Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 7

Table des matières

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Prologue : Réunions

— Au milieu du 5e mois, 1 547e année, du Calendrier Continental —

Tomoe, qui avait été laissée dans une ville près de la frontière avec l’État Pontifical Orthodoxe lunaire, était venue au marché de midi avec son garde du corps Inugami. Un messager kui avait déjà dit que Souma et les autres étaient en sécurité et qu’ils allaient la récupéré à leur prochain arrêt, avant d’aller dans la République de Turgis, alors elle devait attendre ici qu’ils la retrouvent. Cependant, il semblait qu’il serait dommage de s’asseoir et d’attendre, alors Inugami et elle avaient décidé d’aller faire une visite dans le marché très animé.

Grâce à la proximité de la frontière, de nombreux marchands qui avaient voyagé entre les deux pays s’étaient rassemblés ici, et les marchandises des deux nations étaient à vendre.

« Salut, petite fille », avait déclaré l’un d’entre eux. « Pourquoi ton père ne t’achète-t-il pas cette épingle à cheveux ? »

« J’ai de la bonne nourriture séchée ici, non ? » avait crié un autre. « Jette un coup d’œil. Veux-tu le faire ? »

Pendant que Tomoe et Inugami marchaient dans la place, les marchands dans leurs échoppes les appelaient en argot de marchand. Il semblait qu’on les prenait pour un père avec sa fille. Leurs visages avaient une forme très différente, mais il était courant parmi les races des hommes-bêtes que les hommes et les femmes aient des apparences très différentes, c’est peut-être pour cela qu’ils ressemblaient pour tous à un père et à une fille.

Tomoe leva les yeux et gloussa. « Monsieur Inugami, ils pensent que tu es mon père. »

« Oui, madame », il a dit. « C’est impoli de ma part de dire cela, Petite Sœur, mais c’est commode pour nous qu’ils comprennent mal notre relation. Si on voit un homme qui marche avec une fille assez jeune pour être sa fille, mais qui ne l’est pas, les gens commenceront à penser des choses qu’on ne veut pas qu’ils pensent. »

En d’autres termes, si l’autre possibilité était d’être confondue avec un kidnappeur, alors il valait mieux être considéré comme père et fille.

Tomoe l’avait regardé. « Alors ce ne serait pas mieux si tu me parlais moins respectueusement, et plus comme un père ? »

« Non... Je ne peux pas faire ça..., » répondit Inugami.

« Ne peux-tu pas ? » demanda Tomoe.

« Ce n’est pas que je ne peux pas... non. Tu as probablement raison, Tomoe. » Après avoir cédé, Inugami avait laissé tomber son ton formel.

Tomoe avait alors gloussé avant de déclarer. « D’accord, Papa. »

« ... Qu’est-ce qu’il y a, “ma fille” ? » demanda Inugami.

« Je veux voir aujourd’hui quel genre de magasins les marchands qui viennent d’autres pays peuvent bien avoir ici, » déclara Tomoe.

« Dans ce cas, c’est probablement l’un d’entre eux là-bas. » Inugami avait désigné un étalage qui était géré par un homme corpulent. Il semblait qu’il vendait des fruits secs qui se conserveraient longtemps.

Tomoe avait incliné la tête sur le côté. « Comment le sais-tu ? »

« Vois-tu l’accessoire avec le symbole de l’Orthodoxe Lunaire qu’il porte sur sa poitrine ? » répondit-il par une question.

Maintenant qu’Inugami le lui avait fait remarquer, elle pouvait voir que l’homme portait un accessoire avec un symbole qui ressemblait à une combinaison de la pleine lune et du croissant de lune sur le côté gauche de sa poitrine.

Tomoe n’avait aucun moyen de le savoir, mais Marie, la personne qui avait été envoyée en tant qu’envoyée de l’État Pontifical Orthodoxe Lunaire, avait porté un collier avec le même symbole.

« Les croyants pieux de l’Orthodoxie Lunaire les portent en tout temps », expliqua Inugami. « Tu peux aussi voir que la couleur est éclatante, n’est-ce pas ? C’est également la marque de quelqu’un qui a apporté une contribution significative à l’église principale. »

« Oh, j’ai compris. C’est comme ça que tu savais qu’il venait de l’État Orthodoxe, » déclara Tomoe.

« C’est exact. Veux-tu aller jeter un coup d’œil ? » demanda Inugami.

« Oui ! » s’exclama-t-elle.

Tous les deux s’étaient dirigés vers le stand. Il y avait des fruits secs et des noix à l’avant et, à l’arrière, un certain nombre de barils où l’homme gardait des fruits conservés dans du miel.

« Salut, petite fille ! J’ai de délicieux fruits confits au miel », déclara le commerçant en souriant. « Pourquoi n’en achèterais-tu pas ? »

En réponse, Tomoe avait demandé : « Venez-vous de l’extérieur du pays, monsieur ? Avez-vous des histoires intéressantes sur votre pays ? »

« Hein ? » Le commerçant était confus face à la question si soudaine.

« Hé, c’est impoli de lui demander soudainement comme ça ! » Inugami l’avait grondée.

Alors qu’elle se raidissait, il l’avait soulevée par l’arrière de son capuchon. Tomoe était aussi impuissante qu’un chaton suspendu en plein vol.

Inugami avait fait un faux sourire et s’était incliné à plusieurs reprises devant le commerçant. « Je suis désolé, monsieur. Nous avons des affaires en République de Turgis, mais c’est une première pour ma fille, et elle est tout excitée. Chaque fois qu’elle voit quelque chose, elle demande tout le temps : “Qu’est-ce que c’est ?”, “Cela sert à quoi ?”, “Pourquoi est-ce ainsi”, et elle n’est pas capable de rester silencieuse... »

« Oh... Hahahaha, c’est bien de voir un enfant si plein de curiosité, » déclara le commerçant.

« Le pensez-vous vraiment ? Je prendrai des fruits confits, » déclara Inugami.

« Merci ! Revenez nous voir ! » s’exclama le vendeur.

Alors que Tomoe était toujours en l’air, Inugami avait payé pour les marchandises, puis il avait reçu un melon soigneusement coupé et conservé dans du miel et il avait finalement quitté l’étal avec le sourire.

Une fois qu’ils étaient dans un endroit où le commerçant ne pouvait pas les voir, Inugami avait reposé Tomoe, puis il croisa les bras et il la regarda droit dans les yeux. « Je te demande de me pardonner de t’avoir crié dessus. Mais Petite Sœur... »

« O-Oui... ? » demanda Tomoe toute craintive.

« Quelle est la raison de cette question ? » demanda Inugami.

Inugami avait maintenu un ton aussi calme que possible pour ne pas l’intimider.

Tomoe le regarda les yeux tournés vers le haut, puis avoua avec hésitation. « J’ai pensé que si je voulais pouvoir aider Grand Frère et les autres, j’aurais besoin d’étudier le maximum sur d’autres pays. C’est pourquoi... euh... Je voulais lui demander... »

La voix de Tomoe s’était peu à peu repliée sur elle-même au fur et à mesure qu’elle parlait.

Inugami avait soupiré. « Il y a des espions qui se déguisent en marchands. S’il était l’un d’entre eux, tu pourrais faire l’objet d’une attention spéciale parce que tu voulais cette information. C’est très dangereux d’agir ainsi. »

« Je suis désolée... » Tomoe semblait vraiment contrariée, et ses oreilles de loup s’étaient affaissées.

La voyant complètement découragée, Inugami avait posé une main sur l’épaule de Tomoe. « Si tu veux en savoir sur d’autres pays, dis-le-moi. Je t’apprendrai tout ce que je peux. Naturellement, je ne peux rien te dire de confidentiel. »

Puis Inugami avait ouvert le pot contenant des fruits conservés dans du miel et il l’avait tendu vers Tomoe. Elle en accepta un, puis elle en avait pris une bouchée et avait souri.

« Tu es si gentil, “Papa”, » déclara Tomoe.

« Je ne peux pas m’empêcher d’être gentil. Surtout envers ma fille, » répondit-il.

Après cet échange où ils étaient peut-être en harmonie, ils avaient tous deux souri. Pour tous ceux qui les verraient, ils avaient l’air d’un père et d’une fille très proches.

Tout cela s’était produit la veille avant que Souma et les autres aillent les rencontrer.

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Chapitre 1 : Depuis la Nouvelle Ville, Venetinova

Partie 1

Il s’agit d’une histoire qui date de la période où Souma était parti pour la république.

La scène se déroule à Venetinova, une ville côtière à l’est du Royaume de Friedonia.

La côte du Royaume était courbée dans une forme de < . Afin d’encourager une distribution plus active des marchandises dans tout le pays, le roi Souma avait parrainé la construction de Venetinova à l’angle de cette forme.

S’il y avait une chose qui était unique dans cette ville, c’était sa disposition à deux niveaux. Au niveau inférieur, face à la mer, il y avait un port de pêche, une place, des parcs et plus encore, tandis que le quartier résidentiel, le palais du gouverneur et d’autres bâtiments similaires étaient concentrés au niveau supérieur.

Presque toutes les zones commerciales se trouvaient le long de la route sur la colline entre ces deux niveaux. Ce tracé de la ville servait à préparer le grand tremblement de terre qu’on disait frapper une fois tous les cent ans.

Dans l’une des cliniques situées le long de la route de Venetinova, il y avait actuellement un petit garçon de huit mois qui balançait ses jambes alors qu’il était tenu par sa mère.

« Gasou Gasou ! » le bébé roucoula.

Ce bébé en bonne santé s’appelait Fuku. Lors de la visite de Souma au camp de réfugiés, Hilde Norg, une femme médecin appartenant à la race des trois yeux, et Brad Joker, un chirurgien, l’avaient accouché par césarienne. D’ailleurs, Souma lui-même avait donné son nom au garçon.

Aujourd’hui, le petit Fuku était venu avec sa mère pour un contrôle régulier.

Hilde était la médecin qui l’examinait. « Hm... Je ne vois rien qui sorte de l’ordinaire. Il est plein d’énergie. »

Jusqu’à tout récemment, elle était à l’école professionnelle de Ginger dans la capitale, Parnam, afin de former des médecins. Une fois sur la bonne voie, Hilde, qui avait toujours été plus à l’aise pour traiter les gens du peuple que pour se cacher dans un laboratoire, avait cédé ses fonctions à ses élèves en fin d’études à l’école. Afin de suivre les anciens réfugiés, elle avait déménagé dans cette nouvelle ville et avait ouvert une clinique, après s’être inquiétée pour eux.

Cela dit, Hilde était considérée comme l’un des deux plus grands esprits du monde médical, et l’autre était le chirurgien, Joker. Ainsi, ils étaient tous les deux fréquemment appelés à l’école de médecine de Parnam, mais récemment, pour une certaine raison, elle avait séjourné à Venetinova.

En entendant Hilde dire que son enfant allait bien, la mère de Fuku inclina la tête. « Merci infiniment. C’est grâce à vous et au Dr Joker que Fuku et moi sommes toujours là. »

« Ce n’est pas nécessaire de me remercier, » déclara Hilde. « Vous savez que c’est mon boulot. Et surtout, comme le roi vous l’a dit, vous devriez vraiment remercier votre enfant, d’être né quand nous étions tous les deux là. »

Peut-être pour cacher sa timidité, Hilde se retourna et détourna le regard alors qu’elle caressait les cheveux de Fuku, qui avaient finalement commencé à pousser de façon uniforme.

Fuku avait applaudi avec joie.

La mère de Fuku la regarda avec un léger sourire. « Je suppose que vous avez raison. Maintenant, nous pouvons attendre ensemble le retour de mon mari. »

« Oh, c’est vrai, ils ont trouvé votre mari, n’est-ce pas ? » demanda Hilde.

« Tout à fait, » déclara une autre femme, s’avançant. « J’ai eu des nouvelles de mon frère aîné. »

La personne qui avait répondu à cette question était une jeune fille de dix-huit ans qui portait une tenue semblable à celle d’un Amérindien stéréotypé, et qui peignait ses joues avec une peinture qui semblait magique.

Elle s’appelait Komain. À l’origine, son frère Jirukoma l’avait laissée responsable de l’accueil des réfugiés et elle était aujourd’hui l’une des responsables communautaires des anciens réfugiés qui s’étaient installés à Venetinova.

Komain était venue ici aujourd’hui pour soutenir Fuku et sa mère pendant leur examen de routine. « D’après le messager kui que mon frère a envoyé, il devrait maintenant être en route. »

Jirukoma était retourné vers le nord, à la tête de tous ceux qui refusaient de devenir membres de ce pays et qui insistaient pour tenter de reconquérir leur patrie. Il séjournait maintenant dans le Royaume de Lastania, l’un des plus petits pays de l’Union des nations de l’Est, en tant que soldat volontaire, après avoir répondu à leur appel aux troupes.

Dans ce pays, il recueillait également des informations sur ceux qui avaient été dispersés alors qu’ils étaient chassés du nord. Le père de Fuku n’était que l’un de ceux qu’il avait trouvés comme ça.

« Il a dit que votre mari vous cherchait dans l’un des pays voisins de Lastania, » déclara Komain. « Quand mon frère lui a dit que vous étiez en sécurité et que votre enfant était né, il a tout lâché pour se précipiter ici et être à vos côtés. »

« Franchement... Cet homme a toujours été si pressé, » déclara la mère de Fuku, mais elle avait l’air très heureuse.

Hilde haussa les épaules, exaspérée. « Eh bien, c’est bon d’avoir sa famille réunie. Laissez-moi juste vous mettre en garde sur une chose. »

« Hein ? Euh, bien sûr, » répondit la mère.

« Votre ventre a déjà été ouvert une fois pour l’accouchement. L’intervention s’est parfaitement déroulée, et vous pouvez probablement en avoir une seconde, mais... une fois que le ventre a été coupé, il est plus faible et une naissance naturelle devient plus difficile. Donc, la prochaine fois que vous accoucherez, il sera plus sûr pour vous et le bébé, de vous ouvrir et de le sortir médicalement, » déclara Hilde.

La mère de Fuku et Komain avaient toutes les deux dégluti.

Hilde leur avait souri à toutes les deux. « Quand votre mari reviendra, vous passerez un moment romantique ensemble, non ? Si ça vous fait décider que vous en voulez vraiment un second, vous ferez mieux de consulter un médecin approuvé par moi ou par le pays. »

« C’est d’accord ! » La mère de Fuku hocha la tête avec enthousiasme.

Entendant cela, Fuku poussa aussi un cri de confiance, qui fit que les trois autres se regardèrent et sourirent.

« L’examen est-il fini ? » Brad avait sorti sa tête du plus profond de la clinique. C’était un homme dont l’expression était généralement plus discrète, mais il jetait maintenant un regard inquiet sur Hilde. « Euh... est-ce bon ? »

« Ils vont bien, » déclara Hilde. « La mère et l’enfant sont en bonne santé. »

« Non... Ce n’est pas ce que je voulais dire..., » déclara Joker.

« Franchement... Tu es plus nerveux que je ne le pensais. » Hilde s’était levée et avait poussé Brad à l’arrière de la clinique. « Pour commencer, aucun homme n’est autorisé ici tant que je vois une patiente ! »

« Non, tu vois le bébé... J’ai juste..., » commença Joker.

« Assez. Va là-bas et prépare-toi pour demain ! Tu devras aller à la capitale et examiner la princesse. Ils disent qu’elle est tombée malade, » déclara Hilde.

Après avoir forcé Brad à partir, Hilde était retournée à sa place. « Bon sang, » murmura-t-elle.

Après avoir vu cette interaction entre les deux médecins, Komain avait incliné la tête sur le côté de manière interrogative. « Le Dr Brad est aussi là, hein ? J’avais entendu dire qu’il avait eu une soif de voyage et qu’il voyait des patients dans tout le pays. »

Brad était, en effet, enclin à l’envie d’errer. Il était du genre à dire au roi Souma en face : « Je veux guérir les pauvres, pas les riches. » En termes plus flatteurs, il était du genre solitaire ; en termes moins flatteurs, il souffrait encore d’un léger syndrome du collège.

Bien qu’il ait reçu une demande de Souma pour donner des cours, il voyageait encore à travers le pays pour voir et traiter des patients. Techniquement, il avait pris des apprentis avec lui et les avait formés sur le terrain.

C’est pourquoi Komain avait été surprise de voir Brad ici.

Cependant, Hilde avait reniflé. « Qu’y a-t-il de surprenant ? Les hommes sont si simples, » dit-elle en se frottant l’abdomen.

Ce geste avait indiqué à Komain tout ce qu’elle avait besoin de savoir. « Vous aussi, docteur ! »

« Wôw, félicitations ! » s’écria la mère de Fuku.

« Hmph..., » Hilde se retourna pour détourner le regard en raison de son embarras. Mais, quand même, d’une voix toute petite, elle répondit : « Oui, oui... Merci. »

La façon dont elle l’avait dit avait fait éclater de rire Komain et la mère de Fuku malgré elles.

 

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« Komain, merci d’être venue avec moi aujourd’hui, » déclara la mère de Fuku, inclinant la tête.

« Dooo, » son petit fils avait aussi confirmé.

Il était un peu plus de trois heures de l’après-midi. Sur la route de la colline à l’extérieur de la clinique d’Hilde, Komain retroussa ses manches et déclara : « Oh, ce n’est pas grave. Mon frère m’a demandé de m’occuper de tout le monde. Si je peux faire quoi que ce soit, s’il vous plaît, allez-y, dites-le-moi. »

« Je vous remercie. Rentrez-vous chez vous maintenant ? » demanda-t-elle.

« Non, j’ai des documents à remettre au gouverneur, alors j’ai l’intention d’y aller après ça, » déclara Komain.

« Oh, vraiment ? Eh bien, continuez votre excellent travail, » déclara la mère.

« Bien sûr que oui ! À plus tard, Fuku, » déclara Komain.

Prenant la main de Fuku et la serrant, Komain leur fit ses adieux à tous les deux puis elle courut vers le sommet de la colline. Le manoir du gouverneur était au point culminant de la ville. Pendant que Komain courait dans la rue commerçante, la femme qui tenait l’un des magasins de fruits l’avait appelée.

« Komain, vous avez toujours l’air si occupée. Mangez-vous bien ? » demanda-t-elle.

« Maintenant que vous en parlez, j’ai peut-être sauté le déjeuner aujourd’hui, » répondit Komain.

« Ce n’est pas bon. Même si vous êtes occupée, vous devez manger ! » La dame avait lancé l’une des pommes qu’elle vendait à Komain.

« Wôw... Merci, madame ! » Komain attrapa la pomme, puis elle fit un signe de la main à la dame, avant de continuer son chemin.

Les gens faisaient souvent signe à Komain quand elle courait dans les rues.

Elle faisait beaucoup de travail dernièrement, du nettoyage, de la lessive, du gardiennage, des livraisons et de l’enlèvement des nids d’abeilles. Bien qu’elle fût une jeune fille, elle avait fermement assumé son rôle d’organisatrice communautaire pour les réfugiés, et parce qu’elle avait eu le courage de donner aux hommes de la région une tranquillité d’esprit, même s’ils étaient des travailleurs acharnés et pouvaient être un peu durs, il n’était pas étonnant qu’elle soit devenue si populaire. Elle ne le savait pas, mais on l’avait déjà surnommée la fille de Venetinova.

Mais... je ne peux pas continuer à faire ça éternellement, pensa Komain en courant dans les rues de Venetinova. Les réfugiés commencent à s’enraciner dans cette nouvelle ville. Si nous voulons nous assimiler dans ce pays, il vaut mieux qu’il n’y ait pas de « mur » entre ceux qui étaient auparavant réfugiés et ceux qui ne l’étaient pas. Mon rôle d’organisateur pour la communauté est emblématique de ce mur, alors ils n’auront plus besoin de moi. C’est en soi une bonne chose, mais...

Komain avait mordu dans la pomme qu’on lui avait donnée et avait poussé un petit soupir.

Il est peut-être temps que je commence à chercher une façon de vivre pour moi-même, comme le faisait mon frère quand il est parti dans le Nord.

Komain y avait pensé quand elle avait couru dans les rues. Alors qu’elle réfléchissait encore, elle arriva à destination.

Le manoir du gouverneur ; c’était l’endroit où vivait le gouverneur qui dirigeait la ville.

Ce n’était pas le manoir du seigneur parce que Venetinova faisait partie du domaine royal, et donc le seigneur de cette ville était le roi Souma. Cependant, le roi Souma était basé dans la capitale, alors il avait donc dû envoyer quelqu’un pour gérer cette ville.

Il y avait eu des moments où l’administration des grandes villes était laissée aux nobles et aux chevaliers travaillant dans le bureau du gouvernement, mais vu l’importance de cette ville, un simple magistrat n’aurait pas été suffisant.

Le titre créé pour le poste de dirigeant de cette ville était « gouverneur ». Il s’agissait d’un nouveau poste, créé pour la personne qui dirigerait cette ville importante au nom de Souma, et l’endroit où ce gouverneur vivait et travaillait s’appelait le palais du gouverneur.

Quant à savoir qui était l’actuel gouverneur de la ville...

« Excusez-moi. Le gouverneur Poncho est-il là ? » demanda Komain.

En effet, c’était l’ancien ministre de la Crise alimentaire et actuel ministre de l’Agriculture et des Forêts, Poncho Ishizuka Panacotta.

Parce que cette ville importante ne pouvait pas être laissée entre les mains de quelqu’un qui n’était pas compétent, le proche collaborateur du roi, Poncho, avait été mis à contribution, bien que temporairement, pour faire le travail. À cause de cela, les jours de Poncho passaient à une vitesse fulgurante, il allait travailler dans le château tous les matins et retournait à Venetinova tous les après-midi.

Techniquement, son remplaçant avait déjà été choisi — c’était le Seigneur d’Altomura, Weist Garreau, qui s’était distingué dans la guerre — mais jusqu’à ce qu’il soit prêt à prendre la relève, les journées chargées de Poncho allaient continuer.

De plus, Poncho avait eu un autre lot d’ennuis qui l’attendaient.

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Partie 2

« Le gouverneur est présent, mais l’attente risque d’être longue si vous voulez une audience avec lui, » déclara le garde avec un sourire forcé et d’une manière qui semble impliquer quelque chose.

« Je comprends, » déclara Komain. « J’ai des documents à soumettre, puis-je attendre ? »

« Je comprends. Allez-y, madame Komain. Vous pouvez rester dans la salle d’attente, » déclara le garde.

En partie grâce à son visage familier, le garde avait facilement laissé entrer Komain.

La bonne qui se tenait à l’entrée principale de la bâtisse et qui était chargée de guider les invités l’avait conduite dans la salle d’attente où se trouvaient déjà quatre femmes.

Les femmes semblaient réunies dans un coin de la pièce et parlaient de quelque chose. Elles portaient toutes des tenues voyantes, et Komain pouvait en déduire qu’elles étaient de jeunes femmes de bonne filiation. Les femmes l’avaient regardée lorsqu’elle était entrée dans la pièce, puis s’étaient blotties l’une contre l’autre et avaient commencé à se murmurer à l’oreille.

Komain, se sentant mal à l’aise, s’était assise à une certaine distance de ces femmes. Quand elle l’avait fait...

« C’est quoi cette tenue ? Cette fille veut-elle devenir l’épouse de Sire Poncho ? »

« Quelle fille ordinaire ! Pense-t-elle que, si c’est Sire Poncho, même une fille comme elle pourrait le séduire ? »

Komain entendait parfaitement leurs chuchotements. Elle appartenait à une tribu de chasseurs qui avaient vécu dans le Nord, et ils étaient sensibles à la présence de leurs proies et autres bruits. Elle pouvait entendre des voix basses comme les leurs, qu’elle le veuille ou non.

Komain soupira. Je le savais... Ce sont bien des femmes qui sont venues discuter d’un mariage potentiel avec Sire Poncho.

Il avait déjà été annoncé publiquement que le roi Souma organiserait une cérémonie pour célébrer son mariage avec la princesse Liscia et ses autres reines en attente. En réponse à cela, il y avait maintenant une ruée d’offres de mariage de la part de celles qui voulaient aussi s’assurer une position de reine pour elles-mêmes. Non seulement cela, mais ces offres de mariage arrivaient aussi en masse à tous les hommes célibataires parmi les vassaux de Souma qui semblaient avoir un avenir prometteur.

Le Premier ministre intelligent et séduisant, Hakuya, et le beau capitaine de la Garde royale, Ludwin, étaient tous deux populaires, mais la personne sur laquelle ces offres étaient le plus concentrées était Poncho.

Étant un noble récent, Poncho était issu d’une famille de statut inférieur, ce qui constituait une barrière d’entrée peu élevée pour de telles propositions. En plus de cela, il y avait son corps rondouillard ; celles qui avaient confiance en leur apparence pensaient qu’il serait facile à séduire. En outre, beaucoup l’aimaient sincèrement comme l’une des personnes qui avaient aidé à mettre fin à la crise alimentaire.

Bref, Poncho avait reçu la visite de personnes de tout statut, de personnes intéressées par l’ambition et de personnes pures... Il s’agissait d’un groupe très diversifié de femmes qui lui faisaient leur demande en mariage. Le groupe actuel était sans doute plein de femmes venant de maisons ambitieuses.

« Observez attentivement, » déclara l’une d’elles. « Je vais faire mien cet homme tout rond avec ce beau visage. »

« Il a l’air timide, alors si je pousse assez fort, il devrait facilement se soumettre. »

« En raison de son apparence, cela montre clairement qu’il n’est pas habitué aux belles femmes. »

Les femmes avaient continué à parler à voix basse.

C’est un peu désagréable, pensa Komain. Je me fiche de ce qu’on dit de moi, mais Sire Poncho a travaillé avec Sa Majesté pour fournir de l’aide alimentaire aux réfugiés lorsque les choses étaient difficiles pour nous. Je veux qu’il soit heureux, et je préfère ne voir personne de trop bizarre qui deviendrait sa femme.

Cependant, comme ces femmes le disaient, Poncho avait un côté peu fiable en lui. Si les femmes poussaient assez fort, étant donné sa personnalité, il pourrait ne pas être en mesure de refuser. Komain s’inquiétait pour Poncho, mais une question lui était venue à l’esprit.

Hein ? Alors pourquoi ne s’est-il pas encore marié ?

C’était vrai que Poncho était facile à bousculer. Cependant, malgré cela, elle n’avait pas entendu parler de ses fiançailles, et ce, en dépit de tant d’offres qui affluaient.

Refuse-t-il toutes ces offres de femmes comme celles-ci ? Le Sire Poncho que je connais ?

Tandis que Komain s’interrogeait encore à ce sujet, la bonne était venue les chercher, et toutes les femmes présentes pour discuter de mariages potentiels avaient été emmenées l’une après l’autre.

Et avant qu’elle ne le sache, Komain s’était retrouvée seule.

Puis la femme de chambre vint la chercher, informant Komain que son tour était venu.

« Je suis désolée pour l’attente. Madame Komain, par ici, s’il vous plaît, » déclara la femme de chambre.

Alors qu’elle suivait la bonne dans le couloir, Komain avait vu l’une des femmes qui s’étaient trouvées dans la salle d’attente avant de se diriger rapidement vers elle depuis la direction opposée. Son visage était tendu, et elle passa près de Komain sans sembler la voir.

Qu-Qu’est-ce que c’était ? Elle avait l’air sur les nerfs. Sa réunion ne s’est-elle pas si bien passée ?

Pendant qu’elle s’interrogeait à ce sujet, elles étaient arrivées en face de la salle de réception. La bonne frappa légèrement à la porte, puis attendit une réponse de l’intérieur avant de l’ouvrir et d’annoncer l’arrivée de Komain.

« Entrez, s’il vous plaît, allez-y, » déclara Poncho.

En entendant la voix de Poncho, Komain répondit : « Excusez-moi, » et elle entra dans la pièce.

À l’intérieur de la salle de réception, un Poncho un peu fatigué était assis sur un canapé avec une servante derrière lui.

Les yeux de Komain s’étaient ouverts en grand malgré elle dès qu’elle avait vu cette femme de chambre. Pendant un moment, elle fut bouleversée par cette femme qui semblait avoir un peu plus de vingt ans, avec un beau visage et un équilibre qui indiquait sa grande intelligence.

Pas étonnant que cette femme ait l’air si pressée..., pensa-t-elle.

Avec une telle beauté derrière Poncho, cela détruirait sans aucun doute la confiance que les femmes en visite avaient dans leur propre apparence. Est-ce uniquement grâce à elle qu’aucune femme, malgré toutes les offres, n’a pu faire passer la sienne ? Dans ce cas...

Euh !? Est-ce qu’elle me regarde fixement !? Komain avait l’impression que la bonne qui se tenait derrière Poncho avait son regard fixé sur elle.

Quand une belle personne faisait ce regard fixe, son impact en serait multiplié. Komain sentait un frisson dans sa colonne vertébrale, mais c’était la même Komain qui passait ses journées à parler ouvertement de ses pensées aux hommes forts.

Elle répondit en regardant elle aussi fixement la femme, comme pour dire, je ne perdrai pas.

Et face à la réaction de Komain, la femme de chambre avait augmenté d’intensité.

Leurs regards s’étaient heurtés. C’était comme si une image d’un loup et d’un faucon pouvait être vue derrière elles.

 

 

« Vous deux, il y a un problème ? » demanda Poncho avec hésitation, sentant l’atmosphère anormale tendue qui les divisait.

C’était à elle qu’il s’adressa, et Komain fut la première à revenir à la raison. « Oh, c’est vrai. Sire Poncho, j’ai apporté la liste des réfugiés nouvellement arrivés. »

« Bien, bien. Merci pour votre dur labeur, » déclara Poncho.

Au moment où Komain avait remis les papiers à Poncho, l’atmosphère oppressante qu’elle avait reçue de la domestique avait disparu. En fait, la bonne s’inclina devant elle et lui déclara : « Je vais maintenant préparer le thé, » puis elle quitta la pièce.

Alors qu’un point d’interrogation flottait encore au-dessus de la tête de Komain lors de son brusque changement d’attitude, Poncho avait parlé.

« Je suis désolé d’avoir dû vous faire attendre, » s’excusa-t-il en parcourant les documents.

« Oh, non. Euh... Est-ce que beaucoup de femmes souhaitent vous épouser ? » demanda Komain.

« O-Oui. Voyons voir. D’après ce que j’ai entendu dire, beaucoup d’hommes non mariés parmi les vassaux de Sa Majesté ont reçu de telles offres. Même moi, j’en ai reçu un bon nombre. Si Madame Serina, qui est la servante en chef du château, ne s’en était pas occupée pour moi, je suis sûr que les choses auraient empiré encore plus, » déclara Poncho.

Serina... C’est l’incroyable belle femme de ménage d’avant ? Si c’est la femme de ménage en chef du château, elle doit être très compétente.

Poncho avait fait un sourire troublé. « Bien sûr, c’est peut-être à cause de mon apparence. J’ai reçu beaucoup d’offres pour discuter de cette perspective, mais aucune d’elles n’a fonctionné. On me dit souvent : “En fait, annulons tout”, dès qu’elles voient mon visage à l’entretien. »

Hein ? Est-ce que cela signifie… ?

Komain se souvient du moment où elle était entrée pour la première fois dans la pièce. Elle avait vu le gentil Poncho et la super belle servante Serina derrière lui.

Oui... C’était le premier obstacle. Pour celles qui avaient un peu confiance en leur apparence et pensaient pouvoir facilement séduire Poncho, quand elles avaient vu le beau visage de Serina, elles étaient susceptibles de battre en retraite précipitée. Même si elles tenaient bon, la prochaine chose qui les frapperait serait cette vague d’intimidation de la part de Serina. La femme moyenne n’avait probablement pas pu résister à cette pression.

Même Komain avait ressenti quelque chose qui ressemblait au genre de frisson qu’elle ressentirait si elle rencontrait un grand loup.

« Serina a été assez gentille pour gérer les choses, alors je me sens mal pour elle, » déclara Poncho en s’excusant.

Non, n’est-ce pas la faute de Serina si aucune de ces offres n’a abouti !?

Komain avait failli le dire à haute voix, mais la servante l’avait interrompue.

« Pardonnez-moi. J’ai apporté le thé, » Serina avait apporté le thé avec ce qui semblait être un moment choisi soigneusement planifié, de sorte que les mots n’avaient jamais quitté la bouche de Komain.

Pendant qu’elle buvait le délicieux thé, l’esprit de Komain s’était mis à tourner en rond. Madame Serina s’oppose-t-elle aux offres de mariage de Sire Poncho ? Mais pourquoi ? Comme elle a été envoyée par le château, est-ce sous les ordres de Sa Majesté ? Non, ce n’est pas possible. Je ne vois pas le roi faire quelque chose d’aussi méchant. Alors est-ce sa propre volonté ? Elle a peut-être quelque chose contre Sire Poncho ?

Tandis que Komain pensait cela, Poncho avait commencé d’une voix douce à lui parler. « Comment vont les anciens réfugiés de nos jours ? Y a-t-il quelque chose qui leur pose problème ? »

« Oh, c’est vrai, » dit Komain. « Tout le monde s’habitue à la vie ici. C’est un processus graduel, mais j’ai moins de demandes de médiation qu’avant. »

« C’est bien. La paix est la chose la plus importante, » déclara Poncho.

« Ça l’est. En tant qu’organisatrice communautaire, j’estime que c’est un poids en moins pour moi et je suis soulagée. En même temps, j’ai de moins en moins de choses à faire, alors j’ai pensé à démarrer quelque chose de nouveau. Sire Poncho... êtes-vous plus occupé que jamais ? » demanda Komain.

« Oui, en plus de mon travail de gouverneur, je dois aussi rencontrer toutes les personnes qui font des propositions, et Sa Majesté m’a aussi demandé d’étudier quelque chose de nouveau. Donc je suis occupé, » déclara Poncho.

Poncho regarda la montagne de livres à côté de son bureau et soupira.

« Étudier... ? Quoi exactement ? » demanda Komain.

« Le transport des provisions. Selon Sa Majesté, le fait que mon nom figure ou non sur la liste des personnes qui gèrent la nourriture de nos soldats fera une grande différence dans le moral de l’ensemble des militaires. C’est pourquoi, même si ce n’est que pour me mettre en valeur, il veut apparemment me placer dans un poste important, alors je suis en plein milieu de l’acquisition d’un minimum de connaissances de base, » déclara Poncho.

Poncho était tellement considéré comme un spécialiste de la nourriture que les gens l’appelaient « Ishizuka, le Dieu de la nourriture ». Le simple fait que son nom figure sur la liste des gestionnaires des provisions militaires suffirait à convaincre les troupes qu’elles pouvaient manger quelque chose de bon, ce qui leur remonterait le moral.

Je pense que c’est un problème qu’on rencontre quand on est célèbre, pensait Komain.

Serina se pencha pour murmurer quelque chose à l’oreille de Poncho. « Madame Komain est votre dernière visite pour la journée. Merci pour votre dur labeur. »

« Oh, elle l’est ? Merci aussi, Madame Serina, » déclara Poncho.

« Non, après tout, Sa Majesté m’a ordonné de vous soutenir, » répondit Serina.

« Pourtant, je vous suis quand même reconnaissant, » répondit Poncho.

Les oreilles trop sensibles de Komain avaient capté leur conversation chuchotée.

En entendant leurs voix, Komain avait rapidement mis fin à sa théorie antérieure. Il n’y avait aucune trace d’hostilité dans la voix de Serina. Plus que cela, il y avait une « douceur » exaltée en elle. C’était incroyable que Poncho puisse garder la tête froide pendant qu’elle lui murmurait à l’oreille comme ça.

« Si vous êtes si reconnaissant, refaites-le ce soir, » murmura Serina.

« Vous aimez vraiment ça, hein, Madame Serina ? » Poncho chuchota en réponse.

Komain avait failli cracher son thé.

Ce soir !? Elle aime ça !? Euh, quoi !? De quoi parlent-ils tous les deux !? Se demanda-t-elle.

Tout en faisant semblant de boire, Komain jeta un coup d’œil sur eux deux par-dessus le bord de sa tasse à thé.

Est-ce qu’ils ont tous les deux ce genre de relation, peut-être !? Oh ! Ça explique pourquoi Madame Serina était si intimidante ! Pour empêcher quiconque de lui enlever Sire Poncho... Hein ? Mais c’est une surprise. Je me demande pourquoi une beauté comme elle est si éprise de Sire Poncho..., se demanda Komain.

La tête de Komain était remplie d’une confusion différente de celle d’avant, et cela l’inquiétait.

« Oh, c’est vrai, » déclara Poncho. « Madame Komain. »

« Hmm !? Euh, oui... !? » Komain avait involontairement laissé sa voix s’élever un peu.

« Avez-vous du travail après ça, Madame Komain ? » demanda Poncho.

« Non, c’était la dernière chose pour aujourd’hui... Pourquoi cette question ? » demanda Komain,

Poncho avait souri avec joie et avait dit : « Oh, ce n’est pas grand-chose. Je pensais vous inviter à dîner. »

 

☆☆☆

 

C-Comment ça s’est terminé comme ça... ? se demanda-t-elle.

Komain ne comprenait pas la situation dans laquelle elle se trouvait.

Elle était dans la salle à manger privée du gouverneur se trouvant dans le manoir du gouverneur. Là, Serina et Komain étaient assises en face l’une de l’autre. Poncho était en train de cuisiner, alors Komain se sentait assurément mal à l’aise.

Serina inclina soudain la tête. « Madame Komain, je dois m’excuser pour tout à l’heure. »

« Hein ? Pourquoi ça ? » demanda Komain.

« Pour vous avoir regardé avec des yeux d’évaluation. Je pensais que vous étiez une autre de ces femmes qui pensent qu’elles peuvent facilement séduire Sire Poncho, » déclara Serina.

Ce regard n’avait pas l’air d’un regard noir, mais d’un regard d’évaluation. Komain était soulagée de réaliser que Serina avait protégé Poncho des crocs venimeux des femmes ambitieuses.

« Je me demandais si beaucoup de gens qui cherchent à rencontrer Poncho et à parler de mariage sont comme ça. » Komain s’était aventurée à demander ça.

« Oui. Comme vous l’avez vue, c’est un homme avec beaucoup de faiblesses. Sa Majesté m’a demandé de m’assurer que Sire Poncho ne soit pas piégé par des femmes étranges, mais beaucoup d’entre elles s’enfuient dès la première fois où elles nous voient. J’aimerais qu’elles nous respectent au moins un peu. »

Eh bien, oui, bien sûr qu’elles auraient peur, avait presque dit Komain, mais elle avait réussi à avaler les mots juste avant qu’ils ne quittent sa bouche.

Serina n’avait peut-être que l’intention de la sonder, mais même celles qui n’avaient pas de mauvaises intentions pouvaient avoir peur et s’enfuir à la vue de ce regard.

« Mais vous ne vous êtes pas enfuie, n’est-ce pas, Madame Komain ? » demanda Serina.

« Je viens d’une tribu de chasseurs. J’avais l’impression d’être dévisagé par un grand loup, mais vous ne pouvez pas être un chasseur si vous laissez la peur vous envahir, » répondit Komain.

Les mots de Komain semblent avoir laissé Serina un peu choquée. « Mon regard était-il au niveau d’un grand loup ? »

À ce moment-là, Poncho était revenu avec une grande marmite. « Désolé de vous avoir fait attendre. C’est notre plat expérimental du jour. »

Poncho avait ensuite servi des portions du pot dans chacune de leurs assiettes. Quand elle avait vu ce qu’on lui servait, Komain avait grimacé un moment. Toute son assiette était recouverte de marron. Qui plus est, ça n’avait pas l’air très attrayant.

Est-ce... le riz que les loups mystiques cultivaient ? Mais je vois des morceaux qui ressemblent à des pâtes finement coupées ici et là. En plus de ça, tout est également marron...

« Ohhhh, c’est merveilleux, Sire Poncho. » Contrairement à Komain, Serina était enchantée par la vue de ce plat. « C’est comme la sauce yakisoba que vous avez servie avant, mais vous avez mélangé du riz cette fois-ci. Les nouilles sont minces, ce qui les rend faciles à manger avec le riz. Cette vue pécheresse d’un aliment de base cuit avec un autre aliment de base, combiné avec l’odeur de la sauce, est tout simplement la meilleure des choses possibles. »

Serina avait fait l’éloge du plat comme si elle était une jeune fille amoureuse. L’écart entre cela et la beauté intellectuelle qu’elle avait l’air d’avoir tout à l’heure était si grand que Komain l’avait trouvé un peu déconcertant. Cependant, Poncho semblait raisonnablement habitué à cette réaction, et continua à expliquer le plat sans difficulté.

« Dans le monde de Sa Majesté, on l’appelle apparemment “soba meshi”. D’abord, vous préparez la sauce yakisoba, puis vous ajoutez le riz. À partir de là, vous ajoutez des choses comme le tendon et vous mélangez le tout. Je pense bientôt le servir dans mon restaurant expérimental au château, » déclara Poncho.

« Je vais commencer à en manger, » déclara Serina.

Serina récupéra du soba meshi avec une cuillère et le porta à sa bouche. Dès qu’elle l’avait mis dans sa bouche, elle avait fait apparaître un sourire d’extase, comme si elle venait de recevoir une révélation d’en haut.

Poncho la regarda avec un sourire sur son visage. « Je peux dire... que vous aimez vraiment ça, Madame Serina. »

En entendant ces mots, Komain se souvint de leurs chuchotements antérieurs. Il semblerait que c’était la chose qu’elle « aimait » qu’ils allaient faire « ce soir ».

Un peu gênée par ce qu’elle avait imaginé, Komain prit une bouchée du soba meshi dans son assiette sans hésiter, et...

Ohhhh ! Komain avait l’impression qu’elle venait d’avoir elle aussi une révélation du ciel. Qu’est-ce que c’est que ça !? Ça a l’air affreux, mais c’est si délicieux !

La sauce sucrée et épicée avait stimulé son appétit, et sa cuillère était retournée chercher une autre après l’autre de soba meshi. Quelle saveur séduisante ! Elle pouvait voir pourquoi le visage de Serina avait fondu comme ça. Tout en étant satisfaite de son explication, elle se souvint de ce que Serina avait dit.

« Si vous êtes si reconnaissant, refaites-le “encore” ce soir... »

Refaites-le « encore » ce soir... Serina avait dit « encore ». En d’autres termes, cela ne voulait-il pas dire que Serina mangeait de délicieux repas comme celui-ci avec Poncho presque tous les soirs ?

Dès qu’elle eut cette idée en tête, Komain ne put se retenir. Elle avait donné un coup de pied vers l’arrière afin de pousser sa chaise et s’était levée, puis s’était agenouillée sur le sol devant Poncho.

« Sire Poncho ! » s’exclama Komain.

« O-Oui ! Euh, Madame Komain ? Qu’est-ce que vous faites, à genoux comme ça ? » demanda Poncho.

« Madame Komain ? » demanda Serina, effrayée.

En voyant les regards emplis de doutes sur leurs visages, Komain exprima les sentiments qu’elle ne pouvait plus garder à l’intérieur. « Si je peux manger comme ça, je veux vous servir, Sire Poncho ! S’il vous plaît, gardez-moi à vos côtés ! »

Komain proposait soudain de servir sous ses ordres.

Alors que Poncho était encore à court de mots face à la tournure soudaine des événements, Serina s’était levée de son siège pour se tenir devant une Komain agenouillée. Ses yeux avaient la même intensité qui avait chassé les femmes qui cherchaient à discuter de mariage avec Sire Poncho.

Alors qu’elle posait sur Komain un regard destiné à faire replier ceux sur lesquels elle tombait, elle avait dit : « Est-ce vraiment quelque chose que vous ressentez ? »

« Oui ! Je le jure sur l’honneur de mon peuple, » répondit Komain.

Komain la regarda droit dans les yeux, les yeux inébranlables.

Serina et Komain ignoraient l’homme qui, normalement, aurait dû être le centre de cette conversation, afin de se regarder.

Poncho, comme d’habitude, était tout simplement agité.

Peu de temps après ça, Serina avait affaissé ses épaules avec résignation.

« Il semble que vous êtes sérieuse... Très bien. » Après avoir dit ça, Serina avait tendu la main à Komain. « Je vous accepte. Bienvenue à la table de la famille Ishizuka. »

« Madame Serina ! » s’exclama Komain.

Les deux femmes avaient échangé une poignée de main ferme. Leurs cœurs avaient tous les deux étés volé par la même chose.

Ce jour-là, les deux femmes qui étaient enchantées par les plats gastronomiques de qualité B étaient liées par une attache plus forte que n’importe quelle assiette.

D’ailleurs, Poncho, qui n’avait pas été mêlé à cela, continuait à manger tranquillement du soba meshi tout seul.

De plus, bien qu’il ne s’agisse que d’une note d’aparté, à partir du lendemain, il y avait deux femmes debout derrière Poncho quand les femmes venaient lui parler de mariage.

☆☆☆

Chapitre 2 : De nouvelles urgentes et une réunion

Partie 1

La République de Turgis.

Il s’agissait d’un état se situant à l’extrémité Sud du continent Landia.

Sur ce continent, la température moyenne chutait à mesure que l’on s’éloignait vers le sud. La lisière sud du continent, où se trouvait la République de Turgis, était une terre de glace et de neige.

C’était un pays montagneux, mais comparé à la région d’Amidonia, il avait plus de plaines et une plus grande superficie de terres arables. Cependant, comme les hivers étaient longs et les étés courts, la période pendant laquelle la terre pouvait être travaillée était limitée et l’agriculture n’était pas très prospère.

La population de ce pays était soutenue par l’élevage. Les habitants vivaient d’animaux élevés en liberté qui pouvaient vivre dans des régions froides comme les yacks, les rhinocéros laineux et les mammouths.

Dans ce pays, la majorité de la population était composée d’hommes-bêtes appartenant à ce qu’on appelait les Cinq Races des Plaines enneigées. Les cinq races comprenaient le singe des neiges, le lapin blanc, l’aigle blanc, l’ours des neiges et le morse.

Dans ces cinq races, comme chez les autres hommes-bêtes, les femmes ressemblaient à des humains avec des oreilles, des ailes et des queues d’animaux, mais les hommes avaient des visages qui étaient assez proches des animaux réels. Le mariage interracial était autorisé, mais il semblerait que les enfants nés d’une telle union avaient toujours pris les traits d’un seul des parents, de sorte qu’il n’y avait pas de mélange de leurs caractéristiques uniques.

La race la plus commune était le lapin blanc, connu pour son taux de natalité élevé, la race la moins commune était le morse, connu pour avoir une taille moyenne de plus de deux mètres.

Ces races s’étaient mélangées pour former des tribus à l’intérieur du pays, mais leur répartition sur l’ensemble du territoire reflétait les différentes capacités que chaque race possédait.

Les morses et les ours des neiges, qui pouvaient plonger dans les eaux glacées pour attraper des poissons, représentaient un pourcentage élevé de la population le long de la côte. D’autre part, les tribus vivant dans les montagnes avaient un pourcentage plus élevé de membres des races de singes des neiges et d’aigles blancs, qui pouvaient facilement survivre sur ce genre de terrain. Enfin, beaucoup de ceux qui vivaient dans les plaines, travaillant dans les champs pendant la courte saison estivale, étaient membres de la race des lapins blancs.

Il y avait aussi des marchands humains et des membres d’autres races, mais les hivers rigoureux avaient rendu difficile la vie des autres races dans le pays. À l’exception des esclaves, ils avaient généralement quitté le pays avant que les routes ne soient fermées par la neige.

Presque comme Snu*kin.

En raison de la rigueur du climat, ce pays n’avait jamais été ravagé par un ennemi étranger.

Les vents dans le ciel étaient toujours violents, et les températures étaient fraîches même en été. Ces faits avaient empêché l’utilisation de la puissance aérienne, comme les wyvernes, et la mer glacée avait empêché l’utilisation de la puissance maritime.

De ce fait, la seule voie d’attaque était la voie terrestre, et si le pays mettait en place une défense forte et résistait pendant été, le Général Hiver venait couper les lignes d’approvisionnement des ennemis, les obligeant à battre en retraite.

De plus, il y avait aussi le fait qu’il y avait peu à gagner à s’emparer de ce pays.

On disait qu’à son apogée, l’Empire du Gran Chaos aurait pu s’opposer à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, mais même alors, l’Empire n’avait jamais considéré une invasion.

La République de Turgis était gouvernée par un système primitif de république.

Tout d’abord, les chefs, qui étaient les représentants de chaque tribu, s’étaient réunis en Conseil des Chefs. Après ça, le Conseil des Chefs allait voter pour choisir le représentant nominal du pays, leur chef d’État.

Les affaires intérieures étaient décidées par le chef de l’État et le Conseil des Chefs, mais les affaires étrangères (diplomatie, guerres, etc.) étaient contrôlées par le chef de l’État.

Ce chef d’État était généralement un poste qui durait une génération, mais avec l’approbation du Conseil des Chefs, le titre pouvait être hérité. L’actuel chef de l’État dans la 1.547e année du Calendrier Continental était apparemment de la deuxième génération.

Or, après avoir dit tout cela à propos de la République de Turgis, si l’on se souvenait de leurs relations avec le Royaume de Friedonia, on ne pouvait pas dire qu’elles soient vraiment cordiales.

À la recherche de terres non gelées et de ports d’eau chaude, la république cherchait toujours à s’étendre vers le nord. Même pendant la récente guerre entre le royaume d’Elfrieden et la principauté d’Amidonia, ils avaient déplacé leurs troupes près de la frontière sud du royaume à la recherche d’une ouverture pour intervenir.

J’avais déployé Excel et la marine près de la frontière, et cette intimidation avait été à peine suffisante pour les empêcher de nous envahir. Si la guerre avec la principauté s’était enlisée, ils auraient sûrement attaqué.

On ne pouvait pas se permettre de baisser nos gardes face à eux. Mais je ne voulais pas me disputer avec ce pays.

Si nous les attaquions, nous n’aurions rien à gagner. Même si nous occupions leur territoire, la façon de vivre des habitants dans le Royaume de Friedonia et la République de Turgis était trop différente. Le royaume était assez froid dans le sud, mais l’hiver de la république était encore plus froid. Le peuple de la république avait adapté son mode de vie à ce climat, et, peu importe la capacité d’un magistrat que j’enverrais, il ne serait pas capable de gouverner correctement un pays ayant une culture, des valeurs et un mode de vie différents. Et si nous essayions inutilement de forcer nos façons de faire sur eux, cela se terminerait par une rébellion.

Un pays par lequel nous ne voulions pas être attaqués, mais qui serait trop gênant pour nous d’attaquer nous-mêmes — c’était la République de Turgis.

C’était précisément la raison pour laquelle, en tant que roi de Friedonia, j’avais voulu construire des relations cordiales avec la République de Turgis. Heureusement, pendant la récente guerre, nos forces n’avaient pas affronté directement les leurs. Le sentiment de chacun de nos peuples envers l’autre ne devrait pas être particulièrement mauvais.

Maintenant, si je pouvais faire l’expérience de leur culture et de leur pensée, et trouver un moyen raisonnable de leur donner ce qu’ils voulaient, je soupçonnais que je pourrais établir des relations cordiales.

Je savais que c’était un espoir naïf, pourtant, une guerre inutile épuiserait le pays.

Des guerres comme celle que nous avions menée contre la Principauté ne devraient être qu’un dernier recours, et non quelque chose qui pourrait devenir la norme.

Cette chose cubique qui avait transcendé les normes humaines à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon existait aussi comme un élément d’incertitude. Je n’avais jamais su ce qui pouvait arriver ni quand, alors je voulais éviter de dépenser inutilement la puissance de mon pays.

Nous venions en République de Turgis pour voir si ce souhait pouvait être exaucé.

Nous étions arrivés dans une ville de la partie orientale de la République de Turgis, Noblebeppu. Cet endroit, qui était proche de la frontière du Royaume de Friedonia, était une petite ville tranquille entourée de montagnes au nord et de la mer au sud.

Nous nous trouvions vers la fin du mois de mai, et la glace et la neige qui bloquait les routes avaient enfin fondu. Le froid s’était légèrement atténué, et c’était une période où il faisait bon vivre par rapport aux normes du pays. En raison de cela, il y avait beaucoup de marchands d’autres pays, et la ville était très animée.

On avait traversé cette ville à pied.

Notre groupe était composé d’Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal, Kaede, et moi, soit un total de sept personnes. Le garde du corps de Tomoe, Inugami, était aussi venu avec nous, mais il était en train de patrouiller et de nous surveiller depuis un autre endroit, avec le reste des Chats Noirs.

Pour être tout à fait honnête, j’avais voulu que Naden et Liscia viennent aussi, mais Naden, comme c’était typique des ryuus et des dragons, ne supportait pas le froid, et Liscia était tombée malade après son retour de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, alors elle était restée dans le royaume.

J’étais vraiment inquiet pour Liscia, mais elle m’avait dit elle-même : « Tout ira bien ! Alors, va voir le monde comme un roi devrait le faire. » Je n’aurais pas pu rester pour m’occuper d’elle après ça.

J’étais inquiet, mais je m’étais arrangé pour que les meilleurs médecins du pays, Hilde et Brad, s’occupent d’elle, alors elle irait probablement bien. Si quelque chose arrivait, Naden viendrait me prévenir. Et pour répondre aux sentiments de Liscia, j’avais dû faire un vrai voyage dans la république.

« J’avais entendu dire qu’il faisait froid, alors je ne m’attendais qu’à de la neige, mais ce n’est pas si mal, » commenta Roroa.

« Après tout, nous sommes à la fin du mois de mai, » déclara Juna. « Mais il fait encore très froid. »

Roroa et Juna étaient toutes deux habillées plus lourdement qu’elles ne l’avaient été dans le royaume.

Techniquement, pour ce voyage, je jouais le rôle du fils d’un jeune marchand à la recherche de marchandises à échanger. Tomoe était ma petite sœur et Aisha, Hal et Kaede étaient des aventuriers que nous avions engagés. Quant aux deux autres, Roroa était une employée qui travaillait pour le magasin de ma famille, et Juna était mon épouse.

Juna s’était penchée vers moi et m’avait posé une question. « Euh, est-ce que c’est acceptable de faire ainsi ? Je parle du faire de me faire jouer la femme au détriment des reines primaires... ? »

« C’est un choix fait en pensant à la sécurité, » répondis-je. « Tu es douée à la fois avec la plume et l’épée, Juna, alors je veux que tu gardes tes capacités martiales cachées au cas où quelque chose arriverait. »

Même si nous étions attaqués par des ruffians, ils auraient probablement les yeux rivés sur Aisha, Hal et Kaede, qui étaient habillés en aventuriers. Ils supposeraient que Juna n’était qu’une jolie fille. Puis Juna les attraperait par-derrière parce qu’ils laisseraient tomber leurs gardes face à elle.

C’était un peu tard pour le dire maintenant, mais mes fiancées étaient un peu trop aptes au combat. Maintenant que Naden les avait rejoints, leur niveau de puissance moyen avait aussi massivement augmenté.

« Et, eh bien, en gardant cela à l’esprit, il y avait un nombre limité de personnes que nous pourrions théoriquement emmener lors de notre voyage et qui n’avaient aucune capacité martiale, » avais-je dit. « Tu n’as pas l’air d’être quelqu’un que nous emploierions, Juna, et je ne suis pas sûr de vouloir te forcer à jouer le rôle de femme de chambre comme Carla. »

« Cela ne me dérangerait pas, » déclara-t-elle. « Maître, donnez-moi l’ordre que vous voulez et je l'exaucerais. »

Elle avait mis ses mains sur sa poitrine, avait souri et avait légèrement incliné sa tête, alors mon cœur avait sauté un battement en voyant ça.

« Depuis quand le café Lorelei est devenu un café pour soubrette !? » m’étais-je exclamé.

Elle allait me mettre de trop bonne humeur, alors j’aurais aimé qu’elle arrête un peu.

« Eh bien ! Juna, tu es aussi sa fiancée, alors je me dis que ce n’est pas grand-chose, » déclara Roroa.

« Est-ce vraiment correct ainsi ? » demanda Juna pour le confirmer.

« Bien sûr que oui. Et c’est toi qui joues la femme, alors pourquoi ne pas le laisser te gâter ? » Roroa s’était enroulée autour de mon bras.

« Et tu es l’employée, n’est-ce pas ? » répondit Juna. « Est-ce vraiment normal que tu étreignes le jeune maître comme ça ? »

« Bien sûr, » avait-elle déclaré. « Je suis une employée, bien sûr, mais je suis “l’employée qui vise à devenir la seconde épouse en soutenant le jeune maître, et peut-être même à mettre la première femme hors jeu si tout se passe bien”. »

« Ne change pas notre histoire ! » avais-je objecté. « Et franchement, c’est une histoire bizarrement désordonnée que tu nous sors là. »

« Donc Juna va m’appeler “toi la mégère”, » déclara Rona.

« E-Est-ce le genre de rôle que je joue ? » demanda Juna.

« Ne la prends pas tant au sérieux, Juna, » déclarai-je. « D’ailleurs, dans son cas, Roroa devrait être à la place un tanuki... »

« Ponpokopon! »

« Ouais, ouais. Vraiment mignonne, » déclarai-je.

Quand j’avais caressé Roroa sur la tête, qui mimait en se tapant le ventre, elle avait souri. Est-ce que les tanukis dans ce monde frappaient leur ventre... ? Eh bien, ce n’était pas vraiment comme ceux de mon monde d’origine, car je ne savais pas s’ils l’auraient fait.

« Heehee ! Quand je vois Roroa, j’ai l’impression que c’est idiot de me retenir, » Juna plaça son bras autour de mon autre bras libre. « Nous n’en avons pas l’occasion assez souvent, alors gâte-moi aussi, chéri. »

« Euh... Bien sûr. Je ferai de mon mieux pour t’accompagner, » déclarai-je.

☆☆☆

Partie 2

Pendant que nous parlions de cela, Kaede, qui appartenait à une race d’homme-renard, nous observait d’un peu plus loin, la tête penchée sur le côté. « Mégère ? Est-ce que Ruby m’appellera aussi comme ça ? »

« Dans ton cas, elle n’aurait même pas tort, » déclara Halbert avec lassitude. « S’il te plaît, essaye de t’entendre avec elle. »

« Alors, il va falloir lui rapporter un cadeau. Mais avant de me dire ça, essaye d’être aussi prévenant, Hal. »

« Oui, madame..., » les épaules de Hal s’étaient affaissées alors qu’il disait ça.

Depuis qu’il avait pris Ruby pour seconde femme, il avait complètement perdu le contrôle de la situation. Ce n’est pas comme si j’étais du genre à pouvoir en parler.

À côté de Hal et Kaede, Tomoe était sur les épaules d’Aisha. « Regarde, Aisha ! Il y a un magasin qui vend des pommes de terre vapeur là-bas ! »

« Oh, tu as raison. Elles ont l’air délicieuses, » répondit Aisha en bavant.

N’ayant pu se rendre à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, si l’on exclut la période difficile qu’elle avait sans doute passée en tant que réfugiée, c’était la première fois que Tomoe voyageait hors du pays. Elle avait onze ans maintenant, alors elle devait être aussi excitée qu’une élève du primaire lors de sa première sortie d’une nuit en forêt ou à la mer. Elle se distinguait un peu, mais elle avait l’air de s’amuser, alors j’avais laissé faire.

« Ah ! Hé, chéri... Euh, non, jeune maître. Viens juste une minute. » Soudain, Roroa m’avait arrêté devant le stand d’un certain marchand.

J’avais regardé, me demandant de quoi il s’agissait, et il me semblait que c’était un endroit où l’on vendait des vêtements. « Il y a quelque chose que tu veux ? Si ce n’est pas si cher, je peux te l’acheter... »

« Non, ce n’est pas ça. Eh bien ! Si tu veux m’acheter quelque chose, j’en serais ravie, mais ce n’est pas ça. Jette un coup d’œil à ce qu’ils vendent ici. » Roroa avait ramassé l’un des objets en vente et me l’avait tendu.

Quand je le lui avais pris, j’avais vu qu’il s’agissait d’une épingle à cheveux en métal ornée. Elle avait été conçue avec un motif d’arbre, mais... C’était incroyable. Les conceptions utilisées étaient très complexes. Les détails de chaque feuille étaient gravés, et je pouvais même apercevoir un oiseau assis dans les branches.

« Cette boucle d’oreille en forme de poisson a ici aussi toutes les écailles soigneusement gravées, » déclara Juna.

« Cette broche d’âne est aussi ainsi, » déclara Aisha en posant Tomoe. « Les rênes sont faites avec une chaîne, mais elles sont vraiment détaillées. »

Elles avaient continué à exprimer à quel point elles étaient impressionnées. C’était vrai, chacun des produits était finement détaillé.

La vieille dame aux oreilles de lapin qui tenait le magasin avait parlé. « Bonjour, jeune homme. Ce sont de belles jeunes filles que vous avez avec vous. Pourquoi ne leur achèteriez-vous pas quelques-unes de mes marchandises en cadeau ? Ça leur montrera quel homme vous êtes, vous savez. »

La vieille dame aux oreilles de lapin riait de bon cœur et parlait dans l’argot de marchand que j’entendais toujours comme un dialecte du Kansai. Si elle avait des oreilles de lapin, cela voulait-il dire qu’elle appartenait à la race des lapins blancs ? En entendant parler des lapins, j’avais imaginé de jeunes lapines, mais... ouais, eh bien, il y en avait toute une race, donc bien sûr, il y avait aussi des personnes de son âge.

J’avais pris l’un de ses produits et je lui avais demandé : « J’aime bien celui-ci, et je veux l’acheter, mais est-ce une œuvre d’un artisan célèbre ? »

« Non, ils en font partout dans les ateliers. Ce n’est pas si cher que ça, » répondit-elle.

« Hein ? À l’atelier là-bas ? » demandai-je.

Est-ce que quelque chose d’aussi compliqué pourrait être fait si facilement ? J’avais des doutes.

Roroa gonfla sa poitrine et expliqua fièrement. « Les accessoires fabriqués dans la République de Turgis sont célèbres pour leur décoration détaillée. Beaucoup de marchands viennent ici l’été pour mettre la main dessus. »

« C’est normal. Après tout, Turgis finit par se faire enterrer dans la neige pendant l’hiver, » la vieille dame aux oreilles de lapin déclara ça. « On ne peut pas aller très loin, donc beaucoup d’entre nous restent dans nos maisons, à travailler là-bas. Nous vivons comme ça depuis quelques siècles, alors nous, les Turgiens, nous sommes doués pour travailler avec nos mains. »

Je vois... donc c’est ainsi. Pendant que j’étais accaparé par cette impression, Roroa avait souri avec audace.

« Hé, jeune maître. Si les artisans turgiens peuvent faire un travail aussi minutieux, ne pensez-vous pas qu’ils pourraient vous aider à faire ces choses auxquelles vous pensez depuis un certain temps ? » demanda Roroa.

« Ces choses... ? Oh, celles-là ! » m’exclamai-je.

C’était vrai, il y avait une chose que je pensais faire depuis un moment, mais le projet de développement n’avait pas beaucoup avancé, vu le niveau des artisans de notre pays. Mais peut-être que les artisans de ce pays seraient capables de les fabriquer. Si ce que la vieille dame avait dit était vrai, il y avait des artisans très compétents partout dans ce pays. Nous pourrions être en mesure non seulement de les développer, mais aussi de les pousser vers la production de masse.

La République de Turgis... Je pensais qu’ils n’avaient rien, mais ils cachaient un immense potentiel. Je m’étais tourné vers la vieille dame qui tenait la boutique.

« Madame, je vais en acheter un certain nombre. Alors pourriez-vous me présenter un artisan qui habite près d’ici et qui est compétent dans son travail ? » demandai-je.

« Merci pour vos achats. Pourquoi n’essayeriez-vous pas d’aller à l’atelier d’Ozumi ? Taru est jeune, mais compétente. La petite est un peu timide et peut être têtue quand il s’agit de son travail, mais si je vous écris une lettre de recommandation, vous serez bien traité. »

« S’il vous plaît, allez-y. Oh ! Roroa, Juna, Aisha, Tomoe, s’il y a quelque chose ici que vous voulez, vous pouvez l’acheter, » déclarai-je.

Roroa avait réagi immédiatement. « C’est bien mon chér... Euh, non, mon jeune maître ! Waouh, quelle générosité ! »

« Merci, chéri, » ajouta Juna. « Tomoe, veux-tu choisir le nôtre ensemble ? »

« Euh... ? Oh, bien sûr ! » répondit Tomoe.

Juna, qui savait qu’une personne aurait une meilleure allure si elle n’hésitait pas dans des moments comme celui-ci, s’inclina une fois, puis invita Tomoe, qui avait tendance à se retenir dans des moments comme celui-ci, à regarder les marchandises de la dame avec elle.

C’étaient des femmes aux antécédents compliqués, mais quand on les voyait devant un magasin d’accessoires, riant ainsi, c’était rassurant de voir à quel point toutes les deux étaient comme n’importe quelle autre jeune fille.

« C’est parfait, Hal, » déclara Kaede. « Tu devrais acheter ici ton cadeau pour Ruby. »

« Bien sûr. Oh ! Mais peux-tu m’aider à en choisir un ? Et bien sûr, Kaede, je t’en achèterai un aussi, » déclara Hal.

« Je suppose que je vais devoir le faire. Mais je m’attends à ce que tu choisisses le mien toi-même, tu sais ? » déclara Kaede.

« Euh, d’accord, » répondit Hal.

On aurait dit que Kaede et Hal prévoyaient aussi d’acheter quelque chose ici.

« Je pense que l’or ira bien avec les cheveux roux de Ruby, » suggéra Kaede.

« Ouais, tu pourrais avoir raison. J’ai l’impression que l’argent ferait bien avec tes cheveux dorés, » déclara Hal.

« Je pense que tu as bon goût, Hal, » déclara Kaede.

Tous les deux avaient ainsi eu ce genre de douce conversation en regardant les marchandises de la boutique.

Attends, hein... ? Où est allée Aisha ?

Maintenant que j’y pense, je n’avais pas vu Aisha depuis un moment maintenant.

J’avais regardé autour de moi et j’avais vu Aisha un peu plus loin avec deux messagers kuis perchés sur ses épaules. On aurait dit qu’elle avait reçu une lettre.

Pour une raison inconnue, je m’étais souvenu du jour où elle avait appris qu’une catastrophe naturelle avait frappé la Forêt Protégée par Dieu. J’avais beau essayer d’oublier l’expression d’angoisse sur le visage d’Aisha cette fois-là, mais je n’avais pas pu.

J’avais ainsi longtemps attendu, me demandant quel genre de nouvelles j’avais reçues, mais il n’y eut aucun changement dans l’expression d’Aisha. Puis, après avoir terminé la lettre, Aisha était venue vers moi.

« Il y avait un message pour nous ? » lui avais-je demandé.

« Oui. Deux lettres de Lady Liscia, » répondit Aisha.

« De Liscia ? » demandai-je.

« Oui. Le premier s’adressait à moi, et le second à vous, sire, » déclara Aisha.

Après ça, Aisha m’avait passé une seule lettre non scellée. Tout en l’acceptant, j’avais incliné la tête d’un air interrogateur. Elle avait envoyé des lettres séparées à Aisha et moi ?

« S’est-il passé quelque chose dans la capitale ? » lui avais-je demandé.

« Dans ma lettre, elle m’a demandé de faire quelque chose de précis, » déclara Aisha.

« Quelque chose de précis ? » demandai-je.

« Je suis désolée. Elle a écrit pour ne pas vous dire ce que la lettre disait, Sire. » Aisha inclina la tête en s’excusant.

J’avais encore moins idée de ce qui se passait maintenant. Je devais regarder ce que disait ma propre lettre.

Voyons voir...

 

« Cher Souma,

Je pense que cette lettre arrivera avec une autre pour Aisha. Après qu’Aisha ait lu la sienne en premier. Lis bien cette lettre après ça. »

 

C’était ainsi que la lettre avait commencé.

Je n’avais pas vraiment compris, mais elle semblait insister. Aisha semblait avoir déjà lu la sienne, alors je pourrais probablement continuer. J’avais continué à lire, et...

« Euh... ? »

Quand j’avais vu un certain passage, j’avais soudain eu l’impression d’avoir reçu un projectile dans la tête.

Hein... ? Était-ce pour de vrai ? Était-elle sérieuse ? Non... Il le fallait. Ça ne servait à rien de mentir comme ça. Ce qui veut dire... Quooiiiiiiiiiiiiiiiii !?

« Qu-Qu’est-ce qui ne va pas !? » demanda Aisha.

J’avais l’air d’avoir une sacrée tête, parce qu’Aisha avait commencé à me secouer l’épaule. Cela m’avait ramené à la raison, mais j’avais encore des sueurs froides dans le dos et mes genoux tremblaient.

Sans blague ? Est-ce vraiment ça ?

J’avais tourné ma tête vers Aisha comme un robot en métal cassé. « Je rentre chez moi. »

« Hein ? » s’exclama Aisha.

« Je retourne tout de suite au royaume ! » avais-je déclaré aux autres avec les yeux injectés de sang.

En y repensant plus tard, je ne pense pas avoir été très sain d’esprit à l’époque. Tous les plans que j’avais en tête jusque-là avaient disparu de mon esprit. Après tout, tout mon esprit était maintenant complètement occupé par une certaine chose écrite dans la lettre de Liscia.

☆☆☆

Partie 3

Cette seule phrase m’a mis dans un état de choc et de joie confus. Elle disait...

 

Je suis enceinte.

« J’ai appelé le Dr Hilde pour qu’elle vienne me voir, j’en suis certaine. Oh ! Dre Hilde était aussi enceinte. Je me sentais mal de l’avoir appelée. Elle dit que c’est du Dr Brad. Ils n’avaient pas l’air de bien s’entendre, alors c’est un peu surprenant, hein ? »

 

C’était vrai, j’étais surpris, mais je m’en fichais maintenant !

En lisant la lettre, j’avais voulu rire de Liscia. La lettre poursuivait : « Mais de toute façon... »

C’était une façon très détournée d’écrire les choses. Peut-être que Liscia s’était sentie tendue en l’écrivant.

« C’est notre enfant. Es-tu heureux ? Tu es heureux, n’est-ce pas ? »

Bien sûr que je l’étais ! Non, ce n’était pas comme si mon esprit s’en était déjà rendu compte, mais j’étais tout aussi heureux que surpris. Si Liscia était là, je l’aurais sans aucun doute enlacée. Les mains avec lesquelles je tenais la lettre tremblaient.

« D’ailleurs, le plus enthousiaste au sujet de la nouvelle était notre chambellan, Marx, qui n’a cessé de faire pression sur nous pour que nous produisions un héritier. Il a versé un flot de larmes, puis il s’est levé et a déclaré : “Je dois tout de suite préparer une chambre et des vêtements pour le jeune prince”, et il s’est directement mis au travail. Même si on ne sait pas encore si c’est un garçon ou une fille. »

Qu’est-ce que tu fais, Marx ? avais-je pensé. J’étais content qu’il soit heureux.

« Je suis très heureuse, » disait la lettre. « De pouvoir porter ton enfant. Je peux le dire maintenant que je suis enceinte, mais j’étais un peu inquiète. Tu sais, parce que tu viens d’un autre monde, non ? Lady Tiamat disait que même si nous étions tous les deux humains, nos origines étaient différentes, alors je me demandais si nous pouvions avoir des enfants, et ce que j’allais faire si nous ne pouvions pas. On dirait que j’étais inquiète en vain. »

Liscia...

Je ne pouvais plus supporter de rester assis plus longtemps. Je voulais partir tout de suite aux côtés de Liscia. J’étais dominé par ce sentiment, et j’avais essayé de déclarer à tout le monde que nous allions nous diriger de nouveau vers le Royaume avant de partir en courant.

Cependant...

« P-Pardonnez-moi ! » Aisha m’avait soudain sauté dessus par-derrière, me forçant à m’effondrer.

« Gwah! »

Avec ses bras enroulés autour de mon dos, j’étais comme un fugitif que les autorités avaient saisi.

Face à Aisha, j’avais lutté pour me libérer de son emprise.

« L-Lâchez-moi, Aisha ! Je dois aller rejoindre Liscia..., » déclarai-je.

« Je ne sais pas pourquoi, mais Lady Liscia m’a demandé de faire ça ! » déclara Aisha.

Hein ? Liscia l’a fait ?

Quand j’avais arrêté de résister, Aisha m’avait placé sa propre lettre devant mon visage.

 

« Chère Aisha, » dit-elle, « Si Souma dit qu’il veut rentrer chez lui après avoir lu ma lettre, retenez-le. Alors, dites-lui de lire attentivement sa lettre et de faire ce qu’elle dit. Et aussi, jusqu’à ce que vous l’ayez maîtrisé, gardez ce que cette lettre dit secret. »

On aurait dit que Liscia avait prédit ma réaction à la lecture de la lettre. J’avais abandonné et, debout, j’avais continué à lire.

 

« Tu peux être surprotecteur quand il s’agit de la famille, donc je suis persuadée que tu voudras repartir au château quand tu liras ça, mais... tu ne peux pas, OK ? Tu n’auras pas beaucoup d’occasions de visiter facilement un autre pays, alors assure-toi de le faire cette fois-ci. »

« Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi. J’ai Serina et Carla, qui se sont toutes les deux précipitées ici quand elles ont appris la nouvelle, aux petits soins pour moi, et je pense rester chez mes parents jusqu’à ce que le bébé soit né. L’ancien domaine de mon père est plus calme que la capitale, et c’est dans la campagne rustique. Je vais aller leur poser toutes sortes de questions sur la façon d’élever un enfant. Alors, Souma, fais ce que tu as à faire maintenant, toi aussi. »

 

Il semblait que Liscia avait minutieusement planifié les choses de son côté. Je n’avais pas l’impression d’avoir de quoi m’inquiéter, mais... même avec cela en tête, c’était dans ma nature d’homme de m’inquiéter, non ?

Pourtant, avec Liscia qui me racontait tout cela, j’avais deviné que je ne pouvais pas abandonner ce que je faisais et faire demi-tour maintenant.

Quand mes épaules s’étaient affaissées, la dernière ligne de la lettre avait attiré mon attention.

 

« P.S. Tu peux maintenant commencer à poser les mains sur tes autres fiancées. »

 

Liscia... À la toute fin, était-ce ça qu’elle avait décidé d’écrire ? C’était peut-être sa façon de masquer sa gêne.

Quoi qu’il en soit, j’avais décidé de montrer la lettre à toutes les autres personnes. La vieille dame qui s’occupait du magasin nous regardait d’un air dubitatif quand nous nous étions tous éloignés une minute pour en parler à voix basse, mais maintenant nos problèmes familiaux étaient devenus prioritaires.

Quand ils avaient vu la lettre, tout le monde avait été surpris un instant, mais ils m’avaient tous félicité.

« Ma parole ! » s’exclama Aisha. « C’est en effet une occasion heureuse ! »

« Comme c’est merveilleux, » avait souri Juna. « Félicitations, Sire. »

« Je dirais que la succession est dès maintenant sécurisée, hein ? » Roroa avait souri. « Gehe hehe hehe hehe ! Crois-tu que ce sera maintenant à nos tours ? »

« Félicitations, Grand Frère ! » cria Tomoe.

« Félicitations, » déclara Kaede. « Maintenant, votre maison est sécurisée. Si ce n’était pas un pays étranger, je crierais franchement “Gloire à Friedonia”. »

« Félicitations, » déclara Halbert. « Souma est père, hein... C’est un peu émouvant, en tant qu’homme de la même génération. »

« Cela te donne-t-il envie d’être enfin l’héritier de la Maison Magna ? » lui demanda Kaede.

« Mon père est toujours à la tête de la maison. Mais... c’est vrai que cela me fait penser que ça pourrait être bien, » déclara Hal.

Hal et Kaede semblaient de bonne humeur. Allaient-ils utiliser les bonnes nouvelles d’une autre maison pour commencer à flirter, hein ? Non pas que ça me dérangeait.

J’avais mis la lettre dans ma poche et j’avais fait signe à Roroa.

« Roroa, viens ici une minute, » déclarai-je.

« Hm ? Que se passe-t-il... ? Attends, wôw !? » s’exclama Roroa.

J’avais mis mes mains sous les aisselles de Roroa, et je l’avais levée comme une enfant.

Roroa était petite, donc même avec mes bras faibles, je pouvais facilement la soulever. Si j’avais choisi la grande Aisha, ou la belle Juna, je doute que j’aie pu le faire.

Avec une Roroa en l’air, j’avais tourné sur place.

« Quoi quoi quoi quoi quoi !? » Roroa semblait inhabituellement bouleversée.

Après avoir un peu tourné, j’avais relâché mes mains et je l’avais prise dans mes bras quand elle était descendue. Les yeux de Roroa tournoyaient.

« Qu’est-ce que tu me fais... sorti de nulle part !? » s’écria Roroa.

« Pardon, » répondis-je. « J’étais un peu excité. Je voulais vraiment faire ça à Liscia, mais elle n’est pas là. Je l’ai fait avec toi parce que tu as la silhouette la plus proche de la sienne. »

« Murgh... Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée d’être la remplaçante de la Grande Sœur Cia, mais c’était amusant pour moi, alors je vais te laisser t’en tirer comme ça. Mais, tu sais, n’est-ce pas un peu rare que tu te laisses aller comme ça, mon chéri ? »

« Oui... C’est juste pour aujourd’hui, alors oublie ça. »

C’est quand même normal, j’avais fait un bébé. Un nouveau membre de la famille. Avec la mort de grand-père et de grand-mère, j’avais perdu les dernières personnes que je pouvais appeler ma famille. C’est pourquoi, en pensant que Liscia et Tomoe formaient une sorte de famille, j’avais toujours voulu les protéger.

Maintenant que Liscia et moi avions conçu un enfant, nous étions passés d’une sorte de famille à une vraie famille. Rien ne pouvait me rendre plus heureux.

« Si nous étions au château maintenant, je proposerais probablement un système d’aide à la garde des enfants ! » avais-je déclaré, en serrant les poings et en parlant avec passion.

« Eh bien, je ne vois rien de moins que quelque chose d’excessif, » déclara Roroa, déconcertée. « C’est peut-être une bonne chose qu’on t’ait éloigné du château pour un moment afin de te calmer. »

Oui, j’étais d’accord.

Hal s’était exclamé avec exaspération : « Et alors ? Finalement, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

« Hmm..., » avais-je dit. « Je veux rentrer maintenant, mais Liscia m’a dit de ne pas le faire... »

« Tu es le roi, donc tu devrais donner la priorité à l’exploration de ce pays, comme le disait Lady Liscia, » conseillait Juna.

« C’est exact, » répliqua Roroa. « Il faut que tu continues à développer le royaume. Pour les personnes qui y sont maintenant, et aussi pour l’enfant qui va naître. »

Pour l’enfant qui allait naître, hein... Si elle le disait comme ça, je ne pourrais rien dire contre.

« Bien, » dis-je. « Il n’y a pas de changement de plan. Nous allons commencer par aller à l’atelier auquel nous avons une lettre d’introduction. »

Une fois cela réglé, nous étions retournés à la femme et à sa boutique.

« Qu’y a-t-il, jeune homme ? » demanda la commerçante. « Avez-vous fini de parler maintenant ? »

« Ouais. Où est cet atelier d’Ozumi dont vous avez parlé ? » demandai-je.

« On peut le voir depuis ici. Regardez, c’est en haut de cette colline, » déclara la femme, montrant du doigt la colline à l’arrière de la ville.

Il s’agissait d’une colline herbeuse avec une pente douce. Il y avait des bois des deux côtés, et il ressemblait à une pente de ski pendant l’été. Il y avait encore de la neige ici et là dans les bois, même si nous l’observions toute l’année, elle ne fondrait probablement pas complètement.

Il y avait une bâtisse en briques rouges au milieu de cette colline. Je pouvais la voir à côté des bois. Était-ce l’atelier Ozumi ?

Nous avions réglé la facture pour les choses que nous achetions, puis nous avions demandé à la vieille dame de nous écrire une lettre d’introduction et nous nous étions immédiatement dirigés vers ce bâtiment.

Puis, quittant la ville de Noblebeppu, nous avions passé les trente minutes suivantes à voyager à bord d’une calèche roulant sur une route bien rocheuse. Puis nous nous étions retrouvés devant un bâtiment en brique : l’atelier Ozumi.

Cet atelier, qui se trouvait au milieu d’un champ de hautes herbes avec une forêt derrière lui, possédait une cheminée. On aurait dit qu’en plus de produire des accessoires ici, ils s’occupaient aussi d’un travail de forgeron. C’était pratique.

Ayant appris que Taru était timide, il m’avait semblé probable que je la surprendrais si j’avais avec moi une bande d’aventuriers, alors nous avons laissé Aisha et les autres dans la calèche pendant que Juna, Roroa, Tomoe et moi entrions.

D’après ce que je voyais, ils n’avaient pas de comptoir de vente. Le bâtiment était uniquement un atelier, alors ils devaient probablement vendre leurs marchandises en gros en ville. J’entendais le bruit d’un objet qui était frappé à l’intérieur.

J’avais frappé à la porte, mais personne n’était venu répondre. Personne ne m’avait-il entendu ? Il semblait y avoir quelqu’un à l’intérieur, alors j’avais essayé de frapper à nouveau, et après un petit moment, la porte s’était lentement ouverte.

Une fille avec un bandana enroulé autour de la tête était sortie. « Qui est-ce... ? »

La fille était petite et avait un visage de bébé. J’avais estimé son âge à quinze ou seize ans. Même s’il faisait si froid dehors, elle portait une chemise à manches courtes, un pantalon long et un tablier de forgeron. Dans ses mains gantées, elle tenait un marteau qui semblait incongru avec sa petite silhouette. Serait-ce l’artisan dont parlait la vieille dame ?

 

 

« Euh, excusez-moi... par hasard, seriez-vous Madame Taru ? » avais-je demandé, en me tenant droit.

La jeune fille pencha la tête sur le côté et me regarda avec des yeux somnolents. « Oui, je le suis. Qu’est-ce que c’est ? »

Il est fatigant de parler avec vous. Si vous n’avez rien à faire ici, rentrez chez vous. C’était ce que son comportement général semblait dire.

Certaines personnes se seraient peut-être offusquées à ce moment-là, mais j’avais l’habitude de traiter avec des gens comme Genia, alors je n’y pensais pas beaucoup.

☆☆☆

Partie 4

Je l’avais poliment saluée, puis je m’étais présenté. « Je suis venu ici avec la lettre de recommandation d’une dame de Noblebeppu. Je m’appelle Kazuma Souya. »

Naturellement, j’avais utilisé un faux nom. Parce que si mon nom était utilisé là, sans parler de tous les autres membres de notre groupe, cela ne pouvait que se transformer en tracas.

J’avais ensuite présenté le reste du petit groupe. « Voici ma femme, Juna, ma sœur cadette, Tomoe, et mon employée, Roroa. »

« Je suis Juna. C’est un plaisir de vous rencontrer, » déclara Juna.

« Je-Je-Je m’appelle Tomoe. »

« Roroa. Enchantée de vous rencontrer. »

« Taru Ozumi. Ravie de vous rencontrer. »

J’avais eu l’impression que Taru avait relâché sa garde un peu après que les filles se soient présentées. Eh bien, entendre la présentation bégayante de Tomoe réchaufferait le cœur de n’importe qui.

Quand Taru avait enlevé son bandana et s’était présentée, j’avais remarqué deux oreilles d’ours sur sa tête. Était-ce une homme-bête de type ours ? J’avais deviné qu’elle ferait partie de la race des ours des neiges, l’une des Cinq Races de la Plaine Enneigée. L’atmosphère s’était un peu détendue, alors j’en étais allé immédiatement au but de notre visite.

« J’ai vu les accessoires fabriqués par les artisans de ce pays à Noblebeppu, et j’ai été impressionné. En regardant l’ornementation détaillée et fine sur eux, je pourrais dire que vous devez tous être très habiles avec vos mains. Cela m’a fait penser que, si nous utilisions les artisans de ce pays, nous pourrions peut-être faire une certaine chose que j’avais l’intention de faire. J’ai demandé s’il y avait de bons artisans, et la dame à qui je parlais m’a présenté cet endroit. Êtes-vous prête à écouter le reste de ce que j’ai à dire ? »

« Entrez..., » Taru nous avait fait signe d’entrer dans l’atelier.

Je me disais : Ouf... J’ai réussi à parler avec aisance, comme le jeune fils d’un homme d’affaires, mais...

« Tu devrais parler normalement. Je suis sûre que tu es plus vieux que moi. En plus, je doute que tu aies l’habitude de parler comme ça, » déclara Taru.

On aurait dit que Taru m’avait complètement percé à jour.

En me voyant me gratter maladroitement l’arrière de la tête, Roroa avait commencé à rire.

Hé, pas de rire ! Je suis gêné là ! pensai-je.

Lorsque nous étions entrés dans l’atelier, la flamme rugissante du four rendait l’endroit assez chaud. Ce n’était pas étonnant que Taru s’habille si légèrement. Nous avions aussi enlevé nos manteaux, mais quand Tomoe avait enlevé son capuchon de mage blanc fait main, les yeux de Taru s’étaient plissés.

« Tu es un chien... Non. Un homme-loup ? » demanda Taru.

« Oh, oui ! » Tomoe rayonnait. « De la race des loups mystique. »

Taru m’avait regardé comme si elle voulait me demander quelque chose. « N’était-elle pas censée être ta sœur ? »

Oh... C’est ce qui la tracassait, hein. C’était normal, puisque Tomoe et moi n’étions pas de la même race et que nos visages ne se ressemblaient pas du tout. Nous n’avions pas dû ressembler à des frères et sœurs.

« D’une autre mère, » déclarai-je. « C’est une affaire de famille, alors j’aimerais que vous ne fouiniez pas trop profondément. »

« Je vois..., » répondit Taru.

J’avais donné l’impression qu’il s’agissait d’une histoire difficile, et Taru n’avait pas posé d’autres questions. Quand il s’agissait de sujets comme celui-ci, même si elle était intéressée, après tout, il valait mieux les laisser de côté.

Sur ce, Taru avait ouvert la marche, et au moment où nous étions sur le point de nous asseoir à une table, j’avais remarqué quelque chose d’étrange qui s’appuyait contre le mur dans le coin de la pièce.

Il avait la forme d’un poteau, mais les deux extrémités étaient légèrement bombées. Si c’était un JDR, j’appellerais ça un gourdin. Il avait un dessin distinctif avec un long et épais mille-pattes enroulé autour de lui qui continuait jusqu’à l’endroit où le manieur devait le tenir. J’avais trouvé que ça avait l’air cool, mais je n’en étais pas si sûr comme arme.

Tandis que je le regardais d’un air dubitatif, Taru me demanda : « Est-ce que ça te plaît ? »

« Oh, je peux dire que cela a un design impressionnant, c’est sûr, mais... »

Je ne voulais rien dire de bizarre à propos de ses produits, alors j’avais évité de répondre à la question, mais Taru avait haussé les épaules comme pour dire, je sais ce que tu veux dire.

« C’est très bien. Ta vision des choses est parfaitement normale. Ce qui est anormal, c’est le goût de l’idiot qui l’a commandé, » déclara Taru.

« Idiot ? Vraiment ? C’est de votre client dont vous parlez, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Je le connais bien, et je l’appelle comme ça en face, » déclara Taru.

Quelqu’un qu’elle appellerait un « idiot sans goût » en face ? Qui était cette personne et quelle était sa relation avec Taru ?

Eh bien ! Mis à part l’étrange gourdin, il était temps de s’occuper de nos affaires. Taru avait attendu que tout le monde soit assis et demanda : « Alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

« Pourriez-vous faire quelque chose comme ça, » j’avais utilisé une plume pour dessiner sur un bloc de papier que j’avais préparé pour expliquer exactement quel genre de chose je voulais.

Quand elle avait vu mon dessin, Taru avait incliné la tête sur le côté. « La forme elle-même est simple. Mais je pense que ce serait incroyablement difficile. »

« Je m’en doutais, » avais-je soupiré.

« Le fait que tu veux qu’il soit “le plus fin possible”, mais aussi “robuste”, est particulièrement difficile. Si c’était l’un ou l’autre, je pourrais y arriver, mais il est assez difficile d’équilibrer les deux. Et environ combien en veux-tu ? »

« Plus il y en a, mieux c’est. Je les veux par milliers ou par dizaines de milliers. Je ne dis pas que je veux tous les faire ici, bien sûr. J’aurai la même conversation avec d’autres artisans, » déclarai-je.

« Des dizaines de milliers ? » dit Taru, surprise, me regardant de près avec ses yeux de somnambule.

« Qu- Quoi ? » avais-je demandé. « Alors, pouvez-vous les faire ? »

« Avant de répondre, je veux que tu me dises une chose, » déclara Taru d’un ton sérieux. « Comment seront-ils utilisés exactement ? »

J’étais resté silencieux.

Comment seraient-ils utilisés, hein ? J’avais fait une demande étrange, il était donc naturel qu’elle soit curieuse.

Mais est-ce que j’avais le droit de dire pourquoi ici ? Ce serait une chose dans mon propre pays, mais c’était un pays étranger. C’était quelque chose dont j’avais besoin, mais honnêtement, je ne voulais pas révéler trop de choses sur les nouvelles informations révolutionnaires dont disposait mon pays.

« Dois-je vraiment le dire ? » lui avais-je demandé.

« C’est bien ce que tu dois faire. Ou je ne les ferai pas, et je ne t’enverrai pas ailleurs, » déclara-t-elle.

Elle était brusque à ce sujet, alors j’avais chuchoté à Roroa : « Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Je sais que tu ne veux pas dire pourquoi, chéri, mais en regardant ce qu’elle a fait, je pense que cette fille peut faire ce que tu veux, » répondit Roroa.

« Alors, penses-tu que c’est acceptable de révéler comment ils seront utilisés ? » demandai-je.

« Je ne sais pas. Si nous devons nous en procurer tout un tas, c’est bien plus que ce que cet atelier ne pourra gérer seul, alors nous devons espérer que le responsable de ce pays n’est pas trop irréfléchi..., » déclara Roroa.

« Au bout du compte, tout repose là-dessus..., » avais-je murmuré.

Pendant que nous chuchotions, Taru retirait lentement une partie de son cou hors de son tablier, retirant quelque chose entre son tablier et sa chemise. Ce qu’elle nous avait tendu, c’était une pointe de flèche en obsidienne. On aurait dit qu’elle le portait comme un collier. La pointe de la flèche était polie et avait un éclat terne.

Tout en le tenant, Taru déclara : « Cette pointe de flèche était une leçon de mon grand-père, le forgeron. »

« Ça vient de votre grand-père ? » lui avais-je demandé.

« “Un arc et des flèches peuvent être utilisés pour chasser les animaux et remplir l’estomac des personnes, mais ils peuvent aussi être utilisés comme arme pour tuer des gens. La pointe de flèche fait partie de l’arc et de la flèche. Même s’il ne s’agit que d’une partie d’un produit que nous, les artisans, fabriquons, nous devons savoir comment les choses que nous fabriquons seront utilisées”. »

Taru m’avait regardé droit dans les yeux en parlant.

« Pour un artisan, il est de son devoir de savoir comment ce qu’il fait sera utilisé. Si quelque chose que j’ai fait était utilisé pour le mal, ça me rendrait très triste. C’est pour ça que je ne fais pas de choses quand je ne sais pas comment elles seront utilisées. Je ne peux pas. »

« Qu’est-il arrivé à votre grand-père ? » lui avais-je demandé.

« Il est décédé l’année dernière, » répondit Taru.

« Je vois..., » dis-je.

C’était une fille qui prenait à cœur les paroles de son grand-père alors qu’elle dirigeait son atelier. J’avais perdu mon propre grand-père l’année dernière (bien que cette année-là soit passée au calendrier de ce monde pour moi en cours de route), alors j’avais ressenti une étrange parenté avec elle. J’avais toujours eu un faible pour entendre des histoires comme celle-ci. La partie humaine en moi disait : « Ne peux-tu pas juste lui dire ? » alors que la partie de moi qui était un chef disait : « Sois prudents en toutes choses. »

Pendant que je me demandais sérieusement quoi faire, j’avais soudain senti quelque chose de froid dans ma main. Quand j’avais regardé, Juna, qui était assise à côté de moi, avait placé sa main gauche sur ma main droite. Je l’avais regardée avec surprise, mais Juna n’avait rien dit, elle avait juste souri avec douceur.

S’il te plaît, fais ce que tu veux.

J’avais l’impression qu’elle me disait ça. À cet instant, mon cœur s’était allégé au point que la main froide de Juna m’avait fait du bien.

Eh bien... d’accord dans ce cas. Taru semblait avoir bien réfléchi à la question, alors il était probablement prudent de lui dire.

Ayant décidé cela, j’avais posé une question à Taru.

« Puis-je être sûr que cela restera confidentiel ? »

« Est-ce dangereux ? » demanda-t-elle.

« Non, ce n’est pas ça. S’ils sont mal utilisés, ils pourraient l’être, mais on pourrait en dire autant d’un couteau, non ? C’est une partie d’un outil qui sauvera des vies, » répondis-je.

« Un outil qui sauvera des vies ? » Taru pencha la tête sur le côté et je répondis par un signe de tête ferme.

« Ce que je pense faire, c’est une aiguille hypodermique, » déclarai-je.

☆☆☆

Partie 5

En persuadant Brad et Hilde de devenir les deux piliers de mes réformes médicales, j’avais fait deux promesses :

La première était de mettre en place un système national de santé qui permettrait à tout citoyen du royaume de recevoir un traitement médical. La seconde était de faire fabriquer par les meilleurs forgerons du pays des scalpels, des aiguilles pour suturer et d’autres équipements médicaux.

Pour assurer le financement de la première de ces mesures, j’avais donné la priorité à l’augmentation des impôts. Le chemin à parcourir était encore long, mais les choses progressaient régulièrement.

Quant à ce dernier, le développement de l’équipement médical, cela allait bien dans certaines parties, et pas si bien dans d’autres.

La médecine dans ce monde était principalement de la magie blanche (magie de guérison), et des herbes brassées par un guérisseur ou une guérisseuse (bains médicaux), et la chirurgie n’était pratiquée que dans un nombre vraiment limité d’endroits. Les outils pour les chirurgiens étaient extrêmement rares. Brad devait nécessairement commander spécialement cela pour son propre usage. Bien qu’il ait développé des scalpels, des points de suture et des seringues de son propre chef, il y avait des limites quant à leur fonctionnalité. Il n’avait pas été capable de faire ses petits scalpels, et ses seringues étaient beaucoup plus grandes que ce que j’avais l’habitude de voir.

Ses fonds pour la recherche étaient probablement limités, il était donc difficile de le blâmer, mais cela mettait encore beaucoup de pression sur les patients. C’est pourquoi j’avais voulu me lancer dans un projet national d’amélioration de notre équipement médical. J’avais été capable de produire des outils qui satisfaisaient Brad et Hilde pour l’instant, mais je ne pouvais pas encore les mettre en production en série.

Même si j’avais un artisan qui pouvait fabriquer des aiguilles hypodermiques minces, il y avait des limites au nombre d’aiguilles qu’une personne pouvait fabriquer. Elles n’étaient pas produites dans une usine, donc c’était une évidence, et il n’y avait pas beaucoup d’artisans capables de fabriquer une aiguille fine. Dans la situation actuelle où nous essayons d’augmenter le nombre de médecins, nous manquions évidemment d’équipement. Comme l’équipement médical ne pouvait pas être immédiatement réutilisé et qu’il fallait le faire bouillir à nouveau pour chaque patient, le nombre requis avait augmenté.

Nous avions donc de la difficulté à produire de l’équipement médical, mais il semblait qu’il y avait beaucoup d’artisans talentueux dans ce pays qui pouvaient faire des travaux ornementaux détaillés, alors j’avais pensé qu’il serait possible d’établir une production en série dans ce pays.

Notre pays étudiait actuellement de nombreux domaines, et nous étions à court de main d’œuvre partout, alors j’avais pensé qu’il serait peut-être mieux, tout en protégeant nos forgerons existants, de laisser ce qui pourrait être laissé à d'autres personnes à ces autres pays.

Tout en y réfléchissant, j’avais expliqué à Taru l’utilisation d’une aiguille hypodermique. Comme la chirurgie elle-même était inconnue dans la République de Turgis, j’avais dû commencer par là, ce qui avait pris un certain temps.

Une fois que je lui eus donné le récapitulatif, les yeux de Taru s’ouvrirent en grand en raison de son étonnement. « Dans le royaume, vous pouvez guérir les gens sans mages qui utilisent la magie blanche ? Je trouve ça incroyable. »

« Vraiment ? » lui avais-je demandé.

« Dans ce pays, le sol est couvert de neige d’octobre à mars. Ceux qui ont les jambes faibles ne peuvent même pas voyager d’une manière convenable. Si nous avions au moins un médecin dans chaque village, je pense que ce serait beaucoup plus facile de vivre ici, » déclara Taru.

« C’est une politique très attentionnée de la part du roi, » Roroa m’avait souri en disant ça.

C’était un compliment, donc ça ne me dérangeait pas tant que ça, mais quand même.

Taru croisa les bras et fronça les sourcils. « Je comprends que ces aiguilles hypodermiques sont importantes. Je pense qu’avec les artisans de notre pays, vous devriez aussi pouvoir les produire en série. Je veux relever le défi. Je crois que c’est un travail qui va me faire vibrer le cœur, » déclara Taru.

« Oh ! Alors vous allez..., »

... prendre le travail, j’allais le dire, mais Taru avait levé deux doigts.

« Pourtant, même si je les fais, il y a deux problèmes majeurs pour les amener au royaume. Premièrement, l’exportation d’armes vers un autre pays nécessite l’autorisation de l’État. S’il ne s’agit que d’aventuriers qui achètent des armes pour leur usage personnel et les utilisent, ils ne seront pas accusés de quoi que ce soit, mais si nous exportons un produit en grande quantité, nous devons obtenir l’autorisation du gouvernement. C’est pareil au Royaume de Friedonia, non ? » demanda Taru.

« Eh bien... oui, c’est vrai..., » déclarai-je.

Il était vrai que notre pays avait également géré l’importation et l’exportation d’armes.

Ce n’était pas tout à fait au niveau des interdictions de l’époque d’Edo sur les armes à feu entrant dans la ville et les femmes sortantes, mais... des quantités excessives d’armes importées d’ailleurs dans le pays pourraient constituer une menace pour la paix. Si les armes étaient sorties du pays, cela diminuerait notre capacité de nous défendre, et si elles étaient introduites, cela pourrait préfigurer une rébellion. C’est pourquoi, dans tout pays, l’importation et l’exportation arbitraire d’armes sont réprimées.

« Mais les aiguilles ne sont pas des armes, n’est-ce pas ? » avais-je dit.

« Si c’est le cas, vous devrez le prouver aux autorités. Aucun pays n’a jamais eu d’aiguilles avant cela, il sera donc difficile de dire d’un coup d’œil si elles sont des armes ou non. Si nous essayons, de les vendre sans garantie qu’elles ne sont pas des armes, il y a un risque de problèmes, » déclara Taru.

« Si ce ne sont que des aiguilles, personne ne pensera que ce sont des armes, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Même s’ils ne sont pas eux-mêmes des armes, tout sera fini si on les soupçonne d’être des pièces d’armes, » déclara Taru.

« Je comprends votre point de vue..., » dis-je.

Malheureusement, Taru avait raison.

C’était vrai, si quelqu’un qui n’était pas familier avec les seringues voyait une aiguille hypodermique toute seule, il ne serait pas tout à fait sûr que ce n’était pas une arme. Si nous devions expliquer leur utilisation chaque fois que nous étions arrêtés à l’entrée d’une ville ou à la frontière, ce serait un problème, et il n’y avait aucune garantie qu’ils nous croiraient. Après tout, il me semblait que j’aurais besoin de demander la permission de ce pays pour les importer et les exporter.

Mais ce pays était une république, non ? Techniquement, ils avaient un chef d’État. Mais jusqu’à ce que je voie l’équilibre des pouvoirs entre leur chef d’État et le Conseil des Chefs, je ne savais pas trop qui convaincre. C’était un vrai ennui.

J’avais besoin d’y réfléchir plus attentivement.

« Alors, quel est l’autre problème ? » lui avais-je demandé.

« C’est une question d’expédition. Les hivers dans ce pays sont longs. La terre est recouverte par la neige et la mer est recouverte de glace. Vous avez dit que vous en vouliez des dizaines de milliers, ce qui signifie qu’il y en a toujours besoin, n’est-ce pas ? C’est une chose en été, mais comment voulez-vous les transporter en hiver, alors que les routes terrestres et maritimes sont inutilisables ? » demanda Taru.

« Je me le demande..., » je ne pouvais que tenir ma tête. C’est vrai, l’expédition serait un problème.

Même dans le Royaume de Friedonia, le sud était enfermé dans la neige et la glace en hiver. Il semblerait qu’il serait vraiment difficile d’obtenir des expéditions de la République de Turgis, où les hivers étaient plus longs et plus rigoureux. Il s’agissait d’un pays étranger, alors je ne pourrais pas déployer un réseau de transport.

J’avais demandé à Roroa en chuchotant : « Pour l’instant, pouvons-nous seulement échanger avec eux pendant l’été ? Même pour ça, il nous faudrait une autorisation officielle, j’en suis sûr. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Roroa porta une main à sa bouche et y réfléchit avant d’y répondre. « Ouais... Mais si tu as décidé de le faire, chéri, je pense que tu devrais négocier directement avec leurs hauts fonctionnaires. Si tu essaies de faire avancer les choses en tant que commerçant, il faudra du temps pour que les rapports sur ce qui se passe s’accumulent. »

« Me dis-tu de ne pas négocier sous un faux nom, mais comme Souma Kazuya ? » demandai-je.

« On ne peut pas rencontrer les responsables en portant un masque, n’est-ce pas ? » me demanda-t-elle en retour.

« D’accord, » dis-je. « Eh bien, je suppose qu’on doit ramener cette affaire pour quand je serai à la maison. Juste au moment où il semblait que nous pouvions les produire en masse, aussi... »

Tandis que mes épaules s’affaissaient de résignation, Taru nous regardait bizarrement. « Je croyais que vous étiez le jeune maître et son employée ? Vous avez l’air d’agir d’égal à égal selon moi. »

Argh... N’était-ce pas naturel à l’instant, n’est-ce pas ? Roroa s’était toujours sentie comme ma partenaire quand il s’agissait d’affaires comme ça.

« Mwahahaha, tu trouves ? » Roroa ricana. « Je ne suis pas n’importe quelle vieille employée. Après tout, je suis sa maîtresse avec l’approbation de sa femme Juna ! »

Après ça, Roroa m’avait serré le bras. Attends ! Une maîtresse que ma femme approuve !?

C’est quoi cette histoire ridicule ? Maintenant, je dois jouer le jeu !?

Je voulais me plaindre, mais on était devant Taru, alors je m’étais retenu.

Roroa souriait joyeusement en me regardant. Pourquoi cette petite... ? Elle savait que je ne pouvais pas la corriger ici, alors elle l’avait encore plus fait.

L’air semblait avoir gelé. Pendant que Juna souriait, il y avait une intensité étrange et Tomoe avait paniqué quand elle avait vu son visage.

Sentant le malaise dans l’air, Taru avait un peu reculé.

« Est-ce... aussi lié à votre situation familiale ? » demanda Taru.

« J’aimerais que vous ne fouiniez pas..., » c’était tout ce que j’avais pu dire.

Soudain, Juna s’était levée. « Chéri, nous allons nous excuser un moment. »

« Hein, Juna ? » demandai-je.

Elle avait le même sourire plâtré qu’avant. Puis elle se tint derrière Roroa et posa les mains sur ses épaules.

L’expression de Roroa s’était instantanément raidie. C’était un pays froid, mais elle transpirait beaucoup.

« E-Euh, Ju... Madame, y a-t-il un problème ? » Roroa avait tourné son cou pour regarder Juna.

Elle avait souri en disant : « Pourquoi n’irions-nous pas prendre l’air toutes les deux ? »

« Non... Je veux rester ici... tu sais..., » commença Roroa.

« Ne sois pas comme ça. Viens avec moi. Mlle Roroa, la maîtresse que j’approuve personnellement, » déclara Juna.

Il y avait un poids à ces mots qui ne permettait pas d’argumenter.

On disait que « plus la personne était calme, plus elle est fâchée », et il semblait que Juna soit ce genre de personne.

Roroa avait regardé dans ma direction. Ses yeux avaient crié, A-Aide-moi !

Mais j’avais simplement secoué la tête en silence. Tu plaisantais trop, Roroa. Fais avec.

Je-Je viens de m’emporter !

Trouve donc des excuses à Juna...

Noooooooooooooonnnnn...

« Heehee ! Devrions-nous aller sur notre... hm ? »

Juste au moment où Juna se préparait à emmener Roroa, c’était arrivé.

Bruit sourd... Bruit sourd... Il y avait un bruit de tremblement de terre au loin. En même temps, la pièce avait tremblé. C’était un tremblement de terre de faible magnitude.

Les outils accrochés aux murs vibraient. Le son et les secousses devenaient de plus en plus forts.

« Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce un tremblement de terre ? » demanda Roroa.

« Cela semble... un peu étrange que ce soit le cas, » dit Juna.

« Tomoe, si les secousses deviennent plus fortes, tu te réfugies sous la table, » avais-je ordonné.

« D-D’accord ! » déclara Tomoe.

Pendant que nous paniquions, l’expression de Taru n’avait pas du tout changé. De plus, elle soupira en disant : « Ce n’est pas un tremblement de terre. C’est juste un idiot qui arrive. »

« Un idiot ? » lui avais-je demandé.

Puis le tremblement s’était calmé, et Hal s’était précipité dans l’atelier. « Hé ! Il y a un truc énorme dehors ! »

Un truc énorme ?

☆☆☆

Partie 6

Quand nous étions tous sortis, il y avait ce truc énorme et poilu qui se tenait là. Il était là au moment où nous avions ouvert la porte, alors j’avais laissé sortir malgré moi un « Whoa », et j’étais resté abasourdi. Puis, à ce moment-là, j’avais vu le visage de la chose poilue.

Son nez long et épais.

Il y avait quatre grosses défenses bien solides.

Les yeux étonnamment perçants qui se détachaient sous ses cheveux touffus. Si je devais décrire la créature qui se dressait devant moi...

Un mammouth à quatre défenses !?

Ses poils étaient assez longs pour toucher le sol, et ses pattes étaient assez courtes, mais cela semblait être une bonne description de la créature. Je savais que les gens de ce pays élevaient en liberté des créatures à poil long comme bétail. Cependant, c’était trop pour moi de reconnaître instantanément cette chose devant moi comme un mammouth.

Une fois, alors que grand-père m’avait emmené à un événement au musée des sciences, j’avais vu une reproduction du squelette d’un mammouth. Sa hauteur du sol jusqu’à ses omoplates faisait environ quatre, ou peut-être cinq mètres.

Celui devant moi semblait être à une dizaine de mètres.

J’avais l’habitude de voir des créatures massives comme les rhinosaurus et les dragons, mais c’était un peu différent de voir une version plus grande d’une créature de mon ancien monde.

Puis le mammouth à quatre défenses avait fléchi les pattes avant et s’était assis. À cet instant, ses poils touchèrent le sol et s’étalèrent. Même assis, il était encore énorme. C’était probablement seulement deux ou trois mètres plus bas.

Pendant que je réfléchissais à cela, une voix qui semblait appartenir à un jeune homme était venue d’en haut. « Hm ? C’est inhabituel. D’habitude, il n’y a pas beaucoup de monde à cet atelier. »

Le mammouth a parlé !

Ouais... non. Ce n’était pas possible.

On aurait dit la voix d’un jeune homme, alors il chevauchait probablement ce mammouth.

« Sire, derrière moi. » Aisha s’était précipitée pour se placer devant moi.

Hal et Kaede étaient tendus et prêts pour l’action, pendant que Juna attendait subtilement à mes côtés.

Peut-être parce qu’un animal aussi massif s’était soudainement montré, tout le monde était passé en mode combat.

Roroa, étant un non-combattant, avait emmené Tomoe et évacué vers un endroit un peu plus loin. Sentant probablement notre malaise, la voix s’était transformée en menace.

« Qui êtes-vous, les gars ? Vous n’avez pas l’intention d’attaquer cet atelier, n’est-ce pas ? »

« Euh !? Non, nous ne le voulons pas ! Nous sommes..., » commençai-je.

« Oookyakya! » Avant que je puisse expliquer, quelqu’un avait sauté du mammouth.

Celui qui s’était retourné en plein air avant d’atterrir était un homme singe blanc. Un singe blanc... Était-il l’une de la race des singes des neiges, l’une des Cinq Races des Plaines Enneigées ?

Il mesurait environ cent soixante centimètres de haut et semblait d’un coup d’œil avoir quinze, peut-être seize ans. Plutôt que d’avoir le visage d’un singe, il avait de grandes oreilles et de longues pattes, et ce que l’on pourrait appeler des traits de singe.

Même dans ce climat frais, il portait une chemise à manches courtes et un pantalon mi-long, et les bras et les jambes qui en sortaient avaient des poils épais de la même couleur que les cheveux sur sa tête. Il avait une longue queue de lémurien qui sortait de son pantalon mi-long, et si je devais le décrire rapidement, il ressemblait à une version réelle de Sun Wukong (version singe blanc) de Journey to the West. Ce (blanc) Sun Wukong avait poussé sa main comme s’il prenait une pose.

« Oookyakya ! Vous avez du culot d’essayer d’entrer de force dans l’atelier de Taru ! Moi, le grand Kuu Taisei, je n’ai aucune pitié devant une telle insolence ! J’espère que vous êtes prêt à..., » commença-t-il.

 

 

« Maître Kuu ! » Une faible voix cria du haut de son mammouth. Une fille aux oreilles de lapin avait sorti la tête et avait crié : « S’il te plaît, ne cherche pas soudainement la bagarre avec les autres ! »

Cette fille d’environ dix-sept ans était apparemment membre de la race des lapins blancs, comme la dame qui tient le magasin en ville. Celle-là ressemblait plus à une fille-lapine, bien qu’elle portait un épais manteau qui ne montrait pas beaucoup de peau.

La fille sauta à côté de Kuu. « Si tu fais une scène, ton père se fâchera à nouveau, tu sais ? »

« Oookyah ? Mais, Leporina, ces types sont armés, donc ce sont des bandits, non ? Tu crois que je peux attendre quand l’atelier de Taru est sur le point d’être attaqué ? » demanda Kuu.

Bandits... ? On aurait dit qu’on avait été mal compris.

 

 

La fille nommée Leporina avait posé une main sur sa hanche et avait dit : « Voyons, ce n’est clairement pas le cas. Regarde par là. Vois-tu la petite fille, hein ? Quel bandit emmène une enfant lors d’une attaque ? Ce ne sont que des aventuriers ordinaires qui ont été surpris par ton numoth, n’est-ce pas ? »

Alors qu’elle disait ça, Leporina avait caressé d’une main le torse du... numoth tout en montrant Roroa et Tomoe de l’autre.

Les yeux de Kuu s’étaient ouverts en grand en raison de la surprise. « Oookyah ? Tu as raison, il y a une jolie fille. »

Avant que je puisse l’arrêter, Kuu s’était dirigé vers Roroa. Cachant Tomoe derrière elle, Roroa posa ses mains sur ses hanches et fixa Kuu du regard.

« Ah ! Hey... » commençai-je.

« Quoi ? Je ne peux pas te laisser succomber à ma jolie frimousse, » déclara Roroa. « J’ai déjà un homme à qui j’ai donné mon cœur. »

« Hein ? Je n’ai rien à faire avec quelqu’un comme toi qui n’en a pas. »

« Qui n’en a pas... ? » Le regard de Roroa s’est dirigé vers sa propre poitrine, puis ses yeux se sont écarquillés.

Tandis que Roroa émettait une exclamation silencieuse de surprise, Kuu jeta un coup d’œil derrière elle.

Il en avait après Tomoe !?

« Tu es mignonne ! Quel est ton nom ? » demanda Kuu.

« T-Tomoe..., » répondit-elle.

« Tomoe, hein ! C’est un joli nom ! Hé, Tomoe..., » déclara Kuu.

« O-Oui... ? » demanda Tomoe.

« Veux-tu être ma fiancée ? » demanda Kuu.

Avec ces mots, l’atmosphère s’était figée. Le climat était déjà froid au début, mais maintenant il faisait encore plus froid.

Tomoe... sa fiancée ? Ils venaient juste de se rencontrer, et cet homme essayait déjà de mettre la main sur notre mignonne petite sœur ? En un rien de temps, j’avais senti la colère qui émanait d’Aisha à mes côtés.

C’était... un défi pour nous, non ?

On devait faire en sorte de le remettre à sa place.

« Aisha, » dis-je vivement.

« Qu’y a-t-il, sire ? J’ai envie de découper un singe, là, » déclara Aisha.

« Je vais l’autoriser, » déclarai-je.

Le sang m’était monté à la tête parce qu’il s’était moqué de Roroa, un membre de ma famille, et avait essayé de draguer ma petite sœur, Tomoe. Comme, il y avait une histoire dans mon ancien monde, n’est-ce pas ? Tuer un singe-démon était un travail pour le chien, Shippeitarou. Quand j’étais sur le point d’envoyer le féroce chien Aisha sur ce singe insolent...

« Vous deux, calmez-vous, » ordonna Juna.

« « Gwuh ! » »

Juna nous avait attrapé tous les deux par le cou. Incapable de respirer, je m’étais retourné pour la regarder, et Juna m’avait réprimandé, la colère s’infiltrant dans son sourire.

« Vous deux, c’est un autre pays, le réalisez-vous ? Vous avez tous les deux vos positions à prendre en considération, alors, veuillez vous abstenir de faire quoi que ce soit qui puisse causer des ennuis, » déclara Juna.

« Euh, d’accord..., » dis-je.

« D-Désolée, » déclara Aisha.

« Franchement... Écoutez, Sire, Madame Aisha. » Juna m’avait enfoncé un doigt dans la poitrine, puis, avec un puissant sourire, elle avait mis son visage entre celui d’Aisha et le mien. Puis elle nous avait murmuré à l’oreille. « Dans des moments comme celui-ci, il faut s’en débarrasser d’une façon qui ne sera jamais découverte. »

« « Quoi !? » »

Aisha et moi avions fini par fixer Juna malgré nous.

Puis Juna avait dit : « Hee hee, je plaisante » et elle nous avait fait un sourire charmant.

Même si j’étais soulagé que ce soit une blague... en ayant juste vu à quel point elle était effrayante quand elle était en colère, je doutais qu’il s’agisse vraiment d’une blague.

Peut-être que la colère que j’avais vue s’infiltrer dans son sourire n’avait elle pas été dirigée contre nous deux, et que Juna était aussi en colère contre le comportement de Kuu ? Quand j’avais regardé Juna, considérant cela...

« Si je dis que c’est une blague, c’est une blague, » insiste-t-elle avec un sourire.

Ouais. Mieux vaut ne pas trop y penser, pensai-je.

Peu importe la façon dont j’y pensais, ça provoquerait des ennuis dont je n’avais pas besoin. Grâce à elle, j’avais surtout réussi à m’éclaircir la tête. Pour l’instant, j’étais plus inquiet pour Tomoe et Roroa.

En regardant par-dessus, Roroa se disputait avec Kuu. « Hé, toi ! Tu as dit que je n’en avais pas, alors pourquoi essaies-tu de séduire une petite fille comme elle, hein ? »

« Hein ? Me comprends-tu mal ? Ce que je disais, c’est que tu n’as pas de fourrure, d’accord ? » déclara Kuu.

« Hein ? Fourrure ? » demanda Roroa.

En voyant Roroa si décontenancée, Kuu ricana. « J’aime les filles comme elle qui ont les oreilles et la queue poilues. Ça, et cette fille a l’air de devenir une vraie bombe dans dix ans. J’ai pensé lui faire une offre maintenant. Alors, qu’est-ce que t’en dis ? Veux-tu être ma femme ? »

Whup, whup, whup, whup! Tomoe secoua la tête en silence, mais vigoureusement à droite et à gauche.

Derrière moi, j’avais senti un regard intense. Quand j’avais fait demi-tour, Inugami, son garde du corps, regardait fixement dans cette direction. Il semblait cacher sa soif de sang pour que sa cible ne s’en aperçoive pas, mais la lueur dans ses yeux m’avait dit : S’il vous plaît, permettez-moi de faire disparaître cette ordure.

Oui... Quand il y a quelqu’un de plus fâché que toi, ne te calmes-tu pas soudainement ?

Une fois calme, j’avais approché Kuu. J’avais dû reconnaître qu’il avait un œil vif pour avoir reconnu la beauté de Tomoe. Cependant, en tant que frère aîné, je ne donnerais pas ma petite sœur à un homme qu’elle venait de rencontrer.

« Vous dérangez ma sœur, puis-je vous demander d’arrêter ? » lui avais-je froidement demandé.

Les yeux de Kuu s’étaient écarquillés. « Hein ? Es-tu le grand frère de cette fille ? Tu n’en as pas l’air. »

« Nous avons une situation familiale compliquée, » répondis-je.

« Hmm... On dirait qu’elle m’a rejeté de toute façon, donc je n’ai pas vraiment le choix. Oookyakya. » Après avoir dit ça, Kuu entrelaça ses doigts derrière sa tête et sourit.

Voyant qu’il n’avait pas l’air si déçu que ça, la proposition de tout à l’heure devait être presque entièrement une plaisanterie. Bien sûr que ça l’avait été. Il venait à peine de la rencontrer, et Tomoe n’était encore qu’une enfant. S’il n’avait pas ce genre de prédilection, il n’y aurait aucune chance qu’il la demande en mariage sérieusement. On aurait dit que c’était nous qui avions besoin de nous calmer.

En y repensant, j’avais réalisé que nous n’avions pas encore échangé nos salutations et, après avoir repris mon souffle, j’avais tendu la main vers lui.

« Je suis Kazuma Souya, un marchand du Royaume de Friedonia, pour enquêter sur d’éventuelles marchandises commerciales. Ces gens ici sont ma famille et mes employés. »

« Oh, rien que ça. Tu aurais dû le dire dès le départ, » Kuu avait accepté ma main et l’avait serrée vigoureusement. Ça fait un peu mal. « Je suis Kuu Taisei. Taru et moi sommes des amis d’enfance. Je suis venu parce que je me suis dit que la chose que j’avais commandée devait être à peu près terminée, mais j’ai vu qu’il y avait des gars costauds avec des armes autour de l’atelier. J’ai pensé que vous vous apprêtiez à attaquer l’endroit, alors ça m’a mis sur mes gardes. »

« Nous pourrions dire la même chose, » répliquai-je. « Quand vous êtes monté sur cette énorme créature, c’était naturel que nous soyons sur nos gardes jusqu’à ce que nous découvrions ce qui se passait. »

« Oookyakya. Sans blague. Mais mon numoth est plus docile qu’il n’en a l’air, » déclara Kuu.

Comme si elle répondait à Kuu, le numoth poussa un cri.

En entendant sa voix, Tomoe s’approcha de moi et me murmura à l’oreille. « Hmm, Monsieur le Numoth dit, “Je suis désolé de vous avoir effrayée, jeune fille”. »

« Il est étonnamment gentleman !? » murmurai-je.

Peut-être que ce numoth était une meilleure personne que son maître... ? Euh, non, ce n’était pas une personne, c’était un pseudo-mammouth, mais quand même.

Puis Kuu avait posé une question. « Alors, pourquoi êtes-vous venus à cet atelier ? C’est à l’extérieur de la ville, n’est-ce pas ? »

« Nous sommes venus rendre visite à cet atelier parce que nous avons entendu dire qu’il y avait un artisan talentueux ici, » avais-je dit. « J’ai pensé que la personne ici présente pourrait peut-être créer l’objet auquel je pensais en tant que bien commercial. »

« Oh ! Si tu as découvert le talent de Taru, tu as bon goût. Taru n’a peut-être pas de courbes, mais elle a des compétences comme aucun autre forg — Ow, ça fait mal ! »

Kuu avait soudainement saisi sa tête et s’accroupit. Derrière lui se tenait Taru, brandissant le gourdin avec le mille-pattes doré qui était appuyé contre le mur de son atelier. Il avait produit un bon son, donc elle avait dû frapper Kuu à la tête avec.

Taru avait l’air irritée. « Ne dis pas que je n’ai pas de courbes. Et ne drague pas les filles devant mon commerce. »

« Oh-ho ? Es-tu jalouse ? » demanda Kuu.

« Veux-tu que je te frappe encore ? » demanda Taru.

« Hehe hehe, je vais m’abstenir... Attends, est-ce ce que j’ai commandé ? » demanda Kuu.

Kuu sauta, arracha le gourdin des mains de Taru, puis le tourna comme un moulin à vent. Il ressemblait à Sun Wukong en train de balancer le Ruyi Bang. Après avoir balancé le gourdin verticalement et horizontalement, et sauté autour de lui, puis Kuu s’était soudainement arrêté.

Ohhhh, c’était un peu comme les arts martiaux chinois.

« Ça fait du bien. C’est bien ma Taru. Tu fais du bon travail. Je t’aime, » déclara Kuu.

« Je n’ai pas besoin de ton amour, » déclara Taru. « Je veux juste être payée pour mon travail. »

« Je vais payer. Bon sang... Tu agis toujours aussi froidement, » déclara Kuu en boudant un peu.

Hein ? Il allait très bien quand Tomoe l’avait rejeté avant, mais il avait fait ce genre de visage quand Taru était froide avec lui ?

Oh, je comprends... Alors, c’est comme ça, pensai-je.

C’était un type très facile à comprendre.

« Ah..., » déclara Taru, semblant avoir réalisé quelque chose. « C’est peut-être une bonne occasion. Pouvons-nous dire au stupide maître de quoi nous parlions tout à l’heure ? Ça pourrait résoudre un de nos problèmes. »

« Euh... De quoi parlions-nous déjà ? » lui avais-je demandé.

« La partie sur le fait d’avoir besoin de la permission de ce pays pour faire un marché. Ce stupide maître a des liens avec les plus hauts gradés de ce pays. Après tout... malgré tous ses défauts, c’est le fils de l’actuel chef de l’État. »

☆☆☆

Chapitre 3 : Un grand homme en devenir

Partie 1

Il n’y avait pas beaucoup d’intérêt à poursuivre cette discussion à l’extérieur, alors nous avons été nous déplacer à l’intérieur de l’atelier.

En plus de ceux qui avaient été dans l’atelier auparavant, cette fois-ci, Aisha était aussi entrée à l’intérieur de la bâtisse en tant que garde du corps.

Après l’avoir vu balancer ce bâton de combat, nous savions que ce gamin de Kuu avait beaucoup d’expérience. C’est pourquoi, pour me préparer à l’éventualité improbable que les choses tournent mal, je voulais Aisha à nos côtés.

En buvant le café que Taru avait fourni, j’avais expliqué à Kuu ma demande à cet atelier.

« ... Et, eh bien, c’est l’essentiel, » avais-je enfin terminé.

J’avais parlé des réformes médicales en cours dans le Royaume de Friedonia, ainsi que le fait qu’à l’avenir, il y aurait une pénurie d’équipement médical, et nous allions avoir besoin d’avoir les artisans de ce pays pour produire en masse cet équipement pour que nous puissions l’importer. Nous devrions également obtenir la permission du gouvernement pour que l’équipement médical ne soit pas confondu avec des armes lorsqu’il serait exporté.

Comme Kuu était le fils de leur chef d’État et qu’il n’était pas clair si les deux pays pouvaient former des liens cordiaux, j’hésitais à trop dévoiler mon jeu. Mais j’en avais déjà discuté avec Taru, alors j’avais décidé qu’on ne pouvait pas le piéger.

Soit dit en passant, lorsque j’avais essayé de prendre un ton formel dans les discussions...

« Oublions toutes ces formalités étouffantes ! » déclara-t-il joyeusement. « Oui, je suis le fils de notre chef d’État, mais nous ne savons pas si le Conseil des chefs me laissera hériter de ce poste. Avoir des gens qui sont polis avec moi m’irrite les fesses. »

J’avais donc choisi de lui parler de façon décontractée. Il était très ouvert, vu sa position, mais qui étais-je pour parler ?

Entendant ce que j’avais à dire, Kuu avait réfléchi un moment, puis il poussa un soupir. « Ouf... Des réformes médicales, hein... C’est génial. C’est ce que fait notre voisin ? On n’a pas beaucoup de nouvelles de l’extérieur par ici. Notre accès aux nouvelles est si mauvais que nous devons nous renseigner sur ce qui se passe à la fin et au début de l’année auprès des commerçants qui viennent l’été. Ainsi, nous avons seulement entendu dire que le Royaume Elfrieden avait absorbé la Principauté d’Amidonia pour devenir le Royaume de Friedonia après que la neige ait fondu. »

Oh, il avait raison, ça pourrait être un peu lent.

L’annexion de l’Amidonia avait eu lieu de la fin de l’automne jusqu’au début de l’hiver dernier. S’il disait que l’information n’était pas parvenue ici avant le printemps de cette année, alors oui, c’était plutôt mauvais. Cela montrait à quel point la neige était intense dans cette région. C’était peut-être comme si l’édition du soir et l’édition du matin du journal arrivaient en même temps.

« D’après ce que j’ai entendu, le roi qui était sur le trône est assez jeune, non ? » ajouta Kuu.

« Il aura 20 ans cette année, » avais-je dit.

Oh ! Mais d’après le calendrier de ce monde, j’avais déjà vingt ans, non ? Eh bien... peu importe.

Quand il avait appris que le roi (provisoire) avait vingt ans, Kuu se mit à rire. « Vingt, hein ! J’aurai seize ans cette année, donc il n’est pas beaucoup plus vieux que moi ! »

« L’écart de quatre ans entre les humains et les hommes-bêtes n’est-il pas assez grand ? » demandai-je.

Quand j’entrais en première année de lycée, ce type était encore à l’école primaire, n’est-ce pas ?

« Non. » Kuu secoua la tête en riant. « C’est une erreur d’arrondi, rien de plus. Si ce n’est que quatre ans, c’est encore bien en deçà de ma zone de frappe. »

« Qu’est-ce que tu racontes !? » m’écriai-je.

« Les femmes, bien sûr, » avait-il dit. « Je suis d’accord avec n’importe quoi de douze à trente ans. »

« Je m’en fous ! Tu ne poseras pas la main sur Tomoe, compris ? » déclarai-je.

« C’est un sacré — Ahh ! Taru, ne me frappe pas avec ce truc. »

Taru avait frappé Kuu à la tête avec le plateau qu’elle avait utilisé pour apporter le café. Il avait fait un son de bang assez fort. Cette fille n’avait pas hésité à frapper le fils de leur chef d’État.

Taru s’accrocha au plateau et renifla. « Stupide Maître, ta vulgarité fait honte à notre pays. Tu devrais t’efforcer d’arranger ça. »

« Oui, elle a raison, » déclara la fille aux oreilles de lapin, Leporina. « Ton père ne t’en veut-il pas toujours pour ça ? Pour commencer, tu agis comme si tu étais en amour avec les femmes, mais tu n’es pas d’accord d’aller plus loin avec aucune d’elle, pas vrai ? Faire semblant d’avoir des sentiments pour d’autres femmes juste pour faire que celle qui t’intéresse fasse attention à toi est — aïe, aïe, aïe, aïe ! Ne me tire pas les oreilles ! »

« C’est parce que tu n’arrêtes pas de parler ! » cria Kuu.

Ahhhh, je pense que cet échange m’a un peu indiqué qui est Kuu en tant que personne, pensai-je.

Alors c’était ainsi... S’il devait avoir seize ans cette année, cela signifiait qu’il en avait quinze maintenant. D’après mon ancien monde, il en serait à sa troisième et dernière année de collège. Quand je m’étais remémoré comment j’étais à cet âge, j’avais l’impression de comprendre comment il agissait.

J’étais souvent en train de patauger avec ardeur et conscience de moi-même, et quand je reprenais mes esprits, je confondais souvent les moyens avec la fin, et les moyens que je choisissais souvent ne correspondaient même pas au but que je poursuivais, pensai-je.

« Qu’est-ce qui se passe, chéri ? Pourquoi as-tu ce visage renfrogné ? » demanda Roroa pendant que je me livrais à de la sentimentalité.

« Non, c’est juste que je regardais comment Kuu se comportait, et je me voyais un peu en lui..., » répondis-je.

« Hm ? Vraiment ? » demanda Roroa.

« Heehee. Grand-mère m’a dit que les hommes sont comme ça, » déclara Juna avec un sourire plein de charme, et je n’avais pu offrir aucune réfutation.

Puis, pour masquer sa maladresse, Kuu s’était raclé la gorge à haute voix et était revenu sur le sujet.

« Alors, comment est le jeune roi ? J’ai entendu dire qu’il a annexé Amidonia peu de temps après son arrivée au pouvoir, alors est-il un si grand guerrier ? » demanda Kuu.

« Non, ce n’est pas du tout ça, » répondis-je. « Il n’a pas absorbé Amidonia parce qu’il le voulait, le flux des événements en a fait une nécessité... c’est ce que j’ai entendu dire. »

Hmm... C’était difficile de m’expliquer en prétendant ne pas être moi.

« Eh bien ! Mais même si le roi lui-même n’est pas un militaire, il a rassemblé un groupe de subordonnés talentueux, » avais-je ajouté. « Leur soutien lui permet, pourrait-on dire, de faire vivre le pays d’une manière ou d’une autre. »

« Des subordonnés compétents, hein... C’est quelque chose qu’on peut envier. La seule personne que je peux commander maintenant, c’est Leporina. Je veux me dépêcher d’aller chercher des vassaux pour moi. »

« J-Je ne suis pas ta subordonnée, je suis ton assistante, tu sais !? Ne me donne pas d’ordres ! » Leporina avait protesté, mais Kuu ne l’écoutait même pas.

« Alors ? » demanda Kuu, en me regardant droit dans les yeux et en essayant de m’évaluer. « Tu es l’un de ces subordonnés compétents qui soutiennent le roi, n’est-ce pas ? »

« Je ne suis qu’un marchand, tu sais... ? » déclarai-je.

« Oookyakya, mentir n’est pas bon. Ces réformes médicales sont parrainées par le roi, non ? L’équipement pour eux n’est pas quelque chose qu’un seul commerçant, et encore moins le jeune fils de quelqu’un qui n’a même pas hérité de l’entreprise peut gérer les négociations pour. Tu joues au marchand, mais tu agis vraiment selon la volonté de ce roi. Ai-je tort ? » demanda-t-il.

« ... »

Il avait mis le doigt sur le mille, donc je n’avais pas pu trouver une bonne réponse. On aurait dit du moins qu’il ne pensait pas que j’étais le roi lui-même, mais agir selon la volonté du roi équivalait à agir selon ma propre volonté, donc il n’avait pas tort.

Taru l’avait appelé le « stupide maître », mais il pourrait être étonnamment perspicace. Si je le sous-estime, j’allais y perdre des plumes.

« Et si je le suis ? » lui avais-je demandé. « Veux-tu alors annuler l’accord ? »

« Je ne dirais pas ça, » dit-il. « Pour notre pays, la production en série de cet équipement médical ou autre serait une nouvelle industrie. C’est juste... qu’il y a un point qui me dérange. »

« Qu’est-ce que ce serait ? » demandai-je.

Il s’était penché, les coudes sur la table et les joues appuyées sur les mains pendant qu’il répondait. « Je pense que les réformes médicales du roi voisin ont l’air géniales. Ces... médecins, c’est ça ? Ils ne comptent pas sur la magie blanche, et traitent même des maladies qui sont difficiles à guérir par la magie. »

J’avais hoché la tête.

« En gros, je veux ces médecins ici aussi. Exporter l’équipement, c’est bien, mais s’il est produit en grande quantité, je ne peux pas accepter de ne pas pouvoir l’utiliser nous-mêmes. Il y a un grand nombre de malades et de blessés dans chaque pays. S’il y a des outils qui peuvent les traiter, ce serait un gaspillage de ne pas avoir des gens à portée de main qui peuvent les utiliser, non ? C’est pourquoi, si tu veux du matériel médical de notre part, tu nous donneras des médecins en échange, » déclara Kuu.

Kuu avait parlé d’un ton fort. Je sentais dans ses yeux une intensité dont il avait toutes les raisons d’être fier en tant que fils de leur chef d’État. Même s’il n’avait que seize ans cette année, il pouvait choisir les combats nécessaires pour porter son pays et son peuple.

C’était... un homme qui pourrait faire de grandes choses à l’avenir. À moitié impressionné, à moitié prudent, j’avais accepté le regard de Kuu, et il avait soudain souri et relâché la tension de ses épaules.

« Et c’est ce que mon père aurait dit, » déclara Kuu.

« Ton père... hein, » dis-je.

Même si c’était clairement ce qu’il avait dit, Kuu avait évoqué son père maintenant pour brouiller cette distinction. C’était un malin, c’est vrai.

« J’y ai bien réfléchi, » déclarai-je enfin. « Si vous voulez bien nous exporter le matériel, je vous fournirai des médecins... c’est ce que notre roi a dit. »

« Eh bien, c’est gentil. Mais les hivers dans ce pays sont rudes, vous savez ? Est-ce qu’un étranger peut les encaisser ? » demanda Kuu.

« Dans ce cas, nous pouvons faire des médecins à partir du peuple de ce pays, » déclarai-je.

« Notre peuple ? » demanda Kuu, et je hochai la tête.

« Pour être plus précis, ce que le royaume fournira, c’est l’étude de la médecine. En ce qui concerne la formation des médecins, nous sommes sûrs d’être bien en avance sur les autres pays. Donc, si quelqu’un dans ce pays veut devenir médecin, il peut venir au royaume pour étudier. Si ces personnes rentrent chez elles après avoir acquis des connaissances en médecine, vous aurez des médecins qui pourront rester ici. »

Kuu s’était tapé le genou comme s’il comprenait maintenant. « Je vois... On dirait que ça marcherait ainsi. C’est comme ça qu’on échangera médecins et matériel médical, hein ? »

« Fondamentalement, c’est à peu près ça, » déclarai-je. « Qu’est-ce que tu en penses ? »

Kuu s’était cogné la poitrine d’une main. « Ça a l’air bien ! Je vais parler à mon père. Je veux dire, j’insiste pour que tu le rencontres et que tu en discutes maintenant, » avait-il ajouté avec un sourire heureux.

Je n’avais pas un mauvais pressentiment. Si nous pouvions compter sur le soutien de Kuu, le fils de leur chef d’État, cela nous serait d’une grande aide.

Oh, attends.

« À ce sujet, il y a une personne qui devrait négocier avec ton chef d’État, » déclarai-je.

« Veux-tu le laisser à quelqu’un ? Ne le fais-tu pas toi-même ? » demanda Kuu.

« Ouais. Je pense que les négociations ne devraient pas être menées par moi, Kazuma, mais par Sa Majesté, le roi Souma, » déclarai-je.

« Oookyah !? Une rencontre entre chefs d’État, hein ! » déclara Kuu.

« Ouais. Ce serait plus rapide, non ? » demandai-je.

« Oui, mais... peux-tu faire venir le roi Souma ici ? » demanda Kuu.

« Je pense que tout ira bien, tu vois ? Ce roi aime faire le travail sur le terrain. » Roroa me regarda en souriant alors qu’elle répondit ça.

Eh bien, après tout, j’étais ici...

☆☆☆

Partie 2

« Oookyakyakyakyakyakya ! » Kuu avait ri de bon cœur. « D’accord ! Je vais parler à mon vieux. Ce sera à lui de décider. Mais de ton côté, parle à ton roi Souma ! »

« Compris, » déclarai-je.

« Maintenant, les choses deviennent intéressantes ! Ce sera une grosse affaire ! » Kuu semblait profondément diverti. « Hé, Leporina ! Va voir le vieux et dis-lui ce qui se passe ! »

« M-Maintenant !? » avait-elle protesté. « C’est déjà le soir, alors laisse-moi partir demain ! »

« Espèce d’idiote ! » hurla-t-il. « Il faut prendre des décisions immédiates et agir rapidement lorsqu’il s’agit d’opportunités d’affaires ! »

« D-Donne-moi un peu de latitude, s’il te plaît, » déclara Leporina.

Kuu était excité, et Leporina était sous son influence. Observant ce maître et ce serviteur endiablé, Taru, qui avait jusqu’alors écouté sans rien dire, laissa échapper quelques mots.

« Je le savais... Le stupide maître est vraiment un imbécile. »

Son ton était froid, mais les coins de ses lèvres semblaient être légèrement tournés vers le haut.

Cette rencontre imprévue avec Kuu avait conduit à la décision d’organiser une rencontre soudaine avec le chef de la république.

Pour me préparer, j’avais envoyé un messager kui à Hakuya, dans le royaume, et Kuu en envoya un à son père, pour fixer une date et un lieu pour la réunion. Puis, lorsque ces dispositions avaient été prises, il avait été décidé que nous resterions dans le pays jusqu’au jour de la réunion.

En tenant compte de la vitesse de communication du messager kui, la réunion serait dans une semaine (huit jours dans ce monde) au plus tôt.

Cependant, j’avais expliqué à Kuu que je resterais comme agent de liaison.

Parce qu’il y avait des problèmes de sécurité lorsque le roi devait rester dans un autre pays, j’avais choisi de garder mon identité secrète pour un certain temps encore. Comme j’étais techniquement entré dans le pays sous certains prétextes, j’avais décidé de demander à Hakuya d’en informer subtilement leur chef d’État avant la réunion.

Cela étant dit, j’avais pensé utiliser le temps qui me restait avant la réunion pour continuer à approfondir ma compréhension du pays, comme prévu initialement. Mais Kuu avait dit qu’il voulait m’accompagner.

« Si tu veux en savoir plus sur notre pays, tu auras besoin d’un guide, non ? Étant né et élevé en Turgish, je dirai que je suis à la hauteur, n’est-ce pas ? » demanda Kuu.

« Oh, euh... J’apprécie l’offre, mais je ne peux pas faire du fils du chef d’État du pays mon guide..., » déclarai-je.

J’avais essayé de le convaincre, mais Kuu avait ri.

« Hé, ne t’en fais pas. Je suis peut-être son fils, mais je n’ai aucun pouvoir. En plus, Kazuma, maintenant que je sais que tu es un VIP étranger, je ne peux pas te perdre de vue. » Kuu m’avait jeté un regard aiguisé et légèrement provocateur dans ma direction. « C’est bien, mais je ne veux pas que tu ailles dans un endroit trop inhabituel. Par exemple, si tu essaies d’aller dans des installations militaires, je pense que nous pourrions avoir un petit problème. »

C’était logique... Il serait aussi notre gardien, semble-t-il. L’air s’était un peu tendu, mais j’avais haussé les épaules et j’avais laissé le regard que Kuu me traversa sans le moindrement m’affecter.

« De toute façon, je n’avais pas prévu ça, » déclarai-je.

« Oookyah, c’est de la sécurité, » déclara-t-il. « Les individus comme toi ne voudraient pas être suspectés de quelque chose que tu ne fais pas, n’est-ce pas ? »

« D’accord..., » dis-je.

Pour l’instant, nous n’étions pas dans le pays pour recueillir des renseignements. Nous étions là uniquement pour mieux comprendre le pays, il n’était pas nécessaire de chercher leurs installations essentielles. Si Kuu devait nous accompagner, nous n’aurions pas à nous soucier de problèmes avec les gens du coin, donc c’était un arrangement pratique.

J’avais offert ma main droite à Kuu. « Si c’est comme ça, alors s’il te plaît, viens. »

« Bien sûr ! » Kuu avait pris ma main et l’avait serrée fermement. « Au fait, avez-vous réservé un logement pour la nuit ? »

« Oui. Nous avons réservé des logements à l’auberge de l’Oiseau Blanc dans la ville de Noblebeppu, » répondis-je.

« L’auberge de l’Oiseau Blanc ! C’est un bon endroit. Maintenant, si tu te demandes ce qu’il y a de si bon, c’est qu’il y a des sources chaudes. »

Sources chaudes.

Oui, des sources chaudes.

J’avais entendu dire qu’il y avait beaucoup de sources chaudes dans la république. La ville de Noblebeppu était l’une des rares régions de sources thermales du pays, ce qui était aussi l’une des raisons pour lesquelles nous l’avions choisie pour notre base d’opérations. Nous avions apparemment un nombre décent de sources thermales dans la région d’Amidonia de notre propre royaume, mais il y en avait peu dans les anciens territoires d’Elfrieden, et aucune d’entre elles n’était à proximité de la capitale Parnam.

Je voulais profiter de l’occasion pour utiliser Noblebeppu et ses célèbres sources chaudes comme base de nos opérations, et pour profiter des sources tout en approfondissant ma compréhension du pays. C’est la raison pour laquelle nous étions ici.

L’auberge de l’Oiseau Blanc, où nous allions rester un certain temps, était une auberge de voyageurs appartenant à un membre de la race des hommes-bêtes aigles blancs. De plus, moyennant un supplément, nous pouvions réserver les bains en plein air pour une heure par jour à l’usage exclusif de notre famille.

Quand les yeux aiguisés de Roroa avaient capté ce détail lors de l’enregistrement...

« Hé, hé, mon chéri. On n’en a pas souvent l’occasion, alors pourquoi ne pas réserver le bain et y aller en famille ? Par “nous”, je parle bien sûr de Grande Soeur Ai, Grande Soeur Juna, toi et moi » déclara-t-elle en souriant.

Étant un homme, il s’agissait d’une proposition tentante, mais je n’avais aucune idée de comment expliquer notre situation familiale à l’aubergiste, et je pensais que ce serait une mauvaise influence sur Tomoe, qui voyageait avec nous. Et, plus que tout... Je me sentais incroyablement gêné, alors j’avais donné à Roroa un coup du tranchant de la main ferme, mais non douloureuse à la tête.

Alors que je me souvenais de ça, Kuu s’était soudain mis une claque sur son genou.

« D’accord ! Je resterai aussi à l’Auberge de l’Oiseau Blanc ce soir ! » déclara Kuu.

Leporina poussa un cri étrange. « Whoa, que dis-tu, jeune maître !? N’as-tu pas une villa ici !? »

Mais Kuu avait fait un « Tutututu » et il agita un doigt vers elle. « Kazuma et ses parents veulent mieux comprendre notre pays, non ? Dans ce cas, il faut leur faire découvrir notre culture traditionnelle. »

« Culture traditionnelle ? » lui avais-je demandé.

« Oookyakya ! » Kuu gloussa de joie. « Dans ce pays, quand des amis viennent de loin pour vous rendre visite, il est d’usage d’abattre un animal et d’organiser une fête. Toi et moi sommes déjà comme des amis, après tout ! Demandons à l’auberge d’organiser un festin ! »

Avec cela dit, Kuu m’avait placé son bras autour de l’épaule.

J’aurais dû me sentir un peu trop proche de la part d’un gars plus jeune, mais, pour une raison ou une autre, ça ne m’avait pas tant dérangé. Il n’y avait pas de malice derrière tout ça, et je pouvais dire que c’était comme ça qu’il était, donc je ne pouvais même pas me résoudre à me sentir comme, « Eh bien, je suppose qu’il n’y a rien à y faire... » C’était peut-être une sorte de charisme.

« J’apprécie l’offre, mais ne serait-ce pas un problème pour l’auberge de recevoir une demande soudaine comme celle-là ? » lui avais-je demandé.

« Oh, ne t’inquiète pas, je connais le propriétaire. Si je paie de l’argent et que je fournis moi-même les ingrédients, ce ne sera pas un problème. Leporina, va chez l’aubergiste et rassemble le matériel nécessaire, » déclara Kuu.

« Argh... Je comprends, mais, jeune maître, tu es un tel esclavagiste, » se plaignit Leporina. « Tu m’envoies déjà chez ton père demain... »

Kuu s’en était bien moqué. « Pendant que tu fais les courses, tu peux aussi acheter ce vin de cerise cher que tu aimes. »

« Je m’en occupe tout de suite ! » Avec un salut, Leporina s’était levée et était partie en courant de l’atelier.

Kuu était étonnamment doué pour s’occuper de sa subordonnée.

Kuu se tourna vers la femme près de lui. « Taru, tu viens aussi à la fête. Après tout, plus on est de fous, plus on rit. »

« Franchement, imbécile de maître, tu es tellement difficile à gérer. » Taru accepta avec résignation. Cependant, ses oreilles d’ours blanc frémissaient un peu.

Serait-ce que les oreilles de l’ours des neiges fonctionnaient de la même façon que les queues de la race des loups mystiques ? Si c’est le cas, malgré l’attitude froide qu’elle avait affichée, il se pouvait qu’elle eût été enthousiaste par l’idée.

Dans tous les cas, le festin impromptu avait été organisé.

Le soleil se couchait, et un grand tapis dans le grand hall de l’Auberge de l’Oiseau Blanc était rempli d’assiettes contenant divers plats. La majorité contenait de la viande, de la viande, de la viande, de la viande... Un assortiment de plats de viande. L’aubergiste de la race des aigles blancs était en train de déposer une autre grande assiette avec un nouveau plat de viande.

La race des aigles blancs était, comme son nom l’indiquait, des hommes-bêtes avec des ailes sur le dos, mais leurs ailes étaient brunes du milieu vers l’extérieur, de sorte que cela ne donnait pas l’impression qu’elles appartenaient à des anges. Pour les hommes, leurs visages étaient de véritables visages d’aigle, ressemblant à des représentations mi-homme, mi-animal, de dieux provenant de peintures murales de l’Égypte antique.

En regardant l’aubergiste préparer la nourriture, j’avais parlé à Kuu, qui était à côté de moi. « Je vois beaucoup de plats de viande... »

« C’est comme ça que sont nos fêtes. En général, nous abattons notre bétail, puis nous mangeons la viande, » déclara Kuu.

« C’est de la nourriture de fête, non ? Quel est votre régime alimentaire normal ? » demandai-je.

« En plus de la viande, nous mangeons des fruits de mer, du poisson et des produits laitiers. Nous avons des pommes de terre, mais les fruits et les légumes ne peuvent être récoltés que dans certaines régions du Nord, donc ils sont rares et coûteux, » déclara Kuu.

« Hmm..., » murmurai-je.

S’il disait qu’il y avait une demande de légumes, on pourrait probablement développer une route commerciale et les exporter ici. Comment avaient-ils eu leur vitamine C et tout ça ? J’avais lu dans un manga qu’il y a longtemps, les marins souffraient du scorbut à cause d’une carence en vitamine C, et c’était très dur pour eux.

« Le manque de légumes ne vous rend-il pas tous malades ? » lui avais-je demandé.

« Hein ? Je n’ai jamais entendu parler de ça. On n’est pas souvent malades. Nous n’avons pas vraiment de raison d’avoir peur de la mort en raison de la maladie. On a plus peur de mourir de froid, » déclara Kuu.

« Hmm... »

Avaient-ils une façon particulière d’absorber ces nutriments ?

Pendant que je réfléchissais à tout cela, les préparatifs de la fête semblaient être terminés. Étaient présents pour l’occasion Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal, Kaede, et moi pour Friedonia, ainsi que Kuu, Taru, et Leporina pour Turgis, pour un total de dix personnes.

Quelque chose qui ressemblait à des gobelets de bois avait été distribué. Un pour chacun d’entre nous.

Quand j’avais regardé dedans, j’avais vu que la coupe contenait un liquide blanc. En la faisant bouger, j’avais vu qu’elle était juste un peu épaisse. Plutôt que du lait, on aurait dit du saké non raffiné.

« Un mystérieux liquide blanc... ? » avais-je murmuré.

« Ça ? C’est notre fameux lait fermenté, » répondit Kuu.

« Lait fermenté ? » demandai-je.

« C’est une boisson faite à partir de lait fermenté de yak de neige » (c’était apparemment un animal poilu ressemblant à une vache qui vivait dans ce pays) « Donc c’est du lait fermenté. Il a un goût fort, mais une fois qu’on s’y est habitué, c’est bon, tu vois ? » déclara Kuu.

« Fermentation..., » avais-je murmuré. « Si c’est du lait de yak, alors... des bactéries lactiques ? »

Maintenant que j’y pense, les bactéries lactiques n’avaient-elles pas la capacité de produire de la vitamine C ? Si je me souviens bien, cela faisait partie du processus de fermentation... Mais je ne m’en souvenais que vaguement. Se pourrait-il que les habitants de ce pays complètent leur apport autrement insuffisant en vitamine C avec cette boisson ?

Cela dit, une fois que tout le monde aurait reçu sa coupe, il avait été décidé que Kuu et moi porterions un toast. Avec tout le monde rassemblé autour de nous, lui et moi nous étions levés.

« Les longs discours avant un festin sont si grossiers. C’est pourquoi je serai bref. » Après avoir dit ça, Kuu se tourna vers moi, et leva sa coupe. « À nos invités de Friedonia ! »

En réponse à ces mots, j’avais aussi élevé ma coupe à Kuu. « Au peuple de Turgis ! »

Puis nous avions fait claquer nos gobelets ensemble.

« « Santé ! » » nous avions tous les deux déclaré ça.

« « « « « Santé ! » » » » » tout le monde a dit ça.

Puis la fête avait commencé.

« Maintenant, vas-y, goûte, » Kuu m’avait dit de le faire.

« D-D’accord..., » répondis-je.

J’avais essayé de boire le lait de yak de neige fermenté et il avait un goût étrange.

Il était plus fluide que son apparence ne le laisse supposer, mais... comment pourrais-je le décrire... ? C’était peut-être comme du yaourt nature à boire. Mais il avait aussi cette saveur alcoolisée. C’était mieux que ce à quoi je m’attendais, même de cette façon, mais j’avais l’impression qu’il avait meilleur goût avec du miel.

Tout le monde, sauf Tomoe, s’était léché les lèvres à cause de ce lait fermenté.

Soit dit en passant, dans ce pays, tout comme dans le nôtre, il n’y avait pas de loi imposant un âge minimum pour boire. Il semblait que la coutume voulait qu’à partir de quinze ou seize ans, les enfants puissent boire ouvertement en public. J’avais envisagé de mettre en place une loi appropriée, mais d’une certaine façon, cela faisait partie de la culture locale, alors je l’avais laissée tomber pour le moment. Si je m’en mêle inutilement, cela pourrait, après tout, susciter une réaction négative de la part du public.

Eh bien ! Si les gens prenaient conscience de leur santé, des voix s’élèveraient naturellement en faveur d’un âge minimum pour la consommation d’alcool. Je pourrais attendre d’avoir une loi d’ici là.

En buvant mon lait fermenté, j’avais regardé autour de moi.

☆☆☆

Partie 3

En examinant l’endroit le plus bruyant de la pièce, Aisha et Kuu étaient assis devant de grandes assiettes pleines de nourriture, en compétition pour savoir qui pouvait manger le plus et le plus vite pour une raison ou une autre. Il semblait que Kuu, influencé par la façon dont Aisha mangeait, l’avait défiée. La compétition était apparemment de voir qui pouvait nettoyer une assiette empilée haut avec de la nourriture en premier.

« « Miam, miam, miam, miam, miam, miam... » »

Ils empilaient désespérément de la nourriture dans leur bouche.

Dans un simple concours pour manger le plus possible, je n’aurais pas pensé qu’il était possible pour Aisha de perdre, mais, avec l’élément vitesse, qui l’aurait cru ? À première vue, la nourriture disparaissait de leurs assiettes à peu près à la même vitesse.

« Miam, miam, miam... » (Oookyakya, tu n’es pas mauvaise, pour quelqu’un d’aussi mince.)

« Miam, miam, miam... » (Vous aussi. Je suis impressionnée.)

Leurs yeux se croisaient de temps en temps, et quand ils le faisaient, ils semblaient avoir un échange du genre.

Ils étaient observés par une Roroa exaspérée et une Tomoe déconcertée.

« Franchement... Grande Soeur Ai. Pourquoi fais-tu un concours du mangeur le plus rapide ? » demanda Roroa.

« Aisha mange plus vite que jamais, » commenta Tomoe.

« Tomoe, ne la laisse pas te battre. Mange. Tu ne grandiras pas autrement, tu sais ? » déclara Roroa.

« Si je mange beaucoup, pourrais-je me développer comme l’est Aisha ? » demanda Tomoe.

« Ça doit être sympa de pouvoir se développer..., » déclara Roroa.

J’étais presque sûr que Tomoe parlait de taille, mais Roroa regardait sa poitrine avec des yeux de poisson mort. Elle avait dû être déprimée quand elle avait imaginé que notre petite sœur deviendrait plus grande qu’elle à l’avenir. Je pense qu’elle venait de choisir une personne démunie pour la comparaison, et ce n’était pas comme si elle n’en avait pas, mais... aborder le sujet avec elle trop profondément serait suicidaire, alors j’avais décidé de ne pas le faire.

Puis, regardant vers un autre endroit, Hal et Kaede buvaient avec Taru et parlaient de quelque chose. Hal avait posé une question alors qu’il servait un autre verre à Kaede.

« Taru, vous êtes forgeron, n’est-ce pas ? Savez-vous quelle sorte d’arme me conviendrait ? » demanda Hal.

« Quel genre d’arme voulez-vous ? » demanda Taru.

« Je me spécialise dans les armes recouvertes de flammes que je lance. Mais avec des lances ordinaires, elles brûlent après les avoir lancées une seule fois. Face à ça, les lances magiquement enchantées coûtent cher, donc je ne peux pas les jeter comme je le veux, et sur le champ de bataille, il y a beaucoup de problèmes pour les récupérer, » répondit Hal.

« Ça, et Hal monte souvent sur Ru... une grande créature, » ajouta Kaede. « Donc cela serait mieux avec une arme qu’il peut utiliser en se trouvant sur le dessus d’une créature comme ça. Comprenez-vous ? »

La grande créature sur laquelle Hal montait souvent était Ruby, mais elle n’en avait pas parlé. Si les autres apprenaient que Hal avait un contrat avec un dragon sans être de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, ils allaient se demander qui il était, alors elle avait gardé cette partie vague.

« Dans ce cas, il y a une arme appelée la Lance du Serpent Double. » Taru semblait avoir réfléchi pendant qu’elle en parlait.

« Lance du Serpent Double ? » demanda Hal. « Quel genre d’arme est-ce ? »

« C’est comme un serpent à deux têtes qui a une deuxième tête au bout de la queue. Il s’agit en gros d’une arme avec deux lances reliées à la base. Elles sont reliées à une fine chaîne, et si vous en utilisez une comme lance de lancer, vous pouvez tirer sur l’autre pour la récupérer. À l’origine, cette arme a été conçue pour quelqu’un montée sur une grosse bête comme l’imbécile de maître afin qu’il puisse attaquer les soldats à ses pieds, » déclara Taru.

« Hmm ! Ça ressemble à une arme géniale, » répondit Hal.

Hal semblait impressionné, mais Taru secoua légèrement la tête.

« C’est juste... que c’est incroyablement difficile à utiliser. La longueur de la chaîne peut être ajustée avec la magie d’enchantement, mais plus elle s’allonge, plus il faut de technique et de force pour l’utiliser. Elle n’est donc pas très utilisée, même dans notre pays, » déclara Taru.

« Je pense que ça devrait aller, » Kaede avait rajouté. « S’il y a bien une chose en laquelle Hal peut avoir confiance, c’est sa force. »

« Tu es dure... Tu n’aurais pas pu trouver une façon plus aimable de dire ça ? » demanda Hal.

« C’est l’amour qui me fait chercher une arme pour t’empêcher de mourir sur les champs de bataille, non ? » déclara Kaede.

« Argh... »

En voyant Hal se faire écraser verbalement par Kaede, Taru gloussa. « Si je me souviens bien, nous en avons un en stock à l’atelier. Je pense que ce serait une bonne idée de tester d’abord comment ça marche pour vous. Si vous l’aimez, j’accepterai une commande. »

« Oh ! Merci, je compterai sur vous, » déclara Hal.

« Nous allons accepter cette offre, vous savez, » ajouta Kaede.

Les trois avaient cogné leurs coupes ensemble. Un marché avait-il été conclu ? J’espérais qu’il trouverait une bonne arme.

Quant à ceux d’entre nous qui restèrent, Juna, qui jouait le rôle de ma femme était assise à côté de moi, et la lapine blanche Leporina versait les boissons. En partie parce que nous étions assis directement sur le sol, et non sur des chaises, cela me faisait penser à une réception à la japonaise dans une salle de tatami.

« Je suis désolée, » déclara Leporina en versant du lait fermenté dans ma coupe. « Normalement, divertir nos invités serait le travail de Maître Kuu... »

« Non, non, non, je suis extrêmement reconnaissant d’avoir un tel festin de bienvenue, » déclarai-je.

« Ça m’aide beaucoup de vous entendre dire ça. Oh, laissez-moi aussi m’occuper de votre femme, » déclara Leporina.

« Heehee. Je vous remercie. » Juna demandait également à Leporina de lui servir à boire. Elle avait l’air d’être de bonne humeur.

« Tu as l’air de t’amuser, Juna, » dis-je.

« Oui. On ressemble tellement à un mari et une femme maintenant, » répondit-elle.

« T-Tu le penses vraiment... ? » demandai-je.

C’était plutôt embarrassant. Leporina nous regardait avec un grand sourire.

Juna avait ramassé quelque chose qui se trouvait dans un pot voisin dans un bol en bois et me l’avait offert. « La cuisine d’ici est si nouvelle pour moi aussi. Cette soupe est délicieuse. »

« Oh, ouais ? D’après ce que j’ai vu... c’est comme de la soupe aux quenelles, » déclarai-je.

Il y avait des légumes racines et de minces boulettes blanches qui flottaient dans un bouillon semblable à de la soupe miso faite avec du miso rouge.

J’avais bu une gorgée, et une saveur inattendue s’était répandue dans ma bouche. Ce n’était pas de la soupe miso, c’était du ragoût de citrouille. Les quenelles étaient vraiment des quenelles, mais elles étaient minces et étirées. C’était comme... Comment dois-je le dire ? C’était comme un croisement entre le houtou et le ragoût de citrouille.

« Ce n’est pas le goût auquel je m’attendais, mais... c’est bon, » déclarai-je.

« Je suis d’accord, » Juna avait acquiescé. « D’une certaine façon, ça réchauffe le corps. »

« Heehee ! Ce ragoût de citrouille est un vieux standard dans notre pays, vous savez ? » Leporina expliqua avec empressement alors que Juna se léchait les lèvres. « C’est difficile de mettre la main sur les légumes-feuilles dans notre pays, mais on peut trouver beaucoup de citrouilles. C’est pourquoi nous avons une grande variété de plats à base de citrouille. Beaucoup de nos confiseries utilisent aussi de la garniture à la citrouille ou de la crème de citrouille. Cependant, ils utilisent beaucoup de sucre, de sorte qu’ils peuvent avoir un goût trop sucré pour ceux qui viennent de l’extérieur du pays. »

« Oh ? Vous avez beaucoup de sucre ? » lui avais-je demandé.

« Oui. Comme pour les citrouilles, on a aussi beaucoup de betteraves, » déclara Leporina.

Betteraves. Elle parlait de betteraves à sucre.

Comme leur nom l’indiquait, il s’agissait de l’une des plantes à partir desquelles on pouvait fabriquer du sucre. La plus grande partie du sucre qui circulait dans notre pays provient également de la betterave à sucre. Il y avait aussi le sucre d’érable, qui pouvait être récolté sur les érables. Comme la canne à sucre ne pouvait être cultivée que dans certains endroits du nord du royaume, il n’y avait pas beaucoup de sucre de canne en circulation.

Ils pourraient récolter beaucoup de betteraves dans ce pays, hein...

« La nourriture est l’un des endroits où une terre montre vraiment son caractère, » avais-je commenté.

« Vous avez tout à fait raison, » déclara Leporina. « Mais ce n’est que récemment que nous avons commencé à mettre des boulettes de quenelles dans le ragoût de citrouille, vous voyez ? Nous avons commencé à les mettre après qu’un marchand amidonien nous ait dit que vous pouviez manger la racine de la plante du lys séduisante. »

« Attendez, était-ce des boulettes de lys utilisant la racine du lys !? » demandai-je.

« Tout à fait. Il semble qu’une divinité connue sous le nom de Seigneur Ishizuka, le Dieu de la Nourriture, descendit sur Amidonia et leur enseigna qu’elles étaient comestibles. Grâce à cela, nous avons pu manger une soupe qui était autrefois un plat d’accompagnement comme plat principal. Nous devons rendre grâce à ce dieu, » déclara Leporina.

« « ... » » Nous étions tous silencieux.

Je n’aurais pas pensé que la culture alimentaire que nous répandions en Amidonia atteindrait aussi ce pays.

De plus, Poncho avait été élevé à la divinité en tant que Dieu de la Nourriture, non seulement en Amidonia, mais ici aussi... Les rumeurs avaient tendance à exagérer, mais au rythme où ça se passait, je me demandais si quelqu’un pourrait construire un temple pour le dieu Ishizuka.

Oh, Poncho, où allez-vous ? Il ne le savait probablement pas lui-même.

Kuu était venu en se caressant le ventre. « Hé, vous deux. Vous amusez-vous ? »

« Oui, merci, » déclarai-je. « Et toi ? Le concours de bouffe est-il terminé ? »

« Oookyakya ! Cette fille est coriace. Manger vite est une chose, mais je n’avais aucune chance contre elle quand il s’agissait de quantité. Je suis choqué qu’elle puisse en emporter autant et manger encore plus. »

Aisha avait-elle gagné le concours ? Eh bien ! Rétrospectivement, ça semblait être une conclusion évidente.

Kuu avait pris la coupe de Leporina et s’était placé à côté de moi. « Je m’occupe du reste, pour que tu puisses aller rejoindre les autres, Leporina. »

« D’accord, » Leporina fit signe de la main et alla là où se trouvaient Aisha et les autres.

Juna avait alors dit : « Je vais aussi aller voir Aisha et les autres, » puis elle avait quitté sa place.

On aurait dit qu’il n’y aurait que nous, buvant en tête-à-tête ici. On s’était servis à boire, puis on avait porté un toast.

Kuu avait bu son verre en une gorgée, puis il avait ri avec joie. « Ouf ! L’alcool que tu bois à un festin possède un goût spécial. »

« Cette réplique n’est-elle pas un peu trop vieille pour un garçon de 15 ans ? » avais-je commenté.

« Oookyakya ! Ne t’inquiète pas pour ça. Le fait de mettre de côté l’âge et le rang est la seule façon de faire la fête, » déclara Kuu.

« ... Ah oui ? » demandai-je.

 

 

J’avais servi un autre verre à Kuu. Et cette fois-ci, Kuu avait dégusté son verre, puis il m’avait tapé avec sa main sur l’épaule. Quoi ? Quoi ? Cherchait-il à se disputer avec moi ? C’était ce que je pensais, mais...

« Alors, comment c’est, Kazuma ? » demanda Kuu.

« Comment est quoi ? » demandai-je.

« Je parle de ce pays. T’amuses-tu bien ? » demanda Kuu.

J’y avais réfléchi un peu avant de répondre. « Oui. Je pense que c’est un bon pays. Il y a des sources chaudes, et les plats locaux et le lait fermenté sont délicieux. Vous avez aussi des artisans compétents, alors je pense que c’est un pays attrayant. »

« Oookyakya ! Oui, c’est bien vrai. J’aime aussi ce pays. » Kuu avait fait un autre rire gloussant, puis il avait pris une expression plus sérieuse. « Honnêtement... je pense que c’est un bon pays, tu sais ? Nous mettons notre bétail au pâturage l’été et nous faisons d’excellents travaux manuels à l’intérieur l’hiver. Il fait froid, mais les gens se rassemblent pour survivre dans ce pays. Mais il y a des personnes âgées entêtées qui semblent vouloir s’étendre vers le nord. »

J’étais silencieux.

J’avais entendu dire que la République de Turgis avait une politique nationale d’expansionnisme vers le nord. En effet, à l’époque où notre pays avait été secoué par des problèmes internes et un conflit avec la Principauté d’Amidonia, ce pays avait rassemblé des troupes à la frontière pour montrer leur intention de nous envahir. Bien qu’il n’y ait pas eu de conflit direct entre nos nations, j’avais été surpris de trouver quelqu’un dans la République de Turgis qui pensait comme Kuu.

« D’ailleurs, même si nous prenons la terre vers le nord, nous ne pouvons pas la tenir, » poursuit Kuu, croisant les bras et hochant la tête. « Dans le monde extérieur, la puissance aérienne comme les wyvernes est la plus efficace, non ? Une terre froide comme la nôtre n’est pas adaptée à l’élevage des wyvernes. C’est un plus lorsqu’il est difficile pour d’autres de venir nous envahir, mais il est impossible de couper une partie du territoire d’un pays voisin sans l’aide de wyvernes. Peu importe nos efforts, on prendrait peut-être une ville ou deux au plus. De plus, lorsque l’hiver arrivait, la neige fermait le contact avec le continent et il sera donc difficile de les entretenir. »

Son comportement stupide le rendait difficile à appréhender, mais il avait une compréhension incroyablement précise de la situation de son pays. En lui parlant, j’avais aussi senti un charisme qui attirerait les individus vers lui. Si Kuu était né dans la famille royale d’un royaume avec une meilleure situation territoriale, il serait peut-être devenu une perle rare.

Kuu avait encore avalé son lait fermenté en une gorgée. « Écoute, Kazuma, je pense sérieusement que ce pays a sa propre façon de devenir prospère. On n’est pas obligés d’aller au nord. Ce pays a le pouvoir sous-jacent de se développer. C’est ce que je ressens. »

« J’ai l’impression de comprendre, » avais-je dit avec modération.

« Vraiment, hein ? » déclara-t-il en riant. « Je suis content que tu comprennes ! Espérons que les négociations entre mon père et ton roi se passent bien ! »

« Oui. Je suis sûr... que la réunion sera significative pour les deux parties, » déclarai-je.

Sur ce, nous avions une fois de plus cogné nos gobelets ensemble.

☆☆☆

Chapitre 4 : Connaître une personne

Partie 1

Une fois les négociations terminées, il avait été décidé qu’une réunion aurait lieu dans dix jours, dans le plus grand secret, à l’auberge où nous étions logés à Noblebeppu.

Les raisons de ce secret étaient pour une question de sécurité et le fait que la tenue de pourparlers ouverts nécessiterait l’approbation du Conseil des Chefs. Si nous prenions notre temps, cette permission nous serait probablement accordée, mais nous ne voulions pas nous donner la peine de le faire.

Quoi qu’il en soit, une date avait été fixée, et Hakuya et le père de Kuu s’occupaient du reste des détails entre eux.

Quant à nous, nous n’avions rien de particulier à faire d’ici là, alors nous avions décidé d’explorer le pays comme prévu initialement. Kuu s’était après tout déjà porté volontaire comme guide.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous étions venus à Moran, un port de pêche près de Noblebeppu.

Les sept membres du groupe comprenaient moi, Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Kuu et Leporina.

Hal et Kaede avaient dit qu’ils seraient à l’atelier de Taru, pour vérifier une arme qui pourrait être utilisée par Hal, et ils étaient partis de leur côté.

Maintenant qu’il était chevalier dragon, Hal était l’atout de la Défense. Parce qu’il était très important pour Hal d’avoir une arme qui lui permettrait d’exercer pleinement sa valeur, j’avais été heureux de lui donner la permission de se séparer de notre groupe.

« Wôw..., » s’écria Tomoe en marchant dans la ville de Morlan. « Grand Frère ! Il y a quelqu’un de très grand ! »

C’était vrai. Au cours de nos promenades dans la ville, nous avions parfois vu des gens extrêmement grands. Ils devaient faire plus de deux mètres de haut.

En plus d’une hauteur qui ferait éclater leur tête à travers les toits de toute maison de taille moyenne, ils avaient tous un physique très rondouillard, comme s’ils étaient de gros lutteurs de sumo.

Quoi qu’il en soit, même en se promenant, ils donnaient une forte impression. J’avais peur qu’ils écrasent la petite Tomoe sous leurs pieds.

Voyant à quel point nous avions l’air surpris, Kuu s’était amusé et il avait ri. « Oookyakya ! C’est une surprise de les voir pour la première fois, hein ? Ce sont des membres de la race des morses. »

La race des morses, hein...

Maintenant qu’il l’avait mentionné, les grandes personnes qui se trouvaient être des hommes avaient deux défenses qui sortaient de leur bouche. Avec les femmes, j’avais seulement fini par penser, leurs canines sont longues.

« Les membres de la race des morses gagnent leur vie dans l’industrie de la pêche, » déclara Kuu. « Les membres de la race des ours des neiges comme Taru sont aussi de bons nageurs, mais ils ne sont pas à la hauteur de la race des morses. Ce sont des individus qui, quand l’eau est gelée en hiver et qu’ils ne peuvent pas sortir les bateaux, brisent la glace pour plonger et aller pêcher. »

Plonger dans la mer gelée !? C’était incroyable. Personne n’avait de combinaisons étanches dans ce monde, alors c’était étonnant qu’ils ne soient pas gelés à mort...

Oh, attends, j’ai compris. C’est pour ça qu’ils sont bâtis comme ça, pensai-je.

La graisse sous leur peau leur procurait une isolation accrue, ce qui en faisait une race spécialisée pour agir dans l’eau glacée. Était-ce le résultat d’une évolution pour s’adapter à leur environnement, ou bien était-ce que seules les races adaptées à l’environnement ont réussi à aller de l’avant dans ces contrées ? La question m’avait fasciné.

Lorsque nous avions suivi Kuu jusqu’à la plage, nous avions pu voir un groupe de morses se rassembler autour d’un feu.

Kuu s’approcha et les appela. « Hé, les gars ! Est-ce un barbecue sur la plage ? »

« Oh ! Jeune maître, » déclara l’un des hommes. « Ouais. Nous avons apporté un gros chargement de mollusques, de crevettes et d’autres produits du genre aujourd’hui, alors nous nous demandions la manière dont nous allions faire la fête toute la journée. »

Après une inspection plus poussée, j’avais vu qu’il y avait un filet posé sur le dessus du feu de camp des hommes morses, et une variété de mollusques rôtissaient dessus. Il y avait des bivalves en forme de palourdes qui s’étaient largement ouverts et des bulles s’échappant d’une variété à coquille spiralée qui ressemblaient à un coquillage. Combinées au parfum de la mer, elles avaient l’air incroyablement délicieuses.

En les regardant, Kuu avait ri joyeusement. « Oookyakya ! C’est sympa ! En fait, je suis en train de faire visiter les lieux à des invités de l’étranger. Nous fournirons l’alcool. Alors, laissez-nous vous rejoindre. »

Les hommes avaient applaudi quand ils avaient entendu la proposition de Kuu.

« Oh, le pensez-vous vraiment ? »

« Très bien ! On peut beaucoup boire maintenant ! » déclara Kuu.

Kuu s’était retourné, avait sorti un sac de sa poche et l’avait jeté à Leporina. C’était apparemment son portefeuille. « Leporina ! Trouve-nous un baril de vodka de pommes de terre avec ça. »

« Quoiiii !? » Leporina cligna des yeux face à l’ordre de Kuu. « Un tonneau... ? C’est trop ! Ce sera trop lourd pour que je puisse le porter toute seule ! »

« Si c’est trop lourd, roule-le, » déclara Kuu.

« Ce n’est pas justeeeee..., » déclara Leporina.

Leporina était à la merci des idées soudaines de Kuu.

Je me sentais mal quand je la voyais courir comme une folle à cause de son chef, alors j’avais décidé d’offrir un peu d’aide. « Aisha. Désolé, mais pourrais-tu aller avec Leporina et porter le tonneau pour elle ? »

Je me sentais mal de forcer quelqu’un d’autre à le faire, mais Aisha pourrait probablement soulever un baril ou deux avec facilité.

Elle martelait fièrement sa cuirasse. « Laissez-moi faire. Allons-y, Madame Leporina. »

« Whuh !? »

Aisha traîna une Leporina encore abasourdie.

En les regardant partir, Kuu gloussa. « Oui, je suis sûr que cette elfe sombre peut soulever un baril ou deux d’alcool sans problème. »

« Peux-tu voir ça ? » lui avais-je demandé.

« Eh bien, ouais. Je pense que même moi, je pourrais me battre contre ton pote roux, mais... cette fille donne l’impression d’être dans une autre dimension. » Kuu avait fait tourner son bras en rond. « Du moins, ce n’est pas un niveau de puissance qu’un aventurier ordinaire possède. Est-ce une commandante militaire dans le royaume ou quoi ? »

« ... Aucun commentaire, » déclarai-je.

« Je la veux comme vassale..., » déclara Kuu.

« Tu ne peux pas l’avoir, » répliquai-je.

« Oookyakya ! Oh, ouais ? » demanda-t-il.

Pendant qu’on parlait, les coquillages rôtissaient. Puis l’un des pêcheurs morses avait pris quelque chose d’une couleur blanc laiteux dans un bocal et l’avait mis sur les coquillages.

« Qu’est-ce que c’est ? » lui avais-je demandé.

« Du beurre fait à partir du même lait de yak que celui que nous utilisons pour faire du lait fermenté, » répondit l’homme. « Quand on mange des fruits de mer par ici, on verse de l’alcool dessus pendant la cuisson, puis on met ce truc sur le dessus quand c’est fait. »

C’était logique. Du beurre, hein. Comme avec les pétoncles frits au beurre ou les palourdes à col court. Les fruits de mer et le beurre allaient bien ensemble.

Le pêcheur avait ensuite décortiqué des mollusques et des crustacés qui étaient probablement des pétoncles puis avait placé du beurre dessus. Il les avait offertes à Kuu et à moi. « Allez-y, jeune maître. »

« Vous aussi, visiteurs, » déclara un autre homme. « Ne vous retenez pas. Mangez à votre faim. »

« Bien sûr que oui ! » s’écria Kuu.

« Merci, » avais-je ajouté.

Nous avons remercié les pêcheurs et nous les avions acceptés. Immédiatement, le parfum de la mer et l’arôme du beurre me chatouillaient les narines.

Oh, je ne sais pas comment le décrire... Ce fut une expérience très nostalgique. Cela me rappelait les brochettes de buccins qu’on vendait dans les petites échoppes des festivals. Je n’avais jamais pensé que je voulais les manger régulièrement, mais quand je passais devant ces étals et que je sentais cet arôme, je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter. C’était le sentiment que j’avais maintenant.

J’avais utilisé la fourchette qu’on m’avait donnée pour les manger. Oui, c’étaient des pétoncles au beurre. Le goût du beurre et des pétoncles était intact, et il s’agissait des meilleurs pétoncles au beurre que j’aie jamais mangés.

J’avais involontairement poussé un gémissement d’appréciation. « Ils sont bons... »

« Je sais, n’est-ce pas ? » Kuu accepta avec joie. « Les faire frire sur la plage et ensuite les manger avec du beurre fait partie de notre culture alimentaire. »

« Je vois, » dis-je.

La culture culinaire, hein ? Je n’allais pas le laisser me surpasser.

J’avais appelé Roroa, qui regardait avec grand intérêt l’un des pêcheurs planter une brochette de métal sur une coquille en spirale, la tordant pour en extraire la viande et les organes.

« Hé, Roroa ! » déclarai-je.

« Hm ? Qu’est-ce qu’il te faut ? » Roroa avait trotté jusqu’à moi.

« As-tu ça sur toi maintenant ? Tu sais, le truc que tu as mis dans un conteneur en métal et ramené de chez nous ? » demandai-je.

« Ohh, je crois que c’est dans les bagages que j’ai apportés en ce moment. » Roroa fouilla dans le sac d’équipement de voyage qu’elle avait apporté depuis le chariot. Puis, sortant un récipient en métal de la taille d’une boîte à lunch, elle avait demandé : « Est-ce ça ? » et elle me l’avait donné.

Kuu le regarda avec curiosité. « Oookya ? C’est quoi cette boîte ? »

« Elle contient un assaisonnement que nous avons apporté de notre pays, » déclarai-je.

Quand j’avais ouvert le récipient en métal, il était rempli d’une pâte épaisse, de couleur brun jaunâtre.

« Assaisonnement ? » demanda Kuu.

« Oui. Ça s’appelle du miso, » annonçai-je.

Le contenant contenait le miso que j’avais fait faire aux loups mystiques de chez nous.

Comme les Japonais voulaient apporter des ramens instantanés ou de la soupe miso quand ils partaient à l’étranger, j’avais apporté du miso et du konbu pour produire du bouillon pendant ce voyage. Avec un peu d’eau et les légumes que j’avais sous la main, je pouvais de cette façon faire de la soupe miso n’importe où. Si j’avais de la viande, je pourrais ajouter ça aussi.

Après ça, j’avais ramassé une cuillerée de miso et j’en avais mis une petite quantité sur mes pétoncles au beurre. Les pétoncles au beurre avaient maintenant évolué vers des pétoncles au beurre et au miso.

Je les avais un peu remués, puis je les avais offerts à Kuu. « Donne-moi le bénéfice du doute et essaye-les, d’accord ? »

« ... B-Bien sûr, » déclara Kuu.

Kuu avait pris l’un des morceaux de pétoncles et l’avait mis dans sa bouche. L’instant d’après, les yeux de Kuu s’ouvrirent alors qu’il était en état de choc. « Qu’est-ce que c’est que ça ? La saveur est super complexe maintenant ! Non, c’est délicieux ! C’est délicieux, mais je ne peux m’empêcher d’en vouloir avec de l’alcool ! »

« Hehe hehe hehe, » avais-je souri. « Qu’est-ce que tu en dis ? Que penses-tu de la culture alimentaire de mon pays ? »

Je l’avais dit avec confiance, et après un moment d’abasourdissement, Kuu avait laissé échapper un rire amusé.

« Oookyakya ! Je vois ! Tu te sentais en compétition parce que j’ai mentionné la culture alimentaire tout à l’heure ! Tu m’as, cette fois ! »

« Je dirais que je n’ai fait qu’égaliser le score, » avais-je dit. « Je pense que les faire frire sur la plage est une bonne culture à avoir. »

« Oookyakya ! Il n’y a aucun doute là-dessus ! Ohh ! Quand est-ce que l’alcool va arriver ici ? » demanda Kuu.

Pendant qu’on parlait, Leporina et Aisha étaient revenues. Leporina portait un petit tonneau et Aisha en portait deux gros.

Après cela, Hal, Kaede et Taru nous avaient rejoints, et nous avions fait une grande fête sur la plage.

La vodka de pommes de terre que Kuu fournissait était apparemment très forte, et au coucher du soleil, tout le monde était trop excité. Certains avaient même commencé à se relâcher un peu trop.

Les hommes morses avaient commencé à danser et à chanter ce qui était soit une chanson délirante, soit un hymne. Je ne pouvais pas vraiment dire laquelle c’était. La façon dont ils s’étaient tortillés, c’était presque comme s’ils étaient des danseurs du ventre.

« Comment danse un morse sous la mer ? »

« Oh ! Il danse avec vaillance, vacillance, vacillanceeeeee ! »

Un peu plus loin, un Hal qui était une personne qui ne buvait pas normalement d’alcool faisait une sorte de danse du feu avec deux morceaux de bois enduits de flammes.

« Très bien ! Je suis tout excité ! » cria-t-il.

Une Kaede tout aussi ivre gloussait et tournait autour de lui en le regardant.

« C’est super, tu sais ! Hal ! » cria Kaede.

Pendant ce temps, un Kuu ivre avait une Tomoe heureuse sur les épaules.

« Oookyakya ! Viens, c’est tout, » déclara Kuu.

« Hahahahahaha ! Je suis si haute ! » déclara Tomoe.

Vu sa bonne humeur, Tomoe était peut-être aussi ivre. Naturellement, je ne l’avais pas laissée boire une gorgée d’alcool, mais peut-être qu’elle s’était soûlée à cause de l’odeur, ou que l’alcool utilisé pour les mollusques ne s’était pas complètement évaporé. Quoi qu’il en soit, j’avais échoué dans mon rôle de tuteur. Si Liscia avait entendu parler de ça, j’aurais droit à des remontrances.

À côté d’eux, peut-être sous l’impulsion de Kuu, une Aisha ivre portait Juna sur ses épaules.

« Ha ha ha ha ha ! On s’amuse bien, Madame Juna ! » déclara Aisha.

« R-Rete... ne-toi, Aisha ! Pose-moi, s’il te plaît ! » demanda Juna.

Juna n’avait pas l’air si ivre que ça, mais son visage était rouge de gêne à cause de toute l’attention qu’on lui accordait.

Je m’étais servi un autre verre et j’avais regardé le chaos se rependre progressivement sur toute la plage.

« Mweheheheh, mon chéri. » Roroa s’était lovée contre moi par-derrière. Alors qu’elle posa son menton sur mon épaule, elle s’était mise à frotter sa joue contre moi. C’était un geste mignon, comme un chat, mais elle sentait un peu l’alcool. « Bois-tu comme il faut, mon chéri ? »

« Je bois, » répondis-je. « Mais toi, Roroa... es-tu sûre de ne pas en avoir bu un de trop ? »

« Mweheheheheh. » Elle avait un verre dans une main et une coquille dans l’autre. Ils étaient tous les deux déjà vides, donc le fait qu’elle n’était pas sur le point de les relâcher était la preuve qu’elle était déjà bien saoule.

« Hé, Roroa..., » avais-je commencé.

« Zzzzz... »

« Attends, c’était trop rapide ! On était en train de parler ! » déclarai-je.

Roroa ronflait doucement avec son menton reposant sur mon épaule.

Il y avait une petite bave qui sortait de sa bouche, mais... J’avais décidé de faire comme si je ne l’avais pas vue. N’ayant pas d’autre choix, je l’avais fait tomber de mon épaule, et je lui avais laissé emprunter mes jambes croisées comme oreiller.

« Ronronner... »

« ... »

Franchement... Elle avait l’air si heureuse alors qu’elle dormait. En caressant la tête de Roroa, j’avais regardé le boucan stupide de Kuu et les autres qui étaient encore en train de s’agiter. Ils buvaient, mangeaient et faisaient la fête ensemble en criant des absurdités.

Après avoir partagé ce moment de plaisir ensemble, une certaine chose avait commencé à prendre racine en moi.

J’y avais réfléchi en silence.

Puis, pour le faire disparaître, j’avais bu le verre que je tenais. Je ne me rendais pas compte, à ce moment-là, qu’il y avait des yeux qui me regardaient avec inquiétude.

☆☆☆

Partie 2

La fête à Moran s’était poursuivie jusqu’à tard dans la soirée, et nous y avions passé la nuit. Cela s’était passé ainsi parce que presque tout le monde était complètement saoul, et même si nous étions à proximité, c’était encore assez loin pour que nous devions utiliser des chariots pour retourner à Noblebeppu.

Finalement, nous avions tous fini par dormir par terre dans le grand hall d’une auberge où Kuu avait utilisé sa réputation pour nous faire entrer.

Ces difficultés mises à part, le jour suivant arriva.

Kuu, Juna et moi étions allés nous promener et avions visité le port de pêche près de la plage où nous avions fait la cuisine. Le reste du groupe avait la gueule de bois et était hors service.

Roroa, Hal et Kaede avaient été particulièrement touchés et Tomoe travaillait avec Aisha et Leporina, dont les symptômes étaient moins graves, pour les soigner. Il semblait que la vodka de pommes de terre de Kuu leur avait infligé une mauvaise gueule de bois à ceux qui n’avaient pas l’habitude de la boire.

Mais pourquoi allais-je bien ?

Je pouvais comprendre pourquoi Kuu, qui était habitué à ce genre de choses, allait bien. Et je comprenais pourquoi Juna, qui avait commencé à se retenir à un moment donné, allait bien. Mais pour une raison inconnue, je n’avais pas non plus la gueule de bois.

Je ne buvais que lorsque je participais aux banquets des nobles, ou lorsque je mangeais chez Poncho les jours où le travail me tenait occupé jusqu’à tard le soir et que je manquais le dîner. Je leur avais dit cela à tous les deux avec perplexité.

« Peut-être que tu résistes naturellement bien à l’alcool ? » suggéra Kuu.

Je résiste bien à l’alcool, hein ? Était-ce un truc génétique ?

Mais, en y repensant, je m’étais souvenu que mon grand-père pouvait être un mauvais buveur. Je me souvenais vaguement à plusieurs reprises qu’il s’était soûlé après avoir bu beaucoup d’alcool lors d’une fête avec ses copains. Il n’était pas rentré chez lui parce que la police l’avait arrêté et il avait ensuite reçu des réprimandes de ma grand-mère le jour suivant.

« Est-ce vraiment quelque chose de naturel dans le fonctionnement de mon corps ? » avais-je murmuré.

« Ah..., » Juna détourna rapidement le regard.

De quoi s’agissait-il ?

« Juna ? » demandai-je.

« ... Qu’est-ce qu’il y a ? » Juna m’avait affiché son sourire calme habituel. Cependant, ses joues avaient l’air de bouger un peu.

J’avais regardé son visage. « Il y a un problème ? »

Juna avait ouvertement détourné les yeux. Pour Juna, qui laissait rarement transparaître ses émotions, elle semblait anormalement mal à l’aise.

C’était suspect.

« Sais-tu quelque chose ? » avais-je insisté.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle.

J’avais regardé Juna, qui essayait d’esquiver la question.

« Ce doit être à cause de l’uwabami, » dit-elle enfin, en détournant les yeux.

Un uwabami... Était-ce un gros buveur, non ? Peut-être que c’était à cause de ma constitution génétique... Attends, hein ? Elle avait dit que c’était à cause des uwabamis, et non pas que j’étais un uwabami, non ? Uwabami était un mot qui signifiait aussi un grand serpent, n’est-ce pas ?

Hmm, il y avait quelque chose qui me tracassait à ce sujet.

Pendant un moment, nous avions joué à un jeu du loup où j’essayais de regarder Juna dans les yeux et elle détournait le regard, mais Kuu avait ensuite montré du doigt la mer et avait commencé à parler.

« Hé, Kazuma. Peux-tu voir ça ? » demanda-t-il.

« Ça ? » J’avais regardé vers la mer pour voir ce qu’il voulait dire, et il y avait un objet blanc étendu sur l’horizon.

C’était de la glace ? Ce pays se trouvait à la pointe sud du continent. Pour le dire simplement, cela pourrait être la glace du pôle sud de ce monde. Comme les cartes étaient vagues, il n’y avait aucun moyen de savoir s’il y avait un continent sous la glace.

Kuu regarda directement en direction de la glace pendant qu’il parlait.

« Ce sont les îles de glace. Elles s’approchent progressivement de ce pays à la fin de l’été. Quand l’hiver arrive, la glace et cette plage sont reliées, et une fois qu’il neige, on ne peut pas dire ce qu’est la terre et ce qu’elle n’est pas. Cette mer se couvre de glace si épaisse qu’on pourrait la traverser en calèche sans qu’elle se brise. »

Kuu s’était assis sur la plage et avait croisé les jambes.

Puis, plaçant ses coudes sur ses genoux, il posa ses joues sur ses mains et regarda avec rancune vers le large. « Les grandes créatures marines détestent cette mer glaciale. C’est pourquoi les petits et moyens poissons se rassemblent, et c’est pourquoi notre pays regorge d’endroits pour pêcher. Mais cela signifie aussi que les grands navires ne peuvent pas entrer. »

« C’est dur, hein, » avais-je hoché la tête.

Les grands navires de ce monde possédaient de grandes créatures marines tels que des dragons de mer qui les tiraient de la même manière que les chevaux tiraient une calèche. Si ces dragons de mer détestaient cette mer, c’était bien parce qu’ils ne seraient pas envahis par des marines étrangères, mais c’était aussi mal parce que les grands navires de transport ne pouvaient pas non plus venir ici. Ils pouvaient faire du commerce par des méthodes qui ne dépendaient pas des créatures marines ou de l’air, mais ce n’était qu’une option pendant l’été. Ce monde n’avait pas de navires-brise-glace capables de traverser les mers gelées de l’hiver.

« Il y a des limites à ce que le transport maritime pour le gros, et la voie terrestre pour la distribution pouvent faire, » déclara Kuu. « Les marchands ambulants ne viennent qu’en été, et comme la terre est recouverte par la glace pendant l’hiver, il est difficile de se déplacer. Si nous utilisons des créatures comme les numoths, nous pouvons transporter des choses même en hiver, mais il n’y en a pas beaucoup. La grande majorité d’entre eux ont également été élevés à des fins militaires. »

« Vous ne pouvez pas les transférer à des emplois dans le transport à la place ? » lui avais-je demandé.

« Ils sont notre seul moyen de mobilité en hiver. Si des monstres sortent d’un donjon, si des brigands attaquent un village, ou si un petit village a été isolé par une avalanche... nous avons besoin de leurs pattes pour nous y transporter dans des moments comme ça, non ? » déclara Kuu.

« Je vois..., » dis-je.

Alors, ils les utilisaient déjà au maximum qu’ils le pouvaient. Ils ne pourraient probablement pas les réaffecter à l’expédition.

Kuu se grattait vigoureusement la tête. « Ce n’est pas comme si je ne voyais pas pourquoi les vieux voudraient avancer vers le nord. Si nous pouvions aussi accueillir de grands navires de transport en hiver, cela contribuerait grandement à rendre cette terre plus prospère. Mais même si nous envahissions et prenions un port en eau chaude, qu’en adviendrait-il ? Tant que les difficultés du transport maritime ne changent pas, seule la zone autour de ce port bénéficiera du commerce. Envahir une terre qui va être difficile à entretenir comme ça ressemble à faire la cour à une belle femme dans tes rêves. »

Faire la cour à une belle femme dans tes rêves. Cela semblait être un dicton local, équivalent à appeler quelque chose une image de gâteaux de riz en japonais. Fondamentalement, peu importe à quel point vous avez travaillé dur pour séduire une belle femme que vous avez rencontrée dans vos rêves, cela n’avait aucun sens, et cela ne vous laisserait que le sentiment de vide.

Hmm... Méthodes d’expédition hivernales, hein..., je m’étais creusé la cervelle.

C’était aussi un problème pour notre pays, qui voulait faire du commerce avec ce pays. Si la période d’échange était limitée, cela limiterait les possibilités d’échange de marchandises. Les légumes semblaient être une bonne chose à exporter vers ce pays, mais de nombreux aliments frais ne se conservaient pas longtemps.

Nous avons le Petit Susumu Mark V (dispositif de propulsion de type Maxwell), de sorte que nous pouvons envoyer de grands navires même pendant l’hiver, me suis-je dit. Cependant, cela ne nous permettra pas de percer à travers la glace épaisse. J’ai des gens qui l’étudient, mais qui sait combien de temps il faudra pour produire un brise-glace comme le Garinko-go...

Pouvons-nous nous débrouiller avec ce que nous avons maintenant, d’une façon ou d’une autre ? Et si on mettait un mage sur le bateau et qu’ils se frayaient un chemin ?

... Non, c’était dur d’utiliser la magie en mer, n’est-ce pas ? La zone gelée était trop large, donc peu importe le nombre de mages que nous avions à bord, ils s’essoufflaient finalement. En attendant, si nous essayions de tenter le transport aérien, les courants d’air seraient trop violents, et les montures volantes ne seraient donc pas utilisables. De plus, comme la terre était recouverte de neige, si nous n’utilisions pas des créatures comme les numoths, le transport terrestre serait difficile.

Il n’y a pas non plus de chasse-neige. S’il y avait quelque chose comme des traîneaux, nous pourrions glisser par-dessus la neige... Attendez, n’aurions-nous pas besoin de numoths pour tirer ces traîneaux ? ... Hm ? Glisser par-dessus la neige ?

C’est là que je m’étais souvenu de l’existence d’une certaine chose.

Plus tôt, en pensant aux utilisations du Petit Susumu Mark V, il y avait quelque chose que j’avais développé presque entièrement comme une blague.

Peut-être qu’avec ça... ? avais-je réfléchi. Je suppose que je vais essayer de contacter Genia.

Je ne savais pas encore comment ça se passerait, alors plutôt que de lui donner de faux espoirs, j’avais décidé de ne rien dire à Kuu et de contacter le château royal en secret.

☆☆☆

Partie 3

Quand l’après-midi avait commencé, les membres du groupe avaient commencé à se sentir beaucoup mieux, alors nous avions décidé de retourner dans la ville de Noblebeppu. C’était déjà le soir quand la promenade en calèche s’était terminée.

Kuu disait que nous ferions une autre fête ce soir, mais comme la plupart d’entre nous n’avaient pas complètement éliminé l’alcool d’hier soir de leur système, nous avons poliment refusé et décidé de laisser nos estomacs et nos foies reposer pour la nuit.

Le tremblement de la voiture avait aggravé la gueule de bois de Roroa, Hal et Kaede, alors ils étaient allés dans leurs chambres dès que nous étions arrivés à l’auberge, et s’étaient couchés sans dîner.

Aisha avait emmené Tomoe faire le tour de la ville la nuit. Apparemment, elles allaient regarder les commémorations.

Laissés pour compte, Juna et moi n’avions parlé de rien de vraiment important et nous nous étions détendus.

Finalement, alors que je pensais qu’il ne me restait plus qu’à prendre un bain dans les sources chaudes et m’endormir, Juna avait soudain dit : « Oh, je viens de me rappeler quelque chose que j’avais besoin de faire. Excuse-moi, » et elle quitta la pièce.

Elle avait des affaires à régler à cette heure-ci ?

Était-elle peut-être partie à la recherche d’Aisha et Tomoe ?

Ayant été abandonné et laissé tout seul, je n’avais rien à faire, alors j’avais décidé de prendre un bain. Cette auberge avait un grand bain en plein air alimenté avec de l’eau qui coulait librement et qui était divisée en deux parties, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes.

Je m’étais rincé à l’eau chaude, puis j’étais immédiatement allé me tremper dans le bain.

Normalement, je voudrais me laver d’abord, mais les nuits étaient froides ici, et comme c’est un bain en plein air, si je n’entrais pas rapidement, j’attrapais froid et de mauvaises choses arriveraient.

Alors que je m’enfonçais dans l’eau fumante avec l’air extérieur froid, mon corps avait l’impression qu’il fondait agréablement.

Nous étions les seuls clients de l’auberge maintenant, et Hal était à peu près la seule autre personne qui pouvait venir du côté des hommes, alors j’avais pu me détendre sans avoir à me soucier des autres.

Ouf, il fait si chaud, pensai-je.

L’eau s’était infiltrée dans mon corps, emportant la fatigue que j’avais accumulée en voyageant.

En me penchant sur le bord du bain, je fredonnais la chanson des sources chaudes de Noboribetsu quand j’avais entendu quelqu’un marcher derrière moi.

Ce n’était pas depuis la direction du bain des femmes. Dans ce cas, Hal s’était-il réveillé et était-il venu au bain ?

Je pensais qu’en me retournant, mais...

Whouh !?

Il y avait Juna, nue qui se tenait derrière moi.

Dans sa main droite, elle avait un plateau et dans sa main gauche, elle tenait une serviette qui la couvrait à peine. Sa peau légèrement rouge et sa silhouette courbée et féminine s’étaient gravées dans mon esprit.

 

 

J’étais encore abasourdi par cet événement soudain lorsque Juna avait déposé le plateau et avait commencé à se verser de l’eau chaude dessus.

« Excuse-moi de me mettre à côté de toi, » déclara-t-elle en entrant dans le bain. Puis elle s’était assise si près de moi que nos épaules se touchaient. Sa chair blanche et douce était juste à côté de moi.

Une fois qu’elle s’était submergée avec de l’eau jusqu’aux épaules, elle avait relâché son souffle. « Ouf ! »

Ce soupir sexy m’avait finalement ramené à la raison. « E-Euh... Juna ? C’est le bain des hommes, le réalises-tu ? »

« J’ai demandé à l’aubergiste de nous le réserver pour une heure environ. Donc c’est bon, » déclara Juna.

Maintenant qu’elle en avait parlé, Roroa disait qu’il y avait un tel système.

« Non, mais c’est quand même gênant..., » déclarai-je.

« Heehee ! Où est le mal ? Après tout, nous sommes un couple, » alors qu’elle disait ça, Juna s’appuya contre moi. « Alors, s’il te plaît, n’hésite pas à m’appeler par un petit nom maintenant, chéri. On est seuls, alors je ne veux pas que tu sois si formel. »

« Mais avec toi, être poli semble naturel. » Avais-je objecté. J’avais quand même essayé de me détendre, comme elle le voulait. Hmm, ouais, c’était embarrassant. « En fait, je dois essayer activement de parler moins formellement. »

« Je pense qu’en ce qui concerne nos positions, il est tout à fait naturel que tu t’exprimes de manière informelle, » m’avait-elle dit. « Je sais que tu as dit que tu te sentais tendu avec les femmes plus âgées, mais tu appelles ma grand-mère Excel, n’est-ce pas ? »

« C’est parce que j’ai le sentiment plus fort qu’Excel est ma vassale. Je dois dire clairement qui est le maître en tout temps, sinon cette femme va me faire marcher sur les rotules. Mais avec toi, j’ai envie d’être très poli. Naturellement, ce n’est pas une tentative de te mettre à l’écart de mes autres fiancées ou quelque chose dans le genre. Tu es comme ma femme plus âgée qui est fiable. »

« Heehee ! Est-ce ce que je suis ? » Juna m’avait regardé avec un sourire calme alors que je faisais de mon mieux pour m’expliquer.

Juna avait tiré sur le plateau qu’elle avait apporté. Le plateau avait deux petits verres et une bouteille jaune pâle.

Elle m’avait donné l’un des verres et m’avait tendu la bouteille pour que je puisse voir. « D’abord, un verre. »

« Est-ce alcoolisé ? » demandai-je.

« Non. Vu ce qui s’est passé hier soir, j’ai opté pour du jus de fruits à la place. Ce jus est fait par presque le même procédé qu’un vin de cerise que Leporina dit aimer. Il semble que la seule différence soit d’ajouter de l’eau ou de l’alcool au sirop produit, » répondit Juna.

Alors qu’elle faisait cette explication, Juna m’avait versé un verre.

Alors que c’était du jus, cela ressemblait à de l’alcool, alors j’avais versé la boisson de Juna pour elle en réponse, comme le voulait la courtoisie habituelle.

Finalement, après m’être habitué à la vue de la peau blanche de Juna... eh bien, je n’étais pas fatigué de le voir, bien sûr, j’étais juste capable de me contrôler un peu mieux... nous avions porté un toast.

Puis, alors que nous trempions ensemble dans le bain, nous avions bu ensemble, le jus prenant la place du vin.

Pendant ce temps, je n’avais pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil à ces courbes qui étaient plus grosses que celle de Liscia. Sa peau mouillée possédait une brillance lustrée.

Juna l’avait remarqué, bien sûr. « Heehee ! Tu peux y aller et regarder. »

« S’il te plaît... ménage-moi, » murmurai-je.

Le jus n’aurait pas dû contenir d’alcool, mais j’avais la tête qui tournait. J’allais avoir des vertiges à cause de la chaleur en un rien de temps. Il y avait une bataille épique entre la luxure et la raison dans ma tête.

« Penses-tu à quelque chose ? » demanda soudain Juna.

J’étais sur les nerfs, pensant qu’elle avait réalisé à quel point ma tête était pleine de pensées lubriques en ce moment, mais Juna avait un regard sérieux dans ses yeux.

« Depuis le barbecue sur la plage, tu as quelque chose en tête. Aujourd’hui aussi... ton esprit semblait être ailleurs, » déclara Juna.

« Tu as remarqué ça, hein ? » demandai-je.

C’était vrai, j’avais quelque chose en tête depuis le barbecue. Non, il serait plus approprié de dire que j’étais confus à ce sujet.

Juna appuya sa tête sur mon épaule et me parla avec les yeux baissés. « Ça ne sert à rien de me dire ce que c’est. Cependant, si le fait de le dire à quelqu’un peut te rassurer, s’il te plaît, chéri, ne supporte pas le fardeau tout seul. Tu as des partenaires, y compris moi, avec qui tu peux tout partager. »

« Juna..., » déclarai-je.

De toutes mes fiancées, Juna était celle qui prenait toujours un peu de recul pour avoir une vue d’ensemble. Il était juste de dire qu’elle était la meilleure de toutes lorsqu’il s’agissait de faire preuve d’une grande attention. C’est pour ça qu’elle pouvait facilement percevoir les soucis que je croyais cacher.

Puis Juna avait pris un ton maussade comme une fille triste. « Je pensais que tu me le dirais de toi-même une fois qu’on serait seuls, tu vois ? Malgré cela, tu n’as rien dit. C’est pour ça que j’ai fait en sorte qu’on soit ensemble comme ça. Dans un endroit où rien n’est caché, j’ai pensé que tu pourrais aussi me dévoiler ton cœur. »

« Tu as tout fait avec ça en tête, hein ? » avais-je commenté. « Je ne suis vraiment pas de taille face à toi... »

« Heehee. »

Elle était mignonne quand elle boudait, alors je lui avais caressé le visage, et elle m’avait fait un sourire heureux. Elle avait tout vu, mais voir le sourire de Juna avait effacé toute frustration que j’avais à ce sujet.

C’est pourquoi j’avais révélé ce qui me concernait.

« Juna... Que penses-tu de Kuu ? » demandai-je.

« Sire Kuu ? Il a l’air un peu turbulent, mais je le trouve comme étant un jeune homme affable, » déclara-t-elle.

« Oui, » avais-je hoché la tête. « Il a lui aussi un mystérieux pouvoir d’attraction. Il sera un bon chef un jour, j’en suis sûr. S’il était expansionniste, il serait un ennemi que nous ne pouvons nous permettre de sous-estimer, mais Kuu est satisfait du développement interne. C’est le genre de dirigeant que je voudrais voir chez un voisin. »

« Cependant, rien de tout ça n’a l’air mauvais. » Juna inclina la tête sur le côté.

C’était vrai, ce n’était pas mal.

« S’il devient mon ami sous serment, il n’y a personne de plus fiable, » déclarai-je. « Avec le problème de la pêche illégale avec l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes à l’Est, l’Union des Nations de l’Est aux prises avec le Domaine du Seigneur Démon au Nord, l’imprévisible État Mercenaire de Zem et l’État Théocratique de l’Orthodoxie Lunarien à l’Ouest, cela serait beaucoup plus facile si on pouvait avoir, au moins au Sud Ouest, des relations amiables avec la République de Turgis. Cela nous donnerait aussi un lien terrestre avec notre allié secret, l’Empire du Gran Chaos. »

Elle écoutait en silence.

« Cependant, nous n’avons pas encore formé d’alliance. J’en ai trop appris sur Kuu avant que ça n’arrive, » déclarai-je.

J’avais regardé dans le verre que j’avais à la main.

« Quand nous buvions avec Kuu, Taru, Leporina et les autres habitants de ce pays et que nous agissions comme des idiots, c’était amusant. C’était amusant, mais j’ai aussi eu une autre idée. Si c’était le cas, pourrais-je me faire des ennemis de ces individus ? »

« Ennemis... ? » L’expression de Juna s’était assombrie.

Pourquoi ça viendrait ? Son visage semblait demander.

« Je pense que Kuu est un gars sympathique, » déclarai-je. « Mais en plus d’être un être humain, je suis également le représentant d’une nation. Je dois penser séparément à mes préférences en tant que personne et à mes préférences en tant que pays. »

« Est-ce parce que nous n’avons pas encore noué de relations cordiales avec la République de Turgis ? » demanda Juna.

« Si la République de Turgis devenait hostile à l’avenir, pourrais-je combattre le pays où vivent Kuu et son peuple... ? C’est à ça que je pensais, » déclarai-je.

Il s’agissait du vague souci que je ressentais.

« Lorsque j’ai décidé d’ouvrir les hostilités avec Amidonia, les plans de l’ennemi étaient déjà en marche, et c’était une situation de tuer ou être tué. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller dans cette guerre. Mais si j’avais su qu’il y avait des gens comme Roroa, Colbert et Margarita avant le début de la guerre, aurais-je pu prendre cette décision ? Même quand ça pourrait signifier perdre Roroa et les autres ? »

Elle était silencieuse.

« C’est la même chose cette fois-ci, » déclarai-je. « Si la république s’oppose à moi, ce sont mes vassaux et mon peuple, qui souffriront si je suis trop lent à décider. Sachant cela, puis-je encore me résoudre à le faire ? Je me suis peut-être trop attaché à Kuu et à ses amis. Je me sens inquiet, en pensant ça. »

Maintenant que j’avais révélé mes sentiments, Juna posa sa main sur ma joue.

« Juna ? » demandai-je.

« Je suis sûre que tu prendras la bonne décision, chéri. » Sa voix était infiniment calme et douce.

Puis Juna avait enroulé son bras autour du cou et m’avait serré contre elle. Surpris par la soudaineté de la chose, j’avais laissé tomber mon verre dans le bain. Mon bras gauche était enveloppé d’une douce sensation.

« Whoa, Juna !? »

« Je suis sûre que tu vas te débattre avec la décision. Tu le regretteras peut-être même par la suite, » chuchota Juna à mon oreille. « Cependant, même avec l’hésitation et le regret, tu es le genre d’homme qui fait ce qu’il a à faire. Je t’ai observé pendant tout ce temps. Je connais tes forces et tes faiblesses. Peu importe comment ton cœur crie que tu ne veux pas te battre, tu es le genre de personne qui peut se battre au besoin. »

J’étais silencieux.

« Si le choix te déchire le cœur, dis-le-nous. Nous porterons ensemble tes réticences, tes regrets et tes péchés comme une famille. Heehee ! Tu as cinq futures épouses, alors divisons-le en six parts égales ? » déclara Juna en me taquinant sur la dernière partie.

J’avais l’impression que mon cœur était un peu plus léger maintenant.

« Merci, Juna, » déclarai-je.

« Heehee ! Et aussi, le fait de penser à combattre la République de Turgis maintenant, c’est comme si tu t’inquiètes si un rocher pouvait rouler sur une montagne lointaine. Si tu fais ça, tu pourrais trébucher sur les rochers à tes pieds, tu sais ? »

« Hahahahaha, c’est vrai, » déclarai-je.

En regardant au loin, je trébuchais sur ce qui était à mes pieds, hein ? Elle avait tellement raison.

Plutôt que de penser à ce qu’il faut faire s’ils devenaient hostiles à mon égard, il valait mieux pour l’instant réfléchir à la façon d’empêcher que cela ne se produise. Si je ne voulais pas les combattre, c’était encore plus vrai. Oui... J’avais un but maintenant.

« Pour forger une alliance formelle, j’ai besoin de montrer un “gain” à tirer de l’établissement de relations amicales avec nous, et une “menace” afin de les faire hésiter à s’opposer à nous, » disais-je. « Je dois faire comprendre au père de Kuu que notre pays pourrait être un allié précieux, mais aussi un ennemi terrifiant. »

« Gain et menace, n’est-ce pas ? » déclara-t-elle. « Mais comment vas-tu faire ça ? Tu ne peux pas prévoir d’amener nos militaires à la réunion, n’est-ce pas ? »

« Ne t’inquiète pas. J’ai un certain nombre d’idées, » déclarai-je.

Contrairement à avant, mon esprit fonctionnait correctement maintenant.

C’était bien qu’au lieu de craindre qu’ils ne deviennent hostiles, je puisse maintenant décider de faire tout ce qu’il fallait pour les empêcher de le devenir. C’était grâce à Juna.

« Merci, Juna, » déclarai-je. « Grâce à toi, je pense que le chemin... Hein ? »

Soudain, ma vision s’était brouillée. Le monde tournait. Oh, merde, c’était vraiment mauvais.

« C-Chéri ? »

J’avais l’impression que j’avais des vertiges à cause de la chaleur. Maintenant que j’y pense, j’étais déjà dans mon bain bien avant l’arrivée de Juna.

La dernière chose que j’avais vue dans le monde qui tournait, c’était la peau blanche de Juna, et puis j’avais perdu connaissance.

 

☆☆☆

Quand je m’étais réveillé, j’étais sur le lit dans la chambre où je logeais.

Euh... Je me suis évanoui dans les sources chaudes, non ?

Je n’étais... pas nue maintenant.

Juna m’avait-elle porté et habillé ?

J’avais senti une légère brise sur mon visage. Alors que je regardais à côté de moi, Juna était assise sur le bord du lit et m'éventait.

« Juna ? » lui avais-je demandé.

« Oh, tu es revenu à toi ? » déclara Juna avec un regard de soulagement. « Tu t’es évanoui dans la source chaude, alors j’ai demandé au personnel de l’auberge de m’aider à te ramener dans ta chambre. Après tout, l’air extérieur était trop froid pour te sortir de la source et t’y soigner. »

« Je suis désolé. C’était embarrassant de ma part, » déclarai-je.

« Ne t’inquiète pas pour ça. Ça m’a donné l’occasion de regarder ton corps. » Juna avait levé la main sur sa joue et avait souri malicieusement.

Argh... Même si c’était dans les sources chaudes, j’étais vraiment gêné de penser qu’elle m’avait vu autant alors que j’étais inconscient.

Comme si elle avait compris mes sentiments les plus profonds, Juna avait ri. « Au fait, est-ce qu’on en revient déjà à ta manière d’être si poli avec moi ? »

« Ahh... Ouais, c’est plus naturel, » déclarai-je.

« Je vois, » déclara-t-elle. « Alors, détends-toi avec moi quand il n’y a que nous deux seuls. »

« C’est embarrassant de te voir le dire comme ça, mais... faisons-le, » déclarai-je.

Parler différemment quand on était seuls. J’avais pensé que ça pourrait aller.

« Au fait, Aisha et les autres sont-elles déjà rentrées ? » demandai-je.

« Non, pas encore. Tu n’es sorti de là que depuis dix minutes, » déclara-t-elle.

« J’étais... ? » demandai-je.

« Oui. Oui. Pour qu’on puisse faire des choses comme ça, » déclara-t-elle.

Juna se pencha vers moi, brossant ses beaux cheveux bleus, et elle pressa ses lèvres contre les miennes. Puis elle avait retiré son visage vers l’arrière et avait gloussé.

« On garde le fait qu’on a pris un bain ensemble. Cela sera notre petit secret pour un moment, d’accord ? » demanda Juna.

« Hein ? » demandai-je.

« Si Aisha et Roroa en entendent parler, je suis sûre qu’elles seront jalouses et qu’elles voudront se joindre à toi. Je veux que tu puisses te reposer, chéri, » déclara Juna.

J’avais compris ce qu’elle voulait dire. Donc, pour l’instant au moins, que ce soit notre secret.

☆☆☆

Chapitre 5 : Combattre ensemble

Partie 1

Il restait encore quelques jours avant ma rencontre avec le chef de l’État de Turgis, alors Kuu nous avait fait visiter les villes voisines.

Le fait d’aller dans des endroits inconnus, de voir comment vivaient les habitants du pays et identifier les similitudes et les différences entre eux et les nôtres était amusant. Chaque fois que nous avions trouvé quelque chose de nouveau, nous avions accueilli ces découvertes avec enthousiasme.

« Oh, qu’est-ce que c’est ? » avais-je demandé. « Je n’ai jamais vu ce genre de fruit avant. »

« Grand Frère, ils vendent des animaux bizarres par ici ! » Tomoe m’avait appelé. « Ils sont petits et mignons. »

« Voyons voir... Attends, Tomoe, ça ne dit pas qu’ils sont là pour être mangé ? » demandai-je.

« Les gens les mangent !? » s’écria Tomoe.

Tomoe et moi avions regardé autour de nous avec beaucoup d’enthousiasme, tandis que Juna et Roroa souriaient.

Ces jours de détente s’étaient poursuivis, mais aujourd’hui c’était différent.

Aujourd’hui, il restait deux jours avant la rencontre avec le chef de la république.

Il était encore tôt le matin, mais Kuu s’était précipité dans la chambre où nous étions. Il était essoufflé et avait l’air pressé. Derrière lui se trouvait Leporina, tout aussi essoufflée.

« Haaa... Haaaa... Ka-Kazuma…, » il haletait.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » lui avais-je demandé. « Vous êtes à bout de souffle. »

Quand je les avais invités à rentrer dans la pièce et que j’avais demandé à Aisha d’aller chercher de l’eau, Kuu avait levé la main pour m’arrêter et avait essayé de maîtriser sa respiration en disant : « C’est bon... Je n’ai pas besoin d’eau. Avant ça, j’ai une faveur à te demander. »

« Une faveur ? » demandai-je.

« Pour l’instant, peux-tu réunir tous tes hommes dans cette pièce ? » demanda Kuu.

En voyant une expression sérieuse sur Kuu comme je ne l’en avais jamais vu faire auparavant, j’avais rassemblé mes compagnons de voyage, malgré quelques réticences.

Nous étions neufs dans la chambre de quatre personnes : moi, Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal et Kaede, ainsi que Kuu et Leporina. Le fait d’avoir neuf personnes l’avait rendue terriblement à l’étroit, mais il avait dit « tout le monde », donc on n’avait pas pu faire autrement.

« Alors, Kuuie. Qu’est-ce que tu as en tête en nous rassemblant tous ici ? » demanda Roroa avec méfiance.

Il s’agissait du fils de leur chef d’État, alors j’avais pensé que c’était un peu exagéré de l’appeler Kuuie, mais... vu la situation tendue, j’avais décidé de faire comme si je ne l’avais pas entendu.

Kuu s’était levé et avait baissé la tête devant nous tous. Alors que nous étions encore tous surpris par la soudaineté de la situation, Kuu avait dit d’une manière emplie de désespoir. « Je vais être bref ! S’il te plaît ! Prête-moi tes gardes du corps ! »

« S’il vous plaît, faites-le. » Leporina se leva précipitamment et inclina la tête comme Kuu.

« Je suis désolé de mêler des étrangers à tout ça ! Mais quand même ! » cria-t-il.

« Calme-toi, Kuu, » déclarai-je. « Que s’est-il passé ? »

« Ah... ! C-C’est vrai, » déclara Kuu.

Kuu s’était finalement calmé. Avec une grande et profonde respiration, il s’était giflé les joues, peut-être pour se remonter le moral.

« Le fait est qu’un donjon jusque-là inconnu a été retrouvé près d’un village de montagne qui se trouve à environ deux heures de route au nord d’ici. Il semble que c’était une montagne, et quand il y a eu un glissement de terrain, l’entrée du donjon est apparue. »

Un donjon.

J’avais l’habitude qu’ils soient une chose dans les JDR, mais dans ce monde, un donjon était compris comme un lieu labyrinthique avec sa propre écologie. C’était aussi le seul endroit en dehors du Domaine du Seigneur Démon où l’on pouvait trouver des monstres. Mais les monstres trouvés dans de tels endroits avaient tous une intelligence au niveau des bêtes sauvages, et ils n’avaient rien à voir avec les démons sensibles trouvés dans le Domaine du Seigneur Démon. Il y avait un bon nombre de ces donjons sur ce continent.

C’est ce que je savais des donjons jusqu’à présent :

 

Ils existaient avec une grande variété de types et étaient habités par des monstres à faible intelligence.

La zone la plus profonde contenait ce qu’on appelait un noyau de donjon.

Tant que le noyau existerait, les monstres continueraient à apparaître, quel que soit le nombre de monstres vaincus.

Si le noyau était détruit, les monstres allaient cesser d’apparaître... et ainsi de suite.

 

Le lien entre les monstres et les noyaux de donjons était encore inconnu.

Cependant, les noyaux de donjon détruits pourraient être utilisés comme joyaux pour un Joyau de Diffusion de la Voix.

En plus des noyaux, il y a aussi eu des cas où d’autres artefacts et d’autres objets hors d’usage avaient pu être découverts.

Il y avait même des groupes qui avaient fait de l’étude des artefacts l’œuvre de leur vie. La maison Maxwell, à laquelle appartenait Genia la « Surscientifique », était l’une d’elles.

L’existence de tels artefacts avait causé une quantité folle de progrès dans la technologie de ce monde.

En outre, il y avait des aventuriers comme Dece et Juno qui gagnaient leur vie en explorant les donjons, et les villes voisines qui profitaient du rassemblement de ces aventuriers. Les différentes demandes se chevauchant, les donjons étaient considérés comme dangereux, mais aussi potentiellement rentables.

Kuu nous avait dit, alors que son visage indiquait comme s’il avait mordu dans quelque chose de désagréable, que l’un de ces donjons avait été découvert à deux jours d’ici en voiture depuis la capitale.

« Eh bien, je suis sûr qu’il y a des choses à gagner d’un donjon, » déclara-t-il. « Cependant, c’est quelque chose dont nous ne pourrons discuter qu’une fois que la sécurité des personnes dans les villages près de l’entrée est assurée. Après tout, on ne sait jamais ce qu’il y a dans un donjon nouvellement découvert. »

« Alors, quelque chose est sorti ? » lui avais-je demandé.

« Ouais. J’ai entendu dire que dix ogres, ou une autre créature du genre sont sortis de là, » déclara Kuu.

Des ogres ou une créature du genre, hein...

Les ogres étaient des Onis. Dans la mythologie japonaise, les Onis étaient une représentation symbolique de ceux qui ne se conformaient pas au système, et étaient dépeints comme puissants et terrifiants, mais d’une certaine manière tragiques. Cependant, dans la mythologie occidentale, il s’agissait de monstres humanoïdes mangeurs d’hommes, souvent des barbares ou des demi-hommes. D’après ce que j’entendais, ces ogres ressemblaient à ces derniers.

« À peu près au même moment où les habitants du village qui l’ont trouvé se sont précipités vers la capitale pour rendre compte de leur découverte, un peu plus de dix créatures semblables à des ogres sont sorties de là et ont attaqué le village, » déclara Kuu. « D’après ce que les gars qui se sont enfuis ont dit... ils les ont vus manger des personnes sans discernement. »

« Manger des personnes..., » avais-je murmuré.

Si les ogres attaquaient les gens sans discernement et les mangeaient, ce n’était pas différent d’une attaque par des bêtes dangereuses. Contrairement à une guerre menée dans un but précis, il n’y avait pas de place pour la négociation, et nous ne pouvions que les exterminer comme nous le ferions pour les animaux.

« Naturellement, nous mettons en place une force pour les abattre nous-mêmes, et nous avons demandé à la guilde de demander aux aventuriers de tuer les monstres qui sont sortis du donjon, mais... le temps est compté, » déclara Kuu. « Une fois qu’une bête a goûté à de la chair humaine, elle est sûre d’attaquer à nouveau les personnes. Ces choses vont être dans le même cas. On ne sait pas quand ils attaqueront un autre village. Je ne sais pas si ce sont des ogres, ou ce qu’ils sont, mais je ne les laisserais plus faire ce qu’ils veulent. »

Kuu avait l’air plus sérieux et héroïque que je ne l’avais jamais vu auparavant. Il était complètement différent du Kuu qui était toujours distant et qui riait. C’était sa colère en raison de l’attaque contre les habitants de son pays. Kuu avait agi comme si le fait d’être le fils de leur chef d’État ne signifiait rien pour lui, mais dans cette colère, j’avais l’impression de voir la fierté de celui qui se tient au-dessus des autres.

« Je vois, » déclarai-je, hochant la tête. « Vous devez éviter d’autres pertes. »

« Ouais. C’est ça, Kazuma. Je veux que tu m’aides ! » Kuu dit et inclina la tête une fois de plus. « Nous pouvons nous rendre rapidement au village d’ici. Je sais aussi que tu as des gardes du corps compétents sous la main. Surtout la jeune elfe sombre, et le type roux. S’ils étaient avec moi, ce serait rassurant. Penses-tu que tu pourrais leur demander de le faire ? »

Émotionnellement, je voulais l’aider, mais... Je risquerais la sécurité de ma famille, donc je ne pourrais pas dire oui si facilement. Je voulais un peu plus d’informations.

« Aisha ? » lui avais-je demandé. « Quelle est la force des ogres ? »

« Eh bien, ils ont la force d’écraser des rochers à mains nues, mais même des soldats ordinaires pourraient en vaincre un s’ils l’entouraient de dix hommes. Je pouvais le faire seule, » ajouta Aisha avec un rire confiant.

« On dirait qu’il y en a plus de dix, » déclarai-je. « Pouvons-nous combattre cela avec la force que nous avons sous la main ? »

« S’ils sont environ une dizaine, je ne nous vois pas échouer. Madame Juna, Sire Halbert et Madame Kaede sont tous de superbes combattants, et Sire Kuu est lui-même très habile, » déclara Aisha.

« Je vois..., » dis-je.

Dans ce cas, si nous pouvions confirmer la situation sur le terrain, nous pourrions aider.

« Compris, » avais-je dit. « Laissez-nous vous aider. »

« Le penses-tu vraiment !? » s’écria Kuu.

« C’est un problème qui peut survenir dans n’importe quel pays. Il s’agit pratiquement d’une catastrophe naturelle. Ce n’est pas le moment de s’inquiéter de savoir si c’est Friedonia ou Turgis, » déclarai-je.

« Merci ! Je t’en dois une ! » Kuu semblait soulagé d’avoir notre aide.

J’avais ajouté. « Cependant, je veux que tu m’amènes aussi. »

« Chéri !? » s’écria Juna.

« Mon chéri !? » s’écria Roroa.

Avant qu’elles ne puissent en dire plus, j’avais levé la main pour les arrêter. « Je ne peux pas me battre, mais ma magie est adaptée pour jouer le rôle d’éclaireur. Alors, laissez-moi vous aider. »

« Si c’est ce que tu veux... D’accord, » déclara Kuu. « Je compte sur vous tous. »

« Ouais. Nous allons nous préparer à partir immédiatement, alors attendez-nous dehors, » déclarai-je.

Kuu déclara. « Faites vite » et il quitta la pièce avec Leporina derrière lui. Une fois que nous avions entendu le bruit de leurs pas au loin, Roroa m’avait fait face.

« Attends, chéri ! As-tu perdu la tête en voulant aller dans un endroit dangereux comme ça !? » s’écria Roroa.

« Je m’y oppose également, » Juna s’était également opposée à ma décision. « S’il t’arrivait quelque chose, Sire, je... »

Le fait qu’elle me qualifiait de « Sire » et non de « chéri », je pouvais voir qu’elle était très inquiète.

Roroa continua. « Tu n’es pas aussi fort que la Grande Sœur Ai, n’est-ce pas ? Pourquoi ne peux-tu pas attendre ici ? »

« Je sais bien que je ne suis pas fort, mais je veux que vous me laissiez y aller, » j’avais posé ma main sur la tête de Roroa. « Je ne pense pas que Kuu mentait, mais pour me préparer à l’éventualité d’un piège ou de tout autre événement imprévu, il serait pratique pour moi d’être à côté de notre plus grand atout au combat. Si je dois prêter ma famille et mes vassaux, je dois m’assurer qu’ils me soient rendus. »

« Eh bien, peut-être, mais..., » commença Roroa.

« En plus... Je pense que c’est une bonne occasion pour moi d’apprendre un peu plus sur ce que sont les monstres, » déclarai-je.

« En savoir plus sur les monstres ? » demanda Roroa.

« Tout à fait. Depuis que je suis venu au monde, j’ai vu des créatures vicieuses à travers les yeux d’un Petit Musashibo que je faisais travailler en tant qu’aventurier, mais quand il s’agit de monstres, je n’ai que des connaissances de seconde main. En pensant à l’avenir, j’aimerais vraiment les voir et mesurer la menace qu’ils représentent par moi-même, » déclarai-je.

Il se pouvait qu’un jour ou l’autre, je doive affronter des démons du Domaine du Seigneur Démon. Si cela arrivait, je risquais de trébucher si je m’approchais d’eux avec la naïveté de penser que tout irait bien parce qu’ils étaient intelligents. Après tout, en plus des démons, il y avait apparemment des tas de monstres dans le Domaine du Seigneur Démon. C’est pour ça que je voulais saisir cette chance d’en apprendre plus sur les monstres.

« Bien sûr, je vais assurer ma propre sécurité autant que possible... Inugami, » déclarai-je.

« Je suis ici. » Inugami était soudainement apparu de l’ombre de la porte que Kuu et Leporina avaient laissée passer.

Il y avait toujours plus de dix membres des Chats Noirs postés à proximité, veillant sur nous en restant inaperçus. Il en était ainsi depuis notre départ pour la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon.

Je lui avais remis quelque chose et je lui avais donné un ordre. « Vous nous écoutiez, n’est-ce pas ? Je veux que vous envoyiez des Chats Noirs pour explorer le site dès maintenant, et confirmer que la situation et le nombre de monstres correspondent à ce que Kuu nous a dit. Je vous laisse le choix des membres. S’il y en a plus qu’il n’en faut avec notre nombre, faites-moi un rapport avec cette souris en bois. Si c’est le cas, je me sentirai mal pour Kuu, mais nous devrons reculer. »

« Il en sera fait selon votre volonté, » déclara Inugami.

Inugami avait pris la souris en bois possédée par mes Poltergeists Vivants, puis il avait disparu aussi soudainement qu’il était apparu. Il devenait de plus en plus comme un ninja, n’est-ce pas ?

« Hrm... Si tu restes en sécurité, je suppose que c’est bon... » murmura Roroa.

« Nous devrons l’accepter, » Juna était aussi d’accord.

J’avais souri. Mes mesures de sécurité avaient fait que Roroa et Juna acceptaient à contrecœur que j’y aille.

« Ne vous inquiétez pas ! » déclara Aisha. « Nous allons rapidement anéantir ces monstres. Nous ne les laisserons pas lever le petit doigt sur Sa Majesté. N’est-ce pas, Sire Halbert, Madame Kaede ? »

« Bien sûr que oui ! » Hal était d’accord. « Je pensais justement que je voulais moi aussi tester ma nouvelle arme ! »

« Bon sang, Hal... » murmura Kaede. « Mais si c’est un ordre royal, nous le suivrons, tu sais. »

Aisha se frappa fièrement la poitrine et Hal et Kaede hochèrent la tête. Quelle fiancée fiable et quels camarades j’avais !

Maintenant que notre cap avait été décidé, j’avais donné à chacun d’eux leurs ordres individuels. « Roroa et Tomoe resteront dans cette ville. Nous laisserons des membres des Chats Noirs pour les protéger. »

« Et bien, même si nous y allions, nous ne serions qu’un obstacle, » déclara Roroa.

« Sois prudent, Grand Frère, » ajouta Tomoe.

« Bien sûr. Je ne ferai rien de dangereux, alors faites-moi confiance et attendez ici, » j’avais posé une main sur chacune de leurs têtes emplies d’inquiétudes, et je les avais caressés avec douceur. « Le reste du groupe ira avec Kuu pour abattre les monstres. Je resterai en contact avec les Chats Noirs, et j’irai en éclaireur depuis l’arrière. Je vais demander à Juna d’être ma garde du corps. »

« Laisse-moi me charger de ça, » déclara Juna.

« Aisha, Hal et Kaede, vous abattrez les monstres avec Kuu. Mais ne vous poussez pas trop. Si vous pensez que c’est dangereux, reculez immédiatement. C’est valable si je détecte plus d’ennemis que prévu pendant mon observation et aussi si je donne l’ordre de battre en retraite. Je ne tolérerai pas qu’on perde une seule personne ici, dans un autre pays ! »

« Oui, Sire ! » s’exclama Aisha.

« Compris ! » déclara Hal.

« Vous pouvez nous les laisser, vous savez, » Kaede l’avait confirmé.

En entendant les réponses de tout le monde, j’avais donné l’ordre.

« Maintenant, tout le monde... Allons-y ! » déclarai-je.

« « « « Oui, Sire ! » » » »

☆☆☆

Partie 2

Alors que je me trouvais en route dans la calèche, j’avais expliqué ma magie à Kuu et Leporina.

Évidemment, si je leur parlais en détail des limites ou de la zone d’effet, cela prendrait beaucoup de temps, alors je leur avais seulement dit ce qu’ils avaient besoin de savoir.

« Ma magie transfère ma propre conscience dans des objets modelés comme des créatures vivantes, comme des mannequins, et me permet de les contrôler librement. Par exemple, si je transfère ma conscience dans cette souris en bois, j’obtiens une vue aérienne de... eh bien, supposons que je puisse voir ce que la souris voit. »

« Wôw, c’est un sacré pouvoir ! » déclara Kuu, impressionné de voir la souris en bois bouger sur ma main presque comme si c’était la vraie créature. « Oookyakya, si j’avais un tel pouvoir, je pourrais jeter un coup d’œil dans le bain des femmes tant que je le veux ! »

« Il fallait que tu y ailles tout de suite sur un tel sujet !? » m’étais-je exclamé.

« Jeune maître, tu m’embarrasses en tant que ta subordonnée, alors s’il te plaît, montre un peu de sang-froid, » protesta Leporina avec les larmes aux yeux.

Contrairement au regard pensif qu’il avait à l’entrée de l’auberge, Kuu était déjà redevenu lui-même.

Je les avais ignorés et j’avais continué. « C’est pourquoi, si j’envoie cette souris en bois en reconnaissance, je peux me faire une idée précise de la situation sans que l’autre partie le sache. Le problème, c’est que si je ne sais pas dans quelle direction se trouve l’ennemi, alors je ne peux l’envoyer que pour patrouiller dans la zone qui nous entoure. »

Peut-être qu’Aisha pourrait, mais je ne pouvais pas faire quelque chose comme sentir la présence de l’ennemi. Si je savais dans quelle direction se dirigeait l’ennemi, je pourrais en envoyer un immédiatement, mais d’ici là. Il faudrait qu’ils se dispersent dans la zone autour de nous pour patrouiller.

Cela dit, une fois que j’aurais vu les Chats Noirs que nous avions envoyés, je saurais immédiatement la bonne direction. Cependant, je ne pouvais pas informer Kuu et Leporina de l’existence de l’unité clandestine opérant sous mes ordres.

« Dans ce cas, on peut avoir les sens de Leporina, » déclara Kuu comme si ce n’était pas grand-chose. « Leporina et ses camarades les lapins blancs ont de bonnes oreilles. Même dans les forêts où la visibilité est faible, elle peut détecter dans quelle direction les choses se déplacent par les sons qu’elles émettent. »

« Je ne connais que la direction du son, et s’il s’agit d’une source unique ou de plusieurs, » ajouta Leporina.

Oh, ça va bien avec mon pouvoir. Leporina pouvait déterminer la direction générale, et puis je pouvais envoyer la souris.

Puis j’avais reçu un message.

« Inugami, au rapport. Cible en vue. »

Le rapport d’Inugami et de ses hommes m’était venu à l’esprit par une partie séparée de ma conscience.

« Nous avons la confirmation visuelle de cinq individus ici. Les cibles sont des ogres. Cependant, Votre Majesté... leur forme est quelque peu déformée. »

Déformé ? Je pouvais contrôler les poupées en utilisant une vue aérienne, mais cela signifiait aussi que je ne pouvais voir que la zone qui les entourait. Comme les Chats Noirs surveillaient les cibles à distance, je ne pouvais pas moi-même les voir, alors je ne pouvais que l’imaginer à partir du rapport.

« Leurs visages et leur taille correspondent à ceux des ogres, mais leurs bras sont massifs et touchent le sol, ce qui les fait marcher à quatre pattes, » dit Inugami. « J’ai entendu dire que beaucoup de monstres sont bizarres par rapport à ceux dont on parle dans les légendes. Très probablement, c’est l’une de ces sous-races. »

Une sous-race d’ogres... hein. J’avais fait trembler la souris qu’il portait pour indiquer que je comprenais.

L’arrangement était que pour le moment, Inugami et son équipe surveilleraient le donjon où les ogres étaient apparus. C’était pour se préparer à une situation où plus de monstres sortaient hors de là, et parce que je ne pouvais pas avoir une unité d’espions faisant quelque chose qui se démarquait trop.

Mais même ainsi... cela avait attiré mon attention sur le fait que beaucoup des monstres qui résidaient dans des donjons avaient des formes bizarres.

Un grand nombre de monstres et de démons était apparu après l’apparition du Domaine du Seigneur Démon. Ils se distinguaient des nombreux monstres aux formes étranges qui habitaient les donjons de ce continent. Quelle était la différence entre eux ? Y en avait-il eu un pour commencer ?

Pour avoir une vue d’ensemble de ce monde, il se peut que je doive tourner mon regard vers cela.

C’était un vague sentiment, mais c’était ce que j’avais ressenti.

Pendant que je pensais à cela, nous avions atteint le village de montagne qui aurait été attaqué par les monstres.

Il s’agissait d’un hameau d’une dizaine de bâtiments seulement, mais il semblait avoir été frappé par un typhon. Aucun des bâtiments n’avait été brûlé, mais presque tous s’étaient effondrés ou avaient des trous dans les murs. S’il y avait une différence avec un typhon, c’était les éclaboussures de sang qu’on pouvait voir ici et là.

Les lignes de sang qui semblaient avoir été traînées étaient particulièrement troublantes.

« Putain... D’abord, cherchons pour voir s’il y a quelqu’un ici ! » déclara Kuu en grinçant des dents.

Nous avions tous regardé autour de nous pour voir s’il y avait des survivants. Cependant, nous n’avions même pas pu trouver les corps.

Ceux qui avaient pu s’échapper s’étaient enfuis, et ceux qui n’avaient pas pu s’enfuir avaient dû être dévorés ou entraînés.

Après avoir confirmé qu’il n’y avait plus personne dans ce village, nous nous étions rassemblés de nouveau et avions commencé nos recherches.

« Leporina, » dis-je. « Pouvez-vous dire dans quelle direction sont les monstres ? »

« Je vais essayer, » Leporina redressa les oreilles de lapin, et les secoua. Quelques secondes plus tard, elle ajouta : « Il y en a cinq à deux heures, sept à trois heures, et des bruits indiquant la présence de plusieurs autres. »

« J’entends des ogres se déplacer en groupe, » expliqua Aisha. « Les groupes de cinq et sept sont probablement des ogres. »

Les autres étaient probablement les membres des Chats Noirs postés dans toute la forêt.

J’avais envoyé les souris en bois dans les directions indiquées par Leporina. Puis, quand elles étaient parties à environ huit cents mètres du village, j’avais confirmé qu’il y avait cinq ogres, et un autre kilomètre plus loin, il y en avait sept.

Comme dans le rapport que j’avais reçu des Chats Noirs, les ogres avaient effectivement une forme bizarre. Leurs bras étaient bizarrement gros et longs, ce qui rendait leur corps extrêmement déséquilibré.

D’après les mangas et les jeux, j’avais une image d’ogres comme de grosses créatures massives avec des cornes, portant un pagne et des massues qu’ils balançaient. Mais, alors que ces ogres avaient vraiment des têtes d’ogres, ils ne portaient pas de vêtements, ils n’avaient aucune arme, et leurs corps étaient couverts de poils longs. Ils étaient comme ce que vous obtiendriez si vous croisiez un Oni avec un gorille, et ressemblaient à l’ijuu que j’avais vu dans l’encyclopédie youkai que j’avais lue quand j’étais enfant.

Les souris de bois s’étaient rapprochées et avaient confirmé que les deux groupes étaient assis en cercle et se régalaient de quelque chose. J’avais un mauvais pressentiment, alors j’avais décidé de ne pas regarder, mais j’avais aperçu l’un des villageois... Non, mieux vaut ne pas y penser.

Les ogres du genre gorilles aux yeux injectés de sang dévoraient leur nourriture avec une insouciance énorme. La seule chose dont ils donnaient l’impression, c’était qu’ils avaient très faim.

Heureusement qu’on n’a pas amené Tomoe..., pensai-je.

Si seulement j’avais considéré mon objectif d’apprendre à connaître les monstres, la capacité de Tomoe m’aurait été utile. Mais je l’avais vu rien qu’en regardant. Il y avait quelque chose de différent chez ces types. Ils ne pensaient qu’à manger.

Quand il s’agissait des humains et des animaux, une fois que leur estomac était plein de nourriture, ils se calmaient. Cependant, ces ogres mangeaient, mais ils ne montraient aucun signe de satisfaction. Ils étaient comme des goules affamés de l’enfer. Si Tomoe comprenait ce qu’ils avaient dit, elle s’évanouirait en état de choc. C’était un spectacle assez dur.

En réfrénant ma nausée, j’avais informé tout le monde de ce que je venais de voir.

En entendant mon rapport, Kuu avait enfoncé son poing dans le sol comme pour se débarrasser de ses frustrations. « Ces salauds ! Je ne leur pardonnerai jamais ! »

Hal croisa les bras. Puis il déclara. « Y a-t-il une distance entre les deux groupes ? Ce serait pénible s’ils s’engageaient en même temps. »

« La défaite d’une force divisée est une stratégie de base, vous savez, » Kaede, qui était l’officière d’état-major de Ludwin dans la Force de Défense Nationale, avait déclaré ça. « Si possible, j’aimerais me débarrasser rapidement du petit groupe. »

Kaede posa cinq et sept pierres sur le sol, puis creusa une tranchée entre elles avec un bâton.

« J’aimerais tendre un piège entre ces deux groupes. Il nous en faudrait un qui nous permettrait de retarder les sept s’ils remarquent que quelque chose ne va pas avec les cinq autres. S’ils se précipitent à leur aide, il faudrait que cela les blesse si nous sommes chanceux, » déclara Kaede.

« A-t-on le temps de poser des pièges ? » lui avais-je demandé.

« Dans tous les cas, je peux facilement utiliser ma magie pour faire des pièges, vous savez. C’est pourquoi j’aimerais ne pas me battre avec les cinq et me concentrer sur leur séparation. Si possible, j’aimerais avoir un archer qui pourrait chercher à les blesser et les affaiblir..., » déclara Kaede.

« Alors Leporina peut venir avec toi, » déclara Kuu. « Elle agit comme une idiote, mais c’est une archère capable. »

« Tu n’avais pas besoin de me traiter d’idiote, » protesta Leporina, mais elle avait quand même suivi l’ordre.

Cela nous avait plus ou moins donné notre plan de bataille. Tandis que Kaede et Leporina retardaient l’arrivée des sept ogres, Aisha, Hal et Kuu anéantiront les cinq avec leur plein potentiel de combat. Moi-même, je ne ferais que les gêner, alors je les soutiendrais à distance en utilisant le Petit Musashibo (Petit) avec la sarbacane que j’avais apportée.

Juna devait être ma garde du corps et mon commando d’assaut.

Quand l’opération avait débuté, Kuu avait donné un ordre. « Je suis désolé de vous mêler aux problèmes de mon pays. Mais pour l’instant, s’il vous plaît, donnez-nous votre force ! Mettons en marche cette force combinée impromptue ! »

« « « « D’accord ! » » » »

Bien que nous soyons une petite équipe réunie à la hâte, la première bataille commune entre le Royaume de Friedonia et la République de Turgis avait commencé.

Afin de les vaincre tous avant que les sept ogres ne viennent ici, nous avions décidé de les attaquer d’abord avec une attaque-surprise utilisant la plus grande puissance possible. L’objectif était de s’assurer qu’au moins l’un d’entre eux soit à terre lors de la frappe initiale.

☆☆☆

Partie 3

Et parmi nous, celle qui avait le plus de puissance était... Aisha.

« Hahhhhhhhhhh ! » Avec un cri de guerre, Aisha avait balancé sa grande épée.

Alors qu’ils étaient pris au dépourvu par l’assaut, l’un des ogres avait été coupé en deux sans qu’il puisse faire la moindre chose. Les quatre autres avaient paniqué quand ils avaient vu que l’un d’eux était tombé si facilement.

Puis Aisha, Hal et Kuu avaient surgi sur eux.

« Je suis sûr que tu le sais, rouquin, mais nous n’avons pas beaucoup de temps ! » cria Kuu.

« Je sais, tête blanche ! » riposta Hal.

 

 

Attends, Hal ! C’est le fils de leur chef d’État, d’accord ?

Kuu tenait le bâton de combat décoré d’un mille-pattes doré que nous avions vu dans l’atelier de Taru. Hal tenait deux courtes lances, mais le bas de leurs tiges était lié par une fine chaîne. C’était la nouvelle arme qu’il avait achetée chez Taru ? Je crois qu’on l’appelait la Lance du Serpent Jumeau.

« Vous allez payer pour ce que vous avez fait à notre peuple ! » Kuu fit tourner son bâton comme un moulin à vent, puis il se faufila avec agilité à travers les bras de son adversaire pour frapper avec précision le front de l’ogre, le plexus solaire et d’autres points essentiels. « Trop lent ! Tiens, tu peux manger ça aussi ! »

Très probablement, ce bâton avait été renforcé par un enchantement. Chaque fois que le bâton frappait la chair, il y avait un bruit sourd. L’ogre tenait l’endroit où il avait été frappé et grimaçait de douleur.

Comparé au style de combat à bout portant de Kuu, Hal agissait à moyenne distance.

Il brandissait sa lance en flammes de la main droite et la lança sur l’ogre. Quand l’ogre l’avait évitée, la lance s’était retrouvée coincée dans l’arbre derrière lui. À ce moment-là, les flammes s’étaient répandues. Il y avait eu un grand rugissement et l’arbre explosa en morceaux.

L’ogre s’avança vers Hal, pas le moindrement intimider, et il leva ses bras énormes.

« Oh, merde ! » cria Hal.

Avant qu’il ne puisse basculer vers le bas, Hal avait tiré sur sa lance restante.

Au moment où il avait tiré sur la chaîne reliant les lances à leur base, l’autre lance était retournée facilement dans sa main. Puis Hal croisa les deux lances et bloqua la frappe de l’ogre.

« Argh... Ouais, cela ne va pas si mal, vu que je l’emmène au combat sans m’être entraîné, » gémit-il.

Tandis qu’il faisait glisser ses lances croisées et redirigeait les bras de l’ogre vers la droite, Hal fit tourner le corps de l’ogre et lui donna un coup de pied circulaire enflammé en réponse sur le flanc de l’ogre. Le corps de l’ogre, qui mesurait facilement plus de deux mètres de haut, avait été rejeté sur environ cinq mètres en arrière.

Hal avait incliné son cou puis il avait regardé l’ogre. « Bon sang... Je vais devoir m’entraîner pour pouvoir l’utiliser rapidement. »

Hal avait souri, puis il lança cette fois sa lance gauche sur l’ogre.

L’ogre essaya de l’esquiver à nouveau, mais Hal utilisa la lance et la chaîne restantes pour changer son cap. L’ogre n’avait pas pu l’éviter, et elle avait heurté son épaule droite.

« Explose ! » cria Hal.

La lance entourée par les flammes avait emporté le bras droit de l’ogre.

Tandis que Kuu et Hal semblaient avoir l’avantage dans leurs batailles, Aisha combattait seule deux ogres. Malgré cela, il n’y avait aucun signe qu’Aisha avait des ennuis.

Elle avait repoussé tous les coups puissants des ogres avec sa grande épée et les avait tailladés par la suite. Au fil du temps, le nombre d’entailles gravées dans le corps des deux ogres avait augmenté.

« Ils sont tellement inexpérimentés. Ce n’est même pas un échauffement, » déclara Aisha en coupant le gros bras d’un ogre au niveau de l’épaule.

Tous les trois faisaient un travail incroyable en se battant.

Au fait... pour ma part, je les regardais de loin.

C’était pour que je puisse surveiller les sept ogres qui avaient été retardés, ainsi que tout signe d’activité ennemie dans les environs.

Chaque fois que je voyais une ouverture, je faisais tirer mon Petit Musashibo (petit) avec son arme à distance, mais les muscles épais des ogres n’arrêtaient pas de se mettre en travers de mon chemin, alors mon feu de soutien ne faisait rien de plus que de les harceler.

« Tout le monde est si fort, » m’étais-je murmuré à moi-même.

« Bien sûr, » déclara Juna. Elle se tenait à côté de moi comme garde du corps. « Aisha et Sire Halbert sont parmi les meilleurs guerriers de notre pays. D’ailleurs, Sire Kuu est également fort. Je ne suis pas sûr de pouvoir le battre. »

« Oh, ouais. Maintenant que tu le dis, tu étais l’un d’eux, hein..., » dis-je.

La commandante des marines de l’ancienne force marine. C’était quelqu’un qui avait une force qu’elle pouvait comparer aux autres.

« Je sais que je peux compter sur toi, » avais-je ajouté.

« Heehee. » Elle avait l’air contente. « Mais... ne baisse pas ta garde, d’accord ? »

Juna avait soudainement sorti un certain nombre de couteaux et les jeta vers devant nous.

Les couteaux recouverts d’eau avaient laissé des traces pendant qu’ils avançaient, puis ils s’étaient plantés dans un gros rocher qui avait volé vers nous à un moment donné, et à l’instant suivant, le rocher avait été pulvérisé. Il semblait que l’un des ogres d’Aisha s’était pris au piège et avait commencé à jeter tout ce qui lui tombait sous la main en désespoir de cause. L’une de ces choses aurait fini par arriver jusqu’à nous.

« Parce que la chose dont il faut vraiment avoir peur dans un moment comme celui-ci, c’est la flèche perdue qui vient vers vous sans intention de tuer, » avait-elle terminé.

« Oh ! D’accord..., » déclarai-je.

Alors qu’elle se recoiffait les cheveux vers l’arrière et disait cela, je m’étais senti tomber amoureux de Juna une fois de plus.

Quand il ne restait plus qu’un ogre, nous avions vu qu’il y avait eu du mouvement du côté des sept autres.

« Ah ! Les sept arrivent par ici ! Kaede et Leporina viennent aussi ici ! » je l’avais ainsi annoncé aux autres, puis je m’étais à nouveau préparé à me battre.

Leporina et Kaede s’étaient précipitées de l’autre zone. Elles se déplaçaient comme prévu, mais pour une raison ou une autre, Leporina avait l’air agitée. Elle s’était précipitée vers moi.

« Qu-Que se passe-t-il ? » lui avais-je demandé.

« Haaa, haaa... K-Kazuma ! En plus des sept, un autre groupe qui arrive de huit heures ! Ils sont cinq ! » déclara Leporina.

Un groupe !? Des renforts, maintenant !?

Mais je n’avais reçu aucun rapport des Chats Noirs. Quoi qu’il en soit, j’avais envoyé une souris en bois dans la direction indiquée par Leporina. Puis, quand j’avais trouvé le groupe... J’étais sous le choc.

Hein !? Qu’est-ce qu’ils font ici !? Me demandai-je.

J’étais si surpris que j’étais à court de mots. Quand j’avais repris mes esprits, j’avais caché ma poupée Petit Musashibo dans les buissons. Ce serait mal si ces types le voyaient.

« Qu’est-ce que c’est !? Est-ce quelque chose de mauvais ? » demanda Leporina.

Leporina avait l’air inquiète, alors j’ai secoué la tête.

« Oh... C’est bon. Ce ne sont pas nos ennemis, » répondis-je.

Et puis ils étaient sortis de l’autre côté des buissons.

On pouvait dire d’un coup d’œil qu’il s’agissait de cinq aventuriers. Le bel épéiste, la voleuse aux cheveux verts, l’artiste martial musclé, le prêtre aux manières douces et au visage doux, et la beauté tranquille qui était un mage. Je... connaissais bien ces personnes.

« Nous sommes venus vous soutenir en réponse à une demande de la Guilde des Aventuriers ! » cria le bel épéiste connu sous le nom de Dece. « Y a-t-il un responsable ici ? »

Chaque fois que je faisais sortir Petit Musashibo pour jouer à l’aventurier, c’était le groupe auquel il faisait souvent équipe.

L’épéiste s’appelait Dece.

La voleuse était Juno.

Le type bien élevé en uniforme de prêtre était Febral.

La femme magicienne s’appelait Julia.

L’homme musclé s’appelait... Qui était-il déjà ? Il n’était pas là la première fois que je faisais équipe avec le groupe... Oh ! Augus. C’était Augus.

« Hm ? »

Puis Juno était venue me voir et...

« Hey, toi. Ne s’est-on pas déjà rencontrés ? » demanda-t-elle en me regardant en face.

 

☆☆☆

 

Ce n’était qu’un rappel, mais les aventuriers étaient des individus qui gagnaient leur vie en parcourant les donjons qui existaient sur tout le continent, en tuant les créatures dangereuses qui s’en échappaient parfois, et en s’occupant de tâches comme de la défense des marchands et en tuant les brigands.

Le but d’un groupe d’aventuriers était de nettoyer un donjon et de gagner de la richesse et de la gloire en détruisant et en ramenant son noyau de donjon.

Entre eux, ils avaient des noms de postes basés sur les rôles qu’ils exerçaient.

S’ils se spécialisaient dans le combat au corps à corps, il s’agissait d’un « épéiste » ou un « bagarreur ». S’ils se spécialisaient dans le combat à longue portée, ils étaient un « archer ». Et s’ils se concentraient sur la magie, il s’agissait d’un « magicien ». De plus, il y avait le rôle de scout et de commando joué par le « voleur » et le rôle de guérisseur joué par le « prêtre », mais il ne s’agissait que de titres professionnels, et cela ne signifiait pas qu’il s’agissait de véritables voleurs ou prêtres.

Ils étaient des touches à tout de tous les métiers dont leur corps était leur principal atout, ce qui signifiait que leur position dans la société n’était pas particulièrement élevée, mais s’ils réussissaient à récupérer quelque chose d’utile dans un donjon, ils pourraient peut-être devenir riche, donc c’était un métier raisonnablement populaire et romancé.

De plus, en raison de la nature de leur métier, ils travaillaient souvent au-delà des frontières, ce qui leur permettait de s’inscrire auprès de la Guilde des Aventuriers et de bénéficier de contrôles simplifiés à l’entrée ou à la sortie d’un pays.

Vous pourriez penser que cela les rendrait faciles à utiliser comme espions, mais cela signifiait aussi qu’il était facile pour eux d’attirer l’attention. Si un aventurier s’approchait imprudemment de secrets importants, ils seraient sûrement démasqués sans poser de question.

Il n’en reste pas moins que c’était un moyen pratique de faire entrer quelqu’un dans un autre pays sous couverture, et c’est pourquoi la petite sœur générale de l’Empire du Gran Chaos, Jeanne, l’avait utilisée pour entrer en contact avec Souma dans le passé.

Maintenant, revenons à l’histoire. Nous revenons à environ une demi-journée plus tôt.

 

☆☆☆

 

Ce jour-là, l’épéiste Dece, la voleuse Juno, le prêtre Febral, la magicienne Julia et l’artiste martial Augus avaient quitté leur zone habituelle d’opérations à Friedonia afin de visiter la République de Turgis.

Ils étaient ici pour acheter de l’équipement. Ils avaient besoin de se procurer de nouvelles armes et armures pour remplacer celles qu’ils avaient utilisées dans leur activité d’aventuriers, et ils avaient tous convenu que, s’ils devaient de toute façon les acheter, ils devaient se procurer du matériel turgien, qui était réputé pour sa grande qualité.

Le fait d’être des entrepreneurs qui prenaient des emplois venant d’autres était non seulement importants sur le plan fonctionnel, mais aussi sur le plan esthétique.

Comme les importations étaient relativement chères, ils avaient décidé d’aller à l’endroit où elles étaient fabriquées afin d’économiser de l’argent.

Dece et les autres étaient tous souriants après avoir acheté leur nouvel équipement, mais la Guilde des Aventuriers avait alors lancé une quête d’urgence.

Apparemment, un donjon avait été découvert près d’un village de montagne, et des ogres en étaient sortis pour attaquer ce petit village. La quête était de « coopérer à l’asservissement des ogres ».

Ces sortes de quêtes d’urgence étaient émises au nom de la guilde et du pays, et les aventuriers de la région touchée étaient à moitié forcés de les accepter. Ils pourraient refuser, mais dans l’éventualité où ils le feraient, ils seraient confrontés à des mesures sévères, comme la perte de leur statut d’aventurier.

« Eh bien, s’il s’agit d’une quête d’urgence, nous ne pouvons pas vraiment refuser, » commenta Dece. « Tout le monde, allons-y. »

« Urgh... Je viens juste d’avoir ce nouvel équipement, et je dois déjà le salir ? » Juno s’était plainte.

Leurs épaules s’étaient affaissées lorsqu’ils s’étaient rendu compte qu’ils étaient entraînés dans de véritables problèmes.

Malgré tout, ils ne pouvaient pas ignorer une quête d’urgence.

Comme ils ne pouvaient rien faire d’autre, Dece et les autres s’étaient précipités dans les montagnes pour rejoindre le groupe qui était déjà sur place et s’occupait du problème.

☆☆☆

Partie 4

« ... Hé, toi, » déclara Juno. « Ne s’est-on pas déjà rencontrés ? »

La voleuse aux cheveux verts tape-à-l’œil avait dix-sept ans, peut-être dix-huit. Ses yeux provocateurs semblaient mal adaptés à son visage enfantin qui me regardait fixement.

Au sein de son groupe, elle s’était spécialisée dans le repérage et l’embuscade, alors elle s’était toujours habillée légèrement, avec des pantalons chauds et un débardeur avec une cuirasse par-dessus. Mais à cause du climat froid de ce pays, elle portait maintenant une cape par-dessus.

« Ton visage..., » continua-t-elle. « J’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part ? »

« Euh..., » avais-je dit.

Je ne savais pas exactement de quel visage elle parlait. Était-ce mon visage sur le Joyau de Diffusion de la Voix en tant que roi de Friedonia, ou mon visage quand nous nous étions rencontrés dans les anciens bidonvilles, ou le visage de la personne dans l’aventurier Petit Musashibo... ? Oh, attends, je contrôlais ce Petit Musashibo à distance. Eh bien, peu importe laquelle de mes identités alternatives c’était, ce serait difficile à expliquer.

À en juger par les rides sur le front de Juno, il semblait que Juno elle-même ne pouvait pas se rappeler d’où elle m’avait vu. Dans ce cas, ma solution avait été décidée.

J’avais offert ma main droite à Juno. « Enchanté de vous rencontrer. Est-ce que vous seriez les aventuriers qui viendraient nous soutenir ? »

« Hein ? Euh... Oui, mais..., » commença Juno.

« Waouh, c’est une bonne chose que vous soyez là. » J’avais pris la main droite de Juno et je l’avais serrée avec force.

Mon plan était de faire avancer les choses avant qu’elle ne comprenne quoi que ce soit. Alors que je tenais encore la main droite de Juno, j’avais montré le dernier des cinq ogres que les autres continuaient à combattre.

« Nous sommes également venus ici pour tuer des ogres et répondre à la demande d’aide de Sire Kuu, » déclarai-je.

« V-Vous l’avez fait ? » Juno m’avait regardé d’un air vide.

Wôw... J’avais l’air d’avoir assez bien joué mon rôle.

« ... Chéri ? » Juna, qui se tenait à côté de moi, me regardait avec un sourire.

Même si elle n’avait pas dit un mot, je pouvais dire à quoi elle pensait...

« Oh, mon Dieu, combien de temps comptes-tu lui tenir la main ? »

« Quel genre de relation entretiens-tu avec elle... ? »

J’avais l’impression d’être interrogé. J’étais comme une grenouille, paralysée par les regards d’un serpent. Non, pas n’importe quel serpent, mais un serpent de mer géant. C’était dans ces moments-là que je sentais vraiment que Juna était la petite-fille d’Excel, le Serpent de Mer.

J’avais lâché la main de Juno, puis j’avais placé la conversation vers le chef de leur groupe, Dece, qui avait l’air de se demander de quoi nous parlions.

« Nous avons fini de tuer ces cinq-là, mais sept autres ogres arrivent par ici, » avais-je dit. « J’aimerais que vous nous aidiez à les vaincre. »

« Bien sûr, » déclara-t-il. « Compris. Tout le monde, allons-y ! »

« Ouais ! » déclara Augus.

« « D’accord ! » » crièrent Febral et Julia.

Juno avait continué à me fixer, mais grâce à Juna qui s’était subtilement insérée entre nous, nous avions pu briser sa ligne de vue.

Juno avait pris un air irrité en voyant quelqu’un se mettre entre nous.

Juna ne fit pas disparaître son sourire alors que l’autre femme la regardait d’un air empli de doute.

Des étincelles volaient entre elles.

... Pourquoi était-ce ainsi ? J’avais ressenti une douleur à l’estomac.

Eh bien, à part ça...

Peu de temps après ça, les sept ogres étaient apparus, mais notre groupe initial de sept avait été renforcé par les cinq aventuriers, alors nous étions maintenant douze.

Même en m’excluant, parce que je ne pouvais pas utiliser ma poupée Petit Musashibo devant Juno et son groupe, ce qui signifiait que j’avais été réduit à un rôle de scout avec Juna pour me surveiller, nous avions encore assez de monde pour les vaincre.

Tandis que Dece et Juno étaient bien en dessous d’Aisha ou de Hal au niveau des capacités, Dece et Augus gardaient les ogres sous contrôle sur la ligne de front, Febral guérissait leurs blessures, Juno perturbait les ogres et les coupait avec deux épées empoisonnées, et Julia les achevait avec sa magie.

Ils avaient utilisé ce genre de travail d’équipe pour éliminer deux ogres. Ils avaient ainsi vaincu des ennemis qu’ils ne pouvaient vaincre seuls avec la puissance du travail d’équipe.

C’était un style qui différait des soldats sur le champ de bataille et qui leur convenait en tant qu’aventuriers.

Petit Musashibo en fait partie..., pensai-je.

Le Petit Musashibo que je faisais agir comme un aventurier avait souvent formé un groupe temporaire avec eux. Son rôle était de mener le genre de combat de première ligne que Dece et Augus menaient. Même si c’était temporaire, il s’était joint à eux à plusieurs reprises, alors j’étais sûr qu’il pouvait travailler de concert avec eux.

On lui avait aussi demandé de se joindre officiellement au groupe, mais je ne pouvais pas me permettre de laisser l’une de mes consciences se consacrer constamment à l’aventure, alors j’avais poliment refusé.

Quand je pense que je les rencontrerais dans ce pays..., avais-je réfléchi. Est-ce méchant d’être... ?

« La destiné est une maîtresse inconstante, et la misère fait la connaissance d’un homme avec d’étranges amants..., » avais-je murmuré.

« Hm ? As-tu dit quelque chose ? » demanda Juna.

« Non, rien du tout, » avais-je secoué la tête.

Celui qui, à un moment donné, était devenu le dernier ogre avait encaissé la lance flamboyante de Hal dans son flanc, ce qui avait créé un gros trou quand cela avait explosé.

Nous avions ainsi exterminé tous ceux qui étaient dans cette zone.

Il n’y avait pas eu d’autres ennemis d’après les Chats Noirs qui surveillaient l’entrée du donjon, donc la mission était accomplie.

« Vous vous en êtes tous très bien sortis, » déclara Kuu. « Kazuma et compagnie, et vous aussi, les aventuriers. Je vous remercie au nom du peuple de ce pays. »

Kuu et Leporina inclinèrent la tête. Il s’exprimait formellement, sans doute parce qu’il était le créateur de la quête.

Puis Kuu avait levé la tête et avait souri à Dece et aux autres en riant. « Vous nous avez vraiment sauvés. Nous dirons à la guilde que la quête est terminée. Et aussi à propos de votre rôle dans tout ça, bien sûr. Allez les voir pour votre récompense. »

« D-D’accord, » déclara Dece. « Compris. Alors, on va y aller. »

Dece et les autres s’inclinèrent et rebroussèrent chemin.

Quand ils étaient presque hors de vue, Juno semblait paniquer à propos de quelque chose et avait couru jusqu’à revenir ici de son propre chef.

Oh, merde ! Avait-elle trouvé quelque chose ?

Elle s’était tenue devant moi, et avait poussé un doigt dans ma direction. « Je me souviens maintenant ! Tu — tu es le gars dans le camp des réfugiés de Parnam ! »

Oh, c’est donc de cette identité qu’elle se souvient, hein..., pensai-je.

Il semblerait qu’elle ne me reconnaissait pas comme le roi, ou comme celui à l’intérieur de Petit Musashibo, mais comme l’homme qu’elle avait rencontré dans le camp des réfugiés. Je me demandais comment j’allais esquiver la question, mais j’avais l’impression qu’essayer de mentir alors qu’elle me regardait avec une telle intensité se retournerait contre moi.

J’avais posé ma main sur le dessus de ma tête et je m’étais légèrement incliné. « Ohh... Merci pour cette époque... »

« Je le savais ! Je voulais te demander quelque chose depuis tout ce temps ! À l’époque, je n’ai jamais donné mon nom, mais tu m’as appelé Juno ! Comment connaissais-tu mon nom ? »

« C’est..., » commençai-je.

Quelle était la meilleure façon de répondre à cela ? Je ne pouvais pas dire que c’était parce que j’étais le Petit Musashibo et que j’avais souvent travaillé avec son équipe... non ?

Mais, hein ? Était-ce nécessaire de garder le secret ? Ce serait problématique s’ils apprenaient que j’étais le roi en ce moment, mais s’ils découvraient que j’étais lié au Petit Musashibo... ce ne serait pas vraiment un problème, non ?

« Eh bien... La vérité, c’est que —, » commençai-je.

« Hé, Juno ! Nous te laissons derrière ! ! » Dece l’avait appelée de loin.

Juno avait serré ses dents arrière, puis elle avait poussé son index vers moi. « La prochaine fois qu’on se rencontrera, j’obtiendrai des réponses de ta part ! »

Puis, laissant ces mots derrière elle, Juno s’était précipitée vers le reste de son groupe.

« La prochaine fois qu’on se rencontrera... hein, » murmurai-je.

Après tout, j’étais d’accord pour le lui dire, mais j’avais fini par garder le secret.

Pour être honnête, j’étais toujours dans le centre de Parnam, et je ne sortais pas souvent dans la ville du château. Alors est-ce que j’allais encore rencontrer Juno en chair et en os ?

Pendant que je me demandais ça, Kuu avait applaudi. « Maintenant... Leporina, Kazuma, il n’y a plus d’ogres en dehors du donjon, non ? »

« C’est vrai, » déclara Leporina. « Je n’entends plus aucun groupe bouger. »

J’étais d’accord avec ça. « J’ai envoyé mes souris en bois après les sources sonores individuelles, et je peux confirmer qu’il n’y a plus d’ogres près d’ici. »

Kuu hocha la tête. « Dans ce cas, ça devrait aller maintenant. L’armée devrait arriver d’un moment à l’autre, pour qu’on puisse leur laisser la garde du donjon. Surveilles-tu l’entrée, au cas où ? »

« Tout à fait, » lui avais-je répondu. « On dirait qu’il n’y a pas eu de mouvement là-bas. »

Mais pour être tout à fait exact, il s’agissait des Chats Noirs qui la surveillait. Il n’y avait pas eu d’autres rapports, alors c’était probablement le cas.

Kuu avait réfléchi pendant un moment.

« Alors, peux-tu surveiller jusqu’à l’arrivée de l’armée ? » demanda-t-il finalement. « Si d’autres monstres sortent, il faudra s’occuper d’eux. »

Il s’était plutôt bien exprimé, en tant qu’individu au-dessus des autres, alors que sa position était que toutes les précautions devaient être prises jusqu’à ce que les choses soient entièrement sécurisées. Naturellement, j’avais accepté de tout cœur de le faire.

« Bien reçu, » répondis-je. « Je monte la garde jusqu’à l’arrivée de l’armée. »

« Je compte sur toi. OK, alors, y retourne-t-on aussi ? Franchement, je suis désolé. Te laisser se charger de nos problèmes comme ça, » déclara Kuu en souriant. « Je suis vraiment reconnaissant, tu sais ? Laisse-moi te payer la même récompense que nous paierons aux aventuriers. »

Mais j’avais secoué la tête. « Non, c’était dans le domaine de la coopération internationale. Je n’ai pas besoin de compensation. »

« Hein ? Je ne me sens pas à l’aise de le laisser comme ça..., » déclara Kuu.

« Tu ne le sens pas ? Hm... Si tu insistes, pourrais-tu demander à ton père d’être prêt à faire toutes sortes de concessions à mon pays dans les prochaines négociations ? » lui avais-je demandé en plaisantant.

Kuu avait ri et avait placé son bras autour de l’épaule. « Oookyakya, ça n’arrivera pas ! Lorsqu’il s’agit de négociations avec d’autres pays les moyens de subsistance de mon peuple sont en jeu. Je suis peut-être reconnaissant, mais nous ne pouvons pas faire de concessions. »

« Hahahaha, vraiment ? Alors, c’est dommage, » déclarai-je.

« Ce n’est pas ce que tu veux dire, » sourit Kuu. « Si c’est le cas, essaye d’avoir l’air un peu plus déçu. »

Nous nous étions regardés et avions ri.

Aisha et Juna nous regardaient en souriant.

« Je ne sais pas comment le dire, mais ils sont si jeunes quand on les regarde comme ça, » déclara Aisha.

« Heehee, » ricana Juna. « D’une certaine façon, c’est relaxant. »

Je me sentais un peu gêné.

☆☆☆

Chapitre 6 : Un atout pour les négociations

Partie 1

Après avoir remis la gestion du donjon aux militaires de la république, nous nous étions précipités vers la ville de Noblebeppu, où Roroa et Tomoe nous attendaient. C’est là que nous attendaient les pourparlers avec le père de Kuu, le chef de la République de Turgis.

Il avait été convenu que les discussions auraient lieu dans une salle de l’auberge où nous étions logés, avec un nombre très limité de personnes présentes. Il s’agissait du résultat de la prise en compte de la situation turgienne, dans laquelle une réunion plus large exigerait de prendre en considération le temps de passer par un processus avec le Conseil des Chefs.

Nous avions pu rentrer à Noblebeppu à midi le jour des pourparlers. Nous étions restés dans le village de montagne près du donjon une nuit après l’extermination des ogres, puis nous étions partis juste avant l’aube, mais il nous avait fallu tout ce temps pour arriver.

Bien que la situation ait été expliquée à l’autre partie, nous avions dû les faire attendre pendant un certain temps.

Quand j’étais descendu du chariot devant l’auberge, Roroa et Tomoe étaient sorties de l’auberge pour nous accueillir.

« Bon retour, chéri ! » Roroa m’avait appelé. « Tu m’as fait peur. »

« Bon retour parmi nous, » déclara Tomoe. « Je suis contente que tu ailles bien, Grand Frère. »

« Je suis de retour, Roroa, Tomoe, » répondis-je.

Quand je les avais tapotées sur la tête, elles avaient tressailli et souri. En les voyant ainsi, j’étais soulagé d’avoir pu revenir sain et sauf.

Avec l’aide de Dece, Juno et d’autres, on pourrait croire qu’il n’y avait finalement pas eu beaucoup de danger. Mais le fait de voir ces ogres macabres qui semblaient sortir de l’enfer, se régaler de ce qui semblait être de la viande humaine m’avait peut-être fait me sentir un peu faible. Après tout, c’était un spectacle traumatisant.

« Ouf, on est là. » En descendant du chariot, Kuu tourna les bras en rond. « Il est déjà midi, ton roi et mon père ont-ils déjà commencé les pourparlers ? »

Nous, les habitants du royaume, l’avions regardé d’un air vide, mais...

Oh, c’est vrai, tout le monde s’en était vite rendu compte. Les seuls ici qui ne le savaient pas étaient Kuu et Leporina.

J’avais fait un sourire tendu et j’avais dit à Kuu : « Non, pas encore. Après tout, l’un des leaders vient juste d’arriver. »

« Hein ? Qu’est-ce que c’est censé... ? » commença Kuu.

Quand Kuu était sur le point de demander, un groupe d’environ cinq personnes s’était dirigé vers nous depuis l’autre côté du chemin. Celui qui les menait était un singe des neiges corpulent, au visage sévère.

Il s’agissait d’une montagne de muscles. Ses pattes et sa barbe avaient fusionné en une sorte de crinière de lion blanc.

Si Kuu était Sun Wukong, cet homme pouvait s’appeler le Roi Singe. Sa robe blanche et sa cape blanche avec des épaulettes lui donnaient l’air d’être la personne de haut rang qu’il était.

Avec des soldats derrière lui, le grand homme se tenait devant nous.

« Hm ? Tiens, tiens, c’est mon père, » déclara Kuu au singe des neiges. « Qu’est-il arrivé aux pourparlers ? »

Oui, comme je l’avais supposé, ce grand singe des neiges était le père de Kuu, et aussi le chef de la République de Turgis.

L’homme avait ignoré Kuu et s’était tenu devant moi. « Ravi de vous rencontrer, roi de Friedonia. Bienvenue en République de Turgis. Je suis le chef de l’État, Gouran Taisei. »

Sire Gouran avait souri. Puis il avait tendu sa main droite. Il avait un visage sévère, mais avec un sourire courtois.

J’avais pris sa main droite. « Je suis aussi ravi de vous rencontrer, Sire Gouran. Je suis le roi Souma Kazuya du Royaume-Uni d’Elfrieden et d’Amidonia. »

Nous avions rassemblé nos mains gauches et nos mains droites jointes pour une poignée de main à deux mains.

En nous regardant agir ainsi, la bouche de Kuu s’était ouverte comme s’il ne comprenait pas ce qui se passait. Finalement, il avait dû s’en rendre compte dans sa tête, parce que les yeux de Kuu s’étaient écarquillé.

« Quoiiii !? Kazuma est roi !? » s’écria Kuu.

« Actuellement, Kuu, tu es impoli avec Sire Souma, » réprimanda son père.

« Non, c’est de ma faute de n’avoir rien dit, » déclarai-je. « Désolé de ne pas vous l’avoir dit, Kuu. Mon vrai nom est Souma Kazuya. J’ai au moins informé votre chef d’État à ce sujet. »

Une fois que je m’étais excusé d’avoir gardé le secret, Kuu avait poussé un soupir. « Quand je pense que... le type que j’ai croisé dans l’atelier de Taru était le roi d’un pays voisin... »

« Je pourrais dire la même chose, » déclarai-je. « Qui aurait cru que le fils du chef de l’État de ce pays viendrait sur un numoth pendant que je parlais affaires avec Taru ? »

Tu parles d’un heureux hasard. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était d’en rire avec ironie.

Sire Gouran, qui nous observait, s’était bien amusé. « Si l’on compte les points, je suis le plus confus de tous. Qui aurait cru que mon propre fils collaborait avec un roi étranger ? De plus, il semble que vous nous ayez aidés à subjuguer les monstres qui se sont échappés d’un donjon. Je vous remercie chaleureusement au nom de mon peuple. »

Gouran inclina la tête. Je sentais qu’il était lié à Kuu en raison de sa posture franche.

« S’il vous plaît, levez la tête, » déclarai-je. « Les monstres dans les donjons sont une menace pour l’humanité entière. C’est comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, il est donc tout naturel que j’offre mon aide, que ce soit dans le royaume ou dans la république. »

« Eh bien, je suis reconnaissant de vous entendre dire cela..., » Sire Gouran remarqua Roroa, qui se tenait à côté de moi, et cligna des yeux. « Pardonnez-moi. Ne seriez-vous pas la princesse Roroa d’Amidonia ? »

« Oui, Seigneur Gouran. Je suis Roroa Amidonia, » Roroa souleva l’ourlet de son manteau et fit une révérence.

Pendant un moment, ce geste avait été fait avec tant de raffinement que j’avais dû me demander si elle était vraiment Roroa. Avait-elle fait disparaître son argot marchand habituel et avait-elle répondu poliment parce qu’il était le représentant d’une nation ?

Pour nous, qui connaissions la Roroa habituelle, elle ressemblait à un petit tanuki jouant les innocents...

« Savez-vous qui je suis, Seigneur Gouran ? » avait-elle demandé.

« Nous ne nous connaissons pas directement, mais vous m’avez rappelé votre mère, » déclara-t-il.

« Ma mère ? » Roroa inclina la tête sur le côté.

Si je me souviens bien, la mère de Roroa était décédée quand elle était petite, n’est-ce pas ? Je m’en étais souvenu parce que lorsque nous avions organisé des funérailles pour Gaius, il avait été enterré dans la tombe de la famille princière, où sa femme avait déjà été enterrée.

Avec un rire chaleureux, Gouran continua. « Quand j’étais jeune, il n’y avait que des escarmouches mineures, mais j’ai croisé ma lame avec l’armée amidonienne à plusieurs reprises. Dans ce processus, j’ai recueilli des informations sur Amidonia. Vous savez, Sire Gaius était un adversaire redoutable. Rien n’aurait pu être plus gênant. »

« Je... Je vois..., » Roroa avait eu du mal à donner une réponse adéquate.

Il y avait eu un désaccord entre elle et son père. Quand quelqu’un riait et lui racontait des choses à son sujet qui pouvaient être des compliments ou des insultes, elle ne devait pas savoir comment réagir.

Sire Gouran avait continué malgré la réaction de Roroa. « J’ai entendu dire que votre mère était une personne si joyeuse qu’elle pouvait rire du visage sévère de Sire Gaius. J’ai aussi entendu parler de la façon dont vous vous êtes mariées, vous et votre pays avec vous, au roi Souma. Vous avez dû hériter de son audace. »

« Je-Je vous remercie..., » Roroa répondit, en me lançant un regard qui criait, chéri, aide-moi !

Elle semblait troublée par le fait qu’il soulevait des sujets gênants auxquels il lui était difficile de répondre et qu’en vérité, il le faisait apparemment sans mauvaise intention.

Contrairement à Roroa, j’avais été impressionné par Sire Gouran. Même s’il vivait dans ce pays fermé, il n’avait pas été laxiste dans la collecte d’informations sur le monde extérieur.

Eh bien ! À part ça, Roroa était proche des larmes, alors j’avais décidé d’aider à ce moment-là.

« Sire Gouran, devrions-nous commencer les pourparlers maintenant ? » demandai-je.

« Oh, désolé, j’ai été impoli, » déclara Sire Gouran avec une expression extrêmement sérieuse. « Je sais que les pourparlers étaient prévus pour aujourd’hui, mais entre l’asservissement des ogres et le voyage, vous devez être fatigué. S’il vous plaît, détendez-vous pour aujourd’hui, et nous tiendrons les pourparlers demain. »

« ... Eh bien, d’accord, » avais-je dit. « Je vous serais reconnaissant si nous pouvions le faire de cette façon. »

Je ne voulais pas précipiter les négociations, je voulais qu’on prenne notre temps. Et c’était vrai que j’étais fatigué. J’avais donc décidé d’accepter l’offre de Sire Gouran.

Nous restions dans l’auberge, et Sire Gouran et son entourage restaient dans la villa où Kuu avait séjourné près d’ici.

Alors, demain, nous réserverions toute l’auberge pour la réunion.

C’est ici que tout serait décidé.

 

☆☆☆

Cette nuit-là, j’avais utilisé le joyau que j’avais apporté en secret pour contacter Hakuya se trouvant dans la capitale de Parnam. Quand j’avais expliqué la situation à Turgis...

« Franchement... à quoi pensiez-vous ? » demanda-t-il, exaspéré. « Il devrait être impensable pour le roi d’une nation d’aller tuer des ogres. »

C’était la première chose qui était sortie de la bouche de Hakuya.

« Eh bien, je pensais que je devais..., » commençai-je.

« Il semblerait qu’une réprimande de Lady Liscia soit inévitable à ce stade, » poursuit-il.

« Argh... Liscia est-elle là aussi ? » avais-je demandé avec hésitation, mais Hakuya secoua la tête.

« Non. Lady Liscia est déjà allée se reposer dans le domaine du Seigneur Albert, » répondit Hakuya.

« Dieu merci... Je ne voudrais pas l’inquiéter maintenant, » déclarai-je.

Elle portait notre enfant. Je ne pouvais pas me permettre de l’inquiéter indûment.

Mais c’était vraiment dommage de ne pas voir le visage de Liscia et de ne pas entendre sa voix. Je voulais la remercier directement d’avoir eu notre enfant. J’avais l’impression d’être un père qui vit loin de sa famille à cause des affaires.

Hakuya avait l’air exaspéré. « Si vous le savez, je veux que vous soyez prudent. Vous serez bientôt père, Votre Majesté. »

« Je vais prendre ça à cœur..., » déclarai-je.

Il n’y avait rien d’autre que je pouvais dire en réponse. Je devais être honnête avec moi-même et y réfléchir. Cela dit, si je rencontrais une situation identique à l’avenir, je ne savais pas vraiment si je pouvais être prudent ou non.

« Alors, comment se passe le plan de votre côté ? » lui avais-je demandé.

« J’ai déjà reçu l’assentiment de l’autre partie. Les préparatifs sont terminés, mais... Que pensez-vous de Sire Gouran, Sire ? » demanda-t-il.

« Qu’est-ce que vous voulez dire exactement ? » demandai-je.

« Pensez-vous que les pourparlers seront un succès ou non ? » demanda-t-il.

J’y avais un peu réfléchi. Je m’étais souvenu de ce que j’avais vu de Sire Gouran aujourd’hui.

« Il a l’air rude, mais je pourrais aussi voir un côté plus sensible chez lui. Il a l’air d’un guerrier, mais ce n’est pas tout. Si on le sous-estime, il en profitera. Ce n’est pas pour rien le chef d’une nation, » déclarai-je.

« Sire... pour que les négociations se déroulent sans heurts, vous vouliez démontrer la puissance de notre nation, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Pour nouer des relations amicales, je veux leur montrer les mérites d’une alliance avec nous, et les démérites de faire de nous un ennemi. Mais à première vue, il ne va pas se laisser intimider par n’importe quoi. Raison de plus pour que le tour que vous avez mis en place soit utile, » répondis-je.

J’avais souri.

« S’il vous plaît, n’y allez pas demain avec ce regard sur votre visage. » Hakuya soupira d’exaspération.

☆☆☆

Partie 2

Pendant ce temps, le chef de la République Gouran et son fils Kuu étaient dans le salon de leur villa à Noblebeppu, parlant de Souma et ses compagnons autour d’un verre.

« Quand tu étais avec ce roi, quelle était ton opinion sur lui ? » demanda Gouran en penchant une coupe de lait fermenté.

« C’est un drôle de type, » gloussa Kuu. « Il a l’air faible, mais je suppose qu’on peut dire qu’il y a quelque chose en lui qu’on n’arrive pas à comprendre ? »

Gouran inclina la tête sur le côté en écoutant les paroles de son fils. « Alors... qui est-il, à la fin ? »

« Comme je l’ai dit, je ne sais pas. C’est probablement un roi qui règne par la plume, et non pas par l’épée. Kazuma... non, Souma a l’air faible, et il n’est vraiment pas fort, mais il a une bonne collection de subordonnés autour de lui. Surtout, cette elfe sombre. Elle est dans une classe à part. Et même si Souma a l’air complètement vulnérable, si tu fais l’erreur d’essayer de poser la main sur lui, ses subordonnés laisseront traîner des tas de corps. »

« Hm..., » avait réfléchi Gouran. « Alors, il s’agit d’un roi qui est aimé et protégé par ses vassaux ? »

« Oook... J’ai l’impression que c’est bien plus que ça. C’est un malin, donc il ne sera pas imprudent, mais ce n’est pas comme s’il n’avait aucun courage. Peu importe à quel point il faisait confiance à ses subordonnés, un faible ne déciderait pas si facilement de m’accompagner dans une tâche aussi dangereuse que de soumettre ces ogres, non ? S’il peut mettre sa propre vie sur la balance, c’est la preuve qu’il a réussi grâce à sa propre part d’épreuves. »

« Après tout, on dit qu’il a vaincu un militaire comme Gaius VIII, » Gouran hocha la tête.

L’ascension de Souma au trône avait déclenché une guerre entre le royaume des Elfrieden et la Principauté d’Amidonia. D’après les histoires qu’ils avaient entendues, la guerre avait été une victoire écrasante pour le royaume, mais Gaius VIII avait montré sa fierté en tant que guerrier jusqu’à la fin.

Même si la guerre avait été décidée, et que ses troupes s’étaient brisées et dispersées, le prince héritier Julius s’était échappé, tandis que Gaius lui-même était parti avec ses serviteurs personnels et avait chargé une grande armée, s’approchant à quelques pas du cou de Souma.

Même dans la défaite, Gaius avait conservé sa fierté de guerrier.

Ceux qui avaient perdu une guerre avaient toujours été au début vilipendés. Les vainqueurs répandaient ces histoires pour démontrer la justice de leurs propres actions.

Cependant, dans le cas de Gaius, parce que sa fille Roroa allait épouser Souma et qu’ils avaient tenté d’unifier les deux pays, Souma n’avait jamais mal parlé de lui et il n’avait pas une réputation imméritée.

La réputation de guerrier de Gaius était défendue par une fille qui ne s’entendait pas avec lui et par son fiancé qui l’avait combattu en tant qu’un ennemi sans tenir compte de l’opinion des gens sur sa performance en tant que prince souverain. C’était donc à l’individu de décider s’il s’agit d’une bonne manigance de l’histoire ou d’une ironie.

Voilà ce que Gouran pensait.

Peut-être qu’en affrontant Gaius, Souma avait gagné un courage qui ne correspondait pas à son propre corps faible.

Si c’est ça... Gaius a laissé un souvenir incroyable.

Que Gouran l’ait souhaité lui-même ou non, les fils du destin avaient continué à s’enrouler autour de lui. Tout en sentant l’écoulement du temps, il se tourna vers Kuu, qui buvait du lait fermenté devant lui.

Est-ce que le fait de s’impliquer avec Souma va changer quelque chose chez mon idiot de fils ? Cela peut s’avérer avoir un grand sens pour la république...

Gouran avait fini le reste de son lait fermenté et avait pris sa décision.

 

☆☆☆

La nuit s’était levée, et il s’agissait maintenant du jour de la réunion.

Nous avions réservé la grande salle de l’auberge où nous étions logés, et Gouran et moi étions assis en face l’un de l’autre. Il s’agissait de l’endroit que nous avions utilisé pour la fête avant, donc il n’y avait ni tables ni chaises. Nous étions assis avec les jambes croisées sur des coussins aux couleurs brillantes disposés sur le tapis.

De part et d’autre de moi se trouvaient Juna et Roroa, qui n’avaient plus besoin de cacher leurs positions, et Kuu était assis à côté de Gouran.

Derrière nous se trouvaient Aisha et le reste des membres de notre groupe, à l’exception de Tomoe, et derrière Sire Gouran et Kuu, il y avait un groupe de soldats de ce pays dirigé par Leporina.

Chacun de ces groupes s’était tenu au garde-à-vous et avait protégé leurs dirigeants respectifs.

Je m’inclinai légèrement, puis je regardai Sire Gouran droit dans les yeux. « Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier d’avoir organisé cette rencontre. »

« Ne vous en faites pas, » déclara-t-il. « Ce n’est pas souvent qu’on a la chance de parler avec le roi d’un pays voisin. J’aimerais profiter de cette rare occasion pour parler ouvertement de choses qui seront bénéfiques pour nos deux pays. »

Sire Gouran me rendit mon léger salut et me regarda droit dans les yeux.

Nous étions tous les deux les dirigeants de nos pays respectifs, de sorte que ni l’un ni l’autre ne pouvaient s’incliner profondément d’une manière qui impliquait que l’un était plus haut ou plus bas que l’autre.

Gouran se retourna pour regarder sur le côté. « Toutefois... Je suis surpris. Dire que vous auriez apporté une telle chose ici... »

Il regardait le Joyau de Diffusion de la Voix. Le cristal massif que j’avais aussi utilisé pour communiquer avec Hakuya hier occupait un coin de la pièce.

Sire Gouran avait plissé son front. « C’est un Joyau de Diffusion de la Voix, n’est-ce pas ? Est-ce diffusé quelque part ? »

« Non, il s’agit d’un uniquement utilisé à des fins de communication, » répondis-je. « Il ne le diffuse pas à mon peuple. »

« ... Je vois, » répondis-je.

« En avez-vous aussi des joyaux dans ce pays ? » lui avais-je demandé.

« Juste un seul. J’aimerais en avoir plus, mais ils sont faits de noyaux de donjon. Malheureusement, nous n’avons vaincu qu’un seul donjon dans ce pays, » répondit-il.

« Je vois..., » dis-je.

C’était vraiment gênant qu’il n’y ait qu’un seul noyau de donjon.

Le pays possédait une assez grande superficie de terrain, alors je voudrais au moins qu’il y en ait un pour la radiodiffusion et un pour les communications.

Si nous en avions eu d’autres, j’aurais été prêt à les vendre ou à les échanger, mais sur les cinq noyaux de donjon que nous avions actuellement, un était utilisé pour les émissions à partir du château, un pour communiquer avec l’Empire et trois pour les programmes diffusés. Malheureusement, je n’avais aucun moyen d’aider.

Et bien, avec ces plaisanteries de côté, j’avais plongé dans l’affaire qui nous occupe. « Maintenant, Sire Gouran, j’ai une proposition à vous faire... »

« L’“alliance médicale”... n’est-ce pas, » avant que j’aie pu le dire, Sire Gouran avait croisé les bras et maugrée. « Des traitements qui ne reposent pas sur la magie blanche... C’est vraiment fascinant. Des médecins, n’est-ce pas ? Pour ce pays, où il est difficile de se déplacer à l’extérieur en hiver, il serait très important de pouvoir stationner en permanence une personne qui pourrait effectuer les traitements dans chaque village. En plus, vous dites qu’ils peuvent traiter des maladies que la magie blanche ne peut pas traiter. J’aimerais beaucoup avoir ça. »

Sire Gouran avait l’air impressionné. J’avais l’impression que nous n’avions pas pris un mauvais départ.

Mais l’expression de Sire Gouran devint sévère.

« Cependant, il y a des choses que je ne comprends pas ici. Pourquoi nous apporter ça ? L’étude de ce seul sujet ne permettrait-elle pas à votre pays de devenir plus puissant ? » demanda-t-il.

Il avait des yeux soupçonneux. Il essayait de savoir si j’avais des arrière-pensées.

Quand il m’avait demandé cela, j’avais pensé un instant à la réponse de l’impératrice de l’Empire du Gran Chaos. Elle pourrait dire : « La médecine ne connaît pas de frontières. »

Cette personne, qui n’était pas une sainte autoproclamée, mais qui avait été proclamée sainte par d’autres, était du genre à penser à ce qui était le mieux pour le monde entier, et donc ce genre de paroles lui convenait.

Pour moi, par contre, ce genre d’idéalisme ne me convenait pas. J’avais toujours pensé d’abord au bénéfice de mon propre pays. Je ne pensais pas que c’était une mauvaise chose, mais si quelqu’un comme moi disait : « La médecine ne connaît pas de frontières », les mots pourraient sembler creux.

J’avais donc regardé Sire Gouran dans les yeux en répondant : « C’est... pour des raisons pratiques. »

« Des raisons pratiques ? » demanda Sire Gouran.

« Tout à fait. C’est vrai qu’il vaudrait mieux l’étudier dans mon seul pays. Cependant, cela prendrait trop de temps et d’argent. La médecine n’est pas un sujet qu’un pays peut étudier entièrement seul. Si j’essayais de tout faire avec un seul pays, je n’aurais pas assez de temps, de personnel ou de financement, » répondis-je.

Ce qu’il me fallait démontrer, c’était l’avantage réaliste de diviser la recherche. Si je pouvais prouver que ce serait bénéfique à la fois au royaume et à la république, je pourrais faire bouger les choses.

« C’est pourquoi, comme je l’ai proposé à Kuu, je veux que la république produise du matériel médical et nous l’exporte. Nous enverrons les médecins qui peuvent utiliser cet équipement. Si cela peut être réalisé, le domaine de la médecine devrait progresser considérablement dans nos deux pays, » déclarai-je.

« C’est vrai. Il semble bien que les deux pays en tirent profit, » Gouran avait fait un grand signe de tête.

Est-ce que ça... allait marcher ?

« Eh bien, alors..., » commençai-je.

« Cependant, » on aurait dit que les choses s’arrangeaient, mais Sire Gouran m’avait fait un regard sévère. « Peut-on vraiment appeler cela un échange équitable ? »

« ... Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demandai-je.

« En entendant votre proposition d’alliance médicale, j’y ai beaucoup réfléchi pour ma part. Cela peut paraître avancé, mais, pour faire court, je pense que c’est juste une évolution dans la façon dont les médecins traitent leurs patients, hommes et femmes, » déclara Sire Gouran.

« ... Vous avez raison, » avais-je admis.

Il ne s’était pas trompé. Nous avions réussi à interrompre une grande partie du processus en raison de l’existence de la race aux trois yeux qui pouvaient voir des micro-organismes, mais les médecins n’étaient qu’un perfectionnement de l’homme ou de la femme qui fabriquait des infusions médicinales.

« Dans ce cas, c’est quelque chose que nous pouvons aussi comprendre, » déclara Sire Gouran. « Fondamentalement, le royaume forme des “guérisseurs et des guérisseuses incroyables”, et on s’attend à ce que notre pays crée les “outils incroyables” qu’ils utilisent, n’est-ce pas ? Si c’était tout ce que nous avions à faire, je suis sûr que vous pourriez dire que c’est juste, mais il y a un autre élément : les infusions médicinales qu’utilisent les hommes et les femmes médecins. »

« Infusions médicales... Voulez-vous parler des médicaments ? » demandai-je.

« Nous avons chacun une carte, le “docteur” et le “matériel médical”. Cependant, la carte “médicaments” flotte dans les airs. Nous ne pouvons pas encore prendre la carte “médicament” pour nous. Si le royaume prend cette carte, l’équilibre du pouvoir changera largement en votre faveur, » déclara-t-il.

Les médicaments, hein.

Il était vrai que, dans le royaume, la race des trois yeux avait développé un antibiotique. La gélatine des trois yeux avait été extraite d’une sous-espèce de geline qui pourrait même vivre dans des marécages toxiques.

Ce pays était très froid et les gelines liquides gelaient et ne vivaient pas ici. Il ne leur serait pas possible de le développer par leurs propres moyens.

Naturellement, ils seraient dépendants des importations. Si le royaume avait le contrôle de ces importations, il serait facile pour plus de financement d’entrer dans le royaume.

... Pour être honnête, je n’y avais pas pensé avant qu’on me le fasse remarquer.

Évidemment, j’avais considéré l’élément médicament, mais je ne m’attendais pas à ce que la république ait des soupçons à son sujet.

Pourtant, maintenant que j’y avais pensé, c’était tout à fait naturel qu’ils le soient. Ils abordaient ces pourparlers avec beaucoup de détermination. Ils pensaient désespérément à ce qui pourrait être désavantageux pour leur pays et essayaient de l’éliminer.

Parce qu’il pensait si fort à leur propre pays, Sire Gouran avait pointé du doigt sur cet élément que représentaient les médicaments.

Ce doit être un bon dirigeant... Dans ce cas, ses craintes sont injustifiées.

J’avais haussé mentalement les épaules. Ce n’était pas comme si j’évitais délibérément le sujet des médicaments dans le but de faire du profit. J’avais tourné mes deux paumes vers Sire Gouran.

« Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Cette carte n’est plus entre les mains du royaume, voyez-vous, » déclarai-je.

« Hm ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda-t-il.

« Juna. Sortez l’objet, » déclarai-je.

« Oui, Sire, » Juna avait sorti un objet en forme de planche qui pouvait tenir dans ses bras, et l’avait placé devant le joyau pour que tout le monde puisse le voir.

C’était un simple récepteur lié à un Joyau de Diffusion de la Voix. Et projetée sur ce simple récepteur était une belle femme.

Quand ils avaient vu cette femme, Sire Gouran et Kuu avaient écarquillé les yeux.

« P-Père ! » s’écria Kuu.

« Ouais..., » déclara Sire Gouran.

« Heehee, je suis désolée de vous avoir surpris, » la femme à l’écran avait souri, puis s’inclina légèrement devant Sire Gouran et les autres personnes présentes dans la pièce.

« C’est un plaisir de vous rencontrer, chef de la République de Turgis, Sire Gouran Taisei. Je suis l’impératrice Maria Euphoria de l’Empire du Gran Chaos. »

☆☆☆

Chapitre 7 : L’Alliance médicale tripartite

Partie 1

Quelques jours avant la réunion...

Avec le Joyau de Diffusion de la Voix et le simple récepteur qui avait été livré, j’avais contacté Hakuya au château de Parnam et je l’avais informé que je voulais démontrer la force de Friedonia afin d’assurer le bon déroulement des négociations. Démontrer que notre pays pourrait être à la fois un ami fiable et un ennemi gênant rendrait l’alliance plus ferme.

Quand j’avais demandé à Hakuya ce qu’il en pensait, la première idée qu’il m’avait proposée était : « Allez-vous déployer des troupes à la frontière ? »

« Attendez ! Avons-nous soudainement recours à l’intimidation ouverte dans notre diplomatie ? » avais-je demandé, décontenancé.

« Je crois que c’est une démonstration de force facilement compréhensible, » répondit Hakuya avec un air cool sur son visage.

... Hein ? Était-il possible qu’il soit sérieux ?

« Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Cela ne ferait que rendre l’autre partie inutilement méfiante, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Je plaisante, bien sûr. Je ne faisais que présenter la méthode simple et rapide. Si vous espérez une amitié durable, cela n’exclut peut-être pas de le faire, mais c’est loin d’être la meilleure option, » déclara-t-il.

« ... »

Il l’avait dit en étant impassible. C’était sûrement une blague de Hakuya.

C’est une blague difficile à saisir..., avais-je pensé en le regardant fixement.

La proposition suivante qu’il avait faite était : « Impliquons l’Empire du Gran Chaos dans ces pourparlers. »

L’impératrice Maria de l’Empire ?

« Si vos négociations se déroulent bien cette fois-ci, vous avez l’intention de parler de l’alliance médicale avec l’Empire, n’est-ce pas ? » demanda-t-il. « Vous pouvez avancer l’emploi du temps là-dessus. »

« C’est... Eh bien, oui, c’est vrai que j’y pensais..., » répondis-je.

Si nous voulions mettre au point des traitements médicaux et les rendre accessibles à tous, aucun pays ne pourrait y parvenir seul.

Si nous allions de l’avant seuls, nous pourrions créer un fossé entre nous et les autres pays, mais notre financement et notre main-d’œuvre auraient des limites. Si nous essayions de forcer un seul pays à faire toute la recherche, les progrès seraient lents.

Dans ce monde, les blessures externes pouvaient être traitées avec de la magie blanche, même les plus graves, mais il y avait encore beaucoup de personnes souffrant de maladies sur lesquelles la magie ne fonctionnait pas.

Si l’un de mes proches tombait malade pendant que je perdais mon temps... Je le regretterais certainement. Ça ne peut pas faire de mal d’être rapide pour développer des traitements médicaux.

Pour cela, je voulais que l’Empire du Gran Chaos, la plus grande nation de l’humanité, celle qui disposait d’un budget et d’une main-d’œuvre considérables, s’occupe d’une partie de ce développement. J’avais un canal diplomatique vers l’Empire, après tout, et leur chef, l’impératrice Maria, était une femme à qui je pouvais parler. Elle était sûre de soutenir l’idée.

Cependant, j’avais l’intention de mettre les choses en place avec la République de Turgis avant d’aborder ce sujet avec l’Empire. Parce que le royaume et l’Empire étaient lointains, nous avions besoin d’un pays pour servir d’intermédiaire entre nous, sinon ce serait dans le vent.

Et pourtant Hakuya voulait impliquer l’Empire... pour impliquer Maria... dans nos discussions actuelles.

« Il y a plus d’une façon de montrer sa force, » avait-il dit. « Nos relations sont une autre forme de pouvoir. Si nous pouvons présenter Madame Maria, qui est l’impératrice de l’Empire, à la réunion, Sire Gouran sera choqué. Cela l’informerait que les nations à l’est et à l’ouest de la république ont leur propre ligne de communication indépendante. »

« C’est vrai, je suis sûr que ça le choquerait..., » déclarai-je.

Si l’Empire et le royaume se coordonnaient en secret, la république pourrait être prise dans une attaque en tenaille dès qu’elle s’opposerait à nous. Eh bien ! Étant donné leur situation géographique (en hiver, ils étaient complètement isolés par les glaces), il n’y aurait guère d’avantages à les envahir et à occuper leur territoire, mais cela exercerait quand même une pression sur eux.

« ... Mais quand même, » m’étais-je gratté la tête. « Ce serait incroyable si nous pouvions le faire, mais ce n’est probablement pas réaliste d’appeler Madame Maria. Il ne reste plus beaucoup de jours avant la réunion. N’est-ce pas impossible, compte tenu de la sécurité, des processus nécessaires et de tout le reste ? »

« Que dites-vous, Sire ? » s’objecta Hakuya, l’air exaspéré. « À qui chacun d’entre nous parle-t-il en ce moment, et où est cette personne ? »

« ... Oh, » j’avais enfin compris ce qu’il voulait dire par là.

C’était exact. Si elle assistait à la réunion à distance par l’intermédiaire du Joyau de Diffusion de la Voix, il n’était pas nécessaire d’inviter Maria à venir ici depuis l’Empire. J’avais imaginé qu’ils se rencontreraient en personne, alors j’aurais dû être un peu à côté de la plaque pour oublier quelque chose d’aussi simple.

Je me sentais mal à l’aise et je m’étais raclé la gorge bruyamment. « Hum... Dans cet esprit, même si la réunion se tient sur un Joyau de Diffusion de la Voix, Madame Maria prendra-t-elle le temps d’y assister malgré son horaire chargé ? »

« Presque sans l’ombre d’un doute, » déclara-t-il.

« Vous en avez l’air terriblement sûr, » déclarai-je.

« Au cours de mes entretiens avec Jeanne, la sœur cadette de Madame Maria, j’ai déjà demandé de “mettre sur la table des négociations la technologie médicale” et j’ai dit que nous étions “prêts à les dédommager de manière appropriée”. »

« Vous aviez déjà un œil sur ça, hein ? » avais-je dit. « Bien joué. »

« Nous n’avons pas encore décidé d’une politique en matière de technologie médicale, alors nous nous avançons lentement les uns et les autres sur la question. »

Hakuya et Jeanne se sentaient à l’aise, hein ? Ils étaient tous les deux perspicaces, donc leurs conversations étaient probablement comme poser des pierres dans une partie de Go. Mais je doutais qu’ils soient tendus. Avec ma permission et celle de Maria, Hakuya avait même fait des choses comme échanger des cadeaux avec elle pendant que Piltory faisait son retour temporaire au pays.

En ce qui concerne leur relation, Maria m’avait dit un jour au cours d’une réunion diffusée : « Dernièrement, Jeanne se sent tellement pleine de vie. Pensez-vous qu’elle et votre Premier ministre ont quelque chose en commun à se dire ? »

Elle avait l’air si heureuse. La seule chose dont j’imaginais qu’ils avaient en commun pour en parler, c’était des plaintes au sujet de leurs maîtres respectifs. Je n’étais pas sûr que c’était une bonne chose s’ils s’amusaient à en parler.

« Quoi qu’il en soit, » déclarai-je, « En bref, si nous évoquons les négociations sur la technologie médicale, nous pouvons convoquer Madame Maria à la réunion avec Sire Gouran, n’est-ce pas ? Ensuite, en montrant notre lien avec eux, nous choquerons Sire Gouran, et nous pourrons faire avancer les négociations dans une direction qui nous sera bénéfique, n’est-ce pas ? »

« En effet, » déclara-t-il.

« J’ai l’impression d’accomplir deux choses en même temps, mais... n’êtes-vous pas en train de dire que nous devrions effectivement convaincre deux pays distincts simultanément ? » demandai-je.

« Je crois que ce sera à la hauteur de vos capacités, Sire, » déclara-t-il.

« Vous rendez ça si facile, » avais-je grommelé.

Franchement...

Mais, eh bien, c’était probablement la façon la plus efficace de le faire.

« Allons de l’avant avec ça, » déclarai-je. « Hakuya, négociez avec l’Empire et faites avancer les préparatifs. Assurez-vous qu’il n’y a pas d’erreurs dans l’autre sujet que je vous ai demandé d’aborder également. »

« Compris, » déclara Hakuya en s’inclinant respectueusement.

☆☆☆

Partie 2

Et cela nous amène au présent.

En ce moment même, les dirigeants de la République de Turgis, de l’Empire du Gran Chaos et du Royaume de Friedonia se réunissaient, même si c’était à l’aide d’une transmission par un Joyau.

Sire Gouran avait eu l’air stupéfait par l’apparition soudaine de Maria pendant un petit moment, mais son expression sans émotion était revenue à la normale.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis le chef de la République, Gouran Taisei. » Il hocha la tête à l’impératrice sur le simple récepteur.

Le joyau était de l’autre côté du récepteur simple, de sorte que Maria pouvait voir qu’il hochait la tête vers elle.

L’image affichée sur le Joyau de Diffusion de la Voix avec Maria dessus avait ri et sourit à Sire Gouran. « Pardonnez-moi de ne pas vous avoir informé de ma participation à cette rencontre. J’ai entendu dire qu’une alliance médicale devait être discutée ici, et l’Empire aimerait beaucoup y participer. »

« J’aimerais moi aussi m’excuser, » avais-je dit. « La décision a été prise si soudainement que je n’ai pas eu le temps de vous contacter à l’avance. »

Maria et moi avions baissé la tête à l’unisson.

Sire Gouran nous avait regardés avec une expression vide pendant un moment, mais il avait ensuite laissé échapper un rire chaleureux. « Gahahaha ! On dirait que Sire Souma s’est moqué de moi ! Je n’aurais jamais pensé que vous étiez lié à l’impératrice de l’Empire ! »

Même s’il riait, ses yeux étaient fixés sur moi. Il était probablement en train de sonder prudemment mes intentions.

J’avais corrigé ma posture en m’assurant de ne pas détourner mes yeux de son regard. « Je m’excuse d’avoir gardé le silence à ce sujet. Cependant, je veux former cette alliance médicale entre le Royaume de Friedonia, la République de Turgis et l’Empire du Gran Chaos, les trois nations qui composent le sud du continent. »

Je le disais clairement à Sire Gouran et Maria.

« Je crois que les connaissances dans les domaines de la médecine et des traitements devraient être partagées également avec toute l’humanité. La maladie frappe tout le monde, sans distinction de race ou de frontières. Si une épidémie se répand dans un pays, les dégâts s’étendront certainement à ses voisins. Quand cela se produira, si un seul pays possédait les connaissances, les médicaments ou l’équipement nécessaires, serions-nous en mesure de protéger notre peuple ? ... Je dis non, non. Même s’il n’y a pas de relations entre les pays, les individus comme les marchands et les aventuriers vont et viennent constamment. Nous ne pouvons essayer de protéger que notre propre peuple, mais les maladies infectieuses continueront à se propager, » déclarai-je.

« C’est vrai, » déclara Maria. « Heureusement, je n’en ai pas moi-même fait l’expérience, mais l’histoire rapporte des épidémies occasionnelles sur ce continent, et à quel point elles ont secoué les pays qui les ont subies. »

Ouais, l’histoire avait aussi vécu la même chose dans mon monde précédent.

En étudiant l’histoire pour mes examens d’entrée, j’avais appris que la peste noire avait été transmise de l’Asie à l’Europe par la Route de la soie, semant le chaos dans de nombreux pays et se propageant ensuite en Afrique, contribuant à la chute du Sultanat mamelouk.

Dans la lutte contre les épidémies, il était important d’empêcher que l’épidémie ne se propage à ses débuts. Pour ce faire, nous devions partager nos connaissances médicales.

« Tant que nos trois pays partagent leurs connaissances médicales, si une épidémie commence à se propager dans un pays, nous pourrons peut-être limiter sa propagation au minimum, » avais-je dit. « De plus, en cas d’épidémie dans un pays autre que les trois nôtres, nous pouvons nous coordonner afin de limiter la zone de nos frontières où nous devons inspecter les individus. »

« Vous avez raison, » déclara Gouran. « Pour la république, ne pas avoir à se soucier de nos frontières avec l’Empire et le royaume serait souhaité. »

« Je suis d’accord, » acquiesça Maria. « Nos frontières sont inutilement longues, il n’y a donc rien que nous apprécierions plus qu’une légère réduction du nombre de postes de contrôle. »

Sire Gouran et Maria hochaient la tête. Je pouvais probablement supposer que j’avais eu leur soutien jusqu’à présent.

« Après avoir confirmé la nécessité d’un partage des connaissances médicales entre nos trois pays, je reviendrai sur la conversation que j’ai eue avec Sire Gouran tout à l’heure, » déclarai-je. « La discussion sur la façon dont le royaume visera à former les médecins et à améliorer leurs techniques, la république produira et développera l’équipement médical, et comment nous échangerons nos résultats ? J’ai pensé qu’il valait mieux diviser le travail, et une recherche ciblée serait efficace pour mener au développement du domaine de la médecine, en demandant à l’Empire de se joindre à nous, j’espère qu’ils s’occuperont de la production de masse et de l’amélioration des médicaments. »

« Médicaments... ? » demanda Maria, et je hochai la tête.

« Dans mon pays, la race des trois yeux a développé un antibiotique. Il s’agit d’un médicament qui fonctionne bien contre les maladies infectieuses, mais la sous-espèce de gélatine dont il est extrait nécessitera de la terre et de la main-d’œuvre pour l’élever, de sorte que nous ne sommes pas encore arrivés au point d’une production en série. Si nous ne pouvons pas en garantir la quantité, les médicaments continueront d’être très chers. Pour cette raison, je veux demander que l’Empire, avec ses terres, sa main-d’œuvre et son financement, s’occupe de la production du médicament, » déclarai-je.

« C’est merveilleux, » déclara Maria en souriant. « Si vous pouvez nous dire comment il est produit, j’aimerais immédiatement créer un système pour le produire en série. »

Je ne pouvais qu’imaginer une voix doublée disant : « Je veux votre technologie » derrière ce sourire, alors je ne pouvais m’empêcher de sourire avec ironie.

« Je vais vous dire comment il est fait..., » avais-je dit. « Cependant, je veux quelque chose en retour. »

« Bien sûr que oui. Combien voulez-vous qu’on vous paie ? » demanda Maria.

J’avais réfléchi à ce à quoi je pensais tout à l’heure. « Je ne veux pas d’argent. Je veux autre chose de vous. »

« Quelque chose d’autre ? Qu’est-ce que c’est ? » demanda Maria.

« Un Joyau de Diffusion de la Voix. En d’autres termes, un noyau de donjon. À l’échelle de l’Empire, n’en avez-vous pas beaucoup plus que nous ? J’aimerais que vous me laissiez en avoir une, » répondis-je.

« Un noyau de donjon, est-ce que c’est... ? » Maria avait eu un regard pensif sur son visage, mais elle avait dû sentir qu’il n’y avait pas de perte pour elle dans l’affaire, parce qu’elle avait rapidement acquiescé. « Très bien. J’accepte ces conditions. »

« Merci, » déclarai-je. « Et Sire Gouran. »

« Hm ? »

Cette fois, j’avais regardé Sire Gouran. « Ça ne doit pas être pratique de n’avoir qu’un seul joyau à utiliser dans les émissions nationales. Je pense vous offrir le joyau que je reçois de l’Empire. Le fait de nous fournir du matériel médical sans frais pour l’instant peut-il être considéré comme un paiement pour cela ? »

« Hm... C’est vrai qu’on ne peut pas simplement acquérir un joyau quand on veut, » Gouran avait réfléchi un moment, puis se mit à genoux. « Très bien ! Toutefois, je voudrais discuter des montants exacts à fournir plus en détail. »

« Oui. Ce sera très bien ainsi, » déclarai-je.

« C’est une négociation terriblement indirecte, » déclara Maria, un peu exaspérée.

J’avais souri avec ironie et j’avais haussé les épaules. « J’ai fait de mon mieux pour que les choses s’arrangent pour les trois parties. Si la république n’a qu’un seul joyau, c’est peu pratique pour la coordination entre les trois pays. Je pensais qu’ils en voudraient un. »

« Gahahaha ! » Sire Gouran gloussa. « On dirait que vous m’avez percé à jour. »

« Je vois..., » Maria avait un regard sérieux sur son visage. « Au fait, Sire Souma, j’ai une question à vous poser. »

« Qu’est-ce que c’est ? » demandai-je.

« En ce qui concerne les trois pays qui se lancent chacun dans un domaine de recherche, n’est-il pas permis de faire des recherches dans les autres domaines ? Dans mon pays, par exemple, ne serais-je pas en mesure de faire des recherches sur la formation des médecins ou l’équipement médical ? » demanda-t-elle.

« Non, vous êtes libre de faire des recherches dans les autres domaines. En fait, j’espère vraiment que vous le ferez, » déclarai-je.

« Alors, c’est bon ? » Sire Gouran avait vérifié pour confirmer, et j’avais acquiescé.

« La raison pour laquelle je dis que je veux que chacun d’entre nous se spécialise est au nom de l’efficacité, » avais-je dit. « Cependant, si c’est tout ce que nous faisons tous, au moment où l’un des trois pays est laxiste dans ses devoirs, tout s’écroule. En outre, pour améliorer nos médicaments et notre équipement médical, je suis sûr que les connaissances des médecins et de leurs techniques seront nécessaires. S’il vous plaît, j’aimerais que la République et l’Empire envoient tous ceux que vous voulez pour maîtriser l’étude de la médecine dans notre pays. Ils étudieront avec nous, enseigneront ce qu’ils ont appris dans votre pays à leur retour et donneront naissance à d’autres médecins. En faisant cela, l’Empire et la république devraient être en mesure d’éduquer leurs propres médecins. D’un autre côté, j’aimerais que la république nous envoie aussi un certain nombre d’artisans qui peuvent produire de l’équipement médical. Je veux après tout mettre en place un système qui nous permette de produire notre propre équipement médical si la situation l’exige. »

« Cependant, si nous faisons cela, en fin de compte, ne finirons-nous pas tous par étudier tous les domaines ? » demanda Sire Gouran. « Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’objectif de diviser la recherche entre nous ? »

« Non, Sire Gouran, » répondis-je. « C’est une assurance, et c’est aussi une course. Si nous divisons complètement les choses, ce sera la fin du moment où un pays décidera de rompre cette relation. En étudiant chacun d’entre nous dans chaque domaine, nous pouvons nous préparer à cette situation, si elle se présente. De plus, le fait que d’autres pays l’étudient signifie aussi que si vous négligez vos recherches, les autres pays pourraient vous devancer. »

« Je vois, » déclara Maria avec prévenance. « Afin d’éviter cela, vous avez introduit l’élément d’une course dans ce domaine. »

Vous y avez bien réfléchi, elle semblait insinuée.

Eh bien, bien sûr. J’en avais débattu à mort avec Hakuya. Nous avions passé presque tout le temps entre la convocation de cette conférence et ma sortie pour tuer les ogres en discutant de ça.

Sire Gouran avait alors dit. « Hm..., » avec un regard pensif sur son visage.

« Y avait-il un point qui n’était pas clair ? » lui avais-je demandé.

« Non, je pense que vous y avez beaucoup réfléchi, mais... il reste un problème, » déclara Sire Gouran.

« Un problème ? » demandai-je.

« Je suis sûr que vous le savez, mais en hiver, notre terre est bloquée par la neige et nos mers par la glace. Pendant cette période, les moyens de transport maritime sont limités et nous ne pouvons faire du commerce qu’en été, » déclara-t-il.

En d’autres termes, Sire Gouran était préoccupé par le transport maritime.

Dans ce monde, lorsque vous deviez essayer d’expédier de gros volumes, cela signifiait soit le transport par voie terrestre en utilisant de grandes créatures comme les rhinosaurus soient le transport maritime en utilisant des bateaux. Ni l’un ni l’autre n’était adapté à l’hiver de la République de Turgis.

La mer gelait en hiver, empêchant les navires d’entrer, et la terre était couverte de neige, ce qui interdisait l’entrée de créatures sensibles au froid comme les rhinosaurus. Il y avait des animaux de climat froid comme les numoths, mais la quantité que l’un d’eux pouvait transporter était limitée, et ils étaient aussi lents. C’était exactement pour cette raison que les commerçants ne venaient dans ce pays qu’en été.

Je ne pouvais pas reprocher à Sire Gouran de s’inquiéter. Cependant, j’avais déjà entendu cela de Kuu.

« J’ai quelques idées à ce sujet, » déclarai-je. « Roroa. »

Roroa, qui s’était tue jusque-là, s’était tenu le bras comme pour dire, j’attendais ça.

« C’est enfin mon tour ! Alors, allons leur montrer ce truc ! » déclara Roroa.

Maria et Sire Gouran avaient été surpris par son enthousiasme soudain, mais il était trop tôt pour être surpris.

Après tout, nous avions toujours un atout dans notre manche.

☆☆☆

Partie 3

J’avais demandé une suspension temporaire de la séance pour me préparer.

Après avoir obtenu l’assentiment de Maria et de Sire Gouran, j’avais expliqué la situation à Sire Gouran, et j’avais reçu la permission de faire venir une certaine chose en provenance du royaume.

J’avais supposé que si j’apportais ça sans autorisation, ça causerait beaucoup d’ennuis. Si les choses allaient mal, ils pourraient même penser que c’était une invasion.

J’avais donc demandé à Sire Gouran de rédiger un document à montrer à la frontière, et j’avais demandé à un messager kui d’apporter ce document à la frontière où cette chose était censée être en attente.

« J’ai donné ma permission, mais... J’ai du mal à le croire, » avait-il dit.

« Pareil ici, » ajouta Kuu. « Non pas que je pense que Souma qu'il mente. »

Le père et le fils Taisei avaient affiché leurs réactions franches pendant qu’ils regardaient le messager kui s’envoler.

J’avais haussé les épaules avec un sourire ironique. « C’est difficile à croire, mais il n’y a pas de mensonge ou d’exagération dans ce qu’on a dit, vous savez ? »

« Ouais, vous deux, vous avez hâte de le voir, » Roroa était revenue à son style de discours moins formel à un moment donné, mais elle parlait avec confiance.

« Hmm, dans ce cas, j’ai d’autant plus de mal à le croire, » déclara Sire Gouran.

« Oookyakya ! » Kuu avait ri. « Si c’est vrai, ça vaut la peine d’être vu, n’est-ce pas ? »

Gouran était empli de doute, tandis que Kuu riait avec enthousiasme. Ils avaient eu des réactions contrastées.

Quoi qu’il en soit, jusqu’à ce que cela arrive, nous avions décidé de nous détendre et de boire du thé.

À peu près deux heures plus tard, il y avait soudainement beaucoup de brouhaha à l’extérieur, ce qui m’avait permis de confirmer qu’il était arrivé.

Quand nous étions tous sortis de l’auberge, il était déjà visible.

Il s’agissait d’un grand objet, dont le fond était noir, le dessus était orange, et qui avait à peu près la taille d’un gymnase d’école primaire, et qui se trouvait à l’entrée de la ville où rien n’avait été présent auparavant.

Lorsque nous nous étions approchés, il était devenu évident qu’il avait une structure à deux couches. La moitié supérieure, de couleur orange, ressemblait à un grand navire, et elle était soutenue par la moitié inférieure, qui était faite d’une substance noire semblable au caoutchouc.

Cela donnait aussi l’impression constante que l’air en était expulsé.

« Que pensez-vous de ça ? Il s’agit du vaisseau amphibie, le Roroa Maru ! » Roroa avait crié avec assez de force pour qu’on l’entende malgré le son que l’appareil faisait.

Les bouches de Gouran et Kuu étaient grandes ouvertes face à l’apparence majestueuse du Roroa Maru.

Il s’agissait d’un navire amphibie. Oui, c’était un navire. Un qui pourrait voyager sur terre et en plus sur mer.

 

 

J’avais expliqué comment cela fonctionnait pour Gouran et Kuu, qui étaient encore sidérés.

« Comme Roroa l’a dit, il s’agit d’un navire qui peut naviguer sur une surface d’eau sans vagues, ou sur terre. En envoyant constamment de l’air dans la partie caoutchouteuse noire, ce gros corps flotte, et même s’il y a de l’eau en dessous, il est capable de la traverser. Dans le monde d’où je viens, on aurait appelé ça un aéroglisseur. »

« Aéroglisseur..., » Gouran répéta le mot inconnu.

Cet objet massif était l’aéroglisseur Roroa Maru, que j’avais fait venir du royaume.

Cet aéroglisseur Roroa Maru était unique en son genre, construit à titre expérimental alors que nous étions à la recherche d’utilisations pour l’invention de la Surscientifique Genia, le Petit Susumu Mark V.

Le Petit Susumu Mark V était une machine en forme d’anneau qui créait la propulsion en poussant l’eau ou l’air qui se trouvait devant lui vers l’arrière. J’avais pensé qu’il serait possible de créer un aéroglisseur qui flotterait au-dessus du sol si cet anneau était tourné vers le sol et que l’air était soufflé dans une enceinte faite de cette substance caoutchouteuse récemment découverte.

Ainsi, grâce à la conception de Genia et au financement de Roroa et de la compagnie de Sebastian, Le Cerf d’Argent, le Roroa Maru était maintenant terminé. D’ailleurs, quand j’avais demandé à Roroa comment elle voulait qu’il s’appelle, puisqu’elle avait mis l’argent pour le développer...

« Hé, chéri, dans le monde d’où tu viens, comment se nommaient les bateaux ? »

« Hmm... La plupart utilisaient les noms de personnes ou de lieux. »

« Hmm, ce n’est pas très différent de la façon dont on fait les choses ici. »

« Ouais. Oh, et pour les bateaux de pêche, beaucoup d’entre eux avaient Maru à l’extrémité de leur nom. »

« Maru ? Hé, c’est un son mignon... Très bien alors, j’ai décidé ! Ce vaisseau sera le Roroa Maru ! »

« Roroa Maru !? Tu mets ton propre nom dessus !? »

... Et c’est ainsi qu’il s’était retrouvé avec ce nom.

Elle était inscrite au nom du Cerf d’Argent, qui était l’investisseur. Le Cerf d’Argent, qui s’occupait de tout, des vêtements aux plats de la Terre que Poncho et moi avions recréés, avait les mains dans beaucoup de domaines, mais projetait-il maintenant aussi de faire du transport ? Ils avaient des vêtements, de la nourriture, des moyens de transport... presque tout à ce moment-là.

« Un navire qui navigue sur terre..., » Maria déclara, en soupirant d’admiration, de l’autre côté du simple récepteur qu’Aisha portait. « Le royaume peut même faire des choses comme ça, hein ? »

Nous avions fait porter le joyau derrière nous pour qu’elle puisse voir cette scène clairement, elle aussi.

« Voudriez-vous nous vendre ce vaisseau ? » demanda Maria. « Je suis prête à payer une belle somme, vous savez ? »

« Il utilise des technologies qui sont un secret d’État, donc je ne peux pas le vendre, » déclarai-je.

« Vous ne pouvez pas ? C’est malheureux. » Maria ressemblait à une enfant à qui on avait dit qu’elle ne pouvait pas acheter un jouet. Elle était d’une beauté aussi paisible que Juna, mais ses actions étaient un peu puériles.

« Eh bien, ça a l’air impressionnant, mais c’est difficile à utiliser, » déclarai-je avec un sourire ironique. « Il a un mauvais rapport coût/performance, et il faut beaucoup de travail pour le déplacer. »

« Vraiment ? » demanda Maria.

« Oui. Sa vitesse de pointe n’est que légèrement supérieure à celle d’un rhinosaurus qui va à pleine vitesse, et sa capacité de charge n’est pas si élevée. Techniquement, c’est un véhicule amphibie, mais l’utilisation des rhinosaurus sur terre et des navires en mer est une option beaucoup moins coûteuse. »

Il avait un Petit Susumu installé, et il fonctionnait sur le pouvoir magique stocké dans le minerai maudit. Pour le Petit Susumu Mark V Allégé, qui était chargé sur des wyvernes, nous avions des personnes qui le chargeaient elles-mêmes, mais le chargement du grand modèle Petit Susumu utilisé sur les navires et autres était effectué par plusieurs mages attachés aux militaires.

Pour cette raison, la quantité de puissance magique qui pouvait être chargée en une journée était limitée, alors j’avais donné la priorité au déploiement du Roroa Maru et aux cuirassés ou porte-avions plutôt que de faire remplacer des convois des rhinosaurus sur terre.

C’était aussi pour ces raisons qu’il était difficile d’appliquer le Petit Susumu à des navires de transport civil. Pour assurer la propulsion des navires civils, il aurait fallu attendre la mise au point d’un moteur comme technologie de remplacement.

Mais, mis à part cela, le Roroa Maru avait aussi ses avantages.

« Ce n’est pas assez efficace comme moyen de transport en temps de paix, mais parce qu’il n’entre pas en contact avec la surface, il a l’avantage d’être difficile pour lui d’être affecté par le terrain, » déclarai-je. « Pour être plus précis, dans les endroits où il est normalement difficile de se déplacer, comme les marais, le sable et même les plaines enneigées, il avance en douceur. »

« Plaines enneigées... Je vois. Alors, c’est donc ça, » Sire Gouran semblait comprendre où je voulais en venir.

« Tout à fait. Ce Roroa Maru est le seul que nous ayons pour l’instant, mais ne serait-ce qu’en hiver, je suis sûr qu’il servira de moyen de transport viable qui relie mon pays, la république et l’Empire. »

« Certes ! S’il peut relier les trois pays entre eux comme moyen de transport hivernal plus rapidement qu’un rhinocéros et ayant la même capacité qu’un navire, alors même s’il n’y en a qu’un pour l’instant, il deviendra une voie commerciale précieuse, » Sire Gouran croisa les bras et grogna.

Puis, comme on pouvait s’y attendre d’un chef d’État, il avait commencé à réfléchir à la route commerciale créée par ce Roroa Maru.

« Même en hiver, au pays, nous pouvons utiliser nos numoths militaires et d’autres animaux de ce genre pour assurer le transport. Si nous rassemblons toutes nos marchandises dans une ville portuaire, pouvons-nous utiliser ce navire amphibie pour faire du commerce avec d’autres pays ? On dirait qu’il va falloir agrandir une ville portuaire comme Moulin, » déclara Sire Gouran.

Maria avait rigolé. « Heehee ! Je pense que nous devrons aussi ouvrir une ville portuaire près de notre frontière avec la République de Turgis... Après tout, je pense que je veux aussi l’un de ces vaisseaux. »

Elle avait jeté un coup d’œil sournois dans ma direction, mais je lui avais dit : « Non, je ne peux pas, » avec un haussement d’épaules. « S’il vous plaît, ne le saisissez pas non plus dès qu’il arrive au port. C’est difficile d’en construire un, et vous nous forcerez à le détruire juste pour garder nos secrets. »

J’avais dit cela pour leur indiquer à tous les deux que s’ils essayaient de le voler, nous le détruirions nous-mêmes. Je ne bluffais pas non plus. Lorsque nous allions utiliser ce Roroa Maru pour le commerce, j’avais l’intention de mettre en place un mécanisme qui le ferait se détruire s’il était saisi.

Je ne pouvais pas encore laisser le Petit Susumu et d’autres technologies tomber entre les mains d’autres pays. Afin d’envoyer le Roroa Maru unique en son genre dans d’autres pays, je devais être prêt à le détruire, si nécessaire.

Maria avait fait un sourire ironique. « Je le sais. Je ne peux pas mettre la relation entre nos nations en danger à cause d’un seul vaisseau. Mais j’en ai vraiment envie. »

C’était la troisième fois qu’elle disait le vouloir. C’est important, alors je l’ai dit trois fois ?

Quoi qu’il en soit, je voulais conclure ce sujet maintenant.

« Avec ce Roroa Maru, je voudrais conclure une alliance médicale entre nos trois pays, comme je le disais tout à l’heure. Qu’est-ce que vous en dites ? » demandai-je.

Sire Gouran avait ri de bon cœur. « Gahahaha ! Si vous êtes allé si loin, je ne vais pas dire non. J’accepte votre alliance. »

« Nous aussi, l’Empire du Gran Chaos, nous accepterons cette alliance, » déclara Maria.

Avec l’accord de Gouran et Maria, l’Alliance Médicale Tripartite entre le Royaume de Friedonia, la République de Turgis et l’Empire du Gran Chaos fut formée.

La formation de cette alliance promettait non seulement que le domaine de la médecine se développerait à pas de géant, mais elle était aussi significative qu’en cette ère d’incertitude, avec le Domaine du Seigneur Démon qui se trouvait au nord, elle préparait le travail de coordination pour nos trois pays.

Alors que je poussais silencieusement un soupir de soulagement pour avoir conclu avec succès l’alliance médicale, Sire Gouran avait tendu la main vers moi.

« Sire Souma. Nous sommes maintenant des amis jurés. J’ai hâte de travailler avec vous, » déclara-t-il.

« Oui, Sire Gouran, » j’avais tendu la main, et nous avions échangé une poignée de main ferme. « J’ai aussi hâte de travailler avec vous. »

Maria, qui nous observait, avait dit : « C’est dommage. Si je n’étais pas de l’autre côté d’un récepteur, j’aurais pu aussi vous serrer la main. »

Ce qui nous avait fait rire Sire Gouran et moi.

Une fois le rire terminé, Sire Gouran avait soudain pris un air sérieux. « Maintenant... Comme vous êtes devenu mon ami sous serment, j’ai une faveur à vous demander. »

Il avait un regard pensif bien visible sur son visage.

« Une faveur ? » lui avais-je demandé.

« En effet. La faveur concerne mon fils, Kuu. Puis-je vous demander de garder Kuu avec vous dans le royaume pour deux ou trois ans ? » demanda Sire Gouran.

« Euh..., » m’exclamai-je.

« Quoiii !? » s’exclama Kuu.

L’expression de son visage était un mélange de choc et de perplexité. Il avait entendu parler de son prénom, et maintenant on parlait tout de suite de lui dans un pays étranger, alors c’était difficile de lui en vouloir.

Une fois que Kuu était revenu à la raison, il s’était mis en colère contre Sire Gouran. « De quoi parles-tu, sorti de nulle part, papa !? Veux-tu que je sois un otage dans le royaume !? »

« Ce n’est pas ça, » répondit Gouran avec un regard sérieux. « Je veux que tu ailles voir à quoi ressemble le royaume pour moi. » Il avait fait une pause. « J’y pense depuis hier soir. Quand la jeune Impératrice Maria de l’Empire a été invitée à prendre part à notre réunion d’aujourd’hui, cela m’a permis de le concrétiser pour moi. »

« Le concrétiser ? Quoi ? » demanda Kuu.

« Qu’il y a un “vent nouveau” qui souffle sur ce continent, » déclara Sire Gouran, puis il s’était tourné vers moi. « Si vous voulez bien excuser mon impolitesse, Sire Souma, puis-je vous demander quel âge vous avez ? »

« J’aurai 20 ans cette année, » répondis-je.

Sire Gouran acquiesça de satisfaction. « D’après ce que je vois, Madame Maria doit avoir à peu près le même âge. » (Si je me souviens bien, elle avait vingt et un ans.) « L’Empire à l’ouest est dirigé par une jeune impératrice, et un jeune roi est né dans le royaume à l’est. Quand on vieillit comme moi, on commence à sentir quelque chose qui ressemble au destin dans ces choses-là. »

Kuu, Maria et moi avions écouté attentivement ce que Sire Gouran, le seul membre d’une génération plus âgée qui était présent, avait à dire.

Sire Gouran poursuivit d’une voix sereine : « Dans le monde des hommes, il y a quelque chose comme un “flux”. Que nous le voulions ou non, ce flux a un effet sur tout. Certains chevauchent ce courant, d’autres luttent contre lui, et d’autres encore s’y noient. C’est ainsi que l’un peut devenir célèbre, et l’autre peut tomber. Comment un pays pourrait-il prospérer, et un autre pourrait-il périr ? Le guerrier féroce, Sire Gaius, tomba, et Sire Souma, un homme de culture, fut victorieux. Avec l’aide de la princesse Roroa, il annexa l’Amidonia et créa un nouveau pays. »

C’était difficile de réagir à ce qu’il disait. Le regard sur le visage de Roroa disait qu’elle ne savait pas non plus quel genre d’expression elle devait faire.

Cependant, en entendant les paroles de Sire Gouran, les paroles de Machiavelli sur la préparation aux changements de fortune m’étaient venues à l’esprit.

Gouran posa une main sur l’épaule de Kuu. « C’est à ça que ressemble l’époque. Personne ne peut dire où ce monde se dirige. Cependant, lorsque l’Est et l’Ouest sont tous deux dirigés par la jeune génération, notre pays peut être à la traîne si nous sommes les seuls à nous accrocher aux vieilles habitudes. Afin d’éviter cela, je veux élever notre propre souffle de jeunesse. »

« Un souffle de jeunesse... Veux-tu dire moi ? » demanda Kuu.

Sire Gouran hocha la tête fermement. « Tu es encore inexpérimenté, mais tu as une mentalité flexible. Si tu vois comment le royaume change sous le règne de Sire Souma, cela te servira de boussole au moment où tu seras à la tête de ce pays. »

« Non... Je n’ai pas encore décidé si je vais prendre la direction ou pas encore..., » déclara Kuu.

« Tu ne seras peut-être pas le chef d’État, » déclara Sire Gouran.

« Hein ? »

Sire Gouran répondit au point d’interrogation qui planait au-dessus de la tête de Kuu avec un regard sérieux. « Selon l’évolution des temps, notre pays peut avoir besoin de centraliser le pouvoir et d’abolir le Conseil des Chefs en faveur d’une monarchie. Dans ce cas, tu dois devenir un roi qui peut se tenir côte à côte avec Souma et Maria. C’est peut-être l’ère qui vient. Raison de plus pour que tu élargisses tes horizons tant que tu le peux encore. Tant que tu seras dans le royaume, je contrôlerai le Conseil des Chefs et j’établirai les bases pour que tu puisses mettre ta perspicacité à l’œuvre. »

... C’était un truc incroyable qu’il disait. Le regard sur le visage de Sire Gouran ressemblait à celui de l’ancien roi, Albert, quand il m’avait confié Liscia et avait quitté le château.

C’était le visage d’une personne qui confiait des choses à la génération suivante.

Même si j’étais impressionné par l’atmosphère, j’avais hésité à lever la main. « Une question. Vous avez dit que vous vouliez laisser Kuu avec nous, mais voulez-vous dire que vous voulez qu’il étudie à l’étranger dans notre pays ? »

« Non ! Pas en tant qu’étudiant. Je veux que vous l’utilisiez comme vassal temporaire. Je pense que ce sera une meilleure expérience pour Kuu, » déclara Sire Kuu.

« Alors, un vassal non sollicité..., » murmura Kuu.

Au niveau de la position, il serait au début comme Aisha. En gros, je pourrais le traiter comme un vassal qui est lié avec moi par l’amitié, comme Hal. Je pourrais le laisser dormir dans une chambre du château.

« Ça ne me dérange pas, mais Kuu ? » lui avais-je demandé.

« Peu importe que ça me dérange ou pas... Je n’ai pas le droit de refuser, n’est-ce pas ? » Kuu jeta un coup d’œil à son père, cherchant une confirmation.

Sire Gouran hocha simplement la tête sans rien dire.

Kuu, sentant la volonté inébranlable de l’homme, se gratta la tête. « Mon vieux têtu a pris sa décision, alors piquer une crise de colère ne me mènera nulle part. En plus, je m’intéresse aussi à quel genre de pays Souma construit. »

Il n’aurait pas pu accepter qu’on lui dise soudainement qu’il serait confié à un pays étranger, mais c’était un peu comme si Kuu y pensait déjà positivement de cette façon.

« ... Je vois, » déclarai-je. « Bienvenue à bord, Kuu. »

Quand je lui avais offert ma main, il l’avait prise fermement.

« Oookyakya ! Mais comme je m’impose en tant que vassal, ça veut dire que tu es plus gradé que moi, n’est-ce pas ? Pourtant, je viens d’un pays étranger, donc je ne me sens pas bien de t’appeler Votre Majesté. C’est pour ça que je vais t’appeler Frangin à partir de maintenant. »

« Euh, Frangin ? »

« Ouais. Pense à moi comme ton petit frère. Eh bien, au revoir, » Kuu posa une main sur sa hanche, souriant comme toujours, et dit : « Je compte sur toi à partir de maintenant ! Frangin ! »

☆☆☆

Épilogue : Une présence troublante

En raison de l’accord tripartite conclu avec succès pour fonder une alliance médicale entre le royaume, la république et l’Empire, une fête avait été célébrée ce soir-là à l’auberge qui avait servi de lieu de rencontre.

Depuis notre arrivée au pays, il y avait eu des fêtes chaque fois qu’il y avait une raison utilisable en tant qu’excuse, mais cette fois-ci, il y avait un grand nombre de personnes présentes, donc c’était la plus grande à ce jour.

Il était regrettable qu’une des trois responsables, Maria, qui avait assisté à la réunion à l’aide du Joyau de Diffusion de la Voix, n’eût pas pu être présente.

« S’il vous plaît, venez un jour dans mon pays, » avait-elle dit avant de mettre fin à la communication. « Quand vous le ferez, buvons ensemble. »

« Oui. Un jour ou l’autre, » lui avais-je répondu.

Vu l’étendue de l’Empire, je ne savais pas si ce jour viendrait ou non. Si la situation politique dans le monde se stabilisait, nous pourrions éventuellement nous rendre dans nos pays respectifs pour des réunions, mais... il n’y avait aucune indication que cela arriverait bientôt.

Pendant que je pensais cela...

« Frangin ! T’amuses-tu bien ? » Kuu était venu avec force proche de moi.

Kuu, qui était déjà ivre, avait soudain mis son bras autour de mon cou. L’impact m’avait presque fait tomber mon verre.

« Waouh ! C’est dangereux... Je veux dire, éloigne-toi de moi. Je n’aime pas être en contact avec les mecs, » déclarai-je.

« C’est parce que tu as l’air si sombre, frangin, » il gloussa. « Il faut s’amuser quand on boit. »

Kuu s’était éloigné de moi en riant.

« Je m’amuse, » déclarai-je, soulagé qu’il ait reculé. « Au moins autant que n’importe qui d’autre. »

« Hm ? Bon, alors d’accord, » déclara Kuu.

Comme il se soit écoulé tant de temps depuis le début de la fête, tout le monde s’était mis à faire ce qu’il voulait maintenant. Juna servait à boire à Sire Gouran, qui était maintenant notre ami assermenté, pendant qu’Aisha et Hal organisaient un concours de boisson, et Kaede les regardait et les encourageait.

Leporina s’occupait de Tomoe, qui avait été assommée par l’odeur de l’alcool, et Roroa parlait à Taru, qui avait été invitée par Kuu.

C’était en train de devenir une scène assez chaotique.

« Tu as l’air toi aussi d’être de très bonne humeur, Kuu, » déclarai-je.

« C’est tout à fait vrai. Je veux dire... Tu sais... » Kuu leva le pouce et indiqua à Taru à qui Roroa parlait.

Je vois. Il est de bonne humeur à cause de ça..., pensai-je.

☆☆☆

« Ça » s’était produit quelques heures auparavant.

Une fois la réunion terminée, Kuu nous avait emmenés visiter l’atelier de Taru se trouvant sur une colline près de Noblebeppu. C’était pour dire à son amie d’enfance Taru qu’il resterait dans le Royaume de Friedonia pour un certain temps.

Pendant que nous y étions, nous avions aussi révélé nos identités, mais elle n’avait pas été particulièrement surprise. Pour un artisan comme Taru, la position de ses clients n’avait peut-être pas tant d’importance.

« ... Alors, dans ces conditions, il a été décidé que j’irai au royaume pour étudier avec frangin, et je n’emmène que Leporina qu’avec moi, » finit Kuu, posant son pied sur un seau qui traînait, et adoptant la pose d’un marin avec son pied sur un des petits poteaux utilisés pour amarrer les bateaux.

Il aurait pu penser que c’était une façon cool de dire au revoir, ou il aurait pu simplement essayer d’être dur, mais de toute façon, reposer son pied sur un seau n’allait rien donner.

Pendant que nous le regardions tous froidement, Kuu continuait son discours. « Ne t’inquiète pas, Mademoiselle Taru. Notre séparation sera brève. Je resterai avec frangin, j’apprendrai comment il règne, et je jure qu’un jour, je reviendrai vers toi comme un vrai homme. J’attends avec impatience le jour où je retournerai avec gloire dans ma vieille ville natale. »

Même si Taru ne disait rien, Kuu continuait à faire son discours d’au revoir.

Pendant ce temps, Taru ne faisait pas attention à ses paroles et martelait du métal chaud.

Je ne sais pas... C’était le genre de scène qui me faisait de la peine pour Kuu.

L’absence de réponse de Taru avait fait paraître Kuu contrarié. « Hé ! Hé, Taru ! Me voici, en train de te faire mon discours d’adieu, alors donne-moi une petite réponse. Veux-tu bien le faire ? Tu te sentiras seule sans moi, hein ? »

« Pas particulièrement... Je ne suis pas intéressée par l’endroit où tu vas, idiot de maître, » déclara Taru.

« Pas intéressée... ? N’est-ce pas un peu dur ? Même si ça ne t’intéresse pas, ton ami d’enfance est là pour te dire au revoir, alors sois un peu... plus gentille avec moi, » déclara Kuu.

« T’entendre jacasser quand je forge n’est rien d’autre qu’un ennui, » déclara Taru.

Il n’y avait rien qu’il puisse dire face à cela, alors Kuu avait baissé ses épaules en raison de la déception.

... Ouais, eh bien, si la fille qu’il aimait le traitait comme ça, bien sûr qu’il serait déprimé.

Je suppose que je l’écouterai à la fête ce soir..., avais-je pensé avec un soupir.

Mais j’avais entendu Taru mettre le métal qu’elle avait frappé dans l’eau. Elle avait posé un certain nombre de produits métalliques sur la table, dont celui sur lequel elle venait de travailler. Cette forme avec une petite lame à l’extrémité n’était rien d’autre qu’un scalpel.

« J’ai essayé de faire ce que vous avez commandé avec différents métaux, » déclara-t-elle. « Fer, cuivre, argent et un certain nombre d’alliages. Savez-vous lequel était le mieux adapté ? »

Taru pencha la tête sur le côté.

Ohh, donc un échantillon de scalpel était ce sur quoi elle travaillait.

Même si elle me demandait quel était le meilleur, je n’étais pas médecin, donc je ne savais pas. Il y avait des allergies aux métaux et d’autres allergies à prendre en considération, donc cela ne pouvait pas être décidé uniquement en fonction de la résistance et du tranchant de l’objet.

« Je vais devoir retourner dans mon pays et demander à quelqu’un qui le sait..., » déclarai-je.

« Je vois... Eh bien, alors moi aussi, j’irai au royaume, » déclara Taru d’un air désinvolte.

Tout le monde avait les yeux écarquillés. Le plus surpris de tous, cependant, était Kuu, qui avait prononcé son discours d’adieu jusqu’à il y a un instant.

« Hein !? Tu viens aussi, Taru !? » demanda Kuu.

« Ce n’est pas parce que je veux être avec toi, idiot de maître, » déclara Taru délibérément. « Je ne vais au royaume que pour mes propres raisons. » Puis elle m’avait regardé fixement et m’avait dit : « J’ai entendu dire que le roi avait demandé que, au cas où il deviendrait nécessaire de se fabriquer du matériel médical, il veuille que la république envoie un artisan pour le guider. Je me porterai volontaire pour être cet artisan. »

« Vas-tu venir pour enseigner ? » s’écria Kuu.

« Je m’intéresse aussi aux techniques de Friedonia, » déclara-t-elle avec des yeux inébranlables. « Je ne veux pas seulement enseigner, je veux aussi apprendre. »

« ... Très bien. Nous vous souhaitons la bienvenue, Madame Taru. » J’avais tendu la main vers elle. « Laissez-moi vous préparer un atelier dédié dans la ville du château. J’aimerais beaucoup que vous veniez dans notre pays en tant qu’artisan. »

« Je serai à votre charge, » Taru m’avait pris fermement la main.

On aurait dit que Kuu était abasourdi par cette tournure soudaine des événements, mais il s’était rapidement ressaisi et avait ri. « Oh, je vois ! Finalement, tu viendras aussi ! Je m’en fous du pourquoi. Je suis content qu’on puisse être ensemble ! » Et il l’avait frappée avec force sur le dos.

« ... Aïe. Ne me frappe pas dans le dos. » Taru avait l’air embêtée.

Mais comme elle était assise là et qu’elle le prenait ainsi, peut-être qu’elle n’était pas si malheureuse que ça ? Peut-être qu’elle venait pour être avec Kuu ?

« Comment devrais-je dire ceci... ? Elle a une personnalité compliquée, » déclara Juna avec un sourire ironique.

« C’est peut-être pour une raison très simple, » dit Roroa avec un sourire heureux, debout de l’autre côté de moi.

En conclusion, il semblait que le cœur d’une femme était une chose mystérieuse, compliquée, mais simple.

 

☆☆☆

 

Alors, avec la décision de Taru de se joindre à nous, Kuu était de bonne humeur.

Il buvait son lait fermenté assez rapidement depuis le début de la fête.

Kuu était allé là où se trouvait Taru, et Roroa était venue me voir.

« Nyahahaha, » sourit-elle. « Depuis notre arrivée dans ce pays, il n’y a eu que des fêtes. »

« Tu as raison... Hé, attends ! » m’écriai-je.

Roroa s’était couchée et avait utilisé mes genoux comme oreiller. Bon sang de bonsoir.

J’avais posé ma main sur la tête de Roroa, et j’avais regardé vers mes genoux. « C’est inconvenant de s’allonger soudainement comme ça. »

« Je ne suis pas ivre. Il faut garder les choses franches et faciles à vivre quand il y a de la boisson qui circule, » déclara Roroa en riant d’un air suffisant quand je lui avais fait la tête. « Alors, chéri, quelle est la suite ? D’autres voyages ? »

« Quelle est la suite »... hein ?

« Nous avons Kuu à considérer maintenant, donc je pense que nous allons retourner au royaume pour un moment, » avais-je dit. « Je suis sûr que j’ai du travail qui s’accumule et qui a besoin de mon attention, et je m’inquiète aussi pour Liscia. En plus... »

« En plus ? » demanda Roroa.

« Non, ce n’est rien, » déclarai-je.

« ?? »

Il y avait des points d’interrogation flottant au-dessus de la tête de Roroa pendant que je continuais à la caresser.

Enfin, Roroa avait souri de satisfaction, et peu de temps après, elle ronflait. Quand Roroa, habituellement bruyante, dormait, elle ressemblait à une jeune fille douce. En regardant son visage endormi, j’avais pensé à ce que j’avais presque dit avant.

En plus... Ce que Maria disait me dérange, pensai-je.

C’était arrivé après la réunion, quand je faisais mes adieux à Maria. Son expression auparavant détendue était soudain devenue sérieuse.

Je me demandais juste ce qui se passait, après qu’elle m’avait dit d’une voix calme. « Dernièrement, les monstres du nord sont devenus plus actifs. »

☆☆☆

Après le retour au pays : Arc – 1 : La Fille de la Météo

« En ce qui concerne l’alliance médicale récemment signée avec la République... »

 

☆☆☆

 

« Maman, on dirait que l’émission est sur le point de commencer, » déclara un enfant.

« Oui, c’est vrai, » sa mère était d’accord. « Il s’agit vraiment d’un sauveur de vies. »

Cette mère et son enfant étaient venus sur la place de la fontaine pour regarder l’émission affichée par le Joyau de Diffusion de la Voix. Récemment, lors de l’émission d’information du soir diffusée dans le Royaume de Friedonia, un segment était devenu particulièrement populaire.

Chris Tachyon, la belle présentatrice du journal de joyau-vision, s’était tournée vers les téléspectateurs. « Maintenant, nous vous apportons le temps qu’il fera demain. Nadeeeeen. »

Une mélodie et une chanson joyeuses avaient commencé à être jouées.

 

Quel sera le temps demain ?

La pluie, mes moustaches me le disent.

Et plus tard, le ciel se dégagera enfin.

Et voici les Prévisions Météo de Friedonia !

 

Une fille vêtue d’une robe noire d’une seule pièce qui semblait comporter des écailles avait fait son entrée, en chantant à son arrivée.

Cette fille au visage adorable avait de longs cheveux noirs et semblait avoir environ quatorze ans. Il y avait une queue de lézard noir qui sortait du bas de son dos, et sa tête présentait des bois plus massifs et majestueux que ceux de la race des serpents de mer.

Elle s’appelait Naden Delal.

Ce dragon était récemment venu de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon au Royaume de Friedonia pour épouser Souma.

Même si elle était un dragon, elle n’était pas le dragon occidental habituel, mais une ryuu de style oriental. Sa vraie forme était grande et serpentine, et quand elle était descendue pour la première fois dans le château sous cette forme de ryuu, les résidents de la ville du château avaient paniqué comme si un monstre attaquait soudainement. La panique s’était calmée quand le château avait annoncé son identité.

Naden inclina la tête devant les citoyens qui regardaient l’émission. « Bonsoir. Je suis Naden, et je suis ici avec la météo de demain. »

Puis elle avait levé la tête, avait regardé dans la direction de Chris et avait un peu incliné la tête.

« J’y pense chaque fois que je viens ici, mais est-ce qu’il y a une raison pour que je chante quand je rentre sur le plateau ? » demanda Naden.

« Parce que chaque émission météo a besoin d’une chanson... c’est ce que croit Sa Majesté Souma, » Chris avait répondu avec un sourire d’affaires.

« Je-Je vois..., » Naden n’avait pas d’autre choix que d’accepter cette réponse.

Les personnes avaient regardé ça avec des expressions détendues pendant que cet échange se déroulait.

 

☆☆☆

Lorsqu’il avait été annoncé pour la première fois que Souma ramenait une fiancée dragon de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, le peuple avait été en ébullition à l’idée qu’il pourrait être le second avènement du roi d’Elfrieden original.

Le premier roi avait été convoqué en tant que héros tout comme Souma, puis avait construit le précurseur du Royaume de Friedonia, le royaume multiracial d’Elfrieden, et avait pris un dragon comme épouse alors qu’il ne venait pas du royaume des chevaliers dragons de Nothung. Il avait été considéré comme un grand héros par les habitants de ce pays.

Cependant, Souma était très différent de ce héros, son règne étant calme et stable.

La fille qui devint sa fiancée, Naden, donnait moins l’impression d’une bête divine que celle d’une fille innocente, de sorte que la passion du peuple s’était progressivement évanouie.

Mais même ainsi, ce n’était pas qu’elle était impopulaire auprès des autres. En fait, elle avait une popularité bien ancrée auprès de la population âgée. Ils ne la considéraient pas comme une future reine, mais comme leur jeune fille ou leur petite-fille.

Naden profitait de la vie à Parnam à sa façon.

Sa position faisait d’elle la deuxième reine secondaire, donc elle n’était pas confinée au château, et se rendait souvent dans la ville du château pour se promener et acheter des choses à manger. Normalement, ils auraient dû s’inquiéter de son enlèvement, mais en tant que ryuu, il n’y avait pas de cordes qui pouvaient la lier, alors elle était libre de faire ce qu’elle voulait à l’intérieur de Parnam.

Souma avait l’intention de faire en sorte que Naden, qui était sans retenue et semblable aux femmes indépendantes de l’ancien monde de Souma, ne se sente pas étouffée dans la capitale.

Cependant, lorsqu’elle avait aidé une enfant perdue à retrouver ses amies, qu’elle avait joué avec elles pendant qu’elle y était, puis qu’elle était revenue au château, couverte de boue, la princesse Liscia lui en avait dit des nouvelles de manière éloquente.

Pour Naden et les dragons comme elle, la plupart de leurs réalisations avaient été faites sur les champs de bataille. Le fait qu’elle puisse agir aussi librement qu’elle l’avait fait prouvait à quel point le royaume était devenu en paix.

C’était une bonne chose, mais c’était ennuyeux de ne rien avoir à faire jusqu’à ce qu’une crise éclate. Ça, et elle voulait que Souma compte sur elle pour autre chose que de monter sur son dos.

« Hey, Souma. Puis-je faire quelque chose ? » Naden avait essayé de demander.

« Oh, c’est le bon moment que tu as choisi pour me demander ça. Il y a quelque chose que je voulais que tu fasses, » déclara Souma.

Et le travail que Souma lui avait préparé, c’était ce poste de « fille de la météo ».

Les moustaches d’un ryuu étaient sensibles aux courants d’air, et on disait qu’une petite rafale lui suffisait pour connaître le temps qu’il ferait dans cette région la semaine suivante. Il avait apparemment prévu de l’utiliser et de faire une prévision météorologique.

Le Joyau de Diffusion de la Voix ne pouvait être vu qu’avec la vidéo que dans les grandes villes où des récepteurs étaient installés, mais même les villages reculés de la campagne pouvaient recevoir quelque chose comme la radio. Et il était donc évident que la diffusion d’une prévision météorologique sur le Joyau de Diffusion de la Voix permettrait de communiquer la météo à tous les habitants du pays.

« Alors, voilà, c’est donc ça, » avait-il expliqué. « Tu peux le faire, Naden ? »

« Bien reçu. Je m’en occupe, » répondit Naden.

Et ainsi, Naden était maintenant la première présentatrice météo du monde.

 

☆☆☆

Et ainsi, encore une fois aujourd’hui, Naden rendait compte de la météo de demain à l’ensemble du royaume.

« Hmm... Pour la météo de demain, nous nous attendons à ce qu’il n’y ait pas un nuage dans le ciel, et ce sera une journée de bien-être. Ça devrait être un bon jour pour faire la lessive. Dans la région d’Amidonia à l’ouest du pays et autour d’Altomura au sud, il peut y avoir des averses dispersées le long des montagnes le soir, alors assurez-vous de rentrer votre linge tôt. Et aussi, dans le nord-est, le ciel au-dessus de Cité Lagune se dégagera demain, mais il y a une possibilité... euh... d’orages, alors soyez prudent. »

 

☆☆☆

Ah, elle a raté sa réplique !

Naden avait essayé de continuer comme si elle n’avait pas mal parlé, mais les spectateurs avaient souri. Ils ne se lassaient jamais de voir cette adorable future reine.

Bien qu’elle ait trébuché sur ses paroles, les prévisions de Naden avaient la réputation d’être exactes.

Ceux qui travaillaient dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche lui étaient particulièrement reconnaissants pour ses avertissements de tempête. Si une tempête arrivait, les productions pour lesquelles ils avaient tant travaillé pourraient être emportées par les vents, et les mers pourraient devenir si violentes que sortir en bateau serait une catastrophe qui mettrait leur vie en danger. Cependant, si l’arrivée des tempêtes pouvait être prévue, il était possible de s’y préparer.

Pour les agriculteurs, ils pouvaient récolter leurs produits ou renforcer les plantes pour qu’elles ne soient pas renversées.

Pour les pêcheurs, ils pouvaient mettre les bateaux en cale sèche et s’assurer qu’ils ne soient pas emportés par les vagues.

Cela avait conduit à une augmentation de la production alimentaire du pays.

Il y avait même des rumeurs selon lesquelles certains villages de pêcheurs avaient déjà commencé à vénérer Naden comme une déesse qui garantissait de bonnes prises. Finalement, cela pourrait être lié au culte du dieu de la mer d’Urup, et elle deviendrait alors Ryuujin, le dieu dragon des mers. Pour l’instant, Naden n’était qu’une fille de la météo.

Comment les prévisions météorologiques de Naden avaient-elles été produites ?

Jetons un coup d’œil sur le processus de production.

 

☆☆☆

« Souma ! Réveille-toi ! »

« Gwuh ! Quoi... ? Quoi !? » m’écriai-je.

Soudain, il y avait eu un impact sur le dessus de mon estomac. J’étais profondément endormi jusqu’à il y a quelques instants, alors je paniquais, incapable de faire face à la situation quand j’avais vu Naden assise sur mon ventre. Il semblerait que l’impact ait été le corps de Naden qui m’avait frappé.

J’avais jeté un coup d’œil autour de moi alors que ma tête était encore dans le flou. C’était... Oui, le bureau des affaires gouvernementales.

À mon retour de la République de Turgis, Hakuya m’avait donné une montagne de travail qui s’était accumulée, alors j’avais travaillé jusque tard dans la nuit. J’avais dormi dans le lit se trouvant dans le bureau.

Même pendant mon séjour dans la République de Turgis, j’avais continué à utiliser ma magie, les Poltergeists Vivants, pour déplacer le Bras Mécanisé modèle 1 et remplir des papiers. Mais peu importe combien j’en faisais, encore plus de travail pour le roi n’avait cessé d’arriver. En toute honnêteté... J’étais là, enfin de retour à la maison, mais je ne pouvais même pas aller voir Liscia qui se reposait dans le domaine de l’ancien roi, Sire Albert.

Cela étant dit, j’avais très sommeil et je ne voulais pas encore me réveiller, mais Naden n’allait pas me le permettre. Se tournant latéralement pour former une croix avec le lit dans lequel je dormais, Naden s’allongea et se roula sur le dessus de mon ventre.

« Soumaaaa, réveille-toiiiiii, » déclara Naden.

« Désolé, Pa*rasche, » murmurai-je. « Je suis épuisé. J’ai tellement sommeil. »

« Qui est Pat**sche ? Lève-toi tout de suite, » déclara Naden.

Comme une élève du primaire qui essayait de réveiller son père le dimanche, Naden secouait son corps d’avant en arrière. Dans cet état, je n’arriverais pas à me rendormir, alors j’avais décidé à contrecœur de me lever.

Une fois assis, j’avais jeté sur Naden un regard un peu amer. « J’ai travaillé tard hier soir. Laisse-moi dormir encore un peu. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? Si tu ne te lèves pas, je ne peux pas faire mon travail, tu sais ? » Naden s’était levée du lit et avait posé une main sur sa hanche.

« Travail ? » demandai-je.

« Je dois prédire le temps, non ? » demanda-t-elle en retour.

« ... Oh, bon sang. Très bien, j’ai compris, » déclarai-je.

Après tout, c’était un travail important, alors j’avais cédé et j’étais sorti du lit.

 

☆☆☆

La production d’un programme de prévisions météorologiques.

Quand nous avions commencé à produire des émissions pour ce monde, je me demandais s’il y avait un moyen d’en faire une réalité. Dans mon ancien monde, il était évident qu’il y aurait une prévision météorologique pendant les émissions de nouvelles, alors je n’avais jamais été très reconnaissant qu’elle soit là. Cependant, le fait d’être venu dans ce monde où les gens vivaient sans prévisions météorologiques m’avait amené à réaliser douloureusement que c’était une chose incroyable depuis le début.

S’ils connaissaient le temps qu’il ferait, les personnes pourraient être plus actives.

Quand était-il temps de faire la lessive ? Quand était-il temps de semer ? Quand était-il temps de sortir pêcher ? Quand était-il temps de réparer la maison en prévision d’une tempête ? En connaissant le temps qu’il ferait à l’avenir, il était possible de se préparer ces choses bien en avance. Cela rendrait la vie des gens plus efficace.

Maintenant, la personne parfaite pour faire une telle prévision météorologique était venue pour être avec moi.

Sous sa forme de ryuu, les deux longues moustaches de Naden étaient des organes sensoriels très perspicaces, et une légère brise qui les traversait lui indiquait le temps qu’il faisait à cet endroit la semaine suivante. C’est pourquoi je demandais à Naden de faire le tour du royaume tous les deux ou trois jours et d’étudier le temps qu’il ferait dans chaque région.

En plus de Naden, il y avait des personnes qui vivaient dans ces régions depuis des générations et qui pouvaient prédire les grands changements météorologiques. C’était bien même si c’était juste quelque chose comme : « S’il y a des nuages autour de cette montagne, il y aura une pluie passagère le lendemain. » Nous leur avions demandé de nous envoyer ce genre d’informations par messager kui, et nous avions tenu des statistiques dans la capitale.

En utilisant les prévisions météorologiques de Naden comme colonne vertébrale et les rapports des individus qui pouvaient dire le temps qu’il faisait dans tous ces différents endroits pour étoffer les choses, nous avions été en mesure d’établir des prévisions météorologiques raisonnablement précises.

C’était populaire auprès des gens qui disaient qu’elle était assez précise.

« La, la, la, la ! »Naden chantait.

Si je ne devais soulever qu’une seule plainte, c’était que chaque fois qu’elle sillonnait le pays, Naden m’emmenait.

Je chevauchais sur le dos de Naden alors qu’elle chantait pour elle-même et avançait dans le ciel, ma tête hochant inconsciemment alors que j’étais frappé par des vagues de somnolence.

Ceux qui avaient un contrat avec un dragon étaient protégés par sa magie, donc je n’étais pas affecté par la pression du vent ou la gravité, et je ne tomberais pas. Cela signifiait que c’était très confortable, ce qui ne faisait que m’endormir davantage. C’était comme si le fait d’être assis dans le train pendant qu’il se balançait vous donnait terriblement sommeil.

Naden, pour sa part, était heureuse de me voir monter sur son dos quand elle volait. En ayant son contractant sur le dos, elle avait déjà expliqué auparavant : « J’ai l’impression que ça gratte une démangeaison, ou que quelque chose est à sa place. »

C’était un sentiment difficile à comprendre pour un humain, mais c’était le genre de créatures que les dragons étaient.

C’était pour ça qu’on m’avait entraîné là-dedans. C’est aussi pour cela que Naden chantait d’une manière si joyeuse.

Et dans sa forme de ryuu, Naden ne parlait pas, elle communiquait en utilisant quelque chose comme la télépathie, pour que je puisse l’entendre chanter directement dans mon cerveau. Naden était étonnamment douée pour chanter, et c’était relaxant à écouter, ce qui ne faisait que m’endormir encore plus.

« Et nous y sommes, » déclara Naden. « Hé, Souma. On est maintenant au-dessus de Cité Lagune. »

« ... Hein ? ... Oh, ouais, » déclarai-je.

« Attends, tu dormais alors qu’on fait un si beau voyage dans le ciel ? » demanda Naden, l’air contrarié.

Même avec son visage de ryuu, j’avais vu qu’elle gonflait ses joues.

« Mais c’était si confortable quand je suis sur ton dos que je ne peux pas m’en empêcher, » déclarai-je.

« Grrr, quand tu le dis comme ça, ça ne fait pas si mal..., » déclara-t-elle.

J’avais sorti une pile de papier, un encrier et un plume du sac accroché à mon épaule. « Maintenant, à part ça, mettons-nous au travail. »

Naden avait toujours l’air un peu insatisfaite, mais elle avait dû passer en mode travail, car elle laissait ses deux moustaches dériver dans le vent. Alors...

« La Cité Lagune sera ensoleillée aujourd’hui. Toute la journée de demain, aussi. Il fera beau le lendemain aussi, mais il y aura des nuages dans la soirée. Dans trois jours, on dirait qu’il y aura de légères averses dès le matin. Ça va durer toute la journée, » déclara Naden.

Naden préparait une prévision météorologique pour cette région.

Je l’avais écrit mot pour mot, en m’assurant de ne rien rater.

« Dans quatre jours, il fera nuageux, et dans cinq jours, il fera nuageux, mais cela se dissipera dans l’après-midi. Dans six jours, il fera beau toute la journée. Dans sept jours, encore une fois, ce sera dégagé toute la journée, » déclara Naden.

Nous connaissions la météo jusqu’à sept jours de plus, soit un total de huit jours.

Dans ce monde, une semaine, c’était huit jours, alors nous avions fait nos prévisions météorologiques hebdomadaires pour cette région.

Après avoir rangé ce que j’avais écrit, j’avais poussé un soupir d’admiration. « Tes moustaches sont vraiment pratiques, Naden. »

« Heehee ! Tu peux me féliciter encore plus, tu sais ? » déclara Naden.

« Hé, tu es la numéro une ! Si on connaissait la température de la semaine suivante, ce serait parfait, » rajoutai-je.

« C’est trop demander ! » s’écria Naden.

J’avais essayé de la taquiner, et Naden s’était énervée. J’en attendais trop, hein... Aucun doute là-dessus.

Heureusement que Naden était devenue ma fiancée. Pas seulement pour moi, mais pour tout le pays. Si j’avais oublié ça, j’allais être puni pour ça.

J’avais caressé le dos de Naden. « Je suis reconnaissant. Merci d’être venue avec moi, Naden. »

« Ohh... Quand tu es si honnête avec moi, je me sens timide. Eheheheh..., » déclara Naden.

« C’est ce que je ressens vraiment. Maintenant, passons à l’endroit suivant, » déclarai-je.

« Bien reçu ! Je te porterai n’importe où, Souma, » déclara Naden.

« Oh ? Alors la République de Turgis..., » demandai-je.

« Je déteste le froid ! » s’exclama Naden.

Tout en ayant ce genre de conversations sans importance, nous avions parcouru le pays en volant.

 

☆☆☆

... Eh bien, c’était à peu près ainsi que les prévisions météorologiques avaient été produites. Aujourd’hui, Naden transmettait ces prévisions météorologiques aux personnes qui regardaient ou écoutaient le Joyau de Diffusion de la Voix.

« Voici Naden. Je vais maintenant vous parler du temps qu’il fera demain. »

☆☆☆

Après le retour au pays : Arc – 2 : Le séjour de Kuu dans le Royaume

Partie 1

— Au milieu du 7e mois, 1547e année du Calendrier Continental —

Les toits des maisons du quartier résidentiel de Parnam étaient uniformément orange.

Si vous regardiez vers le bas depuis le château de Parnam pour voir le centre de la ville, les murs du château qui entouraient la ville, et la petite montagne près de la ville, cela ressemblerait à une vaste mer d’orange.

Il y avait une silhouette sombre qui rebondissait sur ces toits orange.

La silhouette courait d’un toit à l’autre, mais elle s’était arrêtée sur un toit pour essuyer la sueur. C’était à peu près à la période de la journée où le soleil était haut dans le ciel.

L’été avait commencé pour de bon à ce moment-là, et le royaume voyait maintenant des jours chauds s’enchaîner.

« Franchement, il fait chaud ! » grogna la silhouette. « Il ne ferait jamais aussi chaud en République. »

C’était l’invité de la république, Kuu Taisei.

Cela faisait déjà deux mois que le roi Souma de Friedonia avait formé une alliance médicale avec le chef de l’État Turgien Gouran et l’impératrice Maria de Gran Chaos.

Afin de voir comment Souma régnait et d’apprendre de lui, Kuu était venu résider dans le Royaume de Friedonia avec son accompagnatrice Leporina et son amie d’enfance Taru.

Il séjournait gratuitement chez Souma, mais comme il n’était qu’un vassal formel, il n’avait pas de travail particulier à faire, et il passait la plupart de son temps à voyager dans le royaume pour apprendre.

Kuu soumettait une demande de visite et d’information sur un lieu, et si Souma donnait sa permission, il avait relativement carte blanche pour regarder ce qui se trouvait dans le Royaume. Il s’était rendu dans de nombreux endroits de cette façon, et s’était inscrit comme aventurier avec Leporina, mettant de côté une petite somme d’argent en prenant des quêtes.

Kuu s’était accroupi sur le bord du toit, donnant sur la ville de Parnam.

Encore une fois... Je sais que j’en ai entendu parler par frangin, mais ce pays est encore plus incroyable que je ne le pensais, pensa-t-il.

Il y avait des choses qu’il avait apprises en venant dans ce pays et en y vivant.

Les choses voyantes avaient attiré son attention en premier. Au départ, il s’agissait des émissions diffusées par le Joyau de Diffusion de la Voix. L’idée d’utiliser le Joyau de Diffusion de la Voix, qui n’avait été utilisé que pour des proclamations officielles auparavant, pour divertir les citoyens était incroyable.

L’émission de chants où de nombreuses Loreleis diverses et variées apparaissait pour chanter, l’émission d’informations où Chris Tachyon rapportait les événements et les incidents qui s’étaient produits dans le pays, les prévisions météorologiques de l’une des fiancées de Souma, et plus... Tout cela était tous nouveau pour Kuu, et cela avait attiré son intérêt.

Parmi eux, le programme de tokusatsu appelé Overman Silvan était son préféré.

C’était de la bonne matière. Voir un héros se battre pour le bien et punir le mal l’avait excité.

Kuu aimait tellement Silvan qu’en les regardant tourner l’émission dans le château, il avait même obtenu l’autographe d’Ivan Juniro, l’acteur qui jouait le personnage principal. C’était incroyable qu’à une époque comme celle-ci, le fils d’un chef d’État d’une nation supplie un acteur d’un autre pays de lui demander un autographe.

Quant à la prochaine chose voyante qui avait attiré son attention, il s’agissait des événements religieux.

En général, les nations qui mettaient beaucoup de ferveur dans leurs événements religieux avaient tendance à être monothéistes, mais les événements religieux dans cet État multiracial et pluri-religieux étaient étonnamment populaires.

Il semblait que depuis que Souma avait publié une proclamation disant que « toute religion qui s’enregistre auprès du gouvernement sera reconnue comme religion d’État », ce pays avait acquis une variété de religions d’État, et ils en étaient venus à tenir de grands événements religieux pour attirer les croyants.

En outre, en transformant ces événements religieux en événements nationaux, il avait même été possible pour les membres d’autres religions et sectes d’y participer.

Il en est résulté qu’à l’exception des croyants les plus fervents, il y avait eu une augmentation du nombre de citoyens s’engageant dans des religions multiples, et une relation de coopération où différentes religions se prêtaient mutuellement de l’espace pour des événements avait été construite.

C’était parce que, s’il était possible d’avoir plusieurs religions, il n’était pas nécessaire de se battre pour voler les croyants les uns aux autres.

Cette sorte d’approche de la religion de type buffet semblait être quelque chose que le culte relativement tolérant de la Mère Dragon pouvait permettre, mais l’Orthodoxie Lunaire, avec son accent sur l’unité par la croyance en un dieu unique, détesterait.

Cependant, le chef de l’Orthodoxie Lunaire au sein du royaume, l’évêque Souji Lester, avait dit : « Plusieurs religions ? Bien sûr, pourquoi pas ? »

Et avec cette seule parole, ils avaient été graduellement entraînés dans le buffet des religions.

Souji était plus impie que jamais. Mais sa gestion lâche avait le soutien des adhérents de l’Orthodoxie Lunaire dans le royaume. Pour les adhérents qui avaient vécu longtemps dans le royaume, même si c’était le centre de leur religion, ils n’avaient pas été heureux de recevoir des ordres directement de l’État papal orthodoxe sur toutes sortes de choses.

Sur ce point, Souji avait dit : « Si tu fais les choses avec modération, tu peux faire ce que tu veux. » Et laissait tout cela à eux-mêmes, donc c’était plus facile pour les croyants.

Dans le royaume, il y avait maintenant un dialogue religieux ouvert entre toutes les religions, et elles étaient dans un état d’harmonie impeccable.

Si vous alliez en ville, un week-end, il y aurait un festival de l’Orthodoxe Lunaire, et le week-end suivant, il y aurait une journée de célébration pour les adorateurs de Mère Dragon, et le week-end suivant, les adorateurs du dieu de la mer auraient une cérémonie inaugurale liée aux océans... Il y avait toujours une excuse pour qu’un événement ait lieu.

Ainsi, les gens se réunissaient là où il y avait des événements, et les choses et l’argent se réunissaient là où il y avait des individus. La tenue d’événements religieux était directement liée à l’augmentation de l’activité économique.

Et bien, c’est facile de regarder les choses tape-à-l’œil, mais ce qui est vraiment incroyable, c’est ce qu’on ne voit pas, pensa Kuu.

Kuu se leva et recommença à rebondir sur les toits.

Au-dessous, il pouvait voir les citoyens de ce pays vivre leur vie. Il avait traversé une rue commerciale où les femmes faisaient leurs courses, puis une rue d’artisans où le bruit des marteaux ne cessait de résonner.

Pendant qu’il courait, Kuu avait eu une idée.

Ce qui est vraiment incroyable dans ce pays, c’est à quel point il est facile d’y vivre, pensa-t-il.

Le royaume tel qu’il était aujourd’hui avait encore ces toits orange, ce qui lui donnait une apparence rétro, mais en dessous, c’était devenu incroyablement agrémenté à y vivre.

Les grandes villes disposaient de réseaux d’eau courante et d’égouts, et la collecte des ordures avait été nationalisée, ce qui avait permis d’améliorer l’assainissement. Malgré le fait qu’il s’agissait d’une grande ville, l’air n’était pas si mauvais et l’eau utilisée pour la consommation quotidienne n’était pas contaminée.

Il y avait un réseau de transport, et beaucoup de personnes allaient et venaient. Il en était résulté un réseau de distribution des produits, une stabilisation des prix et un bon ordre public, car l’armée pouvait être rapidement envoyée n’importe où.

Si une personne vivait ici, ne serait-ce que quelques jours, elle se sentirait mal à l’aise de vivre dans un autre pays.

Le seul pays qui pouvait rivaliser avec celui-ci pour la qualité de vie devait être la grande puissance de l’Occident, l’Empire du Gran Chaos. La République de Turgis n’était pas du tout compétitive.

Papa, on ne peut pas rester où on est.

Ils avaient formé une alliance médicale égale entre les trois pays, mais à ce rythme, un écart incroyable se formerait un jour entre eux. Afin d’éviter cela, Kuu apprendrait comment Souma régnait ici, et trouverait une voie de développement pour la république.

« Pour cela... J’ai besoin de jeter un bon coup d’œil au pays de Frangin ! »

En exprimant sa détermination, Kuu avait laissé échapper un rire.

Puis une sorte de voix faible vint de derrière lui. « J-Jeune maître. Attends-moi, je t’en prie. »

Quand Kuu s’arrêta et regarda en arrière, une fille aux oreilles de lapin s’approcha de lui, respirant durement alors qu’elle arrivait. C’était l’assistante de Kuu, Leporina.

« Bon sang, tu es lente, Leporina. Qu’est-il arrivé à tes jambes saines habituelles ? » demanda Kuu.

« Hahh... Hahh... C’est parce que tu cours sur ces toits, jeune maîtreeee. Contrairement à ta race de singe des neiges, les lapins blancs ne sont pas habitués à courir en hauteur. En plus, il y a de bonnes routes, alors marchons dessus, » déclara Leporina.

« C’est plus rapide de couper à travers les toits que de perdre mon temps à traîner les pieds par terre, n’est-ce pas ? J’invite Taru à déjeuner. Si je ne me dépêche pas, le déjeuner sera fini, » déclara Kuu.

Kuu était pressé parce qu’il rencontrait Taru.

Contrairement à Kuu, qui était un pique-assiette séjournant au château de Parnam, Taru louait une maison près de la rue des artisans avec un atelier attenant. Il lui aurait été facile de vivre dans le château, mais elle avait pensé que ce serait un tracas de faire la navette entre le château et la ville tous les jours. Kuu passait souvent chez Taru.

Kuu était sur le point de repartir en courant... puis s’était arrêté et avait demandé à Leporina, « Alors, où se trouvait déjà Taru ? »

« Tu courais sans le savoir !? » Leporina regarda Kuu avec incrédulité.

« Non, je sais où est sa maison. Mais elle est partie former les forgerons aujourd’hui, non ? Je ne sais pas où se trouve cette place d’entraînement... Comment ça s’appelait déjà ? » demanda Kuu.

« C’est l’école professionnelle de Ginger, » répondit Leporina.

L’école professionnelle de Ginger était dirigée par Ginger Camus, l’ancien marchand d’esclaves. D’une part, il enseignait aux enfants à lire, à écrire et à faire du calcul, tout en étant une institution universitaire où l’on faisait des recherches dans de nombreux domaines d’études et technologies qui étaient à l’aube de leur épanouissement.

De tous les domaines d’études et technologies étudiés ici, ceux qui étaient jugés prometteurs pour l’avenir étaient reconnus, et si un certain nombre de chercheurs sur un sujet pouvaient être retenus, une nouvelle école spécialisée indépendante serait créée. C’est pourquoi l’école professionnelle de Ginger avait été appelée « école pour écoles ».

Le domaine de la médecine venait tout juste de devenir indépendant, et l’ancienne capitale du Duché de Carmin, Randel, abritait désormais une école de médecins et d’infirmières, la Faculté de Médecine de Randel.

Maintenant que suffisamment de personnel s’était développé au point de pouvoir enseigner les connaissances médicales de base, Brad et Hilde avaient été libérés de leurs fonctions d’enseignement. Ils avaient ouvert un cabinet médical dans la nouvelle ville de Venetinova, et il n’y avait donc plus de raison de les enchaîner vers la capitale.

La raison pour laquelle l’école avait ouvert ses portes à Randel était qu’il y avait un terrain d’entraînement pour la Force de défense nationale terrestre à proximité, ce qui signifiait une réserve infinie de soldats avec des blessures fraîches qui feraient de bons cobayes... sujets d’essai.

Soit dit en passant, bien que Brad et Hilde avaient fait leur retour sur le terrain, comme ils l’avaient voulu, ils étaient encore appelés à l’occasion à la Faculté de Médecine de Randel pour donner des conférences. Bien qu’ils aient quitté leurs fonctions d’enseignants, ils étaient maintenant des légendes vivantes dans le monde de la médecine à l’intérieur du royaume.

Il semblait que Hilde continuait à refuser parce qu’elle était actuellement enceinte, mais une fois qu’elle aurait accouché et qu’elle se serait habituée à élever son enfant, elle était sûre de recevoir de multiples demandes de conférences.

Revenons à notre sujet.

L’école professionnelle de Ginger était le lieu où Taru enseignait les techniques de forge.

Leporina soupira et courut devant lui. « Je suppose qu’il n’y a rien à faire. Suis-moi, jeune maître. »

Boing ! Boing ! Leporina avait sauté sur les toits orange. On aurait dit qu’à la fin, ils passeraient après tout par les toits.

« Très bien ! Désolé pour le dérangement ! » Kuu l’avait suivie en riant.

☆☆☆

Partie 2

Alors que Leporina était en tête, Kuu arriva à un endroit avec un large terrain entouré d’un mur de briques avec un certain nombre de bâtiments à l’intérieur. Il s’agissait apparemment de l’école professionnelle de Ginger.

Quand ils étaient arrivés tous les deux à la porte, ils avaient vu une domestique seule à l’intérieur de la porte balayer le sol avec un balai en bambou. Cette femme de chambre était une belle fille dont les oreilles triangulaires et la queue duveteuse étaient typiques des races des hommes-bêtes.

« Oh ! J’en ai trouvé une mignonne ! » s’exclama Kuu.

« Oh... Pas encore ça..., » les épaules de Leporina s’étaient affaissées.

Kuu aimait les femmes qui avaient des parties de bête duveteuse. Si elles avaient des seins, c’était encore mieux.

C’est pourquoi il avait demandé à Tomoe : « Veux-tu être ma fiancée ? » lors de leur première rencontre, et il s’était mis à essayer de la courtiser. Mais il faudrait qu’il garde espoir pour l’avenir au niveau des seins.

Sur ce point, la femme de ménage devant Kuu cochait toutes ses cases.

« Oookyakya ! Je me demande quel genre d’homme-bête elle est. Je vais peut-être aller la courtiser tout de suite, » déclara Kuu.

« ... Il dit ça, bien qu’il n’ait d’yeux que pour Taru, » déclara Leporina en un murmure.

« Hein ? As-tu dit quelque chose ? » demanda Kuu.

« Non, rien... Ou plutôt, j’en parlerai à Taru plus tard, tu sais ? » déclara Leporina.

« Argh... C’est bien de regarder, n’est-ce pas ? » demanda Kuu.

Kuu avait fait la moue. Il était si facile à comprendre.

Pendant que le duo maître et serviteur se disputaient, la domestique homme-bête qui faisait le ménage remarqua que Kuu et Leporina étaient là. La bonne avait rétréci les yeux comme si elle se méfiait. Puis, plaçant son balai devant sa poitrine, elle s’approcha d’eux avec détermination.

« Qu’est-ce que vous faites dans notre école ? » demanda-t-elle.

« « Hein ? » » Kuu et Leporina, qui s’étaient disputés, l’avaient regardée avec des visages abasourdis quand elle les avait soudain interrompus.

La femme de chambre les salua légèrement, ne les quittant jamais des yeux. « Je suis Sandria, une servante au service du Seigneur Ginger, le directeur de l’école professionnelle de Ginger. Excusez-moi, mais... puis-je vous demander, quelles affaires avez-vous à faire dans cette école ? »

Il y avait un ton menaçant dans sa voix. Comme si elle se méfiait d’eux, ou qu’elle était en colère. Kuu ne se souciait pas de l’atmosphère qui se dégageait de Sandria, et il donna son nom avec désinvolture.

« Hm ? Je suis Kuu. Voici ma servante Leporina, » déclara Kuu.

« C-C’est un plaisir de vous rencontrer, » déclara Leporina.

Contrairement à Kuu, Leporina avait senti l’atmosphère inquiétante et avait salué avec plus d’hésitation.

Sandria avait tenu son balai en bambou et en avait pointé l’extrémité sur le front de Kuu. « Pourquoi êtes-vous venu ici... ? C’est ce que je vous demande. »

Le front de Sandria était plissé. Cette position hostile avait aussi mis Kuu en colère.

« C’est quoi ça, sorti de nulle part ? C’est comme ça que votre école accueille les invités ? » demanda Kuu.

« Je ne pense pas que nous appelions ceux qui tentent d’entrer dans notre école alors qu’ils sont des invités armés, » déclara Sandria.

« Armé ? ... Oh, je suppose que oui. » C’était là que Kuu avait finalement compris.

Kuu avait une massue sur le dos, et son accompagnatrice et garde du corps Leporina portait un arc et des flèches sur le sien. Sandria devait se méfier du fait qu’ils étaient des brigands, venus ici pour attaquer l’école.

Les instituts d’éducation étaient le lieu où la sagesse d’un pays était recueillie, et il était tout à fait imaginable qu’ils soient la cible de brigands, ou d’agents d’autres pays qui en avait après leurs chercheurs et leurs résultats. Tous les deux avaient été négligents.

Quand Kuu s’en était rendu compte, il avait offert le gourdin qu’il portait à la femme de chambre. « Désolé d’arriver si soudainement et de vous surprendre comme ça. On est juste là pour voir quelqu’un. »

« Mais ce n’est pas ce que vous croyez ? » déclara Sandria et indiqua derrière Kuu de ses yeux.

Quand Kuu se retourna, Leporina avait pointé une flèche sur Sandria.

« Attends, Leporina !? Pourquoi fais-tu quelque chose d’aussi menaçant ? » demanda Kuu.

« J-Je pensait que mon jeune maître était en danger, alors..., » déclara Leporina.

Oui, elle était immédiatement passée en mode crise en pensant que son maître était en danger. C’était l’agissement même de ce qu’un serviteur devrait faire, mais... dans ce cas-ci, cela ne faisait que rendre cette conversation plus difficile.

« Calme-toi ! Calme-toi ! C’est juste un balai ! » déclara Kuu.

« Rassurez-vous. Ce balai en bambou a quelque chose à l’intérieur, » déclara Sandria.

Avec un éclair, une lame de la taille d’un couteau avait surgi du balai en bambou du côté qu’elle tenait. Sandria pressa le bord tranchant à la gorge de Kuu.

« Est-ce une canne-épée !? Pourquoi une bonne transporte-t-elle quelque chose de si dangereux ? » demanda Kuu.

« Il y a beaucoup d’individus qui font des recherches inhabituelles dans cette école, voyez-vous, » déclara Sandria.

« S’il vous plaît, ne bougez pas ! » Voyant l’épée dans la canne, Leporina repoussa encore plus loin sa corde d’arc. « Si vous bougez un muscle... Je vais tirer. »

 

 

« ... Très bien, » déclara la servante. « Je tuerai au moins votre maître avant cela. »

Il y avait deux belles femmes de chaque côté de Kuu qui se regardaient l’une et l’autre. Sans les armes, ce serait une situation dont n’importe quel homme serait jaloux, mais même Kuu ne pourrait pas en profiter.

« Vous allez vous calmer toutes les deux ! Que quelqu’un fasse quelque chose ! » cria Kuu.

Peut-être que le cri de Kuu avait atteint quelqu’un, parce qu’un jeune homme était venu. « Euh... San ? De quel genre de situation s’agit-il ? »

Il y avait un jeune homme maigre, et à l’allure frêle, debout derrière Sandria, et ses joues frémissaient lorsqu’il regardait cette scène avec étonnement.

« Tu ne dois pas, maître ! » cria Sandria, l’air paniqué pour la première fois.

Il s’appelait Ginger Camus. Malgré sa jeunesse, il était le directeur de l’école professionnelle de Ginger.

Ginger venait d’inviter Sandria à déjeuner avec lui, mais il avait paniqué en voyant la situation près du portail.

Sandria avait un balai avec un couteau au bout pointé vers un jeune garçon qui ressemblait à un singe, et une fille qui ressemblait à un lapin avait un arc bandé qui visait Sandria. Ginger avait été surpris par la scène dangereuse, mais...

« A-Arrêtez-vous, s’il vous plaît ! » hurla-t-il.

L’instant d’après, son corps bougeait. Ginger s’interposa entre Sandria et l’archer pour bloquer la ligne de tir, et même dans sa terreur, il avait réussi à tendre les bras et à crier à Kuu et Leporina : « C’est une école cautionnée par Sa Majesté le roi Souma ! S’il vous plaît, arrêtez avec cet outrage violent ! »

« Comme... je... n’... arrête... pas... de... le... dire. C’est un malentendu..., » déclara Kuu.

« Maître !? »

Relâchant Kuu, Sandria avait jeté son épée-balai sur le côté, avait pris dans ses bras Ginger, et l’avait fait tourner autour d’elle pour changer leur position. Elle avait fini par exposer son dos à Leporina qui continuait à viser avec son arc.

« Attends, San !? C’est dangereux ! » cria Ginger.

« Je te protégerai, même si cela me coûte la vie, maître, » déclara Sandria.

Il y avait Ginger qui s’inquiétait pour Sandria, et Sandria qui risquait sa vie pour le protéger. C’était une scène qui montrait d’un seul coup d’œil quels étaient les sentiments de l’un pour l’autre.

Après avoir vu cette scène, Kuu se gratta maladroitement la joue en leur disant, « Uhhhh... Désolé de vous arrêter quand vous êtes tout excité, mais nous ne sommes pas là pour attaquer l’endroit. Hé, Leporina. Je suis maintenant libre, alors combien de temps vas-tu continuer à tenir cet arc ? »

« Euh... ? Ah ! Oui, Sire ! » s’écria Leporina.

Leporina s’était tellement concentrée sur sa tâche qu’elle avait seulement réalisée maintenant que Kuu avait été libéré. Elle abaissa rapidement son arc et remit la flèche dans son carquois.

En riant, Kuu se tourna vers Ginger et Sandria et dit : « Désolé de faire une scène. Je suis Kuu Taisei. Je viens de la République de Turgis, mais je suis en train de faire du parasitisme chez frangin Souma. Il pense à moi comme à son petit frère. Les oreilles de lapin, c’est ma servante, Leporina. »

« C-C’est un plaisir de vous rencontrer. Oh, et désolée pour le dérangement. » Leporina inclina la tête.

Ginger avait réussi à arracher Sandria de lui d’une manière ou d’une autre, et s’était tenue devant Kuu. « Vous êtes une connaissance de Sa Majesté, alors. Je suis Ginger Camus, celui chargé de gérer cette école. Voici ma secrétaire, Sandria. »

« Je suis Sandria. » Sandria souleva un peu l’ourlet de sa jupe et fit une révérence.

Son malaise de tout à l’heure semblait être un mensonge, et elle présentait un regard comme si rien ne s’était passé. Cependant, elle avait dû se sentir gênée à l’intérieur, car ses joues étaient un peu rouges.

Pourtant, la seule personne ici qui s’en apercevrait était Ginger, qui était avec elle depuis longtemps.

Kuu avait souri et serra la main de Ginger. « Enchanté, Ginger. Vous avez une bonne subordonnée qui s’occupe bien de son maître. »

« Oui. C’est une partenaire fiable, » déclara Ginger.

« Je suppose que je ne peux pas la prendre pour moi, hein. Cependant, son physique est mon genre, » déclara Kuu.

« Euh !? » s’écria Ginger.

Ce soudain discours sur le fait de l’emmener et sur le fait qu’elle était le genre de Kuu avait semé la panique chez Ginger.

Face à ça, Sandria ne semblait pas du tout bouleversée. « J’ai le regret de vous informer que j’ai déjà consacré mon corps, mon cœur et jusqu’à la dernière goutte de mon sang à mon maître. »

« Whoa, San, qu’est-ce que tu dis !? » s’écria Ginger.

« Il va sans dire que si mon maître m’ordonne de passer la nuit avec lui, je suis prête à refouler mes larmes et à le faire, » déclara Sandria.

« Ne dis pas des choses qui me font mal paraître ! Je n’aurais jamais ordonné une telle chose ! » déclara Ginger.

Ginger paniquait. Cela semblait satisfaire Sandria d’une façon ou d’une autre.

En regardant Ginger se faire manipuler par sa servante, Kuu s’était retrouvé à sympathiser malgré lui. « Je ne sais pas comment dire ça, mais... tu as aussi la vie dure, hein ? »

Maintenant que Kuu y pensait, il avait l’impression que son frangin, Souma, qui était aussi le roi de ce pays, avait aussi des moments où il ne pouvait pas tenir tête à ses fiancées. Est-ce que les femmes étaient plus fortes que les hommes et faisaient partie du caractère national de ce pays ?

Elle est trop sadique, alors je ne peux pas me résoudre à demander si elle veut être ma fiancée, comme je l’ai fait avec la petite Tomoe... Attends, hein ? C’est peut-être ce qu’elle vise ?

Avait-elle essayé d’empêcher Kuu de s’intéresser à elle en étant délibérément sadique envers Ginger ? Pour que Kuu n’essaie pas de l’éloigner de lui ? Vu la loyauté dont elle avait fait preuve en se servant d’elle-même comme bouclier pour protéger Ginger, ce n’était pas hors de question.

Kuu y réfléchissait en les regardant tous les deux, mais...

« Maître... me garderas-tu à tes côtés pour la vie ? » demanda Sandria.

« Bien sûr que oui. Tu es une partenaire importante pour moi. Après tout, je ne peux pas diriger cette école tout seul. Alors... s’il te plaît, ne me quitte pas, » déclara Ginger.

« Ce ne sont pas tout à fait les mots que je voulais entendre, mais... bien sûr, je resterai à tes côtés, à te servir toujours. Maître, » déclara Sandria.

Une correction, pensa Kuu. Il semble qu’une bonne moitié était bien la personnalité de Sandria.

Ginger avait l’air un peu tête en l’air, alors il avait pu se dérober sans reconnaître ses intentions, mais si la servante avait déclaré cela à Kuu, il l’aurait remarqué, et elle l’aurait eu ainsi.

« C’est une femme de chambre effrayante, » déclara Kuu à Leporina d’une voix calme.

Leporina ricana en réponse. « Ça montre à quel point Ginger est important pour elle. Tu as vu cette démonstration de dévotion, jeune maître ? Si c’est pour l’homme qu’elle aime, une femme peut devenir aussi calculatrice qu’elle doit l’être. »

« Est-ce comme ça que ça marche ? ... J’ai maintenant un peu peur des filles. » Kuu soupira. « Dieu merci, ma servante est si simple. »

« Oh, je n’en serais pas si sûre, » déclara Leporina avec un sourire espiègle. « Penses-tu qu’une fille simplette serait autorisée à te servir de garde du corps ? Tu ne le penses peut-être pas quand tu me regardes, mais Maître Gouran m’apprécie beaucoup, tu sais ? »

Leporina avait gonflé sa poitrine avec fierté. Bien que sa poitrine soit retenue par le plastron qu’elle portait, quand elle avait pris cette pose, il était clair qu’elle en avait plus que Taru.

Pendant un instant, Kuu avait failli la fixer, mais l’histoire de sa taille de poitrine l’avait frotté dans le mauvais sens du poil, et il s’était forcé à regarder ailleurs.

« Hmph... Eh bien, je reconnaîtrai au moins ta compétence avec un arc, » déclara Kuu.

« Ce n’est pas seulement avec Maître Gouran, tu sais ? Je suis aussi une amie d’enfance de Taru, et on s’entend très bien. Quand viendra l’heure, je suis sûre qu’on pourra s’entendre toutes les deux. »

« ... Quand viendra quelle heure ? » demanda Kuu.

« Quand cela sera l’heure, c’est tout, » Leporina avait esquivé la question avec son sourire léger habituel.

Ce sourire avait fait frissonner Kuu dans son dos.

En effet, alors qu’il avait toujours eu l’impression qu’il dirigeait Leporina, elle était devenue une personne importante pour lui à un moment donné. Si Leporina en avait assez de lui, cela nuirait à sa relation avec Taru, dont elle était aussi proche. Et à ce moment-là, elle était devenue une présence si fiable pour lui qu’il n’aurait jamais songé à la remplacer par une autre servante.

Alors que Kuu était encore confus, Leporina se mit à ricaner. « Heehee, je plaisante. Tu me fais toujours courir comme une folle, alors j’ai voulu te taquiner un peu. Désolée. »

« M-Me taquiner ? » demanda Kuu.

« Oui. Tu n’as pas à t’inquiéter de ce que j’ai dit maintenant, » déclara Leporina.

O-Oh, donc c’est comme ça... Mais est-ce le cas ?

Kuu était presque satisfait, mais il y avait une petite partie de lui qui ne pouvait l’accepter.

Leporina avait dit qu’elle le taquinait, mais la position de Leporina n’avait pas changé. Kuu ne connaissait rien des histoires de la Terre, mais c’est ce que Sun Wukong avait dû ressentir dans la paume de la main du Bouddha.

Et, en fait, Kuu ne savait pas du tout ce que Leporina pensait vraiment.

Hm... le jeune maître semble mal comprendre ce que j’entendais par « quand viendra l’heure ». Tandis que Kuu, confus, lui jetait un regard furtif, Leporina avait souri d’un air ironique. Je ne ferais jamais rien que tu n’aimes pas, Maître Kuu. Je sais très bien ce que Taru et toi ressentez. C’est pourquoi, le moment venu, je suis sûre de pouvoir m’entendre avec Taru. Je ne vous gênerai pas tous les deux, alors ne me traitez pas non plus mal. D’accord, Maître Kuu ?

Leporina avait fait un sourire troublant à Kuu.

Remarquant ce sourire, Kuu pensa, Eek... Frangin, après tout, je ne comprends pas les filles...

Il avait l’impression de pouvoir comprendre un peu les sentiments de Souma.

☆☆☆

Partie 3

« Qu’est-ce qui ne va pas, idiot de maître ? » Taru avait demandé ça à Kuu, qui avait un regard un peu bizarre sur son visage pendant qu’ils mangeaient.

Quand Kuu avait expliqué à Ginger et Sandria qu’il était venu inviter Taru à déjeuner, ils leur avaient suggéré d’y aller tous ensemble, et les cinq personnes étaient allées à la cafétéria de l’école professionnelle de Ginger.

Kuu avait ri maladroitement et avait dit à Taru : « Eh bien, tu sais... Il s’est passé beaucoup de choses, » et j’avais jeté un coup d’œil à Leporina qui se tenait à côté de lui.

Kuu, Taru et Ginger étaient assis à la table, tandis que Leporina et Sandria servaient de servantes. Ils s’étaient retrouvés dans des positions comme s’il s’agissait d’une réunion, mais Kuu et Ginger avaient pu avoir une conversation passionnante au sujet de leur situation respective.

« Je vois, » déclara Ginger. « Vous êtes le fils du chef de la République de Turgis. Même si elle n’en savait rien, San... notre Sandria... a été terriblement impolie avec vous. »

Quand Ginger inclina la tête, Kuu rit.

« Ne vous inquiétez pas pour ça. C’est en partie ma faute d’être venu sans rendez-vous, » déclara Kuu.

« L’imbécile de maître était juste stupide. Il n’est pas nécessaire que vous incliniez la tête devant lui, Sire Ginger, » déclara Taru avec un air cool sur son visage.

Taru était plus impitoyable que jamais avec Kuu, mais son comportement avait fait écarquiller les yeux de Ginger.

« Vous êtes un artisan, n’est-ce pas, Taru ? N’êtes-vous pas un peu trop désinvolte envers le fils de votre chef d’État ? »

« Hm ? L’idiot de maître est juste l’idiot de maître. C’est tout, » déclara Taru.

« C’est une amie d’enfance, voyez-vous, » déclara Kuu. « Nous ne faisons pas de manière entre nous. Je veux dire, elle m’aime assez, car elle m’a suivi dans ce pays... Gwah ! »

Kuu essaya de mettre son bras sur les épaules de Taru, mais Taru lui donna un coup de coude.

Elle détourna le regard et, d’un ton vif, elle dit : « L’idiot de maître n’a rien à voir avec cela. Je suis venue ici à la demande du roi Souma. »

« Aïe... Franchement, ne peux-tu pas être honnête avec toi-même ? » demanda Kuu.

« Tu es trop honnête avec tes désirs, » répliqua Taru.

En voyant l’échange animé entre Kuu et Taru, Ginger avait plus ou moins compris leur relation et avait souri avec ironie. « Hahaha... Je crois que j’ai compris. »

Kuu mangea du pain en demandant à Ginger : « Alors, Taru se porte-t-elle bien ici ? »

« Oui. Les personnes de notre département des techniques de forge sont heureuses d’avoir un artisan talentueux ici, » déclara Ginger.

« Les personnes ici sont passionnées par leurs études. Ils ont encore un long chemin à parcourir, mais je pense qu’ils finiront par le maîtriser, » déclara Taru avec un regard sérieux sur son visage alors qu’elle buvait son thé.

C’était émouvant pour Kuu de voir ce visage, alors qu’il voyait rarement Taru louer quelqu’un.

« Vous avez même un département des techniques de forge... ? » dit-il avec stupéfaction. « Quelles autres recherches faites-vous ici ? »

« Franchement, toutes sortes de choses, » répondit Ginger. « De la science aux technologies de toutes sortes. Nous étudions un large éventail de sujets, allant de choses comme l’agriculture que nous savons importantes, à des choses qui, à première vue, ne sont pas importantes du tout. Par exemple, nous avons même un nouveau département de donjonologie. »

« La donjonologie ? » demanda Kuu.

« Tout à fait. L’étude des donjons, qui existent partout sur ce continent, et qui sont un endroit où les monstres existent en dehors du Domaine du Seigneur Démon. Nous enregistrons et catégorisons la disposition des donjons et des monstres qui y résident. Il a été créé avec le parrainage de Sa Majesté, qui voulait en savoir plus sur les monstres, » déclara Ginger.

« Frangin Souma ? » demanda Kuu.

Si Souma était impliqué, il devait y avoir une intention significative derrière tout ça. Des monstres, hein..., Kuu avait fait voir un regard songeur, mais Ginger avait continué sans s’en rendre compte.

« Nous coopérons avec la Guilde des Aventuriers et demandons aux aventuriers actifs de nous faire part de leurs expériences pour nos études. De temps en temps, nous avons des aventuriers novices qui utilisent le gymnase ici, et des aventuriers chevronnés qui viennent les entraîner... Bien que, pour une raison ou une autre, San se joint à eux à l’entraînement, » déclara Ginger.

« En tant que personne qui te sert, Seigneur Ginger, je veux avoir au moins une connaissance minimale de l’autodéfense, » déclara Sandria sans honte, faisant sourire Ginger avec ironie.

« Voilà pourquoi..., » Kuu avait l’impression que cela avait enfin un sens. Ses mouvements au moment où elle lui avait mis cette épée-balai à la gorge étaient quelque chose qu’un aventurier lui avait appris.

Kuu croisa les bras et se pencha en arrière sur sa chaise. C’est de la donjonologie, hein ? C’est même un sujet d’étude universitaire dans ce pays...

Un réservoir d’études. Pour Souma, dont la politique avait particulièrement mis l’accent sur l’importance de la recherche fondamentale, l’école professionnelle de Ginger en était une illustration claire. Ils accumulaient un tas de recherches simples et peut-être inutiles. Cependant, même si cette recherche était considérée comme inutile, elle n’était pas dénuée de sens. Cet amas de recherches finira par devenir une force motrice pour le développement de notre pays.

Dans ses interactions avec Souma, Kuu en était arrivé au point où il pouvait penser ainsi. C’est un pays encore plus incroyable qu’il n’y paraît. On ne peut pas les laisser nous surpasser.

Puis quelque chose était venu à l’esprit de Kuu. « Hé, Ginger. Cette école, Leporina et moi, pourrait-on aussi y aller ? »

« Idiot de maître ? » demanda Taru.

« Jeune maître ? Qu’est-ce que tu dis tout d’un coup ? » demanda Leporina.

Taru et Leporina penchèrent la tête sur le côté, mais Kuu les ignora et fit sa demande à Ginger.

« S’il vous plaît. Je veux aussi apprendre toutes sortes de choses dans ce pays. »

Ayant reçu une demande aussi sérieuse, Ginger se gratta la joue.

« Euh... Nous ne refusons personne qui veut apprendre, mais vous venez d’un autre pays, n’est-ce pas ? Je suis désolé, mais je pense que vous aurez besoin de la permission de Sa Majesté, » déclara Ginger.

Kuu se leva avec un regard de joie sur son visage. « D’accord ! Je vais tout de suite aller chercher la permission de frangin ! »

« Hein !? Tout de suite !? » demanda Ginger.

« Il faut frapper le fer quand il est encore chaud, disent-ils ! Allez, Leporina, on y va ! » déclara Kuu.

« Attends, jeune maître ! » cria Leporina.

Kuu s’était levé en trombe, et Leporina s’était précipitée après lui. Les deux individus étaient partis comme une tempête, et Ginger était stupéfait.

« Qu’est-ce que je peux dire ? C’est un individu très déterminé, n’est-ce pas ? » déclara enfin Ginger.

« C’est toujours comme ça, » déclara Taru en buvant tranquillement le thé que Sandria avait versé pour elle. « Oh, Maître Kuu... Tu es vraiment stupide. »

Cependant, lorsqu’elle avait murmuré ces mots, elle souriait un petit peu.

☆☆☆

Quelques jours plus tard...

« Très bien, Leporina, allons étudier au département de donjonologie aujourd’hui. J’ai entendu dire que nous pouvons voir une relique de donjon fournie par la Maison Maxwell, » déclara Kuu.

« J-J’ai compris, alors s’il te plaît arrête de tirer. Bon sang, » cria Leporina.

À l’école professionnelle de Ginger, il y avait Kuu, qui fréquentait l’école avec enthousiasme depuis qu’il avait reçu l’autorisation de Souma, et Leporina, qu’il traînait avec lui, mais qui ne semblait pas s’en soucier, et...

« Oh, idiot de maître, tu es si stupide. »

Il y avait Taru, les regardant de loin, avec les coins de sa bouche tournés légèrement vers le haut.

Qu’étudieraient-ils dans ce pays, et qu’est-ce que cela apporterait dans la République de Turgis ?

Cela, nous ne l’apprendrons pas avant un certain temps encore.

☆☆☆

Après le retour au pays : Arc – 3 : La fleur qui fleurit dans les champs et l’oiseau dans la cage

Partie 1

Le soleil d’été commençait à se coucher et il commençait à faire un peu plus frais.

J’étais au bureau des affaires gouvernementales, à me battre avec les documents qui s’étaient empilés pendant mon absence en République. Pourquoi, alors que je travaillais si fort, la quantité de travail qu’il me restait ne semblait-elle pas diminuer ?

Il y avait toujours du travail à faire. Je ne pouvais pas me battre 24 heures sur 24... Je voulais rentrer chez moi... Mais j’étais déjà chez moi ici...

Argh... Je n’arrive plus à me concentrer..., pensai-je.

J’avais travaillé au bureau toute la journée aujourd’hui, alors mon esprit était épuisé.

Le travail physique entraînait la léthargie du corps, mais le travail mental entraînait une altération de la fonction mentale.

Je m’étais penché en arrière sur ma chaise.

Le sentiment d’épuisement était plus fort que d’habitude.

C’est parce que Liscia n’est pas là..., pensai-je.

Depuis que Liscia, qui m’avait toujours aidé dans un rôle de secrétaire, s’était retrouvée enceinte, elle se reposait dans l’ancien domaine de Sire Albert. Je n’avais toujours pas trouvé le temps d’aller la voir.

Avec les jours qui passaient sans que je puisse la voir, j’avais compris que Liscia avait été une présence apaisante en étant simplement à côté de moi. Même quand j’étais fatigué, quand je regardais ses proportions bien équilibrées enveloppées dans un uniforme militaire rouge, je sentais que je pouvais essayer d’aller encore un peu plus loin.

Si je lui avais dit que je la reluquais au travail, est-ce que j’aurais droit à une autre remontrance... ?

Je voulais parler à Liscia... Non, pour l’instant, ce n’était même pas nécessaire que ce soit Liscia. Je voulais juste parler à quelqu’un.

Soupir... Je suppose que c’est l’heure de s’arrêter là, pensai-je.

Si je me forçais à travailler et que j’entrais les mauvaises informations quelque part, cela ne pouvait que créer plus de travail en fin de compte. J’étais en manque de concentration, alors il vaudrait mieux laisser le reste jusqu’à demain et me reposer un peu.

Il y avait alors eu une voix soudaine venant de la terrasse, qui aurait dû être vide.

« Votre Majesté, puis-je avoir un moment ? »

Vu l’heure, c’était probablement l’un des Chats Noirs. Ça me faisait sursauter chaque fois que j’entendais mon nom, mais... c’était arrivé assez souvent, j’y étais habitué maintenant.

Comme prévu, il s’agissait d’Inugami, le commandant en second de l’unité, qui avait ouvert la porte de la terrasse et était entré.

« S’est-il passé quelque chose ? » lui avais-je demandé.

« Oui, Sire. J’ai quelque chose à signaler, » déclara Inugami.

Après avoir entendu le rapport d’Inugami, je m’étais retrouvé avec la bouche grande ouverte.

« Hein ? Qu’est-ce qu’elle fait là ? » demandai-je.

« Ça ne vous servira à rien de me le demander. Je vous suggère d’aborder la question avec la personne en question, » répondit Inugami.

« Je suppose que vous avez raison... Mais je suis impressionné qu’ils le sachent, » déclarai-je.

« Celui qui l’a trouvée était un membre qui s’est rendu en République de Turgis, » avait dit l’homme. « Si l’un des autres membres l’avait trouvée en premier, ça aurait été dangereux. Pour elle, bien sûr. »

« Je le sais. Comment a-t-elle pu faire quelque chose d’aussi dangereux... ? » demandai-je pour moi-même.

J’avais appuyé ma paume sur mon front et j’avais soupiré. Franchement, à quoi pensait-elle ?

« Alors, qu’allez-vous faire ? » demanda Inugami, cherchant à voir comment je répondrais.

« ... Pouvez-vous la conduire jusqu’ici ? » avais-je demandé avec lassitude.

« Souhaitez-vous la rencontrer ? » demanda Inugami.

« On pourrait la chasser, mais elle n’est pas du genre à abandonner, » répondis-je.

« Compris. S’il vous plaît, attendez un moment, » déclara Inugami.

Inugami était allé sur la terrasse. Il devait aller la chercher.

Je m’étais penché en arrière sur ma chaise, j’avais alors réfléchi à ce qui m’attendait, et j’étais devenu un peu sombre.

☆☆☆

Mais revenons maintenant à la période de temps où le soleil était bas dans le ciel.

Dans Parnam, en pleine effervescence avec des individus qui avaient terminé leur travail quotidien, il y avait une jeune fille aux cheveux verts qui marchait dans une rue commerçante.

« Bon sang, tout le monde s’en va quand il veut..., » il s’agissait de l’aventurière Juno qui s’était promenée en murmurant cela à elle-même.

Le groupe dont Juno était un membre était retourné de la République de Turgis jusqu’à leur base habituelle d’opérations dans la capitale royale de Parnam.

Juno avait mis sa main dans la poche à sa taille. Il y avait plus d’argent que d’habitude.

Me voilà, avec la prime de risque, mais je ne veux pas vraiment boire seule..., pensa-t-elle.

La quête d’urgence qu’ils avaient entreprise dans la république s’était soldée par une lourde récompense.

Même répartis entre les cinq, l’argent avait suffi pour payer tout leur nouvel équipement, et ils avaient décidé qu’ils passeraient chacun la journée à faire ce qu’ils voulaient.

L’épéiste Dece avait invité la magicienne Julia, qu’il aimait bien, à dîner, tandis que le bagarreur Augus avait dit qu’il était parti faire la fête dans un endroit avec de jolies filles. Le prêtre Febral était ami d’enfances avec la fille de l’aubergiste, il avait donc dit qu’il allait la voir.

Tout cela étant dit, Juno était maintenant exclue.

Soupir... N’y a-t-il pas quelque chose d’intéressant par ici... ? Se demanda-t-elle.

« Hm ? »

Soudain, sur la route, Juno avait repéré quelque chose. Une silhouette à l’allure très enrobée qui marchait lentement et avec facilité un peu plus loin.

« Je crois que je l’ai trouvé, » dit-elle en souriant. « Ce quelque chose d’intéressant. »

L’objet qui se promenait dans la rue était l’aventurier kigurumi, le Petit Musashibo.

Il avait autrefois été traité comme une légende urbaine et considérée comme une curiosité par les habitants de la ville, mais parce qu’il était maintenant un personnage majeur dans l’émission de la Prima Lorelei Juna Doma. Ensemble avec Grande Sœur, il était populaire auprès des enfants.

« Hé, c’est Petit Musashibo ! » s’écria un enfant.

« Il est si rond. Et si grand. »

Pour preuve, il y avait des enfants qui lui faisaient signe maintenant. C’était une démonstration impressionnante de popularité.

Le Petit Musashibo avait fait un signe de pouce aux enfants.

Juno pencha la tête sur le côté en regardant l’aventurier kigurumi.

Maintenant que j’y pense, j’ai vu un programme avec Petit Musashibo dedans, non ? Dece et les autres disaient qu’il leur avait probablement juste prêté son costume kigurumi, mais ces mouvements... Il a l’air du vrai, pensa-t-elle.

Pour Juno, qui pouvait ressentir les sentiments de Petit Musashibo à la manière dont il bougeait, elle pouvait voir que c’était la même personne à l’intérieur de ce Petit Musashibo. De plus, elle l’avait déjà vu faire des missions pour le château.

Est-ce que c’est comme si... s’il avait un lien avec le château ? se demanda-t-elle.

Ses soupçons se transformèrent après ça en certitude.

Juno avait suivi le Petit Musashibo. Elle avait gardé une distance constante de lui, les yeux dirigés sur son dos alors qu’elle le poursuivait, et comme prévu, le Petit Musashibo se dirigea vers la porte principale du château de Parnam.

Le Petit Musashibo avait montré quelque chose aux gardes, ils l’avaient salué et ils lui avaient permis d’entrer.

Il leur a montré quelque chose comme un laissez-passer ? Mais, même avec un laissez-passer, laisseraient-ils vraiment passer une personne aussi manifestement suspecte ? se demanda-t-elle.

Même si ce kigurumi apparaissait dans une émission produite au château, on ne savait pas qui était à l’intérieur, alors ne devraient-ils pas être plus prudents ? Ou bien avait-il quelque chose qui faisait que les gardes le laissaient passer simplement en le leur montrant ?

Était-il une personne avec un lien assez fort avec le château pour avoir une chose pareille ?

Juno comprenait encore moins le Petit Musashibo que les autres fois.

Même après un certain temps d’attente, il n’y avait aucun signe de la sortie du Petit Musashibo du château. Qu’il ne soit venu que pour faire une petite course... semblait peu probable.

Le temps qu’elle s’en aperçoive, le soleil se couchait et la région était devenue sombre.

Peut-être que j’ai raison. Peut-être qu’il est vraiment lié au château. Ohhhh, je me demande comment. Mais c’est un château... C’est probablement une mauvaise idée d’essayer d’entrer en douce, se dit-elle.

Si elle traversait les murs du château de Parnam sans permission, elle serait probablement arrêtée pour intrusion. Si c’était le cas, ce ne serait pas seulement son problème, elle dérangerait aussi Dece et le reste de son groupe.

Hmm, que faire ? se demanda-t-elle.

Juno était piégée, paralysée à la frontière de la curiosité et de la raison. Elle ne se rendait pas compte qu’à ce moment-là, elle était devenue « une personne suspecte qui fixait le château ». Elle ne savait pas non plus qu’il y avait un groupe qui existait pour se prémunir contre de telles personnes, et les dénoncer si on les trouvait.

Juno était depuis longtemps passée du rôle d’observateur à celui d’observer.

Ah !

Le temps qu’elle s’en aperçoive, il était trop tard. Il y avait d’innombrables présences autour de Juno.

Non, comment un éclaireur comme moi a-t-il pu ne pas le remarquer jusqu’à ce que je sois encerclée !? Se demanda-t-elle.

Juno, qui excellait à détecter la présence d’ennemis dans un donjon, leur avait permis de se rapprocher d’elle si facilement. Il n’y avait aucun doute que ses adversaires étaient talentueux.

Qu-Qu’est-ce que je fais... ? Et maintenant... ? se demanda-t-elle.

Juno avait essayé de se faire une idée des présences. En analysant ce que chaque nerf de son corps lui disait, elle avait cherché leur emplacement.

Quand elle l’avait fait, elle avait réalisé qu’il n’y avait qu’une seule direction sans personne présente. En dépit d’un encerclement si parfait, il n’y avait personne en direction du château.

Je sens un piège, pensa-t-elle. C’est trop flagrant, mais... Ce n’est pas comme si j’avais le choix.

Juno se décida et s’en alla dans cette direction. Les présences autour d’elle avaient aussi bougé.

Ils n’attaquent pas ? Mais je suis toujours encerclée, se dit-elle.

Tout en cherchant les présences, elle cherchait un endroit où elle pourrait s’échapper. Elle courait dans la direction où il n’y avait aucune présence, mais elle sentait qu’on l’emmenait quelque part.

Attends, je suis super près du château !? se dit-elle.

Ne s’étant concentrée que sur la fuite, elle avait à un moment donné traversé la muraille du château et s’était approchée du château en lui-même. Si elle se faisait prendre maintenant, elle serait traitée comme une intruse.

Juno avait escaladé un mur, avait sauté sur les toits et avait couru désespérément.

Finalement, elle avait atterri sur une terrasse. Il y avait une porte vitrée ouverte.

P-Puis-je entrer ici, me cacher et y attendre ? se demanda-t-elle.

En pensant cela, elle avait essayé d’entrer dans la pièce...

« Arrêtez-vous. »

« Quoi !? »

Le jeune homme qui sortit de la pièce lui bloqua le passage.

« Après tout, il y a des documents importants là-dedans, » déclara le jeune homme sur un ton détendu que l’on ne s’attendrait pas à entendre lorsqu’on rencontrait de façon inattendue une personne suspecte sur la terrasse. « Il y a des règles contre quiconque entre alors qu’ils ne sont pas obligés d’entrer. »

Cependant, comme elle était en fuite, Juno était désespérée.

« D-Désolée ! J’ai peut-être l’air suspect, mais je ne le suis pas ! J’étais poursuivie et ils m’ont coincée ici, alors... euh... cachez-moi juste pour un petit moment ! » Juno se mit à parler aussi vite qu’elle le put, mais le jeune homme soupira.

« Calmez-vous un peu, Juno. Je connais plus ou moins la situation, » déclara l’homme.

« ... Hein ? Comment connaissez-vous mon nom ? » s’écria Juno.

« Je me demande bien combien de fois vous m’avez posé cette question maintenant... ? » demanda l’homme.

Après avoir dit ça, le jeune homme avait fait un autre pas en avant. Quand elle vit son visage, jusqu’alors masqué par l’ombre, les yeux de Juno s’ouvrirent en grand en raison de la surprise.

« C’est vous ! Vous êtes le gars qu’on vient de rencontrer en République, n’est-ce pas !? » s’écria Juno.

« Tout à fait. Je crois que nous nous sommes aussi rencontrés dans le camp de réfugiés, » avait dit le jeune homme avec un sourire ironique et un haussement d’épaules. « J’ajouterais qu’on s’est aventurés dans plusieurs endroits et que nous avons aussi bu ensemble. »

« Hein ? Qu’est-ce que vous êtes... ? Hein !? » s’écria Juno.

Puis le jeune homme montra la pièce du doigt. Il y avait là le Petit Musashibo, qui s’approchait à pas lents et agile. La « tête » du Petit Musashibo était grande ouverte à la vue de Juno ébahie. À l’intérieur, c’était... vide.

Le jeune homme avait alors parlé. « Je le déplace en utilisant ma propre magie unique. Je suis la personne qui porte le costume, même si on peut dire que je suis à l’extérieur du costume. »

« Alors vous êtes la vraie identité de Monsieur Petit Musashibo !? » demanda Juno.

« Oui, c’est plus ou moins ce que je veux dire, » déclara le jeune homme.

Le jeune homme tendit la main à Juno.

« C’est un plaisir de vous rencontrer... bien que je suppose que ce ne soit pas la première fois. Je ne vous ai pas encore donné mon nom correctement, alors laissez-moi me présenter. Je suis Souma Kazuya. Celui qui contrôlait le Petit Musashibo, » déclara-t-il.

« Souma Kazuya... Attendez, c’est le nom de..., » commença Juno.

Pendant qu’ils se serraient la main, le front de Juno se plissa face à ce nom familier.

Le jeune homme déclara, avec un sourire ironique : « Est-ce que je fais vraiment cette faible impression dans ma tenue normale ? Oui. Je suis le roi provisoire de Friedonia. »

À ce moment-là, l’esprit de Juno était devenu complètement vide.

☆☆☆

Partie 2

Il avait fallu un certain temps à Juno pour se remettre de sa confusion.

« A-Alors quoi ? Vous êtes le Petit Musashibo, et vous êtes le roi, donc ça veut dire que le Petit Musashibo est le roi ? ... Ah ! Désolée, je dois faire attention à mes manières, » déclara Juno.

« Non, la façon dont on se parle d’habitude, c’est bien, » déclarai-je à Juno avec un sourire ironique. Elle bredouillait de façon incohérente maintenant. « Je vous ai déjà dit qu’on était des camarades, non ? »

Juno gonfla ses joues et détourna le regard. « ... Je ne veux pas que quelqu’un qui gardait un secret aussi important soit un camarade. »

« Je ne pouvais pas vous le dire parce que c’était bien trop critique. En plus, même si je l’avais fait, je ne pense pas que vous m’auriez cru, n’est-ce pas ? » déclarai-je

« C’est... Eh bien, peut-être pas. D’accord, j’agirai normalement, » déclara Juno.

Après avoir dit ça, Juno s’était assise sur la rampe au bord de la terrasse.

Je me tenais debout, le dos appuyé contre la même rambarde, et nous étions enfin en mesure d’avoir une conversation détendue.

 

 

Puis les yeux de Juno commencèrent à parcourir la région environnante.

« Qu’y a-t-il, Juno ? » lui avais-je demandé.

« Non, je me demandais juste où étaient passées les présences qui me poursuivaient jusqu’à il y a un instant, » déclara Juno.

« Oh. C’était mes hommes. Je leur ai demandé de vous guider ici, » déclarai-je.

« C’était vos hommes !? J’avais super peur, vous savez !? » s’écria Juno.

« C’était de votre faute pour avoir espionné le château. Si vous n’aviez pas eu de chance, vous auriez pu être tuée d’emblée parce que vous étiez un fauteur de troubles potentiel. Qui sait ce qui se serait passé s’ils ne m’avaient pas contacté..., » déclarai-je.

À l’annonce de cet argument raisonnable, Juno avait gémi, incapable de trouver une réponse.

« Euh... Désolée, » déclara-t-elle. « Je voulais juste savoir qui vous étiez... »

Juno se comportait avec douceur. Ça ne lui ressemblait pas, alors j’avais ri.

« Eh bien, c’est très bien. Et ? Comment vous sentez-vous, sachant ma véritable identité ? » demandai-je.

« Je suis soulagée de voir mes doutes dissipés, » avait-elle admis. « Mais pourquoi le roi joue-t-il avec des poupées ? »

« C’était au début juste une expérience, » expliquai-je.

De là, j’avais fait à Juno un simple résumé de ce qu’était devenu le Petit Musashibo.

En voulant tester l’étendue de mes capacités, je l’avais inscrit comme aventurier et l’avais fait aller dans toutes sortes d’endroits, il avait rencontré Juno et son groupe en raison de cela, et nous avions fini par nous aventurer ensemble, et ainsi de suite.

J’avais aussi expliqué que j’étais capable de voir tout ce que le Petit Musashibo voyait.

« Quoi !? Alors vous avez aussi vu quand mon plastron a fondu..., » s’écria Juno.

« Heureusement que vous n’avez pas fini par montrer vos seins, mais vos côtes comme — aïe ! » déclarai-je.

« Ne parlez pas de mes seins ! » Juno avait planté un coup de pied dans mon flanc.

Mais je paraphrasais juste Dece ! pensai-je.

« Oh... Hé, je suis en quelque sorte le roi, vous savez ? » m’étais-je plaint.

« Vous avez dit qu’on était camarades, et que vous deviez agir normalement, n’est-ce pas ? » demanda Juno.

Ma douleur avait dû calmer sa colère, parce que Juno avait ri. « En y repensant, qu’est-il arrivé à cette horrible salamandre ? »

« J’ai envoyé l’armée pour l’abattre, » avais-je dit. « On ne pouvait pas la laisser là pour toujours. Nous avons dépouillé le corps jusqu’aux os et l’avons envoyé à un institut de recherche. Il y a une réplique devant le musée. »

« Ces os massifs étaient cette salamandre !? » demanda Juno.

« On dirait que c’est lui qui a fini par montrer ses côtes, hein, » avais-je dit en plaisantant.

« Bien sûr que si ! » répliqua-t-elle, en riant beaucoup. « Je vois. Alors la main que j’ai vue quand on mangeait à la cafétéria, c’était la vôtre ? »

« Ouais. Mais à cause de la chaleur du costume de kigurumi et de l’alcool que j’avais bu, j’étais un peu à côté de la plaque, » déclarai-je.

« Ah ! C’est pour ça que la princesse est arrivée comme par hasard, hein. » Juno frappa des mains, apparemment satisfaite de l’explication.

Parlait-elle de la fois où je m’étais évanoui au banquet et où Liscia était venue me chercher ? Maintenant que j’y pense, Juno connaissait Liscia, n’est-ce pas ? Si vous avez inclus le temps passé dans le camp de réfugiés et notre rencontre en République, elle avait aussi eu des contacts avec Aisha, Juna et Tomoe.

Quand je lui avais dit ça, Juno avait été surprise.

« Sans le savoir... nous avons rencontré des personnes très importantes, » déclara Juno.

« Le monde est vraiment petit, » j’étais d’accord.

« Normalement, c’est un peu plus grand ! » déclara Juno en colère.

Ses réactions étaient amusantes, alors j’aimais ça.

Puis, effaçant son sourire, elle parla avec un peu d’inquiétude. « Mais quand même, qu’est-ce que cela fait d’être un roi ? »

« C’est quoi ça, sortie de nulle part ? » demandai-je.

« Non, je pensais juste que ça devait être beaucoup de problèmes, » déclara-t-elle.

« Eh bien, oui, » j’étais d’accord. « Mais tous les boulots le sont aussi, non ? Être un aventurier signifie que vous mettez toujours votre vie en jeu, n’est-ce pas ? »

Je regardais oisivement dans le ciel sombre. Oh, hé, les étoiles étaient apparues.

« Roi, aventurier ou boulanger, c’est pareil. Si vous affrontez votre travail de front, vous mettez votre vie en jeu. Si vous continuez comme ça, quelqu’un vous aidera. Pour moi, c’était ma famille et mes serviteurs, alors que pour vous, c’est Dece et votre groupe, non ? » déclarai-je.

« Bien sûr que si. “Plus vous marcherez, plus il y aura de mains pour vous soutenir”, » déclara-t-elle.

« J’ai déjà entendu ça avant, » déclarai-je.

« C’est une réplique d’une chanson pour enfants. Celui que nous chantons aux enfants quand ils commencent à marcher, » déclara-t-elle.

Ohh, celle que Juna avait chantée pour moi cette fois-là. Quand j’ai eu l’impression d’être écrasé par mes responsabilités de roi et que je n’arrivais pas à dormir, Juna m’a chanté une berceuse...

Cela faisait longtemps que cela n’était pas arrivé et le nombre de mains qui me soutenaient avait augmenté, mais jusqu’où avais-je pu marcher ?

« En fait, j’aimerais vous demander quelque chose, » avais-je dit. « Juno, que pensez-vous de ce pays ? »

« Qu’est-ce que j’en pense ? » demanda-t-elle.

« Croyez-vous que c’est un bon pays ? Je veux votre opinion franche, » demandai-je.

« Hm... C’est un pays facile à vivre. » Juno plaça sa main sous son menton alors qu’elle réfléchissait en parlant. « Il y a une grande variété d’aliments et, en tant qu’aventurier, il est facile et agréable de se déplacer en convois de rhinosaurus. Le fait d’avoir de bonnes routes facilite aussi les quêtes pour protéger les marchands en voyage. Oh, aussi, ce pays a mis fin à son contrat avec la guilde pour enrôler tous les aventuriers dans le pays en temps de guerre, non ? C’est bien de pouvoir rester ici et de savoir que nous ne serions pas le dos au mur si une guerre éclatait. »

« Je vois, je vois..., » dis-je.

Comme je le pensais, c’était différent de ce qu’un citoyen ordinaire considérait comme un « bon pays ». Je n’avais pas souvent eu l’occasion d’entendre les opinions des aventuriers, donc c’était intéressant.

« De ce fait, il est plus facile pour les aventuriers de se rassembler ici, » déclara Juno. « Si trop d’aventuriers se rassemblent, la compétition pour les donjons s’intensifie, alors vous pourriez dire que c’est un problème. »

« Et bien, pour le pays, nous sommes heureux d’avoir des donjons vidés plus tôt, » déclarai-je.

« Pour nous les aventuriers, ils remplissent nos ventres et nourrissent notre esprit d’aventure. Vous êtes parti à l’aventure en utilisant cette poupée, alors vous comprenez, n’est-ce pas ? Cette exaltation..., » déclara-t-elle.

« Eh bien, oui... Je sais que les histoires de vos prouesses martiales sont aussi une source de divertissement pour les autres, » répondis-je.

De plus, les donjons avaient toujours joué un rôle dans l’économie locale. C’est pourquoi l’État ne devrait pas s’en mêler plus que nécessaire. Je voulais des noyaux de donjon pour le Joyau de Diffusion de la Voix, mais je voulais aussi éviter de causer des problèmes inattendus.

« Alors, faites de votre mieux, aventurier, » avais-je dit.

« Ne parlez pas comme si ça n’avait rien à voir avec vous ! Si vous pouvez utiliser cette poupée, vous pouvez aussi être un aventurier, n’est-ce pas ? » demanda Juno.

« Mais maintenant, vous savez que c’est moi qui le contrôle. Je pensais arrêter l’aventure, » déclarai-je.

« Ce serait du gâchis, vous savez, » avait-elle dit. « Je sais que la poupée est vide, donc je peux l’utiliser pour ralentir l’ennemi, la sacrifier ou l’utiliser comme appât sans hésitation. »

« Vous prévoyez de totalement me la détruire. Ce n’était pas donné, vous savez, » m’étais-je plaint.

« Hey, retournons à l’aventure ensemble. Je vous jure que je ne dirai pas un mot sur qui vous êtes aux autres, » déclara Juno.

Juno avait mis ses mains ensemble et avait supplié, alors j’avais haussé les épaules.

« Si votre langue dérape, je peux le faire partir à la retraite, » déclarai-je.

« Je vous le dis, ça n’arrivera pas ! » déclara-t-elle.

À partir de là, nous nous étions disputés à propos de certaines bêtises, et le temps que je m’en rende compte, il s’était écoulé beaucoup de temps. J’avais l’impression d’avoir eu une bonne conversation avec un ami que je n’avais pas rencontré depuis longtemps. Le fait de parler avec un compagnon aux vues similaires était vraiment amusant.

C’est pourquoi...

« J’espère qu’on pourra se reparler comme ça un jour, » ces paroles étaient sorties naturellement de ma bouche. « Je veux en savoir plus sur la ville du château, et sur toutes sortes d’autres choses sans importance. »

« ... Voulez-vous faire de moi votre espion ? » demanda Juno.

« Ce n’est pas ça. Après tout, j’ai de meilleurs espions à disposition, » répondis-je.

« Bien sûr que oui... Je l’ai appris de première main. » Juno s’agrippa la poitrine et trembla un peu. Elle devait être terrifiée d’avoir été poursuivie par les Chats Noirs.

« Si je suis tout le temps dans le château, j’ai l’impression d’être déconnecté de la population, » expliquai-je. « C’est pour ça que je veux entendre parler des petites choses qui se sont passées en ville. Par exemple, une dame disait : “Ces légumes sont trop chers !” ou “le bébé de Gonbe a attrapé un rhume”. »

« Qui est censé être Gonbe ? » Juno gloussa et hocha la tête. « Bien sûr. Quand j’aurai du temps libre, je discuterai avec vous. Est-ce le bon moment de la journée ? »

« Voyons voir. Je dirai aux espions de vous faire entrer, » déclarai-je.

« J’aurais une escorte de ces gars... ? Eh bien, c’est très bien ainsi. » Après avoir dit ça, Juno s’était levée de sur la balustrade. « On s’est vraiment mis à parler pendant un moment, n’est-ce pas ? Bon, je devrais y aller. »

« Tout à fait. Soyez prudente sur le chemin du retour. J’attends avec impatience le jour où nous pourrons reparler, » déclarai-je.

« Bien sûr que oui. J’essaierai d’avoir une histoire intéressante prête pour ce moment-là, » déclara Juno.

« D’accord, j’aurai quelque chose à manger préparé la prochaine fois, » répondis-je.

« Ça a l’air bien. La nourriture dans cette cafétéria était après tout délicieuse, » déclara Juno.

Juno s’était tournée vers moi, mais elle m’avait soudain regardé.

« Si vous en avez marre de vivre dans le château, dites-le-moi. Je vous emmènerai à l’aventure quand vous voulez, » déclara-t-elle avec le sourire.

« Eh bien, si vous en avez assez de vivre comme une personne virevoltante et que vous voulez vous installer quelque part, dites-le-moi, » avais-je répondu en riant. « Je peux vous présenter un certain nombre d’endroits où vous pourrez travailler et vivre dans la paix. »

« Hahaha, joli revirement. Eh bien, alors, à une prochaine fois, » déclara Juno.

« Ouais. À la prochaine, Juno, » répondis-je.

Juno sauta de la balustrade, avant de rebondir sur les toits et de disparaître dans l’obscurité de la nuit. Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’éclaireur du groupe, elle était agile.

Alors que je regardais Juno partir, je m’étais murmuré à moi-même : « Si j’en ai marre de vivre dans le château... hein ? »

Ce jour n’arrivera sûrement jamais. Parce qu’il y avait des gens précieux pour moi ici.

 

☆☆☆

 

Il y a un débat sur ce qui est le plus heureux, la fleur qui fleurit dans le champ, ou l’oiseau en cage.

Cela n’a pas de sens.

La fleur et l’oiseau ont chacun leur propre bonheur.

☆☆☆

Après le retour au pays : Arc – 4 : Le plus long jour de la Forêt Protégée par Dieu

Partie 1

— Au milieu du 8e mois, 1 547e année du Calendrier Continental —

En ce jour dégagé, je volais dans le ciel sur le dos de Naden alors qu’elle était en ryuu.

Cette hauteur m’avait d’abord effrayé, mais après avoir été envoyé plusieurs fois à l’extérieur pour faire des bulletins météo, j’y étais maintenant complètement habitué. Maintenant, je pourrais même dormir à 1000 mètres d’altitude.

Bien que Naden se fâche si je dors..., pensai-je.

« Quelque chose ne va pas, Sire ? » demanda Aisha.

« Ce n’est rien, » lui avais-je répondu.

C’était juste qu’aujourd’hui, Aisha était assise derrière moi, les mains serrées autour de ma taille. C’était parce que nous nous dirigions vers la patrie d’Aisha, la Forêt Protégée par Dieu.

« Pourtant, pourquoi allons-nous si soudainement dans la Forêt Protégée par Dieu ? » demanda Aisha.

« Parce qu’on s’est fiancés, mais je ne suis pas allé saluer Sire Wodan. Nous avons communiqué avec des lettres, mais je voulais trouver le temps d’aller le voir, » répondis-je.

« C’était pour le voir à propos des fiançailles !? » demanda Aisha.

« Ouais. J’ai déjà parlé aux parents de Liscia, et la tutrice de Juna est Excel, donc j’ai déjà parlé avec elle. Pour Naden, Tiamat est comme sa mère, donc les formalités ont déjà été faites. En ce qui concerne Roroa... j’ai l’intention de visiter leur tombe bientôt, » répondis-je.

Près de Van, l’ancienne capitale de la Principauté, il y avait une tombe pour la famille royale amidonienne. Les parents de Roroa y reposaient. Je ne pouvais pas imaginer que Gaius aurait béni notre mariage, mais je devais croire que la mère de Roroa, une femme joyeuse selon Sire Gouran, l’aurait apaisé.

« Alors, dans ce cas, on visite la maison familiale d’Aisha, hein ? » demanda Naden.

« Argh... Si c’était de ça qu’il s’agissait, tu aurais pu me le dire. Je ne suis pas mentalement préparée..., » Aisha avait plaqué son front contre mon dos.

Laissant Aisha un peu confuse, j’avais parlé à mon autre fiancée, qui nous emmenait gentiment.

« Naden, je suis désolé de te faire aussi transporter Aisha, » déclarai-je.

Je lui avais fait une tape dans le dos.

Elle avait tourné la tête de ryuu pour regarder autour d’elle et nous avait répondu, « Ça ne me dérange pas vraiment si c’est Aisha, » en utilisant sa télépathie. « Elle m’a déjà monté sur le dos. En plus, “la partenaire de mon partenaire est comme ma partenaire”. »

« Ouais, tu disais quelque chose comme ça avant, » déclarai-je.

Aisha, qui semblait s’être remise de ses tiraillements d’embarras, pencha la tête sur le côté. « Si Naden et moi sommes partenaires, laquelle d’entre nous est le mari ? »

Qu’est-ce que c’est que cette stupidité qu’Aisha exprimait soudain ? ... c’était ce que je pensais, mais Naden s’était posé la question avec un sérieux étonnant.

« Hmm, cela ne serait-il pas toi, Aisha ? Car après tout, tu es forte, » déclara Naden.

« Sous ta forme de ryuu, tu es aussi très forte, » déclara Aisha.

« Mais comparé à Juna, tu es plus du genre mari, n’est-ce pas ? » demanda Naden.

« Me comparer à Juna n’est pas juste ! C’est une femme encore plus que n’importe quelle femme, » s’exclama Aisha.

« Sous cette forme, mes seins sont plus gros que les siens... Attends ! Dire ça me rend triste. Mais quand on voit les choses comme ça, Liscia n’est-elle pas la plus proche d’un mari ? » demanda Naden.

« Lady Liscia a du cran, » avait convenu Aisha. « D’une certaine façon, elle est un meilleur mari que Sa Majesté. »

« Vous pouvez dire ce que vous voulez..., » en les entendant parler, mes épaules s’étaient affaissées. C’était vrai, je n’étais pas aussi audacieux que Liscia. « Mais finalement, vous préféreriez toutes les deux être la femme, n’est-ce pas ? »

« « Eh bien, bien sûr, » » déclarèrent les deux filles.

« Pour ma part, j’ai besoin que vous soyez toutes les deux mes épouses, » répondis-je.

« Sire ! » cria Aisha.

« Souma ! » déclara Naden.

Les deux filles avaient après ça souri timidement.

J’étais aussi gêné de l’avoir dit.

« C’est gênant d’avoir mon supérieur qui flirte juste à côté de moi, le réalises-tu ? » Hal s’était plaint.

Il volait à nos côtés sur le dos de Ruby, qui était en forme de dragon rouge. Il nous avait regardés avec un visage comme s’il avait été forcé de boire du sucre bouilli.

Sa monture aussi regardait Naden avec ses yeux dorés.

« Toi aussi, Naden, » Ruby avait réprimandé Naden et avait ensuite détourné le regard vers l’autre bout du monde. « Si tu es une dragonne de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, reste concentrée tout le temps lorsque ton chevalier te monte. C’est la dignité attendue d’un partenaire de chevalier. »

« Souma n’est pas un chevalier, c’est un roi, alors voilà, » s’écria Naden.

« Ne chicane pas ! Ça le rend plus important qu’un chevalier ! » s’écria Ruby.

« Oh, bon sang, la ferme ! » s’écria Naden.

Elles avaient commencé à se disputer haut dans le ciel.

Bien qu’elles ne soient plus tout hostiles qu’elles l’avaient été lorsque je les avais rencontrées pour la première fois, aucune d’elles n’avait changé leur personnalité têtue, alors des chamailleries comme celle-ci étaient quotidiennes.

Cela dit, elles l’avaient maintenant fait en tant qu’amies.

En tant que ma fiancée, la position de Naden était beaucoup plus élevée que celle de Ruby, mais le fait qu’elles pouvaient se battre sur un pied d’égalité avait montré que Naden et Ruby n’avaient pas laissé cela les séparer. Après tout, chacune d’elles était la seule personne que l’autre connaissait venant de leur pays natal.

Alors Naden avait dit « Nyahh ! » et avait dénudé les dents. « Tu peux arrêter de t’inquiéter pour moi et t’entendre avec ton propre chevalier, n’est-ce pas ? Cette magicienne aux oreilles de renard n’est pas là aujourd’hui, alors tu peux avoir autant d’amour que tu le veux. »

« Qu-Qu’est-ce que tu dis !? Je ne voudrais pas..., » s’écria Ruby.

« Oh, mon Dieu ! qu’est-ce que c’est que ça ? Ton visage est tout rouge, Ruby ? » Naden se moqua de Ruby.

« C’est déjà naturellement de cette couleur ! » s’écria Ruby.

Après ça, Naden et Ruby avaient continué à crier et à s’amuser. Où était passée la dignité attendue d’une partenaire de chevalier... ? Si elles s’entendaient et se battaient entre elles de cette manière, je pourrais tout à fait les laisser faire.

« Mais je n’avais pas besoin de venir, n’est-ce pas ? » demanda Hal. « Si la jeune Mademoiselle Aisha et la jeune Mademoiselle Naden sont avec toi, n’est-ce pas suffisant pour te protéger ? »

C’était vrai, quand j’avais le plus grand guerrier du royaume, Aisha, et Naden, qui dans sa forme de ryuu pouvait probablement affronter plus de dix cavaliers-wyvernes à la fois, avec moi, il n’y avait aucune raison d’amener Hal pour me protéger.

Cependant, il y avait une bonne raison de l’emmener.

« Quand j’ai envoyé à Sire Wodan une lettre disant : “Je viendrai bientôt vous voir”, on m’a demandé de vous emmener aussi », avais-je expliqué. « Il semble que Sire Sur voulait vous voir. »

« Par Sire Sur, vous voulez dire... Ohh, cet elfe sombre qui est venu nous aider avant ça, hein ? » dit Hal en tapant dans ses mains.

À l’époque où l’Armée Interdite et l’Armée s’affrontaient l’une et l’autre près de Randel, il y avait eu une unité d’archers elfes sombres qui s’étaient précipités à leur aide pour les remercier de l’aide qu’ils avaient reçue après la catastrophe du glissement de terrain. Celui qui dirigeait ces renforts était Sire Sur. Nos troupes avaient été épuisées à l’époque, alors j’étais encore très reconnaissant quand je me remémorais cette aide.

« Mais pourquoi veut-il me rencontrer ? » demanda Hal. « N’a-t-il pas déjà remboursé ses dettes ? »

« Oh, eh bien ! Il semble que celle qui veut vraiment te rencontrer est la fille de Sur. Elle était apparemment l’une des personnes que tu as sauvées en cherchant des survivants avec moi, » déclarai-je.

« ... Eh bien, je ne me souviens pas d’elle. Après tout, nous avons sauvé beaucoup de personnes cette fois-là, » déclara Hal.

« Même si tu l’as oubliée, elle ne t’a pas oublié. Après tout, tu es l’homme qui lui a sauvé la vie, » déclarai-je.

« C’était seulement parce que c’était la mission..., » Hal s’était gratté la tête.

Il n’était pas doué pour accepter des éloges excessifs. Il pouvait parfois courir comme un fou, mais sa nature directe ressemblait beaucoup à l’attitude normale d’Hal, et cela m’avait laissé une bonne impression.

« Au moins, elle veut te remercie, » déclarai-je. « Maintenant... Voyons, Naden, Ruby, ne vous battez pas éternellement. Dépêchons-nous d’aller dans la Forêt Protégée par Dieu. Sire Wodan nous attend. »

« Oh ! Ouais. Bien reçu, » déclara Naden.

« R-Roger, » déclara Ruby.

Alors que les deux dragonnes ayant repris leurs esprits avaient accéléré le rythme, nous nous étions dirigés vers la Forêt Protégée par Dieu.

☆☆☆

Partie 2

Les feuilles vertes de la Forêt Protégée par Dieu brillaient sous le soleil d’été.

En venant apporter de l’aide auparavant, nous avions arrêté le convoi du rhinosaurus à l’extérieur et nous nous étions dirigés vers le village à pied, mais cette fois-ci nous venions du ciel, ce qui nous avait permis d’atterrir directement dans le village des elfes sombres.

« Il est vraiment venu sur un dragon ! » s’exclama un elfe.

« C’est un grand... »

Ils n’étaient pas méfiants parce que nous les avions prévenus, mais les elfes sombres regardaient avec curiosité le ryuu et le dragon descendre de loin.

Quand nous nous étions posés et que Naden et Ruby avaient pris forme humaines, les individus qui nous regardaient de loin s’étaient précipités comme un barrage qui venait d’éclater. Entourés d’elfes sombres de tous âges, des enfants aux adultes, nous avions fini par être malmenés.

« Quoi !? Les filles, vous êtes des dragons !? »

« Wowwwie ! Hé, transformez-vous encore ! »

« Roi Souma, comme c’est gentil d’être venu nous voir. »

« Vous avez été d’une grande aide la dernière fois. »

« Hey, Lady Aisha, c’est gentil à vous de revenir. »

« Lady Aisha, félicitations pour vos fiançailles avec Sa Majesté. »

« Cette rousse est-elle la partenaire de Sire Hal ? C’est une beauté. »

« Qui est cette gamine aux cheveux noirs ? Hein ? N’est-elle pas qu’une enfant ? »

C’est ainsi que les choses s’étaient déroulées. Les questions volaient vite et il n’était pas clair quant à savoir qui disait quoi à qui jusqu’à ce que quelqu’un frappe dans les mains.

En regardant dans la direction du bruit, nous avions vu le père d’Aisha, Sire Wodan, qui nous regardait avec un sourire ironique.

« Tout le monde, Sa Majesté et son entourage viennent d’arriver. C’est malpoli de les entourer et de les interroger comme ça, » déclara Wodan.

Quand Wodan les gronda légèrement, les elfes sombres prirent du recul, semblant un peu gênés.

Maintenant que nous étions libérés de la foule, nous pouvions enfin reprendre notre souffle.

« Vous me sauvez la vie, Sire Wodan, » lui dis-je avec reconnaissance.

« Non, non, les villageois étaient impolis. Cependant, c’est parce que lorsqu’ils ont appris que vous, qui êtes venus à l’aide de notre village, veniez nous rendre visite, ils ont tous été enthousiasmés par la façon dont ils devaient vous accueillir. S’il vous plaît, pardonnez-leur, » déclara Wodan.

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Je suis reconnaissant pour l’accueil chaleureux, » déclarai-je.

Wodan et moi avions après ça échangé une poignée de main ferme. À ce moment, les elfes sombres se mirent à applaudir...

Je ne savais pas trop, mais c’était un peu embarrassant d’être accueilli comme ça.

« Maintenant, ce n’est pas nécessaire que nous restions ici à parler pour toujours, » déclara Wodan, en indiquant dans quelle direction il voulait que nous allions. « S’il vous plaît, venez chez moi. »

« Chef. » Une main s’était levée de l’intérieur de la foule des elfes sombres.

Celui dont la main était levée était Sir Sur, qui avait dirigé les renforts venus pendant notre bataille contre l’armée.

« Je voulais inviter Sire Halbert chez moi, » déclara-t-il. « Si cela ne vous dérange pas ? »

« Hmm, qu’en dites-vous, roi Souma ? » demanda Sire Wodan.

J’avais souri et hoché la tête. « Ça ne me dérange pas. C’est pour ça que je l’ai emmené. »

« Merci, » déclara Sur. « Maintenant, Sire Halbert, s’il vous plaît, venez chez moi. »

« D-D’accord ? » déclara Hal.

Hal avait été traîné avec Sur le tirant par le bras. Ruby se dépêcha de les suivre.

Après nous être séparés de Hal, Aisha, Naden et moi étions allés chez Sire Wodan.

En regardant le village le long du chemin, je ne voyais presque aucun signe de la catastrophe qui s’était produite ici auparavant. Mais pour commencer, leurs maisons se trouvaient dans une forêt, et beaucoup étaient simples, alors il n’avait pas fallu longtemps pour les reconstruire.

« Vous avez déjà parcouru un long chemin vers la reconstruction, » avais-je commenté.

« C’est grâce à votre généreuse mise à disposition de matériel, » déclara Sire Wodan. « Merci, vraiment. »

« Je devrais vous remercier. Merci d’avoir envoyé ces renforts pendant la récente guerre, » déclarai-je.

« Ce n’était rien. Ce sont les moments où nous avons le plus besoin de nous entraider, » déclara Wodan.

Après avoir un peu marché, nous étions entrés dans la maison de Wodan.

Après avoir été conduit jusqu’au salon, Wodan m’avait offert le siège au bout de la table, mais j’avais fermement refusé.

« Je ne suis pas ici en tant que roi aujourd’hui, mais simplement en tant qu’homme, pour prendre Aisha pour épouse. Asseyez-vous à la tête de la table, Sire Wodan, » déclarai-je.

« ... Je vois, » déclara-t-il.

Sire Wodan s’était assis sur le siège au bout de la table, pendant que je m’asseyais en face de lui. J’avais demandé à Aisha de s’asseoir à côté de moi, et Naden s’était assise un peu derrière nous, attendant.

Puis j’avais baissé la tête. « Même si mes fiançailles avec Aisha ont été convenues, je dois m’excuser d’avoir été si occupé que cela ait retardé ma venue pour vous donner, à vous, son père, mes hommages. S’il vous plaît, donnez-moi votre fille... donnez-moi Aisha comme épouse. »

« S-S’il te plaît, Père, » Aisha se hâta de baisser la tête.

Quand j’avais jeté un coup d’œil, Naden inclinait la tête avec nous.

Sire Wodan soupira un peu. « Levez la tête, » dit-il.

Quand j’avais levé le visage, Wodan avait essayé de forcer un sourire, mais il avait échoué. C’était une expression inconfortable.

« Je suis sûr qu’Aisha a demandé ce mariage, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas besoin de baisser la tête, Sire Souma. C’est compliqué pour moi en tant que père, mais si c’est le souhait de ma fille... il semble que je doive vous donner ma bénédiction, » déclara Wodan.

« Pèrrrrreee..., » déclara Aisha en larmes, sa voix pleine d’émotion. Wodan lui avait fait un sourire, puis avait ramené son visage à la normale, et il m’avait regardé dans les yeux.

« Nous, les elfes sombres, nous sommes une race qui vit longtemps. Aisha est plus jeune que vous et vivra plus longtemps, j’en suis sûr. Même si vous atteignez la fin de votre vie naturelle, vous laisserez Aisha derrière vous. Comprenez-vous ça ? » demanda Wodan.

« Oui, » répondis-je.

La vie d’un être humain ordinaire comme moi, lorsqu’un membre d’une race de longue durée comme Naden ou Aisha la regardait, devait ressembler à une chose courte. Malgré tout, Aisha et Naden voulaient toutes les deux être avec moi.

Afin de m’assurer qu’elles ne regrettent pas le temps passé avec moi, j’avais pensé du fond du cœur que je m’efforcerais d’être un bon roi, et un bon partenaire. Même si un moment où nous serions obligés de nous séparer devait venir...

Cependant, ce que Sire Wodan voulait dire semblait un peu différent de ce à quoi je réfléchissais. Il commença à parler, comme s’il avait trouvé une sorte d’illumination.

« Cependant, aussi durables que soient nos races, si nous ne pouvons pas vivre jusqu’à la fin de notre vie naturelle, il nous est possible de vivre moins longtemps que les humains. Nous pouvons mourir à la guerre ou dans des accidents. Si nous attrapons des maladies épidémiques, nous mourons assez facilement. Ma propre femme, la mère d’Aisha, a perdu la vie à cause d’une telle maladie. Si vous baissez votre garde parce qu’elle vit longtemps, Aisha peut mourir avant vous, » déclara Wodan.

J’étais silencieux.

« Alors, s’il vous plaît, prenez soin d’Aisha. Donnez-lui une nouvelle famille et de bons souvenirs pour le moment où, un jour, vous partirez en premier, » Sire Wodan inclina légèrement la tête.

Le souhait d’un père était toujours le bonheur de sa fille.

Je serais moi-même bientôt père. Je ne savais pas encore si ce serait un garçon ou une fille, mais il se pourrait qu’un jour, comme Sire Wodan, je confie mon enfant à quelqu’un.

J’avais choisi mes mots avec soin et je lui avais répondu d’un ton calme. « Aisha est une personne beaucoup plus forte que moi. À partir de maintenant... Je suis sûr qu’elle me défendra sur le champ de bataille. »

Il était silencieux.

« Cela étant dit, je crois que je vais essayer de protéger le sourire d’Aisha contre tout le reste. Pour qu’un jour, elle puisse me voir partir avec le sourire. Pour qu’elle ne regrette pas notre temps passé ensemble, » déclarai-je.

« Sire..., » Aisha pleura et s’approcha de moi.

J’entendais renifler derrière moi aussi. Ses larmes avaient aussi probablement fait pleurer Naden.

Wodan se leva et se dirigea vers moi. Puis, plaçant ses mains sur les miennes et celles d’Aisha, il sourit et déclara : « Seigneur Souma, je compte sur vous pour prendre soin d’Aisha. »

« Oui, Père, je le ferai, » déclarai-je.

« Aisha. Sois heureuse, » déclara Wodan.

« Je le ferais... Père, » déclara Aisha.

« Madame Naden, je suis sûr que vous serez aussi l’épouse de Sire Souma. S’il vous plaît, traitez bien Aisha comme un membre de la même famille, » déclara Wodan.

« Bien sûr que je le ferai ! Bien compris ! » répondit Naden.

Après avoir entendu nos réponses, Wodan avait souri largement et acquiesça de satisfaction.

☆☆☆

Partie 3

Pendant ce temps, à peu près à cette période...

Après s’être séparé de Souma et des autres, Halbert s’était retrouvé pratiquement traîné dans la maison de Sur.

Il marchait là où sa main était tirée. Avec la force de Halbert, qui était parmi les meilleurs du royaume, il serait facile de se libérer de cette main, mais il ne sentait rien d’autre que la bonne volonté de Sur, et il ne pouvait donc pas traiter cet homme mal.

Ruby s’était dépêchée de les suivre tous les deux.

Halbert tourna la tête dans sa direction et demanda en chuchotant : « H-Hey, Ruby, qu’est-ce qui se passe ici !? »

« N-Ne me demande pas ça, » elle lui avait répondu en chuchotant. « Ne peux-tu pas t’enfuir ? »

« S’il était hostile, ce serait une chose, mais je me sentirais mal de balayer une invitation faite avec bonne volonté..., » répondit Hal.

« Alors, tout ce qu’on peut faire, c’est attendre et voir comment ça se passe, non ? » demanda Ruby.

Pendant qu’ils faisaient cet échange, Sur avait fait demi-tour en souriant. « D’accord, on y est. Bienvenue chez moi. »

« « Hein ? » »

Le temps qu’ils s’en rendent compte, tous deux avaient été conduits dans une petite maison avec un toit de chaume. C’était clairement la demeure d’un fermier, mais le toit était étrangement abrupt.

« C’est une maison terriblement en pointe que vous avez... hein..., » déclara Halbert.

L’opinion de Halbert était plus ou moins exactement ce à quoi elle ressemblait, alors Sur avait ri.

« Ici, dans cette forêt, quand l’hiver arrive, nous avons une bonne accumulation de neige. Si on n’utilise pas des toits comme ça pour que la neige tombe, ils risquent de s’effondrer, » déclara Sur.

« Vous avez autant d’accumulation que ça ? » demanda Halbert.

« Tout à fait. À cause de cela, nous ne pouvons pas chasser en hiver, et tout le monde passe son temps à l’intérieur, à réparer des choses ou à faire l’entretien de ses armes. Bien que l’hiver de l’année dernière ait été différent, » déclara Sur.

« Comment cela se fait-il ? » demanda Halbert.

Sur avait indiqué le tas de bois à côté de l’escalier. « Parce que nous avions du bois provenant des arbres abattus par le glissement de terrain, ainsi que de l’éclaircissement périodique que Sa Majesté nous a conseillé de faire. Nous avons fait des œuvres d’art traditionnel, comme des statues, mais elles semblent être devenues populaires dans le monde extérieur, et elles créent une richesse considérable pour nous. Dans le temps, il y avait parfois des marchands qui reçoivent la permission du royaume et de la Forêt Protégée par Dieu de venir les acheter. »

« Wôw..., » s’exclama Halbert.

« Le plus populaire d’entre elles est... Voyons voir, je crois que j’en avais un par ici..., » déclara Sur et commençai à creuser dans le tas de bois.

Peu de temps après, il avait retiré un objet long et mince de la pile.

« Ahh, le voilà. » Il l’avait tendu pour que Halbert et Ruby le voient. « Nous y voilà. Voici l’article le plus populaire. »

« Est-ce que vous voulez dire... une épée en bois ? » demanda Halbert.

Ce que Sur tenait, c’était une épée en bois. De plus, ce n’était pas le genre d’épée classique à double tranchant utilisé dans le royaume, mais une épée modelée sur le katana qui était le style principal en usage dans l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. En plus de cela, il y avait une sorte d’écriture ou de symboles gravés sur la poignée.

« Sa Majesté a appelé ça un bokuto souvenir, » déclara Sur.

« Oh... Bien sûr que Souma serait impliqué, » déclara Halbert en secouant la tête, exaspéré.

Quand Sur avait commencé à parler d’art traditionnel, mais qu’il avait dit que l’objet le plus populaire était un bokuto, il avait eu ce sentiment. Si c’était le genre de chose où il ne pouvait pas dire à première vue à quoi ça servait, c’était bien quelque chose venant de Souma.

« Alors, ce qui est gravé sur le manche, est-ce de lui aussi ? » demanda Halbert.

« Exact. Il dit que ce sont les caractères qui représenteraient le nom de cette forêt dans la langue de son monde, » Sur leur avait montré la poignée et expliqué.

Halbert et Ruby ne pouvaient pas les lire, bien sûr, mais il y avait quatre kanji, 神護之森, gravés dessus.

Souma avait d’ailleurs envisagé de sculpter le nom du lac d’Hokkaido, car de toute façon, personne ne pouvait lire ce que cela disait, mais quand il imaginait des soldats s’entraînant diligemment avec l’une de ces épées en bois en main... Alors non, il avait refusé cette idée de lui-même.

Sur avait offert le bokuto à Halbert. « Sire Hal, en voulez-vous un pour vous ? »

Halbert fixa le bokuto proposé.

Ruby se dit : Qu’est-ce que tu regardes si sérieusement ? Mais... finalement, Halbert l’avait lentement pris.

« Hein !? Le prends-tu !? C’est juste un bâton de bois, n’est-ce pas !? » Ruby avait réagi aux actions de Halbert avec un choc alors que ses yeux étaient écarquillés.

« Je ne sais pas pourquoi ! Je ne comprends pas, mais je le voulais vraiment ! » déclara Halbert.

Alors que Sur hochait la tête pendant que Halbert essayait de s’expliquer. « Je comprends. Il y a quelque chose que vous trouvez étrangement excitant, en tant qu’homme. »

« C’est ça ! Si vous voyez quelque chose comme ça, vous ne pouvez pas ne pas le prendre ! Y a-t-il une sorte de magie placée sur ces caractères ? » demanda Halbert.

« Je ne ressens pas vraiment de pouvoir magique, » déclara Ruby, emplie de doute. Les dragons rouges étaient sensibles aux pouvoirs magiques.

Très probablement, ce que Halbert et Sur ressentaient était la même chose que tous ces garçons qui avaient acheté un bokuto souvenir lors d’une sortie scolaire. Cependant, Halbert ne savait pas que c’était une chose, alors il avait l’impression d’avoir été charmé d’une façon ou d’une autre. C’était l’effet du bokuto souvenir.

Pendant qu’ils avaient cette discussion sans importance, quelque chose avait fait irruption depuis la maison de Sur.

Halbert, étant un guerrier par nature, s’était préparé à se battre à l’instant où cela s’était produit, mais quand il avait réalisé que c’était une petite enfant, sa tension s’était calmée...

Cependant, c’était une erreur.

« Seigneur Hal ! » s’écria l’enfant en effectuant un plaquage énergique au niveau de l’estomac d’Halbert.

« Guhhhh ! » Halbert avait poussé un gémissement.

« Hal !? » s’écria Ruby.

Il s’était servi de ses mains pour faire un signe à une Ruby inquiet comme quoi il allait bien.

Celle qui enlaçait Halbert était une petite elfe sombre.

Elle avait peut-être douze ans. Ses cheveux avaient été coupés court, et elle avait un joli visage. Sans égard pour la réaction de Halbert, la jeune fille se frotta le visage contre son abdomen.

« Seigneur Hal ! J’avais envie de vous voir ! » déclara la jeune fille.

« Euh... Êtes-vous la fille de Sire Sur ? » demanda Hal, se souvenant que Sur avait dit qu’elle voulait le voir. Cette fille qui avait fait un câlin volant devait être elle.

La fille lâcha prise, et inclina poliment la tête. « Excusez-moi pour ça. Je suis la fille de Sur, Velza. »

Velza leva le visage et sourit.

« Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, Seigneur Hal, mais je suis l’un de ceux que vous avez sauvés sous le sable et la terre. Merci beaucoup pour cela, » déclara Velza.

Et elle inclina la tête une fois de plus.

Halbert était agité. « Non, ce n’est rien que vous avez besoin de me remercier. Je n’ai fait que suivre les ordres de Souma... »

« Ça m’a quand même rendue heureuse. Je n’oublierai jamais le jour où vous m’avez sauvée. Je ne vous oublierai pas non plus, Seigneur Hal, ni ma dette de gratitude, » déclara Velza.

« Je ne sais pas quoi dire..., » Halbert avait été submergé par les remerciements persistants de la fille.

« Hehe hehe. C’est une fille très polie, n’est-ce pas ? » Ruby, qui avait été complètement laissée en dehors de ça, déclara ça à Sur. « Elle est si petite, mais elle s’en sort bien. »

« Ne m’en parlez pas de ça. Quand est-ce que ma fille garçon manqué est devenue si pol... Gwah ! »

« Sire Sur !? » s’écria Ruby.

Au milieu du mot, Sur avait commencé à avoir du mal à parler en raison de la douleur. Velza avait donné un coup de pied dans un morceau de bois placé par ses pieds, et cela avait frappé directement le tibia de Sur.

Pendant tout ce temps, Velza n’avait jamais fait disparaître son sourire.

Quand Halbert et Ruby avaient vu Velza sourire comme ça, cela leur avait rappelé une Kaede en colère, et un frisson avait couru le long de leurs colonnes vertébrales.

Parce que Halbert et Ruby étaient tous les deux simples dans leur personnalité, ils se disputaient souvent sans que cela devienne horrible, mais s’ils franchissaient la ligne, ils savaient qu’une Kaede souriante leur ferait la leçon. Le sourire de cette fille était comme celui de Kaede à ces moments-là.

Velza s’était inclinée devant Ruby. « Seriez-vous peut-être la femme du Seigneur Hal ? »

Ruby avait été stupéfaite pendant un moment, mais elle avait hoché la tête.

« Oui. Je suis Ruby, un dragon. J’ai formé un contrat de chevalier dragon avec Hal. Parce que le contrat entre un dragon et un chevalier fait d’eux des partenaires de vie, on pourrait dire que nous sommes fiancés, » déclara Ruby.

Quand Velza avait entendu la réponse de Ruby, elle avait claqué ses mains ensemble. « Oh, mon Dieu ! Vous êtes ce dragon, Madame Ruby ? Dire qu’il est devenu chevalier dragon ! C’est bien le Seigneur Hal. »

Après avoir dit ça, avec un regard innocent dans les yeux, Velza avait pris les mains de Ruby.

« À l’avenir, je veux rejoindre la Défense nationale comme le Seigneur Hal. Si possible, je veux être affecté à l’unité du Seigneur Hal. C’est un plaisir de faire votre connaissance, madame, » déclara Velza.

« D-D’accord..., » déclara Ruby.

Il semblait que Ruby n’était pas entièrement mécontente d’être évoquée de cette façon.

Voyant Velza se frayer un chemin dans les bonnes grâces de Ruby en un rien de temps, Halbert avait senti que la situation avançait quelque part où il n’avait aucun contrôle.

Qu-Qu’est-ce que c’est que ça... ? Ce sentiment du fossé autour de mes murs a été comblé sans que je m’en aperçoive... ? pensa-t-il.

Pendant que Halbert pensait cela, Sur, qui s’était remis de sa douleur, avait placé une main sur l’épaule de Velza avec un soupir.

« C’est malpoli d’obliger nos invités à rester dehors aussi longtemps. Et si on continuait ça à l’intérieur ? » déclara Sur.

« Oh, mon Dieu ! Tu as raison ! Quelle négligence de ma part. J’étais tellement ravie que Seigneur Hal soit là que je me suis excitée malgré moi. Allons-y, Seigneur Hal, Lady Ruby. »

Velza avait pris les mains de Halbert et Ruby et les avait conduits à l’intérieur de la maison.

Si quelqu’un d’autre l’avait vu, on aurait dit qu’une petite sœur avait son grand frère et sa grande sœur qui lui faisaient plaisir. Halbert et Ruby ne se sentaient pas mal non plus d’avoir une petite fille qui les adorait.

Cependant, derrière les deux qui étaient menés par le bout du nez par Velza, Sur affichait un sourire ironique.

Bonté divine, pensa-t-il. Elle doit tenir ça de sa mère passionnée... Si vous ne la reprenez pas par les rênes, vous allez être dans une mauvaise passe, Sire Hal.

En pensant cela, Sur les avait suivis tous les trois à l’intérieur de la maison.

☆☆☆

Partie 4

Ce soir-là, en mettant de côté les civilités avec Sire Wodan, Aisha, Naden et moi étions allés visiter la tombe de la mère d’Aisha.

Dans la Forêt Protégée par Dieu, les personnes étaient enterrées à la base des arbres. Leur coutume était de rendre leurs corps, qui étaient élevés grâce aux bénédictions de la forêt, à la forêt.

Nous avions entendu le bruissement des branches et le bourdonnement des insectes.

Je m’étais agenouillé devant l’arbre où reposait la mère d’Aisha, les mains jointes, priant dans le style japonais. Comme je l’avais juré à Sire Wodan, je protégerais Aisha de la tristesse au mieux de mes capacités.

Alors, s’il vous plaît, donnez-moi votre fille, avais-je prié.

Après être resté comme ça pendant un court moment, je m’étais levé et j’avais regardé Aisha et Naden.

« J’ai quelque chose à vous dire à toutes les deux, » déclarai-je.

« Qu’est-ce que c’est, sire ? » demanda Aisha.

« Quoi ? Pourquoi si formel ? » demanda Naden.

Elles m’avaient toutes les deux regardé sans rien dire. J’avais choisi mes mots avec soin.

« C’est à peu près... quand on sera partis, » déclarai-je.

Elles avaient toutes les deux ouvert en grand les yeux en état de choc tout en restant silencieuses.

Après tout, c’était quelque chose qu’elles allaient devoir toutes les deux affronter.

« Si vous baissez votre garde, même un membre d’une race qui vit longtemps peut vivre une vie courte, » déclarai-je. « Ce que disait Sire Wodan est parfaitement logique. Cependant, le résultat le plus probable est que Liscia, Juna, Roroa, et moi finirons par vous laisser tous les deux derrière. Je fais cette demande après avoir réfléchi à ce que cela signifie pour moi. »

J’avais regardé dans leurs yeux abasourdis et j’avais continué.

« S’il vous plaît... Ne vous sentez pas seule. Je suis heureux de vous avoir rencontrées. Je ne veux pas faire de ce moment un moment dont vous vous souvenez tristement en pensant que les choses allaient mieux à l’époque. »

Toutes les deux ne disaient rien, mais continuaient à m’écouter parler.

« Je veux que vous soyez heureuse quand vous vous souviendrez. Idéalement, vous serez capable de sourire et de penser, maintenant, je suis heureuse, mais j’étais aussi heureuse à l’époque. Une fois que nous serons partis, restez en contact avec nos enfants, et avec les personnes vivant longtemps que vous connaissez comme Carla et Excel... et si vous trouvez un bon partenaire, ça ne me dérange pas si vous vous remariez. »

Toutes les deux avaient baissé les yeux et n’avaient rien dit.

« Assurez-vous d’être toujours en contact avec quelqu’un, et ne vous sentez pas seule, » déclarai-je. « Jamais... »

Aisha et Naden m’avaient enlacé sans un mot.

Elles n’avaient ni accepté ni rejeté ce que je disais, parce que nous ne comprenions que trop bien ce que ressentaient les autres.

Si elles étaient à ma place, elles auraient pu penser la même chose que moi. Si j’étais à leur place, je suis sûr que j’aurais ressenti la même chose qu’elles. Il n’y avait donc pas besoin de réponse.

Si plus tard, les deux filles se souvenaient de ce que j’avais dit, cela pourrait leur donner l’impulsion dont elles avaient besoin si elles finissaient par se sentir perdues quand l’inévitable se serait produit. C’était le mieux que je pouvais faire pour elles. Leur manque de réponse avait dû être leur propre façon d’être prévenantes.

Je leur avais tapoté le dos et, en riant, j’avais dit : « Mais je ne vous lâcherai jamais tant que je vivrai. Je serai avec vous jusqu’à ce que vous en ayez marre de moi. »

« D’accord, » déclara Aisha. « Restons ensemble aussi longtemps que possible. »

« Nous n’allons pas te lâcher facilement non plus, » avait convenu Naden.

Elles avaient toutes les deux les larmes aux yeux, mais elles souriaient.

« Assurons-nous aussi de faire des enfants, » ajouta Aisha. « Je ferai de mon mieux. »

« Oui, » avais-je dit. « Absolument. »

« Un seul ne suffira pas non plus, » continua Aisha. « Tu dois travailler dur, Sire. »

« B-Bien sûr... Je ferai de mon mieux, » répondis-je.

En voyant Aisha devenir si enthousiaste, je m’étais senti un peu dépassé.

Naden s’était jointe à nous aussi. « Si nous avons un ryuu, nous devons le laisser dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, donc si possible, je préférais un dragonewt. J’aimerais donner naissance à au moins un ryuu pour montrer ma gratitude à Lady Tiamat, donc... Oh ! Mais si c’est un dragonewt, ce serait un membre de la race des serpents de mer, non ? Qu’est-ce qu’on fait si ça devient comme la Duchesse Walter ? »

Un enfant comme Excel, hein...

« Travaillons tous ensemble pour éduquer nos enfants afin que cela n’arrive pas, » déclarai-je avec ferveur.

« En effet, » Aisha était d’accord.

« Bien reçu, » déclara Naden.

Après ça, nous avions ri tout en continuant à nous serrer dans nos bras.

☆☆☆

Après le retour au pays : Arc – 5 : Festival commémoratif

Partie 1

— À la fin du 8e mois, 1 547e année du Calendrier Continental —

C’était arrivé à la Capitale royale de Parnam, un jour où la chaleur estivale était encore loin de s’estomper, dans la grande salle du château de Parnam où travaillaient les bureaucrates qui s’occupaient des finances (alias la salle des finances).

Dans un coin de cette pièce se trouvait un ensemble de canapés dans une aire de réception, actuellement occupés par Roroa Amidonia, l’ancienne princesse d’Amidonia, qui était maintenant candidate pour devenir la troisième reine primaire de Souma, et le ministre des Finances Gatsby Colbert. Les deux affichaient des regards durs.

Un certain nombre de documents se trouvaient sur la table entre eux. Ces documents étaient à l’origine de leurs maux de tête actuels.

« Qu’est-ce qu’on va faire, princesse ? » demanda Colbert.

« Il n’y a rien qu’on puisse faire, » déclara Roroa en se penchant en arrière dans le canapé et en levant les yeux vers le plafond. Elle avait l’air déprimée alors que Roroa était toujours joyeuse en temps normal. « Bien sûr, j’ai dit : “Si l’un de vous a un festival intéressant à partager, n’hésitez pas à nous le faire savoir”. J’ai aussi dit aux bureaucrates de trouver des idées d’événements qui pourraient faire bouger l’argent. Mais quand même... celui-là n’est-il pas un peu mauvais ? »

Roroa regarda les mots écrits sur le document qu’elle avait pris avec un visage qui semblait avoir mordu dans quelque chose de désagréable.

Colbert ressentait exactement la même chose. « Vous avez raison. Si c’est mal fait, cet événement pourrait causer un problème majeur qui ébranlerait les fondations de notre pays. »

« Je sais, n’est-ce pas ? Franchement ! Les festivals sont censés servir à relancer l’économie, alors je veux des idées plus amusantes, » déclara Roroa.

Tandis que Roroa s’affaissait et soupirait, Colbert sympathisait. Il était son associé depuis qu’ils étaient dans la Principauté d’Amidonia, et était également un expert en matière économique, donc il savait exactement comment elle se sentait.

« Alors... on ignore celui-là ? » demanda-t-il.

Les paroles prévenantes de Colbert firent hésiter Roroa un moment, mais elle finit par se résigner et secoua la tête tranquillement.

« Impossible, j’en ai peur. Il a recueilli un bon nombre de signatures, n’est-ce pas ? J’aurais peur de l’ignorer, » déclara Roroa.

« ... C’est vrai, » répondit Colbert.

« De plus, si nous nous laissons décider en dernier ressort, vous ou moi, si nous finissons par faire un événement ou non, cela risque de nous attirer des ennuis inutiles. Nos positions étant ce qu’elles sont, » ajouta Roroa en se moquant de lui-même.

Incapable de la surveiller plus longtemps, Colbert s’était remonté le moral et avait dit : « Je pense qu’il est préférable de consulter Sa Majesté dans le cas présent. »

« Va-t-on faire en sorte que mon Chéri soit pris dans ce problème ? ... Je ne veux pas..., » déclara Roroa.

« Eh bien ! Si nous voulons mener à bien ce projet, nous aurons besoin de l’autorisation de Sa Majesté, quoi qu’il arrive. Ce n’est qu’une question de savoir si cela se produira plus tôt que tard, » déclara Colbert.

« Oui, tu as raison, mais... c’est moi qui vais lui en parler, et c’est comme ça que je vais faire se sentir mon Chéri... Ne finira-t-il pas par penser que je suis une femme lui causant que des problèmes ? » demanda Roroa.

Les inquiétudes de Roroa s’étaient, à un moment donné, transformées en celles d’une adolescente.

Même avec son sens financier unique, et même si elle pouvait prendre des décisions qui décidaient du sort de la principauté, Roroa était encore une jeune fille de 17 ans. C’était normal qu’elle s’inquiète de la façon dont l’homme qu’elle aimait la voyait.

Pour Colbert, qui voyait Roroa comme une petite sœur, son attitude lui avait fait venir un sourire sur le visage. « D’après ce que je sais de Sa Majesté, il ne vous maltraitera pas pour quelque chose d’aussi petit que ça, princesse. »

« Le penses-tu vraiment ? » demanda Roroa.

« Si vous voulez, je peux moi-même en parler avec lui, » déclara Colbert.

« ... Je pense que je dois moi-même le faire, » déclara Roroa.

Roroa avait pris sa décision, s’était levée, s’était résolue et était allée voir Souma.

Alors qu’il la regardait partir, Colbert l’acclamait dans son cœur.

☆☆☆

« Le “Festival Commémoratif de Gaius” ? » avais-je répété.

Roroa était silencieuse.

Aujourd’hui, comme d’habitude, je m’occupais encore de mes papiers au bureau des affaires gouvernementales lorsque Roroa était arrivée et m’avait présenté un document de quelques pages.

Tout en pensant que la Roroa, habituellement énergique, semblait terriblement réservée aujourd’hui, mon regard était tombé sur les documents, et... il y avait le titre « Ébauche de proposition pour le Festival Commémoratif de Gaius ».

Gaius... hein.

Par Gaius... ça veut dire Gaius VIII, non ? me demandai-je.

Gaius VIII. L’homme qui était le père de Roroa, ainsi que le Prince d’Amidonia.

La Principauté d’Amidonia avait perdu plus de la moitié de son territoire dans une guerre avec l’avant-dernier roi. Pour se venger de cette humiliation, Gaius avait commencé à semer le trouble à l’intérieur du royaume et à chercher une occasion de se venger.

Puis, alors que j’étais en désaccord avec l’ancien général de l’armée, Georg Carmine, Gaius avait vu sa chance et mené les forces de la principauté en envahissant le royaume.

Les forces de la principauté avaient traversé les montagnes d’Ursula, notre frontière sud-ouest avec elles, et assiégé la ville centrale de la région céréalière du sud, Altomura. Gaius avait l’intention de prendre Altomura pendant que Georg et moi nous battions, et d’annexer la région céréalière environnante à son pays. J’en étais sûr.

Cependant, c’était un piège qu’Hakuya avait tendu en utilisant une fausse insurrection de Georg pour attirer Gaius hors de son pays. Afin d’éradiquer les fauteurs de troubles de l’intérieur du royaume, nous avions d’abord dû réduire l’influence de leurs partisans dans la famille princière d’Amidonia.

Après avoir mis fin à la fausse insurrection de Georg et aligné les trois ducs, nous avions immédiatement déclaré la guerre à la principauté.

Puis, faisant croire que j’allais lancer une invasion éclair de Van, la capitale de la principauté, j’avais attendu les forces de la principauté qui s’étaient retirées pour défendre leur capitale dans une plaine près de Van.

Puis, finalement, les forces du royaume et de la principauté s’étaient affrontées à l’extérieur de Van.

En regardant le résultat, les forces les plus nombreuses du royaume avaient vaincu les forces de la principauté qui étaient épuisées par leur retraite, mais les forces de Gaius avaient fait preuve d’un sérieux courage dans la bataille.

Même avec les forces de la principauté dans un état d’effondrement total, Gaius et ses plus proches serviteurs avaient lancé une attaque suicide pour permettre au prince héritier Julius de s’échapper, et s’étaient rapprochés du camp principal du royaume, avec moi dedans.

En raison de ma situation extrême, je m’étais forcé à jouer le rôle de « roi » si profondément à cette époque que je n’avais rien ressenti, mais... en y repensant maintenant, cela me faisait frissonner.

Finalement, grâce à l’aide de Carla et à un certain nombre d’autres facteurs, la lame de la vengeance de Gaius ne m’avait jamais atteint.

Gaius était tombé sur le champ de bataille, et j’avais survécu sans autre incident. Mais un faux pas, et c’était moi qui y serais mort.

Gaius était devenu proche d’un dieu féroce du champ de bataille à ce moment-là pour me faire croire qu’il en était vraiment un.

Organisez un festival commémoratif pour ce Gaius... hein, pensai-je.

Alors que j’avais encore l’air pensif, Roroa ouvrit la bouche, semblant avoir rassemblé sa détermination. « Il a recueilli un bon nombre de signatures dans la région d’Amidonia. Dans un mois, cela fera un an que la bataille près de Van aura eu lieu, n’est-ce pas ? Ils disent qu’ils aimeraient avoir un mémorial pour tous les soldats de la Principauté qui y sont morts. »

« Si un an s’est écoulé depuis cette bataille... alors c’est le premier anniversaire de leur mort, » déclarai-je lentement.

Roroa était silencieuse.

Cela signifiait que ce serait le premier anniversaire de la mort du père de Roroa.

J’avais été forcé de tuer le père de Roroa pour le bien du royaume. C’était arrivé sur le champ de bataille, et elle ne l’avait jamais aimé au départ, alors Roroa disait souvent de ne pas me sentir troublé pour ça, mais... quand même, cela me laissait un sentiment désagréable en moi.

J’avais déjà pensé à Roroa comme à quelqu’un de ma famille. Quoi qu’il arrive, je devais protéger ma famille.

J’avais l’impression d’être arrivé si loin avec cette croyance comme base de ma foi.

Cependant... J’avais tué un membre de ma famille. C’était un fait qui ne disparaîtrait jamais.

Peut-être qu’elle s’était inquiétée de mon silence, parce que Roroa avait commencé à parler avec une gaieté forcée.

« Celui-ci m’a vraiment vaincue. Même moi, je ne sais pas quoi faire. Organiser un tel événement risque d’enflammer leur esprit patriotique. Mais maintenant que nous avons demandé des propositions d’événements, nous devons aller de l’avant. Après ça, il y a ma position en tant qu’ex-princesse d’Amidonia à laquelle je dois penser. Si je l’ignore, ça pourrait causer encore plus de réactions négatives. »

Roroa parlait vite, d’une chose après l’autre. Sa loquacité devait être une représentation de son malaise.

Elle craignait probablement qu’en suggérant qu’elle agissait en tant qu’ancienne princesse d’Amidonia, elle ne cause des désaccords dans sa relation avec Liscia et moi. Ses yeux frémissaient de malaise.

Je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle était coincée entre sa famille qui était du côté du Royaume d’Elfrieden et le peuple de la Principauté d’Amidonia qui la considérait encore comme leur princesse.

Je ne peux pas laisser Roroa ressembler à ça pour toujours..., pensai-je.

Je voulais que Roroa se remette à rire comme sa gaieté des fois irritante.

« Bien sûr, je ne vois pas pourquoi refuser. Faisons ce Festival Commémoratif de Gaius. » J’avais posé la paperasse, j’avais fait comme si de rien n’était et j’avais souri pour Roroa.

Le visage de Roroa, qui avait été un peu abattu, se leva et ses yeux s’élargirent. « Hein !? Le penses-tu vraiment !? »

« Le nom est probablement très bien comme il est, » déclarai-je. « Mais ne le considérons pas seulement comme un mémorial pour le peuple de la principauté, mais pour tous ceux qui sont morts pendant la guerre. Après tout, il y a eu bien plus que quelques pertes du côté d’Elfrieden lorsque les forces de la principauté ont envahi le pays. Transformez-le en un événement qui honore tous les morts de la guerre, s’il te plaît. »

« C’est très bien, mais... vraiment ? C’est vraiment correct ? » Roroa avait encore l’air inquiète. « Mon père... Gaius VIII était un ennemi du royaume, n’est-ce pas ? »

Je m’étais levé de ma chaise et je m’étais tenu devant Roroa. J’avais posé une main sur sa tête alors qu’elle me regardait avec incertitude, et j’avais un peu décoiffé ses cheveux.

« Whoa, chéri, pas si brutal, » avait-elle protesté.

« Quand tu agis d’une manière si réservée, ça me déséquilibre. Je parie que tu t’es dit : “Je ne veux pas qu’il me déteste à cause de la situation gênante de la Principauté”, ou quelque chose comme ça, non ? » demandai-je.

« Ah ! »

J’avais l’air d’avoir touché dans le mile. Roroa cligna des deux à plusieurs reprises.

J’avais soupiré. « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter comme ça. Liscia et les autres vont s’énerver si tu agis ainsi, tu sais ? »

« Je suis ta fiancée, chéri ! C’est normal que je m’inquiète ! » déclara Roroa.

« Mais si vos positions étaient inversées, ne serais-tu pas aussi en colère ? » lui avais-je demandé.

Roroa s’était calmée, alors je lui avais tapoté la tête à nouveau, plus doucement cette fois-ci.

« Tu n’as pas à t’inquiéter. Il n’était pas si rare dans mon pays de vénérer ceux que nous avons vaincus à la guerre en tant que dieux après leur mort. »

« Ça ne l’était pas ? » demanda-t-elle avec inquiétude.

« Ouais. Parce que les vaincus sont rancuniers et regrettent quand ils meurent. Afin d’éviter d’être maudits par de telles choses, nous décidons d’apaiser leurs esprits courroucés, les enchâssant comme les divinités protectrices de cette terre, » répondis-je.

Kunitsukami qui avait été vaincu par Amatsukami, Sugawara no Michizane qui avait été chassé de la capitale, Taira no Masakado qui avait eu des rêves pour la région du Kanto et avait été vaincu... C’était peut-être l’amour de mon pays pour une bonne histoire de perdants, mais ceux qui avaient fait de leur mieux et qui avaient échoué étaient vénérés comme des dieux et des divinités protectrices.

Bien sûr, c’était aussi un froid calcul. Ils l’avaient fait pour réconforter leurs âmes tragiques et éviter d’être maudits par leurs rancunes.

Quand je l’avais expliqué, Roroa avait cligné des yeux par surprise. « J’y pensais déjà quand on a eu des problèmes avec l’Orthodoxie Lunaire, mais chéri, ton pays avait une vision très vague de la religion. C’est terriblement laïque, on pourrait dire... »

« Les croyances et les festivals ne sont-ils pas comme ça par nature ? » lui avais-je demandé. « Je pense que les fêtes commémoratives sont plus pour les personnes qui vivent que pour les morts, afin de compenser la tristesse de perdre quelqu’un de précieux pour nous, ou pour nous permettre de l’accepter et de passer à autre chose. »

« ... Ouais. Tu as peut-être raison à ce sujet, » déclara Roroa.

Roroa m’avait finalement fait un sourire. Puis, ayant peut-être réussi à se mettre dans un nouvel état d’esprit, elle avait pris un visage qui combinait son charme habituel avec la ruse d’un commerçant.

« Dans ce cas, mon chéri, puisque tu es d’accord pour approuver le Festival Commémoratif, si on doit le faire, faisons de cet événement un grand spectacle. C’est pour ça qu’on recueillait des propositions. J’aimerais que beaucoup de gens se rassemblent pour ça et lâche de l’argent, » déclara Roroa.

Roroa avait souri comme si elle était une enfant qui me harcelait pour quelque chose.

Cela ressemblait beaucoup à Roroa de commencer une négociation d’affaires dès qu’elle s’était mise dans un nouvel état d’esprit. Je me sentais un peu irrité, mais... c’était mieux que de la voir déprimée.

« Un festival commémoratif qui a un spectacle, hein..., » en entendant cela, je m’étais souvenu de l’un d’eux dans l’autre monde. « Et si on faisait “Tourou Nagashi” ? »

« Toronagashi ? » Roroa inclina la tête sur le côté.

Je garderai le secret sur le fait que j’ai pensé que c’était mignon quand elle a fait ça, pensai-je.

« C’est une façon de renvoyer les morts par le feu. Dans mon monde, le rivage des mers et des fleuves était associé à la mort. Comme la rivière Sanzu qui séparait ce monde de l’autre..., » répondis-je.

« Ohh. On a aussi cette idée dans ce monde. Il y a un grand fleuve entre ce monde et l’autre, et tu as besoin d’un passeur pour t’y emmener, » déclara Roroa.

Ohh, c’était pareil dans ce monde aussi, hein ? Si je me souviens bien, les associations « eau = mort » et « bord de l’eau = frontière entre la vie et la mort » existaient en Orient et en Occident dans l’autre monde. On aurait dit que c’était pareil ici.

Étonnamment, cela pourrait être une compréhension fondamentale que tous les êtres vivants avaient.

« Le Tourou Nagashi consiste à laisser dériver des bateaux avec des offrandes sur le fleuve, qui est associé à la mort, pour réconforter les esprits, » expliquai-je. « J’ai l’impression que c’est un fantasme de voir toutes ces lumières descendre lentement la rivière. »

« Wôw, ça a l’air joli, même rien qu’en t’écoutant en parler ! » s’exclama Roroa.

Puis Roroa avait saisi la main que j’avais posée sur sa tête avec ses deux mains.

« Je prends cette idée ! Faisons ce truc de Toh-roh Nagashi au Festival Commémoratif ! Maintenant que c’est décidé, je ne peux pas perdre mon temps ici ! Je vais demander à Monsieur Colbert de vérifier les chiffres ! »

Après avoir dit ça, Roroa s’était mise à quitter la pièce... et s’arrêta à la porte.

Puis, retournant tout son corps, elle m’avait fait un doux sourire.

« ... Merci, chéri, » dit-elle d’une voix enjouée. Puis elle s’était mise à courir hors de la pièce avec vigueur.

Contrairement à son arrivée, je pouvais entendre ses bruits de pas qui résonnaient au loin.

« C’est comme ça que j’aime, ma Roroa..., » murmurai-je.

Ses bruits de pas résonnaient comme une représentation de son énergie, et je les aimais.

☆☆☆

Partie 2

Ayant pris sa décision, Roroa avait agi vite.

Elle avait immédiatement préparé un budget avec Colbert et avait commencé à organiser le festival commémoratif.

Pendant ce temps, j’étais occupé avec mes tâches politiques, alors la seule chose que j’avais faite pour le festival commémoratif avait été de persuader Hakuya qu’il n’y avait rien de mal à honorer Gaius, notre ancien ennemi.

C’est pourquoi j’avais laissé la plupart des préparatifs à Roroa et à son peuple.

... Maintenant que j’y pense, c’était peut-être une erreur.

 

— Au milieu du 9e mois, 1 547e année du Calendrier Continental —

 

J’avais cligné des yeux et regardé fixement. « Qu’est-ce que c’est que ça... ? »

Nous étions au bord d’une grande rivière près de Van, la capitale de l’ancienne Principauté d’Amidonia.

En regardant la flotte sur cette grande rivière, j’avais chuchoté cela malgré moi.

Il n’était pas exagéré d’appeler ça une flotte. Il y avait des dizaines de petits bateaux rapides décorés dans de magnifiques couleurs, et ils brillaient de mille feux sur la rivière du soir.

« Quoi ? C’est le Toh-roh Nagashi, non ? » Roroa m’avait demandé avec un regard sans émotion. « Les bateaux avec des lanternes sur eux flottent dans la rivière, comme tu disais, chéri. »

« Non, non, c’est beaucoup trop gros... Oups. Je n’ai jamais rien dit sur la taille, n’est-ce pas ? » demandai-je.

Je lui avais seulement dit d’envoyer des bateaux avec des lanternes sur la rivière. Je voulais dire des bateaux d’une taille que l’on pouvait transporter dans ses mains, mais d’après ce que j’avais expliqué, je ne pouvais pas lui en vouloir de penser que je parlais de vrais bateaux.

Cependant, quand ils étaient rendus à cette taille, ce n’était plus Tourou Nagashi, et c’était plus près d’un autre événement appelé Shourou Nagashi, ou la procession du bateau spirituel, celle de la célèbre chanson de Masashi Sada que mon grand-père aimait bien. Le bateau spirituel de Nagasaki était déplacé sur la terre ferme, mais j’avais entendu dire qu’il y a des endroits où il était envoyé sur une rivière.

Oui... J’avais entendu de drôles d’histoires de gens qui avaient entendu la chanson Shourou Nagashi et qui pensaient que c’était à propos de Tourou Nagashi, mais je ne pensais pas voir le contraire.

« De plus, vous avez beaucoup travaillé sur le design de tous les bateaux, » avais-je ajouté.

Les petits bateaux rapides sur la rivière étaient tous peints dans des couleurs super voyantes. La plupart affichaient une sorte de motif. Certains ressemblaient à des bateaux vikings, tandis que d’autres étaient conçus comme Naden dans sa forme ryuu ou un pégase, et il y en avait même d’autres en forme de melons, de radis daikon, ou d’autres fruits et légumes. Il y avait même des bateaux avec des groupes de musique à bord, et ils jouaient tous des airs joyeux.

Le cortège de lumières et de musique joyeuse me rappelait le défilé électrique dans un parc d’attractions sur le thème du royaume.

« Ça a l’air vraiment amusant, mais ça ne ressemble pas à un festival commémoratif, » déclarai-je.

 

 

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Roroa avec un regard d’exaspération. « C’est en partie de ta faute si ça s’est passé comme ça, n’est-ce pas, chéri ? »

« Ma faute ? » demandai-je.

« C’est vrai. Quand tu as occupé Van, tu as enseigné aux habitants d’ici à quel point la liberté d’expression pouvait être amusante, n’est-ce pas ? Depuis, Van est une ville d’art, » déclara Roroa.

« C’est ce qu’on m’a dit. Je pensais que c’était mieux que le fait de s’opposer à ça, alors je n’y ai jamais vraiment pensé, cependant..., » déclarai-je.

« C’est pour cette raison qu’un grand nombre de jeunes artistes de tout le royaume se sont rassemblés ici. Cette flotte bizarre est le produit de la passion débordante de ces artistes, » expliqua Roroa.

« ... Vraiment ? »

Je n’aurais jamais pensé que ma politique aboutirait à ça.

Peu importe ce que nous faisions, il y avait toujours un résultat, bon ou mauvais, mais ce résultat n’était pas la fin. L’influence de ce que nous avions fait s’était poursuivie après le résultat. Cela continuerait tant qu’il y aurait des personnes pour faire des choses. Quand j’avais pensé cela, la scène bizarre devant moi me semblait émouvante.

« Si Gaius pouvait voir ça, il deviendrait fou de rage, » avais-je commenté.

« Mon père, oui, je parie qu’il le serait..., » déclara Roroa.

En nous souvenant du visage sévère de Gaius, Roroa et moi avions souri avec ironie.

Il m’avait fait craindre pour ma vie pendant nos combats, mais maintenant, il n’était resté que dans ma mémoire. L’ambiance était devenue un peu maussade, alors j’avais décidé de changer de sujet.

« C’est pour ça que tu as aussi préparé ce truc ? » demandai-je.

« Les autres sont tous super voyants, » déclara Roroa. « Veux-tu que le bateau qu’on conduit laisse aussi un choc ? »

« Mais... devrais-tu vraiment faire venir le Roroa Maru ? » lui demandai-je.

En effet. Nous étions actuellement sur le pont du navire de transport amphibie, le Roroa Maru.

Si nous avions continué à utiliser le Petit Susumu Mark V pour flotter au-dessus de l’eau tout le temps, les vagues qui en résulteraient causeraient des ravages sur les petits bateaux autour de nous, alors nous l’avions actuellement réglé au minimum nécessaire pour que la partie en caoutchouc qui tendait l’air soit tendue et soit sur la rive.

Il y avait un certain nombre de tables avec des plats délicieux disposés sur le pont, ainsi qu’un Joyau de Diffusion de la Voix pour transmettre mon discours d’ouverture.

« Nyahahaha, c’est à peu près ça, » déclara Roroa en riant joyeusement. « S’il faut que les soldats de la sécurité transportent un joyau à bord de toute façon, il vaut mieux avoir un gros navire. Ce sera aussi une bonne démonstration pour le vaisseau de transport amphibie. »

Roroa riait, mais Colbert, qui s’occupait des finances, devait se tenir la tête. Après tout, plus l’événement était voyant, plus il fallait de préparatifs pour le surveiller.

En haussant les épaules, j’avais regardé autour de moi.

Juna et Tomoe étaient à côté du bateau, s’amusant à montrer la flotte du doigt et à rire.

« Cette scène est comme un rêve, » murmura Juna.

« C’est vraiment joli, hein, Juna ? » Tomoe était d’accord.

Toutes les deux étaient debout là, lors d’une nuit où la chaleur persistante de l’été s’était dissipée, avec le fleuve sombre et de magnifiques bateaux en arrière-plan. Cette paire d’une belle femme et d’une jolie petite fille avait produit une très belle vue. Pendant ce temps, aux tables sur le pont...

« Munch, munch, munch, munch. »

« Nom, nom, nom, nom. »

Aisha et Naden dévoraient la nourriture sur les tables.

C’était la routine pour Aisha, mais Naden était aussi du genre à ne pas résister à la bonne bouffe. Elles étaient techniquement censées être mes gardes du corps, mais... Oh, eh bien, elles s’en sortiraient très bien.

En affichant un sourire ironique à ces deux-là, Roroa avait dit : « Mais, cela aurait été sympa si la Grande Sœur Cia avait aussi pu venir. »

« J’ai pensé à l’appeler, mais on ne peut pas l’obliger à en faire trop, » déclarai-je.

Le bébé dans le ventre de Liscia était apparemment en pleine croissance. Cependant, c’était une période cruciale, donc je ne voulais pas qu’elle voyage loin et qu’elle subisse un stress inutile.

« En outre, Liscia a insisté sur le fait que “Roroa est la star d’aujourd’hui, alors assure-toi d’être une bonne escorte pour elle”, dans sa lettre. Alors je vais m’assurer de rester avec toi tout le temps aujourd’hui, » déclarai-je.

« Nyahahaha, c’est bien dans le genre de Grande Sœur Cia, » Roroa portait un sourire ironique avec un peu de bonheur mélangé à ça. « Maintenant... Mon roi, que dirais-tu de faire ce spectacle tout de suite ? »

« On y va, ma princesse Roroa, » déclarai-je.

Et j’ai pris la main qu’elle m’a offerte.

 

« Bientôt, un an se sera écoulé depuis cette bataille. »

 

La voix de Souma résonnait de l’autre côté de la rivière choisie pour l’événement. Sur la scène installée à bord du Roroa Maru, Souma prononçait le discours d’ouverture du Festival commémoratif de Gaius dans son rôle de roi.

Roroa se tenait à côté de lui et restait à ses côtés.

Par leur présence harmonieuse, ils représentaient la solidarité entre le Royaume d’Elfrieden et la Principauté d’Amidonia, qui s’était unie pour ne former qu’un seul État.

Cette scène était diffusée dans tout le Royaume de Friedonia à l’aide du Joyau de Diffusion de la Voix. Souma avait poursuivi avec son discours.

 

« Les deux pays ont versé beaucoup de sang dans ce conflit et des vies ont été perdues. La paix que nous avons maintenant repose sur ces sacrifices. Pour ne pas l’oublier, nous avons décidé d’organiser ce Festival commémoratif de Gaius pour réfléchir sur la dignité de feu Sire Gaius. »

 

Souma s’arrêta un moment, stabilisant son souffle avant de continuer.

 

« Mais même maintenant, je m’en souviens. Dans la dernière étape de cette bataille, alors qu’il chargeait avec audace vers moi avec ses plus proches serviteurs, Sire Gaius a fait un acte d’héroïsme. Insensible et sincère. Ce sont des mots qui ont été faits pour décrire une personne comme lui. Bien qu’il ait été vaincu, il était une véritable manifestation de l’esprit du peuple amidonien. Permettez-moi de vous le dire. J’avais peur de Gaius VIII ! »

 

La rivière bruyante devint silencieuse. Tout le monde écoutait ce que Souma dirait.

 

« La façon dont il a lutté vers l’avant, poursuivant sa vengeance contre le royaume d’Elfrieden, l’a presque fait ressembler à une divinité féroce. Pour quelqu’un du royaume des Elfrieden, c’était une personne exceptionnellement difficile à affronter. Cependant, je ne peux pas rejeter sa ténacité sans réserve. C’est parce qu’il ne fait aucun doute que la ténacité était dans l’intérêt de son peuple. C’était pour faire s’élever la Principauté d’Amidonia. Pour un guerrier comme Sire Gaius, je suis sûr que c’était le seul moyen à sa disposition. »

 

« Ohh, Prince Gaius, » déclara l’une des personnes dans la foule.

« Votre vaillante silhouette est gravée dans mes yeux ! » s’écria un autre.

« Vous avez su garder votre fierté de guerrier ! Y a-t-il un plus grand bonheur ? » demanda un autre.

Les lamentations des anciens officiers de la principauté s’entendaient depuis les bateaux.

Les politiques de Gaius avaient donné la priorité au renforcement de l’armée, et elles n’avaient pas manqué de faire peser des fardeaux sur le peuple de la principauté, mais il y avait certainement encore ceux qui respectaient sa dignité.

Tout le monde avait ses bons et ses mauvais côtés. Il n’était plus parmi nous. Alors, pourquoi ne pas les laisser fermer les yeux sur ses fautes, et discuter avec affections de leurs bons souvenirs ? Il n’était pas nécessaire de continuer à le fouetter alors qu’il était déjà mort.

Sachant que c’était la partie la plus difficile, Souma avait haussé le ton dans sa voix.

 

« Alors, laissez-moi-le déclarer ici ! Que la rancune de la famille princière ainsi que celle de Sire Gaius disparaît dans les profondeurs ! J’hériterai de son “amour pour son peuple” ! Je protégerai la princesse Roroa ici au cours de toute ma vie, et je protégerai la vie et les biens du peuple de ce pays, qu’ils viennent de la région d’Elfrieden ou d’Amidonia ! Si je m’écarte de ce chemin et que je fais quoi que ce soit pour faire pleurer la princesse Roroa ou son peuple, Sire Gaius se lèverait sans aucun doute du séjour des morts, se tiendrait à côté de mon lit et me maudirait à mort ! Afin d’éviter cela, j’ai l’intention de remplir mes devoirs de roi au mieux de mes capacités ! »

 

Quand Souma avait déclaré cela, des applaudissements retentissants s’étaient élevés des bateaux.

On aurait dit qu’il avait satisfait le cœur des Amidoniens.

Le roi des vainqueurs faisait un discours au peuple vaincu.

S’il était autoritaire, ils le repoussaient, et s’il était trop faible, ils le regardaient de haut.

Souma devait faire attention à son discours d’ouverture, mais il avait réussi à le faire en se concentrant sur la dignité de Gaius.

Tout en se sentant soulagé en lui, il avait terminé sa déclaration.

 

« OK, cela suffit pour ce discours d’ouverture rigide ! Il n’y a plus de royaume ni de principauté maintenant ! Que la rancune et la tristesse coulent dans l’Hadès avec les morts ! Ce soir, pleurons les défunts et célébrons les joies de vivre ensemble ! Maintenant, buvez, mangez et chantez ! Tout en se souvenant de Gaius et de tous ceux qui nous ont quittés ! J’annonce par la présente l’ouverture du Festival Commémoratif de Gaius ! »

Avec les mots de Souma, la plus grande joie s’était fait entendre aujourd’hui.

 

☆☆☆

 

« Ne crois-tu pas que tu louanges mon père un peu trop ? » Roroa m’avait demandé ça en souriant quand j’avais terminé mon discours d’ouverture.

Les gens s’amusaient déjà beaucoup sur la rivière.

Sur les bateaux qui brillaient, il y avait des personnes qui buvaient, racontaient des histoires, écoutaient des musiciens jouer, et Juna et ses Loreleis chantaient. Il n’y avait plus d’Elfrieden ni d’Amidonia maintenant, et le but initial de se souvenir des morts avait été oublié. Mais c’était très bien ainsi. Parce qu’on devrait fêter ça. Les vivants avaient besoin de célébrer la joie de vivre avec tout ce qu’ils avaient maintenant.

« Om, nom, nom, nom, nom ! »

« Whoa, whoa, whoa, Aisha, » s’exclama Naden. « N’est-ce pas un peu trop à la fois ? »

« Argh..., » Aisha s’était frappé la poitrine comme si elle s’étouffait avec quelque chose.

« Tu vois, je te l’avais dit. Tomoe, va chercher de l’eau, » demanda Naden en tendant la main à Aisha.

« O-Okay, Naden ! » déclara Tomoe.

Oh... C’est peut-être que je fête un peu trop de choses.

J’avais haussé les épaules, exaspéré, en posant ma main sur la tête de Roroa. « Il y a peut-être eu une certaine exagération, mais ce que j’ai dit n’était pas un mensonge. Sire Gaius a agi de la manière qu’il pensait être le mieux pour ce pays. »

Nos chemins n’avaient peut-être pas convergé, mais j’étais sûr qu’il avait vécu sa vie au mieux de ses capacités. Et en tant que compatriote, il y avait des points où je pouvais sympathiser avec lui.

Donc, dans tous les cas, je protégerais Roroa et ce pays, la preuve de son existence. Je transmettrais les choses dont j’avais hérité de lui à l’ère suivante.

Alors que je renouvelais ma volonté de le faire, Roroa m’avait souri. « Et aussi quand tu as dit que tu me protégerais pour la vie... ? »

« Bien sûr que je le pensais, » répondis-je.

« Mweheheheheh. Je t’aime vraiment, chéri, » déclara Roroa.

Roroa m’avait enroulé les bras autour du cou, et elle m’avait sauté dessus en m’embrassant sur les lèvres.

Oh ! Elle avait pris trop d’élan, et nos dents s’étaient cognées. J’avais enroulé mes bras autour de la taille de Roroa, et elle était restée suspendue en l’air. C’était une drôle de position pour s’embrasser.

Quand Roroa avait éloigné son visage du mien après un certain temps, elle m’avait offert le plus beau sourire qu’elle ait jamais eu aujourd’hui.

 

 

« Tu as déclaré que tu le ferais, alors je ne le lâcherai pas si tu ne prends pas soin de moi pour la vie, chéri, » déclara-t-elle.

☆☆☆

Histoire courte en prime 1 : Le Maître et le Serviteur ne sont pas sur la même longueur d’onde

C’est arrivé dans la République de Turgis, au sud du continent.

Près de la ville de Noblebeppu à l’est, un jeune singe des neiges nommé Kuu Tiasei, le fils de l’actuel chef de la république, chevauchait sur un engin qui perçait la neige et la glace. Il allait rendre visite à son amie d’enfance Taru la forgeronne avec sa servante Leporina derrière lui.

Allongé sur le dos du numoth, Kuu fixa paresseusement le ciel.

Actuellement, le ciel était bleu avec des nuages blancs. En partie parce que l’été approchait, c’était une journée claire. Cependant, dans ce pays, lorsque l’hiver arrivait, d’épais nuages bloquaient le ciel et de fréquents blizzards empêchaient les gens d’aller et venir. Cela signifiait qu’ils avaient tendance à rester enfermés à l’intérieur de leur maison, ce qui les rendait encore plus introvertis.

Si seulement ce temps pouvait durer un peu plus longtemps...

Kuu disait toujours qu’être le fils du chef de la république ne lui convenait pas, mais il voulait changer la situation dans ce pays. Les hivers ici étaient trop sombres. Il préférait que les choses soient brillantes. Il voulait que les hommes et les femmes de la ville sourient de bon cœur. C’est pourquoi il avait fait l’effort de sourire au moins lui-même, mais ce n’était pas un problème qu’il pouvait régler sans aide.

Si je savais quoi faire, je pourrais travailler dur pour le faire..., il réfléchissait à tout cela.

« Tu réfléchis à quelque chose, Maître Kuu ? »

Le visage de Leporina était entré dans le champ de vision de Kuu. Parce qu’il reposait sa tête sur les genoux de Leporina, son visage semblait à l’envers quand elle le regardait.

Kuu et Leporina étaient maître et serviteur, mais ils se connaissaient aussi depuis leur plus jeune âge, donc ils étaient proches. Ils avaient souvent joué avec Taru dans leur jeunesse, et à cette époque, Leporina avait été comme une grande sœur pour eux deux parce qu’elle était un peu plus âgée. C’est pourquoi il n’était pas contre nature de reposer sa tête sur ses genoux.

« Hm... Je me demandais comment je pourrais faire sourire quelqu’un. Non, tout le monde. » Kuu s’étira en répondant.

« Ce serait simple... si tu avais déclaré tes sentiments. Tu es toujours si indirect qu’il est difficile de dire si elle te prend au sérieux, » répondit-elle.

« ... Ook ? Qu’est-ce que tu racontes ? » Kuu avait demandé, ayant l’impression qu’ils ne parlaient pas de la même chose, ce qui avait fait pencher la tête de Leporina sur le côté.

« Hein ? N’était-ce pas à propos de Taru ? » demanda-t-elle.

Kuu avait réfléchi à la façon de faire sourire les gens de la République, mais Leporina n’avait pas pu imaginer qu’il pensait à quelque chose d’aussi grave, alors elle avait mal compris et supposé qu’il pensait à la fille qu’il aimait.

Kuu s’était rendu compte que Leporina était en plein dans un malentendu, et il avait remarqué qu’il pensait à quelque chose d’inhabituellement grave pour sa personne toujours joyeuse. Mais comme il était gêné de le dire à Leporina, il avait décidé de s’en servir.

« Hm ? Oh, tu as raison. Taru a été piquante dernièrement. Elle avait l’habitude d’être un peu plus disposée à sourire, » déclara-t-il.

« Tu dis ça, mais n’étais-tu pas plus honnête avec tes sentiments à l’époque ? » demanda Leporina.

« Hein ? Je lui dis toujours ce que je ressens, » répondit-il.

« Je te dis que la façon dont tu le fais est déformée. Quand on était petits, tu lui as offert une couronne de fleurs blanches, non ? Ça a rendu Taru heureuse, n’est-ce pas ? Mais dernièrement, tu as essayé de la rendre jalouse, en faisant des avances sur des filles à fourrure comme elle, non ? C’est l’effet contraire, » déclara-t-elle.

« Ookee... Mais si tu ne le fais pas, elle ne me regarderait même pas dernièrement, » déclara Kuu, boudeur.

« Je comprends ce sentiment, mais..., » soupira Leporina.

Elle comprenait très bien pourquoi les deux individus étaient sur des pages différentes. Kuu jouait au plaisantin, mais il avait le potentiel pour devenir le prochain chef de la république. Taru s’efforçait de maîtriser son métier de forgeron afin de ne pas être laissée pour compte. Plus Taru se consacrait à son travail, plus elle négligeait Kuu, et plus Kuu essayait obstinément d’attirer l’attention de Taru, plus il la rendait têtue.

C’est le même genre de personnes, on pourrait dire... en fin de compte.

Le cœur du problème, c’est qu’ils étaient tous les deux têtus. Ni l’un ni l’autre n’admettaient leur défaite, et leurs tentatives obstinées de se faire bien voir de l’autre les mettaient en travers de leur chemin.

Eh bien, c’est ce qui me fait de la place...

Leporina avait toujours eu des sentiments pour Kuu.

Kuu était celui qui avait le plus grand potentiel pour construire un nouvel avenir pour ce pays, et Leporina avait toujours voulu être à ses côtés, à l’observer. On peut dire qu’elle le désirait. Elle n’entraverait pas Kuu et Taru, et elle avait l’intention de les encourager, alors elle espérait qu’on lui permettrait de rester à ses côtés.

Mais le Maître Kuu n’essaie jamais de me courtiser...

Pour rendre Taru jalouse, Kuu avait fait des avances à des filles bêtes aux oreilles et à la queue poilues comme elle. Bref, il draguait des filles qui ressemblaient à Taru.

Pourtant, si c’était ce qu’il essayait de faire, les oreilles de lapin de Leporina auraient dû être à la hauteur. Cependant, Kuu n’avait jamais fait ça à Leporina.

Suis-je si peu attirante... Maître Kuu ?

En y pensant, Leporina avait inconsciemment tapoté Kuu sur la tête.

Ookyah !? Kuu en fut très surpris. C’était parce que c’était irrespectueux pour elle, en sa qualité de servante, de tapoter son maître sur la tête.

Quand Kuu l’avait regardé, Leporina regardait au loin, son esprit ailleurs.

Quoi ? Leporina... À quoi penses-tu ?

En réalisant qu’elle avait agi inconsciemment, Kuu avait choisi de ne rien dire. Normalement, il aimait voir comment ses actions perturbaient les gens, mais il ne voulait pas l’embarrasser en lui signalant son erreur.

Franchement, ça m’a fait peur...

La raison pour laquelle Kuu n’avait pas dragué Leporina... c’est que s’il lui faisait des avances, ce ne serait pas une blague. S’il le faisait à quelqu’un qu’il rencontrait pour la première fois, il le laissait passer comme un simple badinage. Cependant, en raison de sa relation étroite avec Leporina, s’il plaisantait en la draguant, cela lui ferait du mal. Celle qu’il aimait était Taru, mais Leporina était importante pour lui aussi. C’est pourquoi Kuu n’avait jamais essayé de la courtiser.

J’aimerais qu’elle arrête de me tenter inconsciemment...

Leporina soupira à elle-même. Ai-je besoin de montrer davantage ma féminité... ?

Kuu et Leporina, comme Kuu et Taru, étaient aussi en conflit à cause de leur amour mutuel.

Le numoth continua, transportant deux personnes qui n’étaient pas sur la même longueur d’onde.

☆☆☆

Histoire courte en prime 2 : Liscia écrit une lettre

« Cher Souma ! Comment vas-tu ? J’ai entendu dire que tu allais dans un endroit froid, alors j’ai peur que tu ruines ta santé. Le temps ici continue d’être..., » commença Liscia.

« Attends, c’est beaucoup trop formel ! » Liscia froissa tout ce qu’elle avait écrit jusque-là en une boule et la jeta par terre.

C’était la chambre de Liscia au château de Parnam, mais le sol était parsemé de papiers froissés de la même façon. Elle gaspillait une grande quantité de papier qui, bien qu’étant noble, elle pouvait facilement l’obtenir, était encore une marchandise précieuse, mais elle était du moins pardonnable pour aujourd’hui.

Elle écrivait une lettre pour transmettre quelque chose d’important à son fiancé, Souma. Mais, incapable de l’exprimer correctement, Liscia était dans une prise de tête.

Souma était en voyage diplomatique dans la République glaciale de Turgis, dans le sud. Liscia avait vraiment voulu l’accompagner, mais parce que sa santé s’était détériorée dernièrement, elle avait fini par assurer la permanence cette fois. Puis elle avait été examinée par Hilde, la meilleure femme médecin du royaume.

« Princesse, à propos de la raison de votre malaise. Vous êtes..., » Hilde s’était penchée et chuchota son diagnostic à l’oreille de Liscia.

En entendant la nouvelle, le visage de Liscia était devenu blanc en raison du choc, puis un sentiment d’euphorie s’était fait jour au fond de son estomac. Finalement, après s’être calmée, elle avait commencé à devenir de plus en plus incertaine.

Les personnes qui l’entouraient avaient été envoyées dans une frénésie d’activité par le diagnostic, mais Liscia elle-même avait maintenant reçu l’ordre de se reposer, et elle n’avait rien à faire.

Pour l’instant, elle prenait son stylo plume pour informer Souma de la nouvelle, mais elle se trouvait dans l’incapacité de découvrir une façon de la formuler qui lui plaisait.

Puis on avait frappé à la porte.

« Oui, entrez ! » déclara Liscia.

Naden, une camarade fiancée qui était également restée derrière, entra dans la chambre. « Liscia, es-tu tout... ? Attends, c’est un foutoir ici, hein ? »

Elle semblait exaspérée, regardant l’état désastreux de cette pièce avec toutes les lettres en boule éparpillées sur le sol.

« Hahahaha..., » Liscia avait ri maladroitement. « J’écrivais une lettre à Souma pour lui faire part de mon diagnostic, mais... ça ne va pas bien. »

« Je comprends ce que tu ressens, mais si tu te surmènes, ne finiras-tu pas par te sentir de nouveau malade ? » demanda Naden.

« Je me sens relativement détendue en ce moment, » répondit Liscia.

« Bon sang..., » Naden avait pris l’un des papiers jetés et l’avait regardé. « Il n’y a qu’une chose que tu dois lui dire, non ? Pourquoi ne pas simplement écrire ça ? »

« Mais quand je pense à ce que ressentira Souma quand il le lira... Je ne peux vraiment pas écrire cette seule chose. »

« Eh bien, c’est juste. Je suis sûre qu’il va être vraiment surpris, » Naden s’était assise sur le lit de Liscia. « Si surpris qu’il puisse revenir ici. Non pas que Souma sache voler. »

« Ce n’est pas bon ! Souma n’aura pas beaucoup d’occasions de prendre son temps pour visiter un autre pays, alors je dois écrire pour m’assurer qu’il fait son devoir dans cette lettre, » déclara Liscia.

« Penses-tu que l’avertir dans une lettre suffira à empêcher Souma de le faire ? » demanda Naden.

Liscia secoua la tête en réponse à la question de Naden. Souma était axé sur la famille et lorsqu’un membre de sa famille était impliqué, son champ de vision se rétrécissait. S’il avait été informé de ce diagnostic, elle soupçonnait qu’il rentrerait d’urgence au pays. Le fait d’écrire qu’il ne devrait pas faire ça dans sa lettre ne l’arrêterait probablement pas.

« Je dois d’abord écrire à Aisha, » décida Liscia. Elle écrivait une lettre à Aisha et lui demandait de retenir Souma.

Tandis que Liscia se retournait vers son bureau, Naden haussa les épaules.

« Je pense qu’on peut dormir tranquille avec ça, » déclara Liscia.

« ... On peut vraiment ? » demanda Naden.

« Hein ? » s’exclama Liscia.

La main qui tenait le stylo à plume de Liscia s’arrêta pendant qu’elle y pensait. « Aisha fait à peu près tout ce que Souma lui dit de faire. Elle peut le retenir par la force, mais si Souma lui ordonne sérieusement de lâcher prise, je pense qu’elle le fera. Hmm... Pour arrêter cette surprotection de Souma, je vais devoir le convaincre que j’ai raison avec la logique. »

« Tu... Tu le feras ? » demanda Naden.

Voyant Liscia proposer un plan à plusieurs niveaux pour empêcher Souma de revenir, Naden avait trouvé cela un peu déconcertant. Au fond de son cœur, Liscia voulait sûrement que Souma revienne rapidement à la maison, mais elle lui ordonnait fermement de ne pas le faire pour son propre bien.

Qui appelles-tu surprotecteur ? Tu es un peu trop protectrice toi aussi, Liscia, pensa Naden.

En fin de compte, ils étaient un mari et une femme qui partageait les mêmes idées... Non, un fiancé et une fiancée aux vues similaires.

Naden était exaspérée intérieurement, mais Liscia continuait à marmonner sans le remarquer.

« Après tout, peut-être que je ne devrais pas être dans le château. S’il sait qu’il ne peut pas me voir immédiatement en retournant au château, je pense que cela devrait garder le désir de Souma de rentrer chez lui sous contrôle. » Quelque chose sembla alors venir à Liscia, et elle frappa dans ses mains. « J’ai décidé. Je quitte le château. »

« Hein !? Qu’est-ce que tu dis quand tu es censé être malade ? » s’exclama Naden.

Cependant, Liscia avait souri. « Je sais pourquoi je ne me sens pas bien maintenant. Ça va se calmer dans peu de temps. D’ailleurs, j’ai dit que je quitterais le château, mais seulement pour me reposer à la campagne où l’air est plus frais. L’ancien domaine de mon père, qui fait maintenant partie du domaine de la Couronne, se trouve aussi être ce genre d’endroit. »

« Oh ! Tu vas juste te reposer, hein..., » déclara Naden.

Le soulagement de Naden avait fait rire Liscia.

« C’est une bonne occasion, alors je vais demander à maman de m’apprendre toutes sortes de choses pendant que je serais là. À partir de maintenant... Je vais avoir besoin de ces connaissances. » Cela dit, Liscia se retourna vers le bureau. « Maintenant que c’est réglé, je dois le dire à Souma. Si j’écris : “Tu ne peux pas me voir même si tu reviens maintenant”, il ne reviendra pas de force ici, j’en suis sûre. Oh ! Je vais devoir dire à Aisha de ne pas non plus le laisser revenir. »

En regardant la plume de Liscia danser joyeusement à travers la page, Naden était remplie d’exaspération. « ... Oh, fais ce que tu veux. »

Ne pouvant plus supporter cela, Naden avait quitté la pièce.

Maintenant à nouveau seule dans la pièce, Liscia s’était rapidement mise à écrire.

« Je suis enceinte. »

☆☆☆

Histoire courte en prime 3 : L’histoire ridicule de Juno

« Maintenant que j’y pense, il y a eu des rumeurs à propos de Monsieur le Petit Musashibo en tant qu’“aventurier du kigurumi,” » avait dit Juno tout à coup.

Juno et moi nous rencontrions maintenant une fois par semaine pendant une heure ou deux pour parler. C’était ce que nous faisions depuis la première fois.

J’avais apporté une table et des chaises en verre sur la terrasse du bureau des affaires gouvernementales du château de Parnam, et je parlais à Juno autour d’un repas léger venant du palais d’Ishizuka.

Et aussi, les boissons étaient des jus de fruits et du thé, pas d’alcool. Si nous nous soûlions, il y aurait un problème de sécurité, sans parler de la question de savoir si Juno pourrait rentrer chez elle correctement. C’était comme un thé nocturne.

Juno sirotait son thé en se souvenant des événements pour moi. « Il y avait aussi d’autres histoires de fantômes bizarres. »

« Oh, qu’est-ce que c’est ? » demanda Aisha à côté de nous. Elle se fourrait des sandwichs dans la figure pendant qu’elle parlait.

Toutes mes fiancées savaient que je rencontrais Juno, comme il se doit, et je les avais invitées à participer de temps en temps à nos goûters. Je ne voulais pas qu’on soupçonne à tort que c’étaient des histoires d’amour et que je les trompais.

Aisha et Juna (et Liscia, mais elle était absente) connaissaient au moins Juno, et Roroa et Naden n’étaient pas vraiment timides non plus, alors elles s’étaient habituées à elle en peu de temps. Au contraire, j’avais eu le sentiment que Juno était celle qui semblait tendue.

« J-Je suis Juno, et je pars souvent à l’aventure avec Souma... euh, je veux dire Sa Majesté... euh, pas en personne, je veux dire avec son pantin... »

C’était sa présentation balbutiante d’elle-même à Aisha, mais, eh bien, elle semblait s’y être habituée après la troisième fois.

Mais je m’écarte du sujet. Revenons à l’histoire des fantômes que Juno avait à raconter.

« Comme, “Un serpent géant a été vu entrant dans le château la nuit,” ou, “Les os de la salamandre géante devant le musée bougent la nuit”, » déclara Juno.

« Le premier doit être Naden, » déclarai-je. « Cependant, aucune idée à propos du deuxième. »

« Vous voulez dire le spécimen squelettique devant le Musée Royal ? Il bouge ? » demanda Aisha.

« Je ne me souviens pas avoir installé ce truc..., » avais-je murmuré.

Aisha et moi étions perplexes.

« Ce n’est qu’une rumeur, » expliqua Juno en buvant son thé. « Ils pensent que “l’âme du propriétaire des os réside encore en eux, et les fait bouger”, apparemment. Comme un dragon squelettique, comprenez-vous ? »

Un dragon squelettique était un monstre fait des os d’un dragon qui était mort avec des regrets persistants. Les os commençaient à se déplacer et répandaient des miasmes dans la région. En fait, qu’ils soient morts avec des regrets persistants ou non, si les os étaient laissés placés pendant de nombreuses années, les os d’un dragon pourraient se transformer spontanément en quelque chose comme ça.

« Mais ces os sont une réplique, le réalisez-vous ? » avais-je dit. « J’ai envoyé l’original pour qu’il soit étudié. »

« Ohh, je suppose qu’il n’y a alors aucun moyen pour lequel l’âme de l’original soit à l’intérieur, » déclara Aisha.

« Je ne sais pas, » haussa Juno. « Je dis juste que c’est la rumeur. »

Hmm... On aurait dit une histoire de fantôme. Dans l’autre monde, il y avait des histoires comme « la statue en fuite de Ninomiya Kinjirou » ou « le portrait de Beethoven dans la salle de musique qui sourit en pleine nuit ». Peut-être que les gens parlaient juste de quelque chose qui bougeait la nuit parce qu’ils pensaient que ce serait flippant si c’était le cas.

Pendant que j’y réfléchissais, j’avais réalisé que Juno me regardait fixement.

« ... Quoi ? » avais-je demandé.

« Oh, non, non. J’ai juste pensé que le truc des os pourrait aussi avoir quelque chose à voir avec vous, » déclara Juno.

« Ne m’accusez pas de tout. Je suis sûr que je pourrais le déplacer avec mes Poltergeists Vivants, mais je ne l’ai pas fait, » déclarai-je.

« Non, mais un bon pourcentage des rumeurs bizarres jusqu’à présent ont eu quelque chose à voir avec vous ou l’un de vos proches, » déclara Juno.

« Je ne vois pas l’intérêt de faire bouger une réplique de squelette. Personne ne ferait quelque chose d’aussi inutile comme ça... ah ! » m’exclamai-je.

Il y avait une personne. Celle qui se tenait sur la fine ligne entre le génie et l’idiotie, qui avait créé un Mechadra n’ayant même pas la capacité de se déplacer.

 

◇◇◇

 

Plus tard, quand j’avais demandé à Ludwin de l’amener au bureau des affaires gouvernementales pour l’interroger, Genia avait répondu sans se sentir coupable : « Ohh, je suis contente de voir que quelqu’un l’a remarqué. »

Je savais que ça devait être elle.

« L’installation elle-même est simple, voyez-vous. J’ai mis un matériau caoutchouteux dans les épaules et autres articulations. L’échantillon se trouve dans un endroit qui reçoit beaucoup de lumière du soleil, de sorte que le matériau se dilate sous l’effet de la chaleur pendant la journée, puis se refroidit et se contracte la nuit. Cela fait que les angles des bras changent. Si vous le vérifiez toutes les heures, vous verrez qu’il bouge, mais juste un peu, » déclara-t-elle.

Si les gens le regardaient tout le temps, le changement était trop subtil pour le remarquer, mais le truc était tel que, si quelqu’un qui voyait le squelette le matin le regardait à nouveau le soir, il se disait « Hein ? C’est différent de quand je l’ai vu le matin, n’est-ce pas ? »

Pourquoi a-t-elle fait ça ?

« La véritable identité du fantôme était sur la fine ligne entre le génie et l’idiotie..., » avais-je murmuré.

« Genia... Pourquoi fais-tu ces choses ? » Ludwin s’était agrippé la tête face aux singeries bizarres de sa fiancée.

Euh, ouais, tiens le coup, Ludwin.

 

◇◇◇

 

« Je savais que ça devait être quelqu’un qui avait un lien avec vous, » déclara Juno avec exaspération quand, plus tard, je lui avais dit comment les choses s’étaient passées.

« Je ne peux pas le nier, mais je ne peux pas accepter la façon dont vous dites ça comme si c’était ma faute, » répondis-je.

« Mais c’est vous qui employez cette tarée, non ? » demanda Juno.

« Eh bien, oui, mais..., » commençai-je.

Alors que j’étais toujours incapable de trouver des excuses, Juno gloussa.

« Vous avez dit que vous vouliez savoir ce qui se passait dans la ville du château, mais d’où je me tiens, on dirait que les choses les plus intéressantes se passent autour de vous. On dirait que vous ne vous ennuierez jamais, » déclara Juno.

« Eh bien, non, je ne m’ennuie jamais, » avais-je admis. « Je suis débordé de travail tous les jours. »

« C’est bien, n’est-ce pas ? Je suis devenue une aventurière parce que je détesterais vivre une vie ennuyeuse, mais il me semble que vous pouvez peut-être vivre une vie sans ennui, peu importe le travail que vous choisissez. Tout dépend de la façon dont vous vous y prenez, » déclara-t-elle.

« Oh, êtes-vous prête à quitter la vie d’aventurier maintenant ? » demandai-je.

« Ne soyez pas bête. Cette vie me va bien, » déclara Juno en tirant la langue.

J’avais ri. C’était vraiment amusant de parler à quelqu’un qui, normalement, vivait une vie complètement différente de la mienne.

« Oh ! » dit-elle. « Maintenant que nous en parlons, je crois me souvenir d’une autre rumeur qui circulait ! »

« ... C’est quoi, cette fois ? » demandai-je.

« Il y a ces trucs qui courent très vite sur les toits de la ville. Il y a eu des silhouettes comme un singe, un lapin, et un lézard, » déclara Juno.

« ... »

C’étaient manifestement des individus que je connaissais. Franchement... Il n’y avait jamais eu un manque de choses à dire.

☆☆☆

Histoire courte en prime 4 : Les soins de Juna

« ... Hein ? » Juna avait dégluti.

Dans une source d’eau chaude de la ville de Noblebeppu dans la République de Turgis, lorsque Juna et Souma étaient ensemble dans le bain en plein air, Souma avait soudainement commencé à s’affaler.

« C-Chéri ? » Juna avait pris sa tête dans ses bras alors qu’il tombait vers son ample poitrine. En le regardant, il était rouge comme une pieuvre bouillie. Les symptômes de quelqu’un qui avait eu des vertiges à cause de la chaleur. « O-Oh, non ! On doit maintenant te sortir de l’eau ! »

Juna avait sorti Souma de l’eau et l’avait traîné vers le vestiaire.

Ayant servi comme commandante dans les marines, Juna pouvait porter Souma toute seule. Quand elle l’avait fait, ses parties les plus intimes étaient clairement visibles pour elle, mais elle n’avait pas eu le temps de s’en inquiéter pour le moment.

Juna l’avait emmené au vestiaire, l’avait habillé et était allé appeler quelqu’un... puis elle avait réalisé qu’elle était nue. Bien qu’elle ait dû se dépêcher, en tant que femme, elle ne pouvait laisser personne d’autre que son fiancé Souma voir sa chair nue.

« Je suis désolée, Sire, attends un instant. » Cela dit, Juna s’habilla en hâte et se dépêcha d’aller chercher quelqu’un.

Leurs compagnons s’étaient tous soûlés ou étaient partis, alors Juna s’était fait aider par le personnel de l’auberge pour transporter Souma dans la chambre où ils étaient logés. Le personnel de l’auberge était d’accord avec son hypothèse, disant : « La chaleur vient probablement de l’atteindre », alors elle avait décidé de le laisser s’allonger et de se calmer pour le moment.

Remerciant les membres du personnel lors de leur départ, Juna avait laissé Souma reposer sa tête sur ses genoux avec un chiffon froid sur le front pendant qu’elle lui éventait le visage.

Tandis qu’elle regardait le visage inconscient de Souma, Juna baissa les yeux pour s’excuser. « Est-ce parce que... j’ai mis trop de temps à trouver ma détermination, peut-être ? »

En vérité, Juna était prête à entrer dans le bain dès que Souma l’avait fait. Cependant, quand le moment était venu de le faire, elle s’était soudainement sentie gênée.

« C’est... C’était embarrassant pour moi aussi..., » murmura-t-elle.

Juna avait agi d’une manière audacieuse comme si ses sentiments étaient « je me fiche d’être vue nue si c’est par toi », mais c’était une jeune fille, et le voir nu et être elle-même vue nue avait laissé son cœur battre à toute allure tout le temps.

Parce qu’elle avait hésité, le bain de Souma avait duré plus longtemps que le sien, ce qui l’avait rendu étourdi par la chaleur.

La vérité est que... je n’ai pas autant de sang-froid parce que je suis l’aînée, Sire, pensa Juna en regardant Souma qui avait les yeux fermés.

Souma et ses autres fiancées avaient tendance à admirer Juna comme une grande sœur, mais d’une certaine façon, elle essayait d’être plus mature qu’elles. Quand elle avait senti que c’était la vision idéale d’elle que les gens avaient, elle n’avait pas pu s’empêcher d’essayer de l’être.

Dernièrement, Souma avait commencé à comprendre cet aspect d’elle, alors il avait commencé à parler avec elle comme s’ils avaient le même âge quand ils étaient seuls, comme ils venaient de le faire, mais...

Le fait est qu’Aisha et Naden devraient être plus âgées que moi.

Bien que ces deux membres des races à longue durée de vie se soient entêtés à ne pas révéler leur âge réel, elles avaient probablement vécu beaucoup plus longtemps que Juna et les autres. Elle était un peu insatisfaite que, malgré cela, elles l’aient traitée comme si elle était plus âgée qu’elles. Oui, c’était lié à l’âge mental élevé de Juna, mais...

Juna enleva le tissu du front de Souma et lui tapota le front.

« Mais le fait de pouvoir entendre les plaintes de Sa Majesté peut être un avantage de cette position, » déclara Juna.

Juna se souvient de ce que Souma avait dit dans le bain.

Il avait dit qu’il en avait trop appris sur Kuu et les autres avant de connaître la république. S’il arrivait un moment où il devait devenir hostile à la république, il craignait de ne pas pouvoir donner l’ordre de se battre. Même si tout le monde s’était lâché à la fête, Souma avait réfléchi à ses devoirs de roi. Il s’inquiétait sans le dire à personne d’autre.

À l’époque, aussi... tu t’inquiétais pour toutes ces choses.

Elle se souvient de cette nuit où la guerre avec les nobles corrompus et la Principauté d’Amidonia s’approchait. Juna avait, à la demande de Liscia, chanté une berceuse pour un Souma insomniaque.

Tu n’as pas changé depuis. J’aime bien ça.

Il devait y avoir eu de nombreuses fois depuis lors qu’il avait été forcé de prendre une décision en tant que roi. La raison pour laquelle Souma ne savait plus quoi faire était que, même après ces décisions, il n’avait pas perdu sa bonté naturelle.

Il était roi, mais il était incapable de devenir roi à part entière. C’était qui était Souma.

C’était peut-être une faiblesse, et ce n’était qu’en présence de Juna que Souma avait pu bien la mettre en évidence. Devant ses autres fiancées, il finissait toujours par essayer d’être dur.

« Je pense que tu ferais du bon travail en faisant plaisir à un jeune garçon qui essaie de présenter un front fort, » avait dit Liscia à l’époque.

Quand Souma était devant Juna, il était prêt à montrer un côté relativement plus faible de lui-même. Cela lui donnait un doux sentiment de supériorité sur les autres fiancées qui se répandaient dans sa poitrine. C’est ce qu’elle pensait, désolée, tout le monde.

« C’est bon, Sire, » murmura-t-elle. « Je cacherai ta faiblesse. »

Elle avait dit les mêmes mots qu’elle avait prononcés cette fois-là, avec une conscience de ses propres sentiments qui n’avaient pas changé depuis ce temps... non, qui s’était encore renforcée depuis. Et puis...

« ... Juna ? » On aurait dit que Souma s’était réveillé.

« Oh ! Tu étais réveillé ? » s’écria Juna.

Juna lui avait expliqué qu’il s’était évanoui dans les sources chaudes et qu’elle l’avait porté ici avec l’aide du personnel de l’auberge.

Lorsqu’il découvrit qu’elle avait bien vu différentes parties de lui pendant qu’il était ainsi, Souma lui fit un sourire gêné et forcé. Ils profitaient d’un moment de tranquillité ensemble après cela, quand...

« Au fait, Aisha et les autres sont-ils revenus ? » Souma demanda soudain.

En interne, Juna était un peu fâchée. Bon sang... Maintenant, nous avons enfin du temps seul ensemble, et il pense à d’autres personnes.

Elle voulait remplir les pensées de Souma avec rien d’autre qu’elle. Pour que...

« Pour qu’on puisse faire des choses comme ça. » Juna avait pressé ses lèvres contre Souma.

Ses yeux surpris n’avaient vu que Juna. Satisfaite, Juna avait laissé échapper un rire malicieux. Son sourire était assez puissant pour faire son entrée à quiconque le voyait.

« On garde le fait qu’on a pris un bain ensemble, cela sera notre petit secret pour un moment, non ? » demanda Juna avec charme, et Souma ne pouvait plus détourner le regard d’elle.

☆☆☆

Histoire courte en prime 5 : Gardiens du Dieu de la Nourriture

La salle d’attente de la résidence du gouverneur dans la nouvelle ville de Venetinova du Royaume de Friedonia était aujourd’hui, comme tous les jours, remplie de femmes ambitieuses, confiantes en leur beauté, visant à devenir les épouses de Poncho Ishizuka Panacotta, ministre de l’Agriculture et des Forêts.

« Je prendrai la position de femme en chef, avec mon beau visage. »

« Hmph ! C’est moi qui gagnerai le cœur de Sire Poncho. »

Les femmes en attente croyaient chacune qu’elles étaient celles qui se marieraient pour devenir riches.

Et pourtant, parmi elles, une femme avait un regard sévère.

C’était une femme d’une vingtaine d’années, pas moins jolie que les autres femmes vantardes, mais elle avait un regard désespéré et presque tragique sur son visage quand elle regardait les femmes autour d’elle.

Cette bataille... ne sera pas aussi facile à gagner.

En regardant les femmes enthousiastes autour d’elle qui étaient ici pour discuter d’un mariage potentiel, la femme avait rassemblé ses mains et entrelacé ses doigts.

Elle aussi, au début, avait cru qu’elle pouvait facilement séduire un homme comme Poncho avec son beau visage. Cependant, ce qui la séparait des autres femmes, c’est qu’elle avait fait un travail minutieux de collecte d’informations avant cette réunion, afin de s’assurer que sa proie ne lui échappe pas. Ainsi, en recueillant des informations, elle avait rapidement compris à quel point cette réunion serait difficile.

C’est révélateur que, malgré le nombre de réunions qu’il a eues, personne n’ait réussi à obtenir un engagement avec Poncho.

Bien que beaucoup de femmes croyaient que Poncho serait facilement séduit, personne n’avait encore réussi dans cette tâche. Elle avait essayé de demander à celles qui avaient échoué de raconter leurs histoires, mais comme s’il y avait quelque chose de scandaleux dans leurs histoires, aucune des femmes ne voulait en parler.

Cependant, il n’y avait qu’une seule chose qu’elle avait apprise dans tout cela. Une servante qui travaillait dans la maison d’une de ces femmes avait entendu sa maîtresse murmurer quelque chose :

« Poncho a une terrifiante protectrice. »

Une protectrice. En se souvenant de ce mot, cette femme avait senti son corps se contracter. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Celui qui avait rejeté les candidats potentiels au mariage de Sire Poncho était cette gardienne, ou quoi que ce soit d’autre.

Mais si je sais à l’avance qu’une telle personne existe, je peux prendre des contre-mesures.

Elle pariait sur cette réunion.

Je vais me marier et changer mon destin !

Ce n’était pas qu’elle avait de l’affection pour Poncho. Elle avait simplement plus d’ambition que les autres femmes autour d’elle.

« Cherchez-vous à devenir la femme de Sire Poncho ? » demanda soudain une voix.

« Hein !? »

Quand elle se retourna pour regarder la personne qui lui avait soudainement parlé, il y avait une fille mignonne avec ses cheveux coiffés en des nattes tressées. Sa peau était légèrement bronzée et sa robe de couleur vive lui allait bien. Cette fille était-elle aussi là pour discuter d’un mariage potentiel ?

« ... Oui. Est-ce que c’est mal ? » déclara la femme ambitieuse avec prudence, mais la fille aux tresses secoua la tête.

« Oh, non, non. J’avais le sentiment que vous étiez différente des autres femmes. J’ai pensé que vous pourriez aimer Sire Poncho, » répondit l’autre femme.

« Le monde de la noblesse n’est pas si facile à vivre que l’on peut se marier par simple amour, » déclara la femme ambitieuse, détournant les yeux de la fille apparemment innocente aux tresses. « Mes parents et mon frère aîné sont des nobles mesquins, médiocres, mais gentils. Il n’y a aucun espoir qu’ils étendent leur domaine, et je ne vois qu’un avenir dans lequel ils finiront par s’endetter envers quelqu’un, et ensuite je serai mariée à une maison qui pourra assumer leur dette. Je ne veux pas de ça. »

« ... »

« C’est pourquoi je veux épouser Sire Poncho, qui est si prometteur, et me construire un avenir ! » Elle ne savait pas pourquoi elle était honnête à propos de tout ça, mais les yeux purs de la fille lui donnaient envie d’être ainsi.

La fille aux tresses la regarda d’un air doux. « Je vois. Je pense que c’est un sentiment merveilleux. »

Un instant plus tard, la femme ambitieuse fut appelée par l’une des servantes de la Maison de Panacotta.

Finalement, c’était son tour de se rencontrer !

Alors qu’elle marchait dans le couloir, conduite par la bonne, elle passa devant l’une des femmes qui se vantaient avec confiance dans la salle d’attente. Où était passée cette confiance maintenant ? Son visage était tordu, et elle se dépêchait de partir.

Ahh, elle a dû se faire écraser par cette protectrice, pensa la femme ambitieuse. J’ai besoin de m’endurcir pour cela...

Enfin, lorsqu’on lui avait montré le bureau de Poncho, elle avait rencontré le protecteur des rumeurs. Derrière Poncho, avec un sourire calme, se tenait une femme de chambre d’une beauté époustouflante.

« Hein !? »

L’intense vague d’intimidation déclenchée par cette belle servante lui avait donné l’impression que ses jambes pouvaient geler de peur.

M-Mais... Je n’abandonnerai pas ! Elle avait réussi à supporter ce regard.

Et puis elle avait entendu une voix douce derrière elle. « Pardonnez-moi. »

Quelqu’un était-il entré alors qu’ils étaient censés être au milieu de sa réunion ? Quand elle avait regardé en arrière avec surprise, il y avait la fille qui avait été dans la salle d’attente avant. La jeune fille se dirigea vers Poncho, et se tint derrière lui, en face de la belle servante.

À ce moment, la femme ambitieuse avait senti ce qui s’était passé, et ses genoux lâchèrent.

« Oh ! Allez-vous bien ? » s’inquiéta Poncho. « Oui ? »

Elle ne pouvait même pas lever la tête pour répondre à sa demande.

J’étais surveillée... depuis le début... depuis que je suis entrée dans la salle d’attente...

Il n’y avait aucun doute que la fille aux tresses était liée à Poncho. La mission de la jeune fille devait être de sonder les intentions des personnes dans la salle d’attente. Parce qu’elle avait recueilli des informations et qu’elle avait appris l’existence du gardien aux côtés de Poncho, la femme ambitieuse était devenue complaisante.

Non... Ne me dis pas qu’il y avait deux protecteurs...

Alors qu’elle s’agenouillait, sans force, deux jambes minces pénétrèrent dans son champ de vision.

Quand elle avait levé les yeux, la belle servante de tout à l’heure était là.

« J’ai entendu parler de la situation par Komain, et vos capacités de collecte de données sont exceptionnelles. Qu’en dites-vous ? Vous travaillerez comme bonne au château ? » Par ces mots, Serina tendit la main à la femme qui avait été assommée dans le silence. « Beaucoup de nobles de haut rang vont et viennent du château. Vous pourriez rencontrer quelqu’un qui est bon pour vous, vous savez ? »

La femme ambitieuse avait senti une opportunité, et elle n’avait pas hésité à prendre la main de Serina. « Ah ! Je vais le faire ! »

Comme Serina recrutait des personnes qui semblaient pouvoir lui être utiles de cette façon, Poncho n’avait toujours pas trouvé de fiancée, mais l’unité des domestiques du château gagnait du personnel et prenait de l’expansion.

De plus, bien qu’il s’agisse d’une parenthèse, cette femme ambitieuse rencontrerait à l’avenir le fils d’un grand noble tout en travaillant au palais, et prendrait sa retraite après s’être mariée avec lui, mais... c’est une histoire pour une autre époque.

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4 commentaires

  1. Tiens donc, Souma a t'il avalé un ver neutralisant les toxines ?

  2. Après le retour au pays : Arc – 4 : Le plus long jour de la Forêt Protégée par Dieu

    Je comprends vraiment pas ce chapitre.
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    Précédemment c'est le père de Aisha qui a souhaité ces fiançailles, pourquoi lui demander maintenant la permission ?

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  3. [spoil]

    C'est selon moi plus sa culture japonaise, et le fait qu'il veuille faire pareil avec toutes ses fiancées qu'elle que soit la raison de leurs fiançailles (petite exception pour une petite dragonne, il veut pas déranger sa mère...)

    [/spoil]

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