays. », lui demandai-je.

« Non, je vais bien. Au début, marcher dans les villes et autres endroits si loin de la forêt me rendait anxieuse, mais vous avoir vous et Sérignan m’a beaucoup aidé. », dit-elle en secouant la tête.

Tu es une fille si courageuse, Lysa.

Moi-même, j’avais un peu le mal du pays. Je me demandais comment allaient mes parents, ce que faisaient mes amis, et comment les choses se passaient dans le jeu… Mais non, je venais à la plage pour laisser ces pensées s’envoler. Je les avais secouées et j’avais essayé de me concentrer sur le bon moment que je passe.

« Tu sais nager, Lysa ? »

« Oui, j’allais nager dans la rivière de temps en temps. »

« Alors, faisons la course. Le premier qui arrive à ce récif là-bas gagne ! »

Avec ça, j’avais commencé à nager rapidement vers le récif, avec Lysa qui s’était empressée de me suivre. La nage était tout simplement délicieuse, et je me sentais au sommet du monde. Le contraste entre la lumière chaude du soleil et l’eau froide remplissaient mon corps d’énergie. Toute la fatigue qui s’était accumulée en moi avait fondu.

« Aaah ! »

Ma tête heurta la surface. Je découvris alors que j’avais atteint le récif en premier.

J’ai gagné !

« Vous êtes rapide, Votre Majesté ! », s’exclama Lysa en me rattrapant.

« Comment aimes-tu ces pommes ? Très bien, rentrons et mangeons quelque chose. Tu dois avoir faim. », lui dis-je, en gonflant ma poitrine (manquante).

« Mm, pas vraiment. »

« Oh, c’est vrai. Tu ne manges pas. »

L’Essaim n’avait pas besoin de nourriture, mais il pouvait en apprécier la saveur.

« Eh bien, c’est très bien. Au moins, ça devrait avoir suffisamment bon goût pour que tu puisses en profiter. »

Sur cette note, nous avions toutes les deux nagé jusqu’au rivage.

« Comment était votre baignade, Votre Majesté ? », demanda Sérignan à mon retour.

« C’était amusant. J’aimerais aussi que tu y goûtes. »

« Oh, non. J’ai peur que la natation me dépasse… De toute façon, le barbecue a été préparé. Par ici, Votre Majesté. »

Sérignan insista sur le fait qu’elle ne savait pas nager, mais j’avais pensé que ce serait possible si elle utilisait sa Mimesis.

« Quel festin », avais-je lancé, un peu surpris.

Notre barbecue ressemblait à une grande fête étalée sur toute la plage. L’odeur du charbon de bois brûlé remplissait l’air, me mettant en appétit. Il ne manquait plus que l’arôme de la viande rôtie.

« Essaims Mascarades, Essaims Éventreurs, vous vous joignez à nous. »

« Nous le ferons si c’est ce que vous désirez, mais cela pourrait entraver notre veillée. »

« Ça ne me dérange pas. De toute façon, les seuls qui viendraient ici sont des pirates. »

C’est vrai, les pirates. D’où venaient-ils ? Avaient-ils une cachette à proximité où ils planquaient tout leur butin ? Je suppose qu’ils avaient probablement un drapeau noir avec un crâne dessus.

Dans mon esprit, les pirates étaient pratiquement des personnages de conte de fées. J’avais vu dans les actualités des histoires sur le problème des pirates en Somalie, mais je n’avais jamais entendu dire qu’ils constituaient une menace au Japon.

Pourtant, les pirates étaient un concept vieillissant qui appartenait au domaine du folklore : des hommes de mer sauvages, vaillants et imprudents qui construisaient des montagnes de trésors, se cachaient dans des forteresses secrètes et se battaient avec des coutelas. C’était ainsi que je les imaginais.

« De toute façon, faisons cuire de la viande », avais-je déclaré tout en balayant cette pensée.

« Voilà, Votre Majesté. Les brochettes sont prêtes. »

Roland et les Essaims Mascarades avaient embroché de la viande et des légumes ensemble. Nous avions placé une grille de barbecue au-dessus du feu et nous avions posé les brochettes dessus. Très vite, un parfum appétissant s’était répandu dans l’air.

« Ont-ils fini ? », me suis-je demandé à voix haute, en en ramassant une.

Je l’avais recouverte d’un peu de sauce barbecue maison et j’en avais pris une bouchée.

« Mmm… Délicieux. Aaah, un barbecue sur une belle plage… Quel bonheur ! »

Pendant un instant, j’avais pu oublier toutes les guerres.

« Vous devriez aussi en prendre une », avais-je ajouté.

« Je vais essayer. »

Sérignan s’était servie maintenant que j’en avais déjà pris.

L’Essaim n’avait pas besoin de nourriture, mais Sérignan, Lysa et Roland étaient tous humains à l’origine et donc capables d’expérimenter et d’apprécier la saveur. Sérignan aimait manger de la viande, et elle n’était pas difficile.

C’est une brave fille.

« Alors ? Est-ce que ça te plaît ? »

« Oui ! C’est délicieux ! »

Et bien qu’elle soit un essaim, Sérignan aimait vraiment manger. En la regardant, je m’étais souvenue qu’elle avait volontiers dévoré les sandwiches que j’avais faits il y a quelque temps. Cela me donnait envie de lui donner toutes sortes de plats. C’était le moins que je puisse faire pour ce chevalier diligent qui combattait en mon nom.

« Et toi, Lysa ? »

« Oui, c’est bon. Mais manger dans un endroit comme celui-ci est vraiment une tout autre expérience. »

Au départ, je pensais que Lysa et les elfes seraient opposés à la consommation de viande, mais il s’était avéré que les elfes de ce monde n’avaient aucun problème avec ça. Lorsque je visitais leur village, ils partageaient souvent avec moi leur viande préservée. Ils n’avaient pas le droit de chasser plus de viande qu’ils ne pouvaient en manger, mais cela faisait partie de leur croyance en la coexistence avec la nature.

Les elfes ne faisaient vraiment qu’un avec la nature d’une manière qui était complètement étrangère aux gens vivant dans d’autres sociétés. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi une race pacifique et saine comme la leur était considérée comme une tribu sauvage. Ils se contentaient de vivre dans la forêt et ne souhaitaient rien de plus que cela.

« Ce genre de nourriture ne sort pas de l’ordinaire pour toi, n’est-ce pas, Roland ? », demandai-je en me tournant vers lui.

« Non, mais manger sur la plage, c’est nouveau pour moi. »

Roland était à l’origine un noble, il était donc habitué à la cuisine de luxe, mais même lui n’avait pas l’habitude de faire un barbecue sur la plage. J’étais un peu déconcertée.

« Maintenant, le problème se trouve dans cette mer même… », avais-je murmuré.

J’étais venue ici pour ne pas penser à la guerre, mais mes pensées avaient dérivé toutes seules.

« Combien de navires avons-nous ? »

« Nous avons un grand voilier, deux navires de taille moyenne et une dizaine de navires marchands qui ne sont pas adaptés à la haute mer », répondit Roland.

Beaucoup de nos navires utilisables avaient été endommagés ou coulés lorsque nous avions débarqué à Doris, ne nous laissant qu’une poignée de bateaux utilisables. Nous n’avions que trois navires capables de se déplacer librement dans l’océan, ce qui signifiait que la recherche des pirates dans ces vastes eaux était effectivement impossible.

« Les Essaims Travailleurs ne peuvent-ils pas construire un navire ? », demanda Lysa.

« Ils n’ont aucune connaissance en matière de construction navale, je ne pense donc pas qu’ils en seraient capables. »

Même les Essaims Travailleurs, aussi compétents qu’ils soient, ne pourraient pas nous sortir de là. J’avais passé un certain temps à me creuser la tête pour trouver une solution.

« Je crois que j’ai une idée », avais-je enfin dit.

Fondamentalement, il nous fallait juste conquérir le fief des pirates. J’avais réalisé que ce serait beaucoup plus simple que je ne l’avais pensé au départ.

« Très bien, mangeons. Une fois que nous aurons fini de nettoyer ici, nous nous mettrons au travail sur nos plans contre ces pirates. »

On ne pouvait pas rester les bras croisés et les laisser piller nos ressources tout le temps. J’avais besoin qu’ils se calment et se tiennent tranquilles… et peut-être que nous pourrions sécuriser davantage nos côtes dans le processus.

***

Chapitre 2 : Les dépouilles du raid

Partie 1

« L’Albatros rentre au port ! La dame pirate Isabelle est de retour ! »

Un navire de taille moyenne naviguait vers Atlantica, le refuge des pirates. C’était l’Albatros, le galion appartenant à Isabelle Ismaël, une pirate de l’Atlantide. Elle avait souvent utilisé son navire pour attaquer les navires du Royaume Papal et du Duché, les dépouillant de leurs richesses avant de ramener le butin à Atlantica.

Les vents portaient le navire à travers l’entrée cachée d’Atlantica. C’était une petite grotte cachée entre deux récifs — un passage que personne ne saurait trouver à moins d’être familier avec les cartes nautiques de la région.

Après avoir navigué dans la petite grotte, l’Albatros jeta l’ancre à côté d’un quai secret utilisé uniquement par les pirates. Un groupe d’entre eux s’était précipité pour accueillir le navire qui arrivait.

« Alors, comment ça se passe à Schtraut !? », demanda l’un d’entre eux.

« L’endroit grouille de monstres ! », répondit un membre de l’équipage de l’Albatros en criant.

« Très bien, bande de salauds, descendez la marchandise ! », s’exclama Isabelle.

« Aye aye, madame ! »

Son équipage commença à transporter les marchandises volées à Schtraut de la cale de l’Albatros jusqu’au quai.

Isabelle avait encore une vingtaine d’années, mais elle se vantait d’avoir autant de cicatrices que la plupart de ses camarades plus âgés. De nombreux pirates avaient des cache-œil et des membres artificiels, et Isabelle ne faisait pas exception : elle avait un cache-œil au-dessus de son œil gauche. Cette blessure était la preuve qu’elle avait vu plus de quelques batailles dans sa vie.

Enfant de deux pirates, Isabelle était devenue orpheline à l’âge de douze ans après que ses parents se soient disputé un butin. Sa carrière de pirate commença par le balayage des ponts, mais elle avait vite appris à aider à la navigation du navire et était devenue un membre officiel de l’équipage.

Depuis lors, elle avait souvent combattu les forces navales de Schtraut et de Frantz. Elle avait gravi les échelons jusqu’au poste de capitaine grâce à ses compétences et à son courage. Une fois qu’elle avait obtenu son propre navire, elle réunit un équipage de subordonnés fiables et commença à se mêler aux autres capitaines pirates d’Atlantica.

Les femmes pirates n’étaient pas monnaie courante à Atlantica, mais ses cheveux courts et cramoisis lui donnaient une impression masculine et fougueuse. Associée à la luxure sauvage et désinhibée que la plupart des pirates exprimaient ouvertement, cela faisait d’elle un digne compagnon pour tout pirate masculin.

Tous ceux qui la méprisaient en tant que femme avaient le droit de goutter à son coutelas. Sa liste de victimes ne se limitait pas aux officiers de marine étrangers, tous ses compagnons pirates étaient également susceptibles de mourir de sa main s’ils ne lui témoignaient pas le respect qui lui était dû.

C’était peut-être une femme, mais elle n’était en aucun cas une fleur fragile. Isabelle ressemblait davantage à un prédateur sauvage prêt à massacrer sa proie sans pitié.

« Oooh ! Vous avez obtenu ça après un seul raid ? » s’exclama un pirate, surpris par la quantité de butin.

Parmi le butin se trouvaient des chandeliers et des ustensiles en argent, plusieurs types de pièces de monnaie et un certain nombre de pierres précieuses assorties. Les pirates qui regardaient étaient très excités en voyant le butin être mis dans des coffres et emporté.

Normalement, il faudrait des mois de pillage pour rassembler un tel trésor. La piraterie n’était pas un travail facile, car il fallait attendre longtemps entre les embuscades. Les pirates n’attaquaient pas souvent les ports, car ils étaient protégés par des armées, ils devaient donc généralement cibler des navires de commerce naviguant en solitaire.

Apprendre où et quand de tels navires pouvaient apparaître était plus facile à dire qu’à faire. Parfois, les pirates devaient passer des mois en mer, à lutter contre la faim avec de la nourriture dure et pourrie. Il n’était pas facile d’échapper aux attaques navales et de poursuivre des navires pleins de trésors.

« On dirait que tu as fait sacré pillage, hein, Isabelle ? »

Un homme regarda le trésor avec des yeux lascifs : Blasco Bartoli, le bras droit et le second d’Achille Alessandri, ici à Atlantica. Entouré de ses laquais, Blasco s’approcha du butin d’Isabelle au moment où il était emporté. Leurs expressions étaient toutes voilées par la cupidité, alors qu’ils s’en approchaient comme des requins affamés.

« Mais, ah, nous allons réclamer cette moitié au nom d’Atlantica », déclara Blasco, incitant ses subordonnés à chasser l’équipage et à s’emparer des coffres.

« Hein !? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ! La taxe d’Atlantica est censée ne représenter qu’un dixième de ce que je trouve ! Quand avez-vous décidé de la réduire de moitié ? ! », cria Isabelle.

« Geronimo et Mauro t’ont accompagné », répondit-il en inspectant soigneusement le trésor.

« Le bateau de Geronimo a été attaqué par un serpent de mer, et maintenant il est au fond de la mer. Mauro s’en est sorti de justesse. Ne te sens-tu pas mal pour lui ? Ta brillante idée de raid a faillit tuer quelqu’un. »

« Je n’en ai rien à foutre de ça ! Je suis passé par le même genre de danger pour réussir ce raid, et tout le monde savait dans quoi il s’engageait ! »

« C’est la première et la dernière fois qu’il y a un raid ici, madame. Je suis votre supérieur, et si vous ignorez mes ordres, vous allez devoir vous battre. Votre taxe est la moitié de ce que vous avez cette fois. On doit payer pour l’enterrement de Geronimo et la réparation du bateau de Mauro. »

« Merde ! Tu te prends pour qui ? »

« Allez, madame, laissez tomber », dit un des hommes d’Isabelle avec des mots d’encouragement.

« Laissez-les prendre leur moitié. Je suis sûr que le reste de l’équipage est aussi en colère. Ce n’est pas comme si nous n’avions pas été blessés en essayant d’obtenir ce butin. »

« Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme des pirates s’ils nous chassent d’Atlantica. La marine de Frantz nous attrapera, et nous serons de la nourriture pour les poissons avant que nous le sachions. Il vaut mieux abandonner la moitié de notre butin à la place… Maudit soit ce salaud ! », ajouta un autre compagnon de bord.

« Écoute, on se met en danger pour ça. La marine de Schtraut est kaputt, et on peut prendre tout ce qu’on veut, mais ces putains d’insectes continuent de ramper hors des boiseries. Un coutelas ne fait rien contre ces choses. Il vous faut au moins une arbalète. », s’exclama Isabelle.

Isabelle et ses hommes avaient rencontré et combattu des Essaims Éventreurs qui gardaient les villes portuaires. Ses coéquipiers avaient essayé de repousser les attaques des Essaims Éventreurs avec leurs coutelas, mais les lames n’avaient pas pu les blesser. Les pirates n’avaient réussi à les vaincre qu’avec des arbalètes et un gros marteau qu’ils avaient utilisé pour pénétrer dans l’entrepôt voisin. Ils avaient déjà perdu quelques hommes dans l’escarmouche.

« Ça va être une grande course maintenant. Tous les pirates de cet endroit vont essayer de faire un raid dans les villes portuaires de Schtraut. Franchement, je pensais qu’on ferait une grande course si on y allait d’abord… Mais ensuite, ce salaud de Blasco est venu et nous foutu dans cette merde. J’espère que ces putains d’insectes mangeurs d’hommes le mettront en pièces. »

Maintenant que les pirates savaient que les villes portuaires de Schtraut étaient faciles à dépouiller, ils se précipiteraient probablement en masse pour avoir une part du gâteau. Cependant, le duché ne disposait pas de toutes ces ressources. Le pays était en ruine et son économie était au point mort, si bien que les pirates ne pouvaient pas continuer à le piller indéfiniment. Ce qui en faisait une course au pillage selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Sachant que cela allait arriver, Isabelle s’était assurée d’être la première à débarquer afin de pouvoir faire un très gros pillage, mais ensuite Blasco lui avait pris la moitié du butin. Il était impossible de ne pas se mettre en colère. Elle était sortie et avait bravé une menace inconnue tandis que Blasco restait derrière, sain et sauf. Comment pouvait-il obtenir la moitié de ce qu’elle avait ? Une rage noire tourbillonnait dans son cœur tandis que les sous-fifres de Blasco emportaient le trésor.

« Hé, Isabelle. »

« Huh, c’est toi, Achille. Quoi, tu viens me piquer encore plus de butin sous mon nez ? »

« Non, j’ai juste pensé que tu pourrais être contrariée. J’ai prévenu Blasco que s’il essayait d’en prendre autant, tu pourrais sortir ton coutelas et lui trancher la tête. Mais il a quand même pris la moitié… Heh, qu’est-ce que je vais faire de lui ? »

« Ouais, c’est ça. Reprends-lui ce truc, mon vieux. Geronimo et Mauro ont peut-être eu des ennuis, mais on a aussi dû prendre des risques pour ça. »

« Non, ce n’est pas possible. Il a raison, nous devons payer pour les funérailles de Geronimo et le bateau de Mauro, et c’est toi qui en as profité, Isabelle. Les pirates de l’Atlantica ne font qu’un, nous survivons en nous aidant les uns les autres. Si ton navire faisait naufrage, nous paierions quand même pour le faire réparer. Laisse-le tranquille. Sur cette île, nous participons tous. », dit Achille en secouant la tête.

« Je ne peux pas dire que je vous ai déjà vu, toi ou Blasco, payer les funérailles de quelqu’un ou les réparations d’un bateau, mon vieux. Il n’y a que les petits gars qui paient pour ça, comme moi. Vous, les gros bonnets, vous êtes toujours trop occupés à vous asseoir et à récolter les bénéfices des autres. »

***

Partie 2

La colonie de pirates d’Atlantica était, en surface, une organisation coopérative, les membres s’aidaient les uns les autres à piller et à rassembler des ressources. Cependant, Achille et Blasco prenaient une partie des revenus de chacun sans partager les leurs. Ils payaient lorsqu’un pirate était blessé ou qu’un navire était endommagé, mais tout cela provenait des taxes que les pirates comme Isabelle devaient payer. En outre, l’argent que ces dirigeants fournissaient n’était généralement pas gratuit, mais prenait la forme d’un prêt avec intérêts.

Isabelle n’était certainement pas le seul pirate mécontent de cette situation. Les autres pirates avaient tous du ressentiment envers ce système oppressif. Alors que la quantité de butin augmentait, ils n’en voyaient pas beaucoup plus. Tout le monde, du capitaine le plus expérimenté au laveur de pont le plus bas, devenait progressivement plus amer à propos de cet état de fait.

« Je te dis de laisser tomber, alors fais ce que je te dis. Je suis le chef ici. », dit Achille avec fermeté.

« C’est vrai ? Très bien. Peu importe. »

Isabelle haussa les épaules.

« Bien, bien. Fais ce qu’on te dit, et tout ira bien. Travaille dur pour Atlantica, Isabelle. »

Avec un sourire en coin, Achille s’en alla.

« Salaud irritant… », cracha-t-elle.

« Tu as une seconde, Isabelle ? »

« Qu’est-ce que tu veux, Gilbert ? Tu veux prendre une partie de mon butin, aussi ? »

L’homme qui s’était approché d’elle était un autre pirate qui avait à peu près son âge.

Gilbert secoua la tête.

« J’ai entendu dire que tu étais allé à Schtraut. Comment c’était ? »

« Oh, oui. C’était un peu dangereux, mais il y a certainement un profit à faire. En supposant bien sûr que les responsables ne te le volent pas. »

« Dangereux, tu dis ? Quoi, il y avait des serpents de mer là-bas ? »

« Non, il y avait des monstres sur le rivage. Des araignées de mer. Je n’ai jamais rien vu de tel. Tu vois, je déteste les insectes. Ils me donnent la chair de poule. »

Isabelle et ses pirates ne savaient pas vraiment ce qu’était l’Essaim. Ils n’avaient aucune idée que ces créatures étaient celles qui avaient détruit Schtraut ou qu’elles étaient les ennemies du monde entier… ainsi que les propriétaires du butin qu’elle avait volé.

Bien qu’étant une vétérante chevronnée, Isabelle avait une grande faiblesse : elle avait toujours détesté les insectes. Quand elle était petite, elle ne pouvait même pas se résoudre à toucher un cafard de quai. Les garçons de son âge, comme Gilbert, l’avaient toujours taquinée pour cela.

« Bon… Cela mis à part, nous avons perdu beaucoup d’hommes à cause des serpents de mer ces derniers temps. Achille et Blasco essaient de trouver une solution. C’est peut-être juste leur saison de reproduction, mais ces serpents de mer agissent différemment de la normale. Je me demande quel est leur problème. »

« Hah, supposer que ces vautours peuvent résoudre nos problèmes est audacieux de ta part. La seule chose à laquelle ils pensent, c’est de prendre une part de nos bénéfices. »

Les serpents de mer étaient des monstres que beaucoup considéraient comme les souverains de la mer. Les serpents de mer adultes pouvaient atteindre 30 mètres de long, et ils pouvaient facilement couler des navires en les attaquant sous l’eau. Aucun navire n’était à l’abri, qu’il transporte des civils ou des pirates.

« Ne sois pas comme ça. Ils m’ont prêté de l’argent après que mon bateau ait pris un sale coup. Grâce à ça, je peux continuer à travailler. »

« Hmph. Ils nous prennent notre argent juste pour pouvoir nous le prêter et gagner plus d’intérêts. C’est juste une bande de serpents pourris. »

Isabelle était encore livide.

« Tout ce que je dis, c’est qu’ils pourraient t’envoyer t’occuper des serpents de mer, alors garde ça à l’esprit. Et si on en attrape un très gros, on aura un énorme festin. Mais, s’ils prennent le dessus sur nous, nous finirons probablement en dîner à la place. Il faut aimer être un pirate, tu sais ? Tu ne trouveras pas un travail plus dangereux, même si tu cherches bien. »

« Oui, merci. Je vais peut-être aller chercher d’autres trucs chez Schtraut avant qu’ils ne m’obligent à tuer les serpents de mer. J’espère juste que personne ne prendra une part de ça. »

Sur ce, Isabelle se sépara de Gilbert. Avec la colère qui l’obscurcissait, Isabelle oublia rapidement les paroles de Gilbert sur les serpents de mer.

☆☆☆**

« Les préparatifs sont terminés, Votre Majesté. »

« Merci, Roland. Je te laisse le commandement de la marine. »

J’avais rassemblé tous les navires en état de marche de l’Arachnée aux abords de Doris, l’ancienne capitale du duché. Les navires étaient exploités par des Essaims Éventreurs, et ils en étaient pleins à craquer. Il y avait un grand voilier qui pouvait affronter la haute mer à pleine vitesse et deux navires de taille moyenne pour l’accompagner.

« Très bien, nous devons donc déterminer quel endroit va être attaqué ensuite », avais-je dit, en déroulant une carte sur la table.

Il y avait cinq grandes villes portuaires à Schtraut. Un endroit avait déjà été attaqué, mais j’avais encore installé mes souricières le long des cinq. Il y avait aussi une chance que l’ennemi attaque un petit village de pêcheurs, mais je ne me souciais pas tellement de ceux-là, car ils n’abritaient pas mes ressources.

« Croyez-vous qu’ils vont se faire avoir ? », demanda Lysa avec anxiété.

« J’espère bien, puisque nous n’avons pas d’autre moyen », lui avais-je répondu en regardant la carte.

Tout ce que nous pouvions faire était de prier pour que cela fonctionne. On ne savait pas ni quand ni où les pirates ou la marine de Frantz pourraient attaquer. Notre stratégie consistait à concentrer les essaims sur les lignes de front, mais les côtes de Schtraut étaient trop vastes pour que nous puissions les stationner tous efficacement. Nous avions été bien conscients du fait, désormais évident, que l’humanité pouvait traverser des eaux profondes, et cela signifiait que nous devions également sécuriser notre frontière avec Nyrnal le long de la rivière Themel.

Nyrnal pourrait traverser la Themel pour nous attaquer, tandis que Frantz pourrait venir de la mer. Ce serait le pire des scénarios. Nous serions obligés de battre en retraite et d’établir un périmètre défensif autour de notre base dans la forêt elfique.

Pour l’instant, l’Empire de Nyrnal ne montrait aucun signe de vouloir nous attaquer, donc notre défense de Themel n’était pas notre priorité. Ayant choisi de se battre seul, Nyrnal était tout aussi digne que nous de l’agression de l’alliance. Je savais déjà que le penchant de l’Empire pour la domination créait des frictions entre lui et les pays environnants. Si l’armée alliée du Royaume Papal devait changer de cap et entamer une sorte de croisade, elle pourrait très bien choisir d’attaquer Nyrnal.

Je suppose qu’ils sont tout aussi détestés que nous. Ou peut-être est-ce le contraire ?, me suis-je dit.

Mais même si les chances étaient faibles, nous nous étions quand même préparés au pire.

« Nous ne pouvons pas nous replier si nous voulons remporter notre victoire. Nous devons garder notre territoire occupé fermement sous notre contrôle, nous devons protéger à la fois la terre et la mer. »

Perdre du territoire, c’est perdre des ressources. La force de l’Essaim résidait dans son nombre, et laisser ce nombre diminuer serait fatal. Si je voulais maintenir notre production d’Essaims, nous devrions continuer à nous développer. La retraite n’était pas une option.

« Si nous pouvions juste gérer les pirates… »

Une partie de mon opération reposait sur les mouvements des pirates. J’avais pensé que nous pourrions les utiliser pour empêcher l’armée de Frantz de se mobiliser, ce qui nous permettrait de nous concentrer sur nos efforts terrestres et nous donnerait la chance de nous développer.

En supposant que, bien sûr, tout se passe bien.

« Tout plan que vous proposez est voué à réussir, Votre Majesté. Nous gagnerons cette fois-ci, tout comme nous avons gagné toutes les autres batailles jusqu’à présent. Nous n’avons pas à nous inquiéter. »

« Je l’espère, Sérignan. Mais je suis d’un naturel inquiet et lâche. Penser à ce qui va se passer ensuite me rend anxieuse. »

Est-ce que l’essaim va grandir et s’étendre, pour finir par envelopper tout le continent ? Ou bien apprendraient-ils à vivre en paix avec les humains de cette terre et en viendraient-ils à cesser de s’étendre de leur propre gré ?

Pour l’instant, je ne saurais le dire. Même si j’étais le chef de l’Arachnée, je ne voyais pas comment je mettrais fin à la guerre.

« Votre Majesté, un navire suspect s’approche d’une de nos villes portuaires », dit Roland.

Cela me fit m’éloigner de mes pensées.

« Très bien. Commencez l’opération. »

Bien. Il est temps de se concentrer sur la bataille en cours. Si nous ne pouvons pas gagner cette bataille, la conquête du continent ne sera qu’un rêve. Gloire à l’Arachnée.

***

Partie 3

L’Albatros s’était rapproché d’une autre ville portuaire, dans l’intention d’en vider ses magasins.

« Allez ! Balayez ces insectes, et prenez tout le trésor ! »

Les pirates d’Isabelle débarquèrent du navire et ramèrent jusqu’au rivage sur de petites embarcations. Quatre Essaims Éventreurs apparurent, mais, étant en infériorité numérique, ils furent contraints de battre précipitamment en retraite. Les Essaims Travailleurs avaient déjà évacué.

La ville portuaire était complètement déserte et rien ne pouvait entraver la charge des pirates. Dans le passé, les soldats de Schtraut se seraient précipités pour les arrêter, mais le duché de Schtraut avait été détruit. Les seuls qui restaient dans cette ville étaient les monstres étranges et instables. Peut-être que les insectes avaient appris à craindre les gens puisqu’ils fuyaient maintenant les pirates.

« Hah ! Les insectes ont peur de nous ! »

« Fuyez et ne montrez plus jamais vos hideuses tronches ! »

Après s’être moqués des monstres en fuite, les pirates ouvrirent la porte d’un des entrepôts. Ils firent irruption à l’intérieur, en espérant le vider. Un homme arracha le couvercle de la caisse, regardant à l’intérieur pour voir son contenu…

« Hein !? »

Cela n’avait pris qu’un seul instant. Quelque chose sauta de l’intérieur de la caisse, plongea dans la bouche du malheureux pirate et s’accrocha à sa gorge.

« Hé, il s’est passé quelque chose ? », demanda un de ses camarades, en courant pour le regarder.

« Rien… ne s’est passé », répondit le pirate d’un ton maladroit et instable. D’un geste brusque, il referma le couvercle de la caisse.

« Très bien, alors reprenons tout ça. Je suis sûr qu’Isabelle va sauter de joie quand elle verra combien nous avons pris. J’espère juste que ces connards n’en reprendront pas la moitié cette fois-ci… »

« Oui. Tu as… raison. »

Le deuxième pirate regarda son ami avec suspicion quand il prit la caisse et la ramena à leur bateau. Le butin allait alors être transporté vers le bateau pirate, qui avait déjà fait des préparatifs pour le départ.

Tout comme l’Arachnée, les pirates accordaient de l’importance à la vitesse. Ils volaient toujours à leurs ennemis et battaient rapidement en retraite avant qu’une marine ne se présente pour les appréhender.

Le deuxième pirate chargea la caisse en bois sur le bateau et s’éloigna, laissant derrière lui l’entrepôt dépouillé.

Aucun des autres pirates n’avait remarqué qu’il y avait plus de 50 Essaims Éventreurs à l’affût dans cette ville. Que les Globe Oculaires étaient là, mais que, pour une raison quelconque, ils ne les attaquaient pas. Mais parmi ça, un homme suspect semblait regarder un peu trop souvent autour de lui.

Ils avaient été complètement et totalement pris au piège.

☆☆☆**

« Très bien, je connais leur position. Ils devraient être à peu près ici », avais-je dit en jetant un coup d’œil sur les cartes marines de Schtraut. En ce moment, je parlais avec Roland dans la propriété de feu le duc à Doris.

J’avais tracé la route du bateau pirate sur les documents. Les pirates se déplaçaient toujours pour s’échapper rapidement après un raid, mais grâce aux Essaims parasites, j’avais pu les suivre tout ce temps. J’avais caché les Essaims parasites dans des caisses dans les entrepôts, car je savais que les pirates les ouvriraient pour confirmer le butin de leurs raids. Maintenant que les Essaims parasites avaient infecté plusieurs pirates, ils nous mettaient constamment au courant de leur localisation par le biais de la conscience collective.

« Sommes-nous prêts à attaquer ? »

« Oui, Votre Majesté », dit Roland.

C’était le commandant de notre petite marine.

« Ils ont un navire, alors que nous en avons trois. Notre victoire est assurée. »

« Ne soyez pas trop hâtifs et ne coulez pas accidentellement le navire. Et ne tuez pas l’équipage non plus. Notre but ici n’est pas de les vaincre — nous devons trouver leur cachette et les inciter à négocier avec nous. », l’avais-je prévenu.

« Compris, Votre Majesté. »

Peu importe nos efforts, le plus que nous puissions accomplir est de couler un seul bateau pirate. Aussi optimiste que j’aie pu être, je doutais sérieusement que les pirates n’aient qu’un seul navire. De plus, la marine de Frantz était toujours une menace imminente.

« Je compte sur toi, Roland. »

Si Roland part tout de suite, il devrait pouvoir rattraper l’ennemi avant qu’ils ne dépassent complètement Doris. Notre plus gros navire était peut-être un peu trop lent pour y arriver, mais les navires de taille moyenne devraient faire l’affaire. Il pouvait encercler le bateau pirate avec ces deux-là dans une manœuvre de tenaille, puis l’éperonner avec notre plus grand.

Certes, je n’avais jamais été très doué pour le combat naval dans le jeu, car je n’avais que rarement à m’en occuper. Néanmoins, je crois que les choses se dérouleront comme prévu.

« Hmm… »

Pendant que je réfléchissais à l’opération, Sérignan ronchonnait en elle-même avec une expression amère sur le visage.

« Quoi de neuf, ma chère ? Pourquoi cette tête ? »

« Ce n’est rien, vraiment… Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à mon inutilité dans cette bataille. Normalement, je chargerais le bateau pirate à côté de Roland et l’aiderais à soumettre l’ennemi. »

« Dans ce cas, veux-tu bien te dépêcher de le rejoindre sur le champ ? »

Quelle femme responsable ! Moi, par contre, je suis ravie d’avoir un peu moins de travail à faire.

« Puis-je ? »

« Fais-toi plaisir. Garde juste à l’esprit que je ne t’ai pas mise sur cette mission parce que tu ne sais pas nager. Penses-tu que tu pourras t’en sortir ? »

« Tout ira bien, Votre Majesté ! », gazouilla-t-elle, les yeux pétillants.

« Eh bien, d’accord. Je vais donner l’ordre à Roland, alors va le rejoindre. »

J’avais contacté Roland par la conscience collective. Heureusement, lui et sa flotte n’étaient pas encore partis. Je me sentais déjà confiante dans notre opération avec seulement Roland et les Essaims Éventreurs impliqués, mais avec Sérignan se joignant à la mêlée, notre victoire était gravée dans le marbre. Il n’y avait absolument aucune raison de s’inquiéter !

Cependant, j’espérais secrètement que Sérignan ne finirait pas par glisser du pont et qu’elle se noie.

☆☆☆**

« Sœur ! On a deux bateaux qui arrivent en force ! Deux… Non, trois ! », s’écria un membre de l’équipage de l’Albatros.

« Quoi ? Je croyais que la marine de Schtraut avait disparu ! »

Isabelle s’empressa d’arracher les jumelles des mains du guetteur.

En effet, deux voiliers de taille moyenne suivaient l’Albatros, suivis d’un troisième navire, plus grand. À bord de tous ces navires se trouvaient d’innombrables insectes géants.

« Eh bien, merde. Ces insectes peuvent réquisitionner les navires ? »

Isabelle avait pensé que les insectes étaient des monstres sans cervelle, elle n’avait jamais imaginé qu’ils pouvaient faire quelque chose d’aussi avancé que de manœuvrer un navire. Mais si ces créatures étaient responsables de la destruction du Duché, c’était sûrement à cause de leur nombre.

Malgré le fait que le duché de Schtraut était censé être déserté, ces trois navires poursuivaient l’albatros juste au large des côtes de Doris. L’un d’entre eux avançait même pour leur barrer la route.

« Ces navires sont-ils vraiment contrôlés par des insectes ? Comment ont-ils su que nous étions ici ? ! », cria l’un des pirates.

« Comme si je le savais. Mais je peux vous dire une chose. Si nous ne nous défendons pas, ils prendront le butin que nous avons volé, et nous serons tués, comme tout le monde à Schtraut. », dit Isabelle avec amertume.

C’était une situation critique. Si ces navires étaient vraiment dirigés par les monstres insectes, cela signifiait que cette marine arrivant ici n’était pas composée de soldats, mais des créatures qui avaient massacré les habitants de Schtraut.

Les pirates les avaient à peine repoussés lors de leurs rencontres dans les villes portuaires, et Isabelle ne savait pas comment les choses allaient se terminer s’ils devaient les combattre sur le pont. Les batailles navales dans ce monde étaient basées sur qui embarque sur quel navire. Les troupes quittaient leur propre navire pour prendre le contrôle d’un navire ennemi. Les canons n’avaient pas encore été inventés, l’abordage était donc la seule façon appropriée de combattre… et l’image de ces insectes qui abordaient son navire était cauchemardesque.

« Pour l’instant, concentrez-vous afin de les larguer. Si ça échoue, eh bien, préparez-vous à les combattre à bord. »

« Aye aye, madame ! »

L’Albatros étendit ses voiles et prit de la vitesse, essayant de mettre de la distance avec les navires derrière lui. Cependant, il semblerait que la direction du vent ne soit pas en faveur des pirates. Les navires de Schtraut se rapprochaient de plus en plus. Ce n’était qu’une question de temps avant que l’Albatros ne soit à la portée de l’ennemi.

Et bientôt, les navires du duché le rattraperaient.

« Ils vont nous enfoncer ! »

« Tout le monde sur le pont ! Préparez-vous à l’abordage de l’ennemi ! Assurez-vous d’avoir des arbalètes ! », cria Isabelle.

Les pirates saisirent leurs armes, certains prenant des coutelas et d’autres des marteaux et des arbalètes.

« Les voilà ! »

« Préparez-vous à l’abordage ! »

Alors que les navires ennemis naviguaient juste à côté d’eux, des Essaims Éventreurs sautèrent vers eux et atterrirent sur le pont de l’Albatros.

« Battez-vous ! Repoussez-les ! », ordonna Isabelle.

Répondant à l’appel de leur capitaine, les pirates s’étaient précipités pour engager les Essaims Éventreur. Les coutelas ne firent pas de dégâts, et l’ondulation constante du navire fit que beaucoup de leurs coups ratèrent la cible. Même ceux qui brandissaient des arbalètes n’avaient pas réussi à toucher leurs adversaires agiles et durent perdre du temps pour recharger.

« Whoa ! »

***

Partie 4

Alors que les pirates se redressaient et rechargeaient, les Essaims Éventreurs se précipitèrent. Plutôt que d’attaquer pour tuer, ils utilisèrent leurs dards paralysants pour attaquer. Ils ne balançaient leur faux que pour repousser les attaques, en prenant soin de ne pas porter de coups mortels. Les pirates piqués tombaient sur le pont, incapables de bouger. Les Essaims Éventreurs tirèrent alors des fils pour les attacher.

« Ne reculez pas ! Je ne sais pas pourquoi, mais ils y vont mollo avec nous ! Attaquez-les avec tout ce que vous avez ! »

« Oui, madame ! »

Les coutelas ne percèrent pas les essaims, mais cela occupait les créatures. Pendant ce temps, les pirates brandissant marteaux et arbalètes réussirent finalement à atteindre leurs cibles. Ils s’étaient regroupés en un seul endroit, criblant de carreaux tout essaim qui osait s’approcher d’eux.

Mais à ce moment précis…

« Haaaah ! »

Une femme et un homme élevèrent la voix dans un terrifiant cri de guerre.

« Encore des ennemis ? ! Aww, merde ! »

« Préparez-vous, pirates ! »

C’était Roland et Sérignan.

Ils coupèrent le groupe de pirates et brisèrent leur formation. Leurs attaques étaient précises, même sur un terrain aussi instable, et ils avaient pris soin de porter des coups non mortels en neutralisant progressivement l’équipage des pirates.

« Avancez, pirates ! Saluez tous la reine ! », s’exclama Sérignan en assommant un pirate.

« Saluez tous la reine ! » s’écria un essaim d’éventreurs tout en attachant un autre pirate.

« Bon sang ! » Isabelle jura sous son souffle.

Peu après, il ne restait plus que cinq pirates qui pouvaient encore se défendre. Les Essaims, par contre, étaient pour la plupart indemnes. C’était sans espoir, il n’y avait aucune chance que les pirates puissent gagner.

« Continuez, mes hommes ! Mettez-vous au travail ! On ne va pas laisser l’Albatros couler si facilement ! »

« Oui, madame ! »

Les pirates restants saisirent leurs marteaux, faisant face aux essaims d’éventreurs qui se rapprochaient d’eux.

« Avez-vous toujours l’intention de vous battre ? Nous essayons de ne pas verser de sang inutile », dit Sérignan, en s’avançant.

« Ne nous regardez pas de haut, monstres ! », cracha l’un des pirates en levant son marteau.

« Haaah ! »

Sérignan abaissa sa lame, frappant non pas le pirate, mais l’arme qu’il tenait. Son épée trancha le marteau comme si c’était du papier, le fendant en deux.

« Eeek ! »

Devenu impuissant, le pirate perdit l’équilibre et tomba sur le dos. Un Essaim Éventreur le piqua rapidement et l’emmêla dans un faisceau de fils.

« On ne peut pas les battre, sœurette ! Nous devons nous rendre ! », dit un membre de l’équipage.

« Est-ce que tu t’entends au moins ? ! Ce sont des monstres ! Ils ne vont pas nous laisser nous rendre ! », Isabelle lui fit un croche-pied.

« Nous sommes prêts à faire des prisonniers. Notre reine est généreuse et miséricordieuse. Sa volonté est que vous vous agenouilliez devant elle, et si vous le faites, elle pardonnera vos raids sur nos stocks. Venez, pirates. Mettez de côté vos armes et soumettez-vous. Toute résistance supplémentaire est futile. », dit Sérignan.

Sérignan brandit sa lame, et Roland fit de même.

Isabelle poussa un cri.

« Arrêtez de vous moquer de moi, bande d’insectes ! Croyez-vous que la grande pirate Isabelle s’agenouillerait devant quelqu’un d’autre ? ! Je vais vous montrer ! »

Isabelle brisa alors la formation et se précipita vers Sérignan pour tenter de l’abattre.

« Trop lent. »

Sérignan évita facilement l’attaque d’Isabelle et frappa le dos du pirate avec la poignée de son épée. Isabelle émit un grognement guttural et s’effondra sur le sol, où elle resta immobile. Les Essaims Éventreurs l’avaient rapidement ligotée avec leurs fils.

« Ils l’ont eue ! »

« Tout est fini maintenant… »

Les pirates restants étaient accablés de désespoir.

« Désarmez-vous et rendez-vous. Si vous le faites, nous ne prendrons pas vos vies. », dit Roland en pointant sa lame sur eux.

« Je… je me rends ! »

« Je me rends ! »

La vue de la défaite rapide de leur chef leur avait coupé le souffle. Les pirates s’empressèrent donc de se rendre. Ils avaient été rapidement ligotés eux aussi.

« Je crois que nous en avons fini ici. »

Sérignan regarda autour d’elle et hocha la tête avec satisfaction.

« En effet, Mlle Sérignan. Nous devrions informer Sa Majesté de notre victoire. »

Ils avaient réussi à prendre le contrôle du bateau pirate sans tuer un seul membre de l’équipage.

« Sa Majesté est déjà au courant de tout. L’Essaim est toujours connecté à travers la conscience collective. »

Au moment même où cet échange avait lieu, les Essaims Éventreurs changeaient la trajectoire des navires, les amenant à retourner vers Doris. Ayant appris à faire fonctionner les navires grâce à la conscience collective, leur maniement des embarcations était parfait, et les navires firent donc tranquillement leur retour.

Mais juste à ce moment-là…

« Quelque chose arrive », siffla Sérignan en tirant son épée.

« Oui, j’ai remarqué. »

Roland se préparait, sa lame était prête.

Soudain, l’eau de mer se mit à gonfler, et quelque chose se jeta sur un des navires de taille moyenne. C’était un monstre qui ressemblait à un serpent de mer colossal, de plus de 50 mètres de long. La bête enroula son corps autour du navire, le serrant si fort que la structure en bois gémit et commença à se briser sous la tension. Des Essaims Éventreurs furent projetés du pont, et ils tombèrent sans défense dans l’océan.

Une fois le navire coulé, le monstre replongea sous l’eau.

« Qu’est-ce que c’était ? » demanda Sérignan d’une voix tremblante.

« Un serpent de mer. C’est la première fois que j’en vois un aussi gros… », répondit Roland, des perles de sueur froide glissant sur ses joues.

« Je ne pense pas que nous pourrons résister si cette chose nous attaque. Que ferons-nous ? »

« Nous devons nous battre. C’est notre devoir. »

« Bonne réponse, Roland. D’ailleurs, je ne pense pas qu’elle pourra faire couler celui-ci. »

« Pourquoi ne pourrait-il pas ? »

« À cause de ça. »

Sérignan secoua son menton en direction de l’eau qui déferlait, là où le serpent de mer remontait à nouveau à la surface.

Mais cette fois, les Essaims Éventreurs s’accrochaient à son corps, le poignardant de leurs dards paralysants. Grâce à cela, ses mouvements devenaient de plus en plus lents.

« Il vient par ici ! »

« C’est ça ! »

Le serpent de mer empiéta sur l’Albatros, déterminé à le détruire. Roland et Sérignan se séparèrent et enfoncèrent leurs épées dans le corps de la bête. Tourmenté par leurs attaques, le serpent de mer hurla de douleur et se retira dans l’eau.

« Nous avons réussi », dit Roland.

« Oui, même si j’aurais voulu en finir », marmonnait Sérignan.

À leur insu, ce même serpent de mer allait devenir une nuisance majeure sur leur chemin.

☆☆☆**

« Alors, vous êtes des pirates, hein ? Je suis désolée que mes amis aient dû vous malmener comme ça, mais voyez ça comme une récompense pour les biens que vous m’avez volés. »

Je parlais au chef des pirates, Isabelle, qui me regardait avec une expression maussade. Elle était étroitement liée par les fils des Essaims Éventreurs, bouder était donc la seule forme de résistance qu’elle avait.

« Maintenant, il y a quelque chose que j’aimerais te demander. Où se trouve exactement votre cachette ? » lui avais-je demandé.

« Tch. Croyez-vous que je vous le dirais ? », cracha Isabelle.

« Eh bien, n’es-tu pas belliqueuse ? Je voudrais vraiment que l’on puisse s’entendre. »

J’avais haussé les épaules et j’avais fait signe à un des pirates.

« Salut, Barbe Noire. Comment te sens-tu ? »

« Je me sens… bien… Votre Majesté », répondit le pirate.

Il était infecté par un Essaim Parasite, mais Isabelle ne le savait évidemment pas. Les yeux écarquillés, elle se tourna vers l’homme qui aurait dû être son loyal subordonné.

« Qu’est-ce que vous avez fait à mon équipage ? ! »

« Oh, ne t’inquiète pas. Je lui ai juste fait avaler un insecte », lui avais-je dit en passant.

« Écoute, je vais maintenant lui faire cracher le morceau. »

J’avais ordonné à l’Essaim Parasite de partir. La couleur du visage d’Isabelle s’était progressivement dégradée alors qu’il sortait de sa bouche. C’était en fait assez drôle.

« Je peux utiliser ces Essaims Parasites pour transformer n’importe qui en ma propre petite marionnette. Vois-tu, je pourrais mettre un de ces trucs en toi et te faire tout cracher… Ou je pourrais te demander d’ordonner à un de tes équipiers de le faire. Me comprends-tu ? »

J’avais souri vicieusement.

« Merde ! Voyez-vous, c’est pour ça que je ne supporte pas les insectes ! », couina Isabelle, son regard fixé sur l’Essaim Parasite se tortillant dans ma main.

Elle s’en méfie, comme si elle craignait qu’il ne lui tombe dessus à tout moment. La gravité de sa réaction me donnait une envie chatouilleuse de continuer à jouer avec elle.

Oh, non. La volonté de l’Essaim prend de nouveau le dessus.

« Quoi qu’il en soit, crache le morceau. Tu peux le faire volontairement, ou je peux te faire parler avec mon petit ami ici présent. À toi de choisir. »

J’avais mis l’Essaim Parasite devant elle.

« Arrêtez ! Je vais parler ! Je vais parler, alors rangez ce truc ! »

Huh. Un pirate audacieux a peur des insectes ?

« Alors, dis-moi. J’ai la carte marine juste ici, où se trouve donc la cachette ? » demandai-je, en défaisant les fils autour de ses mains.

« Là. C’est ça, juste là. Ça s’appelle Atlantica. », répondit-elle, en pointant du doigt.

Hmm. Cette île n’est pas sur les cartes, mais elle est au large des côtes du Royaume Papal. C’est très pratique…

« Très bien, une dernière question, alors. Vas-tu rejoindre l’Arachnée ? »

« Hein ? Vous voulez faire équipe avec nous ? »

Isabelle me regardait avec incrédulité.

« Oui. Je ne suis vraiment pas d’humeur à plaisanter sur quelque chose comme ça. J’ai besoin de forces navales, et malheureusement, ma propre marine est assez faible. Nous pouvons à peine vous tenir à distance, vous les pirates, alors qu’allons-nous faire quand nous entrerons en guerre avec Frantz ? C’est un problème que je dois résoudre. »

Je savais que les mensonges et la persuasion détournée ne fonctionneraient pas sur cette rousse sauvage. Je pourrais l’effrayer un peu avec l’Essaim Parasite, mais cela ne m’achèterait pas son honnête coopération. Pour gagner cela, je devais simplement être franche avec elle.

De plus, je venais à peine de la rencontrer. Je ne pouvais pas me résoudre à la haïr. Ses hommes avaient peut-être tué certains de mes adorables Essaims, mais je croyais que cette personne avait assez de valeur pour justifier que je répare notre relation. Mais il y avait quand même une chance que je fasse une erreur.

« Si je fais équipe avec vous, je n’aurai plus à m’inquiéter d’aucun raid et j’aurai la force navale dont j’ai besoin. Naturellement, je ne suis pas la seule à tirer profit de cet arrangement. Vous aurez une part de tout ce que je pillerai à partir de maintenant. »

« Hmm… Alors, vous voulez nous engager, hein ? Et vous savez quoi, ce n’est franchement pas un mauvais accord. Mais désolée, madame, je ne peux pas prendre cette décision pour les autres. Atlantica est une colonie de pirates, mais je ne suis pas un de ses chefs. Et qui sont donc ces chefs ? Ce sont tous des petits salauds lâches et sournois. Il n’y a aucun moyen qu’ils choisissent de se joindre à vous. »

« C’est une honte. Dis-moi, si on s’occupait de ces chefs, ton équipe coopérerait avec moi, non ? »

Il s’avérait que même la société pirate avait une hiérarchie. Cela signifiait qu’il n’y avait qu’une seule solution.

« Eh bien, je suppose que oui. Attendez, vous ne voulez pas dire que… ? »

Isabelle avait vite compris.

« Supposons — hypothétiquement, bien sûr — que je tue les chefs d’Atlantica et que je m’assure que tu prends leur place… »

On pourrait démolir l’ancien système d’Atlantica.

« Pas mal… J’aime ça. »

Les lèvres d’Isabelle se mirent à faire un sourire sordide.

« De toute façon, j’en ai plus que marre de ces deux-là. Même si vous n’étiez pas venu, cela aurait été sûrement le bon moment pour monter un coup d’État. Et hé, vous avoir de notre côté sera utile, vu que vous avez renversé Maluk et Schtraut. »

L’espièglerie de son sourire m’avait semblé étrangement juvénile. J’avais pensé qu’elle était beaucoup plus âgée que moi, mais peut-être que l’écart d’âge réel entre nous n’était pas si grand.

« Très bien, c’est décidé. Voici mon plan : vous ramenez nos navires avec vous, en disant que vous les avez capturés lors de votre raid. Ils seront pleins d’Essaims, que nous utiliserons pour lancer une attaque-surprise. Ne vous inquiétez pas, je vous promets que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter de blesser les pirates. En attendant, vous travaillez à rassembler les gens pour votre coup d’État. », avais-je dit en souriant.

« Oui, d’accord. Ça ne devrait pas être un problème. Je ne suis pas la seule à avoir un problème avec ces gars. Je suis sûre que je trouverai plein de gens qui voudront les supprimer. »

« Y a-t-il quelque chose qui pourrait se mettre en travers de notre chemin ? »

« Huh. Rien ne me vient à l’esprit. Avec vous à nos côtés, on devrait pouvoir couper la tête du serpent. Après tout, la meilleure façon de résoudre vos problèmes est de vous battre avec tout ce que vous avez. C’est comme ça que fonctionnent les pirates. »

Ouah. Dois-je vraiment compter sur cette femme ?

« Travaillons donc ensemble. Je vais détacher vos amis, mais ne faites rien de précipité, d’accord ? Je fais ça seulement parce que je vous fais confiance. »

« Ça va dans les deux sens. On comptera aussi sur vous, alors ne nous poignarde pas dans le dos. »

Mon alliance avec les pirates commençait à ressembler à une réalité. J’avais aussi décidé de me joindre à la prochaine opération. Je n’avais pas le pied marin, c’est sûr, mais je ne pouvais pas me plaindre.

***

Chapitre 3 : Rébellion à Atlantica

Partie 1

« L’Albatros est de retour ! On dirait qu’Isabelle a ramené des navires supplémentaires avec le butin », s’écria un pirate qui faisait le guet dans une des tours de guet d’Atlantica.

Le navire d’Isabelle était suivi par le navire marchand de taille moyenne, où Sérignan et moi nous cachions, ainsi que par le plus grand navire, qui était rempli d’Essaims Éventreurs. Il était assez semblable au Cheval de Troie. Pour l’instant, le plan se déroulait sans problème et Isabelle ne donnait aucune indication qu’elle cherchait à nous trahir.

J’avais demandé aux Essaims Éventreurs de surveiller attentivement la situation. Heureusement, contrairement à une armée humaine, aucun membre de l’Arachnée ne défierait les ordres et n’agirait de manière incontrôlée.

L’Albatros s’était habilement dirigé entre les rochers, nous menant droit dans la cachette du pirate. Non seulement l’Atlantide était absente de toutes les cartes marines, mais le récif servait aussi à garder les pirates cachés.

J’imaginais que cette grotte était naturelle et qu’elle avait été agrandie par la suite par la main de l’homme. Elle avait une ouverture dans le plafond qui permettait à la lumière du soleil et à l’air frais de circuler à l’intérieur, et elle était structurée de manière à ne pas être inondée même à marée haute.

C’était comme une base de pirates tout droit sortie d’un conte de fées. Le simple fait d’être là remplissait mon cœur d’excitation et d’esprit d’aventure. J’avais dû retenir une envie d’aller

« Arrr ! »

Les pirates d’Atlantica s’étaient précipités sur le quai, en criant d’excitation.

« Isabelle est là ! »

« Quels sortent de trésors as-tu ramené aujourd’hui !? »

« Oh, le butin qu’on a trouvé cette fois est si bon que tu n’y croiras pas », répondit en souriant un des pirates de l’Albatros.

« Eh bien, notre butin cette fois-ci est sur ces autres navires », dit Isabelle en faisant un geste derrière elle.

« Regardez-les bien. Des jolies belles filles, n’est-ce pas ? Elles devraient aussi se vendre pour une jolie somme. Si l’un d’entre vous les veut, je peux vous les vendre à prix réduit. On pourra commencer à négocier une fois qu’on aura déchargé. »

« Avec des navires aussi gros, on peut faire des raids tant qu’on veut ! »

Les pirates regardaient les navires avec avidité.

« Ouais, ouais. Combien allez-vous me prendre cette fois-ci ? »

« Quarante pour cent. Désolé, ce sont les ordres de Blasco. Les dirigeants disent que c’est la taxe maintenant. Donnez-la-moi, Isabelle. »

« Très bien, très bien, prenez vos quarante pour cent. J’en ai tellement cette fois, je m’en fiche. »

L’impôt d’Atlantica était à l’origine un dixième de ses gains, mais il avait progressivement augmenté depuis. C’était probablement la raison pour laquelle les pirates étaient si mécontents. Je pouvais comprendre qu’ils soient mécontents. Quelqu’un d’autre continuait à prendre une grande partie de leurs revenus. Leurs supérieurs se réfugiaient dans la base d’Atlantica tandis que les pirates bravaient le danger pour rapporter des trésors, pour se voir ensuite retirer une partie de leurs gains.

En apparence, les supérieurs ne se contentaient pas d’empocher les impôts, mais les utilisaient plutôt pour couvrir les dépenses et faire fonctionner Atlantica. Mais, d’après ce qu’Isabelle m’avait dit, ces dirigeants étaient corrompus et utilisaient l’argent pour leur profit personnel.

« Nous allons donc prendre cette part. »

Les pirates souriaient en grimpant sur l’échelle du quai pour jeter un coup d’œil au trésor, ignorant tout simplement quelle sorte de « trésor » les attendait.

« Hein ? Quoi !? Est-ce que vous avez volé une sorte de bétail ? » demanda un des pirates quand il vit quelque chose se tordre dans la cale du bateau.

Une fraction de seconde plus tard, l’homme tomba à terre. Il s’écrasa et se tordit sur le sol, en écumant à la bouche.

« Mais qu’est-ce que… !? Qu’est-ce qui vous est arrivé ? ! », demanda un de ses camarades, visiblement choqué.

« Regardez ça ! » cria un autre tout en pointant du doigt.

Les pirates avaient enfin repéré les Essaims Éventreurs. Ils avaient rampé hors de la cale dans laquelle nous nous cachions, leurs pieds s’écrasant contre le pont, et s’étaient précipités sur les pirates.

« Eeek ! Monstres, monstres ! »

« Oh, mon Dieu ! Dieu de la Lumière, Dieu de la Mer, Dieu des Navires, Dieu de… Pirates, je ne sais pas ! Que quelqu’un me sauve ! »

La seule vue des Essaims Éventreurs suffisait à démoraliser les pirates. Seuls quelques braves avaient osé affronter les créatures après les avoir vues de près.

Ils sont cependant si mignons…

« Le bateau grouille de monstres ! »

« C’est une malédiction ! Le trésor est maudit ! »

Les pirates sur le quai n’avaient pas d’armes sous la main et ne pouvaient que rester là, figés de terreur. C’était en fait un soulagement, car je voulais éviter toute effusion de sang si possible.

« Écoutez-moi bien, vous tous ! Les chefs sont corrompus ! Atlantica était un endroit où les pirates s’entraidaient, mais plus maintenant ! Ces salauds nous ont tous sous la main, et depuis, ils ne font que taxer et exploiter ! », cria Isabelle depuis l’Albatros.

Bien qu’ils se méfiaient encore des Essaims Éventreurs, les pirates s’étaient progressivement tournés vers Isabelle.

« J’en ai assez de cette Atlantica ! C’est pourquoi je vais faire tomber ceux qui ont fait ça et ramener notre île à sa gloire d’antan ! Atlantica sera de nouveau un lieu où les pirates se rassembleront et s’entraideront ! Où les impôts sont minimes, où les conseillers changent sans cesse ! »

« Ça ressemble plus à Atlantica ! »

« Bravo, bravo ! »

Des acclamations éclatèrent dans la foule.

Ils en ont vraiment marre de tout ça. Isabelle avait raison, ils détestent le fait que les dirigeants d’Atlantica prennent une énorme part de leurs revenus. Je serais probablement aussi assez énervée si mon employeur commençait à prélever la moitié de mon salaire sous forme d’impôt arbitraire.

« Quiconque est prêt à détruire ces connards devrait se joindre à ces insectes ! Si vous ne voulez pas vous battre pour le bien, eh bien, vous allez plutôt devenir un repas savoureux pour les insectes ! Allez, faites vos choix, les gars ! »

Avec les monstrueux Essaims Éventreurs sous les yeux, les pirates hésitèrent. Ils auraient pu détester la façon dont ils avaient été traités par les chefs de la colonie, mais ils hésitèrent à se rebeller contre eux.

Accepter la proposition d’Isabelle ne serait-il pas simplement vu comme une invitation à la vengeance ? À supposer qu’ils commencèrent une révolution, y avait-il une chance qu’ils puissent gagner ? Ce genre de doutes freina les pirates.

« Vous voyez ces choses ? ! Ce sont eux qui ont détruit le royaume de Maluk et le duché de Schtraut ! Aucun pirate ne peut les battre ! Croyez-moi, on a essayé… et ils nous ont botté le cul ! »

« Pourquoi les avez-vous amenés ici ? ! Les insectes vont s’emparer d’Atlantica ! », s’écria un pirate sur le quai.

Sa question était justifiée, c’était exactement pourquoi il était temps pour moi de faire une apparition.

« Vous pouvez être rassuré, messieurs. Je suis la reine de l’Arachnée, celle qui mène ces monstrueux insectes. Aucun mal ne vous sera fait, tant que vous resterez tranquille. Je vous promets ici et maintenant que je n’ai aucun désir de conquérir Atlantica. », lui dis-je en me dirigeant vers le pont.

« Reine de l’Arachnée… ? »

Les pirates m’avaient regardée avec suspicion.

Mais leurs doutes n’avaient duré qu’un instant. Les Essaims Éventreurs environnants baissèrent la tête et levèrent leurs faux, me reconnaissant par leur geste de fidélité. Sérignan sortit également de derrière moi et s’agenouilla respectueusement. En voyant ce spectacle grandiose, les expressions des pirates s’étaient transformées en un choc total.

Il semblerait qu’ils aient réalisé que je suis vraiment le chef de l’essaim.

« Ces choses-là l’écoutent vraiment ? »

« C’est juste de la folie… »

« J’ai une proposition à vous faire. Je souhaite que nous devenions des alliés. Nous vous soutiendrons financièrement. Maintenant que nous avons conquis le royaume de Maluk et le duché de Schtraut, nous avons des richesses nombreuses et inimaginables, que je suis tout à fait disposée à partager avec vous. En échange, nous voulons acheter votre coopération et votre force. », avais-je poursuivi, un faux sourire en coin.

« Alliés… ? »

« Nous vous offrirons notre soutien, et en échange, vous attaquerez le Royaume Papal de Frantz. C’est la motivation derrière cette alliance. »

Je voulais envoyer ces pirates sur le Royaume Papal. Ils n’avaient pas forcément besoin d’entrer en guerre avec la marine de Frantz, il suffisait qu’ils attaquent sans relâche les rouages commerciaux du Royaume et qu’ils provoquent la marine pour qu’elle contre-attaque.

Cela nous permettrait d’éviter le pire scénario, dans lequel la marine de Frantz attaquerait le vaste littoral de Schtraut. Mon plan consistait essentiellement à utiliser les pirates d’Atlantica à la place d’une marine et à leur demander d’éloigner l’ennemi de nos côtes. Si nous échouions, nous serions confrontés à la possibilité très réelle que Frantz puisse effectuer un débarquement sur nos côtes.

« Qu’est-ce que vous en pensez ? Acceptez-vous ? »

« Allez-y, décidez, imbéciles. Vous voulez continuer à travailler sous les ordres de ces deux bâtards cupides ? Ou vous préférez vous associer à la plus grande force du continent, reprendre ce qui est à nous, et vous enrichir ? », insista Isabelle.

« Au diable les chefs ! Je fais partie de cette alliance. Je veux voir leurs têtes rouler ! »

« Ouais ! J’en ai assez qu’ils nous traitent comme des esclaves ! »

Tous les pirates présents étaient prêts pour la révolution.

« Oui, bon choix, les gars ! Amenez tous les capitaines ici, et donnons-leur aussi le choix ! La richesse ou l’esclavage ! », dit Isabelle en souriant.

Sur l’ordre d’Isabelle, des pirates et des Essaims Éventreurs se dispersèrent, cherchant à convoquer les autres capitaines pirates sur le quai. La plupart des pirates avaient l’air confus au moment où ils s’approchèrent des navires. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait, et ils avaient clairement peur des Essaims Éventreurs.

« Que se passe-t-il, Isabelle ? Qu’est-ce que ces monstres font ici ? », s’écria l’un des capitaines.

« Ce sont mes alliés. Et selon la façon dont tout se passe, ils pourraient aussi devenir vos alliés. », s’exclama Isabelle.

« Je suis la reine de l’Arachnée. Je commande ces monstres, et je veux former une alliance avec vous. », avais-je dit aux capitaines.

« Vous voyez, je vais coopérer avec Sa Majesté ici présente pour purger les chefs et toute la corruption qui les accompagne. »

Jusqu’à présent, tout le monde agissait de façon très rationnelle.

« Vous allez tuer les commandants ? », demanda un autre capitaine, les yeux écarquillés.

« Oui. J’ai vu des punaises de lit moins gênantes qu’Achille et Blasco. Ils se détendent ici, tranquillement, et ils ont eu le culot de demander une taxe de quarante pour cent. Et vu la façon dont ça se passe, je les vois bien les augmenter jusqu’à 50 ou 60 %. »

« Vous voulez garder vos profits pour vous, non ? Isabelle essaie de faire en sorte que ça arrive, et nous sommes prêts à l’aider. Les monstres ici sont tous prêts à l’aider de toutes les manières possibles. », avais-je ajouté.

Évidemment, je n’avais aucun moyen de savoir si Isabelle allait vraiment réaliser l’utopie qu’ils désiraient. Mais, au moins, j’avais besoin des pirates pour maintenir la marine de Frantz occupée pendant quelques années jusqu’à la fin de la guerre. Quant à ce qui arrivera après…

Voyons comment les choses se passent. Et ce qui devra arriver arrivera.

« Je te rejoins. »

« Vraiment, Gilbert ? Brave homme », dit Isabelle avec joie.

« Pareil pour moi. »

« Avons-nous vraiment le choix ? Si on dit non, ces insectes vont nous manger. »

Les capitaines s’étaient mis d’accord les uns après les autres.

« Très bien. J’en suis », cria le dernier capitaine, en tapant du poing sur un bureau voisin.

« Tout le monde est d’accord, hein ? Heh ! Envoyons ces pigeons au casier de Davy Jones. » (NdT : Le casier de Davy Jones est une formule utilisée pour signifier le fond de la mer, là où reposent les marins perdus.)

Le sourire d’Isabelle était délicieusement désagréable.

***

Partie 2

« Trouvez Blasco et Achille, ainsi que tous les serpents qui travaillent pour eux ! Une fois que vous les aurez flairés, nous nous occuperons d’eux ! »

« Où se cachent-ils d’habitude ? », avais-je demandé.

« Dans la pièce la plus haute surplombant la zone, mais aucun d’entre eux est là. J’ai envoyé vos monstres les chercher, ils sont à leur recherche en ce moment. », répondit amèrement Isabelle.

« Hmm. Les Essaims Éventreurs ont un sens de l’odorat très développé, ils devraient donc être capables de traquer vos chefs. »

« Ouais ? Et bien, c’est bien. Ils pourraient avoir un port caché que nous ne connaissons pas. On doit les trouver et s’assurer qu’ils n’iront nulle part. »

Heureusement, les Essaims étaient au même niveau que les chiens de chasse en ce qui concernait les traces. Cela mis à part, j’étais toujours déconcertée par le fait que tous les pirates avaient pris le parti de la révolution. Tout le monde, des plus petits membres d’équipage aux capitaines chevronnés, s’était joint à nous, même si la présence des essaims Éventreurs les y avait incités.

Peut-être l’idée que la fortune et le statut des dirigeants seraient répartis entre tous était-elle trop lucrative pour être laissée de côté… Ou peut-être que la corruption des dirigeants avait simplement aggravé la situation des pirates jusqu’à un point de rupture.

J’avais pris une note mentale pour éviter de monopoliser tous les trucs amusants afin que l’Essaim ne finisse pas par se retourner contre moi. Après tout, seul mon petit groupe avait pu profiter d’un plongeon dans l’océan et d’un barbecue. Les autres Essaims méritaient aussi un peu de temps libre.

« Vous n’avez pas à vous inquiéter, Votre Majesté. L’essaim est tout en un et un en tous. Votre joie nous donne à tous de la joie. L’Arachnée ne se disputera pas la richesse comme les humains en ce lieu. », m’assura Sérignan.

« Tu as raison, Sérignan. Nous sommes un vrai collectif. Ma joie est la joie de tous, et le chagrin de tous est mon chagrin. », dis-je en faisant un signe de tête.

L’Arachnée était essentiellement un esprit d’Essaim, et la conscience collective nous reliait tous. Il n’y avait pas de disparité de richesse, et toutes les émotions — le bonheur, le chagrin, la colère ou le plaisir — étaient partagées par tous. Cela signifiait qu’il n’y avait pas de place pour les différences, sans parler de discrimination. Bien au contraire, en fait. Tout Essaim individuel se sacrifierait volontiers pour le bien du groupe.

Notre unité était à toute épreuve, et cette harmonie faisait de l’Arachnée une sorte de société idéale. Si j’envoyais tous les pirates ici dans un four de conversion, ils n’auraient plus jamais à se chamailler.

« Votre Majesté, nous avons découvert l’un des chefs. Nous allons y mener les pirates », rapporta l’un des Essaim Éventreurs.

« Bon travail. Capturez-le. »

Un de moins.

« Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Vous savez à qui vous avez affaire ici ? ! Je suis le putain de chef d’Atlantica ! »

Bientôt, mes Essaims Éventreurs traînèrent un gros homme portant un cache-œil.

« Eh bien, eh bien, si ce n’est pas Achille. Quoi, Blasco n’est pas fourré dans ton cul comme d’habitude ? » demanda Isabelle en le narguant.

« Isabelle ! Est-ce toi qui es derrière tout ça !? », cria Achille.

« C’est moi qui pose les questions ici. Tu sais que ton autorité ne vaut plus rien, hein ? On t’a fait descendre de tes grands chevaux pour te faire tomber dans la boue. Maintenant, sois un bon garçon et réponds à ma question : où est Blasco ? »

« Merde ! Je ne sais pas ! », dit Achille, en se débattant pour se débarrasser de ses ravisseurs.

« Je me suis caché dès que j’ai entendu parler de la rébellion ! Comment saurais-je où cette merde s’est enfuie !? »

« Oh, tu ne le sais donc pas. Eh bien, nous le trouverons nous-mêmes. C’est vraiment dommage. Dire que je pensais t’épargner si tu nous aidais. »

Isabelle haussa les épaules.

« A-Attends, Isabelle ! On peut s’arranger ! Si tu nous laisses partir, tu peux avoir tout le butin qu’on a empilé dans le coffre ! Ça sonne bien, non ? N’est-ce pas ? »

Le ton d’Achille avait changé.

« C’est sûr… Eh bien, j’aurais accepté avant que tu te décides de prendre la moitié de mon butin. Il est bien trop tard pour ça maintenant. Reste tranquille et accepte ton destin comme un homme. »

« Soyez tous damnés ! Avez-vous oublié qui vous a fait passer de bons à rien en pirates qui valent une sacrée valeur ? ! C’était nous ! Moi, Blasco, et le reste de la bande ! On vous a donné des bateaux ! Nous vous avons laissé utiliser Atlantica comme cachette ! C’est grâce à nous que vous pourriez même… »

J’avais silencieusement ordonné à un des Essaims Éventreurs de le piquer.

« Arrête de crier, vieux schnock. N’as-tu pas une once de dignité ? »

Isabelle lança un regard exaspéré et dégoûté sur Achille, alors que l’Éventreur l’attachait.

Au moment où nous l’avions aligné avec certains de ses sous-fifres, un des pirates de l’Albatros s’était précipité pour livrer une nouvelle alarmante.

« Sœur ! C’est mauvais ! »

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« La chambre forte est vide ! Le trésor a disparu ! »

« Quoi !? »

L’expression d’Isabelle s’assombrit.

Le trésor des chefs — qui avait joué un rôle important dans l’unité des pirates — avait disparu.

« Blasco, ce salaud de rat ! Il a dû voler le trésor ! », cria Isabelle.

Je m’étais alors levée.

« Calme-toi, Isabelle ! Crois-moi, il ne va pas s’en tirer comme ça. Mes essaims ont déjà détecté quelqu’un qui correspond à sa description, essayant de s’échapper d’Atlantica avec une tonne de caisses en bois. Achille ici présent essayait juste de vous piéger. »

« Merci, je vous en dois une. Atlantica a besoin de ce truc ! On ne peut pas laisser Blasco l’avoir ! »

« Allons-y ! Il est par là ! »

J’avais sauté sur le dos d’un Essaim Éventreurs et j’avais fait signe à Isabelle et à son entourage de me suivre.

Nous nous étions précipités dans les tunnels qui traversaient l’Atlantica. Voyager avec des pirates à travers cette forteresse naturelle me fit frissonner d’excitation.

« Il devrait être par ici… Là, n’est-ce pas lui ? »

Après avoir traversé un étroit tunnel difficile à trouver, nous étions sortis dans une grotte ouverte de l’autre côté. Devant nous se trouvaient un petit quai et un galion de taille moyenne qui y était amarré. C’était un quai séparé, caché, que les autres pirates n’avaient jamais connu. Et là, au bout, se trouvait l’homme que nous cherchions.

Bingo.

« Blasco ! »

Isabelle sortit son coutelas et lui fonça dessus.

Oh, tu as un sacré tempérament, ma chère…

Je devais m’assurer qu’elle ne se fasse pas tuer.

« Sérignan, aide-la, s’il te plaît. »

« Selon vos désirs. »

Sérignan était partie à la poursuite du pirate.

« Espèce de salaud ! Comment oses-tu essayer de t’enfuir avec le trésor d’Atlantica ? ! Tu as fait beaucoup de conneries jusqu’à présent, mais là, c’est vraiment la cerise sur le gâteau ! Espèce de serpent menteur ! » rugit Isabelle tout en agitant son coutelas devant Blasco.

« Et c’est toi qui oses dire ça, sale traîtresse ! Je n’ai fait ça que parce que tu as déclenché une putain de rébellion et laissé ces monstres entrer dans Atlantica ! » cria-t-il à Isabelle, en pointant son propre sabre dans sa direction.

Les sous-fifres de Blasco, qui avaient chargé la cargaison sur son navire, avaient déposé les caisses et avaient aussi sorti leurs armes. Franchement, je n’étais pas du tout inquiète.

« Vous devrez vous battre avec moi. »

En un instant, Sérignan s’était avancé et avait abattu un des hommes de Blasco.

Un autre pirate frappa Sérignan avec son coutelas, mais elle écarta rapidement sa lame et lui enfonça la pointe de son épée dans la gorge. Lorsqu’un troisième pirate lui chargea dessus, elle fit courir son épée parallèlement à son sabre et enfonça la lame dans son cœur.

La forme de combat de Sérignan était étonnante. Elle était fluide, sans erreur, et ne trahissait aucun signe d’hésitation. Elle repoussait ses adversaires avec précision et minutie. Elle reflétait l’expérience qu’elle avait acquise lors de nos combats à Maluk et Schtraut. Après tout, c’était une unité de héros capable de progresser constamment.

« Incroyable… »

« Cette dame est puissante et féroce… »

Isabelle et Blasco avaient été momentanément distraits par Sérignan, alors qu’ils étaient pratiquement engagés dans leur propre combat.

« N’allais-tu pas l’achever, Isabelle ? », avais-je demandé.

Ma question les ramena à la raison.

« Bien sûr ! Prépare-toi, espèce d’escroc ! »

« C’est toi qui vas périr ici, Isabelle ! »

Les deux croisèrent les lames. Isabelle avait clairement le dessus, probablement parce que sa jeunesse lui donnait beaucoup plus d’endurance. Elle repoussa Blasco avec une facilité ridicule et le fit bientôt s’appuyer contre un mur.

« Bon sang ! Aidez-moi, bande d’idiots ! », cria Blasco.

« Je ne sais pas à qui vous parlez. Vous êtes le seul qui reste. », dit froidement Sérignan.

Elle avait éliminé tous les hommes de Blasco comme si c’était un jeu d’enfant. Ayant connu leur fin sur la pointe de l’épée sacrée corrompue de Sérignan, les pirates gisaient dans des mares de leur propre sang.

« Déchets inutiles… J’ai dépensé une petite fortune pour vous ! »

Blasco hurla alors qu’il réussissait à peine à bloquer un coup de sabre d’Isabelle.

Lors du coup suivant, la lame d’Isabelle s’était enfoncée dans le bras de Blasco, sa propre arme tomba de sa main et s’écrasa sur le sol.

« Tu ne peux pas aller plus loin, Blasco », dit Isabelle en pressant la pointe de son coutelas contre sa pomme d’Adam.

« Grr ! Très bien, tue-moi si tu veux ! Tu peux parier ton joli cul que je te maudirai d’outre-tombe ! »

« Ooh, ça a l’air effrayant. Je suppose donc que je ne peux pas te tuer. Je vais juste demander à quelqu’un d’autre de m’en faire l’honneur. »

Isabelle hocha la tête dans ma direction.

Argh, à quoi pense-t-elle ?

J’avais grommelé intérieurement au moment où j’avais ordonné à un de mes Essaims Éventreurs d’assommer et d’attacher Blasco.

« Très bien. Maintenant, faisons leurs goûters à la même humiliation que nous avons dû subir », dit Isabelle.

Un sourire malicieux arriva sur ses lèvres.

***

Chapitre 4 : La Baie Sanglante

Dans un coin d’Atlantica, il y avait un endroit connu sous le nom de Baie Sanglante. Cette baie ne l’était que de nom, c’était l’endroit où Blasco élevait et nourrissait ses requins. Elle devait son surnom au fait que la surface de l’eau était pratiquement toujours rouge sang. Blasco avait nourri les requins avec des otages qui n’avaient jamais versé de rançon et des pirates traîtres. Grâce à cela, les requins qui infestaient ces eaux avaient développé un appétit pour la chair humaine.

Aujourd’hui encore, ils faisaient le tour du bras de mer, leurs nageoires dorsales formant des boucles infinies dans l’eau.

« Hé ! Isabelle ! Qu’est-ce que tu fous ? ! »

« Écoute, Isabelle, on va te donner une place au conseil, alors s’il te plaît, épargne-nous ! »

Achille et Blasco aboyèrent et supplièrent pendant que nous les transportions le long du quai surplombant la crique. Un pas de plus et l’un d’eux seraient jetés dans les eaux remplies de requins.

« Euh, je ne cherche pas à vous tuer », dit Isabelle, l’air perplexe.

J’étais un peu déconcertée. J’étais sûre qu’elle les avait amenés ici pour les transformer en nourriture pour requins. Mais si ce n’était pas la raison, alors pourquoi ?

Achille avait l’air déconcerté. « Qu’est-ce que tu… »

« Laissez-moi vous dire les choses telles qu’elles sont : vous devriez donner la moitié de ce que vous avez. »

Isabelle leur fit un sourire méchant.

« Vous savez qu’on doit diriger Atlantica ? Je suis sûre que si vous faites ça, les autres pirates vous pardonneront. »

« Je vais payer ! La moitié, c’est ça ? Tu peux avoir la moitié de ma fortune ! »

« Moi aussi ! Je te donnerai la moitié ! »

Achille et Blasco commencèrent à chanter comme un étrange petit chœur de deux hommes.

« Bien, et où est votre fortune ? »

Oh, son sourire était méchant.

« Dans le coffre au trésor… »

« Non, non, c’est la fortune d’Atlantica. Pas la vôtre. Combien avez-vous tous les deux, personnellement ? Ici même, sur cette île. »

Oh, je vois. C’est donc ce que tu vises.

« Euh… Attendez ! Je te donnerai la moitié de tout ce qu’on gagne à partir de maintenant ! Alors… s’il te plaît ! », pleura Achille.

« Pourquoi attendre ? Nous avons la moitié de tout ce que vous avez ici. »

Isabelle s’était tournée vers moi.

« Peux-tu les faire descendre ? Juste la moitié, cependant. »

« Deux idiots qui font la moitié du chemin et qui arrivent tout de suite », avais-je dit.

Le plan d’Isabelle était en fait assez simple. J’avais ordonné à l’Essaim Éventreur de tenir Achille et Blasco pour les faire descendre dans l’eau. Petit à petit, bien sûr. Nous n’étions pas pressés.

« Attendez ! Isabelle, j’avais tort ! Je suis désolé, alors je t’en prie ! Sauve-moi ! »

« Tu oublies qui a fait de toi un pirate à moitié décent dans un premier temps ! Sauve-nous, bon sang ! »

Les deux hommes criaient à l’aide à Isabelle, mais ils auraient peut-être dû s’adresser à l’Essaim Éventreur, vu la situation. Bientôt, les pirates avaient été submergés jusqu’à la taille dans la Baie Sanglante.

« Aaah ! Aaaahhhh ! À l’aide ! »

« Ce sont tes foutus requins, Blasco ! Fais quelque chose ! »

Ils s’étaient criés dessus alors même que les requins commençaient à les encercler.

« Très bien, les gars, on va réclamer la moitié de ce que vous avez comme taxe pour Atlantica. Vous pouvez garder l’autre moitié. »

Ce qui s’était passé ensuite, eh bien… ça restera secret. Je dirai, cependant, qu’il y avait eu beaucoup de sang impliqué. Isabelle ferma les yeux et apprécia leurs cris comme si c’était de la musique classique.

Je suppose que les pirates resteront toujours des pirates.

« Eh bien, je dirais que la moitié de leurs corps sont morts. Remontez-les. », déclara Isabelle après un certain temps.

« Essaim Éventreur, sors-les de l’eau. »

L’Éventreur fit ce qu’on lui avait dit, tout ce qui se trouvait sous le torse des pirates avait disparu.

« Nous allons suspendre leurs corps à l’entrée d’Atlantica jusqu’à ce qu’il ne reste que des os. Cela devrait servir d’exemple pour savoir ce qui se passe quand on essaie d’empocher les richesses des autres pirates. »

Décorer votre base secrète cool avec des cadavres qui ressemblent à ça ? Quel gâchis...

« Ta purge est terminée maintenant, Isabelle ? »

« Oui. Tout ce qui reste à faire c’est de sceller notre alliance. »

Voir qu’elle était toujours prête à s’allier avec moi était un soulagement. Si elle avait choisi de me trahir ici et maintenant, tous ces efforts n’auraient servi à rien.

☆☆☆

Nous avions rapidement mis par écrit les termes de notre alliance avec les pirates.

Clause numéro une : « L’Arachnée fournira périodiquement à Atlantica les biens dont elle aura besoin, c’est-à-dire les richesses de Maluk et de Schtraut. Toutes les ressources que l’Arachnée n’utilisera pas pour les bâtiments et le déblocage de nouvelles structures iront aux pirates. »

Clause numéro deux : « Les pirates s’attaqueront de manière proactive au Royaume Papal de Frantz. L’essaim les aidera dans ces attaques et leur servira de renfort. Les capitaines qui trouvent l’essaim répugnant ne seront pas forcés d’y participer. »

Clause numéro trois : « Tout butin volé lors des raids susmentionnés ira aux pirates. En règle générale, l’Essaim ne prendra aucun butin aux pirates de l’Atlantica. »

« Es-tu sûr que ça ne te dérange pas ? Ces termes penchent en notre faveur. Tu nous donnes des ressources et tu nous laisses garder tout le butin. Tu n’en as pas besoin ? », dit Isabelle en me regardant.

« Hmm. Tu te plains ? »

Sa considération m’avait un peu surprise.

Isabelle était une pirate, alors je m’attendais à ce qu’elle prenne tout ce qui lui tombait sous la main. Je veux dire, elle avait fait un raid dans nos ports à Schtraut et réclamé le trésor des chefs… Ou plutôt, le trésor qu’ils s’étaient approprié et qui était devenu la propriété commune d’Atlantica. Agir comme si elle voulait que nous demandions un peu plus ne lui ressemblait pas, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Je pensais juste que si nous n’en tirons pas tous les deux profit, l’alliance ne durerait pas. Et nous voulons que vous restiez de notre côté… pour l’avenir d’Atlantica. »

Donc elle voit ça comme un investissement. Je suppose que c’est logique.

Elle pensait que l’alliance serait encore plus solide si nous pouvions en profiter aussi. La façon dont l’Arachnée gérait les affaires extérieures avait tendance à impliquer la force et le carnage, nous n’étions donc pas habitués aux subtilités de la diplomatie. Dans des circonstances normales, l’Essaim ne faisait aucune distinction entre amis et ennemis, ce n’était rien d’autre que des proies.

Alors, ayons des négociations plus civilisées. Sais-tu qu’il faut s’accrocher à ce cœur humain ?

« Alors je veux un dixième de tout butin contenant de l’or. Nous n’avons besoin de rien d’autre », avais-je proposé.

L’or était nécessaire pour déverrouiller les structures.

« Eh bien, n’êtes-vous pas généreuse ? Disons un cinquième. L’or est facile à trouver. »

Isabelle sourit après avoir fait monter les enchères.

C’était un bon pirate et une femme respectable. Ça aurait été amusant de l’avoir dans ma famille.

Je me demande ce que fait ma vraie famille en ce moment…

« Marché conclu », avais-je dit, en me débarrassant de cette idée.

« Il suffit que vous vous occupiez simplement de la marine de Frantz. Vous n’avez même pas à partager le butin qu’ils vous donnent pour le moment. Nous avons juste besoin que vous les occupiez. »

« Oui, on va s’en occuper. S’occuper de la marine de Frantz sera du gâteau. »

Je l’espère bien.

« Je pense que tout est en règle. Peux-tu signer ici ? »

J’avais rassemblé les documents contenant les termes de notre accord et je les avais mis sur la table. Je ne savais ni lire ni écrire dans cette langue commune, alors j’avais demandé à Roland de nous servir de scribe. Isabelle et moi avions respectivement signé en tant que chef de l’Atlantide et reine de l’Arachnée.

« Ceci scelle le contrat. Ne t’inquiète pas, les pirates savent comment honorer un contrat. », dit Isabelle

Elle avait laissé le fait qu’elle n’aurait pas pu mettre en scène la rébellion sans que nous le disions. Mais au moment où nous avions levé nos stylos, un des hommes d’Isabelle fit irruption.

« Sœur ! Il se passe quelque chose sur le quai ! »

« Bon sang, quoi maintenant ? ! »

Isabelle s’était mise à souffler et croisa les bras.

« Allons voir. Tu ne veux pas qu’ils se rebellent contre leur chef si tôt, hein ? », lui avais-je dit.

« Oui… J’ai entendu parler de dirigeants éphémères, mais merde ! Je n’ai même pas contrôlé cet endroit depuis un jour ! »

Avec ça, nous nous étions rendues toutes les deux sur le quai.

☆☆☆

« Je vous le dis, nous ne pouvons pas envoyer de navires pour le moment ! »

« Espèce de lâche ! Quel genre de pirate a peur de ces choses !? »

Il y avait une dispute sur le quai. Deux capitaines échangeaient des mots durs, et ils semblaient sur le point de sortir leurs sabres.

« Pourquoi vous vous disputez, bande d’imbéciles ? ! », cria Isabelle en arrivant sur les lieux.

« Isabelle, ce connard lâche dit qu’il n’y a pas moyen d’envoyer des bateaux en mer ! Il dit qu’il a peur des serpents de mer ! »

« Oui, parce que ce ne sont pas des serpents de mer normaux ! Ils sont énormes, et c’est comme s’ils voulaient tuer tous les humains qu’ils trouvent ! J’ai été attaqué par une de ces choses une fois, et c’est plus que suffisant pour le reste de ma vie ! Aucun de mes vaisseaux n’ira là-bas en ce moment ! »

Des serpents de mer… Ça doit être le même que Sérignan et Roland a combattu il y a quelque temps.

« Y a-t-il un moyen de les exterminer ? », avais-je demandé.

« Hein ? Eh bien, en général, on le termine en deux-trois coups de harpons, mais ce grand harpon, peu importe combien on en a tiré ! Il n’arrêtait pas de bouger ! C’est un véritable monstre ! », répondit crûment l’un des pirates.

« Hmm… C’est peut-être le même serpent de mer que nous avons croisé récemment. Les Essaims Éventreurs l’ont assommé de leur venin, et Roland et Sérignan lui ont causé de gros dégâts. Mais il n’est pas mort. »

« Vous avez combattu cette chose ? Un serpent de mer blessé ? »

Un serpent de mer blessé… Ça me semble correct.

Cependant, au fond, quelque chose me tracassait.

Les serpents de mer sont peut-être un monstre indigène à ce monde, mais une des factions du jeu les a aussi employés comme unités… Tout comme les wyvernes. J’espère que ce n’est qu’une coïncidence.

« Il semblerait. Est-ce vraiment si gênant ? », avais-je demandé.

« Bien sûr que ça l’est ! C’est un putain de serpent de mer ! On ne peut pas naviguer dans les mêmes eaux que cette chose… Il va transformer nos bateaux en bois flottant et nous en nourriture pour poissons ! »

« Espèce de mauviette ! Évite ce stupide serpent ! »

Ainsi commença une autre dispute.

Oh, mon Dieu. Les pirates sont turbulents, mais ils peuvent être très prudents quand il le faut. Euh, d’une certaine façon.

« On dirait que tu ne peux pas tenir ta part du marché tant que le problème du serpent de mer n’est pas réglé », dis-je à Isabelle.

« Ouais, on doit faire quelque chose pour eux. »

Elle avait haussé les épaules et avait pris une grande respiration.

« Très bien, que ceux qui ont le courage de se joindre à nous se lèvent ! Je forme une brigade d’extermination des serpents de mer ! On n’a pas peur d’eux, et on ne va pas laisser celui-là se mettre en travers de notre chemin ! On va leur montrer qu’Atlantica ne se pliera pas à un monstre marin ! »

« J’en suis ! »

« Moi aussi ! »

Les pirates s’étaient portés volontaires les uns après les autres. Aussi sauvages qu’ils soient, ces hommes étaient courageux. Les pirates avaient peut-être fait des raids sur des citoyens sans défense pour faire du profit, mais cela ne signifiait pas qu’ils étaient des lâches qui reculaient devant un combat.

En fait, ce courage était ce que j’aimais le plus chez Isabelle. Malgré le fait que la société pirate était dominée par les hommes, elle s’était battue bec et ongles pour devenir capitaine. Même maintenant, elle se dirigeait vers la bataille. Et même si elle ne savait pas si elle pouvait gagner, elle releva le défi sans peur. J’avais beaucoup apprécié cela chez elle.

Je ne pouvais pas laisser mourir quelqu’un comme elle. Seuls des salauds comme Léopold ou les chevaliers de Maluk méritaient vraiment cela… Bien que je suppose que le reste du monde doit penser que je suis tout aussi vilaine.

« Ils ont cependant dit que les harpons ne peuvent pas faire tomber le serpent. Comment allez-vous le combattre ? »

« Heh, tirez encore plus de harpons dedans, duh ! À quoi vous attendiez-vous ? C’est peut-être un monstre, mais c’est quand même une créature vivante. Percez-lui suffisamment de trous, et il mourra. »

Ugh, donc vous optez juste pour une stratégie de force brute…

Je ne pensais pas que ça allait marcher. Tous les navires pirates réunis ici auraient encore du mal à maîtriser un monstre de cette taille. Il pouvait plonger sous l’eau et attaquer les navires à partir de là, et nous n’avions évidemment pas de sonar ou de grenades sous-marines.

Essayer de lui donner un coup de poing ou de le transpercer ne pouvait que se solder par un échec. Il était temps de mettre de côté les muscles et de commencer à compter sur les cerveaux.

« Alors l’Arachnée vous aidera aussi. Après tout, nous aurons des ennuis si vous ne pouvez pas envoyer de bateaux. Nous vous prêterons nos forces pour celui-ci. »

« Oh, vous voulez aussi combattre le serpent de mer ? Huh. J’ai hâte de voir ce que vous pouvez apporter à la table. »

L’Arachnée n’avait pas d’unités aquatiques ou navales, seul un nombre limité de factions en avaient. Cela ne voulait cependant pas dire que nous n’avions pas de moyens d’attaquer les unités marines.

***

Chapitre 5 : Subjugation du serpent de mer

Après avoir décidé de rejoindre l’équipe de subjugation, nous étions retournés à Schtraut pour rassembler les unités dont nous aurions besoin pour la bataille à venir.

« Prêts, tout le monde ? » avais-je demandé aux unités par le biais de la conscience collective.

« Oui, nous sommes tous réunis, Votre Majesté. »

« Bon travail. Montez à bord. »

J’avais chargé mes nouvelles unités sur le seul grand vaisseau que nous avions. Elles seraient notre clé pour tuer le serpent de mer.

« Très bien. Lysa et Sérignan, vous me rejoignez sur le navire de taille moyenne. Roland, tu prends le commandement du grand navire. »

« Compris, Votre Majesté. »

Cette fois-ci, nous étions à fond, et je faisais partie de la force de frappe. Je doutais sérieusement de mon utilité, mais je ne pouvais pas donner aux pirates l’impression que j’étais une lâche. Effrayée comme j’étais, j’avais pourtant déjà survécu à un sacré nombre de batailles (en me cachant derrière le dos de Sérignan).

« Très bien, une fois que nous aurons levé l’ancre, nous devrions naviguer ici et nous regrouper avec les forces d’Isabelle », avais-je déclaré, en pointant un point sur les cartes marines des pirates.

Notre point de rendez-vous était une zone le long de la côte de Doris où nous avions déjà rencontré le serpent de mer. Une fois que nous les aurions rencontrés, nous allions nous préparer pour attirer la bête. Les pirates avaient prévu de l’attirer en remorquant le bétail derrière un de leurs navires. C’était une solution simpliste, mais je ne pouvais qu’espérer qu’elle fonctionnerait.

« Allons-y. »

Très vite, nous avions laissé le duché derrière nous. Je m’inquiétais pour nos frontières, nous étions encore en train de construire des murs et des tours de guet, mais les forces ennemies pouvaient percer si elles le voulaient. En plus de cela, j’avais amené Sérignan et nos précieuses nouvelles unités avec moi pour tuer le serpent de mer, nos défenses étaient donc beaucoup plus faibles que je ne l’aurais souhaité.

Nous devons tuer cette chose, et vite.

« Je peux voir les bateaux pirates ! », dit Lysa.

En regardant devant moi avec des jumelles, j’avais aussi repéré le drapeau des pirates. Mais Lysa l’avait vu à l’œil nu, sa vision était vraiment impressionnante. Il y avait neuf navires pirates devant nous. L’Atlantica en avait plus, mais seulement neuf s’étaient présentés. Les autres capitaines avaient probablement trop peur du serpent de mer et avaient donc refusé de se joindre à nous.

Je ne peux pas vraiment les blâmer. Leur vie est en jeu.

Un navire rompit la formation et s’approcha de nous.

« Ohé, la reiiiiine ! Tu es prête ? »

C’était le bateau d’Isabelle, l’Albatros.

« Oui, on est prêts. Et toi ? »

« On est prêts à y aller à n’importe quel moment. Ne t’inquiète pas, on s’en occupe. »

« Très bien, allons pêcher ! Préparez-vous, d’accord ? », dit-elle en souriant

« Bien reçu. On assure vos arrières. »

J’avais fait un signe de tête.

Apparemment, l’Albatros lui-même remorquerait l’appât. Les pirates avaient jeté deux vaches mortes entières à l’eau.

Ce serpent de mer est un vrai glouton, hein ?

« Sérignan, Lysa, préparez-vous au cas où il arriverait quelque chose. Et Roland, assure-toi que ton bateau suit l’Albatros pour qu’ils soient prêts à se battre. »

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Sérignan dégaina son épée et jeta un regard furieux vers l’eau. Lysa brandit son arc long et y plaça une flèche, qui était enduite d’un venin paralysant. Roland dirigea son navire, qui était chargé d’Essaims Éventreurs et de nos nouvelles unités, pour suivre l’Albatros.

Le bateau d’Isabelle navigua lentement, la viande dérivant derrière lui. La mer était restée calme, mais rien ne permettait de savoir quand le monstre pourrait soudainement sortir de l’eau. D’après ce que m’avait dit Sérignan, la chose faisait plus de 50 mètres de long.

« Votre Majesté, je peux sentir sa présence. Il arrive », dit Sérignan.

« Oui, je sais. Je ressens ce que tu ressens. »

Elle sentait quelque chose qui montait rapidement dans l’eau, et ce sentiment m’avait été transmis par la conscience collective.

« Il est là », lui avais-je chuchoté.

À ce moment précis, un long pilier d’eau s’était élevé à côté de l’Albatros. Un monstre massif ressemblant à un serpent de mer émergea de l’intérieur et, selon le rapport de Sérignan, la chose faisait facilement plus de 50 mètres de long. Il sauta au-dessus de la surface de l’eau et engloutit les deux bêtes.

C’était effectivement un joli monstre ! Le fait qu’une bête aussi massive se soit tapie dans ces eaux témoigne des terreurs que le bel océan pouvait cacher dans ses profondeurs. Un certain auteur d’épouvante qui avait écrit de nombreux ouvrages sur d’horribles monstres marins me vint à l’esprit.

Intimidée comme je l’étais, je pouvais sentir le courage de Sérignan à travers la conscience collective, et cela avait servi à apaiser ma peur.

« C’est bon ! Tirez les harpons ! »

« Lysa, attaque ! »

Isabelle et moi avions donné nos ordres en même temps. Les navires pirates tirèrent des harpons de chasse à la baleine, qui percèrent la chair du serpent de mer, et Lysa le frappa de sa flèche paralysante. Cette flèche avait été trempée dans le venin concentré d’Essaim Éventreur, être touché par elle équivalait à être piqué par dix Essaims Éventreurs.

« Skreeeeaaah ! »

Le serpent de mer hurla de douleur et chargea sur l’un des navires. Les pirates d’Isabelle n’allaient pas couler sans se battre, ils avaient essayé d’échapper à l’attaque du serpent de mer, mais n’avaient pas réussi à l’esquiver à temps.

Alors que la bête s’engouffrait dans le navire, celui-ci chavira, envoyant son équipage vers la mer. Le serpent avait alors enfoncé ses crocs dans la structure en bois, transformant le navire en débris alors que les pirates dérivaient vers une tombe aquatique. Naturellement, le carnage du serpent était loin d’être terminé.

Oh, merde.

Tout s’était passé en un clin d’œil. Pouvions-nous vraiment gérer cette chose ? Mais au moment où cette pensée me traversait l’esprit, le serpent de mer s’était élancé vers l’Albatros et mon navire de taille moyenne. Nous étions clairement les prochains sur sa liste.

Merde. Merde, merde, merde.

« Euh, Roland, tu es prêt ? ! », avais-je crié.

« Pas encore ! Ça va trop vite ! On ne peut pas le rattraper ! »

Oh, mon Dieu.

Notre seul espoir résidait dans les nouvelles unités montées à bord du navire de Roland.

« Lysa, Sérignan, préparez-vous. Nous devons intercepter cette chose. », avais-je dit en me calmant les nerfs.

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

Nous avions placé notre navire entre l’Albatros et le serpent de mer. Nous nous étions ensuite préparés à attaquer. Ce serait sans espoir si le serpent nous attaquait sous l’eau, mais s’il s’élevait au-dessus du niveau de la mer…

« Hé, ne faites rien d’imprudent ! Repliez-vous s’il le faut ! », nous cria Isabelle depuis le pont de l’Albatros.

« Mais vous ne pouvez pas vous échapper ! Je veux dire, vous l’avez attrapé avec votre appât ! »

Je lui avais crié de se replier.

« Oubliez-nous ! Préparez-vous à vous tirer d’ici s’il le faut ! », cria-t-elle en secouant violemment la tête.

Un pirate si courageux. Même la peur de la mort ne l’a pas effrayé.

« Regardez ! Il sort de l’eau ! »

Bingo.

Je savais que le monstre referait surface, mais ce n’était pas un hasard. D’après Isabelle, les serpents de mer avaient une excellente mémoire à long terme. Celui-ci se souvenait essentiellement de la façon dont Sérignan l’avait repoussé avec ce navire. Peut-être la voix de Sérignan avait-elle voyagé sous l’eau.

Allez, mon grand. C’est l’occasion de prendre ta revanche.

J’avais regardé le serpent de mer sortir de l’eau, révélant sa pleine forme. Il ressemblait certainement à un serpent, mais il avait quatre yeux au lieu de deux. Et ils étaient tous fixés sur notre bateau. Sérignan rencontra le puissant regard de la bête, l’incitant à hurler de colère. Son cri fit onduler l’eau, secoua le navire et fit peur à tous ceux qui l’entendirent. La voix assourdissante de la créature était une arme mortelle en soi.

« Sérignan ! Peux-tu le contrôler ? ! », avais-je crié, en espérant être entendu par-dessus le cri animalier.

« Ne vous inquiétez pas, Votre Majesté ! », répondit Sérignan en criant.

Le serpent de mer menaçant mit ses crocs à nu, Sérignan leva son épée comme pour relever le défi… Puis vint un terrible affrontement. Le serpent se déchaîna et tenta de la mordre. Elle repoussa un de ses crocs avec sa lame, essayant désespérément de dévier l’attaque. Elle semblait prête à avaler Sérignan en entier, mais elle avait à peine réussi à garder ses mâchoires ouvertes.

« Lysa, couvre-la ! »

« Compris ! »

Lysa lança trois flèches à venin et les tira toutes en même temps sur le serpent de mer. Ses talents de tireuse à l’arc étaient plus étonnants que jamais.

« Skreeeaaah ! »

Le serpent hurla de douleur alors que les flèches s’enfonçaient dans la chair.

Et alors que la créature devenait de plus en plus paresseuse à cause du venin, Sérignan fit son prochain mouvement.

« Haaaah ! »

Son épée lui transperça la mâchoire et sa tête heurta le pont du navire. C’était tout ce qu’elle pouvait faire, mais elle avait quand même infligé d’énormes dégâts à la créature. Grâce à leurs efforts conjugués, elle était tombée, mais elle n’était pas encore morte.

« Bon sang. Elle est toujours en vie après avoir reçu autant de coups. Quel monstre... », marmonna Isabelle.

« Ne t’inquiète pas, Isabelle. On va le faire tomber, c’est sûr. »

Elle fit un signe de tête sinistre.

« J’espère bien. Je crois que je commence à comprendre pourquoi mes garçons avaient si peur de cette chose. Il pourrait probablement nous tuer cinquante fois plus d’hommes. »

« Et vous continuez à le combattre ? », dis-je en fronçant un sourcil.

« C’est la façon de faire des pirates. », dit-elle en souriant.

Le serpent de mer s’était tortillé plusieurs fois alors qu’elle se préparait à lui tordre le cou une fois de plus.

Dépêche-toi, Roland…

« Votre Majesté ! Nous sommes prêts ! »

Ah, les voilà.

Nos nouvelles unités seraient précieuses pour vaincre les monstres marins. Le navire de Roland en était rempli à craquer. Bien qu’il leur manquait les faux de l’Éventreur, ils avaient plusieurs fois la taille de l’Éventreur et avaient une longue queue en forme de scorpion. Le bout de leur queue dégoulinait d’un liquide noir et visqueux.

Les Essaims Toxiques. Une des unités longue portée de l’Arachnée.

Une fois que nous avions rassemblé suffisamment d’âmes, j’avais enfin pu les débloquer. Les Essaims Toxiques étaient capables de faire des choses que les Essaims Éventreurs, Fouilleurs, Parasites et Mascarades ne pouvaient pas : attaquer à distance.

« Essaims Toxiques ! Feu ! », criai-je.

Les Essaims Toxiques balançaient docilement leurs grosses queues et tiraient ce qui ressemblait à des flèches depuis les pointes. Ces flèches transperçaient le serpent de mer abattu, qui hurlait de douleur et il tenta de s’enfuir sous l’eau.

« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? », demanda Isabelle, bouche bée.

« Ce sont des Essaims Toxiques, les unités à longue portée de l’Arachnée. La légende dit que le poison dans leur queue est capable de terrasser un dragon. Je ne sais pas si c’est vrai, mais c’est quand même une toxine assez puissante. Je doute que tout ce qui se fait toucher par ça en sorte indemne. »

Les Essaims Toxiques étaient l’atout caché dans ma manche. Les serpents de mer vivaient dans l’océan, se rapprocher pour couper celui-ci n’était donc pas vraiment possible. Ne pouvant donc pas envoyer les Essaims Éventreurs à sa poursuite, j’avais décidé de l’écorcher avec des attaques à longue distance dès qu’il ferait surface. Maintenant, nous serions capables de tuer cette chose avant qu’elle ne se déchaîne à nouveau.

Soudainement, le serpent de mer refit surface, se tordant dans l’agonie.

« Quoi, tu veux donc en recevoir davantage ? Essaims Toxiques, tirez votre deuxième salve. »

« Selon vos désirs, Votre Majesté. »

À mon commandement, les Essaims Toxiques tirèrent d’autres projectiles sur la bête souffrante. Sans pitié, sans même un soupçon de pitié, ils tirèrent leurs pointes venimeuses sur le serpent de mer. Du sang commença à couler de sa bouche.

Ensuite, le serpent de mer commença à fondre. La chair et la peau de son abdomen furent les premières à fondre, exposant ses entrailles et ses os. Quelques instants plus tard, même ceux-ci disparurent, ne laissant rien derrière eux.

« Incroyable… », chuchota Isabelle en regardant le serpent de mer se désintégrer dans l’eau désormais immobile.

Je n’étais pas aussi choquée. Dans le jeu, les ennemis atteints de la toxine des Essaims Toxiques fondaient toujours. Les unités synthétiques ou hautement défensives pouvaient bloquer les projectiles, mais tout le reste devenait une soupe charnue en quelques secondes. Le serpent de mer avait en fait duré plus longtemps que la plupart des autres. En général, la désintégration était immédiate.

« On dirait que votre petit problème de serpent de mer est réglé, hein ? » avais-je dit en me tournant vers Isabelle.

« Ouais, maintenant on peut naviguer partout sans avoir à s’inquiéter de ce truc ! », dit-elle avec un sourire en coin.

Les pirates lancèrent des huées et des cris de joie.

Ouf… C’est un soulagement.

Il ne restait plus aux pirates qu’à provoquer le Royaume Papal de Frantz et à occuper sa marine… En supposant que tout se passe bien. Mais j’avais décidé de rester optimiste. S’inquiéter de ce genre de choses ne ferait que me fatiguer, et ce n’était pas le moment de faire des erreurs de jugement.

***

Chapitre 6 : Festin de pirate

Partie 1

Un navire marchand naviguait sur les côtes du Royaume Papal de Frantz. Le navire, qui appartenait à Frantz, revenait de l’Union des Syndicats de l’Est. Il était rempli de vêtements de prêtres confectionnés par les membres de la guilde des artisans du syndicat ainsi que de bijoux et de pierres précieuses qui allaient servir de donation aux dirigeants de Frantz.

« Hé, quelque chose arrive », dit l’un des marins. Le bateau n’était pas loin du quai.

« Eh bien, qu’est-ce que c’est ? », demanda un officier de pont voisin.

« Err, c’est un navire. Il va assez vite… et on dirait qu’il se dirige vers nous. »

C’est alors qu’il le remarqua : un drapeau noir orné d’une tête de mort battait au sommet du mât du navire.

« Oh non… C’est un bateau de pirates ! Nous avons des pirates, tout le monde ! Ils se rapprochent vite ! Il faut filer d’ici… En avant tout ! »

« Pas bon ! Ils nous rattrapent… On n’y arrivera pas ! »

Le chaos éclata sur le navire marchand alors qu’il ouvrait grand ses voiles, espérant prendre le vent et échapper à la poursuite des pirates. Mais le navire pirate était agressif et finement conçu, il avait presque rattrapé son retard. À ce rythme, le navire de Frantz serait en difficulté.

« Ils sont là ! »

Enfin, le bateau pirate était sur eux.

« Abordons-les ! »

« Ohé, les gars ! Notre petit Kingfish est venu vous saluer ! »

Les pirates acclamèrent et sautèrent à bord du navire de commerce.

« Eek ! Ne me tuez pas ! » supplia le capitaine du navire, tremblant de peur.

« Heh, soyez bon, et nous allons y réfléchir », répondit un pirate, en le poussant avec son coutelas.

« Et si vous commenciez par nous montrer tout ce que vous avez ? »

« Nous avons des vêtements de prêtre et des bijoux dans la cale. C’est tout, je le jure ! »

« Ugh, des robes de prêtres ? Je suppose qu’on peut s’en servir pour se torcher le cul. Mais bon, ces bijoux ont l’air très tentants. »

Le capitaine du Kingfish regarda avidement le coffre plein de pierres précieuses.

« Très bien ! Vous et votre équipage, montez sur ces bateaux. Ce bateau nous appartient maintenant ! Si vous avez des plaintes, vous pouvez les dire à mon sabre. »

« Très bien, très bien ! »

Ainsi, l’équipage du navire marchand était monté à bord des plus petits bateaux avec crainte. Ils étaient restés à l’eau pendant que les pirates s’envolaient avec leur navire et tout son contenu. Assez rapidement, ils ne purent plus voir les navires. Finalement, leurs bateaux dérivèrent jusqu’à la côte, et l’équipage n’avait pas perdu de temps pour signaler l’incident, informant les autorités que les pirates étaient en mouvement.

En réalité, le nombre de navires attaqués par les pirates augmentait de jour en jour. Les raids de pirates ne se produisaient généralement qu’une fois par semaine environ, mais cela se produisait maintenant presque quotidiennement. En conséquence, l’Union des Syndicats de l’Est estima que le commerce avec le Royaume Papal de Frantz était beaucoup plus risqué qu’auparavant. D’autres pays s’en étaient aperçus, et le flux d’importations de Frantz s’était raréfié.

À présent, les produits alignés sur les marchés du Royaume étaient tous de mauvaise qualité, à tel point que même les ecclésiastiques de haut rang commencèrent à penser que quelque chose n’allait pas. Comme le resserrement progressif d’un nœud coulant, le Royaume Papal de Frantz subissait un étouffement économique paralysant. Si cette situation n’était pas résolue, elle pourrait entraîner des troubles civils.

« Permettez-moi de déployer nos hommes et d’abattre les pirates », s’était exclamé l’amiral de la marine de Frantz. Actuellement, il participait à une réunion sur la façon dont ils devraient faire face à la menace des pirates.

« La marine n’a encore rien fait ? », demanda le général des forces terrestres du Royaume.

« Ces dernières semaines, nous avons été en attente pour attaquer Schtraut et le libérer des insectes. »

Comme le craignait Grevillea, la marine de Frantz avait été mise de côté pour organiser un débarquement sur les rives de l’ancien duché. L’amiral avait donc reçu l’ordre de préparer les navires et de les remplir de soldats.

« Eh bien, les choses ont changé. Les pirates profitent de la guerre pour nous attaquer, et notre ligne de ravitaillement est en pagaille ! Si nous ne faisons rien, cette guerre se terminera par notre effondrement économique complet, quelle que soit l’issue réelle ! »

Comme l’avait dit l’amiral de la marine, l’influence des pirates sur leur économie ne pouvait pas être ignorée. Avec l’arrêt du commerce, la Royaume Papal ne pouvait pas imposer ses citoyens, et sans impôts, l’armée n’avait pas de fonds. En tant que leader de l’alliance, le Royaume Papal devait faire preuve de la plus grande force militaire, il avait donc naturellement besoin d’un budget à la hauteur.

Dans cette optique, le rétrécissement de l’économie et la diminution des impôts avaient porté un coup sérieux au Royaume. Si cela allait plus loin, l’économie du pays s’effondrerait avant même le début des combats. Les forces vives du pays — ses fonds — seraient coupées, et le Royaume périrait tout simplement.

« Vous dites cela, mais les routes maritimes ne sont pas notre seule option. Nous pouvons envoyer des caravanes pour faire du commerce. La marine devrait attaquer les territoires du Duché comme prévu. Il y a maintenant un mur construit le long de la frontière. », répondit le général.

« Vous pensez que les caravanes peuvent transporter autant de marchandises qu’un navire, ou se déplacer aussi vite que possible ? Seul un péquenaud qui n’a jamais mis les pieds sur un pont de sa vie pourrait croire une telle chose ! »

« Qu’est-ce que vous venez de dire !? »

La situation ne pouvait être décrite que comme critique.

« C’est bon, c’est bon. Calmez-vous. Ces pirates ne sont pas une menace réelle. Nous allons bientôt élaborer une contre-mesure pour eux. Une fois que ce sera fait, nous pourrons demander à notre marine d’organiser le débarquement sur la côte de Schtraut. », déclara le cardinal Paris Pamphilj.

Voyant que le bras droit du pape prenait les rênes de la conversation, l’amiral et le général s’étaient tus.

« Nous devons rester unis. C’est pourquoi notre foi existe. Ces insectes sont les ennemis du monde, et cela fait d’eux les ennemis de notre foi. Pour cette raison, la volonté de Sa Grâce est que nous commencions une inquisition. », les exhorta Paris.

« Une inquisition ? ! »

Tous les visages s’étaient raidis.

Une inquisition est un massacre à grande échelle de ceux qui n’acceptaient pas le Dieu de la Lumière comme le seul vrai Dieu. L’Église de la Sainte Lumière était devenue la principale organisation religieuse du continent parce que les inquisiteurs du passé avaient pourchassé la plupart des hérétiques. Ils avaient écorché vif les non-croyants et les avaient brûlés sur le bûcher sur les places des villes pour que tout le monde puisse les voir.

C’était un spectacle infernal. Des inquisiteurs vêtus de blanc se promenaient dans les rues, torches à la main, et des cris d’agonie s’élevaient chaque jour sur les places. Les gens dénonçaient leurs voisins pour prouver leur loyauté à la foi. Les parents trahissaient leurs enfants aux inquisiteurs et vice versa.

En ces périodes, le Royaume Papal de Frantz était un creuset de doutes et de paranoïa. Ses citoyens ne pouvaient faire confiance à personne et vivaient dans la crainte constante d’être brûlés sur le bûcher. Par conséquent, l’Église de la Sainte Lumière s’était consolidée sur tout le continent, et les inquisitions avaient été abolies par la suite parce qu’elles étaient beaucoup trop dangereuses. Ainsi, les terreurs de l’inquisition avaient été scellées comme une partie sombre et désagréable de l’histoire de l’Église de la Sainte Lumière.

C’était du moins ce qu’il aurait dû être.

« Nous aurons besoin de l’armée pour participer à l’inquisition. Après tout, nous devons nous assurer qu’il n’y a pas d’hérétiques dans nos rangs, non ? » dit Paris.

« Il n’y a pas d’hérétiques dans notre armée, Votre Éminence. »

Le général secoua la tête, le visage pâle.

« L’armée du Royaume est remplie à ras bord de croyants. On ne peut s’y tromper. »

« Je ne sais rien de tel. Quiconque tourne le dos à un ennemi de la foi et s’enfuit est un hérétique. Quiconque fait preuve de pitié envers un hérétique est, de même, un hérétique. Quiconque n’a pas la volonté de combattre les hérétiques est également un hérétique. Et tous les hérétiques seront expulsés. N’êtes-vous pas d’accord ? »

S’ils se conformaient à la proposition de Paris, les inquisiteurs qui en résulteraient ne seraient pas différents des officiers militaires sous le régime soviétique.

« C’est vrai, Votre Éminence. Nous devons rester unis sous la bannière de la foi. Cette foi est notre arme, et nous devons y rester fidèles même si nous devons faire face aux pirates. Ils ont tourné le dos au Dieu de la Lumière. », déclara l’amiral.

« Je suis très heureux de constater que vous êtes de ceux qui voient la raison, Amiral. »

Paris le regarda avec un sourire satisfait.

« Pour l’instant, il faut s’occuper des pirates. Les vieux rivages de Schtraut viendront plus tard. »

Ainsi, la politique du Royaume pour l’avenir immédiat avait été décidée. Une nouvelle série d’inquisiteurs revêtirent leur habit blanc et commencèrent à patrouiller dans les villes à la recherche d’hérétiques. Au sein de l’armée, la foi des soldats et leur volonté de se battre étaient constamment mises à l’épreuve.

Toute personne signalée aux inquisiteurs était rapidement exécutée. Alors qu’ils regardaient les inquisiteurs peler la peau de leurs voisins et de leurs proches avant de les mettre au feu, la population tremblait de peur.

C’était le début d’une ère très sombre.

***

Partie 2

Un autre navire marchand navigua le long des côtes du Royaume Papal de Frantz. Et bien sûr, une ombre menaçante apparut à l’horizon. Cette fois, c’était l’Albatros.

Le navire d’Isabelle s’était lentement rapproché de l’autre navire, le drapeau des pirates n’étant pas en vue. Il s’était approché furtivement du navire, se faisant passer pour un autre navire de commerce.

« Vous êtes prêts, les gars ? ! »

Isabelle appela son équipage, le sabre à la main.

« Aye, madame ! Nous sommes prêts à nous battre ! »

Des Essaims Éventreurs attendaient également sur le navire. L’Arachnée leur avait prêté des forces, les Essaims Éventreurs avaient grandement contribué aux efforts des pirates. Les pirates d’Isabelle avaient effectué de nombreux raids sur les navires du Royaume Papal. Ils s’étaient emparés de navires remplis de trésors, et le butin de leurs exploits remplissait la voûte de l’Atlantide d’une délicieuse lueur.

« Nous sommes montés haut. Grâce à nous, Atlantica s’enrichit. Vous voyez ça ? C’est la vie du pirate. Et je ne sais pas pour vous, mais j’en aime chaque seconde. On vole, on profite, et nos coffres sont pleins d’or et d’argent. Bénissez la vie de pirate, les gars ! »

« C’est vrai, ma sœur ! »

Isabelle et ses copains avaient pris tout ce que les navires de commerce avaient. Des lingots d’or, des chandeliers en argent, d’innombrables pièces d’or et d’argent, tous empilés dans le coffre d’Atlantica. Et pendant ce temps, les pirates célébraient avec des acclamations bruyantes et tapageuses. Chaque jour était un banquet.

Un toast à l’or. Un toast à l’argent. Un toast à l’Arachnée. La vie était un buffet à volonté.

La redoutable marine de Frantz ne s’était pas montrée malgré tous ses raids, et les pirates d’Isabelle étaient libres de piller et de harceler les navires de commerce à leur guise. À cette époque, les revenus d’Atlantica dépassaient de loin ce qu’Achille avait pu apporter à la table. Chacun pouvait garder la quasi-totalité de ce qu’il avait pillé, ce qui faisait merveille pour aiguiser son ambition.

Mais pour le meilleur ou pour le pire, Isabelle et ses pirates n’avaient jamais tué l’équipage du navire marchand ni pris d’otages. Après tout, les marchands et les marins n’avaient pas résisté aux pirates, et tout signe de résistance avait été réduit au silence dès que deux Essaims Éventreurs grincèrent leurs crocs.

« Je me demande ce qu’il y a sur celui-là… »

« Personnellement, j’espère que c’est un tas de pièces d’or. »

Les pirates badinèrent entre eux alors que leur navire rattrapait rapidement le navire de commerce.

« Bon, il était temps. Hissez le drapeau. »

« Aye aye, madame ! »

Une fois que leur crâne et leurs os croisés volèrent fièrement au sommet du mât, les pirates s’étaient préparés à aborder. L’Albatros naviguait à côté de l’autre navire tandis que les pirates sortent leurs armes. Ils étaient prêts à supprimer les marins à bord et à voler toute la cargaison. Et en effet, cela ressemblait à n’importe quel autre raid.

« Abattez-les ! », cria Isabelle alors qu’elle sautait elle-même sur le pont du navire marchand.

Le reste de l’équipage suivit le mouvement en faisant des sauts presque gracieux. Des dizaines de pirates sautèrent d’un navire à l’autre en un clin d’œil.

Cependant…

« Hommes, en formation ! »

Ce n’était pas les cris terrifiés de marins innocents qui les avaient accueillis, mais les cris de guerre des soldats.

« Mais qu’est-ce que… ? C’est la marine ! »

Isabelle avait vite compris que tous les marins étaient armés.

Malheureusement, il était trop tard. La bataille avait déjà commencé.

« Waaagh ! »

Les pirates avaient été abattus par les officiers de marine de Frantz et furent renversés, saignant. Les hommes d’Isabelle avaient essayé de riposter avec leurs coutelas, mais ils étaient loin d’être aussi organisés que l’escadron naval discipliné.

« Ne vous repliez pas, les gars ! Nous avons autant d’hommes qu’eux ! Tuez-les ! »

Isabelle criait, essayant d’inspirer ses hommes alors qu’elle se battait désespérément.

Mais les pirates tombaient un par un.

« Bon sang ! Sortez les insectes ! »

Répondant à son appel, les Essaims Éventreurs tirèrent leurs fils et se balancèrent sur le navire.

« Ce sont les monstres qui ont détruit Schtraut ! »

« Foutus hérétiques ! »

Les marins reculèrent à la vue des essaims d’éventreurs. Les hommes avaient des armes, mais ils manquaient d’armure. Les Essaims Éventreurs se jetèrent sur eux, poussant les marins à la frénésie. Certains hommes étaient taillés en pièces par des faux, d’autres étaient percés par des crocs géants et aiguisés.

« C’est une bonne chose que nous ayons l’Arachnée pour nous aider ! Allez, les gars, on va leur mettre la pression ! » acclama Isabelle.

« Ouais ! »

Les hommes d’Isabelle avaient rejoint la contre-attaque, encouragés par l’esprit de combat des Essaims Éventreurs. Ils engagèrent le combat avec leurs coutelas et le cours de la bataille avait temporairement tourné en faveur d’Isabelle.

À ce rythme, ils allaient gagner le combat. Ils survivraient, puis retourneraient sur les côtes d’Atlantica, où leurs richesses étaient cachées. C’était cet espoir qui avait poussé les pirates à riposter de toutes leurs forces.

« Continuez, les gars ! »

Isabelle elle-même avait largement porté le combat. Elle s’était battue aux côtés des Essaims Éventreurs sur le front. Elle n’avait pas l’intention de prendre le contrôle de ce navire, elle gagnait simplement du temps pour qu’ils puissent remonter sur l’Albatros et s’enfuir.

Tout ce dont elle avait besoin était un peu plus de temps. Juste un peu plus. Il lui suffisait de faire reculer les marins un peu plus longtemps pour que l’Albatros puisse tourner son gouvernail et s’enfuir. Certains l’auraient traité de lâche pour cela, mais elle n’allait pas laisser son équipage mourir dans une bataille qu’ils ne pouvaient pas gagner. Les pirates avaient survécu, c’est tout ce qui comptait pour eux.

« Mages, tuez ces insectes ! »

« Oui monsieur ! »

Il y avait des mages parmi les marines. Ceux-ci lancèrent une série de sorts, qui explosèrent à côté des trois Essaims Éventreurs qui se battaient aux côtés d’Isabelle. L’un des Essaims avait été réduit en miettes.

« Ils arrivent ! Appelez l’infanterie lourde ! »

À ce moment, les fantassins lourds étaient montés sur le pont. Ils se cachaient dans la cale du navire et ne faisaient que se révéler. Ils portaient des armures lourdes que les faux de l’Éventreur ne pouvaient pas pénétrer, et dans leurs mains se trouvaient des claymores, des hallebardes et des maillets. S’élevant sur le pont, ils chargèrent les Éventreurs.

« Pour le Dieu de la Lumière ! »

« Pour le Dieu de la Lumière ! »

En fin de compte, les Essaims Éventreurs étaient une unité remplaçable, au début du jeu. Ils avaient perdu leur viabilité lorsque l’ennemi avait amélioré leurs unités. Tout ce qu’ils avaient réussi à faire dans cette bataille, c’était de couper un bras à un seul fantassin.

« Capturez les pirates ! Ne les laissez pas s’échapper ! »

Maintenant que tous les Essaims Éventreurs avaient été tués, Isabelle n’avait plus que quelques pirates. Les marins de la marine les avaient rapidement encerclés.

« Putain de merde… ! »

Isabelle essayait désespérément de trouver une issue, mais rien ne lui était venu.

« Vous devez être le capitaine. Rendez-vous pacifiquement, et nous épargnerons vos subordonnés. Qu’en dites-vous ? », dit le commandant de la marine.

« Vous êtes sérieux ? », demanda Isabelle avec prudence.

« Bien sûr. »

Il fit un signe de tête.

« Et puis… je me rends. Épargnez mes hommes. »

Isabelle jeta son coutelas.

« Sœur, non ! Si tu fais ça… »

« Vous aussi, rendez-vous. C’est le seul moyen pour qu’ils nous laissent pour vivre. »

« Merde… »

À la demande d’Isabelle, les pirates s’étaient débarrassés de leurs armes.

« Bien. Capturez-les. »

Les marins avaient encerclé Isabelle et l’avaient attachée.

« Oh, et, euh… Aidez ces pirates là-bas », ajouta-t-il.

Ces mots remplirent Isabelle de terreur.

« Aaah ! »

« Aidez-nous ! »

Les pirates survivants avaient été saisis par les marins et jetés par-dessus bord. Ils avaient été jetés à l’eau les uns après les autres. Vu la distance à laquelle se trouvait le bateau, ils ne pouvaient pas nager jusqu’à la rive.

« Sale menteur ! Ce n’était pas ce que tu avais promis ! »

« C’est drôle venant d’un pirate et d’un hérétique. Comme si on allait conclure un marché avec des gens comme vous. Pas un seul de vos pirates ne sera laissé en vie, ce sont nos ordres. Emmenez-la dans la cale et enfermez-la ! »

Les marins avaient ignoré les cris d’Isabelle alors qu’ils l’emmenaient et la jetaient dans la cale du navire.

« Merde… Souvenez-vous de ça, bande de salauds ! Vous ne vous en tirerez pas comme ça ! Vous allez payer pour ça, avec des intérêts sanglants ! Je vais m’assurer que vous, bande de chiens et vos saints maîtres, souffriez ! Je le jure sur mon nom d’Isabelle, la seule et unique dame pirate ! Je vous donnerai à tous une putain de leçon ! », grogna Isabelle, se mordant les lèvres assez fort pour faire couler le sang.

« Continue de claquer ta langue, canaille, mais tu ne peux rien faire », dit un des marins en se moquant d’elle.

« Le Royaume Papal de Frantz est sanctifié par le Dieu de la Lumière, et il ne sera donc jamais détruit. Nous sommes unis par notre foi, et personne ne peut nous vaincre. Vous le verrez bien assez tôt. »

La nouvelle de la capture d’Isabelle parvint bientôt à Grevillea, la reine de l’Arachnée. Un des Essaim Éventreur avait passé ses derniers moments à transmettre cette conversation à la conscience collective. Les pirates en train de se noyer avaient heureusement été sauvés par leurs camarades, et ils furent bientôt interrogés sur l’endroit où se trouvait Isabelle.

« Ils l’emmènent à Fennelia, aucun doute là-dessus. Tous les pirates capturés sont emmenés à Fennelia. », avaient déclaré ses subordonnés.

« Fennelia, hein ? »

« Que devons-nous faire, Votre Majesté ? », demanda l’un des membres de l’essaim.

Elle y réfléchit un instant. Doit-elle sauver Isabelle, ou la laisser à son sort ?

« Nous allons la sauver. Notre alliance avec Atlantica n’existe que grâce à elle. Nous ne pouvons pas la laisser mourir. »

La reine avait fait son choix. Après cela, les pirates s’étaient mis en route aux côtés de l’Essaim afin de sauver Isabelle.

***

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