Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 7

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Prologue : Réunions

— Au milieu du 5e mois, 1 547e année, du Calendrier Continental —

Tomoe, qui avait été laissée dans une ville près de la frontière avec l’État Pontifical Orthodoxe lunaire, était venue au marché de midi avec son garde du corps Inugami. Un messager kui avait déjà dit que Souma et les autres étaient en sécurité et qu’ils allaient la récupéré à leur prochain arrêt, avant d’aller dans la République de Turgis, alors elle devait attendre ici qu’ils la retrouvent. Cependant, il semblait qu’il serait dommage de s’asseoir et d’attendre, alors Inugami et elle avaient décidé d’aller faire une visite dans le marché très animé.

Grâce à la proximité de la frontière, de nombreux marchands qui avaient voyagé entre les deux pays s’étaient rassemblés ici, et les marchandises des deux nations étaient à vendre.

« Salut, petite fille », avait déclaré l’un d’entre eux. « Pourquoi ton père ne t’achète-t-il pas cette épingle à cheveux ? »

« J’ai de la bonne nourriture séchée ici, non ? » avait crié un autre. « Jette un coup d’œil. Veux-tu le faire ? »

Pendant que Tomoe et Inugami marchaient dans la place, les marchands dans leurs échoppes les appelaient en argot de marchand. Il semblait qu’on les prenait pour un père avec sa fille. Leurs visages avaient une forme très différente, mais il était courant parmi les races des hommes-bêtes que les hommes et les femmes aient des apparences très différentes, c’est peut-être pour cela qu’ils ressemblaient pour tous à un père et à une fille.

Tomoe leva les yeux et gloussa. « Monsieur Inugami, ils pensent que tu es mon père. »

« Oui, madame », il a dit. « C’est impoli de ma part de dire cela, Petite Sœur, mais c’est commode pour nous qu’ils comprennent mal notre relation. Si on voit un homme qui marche avec une fille assez jeune pour être sa fille, mais qui ne l’est pas, les gens commenceront à penser des choses qu’on ne veut pas qu’ils pensent. »

En d’autres termes, si l’autre possibilité était d’être confondue avec un kidnappeur, alors il valait mieux être considéré comme père et fille.

Tomoe l’avait regardé. « Alors ce ne serait pas mieux si tu me parlais moins respectueusement, et plus comme un père ? »

« Non... Je ne peux pas faire ça..., » répondit Inugami.

« Ne peux-tu pas ? » demanda Tomoe.

« Ce n’est pas que je ne peux pas... non. Tu as probablement raison, Tomoe. » Après avoir cédé, Inugami avait laissé tomber son ton formel.

Tomoe avait alors gloussé avant de déclarer. « D’accord, Papa. »

« ... Qu’est-ce qu’il y a, “ma fille” ? » demanda Inugami.

« Je veux voir aujourd’hui quel genre de magasins les marchands qui viennent d’autres pays peuvent bien avoir ici, » déclara Tomoe.

« Dans ce cas, c’est probablement l’un d’entre eux là-bas. » Inugami avait désigné un étalage qui était géré par un homme corpulent. Il semblait qu’il vendait des fruits secs qui se conserveraient longtemps.

Tomoe avait incliné la tête sur le côté. « Comment le sais-tu ? »

« Vois-tu l’accessoire avec le symbole de l’Orthodoxe Lunaire qu’il porte sur sa poitrine ? » répondit-il par une question.

Maintenant qu’Inugami le lui avait fait remarquer, elle pouvait voir que l’homme portait un accessoire avec un symbole qui ressemblait à une combinaison de la pleine lune et du croissant de lune sur le côté gauche de sa poitrine.

Tomoe n’avait aucun moyen de le savoir, mais Marie, la personne qui avait été envoyée en tant qu’envoyée de l’État Pontifical Orthodoxe Lunaire, avait porté un collier avec le même symbole.

« Les croyants pieux de l’Orthodoxie Lunaire les portent en tout temps », expliqua Inugami. « Tu peux aussi voir que la couleur est éclatante, n’est-ce pas ? C’est également la marque de quelqu’un qui a apporté une contribution significative à l’église principale. »

« Oh, j’ai compris. C’est comme ça que tu savais qu’il venait de l’État Orthodoxe, » déclara Tomoe.

« C’est exact. Veux-tu aller jeter un coup d’œil ? » demanda Inugami.

« Oui ! » s’exclama-t-elle.

Tous les deux s’étaient dirigés vers le stand. Il y avait des fruits secs et des noix à l’avant et, à l’arrière, un certain nombre de barils où l’homme gardait des fruits conservés dans du miel.

« Salut, petite fille ! J’ai de délicieux fruits confits au miel », déclara le commerçant en souriant. « Pourquoi n’en achèterais-tu pas ? »

En réponse, Tomoe avait demandé : « Venez-vous de l’extérieur du pays, monsieur ? Avez-vous des histoires intéressantes sur votre pays ? »

« Hein ? » Le commerçant était confus face à la question si soudaine.

« Hé, c’est impoli de lui demander soudainement comme ça ! » Inugami l’avait grondée.

Alors qu’elle se raidissait, il l’avait soulevée par l’arrière de son capuchon. Tomoe était aussi impuissante qu’un chaton suspendu en plein vol.

Inugami avait fait un faux sourire et s’était incliné à plusieurs reprises devant le commerçant. « Je suis désolé, monsieur. Nous avons des affaires en République de Turgis, mais c’est une première pour ma fille, et elle est tout excitée. Chaque fois qu’elle voit quelque chose, elle demande tout le temps : “Qu’est-ce que c’est ?”, “Cela sert à quoi ?”, “Pourquoi est-ce ainsi”, et elle n’est pas capable de rester silencieuse... »

« Oh... Hahahaha, c’est bien de voir un enfant si plein de curiosité, » déclara le commerçant.

« Le pensez-vous vraiment ? Je prendrai des fruits confits, » déclara Inugami.

« Merci ! Revenez nous voir ! » s’exclama le vendeur.

Alors que Tomoe était toujours en l’air, Inugami avait payé pour les marchandises, puis il avait reçu un melon soigneusement coupé et conservé dans du miel et il avait finalement quitté l’étal avec le sourire.

Une fois qu’ils étaient dans un endroit où le commerçant ne pouvait pas les voir, Inugami avait reposé Tomoe, puis il croisa les bras et il la regarda droit dans les yeux. « Je te demande de me pardonner de t’avoir crié dessus. Mais Petite Sœur... »

« O-Oui... ? » demanda Tomoe toute craintive.

« Quelle est la raison de cette question ? » demanda Inugami.

Inugami avait maintenu un ton aussi calme que possible pour ne pas l’intimider.

Tomoe le regarda les yeux tournés vers le haut, puis avoua avec hésitation. « J’ai pensé que si je voulais pouvoir aider Grand Frère et les autres, j’aurais besoin d’étudier le maximum sur d’autres pays. C’est pourquoi... euh... Je voulais lui demander... »

La voix de Tomoe s’était peu à peu repliée sur elle-même au fur et à mesure qu’elle parlait.

Inugami avait soupiré. « Il y a des espions qui se déguisent en marchands. S’il était l’un d’entre eux, tu pourrais faire l’objet d’une attention spéciale parce que tu voulais cette information. C’est très dangereux d’agir ainsi. »

« Je suis désolée... » Tomoe semblait vraiment contrariée, et ses oreilles de loup s’étaient affaissées.

La voyant complètement découragée, Inugami avait posé une main sur l’épaule de Tomoe. « Si tu veux en savoir sur d’autres pays, dis-le-moi. Je t’apprendrai tout ce que je peux. Naturellement, je ne peux rien te dire de confidentiel. »

Puis Inugami avait ouvert le pot contenant des fruits conservés dans du miel et il l’avait tendu vers Tomoe. Elle en accepta un, puis elle en avait pris une bouchée et avait souri.

« Tu es si gentil, “Papa”, » déclara Tomoe.

« Je ne peux pas m’empêcher d’être gentil. Surtout envers ma fille, » répondit-il.

Après cet échange où ils étaient peut-être en harmonie, ils avaient tous deux souri. Pour tous ceux qui les verraient, ils avaient l’air d’un père et d’une fille très proches.

Tout cela s’était produit la veille avant que Souma et les autres aillent les rencontrer.

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Chapitre 1 : Depuis la Nouvelle Ville, Venetinova

Partie 1

Il s’agit d’une histoire qui date de la période où Souma était parti pour la république.

La scène se déroule à Venetinova, une ville côtière à l’est du Royaume de Friedonia.

La côte du Royaume était courbée dans une forme de < . Afin d’encourager une distribution plus active des marchandises dans tout le pays, le roi Souma avait parrainé la construction de Venetinova à l’angle de cette forme.

S’il y avait une chose qui était unique dans cette ville, c’était sa disposition à deux niveaux. Au niveau inférieur, face à la mer, il y avait un port de pêche, une place, des parcs et plus encore, tandis que le quartier résidentiel, le palais du gouverneur et d’autres bâtiments similaires étaient concentrés au niveau supérieur.

Presque toutes les zones commerciales se trouvaient le long de la route sur la colline entre ces deux niveaux. Ce tracé de la ville servait à préparer le grand tremblement de terre qu’on disait frapper une fois tous les cent ans.

Dans l’une des cliniques situées le long de la route de Venetinova, il y avait actuellement un petit garçon de huit mois qui balançait ses jambes alors qu’il était tenu par sa mère.

« Gasou Gasou ! » le bébé roucoula.

Ce bébé en bonne santé s’appelait Fuku. Lors de la visite de Souma au camp de réfugiés, Hilde Norg, une femme médecin appartenant à la race des trois yeux, et Brad Joker, un chirurgien, l’avaient accouché par césarienne. D’ailleurs, Souma lui-même avait donné son nom au garçon.

Aujourd’hui, le petit Fuku était venu avec sa mère pour un contrôle régulier.

Hilde était la médecin qui l’examinait. « Hm... Je ne vois rien qui sorte de l’ordinaire. Il est plein d’énergie. »

Jusqu’à tout récemment, elle était à l’école professionnelle de Ginger dans la capitale, Parnam, afin de former des médecins. Une fois sur la bonne voie, Hilde, qui avait toujours été plus à l’aise pour traiter les gens du peuple que pour se cacher dans un laboratoire, avait cédé ses fonctions à ses élèves en fin d’études à l’école. Afin de suivre les anciens réfugiés, elle avait déménagé dans cette nouvelle ville et avait ouvert une clinique, après s’être inquiétée pour eux.

Cela dit, Hilde était considérée comme l’un des deux plus grands esprits du monde médical, et l’autre était le chirurgien, Joker. Ainsi, ils étaient tous les deux fréquemment appelés à l’école de médecine de Parnam, mais récemment, pour une certaine raison, elle avait séjourné à Venetinova.

En entendant Hilde dire que son enfant allait bien, la mère de Fuku inclina la tête. « Merci infiniment. C’est grâce à vous et au Dr Joker que Fuku et moi sommes toujours là. »

« Ce n’est pas nécessaire de me remercier, » déclara Hilde. « Vous savez que c’est mon boulot. Et surtout, comme le roi vous l’a dit, vous devriez vraiment remercier votre enfant, d’être né quand nous étions tous les deux là. »

Peut-être pour cacher sa timidité, Hilde se retourna et détourna le regard alors qu’elle caressait les cheveux de Fuku, qui avaient finalement commencé à pousser de façon uniforme.

Fuku avait applaudi avec joie.

La mère de Fuku la regarda avec un léger sourire. « Je suppose que vous avez raison. Maintenant, nous pouvons attendre ensemble le retour de mon mari. »

« Oh, c’est vrai, ils ont trouvé votre mari, n’est-ce pas ? » demanda Hilde.

« Tout à fait, » déclara une autre femme, s’avançant. « J’ai eu des nouvelles de mon frère aîné. »

La personne qui avait répondu à cette question était une jeune fille de dix-huit ans qui portait une tenue semblable à celle d’un Amérindien stéréotypé, et qui peignait ses joues avec une peinture qui semblait magique.

Elle s’appelait Komain. À l’origine, son frère Jirukoma l’avait laissée responsable de l’accueil des réfugiés et elle était aujourd’hui l’une des responsables communautaires des anciens réfugiés qui s’étaient installés à Venetinova.

Komain était venue ici aujourd’hui pour soutenir Fuku et sa mère pendant leur examen de routine. « D’après le messager kui que mon frère a envoyé, il devrait maintenant être en route. »

Jirukoma était retourné vers le nord, à la tête de tous ceux qui refusaient de devenir membres de ce pays et qui insistaient pour tenter de reconquérir leur patrie. Il séjournait maintenant dans le Royaume de Lastania, l’un des plus petits pays de l’Union des nations de l’Est, en tant que soldat volontaire, après avoir répondu à leur appel aux troupes.

Dans ce pays, il recueillait également des informations sur ceux qui avaient été dispersés alors qu’ils étaient chassés du nord. Le père de Fuku n’était que l’un de ceux qu’il avait trouvés comme ça.

« Il a dit que votre mari vous cherchait dans l’un des pays voisins de Lastania, » déclara Komain. « Quand mon frère lui a dit que vous étiez en sécurité et que votre enfant était né, il a tout lâché pour se précipiter ici et être à vos côtés. »

« Franchement... Cet homme a toujours été si pressé, » déclara la mère de Fuku, mais elle avait l’air très heureuse.

Hilde haussa les épaules, exaspérée. « Eh bien, c’est bon d’avoir sa famille réunie. Laissez-moi juste vous mettre en garde sur une chose. »

« Hein ? Euh, bien sûr, » répondit la mère.

« Votre ventre a déjà été ouvert une fois pour l’accouchement. L’intervention s’est parfaitement déroulée, et vous pouvez probablement en avoir une seconde, mais... une fois que le ventre a été coupé, il est plus faible et une naissance naturelle devient plus difficile. Donc, la prochaine fois que vous accoucherez, il sera plus sûr pour vous et le bébé, de vous ouvrir et de le sortir médicalement, » déclara Hilde.

La mère de Fuku et Komain avaient toutes les deux dégluti.

Hilde leur avait souri à toutes les deux. « Quand votre mari reviendra, vous passerez un moment romantique ensemble, non ? Si ça vous fait décider que vous en voulez vraiment un second, vous ferez mieux de consulter un médecin approuvé par moi ou par le pays. »

« C’est d’accord ! » La mère de Fuku hocha la tête avec enthousiasme.

Entendant cela, Fuku poussa aussi un cri de confiance, qui fit que les trois autres se regardèrent et sourirent.

« L’examen est-il fini ? » Brad avait sorti sa tête du plus profond de la clinique. C’était un homme dont l’expression était généralement plus discrète, mais il jetait maintenant un regard inquiet sur Hilde. « Euh... est-ce bon ? »

« Ils vont bien, » déclara Hilde. « La mère et l’enfant sont en bonne santé. »

« Non... Ce n’est pas ce que je voulais dire..., » déclara Joker.

« Franchement... Tu es plus nerveux que je ne le pensais. » Hilde s’était levée et avait poussé Brad à l’arrière de la clinique. « Pour commencer, aucun homme n’est autorisé ici tant que je vois une patiente ! »

« Non, tu vois le bébé... J’ai juste..., » commença Joker.

« Assez. Va là-bas et prépare-toi pour demain ! Tu devras aller à la capitale et examiner la princesse. Ils disent qu’elle est tombée malade, » déclara Hilde.

Après avoir forcé Brad à partir, Hilde était retournée à sa place. « Bon sang, » murmura-t-elle.

Après avoir vu cette interaction entre les deux médecins, Komain avait incliné la tête sur le côté de manière interrogative. « Le Dr Brad est aussi là, hein ? J’avais entendu dire qu’il avait eu une soif de voyage et qu’il voyait des patients dans tout le pays. »

Brad était, en effet, enclin à l’envie d’errer. Il était du genre à dire au roi Souma en face : « Je veux guérir les pauvres, pas les riches. » En termes plus flatteurs, il était du genre solitaire ; en termes moins flatteurs, il souffrait encore d’un léger syndrome du collège.

Bien qu’il ait reçu une demande de Souma pour donner des cours, il voyageait encore à travers le pays pour voir et traiter des patients. Techniquement, il avait pris des apprentis avec lui et les avait formés sur le terrain.

C’est pourquoi Komain avait été surprise de voir Brad ici.

Cependant, Hilde avait reniflé. « Qu’y a-t-il de surprenant ? Les hommes sont si simples, » dit-elle en se frottant l’abdomen.

Ce geste avait indiqué à Komain tout ce qu’elle avait besoin de savoir. « Vous aussi, docteur ! »

« Wôw, félicitations ! » s’écria la mère de Fuku.

« Hmph..., » Hilde se retourna pour détourner le regard en raison de son embarras. Mais, quand même, d’une voix toute petite, elle répondit : « Oui, oui... Merci. »

La façon dont elle l’avait dit avait fait éclater de rire Komain et la mère de Fuku malgré elles.

 

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« Komain, merci d’être venue avec moi aujourd’hui, » déclara la mère de Fuku, inclinant la tête.

« Dooo, » son petit fils avait aussi confirmé.

Il était un peu plus de trois heures de l’après-midi. Sur la route de la colline à l’extérieur de la clinique d’Hilde, Komain retroussa ses manches et déclara : « Oh, ce n’est pas grave. Mon frère m’a demandé de m’occuper de tout le monde. Si je peux faire quoi que ce soit, s’il vous plaît, allez-y, dites-le-moi. »

« Je vous remercie. Rentrez-vous chez vous maintenant ? » demanda-t-elle.

« Non, j’ai des documents à remettre au gouverneur, alors j’ai l’intention d’y aller après ça, » déclara Komain.

« Oh, vraiment ? Eh bien, continuez votre excellent travail, » déclara la mère.

« Bien sûr que oui ! À plus tard, Fuku, » déclara Komain.

Prenant la main de Fuku et la serrant, Komain leur fit ses adieux à tous les deux puis elle courut vers le sommet de la colline. Le manoir du gouverneur était au point culminant de la ville. Pendant que Komain courait dans la rue commerçante, la femme qui tenait l’un des magasins de fruits l’avait appelée.

« Komain, vous avez toujours l’air si occupée. Mangez-vous bien ? » demanda-t-elle.

« Maintenant que vous en parlez, j’ai peut-être sauté le déjeuner aujourd’hui, » répondit Komain.

« Ce n’est pas bon. Même si vous êtes occupée, vous devez manger ! » La dame avait lancé l’une des pommes qu’elle vendait à Komain.

« Wôw... Merci, madame ! » Komain attrapa la pomme, puis elle fit un signe de la main à la dame, avant de continuer son chemin.

Les gens faisaient souvent signe à Komain quand elle courait dans les rues.

Elle faisait beaucoup de travail dernièrement, du nettoyage, de la lessive, du gardiennage, des livraisons et de l’enlèvement des nids d’abeilles. Bien qu’elle fût une jeune fille, elle avait fermement assumé son rôle d’organisatrice communautaire pour les réfugiés, et parce qu’elle avait eu le courage de donner aux hommes de la région une tranquillité d’esprit, même s’ils étaient des travailleurs acharnés et pouvaient être un peu durs, il n’était pas étonnant qu’elle soit devenue si populaire. Elle ne le savait pas, mais on l’avait déjà surnommée la fille de Venetinova.

Mais... je ne peux pas continuer à faire ça éternellement, pensa Komain en courant dans les rues de Venetinova. Les réfugiés commencent à s’enraciner dans cette nouvelle ville. Si nous voulons nous assimiler dans ce pays, il vaut mieux qu’il n’y ait pas de « mur » entre ceux qui étaient auparavant réfugiés et ceux qui ne l’étaient pas. Mon rôle d’organisateur pour la communauté est emblématique de ce mur, alors ils n’auront plus besoin de moi. C’est en soi une bonne chose, mais...

Komain avait mordu dans la pomme qu’on lui avait donnée et avait poussé un petit soupir.

Il est peut-être temps que je commence à chercher une façon de vivre pour moi-même, comme le faisait mon frère quand il est parti dans le Nord.

Komain y avait pensé quand elle avait couru dans les rues. Alors qu’elle réfléchissait encore, elle arriva à destination.

Le manoir du gouverneur ; c’était l’endroit où vivait le gouverneur qui dirigeait la ville.

Ce n’était pas le manoir du seigneur parce que Venetinova faisait partie du domaine royal, et donc le seigneur de cette ville était le roi Souma. Cependant, le roi Souma était basé dans la capitale, alors il avait donc dû envoyer quelqu’un pour gérer cette ville.

Il y avait eu des moments où l’administration des grandes villes était laissée aux nobles et aux chevaliers travaillant dans le bureau du gouvernement, mais vu l’importance de cette ville, un simple magistrat n’aurait pas été suffisant.

Le titre créé pour le poste de dirigeant de cette ville était « gouverneur ». Il s’agissait d’un nouveau poste, créé pour la personne qui dirigerait cette ville importante au nom de Souma, et l’endroit où ce gouverneur vivait et travaillait s’appelait le palais du gouverneur.

Quant à savoir qui était l’actuel gouverneur de la ville...

« Excusez-moi. Le gouverneur Poncho est-il là ? » demanda Komain.

En effet, c’était l’ancien ministre de la Crise alimentaire et actuel ministre de l’Agriculture et des Forêts, Poncho Ishizuka Panacotta.

Parce que cette ville importante ne pouvait pas être laissée entre les mains de quelqu’un qui n’était pas compétent, le proche collaborateur du roi, Poncho, avait été mis à contribution, bien que temporairement, pour faire le travail. À cause de cela, les jours de Poncho passaient à une vitesse fulgurante, il allait travailler dans le château tous les matins et retournait à Venetinova tous les après-midi.

Techniquement, son remplaçant avait déjà été choisi — c’était le Seigneur d’Altomura, Weist Garreau, qui s’était distingué dans la guerre — mais jusqu’à ce qu’il soit prêt à prendre la relève, les journées chargées de Poncho allaient continuer.

De plus, Poncho avait eu un autre lot d’ennuis qui l’attendaient.

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Partie 2

« Le gouverneur est présent, mais l’attente risque d’être longue si vous voulez une audience avec lui, » déclara le garde avec un sourire forcé et d’une manière qui semble impliquer quelque chose.

« Je comprends, » déclara Komain. « J’ai des documents à soumettre, puis-je attendre ? »

« Je comprends. Allez-y, madame Komain. Vous pouvez rester dans la salle d’attente, » déclara le garde.

En partie grâce à son visage familier, le garde avait facilement laissé entrer Komain.

La bonne qui se tenait à l’entrée principale de la bâtisse et qui était chargée de guider les invités l’avait conduite dans la salle d’attente où se trouvaient déjà quatre femmes.

Les femmes semblaient réunies dans un coin de la pièce et parlaient de quelque chose. Elles portaient toutes des tenues voyantes, et Komain pouvait en déduire qu’elles étaient de jeunes femmes de bonne filiation. Les femmes l’avaient regardée lorsqu’elle était entrée dans la pièce, puis s’étaient blotties l’une contre l’autre et avaient commencé à se murmurer à l’oreille.

Komain, se sentant mal à l’aise, s’était assise à une certaine distance de ces femmes. Quand elle l’avait fait...

« C’est quoi cette tenue ? Cette fille veut-elle devenir l’épouse de Sire Poncho ? »

« Quelle fille ordinaire ! Pense-t-elle que, si c’est Sire Poncho, même une fille comme elle pourrait le séduire ? »

Komain entendait parfaitement leurs chuchotements. Elle appartenait à une tribu de chasseurs qui avaient vécu dans le Nord, et ils étaient sensibles à la présence de leurs proies et autres bruits. Elle pouvait entendre des voix basses comme les leurs, qu’elle le veuille ou non.

Komain soupira. Je le savais... Ce sont bien des femmes qui sont venues discuter d’un mariage potentiel avec Sire Poncho.

Il avait déjà été annoncé publiquement que le roi Souma organiserait une cérémonie pour célébrer son mariage avec la princesse Liscia et ses autres reines en attente. En réponse à cela, il y avait maintenant une ruée d’offres de mariage de la part de celles qui voulaient aussi s’assurer une position de reine pour elles-mêmes. Non seulement cela, mais ces offres de mariage arrivaient aussi en masse à tous les hommes célibataires parmi les vassaux de Souma qui semblaient avoir un avenir prometteur.

Le Premier ministre intelligent et séduisant, Hakuya, et le beau capitaine de la Garde royale, Ludwin, étaient tous deux populaires, mais la personne sur laquelle ces offres étaient le plus concentrées était Poncho.

Étant un noble récent, Poncho était issu d’une famille de statut inférieur, ce qui constituait une barrière d’entrée peu élevée pour de telles propositions. En plus de cela, il y avait son corps rondouillard ; celles qui avaient confiance en leur apparence pensaient qu’il serait facile à séduire. En outre, beaucoup l’aimaient sincèrement comme l’une des personnes qui avaient aidé à mettre fin à la crise alimentaire.

Bref, Poncho avait reçu la visite de personnes de tout statut, de personnes intéressées par l’ambition et de personnes pures... Il s’agissait d’un groupe très diversifié de femmes qui lui faisaient leur demande en mariage. Le groupe actuel était sans doute plein de femmes venant de maisons ambitieuses.

« Observez attentivement, » déclara l’une d’elles. « Je vais faire mien cet homme tout rond avec ce beau visage. »

« Il a l’air timide, alors si je pousse assez fort, il devrait facilement se soumettre. »

« En raison de son apparence, cela montre clairement qu’il n’est pas habitué aux belles femmes. »

Les femmes avaient continué à parler à voix basse.

C’est un peu désagréable, pensa Komain. Je me fiche de ce qu’on dit de moi, mais Sire Poncho a travaillé avec Sa Majesté pour fournir de l’aide alimentaire aux réfugiés lorsque les choses étaient difficiles pour nous. Je veux qu’il soit heureux, et je préfère ne voir personne de trop bizarre qui deviendrait sa femme.

Cependant, comme ces femmes le disaient, Poncho avait un côté peu fiable en lui. Si les femmes poussaient assez fort, étant donné sa personnalité, il pourrait ne pas être en mesure de refuser. Komain s’inquiétait pour Poncho, mais une question lui était venue à l’esprit.

Hein ? Alors pourquoi ne s’est-il pas encore marié ?

C’était vrai que Poncho était facile à bousculer. Cependant, malgré cela, elle n’avait pas entendu parler de ses fiançailles, et ce, en dépit de tant d’offres qui affluaient.

Refuse-t-il toutes ces offres de femmes comme celles-ci ? Le Sire Poncho que je connais ?

Tandis que Komain s’interrogeait encore à ce sujet, la bonne était venue les chercher, et toutes les femmes présentes pour discuter de mariages potentiels avaient été emmenées l’une après l’autre.

Et avant qu’elle ne le sache, Komain s’était retrouvée seule.

Puis la femme de chambre vint la chercher, informant Komain que son tour était venu.

« Je suis désolée pour l’attente. Madame Komain, par ici, s’il vous plaît, » déclara la femme de chambre.

Alors qu’elle suivait la bonne dans le couloir, Komain avait vu l’une des femmes qui s’étaient trouvées dans la salle d’attente avant de se diriger rapidement vers elle depuis la direction opposée. Son visage était tendu, et elle passa près de Komain sans sembler la voir.

Qu-Qu’est-ce que c’était ? Elle avait l’air sur les nerfs. Sa réunion ne s’est-elle pas si bien passée ?

Pendant qu’elle s’interrogeait à ce sujet, elles étaient arrivées en face de la salle de réception. La bonne frappa légèrement à la porte, puis attendit une réponse de l’intérieur avant de l’ouvrir et d’annoncer l’arrivée de Komain.

« Entrez, s’il vous plaît, allez-y, » déclara Poncho.

En entendant la voix de Poncho, Komain répondit : « Excusez-moi, » et elle entra dans la pièce.

À l’intérieur de la salle de réception, un Poncho un peu fatigué était assis sur un canapé avec une servante derrière lui.

Les yeux de Komain s’étaient ouverts en grand malgré elle dès qu’elle avait vu cette femme de chambre. Pendant un moment, elle fut bouleversée par cette femme qui semblait avoir un peu plus de vingt ans, avec un beau visage et un équilibre qui indiquait sa grande intelligence.

Pas étonnant que cette femme ait l’air si pressée..., pensa-t-elle.

Avec une telle beauté derrière Poncho, cela détruirait sans aucun doute la confiance que les femmes en visite avaient dans leur propre apparence. Est-ce uniquement grâce à elle qu’aucune femme, malgré toutes les offres, n’a pu faire passer la sienne ? Dans ce cas...

Euh !? Est-ce qu’elle me regarde fixement !? Komain avait l’impression que la bonne qui se tenait derrière Poncho avait son regard fixé sur elle.

Quand une belle personne faisait ce regard fixe, son impact en serait multiplié. Komain sentait un frisson dans sa colonne vertébrale, mais c’était la même Komain qui passait ses journées à parler ouvertement de ses pensées aux hommes forts.

Elle répondit en regardant elle aussi fixement la femme, comme pour dire, je ne perdrai pas.

Et face à la réaction de Komain, la femme de chambre avait augmenté d’intensité.

Leurs regards s’étaient heurtés. C’était comme si une image d’un loup et d’un faucon pouvait être vue derrière elles.

 

 

« Vous deux, il y a un problème ? » demanda Poncho avec hésitation, sentant l’atmosphère anormale tendue qui les divisait.

C’était à elle qu’il s’adressa, et Komain fut la première à revenir à la raison. « Oh, c’est vrai. Sire Poncho, j’ai apporté la liste des réfugiés nouvellement arrivés. »

« Bien, bien. Merci pour votre dur labeur, » déclara Poncho.

Au moment où Komain avait remis les papiers à Poncho, l’atmosphère oppressante qu’elle avait reçue de la domestique avait disparu. En fait, la bonne s’inclina devant elle et lui déclara : « Je vais maintenant préparer le thé, » puis elle quitta la pièce.

Alors qu’un point d’interrogation flottait encore au-dessus de la tête de Komain lors de son brusque changement d’attitude, Poncho avait parlé.

« Je suis désolé d’avoir dû vous faire attendre, » s’excusa-t-il en parcourant les documents.

« Oh, non. Euh... Est-ce que beaucoup de femmes souhaitent vous épouser ? » demanda Komain.

« O-Oui. Voyons voir. D’après ce que j’ai entendu dire, beaucoup d’hommes non mariés parmi les vassaux de Sa Majesté ont reçu de telles offres. Même moi, j’en ai reçu un bon nombre. Si Madame Serina, qui est la servante en chef du château, ne s’en était pas occupée pour moi, je suis sûr que les choses auraient empiré encore plus, » déclara Poncho.

Serina... C’est l’incroyable belle femme de ménage d’avant ? Si c’est la femme de ménage en chef du château, elle doit être très compétente.

Poncho avait fait un sourire troublé. « Bien sûr, c’est peut-être à cause de mon apparence. J’ai reçu beaucoup d’offres pour discuter de cette perspective, mais aucune d’elles n’a fonctionné. On me dit souvent : “En fait, annulons tout”, dès qu’elles voient mon visage à l’entretien. »

Hein ? Est-ce que cela signifie… ?

Komain se souvient du moment où elle était entrée pour la première fois dans la pièce. Elle avait vu le gentil Poncho et la super belle servante Serina derrière lui.

Oui... C’était le premier obstacle. Pour celles qui avaient un peu confiance en leur apparence et pensaient pouvoir facilement séduire Poncho, quand elles avaient vu le beau visage de Serina, elles étaient susceptibles de battre en retraite précipitée. Même si elles tenaient bon, la prochaine chose qui les frapperait serait cette vague d’intimidation de la part de Serina. La femme moyenne n’avait probablement pas pu résister à cette pression.

Même Komain avait ressenti quelque chose qui ressemblait au genre de frisson qu’elle ressentirait si elle rencontrait un grand loup.

« Serina a été assez gentille pour gérer les choses, alors je me sens mal pour elle, » déclara Poncho en s’excusant.

Non, n’est-ce pas la faute de Serina si aucune de ces offres n’a abouti !?

Komain avait failli le dire à haute voix, mais la servante l’avait interrompue.

« Pardonnez-moi. J’ai apporté le thé, » Serina avait apporté le thé avec ce qui semblait être un moment choisi soigneusement planifié, de sorte que les mots n’avaient jamais quitté la bouche de Komain.

Pendant qu’elle buvait le délicieux thé, l’esprit de Komain s’était mis à tourner en rond. Madame Serina s’oppose-t-elle aux offres de mariage de Sire Poncho ? Mais pourquoi ? Comme elle a été envoyée par le château, est-ce sous les ordres de Sa Majesté ? Non, ce n’est pas possible. Je ne vois pas le roi faire quelque chose d’aussi méchant. Alors est-ce sa propre volonté ? Elle a peut-être quelque chose contre Sire Poncho ?

Tandis que Komain pensait cela, Poncho avait commencé d’une voix douce à lui parler. « Comment vont les anciens réfugiés de nos jours ? Y a-t-il quelque chose qui leur pose problème ? »

« Oh, c’est vrai, » dit Komain. « Tout le monde s’habitue à la vie ici. C’est un processus graduel, mais j’ai moins de demandes de médiation qu’avant. »

« C’est bien. La paix est la chose la plus importante, » déclara Poncho.

« Ça l’est. En tant qu’organisatrice communautaire, j’estime que c’est un poids en moins pour moi et je suis soulagée. En même temps, j’ai de moins en moins de choses à faire, alors j’ai pensé à démarrer quelque chose de nouveau. Sire Poncho... êtes-vous plus occupé que jamais ? » demanda Komain.

« Oui, en plus de mon travail de gouverneur, je dois aussi rencontrer toutes les personnes qui font des propositions, et Sa Majesté m’a aussi demandé d’étudier quelque chose de nouveau. Donc je suis occupé, » déclara Poncho.

Poncho regarda la montagne de livres à côté de son bureau et soupira.

« Étudier... ? Quoi exactement ? » demanda Komain.

« Le transport des provisions. Selon Sa Majesté, le fait que mon nom figure ou non sur la liste des personnes qui gèrent la nourriture de nos soldats fera une grande différence dans le moral de l’ensemble des militaires. C’est pourquoi, même si ce n’est que pour me mettre en valeur, il veut apparemment me placer dans un poste important, alors je suis en plein milieu de l’acquisition d’un minimum de connaissances de base, » déclara Poncho.

Poncho était tellement considéré comme un spécialiste de la nourriture que les gens l’appelaient « Ishizuka, le Dieu de la nourriture ». Le simple fait que son nom figure sur la liste des gestionnaires des provisions militaires suffirait à convaincre les troupes qu’elles pouvaient manger quelque chose de bon, ce qui leur remonterait le moral.

Je pense que c’est un problème qu’on rencontre quand on est célèbre, pensait Komain.

Serina se pencha pour murmurer quelque chose à l’oreille de Poncho. « Madame Komain est votre dernière visite pour la journée. Merci pour votre dur labeur. »

« Oh, elle l’est ? Merci aussi, Madame Serina, » déclara Poncho.

« Non, après tout, Sa Majesté m’a ordonné de vous soutenir, » répondit Serina.

« Pourtant, je vous suis quand même reconnaissant, » répondit Poncho.

Les oreilles trop sensibles de Komain avaient capté leur conversation chuchotée.

En entendant leurs voix, Komain avait rapidement mis fin à sa théorie antérieure. Il n’y avait aucune trace d’hostilité dans la voix de Serina. Plus que cela, il y avait une « douceur » exaltée en elle. C’était incroyable que Poncho puisse garder la tête froide pendant qu’elle lui murmurait à l’oreille comme ça.

« Si vous êtes si reconnaissant, refaites-le ce soir, » murmura Serina.

« Vous aimez vraiment ça, hein, Madame Serina ? » Poncho chuchota en réponse.

Komain avait failli cracher son thé.

Ce soir !? Elle aime ça !? Euh, quoi !? De quoi parlent-ils tous les deux !? Se demanda-t-elle.

Tout en faisant semblant de boire, Komain jeta un coup d’œil sur eux deux par-dessus le bord de sa tasse à thé.

Est-ce qu’ils ont tous les deux ce genre de relation, peut-être !? Oh ! Ça explique pourquoi Madame Serina était si intimidante ! Pour empêcher quiconque de lui enlever Sire Poncho... Hein ? Mais c’est une surprise. Je me demande pourquoi une beauté comme elle est si éprise de Sire Poncho..., se demanda Komain.

La tête de Komain était remplie d’une confusion différente de celle d’avant, et cela l’inquiétait.

« Oh, c’est vrai, » déclara Poncho. « Madame Komain. »

« Hmm !? Euh, oui... !? » Komain avait involontairement laissé sa voix s’élever un peu.

« Avez-vous du travail après ça, Madame Komain ? » demanda Poncho.

« Non, c’était la dernière chose pour aujourd’hui... Pourquoi cette question ? » demanda Komain,

Poncho avait souri avec joie et avait dit : « Oh, ce n’est pas grand-chose. Je pensais vous inviter à dîner. »

 

☆☆☆

 

C-Comment ça s’est terminé comme ça... ? se demanda-t-elle.

Komain ne comprenait pas la situation dans laquelle elle se trouvait.

Elle était dans la salle à manger privée du gouverneur se trouvant dans le manoir du gouverneur. Là, Serina et Komain étaient assises en face l’une de l’autre. Poncho était en train de cuisiner, alors Komain se sentait assurément mal à l’aise.

Serina inclina soudain la tête. « Madame Komain, je dois m’excuser pour tout à l’heure. »

« Hein ? Pourquoi ça ? » demanda Komain.

« Pour vous avoir regardé avec des yeux d’évaluation. Je pensais que vous étiez une autre de ces femmes qui pensent qu’elles peuvent facilement séduire Sire Poncho, » déclara Serina.

Ce regard n’avait pas l’air d’un regard noir, mais d’un regard d’évaluation. Komain était soulagée de réaliser que Serina avait protégé Poncho des crocs venimeux des femmes ambitieuses.

« Je me demandais si beaucoup de gens qui cherchent à rencontrer Poncho et à parler de mariage sont comme ça. » Komain s’était aventurée à demander ça.

« Oui. Comme vous l’avez vue, c’est un homme avec beaucoup de faiblesses. Sa Majesté m’a demandé de m’assurer que Sire Poncho ne soit pas piégé par des femmes étranges, mais beaucoup d’entre elles s’enfuient dès la première fois où elles nous voient. J’aimerais qu’elles nous respectent au moins un peu. »

Eh bien, oui, bien sûr qu’elles auraient peur, avait presque dit Komain, mais elle avait réussi à avaler les mots juste avant qu’ils ne quittent sa bouche.

Serina n’avait peut-être que l’intention de la sonder, mais même celles qui n’avaient pas de mauvaises intentions pouvaient avoir peur et s’enfuir à la vue de ce regard.

« Mais vous ne vous êtes pas enfuie, n’est-ce pas, Madame Komain ? » demanda Serina.

« Je viens d’une tribu de chasseurs. J’avais l’impression d’être dévisagé par un grand loup, mais vous ne pouvez pas être un chasseur si vous laissez la peur vous envahir, » répondit Komain.

Les mots de Komain semblent avoir laissé Serina un peu choquée. « Mon regard était-il au niveau d’un grand loup ? »

À ce moment-là, Poncho était revenu avec une grande marmite. « Désolé de vous avoir fait attendre. C’est notre plat expérimental du jour. »

Poncho avait ensuite servi des portions du pot dans chacune de leurs assiettes. Quand elle avait vu ce qu’on lui servait, Komain avait grimacé un moment. Toute son assiette était recouverte de marron. Qui plus est, ça n’avait pas l’air très attrayant.

Est-ce... le riz que les loups mystiques cultivaient ? Mais je vois des morceaux qui ressemblent à des pâtes finement coupées ici et là. En plus de ça, tout est également marron...

« Ohhhh, c’est merveilleux, Sire Poncho. » Contrairement à Komain, Serina était enchantée par la vue de ce plat. « C’est comme la sauce yakisoba que vous avez servie avant, mais vous avez mélangé du riz cette fois-ci. Les nouilles sont minces, ce qui les rend faciles à manger avec le riz. Cette vue pécheresse d’un aliment de base cuit avec un autre aliment de base, combiné avec l’odeur de la sauce, est tout simplement la meilleure des choses possibles. »

Serina avait fait l’éloge du plat comme si elle était une jeune fille amoureuse. L’écart entre cela et la beauté intellectuelle qu’elle avait l’air d’avoir tout à l’heure était si grand que Komain l’avait trouvé un peu déconcertant. Cependant, Poncho semblait raisonnablement habitué à cette réaction, et continua à expliquer le plat sans difficulté.

« Dans le monde de Sa Majesté, on l’appelle apparemment “soba meshi”. D’abord, vous préparez la sauce yakisoba, puis vous ajoutez le riz. À partir de là, vous ajoutez des choses comme le tendon et vous mélangez le tout. Je pense bientôt le servir dans mon restaurant expérimental au château, » déclara Poncho.

« Je vais commencer à en manger, » déclara Serina.

Serina récupéra du soba meshi avec une cuillère et le porta à sa bouche. Dès qu’elle l’avait mis dans sa bouche, elle avait fait apparaître un sourire d’extase, comme si elle venait de recevoir une révélation d’en haut.

Poncho la regarda avec un sourire sur son visage. « Je peux dire... que vous aimez vraiment ça, Madame Serina. »

En entendant ces mots, Komain se souvint de leurs chuchotements antérieurs. Il semblerait que c’était la chose qu’elle « aimait » qu’ils allaient faire « ce soir ».

Un peu gênée par ce qu’elle avait imaginé, Komain prit une bouchée du soba meshi dans son assiette sans hésiter, et...

Ohhhh ! Komain avait l’impression qu’elle venait d’avoir elle aussi une révélation du ciel. Qu’est-ce que c’est que ça !? Ça a l’air affreux, mais c’est si délicieux !

La sauce sucrée et épicée avait stimulé son appétit, et sa cuillère était retournée chercher une autre après l’autre de soba meshi. Quelle saveur séduisante ! Elle pouvait voir pourquoi le visage de Serina avait fondu comme ça. Tout en étant satisfaite de son explication, elle se souvint de ce que Serina avait dit.

« Si vous êtes si reconnaissant, refaites-le “encore” ce soir... »

Refaites-le « encore » ce soir... Serina avait dit « encore ». En d’autres termes, cela ne voulait-il pas dire que Serina mangeait de délicieux repas comme celui-ci avec Poncho presque tous les soirs ?

Dès qu’elle eut cette idée en tête, Komain ne put se retenir. Elle avait donné un coup de pied vers l’arrière afin de pousser sa chaise et s’était levée, puis s’était agenouillée sur le sol devant Poncho.

« Sire Poncho ! » s’exclama Komain.

« O-Oui ! Euh, Madame Komain ? Qu’est-ce que vous faites, à genoux comme ça ? » demanda Poncho.

« Madame Komain ? » demanda Serina, effrayée.

En voyant les regards emplis de doutes sur leurs visages, Komain exprima les sentiments qu’elle ne pouvait plus garder à l’intérieur. « Si je peux manger comme ça, je veux vous servir, Sire Poncho ! S’il vous plaît, gardez-moi à vos côtés ! »

Komain proposait soudain de servir sous ses ordres.

Alors que Poncho était encore à court de mots face à la tournure soudaine des événements, Serina s’était levée de son siège pour se tenir devant une Komain agenouillée. Ses yeux avaient la même intensité qui avait chassé les femmes qui cherchaient à discuter de mariage avec Sire Poncho.

Alors qu’elle posait sur Komain un regard destiné à faire replier ceux sur lesquels elle tombait, elle avait dit : « Est-ce vraiment quelque chose que vous ressentez ? »

« Oui ! Je le jure sur l’honneur de mon peuple, » répondit Komain.

Komain la regarda droit dans les yeux, les yeux inébranlables.

Serina et Komain ignoraient l’homme qui, normalement, aurait dû être le centre de cette conversation, afin de se regarder.

Poncho, comme d’habitude, était tout simplement agité.

Peu de temps après ça, Serina avait affaissé ses épaules avec résignation.

« Il semble que vous êtes sérieuse... Très bien. » Après avoir dit ça, Serina avait tendu la main à Komain. « Je vous accepte. Bienvenue à la table de la famille Ishizuka. »

« Madame Serina ! » s’exclama Komain.

Les deux femmes avaient échangé une poignée de main ferme. Leurs cœurs avaient tous les deux étés volé par la même chose.

Ce jour-là, les deux femmes qui étaient enchantées par les plats gastronomiques de qualité B étaient liées par une attache plus forte que n’importe quelle assiette.

D’ailleurs, Poncho, qui n’avait pas été mêlé à cela, continuait à manger tranquillement du soba meshi tout seul.

De plus, bien qu’il ne s’agisse que d’une note d’aparté, à partir du lendemain, il y avait deux femmes debout derrière Poncho quand les femmes venaient lui parler de mariage.

☆☆☆

Chapitre 2 : De nouvelles urgentes et une réunion

Partie 1

La République de Turgis.

Il s’agissait d’un état se situant à l’extrémité Sud du continent Landia.

Sur ce continent, la température moyenne chutait à mesure que l’on s’éloignait vers le sud. La lisière sud du continent, où se trouvait la République de Turgis, était une terre de glace et de neige.

C’était un pays montagneux, mais comparé à la région d’Amidonia, il avait plus de plaines et une plus grande superficie de terres arables. Cependant, comme les hivers étaient longs et les étés courts, la période pendant laquelle la terre pouvait être travaillée était limitée et l’agriculture n’était pas très prospère.

La population de ce pays était soutenue par l’élevage. Les habitants vivaient d’animaux élevés en liberté qui pouvaient vivre dans des régions froides comme les yacks, les rhinocéros laineux et les mammouths.

Dans ce pays, la majorité de la population était composée d’hommes-bêtes appartenant à ce qu’on appelait les Cinq Races des Plaines enneigées. Les cinq races comprenaient le singe des neiges, le lapin blanc, l’aigle blanc, l’ours des neiges et le morse.

Dans ces cinq races, comme chez les autres hommes-bêtes, les femmes ressemblaient à des humains avec des oreilles, des ailes et des queues d’animaux, mais les hommes avaient des visages qui étaient assez proches des animaux réels. Le mariage interracial était autorisé, mais il semblerait que les enfants nés d’une telle union avaient toujours pris les traits d’un seul des parents, de sorte qu’il n’y avait pas de mélange de leurs caractéristiques uniques.

La race la plus commune était le lapin blanc, connu pour son taux de natalité élevé, la race la moins commune était le morse, connu pour avoir une taille moyenne de plus de deux mètres.

Ces races s’étaient mélangées pour former des tribus à l’intérieur du pays, mais leur répartition sur l’ensemble du territoire reflétait les différentes capacités que chaque race possédait.

Les morses et les ours des neiges, qui pouvaient plonger dans les eaux glacées pour attraper des poissons, représentaient un pourcentage élevé de la population le long de la côte. D’autre part, les tribus vivant dans les montagnes avaient un pourcentage plus élevé de membres des races de singes des neiges et d’aigles blancs, qui pouvaient facilement survivre sur ce genre de terrain. Enfin, beaucoup de ceux qui vivaient dans les plaines, travaillant dans les champs pendant la courte saison estivale, étaient membres de la race des lapins blancs.

Il y avait aussi des marchands humains et des membres d’autres races, mais les hivers rigoureux avaient rendu difficile la vie des autres races dans le pays. À l’exception des esclaves, ils avaient généralement quitté le pays avant que les routes ne soient fermées par la neige.

Presque comme Snu*kin.

En raison de la rigueur du climat, ce pays n’avait jamais été ravagé par un ennemi étranger.

Les vents dans le ciel étaient toujours violents, et les températures étaient fraîches même en été. Ces faits avaient empêché l’utilisation de la puissance aérienne, comme les wyvernes, et la mer glacée avait empêché l’utilisation de la puissance maritime.

De ce fait, la seule voie d’attaque était la voie terrestre, et si le pays mettait en place une défense forte et résistait pendant été, le Général Hiver venait couper les lignes d’approvisionnement des ennemis, les obligeant à battre en retraite.

De plus, il y avait aussi le fait qu’il y avait peu à gagner à s’emparer de ce pays.

On disait qu’à son apogée, l’Empire du Gran Chaos aurait pu s’opposer à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, mais même alors, l’Empire n’avait jamais considéré une invasion.

La République de Turgis était gouvernée par un système primitif de république.

Tout d’abord, les chefs, qui étaient les représentants de chaque tribu, s’étaient réunis en Conseil des Chefs. Après ça, le Conseil des Chefs allait voter pour choisir le représentant nominal du pays, leur chef d’État.

Les affaires intérieures étaient décidées par le chef de l’État et le Conseil des Chefs, mais les affaires étrangères (diplomatie, guerres, etc.) étaient contrôlées par le chef de l’État.

Ce chef d’État était généralement un poste qui durait une génération, mais avec l’approbation du Conseil des Chefs, le titre pouvait être hérité. L’actuel chef de l’État dans la 1.547e année du Calendrier Continental était apparemment de la deuxième génération.

Or, après avoir dit tout cela à propos de la République de Turgis, si l’on se souvenait de leurs relations avec le Royaume de Friedonia, on ne pouvait pas dire qu’elles soient vraiment cordiales.

À la recherche de terres non gelées et de ports d’eau chaude, la république cherchait toujours à s’étendre vers le nord. Même pendant la récente guerre entre le royaume d’Elfrieden et la principauté d’Amidonia, ils avaient déplacé leurs troupes près de la frontière sud du royaume à la recherche d’une ouverture pour intervenir.

J’avais déployé Excel et la marine près de la frontière, et cette intimidation avait été à peine suffisante pour les empêcher de nous envahir. Si la guerre avec la principauté s’était enlisée, ils auraient sûrement attaqué.

On ne pouvait pas se permettre de baisser nos gardes face à eux. Mais je ne voulais pas me disputer avec ce pays.

Si nous les attaquions, nous n’aurions rien à gagner. Même si nous occupions leur territoire, la façon de vivre des habitants dans le Royaume de Friedonia et la République de Turgis était trop différente. Le royaume était assez froid dans le sud, mais l’hiver de la république était encore plus froid. Le peuple de la république avait adapté son mode de vie à ce climat, et, peu importe la capacité d’un magistrat que j’enverrais, il ne serait pas capable de gouverner correctement un pays ayant une culture, des valeurs et un mode de vie différents. Et si nous essayions inutilement de forcer nos façons de faire sur eux, cela se terminerait par une rébellion.

Un pays par lequel nous ne voulions pas être attaqués, mais qui serait trop gênant pour nous d’attaquer nous-mêmes — c’était la République de Turgis.

C’était précisément la raison pour laquelle, en tant que roi de Friedonia, j’avais voulu construire des relations cordiales avec la République de Turgis. Heureusement, pendant la récente guerre, nos forces n’avaient pas affronté directement les leurs. Le sentiment de chacun de nos peuples envers l’autre ne devrait pas être particulièrement mauvais.

Maintenant, si je pouvais faire l’expérience de leur culture et de leur pensée, et trouver un moyen raisonnable de leur donner ce qu’ils voulaient, je soupçonnais que je pourrais établir des relations cordiales.

Je savais que c’était un espoir naïf, pourtant, une guerre inutile épuiserait le pays.

Des guerres comme celle que nous avions menée contre la Principauté ne devraient être qu’un dernier recours, et non quelque chose qui pourrait devenir la norme.

Cette chose cubique qui avait transcendé les normes humaines à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon existait aussi comme un élément d’incertitude. Je n’avais jamais su ce qui pouvait arriver ni quand, alors je voulais éviter de dépenser inutilement la puissance de mon pays.

Nous venions en République de Turgis pour voir si ce souhait pouvait être exaucé.

Nous étions arrivés dans une ville de la partie orientale de la République de Turgis, Noblebeppu. Cet endroit, qui était proche de la frontière du Royaume de Friedonia, était une petite ville tranquille entourée de montagnes au nord et de la mer au sud.

Nous nous trouvions vers la fin du mois de mai, et la glace et la neige qui bloquait les routes avaient enfin fondu. Le froid s’était légèrement atténué, et c’était une période où il faisait bon vivre par rapport aux normes du pays. En raison de cela, il y avait beaucoup de marchands d’autres pays, et la ville était très animée.

On avait traversé cette ville à pied.

Notre groupe était composé d’Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal, Kaede, et moi, soit un total de sept personnes. Le garde du corps de Tomoe, Inugami, était aussi venu avec nous, mais il était en train de patrouiller et de nous surveiller depuis un autre endroit, avec le reste des Chats Noirs.

Pour être tout à fait honnête, j’avais voulu que Naden et Liscia viennent aussi, mais Naden, comme c’était typique des ryuus et des dragons, ne supportait pas le froid, et Liscia était tombée malade après son retour de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, alors elle était restée dans le royaume.

J’étais vraiment inquiet pour Liscia, mais elle m’avait dit elle-même : « Tout ira bien ! Alors, va voir le monde comme un roi devrait le faire. » Je n’aurais pas pu rester pour m’occuper d’elle après ça.

J’étais inquiet, mais je m’étais arrangé pour que les meilleurs médecins du pays, Hilde et Brad, s’occupent d’elle, alors elle irait probablement bien. Si quelque chose arrivait, Naden viendrait me prévenir. Et pour répondre aux sentiments de Liscia, j’avais dû faire un vrai voyage dans la république.

« J’avais entendu dire qu’il faisait froid, alors je ne m’attendais qu’à de la neige, mais ce n’est pas si mal, » commenta Roroa.

« Après tout, nous sommes à la fin du mois de mai, » déclara Juna. « Mais il fait encore très froid. »

Roroa et Juna étaient toutes deux habillées plus lourdement qu’elles ne l’avaient été dans le royaume.

Techniquement, pour ce voyage, je jouais le rôle du fils d’un jeune marchand à la recherche de marchandises à échanger. Tomoe était ma petite sœur et Aisha, Hal et Kaede étaient des aventuriers que nous avions engagés. Quant aux deux autres, Roroa était une employée qui travaillait pour le magasin de ma famille, et Juna était mon épouse.

Juna s’était penchée vers moi et m’avait posé une question. « Euh, est-ce que c’est acceptable de faire ainsi ? Je parle du faire de me faire jouer la femme au détriment des reines primaires... ? »

« C’est un choix fait en pensant à la sécurité, » répondis-je. « Tu es douée à la fois avec la plume et l’épée, Juna, alors je veux que tu gardes tes capacités martiales cachées au cas où quelque chose arriverait. »

Même si nous étions attaqués par des ruffians, ils auraient probablement les yeux rivés sur Aisha, Hal et Kaede, qui étaient habillés en aventuriers. Ils supposeraient que Juna n’était qu’une jolie fille. Puis Juna les attraperait par-derrière parce qu’ils laisseraient tomber leurs gardes face à elle.

C’était un peu tard pour le dire maintenant, mais mes fiancées étaient un peu trop aptes au combat. Maintenant que Naden les avait rejoints, leur niveau de puissance moyen avait aussi massivement augmenté.

« Et, eh bien, en gardant cela à l’esprit, il y avait un nombre limité de personnes que nous pourrions théoriquement emmener lors de notre voyage et qui n’avaient aucune capacité martiale, » avais-je dit. « Tu n’as pas l’air d’être quelqu’un que nous emploierions, Juna, et je ne suis pas sûr de vouloir te forcer à jouer le rôle de femme de chambre comme Carla. »

« Cela ne me dérangerait pas, » déclara-t-elle. « Maître, donnez-moi l’ordre que vous voulez et je l'exaucerais. »

Elle avait mis ses mains sur sa poitrine, avait souri et avait légèrement incliné sa tête, alors mon cœur avait sauté un battement en voyant ça.

« Depuis quand le café Lorelei est devenu un café pour soubrette !? » m’étais-je exclamé.

Elle allait me mettre de trop bonne humeur, alors j’aurais aimé qu’elle arrête un peu.

« Eh bien ! Juna, tu es aussi sa fiancée, alors je me dis que ce n’est pas grand-chose, » déclara Roroa.

« Est-ce vraiment correct ainsi ? » demanda Juna pour le confirmer.

« Bien sûr que oui. Et c’est toi qui joues la femme, alors pourquoi ne pas le laisser te gâter ? » Roroa s’était enroulée autour de mon bras.

« Et tu es l’employée, n’est-ce pas ? » répondit Juna. « Est-ce vraiment normal que tu étreignes le jeune maître comme ça ? »

« Bien sûr, » avait-elle déclaré. « Je suis une employée, bien sûr, mais je suis “l’employée qui vise à devenir la seconde épouse en soutenant le jeune maître, et peut-être même à mettre la première femme hors jeu si tout se passe bien”. »

« Ne change pas notre histoire ! » avais-je objecté. « Et franchement, c’est une histoire bizarrement désordonnée que tu nous sors là. »

« Donc Juna va m’appeler “toi la mégère”, » déclara Rona.

« E-Est-ce le genre de rôle que je joue ? » demanda Juna.

« Ne la prends pas tant au sérieux, Juna, » déclarai-je. « D’ailleurs, dans son cas, Roroa devrait être à la place un tanuki... »

« Ponpokopon! »

« Ouais, ouais. Vraiment mignonne, » déclarai-je.

Quand j’avais caressé Roroa sur la tête, qui mimait en se tapant le ventre, elle avait souri. Est-ce que les tanukis dans ce monde frappaient leur ventre... ? Eh bien, ce n’était pas vraiment comme ceux de mon monde d’origine, car je ne savais pas s’ils l’auraient fait.

« Heehee ! Quand je vois Roroa, j’ai l’impression que c’est idiot de me retenir, » Juna plaça son bras autour de mon autre bras libre. « Nous n’en avons pas l’occasion assez souvent, alors gâte-moi aussi, chéri. »

« Euh... Bien sûr. Je ferai de mon mieux pour t’accompagner, » déclarai-je.

☆☆☆

Partie 2

Pendant que nous parlions de cela, Kaede, qui appartenait à une race d’homme-renard, nous observait d’un peu plus loin, la tête penchée sur le côté. « Mégère ? Est-ce que Ruby m’appellera aussi comme ça ? »

« Dans ton cas, elle n’aurait même pas tort, » déclara Halbert avec lassitude. « S’il te plaît, essaye de t’entendre avec elle. »

« Alors, il va falloir lui rapporter un cadeau. Mais avant de me dire ça, essaye d’être aussi prévenant, Hal. »

« Oui, madame..., » les épaules de Hal s’étaient affaissées alors qu’il disait ça.

Depuis qu’il avait pris Ruby pour seconde femme, il avait complètement perdu le contrôle de la situation. Ce n’est pas comme si j’étais du genre à pouvoir en parler.

À côté de Hal et Kaede, Tomoe était sur les épaules d’Aisha. « Regarde, Aisha ! Il y a un magasin qui vend des pommes de terre vapeur là-bas ! »

« Oh, tu as raison. Elles ont l’air délicieuses, » répondit Aisha en bavant.

N’ayant pu se rendre à la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, si l’on exclut la période difficile qu’elle avait sans doute passée en tant que réfugiée, c’était la première fois que Tomoe voyageait hors du pays. Elle avait onze ans maintenant, alors elle devait être aussi excitée qu’une élève du primaire lors de sa première sortie d’une nuit en forêt ou à la mer. Elle se distinguait un peu, mais elle avait l’air de s’amuser, alors j’avais laissé faire.

« Ah ! Hé, chéri... Euh, non, jeune maître. Viens juste une minute. » Soudain, Roroa m’avait arrêté devant le stand d’un certain marchand.

J’avais regardé, me demandant de quoi il s’agissait, et il me semblait que c’était un endroit où l’on vendait des vêtements. « Il y a quelque chose que tu veux ? Si ce n’est pas si cher, je peux te l’acheter... »

« Non, ce n’est pas ça. Eh bien ! Si tu veux m’acheter quelque chose, j’en serais ravie, mais ce n’est pas ça. Jette un coup d’œil à ce qu’ils vendent ici. » Roroa avait ramassé l’un des objets en vente et me l’avait tendu.

Quand je le lui avais pris, j’avais vu qu’il s’agissait d’une épingle à cheveux en métal ornée. Elle avait été conçue avec un motif d’arbre, mais... C’était incroyable. Les conceptions utilisées étaient très complexes. Les détails de chaque feuille étaient gravés, et je pouvais même apercevoir un oiseau assis dans les branches.

« Cette boucle d’oreille en forme de poisson a ici aussi toutes les écailles soigneusement gravées, » déclara Juna.

« Cette broche d’âne est aussi ainsi, » déclara Aisha en posant Tomoe. « Les rênes sont faites avec une chaîne, mais elles sont vraiment détaillées. »

Elles avaient continué à exprimer à quel point elles étaient impressionnées. C’était vrai, chacun des produits était finement détaillé.

La vieille dame aux oreilles de lapin qui tenait le magasin avait parlé. « Bonjour, jeune homme. Ce sont de belles jeunes filles que vous avez avec vous. Pourquoi ne leur achèteriez-vous pas quelques-unes de mes marchandises en cadeau ? Ça leur montrera quel homme vous êtes, vous savez. »

La vieille dame aux oreilles de lapin riait de bon cœur et parlait dans l’argot de marchand que j’entendais toujours comme un dialecte du Kansai. Si elle avait des oreilles de lapin, cela voulait-il dire qu’elle appartenait à la race des lapins blancs ? En entendant parler des lapins, j’avais imaginé de jeunes lapines, mais... ouais, eh bien, il y en avait toute une race, donc bien sûr, il y avait aussi des personnes de son âge.

J’avais pris l’un de ses produits et je lui avais demandé : « J’aime bien celui-ci, et je veux l’acheter, mais est-ce une œuvre d’un artisan célèbre ? »

« Non, ils en font partout dans les ateliers. Ce n’est pas si cher que ça, » répondit-elle.

« Hein ? À l’atelier là-bas ? » demandai-je.

Est-ce que quelque chose d’aussi compliqué pourrait être fait si facilement ? J’avais des doutes.

Roroa gonfla sa poitrine et expliqua fièrement. « Les accessoires fabriqués dans la République de Turgis sont célèbres pour leur décoration détaillée. Beaucoup de marchands viennent ici l’été pour mettre la main dessus. »

« C’est normal. Après tout, Turgis finit par se faire enterrer dans la neige pendant l’hiver, » la vieille dame aux oreilles de lapin déclara ça. « On ne peut pas aller très loin, donc beaucoup d’entre nous restent dans nos maisons, à travailler là-bas. Nous vivons comme ça depuis quelques siècles, alors nous, les Turgiens, nous sommes doués pour travailler avec nos mains. »

Je vois... donc c’est ainsi. Pendant que j’étais accaparé par cette impression, Roroa avait souri avec audace.

« Hé, jeune maître. Si les artisans turgiens peuvent faire un travail aussi minutieux, ne pensez-vous pas qu’ils pourraient vous aider à faire ces choses auxquelles vous pensez depuis un certain temps ? » demanda Roroa.

« Ces choses... ? Oh, celles-là ! » m’exclamai-je.

C’était vrai, il y avait une chose que je pensais faire depuis un moment, mais le projet de développement n’avait pas beaucoup avancé, vu le niveau des artisans de notre pays. Mais peut-être que les artisans de ce pays seraient capables de les fabriquer. Si ce que la vieille dame avait dit était vrai, il y avait des artisans très compétents partout dans ce pays. Nous pourrions être en mesure non seulement de les développer, mais aussi de les pousser vers la production de masse.

La République de Turgis... Je pensais qu’ils n’avaient rien, mais ils cachaient un immense potentiel. Je m’étais tourné vers la vieille dame qui tenait la boutique.

« Madame, je vais en acheter un certain nombre. Alors pourriez-vous me présenter un artisan qui habite près d’ici et qui est compétent dans son travail ? » demandai-je.

« Merci pour vos achats. Pourquoi n’essayeriez-vous pas d’aller à l’atelier d’Ozumi ? Taru est jeune, mais compétente. La petite est un peu timide et peut être têtue quand il s’agit de son travail, mais si je vous écris une lettre de recommandation, vous serez bien traité. »

« S’il vous plaît, allez-y. Oh ! Roroa, Juna, Aisha, Tomoe, s’il y a quelque chose ici que vous voulez, vous pouvez l’acheter, » déclarai-je.

Roroa avait réagi immédiatement. « C’est bien mon chér... Euh, non, mon jeune maître ! Waouh, quelle générosité ! »

« Merci, chéri, » ajouta Juna. « Tomoe, veux-tu choisir le nôtre ensemble ? »

« Euh... ? Oh, bien sûr ! » répondit Tomoe.

Juna, qui savait qu’une personne aurait une meilleure allure si elle n’hésitait pas dans des moments comme celui-ci, s’inclina une fois, puis invita Tomoe, qui avait tendance à se retenir dans des moments comme celui-ci, à regarder les marchandises de la dame avec elle.

C’étaient des femmes aux antécédents compliqués, mais quand on les voyait devant un magasin d’accessoires, riant ainsi, c’était rassurant de voir à quel point toutes les deux étaient comme n’importe quelle autre jeune fille.

« C’est parfait, Hal, » déclara Kaede. « Tu devrais acheter ici ton cadeau pour Ruby. »

« Bien sûr. Oh ! Mais peux-tu m’aider à en choisir un ? Et bien sûr, Kaede, je t’en achèterai un aussi, » déclara Hal.

« Je suppose que je vais devoir le faire. Mais je m’attends à ce que tu choisisses le mien toi-même, tu sais ? » déclara Kaede.

« Euh, d’accord, » répondit Hal.

On aurait dit que Kaede et Hal prévoyaient aussi d’acheter quelque chose ici.

« Je pense que l’or ira bien avec les cheveux roux de Ruby, » suggéra Kaede.

« Ouais, tu pourrais avoir raison. J’ai l’impression que l’argent ferait bien avec tes cheveux dorés, » déclara Hal.

« Je pense que tu as bon goût, Hal, » déclara Kaede.

Tous les deux avaient ainsi eu ce genre de douce conversation en regardant les marchandises de la boutique.

Attends, hein... ? Où est allée Aisha ?

Maintenant que j’y pense, je n’avais pas vu Aisha depuis un moment maintenant.

J’avais regardé autour de moi et j’avais vu Aisha un peu plus loin avec deux messagers kuis perchés sur ses épaules. On aurait dit qu’elle avait reçu une lettre.

Pour une raison inconnue, je m’étais souvenu du jour où elle avait appris qu’une catastrophe naturelle avait frappé la Forêt Protégée par Dieu. J’avais beau essayer d’oublier l’expression d’angoisse sur le visage d’Aisha cette fois-là, mais je n’avais pas pu.

J’avais ainsi longtemps attendu, me demandant quel genre de nouvelles j’avais reçues, mais il n’y eut aucun changement dans l’expression d’Aisha. Puis, après avoir terminé la lettre, Aisha était venue vers moi.

« Il y avait un message pour nous ? » lui avais-je demandé.

« Oui. Deux lettres de Lady Liscia, » répondit Aisha.

« De Liscia ? » demandai-je.

« Oui. Le premier s’adressait à moi, et le second à vous, sire, » déclara Aisha.

Après ça, Aisha m’avait passé une seule lettre non scellée. Tout en l’acceptant, j’avais incliné la tête d’un air interrogateur. Elle avait envoyé des lettres séparées à Aisha et moi ?

« S’est-il passé quelque chose dans la capitale ? » lui avais-je demandé.

« Dans ma lettre, elle m’a demandé de faire quelque chose de précis, » déclara Aisha.

« Quelque chose de précis ? » demandai-je.

« Je suis désolée. Elle a écrit pour ne pas vous dire ce que la lettre disait, Sire. » Aisha inclina la tête en s’excusant.

J’avais encore moins idée de ce qui se passait maintenant. Je devais regarder ce que disait ma propre lettre.

Voyons voir...

 

« Cher Souma,

Je pense que cette lettre arrivera avec une autre pour Aisha. Après qu’Aisha ait lu la sienne en premier. Lis bien cette lettre après ça. »

 

C’était ainsi que la lettre avait commencé.

Je n’avais pas vraiment compris, mais elle semblait insister. Aisha semblait avoir déjà lu la sienne, alors je pourrais probablement continuer. J’avais continué à lire, et...

« Euh... ? »

Quand j’avais vu un certain passage, j’avais soudain eu l’impression d’avoir reçu un projectile dans la tête.

Hein... ? Était-ce pour de vrai ? Était-elle sérieuse ? Non... Il le fallait. Ça ne servait à rien de mentir comme ça. Ce qui veut dire... Quooiiiiiiiiiiiiiiiii !?

« Qu-Qu’est-ce qui ne va pas !? » demanda Aisha.

J’avais l’air d’avoir une sacrée tête, parce qu’Aisha avait commencé à me secouer l’épaule. Cela m’avait ramené à la raison, mais j’avais encore des sueurs froides dans le dos et mes genoux tremblaient.

Sans blague ? Est-ce vraiment ça ?

J’avais tourné ma tête vers Aisha comme un robot en métal cassé. « Je rentre chez moi. »

« Hein ? » s’exclama Aisha.

« Je retourne tout de suite au royaume ! » avais-je déclaré aux autres avec les yeux injectés de sang.

En y repensant plus tard, je ne pense pas avoir été très sain d’esprit à l’époque. Tous les plans que j’avais en tête jusque-là avaient disparu de mon esprit. Après tout, tout mon esprit était maintenant complètement occupé par une certaine chose écrite dans la lettre de Liscia.

☆☆☆

Partie 3

Cette seule phrase m’a mis dans un état de choc et de joie confus. Elle disait...

 

Je suis enceinte.

« J’ai appelé le Dr Hilde pour qu’elle vienne me voir, j’en suis certaine. Oh ! Dre Hilde était aussi enceinte. Je me sentais mal de l’avoir appelée. Elle dit que c’est du Dr Brad. Ils n’avaient pas l’air de bien s’entendre, alors c’est un peu surprenant, hein ? »

 

C’était vrai, j’étais surpris, mais je m’en fichais maintenant !

En lisant la lettre, j’avais voulu rire de Liscia. La lettre poursuivait : « Mais de toute façon... »

C’était une façon très détournée d’écrire les choses. Peut-être que Liscia s’était sentie tendue en l’écrivant.

« C’est notre enfant. Es-tu heureux ? Tu es heureux, n’est-ce pas ? »

Bien sûr que je l’étais ! Non, ce n’était pas comme si mon esprit s’en était déjà rendu compte, mais j’étais tout aussi heureux que surpris. Si Liscia était là, je l’aurais sans aucun doute enlacée. Les mains avec lesquelles je tenais la lettre tremblaient.

« D’ailleurs, le plus enthousiaste au sujet de la nouvelle était notre chambellan, Marx, qui n’a cessé de faire pression sur nous pour que nous produisions un héritier. Il a versé un flot de larmes, puis il s’est levé et a déclaré : “Je dois tout de suite préparer une chambre et des vêtements pour le jeune prince”, et il s’est directement mis au travail. Même si on ne sait pas encore si c’est un garçon ou une fille. »

Qu’est-ce que tu fais, Marx ? avais-je pensé. J’étais content qu’il soit heureux.

« Je suis très heureuse, » disait la lettre. « De pouvoir porter ton enfant. Je peux le dire maintenant que je suis enceinte, mais j’étais un peu inquiète. Tu sais, parce que tu viens d’un autre monde, non ? Lady Tiamat disait que même si nous étions tous les deux humains, nos origines étaient différentes, alors je me demandais si nous pouvions avoir des enfants, et ce que j’allais faire si nous ne pouvions pas. On dirait que j’étais inquiète en vain. »

Liscia...

Je ne pouvais plus supporter de rester assis plus longtemps. Je voulais partir tout de suite aux côtés de Liscia. J’étais dominé par ce sentiment, et j’avais essayé de déclarer à tout le monde que nous allions nous diriger de nouveau vers le Royaume avant de partir en courant.

Cependant...

« P-Pardonnez-moi ! » Aisha m’avait soudain sauté dessus par-derrière, me forçant à m’effondrer.

« Gwah! »

Avec ses bras enroulés autour de mon dos, j’étais comme un fugitif que les autorités avaient saisi.

Face à Aisha, j’avais lutté pour me libérer de son emprise.

« L-Lâchez-moi, Aisha ! Je dois aller rejoindre Liscia..., » déclarai-je.

« Je ne sais pas pourquoi, mais Lady Liscia m’a demandé de faire ça ! » déclara Aisha.

Hein ? Liscia l’a fait ?

Quand j’avais arrêté de résister, Aisha m’avait placé sa propre lettre devant mon visage.

 

« Chère Aisha, » dit-elle, « Si Souma dit qu’il veut rentrer chez lui après avoir lu ma lettre, retenez-le. Alors, dites-lui de lire attentivement sa lettre et de faire ce qu’elle dit. Et aussi, jusqu’à ce que vous l’ayez maîtrisé, gardez ce que cette lettre dit secret. »

On aurait dit que Liscia avait prédit ma réaction à la lecture de la lettre. J’avais abandonné et, debout, j’avais continué à lire.

 

« Tu peux être surprotecteur quand il s’agit de la famille, donc je suis persuadée que tu voudras repartir au château quand tu liras ça, mais... tu ne peux pas, OK ? Tu n’auras pas beaucoup d’occasions de visiter facilement un autre pays, alors assure-toi de le faire cette fois-ci. »

« Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi. J’ai Serina et Carla, qui se sont toutes les deux précipitées ici quand elles ont appris la nouvelle, aux petits soins pour moi, et je pense rester chez mes parents jusqu’à ce que le bébé soit né. L’ancien domaine de mon père est plus calme que la capitale, et c’est dans la campagne rustique. Je vais aller leur poser toutes sortes de questions sur la façon d’élever un enfant. Alors, Souma, fais ce que tu as à faire maintenant, toi aussi. »

 

Il semblait que Liscia avait minutieusement planifié les choses de son côté. Je n’avais pas l’impression d’avoir de quoi m’inquiéter, mais... même avec cela en tête, c’était dans ma nature d’homme de m’inquiéter, non ?

Pourtant, avec Liscia qui me racontait tout cela, j’avais deviné que je ne pouvais pas abandonner ce que je faisais et faire demi-tour maintenant.

Quand mes épaules s’étaient affaissées, la dernière ligne de la lettre avait attiré mon attention.

 

« P.S. Tu peux maintenant commencer à poser les mains sur tes autres fiancées. »

 

Liscia... À la toute fin, était-ce ça qu’elle avait décidé d’écrire ? C’était peut-être sa façon de masquer sa gêne.

Quoi qu’il en soit, j’avais décidé de montrer la lettre à toutes les autres personnes. La vieille dame qui s’occupait du magasin nous regardait d’un air dubitatif quand nous nous étions tous éloignés une minute pour en parler à voix basse, mais maintenant nos problèmes familiaux étaient devenus prioritaires.

Quand ils avaient vu la lettre, tout le monde avait été surpris un instant, mais ils m’avaient tous félicité.

« Ma parole ! » s’exclama Aisha. « C’est en effet une occasion heureuse ! »

« Comme c’est merveilleux, » avait souri Juna. « Félicitations, Sire. »

« Je dirais que la succession est dès maintenant sécurisée, hein ? » Roroa avait souri. « Gehe hehe hehe hehe ! Crois-tu que ce sera maintenant à nos tours ? »

« Félicitations, Grand Frère ! » cria Tomoe.

« Félicitations, » déclara Kaede. « Maintenant, votre maison est sécurisée. Si ce n’était pas un pays étranger, je crierais franchement “Gloire à Friedonia”. »

« Félicitations, » déclara Halbert. « Souma est père, hein... C’est un peu émouvant, en tant qu’homme de la même génération. »

« Cela te donne-t-il envie d’être enfin l’héritier de la Maison Magna ? » lui demanda Kaede.

« Mon père est toujours à la tête de la maison. Mais... c’est vrai que cela me fait penser que ça pourrait être bien, » déclara Hal.

Hal et Kaede semblaient de bonne humeur. Allaient-ils utiliser les bonnes nouvelles d’une autre maison pour commencer à flirter, hein ? Non pas que ça me dérangeait.

J’avais mis la lettre dans ma poche et j’avais fait signe à Roroa.

« Roroa, viens ici une minute, » déclarai-je.

« Hm ? Que se passe-t-il... ? Attends, wôw !? » s’exclama Roroa.

J’avais mis mes mains sous les aisselles de Roroa, et je l’avais levée comme une enfant.

Roroa était petite, donc même avec mes bras faibles, je pouvais facilement la soulever. Si j’avais choisi la grande Aisha, ou la belle Juna, je doute que j’aie pu le faire.

Avec une Roroa en l’air, j’avais tourné sur place.

« Quoi quoi quoi quoi quoi !? » Roroa semblait inhabituellement bouleversée.

Après avoir un peu tourné, j’avais relâché mes mains et je l’avais prise dans mes bras quand elle était descendue. Les yeux de Roroa tournoyaient.

« Qu’est-ce que tu me fais... sorti de nulle part !? » s’écria Roroa.

« Pardon, » répondis-je. « J’étais un peu excité. Je voulais vraiment faire ça à Liscia, mais elle n’est pas là. Je l’ai fait avec toi parce que tu as la silhouette la plus proche de la sienne. »

« Murgh... Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée d’être la remplaçante de la Grande Sœur Cia, mais c’était amusant pour moi, alors je vais te laisser t’en tirer comme ça. Mais, tu sais, n’est-ce pas un peu rare que tu te laisses aller comme ça, mon chéri ? »

« Oui... C’est juste pour aujourd’hui, alors oublie ça. »

C’est quand même normal, j’avais fait un bébé. Un nouveau membre de la famille. Avec la mort de grand-père et de grand-mère, j’avais perdu les dernières personnes que je pouvais appeler ma famille. C’est pourquoi, en pensant que Liscia et Tomoe formaient une sorte de famille, j’avais toujours voulu les protéger.

Maintenant que Liscia et moi avions conçu un enfant, nous étions passés d’une sorte de famille à une vraie famille. Rien ne pouvait me rendre plus heureux.

« Si nous étions au château maintenant, je proposerais probablement un système d’aide à la garde des enfants ! » avais-je déclaré, en serrant les poings et en parlant avec passion.

« Eh bien, je ne vois rien de moins que quelque chose d’excessif, » déclara Roroa, déconcertée. « C’est peut-être une bonne chose qu’on t’ait éloigné du château pour un moment afin de te calmer. »

Oui, j’étais d’accord.

Hal s’était exclamé avec exaspération : « Et alors ? Finalement, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

« Hmm..., » avais-je dit. « Je veux rentrer maintenant, mais Liscia m’a dit de ne pas le faire... »

« Tu es le roi, donc tu devrais donner la priorité à l’exploration de ce pays, comme le disait Lady Liscia, » conseillait Juna.

« C’est exact, » répliqua Roroa. « Il faut que tu continues à développer le royaume. Pour les personnes qui y sont maintenant, et aussi pour l’enfant qui va naître. »

Pour l’enfant qui allait naître, hein... Si elle le disait comme ça, je ne pourrais rien dire contre.

« Bien, » dis-je. « Il n’y a pas de changement de plan. Nous allons commencer par aller à l’atelier auquel nous avons une lettre d’introduction. »

Une fois cela réglé, nous étions retournés à la femme et à sa boutique.

« Qu’y a-t-il, jeune homme ? » demanda la commerçante. « Avez-vous fini de parler maintenant ? »

« Ouais. Où est cet atelier d’Ozumi dont vous avez parlé ? » demandai-je.

« On peut le voir depuis ici. Regardez, c’est en haut de cette colline, » déclara la femme, montrant du doigt la colline à l’arrière de la ville.

Il s’agissait d’une colline herbeuse avec une pente douce. Il y avait des bois des deux côtés, et il ressemblait à une pente de ski pendant l’été. Il y avait encore de la neige ici et là dans les bois, même si nous l’observions toute l’année, elle ne fondrait probablement pas complètement.

Il y avait une bâtisse en briques rouges au milieu de cette colline. Je pouvais la voir à côté des bois. Était-ce l’atelier Ozumi ?

Nous avions réglé la facture pour les choses que nous achetions, puis nous avions demandé à la vieille dame de nous écrire une lettre d’introduction et nous nous étions immédiatement dirigés vers ce bâtiment.

Puis, quittant la ville de Noblebeppu, nous avions passé les trente minutes suivantes à voyager à bord d’une calèche roulant sur une route bien rocheuse. Puis nous nous étions retrouvés devant un bâtiment en brique : l’atelier Ozumi.

Cet atelier, qui se trouvait au milieu d’un champ de hautes herbes avec une forêt derrière lui, possédait une cheminée. On aurait dit qu’en plus de produire des accessoires ici, ils s’occupaient aussi d’un travail de forgeron. C’était pratique.

Ayant appris que Taru était timide, il m’avait semblé probable que je la surprendrais si j’avais avec moi une bande d’aventuriers, alors nous avons laissé Aisha et les autres dans la calèche pendant que Juna, Roroa, Tomoe et moi entrions.

D’après ce que je voyais, ils n’avaient pas de comptoir de vente. Le bâtiment était uniquement un atelier, alors ils devaient probablement vendre leurs marchandises en gros en ville. J’entendais le bruit d’un objet qui était frappé à l’intérieur.

J’avais frappé à la porte, mais personne n’était venu répondre. Personne ne m’avait-il entendu ? Il semblait y avoir quelqu’un à l’intérieur, alors j’avais essayé de frapper à nouveau, et après un petit moment, la porte s’était lentement ouverte.

Une fille avec un bandana enroulé autour de la tête était sortie. « Qui est-ce... ? »

La fille était petite et avait un visage de bébé. J’avais estimé son âge à quinze ou seize ans. Même s’il faisait si froid dehors, elle portait une chemise à manches courtes, un pantalon long et un tablier de forgeron. Dans ses mains gantées, elle tenait un marteau qui semblait incongru avec sa petite silhouette. Serait-ce l’artisan dont parlait la vieille dame ?

 

 

« Euh, excusez-moi... par hasard, seriez-vous Madame Taru ? » avais-je demandé, en me tenant droit.

La jeune fille pencha la tête sur le côté et me regarda avec des yeux somnolents. « Oui, je le suis. Qu’est-ce que c’est ? »

Il est fatigant de parler avec vous. Si vous n’avez rien à faire ici, rentrez chez vous. C’était ce que son comportement général semblait dire.

Certaines personnes se seraient peut-être offusquées à ce moment-là, mais j’avais l’habitude de traiter avec des gens comme Genia, alors je n’y pensais pas beaucoup.

☆☆☆

Partie 4

Je l’avais poliment saluée, puis je m’étais présenté. « Je suis venu ici avec la lettre de recommandation d’une dame de Noblebeppu. Je m’appelle Kazuma Souya. »

Naturellement, j’avais utilisé un faux nom. Parce que si mon nom était utilisé là, sans parler de tous les autres membres de notre groupe, cela ne pouvait que se transformer en tracas.

J’avais ensuite présenté le reste du petit groupe. « Voici ma femme, Juna, ma sœur cadette, Tomoe, et mon employée, Roroa. »

« Je suis Juna. C’est un plaisir de vous rencontrer, » déclara Juna.

« Je-Je-Je m’appelle Tomoe. »

« Roroa. Enchantée de vous rencontrer. »

« Taru Ozumi. Ravie de vous rencontrer. »

J’avais eu l’impression que Taru avait relâché sa garde un peu après que les filles se soient présentées. Eh bien, entendre la présentation bégayante de Tomoe réchaufferait le cœur de n’importe qui.

Quand Taru avait enlevé son bandana et s’était présentée, j’avais remarqué deux oreilles d’ours sur sa tête. Était-ce une homme-bête de type ours ? J’avais deviné qu’elle ferait partie de la race des ours des neiges, l’une des Cinq Races de la Plaine Enneigée. L’atmosphère s’était un peu détendue, alors j’en étais allé immédiatement au but de notre visite.

« J’ai vu les accessoires fabriqués par les artisans de ce pays à Noblebeppu, et j’ai été impressionné. En regardant l’ornementation détaillée et fine sur eux, je pourrais dire que vous devez tous être très habiles avec vos mains. Cela m’a fait penser que, si nous utilisions les artisans de ce pays, nous pourrions peut-être faire une certaine chose que j’avais l’intention de faire. J’ai demandé s’il y avait de bons artisans, et la dame à qui je parlais m’a présenté cet endroit. Êtes-vous prête à écouter le reste de ce que j’ai à dire ? »

« Entrez..., » Taru nous avait fait signe d’entrer dans l’atelier.

Je me disais : Ouf... J’ai réussi à parler avec aisance, comme le jeune fils d’un homme d’affaires, mais...

« Tu devrais parler normalement. Je suis sûre que tu es plus vieux que moi. En plus, je doute que tu aies l’habitude de parler comme ça, » déclara Taru.

On aurait dit que Taru m’avait complètement percé à jour.

En me voyant me gratter maladroitement l’arrière de la tête, Roroa avait commencé à rire.

Hé, pas de rire ! Je suis gêné là ! pensai-je.

Lorsque nous étions entrés dans l’atelier, la flamme rugissante du four rendait l’endroit assez chaud. Ce n’était pas étonnant que Taru s’habille si légèrement. Nous avions aussi enlevé nos manteaux, mais quand Tomoe avait enlevé son capuchon de mage blanc fait main, les yeux de Taru s’étaient plissés.

« Tu es un chien... Non. Un homme-loup ? » demanda Taru.

« Oh, oui ! » Tomoe rayonnait. « De la race des loups mystique. »

Taru m’avait regardé comme si elle voulait me demander quelque chose. « N’était-elle pas censée être ta sœur ? »

Oh... C’est ce qui la tracassait, hein. C’était normal, puisque Tomoe et moi n’étions pas de la même race et que nos visages ne se ressemblaient pas du tout. Nous n’avions pas dû ressembler à des frères et sœurs.

« D’une autre mère, » déclarai-je. « C’est une affaire de famille, alors j’aimerais que vous ne fouiniez pas trop profondément. »

« Je vois..., » répondit Taru.

J’avais donné l’impression qu’il s’agissait d’une histoire difficile, et Taru n’avait pas posé d’autres questions. Quand il s’agissait de sujets comme celui-ci, même si elle était intéressée, après tout, il valait mieux les laisser de côté.

Sur ce, Taru avait ouvert la marche, et au moment où nous étions sur le point de nous asseoir à une table, j’avais remarqué quelque chose d’étrange qui s’appuyait contre le mur dans le coin de la pièce.

Il avait la forme d’un poteau, mais les deux extrémités étaient légèrement bombées. Si c’était un JDR, j’appellerais ça un gourdin. Il avait un dessin distinctif avec un long et épais mille-pattes enroulé autour de lui qui continuait jusqu’à l’endroit où le manieur devait le tenir. J’avais trouvé que ça avait l’air cool, mais je n’en étais pas si sûr comme arme.

Tandis que je le regardais d’un air dubitatif, Taru me demanda : « Est-ce que ça te plaît ? »

« Oh, je peux dire que cela a un design impressionnant, c’est sûr, mais... »

Je ne voulais rien dire de bizarre à propos de ses produits, alors j’avais évité de répondre à la question, mais Taru avait haussé les épaules comme pour dire, je sais ce que tu veux dire.

« C’est très bien. Ta vision des choses est parfaitement normale. Ce qui est anormal, c’est le goût de l’idiot qui l’a commandé, » déclara Taru.

« Idiot ? Vraiment ? C’est de votre client dont vous parlez, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Je le connais bien, et je l’appelle comme ça en face, » déclara Taru.

Quelqu’un qu’elle appellerait un « idiot sans goût » en face ? Qui était cette personne et quelle était sa relation avec Taru ?

Eh bien ! Mis à part l’étrange gourdin, il était temps de s’occuper de nos affaires. Taru avait attendu que tout le monde soit assis et demanda : « Alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

« Pourriez-vous faire quelque chose comme ça, » j’avais utilisé une plume pour dessiner sur un bloc de papier que j’avais préparé pour expliquer exactement quel genre de chose je voulais.

Quand elle avait vu mon dessin, Taru avait incliné la tête sur le côté. « La forme elle-même est simple. Mais je pense que ce serait incroyablement difficile. »

« Je m’en doutais, » avais-je soupiré.

« Le fait que tu veux qu’il soit “le plus fin possible”, mais aussi “robuste”, est particulièrement difficile. Si c’était l’un ou l’autre, je pourrais y arriver, mais il est assez difficile d’équilibrer les deux. Et environ combien en veux-tu ? »

« Plus il y en a, mieux c’est. Je les veux par milliers ou par dizaines de milliers. Je ne dis pas que je veux tous les faire ici, bien sûr. J’aurai la même conversation avec d’autres artisans, » déclarai-je.

« Des dizaines de milliers ? » dit Taru, surprise, me regardant de près avec ses yeux de somnambule.

« Qu- Quoi ? » avais-je demandé. « Alors, pouvez-vous les faire ? »

« Avant de répondre, je veux que tu me dises une chose, » déclara Taru d’un ton sérieux. « Comment seront-ils utilisés exactement ? »

J’étais resté silencieux.

Comment seraient-ils utilisés, hein ? J’avais fait une demande étrange, il était donc naturel qu’elle soit curieuse.

Mais est-ce que j’avais le droit de dire pourquoi ici ? Ce serait une chose dans mon propre pays, mais c’était un pays étranger. C’était quelque chose dont j’avais besoin, mais honnêtement, je ne voulais pas révéler trop de choses sur les nouvelles informations révolutionnaires dont disposait mon pays.

« Dois-je vraiment le dire ? » lui avais-je demandé.

« C’est bien ce que tu dois faire. Ou je ne les ferai pas, et je ne t’enverrai pas ailleurs, » déclara-t-elle.

Elle était brusque à ce sujet, alors j’avais chuchoté à Roroa : « Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Je sais que tu ne veux pas dire pourquoi, chéri, mais en regardant ce qu’elle a fait, je pense que cette fille peut faire ce que tu veux, » répondit Roroa.

« Alors, penses-tu que c’est acceptable de révéler comment ils seront utilisés ? » demandai-je.

« Je ne sais pas. Si nous devons nous en procurer tout un tas, c’est bien plus que ce que cet atelier ne pourra gérer seul, alors nous devons espérer que le responsable de ce pays n’est pas trop irréfléchi..., » déclara Roroa.

« Au bout du compte, tout repose là-dessus..., » avais-je murmuré.

Pendant que nous chuchotions, Taru retirait lentement une partie de son cou hors de son tablier, retirant quelque chose entre son tablier et sa chemise. Ce qu’elle nous avait tendu, c’était une pointe de flèche en obsidienne. On aurait dit qu’elle le portait comme un collier. La pointe de la flèche était polie et avait un éclat terne.

Tout en le tenant, Taru déclara : « Cette pointe de flèche était une leçon de mon grand-père, le forgeron. »

« Ça vient de votre grand-père ? » lui avais-je demandé.

« “Un arc et des flèches peuvent être utilisés pour chasser les animaux et remplir l’estomac des personnes, mais ils peuvent aussi être utilisés comme arme pour tuer des gens. La pointe de flèche fait partie de l’arc et de la flèche. Même s’il ne s’agit que d’une partie d’un produit que nous, les artisans, fabriquons, nous devons savoir comment les choses que nous fabriquons seront utilisées”. »

Taru m’avait regardé droit dans les yeux en parlant.

« Pour un artisan, il est de son devoir de savoir comment ce qu’il fait sera utilisé. Si quelque chose que j’ai fait était utilisé pour le mal, ça me rendrait très triste. C’est pour ça que je ne fais pas de choses quand je ne sais pas comment elles seront utilisées. Je ne peux pas. »

« Qu’est-il arrivé à votre grand-père ? » lui avais-je demandé.

« Il est décédé l’année dernière, » répondit Taru.

« Je vois..., » dis-je.

C’était une fille qui prenait à cœur les paroles de son grand-père alors qu’elle dirigeait son atelier. J’avais perdu mon propre grand-père l’année dernière (bien que cette année-là soit passée au calendrier de ce monde pour moi en cours de route), alors j’avais ressenti une étrange parenté avec elle. J’avais toujours eu un faible pour entendre des histoires comme celle-ci. La partie humaine en moi disait : « Ne peux-tu pas juste lui dire ? » alors que la partie de moi qui était un chef disait : « Sois prudents en toutes choses. »

Pendant que je me demandais sérieusement quoi faire, j’avais soudain senti quelque chose de froid dans ma main. Quand j’avais regardé, Juna, qui était assise à côté de moi, avait placé sa main gauche sur ma main droite. Je l’avais regardée avec surprise, mais Juna n’avait rien dit, elle avait juste souri avec douceur.

S’il te plaît, fais ce que tu veux.

J’avais l’impression qu’elle me disait ça. À cet instant, mon cœur s’était allégé au point que la main froide de Juna m’avait fait du bien.

Eh bien... d’accord dans ce cas. Taru semblait avoir bien réfléchi à la question, alors il était probablement prudent de lui dire.

Ayant décidé cela, j’avais posé une question à Taru.

« Puis-je être sûr que cela restera confidentiel ? »

« Est-ce dangereux ? » demanda-t-elle.

« Non, ce n’est pas ça. S’ils sont mal utilisés, ils pourraient l’être, mais on pourrait en dire autant d’un couteau, non ? C’est une partie d’un outil qui sauvera des vies, » répondis-je.

« Un outil qui sauvera des vies ? » Taru pencha la tête sur le côté et je répondis par un signe de tête ferme.

« Ce que je pense faire, c’est une aiguille hypodermique, » déclarai-je.

☆☆☆

Partie 5

En persuadant Brad et Hilde de devenir les deux piliers de mes réformes médicales, j’avais fait deux promesses :

La première était de mettre en place un système national de santé qui permettrait à tout citoyen du royaume de recevoir un traitement médical. La seconde était de faire fabriquer par les meilleurs forgerons du pays des scalpels, des aiguilles pour suturer et d’autres équipements médicaux.

Pour assurer le financement de la première de ces mesures, j’avais donné la priorité à l’augmentation des impôts. Le chemin à parcourir était encore long, mais les choses progressaient régulièrement.

Quant à ce dernier, le développement de l’équipement médical, cela allait bien dans certaines parties, et pas si bien dans d’autres.

La médecine dans ce monde était principalement de la magie blanche (magie de guérison), et des herbes brassées par un guérisseur ou une guérisseuse (bains médicaux), et la chirurgie n’était pratiquée que dans un nombre vraiment limité d’endroits. Les outils pour les chirurgiens étaient extrêmement rares. Brad devait nécessairement commander spécialement cela pour son propre usage. Bien qu’il ait développé des scalpels, des points de suture et des seringues de son propre chef, il y avait des limites quant à leur fonctionnalité. Il n’avait pas été capable de faire ses petits scalpels, et ses seringues étaient beaucoup plus grandes que ce que j’avais l’habitude de voir.

Ses fonds pour la recherche étaient probablement limités, il était donc difficile de le blâmer, mais cela mettait encore beaucoup de pression sur les patients. C’est pourquoi j’avais voulu me lancer dans un projet national d’amélioration de notre équipement médical. J’avais été capable de produire des outils qui satisfaisaient Brad et Hilde pour l’instant, mais je ne pouvais pas encore les mettre en production en série.

Même si j’avais un artisan qui pouvait fabriquer des aiguilles hypodermiques minces, il y avait des limites au nombre d’aiguilles qu’une personne pouvait fabriquer. Elles n’étaient pas produites dans une usine, donc c’était une évidence, et il n’y avait pas beaucoup d’artisans capables de fabriquer une aiguille fine. Dans la situation actuelle où nous essayons d’augmenter le nombre de médecins, nous manquions évidemment d’équipement. Comme l’équipement médical ne pouvait pas être immédiatement réutilisé et qu’il fallait le faire bouillir à nouveau pour chaque patient, le nombre requis avait augmenté.

Nous avions donc de la difficulté à produire de l’équipement médical, mais il semblait qu’il y avait beaucoup d’artisans talentueux dans ce pays qui pouvaient faire des travaux ornementaux détaillés, alors j’avais pensé qu’il serait possible d’établir une production en série dans ce pays.

Notre pays étudiait actuellement de nombreux domaines, et nous étions à court de main d’œuvre partout, alors j’avais pensé qu’il serait peut-être mieux, tout en protégeant nos forgerons existants, de laisser ce qui pourrait être laissé à d'autres personnes à ces autres pays.

Tout en y réfléchissant, j’avais expliqué à Taru l’utilisation d’une aiguille hypodermique. Comme la chirurgie elle-même était inconnue dans la République de Turgis, j’avais dû commencer par là, ce qui avait pris un certain temps.

Une fois que je lui eus donné le récapitulatif, les yeux de Taru s’ouvrirent en grand en raison de son étonnement. « Dans le royaume, vous pouvez guérir les gens sans mages qui utilisent la magie blanche ? Je trouve ça incroyable. »

« Vraiment ? » lui avais-je demandé.

« Dans ce pays, le sol est couvert de neige d’octobre à mars. Ceux qui ont les jambes faibles ne peuvent même pas voyager d’une manière convenable. Si nous avions au moins un médecin dans chaque village, je pense que ce serait beaucoup plus facile de vivre ici, » déclara Taru.

« C’est une politique très attentionnée de la part du roi, » Roroa m’avait souri en disant ça.

C’était un compliment, donc ça ne me dérangeait pas tant que ça, mais quand même.

Taru croisa les bras et fronça les sourcils. « Je comprends que ces aiguilles hypodermiques sont importantes. Je pense qu’avec les artisans de notre pays, vous devriez aussi pouvoir les produire en série. Je veux relever le défi. Je crois que c’est un travail qui va me faire vibrer le cœur, » déclara Taru.

« Oh ! Alors vous allez..., »

... prendre le travail, j’allais le dire, mais Taru avait levé deux doigts.

« Pourtant, même si je les fais, il y a deux problèmes majeurs pour les amener au royaume. Premièrement, l’exportation d’armes vers un autre pays nécessite l’autorisation de l’État. S’il ne s’agit que d’aventuriers qui achètent des armes pour leur usage personnel et les utilisent, ils ne seront pas accusés de quoi que ce soit, mais si nous exportons un produit en grande quantité, nous devons obtenir l’autorisation du gouvernement. C’est pareil au Royaume de Friedonia, non ? » demanda Taru.

« Eh bien... oui, c’est vrai..., » déclarai-je.

Il était vrai que notre pays avait également géré l’importation et l’exportation d’armes.

Ce n’était pas tout à fait au niveau des interdictions de l’époque d’Edo sur les armes à feu entrant dans la ville et les femmes sortantes, mais... des quantités excessives d’armes importées d’ailleurs dans le pays pourraient constituer une menace pour la paix. Si les armes étaient sorties du pays, cela diminuerait notre capacité de nous défendre, et si elles étaient introduites, cela pourrait préfigurer une rébellion. C’est pourquoi, dans tout pays, l’importation et l’exportation arbitraire d’armes sont réprimées.

« Mais les aiguilles ne sont pas des armes, n’est-ce pas ? » avais-je dit.

« Si c’est le cas, vous devrez le prouver aux autorités. Aucun pays n’a jamais eu d’aiguilles avant cela, il sera donc difficile de dire d’un coup d’œil si elles sont des armes ou non. Si nous essayons, de les vendre sans garantie qu’elles ne sont pas des armes, il y a un risque de problèmes, » déclara Taru.

« Si ce ne sont que des aiguilles, personne ne pensera que ce sont des armes, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Même s’ils ne sont pas eux-mêmes des armes, tout sera fini si on les soupçonne d’être des pièces d’armes, » déclara Taru.

« Je comprends votre point de vue..., » dis-je.

Malheureusement, Taru avait raison.

C’était vrai, si quelqu’un qui n’était pas familier avec les seringues voyait une aiguille hypodermique toute seule, il ne serait pas tout à fait sûr que ce n’était pas une arme. Si nous devions expliquer leur utilisation chaque fois que nous étions arrêtés à l’entrée d’une ville ou à la frontière, ce serait un problème, et il n’y avait aucune garantie qu’ils nous croiraient. Après tout, il me semblait que j’aurais besoin de demander la permission de ce pays pour les importer et les exporter.

Mais ce pays était une république, non ? Techniquement, ils avaient un chef d’État. Mais jusqu’à ce que je voie l’équilibre des pouvoirs entre leur chef d’État et le Conseil des Chefs, je ne savais pas trop qui convaincre. C’était un vrai ennui.

J’avais besoin d’y réfléchir plus attentivement.

« Alors, quel est l’autre problème ? » lui avais-je demandé.

« C’est une question d’expédition. Les hivers dans ce pays sont longs. La terre est recouverte par la neige et la mer est recouverte de glace. Vous avez dit que vous en vouliez des dizaines de milliers, ce qui signifie qu’il y en a toujours besoin, n’est-ce pas ? C’est une chose en été, mais comment voulez-vous les transporter en hiver, alors que les routes terrestres et maritimes sont inutilisables ? » demanda Taru.

« Je me le demande..., » je ne pouvais que tenir ma tête. C’est vrai, l’expédition serait un problème.

Même dans le Royaume de Friedonia, le sud était enfermé dans la neige et la glace en hiver. Il semblerait qu’il serait vraiment difficile d’obtenir des expéditions de la République de Turgis, où les hivers étaient plus longs et plus rigoureux. Il s’agissait d’un pays étranger, alors je ne pourrais pas déployer un réseau de transport.

J’avais demandé à Roroa en chuchotant : « Pour l’instant, pouvons-nous seulement échanger avec eux pendant l’été ? Même pour ça, il nous faudrait une autorisation officielle, j’en suis sûr. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Roroa porta une main à sa bouche et y réfléchit avant d’y répondre. « Ouais... Mais si tu as décidé de le faire, chéri, je pense que tu devrais négocier directement avec leurs hauts fonctionnaires. Si tu essaies de faire avancer les choses en tant que commerçant, il faudra du temps pour que les rapports sur ce qui se passe s’accumulent. »

« Me dis-tu de ne pas négocier sous un faux nom, mais comme Souma Kazuya ? » demandai-je.

« On ne peut pas rencontrer les responsables en portant un masque, n’est-ce pas ? » me demanda-t-elle en retour.

« D’accord, » dis-je. « Eh bien, je suppose qu’on doit ramener cette affaire pour quand je serai à la maison. Juste au moment où il semblait que nous pouvions les produire en masse, aussi... »

Tandis que mes épaules s’affaissaient de résignation, Taru nous regardait bizarrement. « Je croyais que vous étiez le jeune maître et son employée ? Vous avez l’air d’agir d’égal à égal selon moi. »

Argh... N’était-ce pas naturel à l’instant, n’est-ce pas ? Roroa s’était toujours sentie comme ma partenaire quand il s’agissait d’affaires comme ça.

« Mwahahaha, tu trouves ? » Roroa ricana. « Je ne suis pas n’importe quelle vieille employée. Après tout, je suis sa maîtresse avec l’approbation de sa femme Juna ! »

Après ça, Roroa m’avait serré le bras. Attends ! Une maîtresse que ma femme approuve !?

C’est quoi cette histoire ridicule ? Maintenant, je dois jouer le jeu !?

Je voulais me plaindre, mais on était devant Taru, alors je m’étais retenu.

Roroa souriait joyeusement en me regardant. Pourquoi cette petite... ? Elle savait que je ne pouvais pas la corriger ici, alors elle l’avait encore plus fait.

L’air semblait avoir gelé. Pendant que Juna souriait, il y avait une intensité étrange et Tomoe avait paniqué quand elle avait vu son visage.

Sentant le malaise dans l’air, Taru avait un peu reculé.

« Est-ce... aussi lié à votre situation familiale ? » demanda Taru.

« J’aimerais que vous ne fouiniez pas..., » c’était tout ce que j’avais pu dire.

Soudain, Juna s’était levée. « Chéri, nous allons nous excuser un moment. »

« Hein, Juna ? » demandai-je.

Elle avait le même sourire plâtré qu’avant. Puis elle se tint derrière Roroa et posa les mains sur ses épaules.

L’expression de Roroa s’était instantanément raidie. C’était un pays froid, mais elle transpirait beaucoup.

« E-Euh, Ju... Madame, y a-t-il un problème ? » Roroa avait tourné son cou pour regarder Juna.

Elle avait souri en disant : « Pourquoi n’irions-nous pas prendre l’air toutes les deux ? »

« Non... Je veux rester ici... tu sais..., » commença Roroa.

« Ne sois pas comme ça. Viens avec moi. Mlle Roroa, la maîtresse que j’approuve personnellement, » déclara Juna.

Il y avait un poids à ces mots qui ne permettait pas d’argumenter.

On disait que « plus la personne était calme, plus elle est fâchée », et il semblait que Juna soit ce genre de personne.

Roroa avait regardé dans ma direction. Ses yeux avaient crié, A-Aide-moi !

Mais j’avais simplement secoué la tête en silence. Tu plaisantais trop, Roroa. Fais avec.

Je-Je viens de m’emporter !

Trouve donc des excuses à Juna...

Noooooooooooooonnnnn...

« Heehee ! Devrions-nous aller sur notre... hm ? »

Juste au moment où Juna se préparait à emmener Roroa, c’était arrivé.

Bruit sourd... Bruit sourd... Il y avait un bruit de tremblement de terre au loin. En même temps, la pièce avait tremblé. C’était un tremblement de terre de faible magnitude.

Les outils accrochés aux murs vibraient. Le son et les secousses devenaient de plus en plus forts.

« Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce un tremblement de terre ? » demanda Roroa.

« Cela semble... un peu étrange que ce soit le cas, » dit Juna.

« Tomoe, si les secousses deviennent plus fortes, tu te réfugies sous la table, » avais-je ordonné.

« D-D’accord ! » déclara Tomoe.

Pendant que nous paniquions, l’expression de Taru n’avait pas du tout changé. De plus, elle soupira en disant : « Ce n’est pas un tremblement de terre. C’est juste un idiot qui arrive. »

« Un idiot ? » lui avais-je demandé.

Puis le tremblement s’était calmé, et Hal s’était précipité dans l’atelier. « Hé ! Il y a un truc énorme dehors ! »

Un truc énorme ?

☆☆☆

Partie 6

Quand nous étions tous sortis, il y avait ce truc énorme et poilu qui se tenait là. Il était là au moment où nous avions ouvert la porte, alors j’avais laissé sortir malgré moi un « Whoa », et j’étais resté abasourdi. Puis, à ce moment-là, j’avais vu le visage de la chose poilue.

Son nez long et épais.

Il y avait quatre grosses défenses bien solides.

Les yeux étonnamment perçants qui se détachaient sous ses cheveux touffus. Si je devais décrire la créature qui se dressait devant moi...

Un mammouth à quatre défenses !?

Ses poils étaient assez longs pour toucher le sol, et ses pattes étaient assez courtes, mais cela semblait être une bonne description de la créature. Je savais que les gens de ce pays élevaient en liberté des créatures à poil long comme bétail. Cependant, c’était trop pour moi de reconnaître instantanément cette chose devant moi comme un mammouth.

Une fois, alors que grand-père m’avait emmené à un événement au musée des sciences, j’avais vu une reproduction du squelette d’un mammouth. Sa hauteur du sol jusqu’à ses omoplates faisait environ quatre, ou peut-être cinq mètres.

Celui devant moi semblait être à une dizaine de mètres.

J’avais l’habitude de voir des créatures massives comme les rhinosaurus et les dragons, mais c’était un peu différent de voir une version plus grande d’une créature de mon ancien monde.

Puis le mammouth à quatre défenses avait fléchi les pattes avant et s’était assis. À cet instant, ses poils touchèrent le sol et s’étalèrent. Même assis, il était encore énorme. C’était probablement seulement deux ou trois mètres plus bas.

Pendant que je réfléchissais à cela, une voix qui semblait appartenir à un jeune homme était venue d’en haut. « Hm ? C’est inhabituel. D’habitude, il n’y a pas beaucoup de monde à cet atelier. »

Le mammouth a parlé !

Ouais... non. Ce n’était pas possible.

On aurait dit la voix d’un jeune homme, alors il chevauchait probablement ce mammouth.

« Sire, derrière moi. » Aisha s’était précipitée pour se placer devant moi.

Hal et Kaede étaient tendus et prêts pour l’action, pendant que Juna attendait subtilement à mes côtés.

Peut-être parce qu’un animal aussi massif s’était soudainement montré, tout le monde était passé en mode combat.

Roroa, étant un non-combattant, avait emmené Tomoe et évacué vers un endroit un peu plus loin. Sentant probablement notre malaise, la voix s’était transformée en menace.

« Qui êtes-vous, les gars ? Vous n’avez pas l’intention d’attaquer cet atelier, n’est-ce pas ? »

« Euh !? Non, nous ne le voulons pas ! Nous sommes..., » commençai-je.

« Oookyakya! » Avant que je puisse expliquer, quelqu’un avait sauté du mammouth.

Celui qui s’était retourné en plein air avant d’atterrir était un homme singe blanc. Un singe blanc... Était-il l’une de la race des singes des neiges, l’une des Cinq Races des Plaines Enneigées ?

Il mesurait environ cent soixante centimètres de haut et semblait d’un coup d’œil avoir quinze, peut-être seize ans. Plutôt que d’avoir le visage d’un singe, il avait de grandes oreilles et de longues pattes, et ce que l’on pourrait appeler des traits de singe.

Même dans ce climat frais, il portait une chemise à manches courtes et un pantalon mi-long, et les bras et les jambes qui en sortaient avaient des poils épais de la même couleur que les cheveux sur sa tête. Il avait une longue queue de lémurien qui sortait de son pantalon mi-long, et si je devais le décrire rapidement, il ressemblait à une version réelle de Sun Wukong (version singe blanc) de Journey to the West. Ce (blanc) Sun Wukong avait poussé sa main comme s’il prenait une pose.

« Oookyakya ! Vous avez du culot d’essayer d’entrer de force dans l’atelier de Taru ! Moi, le grand Kuu Taisei, je n’ai aucune pitié devant une telle insolence ! J’espère que vous êtes prêt à..., » commença-t-il.

 

 

« Maître Kuu ! » Une faible voix cria du haut de son mammouth. Une fille aux oreilles de lapin avait sorti la tête et avait crié : « S’il te plaît, ne cherche pas soudainement la bagarre avec les autres ! »

Cette fille d’environ dix-sept ans était apparemment membre de la race des lapins blancs, comme la dame qui tient le magasin en ville. Celle-là ressemblait plus à une fille-lapine, bien qu’elle portait un épais manteau qui ne montrait pas beaucoup de peau.

La fille sauta à côté de Kuu. « Si tu fais une scène, ton père se fâchera à nouveau, tu sais ? »

« Oookyah ? Mais, Leporina, ces types sont armés, donc ce sont des bandits, non ? Tu crois que je peux attendre quand l’atelier de Taru est sur le point d’être attaqué ? » demanda Kuu.

Bandits... ? On aurait dit qu’on avait été mal compris.

 

 

La fille nommée Leporina avait posé une main sur sa hanche et avait dit : « Voyons, ce n’est clairement pas le cas. Regarde par là. Vois-tu la petite fille, hein ? Quel bandit emmène une enfant lors d’une attaque ? Ce ne sont que des aventuriers ordinaires qui ont été surpris par ton numoth, n’est-ce pas ? »

Alors qu’elle disait ça, Leporina avait caressé d’une main le torse du... numoth tout en montrant Roroa et Tomoe de l’autre.

Les yeux de Kuu s’étaient ouverts en grand en raison de la surprise. « Oookyah ? Tu as raison, il y a une jolie fille. »

Avant que je puisse l’arrêter, Kuu s’était dirigé vers Roroa. Cachant Tomoe derrière elle, Roroa posa ses mains sur ses hanches et fixa Kuu du regard.

« Ah ! Hey... » commençai-je.

« Quoi ? Je ne peux pas te laisser succomber à ma jolie frimousse, » déclara Roroa. « J’ai déjà un homme à qui j’ai donné mon cœur. »

« Hein ? Je n’ai rien à faire avec quelqu’un comme toi qui n’en a pas. »

« Qui n’en a pas... ? » Le regard de Roroa s’est dirigé vers sa propre poitrine, puis ses yeux se sont écarquillés.

Tandis que Roroa émettait une exclamation silencieuse de surprise, Kuu jeta un coup d’œil derrière elle.

Il en avait après Tomoe !?

« Tu es mignonne ! Quel est ton nom ? » demanda Kuu.

« T-Tomoe..., » répondit-elle.

« Tomoe, hein ! C’est un joli nom ! Hé, Tomoe..., » déclara Kuu.

« O-Oui... ? » demanda Tomoe.

« Veux-tu être ma fiancée ? » demanda Kuu.

Avec ces mots, l’atmosphère s’était figée. Le climat était déjà froid au début, mais maintenant il faisait encore plus froid.

Tomoe... sa fiancée ? Ils venaient juste de se rencontrer, et cet homme essayait déjà de mettre la main sur notre mignonne petite sœur ? En un rien de temps, j’avais senti la colère qui émanait d’Aisha à mes côtés.

C’était... un défi pour nous, non ?

On devait faire en sorte de le remettre à sa place.

« Aisha, » dis-je vivement.

« Qu’y a-t-il, sire ? J’ai envie de découper un singe, là, » déclara Aisha.

« Je vais l’autoriser, » déclarai-je.

Le sang m’était monté à la tête parce qu’il s’était moqué de Roroa, un membre de ma famille, et avait essayé de draguer ma petite sœur, Tomoe. Comme, il y avait une histoire dans mon ancien monde, n’est-ce pas ? Tuer un singe-démon était un travail pour le chien, Shippeitarou. Quand j’étais sur le point d’envoyer le féroce chien Aisha sur ce singe insolent...

« Vous deux, calmez-vous, » ordonna Juna.

« « Gwuh ! » »

Juna nous avait attrapé tous les deux par le cou. Incapable de respirer, je m’étais retourné pour la regarder, et Juna m’avait réprimandé, la colère s’infiltrant dans son sourire.

« Vous deux, c’est un autre pays, le réalisez-vous ? Vous avez tous les deux vos positions à prendre en considération, alors, veuillez vous abstenir de faire quoi que ce soit qui puisse causer des ennuis, » déclara Juna.

« Euh, d’accord..., » dis-je.

« D-Désolée, » déclara Aisha.

« Franchement... Écoutez, Sire, Madame Aisha. » Juna m’avait enfoncé un doigt dans la poitrine, puis, avec un puissant sourire, elle avait mis son visage entre celui d’Aisha et le mien. Puis elle nous avait murmuré à l’oreille. « Dans des moments comme celui-ci, il faut s’en débarrasser d’une façon qui ne sera jamais découverte. »

« « Quoi !? » »

Aisha et moi avions fini par fixer Juna malgré nous.

Puis Juna avait dit : « Hee hee, je plaisante » et elle nous avait fait un sourire charmant.

Même si j’étais soulagé que ce soit une blague... en ayant juste vu à quel point elle était effrayante quand elle était en colère, je doutais qu’il s’agisse vraiment d’une blague.

Peut-être que la colère que j’avais vue s’infiltrer dans son sourire n’avait elle pas été dirigée contre nous deux, et que Juna était aussi en colère contre le comportement de Kuu ? Quand j’avais regardé Juna, considérant cela...

« Si je dis que c’est une blague, c’est une blague, » insiste-t-elle avec un sourire.

Ouais. Mieux vaut ne pas trop y penser, pensai-je.

Peu importe la façon dont j’y pensais, ça provoquerait des ennuis dont je n’avais pas besoin. Grâce à elle, j’avais surtout réussi à m’éclaircir la tête. Pour l’instant, j’étais plus inquiet pour Tomoe et Roroa.

En regardant par-dessus, Roroa se disputait avec Kuu. « Hé, toi ! Tu as dit que je n’en avais pas, alors pourquoi essaies-tu de séduire une petite fille comme elle, hein ? »

« Hein ? Me comprends-tu mal ? Ce que je disais, c’est que tu n’as pas de fourrure, d’accord ? » déclara Kuu.

« Hein ? Fourrure ? » demanda Roroa.

En voyant Roroa si décontenancée, Kuu ricana. « J’aime les filles comme elle qui ont les oreilles et la queue poilues. Ça, et cette fille a l’air de devenir une vraie bombe dans dix ans. J’ai pensé lui faire une offre maintenant. Alors, qu’est-ce que t’en dis ? Veux-tu être ma femme ? »

Whup, whup, whup, whup! Tomoe secoua la tête en silence, mais vigoureusement à droite et à gauche.

Derrière moi, j’avais senti un regard intense. Quand j’avais fait demi-tour, Inugami, son garde du corps, regardait fixement dans cette direction. Il semblait cacher sa soif de sang pour que sa cible ne s’en aperçoive pas, mais la lueur dans ses yeux m’avait dit : S’il vous plaît, permettez-moi de faire disparaître cette ordure.

Oui... Quand il y a quelqu’un de plus fâché que toi, ne te calmes-tu pas soudainement ?

Une fois calme, j’avais approché Kuu. J’avais dû reconnaître qu’il avait un œil vif pour avoir reconnu la beauté de Tomoe. Cependant, en tant que frère aîné, je ne donnerais pas ma petite sœur à un homme qu’elle venait de rencontrer.

« Vous dérangez ma sœur, puis-je vous demander d’arrêter ? » lui avais-je froidement demandé.

Les yeux de Kuu s’étaient écarquillés. « Hein ? Es-tu le grand frère de cette fille ? Tu n’en as pas l’air. »

« Nous avons une situation familiale compliquée, » répondis-je.

« Hmm... On dirait qu’elle m’a rejeté de toute façon, donc je n’ai pas vraiment le choix. Oookyakya. » Après avoir dit ça, Kuu entrelaça ses doigts derrière sa tête et sourit.

Voyant qu’il n’avait pas l’air si déçu que ça, la proposition de tout à l’heure devait être presque entièrement une plaisanterie. Bien sûr que ça l’avait été. Il venait à peine de la rencontrer, et Tomoe n’était encore qu’une enfant. S’il n’avait pas ce genre de prédilection, il n’y aurait aucune chance qu’il la demande en mariage sérieusement. On aurait dit que c’était nous qui avions besoin de nous calmer.

En y repensant, j’avais réalisé que nous n’avions pas encore échangé nos salutations et, après avoir repris mon souffle, j’avais tendu la main vers lui.

« Je suis Kazuma Souya, un marchand du Royaume de Friedonia, pour enquêter sur d’éventuelles marchandises commerciales. Ces gens ici sont ma famille et mes employés. »

« Oh, rien que ça. Tu aurais dû le dire dès le départ, » Kuu avait accepté ma main et l’avait serrée vigoureusement. Ça fait un peu mal. « Je suis Kuu Taisei. Taru et moi sommes des amis d’enfance. Je suis venu parce que je me suis dit que la chose que j’avais commandée devait être à peu près terminée, mais j’ai vu qu’il y avait des gars costauds avec des armes autour de l’atelier. J’ai pensé que vous vous apprêtiez à attaquer l’endroit, alors ça m’a mis sur mes gardes. »

« Nous pourrions dire la même chose, » répliquai-je. « Quand vous êtes monté sur cette énorme créature, c’était naturel que nous soyons sur nos gardes jusqu’à ce que nous découvrions ce qui se passait. »

« Oookyakya. Sans blague. Mais mon numoth est plus docile qu’il n’en a l’air, » déclara Kuu.

Comme si elle répondait à Kuu, le numoth poussa un cri.

En entendant sa voix, Tomoe s’approcha de moi et me murmura à l’oreille. « Hmm, Monsieur le Numoth dit, “Je suis désolé de vous avoir effrayée, jeune fille”. »

« Il est étonnamment gentleman !? » murmurai-je.

Peut-être que ce numoth était une meilleure personne que son maître... ? Euh, non, ce n’était pas une personne, c’était un pseudo-mammouth, mais quand même.

Puis Kuu avait posé une question. « Alors, pourquoi êtes-vous venus à cet atelier ? C’est à l’extérieur de la ville, n’est-ce pas ? »

« Nous sommes venus rendre visite à cet atelier parce que nous avons entendu dire qu’il y avait un artisan talentueux ici, » avais-je dit. « J’ai pensé que la personne ici présente pourrait peut-être créer l’objet auquel je pensais en tant que bien commercial. »

« Oh ! Si tu as découvert le talent de Taru, tu as bon goût. Taru n’a peut-être pas de courbes, mais elle a des compétences comme aucun autre forg — Ow, ça fait mal ! »

Kuu avait soudainement saisi sa tête et s’accroupit. Derrière lui se tenait Taru, brandissant le gourdin avec le mille-pattes doré qui était appuyé contre le mur de son atelier. Il avait produit un bon son, donc elle avait dû frapper Kuu à la tête avec.

Taru avait l’air irritée. « Ne dis pas que je n’ai pas de courbes. Et ne drague pas les filles devant mon commerce. »

« Oh-ho ? Es-tu jalouse ? » demanda Kuu.

« Veux-tu que je te frappe encore ? » demanda Taru.

« Hehe hehe, je vais m’abstenir... Attends, est-ce ce que j’ai commandé ? » demanda Kuu.

Kuu sauta, arracha le gourdin des mains de Taru, puis le tourna comme un moulin à vent. Il ressemblait à Sun Wukong en train de balancer le Ruyi Bang. Après avoir balancé le gourdin verticalement et horizontalement, et sauté autour de lui, puis Kuu s’était soudainement arrêté.

Ohhhh, c’était un peu comme les arts martiaux chinois.

« Ça fait du bien. C’est bien ma Taru. Tu fais du bon travail. Je t’aime, » déclara Kuu.

« Je n’ai pas besoin de ton amour, » déclara Taru. « Je veux juste être payée pour mon travail. »

« Je vais payer. Bon sang... Tu agis toujours aussi froidement, » déclara Kuu en boudant un peu.

Hein ? Il allait très bien quand Tomoe l’avait rejeté avant, mais il avait fait ce genre de visage quand Taru était froide avec lui ?

Oh, je comprends... Alors, c’est comme ça, pensai-je.

C’était un type très facile à comprendre.

« Ah..., » déclara Taru, semblant avoir réalisé quelque chose. « C’est peut-être une bonne occasion. Pouvons-nous dire au stupide maître de quoi nous parlions tout à l’heure ? Ça pourrait résoudre un de nos problèmes. »

« Euh... De quoi parlions-nous déjà ? » lui avais-je demandé.

« La partie sur le fait d’avoir besoin de la permission de ce pays pour faire un marché. Ce stupide maître a des liens avec les plus hauts gradés de ce pays. Après tout... malgré tous ses défauts, c’est le fils de l’actuel chef de l’État. »

☆☆☆

Chapitre 3 : Un grand homme en devenir

Partie 1

Il n’y avait pas beaucoup d’intérêt à poursuivre cette discussion à l’extérieur, alors nous avons été nous déplacer à l’intérieur de l’atelier.

En plus de ceux qui avaient été dans l’atelier auparavant, cette fois-ci, Aisha était aussi entrée à l’intérieur de la bâtisse en tant que garde du corps.

Après l’avoir vu balancer ce bâton de combat, nous savions que ce gamin de Kuu avait beaucoup d’expérience. C’est pourquoi, pour me préparer à l’éventualité improbable que les choses tournent mal, je voulais Aisha à nos côtés.

En buvant le café que Taru avait fourni, j’avais expliqué à Kuu ma demande à cet atelier.

« ... Et, eh bien, c’est l’essentiel, » avais-je enfin terminé.

J’avais parlé des réformes médicales en cours dans le Royaume de Friedonia, ainsi que le fait qu’à l’avenir, il y aurait une pénurie d’équipement médical, et nous allions avoir besoin d’avoir les artisans de ce pays pour produire en masse cet équipement pour que nous puissions l’importer. Nous devrions également obtenir la permission du gouvernement pour que l’équipement médical ne soit pas confondu avec des armes lorsqu’il serait exporté.

Comme Kuu était le fils de leur chef d’État et qu’il n’était pas clair si les deux pays pouvaient former des liens cordiaux, j’hésitais à trop dévoiler mon jeu. Mais j’en avais déjà discuté avec Taru, alors j’avais décidé qu’on ne pouvait pas le piéger.

Soit dit en passant, lorsque j’avais essayé de prendre un ton formel dans les discussions...

« Oublions toutes ces formalités étouffantes ! » déclara-t-il joyeusement. « Oui, je suis le fils de notre chef d’État, mais nous ne savons pas si le Conseil des chefs me laissera hériter de ce poste. Avoir des gens qui sont polis avec moi m’irrite les fesses. »

J’avais donc choisi de lui parler de façon décontractée. Il était très ouvert, vu sa position, mais qui étais-je pour parler ?

Entendant ce que j’avais à dire, Kuu avait réfléchi un moment, puis il poussa un soupir. « Ouf... Des réformes médicales, hein... C’est génial. C’est ce que fait notre voisin ? On n’a pas beaucoup de nouvelles de l’extérieur par ici. Notre accès aux nouvelles est si mauvais que nous devons nous renseigner sur ce qui se passe à la fin et au début de l’année auprès des commerçants qui viennent l’été. Ainsi, nous avons seulement entendu dire que le Royaume Elfrieden avait absorbé la Principauté d’Amidonia pour devenir le Royaume de Friedonia après que la neige ait fondu. »

Oh, il avait raison, ça pourrait être un peu lent.

L’annexion de l’Amidonia avait eu lieu de la fin de l’automne jusqu’au début de l’hiver dernier. S’il disait que l’information n’était pas parvenue ici avant le printemps de cette année, alors oui, c’était plutôt mauvais. Cela montrait à quel point la neige était intense dans cette région. C’était peut-être comme si l’édition du soir et l’édition du matin du journal arrivaient en même temps.

« D’après ce que j’ai entendu, le roi qui était sur le trône est assez jeune, non ? » ajouta Kuu.

« Il aura 20 ans cette année, » avais-je dit.

Oh ! Mais d’après le calendrier de ce monde, j’avais déjà vingt ans, non ? Eh bien... peu importe.

Quand il avait appris que le roi (provisoire) avait vingt ans, Kuu se mit à rire. « Vingt, hein ! J’aurai seize ans cette année, donc il n’est pas beaucoup plus vieux que moi ! »

« L’écart de quatre ans entre les humains et les hommes-bêtes n’est-il pas assez grand ? » demandai-je.

Quand j’entrais en première année de lycée, ce type était encore à l’école primaire, n’est-ce pas ?

« Non. » Kuu secoua la tête en riant. « C’est une erreur d’arrondi, rien de plus. Si ce n’est que quatre ans, c’est encore bien en deçà de ma zone de frappe. »

« Qu’est-ce que tu racontes !? » m’écriai-je.

« Les femmes, bien sûr, » avait-il dit. « Je suis d’accord avec n’importe quoi de douze à trente ans. »

« Je m’en fous ! Tu ne poseras pas la main sur Tomoe, compris ? » déclarai-je.

« C’est un sacré — Ahh ! Taru, ne me frappe pas avec ce truc. »

Taru avait frappé Kuu à la tête avec le plateau qu’elle avait utilisé pour apporter le café. Il avait fait un son de bang assez fort. Cette fille n’avait pas hésité à frapper le fils de leur chef d’État.

Taru s’accrocha au plateau et renifla. « Stupide Maître, ta vulgarité fait honte à notre pays. Tu devrais t’efforcer d’arranger ça. »

« Oui, elle a raison, » déclara la fille aux oreilles de lapin, Leporina. « Ton père ne t’en veut-il pas toujours pour ça ? Pour commencer, tu agis comme si tu étais en amour avec les femmes, mais tu n’es pas d’accord d’aller plus loin avec aucune d’elle, pas vrai ? Faire semblant d’avoir des sentiments pour d’autres femmes juste pour faire que celle qui t’intéresse fasse attention à toi est — aïe, aïe, aïe, aïe ! Ne me tire pas les oreilles ! »

« C’est parce que tu n’arrêtes pas de parler ! » cria Kuu.

Ahhhh, je pense que cet échange m’a un peu indiqué qui est Kuu en tant que personne, pensai-je.

Alors c’était ainsi... S’il devait avoir seize ans cette année, cela signifiait qu’il en avait quinze maintenant. D’après mon ancien monde, il en serait à sa troisième et dernière année de collège. Quand je m’étais remémoré comment j’étais à cet âge, j’avais l’impression de comprendre comment il agissait.

J’étais souvent en train de patauger avec ardeur et conscience de moi-même, et quand je reprenais mes esprits, je confondais souvent les moyens avec la fin, et les moyens que je choisissais souvent ne correspondaient même pas au but que je poursuivais, pensai-je.

« Qu’est-ce qui se passe, chéri ? Pourquoi as-tu ce visage renfrogné ? » demanda Roroa pendant que je me livrais à de la sentimentalité.

« Non, c’est juste que je regardais comment Kuu se comportait, et je me voyais un peu en lui..., » répondis-je.

« Hm ? Vraiment ? » demanda Roroa.

« Heehee. Grand-mère m’a dit que les hommes sont comme ça, » déclara Juna avec un sourire plein de charme, et je n’avais pu offrir aucune réfutation.

Puis, pour masquer sa maladresse, Kuu s’était raclé la gorge à haute voix et était revenu sur le sujet.

« Alors, comment est le jeune roi ? J’ai entendu dire qu’il a annexé Amidonia peu de temps après son arrivée au pouvoir, alors est-il un si grand guerrier ? » demanda Kuu.

« Non, ce n’est pas du tout ça, » répondis-je. « Il n’a pas absorbé Amidonia parce qu’il le voulait, le flux des événements en a fait une nécessité... c’est ce que j’ai entendu dire. »

Hmm... C’était difficile de m’expliquer en prétendant ne pas être moi.

« Eh bien ! Mais même si le roi lui-même n’est pas un militaire, il a rassemblé un groupe de subordonnés talentueux, » avais-je ajouté. « Leur soutien lui permet, pourrait-on dire, de faire vivre le pays d’une manière ou d’une autre. »

« Des subordonnés compétents, hein... C’est quelque chose qu’on peut envier. La seule personne que je peux commander maintenant, c’est Leporina. Je veux me dépêcher d’aller chercher des vassaux pour moi. »

« J-Je ne suis pas ta subordonnée, je suis ton assistante, tu sais !? Ne me donne pas d’ordres ! » Leporina avait protesté, mais Kuu ne l’écoutait même pas.

« Alors ? » demanda Kuu, en me regardant droit dans les yeux et en essayant de m’évaluer. « Tu es l’un de ces subordonnés compétents qui soutiennent le roi, n’est-ce pas ? »

« Je ne suis qu’un marchand, tu sais... ? » déclarai-je.

« Oookyakya, mentir n’est pas bon. Ces réformes médicales sont parrainées par le roi, non ? L’équipement pour eux n’est pas quelque chose qu’un seul commerçant, et encore moins le jeune fils de quelqu’un qui n’a même pas hérité de l’entreprise peut gérer les négociations pour. Tu joues au marchand, mais tu agis vraiment selon la volonté de ce roi. Ai-je tort ? » demanda-t-il.

« ... »

Il avait mis le doigt sur le mille, donc je n’avais pas pu trouver une bonne réponse. On aurait dit du moins qu’il ne pensait pas que j’étais le roi lui-même, mais agir selon la volonté du roi équivalait à agir selon ma propre volonté, donc il n’avait pas tort.

Taru l’avait appelé le « stupide maître », mais il pourrait être étonnamment perspicace. Si je le sous-estime, j’allais y perdre des plumes.

« Et si je le suis ? » lui avais-je demandé. « Veux-tu alors annuler l’accord ? »

« Je ne dirais pas ça, » dit-il. « Pour notre pays, la production en série de cet équipement médical ou autre serait une nouvelle industrie. C’est juste... qu’il y a un point qui me dérange. »

« Qu’est-ce que ce serait ? » demandai-je.

Il s’était penché, les coudes sur la table et les joues appuyées sur les mains pendant qu’il répondait. « Je pense que les réformes médicales du roi voisin ont l’air géniales. Ces... médecins, c’est ça ? Ils ne comptent pas sur la magie blanche, et traitent même des maladies qui sont difficiles à guérir par la magie. »

J’avais hoché la tête.

« En gros, je veux ces médecins ici aussi. Exporter l’équipement, c’est bien, mais s’il est produit en grande quantité, je ne peux pas accepter de ne pas pouvoir l’utiliser nous-mêmes. Il y a un grand nombre de malades et de blessés dans chaque pays. S’il y a des outils qui peuvent les traiter, ce serait un gaspillage de ne pas avoir des gens à portée de main qui peuvent les utiliser, non ? C’est pourquoi, si tu veux du matériel médical de notre part, tu nous donneras des médecins en échange, » déclara Kuu.

Kuu avait parlé d’un ton fort. Je sentais dans ses yeux une intensité dont il avait toutes les raisons d’être fier en tant que fils de leur chef d’État. Même s’il n’avait que seize ans cette année, il pouvait choisir les combats nécessaires pour porter son pays et son peuple.

C’était... un homme qui pourrait faire de grandes choses à l’avenir. À moitié impressionné, à moitié prudent, j’avais accepté le regard de Kuu, et il avait soudain souri et relâché la tension de ses épaules.

« Et c’est ce que mon père aurait dit, » déclara Kuu.

« Ton père... hein, » dis-je.

Même si c’était clairement ce qu’il avait dit, Kuu avait évoqué son père maintenant pour brouiller cette distinction. C’était un malin, c’est vrai.

« J’y ai bien réfléchi, » déclarai-je enfin. « Si vous voulez bien nous exporter le matériel, je vous fournirai des médecins... c’est ce que notre roi a dit. »

« Eh bien, c’est gentil. Mais les hivers dans ce pays sont rudes, vous savez ? Est-ce qu’un étranger peut les encaisser ? » demanda Kuu.

« Dans ce cas, nous pouvons faire des médecins à partir du peuple de ce pays, » déclarai-je.

« Notre peuple ? » demanda Kuu, et je hochai la tête.

« Pour être plus précis, ce que le royaume fournira, c’est l’étude de la médecine. En ce qui concerne la formation des médecins, nous sommes sûrs d’être bien en avance sur les autres pays. Donc, si quelqu’un dans ce pays veut devenir médecin, il peut venir au royaume pour étudier. Si ces personnes rentrent chez elles après avoir acquis des connaissances en médecine, vous aurez des médecins qui pourront rester ici. »

Kuu s’était tapé le genou comme s’il comprenait maintenant. « Je vois... On dirait que ça marcherait ainsi. C’est comme ça qu’on échangera médecins et matériel médical, hein ? »

« Fondamentalement, c’est à peu près ça, » déclarai-je. « Qu’est-ce que tu en penses ? »

Kuu s’était cogné la poitrine d’une main. « Ça a l’air bien ! Je vais parler à mon père. Je veux dire, j’insiste pour que tu le rencontres et que tu en discutes maintenant, » avait-il ajouté avec un sourire heureux.

Je n’avais pas un mauvais pressentiment. Si nous pouvions compter sur le soutien de Kuu, le fils de leur chef d’État, cela nous serait d’une grande aide.

Oh, attends.

« À ce sujet, il y a une personne qui devrait négocier avec ton chef d’État, » déclarai-je.

« Veux-tu le laisser à quelqu’un ? Ne le fais-tu pas toi-même ? » demanda Kuu.

« Ouais. Je pense que les négociations ne devraient pas être menées par moi, Kazuma, mais par Sa Majesté, le roi Souma, » déclarai-je.

« Oookyah !? Une rencontre entre chefs d’État, hein ! » déclara Kuu.

« Ouais. Ce serait plus rapide, non ? » demandai-je.

« Oui, mais... peux-tu faire venir le roi Souma ici ? » demanda Kuu.

« Je pense que tout ira bien, tu vois ? Ce roi aime faire le travail sur le terrain. » Roroa me regarda en souriant alors qu’elle répondit ça.

Eh bien, après tout, j’étais ici...

☆☆☆

Partie 2

« Oookyakyakyakyakyakya ! » Kuu avait ri de bon cœur. « D’accord ! Je vais parler à mon vieux. Ce sera à lui de décider. Mais de ton côté, parle à ton roi Souma ! »

« Compris, » déclarai-je.

« Maintenant, les choses deviennent intéressantes ! Ce sera une grosse affaire ! » Kuu semblait profondément diverti. « Hé, Leporina ! Va voir le vieux et dis-lui ce qui se passe ! »

« M-Maintenant !? » avait-elle protesté. « C’est déjà le soir, alors laisse-moi partir demain ! »

« Espèce d’idiote ! » hurla-t-il. « Il faut prendre des décisions immédiates et agir rapidement lorsqu’il s’agit d’opportunités d’affaires ! »

« D-Donne-moi un peu de latitude, s’il te plaît, » déclara Leporina.

Kuu était excité, et Leporina était sous son influence. Observant ce maître et ce serviteur endiablé, Taru, qui avait jusqu’alors écouté sans rien dire, laissa échapper quelques mots.

« Je le savais... Le stupide maître est vraiment un imbécile. »

Son ton était froid, mais les coins de ses lèvres semblaient être légèrement tournés vers le haut.

Cette rencontre imprévue avec Kuu avait conduit à la décision d’organiser une rencontre soudaine avec le chef de la république.

Pour me préparer, j’avais envoyé un messager kui à Hakuya, dans le royaume, et Kuu en envoya un à son père, pour fixer une date et un lieu pour la réunion. Puis, lorsque ces dispositions avaient été prises, il avait été décidé que nous resterions dans le pays jusqu’au jour de la réunion.

En tenant compte de la vitesse de communication du messager kui, la réunion serait dans une semaine (huit jours dans ce monde) au plus tôt.

Cependant, j’avais expliqué à Kuu que je resterais comme agent de liaison.

Parce qu’il y avait des problèmes de sécurité lorsque le roi devait rester dans un autre pays, j’avais choisi de garder mon identité secrète pour un certain temps encore. Comme j’étais techniquement entré dans le pays sous certains prétextes, j’avais décidé de demander à Hakuya d’en informer subtilement leur chef d’État avant la réunion.

Cela étant dit, j’avais pensé utiliser le temps qui me restait avant la réunion pour continuer à approfondir ma compréhension du pays, comme prévu initialement. Mais Kuu avait dit qu’il voulait m’accompagner.

« Si tu veux en savoir plus sur notre pays, tu auras besoin d’un guide, non ? Étant né et élevé en Turgish, je dirai que je suis à la hauteur, n’est-ce pas ? » demanda Kuu.

« Oh, euh... J’apprécie l’offre, mais je ne peux pas faire du fils du chef d’État du pays mon guide..., » déclarai-je.

J’avais essayé de le convaincre, mais Kuu avait ri.

« Hé, ne t’en fais pas. Je suis peut-être son fils, mais je n’ai aucun pouvoir. En plus, Kazuma, maintenant que je sais que tu es un VIP étranger, je ne peux pas te perdre de vue. » Kuu m’avait jeté un regard aiguisé et légèrement provocateur dans ma direction. « C’est bien, mais je ne veux pas que tu ailles dans un endroit trop inhabituel. Par exemple, si tu essaies d’aller dans des installations militaires, je pense que nous pourrions avoir un petit problème. »

C’était logique... Il serait aussi notre gardien, semble-t-il. L’air s’était un peu tendu, mais j’avais haussé les épaules et j’avais laissé le regard que Kuu me traversa sans le moindrement m’affecter.

« De toute façon, je n’avais pas prévu ça, » déclarai-je.

« Oookyah, c’est de la sécurité, » déclara-t-il. « Les individus comme toi ne voudraient pas être suspectés de quelque chose que tu ne fais pas, n’est-ce pas ? »

« D’accord..., » dis-je.

Pour l’instant, nous n’étions pas dans le pays pour recueillir des renseignements. Nous étions là uniquement pour mieux comprendre le pays, il n’était pas nécessaire de chercher leurs installations essentielles. Si Kuu devait nous accompagner, nous n’aurions pas à nous soucier de problèmes avec les gens du coin, donc c’était un arrangement pratique.

J’avais offert ma main droite à Kuu. « Si c’est comme ça, alors s’il te plaît, viens. »

« Bien sûr ! » Kuu avait pris ma main et l’avait serrée fermement. « Au fait, avez-vous réservé un logement pour la nuit ? »

« Oui. Nous avons réservé des logements à l’auberge de l’Oiseau Blanc dans la ville de Noblebeppu, » répondis-je.

« L’auberge de l’Oiseau Blanc ! C’est un bon endroit. Maintenant, si tu te demandes ce qu’il y a de si bon, c’est qu’il y a des sources chaudes. »

Sources chaudes.

Oui, des sources chaudes.

J’avais entendu dire qu’il y avait beaucoup de sources chaudes dans la république. La ville de Noblebeppu était l’une des rares régions de sources thermales du pays, ce qui était aussi l’une des raisons pour lesquelles nous l’avions choisie pour notre base d’opérations. Nous avions apparemment un nombre décent de sources thermales dans la région d’Amidonia de notre propre royaume, mais il y en avait peu dans les anciens territoires d’Elfrieden, et aucune d’entre elles n’était à proximité de la capitale Parnam.

Je voulais profiter de l’occasion pour utiliser Noblebeppu et ses célèbres sources chaudes comme base de nos opérations, et pour profiter des sources tout en approfondissant ma compréhension du pays. C’est la raison pour laquelle nous étions ici.

L’auberge de l’Oiseau Blanc, où nous allions rester un certain temps, était une auberge de voyageurs appartenant à un membre de la race des hommes-bêtes aigles blancs. De plus, moyennant un supplément, nous pouvions réserver les bains en plein air pour une heure par jour à l’usage exclusif de notre famille.

Quand les yeux aiguisés de Roroa avaient capté ce détail lors de l’enregistrement...

« Hé, hé, mon chéri. On n’en a pas souvent l’occasion, alors pourquoi ne pas réserver le bain et y aller en famille ? Par “nous”, je parle bien sûr de Grande Soeur Ai, Grande Soeur Juna, toi et moi » déclara-t-elle en souriant.

Étant un homme, il s’agissait d’une proposition tentante, mais je n’avais aucune idée de comment expliquer notre situation familiale à l’aubergiste, et je pensais que ce serait une mauvaise influence sur Tomoe, qui voyageait avec nous. Et, plus que tout... Je me sentais incroyablement gêné, alors j’avais donné à Roroa un coup du tranchant de la main ferme, mais non douloureuse à la tête.

Alors que je me souvenais de ça, Kuu s’était soudain mis une claque sur son genou.

« D’accord ! Je resterai aussi à l’Auberge de l’Oiseau Blanc ce soir ! » déclara Kuu.

Leporina poussa un cri étrange. « Whoa, que dis-tu, jeune maître !? N’as-tu pas une villa ici !? »

Mais Kuu avait fait un « Tutututu » et il agita un doigt vers elle. « Kazuma et ses parents veulent mieux comprendre notre pays, non ? Dans ce cas, il faut leur faire découvrir notre culture traditionnelle. »

« Culture traditionnelle ? » lui avais-je demandé.

« Oookyakya ! » Kuu gloussa de joie. « Dans ce pays, quand des amis viennent de loin pour vous rendre visite, il est d’usage d’abattre un animal et d’organiser une fête. Toi et moi sommes déjà comme des amis, après tout ! Demandons à l’auberge d’organiser un festin ! »

Avec cela dit, Kuu m’avait placé son bras autour de l’épaule.

J’aurais dû me sentir un peu trop proche de la part d’un gars plus jeune, mais, pour une raison ou une autre, ça ne m’avait pas tant dérangé. Il n’y avait pas de malice derrière tout ça, et je pouvais dire que c’était comme ça qu’il était, donc je ne pouvais même pas me résoudre à me sentir comme, « Eh bien, je suppose qu’il n’y a rien à y faire... » C’était peut-être une sorte de charisme.

« J’apprécie l’offre, mais ne serait-ce pas un problème pour l’auberge de recevoir une demande soudaine comme celle-là ? » lui avais-je demandé.

« Oh, ne t’inquiète pas, je connais le propriétaire. Si je paie de l’argent et que je fournis moi-même les ingrédients, ce ne sera pas un problème. Leporina, va chez l’aubergiste et rassemble le matériel nécessaire, » déclara Kuu.

« Argh... Je comprends, mais, jeune maître, tu es un tel esclavagiste, » se plaignit Leporina. « Tu m’envoies déjà chez ton père demain... »

Kuu s’en était bien moqué. « Pendant que tu fais les courses, tu peux aussi acheter ce vin de cerise cher que tu aimes. »

« Je m’en occupe tout de suite ! » Avec un salut, Leporina s’était levée et était partie en courant de l’atelier.

Kuu était étonnamment doué pour s’occuper de sa subordonnée.

Kuu se tourna vers la femme près de lui. « Taru, tu viens aussi à la fête. Après tout, plus on est de fous, plus on rit. »

« Franchement, imbécile de maître, tu es tellement difficile à gérer. » Taru accepta avec résignation. Cependant, ses oreilles d’ours blanc frémissaient un peu.

Serait-ce que les oreilles de l’ours des neiges fonctionnaient de la même façon que les queues de la race des loups mystiques ? Si c’est le cas, malgré l’attitude froide qu’elle avait affichée, il se pouvait qu’elle eût été enthousiaste par l’idée.

Dans tous les cas, le festin impromptu avait été organisé.

Le soleil se couchait, et un grand tapis dans le grand hall de l’Auberge de l’Oiseau Blanc était rempli d’assiettes contenant divers plats. La majorité contenait de la viande, de la viande, de la viande, de la viande... Un assortiment de plats de viande. L’aubergiste de la race des aigles blancs était en train de déposer une autre grande assiette avec un nouveau plat de viande.

La race des aigles blancs était, comme son nom l’indiquait, des hommes-bêtes avec des ailes sur le dos, mais leurs ailes étaient brunes du milieu vers l’extérieur, de sorte que cela ne donnait pas l’impression qu’elles appartenaient à des anges. Pour les hommes, leurs visages étaient de véritables visages d’aigle, ressemblant à des représentations mi-homme, mi-animal, de dieux provenant de peintures murales de l’Égypte antique.

En regardant l’aubergiste préparer la nourriture, j’avais parlé à Kuu, qui était à côté de moi. « Je vois beaucoup de plats de viande... »

« C’est comme ça que sont nos fêtes. En général, nous abattons notre bétail, puis nous mangeons la viande, » déclara Kuu.

« C’est de la nourriture de fête, non ? Quel est votre régime alimentaire normal ? » demandai-je.

« En plus de la viande, nous mangeons des fruits de mer, du poisson et des produits laitiers. Nous avons des pommes de terre, mais les fruits et les légumes ne peuvent être récoltés que dans certaines régions du Nord, donc ils sont rares et coûteux, » déclara Kuu.

« Hmm..., » murmurai-je.

S’il disait qu’il y avait une demande de légumes, on pourrait probablement développer une route commerciale et les exporter ici. Comment avaient-ils eu leur vitamine C et tout ça ? J’avais lu dans un manga qu’il y a longtemps, les marins souffraient du scorbut à cause d’une carence en vitamine C, et c’était très dur pour eux.

« Le manque de légumes ne vous rend-il pas tous malades ? » lui avais-je demandé.

« Hein ? Je n’ai jamais entendu parler de ça. On n’est pas souvent malades. Nous n’avons pas vraiment de raison d’avoir peur de la mort en raison de la maladie. On a plus peur de mourir de froid, » déclara Kuu.

« Hmm... »

Avaient-ils une façon particulière d’absorber ces nutriments ?

Pendant que je réfléchissais à tout cela, les préparatifs de la fête semblaient être terminés. Étaient présents pour l’occasion Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal, Kaede, et moi pour Friedonia, ainsi que Kuu, Taru, et Leporina pour Turgis, pour un total de dix personnes.

Quelque chose qui ressemblait à des gobelets de bois avait été distribué. Un pour chacun d’entre nous.

Quand j’avais regardé dedans, j’avais vu que la coupe contenait un liquide blanc. En la faisant bouger, j’avais vu qu’elle était juste un peu épaisse. Plutôt que du lait, on aurait dit du saké non raffiné.

« Un mystérieux liquide blanc... ? » avais-je murmuré.

« Ça ? C’est notre fameux lait fermenté, » répondit Kuu.

« Lait fermenté ? » demandai-je.

« C’est une boisson faite à partir de lait fermenté de yak de neige » (c’était apparemment un animal poilu ressemblant à une vache qui vivait dans ce pays) « Donc c’est du lait fermenté. Il a un goût fort, mais une fois qu’on s’y est habitué, c’est bon, tu vois ? » déclara Kuu.

« Fermentation..., » avais-je murmuré. « Si c’est du lait de yak, alors... des bactéries lactiques ? »

Maintenant que j’y pense, les bactéries lactiques n’avaient-elles pas la capacité de produire de la vitamine C ? Si je me souviens bien, cela faisait partie du processus de fermentation... Mais je ne m’en souvenais que vaguement. Se pourrait-il que les habitants de ce pays complètent leur apport autrement insuffisant en vitamine C avec cette boisson ?

Cela dit, une fois que tout le monde aurait reçu sa coupe, il avait été décidé que Kuu et moi porterions un toast. Avec tout le monde rassemblé autour de nous, lui et moi nous étions levés.

« Les longs discours avant un festin sont si grossiers. C’est pourquoi je serai bref. » Après avoir dit ça, Kuu se tourna vers moi, et leva sa coupe. « À nos invités de Friedonia ! »

En réponse à ces mots, j’avais aussi élevé ma coupe à Kuu. « Au peuple de Turgis ! »

Puis nous avions fait claquer nos gobelets ensemble.

« « Santé ! » » nous avions tous les deux déclaré ça.

« « « « « Santé ! » » » » » tout le monde a dit ça.

Puis la fête avait commencé.

« Maintenant, vas-y, goûte, » Kuu m’avait dit de le faire.

« D-D’accord..., » répondis-je.

J’avais essayé de boire le lait de yak de neige fermenté et il avait un goût étrange.

Il était plus fluide que son apparence ne le laisse supposer, mais... comment pourrais-je le décrire... ? C’était peut-être comme du yaourt nature à boire. Mais il avait aussi cette saveur alcoolisée. C’était mieux que ce à quoi je m’attendais, même de cette façon, mais j’avais l’impression qu’il avait meilleur goût avec du miel.

Tout le monde, sauf Tomoe, s’était léché les lèvres à cause de ce lait fermenté.

Soit dit en passant, dans ce pays, tout comme dans le nôtre, il n’y avait pas de loi imposant un âge minimum pour boire. Il semblait que la coutume voulait qu’à partir de quinze ou seize ans, les enfants puissent boire ouvertement en public. J’avais envisagé de mettre en place une loi appropriée, mais d’une certaine façon, cela faisait partie de la culture locale, alors je l’avais laissée tomber pour le moment. Si je m’en mêle inutilement, cela pourrait, après tout, susciter une réaction négative de la part du public.

Eh bien ! Si les gens prenaient conscience de leur santé, des voix s’élèveraient naturellement en faveur d’un âge minimum pour la consommation d’alcool. Je pourrais attendre d’avoir une loi d’ici là.

En buvant mon lait fermenté, j’avais regardé autour de moi.

☆☆☆

Partie 3

En examinant l’endroit le plus bruyant de la pièce, Aisha et Kuu étaient assis devant de grandes assiettes pleines de nourriture, en compétition pour savoir qui pouvait manger le plus et le plus vite pour une raison ou une autre. Il semblait que Kuu, influencé par la façon dont Aisha mangeait, l’avait défiée. La compétition était apparemment de voir qui pouvait nettoyer une assiette empilée haut avec de la nourriture en premier.

« « Miam, miam, miam, miam, miam, miam... » »

Ils empilaient désespérément de la nourriture dans leur bouche.

Dans un simple concours pour manger le plus possible, je n’aurais pas pensé qu’il était possible pour Aisha de perdre, mais, avec l’élément vitesse, qui l’aurait cru ? À première vue, la nourriture disparaissait de leurs assiettes à peu près à la même vitesse.

« Miam, miam, miam... » (Oookyakya, tu n’es pas mauvaise, pour quelqu’un d’aussi mince.)

« Miam, miam, miam... » (Vous aussi. Je suis impressionnée.)

Leurs yeux se croisaient de temps en temps, et quand ils le faisaient, ils semblaient avoir un échange du genre.

Ils étaient observés par une Roroa exaspérée et une Tomoe déconcertée.

« Franchement... Grande Soeur Ai. Pourquoi fais-tu un concours du mangeur le plus rapide ? » demanda Roroa.

« Aisha mange plus vite que jamais, » commenta Tomoe.

« Tomoe, ne la laisse pas te battre. Mange. Tu ne grandiras pas autrement, tu sais ? » déclara Roroa.

« Si je mange beaucoup, pourrais-je me développer comme l’est Aisha ? » demanda Tomoe.

« Ça doit être sympa de pouvoir se développer..., » déclara Roroa.

J’étais presque sûr que Tomoe parlait de taille, mais Roroa regardait sa poitrine avec des yeux de poisson mort. Elle avait dû être déprimée quand elle avait imaginé que notre petite sœur deviendrait plus grande qu’elle à l’avenir. Je pense qu’elle venait de choisir une personne démunie pour la comparaison, et ce n’était pas comme si elle n’en avait pas, mais... aborder le sujet avec elle trop profondément serait suicidaire, alors j’avais décidé de ne pas le faire.

Puis, regardant vers un autre endroit, Hal et Kaede buvaient avec Taru et parlaient de quelque chose. Hal avait posé une question alors qu’il servait un autre verre à Kaede.

« Taru, vous êtes forgeron, n’est-ce pas ? Savez-vous quelle sorte d’arme me conviendrait ? » demanda Hal.

« Quel genre d’arme voulez-vous ? » demanda Taru.

« Je me spécialise dans les armes recouvertes de flammes que je lance. Mais avec des lances ordinaires, elles brûlent après les avoir lancées une seule fois. Face à ça, les lances magiquement enchantées coûtent cher, donc je ne peux pas les jeter comme je le veux, et sur le champ de bataille, il y a beaucoup de problèmes pour les récupérer, » répondit Hal.

« Ça, et Hal monte souvent sur Ru... une grande créature, » ajouta Kaede. « Donc cela serait mieux avec une arme qu’il peut utiliser en se trouvant sur le dessus d’une créature comme ça. Comprenez-vous ? »

La grande créature sur laquelle Hal montait souvent était Ruby, mais elle n’en avait pas parlé. Si les autres apprenaient que Hal avait un contrat avec un dragon sans être de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, ils allaient se demander qui il était, alors elle avait gardé cette partie vague.

« Dans ce cas, il y a une arme appelée la Lance du Serpent Double. » Taru semblait avoir réfléchi pendant qu’elle en parlait.

« Lance du Serpent Double ? » demanda Hal. « Quel genre d’arme est-ce ? »

« C’est comme un serpent à deux têtes qui a une deuxième tête au bout de la queue. Il s’agit en gros d’une arme avec deux lances reliées à la base. Elles sont reliées à une fine chaîne, et si vous en utilisez une comme lance de lancer, vous pouvez tirer sur l’autre pour la récupérer. À l’origine, cette arme a été conçue pour quelqu’un montée sur une grosse bête comme l’imbécile de maître afin qu’il puisse attaquer les soldats à ses pieds, » déclara Taru.

« Hmm ! Ça ressemble à une arme géniale, » répondit Hal.

Hal semblait impressionné, mais Taru secoua légèrement la tête.

« C’est juste... que c’est incroyablement difficile à utiliser. La longueur de la chaîne peut être ajustée avec la magie d’enchantement, mais plus elle s’allonge, plus il faut de technique et de force pour l’utiliser. Elle n’est donc pas très utilisée, même dans notre pays, » déclara Taru.

« Je pense que ça devrait aller, » Kaede avait rajouté. « S’il y a bien une chose en laquelle Hal peut avoir confiance, c’est sa force. »

« Tu es dure... Tu n’aurais pas pu trouver une façon plus aimable de dire ça ? » demanda Hal.

« C’est l’amour qui me fait chercher une arme pour t’empêcher de mourir sur les champs de bataille, non ? » déclara Kaede.

« Argh... »

En voyant Hal se faire écraser verbalement par Kaede, Taru gloussa. « Si je me souviens bien, nous en avons un en stock à l’atelier. Je pense que ce serait une bonne idée de tester d’abord comment ça marche pour vous. Si vous l’aimez, j’accepterai une commande. »

« Oh ! Merci, je compterai sur vous, » déclara Hal.

« Nous allons accepter cette offre, vous savez, » ajouta Kaede.

Les trois avaient cogné leurs coupes ensemble. Un marché avait-il été conclu ? J’espérais qu’il trouverait une bonne arme.

Quant à ceux d’entre nous qui restèrent, Juna, qui jouait le rôle de ma femme était assise à côté de moi, et la lapine blanche Leporina versait les boissons. En partie parce que nous étions assis directement sur le sol, et non sur des chaises, cela me faisait penser à une réception à la japonaise dans une salle de tatami.

« Je suis désolée, » déclara Leporina en versant du lait fermenté dans ma coupe. « Normalement, divertir nos invités serait le travail de Maître Kuu... »

« Non, non, non, je suis extrêmement reconnaissant d’avoir un tel festin de bienvenue, » déclarai-je.

« Ça m’aide beaucoup de vous entendre dire ça. Oh, laissez-moi aussi m’occuper de votre femme, » déclara Leporina.

« Heehee. Je vous remercie. » Juna demandait également à Leporina de lui servir à boire. Elle avait l’air d’être de bonne humeur.

« Tu as l’air de t’amuser, Juna, » dis-je.

« Oui. On ressemble tellement à un mari et une femme maintenant, » répondit-elle.

« T-Tu le penses vraiment... ? » demandai-je.

C’était plutôt embarrassant. Leporina nous regardait avec un grand sourire.

Juna avait ramassé quelque chose qui se trouvait dans un pot voisin dans un bol en bois et me l’avait offert. « La cuisine d’ici est si nouvelle pour moi aussi. Cette soupe est délicieuse. »

« Oh, ouais ? D’après ce que j’ai vu... c’est comme de la soupe aux quenelles, » déclarai-je.

Il y avait des légumes racines et de minces boulettes blanches qui flottaient dans un bouillon semblable à de la soupe miso faite avec du miso rouge.

J’avais bu une gorgée, et une saveur inattendue s’était répandue dans ma bouche. Ce n’était pas de la soupe miso, c’était du ragoût de citrouille. Les quenelles étaient vraiment des quenelles, mais elles étaient minces et étirées. C’était comme... Comment dois-je le dire ? C’était comme un croisement entre le houtou et le ragoût de citrouille.

« Ce n’est pas le goût auquel je m’attendais, mais... c’est bon, » déclarai-je.

« Je suis d’accord, » Juna avait acquiescé. « D’une certaine façon, ça réchauffe le corps. »

« Heehee ! Ce ragoût de citrouille est un vieux standard dans notre pays, vous savez ? » Leporina expliqua avec empressement alors que Juna se léchait les lèvres. « C’est difficile de mettre la main sur les légumes-feuilles dans notre pays, mais on peut trouver beaucoup de citrouilles. C’est pourquoi nous avons une grande variété de plats à base de citrouille. Beaucoup de nos confiseries utilisent aussi de la garniture à la citrouille ou de la crème de citrouille. Cependant, ils utilisent beaucoup de sucre, de sorte qu’ils peuvent avoir un goût trop sucré pour ceux qui viennent de l’extérieur du pays. »

« Oh ? Vous avez beaucoup de sucre ? » lui avais-je demandé.

« Oui. Comme pour les citrouilles, on a aussi beaucoup de betteraves, » déclara Leporina.

Betteraves. Elle parlait de betteraves à sucre.

Comme leur nom l’indiquait, il s’agissait de l’une des plantes à partir desquelles on pouvait fabriquer du sucre. La plus grande partie du sucre qui circulait dans notre pays provient également de la betterave à sucre. Il y avait aussi le sucre d’érable, qui pouvait être récolté sur les érables. Comme la canne à sucre ne pouvait être cultivée que dans certains endroits du nord du royaume, il n’y avait pas beaucoup de sucre de canne en circulation.

Ils pourraient récolter beaucoup de betteraves dans ce pays, hein...

« La nourriture est l’un des endroits où une terre montre vraiment son caractère, » avais-je commenté.

« Vous avez tout à fait raison, » déclara Leporina. « Mais ce n’est que récemment que nous avons commencé à mettre des boulettes de quenelles dans le ragoût de citrouille, vous voyez ? Nous avons commencé à les mettre après qu’un marchand amidonien nous ait dit que vous pouviez manger la racine de la plante du lys séduisante. »

« Attendez, était-ce des boulettes de lys utilisant la racine du lys !? » demandai-je.

« Tout à fait. Il semble qu’une divinité connue sous le nom de Seigneur Ishizuka, le Dieu de la Nourriture, descendit sur Amidonia et leur enseigna qu’elles étaient comestibles. Grâce à cela, nous avons pu manger une soupe qui était autrefois un plat d’accompagnement comme plat principal. Nous devons rendre grâce à ce dieu, » déclara Leporina.

« « ... » » Nous étions tous silencieux.

Je n’aurais pas pensé que la culture alimentaire que nous répandions en Amidonia atteindrait aussi ce pays.

De plus, Poncho avait été élevé à la divinité en tant que Dieu de la Nourriture, non seulement en Amidonia, mais ici aussi... Les rumeurs avaient tendance à exagérer, mais au rythme où ça se passait, je me demandais si quelqu’un pourrait construire un temple pour le dieu Ishizuka.

Oh, Poncho, où allez-vous ? Il ne le savait probablement pas lui-même.

Kuu était venu en se caressant le ventre. « Hé, vous deux. Vous amusez-vous ? »

« Oui, merci, » déclarai-je. « Et toi ? Le concours de bouffe est-il terminé ? »

« Oookyakya ! Cette fille est coriace. Manger vite est une chose, mais je n’avais aucune chance contre elle quand il s’agissait de quantité. Je suis choqué qu’elle puisse en emporter autant et manger encore plus. »

Aisha avait-elle gagné le concours ? Eh bien ! Rétrospectivement, ça semblait être une conclusion évidente.

Kuu avait pris la coupe de Leporina et s’était placé à côté de moi. « Je m’occupe du reste, pour que tu puisses aller rejoindre les autres, Leporina. »

« D’accord, » Leporina fit signe de la main et alla là où se trouvaient Aisha et les autres.

Juna avait alors dit : « Je vais aussi aller voir Aisha et les autres, » puis elle avait quitté sa place.

On aurait dit qu’il n’y aurait que nous, buvant en tête-à-tête ici. On s’était servis à boire, puis on avait porté un toast.

Kuu avait bu son verre en une gorgée, puis il avait ri avec joie. « Ouf ! L’alcool que tu bois à un festin possède un goût spécial. »

« Cette réplique n’est-elle pas un peu trop vieille pour un garçon de 15 ans ? » avais-je commenté.

« Oookyakya ! Ne t’inquiète pas pour ça. Le fait de mettre de côté l’âge et le rang est la seule façon de faire la fête, » déclara Kuu.

« ... Ah oui ? » demandai-je.

 

 

J’avais servi un autre verre à Kuu. Et cette fois-ci, Kuu avait dégusté son verre, puis il m’avait tapé avec sa main sur l’épaule. Quoi ? Quoi ? Cherchait-il à se disputer avec moi ? C’était ce que je pensais, mais...

« Alors, comment c’est, Kazuma ? » demanda Kuu.

« Comment est quoi ? » demandai-je.

« Je parle de ce pays. T’amuses-tu bien ? » demanda Kuu.

J’y avais réfléchi un peu avant de répondre. « Oui. Je pense que c’est un bon pays. Il y a des sources chaudes, et les plats locaux et le lait fermenté sont délicieux. Vous avez aussi des artisans compétents, alors je pense que c’est un pays attrayant. »

« Oookyakya ! Oui, c’est bien vrai. J’aime aussi ce pays. » Kuu avait fait un autre rire gloussant, puis il avait pris une expression plus sérieuse. « Honnêtement... je pense que c’est un bon pays, tu sais ? Nous mettons notre bétail au pâturage l’été et nous faisons d’excellents travaux manuels à l’intérieur l’hiver. Il fait froid, mais les gens se rassemblent pour survivre dans ce pays. Mais il y a des personnes âgées entêtées qui semblent vouloir s’étendre vers le nord. »

J’étais silencieux.

J’avais entendu dire que la République de Turgis avait une politique nationale d’expansionnisme vers le nord. En effet, à l’époque où notre pays avait été secoué par des problèmes internes et un conflit avec la Principauté d’Amidonia, ce pays avait rassemblé des troupes à la frontière pour montrer leur intention de nous envahir. Bien qu’il n’y ait pas eu de conflit direct entre nos nations, j’avais été surpris de trouver quelqu’un dans la République de Turgis qui pensait comme Kuu.

« D’ailleurs, même si nous prenons la terre vers le nord, nous ne pouvons pas la tenir, » poursuit Kuu, croisant les bras et hochant la tête. « Dans le monde extérieur, la puissance aérienne comme les wyvernes est la plus efficace, non ? Une terre froide comme la nôtre n’est pas adaptée à l’élevage des wyvernes. C’est un plus lorsqu’il est difficile pour d’autres de venir nous envahir, mais il est impossible de couper une partie du territoire d’un pays voisin sans l’aide de wyvernes. Peu importe nos efforts, on prendrait peut-être une ville ou deux au plus. De plus, lorsque l’hiver arrivait, la neige fermait le contact avec le continent et il sera donc difficile de les entretenir. »

Son comportement stupide le rendait difficile à appréhender, mais il avait une compréhension incroyablement précise de la situation de son pays. En lui parlant, j’avais aussi senti un charisme qui attirerait les individus vers lui. Si Kuu était né dans la famille royale d’un royaume avec une meilleure situation territoriale, il serait peut-être devenu une perle rare.

Kuu avait encore avalé son lait fermenté en une gorgée. « Écoute, Kazuma, je pense sérieusement que ce pays a sa propre façon de devenir prospère. On n’est pas obligés d’aller au nord. Ce pays a le pouvoir sous-jacent de se développer. C’est ce que je ressens. »

« J’ai l’impression de comprendre, » avais-je dit avec modération.

« Vraiment, hein ? » déclara-t-il en riant. « Je suis content que tu comprennes ! Espérons que les négociations entre mon père et ton roi se passent bien ! »

« Oui. Je suis sûr... que la réunion sera significative pour les deux parties, » déclarai-je.

Sur ce, nous avions une fois de plus cogné nos gobelets ensemble.

☆☆☆

Chapitre 4 : Connaître une personne

Partie 1

Une fois les négociations terminées, il avait été décidé qu’une réunion aurait lieu dans dix jours, dans le plus grand secret, à l’auberge où nous étions logés à Noblebeppu.

Les raisons de ce secret étaient pour une question de sécurité et le fait que la tenue de pourparlers ouverts nécessiterait l’approbation du Conseil des Chefs. Si nous prenions notre temps, cette permission nous serait probablement accordée, mais nous ne voulions pas nous donner la peine de le faire.

Quoi qu’il en soit, une date avait été fixée, et Hakuya et le père de Kuu s’occupaient du reste des détails entre eux.

Quant à nous, nous n’avions rien de particulier à faire d’ici là, alors nous avions décidé d’explorer le pays comme prévu initialement. Kuu s’était après tout déjà porté volontaire comme guide.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous étions venus à Moran, un port de pêche près de Noblebeppu.

Les sept membres du groupe comprenaient moi, Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Kuu et Leporina.

Hal et Kaede avaient dit qu’ils seraient à l’atelier de Taru, pour vérifier une arme qui pourrait être utilisée par Hal, et ils étaient partis de leur côté.

Maintenant qu’il était chevalier dragon, Hal était l’atout de la Défense. Parce qu’il était très important pour Hal d’avoir une arme qui lui permettrait d’exercer pleinement sa valeur, j’avais été heureux de lui donner la permission de se séparer de notre groupe.

« Wôw..., » s’écria Tomoe en marchant dans la ville de Morlan. « Grand Frère ! Il y a quelqu’un de très grand ! »

C’était vrai. Au cours de nos promenades dans la ville, nous avions parfois vu des gens extrêmement grands. Ils devaient faire plus de deux mètres de haut.

En plus d’une hauteur qui ferait éclater leur tête à travers les toits de toute maison de taille moyenne, ils avaient tous un physique très rondouillard, comme s’ils étaient de gros lutteurs de sumo.

Quoi qu’il en soit, même en se promenant, ils donnaient une forte impression. J’avais peur qu’ils écrasent la petite Tomoe sous leurs pieds.

Voyant à quel point nous avions l’air surpris, Kuu s’était amusé et il avait ri. « Oookyakya ! C’est une surprise de les voir pour la première fois, hein ? Ce sont des membres de la race des morses. »

La race des morses, hein...

Maintenant qu’il l’avait mentionné, les grandes personnes qui se trouvaient être des hommes avaient deux défenses qui sortaient de leur bouche. Avec les femmes, j’avais seulement fini par penser, leurs canines sont longues.

« Les membres de la race des morses gagnent leur vie dans l’industrie de la pêche, » déclara Kuu. « Les membres de la race des ours des neiges comme Taru sont aussi de bons nageurs, mais ils ne sont pas à la hauteur de la race des morses. Ce sont des individus qui, quand l’eau est gelée en hiver et qu’ils ne peuvent pas sortir les bateaux, brisent la glace pour plonger et aller pêcher. »

Plonger dans la mer gelée !? C’était incroyable. Personne n’avait de combinaisons étanches dans ce monde, alors c’était étonnant qu’ils ne soient pas gelés à mort...

Oh, attends, j’ai compris. C’est pour ça qu’ils sont bâtis comme ça, pensai-je.

La graisse sous leur peau leur procurait une isolation accrue, ce qui en faisait une race spécialisée pour agir dans l’eau glacée. Était-ce le résultat d’une évolution pour s’adapter à leur environnement, ou bien était-ce que seules les races adaptées à l’environnement ont réussi à aller de l’avant dans ces contrées ? La question m’avait fasciné.

Lorsque nous avions suivi Kuu jusqu’à la plage, nous avions pu voir un groupe de morses se rassembler autour d’un feu.

Kuu s’approcha et les appela. « Hé, les gars ! Est-ce un barbecue sur la plage ? »

« Oh ! Jeune maître, » déclara l’un des hommes. « Ouais. Nous avons apporté un gros chargement de mollusques, de crevettes et d’autres produits du genre aujourd’hui, alors nous nous demandions la manière dont nous allions faire la fête toute la journée. »

Après une inspection plus poussée, j’avais vu qu’il y avait un filet posé sur le dessus du feu de camp des hommes morses, et une variété de mollusques rôtissaient dessus. Il y avait des bivalves en forme de palourdes qui s’étaient largement ouverts et des bulles s’échappant d’une variété à coquille spiralée qui ressemblaient à un coquillage. Combinées au parfum de la mer, elles avaient l’air incroyablement délicieuses.

En les regardant, Kuu avait ri joyeusement. « Oookyakya ! C’est sympa ! En fait, je suis en train de faire visiter les lieux à des invités de l’étranger. Nous fournirons l’alcool. Alors, laissez-nous vous rejoindre. »

Les hommes avaient applaudi quand ils avaient entendu la proposition de Kuu.

« Oh, le pensez-vous vraiment ? »

« Très bien ! On peut beaucoup boire maintenant ! » déclara Kuu.

Kuu s’était retourné, avait sorti un sac de sa poche et l’avait jeté à Leporina. C’était apparemment son portefeuille. « Leporina ! Trouve-nous un baril de vodka de pommes de terre avec ça. »

« Quoiiii !? » Leporina cligna des yeux face à l’ordre de Kuu. « Un tonneau... ? C’est trop ! Ce sera trop lourd pour que je puisse le porter toute seule ! »

« Si c’est trop lourd, roule-le, » déclara Kuu.

« Ce n’est pas justeeeee..., » déclara Leporina.

Leporina était à la merci des idées soudaines de Kuu.

Je me sentais mal quand je la voyais courir comme une folle à cause de son chef, alors j’avais décidé d’offrir un peu d’aide. « Aisha. Désolé, mais pourrais-tu aller avec Leporina et porter le tonneau pour elle ? »

Je me sentais mal de forcer quelqu’un d’autre à le faire, mais Aisha pourrait probablement soulever un baril ou deux avec facilité.

Elle martelait fièrement sa cuirasse. « Laissez-moi faire. Allons-y, Madame Leporina. »

« Whuh !? »

Aisha traîna une Leporina encore abasourdie.

En les regardant partir, Kuu gloussa. « Oui, je suis sûr que cette elfe sombre peut soulever un baril ou deux d’alcool sans problème. »

« Peux-tu voir ça ? » lui avais-je demandé.

« Eh bien, ouais. Je pense que même moi, je pourrais me battre contre ton pote roux, mais... cette fille donne l’impression d’être dans une autre dimension. » Kuu avait fait tourner son bras en rond. « Du moins, ce n’est pas un niveau de puissance qu’un aventurier ordinaire possède. Est-ce une commandante militaire dans le royaume ou quoi ? »

« ... Aucun commentaire, » déclarai-je.

« Je la veux comme vassale..., » déclara Kuu.

« Tu ne peux pas l’avoir, » répliquai-je.

« Oookyakya ! Oh, ouais ? » demanda-t-il.

Pendant qu’on parlait, les coquillages rôtissaient. Puis l’un des pêcheurs morses avait pris quelque chose d’une couleur blanc laiteux dans un bocal et l’avait mis sur les coquillages.

« Qu’est-ce que c’est ? » lui avais-je demandé.

« Du beurre fait à partir du même lait de yak que celui que nous utilisons pour faire du lait fermenté, » répondit l’homme. « Quand on mange des fruits de mer par ici, on verse de l’alcool dessus pendant la cuisson, puis on met ce truc sur le dessus quand c’est fait. »

C’était logique. Du beurre, hein. Comme avec les pétoncles frits au beurre ou les palourdes à col court. Les fruits de mer et le beurre allaient bien ensemble.

Le pêcheur avait ensuite décortiqué des mollusques et des crustacés qui étaient probablement des pétoncles puis avait placé du beurre dessus. Il les avait offertes à Kuu et à moi. « Allez-y, jeune maître. »

« Vous aussi, visiteurs, » déclara un autre homme. « Ne vous retenez pas. Mangez à votre faim. »

« Bien sûr que oui ! » s’écria Kuu.

« Merci, » avais-je ajouté.

Nous avons remercié les pêcheurs et nous les avions acceptés. Immédiatement, le parfum de la mer et l’arôme du beurre me chatouillaient les narines.

Oh, je ne sais pas comment le décrire... Ce fut une expérience très nostalgique. Cela me rappelait les brochettes de buccins qu’on vendait dans les petites échoppes des festivals. Je n’avais jamais pensé que je voulais les manger régulièrement, mais quand je passais devant ces étals et que je sentais cet arôme, je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter. C’était le sentiment que j’avais maintenant.

J’avais utilisé la fourchette qu’on m’avait donnée pour les manger. Oui, c’étaient des pétoncles au beurre. Le goût du beurre et des pétoncles était intact, et il s’agissait des meilleurs pétoncles au beurre que j’aie jamais mangés.

J’avais involontairement poussé un gémissement d’appréciation. « Ils sont bons... »

« Je sais, n’est-ce pas ? » Kuu accepta avec joie. « Les faire frire sur la plage et ensuite les manger avec du beurre fait partie de notre culture alimentaire. »

« Je vois, » dis-je.

La culture culinaire, hein ? Je n’allais pas le laisser me surpasser.

J’avais appelé Roroa, qui regardait avec grand intérêt l’un des pêcheurs planter une brochette de métal sur une coquille en spirale, la tordant pour en extraire la viande et les organes.

« Hé, Roroa ! » déclarai-je.

« Hm ? Qu’est-ce qu’il te faut ? » Roroa avait trotté jusqu’à moi.

« As-tu ça sur toi maintenant ? Tu sais, le truc que tu as mis dans un conteneur en métal et ramené de chez nous ? » demandai-je.

« Ohh, je crois que c’est dans les bagages que j’ai apportés en ce moment. » Roroa fouilla dans le sac d’équipement de voyage qu’elle avait apporté depuis le chariot. Puis, sortant un récipient en métal de la taille d’une boîte à lunch, elle avait demandé : « Est-ce ça ? » et elle me l’avait donné.

Kuu le regarda avec curiosité. « Oookya ? C’est quoi cette boîte ? »

« Elle contient un assaisonnement que nous avons apporté de notre pays, » déclarai-je.

Quand j’avais ouvert le récipient en métal, il était rempli d’une pâte épaisse, de couleur brun jaunâtre.

« Assaisonnement ? » demanda Kuu.

« Oui. Ça s’appelle du miso, » annonçai-je.

Le contenant contenait le miso que j’avais fait faire aux loups mystiques de chez nous.

Comme les Japonais voulaient apporter des ramens instantanés ou de la soupe miso quand ils partaient à l’étranger, j’avais apporté du miso et du konbu pour produire du bouillon pendant ce voyage. Avec un peu d’eau et les légumes que j’avais sous la main, je pouvais de cette façon faire de la soupe miso n’importe où. Si j’avais de la viande, je pourrais ajouter ça aussi.

Après ça, j’avais ramassé une cuillerée de miso et j’en avais mis une petite quantité sur mes pétoncles au beurre. Les pétoncles au beurre avaient maintenant évolué vers des pétoncles au beurre et au miso.

Je les avais un peu remués, puis je les avais offerts à Kuu. « Donne-moi le bénéfice du doute et essaye-les, d’accord ? »

« ... B-Bien sûr, » déclara Kuu.

Kuu avait pris l’un des morceaux de pétoncles et l’avait mis dans sa bouche. L’instant d’après, les yeux de Kuu s’ouvrirent alors qu’il était en état de choc. « Qu’est-ce que c’est que ça ? La saveur est super complexe maintenant ! Non, c’est délicieux ! C’est délicieux, mais je ne peux m’empêcher d’en vouloir avec de l’alcool ! »

« Hehe hehe hehe, » avais-je souri. « Qu’est-ce que tu en dis ? Que penses-tu de la culture alimentaire de mon pays ? »

Je l’avais dit avec confiance, et après un moment d’abasourdissement, Kuu avait laissé échapper un rire amusé.

« Oookyakya ! Je vois ! Tu te sentais en compétition parce que j’ai mentionné la culture alimentaire tout à l’heure ! Tu m’as, cette fois ! »

« Je dirais que je n’ai fait qu’égaliser le score, » avais-je dit. « Je pense que les faire frire sur la plage est une bonne culture à avoir. »

« Oookyakya ! Il n’y a aucun doute là-dessus ! Ohh ! Quand est-ce que l’alcool va arriver ici ? » demanda Kuu.

Pendant qu’on parlait, Leporina et Aisha étaient revenues. Leporina portait un petit tonneau et Aisha en portait deux gros.

Après cela, Hal, Kaede et Taru nous avaient rejoints, et nous avions fait une grande fête sur la plage.

La vodka de pommes de terre que Kuu fournissait était apparemment très forte, et au coucher du soleil, tout le monde était trop excité. Certains avaient même commencé à se relâcher un peu trop.

Les hommes morses avaient commencé à danser et à chanter ce qui était soit une chanson délirante, soit un hymne. Je ne pouvais pas vraiment dire laquelle c’était. La façon dont ils s’étaient tortillés, c’était presque comme s’ils étaient des danseurs du ventre.

« Comment danse un morse sous la mer ? »

« Oh ! Il danse avec vaillance, vacillance, vacillanceeeeee ! »

Un peu plus loin, un Hal qui était une personne qui ne buvait pas normalement d’alcool faisait une sorte de danse du feu avec deux morceaux de bois enduits de flammes.

« Très bien ! Je suis tout excité ! » cria-t-il.

Une Kaede tout aussi ivre gloussait et tournait autour de lui en le regardant.

« C’est super, tu sais ! Hal ! » cria Kaede.

Pendant ce temps, un Kuu ivre avait une Tomoe heureuse sur les épaules.

« Oookyakya ! Viens, c’est tout, » déclara Kuu.

« Hahahahahaha ! Je suis si haute ! » déclara Tomoe.

Vu sa bonne humeur, Tomoe était peut-être aussi ivre. Naturellement, je ne l’avais pas laissée boire une gorgée d’alcool, mais peut-être qu’elle s’était soûlée à cause de l’odeur, ou que l’alcool utilisé pour les mollusques ne s’était pas complètement évaporé. Quoi qu’il en soit, j’avais échoué dans mon rôle de tuteur. Si Liscia avait entendu parler de ça, j’aurais droit à des remontrances.

À côté d’eux, peut-être sous l’impulsion de Kuu, une Aisha ivre portait Juna sur ses épaules.

« Ha ha ha ha ha ! On s’amuse bien, Madame Juna ! » déclara Aisha.

« R-Rete... ne-toi, Aisha ! Pose-moi, s’il te plaît ! » demanda Juna.

Juna n’avait pas l’air si ivre que ça, mais son visage était rouge de gêne à cause de toute l’attention qu’on lui accordait.

Je m’étais servi un autre verre et j’avais regardé le chaos se rependre progressivement sur toute la plage.

« Mweheheheh, mon chéri. » Roroa s’était lovée contre moi par-derrière. Alors qu’elle posa son menton sur mon épaule, elle s’était mise à frotter sa joue contre moi. C’était un geste mignon, comme un chat, mais elle sentait un peu l’alcool. « Bois-tu comme il faut, mon chéri ? »

« Je bois, » répondis-je. « Mais toi, Roroa... es-tu sûre de ne pas en avoir bu un de trop ? »

« Mweheheheheh. » Elle avait un verre dans une main et une coquille dans l’autre. Ils étaient tous les deux déjà vides, donc le fait qu’elle n’était pas sur le point de les relâcher était la preuve qu’elle était déjà bien saoule.

« Hé, Roroa..., » avais-je commencé.

« Zzzzz... »

« Attends, c’était trop rapide ! On était en train de parler ! » déclarai-je.

Roroa ronflait doucement avec son menton reposant sur mon épaule.

Il y avait une petite bave qui sortait de sa bouche, mais... J’avais décidé de faire comme si je ne l’avais pas vue. N’ayant pas d’autre choix, je l’avais fait tomber de mon épaule, et je lui avais laissé emprunter mes jambes croisées comme oreiller.

« Ronronner... »

« ... »

Franchement... Elle avait l’air si heureuse alors qu’elle dormait. En caressant la tête de Roroa, j’avais regardé le boucan stupide de Kuu et les autres qui étaient encore en train de s’agiter. Ils buvaient, mangeaient et faisaient la fête ensemble en criant des absurdités.

Après avoir partagé ce moment de plaisir ensemble, une certaine chose avait commencé à prendre racine en moi.

J’y avais réfléchi en silence.

Puis, pour le faire disparaître, j’avais bu le verre que je tenais. Je ne me rendais pas compte, à ce moment-là, qu’il y avait des yeux qui me regardaient avec inquiétude.

☆☆☆

Partie 2

La fête à Moran s’était poursuivie jusqu’à tard dans la soirée, et nous y avions passé la nuit. Cela s’était passé ainsi parce que presque tout le monde était complètement saoul, et même si nous étions à proximité, c’était encore assez loin pour que nous devions utiliser des chariots pour retourner à Noblebeppu.

Finalement, nous avions tous fini par dormir par terre dans le grand hall d’une auberge où Kuu avait utilisé sa réputation pour nous faire entrer.

Ces difficultés mises à part, le jour suivant arriva.

Kuu, Juna et moi étions allés nous promener et avions visité le port de pêche près de la plage où nous avions fait la cuisine. Le reste du groupe avait la gueule de bois et était hors service.

Roroa, Hal et Kaede avaient été particulièrement touchés et Tomoe travaillait avec Aisha et Leporina, dont les symptômes étaient moins graves, pour les soigner. Il semblait que la vodka de pommes de terre de Kuu leur avait infligé une mauvaise gueule de bois à ceux qui n’avaient pas l’habitude de la boire.

Mais pourquoi allais-je bien ?

Je pouvais comprendre pourquoi Kuu, qui était habitué à ce genre de choses, allait bien. Et je comprenais pourquoi Juna, qui avait commencé à se retenir à un moment donné, allait bien. Mais pour une raison inconnue, je n’avais pas non plus la gueule de bois.

Je ne buvais que lorsque je participais aux banquets des nobles, ou lorsque je mangeais chez Poncho les jours où le travail me tenait occupé jusqu’à tard le soir et que je manquais le dîner. Je leur avais dit cela à tous les deux avec perplexité.

« Peut-être que tu résistes naturellement bien à l’alcool ? » suggéra Kuu.

Je résiste bien à l’alcool, hein ? Était-ce un truc génétique ?

Mais, en y repensant, je m’étais souvenu que mon grand-père pouvait être un mauvais buveur. Je me souvenais vaguement à plusieurs reprises qu’il s’était soûlé après avoir bu beaucoup d’alcool lors d’une fête avec ses copains. Il n’était pas rentré chez lui parce que la police l’avait arrêté et il avait ensuite reçu des réprimandes de ma grand-mère le jour suivant.

« Est-ce vraiment quelque chose de naturel dans le fonctionnement de mon corps ? » avais-je murmuré.

« Ah..., » Juna détourna rapidement le regard.

De quoi s’agissait-il ?

« Juna ? » demandai-je.

« ... Qu’est-ce qu’il y a ? » Juna m’avait affiché son sourire calme habituel. Cependant, ses joues avaient l’air de bouger un peu.

J’avais regardé son visage. « Il y a un problème ? »

Juna avait ouvertement détourné les yeux. Pour Juna, qui laissait rarement transparaître ses émotions, elle semblait anormalement mal à l’aise.

C’était suspect.

« Sais-tu quelque chose ? » avais-je insisté.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle.

J’avais regardé Juna, qui essayait d’esquiver la question.

« Ce doit être à cause de l’uwabami, » dit-elle enfin, en détournant les yeux.

Un uwabami... Était-ce un gros buveur, non ? Peut-être que c’était à cause de ma constitution génétique... Attends, hein ? Elle avait dit que c’était à cause des uwabamis, et non pas que j’étais un uwabami, non ? Uwabami était un mot qui signifiait aussi un grand serpent, n’est-ce pas ?

Hmm, il y avait quelque chose qui me tracassait à ce sujet.

Pendant un moment, nous avions joué à un jeu du loup où j’essayais de regarder Juna dans les yeux et elle détournait le regard, mais Kuu avait ensuite montré du doigt la mer et avait commencé à parler.

« Hé, Kazuma. Peux-tu voir ça ? » demanda-t-il.

« Ça ? » J’avais regardé vers la mer pour voir ce qu’il voulait dire, et il y avait un objet blanc étendu sur l’horizon.

C’était de la glace ? Ce pays se trouvait à la pointe sud du continent. Pour le dire simplement, cela pourrait être la glace du pôle sud de ce monde. Comme les cartes étaient vagues, il n’y avait aucun moyen de savoir s’il y avait un continent sous la glace.

Kuu regarda directement en direction de la glace pendant qu’il parlait.

« Ce sont les îles de glace. Elles s’approchent progressivement de ce pays à la fin de l’été. Quand l’hiver arrive, la glace et cette plage sont reliées, et une fois qu’il neige, on ne peut pas dire ce qu’est la terre et ce qu’elle n’est pas. Cette mer se couvre de glace si épaisse qu’on pourrait la traverser en calèche sans qu’elle se brise. »

Kuu s’était assis sur la plage et avait croisé les jambes.

Puis, plaçant ses coudes sur ses genoux, il posa ses joues sur ses mains et regarda avec rancune vers le large. « Les grandes créatures marines détestent cette mer glaciale. C’est pourquoi les petits et moyens poissons se rassemblent, et c’est pourquoi notre pays regorge d’endroits pour pêcher. Mais cela signifie aussi que les grands navires ne peuvent pas entrer. »

« C’est dur, hein, » avais-je hoché la tête.

Les grands navires de ce monde possédaient de grandes créatures marines tels que des dragons de mer qui les tiraient de la même manière que les chevaux tiraient une calèche. Si ces dragons de mer détestaient cette mer, c’était bien parce qu’ils ne seraient pas envahis par des marines étrangères, mais c’était aussi mal parce que les grands navires de transport ne pouvaient pas non plus venir ici. Ils pouvaient faire du commerce par des méthodes qui ne dépendaient pas des créatures marines ou de l’air, mais ce n’était qu’une option pendant l’été. Ce monde n’avait pas de navires-brise-glace capables de traverser les mers gelées de l’hiver.

« Il y a des limites à ce que le transport maritime pour le gros, et la voie terrestre pour la distribution pouvent faire, » déclara Kuu. « Les marchands ambulants ne viennent qu’en été, et comme la terre est recouverte par la glace pendant l’hiver, il est difficile de se déplacer. Si nous utilisons des créatures comme les numoths, nous pouvons transporter des choses même en hiver, mais il n’y en a pas beaucoup. La grande majorité d’entre eux ont également été élevés à des fins militaires. »

« Vous ne pouvez pas les transférer à des emplois dans le transport à la place ? » lui avais-je demandé.

« Ils sont notre seul moyen de mobilité en hiver. Si des monstres sortent d’un donjon, si des brigands attaquent un village, ou si un petit village a été isolé par une avalanche... nous avons besoin de leurs pattes pour nous y transporter dans des moments comme ça, non ? » déclara Kuu.

« Je vois..., » dis-je.

Alors, ils les utilisaient déjà au maximum qu’ils le pouvaient. Ils ne pourraient probablement pas les réaffecter à l’expédition.

Kuu se grattait vigoureusement la tête. « Ce n’est pas comme si je ne voyais pas pourquoi les vieux voudraient avancer vers le nord. Si nous pouvions aussi accueillir de grands navires de transport en hiver, cela contribuerait grandement à rendre cette terre plus prospère. Mais même si nous envahissions et prenions un port en eau chaude, qu’en adviendrait-il ? Tant que les difficultés du transport maritime ne changent pas, seule la zone autour de ce port bénéficiera du commerce. Envahir une terre qui va être difficile à entretenir comme ça ressemble à faire la cour à une belle femme dans tes rêves. »

Faire la cour à une belle femme dans tes rêves. Cela semblait être un dicton local, équivalent à appeler quelque chose une image de gâteaux de riz en japonais. Fondamentalement, peu importe à quel point vous avez travaillé dur pour séduire une belle femme que vous avez rencontrée dans vos rêves, cela n’avait aucun sens, et cela ne vous laisserait que le sentiment de vide.

Hmm... Méthodes d’expédition hivernales, hein..., je m’étais creusé la cervelle.

C’était aussi un problème pour notre pays, qui voulait faire du commerce avec ce pays. Si la période d’échange était limitée, cela limiterait les possibilités d’échange de marchandises. Les légumes semblaient être une bonne chose à exporter vers ce pays, mais de nombreux aliments frais ne se conservaient pas longtemps.

Nous avons le Petit Susumu Mark V (dispositif de propulsion de type Maxwell), de sorte que nous pouvons envoyer de grands navires même pendant l’hiver, me suis-je dit. Cependant, cela ne nous permettra pas de percer à travers la glace épaisse. J’ai des gens qui l’étudient, mais qui sait combien de temps il faudra pour produire un brise-glace comme le Garinko-go...

Pouvons-nous nous débrouiller avec ce que nous avons maintenant, d’une façon ou d’une autre ? Et si on mettait un mage sur le bateau et qu’ils se frayaient un chemin ?

... Non, c’était dur d’utiliser la magie en mer, n’est-ce pas ? La zone gelée était trop large, donc peu importe le nombre de mages que nous avions à bord, ils s’essoufflaient finalement. En attendant, si nous essayions de tenter le transport aérien, les courants d’air seraient trop violents, et les montures volantes ne seraient donc pas utilisables. De plus, comme la terre était recouverte de neige, si nous n’utilisions pas des créatures comme les numoths, le transport terrestre serait difficile.

Il n’y a pas non plus de chasse-neige. S’il y avait quelque chose comme des traîneaux, nous pourrions glisser par-dessus la neige... Attendez, n’aurions-nous pas besoin de numoths pour tirer ces traîneaux ? ... Hm ? Glisser par-dessus la neige ?

C’est là que je m’étais souvenu de l’existence d’une certaine chose.

Plus tôt, en pensant aux utilisations du Petit Susumu Mark V, il y avait quelque chose que j’avais développé presque entièrement comme une blague.

Peut-être qu’avec ça... ? avais-je réfléchi. Je suppose que je vais essayer de contacter Genia.

Je ne savais pas encore comment ça se passerait, alors plutôt que de lui donner de faux espoirs, j’avais décidé de ne rien dire à Kuu et de contacter le château royal en secret.

☆☆☆

Partie 3

Quand l’après-midi avait commencé, les membres du groupe avaient commencé à se sentir beaucoup mieux, alors nous avions décidé de retourner dans la ville de Noblebeppu. C’était déjà le soir quand la promenade en calèche s’était terminée.

Kuu disait que nous ferions une autre fête ce soir, mais comme la plupart d’entre nous n’avaient pas complètement éliminé l’alcool d’hier soir de leur système, nous avons poliment refusé et décidé de laisser nos estomacs et nos foies reposer pour la nuit.

Le tremblement de la voiture avait aggravé la gueule de bois de Roroa, Hal et Kaede, alors ils étaient allés dans leurs chambres dès que nous étions arrivés à l’auberge, et s’étaient couchés sans dîner.

Aisha avait emmené Tomoe faire le tour de la ville la nuit. Apparemment, elles allaient regarder les commémorations.

Laissés pour compte, Juna et moi n’avions parlé de rien de vraiment important et nous nous étions détendus.

Finalement, alors que je pensais qu’il ne me restait plus qu’à prendre un bain dans les sources chaudes et m’endormir, Juna avait soudain dit : « Oh, je viens de me rappeler quelque chose que j’avais besoin de faire. Excuse-moi, » et elle quitta la pièce.

Elle avait des affaires à régler à cette heure-ci ?

Était-elle peut-être partie à la recherche d’Aisha et Tomoe ?

Ayant été abandonné et laissé tout seul, je n’avais rien à faire, alors j’avais décidé de prendre un bain. Cette auberge avait un grand bain en plein air alimenté avec de l’eau qui coulait librement et qui était divisée en deux parties, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes.

Je m’étais rincé à l’eau chaude, puis j’étais immédiatement allé me tremper dans le bain.

Normalement, je voudrais me laver d’abord, mais les nuits étaient froides ici, et comme c’est un bain en plein air, si je n’entrais pas rapidement, j’attrapais froid et de mauvaises choses arriveraient.

Alors que je m’enfonçais dans l’eau fumante avec l’air extérieur froid, mon corps avait l’impression qu’il fondait agréablement.

Nous étions les seuls clients de l’auberge maintenant, et Hal était à peu près la seule autre personne qui pouvait venir du côté des hommes, alors j’avais pu me détendre sans avoir à me soucier des autres.

Ouf, il fait si chaud, pensai-je.

L’eau s’était infiltrée dans mon corps, emportant la fatigue que j’avais accumulée en voyageant.

En me penchant sur le bord du bain, je fredonnais la chanson des sources chaudes de Noboribetsu quand j’avais entendu quelqu’un marcher derrière moi.

Ce n’était pas depuis la direction du bain des femmes. Dans ce cas, Hal s’était-il réveillé et était-il venu au bain ?

Je pensais qu’en me retournant, mais...

Whouh !?

Il y avait Juna, nue qui se tenait derrière moi.

Dans sa main droite, elle avait un plateau et dans sa main gauche, elle tenait une serviette qui la couvrait à peine. Sa peau légèrement rouge et sa silhouette courbée et féminine s’étaient gravées dans mon esprit.

 

 

J’étais encore abasourdi par cet événement soudain lorsque Juna avait déposé le plateau et avait commencé à se verser de l’eau chaude dessus.

« Excuse-moi de me mettre à côté de toi, » déclara-t-elle en entrant dans le bain. Puis elle s’était assise si près de moi que nos épaules se touchaient. Sa chair blanche et douce était juste à côté de moi.

Une fois qu’elle s’était submergée avec de l’eau jusqu’aux épaules, elle avait relâché son souffle. « Ouf ! »

Ce soupir sexy m’avait finalement ramené à la raison. « E-Euh... Juna ? C’est le bain des hommes, le réalises-tu ? »

« J’ai demandé à l’aubergiste de nous le réserver pour une heure environ. Donc c’est bon, » déclara Juna.

Maintenant qu’elle en avait parlé, Roroa disait qu’il y avait un tel système.

« Non, mais c’est quand même gênant..., » déclarai-je.

« Heehee ! Où est le mal ? Après tout, nous sommes un couple, » alors qu’elle disait ça, Juna s’appuya contre moi. « Alors, s’il te plaît, n’hésite pas à m’appeler par un petit nom maintenant, chéri. On est seuls, alors je ne veux pas que tu sois si formel. »

« Mais avec toi, être poli semble naturel. » Avais-je objecté. J’avais quand même essayé de me détendre, comme elle le voulait. Hmm, ouais, c’était embarrassant. « En fait, je dois essayer activement de parler moins formellement. »

« Je pense qu’en ce qui concerne nos positions, il est tout à fait naturel que tu t’exprimes de manière informelle, » m’avait-elle dit. « Je sais que tu as dit que tu te sentais tendu avec les femmes plus âgées, mais tu appelles ma grand-mère Excel, n’est-ce pas ? »

« C’est parce que j’ai le sentiment plus fort qu’Excel est ma vassale. Je dois dire clairement qui est le maître en tout temps, sinon cette femme va me faire marcher sur les rotules. Mais avec toi, j’ai envie d’être très poli. Naturellement, ce n’est pas une tentative de te mettre à l’écart de mes autres fiancées ou quelque chose dans le genre. Tu es comme ma femme plus âgée qui est fiable. »

« Heehee ! Est-ce ce que je suis ? » Juna m’avait regardé avec un sourire calme alors que je faisais de mon mieux pour m’expliquer.

Juna avait tiré sur le plateau qu’elle avait apporté. Le plateau avait deux petits verres et une bouteille jaune pâle.

Elle m’avait donné l’un des verres et m’avait tendu la bouteille pour que je puisse voir. « D’abord, un verre. »

« Est-ce alcoolisé ? » demandai-je.

« Non. Vu ce qui s’est passé hier soir, j’ai opté pour du jus de fruits à la place. Ce jus est fait par presque le même procédé qu’un vin de cerise que Leporina dit aimer. Il semble que la seule différence soit d’ajouter de l’eau ou de l’alcool au sirop produit, » répondit Juna.

Alors qu’elle faisait cette explication, Juna m’avait versé un verre.

Alors que c’était du jus, cela ressemblait à de l’alcool, alors j’avais versé la boisson de Juna pour elle en réponse, comme le voulait la courtoisie habituelle.

Finalement, après m’être habitué à la vue de la peau blanche de Juna... eh bien, je n’étais pas fatigué de le voir, bien sûr, j’étais juste capable de me contrôler un peu mieux... nous avions porté un toast.

Puis, alors que nous trempions ensemble dans le bain, nous avions bu ensemble, le jus prenant la place du vin.

Pendant ce temps, je n’avais pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil à ces courbes qui étaient plus grosses que celle de Liscia. Sa peau mouillée possédait une brillance lustrée.

Juna l’avait remarqué, bien sûr. « Heehee ! Tu peux y aller et regarder. »

« S’il te plaît... ménage-moi, » murmurai-je.

Le jus n’aurait pas dû contenir d’alcool, mais j’avais la tête qui tournait. J’allais avoir des vertiges à cause de la chaleur en un rien de temps. Il y avait une bataille épique entre la luxure et la raison dans ma tête.

« Penses-tu à quelque chose ? » demanda soudain Juna.

J’étais sur les nerfs, pensant qu’elle avait réalisé à quel point ma tête était pleine de pensées lubriques en ce moment, mais Juna avait un regard sérieux dans ses yeux.

« Depuis le barbecue sur la plage, tu as quelque chose en tête. Aujourd’hui aussi... ton esprit semblait être ailleurs, » déclara Juna.

« Tu as remarqué ça, hein ? » demandai-je.

C’était vrai, j’avais quelque chose en tête depuis le barbecue. Non, il serait plus approprié de dire que j’étais confus à ce sujet.

Juna appuya sa tête sur mon épaule et me parla avec les yeux baissés. « Ça ne sert à rien de me dire ce que c’est. Cependant, si le fait de le dire à quelqu’un peut te rassurer, s’il te plaît, chéri, ne supporte pas le fardeau tout seul. Tu as des partenaires, y compris moi, avec qui tu peux tout partager. »

« Juna..., » déclarai-je.

De toutes mes fiancées, Juna était celle qui prenait toujours un peu de recul pour avoir une vue d’ensemble. Il était juste de dire qu’elle était la meilleure de toutes lorsqu’il s’agissait de faire preuve d’une grande attention. C’est pour ça qu’elle pouvait facilement percevoir les soucis que je croyais cacher.

Puis Juna avait pris un ton maussade comme une fille triste. « Je pensais que tu me le dirais de toi-même une fois qu’on serait seuls, tu vois ? Malgré cela, tu n’as rien dit. C’est pour ça que j’ai fait en sorte qu’on soit ensemble comme ça. Dans un endroit où rien n’est caché, j’ai pensé que tu pourrais aussi me dévoiler ton cœur. »

« Tu as tout fait avec ça en tête, hein ? » avais-je commenté. « Je ne suis vraiment pas de taille face à toi... »

« Heehee. »

Elle était mignonne quand elle boudait, alors je lui avais caressé le visage, et elle m’avait fait un sourire heureux. Elle avait tout vu, mais voir le sourire de Juna avait effacé toute frustration que j’avais à ce sujet.

C’est pourquoi j’avais révélé ce qui me concernait.

« Juna... Que penses-tu de Kuu ? » demandai-je.

« Sire Kuu ? Il a l’air un peu turbulent, mais je le trouve comme étant un jeune homme affable, » déclara-t-elle.

« Oui, » avais-je hoché la tête. « Il a lui aussi un mystérieux pouvoir d’attraction. Il sera un bon chef un jour, j’en suis sûr. S’il était expansionniste, il serait un ennemi que nous ne pouvons nous permettre de sous-estimer, mais Kuu est satisfait du développement interne. C’est le genre de dirigeant que je voudrais voir chez un voisin. »

« Cependant, rien de tout ça n’a l’air mauvais. » Juna inclina la tête sur le côté.

C’était vrai, ce n’était pas mal.

« S’il devient mon ami sous serment, il n’y a personne de plus fiable, » déclarai-je. « Avec le problème de la pêche illégale avec l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes à l’Est, l’Union des Nations de l’Est aux prises avec le Domaine du Seigneur Démon au Nord, l’imprévisible État Mercenaire de Zem et l’État Théocratique de l’Orthodoxie Lunarien à l’Ouest, cela serait beaucoup plus facile si on pouvait avoir, au moins au Sud Ouest, des relations amiables avec la République de Turgis. Cela nous donnerait aussi un lien terrestre avec notre allié secret, l’Empire du Gran Chaos. »

Elle écoutait en silence.

« Cependant, nous n’avons pas encore formé d’alliance. J’en ai trop appris sur Kuu avant que ça n’arrive, » déclarai-je.

J’avais regardé dans le verre que j’avais à la main.

« Quand nous buvions avec Kuu, Taru, Leporina et les autres habitants de ce pays et que nous agissions comme des idiots, c’était amusant. C’était amusant, mais j’ai aussi eu une autre idée. Si c’était le cas, pourrais-je me faire des ennemis de ces individus ? »

« Ennemis... ? » L’expression de Juna s’était assombrie.

Pourquoi ça viendrait ? Son visage semblait demander.

« Je pense que Kuu est un gars sympathique, » déclarai-je. « Mais en plus d’être un être humain, je suis également le représentant d’une nation. Je dois penser séparément à mes préférences en tant que personne et à mes préférences en tant que pays. »

« Est-ce parce que nous n’avons pas encore noué de relations cordiales avec la République de Turgis ? » demanda Juna.

« Si la République de Turgis devenait hostile à l’avenir, pourrais-je combattre le pays où vivent Kuu et son peuple... ? C’est à ça que je pensais, » déclarai-je.

Il s’agissait du vague souci que je ressentais.

« Lorsque j’ai décidé d’ouvrir les hostilités avec Amidonia, les plans de l’ennemi étaient déjà en marche, et c’était une situation de tuer ou être tué. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller dans cette guerre. Mais si j’avais su qu’il y avait des gens comme Roroa, Colbert et Margarita avant le début de la guerre, aurais-je pu prendre cette décision ? Même quand ça pourrait signifier perdre Roroa et les autres ? »

Elle était silencieuse.

« C’est la même chose cette fois-ci, » déclarai-je. « Si la république s’oppose à moi, ce sont mes vassaux et mon peuple, qui souffriront si je suis trop lent à décider. Sachant cela, puis-je encore me résoudre à le faire ? Je me suis peut-être trop attaché à Kuu et à ses amis. Je me sens inquiet, en pensant ça. »

Maintenant que j’avais révélé mes sentiments, Juna posa sa main sur ma joue.

« Juna ? » demandai-je.

« Je suis sûre que tu prendras la bonne décision, chéri. » Sa voix était infiniment calme et douce.

Puis Juna avait enroulé son bras autour du cou et m’avait serré contre elle. Surpris par la soudaineté de la chose, j’avais laissé tomber mon verre dans le bain. Mon bras gauche était enveloppé d’une douce sensation.

« Whoa, Juna !? »

« Je suis sûre que tu vas te débattre avec la décision. Tu le regretteras peut-être même par la suite, » chuchota Juna à mon oreille. « Cependant, même avec l’hésitation et le regret, tu es le genre d’homme qui fait ce qu’il a à faire. Je t’ai observé pendant tout ce temps. Je connais tes forces et tes faiblesses. Peu importe comment ton cœur crie que tu ne veux pas te battre, tu es le genre de personne qui peut se battre au besoin. »

J’étais silencieux.

« Si le choix te déchire le cœur, dis-le-nous. Nous porterons ensemble tes réticences, tes regrets et tes péchés comme une famille. Heehee ! Tu as cinq futures épouses, alors divisons-le en six parts égales ? » déclara Juna en me taquinant sur la dernière partie.

J’avais l’impression que mon cœur était un peu plus léger maintenant.

« Merci, Juna, » déclarai-je.

« Heehee ! Et aussi, le fait de penser à combattre la République de Turgis maintenant, c’est comme si tu t’inquiètes si un rocher pouvait rouler sur une montagne lointaine. Si tu fais ça, tu pourrais trébucher sur les rochers à tes pieds, tu sais ? »

« Hahahahaha, c’est vrai, » déclarai-je.

En regardant au loin, je trébuchais sur ce qui était à mes pieds, hein ? Elle avait tellement raison.

Plutôt que de penser à ce qu’il faut faire s’ils devenaient hostiles à mon égard, il valait mieux pour l’instant réfléchir à la façon d’empêcher que cela ne se produise. Si je ne voulais pas les combattre, c’était encore plus vrai. Oui... J’avais un but maintenant.

« Pour forger une alliance formelle, j’ai besoin de montrer un “gain” à tirer de l’établissement de relations amicales avec nous, et une “menace” afin de les faire hésiter à s’opposer à nous, » disais-je. « Je dois faire comprendre au père de Kuu que notre pays pourrait être un allié précieux, mais aussi un ennemi terrifiant. »

« Gain et menace, n’est-ce pas ? » déclara-t-elle. « Mais comment vas-tu faire ça ? Tu ne peux pas prévoir d’amener nos militaires à la réunion, n’est-ce pas ? »

« Ne t’inquiète pas. J’ai un certain nombre d’idées, » déclarai-je.

Contrairement à avant, mon esprit fonctionnait correctement maintenant.

C’était bien qu’au lieu de craindre qu’ils ne deviennent hostiles, je puisse maintenant décider de faire tout ce qu’il fallait pour les empêcher de le devenir. C’était grâce à Juna.

« Merci, Juna, » déclarai-je. « Grâce à toi, je pense que le chemin... Hein ? »

Soudain, ma vision s’était brouillée. Le monde tournait. Oh, merde, c’était vraiment mauvais.

« C-Chéri ? »

J’avais l’impression que j’avais des vertiges à cause de la chaleur. Maintenant que j’y pense, j’étais déjà dans mon bain bien avant l’arrivée de Juna.

La dernière chose que j’avais vue dans le monde qui tournait, c’était la peau blanche de Juna, et puis j’avais perdu connaissance.

 

☆☆☆

 

Quand je m’étais réveillé, j’étais sur le lit dans la chambre où je logeais.

Euh... Je me suis évanoui dans les sources chaudes, non ?

Je n’étais... pas nue maintenant.

Juna m’avait-elle porté et habillé ?

J’avais senti une légère brise sur mon visage. Alors que je regardais à côté de moi, Juna était assise sur le bord du lit et m'éventait.

« Juna ? » lui avais-je demandé.

« Oh, tu es revenu à toi ? » déclara Juna avec un regard de soulagement. « Tu t’es évanoui dans la source chaude, alors j’ai demandé au personnel de l’auberge de m’aider à te ramener dans ta chambre. Après tout, l’air extérieur était trop froid pour te sortir de la source et t’y soigner. »

« Je suis désolé. C’était embarrassant de ma part, » déclarai-je.

« Ne t’inquiète pas pour ça. Ça m’a donné l’occasion de regarder ton corps. » Juna avait levé la main sur sa joue et avait souri malicieusement.

Argh... Même si c’était dans les sources chaudes, j’étais vraiment gêné de penser qu’elle m’avait vu autant alors que j’étais inconscient.

Comme si elle avait compris mes sentiments les plus profonds, Juna avait ri. « Au fait, est-ce qu’on en revient déjà à ta manière d’être si poli avec moi ? »

« Ahh... Ouais, c’est plus naturel, » déclarai-je.

« Je vois, » déclara-t-elle. « Alors, détends-toi avec moi quand il n’y a que nous deux seuls. »

« C’est embarrassant de te voir le dire comme ça, mais... faisons-le, » déclarai-je.

Parler différemment quand on était seuls. J’avais pensé que ça pourrait aller.

« Au fait, Aisha et les autres sont-elles déjà rentrées ? » demandai-je.

« Non, pas encore. Tu n’es sorti de là que depuis dix minutes, » déclara-t-elle.

« J’étais... ? » demandai-je.

« Oui. Oui. Pour qu’on puisse faire des choses comme ça, » déclara-t-elle.

Juna se pencha vers moi, brossant ses beaux cheveux bleus, et elle pressa ses lèvres contre les miennes. Puis elle avait retiré son visage vers l’arrière et avait gloussé.

« On garde le fait qu’on a pris un bain ensemble. Cela sera notre petit secret pour un moment, d’accord ? » demanda Juna.

« Hein ? » demandai-je.

« Si Aisha et Roroa en entendent parler, je suis sûre qu’elles seront jalouses et qu’elles voudront se joindre à toi. Je veux que tu puisses te reposer, chéri, » déclara Juna.

J’avais compris ce qu’elle voulait dire. Donc, pour l’instant au moins, que ce soit notre secret.

☆☆☆

Chapitre 5 : Combattre ensemble

Partie 1

Il restait encore quelques jours avant ma rencontre avec le chef de l’État de Turgis, alors Kuu nous avait fait visiter les villes voisines.

Le fait d’aller dans des endroits inconnus, de voir comment vivaient les habitants du pays et identifier les similitudes et les différences entre eux et les nôtres était amusant. Chaque fois que nous avions trouvé quelque chose de nouveau, nous avions accueilli ces découvertes avec enthousiasme.

« Oh, qu’est-ce que c’est ? » avais-je demandé. « Je n’ai jamais vu ce genre de fruit avant. »

« Grand Frère, ils vendent des animaux bizarres par ici ! » Tomoe m’avait appelé. « Ils sont petits et mignons. »

« Voyons voir... Attends, Tomoe, ça ne dit pas qu’ils sont là pour être mangé ? » demandai-je.

« Les gens les mangent !? » s’écria Tomoe.

Tomoe et moi avions regardé autour de nous avec beaucoup d’enthousiasme, tandis que Juna et Roroa souriaient.

Ces jours de détente s’étaient poursuivis, mais aujourd’hui c’était différent.

Aujourd’hui, il restait deux jours avant la rencontre avec le chef de la république.

Il était encore tôt le matin, mais Kuu s’était précipité dans la chambre où nous étions. Il était essoufflé et avait l’air pressé. Derrière lui se trouvait Leporina, tout aussi essoufflée.

« Haaa... Haaaa... Ka-Kazuma…, » il haletait.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » lui avais-je demandé. « Vous êtes à bout de souffle. »

Quand je les avais invités à rentrer dans la pièce et que j’avais demandé à Aisha d’aller chercher de l’eau, Kuu avait levé la main pour m’arrêter et avait essayé de maîtriser sa respiration en disant : « C’est bon... Je n’ai pas besoin d’eau. Avant ça, j’ai une faveur à te demander. »

« Une faveur ? » demandai-je.

« Pour l’instant, peux-tu réunir tous tes hommes dans cette pièce ? » demanda Kuu.

En voyant une expression sérieuse sur Kuu comme je ne l’en avais jamais vu faire auparavant, j’avais rassemblé mes compagnons de voyage, malgré quelques réticences.

Nous étions neufs dans la chambre de quatre personnes : moi, Aisha, Juna, Roroa, Tomoe, Hal et Kaede, ainsi que Kuu et Leporina. Le fait d’avoir neuf personnes l’avait rendue terriblement à l’étroit, mais il avait dit « tout le monde », donc on n’avait pas pu faire autrement.

« Alors, Kuuie. Qu’est-ce que tu as en tête en nous rassemblant tous ici ? » demanda Roroa avec méfiance.

Il s’agissait du fils de leur chef d’État, alors j’avais pensé que c’était un peu exagéré de l’appeler Kuuie, mais... vu la situation tendue, j’avais décidé de faire comme si je ne l’avais pas entendu.

Kuu s’était levé et avait baissé la tête devant nous tous. Alors que nous étions encore tous surpris par la soudaineté de la situation, Kuu avait dit d’une manière emplie de désespoir. « Je vais être bref ! S’il te plaît ! Prête-moi tes gardes du corps ! »

« S’il vous plaît, faites-le. » Leporina se leva précipitamment et inclina la tête comme Kuu.

« Je suis désolé de mêler des étrangers à tout ça ! Mais quand même ! » cria-t-il.

« Calme-toi, Kuu, » déclarai-je. « Que s’est-il passé ? »

« Ah... ! C-C’est vrai, » déclara Kuu.

Kuu s’était finalement calmé. Avec une grande et profonde respiration, il s’était giflé les joues, peut-être pour se remonter le moral.

« Le fait est qu’un donjon jusque-là inconnu a été retrouvé près d’un village de montagne qui se trouve à environ deux heures de route au nord d’ici. Il semble que c’était une montagne, et quand il y a eu un glissement de terrain, l’entrée du donjon est apparue. »

Un donjon.

J’avais l’habitude qu’ils soient une chose dans les JDR, mais dans ce monde, un donjon était compris comme un lieu labyrinthique avec sa propre écologie. C’était aussi le seul endroit en dehors du Domaine du Seigneur Démon où l’on pouvait trouver des monstres. Mais les monstres trouvés dans de tels endroits avaient tous une intelligence au niveau des bêtes sauvages, et ils n’avaient rien à voir avec les démons sensibles trouvés dans le Domaine du Seigneur Démon. Il y avait un bon nombre de ces donjons sur ce continent.

C’est ce que je savais des donjons jusqu’à présent :

 

Ils existaient avec une grande variété de types et étaient habités par des monstres à faible intelligence.

La zone la plus profonde contenait ce qu’on appelait un noyau de donjon.

Tant que le noyau existerait, les monstres continueraient à apparaître, quel que soit le nombre de monstres vaincus.

Si le noyau était détruit, les monstres allaient cesser d’apparaître... et ainsi de suite.

 

Le lien entre les monstres et les noyaux de donjons était encore inconnu.

Cependant, les noyaux de donjon détruits pourraient être utilisés comme joyaux pour un Joyau de Diffusion de la Voix.

En plus des noyaux, il y a aussi eu des cas où d’autres artefacts et d’autres objets hors d’usage avaient pu être découverts.

Il y avait même des groupes qui avaient fait de l’étude des artefacts l’œuvre de leur vie. La maison Maxwell, à laquelle appartenait Genia la « Surscientifique », était l’une d’elles.

L’existence de tels artefacts avait causé une quantité folle de progrès dans la technologie de ce monde.

En outre, il y avait des aventuriers comme Dece et Juno qui gagnaient leur vie en explorant les donjons, et les villes voisines qui profitaient du rassemblement de ces aventuriers. Les différentes demandes se chevauchant, les donjons étaient considérés comme dangereux, mais aussi potentiellement rentables.

Kuu nous avait dit, alors que son visage indiquait comme s’il avait mordu dans quelque chose de désagréable, que l’un de ces donjons avait été découvert à deux jours d’ici en voiture depuis la capitale.

« Eh bien, je suis sûr qu’il y a des choses à gagner d’un donjon, » déclara-t-il. « Cependant, c’est quelque chose dont nous ne pourrons discuter qu’une fois que la sécurité des personnes dans les villages près de l’entrée est assurée. Après tout, on ne sait jamais ce qu’il y a dans un donjon nouvellement découvert. »

« Alors, quelque chose est sorti ? » lui avais-je demandé.

« Ouais. J’ai entendu dire que dix ogres, ou une autre créature du genre sont sortis de là, » déclara Kuu.

Des ogres ou une créature du genre, hein...

Les ogres étaient des Onis. Dans la mythologie japonaise, les Onis étaient une représentation symbolique de ceux qui ne se conformaient pas au système, et étaient dépeints comme puissants et terrifiants, mais d’une certaine manière tragiques. Cependant, dans la mythologie occidentale, il s’agissait de monstres humanoïdes mangeurs d’hommes, souvent des barbares ou des demi-hommes. D’après ce que j’entendais, ces ogres ressemblaient à ces derniers.

« À peu près au même moment où les habitants du village qui l’ont trouvé se sont précipités vers la capitale pour rendre compte de leur découverte, un peu plus de dix créatures semblables à des ogres sont sorties de là et ont attaqué le village, » déclara Kuu. « D’après ce que les gars qui se sont enfuis ont dit... ils les ont vus manger des personnes sans discernement. »

« Manger des personnes..., » avais-je murmuré.

Si les ogres attaquaient les gens sans discernement et les mangeaient, ce n’était pas différent d’une attaque par des bêtes dangereuses. Contrairement à une guerre menée dans un but précis, il n’y avait pas de place pour la négociation, et nous ne pouvions que les exterminer comme nous le ferions pour les animaux.

« Naturellement, nous mettons en place une force pour les abattre nous-mêmes, et nous avons demandé à la guilde de demander aux aventuriers de tuer les monstres qui sont sortis du donjon, mais... le temps est compté, » déclara Kuu. « Une fois qu’une bête a goûté à de la chair humaine, elle est sûre d’attaquer à nouveau les personnes. Ces choses vont être dans le même cas. On ne sait pas quand ils attaqueront un autre village. Je ne sais pas si ce sont des ogres, ou ce qu’ils sont, mais je ne les laisserais plus faire ce qu’ils veulent. »

Kuu avait l’air plus sérieux et héroïque que je ne l’avais jamais vu auparavant. Il était complètement différent du Kuu qui était toujours distant et qui riait. C’était sa colère en raison de l’attaque contre les habitants de son pays. Kuu avait agi comme si le fait d’être le fils de leur chef d’État ne signifiait rien pour lui, mais dans cette colère, j’avais l’impression de voir la fierté de celui qui se tient au-dessus des autres.

« Je vois, » déclarai-je, hochant la tête. « Vous devez éviter d’autres pertes. »

« Ouais. C’est ça, Kazuma. Je veux que tu m’aides ! » Kuu dit et inclina la tête une fois de plus. « Nous pouvons nous rendre rapidement au village d’ici. Je sais aussi que tu as des gardes du corps compétents sous la main. Surtout la jeune elfe sombre, et le type roux. S’ils étaient avec moi, ce serait rassurant. Penses-tu que tu pourrais leur demander de le faire ? »

Émotionnellement, je voulais l’aider, mais... Je risquerais la sécurité de ma famille, donc je ne pourrais pas dire oui si facilement. Je voulais un peu plus d’informations.

« Aisha ? » lui avais-je demandé. « Quelle est la force des ogres ? »

« Eh bien, ils ont la force d’écraser des rochers à mains nues, mais même des soldats ordinaires pourraient en vaincre un s’ils l’entouraient de dix hommes. Je pouvais le faire seule, » ajouta Aisha avec un rire confiant.

« On dirait qu’il y en a plus de dix, » déclarai-je. « Pouvons-nous combattre cela avec la force que nous avons sous la main ? »

« S’ils sont environ une dizaine, je ne nous vois pas échouer. Madame Juna, Sire Halbert et Madame Kaede sont tous de superbes combattants, et Sire Kuu est lui-même très habile, » déclara Aisha.

« Je vois..., » dis-je.

Dans ce cas, si nous pouvions confirmer la situation sur le terrain, nous pourrions aider.

« Compris, » avais-je dit. « Laissez-nous vous aider. »

« Le penses-tu vraiment !? » s’écria Kuu.

« C’est un problème qui peut survenir dans n’importe quel pays. Il s’agit pratiquement d’une catastrophe naturelle. Ce n’est pas le moment de s’inquiéter de savoir si c’est Friedonia ou Turgis, » déclarai-je.

« Merci ! Je t’en dois une ! » Kuu semblait soulagé d’avoir notre aide.

J’avais ajouté. « Cependant, je veux que tu m’amènes aussi. »

« Chéri !? » s’écria Juna.

« Mon chéri !? » s’écria Roroa.

Avant qu’elles ne puissent en dire plus, j’avais levé la main pour les arrêter. « Je ne peux pas me battre, mais ma magie est adaptée pour jouer le rôle d’éclaireur. Alors, laissez-moi vous aider. »

« Si c’est ce que tu veux... D’accord, » déclara Kuu. « Je compte sur vous tous. »

« Ouais. Nous allons nous préparer à partir immédiatement, alors attendez-nous dehors, » déclarai-je.

Kuu déclara. « Faites vite » et il quitta la pièce avec Leporina derrière lui. Une fois que nous avions entendu le bruit de leurs pas au loin, Roroa m’avait fait face.

« Attends, chéri ! As-tu perdu la tête en voulant aller dans un endroit dangereux comme ça !? » s’écria Roroa.

« Je m’y oppose également, » Juna s’était également opposée à ma décision. « S’il t’arrivait quelque chose, Sire, je... »

Le fait qu’elle me qualifiait de « Sire » et non de « chéri », je pouvais voir qu’elle était très inquiète.

Roroa continua. « Tu n’es pas aussi fort que la Grande Sœur Ai, n’est-ce pas ? Pourquoi ne peux-tu pas attendre ici ? »

« Je sais bien que je ne suis pas fort, mais je veux que vous me laissiez y aller, » j’avais posé ma main sur la tête de Roroa. « Je ne pense pas que Kuu mentait, mais pour me préparer à l’éventualité d’un piège ou de tout autre événement imprévu, il serait pratique pour moi d’être à côté de notre plus grand atout au combat. Si je dois prêter ma famille et mes vassaux, je dois m’assurer qu’ils me soient rendus. »

« Eh bien, peut-être, mais..., » commença Roroa.

« En plus... Je pense que c’est une bonne occasion pour moi d’apprendre un peu plus sur ce que sont les monstres, » déclarai-je.

« En savoir plus sur les monstres ? » demanda Roroa.

« Tout à fait. Depuis que je suis venu au monde, j’ai vu des créatures vicieuses à travers les yeux d’un Petit Musashibo que je faisais travailler en tant qu’aventurier, mais quand il s’agit de monstres, je n’ai que des connaissances de seconde main. En pensant à l’avenir, j’aimerais vraiment les voir et mesurer la menace qu’ils représentent par moi-même, » déclarai-je.

Il se pouvait qu’un jour ou l’autre, je doive affronter des démons du Domaine du Seigneur Démon. Si cela arrivait, je risquais de trébucher si je m’approchais d’eux avec la naïveté de penser que tout irait bien parce qu’ils étaient intelligents. Après tout, en plus des démons, il y avait apparemment des tas de monstres dans le Domaine du Seigneur Démon. C’est pour ça que je voulais saisir cette chance d’en apprendre plus sur les monstres.

« Bien sûr, je vais assurer ma propre sécurité autant que possible... Inugami, » déclarai-je.

« Je suis ici. » Inugami était soudainement apparu de l’ombre de la porte que Kuu et Leporina avaient laissée passer.

Il y avait toujours plus de dix membres des Chats Noirs postés à proximité, veillant sur nous en restant inaperçus. Il en était ainsi depuis notre départ pour la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon.

Je lui avais remis quelque chose et je lui avais donné un ordre. « Vous nous écoutiez, n’est-ce pas ? Je veux que vous envoyiez des Chats Noirs pour explorer le site dès maintenant, et confirmer que la situation et le nombre de monstres correspondent à ce que Kuu nous a dit. Je vous laisse le choix des membres. S’il y en a plus qu’il n’en faut avec notre nombre, faites-moi un rapport avec cette souris en bois. Si c’est le cas, je me sentirai mal pour Kuu, mais nous devrons reculer. »

« Il en sera fait selon votre volonté, » déclara Inugami.

Inugami avait pris la souris en bois possédée par mes Poltergeists Vivants, puis il avait disparu aussi soudainement qu’il était apparu. Il devenait de plus en plus comme un ninja, n’est-ce pas ?

« Hrm... Si tu restes en sécurité, je suppose que c’est bon... » murmura Roroa.

« Nous devrons l’accepter, » Juna était aussi d’accord.

J’avais souri. Mes mesures de sécurité avaient fait que Roroa et Juna acceptaient à contrecœur que j’y aille.

« Ne vous inquiétez pas ! » déclara Aisha. « Nous allons rapidement anéantir ces monstres. Nous ne les laisserons pas lever le petit doigt sur Sa Majesté. N’est-ce pas, Sire Halbert, Madame Kaede ? »

« Bien sûr que oui ! » Hal était d’accord. « Je pensais justement que je voulais moi aussi tester ma nouvelle arme ! »

« Bon sang, Hal... » murmura Kaede. « Mais si c’est un ordre royal, nous le suivrons, tu sais. »

Aisha se frappa fièrement la poitrine et Hal et Kaede hochèrent la tête. Quelle fiancée fiable et quels camarades j’avais !

Maintenant que notre cap avait été décidé, j’avais donné à chacun d’eux leurs ordres individuels. « Roroa et Tomoe resteront dans cette ville. Nous laisserons des membres des Chats Noirs pour les protéger. »

« Et bien, même si nous y allions, nous ne serions qu’un obstacle, » déclara Roroa.

« Sois prudent, Grand Frère, » ajouta Tomoe.

« Bien sûr. Je ne ferai rien de dangereux, alors faites-moi confiance et attendez ici, » j’avais posé une main sur chacune de leurs têtes emplies d’inquiétudes, et je les avais caressés avec douceur. « Le reste du groupe ira avec Kuu pour abattre les monstres. Je resterai en contact avec les Chats Noirs, et j’irai en éclaireur depuis l’arrière. Je vais demander à Juna d’être ma garde du corps. »

« Laisse-moi me charger de ça, » déclara Juna.

« Aisha, Hal et Kaede, vous abattrez les monstres avec Kuu. Mais ne vous poussez pas trop. Si vous pensez que c’est dangereux, reculez immédiatement. C’est valable si je détecte plus d’ennemis que prévu pendant mon observation et aussi si je donne l’ordre de battre en retraite. Je ne tolérerai pas qu’on perde une seule personne ici, dans un autre pays ! »

« Oui, Sire ! » s’exclama Aisha.

« Compris ! » déclara Hal.

« Vous pouvez nous les laisser, vous savez, » Kaede l’avait confirmé.

En entendant les réponses de tout le monde, j’avais donné l’ordre.

« Maintenant, tout le monde... Allons-y ! » déclarai-je.

« « « « Oui, Sire ! » » » »

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2 commentaires

  1. Tiens donc, Souma a t'il avalé un ver neutralisant les toxines ?

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