Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe – Tome 7

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Chapitre 1 : Les débuts de Shirley

Partie 1

Tout le monde rêve quand il s’endort. Lorsqu’on se réveille dans son lit, on garde un vague souvenir de son rêve et on peut se dire que c’était étrange. On ne peut chercher ses rêves que dans ses souvenirs passés. Mais si quelqu’un était vraiment capable de voir ses rêves de ses propres yeux, il pourrait peut-être voir un spectacle comme celui-ci.

Il faisait sombre tout autour de moi. La vue était floue, et le son était brouillé. Lorsque j’avais voulu toucher les objets qui flottaient autour de moi, mes doigts étaient passés au travers et j’avais ressenti une sensation de glissement. Alors que je considérais cet endroit étrange, j’avais remarqué une femme qui marchait devant moi, ses cheveux noirs se balançaient et semblaient se fondre dans l’ombre. Elle s’était retournée pour me faire face.

Il s’agissait de l’être légendaire connu sous le nom d’Arkdragon, Wridra. C’était un individu assez étrange, j’avais entendu dire qu’elle était âgée de milliers d’années, et bien que je pouvais parfois ressentir sa grande majesté, il y avait aussi des moments où je ne la ressentais pas du tout.

En silence, elle avait entrouvert ses lèvres cramoisies pour me parler, mais je ne comprenais pas ce qu’elle disait. C’était comme si sa voix était diffusée avant de pouvoir m’atteindre.

Réalisant que je ne pouvais pas l’entendre, Wridra avait souri faiblement, puis avait pointé du doigt. J’avais suivi son doigt des yeux, puis j’avais remarqué que je tenais une main beaucoup plus pâle que la mienne.

Elle appartenait à l’elfe féérique, Mariabelle. Elle était aussi assez étrange. J’avais regardé de mon côté pour trouver son oreille, en forme de pointe de lance, et ses yeux de la couleur de l’améthyste avaient rencontré les miens. Il y avait une lumière de sagesse qui brillait dans ses yeux, leur beauté éclatant même dans l’obscurité. Peut-être était-ce dû au fait que la moitié de son être était connectée au royaume des fées. Mariabelle avait tiré sur ma manche, puis avait approché ses lèvres vives de mon oreille.

« J’ai entendu dire que cet endroit s’appelle le royaume des ombres. Les bassins de ténèbres que Wridra contrôle sont reliés à des mondes étranges. » Ses chuchotements donnaient l’impression que nous étions sous l’eau, ce qui les rendait difficiles à déchiffrer. Je n’avais pas pu m’empêcher de répondre par une question en entendant un terme peu familier.

« Le royaume des ombres ? »

« Oui, c’est comme ça qu’on l’appelle. Ton monde est né avec les mots “Que la lumière soit” selon la mythologie, non ? Mais peut-être que le royaume des ombres existait avant cela. Hé, tu te souviens quand nous avons combattu un être de ce monde ? »

Je l’avais regardé fixement pendant un moment en réponse à la question de Marie. Quand nous sommes-nous connectés et avons-nous combattu quelque chose dans ce monde ? J’avais scruté l’obscurité autour de nous et j’avais réfléchi à la question, et la sensation autour de moi m’avait semblé familière.

Puis, je m’étais souvenu des résidents du royaume des ombres qui étaient soudainement apparues lorsque j’avais combattu Shirley, le maître des lieux. Ils m’avaient fixé de leurs gros globes oculaires dorés, en balançant les griffes acérées de leurs deux mains vers moi. Lorsque j’avais regardé autour de moi, j’avais eu l’impression que ces créatures étaient tapies dans l’ombre.

« Wridra appelle cela “le monde de l’autre côté”. Elle dit aussi que c’est un endroit vide. Mais il n’y a pas de quoi avoir peur. Nous devons juste continuer à avancer, comme des enfants marchant dans la rue la nuit. Allons-y. »

Sur ce, elle m’avait tiré par la main. Wridra et Shirley nous attendaient devant, et bien que je ne puisse voir que leurs silhouettes floues, je pouvais dire qu’elles discutaient de quelque chose. Pour le maître d’étage et l’Arkdragon, ce n’était rien d’autre qu’un spectacle familier.

Les mots « monde de l’autre côté » que Mariabelle avait mentionnés avaient attiré mon attention. J’avais la capacité de voyager entre les sanctuaires en empruntant le pouvoir du dieu du voyage. La vue que je voyais en transit ressemblait elle aussi à un « monde de l’autre côté », et je m’étais demandé si cet endroit avait quelque chose à voir avec cela.

« Viens. Ne m’oblige pas à te laisser seul dans cette obscurité. » Mariabelle m’avait poussé à avancer. Je m’étais excusé et j’avais accéléré le pas. Quel que soit cet endroit, ça dépassait largement mon entendement. Dès que nous aurions quitté cette terre, elle reviendrait sûrement à un état sans son ni lumière, avec seulement une faible chaleur.

Lorsque nous avions rattrapé les autres, Wridra s’était retournée, les mains sur les hanches, semblant mécontente de notre retard. Elle s’était ensuite détournée à nouveau, sa grande queue nous faisant face alors qu’elle continuait son chemin.

« … Allez-y, vous devriez pouvoir entendre ma voix. »

Il semblerait que nous approchions de notre destination. Wridra fit un geste de la main, et les ombres qui s’étaient amassées autour d’elle s’amenuisèrent. Après un léger délai, sa voix emplie d’ennui parvint enfin à mes oreilles.

J’étais décontenancé. La lumière vive du soleil m’était tombée dessus brusquement. J’avais plissé les yeux devant la lumière, mettant une main devant moi pour faire de l’ombre pendant que je m’adaptais à la luminosité. Les rues à demi enterrées dans le sable étaient apparues progressivement, et au-delà, des rangées de bâtiments couleur sable.

Il semblerait que nous soyons arrivés dans le pays d’Arilai. Il aurait normalement fallu des jours pour arriver ici depuis le deuxième étage, mais cela n’avait pris que quelques heures avec l’aide de l’Arkdragon. Ses pouvoirs étaient très pratiques.

Le centre d’Arilai avait été développé autour d’une montagne en pente douce. J’avais remarqué que notre compagnon regardait le paysage avec grand intérêt, et nous avions ralenti notre rythme.

La femme avait des cheveux brillants, couleur miel, et était parée d’une tenue qui semblait plus facile à manœuvrer que sa robe habituelle. Mais j’avais l’impression que sa tenue n’affectait pas vraiment sa facilité à marcher dans les sables, compte tenu de sa forme spectrale. Peut-être avait-elle simplement envie de s’habiller ainsi.

« Hé, Shirley. C’est le pays désertique d’Arilai. En y réfléchissant, je ne l’ai jamais regardé tranquillement comme ça avant. » La dernière fois, nous l’avions invitée au manoir des Roses noires pour effrayer ensemble le candidat héros, Zarish. J’avais imaginé à quel point cela avait dû être horrible de recevoir une telle invitation, mais Shirley s’était alors tournée vers moi, son sourire s’élargissant.

Shirley n’était pas humaine, et elle vivait au deuxième étage de l’ancien labyrinthe. C’était étrange de la voir enveloppée dans la lumière vive du soleil avec le paysage urbain d’Arilai derrière elle, sans parler de l’ombre brumeuse que l’on pouvait voir à ses pieds.

Peut-être était-ce dû à tout le sable dans l’air, mais le ciel bleu avait une teinte blanchâtre, et le vent était complètement sec maintenant que la saison des pluies était terminée. Shirley passa un doigt dans ses cheveux rebelles et les plaça derrière son oreille.

Il était difficile de croire que sa véritable forme était en fait celle d’un fantôme, puisque son corps n’était pas dans son état semi-transparent habituel grâce à l’aide de l’Arkdragon. Cela n’affectait que son apparence extérieure, car la plupart des gens ne pouvaient pas le voir. Et ils n’auraient évidemment pas su qu’elle était un maître d’étage.

Juste à ce moment-là, je m’étais souvenu de quelque chose. J’avais fouillé dans mon sac et j’avais trouvé ce que je cherchais.

« Shirley, laisse-moi te montrer quelque chose. » Shirley s’était approchée avec une expression emplie de curiosités, et je lui avais montré un morceau de parchemin.

J’avais souri alors que ses yeux bleu ciel s’écarquillaient, puis j’avais soigneusement défait la reliure et étalé le parchemin pour révéler les mots « Jusqu’à quatre membres étrangers peuvent participer au raid. » C’était le permis pour entrer dans le labyrinthe antique, et nous atteindrions la limite maximale de quatre membres avec l’inclusion de Shirley.

« Écoute, le fait que tu te joignes à notre groupe a été officiellement approuvé par Arilai. J’ai entendu dire que le raid sur le labyrinthe antique est de nouveau ouvert, alors nous devrions aller présenter nos respects à tous ceux avec qui nous allons travailler. »

En réponse, Shirley plaça ses mains sur sa propre poitrine, puis elle fit un geste de gémissement pour une raison inconnue. Elle commença ensuite à s’occuper de ses cheveux… Attends, est-elle nerveuse ? Une maîtresse d’étage qui a peur de parler aux gens ?

« Oh, tu n’es pas douée pour rencontrer de nouvelles personnes ? Mais tu n’as pas paniqué quand tu nous as rencontrées, Marie et moi, » avais-je noté avec confusion, mais Shirley avait encore gémi et s’était éloignée de nous de deux pas. Elle avait expliqué en faisant des gestes avec ses mains et ses doigts, mais… selon elle, elle n’avait pas peur de nous parce que nous étions mignons et petits. Il était difficile de croire qu’elle était un terrifiant maître d’étage.

« Il n’y a pas besoin de s’inquiéter autant. » Je le lui avais conseillé, mais il semblerait que Shirley était en panique, faisant tourner ses cheveux avec son doigt et regardant le ciel. Alors que j’essayais de comprendre quel était le problème, Marie avait tiré sur ma manche à côté de moi.

« Shirley ne portait-elle pas une sorte de voile semi-transparent sur son visage quand on l’a rencontrée ? »

« Hm, maintenant que tu le dis… Peut-être qu’elle le portait parce qu’elle est timide. » Shirley avait cligné des yeux. Elle avait ensuite sorti un morceau de tissu brodé, et je l’avais regardée l’enrouler autour de ses yeux.

Attends, pourquoi elle a mis ça ? Cette broderie lui va bien, mais n’a-t-elle pas envie de regarder les gens dans les yeux à ce point ? Marie et moi avions beaucoup de questions, mais pendant ce temps, Shirley prenait une jolie pose victorieuse comme si tout allait bien maintenant.

J’avais pensé qu’elle ne ferait que se démarquer davantage, mais j’avais ravalé mes mots et je m’étais dit que ce n’était pas trop étrange pour un fantôme de se couvrir les yeux et de laisser faire. La mélancolie de Shirley semblait avoir été résolue. Je ne voulais pas la gâcher ou faire retomber son humeur.

Nous nous étions promenés dans l’enceinte du château d’Arilai pendant un certain temps, puis nous étions arrivés dans une zone bien entretenue. Diverses installations de stockage d’eau étaient visibles un peu partout, l’eau s’écoulant vers le bas par des voies d’eau. Les tissus colorés, les épices et les feuilles de thé alignés sur les devantures des magasins semblaient avoir un air de raffinement.

C’était dans cette zone que vivait la classe supérieure, qui avait le privilège d’entendre le bruit agréable de l’eau courante en se promenant dans les locaux. Mais il fallait être reconnu par le gouvernement comme une personne d’importance pour obtenir ce privilège, et cela impliquait de participer à des raids sur d’anciens labyrinthes, donc je n’avais pas particulièrement envie de vivre ici.

Alors que j’expliquais cela, Marie s’était soudainement mêlée à la conversation.

« Oh, mais c’est comme ça dans tous les pays. Les endroits agréables à vivre ont une grande valeur, et nous avons aussi fait des raids dans les anciens labyrinthes. Nous avons même battu les maîtres des étages deux fois. » Eh bien, Shirley avait perdu le combat au deuxième étage… J’avais failli le faire remarquer, mais une idée m’était venue.

Peut-être que Marie voulait vivre dans un beau manoir ou autre. Je m’étais souvenu de la fois où Zera et Puseri nous avaient laissés utiliser le leur. Il me semblait que Marie commençait à s’habituer au luxe.

« Mais nous n’avons pas accepté une mission de rang S, donc je ne pense pas que nous aurons beaucoup de crédit. »

« Peut-être aurions-nous dû l’accepter, » murmura-t-elle en fronçant les sourcils, et je sentis une perle de sueur rouler sur mon visage. Nous voulions explorer l’ancien labyrinthe, mais nous ne voulions pas nous lancer dans un travail sérieux, alors nous venions de refuser la mission de la famille royale l’autre jour. De toute façon, j’avais un travail à plein temps, il m’aurait été difficile de participer à une quelconque mission officielle.

***

Partie 2

La raison pour laquelle nous nous étions dirigés vers l’installation où les équipes de raid s’étaient rassemblées était simplement pour les saluer comme je l’avais mentionné plus tôt. On ne sait jamais quand quelque chose d’inattendu peut arriver dans le labyrinthe, alors j’avais pensé que ce serait une bonne idée d’être en bons termes avec eux.

Ainsi, nous avions traversé le quartier huppé et passé la zone sécurisée, et nous avions vu un grand bâtiment au loin. Nous étions arrivés à un lieu de rencontres sociales entre aristocrates connu sous le nom de Royal Arilai.

Un serviteur avait ouvert les portes pour que nous puissions entrer, et l’intérieur chic avec un haut plafond nous attendait. Il était construit avec une abondance de verre coûteux, mais l’endroit n’était que modérément lumineux grâce aux rideaux qui filtraient le soleil. Les yeux de Marie s’étaient illuminés à cette vue.

« Oh, oh, c’est donc à ça que ressemble la vie des gens riches ! On va enfin pouvoir visiter des endroits incroyables comme celui-ci, hein ? »

Pour être honnête, je ne comprenais pas ce qu’il y avait de si étonnant. Je veux dire, je pouvais bien sûr dire que tout était évidemment cher. Mais j’avais l’impression que je me ferais engueuler si je touchais à quoi que ce soit, donc l’endroit me mettait mal à l’aise, si ce n’est plus. Je l’avais dit à Marie, et elle avait fait une grimace, puis elle avait montré les choses autour de nous et avait commencé à expliquer.

« Tu ne comprends peut-être pas ce monde, puisque tu n’as fait que voyager tout le temps. Jette un coup d’œil à ça, là-bas. Tu vois ces épées alignées dans ce coin ? Cette zone est destinée à l’entraînement et aux tests de tes compétences. Cette zone est pour la pratique de la danse, et ça ressemble à la bibliothèque. Je suis sûre qu’il y a des livres très précieux là aussi. Nnh, j’aimerais bien y aller tout de suite et voir ce qu’ils ont ! » Marie parlait beaucoup plus vite que d’habitude, et ses yeux étaient brillants d’excitation. On aurait dit qu’elle exprimait simplement son grand intérêt plutôt que de me donner une explication, et je n’avais pu que répondre par un « D-D’accord » hésitant. Elle devait vraiment avoir envie de venir ici.

J’avais l’impression d’avoir maintenant une assez bonne idée de ce qu’était cet endroit. C’était un lieu de répit pour les personnes de haut rang social, et il servait également de lieu de divertissement. En voyant tous ces gens bien habillés discuter agréablement ensemble, je m’étais à nouveau rappelé à quel point je ne me sentais pas à ma place.

À ce moment-là, j’avais senti quelqu’un me taper sur l’épaule.

« Vous semblez toujours vous amuser où que vous alliez. » Je m’étais retourné pour trouver un grand homme qui me souriait. Cet homme bien bâti, aux cheveux noirs, était le chef de l’équipe Pierre de Sang, Zera. Il était généralement une personne amicale, et il s’était battu héroïquement avec l’instinct d’un animal sauvage lorsque nous avions fait équipe dans le labyrinthe antique.

« Oh, bonjour, Zera. Je suis désolé si nous avons été bruyants. »

« Je pensais avoir reconnu vos visages familiers, mais je vois que vous avez un nouveau membre de l’équipe. Oh, pas besoin d’avoir peur. J’ai peut-être l’air de ça, mais je suis en fait un gentleman, vraiment, » Zera s’était empressé d’expliquer ça quand il avait vu que Shirley s’était immédiatement cachée derrière moi. Une femme aux cheveux rouges flamboyants lui avait lancé un regard exaspéré de derrière lui.

« Toi ? Un gentleman ? Je t’en prie. »

« Doula, s’il te plaît, ne me regarde pas comme si j’étais complètement désespéré. D’ailleurs, n’étais-tu pas en train de te plaindre du fait que ces endroits huppés te mettent mal à l’aise ? »

« Oui, je les déteste. Mais on m’a appris à y faire face, et ma mère m’a déjà amenée ici de nombreuses fois. Je ne voudrais jamais revivre ça. » Il semblerait qu’on lui ait rappelé une sorte de traumatisme passé. La femme à l’air mécontent était Doula, la chef de l’équipe Andalousite. Nous étions en bons termes avec elle depuis que nous l’avions sauvée lors d’une mission. Marie s’était également rapprochée d’eux deux, même si elle était autrefois connue pour sa haine des humains.

« Puisque vous êtes là tous les deux, cela signifie que vous avez accepté la mission de rang S ? » demanda Marie avec un sourire agréable.

« Oui, nous sommes dans le même bateau que vous. Faisons de notre mieux et… »

« Oh, mais nous ne l’avons pas accepté, » déclara Marie, et la main de Zera s’était figée en l’air, alors qu’il voulait lui serrer la main. Son visage s’était crispé, son sourire s’était également figé et il avait jeté un coup d’œil entre Marie et Doula, comme s’il se demandait : « Alors pourquoi êtes-vous ici ? » Il avait dû penser que j’étais le plus facile à aborder, car il avait mis ses bras autour de mes épaules.

« Hmm ? Kazuhiho ? Pourquoi n’avez-vous pas accepté la mission après nous avoir invités à la faire ? Hm ? »

« Eh bien, j’en ai parlé avec Marie, et… » Ce n’était pas comme si je pouvais lui dire que j’avais du travail. J’avais fait une tentative maladroite d’explication, mais il ne m’avait pas du tout cru. Je regardai autour de moi, impuissant, mais Marie s’était éloignée vers le fond de la pièce et j’étais un peu choqué d’avoir été abandonné. Marie s’était retournée, peut-être pour m’aider à sortir de cette situation embarrassante.

« Tout le monde est déjà rassemblé. Vous ne voudriez pas vous faire gronder pour votre retard, n’est-ce pas ? »

« Oh, bon point. Très bien, Kazuhiho, je veux te parler plus tard de tout ça. » Avec ça, j’avais été libéré.

Le raid au troisième étage de l’ancien labyrinthe était sur le point de commencer, il n’y avait donc pas de temps à perdre. J’avais rapidement suivi les autres.

Un guide nous avait conduits dans une salle où une foule de personnes était déjà rassemblée. Il y avait un total de quarante-trois membres, dont l’équipe Diamant, l’équipe Pierre de sang, l’équipe Andalousite et notre équipe Améthyste.

Une elfe noire familière avait fait un signe de la main alors que nous nous dirigions vers nos sièges, et je lui avais fait un petit signe de la main en lui signalant « On en reparlera plus tard. » Eve semblait bien se porter, comme d’habitude.

J’avais tiré une chaise d’une table circulaire, et Marie avait murmuré ses remerciements en s’asseyant. J’avais pris place à côté d’elle, et quelqu’un d’autre était passé pour distribuer du thé. J’avais balayé la pièce du regard en prenant une gorgée.

Les hommes dans la salle avaient des regards étranges pour une réunion qui était censée nous unir. Ils n’étaient pas menaçants ou quoi que ce soit, mais il y avait un air d’agitation quand ils regardaient autour d’eux. Je m’étais demandé pourquoi, puis j’avais suivi leurs regards et j’avais trouvé la réponse.

L’équipe Diamant, également connue sous le nom des fleurs du champ de bataille, ainsi que la plupart de notre équipe, étaient composées de femmes. Cela signifie qu’environ un tiers des membres ici étaient des femmes, et de belles femmes en plus. Ceux qui n’étaient pas habitués à leur présence ne pouvaient s’empêcher d’être distraits. C’est sans doute pour cela que certains d’entre eux se recoiffaient ou affichaient leur meilleur visage masculin. Je comprenais ce qu’ils ressentaient, mais c’était aussi un peu triste à voir.

Le bourdonnement dans la pièce avait été rapidement calmé par le son de deux claquements forts. J’avais levé les yeux vers l’estrade, et là se tenait Hakam, le chef du raid dans l’ancien labyrinthe. Cet homme bien habillé, bronzé par le soleil, avait l’air d’avoir l’autorité d’un chef militaire.

« Je vous remercie tous d’être venus ici aujourd’hui. J’aimerais commencer le raid au troisième étage avec vous tous, mais il y a quelque chose que je dois dire avant. Sur les huit personnes qui avaient perdu connaissance lors du raid au deuxième étage, cinq d’entre elles se sont réveillées. »

Beaucoup étaient tombés pendant le raid au deuxième étage. Ils s’étaient réveillés en faucheurs après avoir été vidés de leur âme, et Marie et moi avions vaincu trois d’entre eux. Nous ne pouvions pas penser à un moyen de les sauver sur le moment, mais je m’étais parfois demandé si nous n’avions pas vraiment d’autre choix.

C’était un soulagement de savoir que les autres avaient retrouvé leurs âmes. C’était, bien sûr, grâce à l’aide de Shirley. Je l’avais regardée de profil avec le voile sur les yeux, mais son expression n’avait pas changé. Elle n’avait pas beaucoup d’émotion quand il s’agissait de la mort, malgré sa belle apparence, ce qui faisait probablement partie de sa nature de dieu de la mort.

Certains avaient répondu à la nouvelle par des applaudissements réservés. Ils semblaient célébrer ceux qui étaient rentrés et prier pour ceux qui ne l’étaient pas.

Hakam avait regardé la foule une fois qu’elle s’était calmée. Puis son regard acéré s’était posé sur moi pour une raison inconnue. Je m’étais demandé si j’avais fait quelque chose pour mériter son regard.

« Je vais maintenant parler du troisième étage, mais juste pour que vous soyez tous au courant : ce garçon-là ne s’est pas inscrit pour la mission. Il s’est inscrit juste pour s’amuser. Maintenant, certains d’entre vous peuvent être confus par cela. Je le suis aussi. Son équipe se trouvait juste ici pendant ce temps, donc s’ils laissent échapper des informations confidentielles, vous n’avez pas besoin de venir me les rapporter. Je préfère ne pas le savoir. » Il y avait eu un éclat de rire, et j’avais eu droit à des commentaires taquins comme « Je n’y peux rien si tu es ici pour t’amuser ! » Marie et moi avions rougi.

Je veux dire, nos actions devaient vraiment être inexplicables d’un point de vue extérieur. Personne ne voulait faire un raid au troisième étage, mais on le faisait pour le plaisir. Je devais quand même remercier Hakam et Aja d’avoir accepté notre demande. J’avais regardé Aja le magicien, et j’avais vu qu’il riait joyeusement près de la fenêtre. J’avais entendu dire qu’il avait pris quelques disciples depuis la dernière fois que je l’avais vu, et qu’ils passaient leurs journées à analyser et à faire des recherches sur l’utilisation des pierres magiques.

Hakam s’était à nouveau raclé la gorge, dirigeant l’attention de tous vers lui.

« Nous avons réduit le nombre de soldats de soixante-dix pour cent par rapport au dernier raid. Je suis sûr que cela a soulevé quelques inquiétudes pour certains d’entre vous. Si vous souhaitez vous retirer par crainte pour votre vie, c’est votre seule chance. Mais je n’ai rassemblé ici aujourd’hui que ceux en qui j’ai confiance. Je crois que c’est mon atout le plus important. Écoutez ceci, guerriers d’Arilai : vous tous, les combattants les plus distingués de ce pays, allez vous unir pour ne faire qu’un. Je suis impatient de relever le défi de ce prochain raid avec votre force combinée à mes côtés. Allez-y et déchaînez votre puissance jusqu’au bout de votre cœur. »

Avec cela, Hakam avait regardé la foule avec des yeux brûlants de passion. Puis, comme le bois de chauffage au moment où les braises étaient jetées dessus, leurs esprits aussi s’étaient enflammés. Ils croyaient tous qu’une réduction du nombre de soldats ne signifiait pas nécessairement que leurs prouesses au combat seraient également réduites.

À l’inverse, je n’avais pas pu m’empêcher de tourner mes yeux vers le bas.

Selon les rumeurs, l’équipe d’éclaireurs spécialisée dans l’espionnage avait été anéantie. Cette équipe était composée des plus habiles de la famille royale, ce qui en disait long sur la difficulté du troisième étage. Le danger que je sentais instinctivement avait gardé mon esprit calme.

Alors que je me demandais si nous aurions vraiment dû être là, j’avais remarqué que quelqu’un s’était rapproché de moi avec désinvolture. Les yeux en amande de Wridra s’étaient tournés vers moi, et elle avait murmuré à mon oreille.

***

Partie 3

« Kitase, que penses-tu de ce raid au troisième étage ? » J’avais jeté un coup d’œil à mon côté et j’avais pu voir ses yeux sombres se rétrécir dans un sourire amusé. L’expression de l’Arkdragon me disait qu’elle en savait peut-être beaucoup plus qu’elle ne le laissait entendre, mais je savais aussi qu’elle n’allait probablement pas me donner les réponses. La question était de savoir comment je pouvais lui soutirer des informations.

J’avais réfléchi à ma réponse pendant un certain temps, puis j’avais ouvert la bouche pour parler.

« Le but n’est pas de récupérer des pierres magiques ou un trésor, mais il y a quelque chose au troisième étage qui pourrait être une menace pour Arilai. Et ils n’ont plus beaucoup de temps. Je pense que les soi-disant rebelles ont quelque chose à voir avec ça, » avais-je dit pour évaluer sa réaction. Wridra avait fait un bruit montrant sa surprise, puis s’était éloignée de moi sans rien dire. Cela me disait que ma supposition était correcte, même si elle ne l’avait pas dit ouvertement.

Cela expliquait pourquoi la famille royale avait émis directement une mission de rang S. J’avais l’impression que les pièces du puzzle s’assemblaient enfin, et j’avais ressenti une immense gratitude envers Wridra pour avoir confirmé mes soupçons.

Ce n’est pas comme si j’avais lancé une hypothèse complètement folle.

Les membres de l’équipe de raid avaient été réduits à trente pour cent. Nous n’avions pas gagné grand-chose en nettoyant le deuxième étage, mais le raid continuait. En fait, les choses évoluaient maintenant à un rythme accéléré. Sans parler du fait que les guerriers d’élite de la famille royale avaient été envoyés pour une simple mission de reconnaissance.

Compte tenu de tout cela, ma conclusion était à peu près la seule plausible. Bien que, ce n’était pas une raison pour être soulagé en aucune façon.

Mais j’avais toujours une question : si Arilai était confronté à une telle menace, pourquoi n’avaient-ils pas tout fait pour rassembler leurs forces pour faire face à la situation ? Il me semblait qu’il y avait une menace horrible en dehors des rebelles et du labyrinthe ancien à laquelle ils se préparaient.

J’avais eu des sueurs froides à cette idée, mais j’avais ensuite entendu quelque chose d’inattendu.

« Tout le monde, j’aimerais vous présenter un puissant allié… Le meilleur des guerriers d’Arilai. »

Un allié puissant ? Nous avions déjà l’équipe Diamant ici, et je ne pouvais pas penser à quelqu’un de plus compétent qu’eux. Alors que j’étais pris par surprise, j’avais vu quelqu’un se frayer un chemin sur la plate-forme.

La foule s’était mise à bourdonner lorsqu’elle avait réalisé qu’il s’agissait d’un homme dont le niveau était estimé à 120. Il y avait des mèches blanches dans ses cheveux et des traits animaliers sur son visage qui ne semblaient pas correspondre à son âge. Il sourit.

« Hé, les morveux. Je doute que quiconque ici n’ait pas entendu parler de moi, mais je suis Gaston, le seul participant de l’équipe Ruby. Quoi que vous fassiez, ne me demandez pas mon âge ou si j’ai une petite amie ou non. » Dans le silence, j’avais cru entendre quelqu’un dire : « Tu n’as pas de petite amie ? »

Il avait l’air d’un de ces types agressifs et autoritaires. Je pensais que c’était un vieil homme à l’air féroce quand je l’avais vu de loin à l’oasis, et l’entendre parler ne changeait pas du tout cette impression.

Le vieux Gaston avait alors dit quelque chose d’étrange.

« Selon la prophétie, c’est dans cet ancien labyrinthe que je mourrai. C’est pourquoi je laisse les membres de mon équipe bien-aimée derrière moi. Mec, je ne peux pas attendre. Je vais enfin pouvoir rencontrer le faucheur en personne ! » Il avait ouvert la bouche en grand et avait ri. Je pouvais entendre les autres déglutir à cause de son intensité pure. Il y avait quelque chose d’étrangement puissant dans sa seule présence. Shirley s’était montrée du doigt, comme pour demander : « Est-ce qu’il parle de moi ? » J’avais secoué la tête.

Après avoir passé en revue les stratégies et les formations d’équipe, Hakam avait fait sortir le groupe de la salle de réunion. Le raid allait bientôt commencer, et nous mettrions les pieds dans l’ancien labyrinthe le lendemain de notre départ.

Pour l’anecdote, nous étions techniquement considérés comme des étrangers pour cette mission, nous avions donc été autorisés à les rencontrer sur le site. Je voulais garder secrète la capacité de Wridra à voyager sur de longues distances, donc c’était pratique pour nous.

C’est ainsi que le commando de quarante-quatre membres avait été formé.

§

Cette bibliothèque est vraiment lumineuse… C’est ce que je pensais en regardant l’installation pleine de verre coûteux. Les bibliothèques bloquaient généralement le soleil pour éviter que les pages ne s’abîment, mais il semblerait que cet endroit ait été construit différemment.

Il y avait de nombreuses grandes fenêtres partout, et les rideaux qui ondulaient doucement au soleil étaient ornés de broderies complexes. Il va sans dire que c’était l’endroit idéal pour passer un après-midi élégant à lire un livre. N’importe quel amateur de livres aurait sûrement été ravi de passer son temps ici.

« Wôw, c’est si joli. Allons voir quel genre de livres nous pouvons trouver ici à Royal Arilai. »

Sur ce, Marie s’était enfoncée dans la pièce sans hésiter. Je m’étais retourné et j’avais vu Wridra et Shirley commander du thé à un domestique, en agitant la main comme si elles nous disaient de nous amuser. Je m’étais demandé si un fantôme pouvait même boire du thé alors que je suivais Marie.

La réceptionniste avait vérifié ma preuve d’adhésion dès que j’étais entré dans la pièce, puis m’avait tranquillement accueilli à l’intérieur. Aja nous avait heureusement donné ces cartes plus tôt, nous permettant d’utiliser ces installations restreintes. Je m’étais rappelé comment le vieil homme nous regardait comme si nous étions ses petits-enfants. Lorsque j’avais rattrapé Marie, elle vérifiait les dos de certains livres un par un.

« Écoute, ils sont tous très vieux, mais ils sont bien entretenus. C’est dommage qu’ils ne soient pas très pratiques. » J’avais regardé les livres qu’elle désignait du geste et j’avais vu que la plupart d’entre eux traitaient de sujets relatifs au développement du pays, comme l’escrime, la construction, la tactique, l’histoire et le commerce. Il semblait qu’il n’y avait pas grand-chose ici qui aurait été utile pour une sorcière spirituelle comme Marie. Elle aurait probablement débordé d’enthousiasme s’il y avait eu des livres d’images comme dans ma bibliothèque locale.

Marie avait tourné ses yeux violets pâles vers les fenêtres. En voyant une femme qui sirotait du thé en lisant un livre, les yeux de Marie s’étaient illuminés.

« Boire du thé en lisant semble être une pratique merveilleuse. Nous devrions apprendre d’elle. » J’avais souri alors qu’elle s’affairait à choisir des livres, puis j’avais décidé de l’aider dans sa sélection. Les livres qu’elle m’avait tendus portaient sur l’agriculture et l’architecture. Je m’étais souvenu des graines de citrouille que nous avions plantées, et j’avais senti une main sur mon épaule.

« Vous voilà. Je vous ai cherché partout. Pourquoi choisissez-vous des livres ? » Je m’étais retourné et j’avais vu une femme à la peau sombre qui se tenait là. La femme aux longues oreilles était manifestement une elfe noire, ainsi qu’un membre de l’équipe Diamant.

« Oh, Eve. Je ne savais pas que tu t’intéressais aussi aux bibliothèques. »

« Je ne suis pas intéressée. Penses-tu vraiment que j’ai un quelconque intérêt pour un endroit comme celui-ci ? Argh, Marie, pourquoi lis-tu des livres sur l’architecture ? Tu me fais un peu peur, pour être honnête. »

« Ne dis pas ça quand tu n’en as jamais lu toi-même. En tant qu’elfe, tu vas vivre une longue vie. Pourquoi n’étudies-tu pas et n’apprends-tu pas une chose ou deux ? C’est important d’avoir des hobbies, tu sais. »

D-D’accord… Marie était un peu trop à fond dans ses hobbies et baignait dans la culture otaku, mais j’avais décidé de me taire. Je ne voulais pas qu’elle me regarde fixement.

Marie se tenait debout avec une montagne de livres dans son dos, et Eve était en train de se dérober à l’un de ses regards. Le visage de l’elfe noire devint alors suffisant pour une raison quelconque, et elle se désigna elle-même d’un pouce.

« Mon esprit et mon corps le rejettent automatiquement, alors rien à faire. » En d’autres termes, elle n’avait tout simplement pas envie d’étudier. Bien que ce ne soit pas une surprise. Je pensais qu’elle était un peu comme Zera dans ce sens, mais j’avais gardé le silence.

Marie avait laissé échapper un soupir exaspéré, puis avait tourné ses yeux violets vers Eve.

« Tu as dit que tu nous cherchais. Pourquoi ? »

« Eh bien, nous sommes sur le point de nous rendre à l’oasis, non ? Je n’ai pas envie de marcher jusqu’ici, alors j’espérais que vous pourriez y conduire rapidement mon équipe. »

« Attends, qui t’a parlé de ça ? » avais-je demandé sans réfléchir, et Marie avait rapidement mis sa main sur ma bouche. Il était trop tard. Eve venait de lancer une supposition, mais un sourire s’était répandu sur son visage lorsque ses soupçons avaient été confirmés. Elle nous avait fait signe d’un doigt, et nous l’avions suivie jusqu’à une fenêtre proche. Il semblerait qu’elle était sur le point de nous arracher nos secrets.

J’avais senti Marie me pincer les fesses par-derrière pour me réprimander de mon lapsus. Mais ça n’avait fait que me chatouiller, et quand je lui avais demandé de s’excuser, elle avait juste froncé les sourcils avec une expression mignonne.

Eve avait posé son menton dans sa main sur la table circulaire, puis avait rapproché son visage, comme pour exiger des réponses. Ce que je n’arrivais pas à comprendre, c’est comment elle avait deviné notre secret par simple instinct ? Elle aurait dû avoir besoin de quelques indices pour arriver à cette conclusion.

« Eve, comment as-tu su que nous avions un moyen de voyager ? »

« Eh bien, tout le monde était occupé à se préparer, mais l’équipe Améthyste était la seule qui se contentait de se détendre, alors j’ai pensé que c’était suspect. Je comprendrais si c’était juste Wridra, mais vous deux semblez plus prudents sur ce genre de choses. Alors j’ai pensé, pour quoi ne pas demander ? »

Ça me paraissait logique. J’avais hoché la tête. Je n’avais jamais pensé que le fait que nous choisissions des livres lui avait mis la puce à l’oreille. En y réfléchissant, elle avait la classe unique de ninja, alors peut-être était-elle particulièrement douée pour recueillir des informations. Ou peut-être que c’était juste l’intuition d’une femme.

J’avais jeté un coup d’œil à Marie, qui avait haussé les épaules comme pour dire : « Fais comme tu veux ». Je m’étais demandé si nous aurions dû révéler tout cela, mais Eve avait veillé à protéger notre secret au Manoir des Roses Noires. Elle connaissait déjà notre capacité à voyager entre ce monde et le Japon, alors je m’étais dit que cela n’aurait pas été un gros problème de lui parler de notre moyen de transport.

« Peux-tu garder un secret, Eve ? »

« Bien sûr ! Je ne briserais jamais une promesse faite à un ami, » avait-elle répondu avec assurance, et j’avais décidé de lui faire confiance. J’avais demandé à Marie de bloquer le son qui s’échappait de notre cercle, puis j’avais levé trois doigts vers Eve. Ses yeux bleus la fixaient avec un grand intérêt.

« Nous avons trois méthodes de voyage. Il y a ma compétence de voyage longue distance : Trayn, le guide du voyageur, dont je t’ai déjà parlé. Nous pouvons aussi voler dans le ciel avec la Pierre magique, et enfin, nous avons la magie de Wridra. »

« Attends, quoi ? Comment ça, tu peux voler avec une pierre magique ? Puis-je aussi la monter ? » Elle avait rapproché son visage d’un air excité, mais je lui avais demandé de me laisser finir.

***

Partie 4

Je ne pouvais qu’emmener Marie avec moi avec ma compétence de voyage longue distance, et c’était limité aux endroits où il y avait un sanctuaire dédié au dieu du voyage. De plus, il était limité à une utilisation par jour. La pierre magique nécessitait que Marie ou moi-même la chevauchions, et nous ne pouvions emmener qu’un passager supplémentaire au maximum. Cela signifie qu’aucune des deux méthodes n’était adaptée pour emmener l’équipe Diamant avec nous.

La magie de Wridra aurait pu résoudre ce problème, mais nous voulions garder cette méthode secrète autant que possible. C’était une compétence bien trop pratique, et nous voulions absolument éviter toute attention indésirable.

« Eh bien, ça ne va pas marcher. Vous êtes déjà le centre d’attention. Vous avez nettoyé le deuxième étage, et tous les aristocrates se battent entre eux pour vous avoir sous leur contrôle, » dit Eve.

« Oui, c’est pourquoi nous sommes restés chez Puseri et Zera. Comme tu l’as dit, ce serait un problème si les gens découvraient nos méthodes de voyage avec tout ce qui se passe, » ajouta Marie. Nous avions tous gémi en même temps. Si l’équipe Diamant arrivait aussi à l’oasis en un instant, beaucoup de gens commenceraient à poser des questions. Une compétence de transport de groupe était vraiment précieuse. Elle pouvait renverser le cours d’une bataille si elle était utilisée pour envoyer des soldats sur un champ de bataille, et elle serait recherchée comme moyen d’évasion dans l’ancien labyrinthe. »

« Hmm, d’accord. Alors, je vais laisser tomber. Mon équipe serait contrariée si je suis la seule à y aller sans effort et que je les laisse toutes derrière moi. Mais à propos de ce voyage à la plage dont vous avez parlé avant… ? Ne pouvez-vous pas utiliser cette magie pour m’emmener avec vous ? »

Elle avait raison. Nous avions déjà refusé sa demande une fois, mais cela aurait été possible avec cette méthode. Même Wridra n’était peut-être pas capable de voler dans des terres inconnues, mais nous pouvions arriver sur le site avec mes compétences, puis aller la chercher à partir de là. Nous devions d’abord nous occuper du troisième étage de l’ancien labyrinthe et des rebelles, mais nous pourrions probablement emmener Eve avec nous par la suite.

Marie avait également hoché la tête avec un regard qui disait qu’elle était impressionnée à contrecœur.

« Tu es vraiment doué pour être rusé quand ça t’arrange, n’est-ce pas ? Bien, autant avoir un objectif amusant à atteindre pendant cette mission. »

« Yay ! Merci, Marie. Je suis si heureuse que tu sois ma première amie elfe. Je t’aime ! » Eve avait serré Marie dans ses bras, qui avait cligné des yeux avec un air surpris. Je ne pouvais pas m’empêcher d’être heureux de les voir s’entendre comme ça, même si Marie criait quand Eve avait joyeusement pressé ses lèvres contre sa joue pour l’embrasser.

Après un certain temps, nous avions dit au revoir à Eve pour l’instant. C’est à peu près à ce moment que les fières élites d’Arilai étaient parties pour leur mission.

 

 

§

La zone autour des portes était particulièrement animée, les instruments des prêtres résonnant bruyamment. Ils étaient une bénédiction pour soutenir ceux qui partaient pour l’ancien labyrinthe.

Non seulement il y avait des prêtres qui vénéraient le dieu de la terre, mais d’innombrables fleurs étaient dispersées depuis le deuxième étage des bâtiments environnants en guise de bénédiction pour Puseri du clan de la Rose Noire. Les familles royales d’antan étaient toujours appréciées à ce jour, et le leader de la nouvelle équipe Diamant avait souri aux citoyens qui montraient leur soutien. Bien qu’intérieurement, elle pouvait ou non être en colère contre une certaine elfe noire qui perdait son temps à faire on ne sait quoi.

La foule qui poussait en avant ne faisait qu’ajouter à la clameur, et elle dirigeait ses regards passionnés vers les guerriers qui partaient, comme s’ils étaient la prochaine génération de héros. L’équipe de raid avait été une grande aubaine pour l’économie du pays d’Arilai. Les gens avaient souhaité leur retour triomphal et n’avaient pas retenu leurs mots de soutien. Cependant, parmi eux, il y avait quelqu’un qui regardait avec une intention différente de celle du reste du peuple.

Celui qui se tenait au balcon du château royal et jetait un regard froid en contrebas était un membre important de la famille royale. Il y avait une nuance de résignation et de mépris dans les yeux du jeune homme, et ceux qui l’entouraient fixaient le groupe du raid avec des expressions similaires.

L’homme qui se tenait à leur tête avait ouvert la bouche pour parler.

« Hmph… Savez-vous combien de membres de ce groupe de raid reviendront en vie ? »

« Lord Wallace, je ne… »

« Ils vont tous mourir d’ici quelques jours. Mon père s’est laissé berner par les promesses vides d’Hakam, mais cela me fait mal de penser qu’ils finiront bientôt tous comme des cadavres. »

Dehors, les gens continuaient à donner leurs mots de bénédiction. Les pétales de fleurs ajoutaient de belles couleurs à la scène alors qu’ils étaient dispersés dans le ciel, et malgré les sourires joyeux des soldats en partance, la royauté les regardait comme s’ils étaient déjà morts.

Le petit groupe de raid avait été le sujet de conversation de tout le pays. Tout le monde voulait savoir pourquoi sa taille avait été réduite à un tiers seulement de la précédente. La théorie populaire était qu’ils prévoyaient d’envoyer les élites pour ouvrir la voie, puis d’envoyer des renforts plus tard, comme la dernière fois. Envoyer une trop grande unité en une seule fois signifiait que la plupart des soldats n’auraient pas eu grand chose à faire au début. Il était donc plus efficace d’envoyer des unités supplémentaires plus tard, selon les besoins. Telle était la principale rumeur qui circulait ces derniers temps.

Cependant, certaines personnes connaissaient la vérité. Ce petit groupe devait conquérir le troisième étage par lui-même. Ils savaient qu’ils ne reviendraient pas vivants.

« En fait, j’ai de la peine pour eux. Ils sont considérés comme remplaçables, » dit le membre de la famille royale avant de tourner le dos. Le reste de la famille royale était réuni juste au-delà, et il les avait salués avant de concentrer son attention sur la grande carte sur la table.

De nombreuses pièces apparemment faites à la main étaient visibles sur la carte, et les personnes rassemblées donnaient leur avis les unes aux autres.

Avec le raid sur l’ancien labyrinthe en cours, une autre bataille était sur le point de commencer ici.

§

J’avais levé les yeux au son d’un gazouillis et je les aivais protégés du soleil alors qu’un oiseau volait au-dessus de ma tête.

Nous avions pris notre temps pour nous préparer. Je me sentais mal d’avoir eu la vie si facile, mais nous devions juste attendre les autres dans le hall du deuxième étage. J’avais entendu dire qu’ils arriveraient tard dans la nuit, donc nous aurions probablement déjà dormi. Le raid proprement dit ne commencerait pas avant demain matin, donc cela n’aurait pas été un problème si nous devions nous regrouper tard.

Apparemment, notre base d’opérations devait se trouver devant la porte menant au troisième étage. C’était un peu loin du deuxième étage, et ils utiliseraient un chemin qui fait le tour du hall, donc ils ne devraient pas être trop bruyants. Mais honnêtement, j’étais la personne la plus bruyante de la forêt alors que je martelais quelques pieux avec un bruit métallique. Le bruit avait continué, et quelques oiseaux avaient volé de loin pour voir ce qui se passait.

Il restait du temps, mais pas assez pour le gaspiller. Je voulais profiter de cette occasion pour vérifier les outils que nous avions achetés en ville et monter la tente instantanée. Puisque Wridra nous transportait jusqu’ici, j’avais fait des folies pour acheter des objets qui nous permettraient de passer notre temps en toute tranquillité.

Marie lisait un livre à l’ombre, mais il semblait qu’elle avait trouvé un bon endroit pour s’arrêter, alors elle s’était levée et s’était étirée. Elle avait brossé les feuilles de son derrière et m’avait regardé.

« Alors, pourquoi as-tu fini par acheter une si grande tente ? »

« Eh bien, nous allons partir en mission avec un groupe de personnes, mais nous ne voulons pas que les autres nous voient dormir. J’ai donc pensé que ce serait mieux si nous revenions ici pour nous reposer. Shirley pourra gérer sa forêt comme d’habitude, et nous pourrons nous reposer tranquillement. » Tant que nous avions notre compagnon fiable, Wridra, nous pouvions revenir ici quand nous le voulions. Si nous nous assurions un endroit confortable pour dormir, cela faciliterait sûrement la suite de notre mission. J’avais expliqué cela à Marie, qui avait l’air plutôt surprise et impressionnée.

« Maintenant que tu le dis, nous n’aurions pas non plus à transporter le pot. Ok, alors je vais aussi aider. »

« Oh, c’est bon, il n’y a pas trop de travail. J’ai déjà fini de monter le toit et les poteaux de soutien, » avais-je dit, mais j’avais noté intérieurement combien il était difficile de monter une tente. J’avais redressé les poteaux, fixé les fondations, puis placé un grand morceau de tissu par-dessus. Je me rendais douloureusement compte de la raison pour laquelle les gens faisaient généralement cela en groupe.

Après avoir fixé l’extérieur avec quelques cordes et étendu un tissu épais sur le sol, le processus était à peu près terminé. La tente d’un blanc laiteux étant montée, j’avais poussé le rideau de l’entrée pour vérifier si l’on pouvait y rester.

« Je pense que ça devrait le faire. Marie, tu peux entrer maintenant. » Elle pensait peut-être qu’elle allait s’effondrer sur nous. Marie était entrée dans la tente avec précaution, regardant la pièce circulaire avec circonspection. Une expression de satisfaction s’était ensuite imposée à elle après avoir observé l’intérieur spacieux.

« Oh, c’est sympa. Il y a plus de brise que je ne le pensais. C’est en fait assez confortable ici. »

« J’en ai acheté une qui est un peu plus cher. C’est bien d’avoir de l’argent pour des moments comme ceux-là. » Je trouvais inutile de m’attarder sur l’argent dans le monde des rêves. Pourtant, il était très avantageux de pouvoir acheter les choses dont on avait besoin quand on le voulait.

J’avais montré mes paumes à Marie, et elle avait fait le même geste. Au moment où nous nous frappions les mains pour nous congratuler, le rideau s’était ouvert et une voix familière nous avait appelés.

« Que faites-vous tous les deux là-dedans ? Il y a quelque chose dont je veux discuter. Cessez vos bêtises et venez ici. »

« Oh ? » avions-nous dit, l’air bête, les mains pressées l’une contre l’autre.

§

Wridra nous avait guidés vers un terrain vague de l’autre côté de la rivière. Curieusement, il n’y avait pas beaucoup de mauvaises herbes qui y poussaient, et c’était bien entretenu comme un terrain de sport. Il y avait un arbre isolé avec une table et une chaise sous celui-ci, ce qui semblait quelque peu déplacé.

« Huh, je pensais qu’il y avait des bois par ici. »

« J’ai demandé à Shirley de les enlever du chemin. Il va falloir penser à la disposition maintenant, après tout. Hé, Shirley ! »

Hm ? La disposition ?

Wridra nous avait conduits à une table circulaire et j’avais pris un siège. La table en métal avec des trous en forme de treillis semblait convenir à un jardin occidental. Je m’étais rendu compte que j’étais distrait et j’avais décidé de sortir nos repas de mon sac. Je n’avais pas beaucoup de temps pour cuisiner ces derniers temps, alors j’avais apporté de simples sandwichs aujourd’hui.

Les ingrédients, tels que les œufs, les tomates et le bacon, étaient tous pris en sandwich entre des tranches de pain blanc et offraient un repas vibrant et coloré à l’ombre des arbres. Une fois que le thé avait été distribué, il était temps de prendre un déjeuner tardif et de commencer une réunion.

« Om nom, délicieux… Mmf, ce sandwich au thon est mon préféré. La saveur qui fond dans la bouche est tout simplement à tomber par terre. Je ne peux m’empêcher d’apprécier sa pureté, » déclara Wridra.

« Tu manges toujours la même chose, Wridra. Le thon mayo était aussi ton type de boulette de riz préféré, » avais-je répondu.

« Je n’y peux rien tant c’est délectable. En tout cas, nous allons convenir que tous les sandwichs au thon m’appartiennent et commencer notre discussion. » Elle avait revendiqué les droits sur tout le thon et mayonnaise, tout naturellement. Marie avait ignoré la revendication de Wridra et avait pris un des sandwichs au thon, prenant une gorgée de son thé.

***

Partie 5

« Quel est le plan que tu as mentionné plus tôt ? Tu n’as pas l’intention de construire une maison ici, n’est-ce pas ? »

« Cela pose-t-il un problème ? J’ai des archives de jardins et de bâtiments avec des éléments japonais et occidentaux grâce à ma magie de projection. Vous voyez ? Regardez. »

Wridra avait fait apparaître dans l’air des images de Yamamoto-tei, l’une après l’autre. Marie et moi regardions, bouche bée, tandis que Shirley n’était pas du tout surprise. En y réfléchissant, ce champ vide avait à peu près la même taille que le manoir… Un coup de vent était passé, et nous avions finalement repris nos esprits.

« Mais nous aurions besoin de beaucoup de matériel et de main-d’œuvre, n’est-ce pas ? »

« Qu’est-ce que tu dis ? Avec Shirley et moi ici, il n’y a pratiquement rien que nous ne puissions faire. Après tout, c’est pour cela que nous sommes allés voir le jardin en personne. » Wridra m’avait regardé comme si elle demandait : « Est-ce que je me trompe ? », mais je ne savais rien de tout cela.

En voyant Shirley hocher la tête, j’avais enfin compris qu’elles voulaient vraiment construire cette maison. Je m’étais calmé en buvant une gorgée de thé, puis j’avais pris une profonde respiration. J’avais éparpillé quelques miettes de pain pour les oiseaux qui se rassemblaient, puis je m’étais tourné vers Wridra. Je pouvais sentir mon cœur battre dans ma poitrine.

« Alors, on construit vraiment une maison ? Et combien de temps penses-tu que cela prendra, Wridra ? »

« Nous devrons d’abord décider de la disposition des lieux. Pour une maison d’un étage relativement simple, il ne devrait pas falloir plus de quelques jours pour en construire la structure globale, » dit Wridra en se penchant plus près de moi. Marie s’était également penchée vers moi alors que la réalité de la situation commençait à se faire sentir, et j’avais eu l’impression que nous avions une sorte de réunion secrète.

Shirley avait raté l’occasion de rejoindre notre petit cercle, alors Marie et moi l’avions prise par la main et l’avions rapprochée de nous. Et ainsi, elle était la seule à avoir un grand sourire sur le visage lorsque notre réunion avait officiellement commencé.

« En fait, ça fait longtemps que je rêve de vivre dans une maison à un étage. Si on doit faire ça, je veux que ce soit parfait. Est-ce que ça convient à tout le monde ? » avais-je dit.

« Oh, wôw, c’est excitant. Je préfère quelque chose de simple et chaleureux à quelque chose de tape-à-l’œil. Ce serait bien s’il y avait aussi un endroit pour lire des livres, » répondit Marie. Wridra avait gloussé, puis avait pointé ses paumes vers la table. Le plan d’une maison avait alors été projeté dans l’air.

La vraie surprise était encore à venir. Des particules sombres avaient été expulsées du bout de ses doigts, prenant la forme de piliers et de meubles sur le plan et formant un bâtiment tridimensionnel miniature. Nous avions tous laissé sortir notre voix pour exprimer notre étonnement devant ses capacités. C’était comme voir une imprimante 3D magique au travail.

« Haha, ce sera la mise en page pour notre référence. Nous allons mettre en œuvre vos idées ici. Je suppose qu’il n’y a pas d’objections ? »

« Non, non, pas du tout. Nous aurons besoin d’un bain aussi. Un bain propre ! » dit Marie.

« Bien sûr, je n’ai pas non plus d’objection non plus. Je suis impatient. Créer des choses est ta spécialité, Wridra, mais je ne pensais pas que nous aurions l’occasion de voir quelque chose à une telle échelle. » En entendant nos compliments honnêtes, la bouche de Wridra s’était courbée en un sourire confiant.

C’était vraiment agréable d’avoir une amie Arkdragon. Dire que nous aurions notre propre maison au deuxième étage du labyrinthe alors que nous étions restés chez les autres jusqu’à présent. Je m’étais dit que nous pourrions utiliser la tente que nous avions montée plus tôt en attendant que la maison soit terminée.

« D’accord, si nous faisons ça, allons-y à fond. Nous ne la ferons pas inutilement grande, et nous ne voulons évidemment pas qu’elle soit trop petite. Faisons une maison avec une belle vue et dans laquelle il sera agréable de vivre. »

Nous avions tous mis nos mains ensemble, Shirley ayant mis la sienne en dernier avec précaution. Notre « Yeah ! » avait résonné dans la forêt, et les oiseaux qui picoraient leurs miettes de pain s’étaient retournés, surpris.

Le choix de l’aménagement avait été beaucoup plus difficile que prévu.

Nous avions chacun partagé nos opinions en nous basant sur la miniature que Wridra avait réalisée. Nous avions commencé à placer les choses par ordre d’importance, mais l’aspect s’était dégradé au fur et à mesure que nous avions ajouté des salles et des pièces individuelles. Des couloirs étranges et des espaces inutiles avaient commencé à être ajoutés à la conception, et Wridra avait dû refaire le plan à chaque fois. Marie avait fixé la miniature en fronçant les sourcils, puis avait marmonné.

« Hmm, on peut vraiment voir à quel point ces bâtiments sont bien conçus quand on les regarde comme ça. »

« Mon admiration pour ces architectes grandit au fur et à mesure que nous essayons de faire le nôtre. Les Japonais sont rompus à l’art d’utiliser au mieux les petits espaces. Mais cet endroit a été fait pour accueillir un grand nombre d’invités, il n’est donc pas forcément adapté pour y vivre. » Je ne m’attendais pas à ce que nous ayons du mal avec une architecture comme celle-ci.

Je ne pouvais pas compter combien de fois nous avions recommencé à zéro. Avant de m’en rendre compte, Shirley s’était déjà endormie. Un petit oiseau était posé sur sa tête, s’endormant également.

Nous aurions pu aller au Japon pour voir d’autres maisons modèles, mais je ne pouvais pas imaginer qu’aucune d’entre elles n’aurait un design adapté à cette forêt. En ce sens, Yamamoto-tei était vraiment le bâtiment idéal. Nous nous étions complètement heurtés à un mur, et Wridra s’était gratté la tête en signe de frustration.

Il faudrait du temps à des amateurs comme nous pour terminer la mise en place de ça. Mais il devait y avoir quelque chose que nous pouvions faire. Si seulement il y avait un moyen, même pour les amateurs, d’élaborer une maquette…

« Oh, je sais. Pourquoi ne pas demander aux esprits de Marie de construire les plans pour nous ? Nous ne pouvons pas nous empêcher de regarder l’image globale avec les miniatures, et nous ne sommes pas des architectes professionnels. Ce serait peut-être plus facile si nous voyions le bâtiment à l’échelle réelle, » avais-je suggéré.

« Oh, c’est une bonne idée. Nous avons déjà appris le concept des piliers. Nous pouvons faire quelque chose comme une maison, mais ne vous attendez pas à ce que ce soit trop solide. Cela m’aidera également à améliorer mes compétences dans le processus. »

« Alors je vais aussi donner un coup de main. La sorcellerie spirituelle de Marie n’est peut-être pas encore suffisante. J’apporterai mon soutien pour les parties les plus complexes, » dit Wridra. Peut-être pensait-elle que ce petit exercice l’aiderait à rester éveillée. Elles se levèrent toutes les deux de leurs sièges, puis commencèrent à travailler avec les esprits de pierre tout en regardant en arrière et en avant entre la miniature et le champ.

Pendant notre séjour dans l’ancien labyrinthe, nous avions rapidement adapté la structure tridimensionnelle des murs à notre stratégie de combat. Marie s’était entraînée à la sorcellerie des esprits depuis, et elle avait été capable de mettre en place le plan de la maison en un rien de temps. Je ne pouvais qu’applaudir, et voir les esprits de pierre changer sous mes yeux me donnait l’impression d’être dans un livre d’images. J’avais tendu la main vers l’un des murs de pierre pour constater qu’il était vraiment solide au toucher. Les murs étaient trop épais, et le plafond ne pouvait pas être maintenu en place à cause de son poids. Mais c’était vraiment plus facile à comprendre que le plan que nous avions utilisé.

« Marie, je suis impressionné. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de personnes sur le continent qui pourraient construire ceci avec une telle précision. »

« Ahem. Je te ferais savoir que je suis en fait assez talentueuse, » répondit Marie. Eh bien, je savais à quel point elle était talentueuse depuis le jour où je l’avais rencontrée.

Une fois les piliers de soutien et les murs construits, nous étions tous entrés par l’entrée. Je m’étais amusé à observer le processus d’ajout de fenêtres pour éclairer l’endroit et à modifier la disposition au fur et à mesure.

« Gardons la salle de réception à côté de l’entrée telle quelle. Il y a beaucoup de soleil qui entre ici, donc ça devrait être un endroit agréable pour lire quelques livres. »

« Pas d’objection. Nous pourrions même la rendre plus spacieuse en combinant cette pièce avec l’espace à l’arrière. Nous devrions peut-être agrandir le terrain. Ce n’est pas comme si nous devions payer pour le terrain. »

Certains des murs s’étaient effondrés, et la salle de six tatamis avait été doublée pour passer à douze. Entre-temps, la taille du terrain s’était agrandie, ajoutant beaucoup d’espace à droite de l’entrée pour la salle de réception et un autre espace spacieux à gauche de celle-ci. Il y avait des jardins de chaque côté de la salle, et on pouvait ajouter des portes en moustiquaire shoji comme séparateurs d’où l’on pouvait avoir une belle vue.

« Ouais, c’est sympa. J’ai toujours rêvé d’une vue comme celle-ci. Ce sera encore mieux avec une grande salle de bains et une aire de repos au bout du jardin, » avais-je dit.

« Je sais ! J’ai entendu dire qu’il y avait un bain en plein air à notre destination à Izu. Nous pourrions attendre la fin de notre voyage pour décider de l’aménagement final. » Wridra hocha la tête en accord avec le commentaire de Marie.

Peut-être que cette maison se rapprocherait de son achèvement au fil de nos visites au Japon et de nos excursions. Nous avions déjà eu du mal avec les plans bâclés, mais nous ne nous préoccupions plus des petits détails. Nous avions réorganisé le plan à la volée, il était donc évident qu’il ne serait pas parfait. En fait, j’avais l’impression que ces petites imperfections étaient ce qui lui donnait une saveur unique qui nous convenait bien.

Le temps passe vite quand on fait ce qu’on aime. Nous avions fini de travailler sur les chambres d’hôtes, le hall principal, et le plan général approximatif pour aujourd’hui. Cependant, tout cela pouvait changer une fois que nous serions à l’auberge d’Izu.

Nous avions tous pris place dans la véranda improvisée et avions regardé le jardin vide. Nous avions visité Yamamoto-tei récemment. Le spectacle que nous avions vu alors était encore frais dans nos esprits. Il me suffisait de fermer les yeux pour voir le magnifique jardin verdoyant. Je ne pouvais m’empêcher de penser que notre jardin ressemblerait à celui-ci un jour, et que les choses deviendraient encore plus excitantes au fur et à mesure que notre exploitation agricole prendrait forme.

« Oh, je ne peux pas attendre ! » Wridra avait un énorme sourire sur le visage en s’allongeant sur le dos. Le reste d’entre nous avait également souri en s’allongeant sur le dos, puis on avait remarqué que le soleil commençait à se coucher. Peut-être qu’un jour, nous préparerions notre literie par une soirée comme celle-ci et cuisinerions un repas dans la cuisine. Marie s’étira, ses yeux se rétrécissant joyeusement comme si elle imaginait la même chose.

« Cela vous fait vraiment voir que le monde n’est pas qu’une question d’argent. J’apprécie tellement les moments comme celui-ci. » Je comprenais son sentiment, mais je ne pouvais pas imaginer combien d’argent il aurait fallu dépenser pour avoir un tel endroit au Japon. Et pourtant, il était vrai que je me sentais satisfait. Nous avions ri ensemble, puis nous nous étions dirigés vers la tente que nous avions plantée plus tôt. J’avais du travail demain, et une fois que j’aurais fini, le raid au troisième étage commencerait.

Les choses étaient de plus en plus occupées avec l’Obon qui approchait. Avec mes rêves, même le Japon se transformait en un lieu de loisirs, alors je me sentais un peu mal de m’amuser autant tout le temps.

Quant à savoir si c’était confortable ou non de dormir dans la tente, j’avais complètement oublié que je pouvais dormir n’importe où, n’importe quand.

***

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