Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe – Tome 2

Table des matières

***

Chapitre de l’Elfe

Prologue

Boum, boum, boum.

Alors que nous avions traversé une ville dans le désert d’Arilai, le son léger des tambours résonna autour de nous. Puis, quelque chose qui ressemblait à un ocarina s’était joint à la mélodie, rendant l’ambiance plus relaxante et joyeuse que précédemment.

Cette région avait été développée en creusant des zones habitables dans les montagnes et collines le long de leur pente. Dans ces terres désertiques, l’eau était cruciale pour la survie, tout comme la résistance à la chaleur infernale des rayons du soleil. C’est pourquoi les gens pompaient l’eau de la rivière couleur sable qui coulait au fond de cet endroit.

Je l’avais expliqué à la jeune elfe alors que nous nous faufilions parmi les individus portant des turbans sur la tête, et elle m’avait simplement répondu avec un léger désintéressement, « Hein. » Ses yeux pâles et pourpres montraient un soupçon de curiosité intellectuelle, mais ils étaient troublés par le soleil juste au-dessus de nous.

« Comment font-ils face à cette chaleur ? C’est plus important que leur histoire ou leur culture en ce moment, » déclara Marie.

Ses yeux s’étaient tournés vers moi alors qu’elle soulevait légèrement le capuchon de sa robe qui couvrait sa tête. La lumière du soleil accentuait le contraste entre la couleur de sa peau et l’ombre, rendant sa peau blanche presque trop claire.

Mes tentatives pour piquer sa curiosité par la conversation avaient été contrecarrées par sa haine absolue de la chaleur accablante. J’aurais aimé qu’il ne fasse pas si chaud, mais c’était moi qui l’avais invitée dans la région désertique, alors je n’avais pas grand-chose à dire à ce sujet.

La fille s’appelle Marie. Elle était moitié fée, moitié elfique. Son nom complet était Mariabelle, et c’était une espèce assez rare par ici. Cependant, personne n’osait la déranger avec la façon dont elle tenait son bâton de sorcier à deux mains, affichant une expression irritée.

Ceux qui cherchaient à percer les mystères des anciennes voies, connus sous le nom de sorciers, étaient précieux et puissants dans ce pays, voire dans le monde entier. Marie était d’une classe encore plus rare, connue sous le nom de sorcière spirituelle, et il y a quelques jours à peine, elle m’avait montré à quel point ses capacités étaient inestimables.

Elle regardait la ville avec une expression neutre quand elle avait ensuite dirigé ses yeux violets vers moi.

« Cet endroit est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu autant d’individus qui font la sieste dans la rue comme ça, » déclara Marie.

« C’est parce que le soleil se trouve actuellement directement au-dessus de nos têtes, » répondis-je. « Je pense que l’un des aspects intéressants de ces pays désertiques, c’est qu’ils ont des heures d’ouverture différentes. »

« Tu n’as pas l’air très intéressé avec ton visage endormi. En plus, j’ai du mal à croire qu’il fasse plus frais en se trouvant simplement dans ce bâtiment, » déclara Marie.

J’avais gloussé et j’avais fait un geste en disant : « Qui sait ? » puis j’avais tendu ma main vers la sienne.

« Même dans ces environnements difficiles, les gens continuent à vivre. Mais depuis qu’ils vivent dans cette région, ils ont sûrement développé une culture de divertissement et de joie malgré l’environnement. Ne serait-il pas intéressant de voir quelle sorte de culture ils ont produite ? »

« C’est quoi cette recherche du savoir ? Si tu essaies encore de me piéger, ça ne marchera pas, tu sais, » déclara Marie.

« Ne t’inquiète pas, je n’essaie pas de te piéger. J’ai entendu dire que tu pouvais déguster un délicieux thé dans cette bâtisse. Viens, allons voir la culture Arilai. C’est moi qui régale, » déclarai-je.

Marie était de mauvaise humeur à cause de la chaleur, mais comme je m’y attendais, elle avait tourné la tête avec le nez en l’air. Mais il semblerait qu’elle préférait prendre du thé à l’ombre plutôt que de simplement se mettre à l’ombre, parce qu’elle plaça ses doigts sur ma main tendue.

Nous avions été accueillis par un « Bienvenue ! » en entrant dans l’aire de repos. Le sol pavé de pierre avait été poli et doublé de multiples tapis de taille humaine. Il y avait des individus assis sur ces tapis, savourant du thé et de la nourriture.

L’odeur dans l’air était de l’encens… Non, ça devait être une sorte d’épice. J’avais des fourmillements dans le nez, mais c’était une sensation rafraîchissante et intéressante qui me rappelait l’odeur des herbes.

L’atmosphère était exotique, mais la jeune fille avait été surprise par autre chose : une légère brise avait soufflé, refroidissant la chaleur présente sur notre peau.

« Oh, il fait un peu plus frais ici ! Comment se fait-il que la température soit différente ici qu’à l’extérieur ? » demanda Marie.

Tu le découvriras bien assez tôt…, pensai-je.

J’avais commandé deux tasses de thé avec des fruits et du poulet cuit à la vapeur, puis je m’étais dirigé avec elle vers des sièges vides.

Les murs, d’une couleur sable brûlée, semblaient faits de pierre sculptée. Il y avait une fenêtre un peu plus haute que la normale, où l’air chaud semblait sortir.

Marie regardait encore avec curiosité autour d’elle, alors j’avais placé un tapis et je l’avais invitée à s’asseoir avec moi.

« Tiens, assieds-toi. Alors, nous pourrons peut-être avoir un aperçu de leur culture, » déclarai-je.

« Je ne vois pas ce qu’on peut apprendre en s’asseyant…, » marmonna-t-elle en retirant ses bottes et en s’asseyant sur le tapis. Il semblait que ses pieds étaient chauds et fatigués par toute cette marche, parce qu’elle poussait un grand soupir. « Non, c’est tellement bon ! Attends une minute… Qu’est-ce qui se passe ici ? Je n’aurais jamais imaginé que le sol serait aussi froid au toucher. »

Alors que j’enlevais aussi mes chaussures et que j’étais donc maintenant pieds nus, j’avais du mal à croire que la chaleur ait disparu presque instantanément. La sueur semblait se retirer de mon corps, et c’était agréable et frais comme Marie l’avait dit.

En réalité, ce n’était pas comme si la climatisation était allumée. Le doux bruit de l’eau qui coulait de l’extérieur et de l’intérieur de la bâtisse avait contribué à atténuer une partie de la chaleur. J’avais réussi à faire écarquiller les yeux de la fille quand je le lui avais annoncé, ce qui avait fait que l’inviter ici en valait après tout la peine.

« Je suis surprise que cet endroit ait une telle abondance d’eau malgré le fait d’être dans le désert, » déclara Marie.

« Il y a des ruisseaux remplis d’eau dans les couches supérieures du sol. Les personnes ici utilisent l’eau qui coule et l’amène ainsi, » déclarai-je.

Marie semblait impressionnée lorsqu’elle abaissa le capuchon de la robe qui recouvrait son visage. Ses cheveux blancs et lustrés et ses longues oreilles étaient apparus, alors son éclat attira l’attention de ceux qui nous entouraient. Même les perles de sueur sur sa peau étaient comme des gemmes qui soulignaient sa beauté naturelle.

J’entendis des soupirs tout autour de nous alors que les gens l’admiraient de loin.

Je voulais qu’elle se détende et s’amuse, alors j’avais placé un coussin derrière son dos et je l’avais fait s’allonger. Les regards qu’elle recevait étaient plus faciles à ignorer de cette façon et lui permettaient d’étirer ses membres en étant bien confortable.

« Ahh, je me sens si rajeunie… Voilà donc le secret pour passer du temps dans le désert. J’ai appris quelque chose d’utile aujourd’hui, » déclara Marie.

« C’est un peu comme lorsque tu es à l’ombre d’un arbre qui est toujours plus frais. Les arbres préfèrent aussi les températures plus fraîches, de sorte qu’ils absorbent l’eau du sol, qui est dissipée par leurs feuilles. Il se trouve que nous bénéficions également de ce processus naturel dans cette bâtisse, » déclarai-je.

« Hmm… Je ne le savais pas. Dissipation… tu en as parlé tout à l’heure. Si c’est aussi efficace pour refroidir les choses, j’aimerais trouver un moyen de l’utiliser avec les esprits, » déclara Marie.

Ce n’était pas une mauvaise idée. Je lui avais dit qu’elle devrait essayer, puisqu’elle avait la capacité d’utiliser la sorcellerie spirituelle.

Pendant que nous parlions, notre thé et notre nourriture avaient été apportés là où nous étions assis.

« Donc, la culture de ce pays est de s’allonger et d’oublier la chaleur en savourant de la nourriture. C’est la bonne façon de passer le temps si tu me le demandes… Oh, tu ne devrais probablement pas utiliser cette sauce rouge, » déclarai-je.

Marie l’avait reniflée quelques fois, avait fait une grimace qui m’avait dit qu’elle tiendrait compte de mon avertissement, puis avait poussé le bol de sauce sur le côté. Elle avait ensuite pris un morceau de viande blanche de poulet et l’avait amené dans sa petite bouche.

« Je serais heureuse si tu pouvais au moins leur présenter du sel. Oh, mais les herbes qu’ils utilisent donnent aux plats un arrière-goût rafraîchissant, » déclara Marie.

Le sel avait beaucoup de valeur. Maintenant que j’y pense, comment feraient-ils du sel dans les régions désertiques ? Je devrais y jeter un coup d’œil un de ces jours…

Il semblerait que Marie se soit habituée à la pratique de manger de la nourriture à mains nues. Au début, elle se plaignait d’avoir de la graisse partout sur les doigts, mais maintenant elle mangeait du poulet sans ustensiles ni hésitation.

Les herbes servaient à éliminer les odeurs, de sorte qu’il semblait que la nourriture était savoureuse, même pour le palais sensible d’une elfe. Le poulet était exactement ce dont nous avions besoin pour nos corps fatigués.

Le thé dans les tasses était de couleur ambre, et son arôme parfumé se répandait dans mon nez. En appréciant l’odeur, j’étais content d’avoir choisi celui qui était un peu plus cher.

Devant moi, il y avait une elfe qui se détendait et s’amusait, et des feuilles de thé parfumées que l’on ne pouvait trouver que dans les pays désertiques comme celui-ci. C’était une journée de luxe.

J’avais vraiment apprécié l’atmosphère de l’autre monde en regardant ce qui se passait dans l’aire de repos.

 

 

Comme on pouvait s’y attendre, le donjon semblait être un sujet brûlant parmi la population. Je ne pouvais pas leur reprocher ça, étant donné qu’un ancien donjon était soudain apparu dans un site de fouilles oublié depuis longtemps.

Ce qui m’avait surpris, c’est qu’il n’y avait aucune trace de peur visible sur leur visage lorsqu’ils en parlaient. Je m’étais alors dit que la plupart des gens auraient peur si un donjon apparaissait si près de chez eux.

J’avais continué à écouter, et la raison était vite devenue claire :

Ce site avait apparemment été utilisé pour les fouilles de pierres magiques dans le passé, et cela faisait environ 200 ans que cette importante source de revenus n’avait plus été disponible. Il y avait un sentiment de ferveur chez les citoyens lorsqu’ils parlaient des récits de cette époque de grande richesse.

Marie écoutait aussi avec ses longues oreilles. Elle s’était penchée vers moi pour me murmurer quelque chose. « C’est donc une grosse affaire que le donjon ait été découvert. Nous sommes des étrangers ici, mais nous sommes censés obtenir un permis spécial pour l’explorer, non ? »

« D’habitude, oui. S’ils nous le refusent parce que cette terre leur appartient, il y aura moins d’aventuriers qui viendront dans leur région, » répondis-je.

Bien que, avec des aventuriers qui étaient associés à des guildes, il y avait eu des cas où ils avaient été refusés avec un certain paiement pour leurs problèmes. Quant à nous, Mademoiselle l’Elfe faisait partie de la guilde des sorciers, alors j’avais un doute que cela arrive.

J’y avais réfléchi en buvant un peu de mon thé.

Oui, c’est bon…, pensai-je.

Un arôme floral était présent dans la saveur du thé.

« Dès qu’on aura ce permis, on fera un rapport à la guilde. J’ai envoyé un message, mais je suis dehors depuis un moment, alors ils sont peut-être inquiets, » déclara Marie.

« Ouais, on devrait leur dire que tu vas bien. Nous pourrons ensuite nous diriger vers l’ancien donjon. J’ai hâte d’y être, » répondis-je.

Après que je lui ai déclaré ça, Marie avait tourné son regard calme vers moi.

« À propos de cela… Nous ne savons toujours pas si je peux participer à l’exploration. J’ai entendu dire que le donjon possède un niveau de difficulté élevé, donc il est probable que mon rang ne soit pas assez élevé pour obtenir l’approbation, » déclara Marie.

Il s’agissait de l’un des facteurs dont je n’avais pas tenu compte.

J’avais croisé les jambes et je l’avais écoutée me l’expliquer. Selon Marie, la guilde des sorciers vérifiait le niveau de difficulté d’un nouveau donjon, puis l’assignait des personnes suffisamment qualifiées. Même si c’était nous qui l’avions découvert, il se pouvait qu’on nous interdise de participer s’ils pensaient que nous ne pouvions pas y faire face.

« Bien sûr, ils ne laisseraient pas passer une occasion de dévoiler les secrets de la sagesse ancienne. Dans ce cas, ils choisissent généralement un substitut pour enquêter à sa place. De cette façon, ils ne perdraient pas de temps ou de ressources, » déclara Marie.

« Attends, tu veux dire qu’ils pourraient choisir quelqu’un d’autre que toi ? Je ne veux pas aller explorer avec un étranger. Si ça arrive, je vais aussi ne pas y aller, » déclarai-je.

« Il n’y a pas grand-chose à faire pour ça. La découverte d’un donjon qui existe depuis les temps anciens est presque inconnue. On ne sait toujours pas ce qu’ils vont décider, » déclara Marie.

« Alors, prépare-toi à cette situation, » avait-elle ajouté.

En d’autres termes, il y avait une chance que nous devions renoncer à explorer complètement le donjon.

Eh bien, je suppose qu’on n’avait plus qu’à se contenter de grogner. Si je décidais de protester trop fort, cela pourrait avoir un impact négatif sur l’avenir de Marie dans la guilde.

Les citoyens avaient continué à bavarder sur la façon dont la famille royale avait envoyé un groupe d’éclaireur, et la manière dont la méthode de raffinement des pierres magiques avait été découverte. C’était surtout des conjectures, mais comme nous étions des individus qui connaissions les faits, tout ce que nous pouvions dire, c’était. « Les rumeurs sont assez folles. »

« La méthode de raffinement des pierres magiques… Tu crois qu’ils parlent de Mewi ? » Marie me murmura ça à l’oreille.

J’avais hoché la tête. « Probablement. »

Je ne m’attendais pas à ce que les gens ordinaires le sachent, mais j’avais quand même écouté leur conversation.

Mewi était un garçon de la tribu Neko que nous avions sauvé d’un groupe de bandits il y a quelques jours. Pour une raison ou une autre, il était capable de contrôler les objets connus sous le nom de pierres magiques.

Je pense que les rumeurs étaient intéressantes parce que plus on en parle, plus elles semblent convaincantes. Parmi les diverses idées annoncées par ces gens, la plus probable était d’abord celle qui était vraie. Cela devenait le point de départ, qui allait se propager, et se rassembler avec d’autres idées qui avaient aussi germé. Puis, finalement, ces idées vagues pouvaient commencer à prendre forme.

Nous avions continué à écouter tout ça avec intérêt, mais nous n’avions pas réalisé qu’il y avait une autre paire d’oreille qui écoutait.

C’était quelque chose que nous avions placé dans mon sac à bandoulière et c’était le cadeau que nous avait offert la Magi-Drake. Les êtres légendaires dont le niveau dépassait 1000 étaient capables d’utiliser une magie que nous ne pouvions même pas comprendre. L’écaille de dragon, qui brillait discrètement d’un blanc bleuté, était reliée aux profondeurs des ruines de Nazul-Nazul. Seuls les hommes-lézards qui vivaient dans la ville souterraine aujourd’hui vide, et nous, connaissions la Magi-Drake qui habitait plus profondément, au-delà d’un passage secret.

La dragonne avait pris une grande respiration, puis s’adressa à elle-même alors qu’elle examinait ce qui l’entourait.

« Ils ont donc ouvert la porte du donjon. Comme ils sont insouciants, alors qu’ils ignorent la terre maudite qui est à l’intérieur, » elle avait poussé un soupir.

Puis, une autre image était entrée dans son champ de vision. Il s’agissait du groupe qui effectuait une fouille préliminaire du donjon. Parmi eux, il y avait une pierre rayonnante.

« Hah, hah, hah, je suppose que je vais leur donner leur appât et retourner dans leur pays pour l’instant. Il semble qu’ils soient devenus très habiles au combat maintenant, » déclara-t-elle.

Personne ne savait encore qui elle voulait dire par « ils ». Mais son sourire joyeux semblait attendre avec impatience les changements à venir.

Le regard dans les yeux du Magi-Drake semblait alors afficher une nature différente. Elle se retourna et dirigea son regard vers ses pieds, puis étendit ses ailes et couvrit la zone.

De cette façon, personne ne pourrait interférer. Elle voulait garder pour elle toute seule la belle vision qui s’annonçait.

Des fissures avaient commencé à se former en produisant un son dans les œufs qu’elle chauffait depuis si longtemps. L’éclosion qui se produisait une fois par millénaire était un spectacle fantastique à contempler.

Les œufs d’obsidienne ressemblaient à des diamants aux lignes géométriques taillées dans la masse, émettant un éclat grandiose. Les coquilles étaient devenues assez transparentes pour révéler les petits à l’intérieur. Ils se couchaient chacun dans des postures différentes, certains ouvrant la bouche vers le ciel, d’autres se recroquevillant comme s’ils voulaient dormir davantage.

Il y avait un amour maternel évident dans les yeux de la Magi-Drake, alors qu’elle souriait, veillant sur ses adorables enfants.

« Hah, hah, un spectacle qui n’arrive qu’une fois tous les 1000 ans… J’aurais peut-être dû aussi leur montrer, » déclara-t-elle.

Les têtes qu’ils auraient faites auraient sûrement été très divertissantes. Ils auraient fait entendre des voix d’émerveillement, et peut-être pensé à leur propre avenir en se regardant l’un et l’autre, alors que leur visage serait devenu rouge vif.

En tant que Magi-Drake et mère, ce serait une erreur impardonnable que de montrer aux autres la naissance de ses propres enfants. Mais en même temps, elle avait le sentiment que cela aurait été une expérience inoubliable.

« Peu importe. S’ils le souhaitent, nous nous reverrons certainement un jour. Maintenant, mes enfants, il est temps pour vous de vous réveiller, » déclara-t-elle.

La Magi-Drake l’avait dit en soufflant par le nez, puis avait rapproché son visage des œufs. Ce faisant, elle savait qu’elle était aussi en train de changer.

La fissure retentissante était le bruit d’une nouvelle vie qui entrait dans ce monde. En même temps, c’était le son du sombre futur qui les attendait qu’elle n’avait pas prévu…

***

Épisode 1 : La conquête de l’Ancien Donjon

Partie 1

Un oiseau avait crié d’un gazouillis aigu alors qu’il s’était envolé vers le ciel ensoleillé, à une altitude qu’un oiseau normal ne pourrait pas atteindre. Il y avait des forêts et des rivières en dessous de lui, et de plus en plus de terres agricoles étaient apparues à mesure qu’il se rapprochait du centre du pays.

Les terres fertiles étaient protégées depuis les temps anciens, et même aujourd’hui, il y avait des agriculteurs qui travaillaient dur pour planter des semences. Ils étaient loin de se douter que sous leurs pieds se trouvait une ville souterraine où une Magi-Drag se reposait.

Au-delà d’eux et après les douces collines, on pouvait voir la route principale. L’oiseau avait continué tout droit, descendant vers sa destination avec une précision qui ne ressemble en rien à celle d’un oiseau. Même les murs du château, qui s’élevaient en flèche, n’étaient d’aucune utilité pour empêcher l’oiseau d’entrer. Il avait facilement survolé le mur et s’était approché d’un grand bâtiment noir — la fierté de la région d’Alexei, la Guilde des Sorciers.

Un homme d’âge moyen attendait sur le toit de la bâtisse. L’oiseau avait battu des ailes et les avait pliés lorsqu’il s’était posé sur le bras tendu de l’individu. L’homme, qui avait rapidement donné à l’oiseau un morceau de viande crue, était un serviteur de la guilde depuis de nombreuses années.

« As-tu fait tout ce chemin depuis Arilai ? C’est assez impressionnant, étant donné que tu as dû survoler deux pays ! » déclara l’homme.

Il s’était ensuite téléporté, puis avait retiré la lettre attachée à la patte de l’oiseau. C’était un morceau de papier fait d’herbe, avec de petites lettres écrites sur toute sa surface.

« Ah, ça vient de Mariabelle. La magie elfique est précise et puissante comme d’habitude. Je ne l’ai pas vraiment vue depuis un bon moment… Ah ! » déclara-t-il.

Alors qu’il franchissait une porte, une main était sortie de l’ombre et avait attrapé la lettre de sa main comme un faucon. L’homme d’âge moyen était sur le point de crier furieusement, mais il se tut quand il aperçut le grand homme musclé avec des épées d’un blanc argenté à la taille, portant des lunettes de soleil avec un symbole d’épée dessus.

« S-Seigneur Sven, l’Anti-Mage… J’ai le devoir de le remettre d’abord au chef. Je suis sûr que vous le savez, mais même vous devez suivre les procédures, » déclara l’homme.

« Hmm… Je vois. Bon travail. Je lui remettrai ça en mains propres, » déclara Sven.

Les yeux du serviteur s’élargirent lorsque Sven commença à déchiffrer la lettre. Il s’agissait d’informations provenant d’un pays lointain qui avait été envoyé avec une puissante magie, il était fort probable qu’il contienne des informations importantes.

L’homme d’âge moyen avait tendu la main pour tenter de récupérer la lettre, mais une épée d’un blanc argenté flotta dans l’air comme pour se mettre en travers de son chemin. L’épée était sans poignée, et Sven lui-même n’avait pas prononcé une seule incantation pour l’activer.

En un rien de temps, le serviteur avait eu une autre lame pointue pointée directement sur son dos. Il avait dégluti nerveusement, mais avait refusé de reculer.

« A-Attendez. S’il vous plaît, attendez ! C’est la Guilde des Sorciers ! Vous rendez-vous compte de ça !? » demanda le serviteur.

« Oui, c’est vrai. Si ce n’était pas le cas, j’aurais déjà… Oh ? Tu n’as pas l’air en forme. As-tu mangé quelque chose de mauvais ? » demanda Sven.

L’homme nommé Sven souriait, mais les yeux de prédateur derrière ses lunettes de soleil rendaient le serviteur extrêmement mal à l’aise.

Contrairement à la plupart des sorciers, Sven était un spécialiste du combat qui excellait dans la conquête des donjons. Un simple serviteur n’avait guère de chance contre son regard qui pouvait même percer de part en part des monstres.

Tandis que le serviteur s’écroulait sur le sol, ses collègues avaient remarqué ce qui se passait et s’étaient précipités sur lui. Sven continua à lire le texte sur la lettre, sans se soucier de rien.

« Donc l’expéditeur est cette elfe. J’avais le sentiment que c’était elle. Elle n’est pas revenue depuis quelques jours maintenant… Quoi ? Quoi ? Un ancien donjon a été découvert !? » s’exclama Sven.

Une veine s’était formée dans sa tête, et à ce moment, un grand trou s’était formé dans le mur. Le serviteur avait mis trois secondes avant de réaliser que Sven l’avait transpercé.

« Je me demandais pourquoi les morveux criaient depuis quelques jours. Pensaient-ils pouvoir me le cacher ? Ces crétins ! » Il cracha par terre, puis s’éloigna en ayant l’air prêt à tuer celui qui osait se mettre sur son chemin.

Les deux épées flottantes tournèrent dans les airs et le suivirent dans l’obscurité. Le bruit métallique des épées gainées se fit entendre de loin, et le serviteur poussait un soupir de soulagement. Il s’était rendu compte qu’il tremblait en raison de la peur en tenant un collègue dans ses bras, et ils s’étaient rapidement éloignés l’un de l’autre.

« C-Comment !? Comment savait-il que Mariabelle l’a découvert ? Je l’ai reçu il y a à peine une minute ! » Il avait crié et craché sur le sol, ce à quoi son collègue avait répondu en essuyant la sueur abondante de son front.

« Ça doit être son Oracle, comme le dit la rumeur. Je ne voudrais jamais l’embêter, il a le pouvoir de lire l’avenir, mais surtout si ce futur est lié aux donjons, » déclara l’autre.

Sven, l’Épéiste aux Épées Magiques Jumelles. Il n’y avait pas un sorcier en Alexei qui n’avait pas entendu ce nom. Il était un maître de la conquête des donjons, capable de tuer des monstres avec aisance, même lorsqu’il travaillait seul.

Cependant, en raison de sa personnalité problématique, il était très difficile de le contrôler. Il ne pouvait pas être exilé en raison de son talent exceptionnel, et sa tendance à prendre et à conserver des trésors pour lui-même avait été une source de nombreux maux de tête pour la Guilde des Sorciers.

Le plus gros mal de tête entre tous viendrait peut-être du fait qu’il avait découvert le message de Mariabelle…

***

Partie 2

Soudain, mes yeux s’étaient ouverts. J’étais enveloppé dans des couvertures douces et chaudes, et la lumière d’un matin du printemps passait à travers les rideaux et illuminait en ce moment ma chambre.

J’étais là, dans le décor familier de mon appartement. L’air dans ma chambre était encore frais, et j’avais alors regardé la fenêtre sans rien voir de particulier tout en regrettant le monde dans mes rêves.

« Oh… c’est déjà le matin. J’aimerais pouvoir continuer à jouer au lieu d’aller travailler, » murmurai-je.

Oups, ce n’était probablement pas quelque chose qu’un adulte devrait dire à haute voix…

Pour le dire franchement, l’hiver était déjà passé, mais les couvertures étaient dangereusement confortables. En plus, j’avais trouvé que mon lit était encore plus chaud que d’habitude, mais c’est alors que j’avais remarqué qu’une jeune fille s’accrochait à ma poitrine.

« Oof, je dois me dépêcher et m’y habituer. Si je l’écrase par accident, je ne m’en tirerai pas facilement…, » murmurai-je.

Je n’étais qu’un employé moyen dans une entreprise, mais apparemment, j’étais aussi un peu particulier. Je ne m’en étais rendu compte que quand cette fille et moi avions été vaincus par l’attaque de souffle d’une Magi-Drake.

Cette histoire bien particulière avait commencé lorsque je m’étais réveillé avec elle dans mon appartement dans le quartier de Koto. Maintenant que je savais que mes rêves n’étaient pas que des rêves, nous vivions ensemble alors que nous voyagions entre le Japon et le monde réel. Mais nous ne faisions pas vraiment d’activités grandioses, nous vivions ensemble tout simplement. Nous avions surtout passé notre temps à étudier le japonais, à nous faire des amis, à combattre des monstres et à célébrer notre découverte d’un ancien donjon, alors nous avions pris les choses relativement facilement.

Quant à moi, je me sentais plutôt chanceux de pouvoir regarder ses cheveux d’un blanc fantastique et ses longs cils tous les matins. Je n’aurais jamais pensé que je pourrais passer du temps avec une elfe, et je me demandais souvent si je n’étais pas encore dans un rêve.

Alors que je la regardais avec ces pensées en tête, Marie avait commencé à remuer dans son sommeil. Elle respira plus intensément, puis elle ouvrit doucement les yeux. La vue d’elle se réveillant de son sommeil m’avait toujours fait penser à une fleur en pleine fleuraison. Ses yeux d’une couleur améthyste étaient si beaux que cela m’avait coupé le souffle à chaque fois.

Certains disaient que si jamais vous pouviez voir une demi-elfe, demi-fée, vous ne l’oublieriez jamais, et j’étais d’accord avec eux. En fait, je pense qu’il y avait quelque chose en elle qui surpassait même le reste de la race elfique…

Elle bâilla comme pour se débarrasser de sa somnolence avant de parler. « Bonjour, Kazuhiho. »

« Bonjour, Marie. N’est-ce pas une belle matinée ? » lui répondis-je.

La jambe de Marie, qui se trouvait encore sous les couvertures, s’était éloignée de moi. J’étais légèrement déçu, car j’appréciais la sensation de chaleur et de douceur que je ressentais avant ça.

Cependant, j’avais levé les yeux vers l’horloge pour constater qu’il était déjà plus de sept heures du matin. La chaleur de son corps me manquait déjà, mais nous avions commencé à nous réveiller lentement tous les deux.

Un peu plus tard, j’étais en train de souffler sur la tasse de thé fumante devant moi. Juste à côté, il y avait un toast avec un œuf au plat et du bacon, mais je voulais le garder pour un peu plus tard. C’était pour cette raison que j’avais d’abord porté la tasse de thé à ma bouche.

« Hm ? » J’avais plissé mon front après en avoir bu un peu.

J’avais utilisé la même quantité de sucre et de lait que d’habitude, mais le goût était plus terne cette fois. Le sachet de thé que j’avais utilisé était assez bon marché, mais je ne m’attendais pas à ce que la saveur soit si réduite.

Alors que j’avais regardé de l’autre côté de la table, j’avais découvert que Marie faisait la même tête. Puis, ses yeux s’étaient écarquillés comme si elle avait compris quelque chose.

« Ah, j’ai compris. C’est peut-être parce qu’on vient d’apprécier le thé d’Arilai que nous ressentons ça. Nous avons dû nous habituer à leurs feuilles de thé bien plus parfumé, » déclara Marie.

« Ça doit être ça. Je suis surpris que nos palais aient changé si vite. Peut-être qu’on pourrait penser aux feuilles de thé de ce monde ensemble un jour ou l’autre, » répondis-je.

Elle hocha la tête joyeusement.

Marie portait un joli pyjama bleu ciel, sa peau et ses cheveux semblaient briller sous les rayons de soleil du matin. Ses yeux colorés semblaient attirer naturellement mon regard. Elle avait pris une autre gorgée de son thé avant de diriger ses yeux vers moi.

« Dans quels magasins peut-on se procurer des feuilles de thé au Japon ? Seule la classe supérieure y a accès dans l’autre monde, » déclara Marie.

« Tu peux les trouver dans les magasins spécialisés ainsi que les grands magasins. C’est beaucoup plus facile à obtenir ici que dans l’autre monde. Mais si tu recherches de la qualité, alors ils ont tendance à devenir assez chers, » répondis-je.

Cela ne me dérangeait pas de faire des folies lors d’événements majeurs comme le Nouvel An ou les vacances, mais je voulais essayer d’être frugal pour mes dépenses quotidiennes.

« Je vois. » Marie acquiesça d’un signe de tête, alors qu’elle était sans aucun doute d’accord avec cette pensée. « Eh bien, je ne cherche rien de cher. En fait, je pense qu’être capable de manger du pain et de la viande le matin est un luxe en soi, mais je devrais le garder pour moi. » Elle avait souri en buvant après ça.

En y repensant, le petit-déjeuner n’était pas une chose courante dans l’autre monde. Le bacon était recouvert d’huile, et il avait l’air et sentait délicieux. La jeune elfe renifla l’arôme provenant de la graisse légèrement brûlée.

Nous avions mis nos mains ensemble et nous avions dit. « Itadakimasu ! » ce qui était l’un des rares mots qu’elle pouvait dire avec une prononciation parfaite. Il n’y avait pas longtemps qu’elle avait commencé à apprendre le japonais, mais elle n’avait pas tardé à apprendre tout ce qui avait trait à l’alimentation.

De ce que j’avais constaté, un toast carré était un peu difficile à manger pour sa petite bouche. Elle avait alors mis ses cheveux de côté et avait pris une petite bouchée. Le bacon pendait de sa bouche parce qu’elle ne l’avait pas mordu complètement, et le jaune de l’œuf suintait un peu. En voyant ça, elle avait poussé un cri réduit pendant que le jaune d’œuf s’égoutterait dans son assiette. J’avais vu ses yeux s’écarquiller comme ça plusieurs fois, mais ça n’avait jamais manqué de me rendre heureux.

« Il n’y a que nous deux qui mangeons ici, donc ce n’est pas grave si tes manières à table ne sont pas parfaites, » déclarai-je. « Pourquoi ne trempes-tu pas ton pain dans le jaune d’œuf qui a coulé dans ton assiette ? »

En entendant ça, la jeune fille hocha la tête en mâchant, savourant le morceau de pain trempé dans le jaune d’œuf. Il y avait même du jaune collé sur le côté de sa bouche, qu’elle avait léché avec sa petite langue rose.

« Hmm, le pain est parfumé et croustillant, et il va si bien avec ces œufs liquides, » déclara Marie.

« Est-ce que ceux de l’autre monde ne mangent pas souvent des œufs ? » demandai-je. « Je suppose que c’est parce qu’ils se gâtent facilement, surtout dans la région désertique où nous nous sommes arrêtés la dernière fois. »

C’était vrai, nous devions nous pencher sur ces sujets plutôt que sur les feuilles de thé et la nourriture. J’avais pensé à la terre cuite au soleil d’Arilai et j’avais parlé à Marie, qui prenait une autre gorgée de son thé.

« À propos de ce dont nous parlions tout à l’heure… Je suis sûr que tu pourrais participer à l’exploration du donjon. Je serai avec toi aussi. En plus, on a un gros avantage, » déclarai-je.

« Avantage ? Parce qu’on s’en sortira si on meurt ? » demanda Marie.

« Hmm, je ne pense pas qu’on devrait se fier à ça. Ce n’est donc pas tout à fait. Réfléchis-y, c’est tout : Tout le monde doit s’inquiéter de choses comme faire des tours de garde pendant le sommeil et préparer des repas pendant l’exploration du donjon. Quant à nous…, » déclarai-je.

Voyant où je voulais en venir, elle avait crié. « Ah ! »

C’était tout ce dont j’avais à dire. Normalement, nous aurions besoin d’environ une semaine de nourriture, mais nous pourrions y aller les mains vides. Il n’y avait pas besoin de faire le guet, donc nous pouvions participer avec un groupe beaucoup plus petit. Et comme Marie l’avait mentionné, nous nous réveillerions ici si nous étions défaits, puis nous repartirions du même endroit.

« C’est incroyable ! Tu as eu un avantage déloyal depuis très longtemps, en étant dans une telle situation tout ce temps. Ce n’est pas étonnant que ton niveau soit si élevé, » déclara Marie.

« Peut-être que oui. J’ai été droit dans des situations dangereuses sans jamais m’inquiéter pour ma vie. Mais c’est facile de se séparer dans un donjon, alors on va devoir faire un groupe. Je ne pense pas qu’on puisse tricher comme avant, » déclarai-je.

Par « tricher », je parlais de la fois où je l’avais aidée à monter de niveau. Cette fois-là, nous étions sortis sans former un groupe et j’avais affaibli les ennemis jusqu’à ce qu’ils soient au bord de la mort, puis je m’étais retiré du combat juste avant que Marie ne porte le coup fatal. Cela lui avait permis d’acquérir toute l’expérience de la bataille pour elle-même, en augmentant son niveau de cinq en peu de temps. C’était une méthode très efficace, mais elle m’avait fait signe de la main avec mépris.

« Non seulement cette méthode m’ennuyait, mais il me faisait mal à la conscience, » déclara Marie. « Je suis sûre qu’il sera beaucoup plus amusant de communiquer avec toi via le Lien Télépathique. Je commence à l’attendre avec impatience, hehe. »

« Alors, faisons ça. Tu as une capacité qui augmente ton gain d’expérience maintenant, il devrait donc être beaucoup plus facile d’augmenter ton niveau à partir de maintenant, » déclarai-je.

Elle avait placé le dernier morceau de pain grillé dans sa bouche, s’était essuyé les doigts avec un mouchoir en papier, puis avait parlé. « Maintenant que je sais que nous avons un avantage, je dois travailler dur pour qu’ils ne nomment personne pour explorer le donjon à ma place. »

C’était le plus gros problème pour nous à l’heure actuelle. Selon elle, il fallait généralement être au rang de « Sorcier Avancé » pour explorer un donjon de haut niveau. Il semblerait que la guilde se préoccupait de la sécurité de ses membres. Je n’avais pas à m’inquiéter à ce sujet puisque je n’appartenais à aucune de ces associations, mais ils ne pouvaient se permettre de mettre en danger leur rare et précieuse sorcière spirituelle.

« Tu as dit “d’habitude”, alors y a-t-il des exceptions ? » demandai-je.

« Bien sûr que oui. L’exploration des ruines d’un autre pays est une opportunité incroyablement rare, » répondit Marie. « Comme je l’ai déjà dit, les plus hauts gradés veulent avant tout obtenir des connaissances anciennes, mais c’est à celui qui les a découvertes qu’il appartient de décider autant que possible. Il y a eu un cas particulier où la personne qui a découvert les ruines a eu le droit d’enquêter. »

L’un des critères d’une telle exception dépendait de la fiabilité de la personne en question. Sinon, il y avait eu des cas où un remplaçant avait été choisi à leur place, comme Marie l’avait mentionné dans le monde onirique.

« Il n’y a qu’un seul moyen pour nous d’empêcher ça. Nous devons leur faire comprendre à quel point nous sommes capables, » elle l’avait dit en levant le petit doigt.

L’équipe de conquête ne tardera pas à partir. Ils étaient partis pour le donjon dès que l’équipe de reconnaissance avait découvert la Pierre magique. Marie n’avait pas le temps ou le niveau nécessaire pour se qualifier comme Sorcière Avancée, donc elle avait raison de dire que nous devions trouver un autre moyen d’obtenir une approbation.

« D’accord, c’est bon. Je vais bientôt partir au travail, mais on verra ça ensemble plus tard, » déclarai-je.

« Je ne serais pas une sorcière si j’abandonnais maintenant. Trouvons un moyen pour qu’ils ne nous prennent pas à la légère, » déclara Marie.

Elle avait levé son petit poing et j’avais fait de même avant que les deux poings ne se frappent légèrement. C’était excitant de pouvoir continuer à penser à notre aventure, même si j’étais retourné au Japon et que je ne rêvais plus. Marie semblait ressentir la même chose alors qu’elle me souriait chaleureusement.

« Il y a encore une chose importante dont je dois m’occuper avant de partir. Je vais t’apprendre à préparer le repas du midi. Alors, suis-moi, » déclarai-je.

***

Partie 3

Elle avait cligné des yeux. C’était peut-être un peu soudain, mais je ne pouvais pas laisser une jeune fille chez moi sans rien à manger. Bien qu’elle soit en fait une elfe âgée de plus de cent ans, je m’inquiétais encore pour elle.

« Ça ne me dérange pas, mais je n’ai pas encore appris à utiliser cette cuisine. Je préférerais quelque chose qui ne nécessite pas l’utilisation du feu, » déclara Marie.

Elle avait sauté de son siège et m’avait suivi. Je vivais dans un appartement 1DK, c’est-à-dire que je pouvais marcher de ma chambre à coucher à la salle à manger, puis à la cuisine en quelques pas seulement.

J’avais ouvert la porte du réfrigérateur. Je l’avais sentie se coller à mon dos alors qu’elle me regardait, et cela m’avait rendu heureux.

« Est-ce… du poulet ? C’est couvert de blanc, » demanda Marie.

« C’est du yaourt. Je l’ai laissé reposer toute la nuit pour que toute la saveur soit imbibée à l’heure du repas, » répondis-je.

La plupart des gars qui vivaient seuls ne cuisinaient pas vraiment… Eh bien, j’avais entendu dire que ça avait changé dernièrement.

C’était plus économique pour moi de cuisiner, et je devais aussi penser à son alimentation. Je ne pouvais acheter que des accompagnements et du bento, mais je préférais faire la plupart de nos repas. Je devais aussi penser à gagner du temps puisque je travaillais à temps plein, mais j’avais des sacs en plastique refermables pour m’aider à ce niveau-là.

Dans l’un de ces sacs se trouvaient des oignons râpés, du basilic, du garam masala, et d’autres choses que j’avais sous la main. Le four serait utilisé plus tard, de sorte que la plupart des légumes parfumés devraient bien s’accommoder avec.

« Je veux que tu utilises le four pour cuisiner ça vers midi, » déclarai-je.

« Je n’ai jamais utilisé de “four” auparavant. Es-tu sûr que ça va aller ? » demanda Marie.

« Je pense que cela devrait aller. Tout ce que tu as à faire est d’appuyer sur ce bouton et de régler la minuterie, » répondis-je.

Afin de le lui montrer, j’avais appuyé sur le bouton, et ses yeux violets s’étaient plissés vers moi.

« Attends ! Me dis-tu que c’est aussi simple que ça ? » demanda Marie.

Bien sûr que ça l’était. Si tout le monde dans un appartement utilisait des fours, alors tout le monde allumait ce genre de machine tout le temps.

« J’ai pensé qu’il fallait que j’allume un feu. Il semble que beaucoup de choses peuvent être résolues d’une simple pression sur un bouton dans ton monde, » déclara Marie, me regardant avec émerveillement.

Elle avait raison, vu que j’avais appuyé sur un tas de boutons sur mon clavier toute la journée pour gagner ma vie…

Elle était encore en pyjama alors qu’elle avait regardé dans le four. Elle avait appris les commandes en un rien de temps. En tant qu’elfe fiable et sorcière spirituelle, il semblerait qu’apprendre à faire fonctionner un four à micro-ondes n’était pas du tout un défi pour elle.

« Après l’avoir mis dans un plat, il faut le laisser cuire pendant vingt minutes. Tu devrais le manger avec un peu de ce pain, » déclarai-je. « N’oublie pas d’utiliser ces mitaines lorsque tu retires le plat du four, car tout cela sera très chaud. »

« OK, ça ne devrait pas être trop dur. La nourriture n’aura probablement pas très bon goût avec un procédé aussi simple, » déclara Marie.

Oh, je ne suis pas si sûr de ça…, pensai-je.

Mais je m’étais dit qu’il valait mieux qu’elle le goûte par elle-même plutôt que de lui répondre tout de suite. J’avais déjà hâte de quitter le travail pour entendre ce qu’elle en avait pensé.

Puis, j’avais levé les yeux vers l’horloge pour constater que je devais commencer à me préparer pour le travail dès maintenant. Je lui avais rapidement dit comment ranger le plat, puis je m’étais précipité pour aller me préparer. En passant de mon pyjama à mon costume, j’avais entendu la voix de Marie derrière moi.

« Pendant que je commence à travailler sur ce plan dont nous avons parlé plus tôt, je vais étudier un peu plus le japonais et aussi voir si je peux communiquer avec les esprits dans ce monde. Je m’occupe de la vaisselle et de la lessive, alors passe une bonne journée au travail, d’accord ? » déclara Marie.

J’avais l’impression d’être marié à une belle femme au foyer. Mais nous avions l’air d’un homme plus âgé et d’une jeune fille du point de vue d’un étranger, de sorte qu’elle ressemble peut-être plus à une sœur qu’à une épouse.

Une fois prêt, je lui avais remis la clé de mon appartement et m’étais tenu à l’entrée. « Je vais y aller maintenant. Je prendrai les dispositions nécessaires pour que tu puisses me contacter rapidement en cas d’urgence. »

Quand je lui avais dit ça… c’était peut-être parce qu’elle s’était habituée à ce qu’on soit ensemble tout le temps, mais elle semblait un peu triste, et peut-être que moi aussi, je l’étais. J’avais clairement senti qu’elle me manquait déjà. Elle avait toujours été quelque part dans mon champ de vision ces derniers jours, alors que nous avions tous les deux apprécié les conversations entre nous.

« À tout à l’heure. Travaille dur, d’accord ? » déclara Marie.

Un homme ne pourrait pas demander de meilleurs mots d’encouragement. Si tout ce que j’avais à faire pour revenir à la maison et lui parler à nouveau, c’était de bien travailler, et c’était sûr que j’allais faire de mon mieux.

Marie agita la main, souriant avec le soleil du matin dans son dos tout en regardant franchir les couloirs de l’immeuble.

 

 

***

Ainsi, Kazuhiro s’était donc mis au travail à contrecœur…

De son côté, Mariabelle s’était lentement acclimatée à la vie au Japon : elle avait nettoyé la vaisselle, l’avait essuyée avec un torchon, puis l’avait placé sur le plateau prévu pour ça. Après ça, elle avait nettoyé le sol avec un balai et avait suspendu les couvertures sur le balcon. Malgré sa petite taille, c’était un travail facile pour quelqu’un qui avait grandi dans la forêt.

Comparé à la façon dont elle devait auparavant remplir le bain d’eau, c’était presque trop facile. Tandis qu’il y avait quelques tâches dans le monde humain qui pouvaient être facilement accomplies avec l’utilisation de la Magie des Esprits, il était interdit de l’utiliser à moins que cela soit nécessaire. Le problème avec la société humaine était que même si quelque chose était efficace, on ne pouvait pas s’opposer aux coutumes qui avaient déjà été mises en place.

Mais sa vie quotidienne était maintenant devenue très agréable. Kazuhiro recherchait désormais l’efficacité tout comme elle, et il prenait en compte toute idée spontanée qu’elle lui proposait.

En parlant de cela, l’efficacité de certains gadgets tels que le réfrigérateur et le four à micro-ondes était stupéfiante…

Comme Mariabelle utilisait tout son temps libre pour étudier le japonais, elle s’était assise sur une chaise. Elle se balança les pieds en avant et en arrière pendant qu’elle mettait devant elle un cahier et du papier à lettres. L’étui à stylos et les stylos mettant en vedette différents personnages étaient si mignons qu’il suffisait de les regarder pour la mettre de bonne humeur.

Elle avait souri, puis elle leva le poing triomphalement et elle proclama. « J’en apprendrai assez pour pouvoir regarder et comprendre un anime ! »

Cela ressemblait à ce que dirait un étranger obsédé par la culture otaku, mais c’était la meilleure source de motivation qu’on puisse demander. Au fur et à mesure qu’elle en apprenait davantage sur la langue, elle pouvait comprendre les messages qui se cachaient derrière les œuvres et ce qui les rendait agréables.

Ses études avaient commencé avec des phrases de base utilisées dans la conversation quotidienne, puis elle s’était intéressée à des sujets plus avancés. Il n’y avait pas de raccourci pour apprendre une langue, et tout se résumait à se familiariser le plus possible avec elle. Et donc, pas à pas, elle avait continué… puis avait réalisé que c’était l’heure du déjeuner.

« C’est vrai, Kazuhiho m’a appris à cuisiner au four. Ça pourrait prendre du temps, alors je devrais commencer tout de suite, » murmura Marie pour elle-même.

Elle avait sauté de sa chaise et s’était dirigée vers le réfrigérateur. Après avoir préchauffé le four, elle avait sorti le poulet recouvert de yaourt du réfrigérateur. Elle avait coupé des pommes de terre non pelées et tapissé le fond d’un plateau résistant à la chaleur, placé le poulet sur le dessus, puis saupoudré de quelques herbes comme on lui avait appris à le faire. En appuyant sur quelques boutons, la cuisson avait commencé.

Une chose qu’elle n’avait pas prise en compte était la façon dont l’odeur délicieuse du poulet se répandrait dans la pièce pendant la cuisson. Cela l’avait distraite des études et elle s’était sentie obligée de s’arrêter plusieurs fois pour jeter un coup d’œil dans le four et vérifier comment il cuisait.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? » demanda Marie. « Je pensais que ce n’était qu’un plat simple… Le parfum des huiles cuites au four… et il a même ajouté du garam masala dans le mélange. Comment aurait-il pu ? Il sait que c’est mon préféré… »

Le poulet cuisait à la vapeur sous ses yeux, égouttant de savoureuses huiles sur les légumes du dessous. Les herbes d’assaisonnement avaient servi à rendre l’odeur des ingrédients incroyable et à faire grogner l’estomac de l’elfe avec impatience.

« Oh ! Plus que trois minutes. Je dois me préparer, » déclara Marie.

La jeune fille prépara rapidement des assiettes, du pain, un couteau et une fourchette.

« Je sais… »

Elle se souvint alors du DVD d’anime qu’elle avait laissé sur la table, et trouva un moyen délicieux de passer son temps pendant le repas.

Un sourire s’était élargi sur son visage, puis le bip électrique l’avait informée que la nourriture était prête. Il semblerait que l’elfe avait encore quelques préparatifs à faire rapidement.

Le yaourt dans lequel le poulet était trempé avait éliminé toutes les odeurs indésirables et finalement, cela sentait plutôt les herbes aromatiques. Dès que la nourriture avait touché sa langue, ses yeux pourpres s’étaient écarquillés en raison de la surprise. S’il avait été là, Kazuhiro lui demanderait sûrement. « Quel goût ça a ? »

« Je n’aimerais pas l’admettre, mais en ce qui concerne ta question, je n’ai pas d’autre choix que de dire que c’est tellement bon que je ne peux me contrôler, » pour une raison inconnue, elle avait complimenté la nourriture d’une manière détournée en pensant à son visage endormi.

Son regard frustré s’était naturellement relâché en un sourire dès qu’elle avait pris une autre bouchée. Et devant elle, un anime aux couleurs vives était visible. Son humeur s’était visiblement améliorée de minute en minute, et elle avait laissé sortir un « Mmmf ! » après avoir pris une autre bouchée de nourriture.

Les couvertures aérées au soleil sur la véranda étaient un peu trop paisibles et cela semblait l’inviter à dormir, peut-être à cause de l’odeur de la lessive qui soufflait doucement en raison du vent.

Malgré sa solitude, Mariabelle avait apprécié son séjour à la maison. Il va sans dire, bien sûr, qu’elle avait complètement oublié l’autre mission sur laquelle elle était censée travailler…

Kazuhiro, en revanche, n’avait pas oublié la mission.

***

Un train complet sur la ligne de Sobu était tout en haut de la liste des « trains que les gens ne veulent pas prendre ». Le train qui était bondé à ras bord était le spectacle familier de l’heure de pointe, et je m’étais vraiment retrouvé pressé contre la porte.

« Homme… J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de monde chaque année…, » alors que je murmurais ça à moi-même, je voulais au moins être ailleurs dans ma propre tête, alors j’avais commencé à réfléchir à l’autre monde malgré la pression des gens qui me poussaient sur le dos.

… Pour entrer dans un ancien donjon, nous avions besoin que la guilde des sorciers reconnaisse nos compétences. Ma « mission » était de trouver comment y parvenir. Soit dit en passant, ma partenaire était trop préoccupée par la nourriture japonaise et les anime pour y penser, mais je ne le savais pas à l’époque. Mais le fait de penser à sa sécurité était un sujet encore plus important que ma mission que je devais considérer.

Je ne savais pas pourquoi, mais je me réveillais toujours dans le monde des rêves quand je m’endormais. Inversement, je pourrais me rendormir ou mourir dans ce monde et je revenais toujours ici. Mais comme cela ne s’appliquait qu’à moi. Cela s’appliquait aussi à toute personne qui m’enlaçait quand cela se déclenchait, donc sa sécurité n’était pas garantie. Je ne m’en étais rendu compte que récemment, quand j’étais engagé dans une bataille avec des bandits.

Les bandits avaient comploté pour prendre Marie en otage, et j’étais tombé directement dans leur piège. J’avais l’impression que ce n’était qu’un rêve, alors je me réveillais si je mourais et tout irait bien pour moi. Mais à partir de maintenant, je devrais reconsidérer cette façon de penser, sinon, je la mettrais de nouveau en danger, et ça pourrait conduire à une erreur irréversible un jour. C’était important pour nous d’être reconnus par la guilde, mais je devais trouver un moyen de la protéger avant de penser à conquérir le donjon.

Maintenant que je savais que le monde qui selon moi n’existait que dans mes rêves était réel, je voulais éviter de la mettre en danger inutilement. En fait, ça ne me dérangeait pas d’abandonner l’exploration du donjon pour faire ça.

C’était juste pour montrer qu’il y avait une faille flagrante entre nous.

Nous étions tous les deux spécialisés dans l’attaque, et nous n’avions ni tank ni guérisseur pour nous protéger. Si nous avions eu une ligne de front dans notre combat contre les bandits, nous aurions pu aborder la bataille avec une stratégie complètement différente. Mais j’étais un peu trop fragile pour être un tank, et même si je voulais me téléporter avec Marie, la restriction de poids de ma compétence Sur la Route était beaucoup trop stricte. C’était au point que je ne pouvais même pas porter un bouclier sans dépasser la limite.

D’ailleurs, quand il s’agissait de combattre, j’étais plus apte à me battre seul. Je pouvais choisir d’attaquer ou de battre en retraite à la volée en utilisant ma capacité de téléportation à courte portée, mais cela ne fonctionnait bien que parce que je n’avais personne d’autre à considérer. Je devrais revoir mes pensées et ma stratégie à partir de maintenant.

Mais j’avais combattu seul tout ce temps, il était donc tout naturel pour moi de me tourner vers ce style de combat. Ce serait peut-être plus facile d’engager quelqu’un qui pourrait nous servir de tank…

Mais il y avait un problème avec ça : je n’avais pas beaucoup d’argent dans l’autre monde. Et pour le dire franchement, je ne voulais pas vraiment travailler pour de l’argent, même dans mon monde de rêve…

Comme j’aimais voyager, j’avais passé la plus grande partie de mon temps à profiter de la vue dans divers endroits, donc je n’avais pas non plus acquis une grande réputation en tant qu’épéiste. Cela signifiait qu’il m’était difficile de faire mes preuves en tant que membre compétent d’un groupe.

Notre mission était de prouver nos capacités, mais plus j’y pensais, plus j’avais des raisons pour lesquelles ça ne marcherait pas. Malgré ce que j’avais dit le matin, j’avais décidé que nous devrions probablement abandonner le donjon.

Alors que ces pensées m’avaient traversé l’esprit, mon téléphone avait commencé à vibrer. J’avais réussi à me tortiller suffisamment pour jeter un coup d’œil à mon téléphone dans le train bondé, et une notification inconnue s’était affichée sur mon écran.

Oh, un message texte, pensai-je.

Je n’avais presque jamais utilisé cette fonction auparavant, alors c’était un peu surprenant. Le mot « Kaoruko » était affiché, accompagné d’un simple salut et d’un message.

« Bonjour, Kitase-san. Avez-vous lu ce livre avec Mariabelle-chan l’autre jour ? J’ai aussi aimé celui-là, alors j’espère savoir ce qu’elle en pense. »

« Hmm, » avais-je murmuré, puis j’avais maladroitement commencé à taper une réponse.

« Marie a dit qu’elle aimait ça. Elle voulait savoir ce qui allait se passer, mais elle était trop fatiguée et s’est endormie. Elle semblait un peu frustrée quand elle s’est réveillée. »

Je lui avais répondu par texto, puis j’avais reçu une réponse indiquant qu’elle avait bien ri de mon message. Peu de temps après, j’avais reçu un message qui semblait être la principale raison pour laquelle elle avait décidé de me contacter.

« Si ça ne vous dérange pas, que diriez-vous d’avoir une petite rencontre ensemble ? Mon mari pourrait se joindre à nous selon la date, alors invitez aussi Mariabelle-chan. »

Oh, c’était une invitation plutôt proactive. Bien qu’il semblerait qu’elle espérait surtout voir Marie plutôt que moi.

Kaoruko était une femme qui vivait dans le même immeuble que moi et travaillait à la bibliothèque locale. Je m’étais souvenu que nous avions récemment échangé nos coordonnées pour mieux nous connaître. Ce qui m’avait troublé, c’était la quantité de travail que nous avions à faire et le fait que Marie serait ou non d’accord pour ça. Bien que nous vivions dans le même immeuble, il serait donc facile d’organiser une réunion.

Personnellement, être sociable n’était pas mon fort. Mais comme Marie était une elfe, cela pouvait être une bonne chose pour elle de se faire des amis au Japon. Kaoruko avait un tempérament amical, et Marie semblait amicale avec Kaoruko, compte tenu de la poignée de main qu’elle avait reçue la dernière fois.

Ouais, peut-être que je devrais apprendre quelques trucs à Marie et faire un pas en avant…

En me décidant, j’avais répondu que je serais heureux d’organiser un rendez-vous.

***

Épisode 2 : C’est de la cuisine française, Mademoiselle l’Elfe

Partie 1

Quand j’avais regardé par la fenêtre depuis l’intérieur du café, le coucher du soleil était déjà fini. Les rues étaient pleines de monde, dont beaucoup rentraient du travail. Quant à moi, je m’étais rapidement changé en tenue décontractée et j’étais parti sans faire d’heures supplémentaires.

Sur la table, il y avait des tasses de café fumantes, et en face de moi, une jeune fille qui cachait comme d’habitude ses longues oreilles avec un bonnet en tricot. Elle regardait autour d’elle avec curiosité, alors que son intérêt était piqué par l’arôme du café et par les meubles confortables, tels que les canapés présents dans les lieux.

Mais ce qui avait attiré le plus l’attention de toutes les personnes ici n’était autre qu’elle-même. Ses cheveux, qui pendaient jusqu’à la taille, possédaient un éclat blanc, comme des brins de soie scintillants. Ses yeux pourpres clairs étaient entourés de longs cils et attiraient immédiatement l’attention de tous. Ces pupilles claires de la couleur de l’améthyste ne manqueraient pas de charmer tous ceux qui les contempleront.

Elle possédait une allure vraiment féérique, et cela la décrivait assez bien. C’était une elfe, et elle s’appelait Mariabelle.

Tout le monde autour d’elle soupirait, admirant sa beauté naturelle.

« C’est étrange que je sois ici à Koto Ward en ce moment, » murmurai-je à moi-même.

Elle avait incliné la tête. « Et qu’est-ce qui est si drôle ? Tu as l’air de me fixer et de sourire davantage ces derniers temps. »

« D’habitude, ça veut juste dire que tu me fascines quand je fais ça. Mais je ne suis pas le seul cette fois-ci à le faire, » répondis-je.

Je m’étais retourné et les autres clients avaient détourné les yeux. Quand je m’étais tourné de nouveau vers Marie, j’avais remarqué que ses joues étaient d’un rose clair. Elle avait essayé de cacher sa gêne en me frappant la jambe sous la table avec ses nouvelles sandales.

« Dire ça quand on a l’air d’être sur le point de s’endormir n’est pas du tout flatteur, tu sais. Peut-être que cette phrase aurait été plus impressionnante si tu avais eu l’air plus distingué, » déclara Marie.

« Hé, je suis né avec ce visage. Même moi, j’ai renoncé à avoir l’air plus raffiné il y a longtemps, » répondis-je.

Après que je lui ai dit que c’était ainsi, Marie avait tendu une main vers moi. Son doigt pâle et fin s’était pressé contre mon front, puis elle m’avait surpris en l’écrasant vers le haut. Il semblerait que les doigts doux et lisses qui poussaient sur mon visage essayaient de changer avec force l’expression de mon visage.

« Hmm, tu as toujours l’air à moitié endormi. C’est vraiment comme si tu étais fatigué, » déclara Marie.

« Franchement, cela ne peut pas être si terrible. Je suis probablement fatigué d’être allé au travail, » déclarai-je.

J’avais essayé d’utiliser le travail comme excuse, mais elle semblait réaliser que ce n’était pas le problème. L’elfe avait continué à m’écraser le front un peu plus longtemps avant qu’elle abandonne, retirant sa main.

« Ce n’est pas bon. Il n’y a pas de changement dans ton état de somnolence. Quand réaliseras-tu que c’est à cause de toi que je m’endors avant qu’on puisse finir le livre ? » demanda Marie.

Mais pour le dire franchement, c’était quand même l’une des plaintes les plus uniques que j’avais jamais reçues. Je ne l’avais peut-être pas montré, mais mon cœur battait très fort après avoir été touché par une fille si mignonne.

Marie avait posé son menton sur ses mains et m’avait regardé fixement. « En tout cas, cet endroit est très différent de l’endroit pour boire du thé que nous avons visité à Arilai. Je me sens si mature ici pour une raison ou une autre. »

Il me semblait avoir fait le bon choix en choisissant le café un peu cher que j’avais mentionné ce matin.

Bon nombre des autres clients portaient des vêtements modestes, ce qui avait apparemment contribué à sa bonne impression. De la musique douce se faisait entendre à l’arrière-plan, et la fille regardait autour d’elle avec excitation.

« Alors, quand est-ce que Madame Ichijo vient ? » demanda Marie.

« Eh bien, on dirait qu’il est sept heures maintenant. Elle devrait bientôt arriver. Veux-tu répéter quelques salutations japonaises pendant que nous attendons ? » demandai-je.

« C’est bon, je te demanderai si j’ai besoin d’aide. Je peux gérer les salutations, et j’ai l’impression de pouvoir suivre les conversations maintenant, » déclara Marie.

Oh, donc ses études avaient déjà progressé jusque-là. C’était une fille assez intelligente, et elle avait déjà commencé à intégrer les mots de japonais qu’elle avait appris dans nos conversations quotidiennes.

Je m’étais alors raclé la gorge avec un « Hmm », et ses yeux violets m’avaient regardé droit dans les yeux.

« Euh… les animes m’ont beaucoup aidé, à apprendre le japonais. C’est un spectacle vraiment merveilleux, » déclara Marie en japonais.

« Oooh ! » Je l’avais applaudi alors que Marie m’avait affiché une expression fière. Je l’avais peut-être juste imaginé, mais j’avais aussi cru entendre des applaudissements derrière nous…

Vu la rapidité avec laquelle elle l’avait appris, le reste devrait venir facilement avec un peu plus de pratique. Tant qu’elle continuait à pratiquer et à apprendre divers modèles de conversation, son discours deviendrait de plus en plus naturel. Cependant, apprendre à parler naturellement était la partie la plus difficile de toutes.

Maintenant, il semblerait que Marie avait finalement décidé d’essayer le café. Peu habituée aux boissons noires, elle l’avait reniflée quelques fois avant de boire lentement un peu du contenu de la tasse. Son visage s’était plissé sans mot à cause de l’amertume, alors j’y avais ajouté un peu de lait et du sucre qui était sur la table. Ce n’était pas nécessaire de mettre beaucoup de sucre, mais j’avais décidé d’ajouter du lait supplémentaire pour adoucir la saveur. Je l’avais mélangée avec une cuillère avant de la lui remettre. Elle me remercia de l’avoir fait.

« Oh, c’est mieux comme ça. J’adore l’arôme de la nourriture de ce monde, y compris ta cuisine, » déclara Marie.

« Maintenant que j’y pense, n’es-tu pas sensible aux odeurs, Marie ? Je pense que la nourriture avec des odeurs fortes n’est pas vraiment populaire au Japon, » déclarai-je.

La jeune fille inclina la tête comme pour dire. « Vraiment ? »

Le thé noir, par exemple, était populaire depuis un certain temps et on le trouvait couramment dans tout le pays. Cependant, toute variation à forte odeur avait tendance à ne pas être appréciée. C’était probablement dû au fait que cela ne s’accordait pas bien avec la nourriture, ou simplement parce que ce n’était pas une odeur courante pour nous.

J’aimais qu’ils aient de la personnalité, alors je préférais les thés comme le darjeeling.

« Veux-tu aussi essayer un peu de thé ici ? » demandai-je.

« Ah… C’est ainsi que je m’habitue aux habitudes humaines. J’ai l’impression que je vais devenir de plus en plus humaine, jusqu’à ce que mes oreilles finissent par tomber, » déclara Marie.

« Au Japon, on appelle ça prendre goût à quelque chose. Oh, regarde, ils sont là, » déclarai-je.

Les individus que nous attendions étaient arrivés pendant que nous parlions. Ils étaient entrés dans le café en tenue modeste, puis ils nous avaient fait signe en s’approchant de la table.

« Je m’excuse pour l’attente, le train est arrivé en retard… Bonsoir, Kitase-san, Mariabelle-chan. Je vous présente mon mari, » déclara Kaoruko.

« Je suis Toru Ichijo. Merci d’avoir accepté la demande déraisonnable de ma femme, » déclara son mari.

Nous nous étions levés et nous nous étions inclinés. Le mari de Kaoruko était un peu en surpoids et son regard me semblait doux, un peu comme elle.

« Bonsoir, Toru, Kaoruko, » déclarai-je.

« B-Bonsoir, je suis Mariabelle. E-Enchantée, » répondit Marie.

Marie semblait s’en sortir très bien. Elle avait un peu vacillé, mais c’était ce qui avait rendu tout ça encore plus mignonne.

Cependant, elle me regarda d’un air inquiet. C’était probablement dû au fait que le mari se tenait là, immobile, le regard fixe avec une expression figée.

« Est-ce que je viens de dire des mots incorrects ? » demanda Marie.

« Non, tu as bien prononcé les mots. C’est comme je te l’ai dit tout à l’heure. Les hommes sont des créatures qui ne peuvent s’empêcher de te fixer, » répondis-je.

J’avais répondu en elfique, mais Karouko avait enfoncé un coude dans le torse de son mari comme si elle comprenait. « Toru… »

« Ah ! » Il était sorti de son état figé en étant très agité. « Désolé, désolé, désolé. J’ai été pris par surprise. Kaoruko me l’avait déjà dit, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi jolie. En tout cas, passons à l’endroit suivant. C’est la première fois que nous faisons connaissance avec nos voisins. On a déjà des réservations. »

Toru avait fait un clin d’œil en riant vers nous. J’étais un peu nerveux aussi, mais il avait l’air assez gentil.

Nous avions pris un taxi pour la région de Fukagawa, arrivant devant un restaurant français. Ce quartier s’était de plus en plus développé au cours des dernières années, avec la construction de nouveaux magasins un peu partout.

Nous avions après ça franchi les portes de style occidental. Le restaurant était rempli de gens qui semblaient être venus pour un dîner et profiter de diverses conversations. Il semblait y avoir plus de couples que de familles à l’intérieur, probablement à cause du prix, comme pour le café où nous étions plus tôt.

Un serveur s’était précipité vers nous pour s’occuper de nous peu après notre entrée, et nous avions été conduits à une table pour quatre personnes. Il avait ensuite désigné une chaise et Toru avait fait signe à Marie de s’asseoir. Elle semblait trouver ça bizarre, alors qu’elle me regardait en montrant qu’elle était perplexe.

Je lui murmurai à l’oreille. « Assieds-toi. Marie, tu es l’invitée spéciale aujourd’hui. »

« D’accord… Et dans un restaurant aussi chic… Je me sens un peu nerveuse, » répondit Marie.

Marie hésita un peu, alors j’avais pris sa main et l’aidai avec douceur à s’asseoir. Elle était comme une belle fée, mais le serveur avait gardé son sang-froid en restant professionnel.

La langue elfique avait de bonnes tonalités à l’oreille. Les autres clients du restaurant semblaient envoûtés par son apparence adorable et le son produit par sa langue elfique. Alors qu’elle était à l’intérieur d’un tel lieu, le décor occidental semblait prendre un air de fantasy.

Le sort sembla être rompu lorsque notre groupe s’installa dans nos sièges et que tous les autres commencèrent à converser à nouveau. Kaoruko, la femme aux cheveux noirs, s’était assise à côté de Toru et toucha son bras avec des joues légèrement rouges.

« N’est-ce pas charmant ? C’est comme si nous étions dans le monde d’un livre d’images. Ça fait presque oublier qu’on est toujours au Japon, tu ne crois pas ? » demanda Kaoruko.

« Tout à fait d’accord. Je ne serais même pas surpris qu’on me dise que je rêve en ce moment, » répondit son mari.

C’est un peu trop… mais peut-être pas. J’étais avec Marie depuis longtemps, et j’avais déjà eu cette idée bien des fois. Bien sûr, je ne pensais pas qu’il était nécessaire de lui traduire tout cela.

Au contraire, je m’inquiétais du prix, vu que nous étions dans un restaurant français. Heureusement, les prix au menu semblaient respecter mon budget. Le fait que nous n’ayons pas beaucoup mangé à l’extérieur pour réduire les dépenses nous avait aidés.

J’avais peut-être regardé le menu trop longtemps, parce que Toru semblait lire dans mes pensées. Il m’avait regardé de l’autre côté de la table et avait ri avec jovialité.

« Haha, ne vous inquiétez pas. C’est pour moi aujourd’hui, » déclara Toru.

« Quoi ? Oh, non, je ne peux pas…, » commençai-je.

« Non, s’il vous plaît, j’insiste. Ma femme vous a après tout fait sortir contre votre gré. Cela sera un plaisir de vous offrir ça, » déclara Toru.

Ce n’était pas du tout contre ma volonté, mais elle avait un peu insisté sur son invitation. En la regardant, j’avais remarqué que, malgré sa tenue plutôt composée, elle était agitée en touchant le collier reposant sur sa clavicule.

***

Partie 2

« Tout à l’heure, elle me disait de rentrer directement à la maison sans faire d’heures supplémentaires avec une expression aussi féroce…, » déclara Toru.

« Oh, arrête, Toru ! Je voulais juste apprendre à mieux connaître nos voisins, c’est tout. Euh… Je vous conseille le foie gras ici, » Kaoru nous l’avait conseillé avec des joues légèrement rouges.

Marie me regardait avec une expression de curiosité, probablement parce que le foie gras était inconnu dans son univers.

« C’est un oiseau très délicieux. Ça te fera probablement même crier de surprise, » déclarai-je.

« Pour qui me prends-tu ? Je le fais peut-être à la maison, mais je n’oserais même pas le faire en public. En plus, c’est juste un oiseau dont on parle, » déclara Marie.

Elle avait levé son nez en faisant sa déclaration, mais je ne l’avais pas trouvée très convaincante.

J’avais gardé mes doutes pour moi, et nous avions tous les deux décidé de commander le plat recommandé. Le serveur plaça alors les fourchettes et les cuillères sur la table, et la jeune fille se tourna de nouveau vers moi avec un regard interrogateur.

« On va manger, n’est-ce pas ? Pourquoi place-t-il tant d’ustensiles ? » demanda Marie.

« Le nombre de couteaux et de fourchettes que tu as besoin de changer en fonction du plat. Tu es censé les utiliser dans cet ordre, de l’extérieur vers l’intérieur, » répondis-je.

« Je ne comprends pas. Ce n’est pas comme si quelqu’un ici était un membre de la royauté, n’est-ce pas ? » demanda Marie.

« En vérité, ce genre de nourriture provient en fait de la royauté. Mais je ne connais pas grand-chose à la cuisine française. Et pour le dire franchement, on mange la plupart des choses avec des baguettes dans ce pays, » répondis-je.

Le restaurant où nous dînions n’était pas trop formel. Ce n’était pas une mauvaise chose, car cela signifiait que Marie pouvait encore porter son bonnet de tricot pour cacher ses longues oreilles. Cela devait probablement lui réchauffer la tête, alors je voulais trouver des serre-tête ou un objet dans le genre qui pourrait les cacher facilement.

J’avais regardé autour de moi pour admirer l’intérieur, qui était aménagé avec un décor un peu fantaisiste. La jeune elfe, elle aussi, observait avec curiosité notre environnement. Les décorations étaient simples, mais c’était juste assez pour donner un soupçon de luxe.

Cependant, désigner cette esthétique comme « juste assez » aurait probablement été la chose la plus difficile à faire. Il semble que les Ichijos avaient le don de trouver ce genre de restaurants.

Bien sûr, toute la nourriture qui avait été apportée à la table était colorée et appétissante. Les yeux de la jeune elfe s’étaient écarquillés alors qu’elle apercevait les hors-d’œuvre chauds et froids qui nous étaient présentés.

« Ils ont tous de si belles couleurs. C’est presque comme des tableaux… Es-tu sûr qu’on peut les manger ? » demanda Marie.

« Bien sûr que oui. Chaque plat est peut-être petit, mais ils viendront dans un certain ordre, » déclarai-je.

Elle avait pris une bouchée de la nourriture pour constater qu’elle était assaisonnée plutôt légèrement, et son expression quelque peu nerveuse s’était adoucie. La terrine était visuellement intéressante avec une saveur agréable, mais le steak tartare et le foie gras qui étaient venus plus tard seraient l’apogée du repas.

C’était la première fois que je mangeais avec Marie assise à côté de moi, mais cela me rendait heureux de la voir me regarder et m’indiquer ses pensées sur la nourriture après chaque bouchée.

Maintenant, quel genre de visage ferait-elle quand elle goûterait au clou du spectacle ? J’avais hâte de le savoir.

« Oh mon Dieu… Ça sent tellement… M-Me voici…, » murmura Marie.

Sa fourchette récupéra avec hésitation un morceau de foie gras, puis elle l’apporta à ses lèvres colorées. Elle mâcha lentement une fois, s’arrêta, puis elle fit un doux grincement. Quelques mastications de plus avaient suivi, puis elle s’était tournée vers moi avec un regard rêveur présent dans ses yeux.

« Ehe, ehehe... »

Elle a l’air détendue. Je m’étais demandé où Marie, l’intellectuelle habituelle, était allée…

Elle avait finalement avalé sa nourriture avec un petit son, puis m’avait tiré sur le bras et m’avait murmuré à l’oreille. « Cette nourriture est ridiculement délicieuse. Tu devrais faire attention à ne pas non plus faire de bruit. »

Je me demandais pourquoi les gens souriaient souvent quand ils mangeaient quelque chose de bon. Bien que dans ce cas-ci ce soit une elfe souriante, j’aurais peut-être dû être heureux de découvrir que les humains et les elfes n’étaient pas si différents.

Je ne pouvais pas lui en vouloir. Le plat avait certainement une quantité incroyable de profondeur et de saveur.

La chair du foie gras avait la forme d’un pâté et ne pouvait même pas être comparée à quelque chose comme du foie normal. Cela fondait dès que c’était placé sur ma langue, remplissant ma bouche d’un soupçon de douceur et de saveur riche.

Pour commencer, mon corps avait réagi en raison de la surprise. Je ne savais tout simplement pas qu’il existait quelque chose d’aussi délicieux. Ma bouche avait salivé d’elle-même, me poussant à continuer à manger.

L’elfe avait pris une autre bouchée, puis expira avec une expression bienheureuse. Normalement, son niveau de surprise aurait été suffisant pour qu’elle commence à taper du pied, mais elle avait réussi à contrer son envie. Au lieu de cela, elle avait appuyé sa tête contre mon épaule et avait fait un petit mouvement de frottement avec elle.

« C’est délicieux ! Mmm ! Mon Dieu… Si tu étais le seul ici, je peux dire que j’aurais ri de façon incontrôlable, » déclara Marie.

« J’aurais aimé entendre ça. Mmph… Ouais, c’est bien, » déclarai-je.

Le foie gras moelleux s’était dissous dans ma bouche, s’associant à la viande de bœuf pour apporter encore plus de profondeur à la saveur. Les jus remplissaient ma bouche au fur et à mesure que la saveur devenait de plus en plus complexe à chaque bouchée. Au moment où j’avais avalé ce délicieux mélange, rien de moins que le bonheur n’était présent en moi. N’importe qui réagirait avec plaisir après avoir goûté quelque chose comme ça, donc je ne lui en avais certainement pas voulu de le faire.

« Quelle horreur... Les Japonais sont vraiment effrayants. Pourquoi vont-ils si loin dans la recherche de la saveur ? » demanda Marie.

« En fait, ceci a été fait à l’origine par des gens en dehors du Japon. Les pays occidentaux ont une tradition royale bien plus riche que la nôtre, » expliquai-je à Marie. Mais mes paroles n’atteignirent pas ses longues oreilles avec sa tête si haute dans les nuages.

Elle respirait profondément en s’appuyant sur mon épaule et son corps était plus chaud que d’habitude. J’avais jeté un coup d’œil pour constater que ses joues étaient rouges et qu’elle avait l’air satisfaite.

Mais il est vrai que les Japonais avaient tendance à être très exigeants lorsqu’il s’agissait de nourriture, même si elle venait de l’étranger. Il y avait des endroits comme celui-ci pour manger dans toute la ville, et la plupart d’entre eux donnaient l’impression qu’ils valaient bien plus que leur prix. On disait que les visiteurs venus d’autres pays avaient souvent été particulièrement surpris par ça.

« Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai déjà entendu cette histoire. Le Japon était considéré comme un pays lâche à cause de tout ce que nous avons gardé pour nous, mais il fut un temps où nous étions très colériques, » déclarai-je.

« Oh, je me souviens que tu m’as dit qu’ils avaient été battus par un pays plus grand dans le passé. Je ne peux pas imaginer qu’ils voudraient avoir des ennuis… Mais pourquoi se sont-ils fâchés ? » demanda Marie.

« C’est parce que ce pays exporte des aliments qui sont nocifs pour l’ingestion au Japon, » répondis-je.

Les yeux de la jeune fille s’étaient écarquillés, puis elle avait ri en disant que c’était une histoire probable. C’était plus une blague qu’une anecdote, mais cela l’avait quand même fait rire, donc c’était une bonne chose selon moi.

« Cela se marie bien avec le vin, mais tu as l’air trop jeune pour commander de l’alcool. J’espère que ça ne te dérange pas, » déclarai-je.

« Oh, arrête ça. Je craquerais vraiment si j’avais du vin maintenant. Alors, c’est la fin de cette “cuisine française”, n’est-ce pas ? » demanda Marie.

Marie me regarda comme si elle ne pouvait plus rien supporter. Ses yeux pleuraient alors qu’elle s’appuyait sur moi en suppliant. Elle semblait atteindre ses limites.

Je savais que je ne devrais pas, mais son expression avait pris le dessus sur moi, et je n’avais pas pu m’empêcher de chuchoter. « Presque, juste deux plats de plus. »

« Oof ! Uuuu… Comment est-ce possible ? Si… Si ça continue, je ne pourrai plus jamais rien manger dans l’autre monde ! » s’exclama-t-elle avec une expression douloureuse, bien que je l’aie trouvée un peu amusante. J’avais eu l’impression d’être témoin de quelque chose de spécial.

 

 

Soudain, j’avais réalisé que le mari et la femme devant nous nous regardaient avec des yeux écarquillés. Leurs joues étaient légèrement rouges et ils semblaient étourdis, regardant la fille qui s’accrochait à mon bras avec un sourire heureux.

« Vous avez dit que vous étiez… parents, exact ? Vous semblez si proche…, » déclara Kaoruko.

« Vous sortez ensemble, n’est-ce pas ? Oh, ne répondez pas, je travaille dans un établissement gouvernemental, » déclara son mari.

J’avais failli laisser sortir de l’eau de ma bouche. J’étais tellement préoccupé par Marie que j’avais complètement baissé ma garde. Marie était complètement inconsciente du danger de la situation, alors j’avais essayé de trouver une excuse dans l’agitation.

« N-Non, nous ne le sommes pas. Elle n’a pas l’habitude de manger de la nourriture délicieuse comme ça, alors elle réagit un peu trop, » répondis-je.

Ils m’avaient regardé d’un air empli de doute… mais en y repensant, je n’avais pas menti à part le fait d’être parent, et nous n’étions jamais allés plus loin que de nous tenir la main. Pourtant, mon cœur battait la chamade et j’avais du mal à me calmer.

Le dessert et le thé avaient été servis alors que je prenais une grande respiration pour me calmer. J’avais menacé Marie en plaisantant plus tôt au sujet des plats restants, mais ceux-ci servaient à rafraîchir le palais plutôt qu’à lui donner un coup puissant comme les précédents. Heureusement, cela nous avait permis à tous les deux de reprendre notre souffle et de nous détendre.

Il semblait que Kaoruko voulait toujours mieux connaître Marie, alors elle avait rapproché son visage de celui de l’elfe qui n’était pas très douée. Se remettant de ses crises antérieures, Marie s’efforçait maintenant de garder son calme.

J’avais été soulagé de voir cette nouvelle amitié commencer à fleurir, mais un peu triste en même temps…

« Vous vous êtes entraînée au japonais, n’est-ce pas ? J’ai été surprise par votre prononciation étonnante quand vous nous avez salués tout à l’heure, » déclara Kaoruko.

« M-Merci. Hum… Japonais, c’est très dur. Mais, j’apprends en regardant des animes, » déclara Marie.

« Anime ? » Kaoruko semblait demander ça avec une expression perplexe.

C’était trop dur à expliquer pour Marie, alors j’avais décidé d’intervenir.

« Oui, elle a appris le japonais en regardant des choses comme des animes pendant mes départs au travail. Dernièrement, elle a regardé…, » je lui avais dit le titre de l’émission qu’on avait regardé l’autre jour, et le visage de Kaoruko s’était illuminé.

« Oh, c’est un bon choix ! Je pense que c’est un anime parfait à regarder pour les débutants, » déclara Kaoruko.

« Elle a dit qu’elle voulait voir des régions du Japon pleines de verdure, alors j’ai l’intention de l’emmener à Aomori, où vit mon grand-père. J’aimerais qu’elle s’habitue à voyager d’ici là, alors j’ai cherché un endroit où nous pourrions faire une excursion d’une journée, » déclarai-je.

Il y avait une certaine distance jusqu’à Aomori, donc je voulais l’emmener quelque part plus près avant de faire ce plus long voyage. J’avais promis il y a quelques jours de l’emmener, mais je n’avais pas l’habitude de partir en voyage, alors je ne savais pas non plus à quoi m’attendre.

***

Partie 3

Il y avait une surabondance d’informations lorsqu’il s’agissait de planifier les voyages, ce qui rendait difficile d’évaluer quels endroits valaient vraiment la peine d’être visités. Beaucoup de personnes qui n’étaient pas habituées à partir en voyage avaient sûrement vécu des dilemmes similaires.

Kaoruko avait souri, puis elle pressa le bout de ses doigts. « Un petit voyage, vous dites ? Ça a l’air merveilleux ! »

« Et Chichibu ? Il a un beau paysage à voir là-bas. La zone a été entretenue depuis longtemps, et il y a encore des choses comme des locomotives à vapeur et des sources d’eau chaude. L’une de mes connaissances y dirige une entreprise, alors j’y vais de temps en temps. C’est un endroit agréable et relaxant, » déclara Toru.

Toru m’avait proposé de faire une réservation pour nous, ce qui m’avait pris un peu par surprise. Je ne m’attendais pas à trouver si facilement un candidat pour la destination du voyage.

Avant même que je puisse répondre, il avait commencé à utiliser son téléphone et l’avait tourné pour nous montrer l’écran. C’était une photo de lui se fondant dans la nature, et les yeux violets de Marie s’écarquillèrent face à cette vue.

« Oh mon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Il y a de la vapeur qui en sort. Ça veut dire qu’il fait chaud ? » demanda Marie.

« C’est une source d’eau chaude à la japonaise. Je sais que les sources d’eau chaude existent aussi dans l’autre monde, mais elles sont plus destinées à être appréciées comme tu le souhaites. Ils disent qu’ils sont même bons pour guérir les blessures et autres maux, » déclarai-je.

Les sources étaient entourées d’arbres et d’arbustes, avec des zones rocheuses parfaites pour s’allonger. Il y avait aussi un bâtiment de style japonais avec divers restaurants et tables, qui était clairement destiné à être un lieu de repos et de détente.

« Wooow… »

À en juger par la fascination que la photo exerçait sur Marie, elle avait l’air d’aimer l’endroit. Je lui avais demandé en elfique si elle voulait y aller, et elle avait acquiescé tout de suite. Voyant cela, j’avais décidé de faire la demande.

« Merci pour l’offre. Nous serions ravis d’y aller, » déclarai-je.

« Ce n’est pas un problème du tout. Mes jours de congé ne correspondent pas toujours à ceux de Kaoruko, alors nous sortons souvent pour de petites excursions d’une journée. Oh, et nous avons aussi des DVD d’anime. Vous êtes plus que bienvenue pour venir les voir en semaine, » déclara Toru.

C’était illégal de prêter des DVD à d’autres. Je m’étais dit qu’il ne faisait que suivre les règles puisqu’il occupait un poste au gouvernement, ce que je pouvais respecter.

J’avais traduit tout cela pour Marie, et elle avait affiché un grand intérêt pour ça.

« Marie est également impatiente d’y participer. Quels sont les jours de congé habituels en tant que bibliothécaires… ? » demandai-je.

« La bibliothèque est fermée le lundi, donc ce serait le lundi et un autre jour de semaine. Toru, qui travaille pour le gouvernement, ne peut pas partir à l’extérieur à moins qu’il ne prenne des jours de congé consécutifs, » déclara Kaoruko.

Hm, cela signifiait que Marie pouvait lui rendre visite une fois par semaine environ.

J’avais peur de la laisser seule alors que je n’avais pas d’autre choix que d’aller travailler. Peut-être que je m’inquiétais pour rien, mais je sentais que j’avais encore besoin de temps pour me préparer mentalement avant de la laisser se promener toute seule.

En y repensant, une paire d’yeux violets s’étaient tournés vers moi.

« C’est pourquoi je dis que tu es surprotecteur. Quelle horrible chose rôde au Japon, où il n’y a pas de monstres errants ? » demanda Marie.

« Les humains sont bien plus effrayants que les monstres. Mais peut-être que tu iras bien si tu es avec Kaoruko, » avais-je dit à Marie en elfique.

Mais je n’ai pas pu m’empêcher de m’inquiéter. Je veux dire, elle était tellement adorable. Un taré aurait pu poser les yeux sur elle, et il y avait eu une tonne de nouvelles déprimantes sur les harceleurs et tout ça ces derniers temps.

Toru semblait sentir mes inquiétudes et me sourit. « Je comprends pourquoi vous vous inquiétez pour une fille adorable comme elle. C’est bon, vous pourrez y penser quand vous connaîtrez mieux ma femme. »

Peut-être qu’il était aussi heureux de voir sa femme se faire une amie. J’avais eu l’impression que c’était le cas grâce à son langage corporel lorsqu’il s’était penché pour me parler. De plus, Kaoruko avait toujours eu une attitude positive envers elle.

Après y avoir réfléchi un moment, j’avais lentement hoché la tête.

Il était presque neuf heures après être rentré à l’appartement,

Entièrement satisfaite de la cuisine française, Marie s’étala légèrement après avoir marché vers le lit et s’y posa face contre le lit. C’était considéré comme un peu mal élevé, mais ça ne me dérangeait pas alors qu’il n’y ait que nous deux.

Lorsque nous avions dit au revoir tout à l’heure, elle avait poliment dit au couple marié. « Merci, pour le repas. C’était très délicieux. » Ils semblaient apprécier la réaction de Marie à la nourriture et nous avaient demandé de nous joindre à eux pour un autre souper.

« Je vais préparer le bain. Alors, ne t’endors pas tout de suite. Oh, et merci d’avoir fait la lessive et la vaisselle. Tu m’as vraiment aidé, » déclarai-je.

La vaisselle dans l’évier était empilée, et tout le linge avait déjà été plié. La façon dont ces tâches avaient été accomplies de façon si soignée semblait vraiment en harmonie avec sa personnalité ordonnée.

Après l’avoir remerciée, elle s’était redressée. « C’est bon, ce n’était rien. De plus, j’ai tendance à mieux étudier tout en m’occupant d’autres tâches… Ahh, ce n’est pas bon, je vais m’endormir si je m’allonge ici. »

Marie se leva lentement du lit, puis prit une chaise et l’apporta à la cuisine. Elle ressemblait à une étrange petite poupée assise dessus, mais elle semblait vouloir me regarder cuisiner.

Après s’être dépoussiéré les genoux avec ses mains, elle m’avait regardé. « Qu’est-ce que tu nous prépares aujourd’hui ? Bien que je sois assez rassasiée, je ne sais pas si je peux manger beaucoup d’autre chose. »

« Très bien. Alors que dirais-tu de quelque chose de léger ? Peut-être, des inarizushi ? » demandai-je.

Les inarizushi étaient quelque chose que j’avais déjà fait pour elle. Elle semblait se souvenir de ce plat juteux et savoureux, et acquiesça d’un signe de tête excité tout de suite. J’avais aussi du chou de printemps croustillant pour l’accompagner, que j’avais décidé de chauffer rapidement au micro-ondes.

En cuisant le riz et en préparant les ingrédients, j’avais parlé avec Marie.

« À propos du donjon… Connais-tu quelqu’un qui pourrait être capable de venir dans un groupe avec nous ? » demandai-je.

« Hmm… Je ne connais personne personnellement, mais c’est une chose à laquelle nous devrions réfléchir, » répondit Marie.

Ah, donc elle s’inquiétait de la même chose.

Notre groupe avait un défaut flagrant : il n’était composé que d’attaquants. Un groupe normal avait tendance à avoir un tank pour protéger le groupe, ainsi qu’un guérisseur. Habituellement, certains de ses membres possèdent également des compétences adaptées à l’exploration. C’était peut-être beaucoup demander, mais je voulais au moins avoir une configuration qui me permettrait de me concentrer sur l’attaque.

« Mais si un tank n’a pas déjà un groupe, c’est probablement parce qu’il a des problèmes de personnalité ou autre. Il faudrait aussi tenir compte de facteurs comme les écarts de niveau, » déclara Marie.

« Voyons voir, tu es au niveau 31 et je suis au niveau 71… Ouais, ça peut ne pas sembler très attirant du point de vue d’une personne de l’extérieur, » répondis-je.

Si le niveau d’une personne était trop élevé, les autres membres auraient beaucoup moins d’expérience. C’est pourquoi il était plus courant pour les membres d’un groupe d’être à un niveau similaire. Une trop grande disparité de niveau pourrait amener les membres à partir pour d’autres équipes.

J’avais placé de l’abura-age dans une marmite, et pendant que je mettais le couvercle dessus, Marie m’avait regardé.

« As-tu déjà oublié ton étrange capacité ? Nous ne pouvons pas cacher cela à un autre membre, » déclara Marie.

« C’est vrai…, » déclarai-je.

J’avais complètement oublié ça. J’étais tellement préoccupé par Marie tout ce temps et j’avais oublié qu’il y avait d’autres problèmes qui me préoccupaient.

Que se passerait-il si je disais à quelqu’un que j’avais la possibilité de voyager entre le Japon et un autre monde ? Puisque la Guilde des sorciers s’était donné pour mission d’élucider les mystères qui se cachent derrière de telles capacités, ils feraient certainement une enquête. J’y réfléchissais peut-être trop, mais ils pourraient même faire toutes sortes d’expériences sur moi. Si c’était le cas, je ne pourrais plus profiter du monde du rêve.

« C’est un bon point. Je veux absolument éviter d’en parler aux autres, » déclarai-je.

En résumé, il y avait deux problèmes que nous devions résoudre :

D’abord, il fallait que je prouve mes capacités. J’étais un inconnu parce que je passais la plupart de mon temps à voyager seul.

Deuxièmement, je devais trouver un tank qui pouvait absolument protéger Marie.

J’avais une idée de la façon d’accomplir le premier, mais le second allait être assez difficile. Nous devions trouver quelqu’un qui n’aurait pas peur de la différence de niveau et qui garderait absolument mon secret, le tout sans attendre trop comme paiement en retour.

« Hmm… J’y ai pensé toute la journée, mais tout ce que je sais, c’est que nous avons encore tant de choses à découvrir. Je commence à penser qu’on peut laisser ça à la personne que la guilde des sorciers désignera pour nous remplacer jusqu’à ce qu’on puisse faire les préparatifs, » déclarai-je.

« J’aimerais dire que tout ira bien, mais je sais que tu es têtu quand il s’agit de me surprotéger, » répliqua Marie.

Je ne me considérais pas têtu. Elle peut m’appeler surprotectrice, mais je pensais que j’étais plutôt raisonnable. J’avais aussi fait attention à ne pas dépasser mes limites.

« Mais c’est un peu dommage. J’avais hâte de faire de nombreuses découvertes avec toi dans le donjon, » déclara Marie.

« C’est pareil pour moi. Ta magie spirituelle est si polyvalente, que je suis sûr qu’elle nous aurait permis toutes sortes de stratégies, » déclarai-je.

Alors que nous étions forcés d’abandonner le donjon que nous avions hâte d’explorer, nous nous souriions encore l’un à l’autre. Il y avait beaucoup d’autres endroits que nous pouvions apprécier, et j’étais sûr qu’elle serait toujours avec moi.

Une fois que notre conversation s’était calmée, j’avais éteint le feu sous le poêle et j’avais laissé l’abura-age se refroidir. Cela avait permis à la saveur de s’imprégner, ce qui l’avait rendu vraiment agréable et juteux.

J’avais regardé sur le côté et j’avais remarqué que la fille reniflait l’air, probablement attiré par la douce odeur.

« Tu sembles aussi apprécier l’odeur de la cuisine, » déclarai-je.

« Oui, j’aime la douceur du parfum de l’inarizushi. C’est différent du curry, comme s’il était chaud et invitant, » répondit Marie.

Huh, c’est une façon assez abstraite et délicate de le décrire…, pensai-je.

Il était temps pour elle de savourer l’arôme de la cuisine japonaise à son meilleur. J’avais ajouté du vinaigre au cuiseur à riz pour que l’odeur devienne encore plus forte. Le riz cuit à demi durci avait bien absorbé le vinaigre, et il semblait briller lorsque je l’avais déplacé vers la table à manger.

« Wôw, c’est si blanc ! Et ça sent si… aigre ! » s’exclama Marie.

Ses yeux s’étaient ouvert en grand devant l’odeur presque écrasante qui nous avait assaillis. Le riz fraîchement cuit était chaud ainsi que l’eau et le vinaigre mélangé était d’autant plus puissant qu’il était libéré sous forme de vapeur. J’avais utilisé un ventilateur pour un peu le refroidir, l’odeur se dispersant dans la cuisine.

Mademoiselle l’Elfe se pinça désespérément le nez, et son regard larmoyant semblait m’accuser de l’avoir piégée. Ce n’était pas mon intention, bien sûr, et l’odeur s’était calmée une fois que je l’avais un peu plus refroidie.

Une fois que j’avais pu sentir l’odeur sucrée du riz, j’avais ajouté du sésame et des assaisonnements pour le transformer en un arôme aigre-doux parfumé. Il en résulta le doux parfum que Marie avait mentionné plus tôt, et son expression sembla fondre.

Alors que je me disais que son visage ressemblait à celui d’un chat bronzant, elle m’avait parlé. « Ah ! Je salive ! Mais je suis toujours si emplie de cuisine française… Non, mais ça sent tellement bon ! »

« N’est-il pas intéressant de voir la manière dont la nourriture japonaise est consommée après avoir été refroidie, mais l’odeur peut être très piquante pendant la cuisson ? » demandai-je.

Marie acquiesça d’un signe de tête rêveur, toujours immergée par l’arôme. Le bain était prêt depuis un certain temps, mais l’elfe semblait captivé par l’odeur, incapable de bouger.

J’avais ensuite pressé un peu du jus de l’abura-age et je l’avais farci avec un peu de riz au vinaigre. C’est ainsi que j’avais complété la nourriture bon marché, facile et savoureuse qui ne nécessitait pas beaucoup d’autres plats à savourer, connus sous le nom d’inarizushi.

Quand j’avais fini d’en faire un, je l’avais ramassé et je l’avais porté à la bouche de Marie. Elle l’avait instinctivement mangé directement depuis ma main, se retrouvant avec l’un de mes doigts dans sa bouche, et… eh bien, n’importe quel gars aurait eu le cœur qui aurait battu la chamade à cause de ça. Même en tant qu’homme adulte, il n’y avait pas moyen de s’y habituer.

L’intérieur de ses lèvres était si doux que j’avais presque gémi en raison de la surprise. Mais elle n’était apparemment pas préoccupée par mon agitation interne alors que ses petites lèvres se séparaient de mon doigt.

Après avoir mangé l’inarizushi à la bonne température, Marie avait dit, « Délicieux », en affichant un regard béat. Sa bouche était sûrement pleine d’umami avec tous ces jus qui s’écoulaient. Cela serait suivi par l’arôme parfumé du sésame, qui se frayait un chemin à travers son nez à chaque bouchée.

« Ehehehe, c’est trop bon ! Ahh ! » s’exclama Marie.

Pour une raison inconnue, elle avait commencé à me gratter la hanche comme un chat. Elle était déjà rassasiée avec son souper, mais les assaisonnements semblaient l’avoir mise en appétit, car elle avait tout mangé en une seule bouchée.

« Est-ce de la nourriture japonaise ? Ou de la nourriture occidentale ? » demanda Marie en japonais.

« Oh, ton japonais s’améliore. C’est bien sûr de la nourriture japonaise. C’est une sorte de sushi, et… Oh, je suppose que tu n’as pas encore goûté aux sushis, hein. Le sushi fait main est un plat représentatif de la cuisine japonaise dans son ensemble. Tu devrais vraiment essayer…, » déclarai-je.

« Oh, arrête ça ! Tu vas m’engraisser à ce rythme ! Je vais prendre un bain avant que ça n’arrive, si ça ne te dérange pas, » déclara Marie.

Elle jeta un autre regard sur l’inarizushi avant de se diriger vers la salle de bain. Bien qu’elle essayait de se retenir, j’étais sûr qu’elle mangerait à sa faim dans le monde du rêve.

Par la fenêtre, je pouvais voir qu’il faisait sombre à l’extérieur, et l’éclairage indirect illuminait ma chambre dans mon appartement. Il y avait du vent dehors, et je pouvais entendre le bruissement des arbres qui bordaient les rues.

La nuit était étrangement apaisante. Je n’étais pas familier avec ce sentiment, étant un type particulier qui aimait dormir comme passe-temps.

À ce moment-là, il y avait un sentiment familier dans l’air qui me rappelait mon enfance. Puis, ma main avait cessé de tourner les pages du livre d’images. Marie respirait à un rythme régulier tout en utilisant mon bras comme oreiller, et son visage innocent et endormi me fit sourire.

Deux boîtes à bento avaient été placées à côté de mon oreiller, et j’avais posé le livre d’images à côté d’eux. Quelque chose me tirait, et j’avais regardé vers le bas pour remarquer que Marie serrait ma chemise contre sa poitrine. Cela m’empêchait de bouger, mais, étrangement, cela ne me dérangeait pas tant que ça. Sa petite main qui me tenait ne m’avait pas donné un sentiment de blocage, mais quelque chose d’entièrement différent. Peut-être qu’il n’y avait que moi, mais j’avais l’impression qu’elle me disait qu’elle voulait que je reste avec elle, même en dormant.

« Mettons-nous à l’aise sous les couvertures et allons nous coucher, » murmurai-je.

J’avais été surpris par la douceur du ton dans ma voix et j’avais ressenti un étrange sentiment d’embarras.

Tout cela m’était si peu familier. Quel était ce sentiment que je ressentais ? Rien qu’en lui parlant, ou en regardant son visage… j’avais senti une chaleur surgir dans ma poitrine. J’avais essayé de penser à la source, mais je n’arrivais pas à résister face à la somnolence provoquée par la chaleur du corps de Marie. Tout ce que j’avais réussi à faire, c’est de faire sortir un long bâillement.

J’espère qu’elle ressent la même chose que moi. J’espère qu’elle ne se lasse pas de passer autant de temps avec moi dans les deux mondes…, pensai-je.

Quant à moi, c’était la période la plus heureuse que j’aie jamais eue dans ma vie.

Après que je me sois installé dans les couvertures, la fille avait lentement mis son bras autour de moi, apparemment encore endormie. Puis, elle avait frotté sa douce joue contre moi. Sentant son corps mince et léger contre moi, je m’étais endormi tranquillement.

Le vent s’était mis à hurler dehors, mais il n’était pas assez fort pour m’empêcher de dormir. Comme je sentais sa respiration douce et la chaleur de son corps, j’avais alors complètement arrêté de remarquer le vent.

Bonne nuit, Mademoiselle l’Elfe. Je te verrai dans l’autre monde…, pensai-je.

Le son doux et endormi de la respiration de deux personnes résonnait dans toute la pièce…

***

Épisode 3 : Permis d’exploration

Partie 1

Le Château royal d’Arilai — .

Le royaume d’Arilai régnait sur de vastes étendues de terres désertiques, bien que son développement ait été plutôt lent, peut-être en raison de l’environnement. La religion était également un autre facteur qui avait entravé son avancement. En examinant son histoire, j’avais découvert que de nombreuses tribus s’étaient fusionnées en une seule, alors que leurs religions se combinèrent également. En conséquence, une religion aux enseignements complexes et souvent contradictoires s’était formée au fil du temps.

Cependant, ce royaume était en pleine mutation. La famille royale, les nobles, et même les roturiers l’avaient tout senti venir depuis la découverte de l’ancien donjon…

Quand nous étions arrivés dans la salle, il semblait y avoir une centaine de personnes rassemblées. Ou, plus exactement, un soldat nous avait annoncé pendant que nous errions sur le marché que tous les autres étaient déjà là, alors nous nous étions précipités jusqu’ici.

Les individus qui s’y trouvaient semblaient tous avoir une aura particulière, et chacun d’eux était vêtu d’une tenue de cérémonie. Je présume qu’ils étaient tous au service du royaume. Beaucoup d’aventuriers voyageaient librement dans ce monde, mais les aventuriers qualifiés avaient tendance à s’installer dans une région et à y servir le gouvernement. J’étais sûr qu’il y avait aussi des aventuriers de haut niveau dans la zone.

Quant à nous deux, nous nous étions blottis loin du centre près d’une fenêtre et nous avions observé notre environnement.

« Ahh, la brise est si agréable. Je suppose que ce serait très confortable dans un château royal, » déclara Marie.

« Arilai a toujours su utiliser son réservoir d’eau souterrain pour atténuer une partie de cette chaleur géothermique, » déclarai-je.

Le confort dans le château royal était assurément une heureuse découverte pour elle. Mais dès que nous étions hors de l’enceinte du château, les conditions extrêmes étaient très dures pour une elfe qui possédait une aversion pour la chaleur.

La fille en question avait dépoussiéré la poussière présente sur sa robe, puis avait passé un peu plus de temps que d’habitude à se recoiffer ses cheveux en désordre. Il y avait une pointe de nervosité dans son expression, que j’attribuais au fait qu’elle n’était pas habituée à ce genre de situation. Moi non plus, bien sûr je ne l’étais pas, mais c’était beaucoup moins intimidant que d’assister à une réunion avec des cadres supérieurs de mon entreprise. Au moins dans ce cas, tout ce que j’avais à faire, c’était d’attendre patiemment que ce soit fini.

« Comme je le pensais, il y a beaucoup de grands noms ici. Ce monsieur là-bas, c’est Aja, un magicien de renom, » déclara Marie.

« Eh bien, il a vraiment l’air d’être de haut niveau. Mais vu son âge, il pourrait avoir du mal à faire de l’exploration de donjon, » répondis-je.

L’homme à la barbe blanche était couvert de rides. Il se joindrait probablement à l’exploration une fois qu’une base serait établie dans le donjon. Lorsqu’une unité avançait lentement à travers les ruines, une ligne arrière pour les soutenir était généralement nécessaire. Pour moi, il me semblait qu’il y avait de grandes attentes dans tout ça pour ce sorcier, qui était un rang beaucoup plus élevé que les autres sorciers.

J’avais regardé Marie se trouvant à mes côtés. Ses oreilles étaient dressées et entièrement visibles, contrairement à son allure habituelle au Japon. Ses longs et beaux cheveux étaient attachés en arrière, et sa nuque exposée était pâle et presque éblouissante. Elle semblait jouir du sentiment de liberté sans avoir besoin de cacher ses oreilles, car je l’avais surprise en train de les bouger quelques fois. Alors qu’elle se tenait le dos droit, il y avait un air de maturité autour d’elle qui correspondait à son âge réel.

Cependant, il semblait que nous avions l’air assez petits du point de vue de tout le monde, à en juger par tous les regards sans réserve et franchement troublants que nous recevions. En plus, je n’aimais pas trop parler avec des étrangers.

« On dirait que vous êtes tous là. »

Un homme à l’air sévère était apparu sur scène. Les détails concernant l’exploration du donjon étaient sur le point d’être dévoilés.

Nous n’étions pas de cette région, mais on nous avait donné la permission d’y participer puisque c’était nous qui l’avions découverte. J’avais cependant soupçonné que c’était simplement pour des raisons de formalité, et il était peu probable qu’ils partagent des informations précieuses avec nous.

Marie semblait excitée par l’ambiance qui régnait dans l’air, mais nous étions essentiellement des étrangers ici. Ils ne laisseraient pas le trésor qui repose dans le donjon s’en aller si facilement du côté d’étrangers.

« Nous n’avons pas encore reçu d’informations utiles de l’équipe de recherche préliminaire. Selon les rapports, le donjon est spacieux, profond et très dangereux. Bien qu’elle fasse encore l’objet d’une enquête, on s’attend à ce que son niveau de difficulté soit de AA ou plus élevé, » déclara l’homme.

Des conversations avaient immédiatement éclaté en réponse à cette annonce. Voyant l’expression heureuse sur les visages de chacun, l’elfe regarda autour d'elle avec confusion.

« Pourquoi tout le monde a-t-il l’air si heureux de la grande difficulté ? Ça veut dire que c’est d’autant plus dangereux, n’est-ce pas ? » demanda Marie.

« C’est parce que les récompenses trouvables dans le donjon s’améliorent à mesure que la taille et de la difficulté du donjon augmentent, » répondis-je. « Tout le monde ici semble être des aventuriers de haut niveau, donc ils seraient assez déçus si nous avions affaire à un petit donjon. »

Les sorciers cherchaient à dévoiler une sagesse ancienne qui n’avait aucun rapport avec la difficulté du donjon. La raison de leur mobilisation était de savoir s’il y avait des tomes importants à récupérer.

Mais ceux qui étaient rassemblés ici voyaient probablement les donjons comme une mine d’or potentielle pour le butin. On pouvait se procurer des objets auprès d’ennemis tombés au champ d’honneur et on pouvait y trouver un trésor précieux. Parfois, ils pouvaient même acquérir des récompenses bien plus importantes que s’ils avaient gagné une guerre. Les détails dépendaient vraiment des rapports de l’équipe de recherche préliminaire, mais il était probable que le royaume allait se développer autour du donjon, tout comme les citoyens l’avaient soupçonné.

« Je commence à être un peu nerveuse, » déclara Marie. « On dirait que c’est vraiment important que nous puissions participer. Je devrais me présenter en personne à la Guilde des sorciers au lieu d’envoyer un oiseau messager. »

« Eh bien, nous devons d’abord obtenir un permis pour pouvoir l’explorer. De plus, toute information que nous pouvons obtenir ici pourrait être précieuse, alors nous devrions garder nos oreilles bien ouvertes, » répondis-je.

Marie hocha la tête. L’homme sur scène s’était alors éclairci la gorge, ouvrant à nouveau la bouche pour parler.

« Maintenant, le plus important. Un objet ressemblant à la pierre magique a été trouvé. Elle est encore en cours d’évaluation, mais les ruines seront fermées pour l’instant. Réjouissez-vous, car la prospérité d’Arilai est assurée ! » déclara l’homme.

La salle avait laissé sortir une certaine ferveur en réponse à ces mots. Mais en tant qu’un individu avec un peu de pessimisme venant d’une expérience de longue date, j’avais le sentiment que ce n’était pas seulement un butin facile qui nous attendait. Le monstre géant qui était apparu à l’oasis devait environ être au-dessus du niveau 200. Est-ce qu’ils seraient tous encore en train de célébrer si un jour nous devions faire face à un tel ennemi ?

« Ils ont déjà parlé du monstre, alors ils laissent le reste aux gens d’ici pour qu’ils s’en occupent… Il me semble qu’on nous déplace avec une carotte sur un bâton, » déclarai-je.

« Oh, tu es si déprimant, alors même que ton visage a l’air aussi somnolent que d’habitude, » répliqua Marie.

« Soyons clairs, je suis pessimiste en général. Il y a après tout autant de bonnes et de mauvaises choses dans le monde, » répliquai-je à mon tour.

« Tu as peut-être raison, » déclara l’elfe en signe d’accord. Mais à en juger par l’expression, elle n’était d’accord qu’avec ce que je disais sur ma personnalité.

Je ne l’avais pas dit à voix haute, mais comparativement, il y avait beaucoup plus de « mauvaises choses » dans le monde que de bonnes. La raison pour laquelle le château dans lequel nous nous trouvions était si agréable et confortable était qu’il était soutenu par d’innombrables personnes. Ils seraient sûrement d’accord pour dire qu’il y a plus de « mauvaises choses » dans leur vie.

Alors que j’y réfléchissais, la fille à mes côtés avait tiré sur ma manche.

« Le savais-tu ? La religion de ce royaume croit en la dualité du bien et du mal. Sous lequel penses-tu que le donjon s’insère ? » demanda Marie.

« Le bien ou le mal… Je pense que cela dépendrait de la façon dont il est bénéfique pour ce royaume. Je suppose que c’est bien dans ce sens, mais il y a une chance qu’il puisse faire un 180, » répliquai-je.

« Tu es vraiment pessimiste, » dit-elle d’un air exaspéré.

Mon rôle était de m’assurer que Marie soit en sécurité. Donc, j’étais d’accord d’errer du côté de la prudence.

Nous n’avions pas obtenu d’informations notables après ça, et on nous avait dit d’attendre d’autres rapports de l’équipe de recherche préliminaire. Ils nous avaient informés que nous devions faire tous les préparatifs nécessaires, puis la séance avait été levée. Mais les autres s’étaient encore attardés dans le couloir, alors qu’ils étaient susceptibles d’échanger des informations entre eux.

« Nous devrions aussi trouver des personnes à qui parler… Oh ? C’est quoi ce regard agacé ? N’est-ce pas toi qui voulais recueillir des informations ? » demanda Marie.

« Oui, mais je voulais plutôt dire qu’on pourrait écouter les conversations des autres…, » répondis-je.

« Ce n’est pas ce que nous faisons. Tu as tendance à éviter la civilisation parce que tu n’aimes pas tellement interagir avec les autres. C’est une bonne occasion pour moi d’entraîner ta sociabilité, » répliqua Marie.

« Tu sais, je suis un membre à part entière de la société…, » répliquai-je.

Sans surprise, elle avait ignoré mes paroles de protestation. Je n’avais aucune intention d’interagir avec les autres, mais Marie avait d’autres projets. Elle avait pris ma main et m’avait tiré dans la foule pour que nous puissions saluer le célèbre magicien. La hiérarchie de la Guilde des Sorciers avait l’air pénible à gérer, et ils donnaient l’impression d’être un groupe d’élite… mais il semblait que je n’avais pas le choix.

« Souris ! Et tiens-toi droit ! Mon Dieu, tu es si fiable quand on est dans l’autre monde…, » déclara Marie.

Elle était trop occupée à bien placer mes habits et tout arranger sur moi pour remarquer que ses paroles auraient fait bondir le cœur de n’importe quel gars. Elle s’était soudain figée, ses joues devenant rouges.

« Maintenant, dépêche-toi et viens avec moi, » elle m’avait encore pris par la main.

Normalement, certains jeunes comme nous ne recevaient pas de bonne considération des autres, mais nous avions été chaleureusement accueillis et nous avions pu parler à ce vieil homme ridé grâce à notre découverte du donjon. Il avait ouvert la bouche pour parler d’une manière somnolente, mais son discours était terriblement difficile à comprendre.

« Je m’appelle Aja. J’ai déjà pris ma retraite, mais une vie où je ne fais que manger et dormir est beaucoup trop ennuyeuse, » déclara Aja. « C’est pourquoi j’ai décidé de faire quelque chose du reste de mon temps ici. »

« Je m’appelle Kazuhiho. Je suis un épéiste qui a passé tout son temps à voyager, » répondis-je.

« Grand Aja, je suis Mariabelle, une sorcière spirituelle de la guilde des sorciers, » déclara Marie.

Chacun de nous avait serré la main tendue et s’était présenté. Dans cette région, il était d’usage de se présenter avec une poignée de main.

***

Partie 2

« Hm… Jeune homme, vous avez une allure assez intéressante. Tout comme cette elfe, il semble que vous ne soyez qu’à moitié dans le domaine des humains… Ah, ne vous en faites pas. Ce n’est rien que les grognements d’un vieil homme, » déclara Aja.

Il avait tout de suite mis le doigt dans le mile. Cela m’avait laissé dans l’incertitude sur ce que je devais dire. Pour vous le dire franchement, c’était bien la raison pourquoi je n’aimais pas traiter avec ceux qui pouvaient regarder dans le monde du mysticisme. Ils étaient terriblement astucieux, avec des paroles aiguisées à la hauteur de leur savoir.

J’avais regardé les yeux élargis de Marie, et nous avions tous les deux accepté sans rien dire en retour. Ses yeux rétrécis semblaient sourire, mais ils indiquaient clairement qu’il était très intelligent. Ses yeux avaient scruté la pièce de façon suspecte.

« Mais quand je pense qu’ils n’ont pas encore contacté la Guilde des Aventuriers… je dois dire que c’est un peu surprenant, » déclara Aja.

« Il semble qu’ils n’ont rassemblé que des gens qui soient impliqués d’une façon ou d’une autre avec le gouvernement. C’est peut-être l’attrait de la Pierre magique qui fait ça. J’ai l’impression qu’ils se méfient de quelqu’un d’autre qui la prenne, » répondis-je.

J’avais donc indiqué mon impression et mes pensées sur le sujet, et ses rides s’étaient creusées plus profondément alors que son visage avait formé un sourire.

La Guilde des Aventuriers était très accommodante quand il s’agissait de ces choses, parce qu’ils avaient besoin d’argent pour faire leur travail. Ils pourraient être appelés en renfort plus tard, mais ils arriveraient probablement après qu’Arilai se soit installé dans une position favorable.

Après que je déclare cela au vieil homme, il avait acquiescé.

« Vous êtes tout à fait cynique pour un simple enfant. Ça doit être pénible de vivre avec lui, n’est-ce pas ? » demanda Aja.

Avant que je ne puisse répondre, Mariabelle cligna des yeux violets tout en souriant gentiment. « En fait, pas du tout. C’est une personne très intelligente et attentionnée, donc je n’ai jamais ressenti ça avec lui. »

Après qu’elle ait fini de parler, elle m’avait jeté un coup d’œil. Mais, bien sûr, j’étais trop gêné pour la regarder dans les yeux. En fait, je commençais à perdre mon calme alors que je me demandais si elle ne m’avait pas entendue parler tout seul la nuit précédente…

« Wahahaha, je vois qu’il y a bien plus que je le pensais ! Comme c’est délicieux ! Quand on pense qu’il vit avec une elfe, quand on sait que généralement elles sont plutôt difficiles, n’est-ce pas, » déclara Aja.

Je n’aimais pas qu’on se moque de moi si ouvertement. Et, soit dit en passant, Marie était en fait bien connue comme une elfe qui détestait les humains depuis très longtemps.

Le vieil homme me semblait de bonne humeur et il avait alors donné l’ordre d’apporter des collations et du thé, mais je me sentais assez mal à l’aise. Pour être honnête, je voulais sortir de là le plus tôt possible.

La culture de la consommation de thé était profondément enracinée dans cette région, avec des pauses pour prendre du thé dès qu’ils avaient le temps, et l’espace nécessaires. J’avais alors regardé autour de moi pour trouver que plusieurs autres groupes se regroupaient aussi.

Quelques disciples étaient rassemblés autour du vieil homme, et il s’entretenait tranquillement avec eux. Son apparence n’était pas très impressionnante, mais cela m’avait fait me souvenir qu’il était une figure célèbre.

Marie s’occupait surtout de la majeure partie de la conversation, mais avant que je m’en rende compte, le sujet s’était déplacé vers l’ancien donjon.

« Ils ne savent même pas encore quels sont les pouvoirs de la Pierre magique. Cette chose a déjà provoqué de grandes catastrophes dans le passé. Je soupçonne que ce n’est pas quelque chose qu’il faut rechercher…, » déclara Aja.

En entendant les paroles inquiétantes du vieil homme, Marie et moi nous nous étions regardés. La dernière fois que nous avions vu la Pierre Magique, c’était quand ce Neko la tenait dans sa main. Elle avait été emportée par le monstre avant même que nous puissions y toucher, donc nous n’en savions pas trop à l’époque. Mais d’après ce que nous avions vu, c’était selon nous beaucoup plus qu’un simple catalyseur magique.

Marie se pencha légèrement pour lui poser une question. « J’ai entendu dire que la tribu neko les avait déjà affinés. Savez-vous pourquoi les humains ne peuvent-ils pas faire la même chose ? »

« C’est un mystère. C’était il y a environ 200 ans, mais il n’y a aucun document écrit à ce sujet. Ne diriez-vous pas que c’est comme si quelqu’un avait délibérément effacé de l’histoire l’existence de l’ancien donjon ? » demanda Aja.

Le vieil homme nous dévisageait de ses yeux globuleux, et nous avions tous deux dégluti de façon audible. Il nous disait subtilement qu’il ne s’agissait pas d’un donjon ordinaire. Mais comme le grand Aja participait à cette enquête, lui aussi devait chercher la vérité derrière ce mystère.

« Je suis sûr que nous nous reverrons aussi dans le donjon. Je dirais que nous avons environ une semaine avant d’y aller. Veillez à vous préparer suffisamment d’ici là, » déclara Aja.

« Ah, oui… mais c’est un peu dangereux pour nous deux seulement, alors on pense rester là jusqu’à ce qu’on ait une équipe prête. Non seulement ça, mais il nous faut encore l’approbation de la Guilde des sorciers, » répondis-je.

Les yeux du vieil homme s’étaient élargis en raison de la surprise.

« C’est vraiment regrettable. Dire que les premiers découvreurs ne mettront même pas les pieds dans le donjon… Quand j’étais jeune… C’est vrai que c’est peut-être trop dangereux pour deux enfants. Mais, si vous participez plus tard, venez me parler, » déclara Aja.

« Merci, nous ne manquerons pas de le faire, » déclarai-je.

Nous avions baissé la tête en signe de gratitude. Il semblait impressionné par notre attitude respectueuse. Le vieil homme s’était alors approché et avait appelé quelqu’un au loin.

« Hakam ! N’as-tu pas oublié de leur donner quelque chose ? » demanda Aja.

Il avait parlé à la personne qui parlait sur scène tout à l’heure. Il s’était lentement levé. L’homme était vêtu d’habits de noble, mais il ne semblait pas très bien assorti à son corps musclé et bronze. Il s’était approché de nous tel un ours dans ses vêtements trop serrés, puis nous avait observés pendant un long moment. Il y avait clairement une forte volonté derrière son expression légèrement ridée, et il avait l’aura d’un homme habitué au champ de bataille.

« Qu’est-ce qu’il y a, Aja… ? Ah, tu voulais parler du permis d’exploration, » déclara Hakam.

« Oui, il semble qu’ils vont faire un rapport à la Guilde des Sorciers. Mais là-bas, ils sont têtus et donc, ils ne lèveront pas le petit doigt tant qu’ils n’ont pas vu le permis. Il vaudrait mieux pour eux que tu le leur donnes déjà au lieu de leur faire perdre leur temps ici, » déclara Aja.

Hakam soupira avec exaspération, puis appela son subordonné et lui demanda d’apporter quelque chose se trouvant dans sa chambre. L’homme qui semblait clairement versé dans les arts militaires se retourna avant de s’asseoir à côté du grand Aja.

« Je suis Hakam, le commandant suprême chargé de la conquête du donjon. Ça ne me dérange pas de vous donner une licence, mais le départ n’aura pas lieu avant un certain temps encore. N’essayez pas d’explorer le donjon prématurément, » déclara Hakam.

« Oh, on ne ferait pas ça. Mais le fait de pouvoir nous présenter tôt à la guilde nous aidera beaucoup, » répondit Marie.

Marie et moi nous nous étions inclinés avec gratitude, et son visage intimidant s’était adouci en un sourire. Ce n’était qu’un léger changement d’expression, mais cela avait complètement changé l’atmosphère autour de lui.

« Vous avez l’air bien élevés, mais je ne peux pas juger un livre d’après sa couverture. J’ai entendu dire que vous avez sauvé un membre de la tribu neko et découvert cet ancien donjon, » déclara Hakam. « On dit que vous avez combattu plusieurs bandits, malgré votre jeune âge. »

« Je vous remercie. Les choses se sont bien passées, mais c’était assez dangereux. Je ne peux pas dire que c’était très louable de notre part de nous mettre dans une telle situation, » répondis-je.

Marie acquiesça d’un signe de tête face à mes paroles. Depuis que nous avions été pris au piège dans le plan de ces bandits, nous avions appris à être beaucoup plus prudents.

« Ah, c’est bien que vous ayez gardé la maîtrise de vos propres capacités alors que vous êtes si jeune. Alors que là, nous avons Aja, qui n’est qu’un vieil idiot ridé qui n’a toujours rien appris, » déclara Hakam.

Dès qu’il avait fini sa phrase, il avait été frappé à la tête par un bâton. Le bruit de l’impact était assez fort, mais il semblait infaillible, car il nous avait jeté un regard qui semblait dire. « Vous voyez ? »

À ce moment-là, l’un de ses subordonnés lui avait approché avec une lettre enroulée. La ficelle avait été défaite devant nous, révélant une licence avec le sceau du roi d’Arilai dessus.

« Voilà ce que vous avez demandé. J’avais l’intention de vous le donner plus tard, mais je préfère ne pas me donner la peine de refuser la demande d’Aja, » déclara Hakam.

« Je… Merci, » déclarai-je.

Il allait probablement retarder le moment de nous le donner parce qu’il ne voulait pas que nous nous rendions seuls dans le donjon, comme il l’avait mentionné plus tôt. Bien sûr, nous n’étions pas du genre à être assaillis par notre avidité, et je pense qu’il l’avait compris après nous avoir parlé.

Il tendit la lettre à Marie et tourna la tête vers moi. « Ah, j’aimerais vous demander quelque chose avant de retourner dans votre pays. Je suis sur le point de rencontrer le Neko, et j’aimerais que vous soyez mon traducteur. Nous avons la nôtre, mais je pensais qu’il serait plus à l’aise avec quelqu’un qu’il connaît. »

« Oh, vous voulez dire Mewi. Oui, bien sûr que ça ne nous dérange pas, » répondis-je.

J’avais rapidement jeté un coup d’œil à Marie pour la trouver hochant la tête avec enthousiasme, alors j’avais accepté la demande. Il n’avait pas expliqué la raison de leur rencontre, mais j’avais pensé que c’était à cause de la Pierre magique. C’était clairement quelque chose qu’il ne pouvait pas dire ici, et il avait mentionné plus tôt que quelque chose comme une pierre magique était en cours d’évaluation. Nous avions aussi vu la Pierre magique en personne, ce qui pouvait avoir contribué à sa décision de nous choisir pour cette tâche. De toute façon, nous nous demandions comment Mewi était traité ainsi que s’il pourra vivre en paix.

Hakam hocha la tête avec satisfaction, puis dirigea son regard de guerrier vers ma hanche. Je n’avais pas d’épée en ce moment-là, puisque les bandits l’avaient cassée, alors je n’avais qu’un fourreau vide.

« Les épées de notre pays ne vous conviennent-elles pas ? » demanda Hakam.

« Non, non, ce n’est pas ça… J’ai cherché quelque chose de bon marché, durable et efficace, mais j’ai de la difficulté à en trouver une, » répondis-je.

J’avais l’air d’une ménagère prête de ses sous, mais je n’avais pas vraiment de budget pour faire autrement. Mais il semblait plus perplexe par le fait que je semblais bien vivre le fait de ne pas porter d’épée.

« Je me méfiais quand j’ai appris que vous veniez d’un pays étranger, mais il semblerait que cela n’était pas nécessaire, » déclara-t-il.

« Je n’en serais pas si sûr. La jeune elfe est aussi intelligente qu’elle en a l’air, et le garçon l’est de façon trompeuse. Ils vivent même ensemble, malgré leur âge, » déclara Aja.

Nous avions tous les deux fait une grimace et essayé de crier sur Aja, mais il semblait que ceux qui nous entouraient ne pouvaient pas ignorer cette affirmation.

« Les elfes de nos jours sont plutôt ouverts à ce genre de choses, hein ? » « Qui sait ? » « Je me le demande bien. » « C’est peut-être le type qui… » ils avaient tous commenté inutilement.

Nos visages étaient devenus rouges quand nous avions déclaré la même chose en même temps :

« « Ce n’est pas comme ça ! Jusqu’à présent, nous n’avons fait que nous tenir la main ! » »

La salle avait éclaté de rire. Leurs rires n’avaient pas cessé pendant un certain temps, et nos visages étaient encore rouges quand nous avions quitté le château.

***

Partie 3

Finalement, j’avais ainsi appris qu’il valait mieux se taire dans ce genre de situation…

Il semblait que pendant notre absence, la conversation se poursuivit dans le couloir. Les rires amusés s’étaient apaisés au bout d’un certain temps, pour finalement s’installer dans son calme habituel. Hakam, l’homme chargé de la mission d’explorer totalement le donjon, regarda autour de lui en se frottant la barbe.

« Ces deux-là sont assez étranges. Même ceux qui se méfiaient des étrangers se détendaient assez rapidement en étant à leurs côtés. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez faire délibérément, » déclara Hakam.

Il était naturel de se méfier des étrangers, surtout lorsqu’on en rencontrait un pour la première fois. Considérant qu’il s’agissait d’une conquête pour un donjon qui pouvait orienter l’avenir de tout un royaume, il était naturel que tout le monde soit sur les nerfs. Mais Hakam pouvait clairement voir l’atmosphère paisible présente en ce moment, comme si l’hostilité avait été neutralisée.

« Ah, le pouvoir de la jeunesse, » soupira Aja. « Nous ne pourrions jamais atteindre le cœur des gens comme ils le font, avec les innombrables secrets que nous avons. »

Hakam expira par le nez en se replaçant sur sa chaise. Il y avait un sourire sur le visage ridé du vieil homme assis en face de lui, ainsi que sur ceux qui l’entouraient. Hakam fronça les sourcils avec un air de doute.

« Et toi, qu’en penses-tu ? Tu sembles les traiter comme tes propres petits-enfants, mais tu ferais mieux de ne pas divulguer nos informations, involontairement ou non, » déclara Hakam.

« Tu n’es qu’un idiot… Bien sûr que je sais ce que je peux et ne peux pas dire à la guilde des sorciers d’Alexei. Mais il semble qu’ils auront des difficultés à l’avenir. Même s’ils parviennent à obtenir l’approbation de la guilde, je ne sais pas si nous devrions les envoyer dans l’ancien donjon où beaucoup périssent quotidiennement…, » déclara Aja.

Hakam expira rapidement de nouveau. Le vieil homme ressemblait en effet à quelqu’un qui s’inquiétait pour ses petits-enfants.

L’arôme rafraîchissant du thé jaillissait de la tasse qu’il tenait. Hakam avait aspiré le parfum avant d’ouvrir à nouveau la bouche.

« Ils devraient s’en sortir. S’ils finissent par participer, je suis sûr qu’ils s’en sortiront, comme avant. Mais ce n’est rien de plus qu’une intuition, » déclara Hakam.

Aja avait semblé surpris, puis il avait souri encore plus qu’avant.

« C’est intéressant qu’un vétéran de nombreux champs de bataille le dise. Je suppose que je vais garder pour moi le fait que tu as été captivé par une jolie elfe pendant ton discours, » déclara Aja.

Hakam avait failli cracher son thé. Ensuite, il tenta à plusieurs reprises de s’expliquer, et la salle redevint animée.

Nous étions inconscients de tout cela, alors que nous nous reposions sur une place à Arilai.

Un soleil radieux… c’était une façon douce de le dire.

Mariabelle se tenait au milieu de la place, baignant dans les rayons infernaux du soleil.

Elle tenait son bâton de houx avec les deux mains pendant que la sueur coulait sur son visage. Elle murmurait quelque chose que les esprits autour d’elle pouvaient entendre. Une sphère d’eau, d’une taille pouvant contenir plusieurs sceaux, flottait devant elle. C’était un esprit de l’eau appelé Ondine.

Dans Arilai, il n’y avait aucune restriction quant à l’utilisation de l’eau ou des esprits de glace au milieu d’une ville. Dès que Marie l’avait appris, elle m’avait dit qu’elle voulait essayer quelque chose avant d’aller voir Mewi. J’étais assis sur un banc et je balançais mes pieds en avant et en arrière, agissant comme une sorte d’escorte pour elle.

En regardant ce qui se faisait déjà, on pouvait voir qu’il y avait différentes méthodes intelligentes pour faire face à la chaleur du désert dans la ville. Par exemple, de grandes plantes qui ressemblaient à un palmier étaient très intéressantes. Ils avaient été plantés un peu partout, et il était clair qu’ils étaient délibérément positionnés pour fournir de l’ombre face à la lumière directe du soleil. Les zones fréquentées par les classes supérieures, comme les membres de la royauté, étaient sûrement encore plus confortables.

Mais nous étions dans la couche inférieure de la ville, où la qualité de vie était très différente de celle de la couche supérieure. Les citoyens faisaient face au climat en portant des vêtements adaptés, en se réhydratant souvent avec du thé et en faisant des siestes pendant les journées particulièrement ensoleillées pour refaire le plein d’énergie. Beaucoup autour de nous prenaient même une pause après le déjeuner en s’allongeant dans la brise.

La vue inhabituelle d’une elfe et de la sorcellerie spirituelle attirait beaucoup d’attention, mais elle continuait à murmurer.

« Oh, quelque chose change ? » demandai-je.

J’avais fait part de mon observation quand j’avais vu que quelque chose scintillait autour de l’esprit de l’eau. Cela ressemblait à de minuscules particules d’eau, et elles s’étaient toutes déplacées à l’unisson dès que Marie avait levé son petit doigt. La brume s’était dispersée autour d’elle et, après une brève pause, la foule autour d’elle avait applaudi.

« Ahh, c’est si bon ! Tu as réussi, Marie ! » déclarai-je.

« Hehe, j’ai enfin appris à contrôler la vaporisation. J’y pensais depuis l’oasis et pendant le thé. Cela devrait vraiment s’avérer utile ici, » déclara Marie.

Au fur et à mesure que le fluide vaporisé s’était répandu dans notre environnement, la chaleur était devenue beaucoup plus facile à gérer.

« Je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais il n’y a pas beaucoup d’elfes qui peuvent réaliser un ordre aussi complexe et délicat. J’en ai peut-être déjà parlé, mais ma force réside dans cette extrême précision, » m’expliqua-t-elle avec une expression fière en essuyant des perles d’eau sur son front.

La dispersion d’un brouillard d’une température inférieure à celle de l’atmosphère environnante avait en effet contribué à refroidir l’ensemble de la zone. En abaissant la température de l’air, l’eau qui s’évaporait absorbait une partie de la chaleur avec elle. Les enfants s’étaient rassemblés dans la zone, tout excités, et attirés par la vue intéressante.

Marie avait souri faiblement et elle toucha l’eau, puis elle fit à l’esprit de l’eau une demande supplémentaire. « Continue de les refroidir pour moi. »

La sphère transparente déplaça la tête comme si elle hochait la tête en réponse.

Avec le bruit des enfants qui criaient joyeusement derrière nous, nous avions lentement descendu les escaliers se trouvant un peu plus loin. Marie transpirait encore en se tournant vers moi, mais elle avait l’air satisfaite.

« Cela devrait aider avec la chaleur, mais ils devront trouver un moyen d’obtenir plus d’eau, » déclara Marie.

« L’eau est très précieuse dans le désert… Au fait, Marie, t’améliores-tu dans le contrôle des esprits ? » lui demandai-je.

« Oui, j’en suis venue à les apprécier davantage, car je n’ai pas été en mesure de communiquer avec eux au Japon. J’ai l’impression d’être devenue bien meilleure amie avec eux maintenant, » dit-elle fièrement.

Selon elle, retourner au Japon lui donnait l’impression de revenir au niveau 1, et il lui était très difficile de communiquer avec les esprits là-bas.

« Mais j’ai l’impression de m’approcher d’eux, de sorte que la situation pourrait s’améliorer avec le temps. Mais pour te le dire franchement, je ne veux pas que tu en attendes trop de ça, » déclara Marie.

« Je n’attends rien, et je ne pense pas que ce soit nécessaire pendant ton séjour au Japon, » répondis-je.

« Peut-être pas, mais ça me dérange. Ça me dérange de savoir que je ne peux pas faire quelque chose que je ne peux pas faire normalement, » déclara Marie.

Hm, je ne le savais pas. Personnellement, je préférerais que Marie vive sa vie tranquillement, mais je voulais lui laisser cette décision. Mais maintenant qu’elle pouvait contrôler la vaporisation, cela nous aiderait vraiment à traverser la chaleur extrême qui approchait dans environ trois mois.

Nous avions continué jusqu’aux couches inférieures de la ville. Les bâtiments étaient plus proches les uns des autres, avec plus de zones résidentielles et de quartiers commerçants dans le quartier. Il faisait plus humide avec l’augmentation du trafic, et le manque de vent faisait qu’il faisait encore plus chaud qu’avant. Marie semblait avoir de la difficulté à faire face à cette situation et elle marchait d’un endroit à l’autre en restant le plus possible à l’ombre, se cachant de la lumière du soleil.

« Peut-être que tu devrais au moins enlever ces robes épaisses. Regarde ! Tout le monde porte des vêtements légers, alors tu devrais faire pareil, » déclarai-je.

J’avais exprimé mon idée après avoir remarqué un magasin de vêtements lorsque nous avions descendu l’escalier de pierre vers un espace dégagé. Il y avait des vêtements colorés en tissus d’apparence agréable et pratique exposée dans le magasin. Nous étions encore loin de notre destination, mais les pieds de la fille s’étaient arrêtés en entendant ma suggestion. J’avais l’air d’avoir attiré son attention. Voyant ses yeux violets clairs fixer les vêtements, j’avais décidé de la tenter encore un peu plus.

« N’ont-ils pas tous l’air sympas et aérés ? On dirait que c’est du style arabe ou quelque chose comme ça. Je pense toujours à ce qui t’irait à ravir, et je pense que les couleurs qui correspondent à tes yeux seraient belles sur toi, » déclarai-je.

« Oh, arrête ça. Comme tu peux le voir avec ma robe, je suis une sorcière. Je donnerais le mauvais exemple en portant des vêtements minces comme ça…, » répliqua Marie.

« Hmm, je pense que tu serais aussi très belle avec une simple couleur blanche. Regarde, ça va parfaitement avec tes cheveux, » déclarai-je.

L’employée du magasin nous avait fait signe de l’essayer, alors j’en avais pris un et je l’avais tenu sur ses épaules. Cela avait fait ressortir la couleur de ses yeux encirée plus, les faisant paraître plus beaux que des pierres précieuses.

… Mais de derrière les vêtements que je tenais, je pouvais voir une paire d’yeux éblouissants et une bouche froncée.

« … La Guilde des Sorciers m’en voudrait si je me présentais avec un truc comme ça, » déclara Marie.

« Nous sommes à Arilai en ce moment même. Il y a encore un long chemin à parcourir avant que nous arrivions dans ton pays, et je doute que quelqu’un d’ici t’observe. N’aimes-tu pas porter un pyjama pendant qu’on se repose au Japon ? » lui demandai-je.

Elle avait fait une tête troublée. Juste pour être clair, il n’y avait pas de règles stipulant qu’elle devait porter une robe. Tout était correct à porter à condition que le tissu ne restreigne pas le mouvement ou n’entrave pas l’interaction avec les esprits. Le reste dépendait vraiment du sens des valeurs du sorcier.

« Hmph… Tu essayes toujours d’attirer mes intérêts comme ça. C’est toi qui as commencé, alors prends tes responsabilités et aide-moi à choisir une tenue, d’accord ? » déclara Marie.

« Ah, bien. Je me ferai bien sûr un plaisir de t’aider, » répondis-je.

Marie avait fait un numéro exaspéré, mais ses pas semblaient plus légers en me suivant dans le magasin. Je savais déjà à quel point elle aimait les vêtements, alors c’était facile de la convaincre.

Il semblait qu’il y avait une grande variété de colorants disponibles dans cette région, voyant comment les vêtements étaient disponibles dans toutes sortes de couleurs. La boutique était également bien approvisionnée en différents tissus, allant des tissus fins aux tissus plus épais.

« Je pense que ce genre de pantalon serait facile à porter. Qu’est-ce que tu en penses ? » demandai-je.

« Oh, il a des cordons pour serrer la taille et les chevilles. C’est très joli, avec un style étranger. Quant à la couleur, je trouve que le blanc est joli. Que penses-tu de ça ? Ça aurait-il l’air bizarre si mon estomac était visible ? » demanda Marie.

J’avais regardé ce qu’elle avait choisi. C’était le type de haut qui recouvrait la poitrine jusqu’aux poignets. Il semblait conçu pour les températures chaudes et ne couvrait pas complètement l’estomac. Eh bien, tout ce que je pouvais dire, c’est que j’étais plus qu’heureux de voir le nombril d’une jolie fille portant quelque chose comme ça.

« Alors je pense que tu devrais porter ce voile avec. C’est un peu voyant, mais ça irait très bien avec ta jolie peau, » déclarai-je.

J’avais placé le tissu fin sur sa tête. Elle avait aussi l’air de l’apprécier.

« Il n’y a rien de mal à porter ça. C’est après tout pour faire face au soleil, » déclara Marie, presque comme si elle s’excusait à elle-même.

J’avais entendu dire que faire du shopping avec des femmes pouvait être une corvée, mais qu’il n’y avait pas de mal à passer du temps avec une fille aussi mignonne qu’elle. Même la vieille dame qui travaillait à la boutique semblait enchantée et nous aidait à choisir les vêtements qui lui convenaient, plutôt que de nous diriger vers les plus chers.

Il n’y avait bien sûr pas une commodité telle qu’un vestiaire, mais la vendeuse nous avait gentiment laissés utiliser la pièce à l’arrière. Peu de temps après, la jeune elfe émergea de derrière en portant des sandales ornées. La vendeuse et moi l’avions regardé fixement.

Les vêtements blancs, d’apparence légère, étaient attachés au niveau de sa taille et de ses chevilles. Il y avait des fentes en haut, de l’épaule à sa manche, d’où sa belle peau était apparue. Elle ressemblait à une danseuse d’un pays étranger, et sa tenue soulignait encore plus son allure naturelle. Tout ce que j’avais pu faire, c’était de faire un soupir sans paroles… et la vendeuse semblait être dans un état émotionnel similaire, en regardant comment nous soupirions tous les deux exactement en même temps.

Marie était une fille mince, mais la courbure de ses hanches était très sexy, et son joli petit nombril était bien visible. Elle ne montrait pas du tout une quantité excessive de peau, mais les zones de ses poignets, de ses chevilles et de sa taille qu’elle montrait faisaient allusion à sa beauté dans son ensemble.

« De quoi ai-je l’air ? C’est un peu gênant de porter quelque chose de si léger…, » le voile qui recouvrait ses cheveux blancs et ses oreilles d’elfe se balançait un peu quand elle me demanda timidement mon avis.

Pour le dire franchement, elle avait l’air si bien, et il n’y avait rien à critiquer selon moi. La vendeuse et moi avions applaudi sans réfléchir, clairement impressionnés par le résultat final.

 

 

« S’il vous plaît, revenez nous voir ! » La vieille dame souriante avait agité la main avec enthousiasme lorsqu’elle nous avait fait sortir du magasin.

Marie semblait beaucoup plus à l’aise dans sa nouvelle tenue quand nous étions arrivés sous le soleil, bien que l’expression sur son visage semblait un peu désolée.

« Elle nous a fait une telle remise. Je me sentirais coupable si nous ne revenions pas magasiner ici… Je me sens aussi mal à l’aise que tu aies tenu mon sac pour moi…, » déclara Marie.

« On reviendra quand on aura économisé plus d’argent. Quant au sac, il ne convient pas à tes nouveaux vêtements, donc je peux le garder pour toi, » répondis-je.

Elle était si adorable alors qu’elle m’avait remercié. Cela semblait avoir détendu l’humeur de tous ceux qui nous entouraient. Ils n’avaient pas pu s’empêcher de regarder son magnifique sourire, et je ne pouvais certainement pas leur en vouloir.

Ça m’avait fait me souvenir qu’il faudrait aussi que je lui achète des vêtements neufs pour qu’elle les porte au Japon. Il faisait de plus en plus chaud là-bas aussi, alors je m’étais demandé si je devais lui acheter ses vêtements de printemps ou d’été.

Tandis que j’y pensais, la fille me regardait avec ses yeux violets.

« Alors, où habite Mewi ? J’espère qu’on n’a pas fait attendre Sire Hakam trop longtemps avec notre détour, » déclara Marie.

« Hmm, je pense qu’il nous pardonnera quand il verra ta tenue. Il devrait être juste là, au coin de la rue, » déclarai-je.

J’avais repositionné le sac, qui était maintenant rempli avec la robe de Marie dedans, et nous avions marché vers le coin de la rue.

***

Épisode 4 : Les Pulsations du Magi Drake

Partie 1

Après avoir été sauvé de bandits, Mewi de la tribu des Nekos avait été laissé dans une situation compliquée. Les pierres magiques étaient encore un mystère, et il était le seul à pouvoir affiner les catalyseurs magiques en ce moment. Et alors que les demi-bêtes s’étaient autrefois librement mêlées aux humains, ils étaient encore classés comme des monstres et ne pouvaient pas se mêler aux citoyens avant que les détails ne soient connus. Par conséquent, il avait été transféré dans un atelier près de la rivière, loin de la zone résidentielle, une fois son rétablissement terminé.

En raison de la proximité de la rivière, une végétation inconnue dans notre région était présente, comme des arbres qui possédaient des troncs et des feuilles incroyablement maigres, et ceux qui ressemblaient à des palmiers. Nous avions marché sur du sable tout en observant les lieux.

« Oh, le vent est un peu plus frais ici, » déclara Marie. « N’est-ce pas plus agréable dans cette zone ? »

« C’est sûrement parce qu’il y a moins de lumière directe du soleil puisque nous sommes dans une pente, et qu’il y a une rivière à proximité. Mais il fait toujours très chaud, » répondis-je.

J’avais alors tiré sur le col de mon habit avec un doigt et j’avais pu constater que mon cou était couvert de sueur, mais je n’avais pas pu arrêter la sueur qui coulait. J’avais l’impression que je produirais bientôt du pur sel si cela continuait.

Quant à Marie, elle semblait se sentir très bien dans sa nouvelle tenue, et m’avait suggéré froidement de m’enrouler un turban sur le dessus de ma tête.

« Eh bien, les cheveux noirs ont tendance à absorber la lumière du soleil, donc ça pourrait être une bonne idée. J’aimerais qu’il y ait quelque chose d’un peu plus élégant dans le design, » répondis-je.

« Oh, c’est une honte. J’aurais probablement beaucoup ri si je pouvais te voir porter une telle tenue. » La fille avait gloussé, alors j’avais décidé silencieusement de ne porter en aucun cas un turban.

L’atelier en pierres taillées était confortable, et bien construit. J’avais été surpris de constater qu’il avait son propre cours d’eau privé, avec un petit moulin à eau à côté. En levant les yeux, j’avais trouvé une grande cheminée, qui dégagerait probablement de la fumée si le raffinement magique devait s’y produire un jour. Mais je ne savais pas vraiment comment le raffinage fonctionnait, alors ce n’était qu’une supposition de ma part.

Il y avait deux gardes se tenant à l’entrée. Je leur avais parlé avec prudence, et il semblerait qu’ils aient déjà été avertis de notre arrivée. Ils nous avaient laissé entrer immédiatement.

« Vous êtes ici. Ah, c’est très joli. Je ne m’attendais pas à ce qu’une elfe arrive vêtue avec les habits de notre royaume, » déclara Hakam.

Quand la porte s’était ouverte, Hakam nous attendait à une table. Il avait tout de suite remarqué le changement de tenue de Marie et s’était lentement levé avec son allure d’ours.

« Merci pour vos aimables paroles. Les tissus de ce royaume sont très légers et extensibles, il est donc très facile de s’y déplacer, » répondit Marie.

« Je suis content que vous ayez l’air d’aimer ça. Les citoyens seront certainement heureux de vous voir le porter, alors j’adorerais que vous vous baladiez dans cette tenue pendant votre séjour, » déclara Hakam.

Il nous avait fait entrer avec un sourire étonnamment gentil. Il y avait d’innombrables blessures de combat sur sa peau bronzée par le soleil, et alors qu’il se tenait debout dans une posture militaire, il avait une façon de parler qui me disait qu’il était de bonne nature.

Quelqu’un d’autre était dans la pièce — un Neko assez petit qui se tenait derrière le corps massif de Hakam. Mewi s’était fait couper les tendons du pied par des bandits, mais il s’était levé de sa chaise et avait marché avec des pas réguliers quand il nous vit. Je m’étais accroupi pour le saluer, et il m’avait tendu les doigts qui ressemblaient à des boulettes de pâte pour saisir mes vêtements.

« Salut, Mewi. On dirait que tes blessures sont guéries, » déclarai-je.

« Monsieur Kazuhiho. Merci beaucoup de m’avoir sauvé, » répondit Mewi.

Il avait baissé la tête, et j’avais remarqué à quel point il était un demi-bête poli. J’avais entendu dire qu’ils avaient autrefois passé du temps avec les humains, alors peut-être que leurs manières avaient été transmises de cette époque révolue.

J’avais regardé la table sur laquelle ils se tenaient tout à l’heure, voyant un objet de la taille d’un poing qui reposait là, enveloppé dans un morceau de tissu. Ils devaient avoir inspecté l’échantillon de pierre magique qu’ils avaient prélevé sur les ruines anciennes. La raison pour laquelle nous avions pu assister à une telle réunion qui pourrait affecter l’avenir de tout un royaume… n’est pas parce que nous avions été les premiers à découvrir les ruines.

« Merci d’être venus ici avant de rentrer chez vous. Il n’y en a pas beaucoup qui parlent la langue des demi-bêtes… et en plus, le dialecte neko. Je vais devoir compter sur vous jusqu’à ce qu’il apprenne le langage universel, » déclara Hakam.

« Oh, ce n’est pas du tout un problème. Nous voulions aussi venir voir Mewi, » répondis-je.

Nous avions fini par être invités ici parce que nous nous occupions de Mewi jusqu’à il y a quelques jours. En d’autres termes, nous n’étions pas recherchés pour notre capacité à explorer des donjons, mais simplement pour agir en tant que traducteurs. Bien sûr, ils nous prenaient probablement à la légère parce que nous avions l’air d’avoir quinze ans, mais je doutais qu’ils aient laissé échapper une information importante.

« J’ai demandé sa protection, mais je ne m’attendais pas à un atelier aussi sympa… Attendez, hein ? Mewi a l’air un peu fatigué…, » déclarai-je.

Je l’avais regardé de plus près et j’avais remarqué que sa fourrure semblait un peu terne par rapport à ce qu’elle était avant. Il avait les yeux ronds comme ceux d’un chaton, mais maintenant… ils étaient comme ceux d’un vieux chat avec la sagesse d’une vie. En jetant un coup d’œil à la table, j’avais remarqué qu’il y avait divers livres sur le langage universel, et il était clair qu’il avait vécu tant de choses depuis qu’il s’était remis de ses blessures.

« Mewi a l’air un peu fatigué. Ça ne marchera pas. Viens à moi, » déclara Marie.

Marie ne pouvait pas parler sa langue, mais en tant qu’amoureuse passionnée des chats, elle l’avait soulevé en tenant ses deux aisselles sans se soucier de la barrière de la langue. Mewi était resté en l’air et avait laissé échapper un « miaou ». Il avait l’air d’un chat ordinaire.

« J’espère que ça ne vous dérange pas si je m’assois à côté de vous, commandant Hakam. Alors, comment se passent les études sur le langage universel ? » demanda Marie.

Hakam et Mewi secouèrent la tête en réponse à la question de la fille. Ils avaient tous les deux regardé par la fenêtre et avaient poussé un soupir en même temps. On aurait dit qu’ils s’entendaient bien.

Les épaules de l’homme s’étaient baissées, puis il m’avait fait signe de m’asseoir.

« Quoi qu’il en soit, j’aimerais procéder à l’évaluation de la Pierre magique. Cela me fait me remémorer que vous avez tous dit avoir vu la pierre magique en personne. J’aimerais savoir si cela ressemblait à ça, » déclara Hakam.

Hakam avait saisi l’objet sur la table et enleva le tissu qui le recouvrait, révélant une pierre turquoise rappelant la mer. Elle ressemblait beaucoup à une pierre précieuse non polie et était assez petite pour être entièrement dissimulée si je le tenais dans ma main.

Marie, Mewi et moi avions rapproché nos visages et fixé la pierre. Je n’étais pas un utilisateur de magie, mais je sentais que c’était quelque chose de plus qu’une pierre ordinaire. C’était comme s’il y avait une sorte d’énergie qui s’infiltrait, comme une impulsion qui s’accélérait.

« Hmm…, » en voyant ça, j’avais réfléchi. « C’est similaire, mais je pense qu’elle brillait quand Mewi l’a touchée. »

« Mewi, ça te dérangerait d’y toucher à nouveau ? » Marie demanda gentiment.

Mewi toucha la pierre, malgré son incapacité à comprendre un mot de ce qu’elle disait. Peut-être qu’il savait instinctivement ce qu’elle voulait, comme les chats normaux.

Sa main poilue avait saisi la pierre, et il commença à la frotter. Puis, alors que je réfléchissais, j’avais pu voir que la pierre semblait s’illuminer, ou du moins, c’était possible.

« Oh, je vais fermer la fenêtre. »

Après nous être levés et avoir recouvert les fenêtres de planches de bois, nous avions enfin pu voir les changements dans leur intégralité. Une phosphorescence d’un blanc bleuté remplissait la pièce, éclairant faiblement les visages autour de la table.

« C’est ça… le vrai truc ? Marie, de quoi ça a l’air du point de vue d’une sorcière ? » demandai-je.

« Je peux sentir la magie en elle. Mais elle est faible… Ah ! Est-ce que la pierre… change ? » répondit Marie.

Juste à ce moment-là, la pierre avait émis un léger reflet devant nous. La magie semblait se stabiliser, et la lumière qui vacillait auparavant se transforma en une lueur constante. Marie la toucha du doigt, puis tendit les oreilles pour écouter la voix de la pierre.

« Elle a été affinée… C’est donc de la magie qui change son essence en autre chose. C’est ce qu’on appelle un catalyseur magique, un objet qui permet même à un amateur d’utiliser la magie, » annonça Marie.

Hmm, donc les catalyseurs magiques ressemblaient à des piles.

« Est-ce comme la pierre de la dernière fois, Mewi ? Peut-être que je l’imagine, mais il semble beaucoup plus faible, » déclarai-je.

« Oui, je pense qu’elle est très faible, mais cela me semble très familier. L’odeur aussi, » il avait reniflé la pierre en répondant à ma question.

Il était donc très probable qu’il s’agissait d’une pierre magique. Mais nous n’avions pas besoin de le confirmer. Tant qu’on en connaissait la valeur, cela répondait à la question de savoir s’il valait la peine de conquérir le donjon ou non.

Je l’avais donc annoncé à Hakam, et il avait hoché la tête.

« Je vois. Alors je laisserai le reste à Aja, » déclara Hakam. « Je vais vous demander pardon, mais j’aimerais que vous l’aidiez dans ses études, si ça ne vous dérange pas. Dans ce cas, vous serez libre de visiter cet endroit quand bon vous semble. »

J’avais donc été surpris d’obtenir la permission de sa propre initiative. Il était clair qu’il attendait beaucoup de Mewi en regardant l’atelier qui lui avait été offert.

La raison pour laquelle il nous avait encore permis d’entrer était probablement parce qu’il avait vu la fille caresser doucement le Neko qui ronronnait. Il était peut-être plus gentil qu’il n’y paraissait.

Il se leva de son siège, prit la pierre et quitta l’atelier.

Après que l’homme d’autorité soit parti, j’avais finalement eu l’impression que nous pouvions enfin nous détendre. Tous les trois, nous avions poussé un soupir collectif, et nous avions finalement eu l’occasion de jeter un coup d’œil attentif à l’endroit.

La lumière du soleil qui se répandait entre les branches des arbres à l’extérieur illuminait l’intérieur de la pièce. Quelqu’un avait dû une fois utiliser les différents outils alchimiques qui s’y trouvaient, mais les murs et le plafond étaient bien entretenus.

« Ils t’ont donné un atelier confortable et bien éclairé, n’est-ce pas ? » dit Marie. « C’est l’endroit parfait pour déjeuner, et cela semble être un endroit confortable pour vivre. »

« J’ai été très surpris d’avoir une si belle maison. Je ne peux pas remercier assez Monsieur Kazuhiho… *purrr*…, » commença-t-il.

Il m’avait regardé dans les yeux et avait essayé de me remercier, mais il avait gémi dès que l’elfe avait commencé à lui frotter la nuque. Ses yeux innocents étaient maintenant fermés, son petit nez rose se tortillait périodiquement.

« Non, je suis content que tout se soit bien passé. Tu as même des gardes dans la zone, donc tu devrais être à l’abri de tout danger. Oh, en parlant de déjeuner, as-tu déjà mangé ? » demandai-je.

Mewi avait jeté un coup d’œil au panier à côté de la fenêtre en réponse à ma question. Du pain noir était visible sur le dessus du tissu, et quand je l’avais soulevé, il y avait une soupe rouge pleine d’épices en plus.

« Je n’aime pas trop les aliments épicés… alors je ne mange que du pain, » répondit Mewi.

Les tribus des demi-bêtes ne cuisinaient presque jamais, donc leurs langues étaient peut-être sensibles. On avait apporté du bento, alors j’avais décidé de le partager avec lui.

J’avais ouvert le couvercle de la boîte à lunch, révélant l’inarizushi avec une palette de couleurs tamisée. C’était probablement bizarre pour une demi-bête, mais le nez de Mewi s’était tortillé en réaction à l’arôme légèrement sucré.

 

 

Cela m’avait fait me demander si les chats pouvaient manger du riz ? J’avais entendu dire qu’ils ne devaient pas manger trop de céréales, mais il avait dit qu’il avait mangé du pain… Le plus gros problème ici, c’était de savoir si la saveur lui conviendrait.

Marie avait pris l’un des inarizushi et le porta à la bouche de Mewi. « Voilà, ouvre en grand ! »

« Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je sais me servir d’une fourchette. Je vais peut-être m’y frotter un peu, mais… mmgg… mmf… mmf, oof ! »

Les yeux de Mewi s’ouvrirent et il poussa un cri étrange. Des jus aigres-doux s’échappaient à chaque bouchée, et le parfum du sésame s’infiltra dans son nez lorsqu’il avalait. La saveur incroyable et douce semblait heureusement s’harmoniser avec le palais du Neko, et alors que Mewi me regardait avec émerveillement… C’était dur d’expliquer la tête qu’il faisait. C’était comme s’il demandait. « Êtes-vous sûr que je peux avoir ça ? »

Nous voulions qu’il apprécie la nourriture avec nous, et bien sûr, pour être honnête, mon estomac était encore un peu trop rempli de la cuisine française de la nuit précédente. J’avais hoché la tête en réponse, et les yeux de Mewi scintillèrent alors tout comme l’avait fait la pierre magique. Il avait saisi alors le doigt de Marie avec ses deux pattes et se mit à manger avec enthousiasme.

Le Neko semblait ne jamais en avoir assez, et l’elfe s’amusait en le voyant lécher les restes de nourriture sur ses doigts. Marie se tourna vers moi, et ses yeux scintillants semblaient crier, « Siiii mignonnn ! » J’avais souri et hoché la tête. Ils m’avaient tous les deux semblé mignons.

Quelques minutes plus tard, après que Mewi eut fini de manger environ la moitié du repas, il s’était assis sur les genoux de Mademoiselle l’Elfe, l’estomac plein et affichant une expression rêveuse. Et bien sûr, Marie avait la même expression sur la sienne.

Immédiatement après, elle s’était rendu compte de quelque chose

« Oh non ! Je ne peux pas du tout bouger ! » déclara Marie.

« D’accord. Alors, dois-je te nourrir ? » lui demandai-je.

Ses yeux oscillaient entre le Neko et l’inarizushi. Puis elle m’avait dit. « Si ça ne te dérange pas… » avec un visage tout à fait sérieux.

Attends… vraiment ? J’étais heureux, bien sûr, mais j’espérais qu’elle ne protesterait pas plus tard.

C’est ainsi que notre déjeuner tardif avait commencé, avec le ronronnement à l’arrière-plan.

***

Partie 2

Un peu après, nous nous détendions autour d’un thé, alors que Marie et moi avions commencé à discuter de la langue universelle. En fait, c’était probablement plus une dispute qu’un débat.

Mewi s’était soudain réveillé de sa sieste et nous avait regardés avec confusion.

« Comme je l’ai dit, je pense qu’il devrait terminer ses phrases par un “miaou”. Cela lui semblerait beaucoup plus naturel. Ne crois-tu pas que ce serait adorable ? » demanda Marie.

« Oui, mais c’est à lui de décider s’il doit parler comme ça ou non. Mewi, voudrais-tu terminer tes phrases par “miaou” quand tu parles ? » demandai-je.

Il y avait réfléchi un instant, puis secoua la tête comme pour dire. « Je ne pense pas que je le ferais. »

Les lèvres de Marie se transformèrent alors qu’elle fit un froncement de sourcils, puis elle fixa le Neko d’un regard étrangement digne.

« Je suis désolée, mais il n’y a pas de place pour le compromis. Tu dois maintenir ta fierté en tant que Neko et terminer tes phrases par “miaou”. C’est du moins ce que je pense, » déclara Marie.

« Hein… ? Je ne pense pas que ce soit la fierté d’un Neko…, » déclarai-je.

Mewi secoua la tête comme pour dire « Non, ça ne l’est pas. » Ça, c’était évident.

Attends ! C’était peut-être à cause de ces livres d’images que je lui lisais tous les soirs. Ou c’était peut-être sa préférence personnelle, mais je n’étais pas sûr.

Quoi que ce soit, les hommes étaient des créatures dont la vie devait être influencée par les femmes. Tout ce qu’on avait pu faire finalement, c’était de hocher la tête maladroitement.

Je ne l’arrêterai pas dès qu’elle a décidé de ça…, pensai-je.

Je ne pouvais pas non plus dire qu’elle se trompait complètement. Elle avait considéré que le fait de rendre son discours plus flamboyant changerait l’impression qu’il donnerait aux autres.

Alors que je rangeais la boîte à bento après avoir fini notre repas, j’avais réfléchi à la façon dont je pourrais expliquer que le reste de la vie de Mewi avait été déterminé dans cette conversation.

Soudain, j’avais entendu un bruit quand la boîte à bento avait heurté quelque chose de rigide. C’était un objet de la Magi-Drake, qui avait été laissé dans mon sac et oublié depuis quelques jours maintenant.

« Pendant qu’on y est, peux-tu regarder ça ? Quelqu’un nous a donné ça. C’est une écaille de dragon et du sang de dragon, » déclarai-je.

« Je n’en sais pas grand-chose, mais bien sûr, cela ne me dérange pas de regarder, » répondit-il.

C’était quelque chose de différent des pierres magiques, mais peut-être qu’il pourrait faire son raffinement.

Marie avait commencé à expliquer pendant que Mewi touchait et frottait les objets.

« Comme je l’ai expliqué plus tôt, les catalyseurs magiques permettent même aux amateurs d’utiliser la magie. Un sorcier habile serait capable d’aller encore plus loin. Mais plus important, Mewi, tu devrais terminer tes phrases par “miaou”, » déclara Marie.

Peut-être qu’il apprendrait ces tics verbaux dans le langage des demi-bêtes… Oh non non…, pensai-je.

J’avais réfléchi sur ces pensées insouciantes pendant que je parlais à Marie.

« Hein ? Je pensais que le raffinement était la dernière étape, » déclarai-je.

« En d’autres termes, il est également possible de créer des équipements améliorés par la magie. Cela dépend fortement de la qualité des articles d’origine et de la compétence de l’artisan, de sorte qu’il n’y en a pas beaucoup qui circulent sur les marchés, » répondit Marie.

C’est vrai. Il fallait du matériel magique. J’avais vu des choses comme ça dans les jeux, mais je ne m’attendais pas à ce que cela existe aussi dans ce monde. Ce serait une bonne chose de le voir au moins une fois, mais j’avais pensé que ce serait trop pour Mewi.

J’avais traduit pour lui, et comme je le pensais, il avait secoué la tête de côté. « Je n’ai pas beaucoup appris… miaou ! D’ailleurs, je ne comprends pas non plus beaucoup sur le raffinement, miaou. »

Wôw, il est si diligent… Il termine ses phrases avec « miaou », pensai-je.

Ses yeux étaient un peu larmoyants, mais Marie avait affiché un sourire chaleureux et elle lui frotta la tête comme récompense. Elle semblait vraiment trouver cela mignon quand Mewi parlait comme ça.

Ses yeux s’étaient plissés avec satisfaction, puis s’étaient tournés vers moi. « Monsieur Kazuhiho, c’est incroyable. Il déborde de pouvoir, et je n’arrive pas à l’affiner. »

Hm, le Magi-Drake m’avait dit qu’elle me donnait une nouvelle écaille au lieu de l’une des écailles sur le sol qui était vidé de magie. Et Marie avait déjà expliqué que les Magi-Drakes pouvaient générer de la magie simplement en respirant. Cela signifiait peut-être qu’il continuerait à générer de la magie pendant un certain temps. Ça explique peut-être pourquoi Mewi n’était pas capable de faire quelque chose avec ça.

J’avais regardé de plus près, et Mewi avait plissé ses sourcils.

« Attendez, il y a autre chose… Connecté ? Contrat ? Il y a des mots étranges qui sont présents… On dirait qu’il y a toujours un lien, » déclara Mewi.

Je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait dire. J’avais traduit ses paroles à Marie, et elle semblait partager ma confusion.

« Hein ? Qu’entends-tu par “connecté” ? » demanda Marie.

« Il y a encore de la magie qui s’y déverse… Est-ce vraiment juste un objet ? J’ai l’impression que la source est trop proche…, » déclara Mewi.

Avec cela, il avait indiqué la pierre qui avait été imbibée de sang de dragon. Sa faible lueur ressemblait à un pouls, ou à un feu qui était sur le point de s’éteindre.

« Peut-être que je l’imagine, mais est-ce que ça a l’air plus faible ? » Marie avait réfléchi à voix haute. « Si c’est vraiment lié à elle, peut-être que quelque chose s’est passé ? »

« Non, il n’y a personne qui aurait une chance contre une Magi-Drake. Elle est probablement en train de dormir ou quelque chose comme ça, » répondis-je.

Puis, comme si elle réagissait à notre conversation, la lueur avait changé de rythme pour ressembler à un battement de cœur. Marie et moi nous nous étions regardés. Si elle pouvait nous entendre… Eh bien, c’était probablement plus rapide de lui demander.

« Madame la Magi-Drake, se passe-t-il quelque chose ? » demandai-je.

La lueur scintillait rapidement et brillamment, et nos yeux s’écarquillèrent. C’est ce que Mewi avait dû vouloir dire quand il avait dit qu’ils étaient liés. C’était comme si elle nous entendait de l’autre côté d’un téléphone. Cela voulait aussi dire qu’elle savait probablement tout ce qu’on avait traversé jusqu’à maintenant…

« En tout cas, je me demande dans quel genre de danger elle est si elle nous demande de l’aide, » avais-je demandé.

« Je me le demande aussi. Il se pourrait que le danger ne soit pas pour les Magi-Drakes, mais pour ses œufs. J’avais l’intention de retourner à la Guilde des sorciers aujourd’hui, mais vérifions d’abord sa situation, » déclara Marie.

J’avais acquiescé d’un signe de tête, bien que je ne pouvais toujours pas imaginer comment quelqu’un pouvait menacer une Magi-Drake dont le niveau était supérieur à 1 000.

Dès que Mewi nous avait vus partir, j’avais décidé d’activer ma technique de voyage longue distance. Nous nous étions donc dirigés vers les ruines Nazul-Nazul, le refuge de la Magi-Drake.

 

***

 

Dans le hall, des lanceurs de sorts allant des sorciers de haut rang jusqu’aux magiciens, s’étaient déjà rassemblés. Il était d’usage pour ceux qui avaient atteint un rang élevé de porter une robe de couleur bleu marin, mais ils pouvaient porter la couleur qu’ils voulaient une fois qu’ils étaient devenus un sorcier.

Dans Alexei, l’oiseau d’argent était un symbole de sagesse, et il était courant de le voir brodé sur les robes. Mais l’homme qui se tenait au centre, Sven, l’épéiste aux Lames Jumelles ne portait pas une telle broderie. Sa musculature était loin d’être celle d’un sorcier ordinaire, et il avait choisi de porter du cuir noir de haute qualité qui était adapté au combat. Il dégageait une aura dangereuse qui faisait que les autres candidats se tenaient à quelques pas de lui.

Bang, bang, bang ! On pouvait entendre le son d’un marteau, suivi du silence. L’assistant du chef de guilde, un homme aux cheveux grisonnants, semblait être le responsable de ça.

« Permettez-moi d’expliquer pourquoi je vous ai tous réunis ici aujourd’hui. Tout à l’heure, nous avons reçu des nouvelles d’Arilai. Les ruines du Pic d’Ujah ont été rouvertes, » déclara-t-il.

La salle s’était remplie d’un grand nombre de voix. Tout le monde avait été surpris d’apprendre que les rumeurs étaient vraies. Tout cela avait également confirmé les propos d’une demi-elfe, demi-fée découvrant un ancien donjon et obtenant une licence pour l’explorer.

Bang ! Le marteau avait retenti à nouveau.

« De l’ordre. On en reparlera au retour de Mariabelle, mais son rang n’est pas suffisant pour entrer dans un donjon de rang AA. Par conséquent, un candidat suppléant sera choisi à la place, » déclara-t-il.

Il faudrait au moins une semaine pour se rendre à Arilai, et cela même avec un cheval et une calèche. Considérant le temps qu’il restait jusqu’à ce qu’Arilai commence son exploration du donjon, il n’y avait pas le temps d’attendre le retour de Mariabelle.

Il y avait un total de huit candidats suppléants réunis dans la salle, chacun spécialisé dans les différentes branches de la magie. Sven était plus grand d’une tête que les autres, alors qu’il affichait un ricanement condescendant tout le temps.

« Je vais y aller. Il n’y en a pas beaucoup qui peuvent supporter un donjon de rang AA ou supérieur comme moi, » déclara Sven.

« Ça ne veut pas dire que vous êtes le seul à pouvoir le faire. »

Sven se tourna vers celui qui avait fait ce commentaire. Il y avait là une femme aux cheveux d’azur, qui semblait avoir le même rang que lui si l’on en juge par la couleur de ses vêtements.

« Vous laisser partir pourrait très bien être la cause d’un conflit avec Arilai. Il vous faudra au moins dix ans pour apprendre à vous entendre paisiblement et agréablement avec les autres, » continua-t-elle.

« Dix ans ? C’est loin d’être suffisant. »

Ses chaussures claquèrent et ses doigts se crispèrent alors qu’il s’approchait du sorcier, un sourire affreux se répandant sur son visage. L’intensité de son regard avait fait reculer tout le monde en cercle autour de lui.

Cela avait affecté tout le monde sauf la femme susmentionnée.

« Racontez-moi tout. Qui d’autre pourrait le faire ? Qui pourrait le faire mieux que moi ? » demanda Sven.

L’expression de la femme était restée calme, même face à sa pression oppressante. Ses yeux étaient comme des lacs clairs et placides, et semblaient comme si elle ne voyait rien avec ses yeux. Peut-être que le cristal sur son front avait servi à lui accorder cette capacité à la place. Il y avait aussi un air un peu mystique chez elle avec sa tenue qui ressemblait à un kimono et ses cheveux longs et attachés.

« Beaucoup de candidats ont déjà abandonné. Quelqu’un les a rendus incapables de parler pour une raison inconnue, mais… ne vous en faites pas. Je crois qu’un substitut semblable à vous n’est ni nécessaire ni désiré, » répliqua la femme.

Un murmure éclata une fois de plus. Mariabelle ne serait pas approuvée en raison de son grade, mais il pourrait y avoir une exception si une escorte qualifiée l’accompagnait, comme elle l’avait suggéré précédemment.

L’homme avait ri. « Quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à ce que vous veniez à la rescousse de votre disciple bien-aimée. Mais un poussin qui quitte le côté de sa mère mourra vite. Ou est-ce peut-être ce que vous voulez ? »

« Vous avez tout à fait tort. L’heure de son épanouissement est proche, » déclara la femme.

Ils se regardaient fixement. Un côté souriait d’une manière accablante, tandis que l’autre l’acceptait avec un sourire comme un lac serein.

Bang ! Le marteau avait frappé une fois de plus.

« Comme je viens de le dire, cette discussion se poursuivra au retour de Mariabelle. La réunion d’aujourd’hui était simplement pour vous informer de toutes les nouvelles. La séance est levée, » déclara l’homme.

Le maître de Mariabelle avait semblé décontenancé, puis avait jeté un regard froid sur le responsable. La foule murmura entre eux en se dispersant. La réunion avait également pour but de choisir un candidat suppléant, mais elle s’était terminée assez abruptement. Fondamentalement, elle avait servi à informer indirectement tout le monde que Sven était le candidat numéro un.

« Dommage. »

Sven posa la main sur l’épaule de la femme comme le ferait un ami cher, appréciant clairement son expression énervée, puis s’en alla. La seule chose dont il avait besoin maintenant n’était pas le retour de Mariabelle, mais l’autorisation d’explorer l’ancien donjon.

Sven, l’Épéiste aux Lames Jumelles marcha sur la route de bonne humeur. Les rumeurs parmi les sorciers étaient vraies : l’ancien donjon, qui représentait la sagesse elle-même, était proche d’être conquis. Maintenant, la question sur laquelle tout le monde se concentrait était. « Qui allait devenir le remplaçant ? » Cette demi-elfe, demi-fée, n’avait même pas été prise en compte.

« Patron, est-ce vrai ? J’ai entendu dire que vous aviez été choisi comme remplaçant. »

Une silhouette coiffée d’une cagoule noire sur la tête émergea de l’ombre. Une chaîne de fer était attachée au bâton qu’il tenait, indiquant clairement qu’il n’était pas un vrai sorcier.

« Bien sûr que oui. Qui d’autre que moi pourrait conquérir l’ancien donjon ? Je les ai fait me choisir comme candidat numéro un. Il ne me reste plus qu’à attendre le retour de cette petite elfe. Quand elle le fera, soyez prêt à nettoyer ce donjon, » déclara Sven.

L’homme en noir ricana, alors que ses chaînes résonnaient en suivant Sven.

Un donjon qui n’avait pas été touché depuis les temps anciens serait rempli par une montagne de trésors. Il était fort probable que des richesses inestimables et une magie inconnue puissent s’y trouver. C’est pourquoi il fallait s’attendre à des conflits entre les différentes factions, mais cela semblait encore calme jusqu’à présent. Mais ce silence ne durera que jusqu’à ce que Mariabelle obtienne la licence.

Soudain, Sven avait commencé à renifler l’air. Le geste faisait penser à un chien de chasse, mais le spectacle était beaucoup plus terrifiant que comique.

« Ah, elle est proche. La fille elfe arrive bientôt, » déclara Sven.

« Vos compétences dans l’utilisation de la capacité Oracle sont plus impressionnantes que jamais, Maître Sven. Allez-vous la saluer ? » demanda l’autre.

« Oui, allons-y. Comme l’a dit cette femme, je dois d’abord maintenir la paix et lui dire bonjour, » déclara Sven.

Après ça, Sven se mit à marcher vers l’extérieur, qui était taché de rouge.

***

Épisode 5 : C’est l’heure du repos, Mademoiselle Magi Drake

Partie 1

Voooooom…

Nous étions en train d’avancer dans une dimension totalement noire à des vitesses extrêmes. La vue était semblable à celle d’un voyage en métro, sauf qu’il n’y avait rien nous entourant. Malgré cela, on ne sentait pas beaucoup de vent.

Il s’agissait de ma capacité connue sous le nom de Trayn, le Guide des Voyageurs, qui nous avait permis de voyager sur de longues distances. Les destinations possibles se limitaient aux endroits que j’avais visités possédant des monuments dédiés au dieu du voyage. Bien que cela soit extrêmement pratique, il était limité par le fait qu’il y avait une restriction de poids, qu’il utilisait un précieux créneau de compétences et qu’il ne pouvait être utilisé qu’une fois par jour. Il était utilisé par une petite poignée de marchands ambulants, mais il n’était pas adapté au transport de marchandises à grande échelle.

Ma passagère, Marie, avait eu peur au début, mais elle s’y était habituée, car elle était assise à côté de moi. Mais je ne pouvais m’empêcher de me demander pourquoi elle avait une expression si amère…

« Haah... Je me retrouve de nouveau avec cette robe. J’aurais aimé pouvoir passer un autre jour à porter les autres vêtements, » murmura Marie.

Elle avait l’air plutôt déprimée à l’idée de reprendre ses vêtements habituels. Elle adorait vraiment porter de jolis vêtements… je m’étais fait une note mentale à propos de ça.

« C’est dommage, mais il fait beau là où nous allons. D’ailleurs, c’est toi qui étais gênée de ne pas porter des vêtements appropriés à une sorcière, Marie, » répliquai-je.

Nous ne voulions pas que ces jolis vêtements dans un style arabe se froissent, alors nous les avions laissés dans l’atelier de Mewi. Nous avions prévu de revenir bientôt pour pouvoir prendre notre temps.

« Mais tu étais vraiment mignonne avec. J’ai toujours pensé que tu avais une structure faciale élégante, donc les vêtements ont tendance à t’aller très bien, » déclarai-je.

« Oh, le penses-tu vraiment ? Hm… Tu dis toujours ces choses-là, mais cela me déconcerte parce qu’il fait trop sombre pour voir ton visage endormi, » répliqua Marie.

Elle avait semblé troublée alors que son visage semblait chaud. Est-ce que mon visage me gênait à ce point ? Quand j’y pense, Marie portait toujours sa robe, alors son séjour au Japon et dans d’autres régions lui avait peut-être appris la joie de porter des vêtements différents. Je n’avais pas beaucoup d’argent de côté, mais ça ne me dérangeait pas de casser la tire-lire pour acheter des vêtements à quelqu’un qui était si adorable.

Alors que j’y avais pensé, elle s’était tournée vers moi avec des yeux accusateurs.

« Je sais que tu as guidé secrètement mes actions, comme cette fois avec les vêtements. Tu m’attires avec tes manières sournoises, et avant que je m’en rende compte, je suis impliquée dans une nouvelle forme de divertissement, » déclara Marie.

« Tu me fais passer pour une sorte d’escroc… Ce n’est peut-être pas très loin de la vérité… Je ne sais pas pourquoi, je veux juste te parler de toutes sortes de choses amusantes, » répondis-je.

Elle m’avait tapoté légèrement le front comme pour me dire. « Et voilà, c’est reparti. »

Il y avait une légère odeur d’encens étranger provenant de ses cheveux soyeux. J’avais l’impression qu’on revenait d’un voyage à l’étranger.

« Maintenant qu’on peut passer du temps ensemble, je veux faire des tas de choses amusantes avec toi. Je n’ai jamais vécu comme ça avant, alors j’ai vraiment hâte de le faire, » déclarai-je.

« Oh, ça a l’air merveilleux. Peut-être que tu es vraiment meilleur quand ton visage est caché, » répliqua Marie.

Attends, quoi ? Mon visage n’est-il pas nécessaire ? pensai-je.

Je n’aimais pas quand elle me disait ça, mais je sentais que mon cœur semblait vouloir bondir hors de ma poitrine quand elle s’appuyait sur moi, et j’avais admis que mon visage était après tout peut-être inutile.

Son corps doux se pressait contre moi, et il était difficile de contrôler mes battements de cœur quand je pouvais sentir sa chaleur à travers sa robe. Mais elle était tout à fait calme, et je pouvais la sentir respirer beaucoup plus près que d’habitude. Même en entendant ce son apaisant, je me sentais heureux.

« Tu as raison. On dirait qu’il y a plus de choses que tu peux ressentir quand tu ne peux pas voir, » répondis-je.

« Hm ? De quoi parles-tu… ? Quoi qu’il en soit, tu devais savoir que j’ai aussi hâte à tout cela. Je parle du Japon, mais aussi dans ce monde. » Elle m’avait encore tapoté le front, mais c’était beaucoup plus doux cette fois. « Arilai était vraiment spécial, mais c’était très amusant. Nous avons pu déployer un peu nos ailes là-bas. Et nous avons le voyage au Japon ce week-end, n’est-ce pas ? Je ne peux pas attendre ! »

Le week-end approchait dans quelques jours seulement et c’était là où nous allions faire notre premier voyage. Chichibu n’était pas trop loin de l’endroit où je vivais, et la vue devrait être belle. En plus, selon la météo, il devrait faire beau. Je le lui avais donc annoncé. Elle m’avait redit à quel point elle était excitée par ça.

Pendant ce temps, nous nous étions appuyés l’un contre l’autre, échangeant nos températures corporelles. Il n’y avait pas eu beaucoup de conversation après cela, mais j’avais l’impression que mon cœur était en paix. Nous étions restés ainsi pendant un certain temps jusqu’à ce que nous ressentions de légères vibrations. Notre environnement était devenu plus lumineux, signalant que nous approchions de notre destination.

Nous n’avions voyagé qu’une vingtaine de minutes, mais j’avais senti quelque chose de chaud dans ma poitrine. L’environnement était devenu encore plus lumineux, et nous étions arrivés au monument dédié aux voyageurs.

***

Partie 2

J’avais déjà entendu dire que les ruines de Nazul-Nazul étaient une ville souterraine qui avait été détruite il y a 1 000 ans. Selon des documents historiques, des sorciers de grande puissance et de puissants soldats beaucoup plus forts que ceux des temps modernes y vivaient. Mais toute leur splendeur était maintenant des choses du passé, et les seuls sons qui résonnaient dans les vastes ruines souterraines étaient nos pas, y compris ceux de l’homme-lézard, qui nous guidait.

Deux esprits de lumière flottaient autour de nous, nous permettant de voir sans problèmes. L’humidité sur le pavé de pierre rendait la semelle glissante, et j’avais instinctivement attrapé le bras de Marie qui avait failli trébucher.

« Oh, m-merci. Puis-je me tenir contre toi ? J’ai peur de glisser à nouveau, » déclara Marie.

« Cela ne me dérange pas. Je suis sûr que tu es très préoccupé par les ordres à donner à tes esprits. Et merci de nous avoir guidés, au fait, » déclarai-je.

J’étais passé à la langue reptilienne pour ma déclaration finale, qui était dirigée vers l’homme-lézard qui ouvrait la voie. Il avait dirigé ses yeux ronds vers moi, puis avait semblé cligner des yeux alors qu’une membrane translucide couvrait brièvement ses globes oculaires.

Sa bouche de crocodile s’était ouvert en grand pendant qu’il parlait. « Non, non, on m’a dit d’escorter poliment nos invités à leur arrivée. Si vous vous souvenez, vous êtes passé par derrière la dernière fois. Maintenant, j’ai la permission de vous montrer l’entrée principale en tant qu’invité. »

Je ne savais pas qu’il y avait des entrées devant ou derrière. Tout cela avait probablement été arrangé par la Magi-Drake, mais j’étais reconnaissant que nous puissions procéder ainsi sans même avoir besoin de regarder la carte.

J’avais traduit pour Marie, puis elle avait incliné la tête avec curiosité. « Oh, alors je me demande si elle n’est pas dans cette terrible situation. J’ai cru qu’il s’était passé quelque chose, à en juger par la faiblesse du sang du dragon qui brillait. »

« Je ne peux pas le dire avec certitude parce qu’on la voit à peine en personne, mais… il y a certainement quelque chose qui cloche, » annonça l’homme-lézard. « Nous avons même été effrayés par les grognements occasionnels que nous avons entendus. Les œufs devraient déjà avoir éclos, mais… »

Il avait commencé à regarder autour de lui avec prudence. Il y avait peut-être eu un changement dont je n’étais pas au courant. Bien que je ne pouvais pas imaginer dans quel genre d’ennuis la légendaire Magi-Drake pourrait avoir…

Nous avions continué à travers les habitations des hommes-lézards, puis nous nous étions dirigés de plus en plus profondément sous terre. Ils semblaient tous sociables alors qu’ils nous saluaient, mais ils nous auraient probablement accueillis avec leurs crocs dénudés si nous avions été des intrus. En fait, leurs crocs étaient déjà visibles naturellement.

Quoi qu’il en soit, nous avions franchi plusieurs portes cachées, puis nous nous étions retrouvés dans un silence total en descendant de longs escaliers. Tout ce que nous avions dit produisait de l’écho, ce qui nous avait fait ressentir une sensation un peu bizarre. Les statues qui nous entouraient semblaient être du genre à commencer à se déplacer et à nous attaquer parce que nous avions troublé la paix.

« On n’a pas de temps à perdre à faire du tourisme en ce moment, » déclarai-je.

« Je sais, mais c’est vraiment dommage. Je voulais les voir se réanimer de mes propres yeux…, » déclara Marie.

C’était un spectacle impressionnant, mais l’homme-lézard m’avait regardé avec une expression qui criait. « Qu’est-ce qu’il a cet humain ? » Bizarre, je ne pensais pas avoir dit quoi que ce soit qui puisse rendre un monstre aussi bizarre…

Finalement, nous étions arrivés devant une entrée géante. J’avais même dû lever les yeux pour l’admirer dans sa totalité. Son côté effrayant convenait à la pièce du dernier boss. C’était bouleversant de penser qu’un ornement aussi complexe avait été fait par un dragon.

J’avais été émerveillé pendant un certain temps, alors que c’était comme si j’avais été frappé par la foudre. C’était semblable à un style architectural occidental, mais le superbe sens de l’équilibre devait selon moi provenir de dessins d’anciennes choses depuis longtemps disparues. Je ne pouvais même pas y toucher sans prendre plusieurs grandes respirations pour me calmer d’abord. Tout ce que je voyais aurait largement suffi pour faire tomber dans les pommes tout amateur de donjon. Après m’être dit que je devais me calmer, j’avais essuyé la sueur de mes mains.

« Il y a un sentiment de féminité qui s’y est ajouté… Je ne pense pas que cela ait été confié à un artisan. Selon moi, cela ressemble presque à l’expression des histoires dans son esprit…, » déclarai-je.

Je m’étais assez finalement calmé pour être capable de tendre la main vers l’ornement. À ce moment-là, j’avais eu l’impression de comprendre ce que ressentaient les Otakus de trains. Si j’avais eu un appareil photo entre les mains, j’aurais sûrement pris toutes les photos que je pouvais. Pendant mes jours de congé, il est certain que j’aurais après ça ouvert mon album fait avec elles et j’y jetterais un coup d’œil avec fascination, en soupirant de joie. Et dire que j’allais la toucher de mes propres mains…

« Arrête d’être ridicule. C’est parti. Allons-y, » déclara Marie.

Marie m’avait tiré par la manche et ma main tendue avait glissé dans les airs. J’en aurais presque pleuré.

« Eh bien, je vais repartir maintenant. Je n’ai pas le droit d’y entrer sans permission. » L’homme-lézard cligna des yeux pendant qu’il parlait. Il semblait qu’il cherchait le bon moment pour partir.

Il semblait avoir un sentiment de déception dans ses yeux lorsqu’il me regardait et, pour une raison ou une autre, Marie acquiesça d’un signe de tête, même si elle était incapable de le comprendre. Mais elle, bien sûr, comprenait le geste universel de dire au revoir. Nous lui avions tous les deux fait signe en réponse et des remerciements pour nous avoir guidés là-bas.

L’homme-lézard qui agitait la main avait l’air plutôt mignon, comme si c’était quelqu’un en costume intégral…

Puis, quelque chose s’était passé après nos adieux. Comme si notre présence avait été remarquée, les grandes portes métalliques avaient commencé à s’ouvrir. Si nous avions été des explorateurs normaux, nous aurions probablement eu de gros problèmes. J’étais aussi sûr qu’une glorieuse musique de combat aurait commencé à jouer alors que nous regardions l’énorme dragon noir étendu dans l’espace dégagé entouré de rochers. Cette seule vue aurait signifié une mort certaine pour nous.

« Euh, excusez-nous…, » déclarai-je.

Mais nous étions invités dans ce cas, et la Magi-Drake agitait la queue pour nous accueillir tout en restant couchée. Elle remua ensuite le bout de sa queue, et les roches environnantes commencèrent à briller ici et là. C’était comme si elle avait appuyé sur un interrupteur, et j’avais été un peu surpris qu’elle ait eu un sens de l’hospitalité, malgré son apparence terrifiante.

« Ah ! Regarde, regarde ! Des petits dragons ! » cria Marie.

« Oh, tu as raison ! Ils sont si petits et mignons, » répondis-je.

Quand j’avais levé les yeux, il y avait environ trois petits drakes qui grimpaient sur le dos de leur mère. Leurs écailles étaient blanches, probablement parce qu’ils étaient nés récemment.

Ce qui était plus inquiétant, c’était à quel point la Magi-Drake semblait apathique. Elle était si majestueuse la dernière fois que nous étions venus ici, mais elle était simplement allongée là, complètement vidée d’énergie. Sa bouche était légèrement entrouverte.

Hum… est-ce qu’elle ressemblait toujours à ça ? Je pensais qu’elle avait plutôt l’impression d’être une « boss » qui causerait le désespoir dans le cœur par sa seule apparence. Marie et moi nous nous étions regardés, partageant ce sentiment sans paroles.

Juste à ce moment-là, ses mots dans le langage des dragons résonnèrent dans la pièce et elle commença à briller au niveau de sa poitrine. Une silhouette brillante et humanoïde avait alors atterri sur le sol, ses longs cheveux noirs vacillant alors qu’elle redressait sa posture.

« Ah, hey ! »

Marie m’avait couvert les yeux, m’empêchant de voir la femme dans sa tenue d’Ève. Elle était très voluptueuse malgré ses jambes longues et minces et son corps serré, et elle avait une attirance mature qui contrastait avec celle de Marie.

Ma vision étant bloquée, je n’entendais que des crépitements. C’était probablement le son de la création de sa robe faite d’un matériau rigide comme elle l’avait fait la dernière fois.

Une fois que Marie avait libéré ses mains de mes yeux, la Magi-Drake sous une forme de femme-draconienne se dirigeait lentement vers nous. Son armure noire présentait une conception complexe, mais elle lui permettait une large gamme de mouvement. Elle semblait trop solide pour être brisée par des mains humaines. La voir faire des ajustements mineurs à son armure aurait eu l’air plutôt cool. Ses longues et minces jambes étaient encore une fois non couvertes par l’armure et donc, elles étaient visibles.

La Magi-Drake, qui était plus grande que nous, avait alors ouvert la bouche. « Bienvenue, enfants de l’homme. Cela fait un certain temps, mais comme vous pouvez le constater, j’ai eu les mains incroyablement occupées. »

« Je vois qu’ils sont enfin nés. Félicitations ! » déclarai-je.

Elle hocha la tête avec une expression de fierté bien visible sur son visage. Ses yeux d’obsidienne se rétrécissaient et son visage souriant était vraiment beau et unique. S’il y avait quelque chose qui nuisait à sa beauté, c’était le fait qu’elle avait l’air un peu fatiguée et pâle, et que ses cheveux étaient très effilochés.

« Ha, ha, ha, si vous êtes ici, vous devez l’avoir apporté. Je sais que vous l’avez. Donnons-leur l’occasion de dîner avec vous, enfants de l’homme, » déclara la dragonne.

Elle avait redressé sa posture en rigolant, puis…

Clunk !

Le dragon lâcha ses baguettes sur la boîte à bento qui ne contenait que quelques grains de riz, alors qu’elle était au bord des larmes. On l’avait déjà mangé à l’atelier de Mewi, mais elle n’y croyait pas. Peut-être qu’elle ne voulait pas. J’avais du mal à supporter de voir des larmes couler dans ses yeux et elle s’était mise à renifler. Pour quelqu’un qui était habituellement si majestueux, ses émotions étaient beaucoup trop évidentes. C’était probablement parce qu’elle n’était pas habituée à un corps humain, mais la douleur reflétée sur son visage était très douloureuse à voir.

« U-Um, nous étions inquiets qu’il vous soit arrivé quelque chose, et nous sommes venus sans rien préparer…, » déclarai-je.

« … Mais… »

« Hein ? Qu’est-ce que c’était ? » demandai-je.

« Il est vide ! J’ai travaillé si dur pour élever des enfants, et vous me dites que je ne dois apprécier que l’odeur ? Waaaah ! » s’écria la dragonne

J’avais été surpris de la voir tomber à genoux. Il semblait qu’elle n’était pas seulement déçue par le manque de nourriture. Elle avait commencé à expliquer à quel point il était difficile d’élever ses petits.

« Les enfants sont si indisciplinés. Ils étaient adorables au début, mais ils sont comme de petits démons qui rampent sans fin. Et je n’ai cessé de les nourrir de ma magie depuis tout ce temps. Tout ce temps, sans dormir ni manger… depuis si longtemps…, » déclara la dragonne.

Les sourcils de Marie se déformèrent en raison de l’inquiétude tandis que l’elfe frottait le dos de la Magi-Drake avec sympathie. Il devait y avoir tellement de choses que le dragon retenait dans son cœur, et les larmes commencèrent à couler sur son visage.

« Ah, je vous envie. Vous avez votre mâle à vos côtés. Ha, ha, ha, celui-là est toujours en train de voler quelque part, faisant ce qu’il veut. Je souhaite aussi faire quelque chose d’agréable. Je veux aller jouer… Si seulement je pouvais au moins attaquer une ville humaine, » déclara-t-elle.

Attends, est-ce qu’elle vient de dire quelque chose d’effrayant… ? pensai-je.

Marie m’avait lancé un regard troublé. C’était peut-être ce qu’ils appelaient la « névrose maternelle ». Je ne savais pas que les dragons avaient aussi du mal à élever des enfants, mais cela devait avoir été dur pour elle si elle n’avait même pas eu le temps de dormir. Le grognement que l’homme-lézard avait mentionné et la faible lueur que nous avions vue sur l’objet imprégné de sang du dragon étaient probablement dus à cela.

 

 

« Euh. Ce serait dangereux d’attaquer les gens, alors ne le faites pas, » déclarai-je.

« Je le sais, je le sais. Je suis une dragonne prudente. Les survivants rancuniers n’apporteront que plus d’ennuis, alors je m’assurerai de choisir un petit village, » déclara la dragonne.

Elle avait légèrement souri, mais ce n’était pas rassurant du tout, Madame la Magi-Drake. Cela ne m’aurait pas dérangé quand je pensais que ce monde n’existait que dans mes rêves, mais c’était juste inquiétant maintenant que je savais que ce n’était pas le cas.

***

Partie 3

Hmm, mais ce n’était pas quelque chose qui pouvait être résolu avec un peu de bentos. Au Japon, les maris avaient tendance à consacrer leur temps de loisirs à leur femme, mais je me demandais comment c’était dans ce monde. En y repensant, je m’étais souvenu du voyage à Chichibu que nous avions planifié pour le week-end.

« Oh, ça vous dirait de vous joindre à nous pour un voyage au Japon ? Ah, ça ne vous intéresserait probablement pas, n’est-ce pas ? » J’avais ri, mais mon rire s’était vite dissipé.

Les larmes de la dragonne s’arrêtèrent immédiatement. Puis, les étincelles qui semblaient visibles dans ses yeux m’avaient dit. « C’est une idée merveilleuse. »

« Oui, oui, c’est exact. Ce corps n’est que l’un des nombreux noyaux de dragon. Je visiterai le monde de la réalité avec les enfants de l’homme tout en m’occupant de mes petits ici. Comme c’est excitant ! »

Uh-oh. J’avais peut-être suggéré quelque chose qui pourrait devenir un gros problème. Et il n’y avait aucune chance que je puisse vraiment revenir en arrière maintenant…

Nous avions déjà révélé mon secret sur la possibilité de voyager entre nos deux mondes, mais je ne pouvais pas imaginer ce qui arriverait si un dragon légendaire nous suivait au Japon. Même Mariabelle me regardait fixement, et j’avais senti quelque chose de froid remonter le long de ma colonne vertébrale.

***

Lorsque nous étions sortis du labyrinthe souterrain, la vue extérieure avait complètement changé. Au loin se trouvait le château royal enveloppé dans le crépuscule, avec un ciel azur de l’autre côté. L’air était plus frais qu’avant, et j’étais content d’avoir fait que Marie ne porte plus son habit dans le style arabe.

Mais quand je m’étais retourné, ses yeux violets étaient froids et elle n’était manifestement pas contente.

« … Je n’arrive pas à croire que tu aies promis une telle chose. Qu’est-ce que tu comptes faire ? » demanda Marie.

« Désolé, ça m’a échappé. Je ne pensais pas inviter une Magi-Drake au Japon…, » répondis-je.

Ses doigts pâles qui m’avaient tendu la main jusqu’à maintenant m’avaient pincé la joue. Et alors que je me tenais là, surpris, elle m’avait aussi pincé l’autre joue. Elle avait rapproché son visage renfrogné du mien, et bien qu’elle soit fâchée contre moi, cela m’avait fait bondir le cœur en la voyant si près.

« Je pense que tu es bien trop négligent quand tu es dans ce monde. On dirait que tu as besoin de moi pour te discipliner, » déclara Marie.

Après avoir dit ça, elle se rapprocha encore plus de mon corps comme pour m’empêcher de m’échapper. Elle semble s’y être habituée maintenant. En tant qu’homme, c’était assez troublant quand elle pressait ses petits seins contre moi comme elle le faisait quand on dormait ensemble dans le lit. Elle avait ensuite tiré mes joues de haut en bas, me donnant une sensation étrange qui se situait quelque part entre la douleur et un chatouillement. C’était troublant, parce que… ça me rendait si heureux que je ne savais pas quoi faire.

« Et qu’est-ce qui est si drôle ? Tu ne sais pas encore ce qui arrive quand tu me mets en colère. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais j’ai discipliné beaucoup de nouveaux venus dans la Guilde des Sorciers. Je fais tellement peur qu’on me surnomme la Fée des Glaces, » déclara Marie.

Fée des… des glaces ? C’est bizarre, je ne la vois que comme une fée de la nourriture, pensai-je.

… La situation serait devenue encore plus compliquée pour moi si je l’avais dit à haute voix, alors j’étais resté silencieux.

« Je suis désolé, Marie. À partir de maintenant, je ne manquerai pas d’en discuter avec toi d’abord, » lui avais-je promis.

« C’est une évidence. Nous allons passer tellement de temps ensemble, alors je ne permettrai pas de secrets ou d’actions égoïstes. Est-ce bien compris ? » demanda Marie.

Je ne pouvais rassembler qu’un « Oui, madame » avec les joues encore pincées, mais il me semblait que la Fée des Glaces m’avait pardonné. Elle avait fait entendre un mignon « Hmph ! » puis elle m’avait lentement libéré.

Mais mon cœur battait plus fort que jamais. C’était probablement parce qu’elle avait mentionné comment nous allions « passer tant de temps ensemble ».

Quant à Marie, elle avait incliné la tête et avait demandé ce qui n’allait pas. Il semblerait qu’elle n’avait aucune idée de l’importance du choc qu’avaient occasionné ses paroles. Il aurait été grossier de la pousser à le faire, alors j’avais décidé de me concentrer sur notre objectif initial. Je m’étais raclé la gorge, puis je m’étais tourné vers elle.

« Ne t’inquiète pas pour ça. Quoi qu’il en soit, nous devrions aller à la Guilde des Sorciers avant le coucher du soleil. Mais je ne sais pas combien de temps elle restera ouverte, » déclarai-je.

Elle cligna des yeux, surprise. Il semblerait qu’elle avait tout oublié de la situation après que j’eus invité la Magi-Drake au Japon. J’avais alors sorti une lettre enroulée de mon sac à bandoulière. C’était la licence du Royaume d’Arilai permettant l’entrée dans l’ancien donjon.

« Ah ! Nous devons nous présenter à la Guilde des sorciers ! Oh non, le soleil va bientôt se coucher ! » s’exclama Marie.

Ce n’était pas grand-chose si on se présentait le lendemain, mais Marie avait tapé dans ses petits pieds avec une expression emplie d’anxiété. Elle était droite de nature, donc elle voulait probablement le faire le plus tôt possible.

Mais à ce moment-là, quelqu’un nous avait complètement pris par surprise.

« Alors je vais délivrer cette licence pour vous. »

Les vêtements de l’homme avaient bougé quand il s’était levé, et mon esprit s’était figé. Il y avait en lui quelque chose qui me faisait penser à une épée dégainée, une aura qui ne pouvait être obtenue que par le combat. Il se tenait là avec un sourire artificiel et un corps en pleine forme, portant des lunettes de soleil, ce qui n’était pas courant dans ce monde, et avait deux épées suspendues à sa taille.

Depuis quand était-il assis ici ? Comment savait-il qu’on serait là ? Nous venions de sortir d’une ruine souterraine.

Mon cœur avait finalement recommencé à battre, et pour une raison inconnue, mon corps s’était naturellement préparé à la bataille. Comment était-il au courant pour le permis ? Cet homme n’était pas un voleur ordinaire.

« Qui êtes-vous ? Tu le connais, Marie ? » demandai-je.

« Je crois que c’est Sire Sven, un sorcier spécialisé dans l’anti-magie, » répondit Marie.

Ohh, OK. J’avais vraiment pensé que c’était un ennemi, à en juger par l’air contre nature qui l’entourait. Je ne savais pas qu’il y avait de tels sorciers dans ce monde.

« Bonsoir. Je suis Kazuhiho, l’escorte de Mariabelle, » déclarai-je

« Bonsoir, Sire Sven. Quelle coïncidence de vous voir ici ! » déclara Marie.

Nous avions souri et nous nous étions inclinés poliment, mais l’homme avait soupiré pour une raison quelconque, se frottant le front. Je l’avais peut-être imaginé, mais c’était presque comme s’il était affligé par l’atmosphère paisible que nous émettions. Puis, comme pour se ressaisir, il avait tendu sa grande main vers nous.

« Donnez-moi tout de suite le permis, » ordonna-t-il.

« Oh, oui, c’est juste là. S’il vous plaît, donnez-moi le permis de substitution en échange, » répliqua Marie.

C’était comme un échange dans un bureau du gouvernement. Je ne connaissais pas grand-chose de la Guilde des Sorciers, mais tout cela était bien réel et ce n’était pas du tout quelque chose issue de la fantasy. Ils semblaient assez importants dans leur hiérarchie sociétale aussi, alors j’étais content de l’avoir évité jusqu’à maintenant.

« C’est quoi ce regard ? Nous devons faire les choses correctement et donner l’exemple à ceux qui nous admirent. C’est une procédure élémentaire que même un enfant peut faire. On se moquera de vous derrière votre dos que si vous ne vous souvenez même pas de devoir fait quelque chose comme ça. Est-ce ce que vous voulez ? » demanda Marie.

Sven avait ouvert la bouche pour lui crier dessus, mais il referma sa bouche peu après, comme s’il avait changé d’avis après avoir vu son comportement intense. Voyant son expression, Marie s’était sentie mal à l’aise.

« Oh, je suis vraiment désolée. Si vous avez oublié, vous pouvez obtenir le formulaire au deuxième guichet. Si vous pouvez simplement remplir les sections nécessaires…, » commença Marie.

« Très bien. Oubliez ça, dépêchez-vous de le livrer vous-même ! » L’homme l’avait interrompue en criant sa réponse. Il semblait que ce type n’aimait pas beaucoup ce genre d’intervention. Il y avait aussi des gens qui détestaient vraiment la paperasse dans mon entreprise.

Pendant que j’y réfléchissais, une silhouette parée de noir était sortie de l’obscurité.

« Euh, Patron ? Qu’est-ce qu’on va faire ? » demanda l’homme.

« La ferme ! On retourne à la guilde ! » déclara Sven.

Marie et moi avions cligné des yeux l’un vers l’autre, nous demandant pourquoi en premier lieu ils étaient tous les deux venus nous accueillir.

Nous avions franchi les portes d’entrée de la ville et étions entrés dans la ville à la tombée de la nuit, qui était remplie de gens qui faisaient leurs courses pour le dîner. Il y avait des moutons qui traversaient la route pour rentrer dans leur étable, les vendeurs de rue qui déversaient du ragoût chaud dans les bols. Tout cela et les routes en ornières et les toits asymétriques m’avaient fait ressentir un peu de nostalgies. La vapeur montait d’un peu partout, et il y avait un sentiment de vitalité dans cette ville animée. Un tel spectacle n’existait pas dans le monde moderne, c’était donc intéressant à voir.

Je m’étais étiré, en admirant le paysage animé de la ville.

« Ahh, si agréable et cool. Ce temps est nettement plus facile à gérer ici, » déclarai-je.

« Je suis d’accord. Nous avons appris quelques méthodes pour nous rafraîchir à Arilai, mais je préfère de loin faire une promenade par ici, » répondit Marie.

Les nuits dans le désert étaient aussi assez froides, bien sûr, mais nous nous étions endormis tout de suite et nous ne les avions pas vraiment vécues. Bien que j’aie entendu dire que la différence de température était assez extrême, je n’avais pas particulièrement envie de le tester.

Sven, qui écoutait notre conversation, s’était approché de nous. « J’ai entendu dire que vous avez trouvé un donjon là-bas. Mais deux gosses comme vous vont finir par se faire tuer. Je vais le conquérir pour vous à la place, alors vous devriez m’être reconnaissant. »

« Oh, je vois. J’ai hâte d’y être, » répondis-je.

Marie était occupée à regarder une échoppe de rue qui faisait rôtir du mouton, alors j’avais souri et j’avais répondu pour elle. Après un certain temps, Sven avait baissé ses épaules. Il semblait aussi dangereux qu’une lame nue tout à l’heure, mais son humeur avait complètement changé. Même la personne en noir qui se tenait derrière lui semblait perdue.

« Je ne sais pas… Ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais. Hé, elfe ! Si vous avez faim, dépêchez-vous d’acheter quelque chose ! Quoi… ? Vous n’avez pas d’argent !? Vous auriez dû être récompensé pour avoir trouvé le donjon… Oh, vous ne l’avez pas encore eu ? Je vois… »

L’homme devint de plus en plus découragé à mesure que Marie répondait par une explication troublée.

C’était vrai, Marie avait épuisé tout son argent de poche parce que nous ne nous attendions pas à un long séjour. Heureusement, je n’avais pas de tels problèmes parce que je n’avais pas l’habitude de dépenser de l’argent.

Quoi qu’il en soit, Sven tortillait son corps depuis un certain temps, et cela me faisait un peu pitié pour lui. Je n’avais pas combattu beaucoup de gens dans le passé, donc je ne pouvais pas en être sûr, mais à en juger par la façon dont il se comportait, il devait avoir un niveau assez élevé. Il aurait pu être plus haut que moi, mais j’avais l’impression qu’on était à peu près au même rang. Cela expliquerait pourquoi il voulait être le représentant pour entrer dans l’ancien donjon en agissant si mal.

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, une brochette de mouton était apparue soudain devant moi. L’huile dégoulinait de la viande rôtie et la légère odeur des épices avait stimulé mon appétit. Derrière, il y avait le visage remarquablement renfrogné de Sven, qui disait. « Cette elfe ne voulait pas se taire, alors vous vous dépêchez et vous mangez aussi. » Son visage était peut-être effrayant, mais il avait l’air sympa.

« Je… Merci. Je suis désolé que vous ayez fini par payer pour nous, » déclarai-je.

« Peu importe, je me rembourserais bien assez tôt. Bref, je croyais que vous étiez son garde du corps. Où est votre épée ? » demanda Sven.

« Oh, elle a été détruite il y a peu de temps. Je vais devoir en trouver une autre bientôt, » déclarai-je.

J’avais ignoré l’air exaspéré qu’il avait sur le visage et j’avais mordu le mouton. Ma bouche était remplie d’huile et d’une forte odeur…

Wôw, ça a un goût étonnamment mauvais, pensai-je.

Il semblait que personne ne faisait vraiment d’efforts dans la cuisine de ce monde. Inquiet, j’avais regardé à côté de moi. Bien sûr, Mademoiselle l’Elfe affichait aussi un visage triste.

« Comme c’est injuste. Il avait l’air si savoureux… C’est comme ça que la nourriture dans ce monde nous trompe. Ça me donne envie de pleurer, » déclara Marie.

« Pauvre petite chose. Quand on retournera de l’autre côté, je te donnerai à manger autant que tu le veux… En parlant de ça, il est temps qu’on dorme, » déclarai-je.

Nous avions passé le mouton à la personne en noir, l’avion remercié pour le repas, puis nous nous étions enfuis. Il se tenait là avec une expression vide, mais la réception de la guilde était déjà fermée et nous allions y aller demain de toute façon, donc c’était pour le mieux.

Vous devez comprendre qu’en tant que membres de la société, nous avions le devoir de ne jamais être en retard. C’était particulièrement vrai lorsqu’il s’agissait d’aller au lit à l’heure. Mais il n’y avait aucune raison de lui expliquer cela.

Finalement, nous étions allés dans une auberge bon marché à proximité et nous nous étions couchés tout de suite.

L’homme se tenait dans la rue, regardant l’auberge bon marché avec une veine saillante sur le front. La personne en noir le suivait, grignotant une brochette de mouton pendant qu’il parlait d’un ton inquiet.

« Qu’est-ce qu’on fait ? On a enfin trouvé l’auberge, mais ils ne devraient pas pouvoir s’échapper, non ? » demanda l’homme en noir.

« Crois-tu que je vais faire une erreur comme ça ? J’ai mémorisé la sensation produite par la présence de ces gosses. Tant qu’ils sont dans ce pays, ils ne peuvent échapper à mon Oracle. Jamais de la vie cela n’arrivera, » déclara Sven.

Il fixa du regard le sorcier en noir, qui avait failli lâcher la brochette en raison de la peur. Puis, quelques minutes plus tard…

Enragé, Sven frappa le sol avec une chaise en bois. Des éclats de bois avaient été projetés partout. Avec la pleine lune derrière lui, l’homme avait fouillé chaque pièce avec des yeux injectés de sang. Il les suivait jusqu’à il y a un instant, mais ils avaient soudain disparu. Leur sac, leurs vêtements, leur bâton de sorcier, tout avait disparu avec eux comme s’ils faisaient une sorte de farce.

« Ils se sont échappés… Ces foutus morveux !! » cria Sven.

Son rugissement meurtrier avait résonné dans toute l’auberge, causant de grandes nuisances aux autres clients. Il allait sans dire qu’il leur causerait encore plus d’ennuis en cherchant les deux jusqu’au matin…

« Trouve-les ! Ils doivent encore être tout près ! » cria Sven.

« Heheh, je pense que vous oubliez ma magie spécialisée, Patron, » déclara l’homme en noir.

Il semblerait qu’ils avaient encore des moyens de les trouver. C’était difficile à dire à cause de l’habillement entièrement noir, mais le subordonné semblait sourire. Voyant cela, le sourire dangereux de Sven était revenu sur son visage.

Il y avait une chaîne reliée au bâton dans la main du sorcier, qui flottait dans les airs de son propre chef. Une lumière était apparue à ce moment-là, formant une image floue de deux yeux, d’un nez et d’une bouche. Quoi que ce soit, il était clair que ce n’était pas de ce monde.

« C’est exact, ta nécromancie. Avec cela…, » déclara Sven.

« Oui… Peu importe où ils se cachent, ils n’échapperont jamais à mes fantômes. Ces enfants passeront leurs nuits à se cacher dans la peur ! Et c’est vous qui les pourchasserez, patron, » déclara l’homme en noir.

Le sorcier avait laissé échapper un rire sinistre… mais malheureusement pour eux, les deux enfants étaient partis depuis longtemps non seulement de cette ville, mais de ce monde, et leurs efforts en utilisant la nécromancie avaient fini en vain. Ils étaient devenus désespérés après s’être mis à espérer inutilement et avoir continué à chercher jusqu’à l’épuisement. « Ils sont partis… » ils murmurèrent avec le soleil matinal se répandant sur eux, s’écroulant en raison du sommeil.

***

Épisode 6 : Illusion

Partie 1

Je m’étais levé du lit soudainement et j’avais regardé l’horloge sur le mur. Il était encore un peu plus de sept heures et j’avais poussé un soupir de soulagement.

En fait, j’avais eu peur là-bas, pensai-je.

Nous dormions habituellement à la belle étoile ou en camping, alors nous n’avions pas eu beaucoup de mal à trouver une place pour dormir. Je me sentais mal pour les gens qui étaient venus nous chercher, mais nous ne pouvions pas vraiment expliquer que nous devions nous réveiller de nos rêves.

« Je devrai m’excuser la prochaine fois que nous nous verrons. Il a eu la gentillesse de nous guider à travers la ville et nous a même acheté des brochettes. Je me sens mal pour lui, » déclarai-je.

J’avais vu le bras de Marie glisser sur le côté pendant que je murmurais ça. Elle m’avait enlacé tout à l’heure, mais elle dormait maintenant dans son pyjama bleu ciel, alors qu’elle était placée confortablement vers le haut.

Je voulais aussi continuer à dormir. Cependant, je devais aller travailler un jour de plus jusqu’à ce que le week-end arrive, et après ça, je pourrais profiter de mon petit voyage avec elle.

Ouais, je commence vraiment à me sentir motivé maintenant, pensai-je.

J’avais doucement posé sa main sur sa poitrine, puis j’avais quitté le lit en silence afin de ne pas la réveiller.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était qu’un dragon légendaire se joindrait à nous pour ce voyage… Je ne pouvais pas imaginer ce qui allait se passer, et j’avais le sentiment que ce ne serait pas juste un « petit voyage ». Ce serait mal si elle commençait à s’énerver, mais il n’y avait pas lieu de s’inquiéter pour ça maintenant. Même si quelque chose arrivait, je ne pouvais rien y faire.

Je m’étais promené à pieds nus, alors que j’étais perdu dans mes pensées. Il était probablement préférable de décider de certaines choses qui n’étaient pas liées au voyage, comme ce qu’il fallait manger à notre retour. Elle pouvait manger une tonne d’après ce que j’avais pu voir, et je ne pensais pas qu’elle était trop difficile quand il s’agissait du choix de nourriture. Selon moi, la nourriture n’avait pas besoin d’être trop extravagante, mais je devais m’assurer que nous en avions assez.

« J’ai besoin de nourriture bon marché et savoureuse, et d’un tas d’autres choses. Je vais devoir y réfléchir un peu plus…, » murmurai-je.

Le curry serait le plus facile, mais on en avait mangé l’autre jour. Je voulais quelque chose qui venait de ce pays parce que nous venions de rentrer.

« Quelque chose de très populaire… Oh ! » m’exclamai-je.

Une idée m’était venue à l’esprit, alors au moins je n’avais plus à m’inquiéter de ça. Cela devrait répondre aux critères auxquels je pensais.

Il y avait une chose plus importante dans mon esprit. La Magi-Drake était peut-être magnifique, mais elle ne pouvait pas se promener dehors avec ses cornes et sa queue. Elle avait dit que ce ne serait pas un problème lorsque je lui en avais parlé hier, mais je me demandais ce qu’elle voulait dire par là.

J’étais en train de mettre du pain fraîchement grillé sur une assiette quand j’avais entendu un bâillement derrière moi. Mariabelle étirait ses membres, puis elle regarda autour d’elle avant de descendre du lit.

« Bonjour. Ai-je dormi tard ? Laisse-moi t’aider à préparer le petit déjeuner, » déclara Marie.

« Bonjour, Marie. Pourrais-tu préparer les assiettes ? » demandai-je.

Elle avait fait un geste. « Laisse-moi faire ! » alors qu’elle bâillait. Puis elle avait mis ses pantoufles et s’était approchée de moi.

La cuisine de mon appartement n’était pas très grande. Je n’avais qu’à me retourner pour voir la porte d’entrée, et il n’y avait qu’un pot de verdure qui marquait la limite de la cuisine. En raison de cet espace limité, nos fesses s’étaient heurtées l’une à l’autre au fur et à mesure que nous faisions nos préparatifs matinaux.

Pendant que j’ouvrais le frigo, les yeux féeriques de Marie me regardaient.

« Alors, à propos de la Magi-Drake… N’as-tu pas dit qu’elle avait une névrose maternelle ? Qu’est-ce qu’on fait d’habitude au Japon pour ça ? » demandai-je.

« Hmm, je pense que tant qu’elle peut s’amuser et oublier la garde de ses enfants, tout devrait bien se passer. Il faut qu’elle fasse des choses comme du shopping ou de mini vacances. Mais pour te le dire franchement, je ne suis pas sûr qu’elle puisse profiter du shopping juste après son arrivée au Japon, » répondis-je.

Je pense qu’il était juste de dire que quiconque venu au Japon en provenance de l’autre monde pour la première fois serait plutôt confus. Le fait d’aller faire des achats serait plus agréable après s’être habitué à ce monde.

Mais pour le dire franchement, ma raison principale était que je ne voulais pas dépenser d’argent, mais je n’avais pas besoin de lui dire cela…

« Je vois. Alors peut-être que ta suggestion de mini vacances était la meilleure solution. Mais cela demande aussi de l’argent, n’est-ce pas ? D’après ce que tu m’as dit, il ne semble pas que tu aies trop de marge de manœuvre pour dépenser ton revenu, » déclara Marie.

« J’en ai un peu de côté. C’est une bonne chose que nous ayons planifié notre voyage dans les environs. Il y a des sources chaudes là-bas, donc je suis sûr qu’elle va les apprécier, » répondis-je.

Le visage de la fille s’était marqué par un sourire. Puis elle avait applaudi et m’avait regardé d’un air joyeux.

« Je ne peux plus attendre ! Des sources chaudes japonaises entourées de verdure… J’adore les bains. Se détendre dans quelques sources chaudes semble si luxueux, » déclara Marie avec entrain.

Ouais, je le savais. Marie prenait toujours son temps à se baigner, et je l’entendais toujours fredonner là-dedans. Et c’était sans parler que les sources chaudes où nous allions étaient sensées guérir les blessures et les maladies.

Il semblait que la jeune fille avait complètement oublié de préparer le petit déjeuner à cause de toute cette excitation. Quand je lui avais parlé, j’avais eu l’impression qu’elle s’en était rendu compte et elle avait préparé la table en toute hâte.

J’étais moi-même très heureux de ce qui s’annonçait. Dès que j’aurais fini de travailler pour la journée, je serais libre de profiter des deux prochains jours. Malgré mon âge, je n’arrivais pas à contenir mon excitation.

Avec ces pensées en tête, j’avais rapidement préparé notre repas. J’avais placé les oignons et la viande hachée que je faisais cuire sur la poêle à frire dans une assiette séparée, puis j’avais fait fondre du beurre dans de la farine. Après ça, j’avais ajouté un peu de lait, je l’avais mélangé, puis j’en avais rajouté… Après avoir répété le processus plusieurs fois, cela avait commencé à se transformer en une sauce blanche et lisse. C’était ce que l’on appelait de la béchamel. Il avait fallu un peu de travail, mais je ne pensais pas que cela valait la peine de sortir et d’acheter de la sauce préfabriquée.

J’avais ajouté les ingrédients de tout à l’heure dans la sauce bouillante, puis j’avais mélangé les macaronis. J’avais juste besoin de transférer le tout dans une assiette résistante à la chaleur et d’ajouter un peu de fromage, puis c’était fini.

« Marie, tu réchauffes ça au four pour ton repas de midi, d’accord ? C’est juste un gratin normal, mais je pense qu’il aura bon goût quand il sera fraîchement cuit, » annonçai-je.

« Oh, de la nourriture cuite au four. La dernière fois, c’était si bon… C’est un peu gênant, mais je me suis dit : “Délicieux !” pour moi toute seule, » déclara Marie.

Oh, c’était plutôt sympa à entendre. Cuisiner était beaucoup plus gratifiant quand il y avait quelqu’un d’autre pour en profiter. Et c’était d’autant le cas avec Marie, car ses réactions étaient faciles à comprendre et j’avais l’impression que ma nourriture devenait cent fois plus agréable à manger.

« Je dois aller travailler, alors allons manger, » déclarai-je.

Nous nous étions assis à table et avions dit « Itadakimasu » ensemble. Puis nous avions commencé à manger notre petit déjeuner.

***

Oh oui, après mon départ pour le travail, Marie faisait apparemment les cent pas devant le four à l’heure du dîner, incapable de s’éloigner de l’odeur parfumée du fromage qui fondait. C’était un arôme que les enfants et les adultes pouvaient apprécier, et j’étais sûr qu’elle avait hâte de pouvoir le manger.

Elle avait soufflé sur le gratin chaud et l’avait mis dans sa bouche. La sauce fondante et crémeuse mélangée à du fromage grillé était appétissante et avait une saveur riche et délicieuse. La saveur douce du lait avait été considérablement rehaussée par le fromage salé. Après avoir enduré la chaleur qui avait failli lui brûler la langue, la saveur avait éclaté d’un seul coup. Elle avait saisi sa fourchette sans réfléchir, et elle avait fait un bruit inintelligible, puis s’était penchée sur sa chaise comme si toute l’énergie avait disparu de son corps. Par la suite, le son de ses mots « délicieuses… » avait pu être entendu pendant un moment.

***

Partie 2

Le Koto Ward s’était rapidement transformé alors que la nuit s’installait. Après une longue journée de travail, j’étais monté dans l’autobus qui me ramenait chez moi, un peu épuisé. Bien sûr, je n’étais pas en retard et j’étais sorti du travail à l’heure normale, mais je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter que Marie soit seule à la maison. Elle me disait tout le temps que j’étais vraiment surprotecteur, mais j’étais sûr que la plupart des gens ressentiraient la même chose s’il y avait une elfe dans leur chambre.

J’avais vu les lumières de la ville passer devant moi alors que j’y réfléchissais. Après plusieurs arrêts, mon téléphone avait vibré dans ma poche de poitrine. J’avais regardé l’écran et j’avais réalisé que mes préoccupations antérieures avaient été complètement inutiles.

« Kitase-san, où êtes-vous maintenant ? Marie-chan et moi allons regarder un film. Si vous êtes presque à la maison, aimeriez-vous vous joindre à nous pour le regarder ? »

Une jolie image m’avait été envoyée avec le message. Kaoruko devait donc l’aider à apprendre le japonais aujourd’hui. Elles devraient mieux s’entendre si elles traînaient encore ensemble si tard.

J’avais souri avec soulagement, puis j’avais tapé mon message sur l’écran de mon téléphone. « Je suis sur le point de rentrer chez moi, » lui répondis-je.

Le bus avait ralenti jusqu’à un arrêt. J’étais descendu de là, puis j’avais commencé à avancer sur le trottoir de mon immeuble. La porte actionnée par air comprimé du bus s’était fermée avec un « psssh… » et le bus était parti pour son prochain arrêt.

Pendant ce court laps de temps, une jeune fille était apparue sur un balcon et avait agité la main. Il semblerait que ses longues oreilles étaient cachées sous une bande pour les cheveux. Elle se tenait clairement sur la pointe des pieds pour me faire signe, et je ne pouvais m’empêcher de sourire en voyant ça.

Après avoir vécu seul si longtemps, j’avais été surpris de voir à quel point ma vie avait changé depuis sa venue.

« Ce soir, cela va être sympa. Je me demande quel genre d’anime nous allons regarder, » pensai-je à voix haute quand le signal au passage pour piétons devint vert et je me mis à marcher. Bien que je savais qu’elle cherchait un traducteur, il allait sans dire que mes pas étaient plus légers que d’habitude.

J’avais ouvert la porte après ça, et une fille avait couru vers moi avec excitation. Un peu plus tard, elle avait serré mon pyjama quand j’étais sorti du bain. Elle avait aussi récemment pris un bain et sa peau était vraiment rayonnante.

En regardant autour de soi, la sensation qu’il y avait quelque chose de différent était probablement due à la disposition. Il y avait un canapé pour se détendre dans le salon spacieux, et il y avait un grand téléviseur qui était sans comparaison possible avec la mienne si petite. C’était si spacieux, mais l’appartement avait deux chambres de plus. Cela m’avait fait réaliser à quel point le terme « 2LDK » était majeur. C’était à peu près deux fois plus grand que chez moi.

Hmm, c’est assez fou quand je le dis comme ça…

« La télé est si grande ! Viens ! Dépêchons-nous d’aller regarder l’anime ! » déclara Marie.

Marie sauta de haut en bas, tirant sur mon pyjama pour me pousser à avancer. Marie était clairement excitée, mais je voulais d’abord remercier Kaoruko, qui était assise là-bas avec un grand sourire.

« Merci de nous laisser utiliser votre bain, » déclarai-je.

« Oh, pas du tout. Il semblait que Marie-chan était impatiente de commencer. Elle étudiait si dur jusqu’à votre arrivée. Ça m’étonne de voir à quel point elle apprend vite, » déclara Kaoruko.

Elle jeta un coup d’œil à la table du salon, et quelques matériels d’écriture y avaient été soigneusement mis de côté. J’avais pris le cahier pour trouver tout ce que Marie avait appris ce jour-là, écrit à l’intérieur, puis j’avais hoché la tête.

Je m’étais tourné vers la fille qui avait hâte de commencer l’émission, lui parlant en japonais plutôt qu’en elfique.

« Bonsoir. Quel anime vas-tu regarder ce soir ? » lui demandai-je.

« B-Bonsoir. Euh, je vais regarder, un anime japonais très amusant, » répondit Marie.

Sa prononciation et son choix de mots étaient un peu maladroits, mais elle avait très bien fait passer son message.

Impressionné, je lui avais souri. « Alors, regardons-le ensemble. » Je lui avais tenu la main pendant qu’elle réagissait joyeusement.

Elle avait étudié sérieusement, alors je me devais de la récompenser. Je l’avais guidée jusqu’à la meilleure place sur le canapé, puis j’avais versé un peu du jus que j’avais apporté avec la permission de Kaoruko. Les préparatifs étant terminés, je m’étais assis à côté de Marie sur le canapé, comme elle me l’avait demandé.

Alors que Marie n’était toujours pas habituée à ce genre de divertissement, elle m’admirait avec une excitation enfantine. « J’ai hâte de voir un autre titre du même réalisateur. Je suis comme une enfant de bonne humeur, même si je suis une adulte. »

Attends, est-elle vraiment une adulte ? Elle donnait des coups de pied comme une enfant agissait comme une enfant à l’intérieur et à l’extérieur, et ses actions étaient plutôt enfantines… mais j’avais décidé de ne rien dire.

Voyant cela, Kaoruko gloussa depuis le canapé monoplace tout près.

« Mais c’est très étrange. Moi aussi, je suis excitée, comme si on m’avait ramenée à ma propre enfance. Je pense que c’est grâce à Marie-chan que je peux ressentir ça, » déclara Kaoruko.

J’avais acquiescé de la tête. Qu’il s’agisse de cuisine ou de cinéma, le fait d’avoir quelqu’un qui s’amusait vraiment autour de moi m’avait aussi apporté de la joie. C’était d’autant plus le cas si l’on considérait qu’elle appréciait quelque chose qui avait été produit par mon pays d’origine.

Je l’avais regardée en y réfléchissant, et elle avait tapoté mon genou quelques fois. C’était le signal qui me disait de commencer parce qu’elle ne pouvait vraiment plus attendre.

« Baisse-t-on la lumière pour le spectacle ? » demandai-je.

« Oui, s’il te plaît, » répondit Marie.

Kaoruko appuya sur un bouton de la télécommande, et la teinte de la pièce s’estompa avec un bip électronique. C’était comme si seulement la télé et nous trois existions dans la pièce. La fille avait applaudi alors que le film d’animation avait commencé à jouer.

Un bleu vif remplissait l’écran. Il était plus lumineux que le ciel bleu, et semblait être la couleur préférée de ce réalisateur. Il teignait la pièce dans un bleu similaire, et nous fixions l’écran comme si nous y étions aspirés.

Cela m’avait fait me souvenir de l’époque où ce film avait commencé à être regardable au cinéma, et j’avais tout simplement adoré ce moment. C’était comme si vous aviez tourné la page, pour arriver dans une toute nouvelle histoire alors qu’un monde inconnu se déployait sous vos yeux.

Cette fois, le commencement de la petite histoire était un peu plus tendu que les autres que nous avions vues. L’héroïne qui était apparue à l’écran affichait une expression sombre, et son environnement était aussi sombre que notre pièce. Un écho profond et grondant indiquait que ce n’était pas quelque part au-dessus du sol. Cela ressemblait à un bon vieux type d’anime à l’ancienne qui faisait directement appel aux émotions avec peu de narration.

L’elfe avait pu un peu comprendre la situation sans mon interprétation juste par les expressions du visage de la protagoniste et le mouvement dans son environnement.

À l’extérieur de la fenêtre se trouvait un monde de nuit, et de là, des personnages vêtus de noir avaient émergé. Les scènes d’un personnage fuyant les méchants étaient souvent utilisées dans les films, mais c’était une jeune fille impuissante qui s’était enfuie dans le cas présent.

Marie s’était raidie face à l’atmosphère tendue et s’était agrippée à ma manche sans réfléchir. Les ombres qui poursuivaient l’héroïne s’étaient rapprochées d’elle, puis elles étaient arrivées.

« Ah ! » s’écria Marie.

Marie était si surprise qu’elle s’était assise droite sur le canapé, les yeux fixés sur l’écran. Le long cri strident du navire qui avançait à travers les nuages ressemblait vraiment à une scène de cauchemar.

Mais l’incident ne s’était pas arrêté là. Des éclairages étincelants avaient été montrés sur l’écran comme pour annoncer le début du film, puis la musique avait commencé à jouer et le titre avait été affiché. Les yeux de Marie brillaient d’une certaine fascination.

« Wooow ! J’en ai la chair de poule… C’est vraiment comme un monde dans un livre d’images. Tout comme pour le dernier anime que nous avons regardé, la musique est si belle qu’elle fait bondir mon cœur, » déclara Marie.

J’avais ressenti la même chose. J’avais déjà vu cela de nombreuses fois auparavant, mais ce n’était pas à cause de la fréquence à laquelle je l’avais regardée que j’avais ressenti cela dans ma poitrine. Bien qu’il ait été difficile de mettre mes émotions en mots.

« C’est comme… il y a une histoire dans la musique. Une histoire sans mots ni lettres, ce qui la rend d’autant plus mémorable, » déclara Marie.

Elle avait posé sa tête sur ma poitrine, et son expression était celle d’une enfant qui était complètement immergée dans une histoire. Son visage semblait apprécier tous les messages des chansons qui faisaient battre nos cœurs.

L’elfe avait probablement été un peu décontenancée. La scène suivante avait été si tendue, mais l’atmosphère avait complètement changé avec l’apparition de l’autre protagoniste. C’était un jeune garçon énergique, et son sourire avait commencé à s’élargir lorsqu’il lui avait pris la main et lui avait ouvert la voie. C’était comme si elle apprenait à sourire pour la première fois, et son expression adorable avait aussi fait sourire Marie.

Finalement, la dernière partie de l’histoire s’était fait voir. L’histoire s’était remplie de personnages attrayants et les merveilleux véhicules qui étaient apparus avaient alors stimulé l’imagination des spectateurs.

Le dernier anime que nous avions regardé s’adressait aux enfants, mais il s’agissait plutôt d’un tour de montagnes russes qui, à première vue, semblait destiné aux jeunes enfants.

Le jeune garçon avait une énergie inattendue de la part de quelqu’un avec un si petit gabarit et avait plongé la tête la première dans le danger sans hésitation. Marie grimaçait chaque fois où elle voulait des scènes simples, mais dramatiques où il tombait et mourrait presque.

« Ah, hya ! Waaaah !? »

N’ayant pas l’habitude de ce genre d’action, elle s’était accrochée à moi pendant tout ce temps. Elle était positionnée comme si elle grimpait aux arbres, et je sentais son cœur battre contre moi.

« Ahh, j’aimerais que ce garçon se calme un peu… Ah, ah ! Ne bouge pas ! » s’écria Marie.

À ce moment-là, le sol sous le garçon avait disparu…

Marie avait réagi exactement de la même façon que l’héroïne. Ses lèvres se serraient et elle me serrait si fort que je pouvais à peine respirer. Son soupir de soulagement était parfaitement en phase avec la fille à l’écran, et elle était si mignonne que j’avais dû sourire.

L’analogie des montagnes russes s’appliquait non seulement à l’action, mais aussi à l’histoire elle-même. Jusque-là, il y avait eu des changements soudains dans les moments forts et les moments calmes, mais le point culminant était carrément intimidant et il y avait plein de scènes qui exigeaient toute l’attention du spectateur. Je sentais la tension de l’elfe qui me tenait comme si j’étais un oreiller.

C’était un peu difficile en tant qu’homme d’avoir son corps mou pressé contre le mien, mais j’avais réussi à continuer à expliquer les points clés comme si j’étais le narrateur. J’avais essayé de le rendre plus agréable pour elle au cas où elle ne comprenait pas les mots japonais utilisés là.

Elle avait continué à regarder fixement jusqu’à ce que l’histoire se termine enfin. Le méchant avait été vaincu avec succès, et une conclusion chaleureuse et mystique nous attendait. C’était la quintessence de l’idéal qui concluait une histoire fantastique.

« Haaah... »

Marie poussa un soupir de soulagement et glissa sur le canapé. La musique douce avait commencé à jouer comme si c’était une considération attentionnée de leur part. Les gens qui l’avaient regardé dans les salles de cinéma n’auraient probablement pas non plus pu se lever avant que le générique ne soit terminé.

Après une expérience aussi passionnante, cela nous avait donné envie de nous plonger dans de la musique douce.

La tête de la fille avait glissé le long de mon corps jusqu’à ce qu’elle repose sur ma cuisse. Avec l’étourderie de ses yeux et la légère courbure de ses lèvres, il était difficile de décrire l’expression de son visage à ce moment-là.

« Qu’en penses-tu, Marie ? » demandai-je.

Je lui avais caressé les cheveux alors que je lui avais demandé ça, et elle avait poussé un profond soupir.

« Cela me donne envie de dire que le Japon est le meilleur pays du monde. J’ai l’impression d’avoir gagné quelque chose en le regardant, comme une sorte de trésor précieux, » répondit Marie.

Oui, je savais ce qu’elle ressentait. C’était normal, et cela démontrait à quel point l’histoire et la fin étaient merveilleuses. Tant et si bien que j’avais déjà pu le regarder encore et encore.

Marie se retourna et me regarda directement. Il semblait qu’elle était encore trop capturée dans le monde de l’histoire pour rallumer les lumières. Je voulais attendre encore un peu qu’elle soit prête à revenir.

« Ouais… C’était plus voyant que le précédent, et c’est difficile à décrire, mais… c’était merveilleux. Les gens, les véhicules… et ce garçon diligent te ressemblaient tellement. C’est trop mignon, » déclara Marie.

« Hein, tu crois ça ? Pour être honnête, je ne pense pas que ce mot me décrive très bien, » répondis-je.

Elle avait ri face à ma réponse. Puis elle m’avait tendu la main avec son doigt pointant vers moi et m’avait touché le bout du nez.

« Vraiment ? Tu as peut-être l’air fatigué, mais c’est ce que je pense. Mais… Hm, ça te dérange si je dis quelque chose d’égoïste ? » demanda Marie.

Son ton était enjoué, mais il y avait de la sincérité dans ses yeux. Cela m’avait fait réaliser qu’elle était après tout une adulte, considérant que ce n’était pas souvent qu’elle me disait ce qu’elle avait en tête d’une telle façon depuis tout le temps que nous avions passé ensemble. Il était peut-être temps pour moi de lui tendre la main comme le garçon du film.

« Vas-y, » déclarai-je.

Ma réponse fut plus douce que je ne l’espérais, et nos deux yeux s’élargirent immédiatement. J’avais cherché une excuse, mais elle m’avait arrêté avec un doigt. Son doigt toucha mes lèvres, puis dans le même ton doux que le mien, elle chuchota en elfique.

« Je veux partir à l’aventure et voyager en terres inconnues avec toi. Et pour ce vieux donjon, c’est aussi le cas. Je ne peux plus contenir ma curiosité après avoir vu ce film, » déclara Marie.

« D’accord, Marie. Je t’emmènerai où tu veux, quoi qu’il arrive. Tu vas devoir reconnaître la grandeur de mes talents de pêcheur si nous voulons voyager ensemble dans des régions inexplorées, mais je suis sûr que cela ne te dérange pas, » déclarai-je.

Elle avait souri, et m’avait répliqué avec un joyeux, « Absolument pas ! ». Puis Mademoiselle l’Elfe avait donné des coups de pied dans les deux sens, toujours allongée sur mes genoux.

À ce moment-là, nous avions entendu quelqu’un se racler la gorge et cela nous avait fait sursauter. Nos yeux se tournèrent lentement vers la source du bruit. Kaoruko était assise là, le dos droit et les joues légèrement rougissantes. Nous nous étions immédiatement séparés l’un de l’autre.

« Oh, s’il vous plaît, ne faites pas attention à moi ! Je sais à quel point vous êtes proches, et je ne le dirai pas à mon mari qui travaille à la fonction publique ! » Elle parlait plus vite que d’habitude et faisait des gestes des deux mains. Même quelqu’un qui apprenait encore le japonais comme Marie pouvait comprendre l’essentiel du message.

Le visage de Marie devint rouge vif quand elle baissa les yeux sans un mot, et je me couvris le visage des deux mains.

Nous l’avons fait maintenant…, pensai-je.

Nous étions tellement absorbés par le film que nous avions complètement oublié que nous avions de la compagnie. J’avais encore beaucoup à apprendre…

J’avais inventé une excuse pour dire que nous n’étions que des parents qui s’entendaient bien, et nous étions partis après avoir remercié Kaoruko pour son hospitalité.

Mademoiselle l’Elfe et moi avions échangé des regards, nous avertissant l’un l’autre d’être plus prudents…

Ce jour-là, nous avions conclu une autre histoire. Nos couvertures étaient remplies de la chaleur de nos corps, et les paupières lourdes de la fille m’avaient dit qu’elle était déjà à mi-chemin dans ses rêves.

Le chat noir dans le livre d’images avait finalement atteint sa destination après avoir vécu de nombreux événements bizarres. Nous avions été interrompus plusieurs fois par le sommeil, alors elle faisait de son mieux pour rester éveillée cette fois-ci. Le chat noir se réjouissait avec les deux mains en l’air et le sourire de Marie était aussi grand que le sien.

« La fin, » murmurai-je, et ses yeux se tournèrent vers moi. Elle avait un sourire somnolent et heureux, et ses jolis yeux se fermèrent lentement. Quelques instants plus tard, elle faisait de doux bruits indiquant qu’elle dormait.

Je l’avais regardée partir dans le monde de ses rêves, et j’avais fermé le livre. Ce livre d’outre-mer nous avait dressé un tableau si frappant au cours des derniers jours. J’étais sûr que les enfants qui le liraient après nous seraient tout aussi excités qu’elle.

Mon rôle était probablement similaire. Je lui avais appris à lire et à écrire, je lui avais montré les joies de ces histoires, et elle allait continuer à grandir en conséquence. J’avais eu la chance de pouvoir en être témoin de si près.

« Alors je sais déjà ce que je dois faire. Je t’emmènerais où tu veux. Je te protégerais et m’assurerai que tu t’amuses comme jamais, » déclarai-je.

J’y avais renoncé une fois, mais il suffisait de franchir deux obstacles pour entrer dans l’ancien donjon. Je devais être reconnu comme son garde du corps, et trouver un allié puissant.

« Alors nous devons continuer à aller de l’avant. » Je ne savais pas quoi faire pour ce dernier, mais je ferais ce que je pouvais. Nous serions dans un monde de rêve de toute façon, et je n’étais pas qu’un simple salarié là-bas.

J’avais doucement posé le livre pour ne pas faire de bruit, puis j’avais placé la couverture jusqu’à ses épaules. Sa chaleur m’endormait aussi, et avant même que je puisse bâiller, ses mains et ses pieds doux s’enroulaient autour de moi.

Elle dit toujours que je l’endors, mais regarde celle qui dit ça, m’étais-je dit.

J’avais souri à nouveau quand elle avait appuyé sa joue contre moi dans son sommeil.

Bonne nuit, Mademoiselle l’Elfe, pensai-je.

J’avais décidé de tout donner demain.

***

Partie 3

J’avais soupiré en regardant au-dessus de moi. Il y avait deux grands bâtiments à l’intérieur des locaux, et celui qui se trouvait juste devant moi était relativement nouveau et sophistiqué. C’était encore avant l’heure du déjeuner, mais il y avait un flux constant de ce qui semblait être des étudiants. Ils avaient l’air d’étudiants universitaires lorsqu’ils se promenaient en robes assorties. Le bâtiment à l’arrière était une construction plus imposante et avait un aspect approprié pour des sorciers. Avec le corbeau perché sur son toit, cela donnait une sensation un peu flippante qui m’empêchait de vouloir m’approcher trop près.

« Alors, dans quelle bâtisse vas-tu, Marie ? » demandai-je.

« Celle à l’arrière, bien sûr. Il existe de multiples installations royales de sorcellerie, construites dans le but d’utiliser le savoir. C’est un lieu d’étude parfait pour ceux qui ont la chance d’avoir une bonne lignée, et il ne diffère pas beaucoup du grand public jusqu’à ce que tu accèdes à la classe novice. C’est pourquoi ils n’ont pas de personnel, » répondit Marie.

Marie avait fait un geste avec son bâton de sorcière. Je pensais qu’elle m’avait expliqué que c’était fait à partir d’une crinière de licorne.

En y repensant, il n’était pas surprenant que ce soit une installation royale. Leur mission était de dévoiler les mystères du savoir ancien, c’est pourquoi il était dirigé par le royaume. Cela avait probablement été transformé en un centre de connaissances pour les nobles et autres pour des raisons financières. En même temps, cela avait permis de faire connaître les anciens donjons à de jeunes gens prometteurs, qui se distingueront peut-être plus tard en temps de guerre.

La route sur laquelle nous avions marché était bien entretenue, et j’avais l’impression qu’il y avait de l’argent qui jaillissait de tous les coins de rue.

L’elfe, dont la taille n’était pas très différente de la mienne, leva fièrement la tête et tourna ses yeux vers moi.

« Eh bien, j’ai séché un cours, mais je n’assiste pas aux cours pour le grand public à moins que je ne sois instructeur, » annonça Marie.

« Quoi !? Es-tu quelqu’un qui a de l’autorité, Marie ? » demandai-je.

« Je te l’ai déjà dit. Seules quelques rares personnes peuvent devenir des sorciers spirituels. Tu as tendance à m’écouter, mais je suppose que ces choses-là ne t’intéressent pas vraiment, » répondit Marie.

Elle s’était fait une fausse idée. Nous nous promenions toujours ensemble, alors je pensais que les sorciers avaient beaucoup de temps libre… mais je ne devrais probablement pas dire ça.

J’avais l’air d’avoir négligemment laissé mes pensées se manifester sur mon visage, et elle m’avait fait un regard suspicieux.

« Oh, c’est vrai ? Sache que je ne perdais pas mon temps à jouer. Comme preuve, je reçois un salaire, » annonça Marie.

Qu-Qu-Quoi !? Le choc sur mon visage était palpable. Alors, c’était donc ça…

J’étais un vagabond qui errait dans ce monde sans but et sans perspectives. Maintenant que j’y pense, mon aversion sérieuse pour le travail, même dans mes rêves, me donnait l’impression d’être une personne plutôt désespérante.

« Pff… Aaaaahahahaha ! » Mon visage devait avoir l’air plutôt drôle, parce que Marie riait tout en se serrant l’estomac.

« Hein… ? Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? Toute ma vie est soudain devenue plutôt sombre…, » demandai-je.

« Hahahahahaha ! Je n’ai jamais vu ton visage avoir l’air aussi somnolent qu’avant ! Arrête, arrête donc ça ! Ne t’approche pas avec cette tête ! M-Mes côtés ! » s’exclama Marie.

Elle avait laissé tomber son précieux bâton sur le sol, et mon visage avait l’air de vouloir pleurer. Malheureusement pour moi, cela avait duré plusieurs minutes…

Marie avait fait signe d’au revoir alors qu’elle disparaissait vers la guilde des sorciers. Après son rapport, on se retrouvait et on irait voir la Magi-Drake qui nous attendait aux ruines. Puis j’escorterais les deux dames lors d’un voyage aux sources chaudes.

Mais avant ça, j’avais déjà pris ma décision et j’avais donc été jusqu’à la porte de la Guilde des Aventuriers. Comme elle me l’avait rappelé tout à l’heure, mon existence actuelle était incroyablement superficielle et insignifiante. J’étais un garçon qui pouvait être emporté par une petite rafale, mais c’était la vie que j’avais choisie.

La réceptionniste était une dame, et elle m’avait regardé avec une expression désintéressée. Ouais, ça m’avait semblé à peu près approprié.

« Bienvenue, gamin. Qu’est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-elle.

« Je veux aller dans un donjon avec une jolie fille. J’ai besoin d’être classé pour le faire, alors j’espérais le faire ici, » répondis-je.

« Vraiment ? » demanda-t-elle avec le même ton désintéressé.

Oui, j’avais besoin d’être évalué là-bas. Cela m’aiderait à montrer mes compétences à la Guilde des Sorciers, et ils comprendraient que je serais capable d’agir comme garde du corps… Mais c’était la première fois que je visitais un tel établissement, et je n’avais aucune idée des résultats. C’était pour ça que je n’en avais rien dit à Marie. On s’était promis de ne pas garder de secrets, mais j’aimais mieux voir ça comme une surprise.

J’étais un peu anxieux alors que je remplissais le contrat, qui stipulait des choses effrayantes comme que je ne tienne pas de grief si je mourais ou si je me blessais. Puis je devais procéder à un test de combat rapproché environ une heure plus tard. Je devrais probablement corriger ma personnalité qui m’avait fait diriger mes pensées vers n’importe quelle demande donnée par une fille mignonne…

Avec ces pensées en tête, j’avais affronté l’homme qui semblait être une sorte d’instructeur. Nous étions dans une cour intérieure étonnamment spacieuse. Ce n’était pas comparable à la Guilde des Sorciers d’avant, mais le bâtiment était neuf et il semblait y avoir beaucoup de personnes ici.

J’avais levé les yeux de la cour à deux étages, et le soleil semblait être en train de descendre. En voyant ça, j’avais réalisé que je n’avais pas trop de temps devant moi. Je m’étais tourné vers l’homme devant moi.

« Jusqu’où allez-vous monter mon grade ? J’aimerais l’augmenter le plus haut possible, » déclarai-je.

« Haha, tu es un impatient. Même si je ne suis pas assez fort, il y a des pros à l’étage. Tu peux me défier sans crainte. Mais assure-toi de t’excuser auprès de moi en ayant imaginé que tu étais bien plus fort que moi, » déclara-t-il.

L’homme avait eu un sourire affable. Il semblait avoir la quarantaine et avait la peau foncée, les cheveux noirs et une barbe noire. Pourtant, il donnait une impression de propreté et semblait avoir un bon sens de la vertu. Il avait accepté un paiement que la plupart des enfants ne seraient pas en mesure de payer, alors il semblait qu’il allait me juger en fonction de ça.

Ainsi, j’avais décidé d’aller me donner en spectacle pour une fois. J’avais fait une erreur lors de mon dernier combat d’homme à homme, mais j’aimerais faire bon usage de mon image fantôme cette fois-ci.

J’avais demandé s’il avait une épée disponible qu’il pourrait me prêter avant le début du match, et il m’avait regardé comme si j’étais une sorte de dingue.

 

***

 

L’homme avait été un aventurier pendant plus de vingt ans, et avait accompli plus d’une centaine de missions au cours de sa carrière. Il avait tant accompli, mais, comme il l’avait admis librement, s’était dû à sa capacité à diriger ses compagnons plutôt qu’à un talent pur et simple au maniement de l’épée. Il était le leader fiable qui pouvait retourner le flux même dans des situations les plus désespérées en soutenant tout le monde autour de lui. Ayant vécu de cette façon, il avait été approché par la Guilde des Aventuriers au moment même où il était sur le point de prendre sa retraite.

Malgré une telle histoire, l’homme s’était réveillé et s’était retrouvé dans une grande confusion. Une serviette mouillée bloquait sa vision, et les spectateurs firent entendre leur voix avec une vive émotion.

… Avait-il été assommé au milieu d’une bataille ? Son expérience l’avait conduit à la mauvaise conclusion, et il s’était rapidement assis.

« Pops, reste à terre ! » s’exclama une voix plus loin de lui.

« Quoi !?? Qu’est-ce que tu es... Attends, c’est quoi ce bordel !? »

Dans son champ de vision se trouvait un jeune aventurier, comme ceux dont il s’était toujours occupé. Puis il s’était rendu compte qu’il portait des vêtements décontractés au lieu d’une armure, et s’était finalement souvenu de la situation dans laquelle il se trouvait.

Ceux qui se trouvaient autour de la cour intérieure regardaient par les fenêtres, et les voix excitées pouvaient être entendues tout autour d’eux. C’était comme un Colisée, alors qu’il aurait dû être juste un examen pour juger de son rang.

Tenant sa tête palpitante, il avait réussi à soulever le haut de son corps. Puis, il vit un homme debout au milieu de l’espace dégagé avec une épée dans sa main. Il rengaina son épée incurvée, puis se mit en position…

« Je crois rêver ! Pourquoi Brandish se bat-il ? »

« C’est le troisième ! C’est qui ce gamin, Pops !? » demanda une voix, mais l’homme ne comprenait toujours pas toute la situation. Après tout, d’après sa mémoire, il ne pouvait pas suivre les mouvements du garçon et il avait été battu sans pouvoir faire la moindre chose. On lui avait demandé de céder à plusieurs reprises, mais sa fierté d’adulte ne l’avait pas laissé faire, ce qui l’avait mis K.O..

La scène devant ses yeux lui avait fait se demander s’il rêvait encore. La bagarre se déroulait juste devant lui, mais il ne pouvait toujours pas voir les mouvements du garçon. Il semblait que le garçon se promenait droit jusqu’à la portée d’attaque du maître épéiste avant de recevoir une frappe de sa lame, mais il continuait à marcher comme si de rien n’était.

Non, ce n’était pas ça…

Il avait disparu comme de la fumée dans le vent, et lorsque l’épée de son adversaire avait à nouveau été gainée, le garçon se tenait là, l’air insouciant. Il n’avait pas bougé d’un pas de sa position initiale.

« Utilise-t-il une vraie épée ? Et… il utilise la Zone Mortelle !? »

« Le maître l’a prévenu qu’il pourrait finir par mourir ! Mais ce gosse est resté là à rire et a dit qu’il avait l’habitude ! »

Il ne pouvait pas le comprendre.

L’homme qu’on appelait « maître » était la troisième personne la plus compétente de la Guilde des Aventuriers. Il avait une personnalité minutieuse, qui se manifestait dans sa capacité à couper à travers les ennemis qui entraient dans son domaine en un clin d’œil. En raison du pouvoir destructeur absolu issu de son talent, ce n’était pas souvent qu’il le montrait en public. C’est ce qui expliquait la ferveur du public qui avait rempli la cour par ailleurs ordinaire.

« Tu te fous de moi ! » l’homme avait gémi alors qu’il était incapable de comprendre ce qu’il voyait.

Le garçon ne s’était pas éloigné d’un pas de là où il se tenait, mais il était soudain apparu du flanc de Brandish. Brandish avait hurlé comme une sorte d’oiseau et le frappa avec une attaque en croix.

L’homme regarda le garçon s’évanouir comme de la fumée en courant avec de sueur sur son visage, puis réapparaître par-derrière, sur le flanc opposé, et ainsi de suite.

Le fait de regarder un utilisateur d’illusions en pleine action était un spectacle assez particulier. Le bruit occasionnel du métal indiquait que le vrai était quelque part dans les illusions.

Le bruit des pas avait retenti, et le garçon qui se tenait debout à un certain endroit s’approcha lentement. Était-ce un rêve, ou un cauchemar… ?

L’expression de Brandish semblait indiquer qu’il se posait cette question, et ne pouvait que continuer à frapper tout ce qui entrait dans sa zone d’attaque et à repousser désespérément les attaques qu’on lui lançait. Sa vitesse de réaction semblait indiquer qu’il avait déjà renoncé à discerner s’il attaquait une illusion ou son adversaire.

Cependant, cela signifiait bien sûr qu’il s’était rapidement essoufflé.

Whoosh !

Brandish frappa vers une silhouette, mais cela l’avait seulement fait disparaître, et un grand sentiment de fatigue s’empara de lui. Au lieu de cela, son véritable adversaire était apparu par-derrière, et au moment où le garçon était entré dans son domaine d’attaque, il avait été submergé par une rafale de coups rapides.

Le garçon avait habilement bloqué trois coups d’épée dirigés contre lui dans les airs, et la foule avait oublié de respirer en les regardant avec admiration. Même cligner des yeux gênerait le spectacle devant eux.

« C’est impossible… A-t-il réussi à vaincre la Zone Mortelle ? »

Alors que l’homme qu’ils appelaient Pops marmonnait, le garçon avait détruit la zone mortelle en frappant son adversaire à l’épaule et les deux côtés de l’abdomen en une succession rapide de coups avec une précision parfaite. Il serait trop difficile de reprendre l’avantage à partir de là.

Après avoir vu Brandish se faire lentement repousser en prenant des coups sur tout son corps, il s’était soudainement réveillé. Il s’était alors levé dans un air agité et avait crié. « C’est assez ! Le match est terminé ! »

La Guilde de l’Aventurier avait laissé sortir des acclamations. Il pouvait enfin respirer à nouveau après avoir vu la bataille entre deux experts.

 

 

L’homme s’attendait à ce que le garçon soit arrogant vu qu’il était talentueux, mais il semblait assez poli pour saluer et remercier chacun de ses adversaires. Cela ne semblait pas un comportement typique pour un jeune garçon, mais cela semblait leur donner une impression favorable.

Le fait est qu’il y avait très peu de personnes compétentes et humbles. L’excitation du match avait duré plusieurs jours et avait fait l’objet de longues conversations dans la Guilde des Aventuriers.

À l’insu du garçon, au cours de ces conversations, on lui avait donné un autre nom : Le Spectre.

***

Une fille s’était déplacée en trottinant avec un léger jogging. Ses beaux cheveux raides ondulaient alors qu’elle courait avec son précieux bâton dans les bras, et sa beauté attirait les regards de ceux qui l’entouraient. Je suppose que les hommes ne pouvaient pas vraiment s’empêcher de se sentir heureux quand ils voyaient une jolie fille. Elle me rendait nerveux en la regardant courir ainsi, alors j’aurais préféré qu’elle marche à la place…

Notre point de rencontre était un parc situé près de la Guilde des Sorciers. Le soleil se couchait déjà, alors il ferait nuit quand nous serions arrivés aux ruines si nous ne nous dépêchions pas.

« Je suis désolée pour l’attente. Mon rapport a pris plus de temps que prévu, » déclara Marie.

« C’est bon, je viens aussi d’arriver. Allons chercher la Magi-Drake maintenant, » déclarai-je.

Marie avait souri joyeusement et elle lui déclara. « D’accord ! » Ses joues étaient rouges, probablement à cause de la longue course qu’elle avait faite pour arriver ici. Elle replaça ses cheveux en désordre et prit des bouffées d’air lentes et profondes pour stabiliser sa respiration.

« Oh… » Alors que nous marchions côte à côte, elle semblait remarquer quelque chose et me toucha l’épaule. « Ta chemise est effilochée à l’épaule. Tu as encore dû t’accrocher sur quelque chose. »

« Ah, tu as raison. Ce n’est pas bon… Je n’avais pas encore prévu d’acheter de nouveaux vêtements, » répondis-je.

« Ne t’inquiète pas, je peux arranger ça pour toi plus tard. Ou alors, veux-tu que je t’aide à choisir de nouveaux vêtements ? Celles-ci sont assez abîmées, alors on pourrait t’acheter quelque chose de tout nouveau, » déclara Marie.

Oof, je devrais refuser… J’avais dépensé tant d’argent lors de l’examen de classement tout à l’heure. J’avais essayé de changer de sujet, mais je n’étais pas très habitué à garder des secrets, alors elle m’avait regardé avec méfiance.

Oh ouais, j’avais réussi à gagner le Rang A pour le combat en mêlée, donc j’étais plutôt soulagé à ce sujet. J’avais besoin de battre des adversaires de rang supérieur si je voulais avancer davantage, mais c’était trop compliqué et trop tard pour en trouver un à ce stade. Cela devrait suffire à prouver mes compétences à la Guilde des Sorciers, et de toute façon, j’étais trop occupé avec le voyage à venir pour faire tout cela.

Même si c’était les pensées présentes dans ma tête, elles ressemblaient à des excuses…

Il ne me restait plus qu’une tâche à accomplir. Il me fallait trouver un tank pour notre groupe. C’était pour le dire franchement le plus difficile, sans aucune solution à laquelle je pouvais penser… Mais mes pensées avaient été rapidement interrompues par la fille qui me tirait sur la manche.

« Je suis tellement excitée pour le voyage au Japon ! Alors, dans quel genre d’endroit allons-nous ? Existe-t-il des plats délicieux ? Je n’ai pas fait beaucoup de voyages avant, » déclara Marie.

« Tu n’as plus qu’à attendre et voir. Mais oui, je suis sûr qu’il y aura plein de délicieux plats, » déclarai-je.

Elle s’était réjouie de ça, et nous avions marché ensemble alors qu’elle me tenait toujours par la manche. Nous étions de bonne humeur en prévision du voyage, ce qui expliquait probablement pourquoi aucun de nous n’avait remarqué ce qui se cachait derrière nous…

***

Partie 4

En raison du temps qu’il avait passé à voyager seul, Kazuhiro était extrêmement compétent avec sa compétence de Perception. Cela lui permettait de détecter ceux qui se cachaient, et c’était une compétence essentielle pour éviter les embuscades. Mais si un adversaire possédait la compétence « Se Cacher » avec un niveau de compétence plus élevé, il serait capable d’éviter la détection.

Une grande silhouette était apparue de derrière un bâtiment, avec une épée placée sur chacun de ses côtés. Il s’appelait Sven, l’homme qui avait passé toute la nuit à chercher l’elfe et le garçon l’autre jour. On pourrait s’attendre à ce qu’il se mette tout de suite en colère, mais il se tenait là, profondément enfoncé dans ses pensées.

« Je les ai enfin trouvés, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de Magi-Drake… ? Pourquoi parlent-ils d’un dragon légendaire ? » demanda Sven.

« Les attrapons-nous avant qu’ils ne s’enfuient à nouveau ? Si nous les blessons ici, vous serez sûrement choisis pour les remplacer, » avait suggéré celui vêtu de noir, et Sven avait ri.

À en juger par la façon dont ce garçon était sorti et avait obtenu un rang pour le combat en mêlée, il essayait probablement d’être reconnu comme le garde du corps de l’elfe. Cela signifie qu’il n’avait pas renoncé à explorer le donjon.

Cependant, le fait d’obtenir l’approbation de la Guilde des Sorciers de ce pays n’était pas si simple. Même s’il avait Oracle, sa faible capacité à lire l’avenir, il ne pouvait pas voir une journée dans le futur, mais ce résultat était certain selon lui.

« La fille elfe a déjà rendu la licence, et il est évident qu’il va échouer à obtenir l’approbation. Je suis déjà sûr d’être celui qui sera chargé d’explorer le donjon. Plus important, je dois savoir s’ils sont sur le point d’aller voir la vraie Magi-Drake, » déclara Sven.

Il avait plissé ses yeux et avait souri, pensant que cela pourrait s’avérer encore plus rentable que l’ancien donjon.

Puis, selon l’ordre de Sven, un fluide noir avait commencé à les envelopper. La lumière terne luisante avec des yeux et une bouche indiquait que c’était l’œuvre d’une sorte de fantôme. La capacité de disparaître sans laisser de trace était utile non seulement dans les donjons, mais aussi à l’extérieur.

Après que le liquide noir l’enveloppe complètement, il fit bouger sa robe, révélant un écusson rare donné seulement à une poignée d’individus qui avaient mérité un rang aussi prestigieux.

Il semblait que quelque chose d’étrange avait tendance à se produire quand on se mêlait de ce garçon. Telles étaient les pensées du nécromancien paré de noir en descendant dans l’obscurité.

Non seulement ils les avaient complètement perdus de vue l’autre soir, mais ils n’avaient aucune idée que les deux se dirigeraient vers les ruines Nazul-Nazul, pas trop loin de la ville.

Une faible odeur de moisissure provenant de la voie d’eau pouvait être sentie et le goutte-à-goutte de l’eau pouvait être entendu. Ils pouvaient sentir la présence de monstres qui préféraient les endroits humides, mais ils n’étaient pas détectés à cause des fantômes qui les enveloppaient.

Soudain, Sven se retourna avec une expression emplie de doute.

« … Ces ruines souterraines ont déjà fait l’objet d’une enquête, non ? » demanda Sven.

« O-Oui. Il y a encore plusieurs mystères non résolus au sujet des ruines de Nazul-Nazul, comme la raison pour laquelle elles ont été détruites, mais l’enquête de la Guilde des Sorciers aurait déjà dû être terminée, » répondit l’autre.

Pourtant, à bien y penser, le fait qu’il y avait encore « plusieurs mystères non résolus » à leur sujet était déjà étrange en soi. Ils avaient mené une enquête extrêmement approfondie. Alors pourquoi renonceraient-ils à faire la moitié du chemin pour enquêter sur une région si proche ?

Mais ces pensées furent interrompues par les paroles de Sven.

« Que se passe-t-il… ? »

En sortant de la voie navigable pour voir ce qu’il montrait du doigt, il y avait quelqu’un qui avait une conversation joyeuse avec un homme-lézard, un monstre. Les cris qu’ils faisaient étaient difficiles à discerner, mais ça aurait pu être une sorte de langage reptilien.

« Ils rient. Ah ! Ils viennent d’avoir une conversation ! »

« C’est tout à fait incroyable. Ils sont connus pour être des monstres très agressifs et violents. Ils engendrent des sous-espèces avancées à gauche et à droite en raison de leurs inépuisables capacités de reproduction, qui peuvent représenter un danger même pour nous… »

Ils fixaient tout simplement ça, la bouche bée.

Il y avait ceux qui avaient appris la langue des monstres, mais c’était difficilement utilisable parce qu’ils se faisaient attaquer dès qu’ils essayaient de l’utiliser pour communiquer. L’interrogatoire était considéré comme le seul moyen d’y parvenir.

Soudain, le groupe s’était mis à marcher plus profondément dans les ruines. Le personnage vêtu de noir hocha la tête lorsque Sven fit des signes de la main, puis les deux hommes les poursuivirent prudemment le long du cours d’eau.

Étonnamment, il semblait que l’homme-lézard guidait le petit groupe. Non seulement cela, mais ce qui semblait être un mur ordinaire s’était ouvert, et le groupe avait continué comme s’il y était habitué.

Le duo avait soigneusement suivi l’exemple, et Sven avait levé les yeux avant de poser une autre question. « … Te souviens-tu de tout cela dans les rapports d’enquête ? »

« C’est de la magie très avancée, ils ne l’ont peut-être pas remarquée, » répondit l’autre.

Ils inclinèrent la tête, perplexes. Même si elle était bien cachée, le pouvoir de la magie ne devait pas être sous-estimé. Ils auraient dû remarquer l’espace de l’autre côté et fouiller chaque recoin de la zone. Mais les ornements sur les murs exsudaient la beauté artistique et étaient beaucoup plus complexes que ceux des ruines souterraines d’où ils venaient.

En même temps, ils avaient remarqué que l’atmosphère avait radicalement changé. L’air de quelque chose issu d’un autre monde était si épais, et des perles de sueur froide roulaient sur leurs joues.

« C’est quoi… cet endroit ? C’est encore en vie. Il ne s’agit pas seulement de ruines délabrées, » commenta Sven après avoir vu des gardiens protecteurs debout au niveau de la passerelle comme s’il protégeait quelque chose.

Même de loin, il était clair que c’était très dangereux. N’importe lequel d’entre eux pourrait être de niveau 70 ou plus et capable de trancher la plupart des aventuriers comme des légumes sur une planche à découper. Ils avaient même crié intérieurement pour que le garçon et l’elfe s’arrêtent alors que les deux continuaient à marcher nonchalamment… Puis leurs mâchoires avaient touché le sol tandis que le groupe continuait à plaisanter et à rire, en passant à côté des gardiens sans être attaqué.

Ils se frottaient les yeux avec incrédulité.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? À en juger par sa construction et ses ornements, ce gardien est une machine à tuer des temps anciens, » déclara Sven.

Le personnage vêtu de noir acquiesça d’un signe de tête en accord avec la voix grognant de Sven. Toutefois, il s’avérerait difficile de se rapprocher afin d’enquêter. L’un d’eux était peut-être gérable, mais il y en avait au moins dix dans leur champ de vision immédiat.

C’était difficile à dire à cause de l’habillement entièrement noir, mais le nécromancien se retourna avec un visage angoissé. « Patron, ils nous remarqueront même à travers ma magie si on s’approche ! »

« Je sais, je sais. J’utiliserai mon Oracle pour enquêter sur eux, » déclara Sven.

Après ça, ses yeux sauvages brillèrent derrière ses lunettes de soleil.

L’Oracle était en effet une compétence rare. Il pourrait jeter un coup d’œil dans les détails de l’avenir, y compris des choses que l’utilisateur n’aurait pas pu remarquer autrement. Ses effets étaient obscurs, comme une sorte de rêve précognitif, mais Sven avait appris à le contrôler librement au fil des années.

Mais immédiatement après l’avoir activée, le corps de Sven avait été trempé par de la sueur.

« Non… pas possible… C’est la vraie chose. La Magi-Drake… Niveau 1200… Attends, quoi ? Elle a donné naissance à des petits !? » s’écria Sven.

Il fit entendre sa voix jusqu’à ce que cela devienne un cri, et à ce moment-là, la Magi-Drake se tourna vers lui en regardant à travers l’Oracle. Seul l’utilisateur était capable de voir dans ce monde, mais elle l’avait certainement regardé directement et avait fait un grognement.

En réalisant qu’elle pouvait l’envoyer voler d’un simple souffle, mais ne le faisant pas en faveur d’une punition plus appropriée, les gardiens étaient revenus à la vie avec un lourd son métallique. De fines lignes argentées apparurent sur leurs lames et ils commencèrent à se balancer dans les airs comme pour se réchauffer en vue de l’action. Leur maîtrise de l’épée était inattendue pour de si grands corps, et les deux intrus sentaient la mort qui les attendait.

« Patron !! »

Sven trembla de peur alors que le nécromancien s’agrippait à lui. Le nécromancien chanta alors l’incantation pour un sort d’évasion, mais si même un seul mot était prononcé incorrectement, ils seraient coupés en morceaux par les épées massives qui envoyaient des étincelles dans l’air en traînant contre les murs en pierre.

Bien sûr, la magie ne s’activerait que si la Magi-Drake le permettait. La silhouette vêtue de noir savait que ce domaine lui appartenait.

Je suis désolé, s’il vous plaît, aidez-nous, pardonnez-nous, pensa Sven.

Des cris d’excuses internes avaient été mêlés aux chants, et le sort avait été achevé.

Une colonne d’eau avait fait irruption dans le sombre cours d’eau d’où ils venaient. L’eau n’était pas plus haute que leurs genoux, mais ils s’affolèrent comme s’ils étaient en train de se noyer. Ils s’étaient ensuite assis et s’étaient regardés avec des yeux injectés de sang, émettant de très longs soupirs. Le visage de Sven exprimait non seulement la peur de la rencontre intime avec la mort, mais aussi celle d’être témoin de l’existence monumentale de la Magi-Drake.

« Je n’arrive pas à croire qu’on soit en vie…, » déclara Sven.

C’était les mots qu’il avait finalement rassemblés après avoir stabilisé son souffle. Il était clair qu’il avait pensé à d’innombrables scénarios possibles pour survivre à ce moment en regardant simplement le regard épuisé clairement visible sur son visage.

Le nécromancien avait ressenti la même chose. Si la Magi-Drake en avait eu envie, elle aurait pu empêcher le sort de s’activer et ils n’en seraient jamais sortis vivants.

« Je suppose… qu’elle nous a laissé partir, » déclara le nécromancien.

« Une Magi-Drake ? Ce n’est pas… Je suppose que c’est la seule explication possible. Ce n’était pas un monstre ordinaire. C’était quoi ce dragon ? » demanda Sven.

Sven se couvrit le visage des deux mains et poussa à nouveau un long soupir. En même temps, la pression avait disparu. C’était comme la nuit où le garçon et l’elfe avaient soudainement disparu.

En effet, qu’aurait-il pu leur arriver ? Avaient-ils disparu de ce monde après avoir été mangés par la Magi-Drake ? Même l’Oracle, le don du ciel, ne pouvait pas détecter leur présence. Mais Sven sentait dans ses tripes que ce n’était pas le cas…

***

Épisode 7 : Bienvenue au Japon, Mademoiselle Magi Drake.

Partie 1

J’avais entendu dire qu’il y a un sens derrière les bruits de gazouillis des moineaux. Leurs pépiements matinaux étaient comme une chanson de courtoisie alors qu’ils cherchaient une compagne, et quand ils trouvaient de la nourriture, ils appelaient ceux de leur groupe. Apparemment, ils étaient très intelligents et pouvaient distribuer des rôles comme affectés certains à une surveillance.

Je m’étais donc réveillé le matin dans mon appartement habituel. La pièce était sombre, et mon esprit encore encore endormit alors que je me rendais compte que nous étions rentrés tôt.

D’après la météo, il allait faire beau toute la journée. Plusieurs années s’étaient écoulées depuis mon dernier voyage, et je m’étais dit que je pourrais prendre mon temps et profiter de la vue.

Puis, le bras de quelqu’un était apparu du bord de ma vision. Il m’avait serré la tête comme une griffe d’aigle et m’avait rapproché de la personne. Je n’avais pas pu résister à l’attraction, mais il n’y avait pas de douleur, et j’avais été soudainement enveloppé dans quelque chose de ridiculement doux. Il y avait une sensation douce et moelleuse, et la chaleur de la peau de quelqu’un. Elle avait légèrement transpiré, avec un parfum qui pour une raison inconnue m’avait donné envie de le sentir davantage.

Qu’est-ce que c’est… ? Me demandai-je, alors que mon esprit était encore endormi.

Mais mon esprit avait essayé de comprendre, mais c’était différent d’être enlacé par la jeune elfe. Cela sentait légèrement le sucré et était doux au toucher. Je me sentais si bien, et j’avais lentement ouvert les yeux pour savoir ce que c’était.

Hein ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Une si jolie couleur…, pensai-je.

Je m’étais figé, raide comme dans une scène de manga, parce que j’avais enfin réalisé ce qu’était la chose douce et chaude.

J’avais essayé de m’enfuir, mais un autre bras était apparu de l’autre côté et m’avait bloqué encore plus en place. C’était comme si la peau m’engloutissait. Mon nez était encore plus enfoui, et une jambe ensorcelante s’était enroulée autour de moi sous les couvertures. La beauté aux cheveux noirs avait serré tout mon corps.

C-C’est vrai…, nous nous étions endormis avec la Magi-Drake dans la grotte hier soir, alors j’aurais dû m’y attendre. J’avais oublié de toutes les fois où nous nous étions réveillés tranquillement, mais les gens que j’avais amenés au Japon pour la première fois finissaient nus !

« Ah, hey ! Qu’est-ce que tu fais !? Hé, qu’est-ce que…, » balbutiai-je.

J’avais entendu un « Nnh ! Nnh ! » mais la belle femme endormie avait l’incroyable force d’un dragon, même inconsciente. Mon corps était étroitement lié, et quand j’avais essayé de bouger pour me libérer, la Magi-Drake avait laissé sortir un gémissement d’une voix terriblement féminine et sexy. Aucun de nous n’était habitué à de tels bruits, et nous étions tous les deux devenus rouge vif, le visage criant en silence.

« Nnh, nnh, mmg ! » (Traduction : « M-Marie, je ne sais pas quoi faire, je suis peut-être foutu ! »)

(« Nooon, n’abandonne pas ! Je vais enlever les couvertures ! »)

« Nnnnnnnnh ! » (Traduction. « Non, non, ne fais pas ça ! »)

Fwoosh !

Les couvertures avaient été retirées d’un coup, et tout avait été illuminé par la lumière du soleil.

La beauté ronflait joyeusement jusqu’à ce moment, mais cela s’arrêta brusquement. Elle s’était étiré avec les mains tendues et elle avait regardé son propre corps avec une expression désintéressée, puis elle s’était assise avec nonchalance. Ses muscles dorsaux en bonne santé s’étaient gonflés lorsqu’elle s’était étirée en laissant sortir un gémissement, ses yeux brillaient lorsqu’ils regardaient la vue visible à l’extérieur par la fenêtre.

« Ah, donc c’est donc l’autre royaume ! Hm, hm, il semble que toutes les choses soient différentes dans leur forme ici. Même l’écoulement du temps… Ça explique le changement d’apparence de Kazuhiho. C’est à propos de ce à quoi je m’attendais, mais… oho, toujours surprenant ! C’est comme ça que tu as l’air dans un monde sans fondement magique ! » déclara la Magi-Drake.

Elle gloussa joyeusement pendant qu’elle parlait, mais j’étais encore abasourdi. La Magi-Drake semblait enfin me remarquer et elle me regarda d’un air exaspéré.

« Hmm ! Et qu’est-ce que vous faites tous les deux ? Je vois que vous vous entendez bien tous les deux… Mais je dois dire que vous voir vous enlacer comme ça si tôt le matin est un peu indésirable, » déclara la Magi-Drake.

Elle avait dit que son mari s’amusait quelque part. Je ne connaissais pas grand-chose de la vie familiale d’une Magi-Drake, alors j’avais décidé de ne pas commenter.

Quant à la jeune elfe, son visage devint rouge vif et elle fit sortir une bouffée d’air de son nez. Elle était mignonne alors que ses sourcils s’arquaient de colère, mais je n’avais même pas le droit de regarder. La fille était assise et tenait ma tête, qui était rouge jusqu’aux oreilles, contre son ventre.

« Qu-Qui est indésirable !? S’il vous plaît, habillez-vous pour commencer ! » déclara Marie.

Elle me serrait la tête très fort, mais j’aurais aimé qu’on me relâche. Si seulement elle réalisait qu’avoir mon visage pressé contre son ventre mou était un peu trop dur à supporter…

La draconienne s’inclina, puis regarda les vêtements qui lui avaient été préparés. Elle avait pris un vêtement avec un regard désintéressé, puis elle déclara. « Je suppose que je pourrais… » et elle avait pris le temps de s’habiller à contrecœur.

Heureusement, la fille m’avait finalement relâché, me permettant de respirer à nouveau de l’air frais.

Bon sang, ce matin avait été plein de surprises… Mais il semblait trop tôt pour se sentir soulagé.

« Qu’en est-il de cette extrémité ? Ça ne rentrera pas du tout, » déclara la Magi-Drake.

Elle avait tourné ses fesses vers moi, et j’avais pu tout voir. Son pantalon était coincé en raison de sa queue de dragon, et son derrière en forme de pêche était à moitié exposé… puis Marie m’avait couvert les yeux.

Cela allait sans dire, mais la cuisine était face aux murs, alors j’avais été relâché à la condition que je ne me retourne pas. À en juger par la façon dont Marie m’avait pardonné, il semblait qu’elle avait confiance que je tiendrais ma promesse. Quant à la draconienne, elle n’avait malheureusement pas semblé s’en soucier le moins du monde…

J’avais commencé à faire des onigiris comme prévu à l’origine, mais je n’étais pas sûr du nombre de ces boulettes de riz dont j’aurais besoin. La Magi-Drake pouvait manger deux ou trois boîtes de bento facilement, alors j’avais décidé d’en préparer plus que d’habitude.

J’entendais Marie et elle parler derrière moi, et il me semblait qu’elle parlait en elfique pour qu’elles puissent se comprendre. Apparemment, elle parlait aussi des langues de monstres et anciennes, et elle comprenait ce que nous nous disions lors de notre première rencontre.

Pendant que j’enveloppais les boulettes de riz avec des algues séchées, j’avais entendu la voix impressionnée de Marie derrière moi.

« Oh, votre queue et votre corne… Vous pouvez vraiment les transformer, » s’exclama Marie.

« C’est comme je vous l’ai déjà dit. Vous ne connaissez peut-être pas le terme, mais ma queue et ma corne sont faites de particules magiques, ce qui est semblable à de l’énergie pure. Hm, je sais que vous vous êtes donné la peine de préparer ces vêtements, mais je vais les changer pour quelque chose de plus confortable, » déclara la magie-drake.

Le fait d’entendre des termes comme queue, corne et particules magiques m’avait fait me demander si j’étais vraiment au Japon. J’avais tenu ma promesse de ne pas me retourner, bien sûr, mais j’étais vraiment distrait par la conversation sur le monde fantastique qui se déroulait derrière moi. Je m’étais demandé si le moment n’était pas venu de faire un onigiri.

« Marie, qu’est-il arrivé à sa queue et à sa corne ? » demandai-je.

« Oh, Ooh, wôw… Elles se sont vraiment transformées en vêtements. Ah, c’est bon maintenant. On ne voit rien du tout, » déclara Marie.

C’est bon. C’était bien, ça. J’avais presque oublié que nous étions encore dans le Koto Ward, mais je n’avais pas à annuler notre voyage si elle était capable de cacher sa queue et tout ça. Nous n’aurions pas pu nous promener dehors si elle n’avait pas pu, et Marie avait hâte de faire notre petit voyage aujourd’hui.

Maintenant, en ce qui concerne les onigiris, j’avais décidé de préparer différents types de farce. J’avais essayé de m’assurer qu’elles ne s’ennuieraient pas de la saveur en fournissant une grande variété, y compris de l’umeboshi, du kombu, du furikake, du thon mayo, et de l’okaka.

Pendant que je terminais ça, Marie m’avait parlé par-derrière. « Tu peux te retourner maintenant, Kazuhiho. »

« Oh, bien sûr. J’ai aussi presque fini de les faire, » déclarai-je.

Maintenant que j’avais la permission, je m’étais retourné pour constater que les vêtements de la dragonne avaient complètement changé. Ses longs cheveux noirs étaient toujours les mêmes, mais sa corne et sa queue avaient disparu comme elle le disait. Mais le plus surprenant, c’était qu’elle portait une robe d’une pièce avec les épaules et les cuisses révélées.

« Hmhmhm. Alors, qu’en pensez-vous ? J’ai utilisé les vêtements de Marie comme référence, » déclara la Magi-Drake.

« Hein ? L’avez-vous fait à l’instant ? » Ma voix emplie de surprise s’était fait entendre plus fort que ce à quoi je m’attendais.

La haute qualité avait rendu difficile à croire que cela avait été fait pendant que je faisais des onigiris. Des broderies complexes ornaient sa poitrine et ses hanches. Je n’avais pas pu m’empêcher de pousser un soupir.

Mais je n’avais pas de temps à perdre en la regardant.

« Oh, regardez l’heure, » déclarai-je.

 

 

L’horloge sur le mur annonçait qu’il était presque 6 h 30. Je m’attendais à ce que le voyage dure environ trois heures, alors il était temps que nous partions.

« OK, alors, allons-y. Avez-vous déjà tout emballé ? » demandai-je.

« Ouiiiiii ! »

« Oui ! »

Elles avaient regardé par la fenêtre, mais elles s’étaient précipitées dans la pièce.

Alors, allons vers Chichibu, Madame la Magi-Drake et Mademoiselle l’Elfe, pensai-je.

J’avais rapidement enveloppé les onigiris dans du papier d’aluminium, puis j’avais pris une gourde et je m’étais déplacé vers la porte. J’avais ouvert la porte pour constater qu’il faisait très clair dehors, et j’avais été accueilli par la chaleur du printemps. On devrait pouvoir s’amuser sur le chemin avec ce temps.

Lorsque nous étions descendus dans l’ascenseur et quand nous étions sortis, nous avions vu un homme se brosser les dents en jetant des ordures. Il avait une tête somnolente, mais je l’avais reconnu comme quelqu’un avec qui nous étions déjà allés dîner. Il était le mari du couple Ichijo qui vivait dans le même complexe d’appartement.

« Bonjour, Toru, » déclarai-je.

« Ah, bonjour… ? »

Toru s’était complètement figé en voyant Marie, qui fredonnait comme une fée, et la Magi-Drake, la beauté avec ses longues et fines jambes exposées.

« Ah. Bonjour. Nous partons en voyage. » Marie inclina poliment la tête. La beauté aux cheveux noirs, qui ne comprenait pas le japonais, agita la main.

« Toux, toux, toux… Faites… un bon voyage…, » Toru nous avait fait un signe de la main et nous avait regardés partir.

Le parking était à une courte distance de marche. Marie était montée sur le siège passager comme d’habitude, et le siège arrière était réservé à notre invitée, la Magi-Drake.

En y repensant, Marie avait très peur de la voiture la première fois. D’un autre côté, la Magi-Drake semblait comprendre l’essentiel de la structure du véhicule en regardant à l’intérieur. Elle s’était assise lourdement, puis je la vis me faire un signe de tête magnanime dans le rétroviseur.

Je ne mettais pas de musique d’habitude, mais je suppose que j’étais d’humeur heureux après mon premier voyage commémoratif. J’avais appuyé sur le bouton de lecture du CD que j’avais préparé, et de la musique nostalgique de l’époque Showa avait commencé à jouer. C’était la chanson parfaite pour un voyage au Japon, et on l’entendait encore de temps en temps à la télévision.

« Wôw, ça met vraiment l’ambiance ! Cette ambiance sereine est si japonaise ! » déclara Marie.

« Oh, tu peux déjà le dire ? Alors, commençons notre tout premier voyage au Japon, » déclarai-je.

« « Ouiiiii ! » »

C’était beaucoup plus édifiant avec deux femmes avec moi.

L’atmosphère distincte créée par une voix féminine avait rempli la zone, et la voiture avait quitté le parking alors que le sable crépitait sous les pneus. J’avais gardé les yeux sur la route en appuyant lentement sur l’accélérateur.

Il était temps de partir pour Chichibu.

Le bruit des voitures qui passaient par là se faisait entendre à l’extérieur. Nous étions déjà sur le Shin Oumekaidou, qui était très occupé alors que nous passions d’un tronçon de deux à trois voies. Si nous roulions tout droit sur cette route et que nous prenions la route 299, elle devrait nous mener directement à Chichibu. Il aurait été plus rapide de prendre un train express, mais j’avais pensé que ce serait mieux ainsi puisque j’étais avec l’elfe et la Magi-Drake. Je voulais à tout prix éviter toute sorte d’ennuis.

« C’est assez lent, mais c’est bien que je puisse voyager sans rien faire, » déclara la Magi-Drake.

« C’est bon à entendre. J’avais peur que vous vous ennuyiez, alors je suis soulagé, » répondis-je.

La femme qui s’étirait sur le siège arrière était fondamentalement la maîtresse du monde des rêves. Le niveau estimé de son corps principal se situait facilement dans les quatre chiffres, et d’après les documents écrits, elle avait vécu pendant plus de dix siècles. Je me demandais si un individu si commun comme moi ne devait pas se montrer curieux, mais je m’étais dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter à ce sujet, vu qu’elle semblait si détendue en ce moment.

Dans le rétroviseur, je l’avais vue secouer la tête d’un côté à l’autre.

« Pas du tout. Regarder passer ces bâtiments est très divertissant. Il n’y a, semble-t-il, aucune limite à ce que les humains peuvent accomplir, » répondit la Magi-Drake.

« Cette zone a été très bien développée. Je suppose que c’est surprenant même pour vous, Lady Magi-Drake, » répondis-je.

Il y avait plusieurs immeubles de grande hauteur et des vitrines tape-à-l’œil dans la région de Shinjuku, à Tokyo, et elle les avait observés à travers la vitre avec grand intérêt.

Bien sûr, Marie voyait aussi pour la première fois une ville aussi bien développée. Elle était aussi collée à la fenêtre, et avait laissé sortir un. « Wooow… »

Puis la femme aux cheveux noirs sembla remarquer quelque chose et se tourna vers moi. « Ça doit être dur de s’adresser à moi comme ça. Vous pouvez tous les deux m’appeler Wridra. »

« Alors c’est Lady Wridra. Marie et moi nous sommes interrogés sur votre nom. Celui-ci correspond parfaitement à votre image, » déclarai-je.

Quand je lui avais dit ce que je pensais, j’avais vu Wridra sourire joyeusement dans le rétroviseur. Sa tenue était simple, évasée, noire, d’une pièce et elle avait des chaussures à talons. Mais ses cheveux longs et raides qui descendaient jusqu’aux hanches et ses jambes minces, semblables à celles d’un mannequin, étaient pleins d’un charme mûr qui pouvait attirer la vue de toute personne dans les environs. Elle avait des traits nets, des yeux et des cheveux de couleur nocturne, mais elle donnait une impression qui n’était pas du tout japonaise.

Sur le siège passager se trouvait la jeune elfe, et ses longues oreilles étaient comme d’habitude cachées sous un chapeau. Ses yeux pourpres pâles regardaient la banquette arrière et elle parlait à Wridra avec une expression pleine de curiosité.

« Lady Wridra, puis-je vous demander pourquoi les voitures et les routes ne vous surprennent pas ? Je criais tout le temps quand je les ai vues pour la première fois, » demanda Marie.

« J’en suis venue à comprendre le plus gros de la construction de ces soi-disant voitures. Hm, Marie… Tu n’as pas besoin d’être aussi prudente dans le choix de tes mots. C’est un voyage de loisirs, non ? Moi aussi, j’aimerais me détendre et profiter de l’autre royaume, » déclara Wridra.

En entendant cela, la fille me regarda avec des yeux ronds. Elle semblait se demander si nous pouvions être aussi irrespectueux envers une créature au statut légendaire. Puis nous avions entendu que la question interne répondait avec confiance. « Oui, vous pouvez le faire. »

Je m’étais éclairci la gorge, puis j’avais lentement ouvert la bouche.

« Compris, Lad… Wridra. C’est peut-être un peu à l’étroit pendant un certain temps, mais tu peux attendre avec impatience les sources chaudes quand nous y serons, » déclarai-je.

« Oui, je suis excitée à leur sujet. Mmm, c’est merveilleux de ne pas avoir de responsabilités, » déclara Wridra.

Marie et moi avons ri à haute voix face à son expression négligente. Malgré son apparence digne, son état émotionnel était toujours facile à comprendre, et nous avions pu interagir avec elle avec notre esprit à l’aise. C’était peut-être un dragon légendaire, mais elle n’était plus qu’une amie avec qui nous passions du temps, alors nous devrions la traiter comme telle quand nous lui parlions.

Marie semblait comprendre mon sentiment et s’était aussi un peu détendue.

***

Partie 2

Ma voiture avait roulé sur la route Shin Oumekaidou tout en jouant de la musique plus nostalgique. Je ne voulais pas payer les péages autoroutiers, alors j’avais pris cette route, et nous avions dû partir au bon moment, car il n’y avait pratiquement pas de circulation.

« La langue japonaise est si expressive, et pas seulement en musique. J’ai remarqué récemment qu’il y a tellement de mots que je ne peux pas exprimer dans les langues de l’autre monde. Je pense même parfois en japonais, » déclara Marie.

« Oh, je comprends ça. Je pense à la façon dont je devrais communiquer quelque chose la plupart du temps, » répondis-je.

Elle m’avait giflé le bras tout en acquiesçant d’un signe de tête heureux. Ces choses étaient assez courantes lors de l’apprentissage d’une autre langue.

« Ces chansons douces en sont un bon exemple. Ils sont si pleins d’émotion, et je peux presque imaginer les scènes qui sont décrites, » déclara Marie.

« Hm. Cela me fait penser à un barde, mais avec beaucoup d’autres instruments. Bien que je ne comprenne pas encore le sens des paroles… Ah, donc tu as étudié le japonais, Marie ? » demanda Wridra.

La jeune fille se retourna fièrement avant de dire. « Bien sûr ! »

« J’ai été surprise lorsque je suis arrivée ici pour la première fois, mais il y a tant de choses à apprécier, » continua Marie. « Il y a beaucoup de livres et de films différents, et d’innombrables types de vêtements. Je veux profiter pleinement de tout cela, donc je ne peux pas me permettre de ne pas apprendre le japonais. »

« Hein ? Je pensais que la nourriture est la chose que tu aimes le plus, » déclarai-je.

Dès que j’avais dit cela à voix haute, les yeux de la jeune fille s’étaient illuminés comme si elle venait de se souvenir de quelque chose, puis elle avait mis ses bras autour de son siège arrière. La voir agir comme si elle parlait à un vieil ami me rassurait. Son expression semblait alors devenir encore plus douce.

« Oh oui, la nourriture de ce pays est tellement incroyable ! Cela m’a même fait tourner en rond dans la pièce juste à y penser. Je suis sûre que ça va t’époustoufler, Wridra, » déclara Marie.

« Ha, ha, ha, je serais très impressionnée si c’était vrai. Si cela se produit, j’autoriserais le cuisinier à prétendre que sa nourriture a été validée par une Magi-Drake, » répondit Wridra.

Marie… tourner en rond dans la pièce ? Pas étonnant qu’elle soit si intéressée par ce plat de cuisson au four. Elle m’avait demandé la recette plusieurs fois, pour qu’elle puisse éventuellement la faire elle-même.

Oh, cette conversation m’avait fait me souvenir que j’avais préparé des boulettes de riz pour nous. La route n’était pas si longue, mais nous n’avions pas encore déjeuné. J’avais demandé à Marie de les sortir, et elle avait pris les conteneurs et les cantines pour moi. Elle avait ouvert la feuille d’aluminium ridée et l’arôme qu’elle contenait commença à remplir la voiture. Cela semblait les mettre en appétit, parce que j’entendais leurs deux estomacs gronder d’un seul coup. J’avais souri, pensant qu’elles étaient presque comme des sœurs.

« Qu’est-ce que c’est que cet objet triangulaire noir ? Hmm, ça sent bon, » déclara Wridra.

« Tu peux mordre dedans juste comme ça. On les appelle des boulettes de riz, et c’est un repas léger qui ressemble un peu au pain de l’autre monde. Ils sont très pratiques lorsque tu es en déplacement, comme nous le sommes maintenant, » expliquai-je.

Wridra avait pris une boule de riz au thon et Marie avait choisi l’okaka. Je leur avais dit de commencer sans moi et de s’amuser puisque je conduisais, et elles avaient toutes les deux mordu dans leur nourriture en même temps.

Les boulettes de riz étaient encore un peu chaudes et le parfum des algues séchées passait par leur nez. La douceur naturelle du riz remplissait leur bouche à chaque mastication. Vous ne pouvez pas sous-estimer la nourriture comme des boulettes de riz. Après la saveur initiale réconfortante, les ingrédients au milieu de la boule de riz vous prendraient par surprise.

Alors que la salinité et la douceur se confondaient, les yeux de Wridra s’ouvrirent en grand. Lorsque le riz était mélangé avec du thon et de la mayonnaise, sa saveur devenait riche et crémeuse. Le goût changeait à chaque bouchée, et la douceur et la texture étaient vraiment trop agréables.

La voiture était silencieuse pendant que les deux femmes mâchaient sans mot leur nourriture.

« Oh, peut-être qu’on devrait ouvrir la fenêtre…, » déclarai-je.

« Délicieux ! Cette saveur crémeuse est-elle du thon à la mayonnaise !? Non, je ne peux pas permettre à un jeune enfant de manger de telles choses, pour son avenir ! Celui-là, celui-là et celui-là sont tous à moi. Quoi que vous fassiez, ne les touchez pas ! » déclara Wridra.

« Mmm, la boule de riz okaka est si bonne. C’est ce que les chatons aiment manger, n’est-ce pas ? Chaque grain de riz est plein de saveur, » déclara Marie.

« Quoi… !? Que dirais-tu d’en échanger une contre l’un de mes thons à la mayonnaise ? » demanda Wridra.

Je craignais qu’une boule de riz n’atteigne le titre de tueur de dragons à ce rythme… Il semblerait que les critères de goût de Wridra pour la bonne nourriture soient toujours aussi bas.

Mais personnellement, j’étais content qu’elle trouve le riz bon. Je l’imaginais carnivore, donc cela aurait été dur de profiter de son séjour au Japon si elle n’aimait pas le riz.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était de voir à quel point elles étaient surprises par le thé chaud.

« Il est chaud ! Mais c’est comme si c’était fraîchement infusé… Est-ce magique ? » demanda Marie.

« Hein ? Non, ça s’appelle un thermos, et…, » répondis-je.

« “Thermos” ? Est-ce le nom du sort ? J’ai toujours soupçonné qu’il y avait un Grand Sorcier quelque part au Japon depuis que j’ai vu cette tour. Maintenant, j’en suis sûre, » déclara Marie.

Je ne savais pas trop comment l’expliquer. La tour qu’elle avait mentionnée était l’un des gratte-ciel de Tokyo, qui était visible de chez moi. Bien qu’elle n’allait probablement pas être convaincue avant que je ne l’y emmène.

La conversation avait duré un peu plus longtemps, mais Marie avait fini par l’oublier parce que son estomac se remplissait de plus en plus.

***

En arrivant sur la route 299, la route était devenue beaucoup moins fréquentée. En ville, les taxis allaient souvent se placer dans votre voie et freiner soudainement devant vous et c’était particulièrement effrayant, alors vous ne pouviez pas vraiment rouler tranquillement. Mais maintenant que nous étions à Saitama, je n’avais plus à m’inquiéter pour ça.

Nous avions commencé à voir plus de terres agricoles dans la région, et on pouvait voir des montagnes au loin. Cela m’avait aussi rendu la conduite agréable.

C’était un peu plus animé qu’avant avec les deux filles qui chantaient en même temps que les chansons. Je pense qu’elles avaient commencé par dire que c’était pour leurs études du japonais, alors que c’était essentiellement du karaoké.

Ce qui m’avait surpris, c’était la rapidité avec laquelle elles apprenaient. Marie était déjà habituée au japonais, mais Wridra s’habituait déjà à la prononciation, même si c’était la première fois qu’elle utilisait cette langue. Elle était incroyablement rapide à tout saisir, et je me demandais si elle avait une sorte de compétence qui l’aidait à assimiler les connaissances.

L’elfe chantait d’une belle voix, et celle de Wridra était aussi étonnamment belle. Même les chansons douces et sereines avaient été transformées en chansons joyeuses par leur duo.

Une fois qu’elles avaient fini de chanter, elles avaient toutes les deux ri avec leur bouche grande ouverte, et je ne pouvais m’empêcher de sourire. C’était tellement splendide et exaltant d’avoir des femmes comme elles pendant le voyage.

Wridra semblait de bonne humeur et avait mis les bras autour du siège du conducteur. Elle parlait si fort que je sentais son souffle me chatouiller l’oreille.

« Alors, Kazuhiho, y aura-t-il un volcan à ces sources chaudes ? » demanda Wridra.

« Non, il n’y en a pas à Chichibu. Nous allons juste jeter un coup d’œil aujourd’hui, mais j’aimerais aussi aller un jour à d’authentiques sources d’eau chaude volcaniques, » déclarai-je.

Oh, c’est vrai. Il y avait un gros problème avec ça…

Cela allait de soi, mais la jeune elfe avait de longues oreilles d’elfe. Je venais de me rappeler que c’était la raison pour laquelle j’avais choisi une chambre avec salle de bain privée.

« Hmm ? Des oreilles, tu dis ? » demanda Wridra.

Wridra avait tenu une oreille de l’elfe entre deux doigts et l’avait regardée fixement. J’avais failli l’oublier par moments, mais nous étions au Japon, et je ne savais honnêtement pas ce qui se passerait si quelqu’un nous voyait. Même s’il s’agissait d’un pays plein de gens polis, cela pourrait devenir une grande nouvelle si elle était découverte, et les journalistes pourraient se précipiter vers nous avec des questions. Je l’avais donc dit à Wridra, et ses yeux d’obsidienne avaient cligné.

« Hm. Donc, ses oreilles ont simplement besoin d’être cachées, non ? » demanda Wridra.

« Hein ? Mais elle ne peut pas les cacher sans son chapeau, ce qui veut dire qu’elle ne pourrait probablement pas aller dans les sources chaudes, non ? » demandai-je.

« Viens ici, Marie, » déclara Wridra.

Nos yeux s’étaient écarquillés, puis le siège de Marie avait été incliné vers l’arrière. Je pouvais sentir qu’elles faisaient quelque chose, mais en tant que conducteur, je ne pouvais pas détourner le regard de la route.

Lorsque le siège du passager avait finalement été remis dans sa position initiale…

Le feu était devenu rouge et j’avais lentement immobilisé la voiture. J’avais remarqué que la jeune fille me fixait, alors je m’étais tourné vers elle. Là, j’avais vu Marie sans son bonnet de tricot, et le temps sembla se geler un instant.

« Ah ! Tes oreilles ont disparu… ? Hein ? Que s’est-il passé !? » demandai-je.

Les oreilles d’elfe qui auraient dû être là n’étaient plus là, et à leur place se trouvaient ses cheveux blancs et tressés. Le feu est devenu vert et le conducteur derrière moi avait klaxonné, alors j’avais recommencé à rouler dans un état d’agitation.

Apparemment, ma réaction avait été plutôt drôle. Wridra gloussa, puis rapprocha son visage et révéla son tour.

« Ha, ha, ha, j’ai fait des ornements de cheveux pour Marie en utilisant mes particules magiques. Regarde, ils sont complètement couverts et invisibles aux yeux du public, » expliqua Wridra.

« Quoi ? Mais c’était des cheveux… Attends, tu peux aussi faire des cheveux ? » demandai-je.

« Ce n’est pas tout. Je l’ai réglé pour qu’il suive des commandes simples, comme “nouer” et “dénouer”. Maintenant, elle devrait pouvoir sortir comme bon lui semble, » expliqua Wridra.

J’avais finalement commencé à le comprendre quand nous nous étions arrêtés au feu rouge suivant. Je ne savais pas grand-chose des soi-disant particules magiques, mais elle les utilisait pour recréer les cheveux blancs de Marie et couvrir ses oreilles, puis les attachait sur le dessus. Ses lobes d’oreille étaient apparus comme si elle était humaine, la faisant passer pour une fille ordinaire.

Une belle fille !

Je me sentais comme dans une publicité de fin de soirée qui disait à plusieurs reprises « Incroyable ! », mais c’était vraiment le cas. C’était rendu à tel point que je la regardais et la touchais chaque fois que nous nous arrêtions à un feu rouge. Cela avait l’air si naturel et couvrait complètement ses oreilles d’elfe.

Celle qui était la plus heureuse de toutes, c’était Mariabelle elle-même.

« Ohhhh, je n’aurai plus à m’inquiéter que ma tête se sente étouffée quand je sortirai à partir de maintenant ! C’est si confortable, Wridra ! » déclara Maria.

« Je suis vraiment étonné. La technologie moderne est assez avancée, mais nous ne pouvons pas vraiment faire quelque chose d’aussi naturel. Je suppose que c’est le pouvoir d’une grande Magi-Drake, » déclarai-je.

« Tu peux me complimenter davantage. Kufufufu, les enfants des hommes sont certainement adorables, » déclara Wridra.

Je trouvais Wridra mignonne, en la voyant sourire tout en étant tant heureuse.

En tout cas, cela avait été extrêmement utile. Je me sentais mal de faire porter un chapeau à Marie dans la chaleur étouffante du Japon, et nous n’aurions pas à nous inquiéter maintenant de son bonnet en mangeant dans un restaurant.

« Tu pourras aussi profiter des sources chaudes extérieures quand nous y serons. Et si je nous achetais quelque chose de délicieux sur ce parking en guise de remerciement ? » demandai-je.

« H-Hm, je suppose que je ne peux pas refuser un gage de gratitude. Je l’accepte. Je suis après tout une vraie moralisatrice en matière d’étiquette. Si tu insistes, je n’ai pas le choix, » déclara Wridra.

Un repas léger en guise de paiement n’était rien en comparaison de ce qu’elle nous avait donné.

Avec l’accord de la Magi-Drake, j’étais entré dans le parking sur notre gauche. C’était un petit coin de repos confortable à la campagne. Le petit commerce n’était pas très grand, mais il semblait vendre une variété de produits.

« Il y a des spécialités locales dans chaque région du Japon, donc ils ont peut-être quelque chose comme ça ici aussi, » déclarai-je.

« Hé, tu recommences à piquer mon intérêt comme ça…, » déclara Marie.

La jeune fille riait avec ses cheveux d’un blanc pur et semblait encore plus radieuse que d’habitude. Cela m’avait fait réaliser à nouveau à quel point j’étais heureux de l’avoir emmenée en voyage.

Notre voiture avait ainsi été garée sous le ciel bleu. Nous nous étions rendu compte que nous étions entourés de verdure et que l’air était différent de celui de la ville.

***

Partie 3

La pomme de terre miso. Il s’agissait de la spécialité du Chichibu.

Il s’agissait d’une pomme de terre enrobée de pâte à frire, puis recouverte d’un miso épais. C’était une collation si courante pour les résidents qu’ils pensaient apparemment qu’elle était consommée dans tout le Japon.

Les arbres s’étendaient vers la route, formant une sorte de tunnel naturel. C’était une très belle vue, mais j’avais senti une paire d’yeux me regarder depuis l’arrière. J’avais acheté la friandise locale comme cadeau pour Wridra, la Magi-Drake, mais il semblait que son apparence n’avait pas répondu à ses attentes.

« C’est tout à fait fade pour un gage de gratitude…, » déclara Wridra.

« Est-ce vraiment une spécialité locale ? On dirait une pomme de terre en brochette, » déclara Marie.

Déclaré comme ça, je n’avais pas pu m’empêcher de me sentir un peu mal pour la pomme de terre…

Nous étions retournés à la voiture, et les filles avaient chacune une brochette de couleur rousse à la main. Il était vendu dans la section des plats ménagers sur le stand, et sa modeste présentation avait dû réduire leurs attentes de façon drastique.

« Hehe, faites un essai. L’apparence différente du goût fait partie du charme de la cuisine japonaise, » répondis-je.

Les deux femmes hochèrent la tête face à ma suggestion, et le bruit alors qu’elles mordaient dans leur nourriture résonna dans toute la voiture.

Puis, leurs yeux s’étaient écarquillés.

La texture crémeuse et fondante ressemblait davantage à de la purée de pommes de terre.

« Muoh ! »

« Mmm… !? »

Elles avaient mâché sans mot, puis leurs yeux s’étaient dirigés vers moi. Je pense qu’elles essayaient de dire. « Qu’est-ce que c’est ? » mais leur bouche était trop remplie.

Les pommes de terre avaient généralement un goût plutôt ordinaire. Mais lorsqu’elle était mélangée à du miso sucré épicé, cela fait ressortir la douceur naturelle et la profondeur de la saveur de la pomme de terre. La pomme de terre crémeuse s’était transformée en une saveur complexe et, lorsqu’elle avait été avalée, l’arôme de l’yuzu était passé par le nez et avait stimulé encore plus l’appétit. Leurs estomacs semblaient exiger qu’elles mangent plus, et elles avaient mordu dans la pomme de terre numéro deux.

« Mmf, c’est simple, mais tellement délicieux ! Ce miso rehausse la saveur de façon fantastique ! » déclara Marie.

« Mmm, tu as raison ! C’est tellement différent que ça en a l’air ! C’est crémeux, aigre et épicé, et l’arrière-goût est une saveur d’yuzu parfumée ! » déclara Wridra.

Leur opinion sur le plat semblait s’être inversée, ce qui avait donné un score élevé pour les pommes de terre miso.

Mais selon moi, c’était un peu « trop local », et si courant dans les maisons ici qu’il n’était pas traité comme quelque chose de remarquable dans ce magasin. C’était aussi presque trop abordable à 100 yens, et j’avais l’impression qu’ils auraient pu un peu augmenter le prix.

Quoi qu’il en soit, nous étions arrivés à destination sans aucun problème. Non seulement il y avait beaucoup moins de circulation que je ne l’imaginais, mais les conversations et les chants de la Magi-Drake et de l’elfe avaient fait passer les trois heures comme si de rien n’était. J’étais un peu inquiet parce que j’avais à peine l’occasion de conduire loin, mais je m’étais rendu compte qu’il n’y avait plus rien à craindre maintenant.

Nous étions sortis de la voiture, et la jeune elfe s’était bien étirée, les bras écartés. C’était un geste qui semblait approprié pour un temps clair et agréable.

Nos yeux s’étaient croisés, et elle avait plissé ses jolis sourcils.

« Tu me regardes encore. Je pense que tu me regardes et que tu ris beaucoup trop, » déclara Marie.

« Haha, tu avais l’air d’apprécier cet étirement. As-tu mal au dos ? » demandai-je.

Elle s’était dépoussiérée, puis s’était retournée pour diriger ses fesses vers moi. Sa robe d’une seule pièce était parfaite pour le printemps, avec des couleurs vives qui lui allaient bien.

« Juste un petit peu. Mais ce n’est rien comparé à l’équitation. Cela peut laisser une douleur qui dure une demi-journée. Et tous ces balancements font qu’il est difficile d’apprécier la vue, » répondit Marie.

« Maintenant que tu le dis, je n’en ai pas vraiment beaucoup monté avant. Les chevaux font un peu peur, tu sais ? Et ils me mordent la tête tout le temps, ce qui a tendance à me faire mal…, » répondis-je.

La jeune fille gloussa, puis fit un sourire éclatant qui correspondait à ses cheveux blancs. En voyant la belle expression de son visage, j’avais pour une raison inconnue senti une sensation de fraîcheur dans ma poitrine.

Chiirrp chirp chirp chirp…

En entendant le bruit soudain, nous avions tous les deux levé les yeux vers les bois. Il semblait qu’elle ne connaissait pas les rossignols et qu’elle regardait l’oiseau avec des yeux écarquillés.

Tandis que je me tenais à côté d’elle, nous nous tenions naturellement la main l’un et l’autre, regardant les montagnes qui se répétaient à l’infini et la vue qui s’offrait sur les terres agricoles.

« C’est un endroit si paisible. C’est tellement différent de chez nous, » déclarai-je.

« Ça l’est vraiment. Mais j’aime aussi l’atmosphère calme de ta chambre. Ça me rappelle un peu l’inarizushi, » déclara Marie.

Oui, elle avait recommencé avec ses commentaires mystérieux. Je m’étais dit que parfois, elle pouvait très bien agir comme une fille.

Elle était très impressionnée, et rien qu’en l’écoutant, j’avais souri. Je lui avais demandé sans mot ce qu’elle voulait dire, et elle m’avait serré dans ses bras.

« C’est l’impression que j’ai. Je me sens toujours un peu excitée, » déclara Marie.

« Je ne suis pas sûr de comprendre, mais je suis content que ça te plaise, » répondis-je.

Aussi étrange que cela puisse paraître, la voir comme ça me rendait heureux d’être en vie.

Elle souriait joyeusement, et j’étais sûr qu’elle était encore plus expressive que d’habitude. Peut-être était-ce parce qu’elle en était à son premier voyage, ou parce qu’elle n’avait plus besoin de porter un chapeau.

Quant à la Magi-Drake qui nous avait aidés à y arriver, elle nous souriait en posant ses coudes sur la voiture. Son expression douce pendant qu’elle veillait sur nous était comme celle d’un parent. J’avais presque oublié que nous étions là pour soulager son stress.

Les lèvres d’une Wridra aux cheveux noirs se plissèrent vers le haut, formant un sourire envoûtant.

« C’est étrangement agréable de voir à quel point vous vous entendez bien. J’ai l’impression que mon cœur lourd sera guéri avant même d’entrer dans les sources chaudes, » déclara Wridra.

C’était un peu gênant d’être décrit comme ça, et la jeune elfe m’avait vite lâché. Puis, Wridra leva la main comme pour arrêter Marie.

« Oh, non, c’est bon. Je veux que vous soyez vous-mêmes. J’ai vécu longtemps, mais c’est toujours réconfortant de voir des enfants de l’homme se réunir, » déclara Wridra.

À en juger par son expression, elle n’avait pas l’air de dire ça pour se moquer de nous.

La jeune elfe sembla hésiter une seconde. Puis, le visage devenant légèrement rose, elle avait décidé de continuer à me tenir la main. J’avais suivi son regard pour trouver une porte juste après le parking, et il y avait un bâtiment qui semblait être là pour accueillir les voyageurs.

« D’accord, allons à l’auberge, » déclarai-je.

Les filles avaient répondu à ma suggestion en s’exclamant « Super ! » et elles levèrent les poings. Voyant à quel point elles étaient excitées, il était étrange de penser que l’une d’elles était une elfe qui avait vécu plusieurs centaines d’années et que l’autre était une dragonne qui avait plus de dix siècles.

Nous étions arrivés à une auberge ayant une apparence tranquille et un style bien japonais. Il y avait un petit portail et un jardin japonais, et les filles regardaient autour d’elles avec grand intérêt. Il utilisait efficacement le petit espace à la japonaise, et le bâtiment dégageait une atmosphère rurale et chaleureuse.

J’avais ouvert la porte pour trouver la réception juste devant l’entrée. L’intérieur était également très japonais, et les deux filles avaient la bouche ouverte vers le plafond, avec des poutres apparentes qui donnaient à la pièce une impression d’ouverture.

« Hmm, j’aime l’atmosphère. J’ai l’impression que des créatures bizarres vivent ici, » déclara Marie.

« Quoi ? Vraiment ? J’adorerais ça ! » déclara Wridra.

Ahh, ça doit être l’influence des animes. Mademoiselle l’Elfe avait semblé s’intéresser aux bâtiments de style japonais et avait regardé les tableaux et les piliers des shoji pendant que je m’occupais de l’enregistrement.

Selon l’employée, il y avait deux types de vêtements pour se promener dans les lieux. Nous pouvions choisir entre un type de vêtement de travail appelé samue et des yukatas aux couleurs vives. Les deux filles pointèrent les yukatas avec vigueur, tandis que j’optais pour le samue.

« Mais euh, pourquoi ne choisirais-tu pas le même que nous ? Celui-ci est tellement plus joli, » déclara Marie.

« J’aime tout simplement porter des vêtements dans lesquels je suis à l’aise, » répondis-je.

« Non, ce n’est pas ça. Depuis que tu es enfant, tu aimes les vêtements dans lesquels tu peux te balader facilement. C’est évident rien qu’en regardant ton visage, » déclara Marie.

Son raisonnement était plutôt négatif, mais pour une raison quelconque, je ne pouvais pas le nier…

Nous étions allés jusqu’au plancher de bois dans le couloir et nous nous étions dirigés vers la pièce que j’avais réservée. L’intérieur de l’auberge était plus propre que prévu, et le design avait un charme japonais distinct.

Il y avait une étendue d’eau visible depuis le couloir, et les filles regardaient avec curiosité les kois colorés qui s’y baignaient.

« Oh ! Regarde, Wridra ! Ces poissons ont des motifs si étranges ! » déclara Marie.

« Hmm, tu as raison. Un poisson de cette taille est très certainement à manger, » déclara Wridra.

Non, ça ne l’était certainement pas. J’espérais vraiment qu’elle n’avait pas l’intention de l’attraper…

Ce n’était pas étonnant que Madame Ichijo nous ait recommandé cet endroit. Il n’y avait rien de tel dans notre quartier, et j’avais décidé de lui offrir un souvenir sur le chemin du retour.

C’est ainsi que nous étions finalement arrivés dans notre chambre et avions trouvé son intérieur serein qui nous attendait. Les yeux de la jeune elfe brillaient lorsqu’elle devint la plus excitée d’entre nous tous en sentant le léger parfum du tatami.

« Oooh ! Tatami ! Regardez, regardez, un tatami au sol ! » déclara Marie.

« Ces tapis sont-ils faits de paille… ? Les Japonais ont certainement des mains habiles. Bien que… les yeux aiguisés et la précision requise semblent être un peu au-delà de celle d’un humain normal, » déclara Wridra.

« C’est vrai. Calmons-nous pour aujourd’hui. Tiens, Marie. Vas-y et ouvre l’écran shoji, » déclarai-je.

La fille avait cligné des yeux et m’avait regardé, puis avait semblé réaliser quelque chose et s’était précipitée vers l’écran shoji. La lumière du soleil se répandit en la faisant glisser vers l’intérieur, et on pouvait voir maintenant le petit jardin se trouvant à l’extérieur…

« Ah ! Un bain ! Hein ? Pourquoi est-ce dehors ? » demanda Marie.

« C’est un bain en plein air, donc tu peux regarder le ciel pendant que tu te baignes dedans. Tu peux utiliser celui-ci ou le grand bain que nous avons vu sur le chemin de notre chambre, » déclarai-je.

Je lui avais demandé ce qu’elle voulait faire, et ses yeux avaient commencé à briller. J’avais toujours su à quel point elle aimait les bains, donc un tel lieu pour une personne avec une telle ouverture d’esprit la rendrait heureuse.

« Les deux ! Mais je veux d’abord essayer le grand ! » déclara Marie.

« Très bien, alors profitons au mieux de notre temps ici. Nous pouvons profiter des sources chaudes toute la journée aujourd’hui, » répondis-je.

La jeune fille frissonna, à peine capable de contenir son excitation. Le visage de Wridra s’éclaira aussi.

Je m’étais dit que Marie était très douée pour exprimer sa joie. Je sentais son cœur battre comme son corps était contre le mien, et elle pressait sa tête contre moi tout en faisant des sons inintelligibles. Puis elle leva les yeux vers moi, et ses lèvres colorées se séparèrent lentement.

« Je suis si excitée. Je me suis toujours demandé… pourquoi m’apprends-tu toujours des choses aussi amusantes ? » demanda Marie.

« Hmm, je pense que… c’est probablement parce que c’est amusant pour moi aussi, » répondis-je.

Elle avait relâché une bouffée d’air de son nez, qui avait été de nouveau pressé contre moi. Ses yeux pourpres pâles avaient regardé dans les miens, puis sa bouche s’était ouverte une fois de plus.

« M’apprendras-tu à porter le yukata ? » demanda Marie.

Quand une fille adorable vous demandait ça, tout ce que vous pouviez faire, c’était de répondre par « Avec plaisir ».

Son sourire était contagieux, et je sentais un sourire s’élargir sur mon propre visage.

***

Partie 4

Cela avait été assez animé quand elle s’était habillée. Les deux filles semblaient très intéressées par les yukatas colorés, et je pouvais entendre leurs voix joyeuses derrière moi pendant que j’étais assis dans le jardin. Le simple fait d’écouter leurs cris heureux m’avait aussi mis de bonne humeur.

C’était étrange de penser qu’il y a tout juste un mois, j’étais un salarié qui ne vivait que pour passer son temps seul alors que le rêve était mon seul passe-temps.

« Hmm, je pense que c’est à peu près ça… Pourrais-tu vérifier ça très rapidement ? »

Je m’étais retourné en réponse à la voix de la jeune fille, puis je m’étais immédiatement retourné vers le jardin. Une beauté aux cheveux noirs se tenait derrière Marie, et son derrière pâle était visible sous le yukata ouvert.

Hmm… Une image si puissante… Son manque de modestie était un peu troublant. C’était peut-être parce qu’elle était en mode vacances, mais j’avais aussi l’impression que Marie était moins prudente que d’habitude.

« Je vais vérifier ceci. Viens ici, Marie, » déclarai-je.

Elle avait vite trotté vers moi, et une fille aux joues rouges était apparue devant moi. Je l’avais prise par les mains et je l’avais mise devant moi. J’avais replacé la corde autour de sa taille, puis j’avais fait quelques ajustements plus fins au niveau de sa poitrine. On aurait dit qu’elle aimait qu’on s’occupe d’elle comme ça, et elle me laissait joyeusement m’occuper d’elle sans opposer la moindre résistance. Son expression heureuse, alors qu’elle étendait les bras en avant, était plus que ce que je ne pouvais demander en tant qu’individu qui l’habillait.

« … Ça devrait suffire. Montre-moi ton dos, » déclarai-je.

Je l’avais prise par la main, je l’avais retournée et elle avait gloussé légèrement. Après quelques derniers ajustements à sa ceinture, Mademoiselle l’elfe avait pu porter avec succès son yukata. Son sourire quand elle se retournait était comme une fleur en pleine fleuraison, et elle m’avait fait une adorable « Merci ».

« Ah, alors c’est à ça que ça doit ressembler, » déclara Wridra.

Wridra avait jeté un coup d’œil de derrière l’écran shoji, et j’avais été stupéfait quand j’avais vu ses épaules et ses clavicules exposées. Sa peau était aussi d’un blanc pâle, et elle avait une allure puissante et mature avec ses cheveux noirs se répandant sur sa peau douce.

Maintenant que j’y pense, elle avait parlé de particules magiques tout à l’heure. Le contour de son yukata changea de forme devant nos yeux et enveloppa sa peau en ayant appris en observant Marie. C’était un spectacle tout droit sorti du royaume de la fantasy, et une impossibilité dans le Japon que je connaissais… Mais c’était dès le départ une résidente d’un monde imaginaire, donc je n’avais pas à m’en faire pour ça.

« OK! Alors, allons à la grande source d’eau chaude. Avez-vous toutes les deux vos serviettes ? » demandai-je.

« « Oui ! » »

Elles souriaient vivement en levant avec enthousiasme un bras en l’air. Je les avais amenées hors de la pièce et elles me suivirent, fredonnant en bondissant derrière moi.

Le silence remplissait la pièce, et elle devint colorée par la lumière du soleil. Cela allait les accueillir chaleureusement à leur retour.

 

***

 

Le vestiaire était rempli de vapeur et sentait faiblement les sources chaudes.

Marie s’était mise à l’affût de cette odeur mystérieuse, et ses yeux avaient rencontré une autre cliente japonaise qui s’y trouvait.

En tant que visiteuses d’un monde imaginaire, les deux filles ne pouvaient s’empêcher d’attirer l’attention sur elles, ce qui la rendait timide à l’idée de retirer son yukata.

Mais la Magi-Drake avec elle n’avait pas l’air de s’en faire du tout, et elle avait révélé son corps nu sans hésitation.

Mariabelle était inquiète quand j’avais invité la Magi-Drake pour la première visite dans ce monde.

Mais maintenant, elle semblait apprécier le fait qu’elle avait un compagnon.

Wridra lui avait souri, mais il n’était pas clair si elle était consciente de ce sentiment.

Cela l’avait encouragée à ne pas tenir compte des yeux, à se déshabiller et à mettre ses vêtements dans le casier.

Finalement, elle avait posé son sac à cordon sur le dessus, puis l’avait regardé avec ses yeux violet pâle.

Il lui avait remis ceci plus tôt, et il lui avait dit qu’il contenait quelque chose qu’on appelle une « allocation ».

Apparemment, elle pourrait l’utiliser pour acheter quelque chose après être sortie du bain.

Mais plus important que l’argent, c’était que la pochette présentait une photo d’un poisson rouge dessinée dessus, et cela la rendait heureuse de savoir que je savais ce qu’elle aimait.

En vérité, c’était si intense que le sourire qu’elle avait réfréné jusqu’à maintenant se répandit sur son visage.

« Hmhm, c’est un homme diligent. Je vois qu’il pense très fort à toi, Marie, » déclara Wridra.

« J-Je ne penses pas que c’est ainsi. Il est juste très prévenant, presque comme une femme… et il est très gentil, » répondit Marie.

Elle avait un peu rougi, puis referma le verrou en toute hâte.

La femme qui la regardait avait des proportions incroyables. Elle se tenait là, la main à la taille, alors qu’elle avait fait un sourire amusé.

La fille avait senti ses joues se réchauffer pour une raison inconnue, puis elle avait poussé Wridra vers les sources chaudes.

« Ahahahahaha ! Regarde comme ton visage est rouge ! Tu es une telle jeune fille, » déclara Wridra.

« Arrête de rire autant ! Je te donnerais une fessée si tu n’étais pas une Magi-Drake, » répliqua Marie.

Ce commentaire n’avait fait que faire encore plus rire Wridra.

Il y avait une vraie différence de hauteur de tête entre elles, mais elles avaient presque l’air d’être des sœurs.

Alors qu’elles sortaient de là, elles avaient découvert qu’il n’y avait pas de plafond et qu’un ciel bleu les attendait.

La lumière du soleil printanier était chaude, et il y avait les sources chaudes devant elles, avec l’odeur distincte des arbres dans l’air.

La fille n’imaginait pas seulement cette odeur d’arbre.

Les sources chaudes contenaient des gaz émis par les arbres, et lorsqu’elles seraient entrées dans la source, elles auraient alors l’impression d’être entourées d’une forêt luxuriante.

Le cœur de l’elfe féerique battait fortement en raison de l’impatience alors qu’elle plongeait son pied dans l’eau.

La couleur et le parfum légèrement nuageux qui les faisaient se sentir comme si elles étaient entourées d’arbres, et la texture glissante de l’eau avaient fait que leurs deux yeux s’étaient élargis en s’immergeant dans l’eau le pied le premier.

Après que l’intégralité de leur corps soit submergée, elles avaient toutes les deux libéré un « Oof... »

« Aaahhhh, tant d’eau chaude… C’est tellement luxueux ! » déclara Marie.

« Nng ! Il y a une certaine lourdeur dans cette eau. Mais je peux la sentir s’infiltrer dans mon corps fatigué. C’est merveilleux, » déclara Wridra.

Elles sentirent leur corps frémir alors que l’eau légèrement visqueuse enveloppait et réchauffait doucement leur corps.

Elles s’étaient lavées tout à l’heure, et leurs cheveux étaient maintenant enveloppés dans une serviette.

Marie s’était assurée que ses longues oreilles étaient toujours cachées, alors maintenant elle profitait de l’eau sans soucis.

Il n’y avait presque personne d’autre, et elles avaient vécu une expérience extravagante alors que c’était presque que pour elles.

« Ahhhh… C’est donc une source chaude… Cela va me corrompre en tant qu’elfe…, » déclara Marie.

« Quelque chose comme ça de temps en temps ne peut pas faire de mal… Bien que cela ne me dérange pas du tout si cela me corrompt en tant que dragon…, » répondit Wridra.

Enveloppées par la chaleur de l’eau, elles poussèrent un soupir satisfait.

Il y avait des cyprès japonais autour d’elles, ainsi que des arbres verts à proximité.

Ces sources chaudes étaient probablement habituées à guérir de leur fatigue les voyageurs.

En raison du volume d’eau, le simple fait de se déplacer n’avait pas fait éclabousser, et provoquer des vagues sur elle.

Alors qu’elle s’étirait ses jambes et prenait une grande respiration, son derrière flottait naturellement jusqu’en haut de l’eau.

Elle était dans le monde du bain.

Elle s’était rendu compte à quel point les sources chaudes offraient une culture profonde.

Puis elle avait tendu les deux jambes et les deux bras.

 

 

Le ciel bleu s’étendait au-dessus de leurs têtes, et toutes les deux laissaient échapper une autre grande inspiration.

« Mmf, ce n’est pas bon… Je suis venue ici par caprice, mais je pourrais devenir accro…, » déclara Wridra.

« Moi aussi… C’est effrayant à quel point j’agis maintenant selon les coutumes japonaises, bien que je sois une elfe… Une partie de moi s’en ficherait si mes oreilles tombaient…, » déclara Marie.

Elle avait placé sa tête contre un cyprès, et les deux femmes avaient l’air de s’endormir.

Elles ressemblaient à leur compagnon, Kazuhiro, mais heureusement, aucune d’elles ne semblait s’en rendre compte.

La vapeur vacillait tout autour d’elles, adoucissant ainsi la lumière du soleil qui descendait sur elles. Elles avaient l’impression que même leurs pensées se dissoudraient dans une gelée.

Avec cette expression sur son visage et des perles de sueur sur son front, Wridra se tourna vers Marie.

« Alors, est-ce que tu as l’impression que tu vas pouvoir entrer dans ce donjon dit ancien ? » demanda Wridra.

« Non, nous allons parler au chef de la guilde ce soir… attends, comment le sais-tu… oh, c’est vrai. Tu nous as secrètement espionnés, » déclara Marie.

En entendant l’attitude de la jeune fille, le dragon gloussa en raison de son amusement.

Il n’y avait aucune mauvaise intention dans ses yeux quand elle regardait la fille avec ses seins flottant sur l’eau.

Marie et Kazuhiro étaient au courant qu’elle les observait à travers le sang du dragon qu’elle leur avait donné.

Ou, plus exactement, ils l’avaient réalisé quand Mewi avait fait remarquer qu’ils étaient « toujours connectés ».

« Je n’avais pas le choix. Je ne connais personne qui soit capable de passer dans le domaine de la réalité. C’est pourquoi j’étais inquiète. J’avais craint que quelqu’un essaie d’utiliser ce pouvoir pour faire du mal, mais… Je ne m’attendais pas à ce qu’il passe ses journées à embrasser une jeune elfe, » déclara Wridra.

Les joues de la fille étaient devenues instantanément rouges.

Ce n’était pas à cause de la chaleur, mais parce qu’elle n’était que trop familière avec ce dont elle parlait.

« Ah ! … Je vais t’appeler la Magi-Drake Voyeuse à partir de maintenant. On ne t’amènera plus jamais aux sources chaudes ! » déclara Marie.

« Quoi ? Je ne peux pas voir ça ! Je peux te promettre ceci : je n’ai entendu que vos voix, et j’ai tenu compte de votre vie privée ! Je n’aurais aucune idée si vous vous bécotiez tout le temps ! » déclara Wridra.

« S-Se bécoter ? Nous n’avons rien fait de tel ! » s’écria Marie.

Wridra inclina la tête à la vue de la jeune fille se submergeant dans l’eau jusqu’aux lèvres et faisant des bulles à la surface.

À en juger par le contenu de leur conversation, elle avait supposé qu’ils avaient déjà eu ce genre de relation.

Toujours sous l’eau, la fille détournait les yeux.

Wridra l’avait peut-être imaginé, mais elle avait l’air contrariée.

Voyant cela, un regard annonçant sa découverte se répandit sur le visage de la femme aux cheveux noirs.

« Hmm, je vois. Tu es un enfant, et c’est un lâche, » déclara Wridra.

« … Hein ? » demanda Marie.

La main de la Magi-Drake s’était déplacée dans l’eau et avait saisi la main de l’elfe.

Elle leva les yeux vers elle et Wridra chuchota. « Il y a quelque chose d’intéressant. »

« Que dirais-tu de te joindre à moi ? » demanda Wridra.

« … Bien sûr, ça ne me dérange pas. Tant que tu vas m’expliquer ce que tu voulais dire tout à l’heure, » déclara Marie.

Wridra avait souri, révélant ses dents blanches.

***

Partie 5

L’air chaud s’était soudainement dirigé vers elles, et elles avaient fermé la porte en toute hâte.

Il faisait si chaud qu’elles semblaient penser que ce n’était pas un endroit où un être vivant devrait entrer.

L’entrée disait « sauna », mais aucune d’elles ne savait encore ce que cela signifiait.

Elles se regardèrent, se demandant ce qu’il fallait faire lorsque plusieurs femmes sortirent bruyamment de la pièce.

Voyant l’air de bonheur sur leurs visages, les deux femmes se regardèrent à nouveau et trouvèrent le courage d’entrer.

La chaleur puissante était toujours là.

Mais voyant l’espace sombre avec des sièges en bois à l’intérieur, elles pouvaient dire que c’était une sorte de lieu de guérison.

La Magi-Drake s’était assise lourdement sur le siège, et l’elfe avait suivi son exemple… avant de sauter en raison de la chaleur brûlante du banc. Elle avait crié. « Chaud ! » La dragonne se mit à nouveau à rire.

« Hahaha, ça semble être un autre type de bain. C’est chauffer à la vapeur au lieu de l’eau… Les humains ont des idées vraiment innovatrices, » déclara Wridra.

« C’est bien et tout… Mais je pense que je vais être transformée en plat vapeur si cela continue. Même l’air que je respire est chaud… ça me fait mal au nez ! » déclara Marie.

Elle était encore un peu prudente, mais elle s’était peu à peu habituée à la chaleur et avait lentement abaissé ses hanches.

Alors qu’elle était assise dans une pièce remplie d’air chaud, elle avait fini par s’y habituer suffisamment pour étirer ses membres.

La jeune fille demanda alors à la dragonne. « Pourrais-tu me dire ce que tu voulais dire tout à l’heure ? Ça avait l’air terriblement méchant quand tu m’as traitée d’enfant et lui de lâche. »

Marie regarda froidement la dragonne avec une expression inhabituelle pour elle.

Mais en vérité, c’était simplement que Kazuhiro ne l’avait pas vue comme ça, et c’était son expression habituelle quand elle passait du temps dans la Guilde des Sorciers.

Pourtant, l’expression chaleureuse et maternelle de Wridra ne s’était pas estompée, et elle s’était rapprochée un peu plus de la fille elfique.

« Tu le sais peut-être déjà, mais mon corps est plus proche de celui d’une fée. Il en va de même pour toi. Les elfes sont proches des fées en tant qu’espèce, et ils sont des créatures complètement différentes des humains, » déclara Wridra.

C’était vrai. Bien qu’elle oubliait parfois… non, elle essayait d’oublier, mais elle était différente des humains.

Ils pouvaient se toucher et communiquer entre eux, mais il y avait quelque chose de fondamentalement différent chez eux par rapport aux humains.

Pour cette raison, elle savait très bien qu’il était extrêmement rare que les humains et les elfes finissent par être ensemble.

« Allons, n’aie pas l’air si lugubre. C’est pourquoi je dis que tu es encore une enfant. Tu souhaites vraiment le toucher, c’est pourquoi tu as peu à peu changé ton corps et ta façon de penser. Ai-je tort ? » demanda Wridra.

L’elfe avait cligné des yeux.

Elle ne comprenait pas ce qu’on venait de lui dire, mais elle ne pouvait pas non plus prétendre ne pas l’avoir entendu.

La dragonne avait dit quelque chose d’important. « Tu n’as pas besoin d’être pressée. Tu seras prête et ce garçon fera la paire avec toi un jour. »

La fille avait senti quelque chose au fond de sa tête s’engourdir.

Elle pouvait voir la vérité des paroles de la dragonne, et un aperçu de l’avenir apparaissait dans sa vision.

Cela avait été flou et vague jusque-là, mais les paroles de la dragonne l’avaient aidée à prendre forme.

Les Magi-Drakes pouvaient contrôler toutes sortes de magie, mais cela ne semblait pas être de la magie.

Mais la jeune fille poussa un soupir mélancolique, se serra les genoux et fit paraître son petit corps encore plus petit.

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Wridra.

« Il… ne me trouve probablement pas attirante, » déclara Marie.

« Hmm ? Et qu’est-ce qui te fait penser ça ? Tu as l’air adorable même à mes yeux, » répondit Wridra.

Il devait être évident pour tout observateur qu’elle était très importante pour ce jeune homme.

Mais Marie avait fait la moue, faisant une expression d’enfant.

« Il n’initie presque jamais de contact physique… On ne s’est jamais embrassés comme tu l’as dit. Je ne pense pas du tout qu’il me voit comme une femme, » déclara Marie.

« Hm. Alors, à propos de ce que j’ai dit tout à l’heure…, » déclara Wridra.

Les yeux de l’elfe se tournèrent légèrement vers la dragonne, mais ils étaient pleins de doutes et d’accusations.

Considérant la confiance qu’elle venait d’accorder à ses déclarations antérieures, Wridra n’avait pas pu s’empêcher de pousser un soupir en elle.

« Il est devenu un lâche parce que tu es si importante pour lui, » déclara Wridra.

« … Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda Marie.

« Hahaha. En termes simples, cela signifie qu’il y a de l’espoir, » déclara Wridra.

Ses yeux d’améthyste s’élargissent, révélant leur éclat vif.

Le garçon, Kazuhiro, avait apparemment pensé à eux comme à des fleurs épanouies.

Wridra avait l’impression qu’elle comprenait un peu pourquoi il s’était perdu dans ces yeux.

« Vrai… ment… ? » Alors même qu’elle demandait cela avec anxiété, elle s’approcha encore plus près.

Ses yeux brillants étaient attirants même pour la dragonne, et ses joues devenaient légèrement roses.

« Eh bien, découvrir si c’est vrai ou non est une tâche simple. La vérité est toujours là devant toi, » répondit Wridra. « Si tu veux le savoir, tu peux simplement le découvrir. Par exemple… »

La jeune fille avait eu l’impression de devenir tout étourdie face aux mots confiants de la femme.

Ou, plutôt, c’était en fait parce qu’elle avait été dans le sauna trop longtemps.

Son corps s’était lentement incliné vers le bas, et Wridra l’avait soutenue silencieusement.

Puis elle l’avait portée dehors et l’avait allongée sur la chaise.

 

***

 

Alors qu’elle passait à travers le séparateur de tissu pour sortir, le jeune homme lisait un livre à proximité.

La jeune fille se souvient qu’ils avaient choisi un livre ensemble à la bibliothèque, mais elle aurait aimé avoir plus de temps pour se préparer mentalement à la réunion.

Il la remarqua aussi et la regarda droit dans les yeux.

Son visage habituel, l’air endormi, avait doucement souri alors qu’il se leva.

Le samue qu’il portait était plutôt simple, mais parfait pour passer du temps libre.

« Salut. Comment était le bain ? Il y a un bain de pieds là-bas. Veux-tu y jeter un coup d’œil ? » demanda-t-il.

Elle ne pouvait pas vraiment parler, et ne pouvait que hocher la tête sans paroles.

Et ainsi, ils se dirigèrent vers le bain de pieds avec lui en tête.

La jeune fille se retourna pour voir Wridra agiter la main en disant « Bonne chance », ce qui ne fit que faire battre son cœur encore plus fort.

Elle l’entendait battre contre sa poitrine, et ses pieds étaient devenus incertains, comme si elle marchait dans un rêve.

Sa main serra la sienne, et son petit corps avait frémi en réaction.

L’anticipation de quelque chose qui allait venir lui donnait l’impression qu’elle pouvait s’évanouir à tout moment.

***

Partie 6

Cet endroit avait beau être une installation récréative, c’était quand même une auberge japonaise agréable et tranquille.

Pendant que nous marchions dans le couloir, il y avait beaucoup de familles qui semblaient profiter de leur temps libre ici.

La lumière du soleil était presque directement au-dessus de nos têtes, et plusieurs personnes se dirigeaient en ce moment vers la salle à manger.

On pourrait déjà aller manger, mais il vaudrait mieux se détendre un peu après avoir pris un bain.

Comme c’était la première visite aux sources chaudes pour l’elfe dont je tenais la main, je devrais lui apprendre la bonne façon d’en profiter.

« Après avoir pris un bain, tu pourras choisir la boisson que tu veux. C’est à ça que sert ce stand, » déclarai-je.

« … Je… Je vois. Est-ce pour ça que tu m’as donné cette pochette à cordon ? » demanda Marie.

Je m’étais retourné et j’avais remarqué alors qu’elle avait pris le temps de répondre que le visage de la fille était si rouge que je m’étais demandé si elle n’avait pas surchauffé alors qu’elle était dans les sources chaudes.

Ses clavicules étaient visibles alors qu’ils n’étaient pas couverts par son yukata, et le fait de voir sa peau claire plus pâle que d’habitude la rendait plus séduisante que la normale.

En voyant ses lèvres pulpeuses et douces, j’avais failli avoir le visage tout chaud.

Comme elle était une elfe qui avait vécu 100 ans, elle était en fait beaucoup plus âgée que moi.

« Ouais, alors, euh, vas-y, choisis ce que tu veux, » balbutiai-je.

J’avais pointé du doigt devant moi, et les yeux de la fille s’étaient dirigés vers l’alignement de jus de fruits.

Le réfrigérateur derrière le verre contenait du café, du lait, du lait aux fraises et diverses boissons en conserve.

La vue était sûre d’attirer l’attention de n’importe quel enfant, et les yeux de la jeune fille brillèrent d’excitation.

Mais en sentant les yeux de quelqu’un sur nous, j’avais regardé sur le côté pour trouver Wridra dans le coin du couloir, comme si elle était sur le point de pleurer.

Elle se tenait assez loin de nous, mais qu’est-ce qu’elle faisait là ? Je voulais le lui demander, mais elle avait disparu de l’autre côté du couloir avec un regard douloureux. Je lui aurais acheté du jus de fruits si elle en avait voulu…

En y repensant, j’avais senti une traction sur ma manche.

« Je veux celui-là ! La couleur est si jolie, » déclara Marie.

« Oh, bien sûr. Alors je choisirai le même. Excuse-moi…, » déclarai-je.

Les deux bouteilles de ramunes (boisson non alcoolisée gazeuse japonaise) s’étaient cognées l’une contre l’autre pendant que je les mettais sur le comptoir pour les payer.

C’était drôle de voir Marie lutter pour faire passer la bille à travers le goulot de la bouteille [1].

Elle avait mis la bouteille sur une serviette et avait essayé de l’enfoncer, mais elle semblait avoir de la difficulté à pousser assez fort.

J’avais placé ma main sur la sienne pour l’aider, et elle avait légèrement tremblé en raison de l’effort.

Juste au moment où elle commençait à se tourner vers moi, la bille s’était retirée avec un « pop » satisfaisant !

« Oh ! Qu’est-ce que c’est ? Il y a une boule transparente là, » déclara Marie.

« Oui, ça s’appelle une bille, et c’est utilisé comme sceau pour la boisson, » répondis-je.

Elle fit un bruit montrant son étonnement et regarda avec curiosité dans la bouteille, et ses yeux d’un pourpre pâle observèrent le gaz carbonique qui faisait des bulles dans la bouteille.

Ces boissons devaient lui paraître étranges.

Elle fixait la bouteille tout le temps pendant que nous marchions vers le bain de pieds.

On aurait dit qu’elle était impatiente de le boire, mais elle avait juste besoin d’attendre un peu plus longtemps.

Après une courte marche, nous étions arrivés au bain de pieds se trouvant tout près.

Il y avait différents endroits pour profiter de l’eau chaude de l’établissement, l’un d’eux étant un plan d’eau qui était aussi un passage qui ne montait même pas jusqu’à vos genoux.

Nous nous étions assis sur les sièges dans ce qui ressemblait à une véranda et nous avions plongé les pieds dedans, sentant la chaleur de l’eau qui était juste à la bonne température.

« Comme c’est intéressant. Je ne m’attendais pas à voir un bain comme ça. Je suppose que c’est pour te réchauffer le corps ? » demanda Marie.

« C’est bien ça. Il suffit d’y tremper les pieds pour se réchauffer tout le corps. Mais aller aux sources chaudes est bien sûr plus efficace pour se garder au chaud par une journée froide, » répondis-je.

La rougeur sur le visage de la jeune fille s’était estompée, et j’étais soulagé de voir qu’elle était redevenue joyeuse.

Elle s’était laissée tomber à côté de moi et, avec sa jambe à côté de la mienne, il était facile de voir la différence dans les couleurs de notre peau.

Elle les étendit aussi loin qu’elle le pouvait, puis fit de petits gestes de pression avec eux.

Ses pieds étaient pâles comme le reste de son corps et beaucoup plus petits que les miens.

J’avais écarté mes orteils de la même façon, et elle avait ri joyeusement en voyant ça.

« Alors, qu’as-tu pensé des sources chaudes ? J’ai entendu dire que cet endroit est plutôt bien, » demandai-je.

« Oh, c’est incroyable. Je n’ai rien à comparer parce que je viens de la forêt et que c’est la première fois que je vais aux sources chaudes, mais j’ai frissonné quand j’y ai trempé mon corps. J’ai même pensé que ça me corromprait en tant qu’elfe, » déclara Marie.

J’avais entendu des gens dire cela à propos d’eux-mêmes, mais je ne savais pas que les elfes pouvaient ressentir la même chose.

Elle semblait sincère en me disant ça, et cela me rendait heureux de l’avoir invitée.

« Alors je suppose que je devrais dire, bienvenue dans la culture des sources chaudes. Je suis vraiment content que tu aies l’air d’aimer ça, » déclarai-je.

« Oh, mais je ne sais pas si je devrais. Et si je suis vraiment corrompue en tant qu’elfe ? Tu ne riras peut-être plus quand mes oreilles tomberont de ma tête, » déclara Marie.

Nous avions tous les deux ri, puis nous avions cogné nos bouteilles ensemble.

Le ramune froid m’avait fait du bien en descendant dans la gorge et cela m’avait laissé un arrière-goût rafraîchissant.

Les yeux de Marie s’étaient un peu élargis en sentant les bulles, puis elle avait souri et avait dit que cela avait bon goût.

« Je voulais te remercier. J’étais gênée au début, mais voir ton visage endormi m’a aidée à me détendre, » déclara Marie.

Hm ? Gênée ? Que voulait-elle dire ?

Je ne m’attendais pas à des remerciements formels, mais elle avait retiré ses pieds de l’eau.

Je l’avais observée, me demandant ce qui allait se passer ensuite, puis elle avait placé sa petite main sur ma poitrine.

« Tu dois te sentir gênée comme je l’ai été, » déclara Marie.

« Hein… ? »

Son joli visage obstrua le soleil à mesure qu’elle se rapprochait, et mes yeux s’élargirent.

Son nez s’était frotté contre mon front, puis elle m’avait gentiment caressé les cheveux.

Ses lèvres douces étaient aussi — non, beaucoup plus douces que je ne l’imaginais quand elles se pressaient contre mon front.

Le temps semblait disparaître.

Mes pensées avaient été effacées de mon esprit, et je ne connaissais que la chaleur qui venait d’elle.

Un léger jet d’eau se fit entendre, mais on aurait dit que cela venait de si loin.

Seul le cou de la fille était apparu dans mon champ de vision, et j’avais senti sa respiration me chatouiller les cheveux.

Les cheveux brillants et soyeux de l’elfe me caressaient les joues, et j’étais à court de mots.

Tout ce que je pouvais faire, c’était sentir sa chaleur.

Puis, la chaleur avait commencé à remplir visiblement mes joues.

J’avais fait un léger bruit en m’éloignant d’elle, et le visage de l’elfe avait rempli ma vue.

La fille rougissante devant moi semblait si féminine et pure que je ne pouvais m’empêcher d’être captivé par elle plus que d’habitude.

En me voyant ainsi, un sourire satisfait se répandit sur son visage.

« Hehe, qu’est-ce que tu dis d’un merci ? » demanda Marie.

« A-Ahhh, c’était, très, très, surprenant. Umm, merci, » balbutiai-je.

« C’est moi qui te remercie… J’ai un peu froid. Peux-tu te pousser pour moi ? » demanda Marie.

J’étais encore au milieu de ma confusion, quand la fille avait placé ses fesses entre mes jambes.

Elle était ensuite retournée à son bain de pieds et avait commencé à fredonner en étant de bonne humeur.

La sensation contre mon front était encore clairement persistante, donnant l’impression que les lèvres de Marie étaient toujours là.

J’étais ébloui par ses cuisses qui sortaient de son yukata, et j’avais besoin de temps pour contenir l’émotion étrange que je ressentais.

Je ne savais pas, mais apparemment Wridra lui avait dit ce qui suit.

« Mains, pieds, où tu veux… Embrasse-le quelque part. S’il a des sentiments pour toi, regarde son visage et tu verras. » C’était un conseil agressif, mais précis.

 

 

Tandis que ma tête se remettait lentement de la confusion, j’en étais venu à une prise de conscience.

La fille avait fait un pas en avant, et malgré ma nature timide, je devais faire la même chose.

En d’autres termes, il semblait que nous étions plus que de simples amis à partir de ce moment.

C’est ce que j’avais ressenti quand j’avais touché mon propre front.

C’était assez choquant, et je n’aurais probablement ressenti aucune douleur si je m’étais pincé la joue tout à l’heure.

Je n’avais jamais fait l’expérience de quelque chose comme ça auparavant, donc j’avais l’impression que ce n’était pas vraiment réel et j’avais pensé à la possibilité que ce soit un rêve très agréable.

Mais la jeune fille était bien là et profitait du bain de pieds devant moi, ses orteils oscillant d’avant en arrière.

J’avais finalement remarqué la bouteille dans ma main et j’avais porté le ramune à ma bouche.

Le liquide qui traversa ma gorge était très froid et doux.

Quand j’avais reposé ma bouteille, une paire d’yeux d’un violet pâle me fixait, et mon cœur avait bondi.

« Pourquoi y a-t-il des sources chaudes alors qu’il n’y a pas de volcan ici ? » demanda Marie.

J’avais ressenti un peu de soulagement lorsqu’elle avait posé la question.

C’était probablement parce que ses yeux étaient comme toujours si emplis de curiosité.

Cela m’avait fait me dire que Marie était juste là devant moi, et que son action tout à l’heure était tout à fait naturelle.

Pendant que je buvais du ramune, alors que je trempais dans le bain, et que j’appréciais nos conversations pendant un moment, mon cœur sembla enfin se calmer.

Ce moment restera gravé dans mon esprit comme un souvenir spécial, mais je voulais protéger la relation que nous avions déjà.

Comme je l’avais pensé, Marie semblait très intéressée par les sources chaudes, alors je lui avais parlé de leur histoire et de certaines sources chaudes célèbres dans différentes régions du Japon.

Mais je m’étais rendu compte que j’avais peut-être choisi le mauvais sujet de discussion quand je lui avais dit qu’il y avait tant de sources d’eau chaude parce que ce pays était l’un des pays les plus sujets aux tremblements de terre du monde.

Ses yeux s’étaient ouverts en grand.

« Ça me fait me souvenir de quelque chose ! Il y a eu un tremblement de terre cette nuit-là ! Ce n’était donc pas qu’un incident rare !? » demanda Marie.

« Non, ça arrive assez souvent… Pourquoi ne pas nous joindre aux exercices d’évacuation de mon immeuble l’un de ces jours ? » demandai-je.

Marie avait pâli, puis hocha la tête avec ferveur.

Je m’étais souvenu qu’elle était si surprise cette nuit-là qu’elle était pratiquement sortie des toilettes.

J’avais décidé de ne pas lui dire que les villes métropolitaines, comme celle où nous vivons, étaient particulièrement vulnérables aux tremblements de terre.

Ils montraient souvent à la télévision des régions dans lesquelles il était dangereux de se trouver lors de tremblements de terre.

La zone du Koto Ward était rouge vif sur les cartes des zones illustrées à l’époque.

« Il y a eu un très grand tremblement de terre il y a longtemps. Ça a aussi mal tourné chez mon grand-père, » déclarai-je.

« Vraiment ? Est-ce vraiment bon maintenant ? » demanda Marie.

« Bien sûr que oui. Nous sommes le pays le mieux préparé au monde en matière de tremblements de terre. Des gens d’autres pays viennent même ici pour se renseigner sur nos méthodes, » déclarai-je.

En entendant cela, Marie poussa un soupir de soulagement et frotta ma jambe comme pour me réconforter.

La Golden Week s’approchait, et j’avais prévu de visiter la maison de mon grand-père avec elle.

Je faisais ça parce qu’elle s’était beaucoup intéressée à la vie japonaise à l’ancienne après avoir regardé un anime.

Maintenant que nous étions tous réchauffés, nous avons décidé de prendre nos bouteilles vides et de quitter le bain de pieds.

Nous avions traversé le couloir sombre et un peu nostalgique de style japonais, quand elle s’était tournée vers moi avec beaucoup d’enthousiasme.

« Oh, j’ai hâte d’y être ! C’est un endroit plein de verdure et de respect pour la nature, n’est-ce pas ? Il doit y avoir des dieux partout, » déclara Marie.

« En fait, je n’en suis pas sûr. En vérité, je n’ai jamais regardé l’histoire de la région. Tu en sais peut-être plus que moi à ce stade-ci, » déclarai-je.

« Comme c’est décevant ! Ne connais-tu pas la terre où tu as grandi ? Tu dois étudier à notre retour. Je vais t’aider, » déclara Marie.

Argh, je ne voulais pas étudier après être rentré du travail…

J’avais grogné en ouvrant la porte coulissante pour trouver Wridra couchée sur le sol de tatami.

« Oh, je me demandais où tu étais. Que s’est-il passé ? » demandai-je.

« Uuuugh, je pensais pouvoir manger quelque chose de délicieux… Tu es terrible ! » déclara Wridra.

Elle avait les larmes aux yeux, et elle avait une expression affamée quand elle s’était assise.

Nous la regardâmes tous les deux d’un air vide, et même si nous nous sentions mal, nous ne pouvions pas nous empêcher de rire.

« Uuuugh ! Après avoir été si prévenant, tu as intimidé une pauvre Magi-Drake ? Vous êtes des enfants du démon ! » déclara la dragonne.

« Hmm, on dirait le menu. Regarde, ils ont une spécialité locale ici aussi. Ça s’appelle waraji katsu. En voulez-vous toutes les deux ? » demandai-je.

« « Oui !! » »

Comme c’est mignon, elles étaient parfaitement synchronisées.

Le fait de prendre un bain me donnait faim pour une raison ou une autre, et tout ce que j’avais mangé, c’était des pommes de terre miso sur le chemin.

Mais en y pensais, nous avions aussi mangé des boulettes de riz.

Mais nous faisions notre merveilleuse excursion d’une journée, alors je ne pouvais pas trop me plaindre.

J’avais passé une commande auprès d’un employé depuis ici, en pensant qu’il était très pratique de ne pas avoir à nous rendre à la salle à manger parce que nous avions réservé une chambre pour trois.

La famille Ichijo avait aussi dû passer leur temps ici.

Quand la nourriture était arrivée, j’avais réalisé qu’on l’appelait waraji katsu parce que c’était aussi gros que des sandales waraji.

Le katsu avait été servi avec de la sauce sucrée sur le dessus et placé sur un lit de riz blanc.

Les yeux de Wridra scintillèrent face à la masse de nourriture, et la bouche de la jeune elfe s’était ouvert avec surprise.

Nous ne pouvions pas profiter du bain en plein air fourni avec la salle privée, mais je n’aurais pas pu voir Wridra se débattre avec joie sur le tatami de l’auberge, alors je dirais que ça en valait la peine.

Ce n’était pas nécessairement un signe d’excuse, mais le saké et les délicieux plats d’accompagnement qui l’entouraient après le bain semblaient lui faire oublier tout le stress de l’éducation de ses enfants.

Pour être honnête, je me sentais mal d’avoir oublié que ce voyage était pour elle.

Les filles avaient apprécié le reste de leur séjour en faisant la sieste et en retournant aux sources chaudes.

Notes

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