Almadianos Eiyuuden – Tome 3

***

Chapitre 65

Quelque part entre la limite du territoire d’Asgard et le territoire des monstres, une centaine de cavaliers avançaient.

« On devrait bientôt voir la frontière. »

Frigga se retourna avec une expression joyeuse alors qu’elle parlait à Kurats, qui souriait avec ironie en prenant de plein fouet son regard perçant.

Armé d’une lettre du roi Siegfried ainsi que de la nouvelle que Lapland avait triomphé de l’armée d’Asgard, Kurats avait décidé de rentrer chez lui. Quand elle entendit cela, Frigga lui proposa de l’accompagner comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

« Nos espions ont vu des signes indiquant qu’Asgard va envahir Jormungand. Si c’est vrai, alors il est naturel que notre royaume leur offre son soutien. »

« Mais nos militaires ont besoin de vous, Votre Altesse, que ferons-nous si vous quittez le pays trop longtemps… »

« Nous pouvons nous débrouiller seuls ici. Il s’agit d’un geste politique important qui fera pencher l’opinion publique de Jormungand vers notre royaume. On ne peut pas rater cette chance. »

C’est ce qu’avait dit le roi Siegfried avant de pousser sa sœur hors du château.

Il savait que l’opinion publique de Jormungand était déchirée quant à la façon d’interagir avec Asgard.

Cependant, si les deux grandes puissances décidaient de ne pas s’affronter dans la bataille, rien ne permettait de dire si l’alliance du Nord pourrait remporter la victoire une deuxième fois.

En outre, en tant que frère aîné, il était tout naturel pour Siegfried de soutenir sa jeune sœur maintenant qu’elle avait enfin trouvé l’amour.

« Si c’est le cas, alors je vais devoir abuser de ta gentillesse. »

Kurats n’était pas du tout opposé à l’aide de Frigga.

En rapportant la victoire de Lapland, la crédibilité et l’importance des paroles de Kurats allaient dépendre de la présence de Frigga en tant que témoin. Avoir Frigga à ses côtés ne lui ferait certainement pas de mal dans l’atmosphère tendue de la cour royale de Jormungand.

Ainsi, le jour de son départ, Kurats avait fini par être accompagné de Frigga, qui n’avait rien fait pour cacher sa joie, ainsi que d’une centaine de chevaliers d’élite à cheval.

« Mais cet endroit est étonnamment paisible, vu la proximité du territoire du monstre. Je pensais qu’ils seraient impatients d’attaquer des humains comme nous. »

Les mots de Frigga, dits par hasard, firent transpirer secrètement Kurats dans le dos.

Il se souvint des massacres qu’il avait commis lorsqu’il s’était laissé emporter sur le chemin vers Lapland.

Après la défaite de ce soi-disant monstre noble, les monstres de la région s’étaient probablement dispersés.

« C’est bien qu’il ne se soit rien passé… »

« Je suppose que oui… Pourquoi es-tu si soudainement pressé ? »

« Je ne suis pas pressé ! »

Ils continuèrent à plaisanter pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’ils atteignent finalement l’extrémité de la forteresse. De là, au-delà des collines, ils pouvaient voir un fort.

C’est le fort Mercury. Il était situé à la frontière entre Asgard et Jormungand.

Une fois le fort franchi, il leur faudrait environ une demi-journée pour atteindre Jormungand.

Ils avaient aussi la possibilité d’aller plus loin dans le territoire des monstres pour passer devant le fort sans avoir à se battre, cependant…

« Vu que nous sommes venus jusqu’ici… »

« Autant s’amuser tant qu’on y est ! »

Cependant, les deux maniaques de la bataille n’avaient aucune raison de choisir une méthode aussi passive.

◆ ◆ ◆

Tandis qu’il regardait le paysage calme et inaltéré de la campagne autour du fort Mercury, Callisto fit un grand bâillement.

C’était le chef de la garnison qui était stationnée ici.

Mais comme il était impensable qu’il y ait des envahisseurs du royaume de Jormungand étant donné la force actuelle de l’empire, il n’y avait rien d’autre à faire dans ce fort que de tuer les quelques monstres qui s’y égaraient de temps à autre.

En tant que membre de l’armée de l’empire Asgard, Callisto avait été formée dans une certaine mesure comme soldat, mais quand la paix commençait à s’éterniser, même les soldats formés commençaient à se relâcher. C’était vrai pour n’importe quelle armée dans n’importe quel pays.

« Je me demande si nous serons bientôt rappelés à la capitale… Vous ne pouvez pas garder un homme dans la fleur de l’âge comme moi dans ce trou perdu, sans femmes. C’est étouffant. »

« Vas-tu recommencer à te plaindre, capitaine ? Tu fais toujours ça. »

« Ferme ta gueule ! Ne fais pas comme si tu ne pensais pas la même chose ! »

« Contrairement à toi, capitaine, je suis encore jeune. J’aurais du mal à trouver un autre moyen de gagner de l’argent sans risquer ma vie. »

« Bah, n’importe quoi ! Quel est le rapport avec le fait que tu sois jeune ? Saches que quand j’étais jeune, je… »

À ce moment-là, quelque chose d’inhabituel se produisit.

« Capitaine, plusieurs cavaliers arrivent de l’arrière du fort ! Il y en a une centaine ! »

« Des cavaliers ? Pourquoi voudraient-ils venir ici ? Nous sommes au milieu de nulle part… »

« Capitaine, que devons-nous faire ? »

« Pour l’instant, restez en alerte. Ils viennent peut-être d’un pays ennemi. »

Malgré ses paroles, Callisto pensait qu’il s’agissait probablement d’une inspection surprise.

Lorsque les soldats restaient trop loin du champ de bataille, ils avaient tendance à baisser la garde et à perdre leur esprit combatif.

Pour faire face à ce problème, les inspecteurs militaires de l’empire allaient régulièrement vérifier les gardes qui étaient stationnées dans des régions éloignées. Callisto en avait déjà entendu parler.

Cependant…

« C’est… Le, le symbole de Lapland ? Qu’est-ce qu’ils font ici !? »

« Tu as dit Lapland ! »

Tout ce que Callisto savait des événements récents, c’était que le quatrième escadron de l’empire envahissait actuellement Lapland.

Voir les forces de l’ennemi ici ne pouvait signifier qu’une chose.

« Préparez vos arbalètes ! Réveillez ceux qui font la sieste ! Si quelqu’un perd du temps, je le jette au-dessus des remparts ! »

« Que toutes les forces se préparent au combat ! Dépêchez-vous ! »

Le fort Mercury, avec ses solides remparts de pierre, était loin de manquer de défense.

Il avait été conçu pour servir de première ligne défensive dans le cas peu probable d’une confrontation serrée contre Jormungand, et il pouvait accueillir jusqu’à 3000 soldats.

Cependant, les forces actuellement présentes dans le fort n’étaient qu’un dixième de ce nombre.

« Pensent-ils qu’ils peuvent faire tomber un fort avec à peine cent cavaliers ? »

De par leur nature même de force mobile, les cavaliers n’étaient pas faits pour les combats de siège. De plus, le fort avait un avantage écrasant en nombre.

Une fois qu’ils s’en étaient rendu compte, les centaines de gardes à l’intérieur du fort avaient lentement retrouvé leur sang-froid.

« D’accord, aujourd’hui, je vais m’efforcer de dissiper toute ta frustration. »

Vraiment ? ! Tu ne mens pas, n’est-ce pas ? Si tu me dis que tu mens, je crois que je vais pleurer.

« Désolé, mec. Je ne savais pas que c’était si grave. »

Quand il avait vu à quel point Bernst s’énervait, Kurats s’était rendu compte à quel point sa manière de vivre comme une andouille lui causait du stress.

Il avait poussé les mages les plus forts à leurs limites.

{Est-ce que ça aura de l’importance si ce fort disparaît ?}

« Je ne pense pas que ça changera grand-chose, mais on ne peut pas laisser un trou sans fond là. »

{Je vois. Alors tu peux l’écraser.}

« Aux quatre grands éléments qui habitent cette terre, écoutez l’appel de Kurats Hans Almadianos. »

Comme l’ennemi n’avait pas de mages ni de guerriers du niveau de Brigitte, Kurats pouvait commencer à incanter tranquillement.

« Je vous ordonne de me prêter votre pouvoir. Que mes ennemis ne fassent qu’un avec la terre. Qu’elle devienne leur prison éternelle. Prison éternelle. »

« Ces gars sont des cavaliers, pourquoi s’arrêteraient-ils ? »

« Ils ne semblent pas attendre des renforts… Ils ont peut-être des mages ? »

Callisto avait raison.

Cependant, ses attentes étaient très éloignées de l’ampleur réelle de ce qui allait se passer.

Il s’attendait tout au plus à ce que des tirs et des boules de feu lui soient tirés dessus.

Crack.

Quand Callisto entendit ce qui ressemblait à des fissures se formant dans les murs, un pouvoir invisible s’exerça soudainement sur lui et sur tous les autres soldats de la garnison, les forçant à ramper jusqu’au sol.

Il n’avait aucune idée de ce qui se passait.

C’était comme si le sol changeait de place et que le ciel s’effondrait.

Dans sa panique, Callisto essaya de se lever à la hâte, mais il ne pouvait pas bouger un doigt.

Cependant, il savait que ses camarades étaient étouffés par la pression. Il pouvait entendre leurs gémissements tout autour de lui.

« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Callisto n’avait jamais entendu parler d’un tel sort.

Alors qu’il était prêt à faire quelques sacrifices, il y avait de multiples façons pour lui de faire face aux attaques magiques régulières.

Cependant, le pouvoir qui s’exerçait sur le fort semblait provenir d’un sort anti-militaire de grande échelle, dont la puissance ne pouvait être invoquée que par toute une compagnie de mages qui utilisaient toute leur puissance.

Il essaya de vérifier combien de mages l’ennemi avait, mais ni lui, ni personne autour de lui, ne pouvait se lever pour le moment.

« Capitaine. Pouvons-nous nous échapper ? »

« Désolé. J’aimerais bien, mais… »

La pression devenait de plus en plus forte.

Elle avait atteint un point où Callisto et ses hommes ne pouvaient même plus ouvrir la bouche.

Les bâtisses à l’intérieur du fort s’écroulèrent et furent bientôt suivies par les piliers du fort, qui tombèrent avec un bruit de tonnerre.

Au cours des dernières années, le mur sud du fort avait commencé à perdre son équilibre au fil du temps. C’était probablement la raison pour laquelle, lorsqu’une seule partie isolée s’effondra qu’elle va créer une réaction en chaîne qui détruira le reste du mur de cet endroit.

… Merde ! Comme si être relégué dans ce trou perdu ne suffisait pas, maintenant tu me dis que je dois mourir ici ? Quand est-ce que j’aurai une pause ?

C’était la dernière pensée du capitaine de la garnison, Callisto.

Avec les sons de pastèques éclatantes, les nombreux gardes du fort Mercury se transformèrent en simples boules sur le sol à cause de la force gravitationnelle massive qui les pressait.

Les cavaliers ne pouvaient pas détourner le regard de la scène effrayante qui se déroulait devant eux.

De leur point de vue, cela ressemblait à un trou noir qui s’était ouvert au centre du fort et qui l’engloutissait avec tout ce qu’il y avait à l’intérieur.

Le seul réconfort trouvé par les cavaliers fut qu’ils ne pouvaient pas entendre les cris des soldats d’Asgard. Ils étaient probablement déjà morts depuis un moment.

L’effet du sort n’avait duré que dix minutes.

À la fin, le fort avait complètement disparu, de ses remparts à ses fondations. C’était comme s’il n’avait jamais été là auparavant.

Naturellement, il ne restait pas non plus une trace de la garnison.

Si quelqu’un qui n’était jamais venu ici passait par là, il croirait sans aucun doute que cela a toujours été un champ ouvert.

{Alors? Comment était-ce ?}

Bernst était sur le point de se féliciter fièrement pour ce travail bien fait, mais Kurats avait tout gâché sans pitié.

« C’était plus… simple que ce à quoi je m’attendais. »

{Ce sort est au sommet de la magie de destruction ciblée. Il peut effacer tout ce que tu désires sans causer de dégâts inutiles à l’environnement… et tu dis que c’est « simple »!?}

{Est-ce que cet abruti ne comprendra jamais le côté délicat et artistique de la magie? Pourquoi ne peut-il pas le voir?}

Cela faisait longtemps que Bernst n’avait pas eu la satisfaction de voir sa magie en action, mais il avait été frappé de plein fouet par cette réalité qu’il ne pouvait pas comprendre.

À ce moment, Frigga, qui avait entendu Kurats prononcer le mot « simple », s’interposa inconsciemment dans la conversation.

« Non, je pense que le sort était génial, d’une certaine manière. Si formidable, en fait, que je ne peux même pas commencer à imaginer quel type de magie tu as utilisée. »

{Oh! Tu vois ça!? La princesse comprend mieux ma magie que toi!}

« Ne le loue pas trop. Il va se laisser emporter. »

« Quoi? »

Frigga inclina la tête sur le côté, troublée par les mots de Kurats.

***

Chapitre 66

Il y eut un grand changement d’ambiance à la cour royale de Jormungand ces derniers temps.

Et bien qu’il ne l’ait pas montré à l’extérieur, Albert n’aimait pas ça du tout.

Il savait pourquoi cela se produisait.

La nouvelle de la victoire du petit royaume de Lapland avait considérablement réduit la peur de l’empire Asgard.

Jormungand montrait une fois de plus sa fierté d’être l’une des cinq grandes puissances.

Les nobles étaient des créatures étranges. Ils pouvaient jeter leur propre famille à la poubelle pour leur propre survie, mais, en même temps, ils étaient très fiers.

Ils ne baisseraient jamais la tête vers un autre pays si ce n’était pas absolument nécessaire.

« Pour l’amour de Dieu, pourquoi ne peuvent-ils pas accepter tranquillement leur mort… ? »

La victoire miraculeuse de Lapland était une lueur d’espoir pour tous ces petits pays qui avaient toujours été victimes des grandes puissances.

Si ce sentiment se répandait sur le continent, même les petits pays qui étaient déjà pleinement occupés pourraient commencer à se rebeller contre Asgard.

Albert avait aussi l’impression que l’empire Asgard mettait beaucoup trop de temps à réagir.

Ils n’ont pas vraiment d’ennuis, n’est-ce pas ? C’est impossible.

Les pertes qu’ils avaient subies durant la guerre contre Lapland étaient peut-être importantes, mais il ne semblait pas que cela aurait pu être fatal à une grande puissance comme Asgard.

Mais Albert n’avait ni le pouvoir ni l’autorité pour savoir ce qui se passait vraiment.

Pour lui, le plus gros problème était que la victoire de Lapland avait ravivé la faction de la princesse Lunaria à Jormungand.

Cette tournure des événements était vraiment exaspérante.

Les pertes de la guerre n’étaient rien pour Asgard.

Avec leurs multiples escadrons, ils pouvaient affronter quatre pays en même temps.

Pourquoi ces idiots pacifiques ne peuvent-ils pas comprendre qu’un pays comme Jormungand sera détruit par l’empire ?

Albert avait réussi à étendre son influence sur 70 % de la cour royale, mais dernièrement, les nobles neutres avaient changé de camp pour la faction de Lunaria, permettant à la princesse de revenir à un statut égal à celui d’Albert.

En l’état actuel des choses, il était très probable que le projet de marier Lunaria à l’empereur d’Asgard, Heimdall, ne porterait pas ses fruits.

« J’étais si proche… »

À un moment donné, Albert avait l’impression que le roi Christopher avait vraiment commencé à se pencher de son côté.

Il lui semblait qu’avec un peu plus de temps, le roi aurait décidé d’accepter la demande de l’empereur Heimdall et lui aurait envoyé sa fille.

Mais pour une raison quelconque, Albert avait aussi l’impression que le roi attendait quelque chose. Comme s’il n’avait jamais eu l’intention d’agir sans cela.

Soudainement, le visage de Kurats, l’un des rares hommes qui n’avaient jamais essayé de s’attirer ses faveurs, surgit dans l’esprit d’Albert.

« Cet homme ? Impossible. »

Albert savait que ce mage ennuyeux avait été envoyé sur le territoire d’Isengard pour enquêter sur la magie du mage qui pouvait contrôler les monstres, Oliver.

Il savait aussi que Kurats n’avait eu aucun contact avec Lunaria ces derniers temps.

Le roi n’était pas le genre d’homme à prendre une décision pour la nation en fonction de ses sentiments.

S’il en était arrivé là, il aurait impitoyablement donné Lunaria pour le meilleur intérêt du royaume, peu importe à quel point elle ou Kurats s’y seraient opposés.

Alors, l’héritière du trône aurait été par défaut Felbelle. Et en tant que mari, Albert serait devenu le chef légitime du royaume de Jormungand.

Il était à un pas de la réalisation de ces ambitions, mais tous ses plans avaient maintenant mal tourné.

« Si cette maudite fille était morte, je n’aurais pas à faire face à tous ces problèmes. »

En fin de compte, la raison pour laquelle tout cela était arrivé était due au fait que Lunaria s’était remise de sa maladie apparemment incurable.

Par la suite, le plan du baron Isengard avait fini par être exposé, ce qui rendait Albert lui-même suspect.

Et maintenant, essayer d’assassiner à nouveau Lunaria n’était plus une option.

Si toute la conspiration était révélée d’une manière ou d’une autre à la suite d’une seconde tentative d’assassinat contre Lunaria, Felbell n’aurait plus aucune chance de monter sur le trône, et la vie même d’Albert serait en danger.

« Tout ça parce que ce maudit mage a mis son nez là où il ne devrait pas le mettre. Mais savoir qu’il peut me regarder à tout moment est assez inquiétant. »

Albert se rappela avec amertume du jour où Kurats utilisa sa mystérieuse magie pour projeter des images de ce qui s’était passé dans le territoire d’Isengard. 

Cet homme est un sérieux problème.

Depuis ce jour, Albert n’avait jamais été à l’aise. Il n’y avait pas eu un seul moment où il n’avait pas eu l’impression d’être observé.

« Dois-je envisager des mesures plus drastiques ? »

Albert ne voulait pas que Jormungand devienne faible.

Il n’était pas contre l’utilisation de la force de l’empire Asgard pour prendre le trône, mais si le pouvoir du royaume de Jormungand déclinait trop dans le processus, Albert serait probablement éliminé dès qu’il aurait perdu son utilité.

Jormungand devait rester fort. Assez fort pour que l’empire préfère coopérer avec son futur roi plutôt que de risquer une guerre. Et Albert croyait que le futur roi serait lui.

C’est pourquoi il ne considérait la guerre civile qu’en tout dernier recours.

Mais même ce dernier recours ne fonctionnerait qu’en partant du principe que sa faction avait l’avantage.

◆ ◆ ◆

« Je suis Frigga, la sœur cadette du roi de Lapland. J’aimerais avoir une audience avec le roi de Jormungand, Sa Majesté Christopher ! »

Canney, le chef de la garnison stationnée à la frontière de Jormungand, avait les yeux grands ouverts en regardant le beau visage de la femme devant lui, qui parlait d’une voix tout aussi belle et résonnante.

Il y avait trois jeunes filles guerrières sur le continent.

L’une était la princesse folle d’Asgard, Skuld.

L’autre était la Valkyrie Blanche-Neige de Lapland, Frigga.

Et puis il y avait la Déesse rougeâtre de la mort de Gertstein, Muselina.

Il n’y avait personne dans l’armée qui n’avait pas entendu parler de ces noms.

On ne pouvait pas reprocher à Canney d’avoir été embrouillé après avoir vu l’une de ces légendes vivantes en chair et en os.

D’autant plus qu’il avait entendu parler de la façon dont Lapland s’était défendue et avait renversé une situation complètement désespérée.

« Pardonnez mon impolitesse, Votre Altesse, mais je dois vous interroger. Ai-je tort de supposer que vous êtes venu ici, au fort de Miever, depuis l’empire Asgard ? »

« Bien sûr qu’on l’a fait, on a coupé à travers Asgard. Nous avions pris la liberté de faire ce que nous voulions, car nous ne sommes toujours pas en paix avec eux. Est-ce que cela vous pose un problème ? »

« Bien sûr que non ! C’est juste que vous n’avez amené qu’une centaine de chevaliers avec vous, alors… »

Même pour la Valkyrie Blanche-Neige, cela n’aurait pas dû être possible.

Canney avait la quarantaine, il avait vécu d’innombrables petites batailles dans sa vie.

D’après son expérience, il était impossible pour un petit groupe d’une centaine de cavaliers de traverser en toute confiance une nation ennemie sans égard pour la logistique ou la géographie du terrain.

« Eh bien, je peux comprendre pourquoi vous avez des soupçons, mais nous avons des preuves. En venant ici, on a complètement effacé le fort de Mercury. Il n’en reste aucune trace. »

« Est-ce une blague ? »

Le fort de Mercury était une petite forteresse construite et entretenue par l’empire Asgard pour servir de ligne de front en cas d’invasion du royaume de Jormungand.

De plus, les cavaliers n’étaient pas faits pour les combats de siège. Même si ces cavaliers avaient l’avantage numérique, aucune forteresse gardée n’aurait de mal à les traiter.

« Malheureusement, je ne plaisante pas. Si vous pensez que je mens, vous pouvez le confirmer en envoyant des éclaireurs. »

Canney acquiesça fermement devant Frigga.

En tant que responsable de la surveillance de la frontière, il ne pouvait l’ignorer.

La chute du fort de Mercury était une grande nouvelle pour les habitants du fort de Miever.

Cela signifiait que la potentielle base d’opérations de l’ennemi, qu’ils avaient été implantés ici à des fins d’observation, avait maintenant disparu.

Cependant, si Frigga avait vraiment détruit le fort de Mercury, alors la laisser entrer dans Jormungand allait être problématique.

Cela pourrait mener à un début d’une guerre avec Asgard.

Canney soupçonna même qu’il s’agissait d’un complot bien conçu par l’empire Asgard pour déclencher une guerre.

Cependant, il savait que refuser de laisser passer Frigga et ses hommes à l’intérieur serait également un problème.

En raison de leur manque de pouvoir par rapport à Asgard, le royaume de Jormungand avait abandonné tout sens du devoir en délaissant un pays allié, Lapland, laissant son peuple à leur foi.

La seule raison pour laquelle la guerre avait fini par prendre une autre tournure était l’intervention de Kurats. Mais l’avenir de Lapland abandonnée aurait pu être bien plus sombre.

La réputation du royaume de Lapland s’était accrue dans toutes les nations après qu’ils aient réussi à forcer l’armée d’Asgard à quitter leur territoire pour protéger leur indépendance.

Si Frigga était refoulée à la frontière de Jormungand, le royaume dans son ensemble serait sûrement étiqueté par le monde entier comme étant peu fiable.

Jormungand ne pouvait pas se permettre ce genre de réputation. La création et le maintien d’alliances avec d’autres pays étaient une question de vie ou de mort pour eux, étant donné leur infériorité par rapport à l’empire Asgard sur le plan militaire.

Quoi qu’il en soit, ces questions étaient clairement au-dessus de l’autorité de Canney.

Mais il était d’un rang assez élevé dans l’armée pour être en mesure d’imaginer le genre de problèmes qui pourraient découler de cette situation.

Cela étant, Canney n’avait d’autre choix que de faire une demande à la princesse, tout en priant pour que rien de mal n’en ressorte.

« Seriez-vous prête à rester ici jusqu’à ce que nous recevions des instructions du palais royal ? »

***

Chapitre 67

Juste après l’arrivée de Frigga, un chevalier fut envoyé à cheval du fort Miever.

Il chevaucha jour et nuit, sans s’arrêter. Aujourd’hui, il y avait des auberges avec des écuries dans tout Jormungand, mais il ne se reposait dans aucune d’elles. Il avait changé de cheval, poursuivant son voyage à une allure vertigineuse.

Ce n’est que deux jours plus tard, dans la matinée, qu’il atteignit enfin la capitale du royaume.

Pourtant, il avait battu le record du temps le plus court pour atteindre la capitale à partir du fort Miever.

« Je suis ici pour faire un rapport au ministre de la Guerre… Sire Cellvis Bayard. Je suis un chef de peloton des forces stationnées au fort Miever, Vals Crayn ! »

À bout de souffle, le chevalier s’effondra sur la crinière de son cheval, mais il parvint quand même à faire passer quelques mots à travers ses gémissements douloureux.

À en juger par l’apparence épouvantable du chevalier, le garde qui l’entendit comprit que cet homme était venu aussi vite qu’il le pouvait, sans se soucier de sa propre vie.

Et cela signifiait qu’il était ici pour signaler quelque chose d’urgent.

« Je comprends… Hé, toi ! Dépêche-toi d’aller prévenir le palais royal ! Quant à toi, prends un peu d’eau. Garde-le un peu dans ta bouche. Ne la bois pas trop vite. »

« Merci… »

Tandis qu’il s’occupait du chevalier épuisé, le cœur du garde battait à toute allure. Il avait un mauvais pressentiment.

Le fort Miever était connu pour être la ligne de front faisant face à la frontière de l’empire Asgard. C’était une position stratégique importante.

Et le chevalier n’aurait pas été aussi pressé si rien de très important n’avait eu lieu.

Il se passait donc quelque chose d’important, et c’était lié à la frontière.

Une guerre est-elle sur le point de commencer ? Je ne pourrai peut-être pas profiter de cette vie facile de garde plus longtemps.

◆ ◆ ◆

Le rapport de Vals Crayn frappa le palais royal de Jormungand comme un séisme massif.

Tous les membres de la cour parlaient déjà quotidiennement de la victoire de la Laponie, comme si c’était quelque chose de mythique, mais ils avaient été frappés par une crainte encore plus grande quand ils apprirent que Frigga était passée à travers la nation ennemie et avait pris une forteresse entière avec seulement quelques cavaliers.

C’était l’histoire d’un vrai héros.

La princesse patriotique avait percé le territoire de l’ennemi, où elle était entourée partout par des forces hostiles, mais elle avait triomphé et avait même détruit une forteresse en chemin. Cette histoire avait fait vibrer les cordes sensibles des nobles de Jormungand.

« C’est ridicule ! »

Depuis la victoire de Lapland, le marquis de Strasbourg, Albert, avait désespérément essayé de garder sa faction unie tandis que la peur de la nation d’Asgard s’estompait un peu plus chaque jour.

Ce rapport l’avait mis en colère de façon insondable. Il voulait déchirer le messager membre par membre. Il ne comprenait pas comment quelqu’un pouvait oser rapporter quelque chose d’aussi absurde au palais royal.

S’il croyait le rapport de ce chevalier, cela signifierait que la princesse Frigga avait traversé le territoire de l’empire sur 400 km d’affilée avec l’aide de seulement une centaine de cavaliers.

Pour couronner le tout, elle aurait détruit le fort Mercury, ainsi que les centaines d’hommes qui y étaient stationnés, sans perdre un seul de ses propres hommes.

Si de tels grands exploits étaient vraiment possibles, le concept de « problèmes » n’existerait pas dans ce monde.

Même un laïc comme Albert savait que l’empire Asgard lui-même aurait besoin d’une armée d’au moins 10 000 cavaliers pour y parvenir.

En d’autres termes, Vals venait de rapporter de fausses informations basées sur des rumeurs exagérées.

Albert en était arrivé à cette conclusion en partie parce que l’information était trop irréaliste, mais surtout parce que le côté d’Asgard ne l’avait informé de rien dernièrement.

Grâce à sa trahison vis-à-vis de son pays, Albert pouvait se permettre d’être très confiant quant à l’exactitude de ses propres informations puisque ses renseignements venaient directement d’Asgard.

Mais cela était à l’époque où Asgard restait sur une série de victoires. Mais comme leur situation actuelle n’était plus aussi bonne, les informations qu’ils donnaient aux traîtres qui travaillaient avec eux étaient plus filtrées.

Il n’y avait aucun moyen pour eux de partager des informations comme la mort d’un commandant d’escadron asgardien et la destruction de son armée.

Comme c’était souvent le cas avec des personnes issues d’un milieu prestigieux, Albert n’avait jamais douté du fait qu’il était un collaborateur important de l’empire Asgard.

Mais en réalité, il n’était finalement qu’un pion parmi tant d’autres que l’empire utilisait pour semer le chaos dans le royaume de Jormungand.

Et bien sûr, les inquiétudes d’Albert étaient fondées. L’empire Asgard n’avait pas l’intention de simplement lui donner le trône de Jormungand, et de veiller sur lui. Après tout, ils faisaient semblant de collaborer avec lui dans un but lucratif.

« Mais qui a envoyé cette fausse information ? Serait-ce le Seigneur Bayard ? À moins que ce soit cet abruti de Rosberg… »

Le problème était que l’information de la visite de Frigga, qu’Albert croyait fausse, était actuellement utilisée pour tenter de modifier l’équilibre des pouvoirs de la cour royale. Et c’était très efficace à cet égard.

Peu importe les circonstances, la présence d’un véritable héros inciterait toujours les gens à faire passer leurs émotions avant leur raisonnement. Surtout quand ledit héros était une belle princesse.

Si Frigga venait offrir ouvertement son soutien à Lunaria, la faction de Felbelle serait morte.

Pour le meilleur ou pour le pire, Felbelle n’avait pas une personnalité aussi forte que sa sœur, Lunaria.

Il était donc facile pour l’aristocratie de traiter avec elle et pour Albert de la manipuler, mais l’inconvénient de cette faiblesse devenait de plus en plus évident.

« Raglan, tu es là ? »

« Oui. »

« Va trouver la véritable identité de cet imposteur qui se fait appeler Frigga. Peu importe que l’information qu’elle nous a donnée soit vraie ou fausse. Ce qui compte, c’est son identité. Il n’y a aucune chance qu’elle soit celle qu’elle prétend être. »

« Vos désirs sont des ordres. »

◆ ◆ ◆

L’homme qui se tenait en tête de la liste des membres de la faction de Lunaria était le ministre de la guerre, Bayard Cellvis. Et contrairement à Albert, il savait que le rapport de Vals était en grande partie vrai.

Cellvis avait été informé par Kurats lui-même du plan de sauvetage de Lapland, avant même qu’il ne commence.

Certes, il avait des doutes au début, mais comment aurait-il pu imaginer que Kurats parviendrait à obtenir de si bons résultats aussi rapidement ? C’était incroyable.

Au mieux, il avait pensé qu’avec un peu de chance, Kurats pourrait contribuer un peu et aider à retarder la chute de Lapland.

Comme on pouvait s’y attendre d’un homme qui a gagné la confiance de Sa Majesté. Mais je ne le reconnais toujours pas comme un époux convenable pour elle.

Le visage de Cellvis s’était raffermi lorsqu’il réaffirma sa détermination à éloigner Kurats de Lunaria.

Être fort ne suffisait pas. Le futur partenaire de Lunaria devait également être capable et digne de tenir debout dans le monde de la politique.

Alors que le visage de Cellvis passait d’une expression à l’autre, un soldat d’âge moyen l’approcha silencieusement par-derrière. C’était un des assistants de Cellvis.

« … Le marquis de Strasbourg semble avoir conclu que la personne qui attend à la frontière est un imposteur. »

Le rapport de l’assistant fit bien rire Cellvis.

Heh, il est toujours si prudent et il a choisi ce moment pour être négligent.

Mais quand il y pensa, ce n’était pas si déraisonnable.

S’il avait été dans la même position, Cellvis aurait certainement tiré la même conclusion.

Capturer une forteresse défendue par des centaines de gardes et la détruire complètement avec l’aide d’une centaine d’hommes seulement ? Ça ressemblait à quelque chose qui sortait tout droit d’un conte de fées.

Même avec la fierté de notre royaume, Rosberg, ce serait toujours impossible à faire pour Jormungand. Bien sûr, on pourrait dire la même chose de tous les autres pays du continent.

Mais la célèbre Frigga, mondialement connue, n’avait pas besoin de faire de fausses déclarations. Après tout ce qu’elle avait traversé pour défendre son pays et obtenir son indépendance, il serait stupide de sa part de salir sa glorieuse victoire avec ce genre de mensonge idiot.

Cela étant, la femme qui s’était présentée comme Frigga ne pouvait être qu’une imposture complète, et toute cette mascarade était très probablement inspirée par la faction de Lunaria pour gagner en influence.

Il était naturel que les pensées d’Albert aillent dans cette direction très logique. Mais cette fois, il avait tort.

De plus, il y avait autre chose que Cellvis savait et qu’Albert n’avait pas encore découvert.

« Hmm, je ne le féliciterai pas trop, mais je suppose que je lui donnerai une note de passage pour avoir piégé quelqu’un dans le château. »

Un ricanement maléfique s’était répandu sur le visage de Cellvis.

Son expression ressemblait un peu au visage d’un jeune garçon séduit par un autre enfant.

« Il a raison de prendre les choses en main. Je ne suis pas du genre à rester en arrière et à attendre. Je suppose que nous sommes les mêmes sur cet aspect. »

Apparemment, la princesse Frigga qui attendait au fort Miever était une belle femme aux cheveux noirs. Elle ne correspondait pas à l’apparence qu’on disait d’elle dans les rumeurs.

Il n’y avait rien d’étrange à cela puisqu’elle était vraiment une personne différente, en apparence.

En effet, un certain mage malicieux avait changé l’apparence de la princesse par un sort.

Cellvis avait deviné les intentions de Kurats, et il ne pouvait s’empêcher de ricaner malicieusement.

J’ai hâte.

Puis, il se souvint qu’il devait d’envoyer son aide.

◆ ◆ ◆

Au début, le rapport choquant de la visite de Frigga avait provoqué un raz-de-marée d’excitation dans le palais royal, mais comme l’information était beaucoup trop irréaliste et que le ministre de la Guerre, qui aurait dû être le plus excité de la bande, était resté complètement silencieux, l’affaire s’était rapidement éteinte.

Albert se sentait soulagé.

Je pensais que les choses deviendraient difficiles, mais à la fin, ça commence à ressembler à une grande opportunité pour moi à la place.

C’était l’occasion pour Albert d’exposer qu’elle était la personne se trouvant derrière cette mascarade stupide et de porter un coup fatal à la faction de Lunaria.

Comme Cellvis n’avait rien fait, ça n’avait probablement rien à voir avec lui.

Dans ce cas, est-ce que cela avait été causé par des subordonnés réguliers de la faction de Lunaria qui avaient agi de façon imprudente ?

Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’une erreur suffisamment grave pour affaiblir l’influence de l’armée.

Albert gloussa en lui-même à l’idée de ce qui allait arriver.

Tout ce qu’il avait à faire, c’était de pousser un peu les choses pour que tout soit prêt à temps pour l’invasion d’Asgard.

Il pouvait le voir maintenant. C’était clair comme de l’eau de roche. Il voyait le chemin victorieux dans la lutte pour le trône.

« Monseigneur, tout va bien ? »

« Oh, Raglan, tu es là. Comment ça s’est passé ? »

L’espion d’Albert, Raglan, inclina silencieusement la tête sans que son expression change, et fit son rapport.

« La femme qui prétend être la princesse a les cheveux et les yeux noirs. C’est une imposture, en effet. J’ai vérifié deux fois avec des gens qui avaient déjà vu la vraie princesse, juste au cas où. »

« Es-tu sûr que ce n’est pas elle ? »

« C’est la Valkyrie blanche comme neige. Rien que de cela, même un enfant pourrait dire que c’est une imposture après l’avoir regardée. En plus, elle est censée avoir des yeux dorés et avoir la même taille que Sa Majesté, le roi Siegfried. »

« Alors ce n’est vraiment pas elle. À moins qu’elle ne se soit déguisée, mais cela n’a pas de sens pour la princesse de le faire après tout ce qu’elle a traversé pour atteindre notre pays. Toute cette histoire est si stupide. »

N’importe qui pourrait voir à travers tout cela en y réfléchissant un peu.

La faction de Lunaria a dû se sentir acculée si elle s’est abaissée à se reposer sur de si mauvais mensonges.

Albert était maintenant convaincu de sa victoire. Mais les mots suivants de Raglan lui tombèrent dessus comme une douche froide.

« Mais il y a un problème… »

« Quoi ? »

« J’ai vu ce mage spécial au fort Miever. Et il se tenait à côté de l’imposteur. »

« … Ce type ? »

À ce moment-là, Albert avait l’impression que tout devenait clair.

Kurats était un roturier, un arriviste qui avait gravi les échelons en guérissant la princesse. Même aujourd’hui, il n’était encore qu’un petit noble, dont le seul bailleur de fonds était Lunaria.

Si Lunaria était emmenée hors du pays comme nouvelle épouse de l’empereur, il n’y aurait plus personne pour protéger Kurats.

Tout prenait sens maintenant. Une mascarade aussi simpliste semblait tout à fait appropriée pour un roturier sans éducation ni expérience.

Bien que sa magie soit certainement étonnante, quand il s’agissait de politique et de projets, ce n’était qu’un amateur.

Albert ne pouvait que rire maintenant qu’il avait compris.

« Hehe... C’est une grande nouvelle. C’est ma chance de me débarrasser de deux nuisances sans lever le petit doigt. »

***

Chapitre 68

Enfin, le jour de la rencontre de la princesse Frigga avec le roi Christopher arriva.

La cour lui avait préparé un grand accueil. Elle n’était pas seulement une princesse d’une nation amie, mais aussi une héroïne qui avait miraculeusement repoussé l’invasion de l’empire Asgard.

Alors qu’il attendait que l’imposteur s’expose et qu’il en subisse les conséquences, Albert s’était efforcé de ne pas sourire.

En regardant les aristocrates de la faction de Lunaria, ils semblaient tous très excités.

Vous avez ignoré les demandes de renforts de Lapland quand ils avaient besoin de vous, et maintenant qu’ils ont gagné, vous leur remuez la queue ?

Bien qu’il fût lui-même parmi ceux qui s’opposaient à l’envoi des renforts, Albert regarda les aristocrates et se moqua d’eux.

Le Premier ministre, Eustache, pouvait sentir une atmosphère subtile circuler entre les deux factions.

Il avait été informé que la femme qui prétendait être la princesse Frigga ne ressemblait en rien à la vraie princesse.

Et l’expression détendue d’Albert lui permettait de dire que l’information lui était aussi probablement parvenue.

Mais pourquoi Cellvis et Rosberg, les deux personnes les plus proches de Lunaria, avaient-ils l’air aussi détendus ?

Ils auraient dû recevoir les mêmes informations des services secrets de l’armée.

Eustache ne pouvait pas savoir si c’était certainement le cas, car, bien que ses propres forces d’espionnage et les services secrets de renseignements militaires servaient le même pays, ils étaient rivaux il y a quelque temps…

Mais même ainsi, il n’y avait aucune chance qu’ils n’aient pas obtenu une information aussi simple.

Ce qui voulait dire…

Ce n’est pas possible… vont-ils faire un coup d’État ?

Même si la plus grande partie de la cour était dominée par la faction de Fellbell, Rosberg et Cellvis obtiendraient facilement la victoire contre eux s’ils soulevaient un coup d’État avec les forces militaires du pays à leurs côtés.

Eustache pouvait déjà imaginer Rosberg massacrer les aristocrates de la cour royale un par un, mais il avait rapidement éclairci son esprit de cette vision. Il ne pouvait pas croire que cela arriverait un jour.

C’était tout simplement impossible. Étant donné leur nature, ce n’était tout simplement pas une manière pour ces deux hommes d’aller aussi loin.

Eustache savait à quel point ils étaient loyaux envers le roi.

Mais c’est précisément pour cela qu’il ne pouvait pas effacer le sentiment que quelque chose n’allait pas.

« Faites place à Sa Majesté, le roi Christopher ! »

Alors que la voix sonore d’une dame de la cour résonnait dans la salle, Eustache s’agenouilla et baissa la tête, et tous les autres suivirent son exemple.

Les pas du roi résonnèrent dans la salle de silence alors qu’il marchait vers son trône.

Il prit son temps avant de s’asseoir, puis parla d’une voix joyeuse.

« Je vous remercie. Vous pouvez lever la tête. »

Depuis l’invasion de Lapland par Asgard, le roi Christopher n’avait jamais cessé d’être de mauvaise humeur, et pourtant, il semblait se porter à merveille.

Sachant que cela était probablement dû à la victoire de Lapland, Albert se tint silencieusement et ne dit mot.

« Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter une invitée qui est venue de loin pour visiter notre pays. Vous pouvez entrer, princesse Frigga. »

Avec de nombreux chevaliers l’accompagnant à gauche et à droite, Frigga entra dans la salle du trône, portant un uniforme du royaume de Lapland.

Elle possédait une aura intimidante qui ne pouvait appartenir qu’à un vrai héros. Un héros qui avait vécu l’expérience de commander sur le champ de bataille.

Même ceux qui, dans la salle, ne connaissaient rien à la guerre reculèrent. Ils ressentirent des frissonnements dans le dos.

C’est vraiment elle !

Il y avait de la sueur froide sur le front d’Eustache.

En tant que Premier ministre ayant des années et des années d’expérience, il pouvait voir à travers une personne, non pas à travers son apparence, mais par l’atmosphère qu’elle portait avec elle.

Cependant, Albert était encore trop jeune et inexpérimenté pour pouvoir en dire autant.

« Votre Majesté, roi Christopher, et à toutes les personnes ici présentes à Jormungand, j’espère que vous allez bien. Je suis venue au nom de Sa Majesté Siegfried, qui souhaite exprimer sa sincère gratitude au royaume de Jormungand. »

« Dites à Sa Majesté Siegfried que c’était une évidence, Lapland étant l’un de nos inestimables alliés. »

Qu’est-ce que cela signifiait ?

Jormungand n’avait-il pas abandonné Lapland ?

La princesse n’avait aucune raison d’exprimer sa gratitude pour quoi que ce soit, n’est-ce pas ?

Et le plus suspect ici, c’était que le roi Christopher suivait cette étrange conversation.

Certaines personnes comme Eustache savaient que Christopher avait tendance à être assez espiègle dans de tels moments et pensaient qu’une sorte de bouffonnerie était en place.

Mais tout le monde ne pensait pas comme ça.

Pour Albert, c’était l’œuvre de la faction de Lunaria. Ils avaient sûrement envoyé cet imposteur utiliser le prestige de la victoire de Lapland pour retourner Jormungand contre Asgard.

Mais il n’était pas possible que Lapland puisse offrir sa gratitude après que Jormungand ait refusé d’offrir son aide, bien qu’ils soient leurs alliés.

« Pardonnez mon impolitesse, Votre Altesse, mais puis-je vous poser une question ? »

Albert parlait d’une voix forte, pleinement convaincu qu’il savait ce qui se passait vraiment.

« Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? »

« Pardonnez-moi, j’ai oublié de me présenter. Je suis Albert, marquis de Strasbourg. Ravi de faire votre connaissance. »

Elle vient peut-être d’un autre pays, mais comment se fait-il qu’elle ne me connaisse pas ?

C’était un peu déprimant pour Albert, mais cela n’avait fait que le pousser encore plus loin dans son interrogatoire.

« J’hésite à vous poser la question, mais Votre Altesse, êtes-vous vraiment la princesse Frigga ? »

La question d’Albert déclencha un tollé à la cour.

Frigga et son alias, la Valkyrie Blanche comme neige, étaient célèbres.

Albert n’était pas le seul à avoir l’impression que quelque chose n’allait pas en voyant cette femme aux cheveux noirs prétendre être Frigga.

« Je vois pourquoi vous pensez ça. Mais comme vous le savez sûrement, je me démarque un peu trop. Alors je me suis déguisé pour tromper les yeux des asgardiens en venant ici. »

« Alors vous avez même changé la couleur de vos yeux ? »

« Oui, je faisais simplement très attention. »

Albert s’attendait déjà à ce qu’elle se défende au moins autant.

Malgré cela, il n’était pas inquiet : en fait, il avait de la difficulté à réprimer un ricanement alors que cet imposteur luttait en vain.

« J’ai des subordonnés qui ont eu l’honneur de voir votre grandeur en personne, et ils m’ont assuré que même votre taille et la forme de votre visage ne correspondent pas à leur souvenir de vous. Est-ce aussi un déguisement ? »

Grâce au maquillage, il était parfaitement possible de se faire paraître différent ou même plus jeune.

Cependant, il était impossible de changer sa taille, son nez ou sa mâchoire.

Et cela signifiait que cette personne ne pouvait pas être la princesse Frigga.

« Et au fait, monsieur Gaura… »

Étant donné que l’impostrice présumée était restée silencieuse, Albert changea de cible pour Kurats, qui se tenait à l’arrière.

« N’as-tu pas reçu l’ordre d’enquêter sur ce monstre apprivoisant la magie par Sa Majesté ? Si oui, alors pourquoi es-tu au côté de Son Altesse Frigga ? »

Kurats n’était devenu noble que très récemment, il n’aurait jamais pu avoir l’occasion d’entrer en contact avec Frigga.

Tout d’abord, la différence de statut entre Kurats et la princesse d’un pays étranger était beaucoup trop grande.

On pouvait donc supposer sans risque de se tromper que cette femme était une fausse qui avait été apportée par Kurats lui-même.

« … »

Kurats se taisant aussi, Albert continua donc à le pousser pour qu’il obtienne une réponse.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’as rien à répondre ? Tu n’aurais pas préparé un faux double de Son Altesse Frigga pour profiter de la victoire de Lapland pour faire changer les plans politiques de Jormungand, par hasard ? »

Bien sûr que tu l’as fait.

Une vague soudaine de méfiance et de rage s’éleva parmi les nobles de la cour, et tout cela était dirigé vers Kurats.

Beaucoup d’entre eux avaient déjà eu des soupçons lorsqu’on leur avait dit que la princesse Frigga avait fait des pieds et des mains pour venir ici, et qu’elle avait même parcouru des centaines de kilomètres à travers le territoire de l’empire Asgard.

« Parce que si c’est le cas, je dois te dire que c’est un crime très grave. »

Léger ou non, le crime d’induire le roi à l’erreur ne pouvait aboutir qu’à un seul résultat : la peine de mort.

Se sentant triomphant, Albert se prépara à diriger son interrogatoire vers Frigga, mais avant qu’il ne puisse le faire, Kurats lui répondit finalement.

« Je me tais seulement parce qu’il s’agit d’informations hautement confidentielles, mais si Sa Majesté est d’accord, je suis prêt à partager la vérité avec vous. »

« Mhm, je vais le permettre. »

Albert était abasourdi. Le roi avait en fait confirmé la revendication de Kurats.

Pourquoi le roi lui-même prendrait-il part à une telle mascarade ?

« L’enquête sur ce monstre apprivoisant la magie n’était qu’un prétexte. En réalité, Sa Majesté m’avait personnellement envoyé en renfort dans le royaume de Lapland. »

« Ridicule ! Qu’est-ce que l’intervention d’une seule personne peut faire ? », cria Alberto, perdant tout son sang-froid.

C’était trop absurde.

« Ce n’est pas un mensonge. Nous devons plus de la moitié de notre victoire au Seigneur Gaura. En parlant de cela, je pense que je dois mentionner que nous lui avons décerné de notre propre initiative un titre honorifique de comte pour ses réalisations. »

« Arrêtez de jouer la comédie, imposteur ! Qui diable êtes-vous ? »

Albert montrait un comportement inhabituellement honteux qui n’avait rien à voir avec ce qu’il avait l’habitude d’être, élégant.

Cela montre bien à quel point il avait été surpris par cette tournure des événements.

« Comment ça, qui ? Je suis Frigga Lapland. »

« Alors comment expliquez-vous votre apparence ?! »

« Mon apparence est-elle si importante ? Je vous ai déjà dit que c’était un déguisement, pas vrai ? »

« Vous ne pouvez pas changer votre taille et la forme de votre visage avec un déguisement ! »

« Oh, je vois ce qui se passe ici. »

Kurats se frappa le front avec sa main dans un geste exagéré, comme s’il s’en rendait compte maintenant.

« Je pense que vous avez mal compris la situation. Quand nous avons dit que c’était un déguisement, nous parlions d’un déguisement magique, comprenez-vous ? »

À ce moment-là, Kurats claqua soudainement des doigts.

De petites particules de lumière, semblable à des lucioles transformées en sable, dansaient tout autour de Frigga, jusqu’à ce que sa véritable apparence soit révélée, avec ses brillants cheveux blancs flottant autour.

J’ai été dupé.

Albert avait l’impression d’entendre le son de son sang sortir de son visage comme une chute d’eau.

Il s’était finalement rendu compte qu’il avait été la cible d’un plan depuis le tout début.

« A, attendez ! Comment savoir si son apparence actuelle n’est pas truquée par la même magie ?! »

Mordred intervint hâtivement. Il sautait de joie, car il croyait que Kurats venait de se coincer.

Mais ses espoirs furent rapidement anéantis par le roi.

« Non, c’est bien la princesse Frigga. Elle connaît un secret que seuls elle et moi devrions connaître. »

« Un secret ? »

« Une fois, j’ai envoyé un chien en cadeau à la princesse Frigga. Je ne veux pas en dire trop, car cela pourrait manquer de respect au roi de Lapland, mais à l’époque, j’ai reçu une réponse d’elle qui disait qu’elle avait nommé le chien “Sieg”. »

« Cependant, officiellement, le chien s’appelle Ray. »

Christopher et Frigga se souriaient comme deux enfants qui avaient réussi une farce.

« En fait, j’ai fait un pari avec le Seigneur Gaura. »

La bonne humeur de Christopher se reflétait encore bien dans sa voix, mais elle portait aussi une vigueur anormale.

C’était comme si toute son aura venait de changer.

Albert et Eustache avaient un mauvais pressentiment.

« Le pari était que le Jormungand ne céderait pas à Asgard si le Seigneur Gaura pouvait repousser les forces d’Asgard tout seul. »

« Votre Majesté ! C’est… ! »

C’était un pari stupide.

Cependant, la condition de combattre avec succès l’empire Asgard sans aucune aide était beaucoup plus folle.

« Asgard n’est pas digne de notre peur. Cellvis et Rosberg ont toujours dit ça. Cependant, je ne les ai pas crus. »

Je pensais plutôt que nous n’avions aucune chance de gagner contre eux, pensa Christopher.

« Mais le Seigneur Gaura nous a prouvé que notre royaume n’est en rien inférieur à l’empire Asgard. »

« Votre Majesté, réfléchissez, s’il vous plaît ! On ne peut pas se tromper à l’échelle nationale en se basant sur les paroles téméraires d’un homme qui ne sait pas distinguer sa gauche de sa droite ! »

Le roi ne plaisantait pas.

Il avait vraiment l’intention de laisser la force d’un seul homme remodeler la stratégie de l’ensemble de la nation.

Si Jormungand tombait dans une mauvaise passe à cause de cela, la valeur d’Albert chuterait aux yeux d’Asgard.

Et ce serait un sérieux problème pour son ambition ultime.

***

Chapitre 69

Si quelqu’un comme Eustache ou Cellvis avait été responsable de la situation actuelle, Albert se serait probablement retenu.

Mais celui derrière tout cela n’était autre que Kurats. 

C’était un roturier vivant dans le village reculé de Gaura, ce qui n’était pas très différent d’un habitant d’une tribu sauvage qui ne connaissait rien d’autre que la chasse et l’agriculture.

Comment Albert pouvait-il réellement se contrôler, alors que ces insignifiantes ordures essayaient de l’empêcher de réaliser ses ambitions ?

S’était-il préparé tout ce temps pour rien ?

Tous les efforts qu’il avait déployés pour conquérir le cœur de la première princesse et se préparer à monter sur le trône n’avaient-ils servi à rien ?

Il était si près de son but, et pourtant il allait être renversé par un plébéien qui ne pouvait pas distinguer sa gauche de sa droite ?

Je ne laisserai pas ce cirque ridicule aller plus loin !

« Votre Majesté, faites-vous plus confiance à cet homme qu’à moi ? Si nous confions la fondation de notre défense nationale à un roturier d’une région éloignée qui se dit noble, comment pourrons-nous faire face à nos ancêtres ? »

En temps de paix, les paroles d’Albert n’auraient pas été nécessairement sans importance.

Certains nobles auraient même hoché la tête ouvertement en signe d’approbation, en disant : « C’est exactement ce à quoi je pensais. »

Cependant, c’était un temps de guerre.

Et plus important encore, Albert dépréciait la décision du roi lui-même.

« Alors, laissez-moi vous demander. Que dire d’une personne qui s’est donné beaucoup de mal pour obtenir son titre et qui n’a pas goûté à la vie luxueuse d’un noble, mais qui s’est précipitée pour sauver Lapland de sa terrible crise et a même conduit des renforts à sa princesse ? Si le Seigneur Gaura avait été du côté d’Asgard, Lapland aurait disparu depuis longtemps, et notre royaume de Jormungand aurait probablement déjà été piétiné. »

Ça devenait dangereux, Eustache le savait. Le roi Christophe devenait irrité.

Cependant, Albert continua.

Psychologiquement, il ne pouvait pas accepter la présence d’un étranger comme Kurats.

« Votre Majesté, vous préférez croire un simple roturier plutôt qu’un homme d’État plus âgé ? »

À ce moment précis, Eustache finit par comprendre la vraie nature d’Albert.

Albert avait reçu une excellente éducation et était très versé dans les affaires intérieures et étrangères. Eustache espérait depuis longtemps qu’Albert suivrait ses traces et deviendrait son successeur, le prochain premier ministre du royaume.

Il ne manquait pas non plus d’apparence. C’était un homme charmant et beau. Avant de prendre pour épouse la première princesse, il était le genre de jeune noble qui était la cible des cris aigus des dames de la cour, avec les nombreux scandales que cela comportait.

Il possédait également l’un des territoires les plus importants du royaume, un endroit clé pour la mobilisation de toutes les forces vers la frontière. Ce seul fait faisait de lui l’un des piliers des affaires militaires du pays.

Comme si cela ne suffisait pas, ce jeune homme avait rapidement grandi pour devenir le chef de la plus grande faction du royaume.

Mais en réalité, tout cela n’était que la façade rusée d’un simple enfant, qui ne pouvait pas supporter de ne pas avoir ce qu’il voulait.

L’homme qui voulait donner la priorité à ses propres désirs sur le pays était lui, pas Kurats.

Je pensais que j’avais un bon œil pour les gens, comment ai-je pu ne pas voir ça… ?

Tandis qu’Eustache s’en rendait compte, le regard de Christophe changea aussi. Ce n’est que maintenant qu’il comprit à quel point la nature d’Albert était vraiment dangereuse.

Christophe n’avait pas pu s’empêcher d’être impressionné une fois de plus. C’était grâce au complot de Kurats qu’Albert se comportait si imprudemment et exposait sa vraie nature.

Après tout, Albert n’aurait jamais perdu son calme à ce point si le choc n’avait pas été assez important pour être tombé la tête la première dans un piège après avoir célébré ce qu’il croyait être une victoire sans faille.

« Alors, Albert, mon sujet, je vais te poser une autre question. Qui selon toi a le plus de poids ? Toi ou ton roi ? »

Le rôle d’un roi était, d’une part, de coordonner les intérêts des nobles et, d’autre part, d’écouter les demandes des différentes classes qui composaient le royaume et de refléter ces demandes dans les politiques du pays.

Mais en substance, le roi représentait la nation, et il avait le dernier mot en tout. Ses décisions avaient préséance sur tout le reste.

Une fois le temps du débat terminé et la décision du roi prise, ses vassaux et ses sujets n’avaient plus le droit d’être en désaccord.

C’était comme ça dans une monarchie féodale.

Et ce même roi avait actuellement une expression qui montrait qu’il était prêt à se débarrasser d’Albert sur le champ en fonction de ce à quoi il allait répondre.

Cette expression suffisait amplement à mettre un terme définitif à l’accès de colère d’Albert.

En regardant derrière lui, Albert découvrit que la majorité des nobles qui étaient censés être près de lui le regardaient avec les yeux froids.

Personne n’était prêt à le défendre.

« Bien sûr, la volonté de Votre Majesté l’emporte sur tout. »

Albert avait commis une erreur fatale.

La confiance et l’influence qu’il accumulait depuis des années avaient disparu sans laisser de traces.

Aussi élevées que soient ses chances de devenir roi, il avait abusivement traité la princesse d’un pays d’imposteur et avait menacé le roi de choisir entre lui-même et Kurats.

Il tremblait de peur de ce qu’il venait de faire.

Encore un pas de plus.

Il s’imaginait à une marche d’un trône qu’il cherchait désespérément.

Tout ce qu’Albert avait fait avait pour but de monter cette marche illusoire.

Mais maintenant que le roi se montrait hostile à l’égard d’Asgard, il était inévitable qu’il choisisse Lunaria comme successeur, car elle excellait dans les combats et les questions militaires. Après tout, pour le meilleur ou pour le pire, Felbelle était une femme obéissante, mais elle ne sera jamais qu’une marionnette.

Ce n’était pas comme ça que les choses devaient être.

Si Kurats n’était pas apparu, Lunaria aurait été prise en otage en tant qu’épouse de l’empereur Asgard, et Felbelle aurait pris le trône de Jormungand, permettant à Albert de devenir le roi suivant.

Ce n’était ni un rêve ni une illusion, mais une vision claire d’un avenir qui pourrait très bien l’être. Et pourtant, ce n’était plus le cas.

Suis-je censé laisser passer cette humiliation ?! Je lui rendrai tout ce qu’il m’a fait en deux fois !

Bien qu’il se sentait dévasté, Albert avait toujours la volonté de se jurer amèrement qu’il allait prendre sa revanche.

« Cet homme, tout seul, a fait tomber le Seigneur Cabernard, celui qu’on appelle le mur de fer d’Asgard. Il s’agit là d’une réalisation sans précédent dans l’histoire. Le roi Siegfried a accordé au Seigneur Gaura un titre honorifique de comte, et nous lui donnerons aussi un titre de comte, ainsi qu’un territoire approprié. »

Le titre de comte était tout juste suffisant pour que Kurats soit digne de devenir le mari de la princesse Lunaria.

Dans son esprit, Christophe avait déjà terminé le projet du prochain gouvernement du royaume.

« Voyons voir, peut-être que le territoire Adreward fera l’affaire, puisqu’il est sous le contrôle direct de la famille royale… »

« S’il vous plaît, attendez ! »

Celui qui osa protester contre les paroles du roi avant de pouvoir s’emporter n’était autre que son Premier ministre, Eustache.

Adreward, avec ses plaines fertiles, était historiquement transmis au prince héritier avant son intronisation.

En d’autres termes, Christophe disait officiellement que Lunaria était son prochain successeur et Kurats le prochain roi.

La puissance militaire inégalée de Kurats était certainement presque irremplaçable pour le royaume.

Mais quoi qu’il arrive, il y avait encore trop de choses qu’ils ne savaient pas sur lui. Ils ne pouvaient pas encore lui confier le destin du royaume en tant que mari de Lunaria.

« Qu’y a-t-il, Eustache ? Vous opposez-vous à cela ? »

Christophe croisa les bras, visiblement mécontent que quelque chose soit venu atténuer ce rare moment d’excitation.

Mais sa réaction n’était pas allée plus loin qu’une mauvaise humeur.

Il avait fait confiance au jugement d’Eustache.

« Les réalisations du Seigneur Gaura sont pour le moins admirables. Cependant, jusqu’à présent, tout ce qu’il a montré, c’est sa force. Pour lui confier Adreward, il doit d’abord montrer des résultats non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans le domaine politique. »

Il était impossible de laisser le royaume entre les mains d’un homme qui ne possédait que la puissance militaire.

Quand on le lui avait dit, Christophe avait eu du mal à répondre.

Après tout, les origines de Kurats étaient problématiques et ses fondements en tant que noble étaient trop faibles.

C’est pourquoi Christophe avait voulu peu à peu attirer l’attention sur sa relation avec Lunaria. Mais Eustache avait une autre idée.

« Et si on lui donnait Bashtar à la place ? »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Christophe était étonné qu’Eustache pense même à suggérer cet endroit.

« Ce serait plus une punition qu’une récompense. »

« C’est peut-être le cas, mais s’il réussit à remettre sur pied Bashtar, personne ne doutera de lui. »

Ce que disait Eustache, c’est que pour qu’un roturier devienne roi, il devait accomplir au moins cela.

{Hé, Kurats. Dis-lui que tu acceptes.}

En es-tu sûr ?

{Peu importe le type de terre dont ils parlent, entre les mains du roi magique, c’est comme si c’était le paradis.}

Dans ce genre de situation, Kurats était tout à fait disposé à faire confiance à Bernst. Parce que lui-même n’avait aucune idée de ce qu’il était censé faire.

« J’y ai réfléchi, et je crois que monsieur le premier ministre marque un point important. Je serais heureux de m’occuper de Bashtar. »

« Si c’est ce que pense le Seigneur Gaura, qu’il en soit ainsi. »

Christophe conclut cet échange par un dernier signe de tête.

Honnêtement, il avait l’impression d’avoir été joué par Eustache, mais il valait peut-être mieux laisser tomber.

« Mais qu’y a-t-il de si anormal à Bashtar ? Je n’en ai jamais entendu parler. »

Bashtar était situé au nord-ouest de Jormungand, à environ 500 km au nord du village de Gaura.

Cent ans plus tôt, le comte chargé de gouverner la région éloignée de Bashtar avait apporté une grande croissance à ses industries minières et manufacturières, lui assurant un niveau de prospérité incroyable pour une région éloignée.

Puisqu’il était et est toujours le plus grand territoire du royaume, le comte de Bashtar avait également été chargé de la gestion de toute la partie occidentale du pays, ce qui lui avait donné beaucoup d’influence.

Cependant, cela n’avait pas duré indéfiniment.

Leur industrie minière ne cessait de prendre de l’expansion, et leurs terres agricoles ne cessaient de croître, ce qui avait inévitablement fini par mettre en colère les monstres qui vivaient dans les environs.

Et, il y a 70 ans, tout cela s’était transformé en une attaque coordonnée de monstres, qu’on avait appelée plus tard l’invasion de Bashtar.

Cette attaque avait été menée par le monstre aristocrate qui régnait sur cette région, Triastella.

L’armée d’un comte qui régnait sur un endroit aussi isolé ne pouvait rien face à cette invasion, elle fut anéantie en un rien de temps. À la fin, plus de la moitié du territoire de Bashtar fut occupée par des monstres.

Ayant abandonné la moitié du territoire pour éviter de subir d’autres invasions de monstres, les habitants de Bashtar avaient commencé à vivre très près les uns des autres, dans un espace très limité.

Et maintenant, chaque jour, ils vivaient dans la peur, ne sachant pas si et quand la prochaine attaque de monstre allait arriver.

Leurs terres fertiles et leurs mines avaient été arrachées, et tout ce qui leur restait, c’était un sol infertile et des terres stériles remplies de roches à perte de vue.

Comme personne ne voulait être responsable d’un tel lieu, il était inévitablement tombé entre les mains de la famille royale, qui faisait le strict minimum pour gérer le territoire.

Monstre aristocrate ? Donc, il est comme ce gars qu’on a battu l’autre jour ? Adrian, c’est ça ?

{Je ne dirais pas que ce sont les mêmes. On peut les appeler tous les deux des monstres aristocrates, mais celui que nous avons rencontré semblait être au bas de la chaîne. Mais cela n’a pas d’importance, car le roi magique ne connaît pas d’adversaire !}

Après que la situation lui fut expliquée, Kurats répéta mot pour mot ce que Bernst lui avait dit de répondre.

« Alors, je surmonterai toutes ces difficultés et reviendrai avec de bonnes nouvelles, Votre Majesté. »

« C’est génial ! Si tu réussis à remettre Bashtar sur pied, je ferai de toi un marquis, tu as ma parole ! »

« Je suis infiniment honoré et reconnaissant, Votre Majesté. »

Les fonctionnaires du royaume de Jormungand regardaient tous Kurats comme s’ils regardaient quelque chose d’incroyable.

Même s’il venait de revenir au royaume avec des réalisations sans précédent dans l’histoire, il fut immédiatement poussé dans une situation qui ressemblait à celle d’un exilé du royaume.

Le fait que Kurats ait pu calmement accepter cette tournure des événements l’avait fait passer aux yeux des autres pour une sorte de monstre étrange.

Bien qu’Albert ricanait, heureux que Kurats obtienne ce qu’il méritait, il ne pouvait pas étouffer l’idée qu’il pourrait réellement être capable de réussir.

Après tout, repousser le quatrième escadron de l’empire Asgard tout seul n’était pas moins incroyable.

Mais Albert avait aussi réalisé autre chose en même temps.

Le fait que Christophe était prêt à laisser Kurats s’occuper du territoire Bashtar signifiait que, bien qu’il allait prendre une position hostile contre l’empire Asgard, il n’avait pas l’intention de les attaquer activement.

La présence de Kurats dans le pays pouvait avoir un effet dissuasif, mais cela ne changeait rien au fait que l’empire Asgard surpassait encore le royaume de Jormungand en termes de puissance militaire.

Cela étant, Albert avait encore une chance d’arranger les choses.

Ce n’est pas encore fini ! Un jour, je prendrai ta tête dans la rue pour que tout le monde puisse la voir !

« Votre Majesté, puis-je faire une demande ? »

« Oh, avez-vous besoin de quelque chose, princesse Frigga ? »

« Les faveurs que notre pays doit au Seigneur Kurats sont plus élevées que toutes les montagnes et plus profondes que la mer. Avec votre permission, j’aimerais le suivre jusqu’à ce que je l’aie au moins partiellement remboursé. »

À ce moment-là, on avait soudain eu l’impression que des étincelles crépitaient dans l’air autour de Lunaria et de Frigga.

« Je n’ai aucune raison de refuser… Seigneur Gaura, seriez-vous d’accord ? »

« Comme je n’ai toujours pas d’expérience en tant que vassal, j’accepte avec gratitude l’offre de Sa Majesté. »

Qu’est-ce que ça veut dire ?! On dirait qu’il faut qu’on parle après ça !

Lunaria essaya de transmettre sa plainte à travers son regard, mais Kurats l’avait complètement ignorée.

D’un autre côté, Frigga n’était pas si subtile. Elle tenait triomphalement la main de Kurats, et rapprochait ses lèvres de son cœur pour lui murmurer à l’oreille.

« Comme ça, je pourrai rester à tes côtés, maître. »

Peu importe la façon dont on regardait cette interaction, Frigga flirtait clairement et très franchement avec Kurats.

Peut-être que je l’interprète mal.

Christopher essaya de se rassurer, mais son sourire étriqué et la sueur sur son front trahissaient ses véritables pensées.

Kurats était membre de la cour royale de Jormungand, mais il y avait toujours une possibilité très réelle que Lapland essayait d’en faire le mari de la jeune sœur du roi.

De plus, Kurats et Frigga s’étaient battus sur le champ de bataille ensemble. C’était des frères d’armes.

C’est mauvais ! C’est terrible !

Deux proches camarades d’armes, laissant l’agitation de la capitale pour aller dans un endroit plus éloigné, où ils allaient partager leur lit et leur nourriture. C’était la recette d’une histoire d’amour.

Et bien sûr, s’ils devaient avoir un enfant ensemble, il serait difficile pour Kurats de refuser d’épouser Frigga.

Eustache pouvait deviner le genre d’illusions folles que le roi Christophe avait en ce moment, mais ce n’était pas le moment idéal pour lui de dire quoi que ce soit.

« Père ! J’y vais aussi ! »

« S’il vous plaît, attendez ! Bashtar n’est pas un endroit convenable pour Votre Altesse ! »

Eustache avait le sentiment que cela arriverait. Lunaria, toujours aussi énergique et dynamique, avait décidé de faire quelque chose d’imprudent.

Cependant, ils ne pouvaient pas laisser Lunaria aller dans un endroit isolé inondé de monstres. Elle était la future héritière du trône par défaut maintenant.

« Votre Majesté, dites quelque chose ! »

« Tu peux y aller, Lunaria ! »

« Quoi ?! »

Qu’est-ce que son propre père peut bien dire ?

« Elle apprendra beaucoup de la princesse Frigga. D’ailleurs, laisser la princesse de Lapland travailler dur toute seule ferait honte à notre pays ! »

« Votre Majesté, on dirait une excuse ! »

« J’ai pris ma décision ! Je n’ai pas besoin de tes conseils, Eustache, je sais ce que je fais ! »

« C’est ce que les accros du jeu disent toujours ! »

Eustache s’apprêtait à lui arracher les cheveux de la tête, mais ses tentatives désespérées pour persuader le roi n’avaient porté aucun fruit.

C’est ainsi qu’il avait été décidé que Frigga et Lunaria iraient toutes les deux à Bashtar.

***

Chapitre 70

« Attendez ! Pourquoi nous suivez-vous ici ? »

Frigga entra dans la chambre de Lunaria avec Kurats comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, et répondit calmement à la question de Lunaria.

« Partout où va monsieur Kurats, j’irai avec lui. Après tout, nous sommes des compagnons d’armes, nous nous sommes confiés l’un à l’autre. »

« Kurats, on dirait que tu t’entends bien avec elle, pas vrai ? »

« Eh bien, des choses sont arrivées, et voilà comment ça a fini entre nous. Nous n’avons pas pu l’éviter. »

« Je me demande si cette réplique conviendra à Mlle Cornelia. »

« S-s-s-sœurette ? ! Pourquoi es-tu ici ? »

« Je suis devenue très proche d’elle pendant que tu n’étais pas là. Je l’ai appelée à l’avance pour qu’on puisse fêter ton retour aujourd’hui. »

Kurats ressentit des frissons le long de sa colonne vertébrale.

Ces frissons provenaient d’une peur qui avait été gravée en lui au niveau génétique.

« Même depuis ton enfance, tu t’es toujours laissé emporter à la seconde où tu t’es retrouvé seul, n’est-ce pas ? »

« Sœurette ! »

« Yaaaaaaaaah ! »

« Ugggh ! »

Le corps de Kurats pouvait même repousser littéralement l’acier, mais il ne pouvait pas s’échapper de ce qui était profondément gravé dans son esprit.

Au moment où le coup de pied de Cornelia atteignit son point sensible, il cria, impuissant. Il était agonisant, des larmes coulaient de ses yeux.

{Nooooooooooon ! P-pas les bijoux de famille ! Pas encore ! !!}

Celui qui avait reçu le plus de dégâts était en fait Bernst, mais pour lui, c’était mieux de garder le secret.

« Je vois que tu as mis la main sur les princesses de deux pays. Mais Kurats, réalises-tu que les princesses ne sont pas Dorothée et Merga, n’est-ce pas ? »

« Dorothée et Merga ? Qui sont-elles ? »

« Ma sœur, s’il te plaît, n’en dis pas plus ! »

« Disons que notre quartier a eu un cours complet de romance et que Kurats a gardé les miettes pour ses moments “personnels”. »

« AAAAAAAAh ! »

L’impact invisible fit s’effondrer Kurats au sol, il avait l’impression qu’on lui arrachait la gorge.

{ARRÊTEZ ÇA ! Je vais encore être gêné !}

(Je comprends ce que tu ressens, mais s’il te plaît, attends un peu pour le moment !)

De façon inattendue, c’était Lunaria qui mit fin à la souffrance de Kurats.

« … Je pense que nous l’avons probablement assez taquiné. Il était après tout dehors, à mettre sa vie en jeu pour mon bien. Je vais vous laisser parler seuls, entre frère et sœur. »

Puis, Lunaria quitta la pièce et exhorta Frigga, dont l’intérêt avait été choisi par ses « penchants » envers Kurats, à la suivre.

« Mlle Frigga, venez avec moi. Je dois vous parler de ce qui nous attend dans notre avenir commun. »

« … Pourriez-vous être plus précise ? »

« Disons que si vous avez l’intérêt de Kurats à l’esprit, votre coopération serait la bienvenue ici. »

« Si c’est la raison, alors on ne peut rien y faire. »

À leur grande surprise, Kurats et Cornelia avaient été soudainement laissés seuls dans la pièce.

« … Bizarre, c’était quoi ça ? »

Alors que Kurats marmonnait ainsi, ses yeux rencontrèrent ceux de Cornelia, provoquant une étrange réaction de sa part. Elle devint rouge jusqu’au cou et très vite elle détourna les yeux.

« Ma sœur ? »

« Ne regarde pas par ici ! Donne-moi juste 5 minutes ! »

« 5 minutes, c’est beaucoup trop long… »

« Alors juste 40 secondes, OK !? »

Cornelia plia le dos et continua à respirer.

C’était la première fois que Kurats voyait Cornelia agir si bizarrement.

{Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’étrange…}

Sais-tu ce qui se passe avec elle ?

{Je suppose que je vais lui montrer un peu de sympathie. À partir de maintenant, je vais couper notre connexion. Je ne pourrai plus rien voir ni entendre, alors… fais de ton mieux.}

Qu’est-ce que cela veut-il dire !?

La question de Kurats resta sans réponse. Il semblerait que Bernst avait déjà scellé sa conscience.

Comme si elle avait pris une décision, Cornelia se tourna vers Kurats, et le regarda d’un air de défi.

« Crois-tu que je n’ai pas entendu dire que tu es allé en Lapland tout seul ? »

« Désolé, je ne voulais pas t’inquiéter. »

Tout ce que Kurats lui avait dit, c’est qu’il allait dans un pays étranger comme messager sous les ordres du roi.

« Quand la princesse Lunaria m’a dit ce que tu allais faire, j’ai senti que mon cœur allait s’arrêter ! »

L’expression sérieuse présente sur le visage de Cornelia n’avait pas tenu longtemps, il devint rapidement recouvert par une fontaine de larmes débordante.

« Après ton départ, la princesse Lunaria m’a appelée à la capitale, car elle craignait de me laisser seule à la maison. C’est alors que j’ai entendu dire que tu étais allé sauver Lapland… La princesse voulait juste s’excuser, en disant que c’était sa faute si tu y étais allé, mais tout ce que j’ai pu penser c’est… »

Même en sachant combien la force de Kurats était absurde, sa mission semblait trop téméraire.

Cornelia était bien consciente que Kurats, qui pouvait facilement abattre un ours aux yeux rouges, avait la force d’une armée d’environ 1000 hommes. Malgré cela, elle ne pouvait pas se sentir à l’aise.

Après avoir été invitée à la capitale, elle avait passé presque tout son temps à prier pour la sécurité de Kurats.

« Je suis désolé de t’avoir inquiétée. Mais il n’y a aucune chance que je sois blessé par quelque chose comme ça ! »

En vérité, il y avait eu des moments où sa vie avait vraiment été en danger, mais Kurats n’avait pas dit cela.

Au lieu de cela, il sortit sa poitrine pour montrer combien il était sûr et fort, en espérant qu’il ne serait pas découvert.

Malgré cela, Cornelia lui sauta à la poitrine comme si elle allait l’attaquer. Peut-être avait-elle instinctivement deviné la vérité.

« … Idiot ! »

Lorsque son corps heurta sa poitrine, Cornelia se mit à sangloter et à trembler des épaules.

Kurats posa sa main rassurante sur son dos et tira de près son corps mince dans une étreinte.

Il avait l’impression que ses membres pouvaient se détacher par sa force, mais il avait aussi l’impression que sa peau était si douce que ses mains allaient fondre à l’intérieur.

Alors qu’elle tremblait dans ses bras, Kurats pouvait sentir un parfum d’agrumes monter de ses cheveux.

Cela lui donnait déjà beaucoup de mal à calmer son esprit, et comme si cela ne suffisait pas, Cornelia resta silencieusement dans cette posture pendant 5 minutes entières.

« Après que la princesse Lunaria m’ait appelé à la capitale, nous avons discuté ensemble. »

« Hmm ? »

Tout en s’accrochant à Kurats, Cornelia avait finalement commencé à parler. Cependant, elle garda les yeux fermés pour ne pas rencontrer son regard.

« Elle dit que Sa Majesté pense à faire de toi son mari. Elle a aussi dit que si c’est avec toi, elle est prête à se marier. »

« Huh ? »

***

Chapitre 71

« Elle a dit que Sa Majesté pensait à faire de toi son mari. Elle a aussi dit que si c’est avec toi, elle est prête à se marier. »

« Hein ? »

Bernst était au courant depuis un moment, mais pour Kurats, c’était venu de nulle part.

Il avait à peine senti que Lunaria avait de bons sentiments envers lui dans une certaine mesure.

« Ce que je veux dire, c’est que même toi tu ne pourrais pas aller à l’encontre des ordres du roi, n’est-ce pas ? De plus, il est naturel pour les nobles d’avoir plusieurs femmes. »

Les parents de Cornelia et Kurats étaient un couple monogame, mais il y avait beaucoup de familles polygames prospères, même parmi les roturiers.

C’était un spectacle courant dans les sociétés où la médecine en était encore à leurs débuts.

Plus le taux de mortalité infantile était élevé, plus les femmes convergeaient vers des hommes riches et puissants.

« Au village, je pensais que toi et moi allions vivre ensemble pour toujours. Mais curieusement, je n’ai jamais pensé à devenir ta femme. Juste que d’une certaine façon, je serais toujours avec toi. »

Après ce que Cornelia venait de dire, Kurats avait encore du mal à dire ce qu’elle ressentait pour lui.

Cornelia affichait un sourire timide, déterminée à libérer complètement les sentiments qu’elle avait gardés enfouis en elle jusqu’à aujourd’hui.

Il était tellement obtus, Kurats ne comprendrait sûrement rien si Cornelia n’était pas aussi franche.

« Je t’aime, Kurats. Pas comme une sœur, mais comme une femme. »

« Cornelia ! »

Ils se rapprochèrent lentement l’un de l’autre, jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent.

Sentant encore l’exaltation persistante d’avoir enfin communiqué leurs sentiments, ils se délectèrent de la sensation des lèvres de l’autre, tortillèrent leurs langues et échangèrent leur salive encore et encore comme s’ils faisaient du troc pour le plus précieux des liquides.

Ils se laissèrent aller à apprécier leur baiser pendant un moment, dans une transe rêveuse et ivre.

« C’est comme un rêve. Penser que je pourrais un jour être avec toi… »

Kurats avait toujours pensé à cela depuis qu’il avait atteint la puberté.

Bien qu’il soit satisfait de la relation qu’il partageait avec Cornelia en tant que frère et sœur, il avait toujours rêvé que peut-être un jour, ils seraient amants.

Mais les souvenirs qu’il partageait avec elle n’étaient pas tous aussi doux…

« Franchement Kurats, tu es vraiment quelqu’un de pénible, pas vrai ? »

Le ton froid dans la voix de Cornelia le faisait frissonner.

Même s’ils étaient devenus amants, cela ne changea en rien la situation entre eux.

Kurats se mit au garde-à-vous et écouta les paroles de sa sœur comme il le faisait toujours.

« Je ne pensais pas que tu mettrais la main sur la princesse Frigga, mais sache que désormais, la princesse Lunaria et moi gérerons tes relations avec les autres femmes. »

« Mademoiselle, oui, Mademoiselle ! »

« Et donc… »

Même si elle semblait sur le point de se mettre en colère, tout le corps de Cornelia était soudainement redevenu rouge. Ses bras tremblaient.

Pourtant, elle avait pris sa résolution.

Ainsi, pour son bien et celui de Lunaria qui lui avait donné un peu de temps pour se retrouver seule avec Kurats, Cornelia rassembla tout son courage et annonça la décision qu’elle avait prise.

« Je laisserai la princesse Lunaria être ta femme légitime, et en échange, j’aurai ta première fois ! »

Cornelia parla en regardant timidement vers le haut, avec une voix douce qui semblait pouvoir disparaître à tout moment.

Alors qu’il était témoin de cela, Kurats put entendre sa propre santé mentale se briser en deux, car il avait perdu tout sens de la raison.

« … Quoi ? »

La femme qu’il aimait le suppliait gentiment de la prendre, comment pouvait-il refuser ?

Avec un grand désir, Kurats poussa immédiatement son corps délicat vers le bas.

« Ah ! »

« Je ne peux plus me retenir ! »

Kurats s’était sauvagement jeté sur les lèvres de Cornelia.

Comme elle n’était pas à la hauteur de la force de Kurats, Cornelia s’écria jusqu’au matin, mais ce fut tout de même une expérience extrêmement satisfaisante pour tous les deux.

« Il est donc officiellement confirmé que tu es une bête. Dis, es-tu un singe ? Je suis presque certaine que tu es un singe. Sinon, pourquoi serais-tu si obsédé par les cheveux ? Ou n’es-tu juste qu’un gros maniaque ? »

« Arrête ça ! Ne dis plus rien ! Bernst va encore faire des ravages ! »

◆ ◆ ◆

Tout en ayant l’air gêné comme un couple d’amoureux innocents, le couple alla se laver dans un bain qu’ils partagèrent ensemble.

Là, ils avaient peut-être fait plus que se nettoyer, comme on peut s’y attendre de la part d’un jeune homme et d’une jeune femme qui n’avait pas de limites établies.

Au moment où ils s’habillèrent et se présentèrent pour le petit déjeuner, il était déjà 9 heures du matin.

« Vous vous êtes bien amusés hier soir. »

Lunaria parla avec un sourire obscène dirigé vers Cornelia, qui s’accrochait passionnément au bras de Kurats.

La réaction de Frigga, par contre, était une chose à laquelle personne ne s’attendait ici.

« Maître, j’attendrai le jour où je serai aussi appelée à m’occuper de toi. »

« … A-t-elle dit “maître” ? »

Bien qu’elle soit encore plongée dans les sentiments de la nuit précédente, Cornelia fronça les sourcils et pinça Kurats de côté. Elle pouvait ignorer ce qu’elle venait d’entendre.

« Ne t’inquiète pas. Elle n’a pas pris la première fois de Kurats quand il était là. Cela étant dit, elle est déjà allée trop loin. »

La nuit précédente, alors que Cornelia et Kurats s’occupaient l’un de l’autre, Lunaria et Frigga avaient eu une discussion sur leurs perspectives respectives.

Heureusement, Frigga n’avait pas l’intention d’épouser Kurats et de le lier à Lapland.

Il semblerait qu’elle ne voulait sincèrement que suivre Kurats, qui était le seul homme plus fort qu’elle à sa connaissance, et qui lui avait même sauvé la vie.

Bien qu’elle ait parfois laissé ses désirs prendre le dessus sur elle, c’était toujours la Valkyrie Blanche comme Neige. Et pourtant, elle semblait considérer Kurats, dont la force était comparable à celle d’une armée, comme une sorte de divinité.

La seule chose que l’entraînement de Bernst avait faite était de ramener ces sentiments inconscients à la surface.

« Je veux avoir l’enfant du maître le plus tôt possible ! »

« Tu es censée être aussi une princesse ! S’il te plaît, sois plus subtile ! »

« Je suis contre son épouse légale et sa femme préférée ici, je ne peux pas me permettre de sauver les apparences ! »

Il y avait beaucoup de pensées troublantes qui traversaient l’esprit de Frigga.

Depuis qu’elle était venue à Jormungand, elle découvrit que le roi était déterminé à marier Kurats avec Lunaria, puis elle apprit l’existence d’une sœur, non apparentée par le sang, qui était proche de Kurats depuis le jour de sa naissance.

Il était naturel que la situation lui apparaisse comme une crise.

« Vu les circonstances, à condition que tu n’emmènes pas Kurats loin de Jormungand, je te laisserai tranquille si tu restes sous ma responsabilité. Cela ne te plaira peut-être pas, mais j’espère que nous nous entendrons. »

« Je te suis à jamais reconnaissante, mademoiselle la sœur. J’attends cela avec impatience. »

« Moi aussi. Mais pourrais-tu ne pas m’appeler “Mademoiselle la Sœur” ? »

« Cornelia. Pour ses récents accomplissements, Kurats a reçu un titre de comte de mon père, et en tant que seul parent, tu es actuellement sa seule héritière. En tant que tel, tu vas probablement recevoir un flot de demandes en mariage à partir de maintenant. Nous allons devoir travailler tous ensemble, main dans la main, pour faire face à tout cela. » (Lunaria)

Mais surtout, elles travaillaient ensemble pour faire face à toute femme qui pourrait surgir et essayer d’enlever Kurats.

Sous l’étroite garde des princesses de deux pays différents et de sa sœur, qui était aussi sa seule parente, aucun effort ordinaire ne saurait suffire pour que d’autres femmes le prennent au piège.

« Bien sûr, si c’est pour le bien du maître, alors on est bien obligé de faire ainsi. »

« La seule pensée d’épouser quelqu’un d’autre que Kurats me donne des frissons, alors je suis d’accord. »

Ainsi, les trois femmes se mirent d’accord et se serrèrent la main.

… Pourquoi ai-je l’impression d’être mis à l’écart ?

{Je pensais que tu changerais un peu maintenant que tu n’es plus vierge. En tant qu’homme, tu devrais savoir comment gérer tes femmes.}

Bernst, qui avait refait surface, était venu réprimander Kurats.

Du point de vue de Bernst, le roi magique qui avait son monde sous sa coupe, il ne servait à rien de se préoccuper d’aimer telle ou telle femme. Il y avait des choses très importantes dans la vie.

Cependant, il allait désormais avoir besoin des talents de Lunaria et de Frigga, et il ne voulait pas, psychologiquement, mettre Cornelia à l’écart.

Cela étant, Bernst n’avait pas d’autre choix que de pousser lentement Kurats à comprendre ce genre de choses, au fil du temps.

V-v-vierge ? Qu’est-ce que tu dis !?

{Donc, te sens-tu mieux maintenant que tu as laissé tous ces sentiments sortir ? J’espère que tu as gagné. Un roi ne se laisse pas vaincre dans la chambre. Ce serait inacceptable.}

Bernst voulait que Kurats sache comment se comporter dans la chambre le plus tôt possible. Il devait y être le plus fort. Il devait être le gagnant.

Il n’y avait pas d’exception. Même si l’autre partie était une femme qu’il aimait.

***

Chapitre 72

« Argh ! C’est exaspérant ! Comment ce plébéien a-t-il pu monter si haut dans la hiérarchie ? »

Albert lança furieusement le verre dans sa main vers le sol. Cette pièce en verre raffinée, qui pouvait se vendre à un prix élevé n’importe où sur le continent, se brisa bruyamment en de nombreux petits fragments brillants.

Albert s’enfonça lourdement dans son canapé et poussa un profond soupir.

J’ai fait une terrible erreur.

Il ne pouvait pas s’empêcher d’être à la fois étonné et violemment en colère.

S’il était vrai que la princesse Frigga qui était venue au royaume était la vraie et qu’il s’était trompé à son sujet, Albert ne se serait pas permis, en général, de s’énerver autant pour une telle affaire.

Il avait laissé sa conviction d’avoir été aveugler dans son jugement par sa victoire.

En tout cas, le statut d’Albert était maintenant tombé à zéro.

Le pire de tout, c’est qu’il avait perdu les faveurs du roi.

Les nobles de sa faction, qui le flattaient tout le temps, avaient tous unanimement refusé de coopérer avec lui.

Même le Premier ministre, qui était relativement proche de lui, lui avait donné un regard de mépris. Le rappel de cette humiliation faisait encore mal.

« Merde ! Vu la façon dont les choses se passent, même Asgard va m’abandonner ! »

Albert avait prévu assez tôt que le royaume de Jormungand serait conquis par Asgard.

C’est pourquoi il avait prévu de contribuer à l’invasion d’Asgard, de les rendre redevables envers lui, afin que sa souveraineté sur Jormungand soit reconnue par l’empire.

Pour cela, il fallait absolument faire comprendre à l’empire Asgard qu’Albert était le véritable successeur au trône, et qu’il serait plus profitable pour eux de le prendre comme allié plutôt que de lui être hostile.

Cependant, dans l’état actuel des choses, Albert n’était rien d’autre qu’un noble qui était devenu le partisan d’Asgard, et qui ne méritait aucun traitement de faveur.

Si c’était le cas, alors sa trahison de son pays était tout à fait inutile.

Albert était né dans l’une des plus prestigieuses familles du royaume. Il était lié au Premier ministre et il était une figure de proue du royaume, avec la première princesse comme épouse.

Son orgueil ne lui permettrait jamais d’accepter de recevoir le même traitement que n’importe quel noble de la région.

Si cela avait été son but, il aurait accepté docilement de rester dans le monde politique comme un noble régulier et éminent, visant seulement à devenir un Premier ministre.

« … Peut-être que je devrais me réconcilier avec… Non ! Il n’y a absolument aucune chance que cela arrive ! »

Albert avait également la possibilité de laisser le passé derrière lui et d’essayer de faire son retour à la cour royale de Jormungand.

Cependant, cela signifiait qu’il devait accepter ouvertement de montrer qu’il était en dessous de ce roturier, Kurats.

Et c’était une chose qu’Albert ne pouvait pas supporter de faire. Cette humiliation serait plus qu’il ne pourrait supporter.

Après tout, la personne qui lui avait pris son droit au trône juste sous son nez n’était autre que Kurats.

Alors, que dois-je faire ?

Jusqu’à il y a quelques jours, Albert s’attendait à ce qu’environ 20 % des nobles du pays le suivent et tournent le dos au gouvernement en cas d’invasion par l’empire Asgard.

Mais maintenant, il n’aurait probablement que le soutien de quelques parents et peut-être d’une petite noblesse qui partagerait les frontières avec son territoire.

Le marquis de la maison de Strasbourg était une famille noble distinguée, mais quand il s’agissait de puissance militaire pure, ils n’avaient rien de spécial.

Compte tenu de tout cela, Albert n’avait manifestement plus assez d’armes pour attirer l’attention de l’empire Asgard.

Si tel est le cas, alors peut-être que prendre la tête d’une révolte tout de suite lui ferait gagner des points ? Non, car il n’aurait plus de valeur aux yeux du roi et serait à jamais marqué comme un traître.

Le visage de Rosberg traversa l’esprit d’Albert. De son point de vue, Rosberg était plus un monstre qu’un être humain.

Et en toute logique, les forces d’Albert étaient bien trop faibles pour qu’il puisse même rêver vaincre Rosberg.

« … Bon sang. S’il n’y avait pas eu ce foutu mage… »

S’il n’y avait pas eu ce Kurats Hans Almadianos Von Gaura…

La princesse Lunaria serait morte depuis longtemps, Lapland aurait été détruite, et leur destruction aurait grandement pacifié les nobles de Jormungand.

Qui aurait pu penser qu’un seul homme pouvait affronter et vaincre les forces d’Asgard avec son seul pouvoir ?

À ce moment, Albert avait été frappé par un éclair de lucidité.

C’est ça ! Cet homme est la clé de tout ça !

Kurats était capable d’utiliser un type de magie complètement différent du système magique de saint Arthurius qui était répandu dans le monde entier.

Il avait aussi la force de soulever d’une seule main un rocher massif de la taille d’une colline et de le lancer facilement sur ses ennemis.

On dit qu’il a tué des centaines de soldats asgardiens en utilisant cette méthode.

En outre, ceux qui avaient survécu à ses attaques ressentirent une telle crainte face à sa puissance absolue qu’ils ne pouvaient même pas faire le moindre effort pour aider leurs camarades.

Sur un champ de bataille, les soldats qui ne pouvaient pas surmonter leur peur étaient inutiles.

L’empire Asgard ne pouvait pas ignorer un homme aussi dangereux. Ils devaient certainement mettre au point une sorte de manœuvre pour se débarrasser de cette menace, soit en l’assassinant, soit en faisant de lui un allié.

Étant donné les circonstances actuelles de la princesse Lunaria, il était très peu probable que Kurats change de camp.

Cela étant, l’empire Asgard comprendra probablement bientôt qu’arrêter Kurats était l’étape la plus importante à réaliser pour capturer le royaume de Jormungand.

Ainsi, tuer Kurats serait une réalisation suffisante pour qu’Albert renforce sa position aux yeux d’Asgard.

Cependant, le tuer une fois que sa valeur politique atteindrait des sommets encore plus élevés serait encore mieux.

« J’ai besoin de quelqu’un ici ! »

« Maître, vous m’avez appelé ? »

Alors qu’un majordome qui travaillait ici depuis de nombreuses années s’avançait gracieusement, Albert lui donna un ordre sans essayer de cacher son excitation.

« Va recueillir des informations sur cet homme ! D’où vient-il sa famille ? Ce qu’il aime, ses femmes, ses faiblesses ! Vérifie tout ! Je me fiche de ce que cela doit coûter ! »

À ce stade, les faiblesses communes ne suffiraient probablement pas à entraîner la chute de Kurats… Mais, au final, ce n’était encore qu’un arriviste sans soutien.

Il ne serait pas difficile de le saboter. Et si Albert réussissait à le faire céder, il pourrait peut-être même l’utiliser comme pièce d’échec par la suite.

En tout cas, Albert ne considérait plus Kurats comme un simple roturier, mais comme un rival politique.

◆ ◆ ◆

« Hmm, c’est du bon thé. »

Dans une salle VIP pour nobles d’un certain café de la capitale de Jormungand.

Kurats agissait avec une totale insouciance pendant que Frigga et Lunaria se préparaient à déménager à Bashtar.

« … Il n’y a pas assez de serviteurs, il nous en faut bien plus ! »

« Ne pouvons-nous pas engager des gens sur place ? »

« Vous pensez qu’il y a quelqu’un dans le territoire de Bashtar qui est assez fou pour y rester par choix !? Ils s’échapperont tous à la première occasion qu’ils trouveront ! »

« Mais ils auraient l’opportunité d’être les serviteurs directs de la famille d’un comte… »

La vérité était que Kurats et Cornelia n’avaient pas beaucoup de préparatifs à faire avant de partir.

Les seuls préparatifs nécessaires étaient pour le bien de Lunaria, car elle était la princesse d’un pays, et pour la même raison, Frigga. Eh bien, Frigga était habituée à être sur les champs de bataille, donc il s’agissait surtout de Lunaria.

« Hé ! Toute cette opération te concerne, comment se fait-il que tu boives ton thé tranquillement !? »

« Qu’est-ce que je suis censé faire ? Je n’étais encore qu’un roturier jusqu’à récemment, ne fais pas de demandes absurdes. »

« Ce n’est pas absurde. Mais devoir est de faire face au développement de Bashtar ? Ça, c’est absurde ! »

Kurats rejeta les plaintes de Lunaria avec un sourire féroce.

« Ce n’est pas absurde pour moi. »

C’était un territoire de monstres, rien de plus. Même si un aristocrate monstre régnait sur la région, Kurats pouvait très facilement massacrer ce type d’ennemi.

Plutôt que d’avoir peur, il espérait trouver un adversaire qui en valait la peine.

En matière de combat, même le tristement célèbre territoire de Bashtar ne pouvait pas faire ressentir à Kurats un quelconque sentiment de danger.

« Je pense qu’on devrait d’abord s’occuper de l’aspect militaire des choses. On pourrait s’occuper de rassembler les gens sur le territoire et tout le reste, non ? »

Normalement, pour ce genre d’opération, la première étape serait de rassembler les serviteurs, les soldats et les mercenaires, puis d’organiser une armée, et ensuite de s’occuper de tout, des fournitures aux tactiques militaires.

Cependant, maintenir une armée sans fonds suffisants était beaucoup trop difficile au départ.

Le roi avait bien accordé à Kurats un certain capital lorsqu’il avait accepté de s’occuper de Bashtar, mais ce n’était qu’une petite somme.

« … J’ai oublié que tu es une véritable armée à toi tout seul. »

À lui seul, Kurats avait vaincu une armée de plus de 40 000 Asgardiens.

Il pourrait en effet être capable d’annihiler facilement les monstres occupant Bashtar.

« … Mais on n’est jamais trop prudent. J’ai entendu dire que l’homme à qui Rosberg avait demandé de le prendre sous sa coupe était l’une des personnes présentes lors de la grande invasion de Bashtar il y a 70 ans. Apparemment, c’était un combat serré, même pour lui. »

Oho, Kurats montra un large sourire.

Si cet aristocrate démoniaque, Triastera, était aussi fort que Rosberg, alors le combat contre lui n’allait probablement pas être à sens unique.

« Pourquoi as-tu l’air si heureux ? Tu as vraiment des muscles à la place du cerveau ! »

« … Hmm, excusez-moi… »

Le groupe avait entendu une petite voix timide venant de leur côté.

« J’ai entendu dire que vous recrutiez des serviteurs… »

La voix venait d’une femme qui ressemblait à un petit animal mignon que vous ne pouviez pas vous empêcher de taquiner.

Deux queues de cheval blond rose se déplaçaient avec elle sur le dessus de sa petite tête.

Elle n’avait pas du tout l’air de quelqu’un qui aurait sa place dans un groupe de serviteurs allant à Bashtar.

« Ai-je mal entendu ? Je suis désolée ! Je suis tellement désolée ! Je suis désolée d’être née ! S’il vous plaît, ayez pitié de ma stupide personne ! »

« Non non non, tu n’as pas mal entendu, ok ? ! Pour l’instant, arrête de te prosterner ! »

Ne voulant pas ressembler à des brutes vicieuses, le groupe s’était empressé d’aider la fille à se relever avant qu’elle ne puisse se frotter la tête sur le sol plus longtemps.

« N’ai-je pas mal entendu ? Aaah, je suis désolée, je suis vraiment désolée. Pardonnez-moi d’en être arrivé à un tel malentendu par moi-même ! »

« Tu n’as rien fait de mal, tu ne devrais pas t’en vouloir ! »

Le fait que cette fille soit devenue si prompte à se blâmer pour tout était assez merveilleux.

Une fois que la fille se fut enfin calmée, le groupe lui offrit une tasse de thé, ce qui l’aida à se détendre. Elle semblait le trouver délicieux.

Ce n’est qu’après avoir bu qu’elle s’était enfin mise à parler.

« Mon nom est Colette Denier. Je suis une perceptrice d’impôts au service du royaume… Ou plutôt, je l’étais. »

« Tu l’étais ? Pourquoi donc ? »

« Pour être honnête avec vous, j’ai découvert qu’un supérieur commettait une fraude, et quand j’ai confronté mon supérieur avec mes conclusions, il a déformé les faits pour faire croire que j’étais la coupable, et j’ai été renvoyée hier. »

Colette avait les larmes aux yeux pendant qu’elle parlait.

« Impardonnable. Ton patron, et cet autre supérieur qui a conspiré avec lui ! Ils sont tous les deux impardonnables ! »

Alors que Cornelia mettait les mains sur ses hanches en signe d’indignation, Colette secouait la tête d’un côté à l’autre.

« L’autre supérieur ? Non, c’était la même personne en fait… »

« Quoi !? Qui rapporte un cas de fraude à la personne qui l’a commis !? »

« iiih ! »

Quand elle avait vu le visage de Lunaria, qui avait mis toute son exaspération dans sa réplique, Colette s’effondra en pleurant et s’accrocha au bras de Kurats.

La réaction soudaine de Lunaria était parfaitement justifiée, mais pour une raison inconnue, l’échange la faisait passer pour une adulte qui intimidait un enfant.

« C’est bon, il n’y a plus besoin d’avoir peur. À part ça, y a-t-il autre chose dans cette histoire de fraude ? »

« Heehee. »

Alors Kurats lui brossa la tête, Colette gloussa comme si elle était chatouilleuse.

Qu’est-ce que tu es, une enfant !?

« Je vérifiais les impôts du territoire d’un noble, quand j’ai découvert que le montant des impôts que nous étions censés recevoir d’eux et le montant qui nous arrivait étaient très différents. »

« Pourquoi ne l’as-tu pas découvert avant ? »

« Le territoire était censé recevoir un traitement préférentiel sur leurs taux d’imposition parce qu’ils étaient accablés de prétendues dépenses pour des projets d’infrastructure et des affaires militaires… C’est pourquoi leurs taux d’imposition étaient bas. Mais je n’ai trouvé aucune preuve de ces prétendues dépenses. »

« Je vois, en bref, leurs taux d’imposition avaient été illégalement modifiés. »

« Oui, et j’ai finalement découvert que celui qui avait approuvé ce taux d’imposition réduit n’était autre que mon supérieur, le directeur général, Serge Debary. »

Lunaria était stupéfaite.

« Étais-tu du bureau de collecte des impôts numéro 3 !? »

« Étais-tu haut placée dans ce bureau, Colette ? »

Cornelia avait gentiment poursuivi avec cette question.

« Oui, je suis en fait un officier exécutif de seconde classe du département d’inspection du bureau… Je veux dire, c’est ce que j’étais. »

Alors qu’elle se souvenait du fait qu’elle était maintenant au chômage, Colette n’avait pas pu retenir ses larmes une fois de plus.

Bam !

« Iiih !! »

Quand Kurats frappa doucement et furtivement la table, Colette cria et s’accrocha de nouveau à son bras.

Bam !

« Iiih ! »

Bam ! Bam !

« Iiiiih ! Iiih ! »

« Arrête de jouer ! »

Kurats avait continué à jouer avec Colette jusqu’à ce que Cornelia y mette fin avec un coup de karaté admirablement bien exécuté sur son front.

***

Chapitre 73

« Désolé, elle est si mignonne que je n’ai pas pu m’arrêter. »

« Ah ! Être traitée de mignonne comme ça, c’est… Ça me rend heureuse, mais c’est… »

Bien que Clodette ait semblé un peu gênée par le commentaire de Kurats, son expression et ses joues rougissantes montraient qu’elle ne s’en souciait pas autant qu’elle le prétendait.

Naturellement, Cornelia n’était pas amusée. Elle tira la joue de Kurats jusqu’à la limite.

Peu importe la puissance de son armure de muscles, ce type d’attaque faisait toujours mal.

« Un cadre de seconde classe n’est pas vraiment un poste élevé. Il est plus proche du bas que du haut. Mais il faut être compétent dans ces domaines, alors je ne comprends pas vraiment… »

Lunaria avait implicitement disséqué Clodette.

« D’habitude, je fais surtout des calculs. Celle qui s’occupe des négociations et des discussions, c’est Marika, mais elle est en voyage d’affaires… »

« Attendez une seconde, est-ce votre collègue ? »

N’ayant pas remarqué à quel point Lunaria était paniquée, Clodette continua à parler en souriant.

« Oui ! Marika est mon amie la plus proche… »

« C’est mauvais ! Quand est-ce qu’elle va revenir ? »

Y a-t-il un problème ? Ai-je raté quelque chose ?

{C’est évident. Tais-toi et écoute ce que dit la princesse, crétin !}

Kurats n’avait pas réussi à comprendre le déroulement de la conversation une fois de plus, poussant un Bernst irrité à lui crier dessus.

« Je-je pense qu’elle arrivera aujourd’hui, au mieux… »

« Que fera-t-elle quand elle reviendra et apprendra que vous avez été renvoyée sur la base de fausses accusations ? Elle va probablement interroger votre supérieur pour savoir ce qui s’est vraiment passé, pas vrai ? »

« Vous avez raison… Je pense que Marika ne croira pas que je suis réellement coupable. »

« Je ne veux pas être grossière, mais je suppose que les méthodes de Marika seront très différentes des vôtres. Elle va sûrement être une nuisance pour les plans de Serge Debary. »

« Marika est-elle en danger ? »

Clodette n’était clairement pas du genre à monter un plan pour détourner l’argent des impôts.

C’était la première fois que le groupe la rencontrait, mais ils pouvaient facilement dire que c’était le cas, sans parler de Marika, qui était sa meilleure amie.

« Au pire, elle pourrait être assassinée ! »

« Pas possible ! »

{Hé, tête de nœud. Demande-lui le nom de l’aristocrate dont les déclarations d’impôts ont été falsifiées.}

« Au fait, Clodette, tu te souviens du nom du noble dont les impôts ont été falsifiés par Serge ? »

« Je crois que c’était le comte Provence. »

« Hmm… »

Lunaria rétrécit les yeux, ceux-ci montraient une expression sérieuse.

… Qui ?

{C’est le beau-frère du marquis, imbécile !}

« J’ai pris ma décision. Je vais faire tout ce que je peux pour sauver cette fille ! »

Alors que Lunaria parlait avec un enthousiasme renouvelé, Clodette s’accrocha à elle.

« Merciii ! »

« Hehehe... Si cela peut m’aider à porter un coup sérieux au marquis de Strasbourg, alors ça vaut le coup de prendre ce risque. »

Même si la faction d’Albert était devenue plus petite, il y avait encore un certain nombre de nobles influents de son côté.

Surtout quand il s’agissait des nobles qui étaient liés à la maison de Strasbourg par des mariages politiques. Ces liens étaient toujours aussi forts. Et le comte Provence était l’une des personnes les plus influentes parmi eux.

« D’accord, Marika n’est pas du genre patiente, alors allons-y tout de suite, les gars ! »

Kurats s’était rapidement interposé.

« N’agis pas soudainement comme si tu étais au commandement ! »

Bam !

« Iiih ! »

« Pas bon, on dirait que ça devient une habitude. »

« Nooon, s’il te plaît, n’en fait pas une habitude ! »

« Kurats, tu sais ce qui arrive quand un de ses passe-temps étranges se réveille, hein ? »

« Bien sûr que je le sais ! Ma chère sœur ! »

Cornelia fixa froidement la zone entre les jambes de Kurats, le faisant hoqueter et devenir beaucoup plus passif.

Ensuite, suivant l’exemple de Clodette, le groupe se précipita au bureau de collecte des impôts.

◆ ◆ ◆

Marika Leclerc était choquée.

Après avoir fini de percevoir les impôts d’un certain noble, provoquant ainsi sa chute, elle était retournée au bureau de perception des impôts pour constater que la fille qu’elle traitait comme sa propre petite sœur, Clodette, n’était plus là.

De plus, cela était apparemment dû à une mesure disciplinaire pour falsification de documents officiels relatifs aux impôts d’un noble.

Marika tremblait de colère, il semblerait que ses beaux cheveux roux allaient se dresser.

Le visage de cette beauté intellectuelle, que l’on pouvait facilement imaginer en train de faire des affaires tranquillement, se déformait comme celui d’un démon courroucé. Ses entrailles bouillonnaient de colère.

« Il est impossible que ces accusations soient vraies. »

Clodette était la personnification d’une tête de linotte, mais elle était un génie en matière de chiffres.

Marika savait très bien à quel point Clodette aimait les calculs et la façon dont chaque nombre était relié à l’autre. S’il y avait une chose qu’elle ne pourrait jamais faire, ce serait de planifier une contrefaçon ou toute autre chose qui pourrait perturber ses calculs.

« Je refuse d’accepter ça ! »

Par conséquent, Marika alla parler directement à la personne responsable du renvoi de Clodette, Serge.

« Écoutez, que vous l’acceptiez ou non, les faits sont là. »

« Si c’était vrai, alors un renvoi disciplinaire n’aurait pas suffi ! L’aristocrate qui en a tiré profit ne devrait-il pas aussi être puni !? »

« Ne comprenez-vous pas ? Si cela sort, elle sera exécutée. Voulez-vous que votre amie proche soit tuée ? »

« Les sentiments ne devraient rien signifier pour des fonctionnaires comme nous. Si Clodette a vraiment falsifié ces documents, alors qu’il en est ainsi, elle sera exécutée, et à juste titre. Mais je doute sérieusement qu’elle ait fait quoi que ce soit de tout cela. »

Serge claqua la langue, l’air assez amer. Il ne pensait pas que Marika serait aussi obstinée.

Il savait que Marika était proche de Clodette.

Il pensait qu’elle ne mettrait pas trop son nez là-dedans s’il se servait de la vie de la fille comme bouclier. Il ne s’attendait pas à ce que Marika dise sans hésitation quelque chose comme « alors, qu’il en soit ainsi, elle sera exécutée. »

Mais ce n’était pas parce qu’elle était froide, mais parce qu’elle faisait tout simplement entièrement confiance à Clodette.

« Pour l’instant, veuillez me montrer les documents qui ont été falsifiés. Je vais vérifier si Clodette a été impliquée dans ce processus. »

« Depuis quand avez-vous l’autorité de demander ça ? »

« Je ne pense pas que les cadres dirigeants aient l’autorité de décider personnellement d’enterrer des affaires importantes comme une falsification. Avez-vous parlé au directeur à ce sujet ? »

Serge n’avait rien à répondre.

Ayant omis de rapporter quelque chose de cette importance, il était clairement celui qui avait tort.

Ces femmes idiotes, pourquoi continuent-elles à faire ça !?

Marika et Clodette étaient toutes deux d’excellentes employées dont Serge ne voulait pas se séparer.

Surtout Marika, une négociatrice qui avait des liens avec les agences gouvernementales. Il n’allait pas lui trouver facilement un remplaçant.

Mais s’il ne faisait rien contre elle, elle allait certainement découvrir ses liens étroits avec le comte Provence.

Contrairement à Clodette, elle n’était pas du genre à se contenter d’écouter docilement ce qu’on lui disait.

Si Serge laissait les choses s’aggraver, Marika allait très certainement l’amener à sa ruine.

« Très bien, vous pouvez utiliser la troisième salle de réunion. Mais je veux que vous m’apportiez un rapport en bonne et due forme après avoir terminé. »

« Merci. »

Marika quitta la salle la poitrine haute et très déterminée, mais Serge la vit partir avec des yeux sombres.

« Ne me blâmez pas. Blâmez-vous de ne pas connaître les usages du monde. »

Serge n’était pas assez fou pour attendre en silence sa chute imminente.

Parmi les affaires louches dans lesquelles il était impliqué, il y avait un certain plan de repli qu’il gardait pour les cas d’urgences.

Si elle refusait de se taire, alors il allait la faire taire.

***

Chapitre 74

« C’est quoi ce bordel ? C’est clairement l’œuvre de Serge ! »

Assise dans la salle de réunion, au milieu de piles et de piles de documents, Marika ne pouvait pas s’empêcher de crier quand elle découvrit ce qui se passait vraiment.

Il y avait une multitude de ministères impliqués dans les travaux de construction et les affaires militaires qui avaient vu leurs impôts réduits pour de vagues raisons.

C’était choquant, mais encore une fois, c’était une façon assez courante de se soustraire à l’impôt.

« Dieu merci, Clodette a été si directe… Si elle avait fait négligemment du tapage à ce sujet, elle aurait été tuée. »

« Je sais, n’est-ce pas ? Peut-être que tu aurais dû apprendre une chose ou deux d’elle. »

« Qu’est-ce… ? »

La pièce était censée être fermée, mais avant que Marika le sache, Serge se tenait là avec deux hommes habillés tout en noir.

Quand diable avaient-ils ouvert la porte ? Étaient-ils au moins entrés par la porte ? Elle ne pouvait pas le dire.

De toute façon, il était douloureusement clair que les deux hommes habillés en noir n’allaient rien faire de bon.

Le temps que Marika se lève en panique, les deux hommes avaient déjà sorti leurs poignards.

Est-ce que je vais mourir ici ?

Marika n’aurait jamais pensé qu’un directeur de collecte des impôts aurait recours à des mesures aussi brutales.

« Crier est inutile, d’ailleurs, personne ne t’entendra. J’ai renvoyé tout le monde chez lui plus tôt aujourd’hui. Officiellement, tu as quitté le bureau encore plus tôt. »

Ce bureau était le domaine de Serge.

Il pouvait aller n’importe où ici et bloquer toutes les évasions s’il le voulait.

Marika avait été négligente. Trop décontractée et absorbée dans ses enquêtes pour remarquer le danger dans lequel elle se trouvait.

« Iiih ! »

Malgré les apparences, Marika était encore une jeune femme ordinaire.

Elle était confiante en elle-même lorsqu’il s’agissait de négociations, mais elle n’avait aucune confiance en sa capacité à se battre contre un tueur à gages professionnel.

Sans aucune trace de sa volonté habituelle, elle perdit toute force dans ses jambes, tombant ainsi sur le dos.

« Hahaha... C’est une honte, vraiment. J’aimerais pouvoir te goûter un peu, mais on n’a pas le temps pour ça. »

Serge ricana sans essayer de cacher le regard méchant qu’il avait sur le visage.

« Sale déchet ! Espèce d’ordure ! »

« Eh bien, tu peux dire ce que tu veux. Mais si tu me le demandes, c’est un mauvais choix pour de derniers mots. »

« Iiih ! »

Alors qu’elle reculait de terreur, les hommes s’approchèrent d’elle.

Clodette, je suis désolée ! Mais tant que tu es en sécurité… !

Marika accepta son sort, et ferma les yeux.

« Marika ! Est-ce que ça va ? »

Une voix aiguë, enfantine, qui ne correspondait pas du tout à la situation, résonna dans la pièce.

Quand il réalisa que quelqu’un qui n’était pas censé être là — Clodette — était entrée dans la pièce, Serge paniqua.

« Comment es-tu entrée ? »

Serge s’était assuré qu’il n’y avait plus personne dans le bureau.

Il avait aussi donné aux gardes l’ordre strict de ne laisser entrer personne.

Il était donc impossible pour cette femme insouciante de passer à travers eux.

« Nous sommes entrés par l’avant, bien sûr. Mais je suis désolée d’avoir rendu les choses difficiles pour les gardes. »

Juste après l’entrée de Clodette, un homme géant la suivait, ce qui avait rendu Serge et les deux hommes qui l’accompagnaient assez nerveux.

Le géant dégageait de lui une aura qui, subtilement, mais clairement, disait à tout le monde autour de lui qu’il n’était pas un amateur.

« Idiot, réalises-tu ce que tu viens de faire ? Intrusion — non, tu es entré illégalement dans un office gouvernemental contenant des informations hautement confidentielles. Tu seras accusé d’espionnage pour ça, c’est passible de la peine de mort ! »

« Alors je me demande quel genre de crimes cette femme sans défense là-bas a commis pour que vous essayiez de la tuer. »

Kurats sourit avec arrogance, sans se soucier des menaces de Serge.

Comment la menace d’un petit alevin comme Serge pourrait-elle marcher sur un homme qui avait affronté une partie de l’armée d’Asgard tout seul ?

Kurats avait alors posé une question.

« Êtes-vous des mercenaires ? Vous êtes des tueurs nés, hein. »

« Oh, regarde ce petit noble idiot qui agit avec puissance et colère. Écoute, c’est le bon moment pour se cacher. Alors pourquoi ne vas-tu pas t’empiffrer dans un terrier, vite fait ? »

« Tu es assez confiant… »

Un des deux hommes habillés en noir le marmonnait spontanément, montrant ainsi son vrai visage.

L’autre homme, qui avait été silencieux pendant un certain temps, répondit à son collègue avec un large sourire.

Kurats n’avait pas du tout l’impression que la confiance de l’homme était mal placée.

Il pouvait dire qu’il était assez fort pour être l’adversaire de Rosberg dans un combat, si Rosberg n’utilisait pas son épée de feu.

« Confiant ? C’est parce que je peux me permettre de l’être. Quoi ? Tu te crois plus fort que moi !? »

Ayant probablement pensé que Kurats se moquait de lui, l’homme avait rugi de colère.

« Je sais que je suis plus fort que toi. »

« Ne regrette pas ces mots !! »

Tout en levant son poignard pour faire croire qu’il allait attaquer avec, l’homme préféra donner un coup de pied vers le bas, s’éloignant puis baissant sa taille à une vitesse folle.

Il était étonnamment rapide.

N’importe quel chevalier moyen aurait probablement une jambe cassée à ce point.

« Humph ! »

Le coup de pied bas portait avec lui tout le poids du corps de l’homme, mais Kurats le bloqua en faisant simplement un pas en avant et en frappant le sol avec son pied au moment où il le posa.

« Quoi !? »

L’homme était choqué.

Sa technique avait prouvé son invincibilité sur de nombreux champs de bataille, mais elle avait été facilement rendue impuissante.

Et ce n’était pas tout.

Kurats avait aussi attrapé le poignard que l’homme avait pointé sur sa poitrine à main nue. Le poignard refusait maintenant de bouger, comme s’il avait été pris par un étau.

« Pourquoi joues-tu ? ! Dépêche-toi de le tuer ! »

Témoin de la tournure défavorable des événements, Serge cria dans la confusion.

Une défaite des deux hommes en noir signifierait aussi la mort de Serge.

Alors que le premier homme était pris dans une impasse avec Kurats, l’autre homme se dirigeait vers Marika.

« As-tu oublié que j’étais ici ? Ne me regarde pas de haut ! »

« Aaaaaaaaaaaaaaah !! »

Flash.

Juste au moment où le second homme avait cru voir une sorte de fil reflétant la lumière de la pièce, son corps avait été coupé en deux.

« Toi… Qu’as-tu fait ? »

« Je viens de renforcer un fil d’une bête démoniaque Arachné avec du pouvoir magique. Avec assez de vitesse, tu peux couper l’acier avec ça. »

Bien sûr, ça ne s’appliquerait qu’à quelqu’un ayant une vitesse divine comme Kurats.

L’homme n’avait pas du tout vu le fil.

Ce fil était déjà trop fin pour être vu quand il n’était pas en mouvement, mais il pouvait aussi couper un corps humain plus vite que ses yeux ne pouvaient le voir… Il n’y avait rien à faire contre une arme aussi ridicule.

« Alors… veux-tu continuer ? »

« Non, j’abandonne. Je pensais pouvoir faire n’importe quoi, mais je suppose que le monde est vaste. »

Serge était exaspéré. Il ne pouvait pas croire ce que l’homme en noir venait de dire.

« Arrête de plaisanter ! Je t’ai payé, n’est-ce pas ? ! N’as-tu pas besoin de le faire tomber quoiqu’il arrive !? »

« Je ne vais pas aller au bout d’un duel perdu d’avance. Je ne suis pas un soldat. »

Au moment où il comprit qu’il n’avait plus d’alliés ici, Serge força le plus faux des sourires et appela Kurats.

« Je ne sais pas qui tu es, mais dis-moi. Combien désires-tu pour te mettre de mon côté ? Crois-moi, les paroles d’un agent du gouvernement peuvent être très utiles, c’est une bonne affaire pour toi. Mais si tu décides de m’attraper à la place, tu peux être certain que tu seras considéré comme un criminel ! »

« Je n’en serais pas si sûr. »

« Qui diable se cache actuellement ? Attendez, princesse Lunaria !! »

Serge était abasourdi par l’entrée soudaine de cette personne qui se tenait presque au sommet du pays.

Aucun mot ou excuse de sa bouche ne pouvait avoir assez de pouvoir pour atteindre la famille royale.

« Je n’aurais jamais imaginé que Votre Altesse viendrait ici… Je m’excuse profondément pour mon comportement indigne et honteux. »

De plus, juste après l’entrée de la princesse, une autre personne était entrée. C’était l’homme responsable de la collecte des impôts, le comte Amboise.

« Chef, je… ! »

« Pas la peine. Vous n’arriverez pas à me convaincre. »

« S’il vous plaît, attendez ! Je n’ai rien fait… C’est cet homme ! C’est lui qui a violé la loi ! »

« C’est le comte de Bashtar. Je l’ai rejoint à la demande de la princesse Lunaria. De fausses accusations ne vous seront d’aucune utilité. »

« Un… comte ? Cet homme ? »

Serge venait d’être à court de solutions. Lorsqu’il réalisa qu’il n’allait tout simplement pas s’échapper, son visage pâlit de désespoir.

Après cela, il allait être arrêté, et les nombreux nobles qui avaient pris part à cette grande affaire de fraude allaient être éliminés.

« Est-ce que ça va ? »

« Ah ! Oui, merci ! Ah ! Non, ne faites pas ça ! N’approchez pas ! »

Alors que Kurats l’appela, Marika poussa un bref soupir de soulagement avant de se rétracter très vite comme si elle venait de se rappeler quelque chose, mais…

« Ah, Marika, tu t’es fait dessus ? »

« Clodette, espèce d’idiote !! »

Certaines personnes ne savaient pas comment lire l’atmosphère.

***

Chapitre 75

« Allez, Marika, j’ai dit que j’étais désolé ! Je comprends que tu sois gênée de t’être faite dessus, mais… »

« D’accord ! J’ai compris ! Je te pardonne ! S’il te plaît, arrête d’en parler ! »

Bien que Marika ait boudé et ignoré Clodette jusqu’à présent, c’était trop dur pour elle de tenir tête à une tête de linotte aussi naturelle.

Elle en était arrivée au point où Marika pleurait de frustration avant d’abandonner et d’arrêter d’ignorer Clodette.

« Mais je suis si heureuse que tu ailles bien. Quand j’ai entendu de Son Altesse Lunaria que ta vie était en danger, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter… »

« Désolée de t’avoir inquiétée… »

Marika savait à quel point elle s’était mise en danger.

« Mais quand on y pense, ne t’es-tu pas aussi mise en danger !? »

« H-Hein ? »

Le meilleur exemple était le fait que Clodette avait signalé la fraude directement à la personne responsable.

Si Serge avait été un peu plus méfiant à son égard, Clodette serait probablement morte à ce moment-là.

« Au fait, comment diable as-tu fait connaissance avec Son Altesse Lunaria ? Elle est au-dessus même des dirigeants du département de la collecte des impôts ! »

« Les maths et les calculs sont les seules choses pour lesquelles je suis douée. Donc je pensais devenir une commerçante, mais les personnes du bureau de perception des impôts ont une très mauvaise réputation, alors je n’ai pu être engagée nulle part… À ce moment, j’ai entendu dire que le comte de Bashtar recrutait des serviteurs personnels pour l’accompagner. Ça avait l’air dangereux, mais… »

Bam !

« Iiiih ! »

« Es-tu une idiote ? Souhaites-tu donc mourir ? Sais-tu quel genre d’endroit est Bashtar ? Pourquoi penses-tu qu’ils ont du mal à engager des gens pour y aller !? »

« I-iiiih ! Mais le Seigneur Kurats est gentil et fiable, tu sais ? Tu n’as pas vu comme il est fort ? »

« Oui, eh bien… Tu as raison, il est vraiment incroyablement fort. »

Quand Kurats était arrivé pour la sauver, Marika avait certainement senti son cœur palpiter.

Cependant, la raison principale pour laquelle elle s’était échappée était que Kurats avait coupé l’assassin en deux avec son fil d’Arachne. Cela avait équilibré les choses, lui donnant une impression à peine positive de Kurats.

« De toute façon, je dis cela pour ton propre bien, oublie Bashtar ! Je vais aller parler au chef tout de suite pour te réengager. »

Clodette était innocente depuis le début, son licenciement aurait dû être annulé juste après que les crimes de Serge aient été prouvés.

« Il m’a fallu beaucoup d’efforts pour engager cette jolie servante, ne me la prends pas. »

« Eh ? »

La voix venait du dessus de la tête de Marika.

Marika avait été très surprise par l’apparition soudaine de Kurats.

« Hehe ! Suis-je vraiment si mignonne que ça ? »

Marika aurait normalement dû avoir son mot à dire sur la réaction d’ensorcellement de Clodette, mais là, elle ne pouvait pas.

Un flash-back surgit dans l’esprit de Marika, celui de la figure vaillante de Kurats, venant lui sauver la vie, et soulevant son être embarrassé et sali à la manière d’une princesse.

« Pour tout ce que tu as fait pour moi… Pour m’avoir sauvé la vie, je t’en suis vraiment, vraiment reconnaissante… »

« Ooooh〜〜 ? Tu te sens timide, Marika ? »

Bam ! Bam ! Bam !

« Iiiiiiiiiih ! »

Marika passa sa colère contre une table voisine, faisant virer le visage de sa meilleure amie à un bleu de frayeur.

« C’est vraiment un soulagement de voir que tu es en sécurité. Clodette était immensément inquiète pour toi. »

« Je sais. J’étais inquiète pour elle aussi… »

Alors qu’elle écoutait la voix calme et froide de Kurats, Marika ne pouvait même pas lever les yeux.

Elle détourna son visage, essayant de cacher le fait qu’elle rougissait comme une petite fille.

« Je sais très bien ce que tu ressens. Et en la regardant, je comprends pourquoi tu serais inquiète de la laisser seule. »

« Que veux-tu dire ? Je n’en ai peut-être pas l’air, mais sais-tu que j’ai en fait la réputation d’être une femme forte ? »

Bam !

« Iiiiih ! OK, OK, je mentais ! »

Si Clodette était forte, alors tous les enfants du monde l’étaient aussi.

Mais ce n’était pas grave. Kurats et Marika ne détestaient pas la spontanéité de Clodette qui ressemblait à un petit animal.

« Mais j’aimerais que tu croies en moi. S’il y a une chose que j’ai, c’est la détermination et le pouvoir de protéger mes gens. »

« Je-je ne doute pas que cela soit vrai, mais… »

Marika n’avait rien trouvé à répondre.

Elle connaissait beaucoup de nobles, et elle savait très bien à quel point les actions de Kurats la nuit précédente étaient inhabituelles.

Il serait certainement difficile de rassembler du personnel à Bashtar.

Cependant, aucun noble ne prendrait le risque de combattre un assassin pour le bien d’une femme venue pour un entretien.

Lorsqu’elle réalisa une fois de plus à quel point son sauvetage avait été une coïncidence miraculeuse, Marika ressentit un frisson.

Alors, combien de temps dois-je continuer à me comporter comme un gigolo ?

{Je sais ce que tu dois faire, continu comme ça ! Selon mon évaluation, ces deux femmes sont très talentueuses. Elles pourraient être très utiles.}

Tout en soupirant dans son esprit, Kurats continua de parler.

« Si tu le veux, pourquoi ne pas l’accompagner ? Tu seras une servante de la maison d’un comte, et tu seras traité en conséquence. Tu as ma parole. Ainsi, Clodette n’aura pas à se sentir trop seule, pas vraie ? »

Quand elle réalisa qu’il y avait une si bonne option, Clodette avait saisi les mains de Marika avec un grand sourire.

« C’est vrai ! Allons-y ensemble, Marika ! Tu sais, quand j’ai essayé d’être engagée comme commerçante, j’ai appris que les gens ne nous aiment vraiment pas… alors c’est une opportunité parfaite ! »

Les gens qui payaient des impôts avaient tendance à ne pas apprécier ceux qui les percevaient. Il n’y avait rien d’étrange à cela.

Malgré tout, les collecteurs d’impôts osaient continuer à travailler, pour le bien du pays. Mais leurs efforts n’avaient rien fait pour changer l’opinion de la société à leur égard.

Si Kurats ne l’avait pas engagée, le talent de Clodette aurait été gaspillé, et peut-être même qu’elle aurait dû finalement vendre son corps.

« Mais, Bashtar est juste… »

Bashtar était une terre stérile qui ne pouvait pas être taxée même des décennies après la grande invasion.

Le territoire était infesté de monstres, et c’était statistiquement la région où les attaques de monstres et le nombre de morts étaient le plus haut dans tout le royaume de Jormungand.

Donc, pour le moins, le problème à considérer ici n’était pas le dépaysement.

« Peut-être bien, mais je vais changer ce Bashtar. »

Il valait mieux garder le secret que le véritable but de Kurats en allant à Bashtar était seulement d’affronter un monstre fort.

Marika avait tenu compte des paroles de Kurats en regardant le sol.

En y réfléchissant, peut-être ne serait-il pas si mal de suivre les souhaits du roi et de contribuer à des réalisations qui seront inscrites dans l’histoire.

Marika avait souvent détruit des hommes ambitieux, elle avait su les reconnaître. Mais elle ne sentait pas de grandes ambitions dans la voix de Kurats.

Cependant, en même temps, elle sentait qu’il pourrait peut-être réussir.

Il serait naturel de supposer qu’un seul homme ne pourrait jamais, à lui seul, apporter un changement au nid de monstres appelé Bashtar.

Et pourtant, pour une raison quelconque, cet homme brillait de confiance.

« Seigneur Kurats, vous pouvez le faire ! Je vous aiderai aussi, alors vous pouvez le faire ! »

« Clodette ? »

Clodette avait apparemment déjà choisi de suivre Kurats.

Du point de vue de Clodette, Kurats était probablement la première forme d’autorité qui l’avait reconnue pour elle-même, et pas seulement pour son talent en maths.

« Aaah, d’accord ! Je comprends ! J’y vais ! Je dois y aller ! Je ne peux pas laisser Clodette toute seule vue comment elle se comporte ! »

« Superrr ! On y va ensemble ! »

Un grand sourire était visible sur le visage de Clodette. Elle prit Marika par surprise et lui fit un grand câlin.

« Bienvenue à bord, Marika. »

« A-Ah ! »

Alors que Kurats lui brossait doucement la tête, Marika devint aussitôt rouge, de son cou à son visage, comme si elle bouillait.

« Est-il vrai qu’un nouveau seigneur arrive ? »

« Ouais, on vient de le découvrir. Il est apparemment soutenu par Sa Majesté le roi en personne. »

« Qu’est-ce que tu dis ? Ne comprend-il pas quel genre d’endroit est Bashtar ? »

« Quoi qu’il en soit, à cause de ça, notre garde a été officiellement dissoute. Désolé de le dire, mais je retourne à la capitale. »

L’homme se mordit la lèvre par frustration.

Il s’appelait Gilbert Orange.

Bien qu’il n’ait que la trentaine, il était le chef du village de Narak, qui était un village relativement grand à Bashtar.

La raison pour laquelle il avait assumé ce rôle à un si jeune âge était que le précédent chef du village, son père, avait été tué par des monstres.

« Au nom de toutes ces années durant lesquelles nous avons travaillé ensemble, je laisse autant d’armes et de rations que possible. Ne sois pas pessimiste, le nouveau seigneur est un guerrier, donc ça pourrait être une bonne chose. »

Le commandant de la garde, Lucas, attrapa Glibert par les épaules et tenta de lui remonter le moral.

« … Je l’espère. »

Cependant, contrairement à Lucas, Gilbert croyait qu’avoir un guerrier comme seigneur apporterait des problèmes.

S’il devait surestimer la puissance de son armée et tenter d’attaquer les monstres, cela serait très gênant.

S’il provoquait une deuxième grande invasion dans le processus, le territoire serait vraiment perdu.

Bashtar était un endroit qui était fier de sa prospérité, mais de nos jours, les quelques personnes qui restaient encore ici étaient celles qui ne pouvaient pas se résoudre à abandonner leur lieu de naissance.

De plus, comme les monstres avaient pris toutes les bonnes terres fertiles, ces gens étaient forcés de vivre dans des endroits éloignés, dans des conditions difficiles, dans la peur constante d’être blessés par les essaims de monstres qui venaient vers eux quotidiennement.

À cause de cela, même des décennies après la grande invasion, ils ne pouvaient toujours pas remplir leurs obligations fiscales.

Leur récolte était assez mauvaise, car ils devaient consacrer beaucoup d’énergie à se défendre.

Dans ces circonstances, si le prochain seigneur leur percevait des impôts, ou s’il n’apportait pas de remplaçant aux forces de garde, cela signifierait inévitablement la fin du village.

« J’ai entendu dire qu’il avait fait de grandes choses en Lapland contre l’armée de l’empire Asgard. Qui sait, peut-être qu’il pourrait aussi réduire les dégâts contre le village ? »

Le but principal de la force de garde était seulement de surveiller tout signe d’une éventuelle grande invasion. Quand il s’agissait purement de leurs capacités en tant qu’unités militaires, ils n’étaient pas aussi bons que ces soldats qui se battaient sur les champs de bataille.

Malgré tout, Gilbert était moins optimiste que Lucas.

Grâce à leurs années d’expérience, Lucas et ses collègues connaissaient les traits et les habitudes des monstres locaux, ce qui n’était probablement pas le cas pour celui qui venait.

Toute personne expérimentée savait que de si petits détails n’étaient pas insignifiants dans une bataille, ils pouvaient faire toute la différence.

« Il devrait être ici dans une dizaine de jours. Cela peut être gênant, mais tu dois te préparer et mettre en place les choses pour ta rencontre avec lui. Ne fais pas une mauvaise première impression, d’accord ? »

Même parmi les aristocrates, il y avait des hommes assez incompétents pour détruire accidentellement un village par de lourdes taxes.

Donc ce que Lucas disait, c’était que Glibert devait faire comprendre à ce nouveau seigneur la réalité de Bashtar.

Conscient de la difficulté de la mission qui lui était imposée, Gilbert voulait secrètement se rouler en boule à cause du stress.

***

Chapitre 76

Une semaine plus tard, Kurats était allé visiter le village de Narak.

Les représentants locaux et les chefs des villages voisins s’étaient tous réunis ici pour lui préparer le meilleur accueil possible.

Comme les desseins et les décisions du nouveau seigneur pouvaient mener tout droit à la destruction du village, ils lui avaient préparé un grand festin, malgré le fait qu’ils ne pouvaient pas tout à fait se le permettre.

Les membres de la garde étaient également présents, vêtus d’uniformes officiels rarement portés. Ils étaient alignés en formation parfaite alors qu’ils attendaient Kurats et ses compagnons.

« Nous sommes dans le pétrin. »

Quand il vit la sueur froide sur le visage troublé de Lucas, Gilbert devint pâle.

Lucas ne montrait une expression aussi grave que lorsqu’un monstre fort apparaissait.

« Ne t’inquiète pas, il n’y a pas de monstre en approche. C’est juste que j’ai reçu un rapport disant que la princesse Lunaria vient avec le nouveau seigneur. Encore une fois, cela pourrait même être plus gênant que l’apparition d’un monstre. »

La peau de Gilbert devint blanche au point qu’il faillit tomber sur le dos, mais Lucas le soutint rapidement.

« Je sais que tu as fait de ton mieux pour les accueillir. Tout ce que tu peux faire à ce stade, c’est te confier en ton destin et espérer que tu ne l’offenseras pas. »

Gilbert avait envie de pleurer.

Ce n’est qu’ennuis après ennuis. Quelqu’un peut-il y mettre vraiment fin ?

Bashtar était la région la plus pauvre de tout le royaume.

Ce n’était absolument pas un endroit qu’un héritier du trône pouvait visiter par négligence.

En même temps, cela poussa Gilbert à se demander sérieusement si le nouveau seigneur prenait au sérieux la menace des monstres.

À l’âge d’or de Bashtar, le territoire comptait 100 000 habitants et une puissance militaire extraordinaire de 10 000 soldats.

Si elle existait encore aujourd’hui, ce serait la région la plus peuplée du pays, à l’exception de la capitale et peut-être du territoire du marquis de Strasbourg, qui serait au mieux à égalité avec Bashtar.

Mais même cette puissance extraordinaire ne pourrait pas durer plus d’une semaine avant d’être anéantie par les monstres. Cela montrait bien à quel point ils étaient dangereux.

Gilbert ne savait pas combien de troupes ce nouveau seigneur avait l’intention d’amener. Mais peu importe leur nombre, le fait qu’il ait amené la princesse du pays visiter cet endroit montrait qu’il avait un sérieux manque de bon sens.

Et il ne fallut pas longtemps pour que les doutes de Gilbert se confirment.

« Merci pour votre accueil. »

« Je suis peut-être une princesse, mais aujourd’hui, je suis juste ici en tant qu’escorte du comte. Il n’y a pas besoin de trop s’inquiéter pour moi. »

« Comte Bashtar, Votre Altesse Lunaria, je suis sincèrement ravi de votre visite. »

Gilbert fixa Kurats.

Bien que Gilbert ait immédiatement baissé les yeux et se soit incliné, la forte impression que le corps géant de Kurats avait laissée sur lui ne s’était pas estompée.

Je vois, au moins nous n’avons peut-être pas à nous inquiéter de son manque de courage.

« Veuillez pardonner mon impolitesse. C’est une terre pauvre dans une région éloignée, alors j’ai peur de dire que nous n’avons pas assez en réserve pour accueillir un noble comme vous. »

« Je suis aussi né dans un village éloigné. Je sais très bien ce qu’est la pauvreté. »

« Quoi !? »

Sans s’en rendre compte, Gilbert avait fait une tête d’idiot.

« Eh bien, j’ai eu de la chance et j’ai obtenu ce poste, mais jusqu’à récemment, je n’étais qu’un roturier vivant dans un village. Alors, ne t’inquiète pas, je ne vais rien te demander de déraisonnable. »

« M-merci beaucoup ! »

Gilbert n’était pas vraiment heureux de savoir que Kurats était un roturier, mais il se sentait quand même soulagé.

Cela lui permettrait de comprendre la pauvreté du village.

« Alors, quand le reste de vos troupes arriveront-elles ? J’ai bien peur qu’il y ait une limite au nombre d’hommes que le poste de garde peut accueillir. »

Il y avait un poste de garde ici qui pouvait accueillir 100 personnes en cas de bataille.

Pour préparer l’arrivée de Kurats et de Lunaria, la chambre personnelle du commandant avait été nettoyée à fond et des lits tout neufs avaient été apportés à l’intérieur du poste.

« Je rassemble actuellement des mercenaires à la capitale, mais pour l’instant, il n’y a que nous. »

Bernard Auger, l’assassin, ou plutôt l’ancien mercenaire qui avait combattu Kurats au bureau des impôts, était devenu son subordonné.

Ayant reçu l’offre d’être absous de ses crimes et protégé des nobles qui pourraient le contrarier pour ce qu’il avait fait, Bernard n’avait en fait pas d’autre choix que cette voie.

C’était maintenant un subordonné très loyal, et il donnait tout pour recruter ses anciens compagnons mercenaires dans la capitale pour Kurats.

« Qu-Quoi !? »

Même s’il savait que c’était impoli, Gilbert ne pouvait pas s’empêcher d’élever la voix.

Il y avait une menace imminente de monstres en ce moment. Il n’y avait pas de temps pour rassembler tranquillement des soldats dans la capitale.

Sans parler du fait que les hommes de la garde ne pouvaient pas se battre, car ils devaient servir d’escorte pour Kurats et Lunaria.

Combien de sacrifices faudrait-il faire avant que les soldats n’arrivent ?

Non, en premier lieu, même s’il recrutait, comment diable avait-il l’intention de rassembler les gens qui étaient prêts à aller à Bashtar ?

Il était trop naïf.

Comme Gilbert s’y attendait, ce nouveau seigneur ne comprenait toujours pas la gravité des circonstances de Bashtar.

« Quelque chose ne va pas ? »

Quand Kurats posa cette question, Gilbert trouva la détermination de mettre sa vie en jeu et de parler.

En ce moment, pour protéger ses frères qui refusaient de quitter leur lieu de naissance même si c’était l’enfer sur terre, il devait mettre sa vie en jeu.

« Permettez-moi de faire une demande insolente. »

« Attends, Gilbert ! »

Lucas perçut la détermination de Gilbert et essaya de l’arrêter, mais Gilbert l’ignora et continua à parler.

« Mon seigneur, nous avons rassemblé plus de la moitié des forces de Bashtar ici pour votre sécurité. Mais ce sont des terres dangereuses avec des monstres qui errent. Si nous sommes à court de troupes, il y aura de plus en plus de sacrifices. Je vous en prie ! Veuillez renvoyer les escortes à leur poste de garde jusqu’à ce que vous ayez rassemblé de nouveaux soldats. »

En bref, Gilbert demandait à Kurats de rester sans protection.

Pensant que Gilbert allait définitivement perdre la tête pour ça. De grosses gouttes froides coulaient dans le dos de Lucas.

Les chefs des villages voisins gardaient tous un silence de mort.

« … Quelle est l’étendue de l’activité des monstres ? »

« Hein ? »

« Ils n’aiment pas tellement quitter leurs territoires, et je suppose que les seuls qui quittent réellement la forêt sont ceux qui sont au sommet de leur hiérarchie. Est-ce que je me trompe ? »

« Je-je suppose que vous avez raison, mais… »

Qu’est-ce que cela signifiait ? Ce nouveau seigneur connaissait-il vraiment les monstres ? N’était-il pas censé être ignorant ?

« Nous avions aussi des monstres dans mon village. À Gaura, si vous vous éloignez d’un kilomètre de la forêt, vous ne vous ferez pas autant attaquer. N’est-ce pas la même chose ici à Bashtar ? »

« C’est généralement le cas oui, mais nous avons des loups sabres qui marchent en meute et peuvent attaquer a encore plus d’un 1km de distance… Mais jamais à plus de 2 km de distance… »

Personne à Bashtar ne s’était jamais approché de la forêt parce qu’ils savaient qu’ils allaient mettre leur vie en danger.

Les moments où les gens risquaient le plus d’être tués, étaient lorsqu’ils étaient attaqués par des loups sabres affamés qui étendaient leur territoire.

Les loups sabres étaient des monstres de rang inférieur qui venaient toujours chasser les humains pendant la saison de reproduction pour se nourrir.

Ces chasseurs en meute étaient des combattants rapides et intelligents. Il était impossible pour les humains de leur faire concurrence, à moins qu’ils ne se battent en groupe et se cachent derrière des remparts ou autres.

« Compris. Alors je vais le faire jusqu’à 2 km pour l’instant. »

Compris ? Compris quoi ?

Gilbert avait timidement appelé Kurats, qui tenait son poing serré, faisant passer ça pour un vrai rocher.

« Mon seigneur, puis-je vous demander ce que vous avez l’intention de faire ? »

« Hmm ? »

Kurats sourit comme si la réponse était évidente.

« Je pense juste à effacer tout ce qui est à l’intérieur de la forêt, et tout ce qui se trouve à deux kilomètres à la ronde. »

« Quoi !? »

Lucas et Gilbert se dépêchèrent d’essayer d’arrêter Kurats alors qu’il se dirigeait calmement vers la forêt.

« S’il vous plaît, attendez ! Vous ne pouvez pas les affronter seul, c’est trop imprudent ! »

« De plus, mon seigneur, si vous échouez et provoquez la colère des monstres, vous pourriez déclencher une seconde grande invasion ! »

« Une invasion ? En quoi est-ce un problème ? Cela me permettra de me débarrasser d’eux plus facilement en un coup. »

Peu importe ce qu’ils lui dirent, rien ne faisait effet.

Kurats était aussi détendu et nonchalant qu’un enfant en route pour attraper des papillons.

Ayant fait l’expérience de la force des monstres, Lucas et Gilbert ne voyaient en Kurats qu’un ignorant.

« Laissez-le partir. Kurats est un homme qui a repoussé tout seul une armée de 40 000 hommes de l’empire Asgard. Il ne sera pas vaincu par des monstres. »

Au moment où Lunaria l’avait dit, les deux hommes avaient été témoins de quelque chose qui avait presque fait sortir leurs yeux de leurs orbites.

« QUOI !? »

Quelque chose d’inimaginable se passait juste devant eux. C’était un spectacle qui ne semblait pas appartenir au domaine de la réalité.

« Aaaaaaaaaaah ! »

Kurats semblait seulement boxer au hasard contre le vide, et pourtant, les arbres, les rochers et les monstres de la forêt étaient écrasés et pulvérisés comme s’ils étaient frappés par un énorme marteau.

{A-Attends, ça va prendre beaucoup trop de temps, n’est-ce pas ? Tu pourrais faire ça d’un seul coup avec un sort de type vent bien placé…}

La suggestion de Bernst était tombée dans l’oreille d’un sourd, car Kurats continuait de frapper l’air, en étant heureux.

« Allons, allons ! Vas-tu venir vers moi ou vas-tu juste t’enfuir ? Tu ferais mieux de te dépêcher et de te décider ! »

Lorsque les arbres avaient été enlevés, les monstres vivant à l’intérieur de la forêt devinrent exposés.

Bien que chacun d’entre eux fit preuve d’hostilité, ils ne purent pas s’approcher à cause des ondes de choc provoquées par le barrage de coups de poing.

Deux ours aux yeux rouges, connus pour leur résilience, rugirent et essayèrent de se précipiter sur Kurats, mais ils furent instantanément battus à mort par les ondes de choc.

L’utilisation inconsidérée de leur résilience caractéristique n’avait rien fait pour arrêter la douleur portée par cent coups. Leur mort avait été un spectacle infernal.

En voyant ces dangereux monstres qui pouvaient mettre en péril la survie du village mourir si rapidement, Gilbert et Lucas eurent des sourires figés alors que leurs pupilles devenaient comme de petits points dans leurs yeux.

« Qu’est-ce qu’on a fait... »

« Avec cet homme, on pourrait peut-être envisager une guerre totale contre les monstres… »

« HORS DE MON CHEMIN ! »

La forêt avait rapidement disparu.

Tout ce qui le gênait était pulvérisé. La plupart des terres forestières près de Narak et des villages voisins avaient été effacées.

Mais à ce moment-là.

Ding !

Un bruit fort et aigu retentit.

Les ondes de choc des Kurats venaient d’être repoussées par un objet extrêmement solide.

« Pas moyen ! C’est une tortue de Corindon ! »

Ce monstre était doté d’une défense et d’une solidité d’une tout autre ampleur que la tortue des rochers que Kurats avait combattues auparavant.

Après avoir été frappée, la tortue s’était lentement relevée.

En plus de sa solidité, le corps de la tortue mesurait 30 mètres de long.

C’était un spécimen adulte.

En voyant ce monstre qui ne pouvait tout simplement pas être vaincu sans l’intervention des forces de mages du royaume, Gilbert était au bout du rouleau.

{Je le lui ai dit ! Je savais qu’il n’aurait pas dû provoquer les monstres de la forêt !}

Le conseil désespéré de Bernst était arrivé trop tard.

Kurats réduisit instantanément la distance entre la tortue et lui-même avant de planter ses pieds sur le sol, de tordre légèrement le haut de son corps sur le côté et de donner un coup de poing en avant.

Ce coup de poing était enchanté par son pouvoir magique et portait la force de tout son corps.

Cela avait suffi pour faire éclater de l’intérieur le corps de la tortue, qui était censé être aussi solide qu’un diamant.

Pour Lucas et Gilbert, qui se tenaient un peu loin, c’était comme s’ils regardaient un petit volcan exploser.

Le corps de la tortue de Corindon pouvait facilement repousser les épées et les lances, mais Kurats l’avait détruit à mains nues.

« Je vais peut-être me faire un peu de viande de tortue ce soir. »

Après que Kurats ait ramassé un gros morceau de viande pour lui à partir des restes épars de la tortue monstrueuse, Gilbert et Lucas décidèrent que la solution était de ne pas penser à ce qui venait de se passer.

Le reste de la viande de la tortue avait ensuite été distribué aux villageois.

La viande très nourrissante des monstres était précieuse. Lorsque les villageois avaient une mauvaise récolte, leur tout dernier recours était parfois de braver les dangers de la forêt et de chasser les monstres pour se nourrir.

Mais aujourd’hui, ces villageois qui ne connaissaient que la faim allaient assister à un festin qu’ils ne pouvaient pas refuser. Aujourd’hui seulement, ils mangeront de la viande à leur guise.

Les grandes attentes et les espoirs qu’ils nourrissaient à l’égard de Kurats étaient évidents rien qu’en les regardant.

Ces villageois passaient leurs journées à ne penser qu’à la vie et à la survie.

La mort n’était jamais très loin, guettant tout signe d’insouciance de leur part.

Comme ils étaient mal nourris, leurs personnes âgées et leurs enfants mouraient de toutes petites maladies.

Mais maintenant, il semblerait que ces jours, passés dans la peur des monstres et dans l’abandon du royaume à leur sort, pouvaient prendre fin.

Le pouvoir anormal, mais très clair et facile à comprendre de Kurats leur donnait de l’espoir.

« Cela fait si longtemps que je n’ai pas entendu de voix aussi joyeuses. »

Gilbert était presque ému jusqu’aux larmes.

C’était une toute nouvelle expérience pour lui. Jamais il n’avait entendu les cris de joie des enfants qui allaient manger de la viande, un repas luxueux, sans avoir à se retenir.

Il était tout à fait naturel que des bourgeons de loyauté envers Kurats poussent en eux.

« Je ferai de Bashtar le territoire le plus prospère de tout le royaume. »

Si quelqu’un d’autre prononçait ces mots, les gens riraient et penseraient que c’est stupide.

Bashtar était le territoire le plus pauvre du royaume. Il était très loin d’être le plus prospère. Et depuis la grande invasion, ils étaient devenus un fardeau qui ne payait aucun impôt au royaume.

Cependant, quand ces mots sortirent de la bouche de Kurats, ils avaient un côté mystérieusement réaliste.

***

Chapitre 77

« Mon aide ne vaut peut-être pas grand-chose, mais je vous soutiendrai. »

« Je m’occuperai éventuellement des monstres, mais pas maintenant. Je ne serais pas capable de vous protéger en même temps. Alors, dites-moi, de quoi les gens ont-ils besoin en ce moment ? »

« J’ai bien peur que nous manquions de tout. Premièrement, nous avons trop peu de sources d’eau. Le village est très éloigné de la rivière Tulenne… Nous dépendons donc essentiellement de la pluie pour l’agriculture, ce qui limite nos récoltes. Si seulement nous avions de l’eau en abondance, nous pourrions planter du riz et du blé… »

La région de la rivière Tulenne était autrefois le grenier à blé du territoire.

Mais la grande invasion transforma ses environs en forêts monstrueuses et en marécages empoisonnés, ne laissant aucune trace de cette terre autrefois fertile. Cela étant dit, le village de Narak était également loin de manquer de terre fertile.

Pour preuve, les villageois pouvaient encore se nourrir malgré l’absence totale d’eau et d’engrais.

« Pour faire court, vous avez besoin d’eau, c’est cela ? »

Les paroles désinvoltes de Kurats firent ressentir une sensation indescriptible à Gilbert. La courte phrase lui remémora un flash-back de tout à l’heure, lorsque Kurats avait déclaré.

« Je pense juste à tuer tout ce qui se trouve à l’intérieur de la forêt »

Il était allé jusqu’au bout.

Non, ce n’est pas la même chose, qu’y a-t-il à détruire quand on apporte de l’eau ?

« Eh bien, il y a d’autres problèmes qui surgissent parmi les gens, quand bien même il ne s’agirait que du seul sujet de l’agriculture, il y a d’autres problèmes que le manque d’eau… Mais si nous pouvons être à l’abri des monstres et avoir une source d’eau fiable, alors je pense que tout finira par se résoudre tout seul à long terme. »

« Tu es plus compétent que je ne le pensais, Gilbert. Les autres chefs de village sont-ils aussi bien informés, ou est-ce juste toi ? »

« Je ne dirais pas que je suis si sage que ça, c’est juste que mon père était autrefois le chambellan du margrave de Bashtar. »

Je comprends, son père lui a probablement transmis une partie de ses connaissances.

« Penses-tu pouvoir entrer en contact avec d’autres serviteurs du margrave qui ont quitté la terre ? »

« Bashtar est leur maison dans leur cœur, le lieu où ils sont nés. Ils ne sont pas partis, tout comme nous. Mais je ne parle que pour ceux de ma génération. Dans une certaine mesure, même maintenant j’interagis encore avec eux. »

Même les plus jeunes de la génération qui avait reconnu Bashtar comme leur foyer étaient déjà d’âge moyen.

Il se trouvait que cette génération avait également donné naissance aux figures de proue du territoire.

Quant à ceux qui avaient quitté le territoire, cela ne signifiait pas qu’ils n’y étaient pas attachés. Si Kurats pouvait garantir leur sécurité, ils reviendraient très probablement ici, chez eux.

Cela exigerait probablement aussi qu’il les appâte avec la promesse de bonnes conditions de vie et de traitements fiscaux favorables.

{Les humains sont des créatures qui affluent vers la richesse. Nous pouvons réfléchir aux problèmes de ces gens plus tard. Pour l’instant, le plus important est de préparer les forces militaires afin de maintenir l’ordre et de protéger le territoire.}

Peu importe, tout cela est déjà bien au-delà de ce que mon cerveau peut supporter ! Je te confie le reste.

{Pense par toi-même pour une fois !!}

Une fois encore, les sentiments de Bernst n’avaient pas atteint Kurats.

« Je dois admettre qu’à un moment donné, j’étais inquiet de la façon dont la situation allait évoluer, mais je suis heureuse de voir que tout le monde semble s’amuser. »

« En pensant que tu as battu une tortue Corrundum dès le premier jour, j’ai clairement eu tort de penser que tu es grossier. C’est une façon de me prouver que j’ai tort, Kurats. »

« Maître, laisse-moi remplir ton assiette. »

Voyant que Lunaria, Cornelia et Frigga commençaient à s’enivrer et à se blottir contre Kurats, Gilbert sourit avec ironie et se prépara à partir.

« Nous continuerons notre conversation demain. Pour l’instant, j’espère que vous apprécierez le très humble festin que nous avons préparé en votre honneur. »

◆ ◆ ◆

Après avoir passé une nuit passionnée avec Cornelia, avec en prime l’ivresse pour assaisonner l’expérience, Kurats s’était réveillé très rafraîchi.

Quant à Cornelia, elle était encore dans un sommeil profond à côté de lui, avec son épuisement et les traces sur son cou comme seul témoignage de la nuit précédente.

Il semblait que satisfaire les désirs de Kurats était une tâche impossible pour une seule femme, étant donné son endurance sans limites.

Si Lunaria s’intéressait beaucoup à ce qui se passait dans leur chambre, elle n’en était pas moins une princesse. Elle devait se préparer mentalement de différentes manières, et devait être dans la bonne situation et la bonne humeur pour sa première fois.

Cela ne dérangeait pas Frigga, et elle était prête à laisser Lunaria l’avoir d’abord avant d’avoir son propre tour.

« Cela étant dit, je sais que j’ai accepté cet accord, mais si tu ne te dépêches pas, je vais devoir reconsidérer ma décision. »

« Attends, non ! J’ai encore un cœur de jeune fille et des rêves ! Laisse-moi juste un peu plus de temps ! »

Kurats ne savait pas que ce genre d’affaires se déroulait en coulisses.

Alors qu’il se délectait de sa propre bonne humeur, Cornelia fronça les sourcils et se mit à bouger dans son sommeil.

« Nnn... Ça suffit, Kurats… Tu vas me tuer à ce rythme… »

En entendant le discours de Cornelia pendant son sommeil et en voyant l’état chaotique de sa belle peau, Kurats jura dans son esprit qu’il se retiendrait un peu à partir de cette nuit.

Lorsqu’il avait quitté la pièce de la forteresse destinée à la Garde, Kurats avait constaté que Frigga et Lunaria étaient déjà debout. Elles discutaient amicalement dans le jardin.

« Bonjour, Lunaria, Frigga. »

Lunaria et Frigga lui répondirent avec des sourires ravis, tout en se retenant de commenter quoi que ce soit sur la nuit précédente.

« Bonjour, Kurats ! »

« Bonjour, maître. »

Elles avaient apparemment eu un combat amical l’une contre l’autre, vu qu’elles étaient toutes deux couvertes de sueur.

« Comme prévu, je ne suis pas de taille contre toi, mademoiselle Frigga. »

« Je dois dire que tu es toi-même assez forte, princesse Lunaria. Je n’en attendais pas moins du disciple du Seigneur Rosberg. »

Ayant été sur de véritables champs de bataille, Frigga était sans surprise une meilleure combattante. Elle avait probablement une ou même deux longueurs d’avance sur Lunaria dans un combat.

« Oh, vous êtes réveillé, mon seigneur. Le petit déjeuner est prêt. »

Lucas, qui semblait avoir terminé son entraînement du matin, s’était interposé.

« Oui, désolé, peux-tu en garder une portion pour plus tard ? »

« Compris. Alors, si vous voulez bien m’excuser, j’y vais. »

Après que Kurats ait dit cela, il sentit le poids du regard jugeant de Lunaria et Frigga sur lui.

« … As-tu encore attaqué Cornelia jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse ? »

« Je suis envieuse… si seulement Lunaria pouvait se dépêcher et se donner un peu de courage… »

« Attends un peu ! Qui dit que j’ai peur !? »

Lunaria devint soudainement rouge vif et accéléra son rythme.

« Dépêchons-nous et allons-y ! Le combat de ce matin m’a donné faim. »

« Et bien, je suis d’accord sur ceci. »

La séance d’entraînement nocturne de Kurats lui avait également donné très faim, mais il avait pris soin de ne pas l’exprimer.

Il avait choisi de suivre tranquillement les deux princesses.

***

Chapitre 78

À neuf heures, Cornelia s’était enfin habillée et sortit.

Il se trouvait que Gilbert était venu au fort à la même heure.

« Bonjour, mon seigneur. »

« La fête d’hier soir était assez amusante. »

« Je vous suis reconnaissant de vos louanges. »

« Au fait… »

Lorsqu’il prononça ces mots, l’expression de Kurats changea.

« Pour poursuivre l’histoire de la nuit dernière, y a-t-il des dépressions terrestres dans le coin ? »

« … Dépressions ? »

Gilbert inclina la tête.

Par « l’histoire d’hier soir », Kurats faisait-il référence au problème de l’eau ?

« Je veux l’utiliser pour recueillir de l’eau, il faut donc qu’elle soit assez large. »

« I-il y a un endroit comme ça près des plaines du nord. »

Répondant ainsi, Gilbert n’avait pu empêcher son cœur de battre à tout rompre. Assurer l’approvisionnement en eau était un rêve de longue date pour le village.

Peut-être que Kurats avait découvert une veine d’eau souterraine ?

Bien que cela soit normalement impossible, il n’y avait rien de normal chez ce nouveau seigneur.

« Guide-moi là-bas, veux-tu ? »

Sur le chemin entre la forteresse et le village de Narak, à une vingtaine de minutes au nord des grandes plaines du nord, il y avait une dépression de terre cachée par l’herbe qui la recouvrait.

« Elle n’est pas assez grande… »

Comme Kurats s’y attendait, la profondeur et la largeur étaient beaucoup trop faibles. Il avait besoin d’une zone au moins deux fois plus grande.

Mais là encore, il n’avait qu’à la rendre plus grande.

« Recule un peu. »

Sans autre explication que celle-ci, Kurats s’était envolé vers le ciel.

Il avait choisi un angle qui lui permettait de creuser jusqu’en bas.

Une fois qu’il était à environ 30 mètres de hauteur, il s’était mis à descendre en visant le sol.

Boum !

À chaque fois qu’il leva le poing, un nouveau cratère était apparu dans le sol.

Sous le barrage de coups de poing, le sol atteignit bientôt une profondeur de 3 mètres et une largeur de 500 mètres.

« Haa, d’accord, ça devrait suffire. »

Alors que Kurats essuyait la sueur sur son front après l’atterrissage, Gilbert réussit à poser une question à travers son ahurissement.

« Qu’avez-vous l’intention de faire, mon seigneur ? J’étais persuadé que vous aviez l’intention de creuser un puits. »

« Un puits ne suffirait pas pour répondre aux besoins du village, pas vrai ? Alors je vais amener de l’eau de la rivière Tulenne. »

Gilbert pensait savoir à quel point Kurats était anormal, mais il se rendait compte maintenant qu’il ne savait rien.

« … Mon seigneur, la rivière Tulenne est à 20 kilomètres d’ici. »

De plus, il y avait sur le chemin un terrain rocheux qui chevauchait le territoire des monstres. L’apport d’eau à partir de là serait l’équivalent d’un projet à l’échelle nationale, et impliquerait des dizaines de milliers de personnes.

« Il faudra chercher un forgeron qui pourra plus tard faire une écluse. Mais, pour ce qui vient maintenant, je peux me débrouiller très bien. »

{Il y a un joli sort de type terrestre fait pour creuser des mines. Il te faudra un contrôle précis pour en faire une voie d’eau, ce qui pourrait être difficile.}

(J’ai un moyen plus simple.)

« Mur antimatériel. »

Répondant à l’appel de Kurats, un mur magique apparut. Cette barrière invisible mesurait environ 2 mètres carrés et était deux fois plus solide que la tortue Corrundum que Kurats avait tuée auparavant.

{Qu’essayes-tu d’accomplir en invoquant cela ?}

« Regarde simplement. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! »

Zun !

Après que la barrière se soit enfoncée dans le sol, Kurats poussa ses deux mains contre elle.

Puis, il s’était mis à courir vers l’avant tout en la poussant.

Sous la force folle de Kurats, la barrière traversa toute la terre et les rochers qui se trouvaient sur son chemin, laissant un nouveau chemin derrière elle.

Kurats était comme un bulldozer.

Mais en termes de dureté et de puissance, Kurats était bien plus performant que n’importe quel bulldozer.

Alors qu’il regardait la route de deux mètres de large, aussi large que la barrière, s’étendre vers la rivière Tulenne, Gilbert tomba à genoux, stupéfait.

« Haa... Haa… Je parie que tu n’y avais pas pensé. »

Avec cette méthode, il serait certainement possible de faire venir de l’eau de la rivière Tulenne à la fin de la journée… Malgré cela, Bernst ne pouvait pas du tout se résoudre à apprécier cette méthode.

{Je ne le reconnais pas ! C’est peut-être plus rapide que ma méthode, mais je ne le reconnais absolument pas !}

Les cris de Bernst n’avaient pas affecté la bonne humeur de Kurats.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! »

Kurats continua à creuser la terre aussi facilement qu’un enfant jouant dans le sable, jusqu’à ce qu’il disparaisse de la vue de Gilbert.

« C’est comme ça qu’il est. Il faut t’y habituer. »

Malgré ses paroles, Lunaria avait un sourire étriqué sur son visage lorsqu’elle témoigna de la scène.

{J’exige un meilleur traitement !}

(Quoi ? Comment ça ?)

{Je veux une renaissance de la magie, je veux que la magie redevienne géniale !}

Lorsque les efforts de Kurats avaient porté leurs fruits et que l’eau coulait tout le long de la rivière Tulenne, Gilbert et Lucas s’étaient tous deux agenouillés, en larmes.

Cela représentait probablement plus d’eau qu’ils ne pouvaient en utiliser.

Ayant vécu si longtemps dans cette région reculée, ils connaissaient la valeur de l’eau. Après tout, les humains en dépendaient pour survivre.

Non seulement pour l’agriculture, mais aussi pour cuisiner, faire la lessive ou se nettoyer après s’être occupé de leurs besoins naturels, il était naturel pour les villageois d’utiliser même l’eau boueuse avec parcimonie, comme si elle était faite de gouttes de leur propre sang. Il suffit de dire qu’aucun des villageois n’avait jamais pris de bain dans sa vie.

Ce flux d’eau était la manifestation d’un de leurs rêves de longue date.

Il n’était pas étrange que la loyauté de Gilbert dépasse les limites.

« Seigneur Bashtar ! S’il vous plaît, faites de moi un de vos serviteurs ! »

Mais ce fut Lucas qui exprima sa loyauté en premier.

Au début, il avait l’intention de partir pour la capitale, où il n’y avait pas de danger pour sa vie, une fois que la prise de contrôle par Kurats serait faite.

Malgré cela, en tant que chef de la garde, il était très attaché à Bashtar. Si Kurats devait faire renaître Bashtar, Lucas voulait y jouer un rôle.

Il voulait réécrire l’histoire avec lui.

Après ce jour, plus de 30 % de la garde décida de rester à Bashtar, et d’être parmi les premiers à rejoindre le groupe des serviteurs de Kurats.

Malgré des larmes de gratitude, Gilbert s’agenouilla également devant Kurats.

« Mon seigneur, je donnerais ma vie pour protéger la vôtre ! »

L’arrivée de cette source d’eau abondante était un événement qui changea la vie du village de Narak.

***

Chapitre 79

{Tu es encore trop tendre !}

Bernst commença à critiquer la méthode de Kurats avec un regard triomphant. Non pas que Kurats puisse voir son visage, mais il le voyait à son ton.

{Tu n’as fait que te frayer un chemin dans la boue. Tu as eu de la chance et tu as réussi à créer une bonne pente en creusant le chemin… Mais bon ! Ce n’est pas suffisant pour maintenir un canal d’eau !}

Que veux-tu dire ?

{Non seulement l’eau va s’infiltrer dans la terre, mais la terre va aussi entraver le courant. C’est inévitable. De plus, rien n’empêche les monstres aquatiques d’infester l’eau !}

Je vois.

{Mais j’ai une solution ! Par le biais de l’alchimie, tu peux fabriquer un revêtement spécial qui fera durer ce canal pendant des années et des années. Mais attends, il y a plus ! Si tu combines l’alchimie avec un symbole magique, tu pourras chasser complètement les monstres faibles qui pourraient apparaître !}

Comment est-ce possible !?

Bernst semblait le dire avec son air suffisant. Mais au vu de la réponse calme que Kurats allait lui donner, cela n’avait pas duré très longtemps.

… C’est tellement nul.

{AAAAAAAAAAGH!}

Alors qu’il regardait avec grand intérêt les enfants regarder l’eau remplir l’étang qu’il avait construit, Kurats tomba dans ses pensées.

Ces enfants n’avaient probablement jamais pu nager ou pêcher dans une rivière comme il l’avait fait à leur âge.

Et donc, en utilisant la magie de la terre, Kurats avait créé un bassin sur place. Et bien qu’ils aient été un peu effrayés et timides au début, ils s’étaient amusés à y tremper leurs pieds.

Même s’ils n’avaient jamais connu le concept de jeu dans l’eau, ils restaient néanmoins des enfants. Il n’était pas surprenant qu’après un certain temps, ils se soient soudainement mis à applaudir et à jouer en éclaboussant l’eau.

« Mon seigneur, êtes-vous sûr que ça va ? Pouvons-nous vraiment nous permettre de gaspiller l’eau comme ça… ? »

« Gaspiller ? Je ne savais pas que laisser les enfants s’amuser était un gaspillage. »

L’étang contenant l’eau qui devait être transféré vers les champs de Narak par un autre canal n’avait été en rien affecté. Et bien qu’il n’ait pas pris la peine d’économiser de l’eau toute la journée, l’étang en contenait toujours plus qu’il n’en fallait.

« Qui aurait cru que nous pourrions assister à une telle scène ici à Bashtar… ? »

« Eh bien, maintenant que nous avons ça, nous allons prendre un bain ! »

Les paroles de Kurats avaient apporté une toute nouvelle nuance aux yeux de Lunaria et de Frigga.

En tant que princesses, elles étaient habituées à une vie de luxe. Peu importe leurs expériences, le fait de ne pas pouvoir prendre de bain pendant un long moment les stressait beaucoup.

« V-vraiment ? S’il te plaît, dis-moi que tu ne mens pas. »

« Maître, si tu as l’intention de faire l’effort de nous construire un bain, puis-je y entrer avec toi… ? »

« Kurats, tu vas vraiment faire un bain ? Tu ne décevras pas ta sœur, hein ? »

« O-oui. »

Sous la pression du regard plein d’espoir des trois femmes, Kurats avait construit un sauna par la force de l’alchimie. Il fabriqua d’abord une baignoire d’environ deux mètres carrés. Puis il l’avait ensuite entourée de murs de boue. Puis, il ajouta de l’eau et le chauffa avec un sort de feu.

Il ajouta également secrètement un judas.

« Ce truc d’alchimie est plus pratique que je ne le pensais. »

Il n’y avait aucune chance que Kurats puisse reproduire les effets de l’alchimie par la seule force physique.

{C’EST VRAI !}

Dès qu’il a entendu les mots de Kurats, Bernst cria triomphalement.

Tu m’as fait peur ! Ne crie pas dans ma tête.

{L’alchimie est vraiment le moyen le plus simple de montrer la force de la magie en dehors de la bataille !}

Ta notoriété est-elle si importante pour toi ? Pourquoi dois-tu en faire toute une histoire ? !

{Prends ça ! TES MUSCLES NE PEUVENT RIEN FAIRE FACE A LA MAGIE !}

On aurait dit que ce cri venait de l’âme même de Bernst.

« Kurats ! Peut-on déjà aller dans le bain ? »

Kurats sourit gentiment à Cornelia et aux autres filles, qui s’accrochaient à leurs vêtements de rechange et à leurs serviettes, attendant avec impatience qu’il finisse de construire les bains publics.

« S’il vous plaît, changez de vêtements dans le vestiaire de ce côté. Si vous voulez changer la température de l’eau, dites-le-moi. »

« Oui ! »

Bien que combattantes, Lunaria et Frigga étaient encore de jeunes filles en pleine maturité. Elles se sentiraient blessées si elles devaient rester en présence de l’homme qu’elles aimaient, avec des cheveux poussiéreux et une odeur de sueur.

« … Maître, regardes-tu ? »

Frigga exposa lentement le haut de son corps.

« Ne me mêle pas à tes singeries ! Idiote ! »

Lunaria vira au rouge cramoisi en tirant Frigga par le cou.

Il y avait un dicton : « Quand les femmes se réunissent dans une pièce, préparez-vous à ce qu’elle devienne bruyante. »

Kurats avait pensé que c’était peut-être ce que cela signifiait.

{C’est aussi une possibilité !}

Juste au moment où la conversation entre les trois femmes s’installait, Bernst recommença à crier.

Pourquoi cries-tu maintenant ?

{Hahaha... J’ai une idée qui fera comprendre à tout le monde la grandeur de la magie au premier coup d’œil ! Nous allons faire un rempart qui protégera ce village, et aussi les trois villages entourés par les monstres !}

Jusqu’à présent, la seule couverture dont disposait le village était une clôture qui le protégeait en partie. La construction d’un rempart qui pourrait physiquement bloquer toute invasion de monstres aurait un effet énorme.

Et bien que certains membres de la garde soient encore là, ils sont loin d’être assez nombreux pour protéger Bashtar.

{Il doit être suffisamment solide pour que même un ours aux yeux rouges ne puisse le franchir, et suffisamment haut pour empêcher de gros monstres comme les tortues de roche de passer par-dessus… Je dirais donc au moins environ cinq mètres de haut.}

Hé, attends, c’est beaucoup trop !

{Si tu peux construire un canal avec des muscles, pourquoi ne pourrais-tu pas construire un mur avec de la magie !?}

Bernst brûlait apparemment d’un sentiment de compétitivité après que Kurats ait achevé un canal d’eau de plus de 20 kilomètres de long en une journée.

Il ne savait pas comment la construction d’un rempart lui permettrait de se sentir mieux, car c’est toujours Kurats qui le ferait, mais cela ne semblait pas avoir d’importance…

{Regarde ! Voici le pouvoir de ma magie !}

Oui, oui. Alors, on fait comme d’habitude ?

À ce stade, Kurats se trompait beaucoup sur le sérieux et la passion de Bernst à ce sujet.

Des événements qui s’étaient déroulés lors de la bataille en Lapland jusqu’au creusement du canal d’eau, Bernst était arrivé à un point où il voulait pleurer à la seule pensée des muscles.

Mais ce qui avait semé ce germe d’insatisfaction encore plus profondément en lui, c’était le soutien que Kurats, ce cerveau rempli de muscle, recevait dans ce monde, en raison de la facilité avec laquelle il était possible de comprendre et de percevoir sa force.

L’état de sous-développement de la magie dans ce monde avait fait en sorte que personne n’avait vraiment pu comprendre la supériorité des techniques de Bernst.

Mais s’il s’agissait de barbares qui ne pouvaient pas saisir la grandeur de sa magie, alors il allait leur montrer quelque chose de très visuel. Quelque chose que même des barbares comme eux pouvaient comprendre.

{En mon nom, le nom du souverain de tout ce qui existe, je ferai plier les atomes à mes désirs !}

« Kurats Hans Almadianos te commande. Viens, rempart ! »

Très rapidement, un gigantesque rempart apparut.

Ce rempart de cinq mètres de haut s’étendait bien au-delà de l’horizon. Il comportait de nombreuses petites fenêtres pour permettre les attaques à l’arbalète, ainsi que des chemins de 1,5 mètre de large, reliés par des escaliers, pour que les soldats puissent se déplacer à l’intérieur. Il y avait même des portes de sortie.

Lorsqu’ils assistèrent à l’apparition soudaine de ce rempart grandiose, mais sinistre, les villageois tombèrent dans la panique. Cela n’excluait pas Gilbert et Lucas, qui se précipitent à la recherche de Kurats pour lui demander si ce n’était pas l’œuvre de monstres.

Cependant, Kurats n’était pas en état de s’en soucier pour le moment.

Il ressentait un grand malaise, comme si une main invisible était entrée directement dans son cerveau. Ce sentiment s’accompagnait d’une extrême léthargie, au point qu’il ne pouvait plus bouger un doigt lorsque sa conscience commençait à s’estomper.

C’était peut-être la première fois qu’il craignait vraiment la mort.

{Je m’excuse, j’ai peut-être oublié de remplir ta réserve magique.}

Comment as-tu pu l’oublier ? !

{Je me suis déjà excusé.}

Alter ego ou pas, Kurats n’avait ni le talent ni la capacité de pouvoir magique de Bernst. Ce sort avait consommé son pouvoir bien plus rapidement que prévu, au point que son stock de pouvoir magique avait été complètement vidé.

Une fois qu’il n’avait plus de magie, sa force monstrueuse avait été ciblée et lui avait été enlevée pour remplir son pouvoir magique.

Alors que les villageois se déplaçaient à gauche et à droite dans la panique, tout ce qui se trouvait dans les yeux des Kurats s’était effacé dans l’obscurité.

Il avait perdu connaissance.

Pendant ce temps, dans les bois, un monstre regardait le rempart qui était soudainement apparu.

« … Je dois en informer le maître Triestela. »

Les humains n’étaient que des proies, mais lorsqu’ils avaient ce genre de défenses magiques de leur côté, ils pouvaient être gênants à gérer.

S’ils étaient devenus vaniteux et pensaient qu’une chose de ce niveau suffisait pour obtenir la victoire contre les monstres, alors ils allaient devoir une fois de plus tirer la leçon d’il y a 70 ans.

***

Chapitre 80

Un peu plus tôt, juste avant que Kurats ne s’évanouisse.

Comme Clodette et Marika étaient occupées à compter et à distribuer des fournitures aux villageois de Narak, les seuls qui allèrent prendre un bain étaient Lunaria, Frigga et Cornelia.

Pendant que Lunaria et Frigga se déshabillaient joyeusement, Cornelia les observait nerveusement de côté.

Bien que leurs personnalités soient un peu aux antipodes, elles restaient néanmoins toutes deux des princesses.

D’habitude, quand elles prenaient leur bain, elles avaient des servantes chargées de laver leur corps à leur place. Ainsi, même si Cornelia était là, cela ne les dérangeait pas de s’exposer.

Lunaria avait un corps et une silhouette voluptueuse, surtout en ce qui concerne son buste. Elle semblait prête pour la maternité.

Frigga n’était pas en reste non plus.

Avec sa peau blanche albinos et ses cheveux de soie, elle dégageait une aura de beauté mystérieuse qui correspondait bien à l’allure sensuelle de Lunaria.

Bien que Frigga soit un peu mince, cela donnait à son corps une sensation d’équilibre parfait qui sublimait encore plus sa belle poitrine.

En attendant, je suis juste…

Cornelia regarda sa propre poitrine, désespérément plate.

Comme elle pensait qu’elle devrait peut-être arrêter de s’attendre à une croissance dans cette zone, elle remarqua soudain sur elle une trace des événements de la nuit précédente.

Cela l’avait mise dans un état de panique.

Même si les princesses étaient déjà conscientes du type de relation qu’elle entretenait avec Kurats, elle pensait toujours que montrer des traces serait trop embarrassant.

De son point de vue, ce serait comme être observé pendant l’acte.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Cornelia ? Dépêchons-nous d’entrer. »

« A-aaah ! »

Juste au moment où Cornelia commençait à devenir rose à cause des pensées qui lui passaient par la tête, Lunaria la traîna de force vers le bain.

C,cela semble gênant…

À l’intérieur du bain, Cornelia, qui s’était couverte d’eau jusqu’aux épaules et cachait les traces de la nuit précédente avec une serviette trempée, sentait qu’il y avait de la tension entre elle et Lunaria.

D’après ces suppositions, c’était parce que la princesse avait remarqué les traces.

Cornelia était anxieuse.

Avait-elle l’air d’une femme effrontée maintenant ?

Ou Lunaria était-elle peut-être jalouse du fait que Cornelia ait obtenu la première fois de Kurats ?

Lorsqu’elle se souvint de son comportement sauvage de la nuit précédente, la honte fit que Cornelia s’enfonça dans l’eau, jusqu’à la bouche.

« Alors… comment va-t-il ? »

« Quoi ? »

Cornelia ne comprenait pas bien la demande de Lunaria.

Certains éléments manquaient dans cette question.

Frigga écouta les mots de Lunaria, comme si elle ne pouvait pas croire la réaction de Cornelia.

« À ce stade, pourquoi être embarrassée ? Dites-nous, comment est le maître dans la chambre ? Nous voulons savoir. »

« Qu-quoi !? »

« Est-ce que ça fait encore mal ? Maman disait qu’il faut compter les taches sur le plafond jusqu’à la fin pour oublier la douleur. »

Ces deux-là attendaient apparemment leur tour avec Kurats, mais en tant que femmes issues d’une éducation noble et ayant des connaissances limitées en la matière, elles ne pouvaient pas cacher leurs anxiétés.

Contrairement aux pensées qui hantaient l’esprit de Cornelia dans le vestiaire, il s’était avéré qu’elle occupait désormais le poste de senior expérimentée au-dessus des deux princesses.

Et c’était suffisant pour satisfaire sa vanité féminine.

« En général, ce n’est pas vraiment douloureux. Mais imaginez que quelque chose d’aussi grand entre à l’intérieur. J’ai eu peur que mon estomac se brise au début, mais je pense que cela n’est pas surprenant. »

En décrivant son expérience, Cornelia montra son poing serré comme point de comparaison.

Non seulement Lunaria, mais même Frigga devinrent pâles.

« Aussi gros ? Vraiment ? C’est probablement deux fois la taille des gars de l’ordre des chevaliers ! »

« C’est probablement trois fois celui de mon père… »

Le père de Lunaria, Christophe, verserait probablement des larmes de sang s’il entendait l’impression que sa fille avait de lui.

« Quoi qu’il en soit, la première fois, j’ai dû endurer une certaine douleur. Cette fois-là, Kurats n’avait pas encore d’expérience. Peut-être qu’il sera un peu plus prudent la prochaine fois. »

« Es-tu sûre qu’il ne va pas casser quelque chose à l’intérieur ? »

« Comme il est plus petit qu’un nouveau-né, ça devrait aller. Mais la douleur vous donnera sans doute l’impression que quelque chose est sur le point de se déchirer. »

Cornelia sourit à Lunaria et Frigga, qui s’adonnèrent en silence à la nervosité.

« La douleur vous donnera l’impression que vous êtes sur le point de mourir, mais ce ne sera rien comparé au bonheur qui en découlera. La joie d’être connecté à celui que vous aimez contrebalancera toute douleur. »

En effet, c’était un bonheur spécial que seule une femme pouvait ressentir. Une première expérience, entre la douleur et la joie.

Rien dans ce monde n’avait jamais fait sentir à Cornelia un épanouissement plus complet que lorsqu’elle s’était unie à Kurats.

« Je… c’est ainsi… je te crois sur parole… »

« J’espère que je serai bientôt avec le maître… »

Laissant libre cours à leur imagination, les deux princesses s’étaient retrouvées aux prises de leurs fantasmes.

Cornelia les regardait avec un sourire envoûtant alors qu’elle commençait à expliquer plus en détail.

« Cependant… »

« O, oui ? »

« Une fois la douleur disparue, vous serez attaqué par un plaisir insupportable. Vous pouvez supporter la douleur, mais ce sentiment de plaisir n’est pas quelque chose que vous pouvez endurer. »

Cornelia montra les traces qu’elle avait sur le cou et la poitrine.

« Au début, nous avions l’impression d’être connectés, mais maintenant, j’ai l’impression d’être remodelé pour lui. Ces moments sont si agréables que je finis par faire et dire les choses les plus embarrassantes sans m’en soucier. C’est un peu vexant. »

« Oh… Des choses embarrassantes ? Ce sentiment semble assez délicat ! »

« Aaah, je veux être teintée par les couleurs du maître dès que possible ! »

« Calme-toi, Frigga ! Ta première sera une expérience unique ! Si tu la forces, tu le regretteras… »

« Je pense que ce qui serait regrettable serait de perdre encore plus de temps. »

« Très bien… »

Cette fois-ci, c’était Lunaria qui coula dans le bain jusqu’à la bouche. Tout son corps était pourpre, comme si elle avait littéralement bouilli dans l’eau chaude.

Dans l’état actuel des choses, il était clair que le jour où les princesses allaient vivre leur première expérience n’était pas loin.

Cornelia en était secrètement heureuse. Son corps n’allait pas durer longtemps si les filles ne se pressaient pas pour la rejoindre.

« De toute façon, êtes-vous sûre qu’il ne va vraiment rien casser ? Complètement sûr ? »

« Je suppose qu’il pourrait y avoir un risque s’il ne vous chevauche pas correctement. »

« Chevauche ? Tu veux dire, Kurats ? S, sur moi ? »

« Qui d’autre ? »

« Ah… »

Peut-être parce que son imagination avait dépassé le seuil de sa honte, ou peut-être parce que la température de l’eau était un peu trop élevée, car Lunaria s’était mise à boiter comme une marionnette aux ficelles cassées.

« Attends ! Lunaria ! Ne t’évanouis pas ici ! »

« C’est mauvais ! Il faut la refroidir… »

« Trop… Trop honteux… »

◆ ◆ ◆

« Vous dites que ce mur est apparu soudainement ? »

« En effet. »

« Humph… »

Triestella s’était mise à renifler de mécontentement.

Ses longs cheveux blonds étaient enroulés autour de sa peau bronzée jusqu’à la taille, tandis que ses servantes presque entièrement exposées étaient couchées proche de ses pieds nus.

 

 

Chaque femme présente dans cette pièce était d’une beauté bien supérieure à la normale.

L’éclaireur qui était venu rapporter cette information avait eu du mal à calmer son cœur.

D’un seul regard de Triestella, les servantes qui s’étaient occupées d’elle, lui massant les épaules ou lui frottant les pieds avec de la lotion, se levèrent instantanément et partirent.

L’expression de Triestella changea complètement par rapport au moment où elle se reposait sur son oreiller de plumes.

Celui qui avait perturbé son plaisir avec cette annonce venait d’invoquer sa colère.

Les humains ? N’avaient-ils pas déjà appris leur leçon il y a 70 ans ? Cette punition qu’ils avaient appelée la grande invasion de Bashtar n’était-elle pas suffisante ?

Ce type de comportement imprudent était exactement la raison pour laquelle ces créatures inintelligentes étaient si impuissantes.

« Alors, quelle est la taille de ce mur ? »

« Ce mur est un rempart à part entière. Il fait environ 12 kilomètres de long, cinq mètres de haut et deux mètres de large. Les monstres de bas niveau seront probablement impuissants face à lui. »

« Comment avez-vous pu ne pas remarquer qu’il était en construction !? Qu’est-ce que vous faisiez ? ! »

Triestella était furieuse.

Oublier la construction d’un projet d’une telle envergure était un niveau de négligence digne de la peine de mort.

« Je jure sur le nom du Roi-Démon que je n’ai pas négligé la construction. Elle est soudainement apparue de nulle part aujourd’hui, comme si elle avait été convoquée par quelqu’un. »

« C’est ridicule… Même le Roi-Démon ne pourrait pas le faire, alors… »

Comment un simple humain pourrait-il faire cela ?

Bien que les pensées de Triestella aillent dans ce sens, il était également incontestable qu’un tel rempart serait un projet à l’échelle nationale s’il était construit par des moyens normaux. Il serait impossible de cacher sa construction.

De plus, cet homme ailé était un éclaireur digne de confiance, il n’aurait jamais pu négliger son travail pendant des mois et des mois jusqu’à ce jour.

« C’est difficile à admettre, mais c’est peut-être vraiment le travail des humains. »

Triestella avait appris lors d’une réunion il y a quelques jours qu’un de ses collègues nobles avait été tué par des humains.

Une fois tous les deux mois, des nobles de haut rang comme elle devaient se rendre au château du Roi-Démon pour échanger des informations et recevoir des ordres spéciaux du Roi-Démon.

La hiérarchie des nobles supérieurs était composée de 4 archiducs, suivis de 6 marquis, 8 comtes, 12 vicomtes et 16 barons.

Triestella était une comtesse, classée 13e parmi tous les nobles supérieurs.

On disait qu’elle pouvait rivaliser avec le deuxième et le premier comte lorsqu’il s’agissait de combat de force brute.

Ainsi, le nombre de monstres sous son règne dépassait les 10 000, ce qui signifiait qu’elle pouvait facilement dépasser la totalité des forces militaires d’un petit pays humain.

C’est pourquoi même les pays puissants comme Jormungand évitaient généralement de combattre les nobles de haut rang en face.

Vu son rang, Triestella n’admettrait jamais qu’une personne comme elle puisse être effrayée comme une mauviette par les humains.

Après tout, aucun noble de haut rang ne peut être inférieur à un humain.

Cependant, cette fois, son intuition lui avait lancé un signal d’alarme intense en ce qui concerne l’apparition de ce rempart et de ceux qui se trouvaient derrière.

« Je vais personnellement confirmer ce qui se passe. »

Malgré ce que son instinct lui disait, Triestella ne croyait qu’en une seule chose : le pouvoir.

D’ailleurs, en tant que noble, elle s’était soumise au pouvoir absolu du Roi-Démon.

Il était de son devoir de faire face à la menace que représentait Kurats, quel que soit le danger qui l’attendait dans le processus.

« Hahaha... S’ils ont oublié la terreur de folie de Nosferattu, alors je vais leur rafraîchir la mémoire ! »

***

Chapitre 81

Au réveil, Kurats se retrouva sur un lit.

Il essaya de se lever pour voir où il se trouvait, mais les visages pâles de Cornelia et des autres filles le rejoignirent.

Comme ces « autres filles » comprenaient Clodette et Marika, il s’était dit que la situation devait être très mauvaise.

« Kurats ! Tu es revenu à toi ? »

« Ah, Kurats ! Tu me comprends ? »

« Maître, remercions le ciel, tu es en sécurité ! »

L’étreinte du trio très émotif poussa Kurats à se remettre sur le lit.

« Comment vous sentez-vous, mon seigneur ? »

Marika semblait épuisée. Kurats pensait que c’était à cause de l’agitation qu’il avait provoquée.

Quant à Clodette, elle pleurait trop fort pour pouvoir dire quoi que ce soit.

« Oui, je suis désolé. Mais il n’y a pas de quoi s’inquiéter, je n’ai plus de magie. »

« Tu dors depuis presque trois jours. Comment ne pas s’inquiéter ! »

« Trois jours ? »

C’était aussi une surprise pour Kurats.

Combien de pouvoir ce sort lui avait-il enlevé ?

{Ce grand homme a peut-être pris en compte par inadvertance sa propre réserve de magie et a asséché le pouvoir magique qui est généralement conservé pour le maintien de la vie de ton corps. Des excuses s’imposent.}

Le maintien en vie ? Tu veux dire que j’aurais pu mourir de ça !?

{C’est précisément ce que j’ai dit.}

C’est ça, je ne t’écouterai plus jamais.

{Non, il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin, je ferai plus attention la prochaine fois… Bien que… utiliser un pouvoir magique au-delà de tes limites a endommagé tes veines magiques… Tu ne pourras pas utiliser la magie correctement avant un certain temps.}

C’est dommage, j’avais encore beaucoup d’idées grandioses à mettre en pratique…

Bernst soupira de déception.

Par exemple, il voulait faire en sorte que le rempart lui-même puisse sortir sous la forme d’un golem. Il avait aussi l’idée d’ajouter de la magie d’hallucination pour que les ennemis tournent en rond sans but lorsqu’ils tentaient d’aller vers le mur.

{Je crois que tu t’en remettras bientôt, mais tu dois être prudent. Tes muscles ont également été réduits de moitié.}

Mec, t’as vraiment merdé.

« On dirait que je vous ai toutes vraiment inquiétées. Encore désolé. »

« Uhhh… J’étais si inquiète… si inquiète… »

« Lors de mes nuits blanches, chaque pensée était consacrée au bien-être du maître. »

Lunaria, Frigga et Cornelia avaient toutes des cernes sous les yeux par manque de repos.

Une fois la tension et l’inquiétude dissipées, les filles n’avaient pas mis longtemps à s’endormir.

Kurats les avait toutes portées avec amour, une par une, jusqu’à leur lit.

Entendant une agitation dehors, Kurats était allé vérifier ce qui se passait. Là, il trouva Glibert en train de parler à Bernard, l’ancien mercenaire qu’il avait laissé dans la capitale royale.

Ils avaient tous deux l’air surpris.

« Quoi ? J’ai entendu dire que vous vous étiez évanoui, mais vous avez l’air de bien vous porter. »

« Mon seigneur ! Vous vous êtes déjà réveillé et vous vous êtes remis ? »

« Oui. J’ai fait une petite bêtise, mais je vais bien. Bernard, ce sont les soldats que je t’ai dit d’amener ? »

À une cinquantaine de mètres derrière Bernard, il y avait un rassemblement d’une centaine d’hommes.

« Même avec mes anciennes relations, ce sont les seuls monstres qui étaient assez fous pour accepter d’aller à Bashtar. »

« Il y a un autre groupe de soldats qui étaient ici avant et qui ont décidé de rester, donc pour l’instant, c’est suffisant. Bon travail. »

Comme Kurats s’y attendait, Bernard semblait avoir une certaine influence parmi les mercenaires.

S’il avait essayé par lui-même, Kurats aurait eu la chance de rassembler ne serait-ce que 10 personnes.

« Heh, ce n’est rien ! »

Bernard était redevable à vie à Kurats. Non seulement Kurats l’avait sauvé de la peine de mort très peu de temps auparavant, mais il le protégeait également des nobles qui lui en voulaient.

Bien qu’il ne l’ait pas montré, Bernard était un homme doté d’un grand sens du devoir.

C’était précisément ce trait de caractère qui lui avait valu la confiance des mercenaires les plus violents.

« Hé, Bruno, viens par ici ! »

En réponse à l’appel de Bernard, un homme s’était approché et s’était agenouillé.

« Je m’appelle Bruno Datwa. C’est un honneur de vous rencontrer. »

« Je suis Kurats Hans Almadianos. Je compte sur vous à partir de maintenant. »

Voir ces deux géants de plus de deux mètres de haut côte à côte était impressionnant.

« Ce type vient du duché de Maclean qu’Asgard a détruit. Il est talentueux et prend son travail au sérieux. Vous pouvez compter sur lui. »

« … Tant que j’ai mon argent. »

Bien que les mots que Bruno marmonnait à lui-même étaient assez grossiers, la rougeur sur sa joue faisait penser à Kurats qu’il était peut-être simplement timide.

« De toute façon, c’est vraiment paisible ici. J’ai entendu dire que Bashtar était l’enfer sur terre, mais je ne le vois pas. »

Bernard essayait clairement de faire diversion des paroles de Bruno, mais Kurats l’avait suivi en riant.

« C’est seulement grâce à l’intervention de notre seigneur ! Avant qu’il n’arrive, nous ne savions pas si nous vivrions pour voir le lendemain. »

Pendant qu’il lançait tous ces compliments, Gilbert était allé de l’avant et en avait ajouté d’autres.

« Vois-tu ce rempart ? Il a été construit par notre seigneur en un seul jour ! »

« Qu’est-ce que vous dites ? »

En regardant le rempart qui s’étendait bien au-delà de l’horizon, Bruno sourit avec ironie.

Même s’il était plus miteux que celui de la capitale royale, il n’en était pas moins très solide.

À en juger par la forte puissance magique qu’il en ressentait, ce rempart avait aussi été manifestement renforcé par la magie.

Si quelqu’un avait pu le construire en un jour, les bâtisseurs du pays auraient déjà renoncé à leurs entreprises.

« Bien sûr, mais j’en ai fait trop. Je ne pensais pas m’endormir pendant trois jours à cause de l’épuisement de ma magie. »

« Quoi… »

Quand Kurats confirma les affirmations de Gilbert comme s’il s’agissait d’une broutille, Bruno s’était retrouvé incapable de prononcer un mot complet.

« Désolé si je t’ai inquiété, Gilbert. Mais n’aie pas peur, j’ai peut-être trois jours de retard, mais je vais finir ce canal vers les champs de Narak. »

« En êtes-vous sûr, mon seigneur ? Vous devez être encore en convalescence… »

« Je n’ai plus de magie, ce n’est rien de grave. Ce sera un exercice parfait pour réhabiliter mon corps. »

Le cou de Bruno semblait faire un bruit de grincement lorsqu’il se tourna vers Bernard.

« Tout cela me paraît absurde, c’est moi qui suis bizarre ici ? »

« Ne vous inquiétez pas, ce sont eux les bizarres, c’est sûr. Mais vous savez, parfois, des choses folles arrivent. C’est comme ça que le monde est. »

Malgré ces mots, quand Kurats planta une barrière magique dans le sol et commença à creuser très fort le canal d’eau, Bernard et Bruno avaient été complètement choqués.

« ATTENDEZ, QUOI !? »

« On ferait mieux de ne jamais l’embêter… »

Les mercenaires adoptaient la philosophie selon laquelle si quelqu’un devenait faible, il ne valait plus la peine de l’écouter.

Mais dorénavant, ils n’oseraient plus jamais s’opposer à Kurats, quelles que soient les circonstances.

« Ce type n’est pas humain… »

« S’il disait qu’il était un Roi-Démon, je ne serais pas surpris… »

« Purée, je suis dans un sale état aujourd’hui ! Allez, plus vite ! Oooooooooooh ! »

◆ ◆ ◆

« Pas mal pour un début, pas mal du tout… »

Loin d’être mauvaise, la croissance du territoire avait été extraordinaire.

Clodette était chargée de la gestion des finances du territoire, Marika était responsable des négociations avec l’étranger, et quant au maintien de l’ordre public et à la lutte contre les monstres, ces deux aspects avaient été pris en charge par les mercenaires de Bernard ainsi que par Lucas et les 300 soldats de la garde qui avaient accepté de rester ici.

Vu l’étendue du territoire, il était juste de supposer que ces effectifs ne seraient pas suffisants, mais cela ne prenait pas en compte la présence des deux individus équivalents à des armées connue sous le nom de Kurats et de Frigga.

En parlant de Kurats, grâce à sa force inhumaine, il y avait cinq hectares de plus de terres inexploitées à cultiver. Cela faisait tellement de terres qu’il n’y avait même pas assez de gens et d’outils agricoles pour les utiliser entièrement.

C’était un grand gain.

Si le territoire avait une bonne récolte, alors peut-être que Bashtar allait rapporter des recettes fiscales pour la première fois en 70 ans.

« Oui, ça s’est très bien passé. »

Clodette acquiesça à l’évaluation de Marika.

« Mais vu la façon dont les choses se passent, Bashtar fera faillite avant que nous puissions obtenir quoi que ce soit des impôts. »

Cette déduction était basée sur les capacités de calcul inégalées de Clodette.

Entre les mercenaires nouvellement rassemblés, les soldats de garde, l’embauche de nouveaux travailleurs parmi la population pour cultiver la terre, et la construction de nouveaux logements pour la population croissante, les dépenses du territoire n’avaient cessé d’augmenter.

En ce qui concerne l’achat de fournitures et de nourriture, l’intervention de Marika avait permis d’économiser beaucoup d’argent et il semblerait également que Lunaria intervienne de temps en temps dans les négociations.

Malgré cela, ils ne faisaient que retarder l’inévitable effondrement de l’économie de Bashtar.

« Si mes calculs sont corrects, les fonds de Bahstar, ou plutôt les fonds de Kurats seront épuisés dans quatre mois. »

Le roi Christophe avait accordé une importante somme d’argent à Kurats, mais c’était sans tenir compte de cette grande expansion.

De plus, le territoire avait été donné à Kurats comme un test. Le roi ne pouvait pas trop l’aider, car cela irait à l’encontre du but.

« Selon la récolte, nous pourrions collecter l’argent des impôts en six mois, mais cette somme serait encore loin de ce qu’il faudra pour gouverner Bashtar. »

Peut-être que le roi ne s’attendait pas à ce que Kurats se prépare une armée.

Mais même si c’était le cas, Kurats ne serait naturellement pas prêt à se séparer des forces loyales qu’il venait d’acquérir.

« Peut-être, que si j’apporte mon propre argent pour nous lancer... »

« S’il vous plaît, princesse, ne faites pas ça. Vos adversaires politiques en feraient un prétexte pour leurs propres causes. Vous ne feriez que les aider. »

Si Lunaria les aidait, ces opposants politiques prétendraient plus tard que Kurats n’aurait rien pu accomplir sans l’aide de la princesse.

Si de tels pourparlers devaient se répandre, cela ne servirait à rien de remettre Bashtar sur pied.

L’explication de Marika fit que Lunaria se mordit la lèvre de frustration.

« Pour faire court, nous avons besoin d’argent, non ? »

« Oui, en battant un autre monstre du même calibre que la tortue de Corindon et en le vendant, je crois qu’il est possible de retarder la faillite de quelques mois supplémentaires. »

La chasse aux monstres n’était pas un problème pour Kurats.

S’il pouvait entraîner ses nouveaux soldats à la chasse, tant mieux.

Cela étant dit, ce n’était pas une bonne base pour un revenu régulier.

Il y avait très peu de monstres qui pouvaient être vendus à des prix élevés.

Les soldats allaient devoir chasser des monstres forts qui apporteraient beaucoup de pertes, mais peu de retour. Cela pouvait finir par coûter plus d’argent que cela n’en rapportait à long terme.

Il était absolument nécessaire d’avoir une industrie plus stable et plus solide sur le territoire.

« Une autre méthode serait de prendre un prêt… »

Tant que Kurats était ici, Bashtar était sûr d’avoir un grand avenir devant lui.

Cet enfer sur terre allait apporter de grandes richesses dans le futur.

Il y avait probablement des gens qui seraient prêts à financer ce projet.

« Je pense qu’on s’engagerait avec les mauvaises personnes si on faisait ça. »

« C’est… »

Bien que sans fondement, l’intuition de Kurats était juste.

De nombreux nobles et aristocrates attendaient avec impatience une occasion de piéger financièrement Kurats pour le bien d’Albert.

« Gilbert, quelle était la plus grande source de revenus de Bashtar dans le passé ? »

« Ce serait sans aucun doute la mine de Bolivia. »

La réponse de Gilbert était arrivée immédiatement, sans hésitation.

La mine de Bolivia.

Cette mine était autrefois réputée pour abriter un métal rare appelé Mythril.

Aujourd’hui, cette mine se trouvait à l’intérieur même du territoire des monstres.

***

Chapitre 82

« J’ai vraiment envie de dire ceci : je ne serais jamais plus surpris par ce que vous dites, patron. »

Lorsque Kurats exprima son intention de viser la mine de Bolivie malgré le danger, Bernard soupira et se gratta la tête.

« Pourtant, Seigneur, même si la mine est libérée du contrôle des monstres, elle ne servira à rien si elle ne peut pas être exploitée. 70 ans ont déjà passé, je me demande dans quel état est cette mine… »

« Il faudra beaucoup de temps et d’efforts avant que nous puissions en tirer un quelconque profit. », ajouta Gilbert avec une expression perplexe.

Après tout ce temps, de nombreux tunnels se seraient probablement effondrés à cause des intempéries et de l’érosion des eaux souterraines.

« C’est bon, on peut remettre ça pour après. Il suffit de trouver et de vérifier l’endroit. »

De plus, Kurats n’avait pas du tout réfléchi à l’exploitation minière.

« C’est facile pour vous de dire cela “patron”, mais c’est quelque chose que vous seul pouvez faire. »

Si une armée composée uniquement de 100 mercenaires devait charger le territoire du monstre avec Kurats, ils seraient décimés en trois jours.

« Je n’ai jamais dit que je t’amènerais avec moi. »

Du point de vue de Kurats, il ne semblait pas qu’il serait particulièrement difficile d’aller à la mine. Il pouvait utiliser sa propre vitesse ou même sa magie de téléportation.

Cela dit, à cause des séquelles de la construction du rempart géant, Kurats ne pouvait plus vraiment utiliser la magie, donc la téléportation n’était plus une option, encore moins téléporter les autres avec lui.

« C’est là que j’entre en jeu ! »

Frigga sauta joyeusement en avant.

Elle avait ramené sa monture de chez elle précisément pour ce genre de situation.

À part la course à pleine vitesse de Kurats, il n’y avait pas de meilleur moyen de transport que celui-ci.

« C’est sournois, Frigga ! Laisse-moi t’accompagner ! »

« C’est dommage, mais j’ai peur que Shellac ne puisse prendre que deux personnes à la fois. »

« Euh… ! »

Lunaria s’était encore une fois mordu la lèvre par frustration.

« Non. Désolé, mais je vais y aller seul cette fois-ci. »

« Qu-quoi !? Pourquoi !? »

Frigga ne pouvait pas s’empêcher de crier. Elle pensait pouvoir profiter d’un moment en tête à tête avec Kurats, mais il en avait décidé autrement.

« Le territoire aura besoin de ta force au cas où quelque chose arriverait, car je ne pourrai pas utiliser mon sort de téléportation pendant un certain temps. Alors, reste ici pour l’instant, d’accord ? »

« Oui ! Laisse-moi faire ! »

Au moment où Kurats avait mis sa main sur l’épaule de Frigga pour lui demander de l’aide, celle-ci hocha joyeusement la tête.

Il n’était pas rare que Kurats compte sur elle comme ça, elle y était habituée maintenant.

De plus, elle était assez simple d’esprit de nature, elle avait donc immédiatement accepté.

Kurats lui tapota doucement la tête en disant « Bien, bien ». Il se tourna ensuite vers Bruno et Bernard.

« Quant à vous, vous allez défendre le territoire. Ce rempart est très solide, seul un énorme monstre serait capable de le détruire, donc vous devriez pouvoir vous en sortir. Mais si quelque chose tourne mal, tirez une balle flamboyante dans le ciel et je reviendrai immédiatement. »

« Franchement, ça va être dur. »

« C’est toujours mieux que de le suivre à la mine de Bolivie. »

« … Très juste. »

Rester ici et attendre que les monstres fassent leur mouvement n’était pas une option. C’était trop risqué.

En ce qui concernait Kurats, même une nouvelle grande invasion ne serait pas à craindre.

Cependant, il n’allait pas rester là à regarder la crise économique imminente faire tomber le territoire.

« Alors, j’y vais. »

◆ ◆ ◆

Il y avait des généraux sous les ordres du noble démon Treistella. C’était toutes des femmes. Chacune d’entre elles commandait environ 3000 soldats.

En incluant les forces d’élite personnelles de Triestella, elle avait 11 000 soldats sous ses ordres au total.

Ces chiffres étaient comparables aux forces totales du pays natal de Lunaria, la Laponie.

C’était un ennemi bien trop important pour Bashtar, qui n’était qu’un territoire éloigné d’un royaume.

Pour aggraver les choses, les forces de Bashtar étaient bien plus faibles qu’elles ne l’avaient été 70 ans auparavant.

Cependant, le fait d’avoir des troupes n’avait pas vraiment d’importance pour Triestella.

Et on peut dire que tous les démons partagent ses opinions particulières. Ils avaient tendance à placer la force individuelle sur un piédestal beaucoup plus élevé que le pouvoir partagé des groupes. Le pouvoir d’un seul, pas de plusieurs. C’était l’essence même de leur être. Pour eux, s’appuyer sur le nombre était un signe de faiblesse.

De plus, tout véritable noble démoniaque pouvait à lui seul tuer 10 000 soldats sans aucune difficulté.

Cependant, les êtres humains étaient trop faibles pour être dignes de l’intervention personnelle d’un noble démoniaque. Une armée de démons serait idéale pour provoquer un véritable bain de sang sur ces humains impuissants qui ne savaient se battre qu’en groupe.

Dans ce cas, les trois généraux de Triestella se battaient actuellement pour être la première à se battre pour elle.

« Chère grande sœur, s’il te plaît, laisse-moi partir en tant qu’avant-garde. »

« Non, je vais y aller ! »

« Humph, vous croyez vraiment que vous êtes aptes à jouer ce rôle ? »

Chacun des généraux essayait de persuader Triestella à sa façon. En les regardant avec un regard affectueux, Triestella prit une rose dans une cruche d’eau et elle l’avait offerte à l’une d’entre elles.

« Crushiadra, je te choisis. Je vois que tu as l’air confiante. »

« En effet. Si je peux me permettre, je suis sérieuse dans mon travail, contrairement à certaines personnes qui négligent leurs responsabilités au profit de leur temps personnel… »

« Oh, ton temps personnel avec moi t’a-t-il ennuyé ? »

Triestella rit malicieusement tandis que Crushiadra devient très clairement troublée, son visage de garçon manqué devenant rouge betterave.

« N-non, je n’aurais jamais… Nos rencontres privées avec ma grande sœur me procurent toujours le plus grand plaisir. C’est juste que les affaires personnelles et officielles doivent être séparées. »

« Attendez ! Je n’ai jamais mélangé les affaires officielles et personnelles ! »

« Humph, qui a laissé toute son armée seule pendant trois jours pour aller chercher un parfum rare ? »

Lorsque Crushiandra révéla ouvertement ce scandale caché, la jeune démone dont elle parlait détourna le regard. Il semblerait qu’elle savait qu’elle avait fait quelque chose de mal.

« Meryl, tu ne dois pas venir dans mes quartiers de sommeil cette semaine. »

« C’est… Pardonne-moi, grande sœur… »

Bien que la jeune démone appelée Meryl criait son désespoir, Triestella secoua la tête de gauche à droite avec un sourire cruel.

Donner de l’affection était agréable, mais donner des punitions n’était pas mal non plus. Dans ces moments-là, Triestella ressentait vraiment sa propre domination. Même si ces trois généraux étaient ses démons préférés, elles n’étaient que ses préférées lorsqu’il s’agissait de satisfaire ses désirs. Elles n’étaient en aucun cas ses amants.

« C’est donc moi qui viendrai dans la chambre aujourd’hui. »

« Ah ! Tu es sournoise, Bertha ! Aujourd’hui, c’est censé être mon tour ! »

« Dommage, Merly, mais tu récoltes ce que tu sèmes. Abandonne ! »

La belle et voluptueuse Bertha avait gardé le silence pendant un certain temps, mais elle avait finalement réussi à récolter quelques bénéfices pendant que les deux autres généraux se battaient entre elles. Ce gain s’était traduit par un sourire enchanteur et victorieux sur son visage.

Elle avait un charme que n’avaient pas la très neutre Crushiandra et la jeune Meryl. Son corps élancé suintait de phéromones féminines.

En voyant le sourire triomphant de Bertha, Crushiandra ne pouvait s’empêcher de se sentir insatisfaite.

« Pourquoi a-t-on l’impression qu’elle a gagné... »

Non non non, je ne peux pas penser comme ça. Crushiandra secoua la tête et retrouva son moral.

Peu importe les pensées qui lui venaient à l’esprit, à la fin, elle était toujours celle qui avait gagné l’honneur d’être à l’avant-garde.

Si elle apportait une glorieuse victoire à Triestella, elle serait sûrement récompensée.

« Je serai sûre de revenir victorieuse, grande sœur. »

« J’attendrai. Fais en sorte que ce soit aussi brutal et horrible que possible. Fais en sorte qu’ils ne pensent même pas à nous défier à nouveau. »

« Vos désirs sont mes ordres. »

Crushiandra avait rassemblé ses soldats et commença à donner des ordres.

« Préparez-vous au combat ! Nous allons piétiner ces humains impertinents ! »

Alors que Kurats se dirigeait vers la mine de Bolivie, il manqua le groupe de démons en marche d’un cheveu.

Quant à ceux qui surveillaient du haut du rempart, il allait leur falloir une demi-journée de plus avant de pouvoir voir les démons venir les trouver.

***

Chapitre 83

« Ils sont là. Ils sont vraiment là… »

Alors que les troupes monstrueuses arrivaient en vue, Bernard se grattait la tête, perplexe.

Il s’attendait déjà à ce que ce soit le cas, mais la pression qu’il avait ressentie quand Kurats n’était pas là était vraiment autre chose.

« Il n’y en a pas autant que prévu. Il y a au mieux 3000 soldats. »

L’attitude calme et le sourire audacieux de Frigga étaient tout à fait adaptés à la valkyrie Blanche-Neige.

Il n’y avait pas la moindre hésitation chez elle, seulement de la combativité.

Sa seule expression apportait du courage à tous ceux qui se trouvaient à ses côtés.

Est-ce cela qu’on appelle le charisme d’un héros ?

« Force de garde et mercenaires, concentrez-vous sur la défense. Notre seule priorité est de tenir notre position jusqu’à l’arrivée de Kurats. »

Lunaria n’était pas en reste derrière Frigga.

Peut-être que Frigga était une meilleure combattante de première ligne, mais quand Lunaria donnait des ordres aux soldats et les encourageait, elle les remplissait d’un sentiment de sécurité.

« Gilbert, rassemblez les jeunes hommes du village et restez en attente. L’ennemi pourrait attaquer avec des flèches de feu et des pierres, alors cachez les femmes et les enfants sous terre ! »

« Compris. »

Ayant vécu sous la terreur des monstres pendant des décennies, les villages de Bashtar, y compris Narak, avaient tous construit des abris sous-terrain pour se cacher.

C’était une tactique astucieuse. Chaque fois qu’il y avait un raid de monstres, les villageois pouvaient se cacher sous terre pendant plusieurs jours, et donc préserver leur vie.

« Humph, je vais te montrer que tu n’es pas la seule femme à avoir de l’autorité ici, princesse Frigga. »

« Qu’est-ce que tu dis ? Crois-tu que mon titre de Valkyrie Blanche-Neige sert juste à faire joli ? »

En voyant le sourire moqueur de Frigga, Lunaria se mit à gonfler fièrement la poitrine.

« Je suis la meilleure élève de Rosberg, l’épée de Jormungand. Je ne suis pas inférieure à la valkyrie Blanche-Neige. »

Lunaria posa son pied sur le haut du rempart et pencha son corps en avant.

Il y eut soudainement une atmosphère sérieuse autour d’elle.

Elle sortit son épée longue et rustre de son fourreau. Celle-ci semblait trop grande pour son petit corps, mais un seul regard sur cette arme suffisait pour dire à quel point elle était affreuse.

Alors que le soleil se reflétait sur sa lame argentée aiguisée, l’épée semblait être une colonne de lumière. Elle émettait également un étrange pouvoir magique.

« Laissez-moi vous montrer le pouvoir de l’épée sœur de Gerlach, l’épée magique, Bismarck ! »

Les épées jumelles Gerlach et Bismarck étaient les plus grands trésors du Jormungand. Elles étaient à l’origine destinées à être possédées par l’héritier du trône.

Et bien que Lunaria ne soit pas encore devenue la princesse héritière officielle, le roi Christophe avait décidé de la lui confier lors de son voyage à Bashtar. Cela montrait que Christopher la considérait vraiment comme son successeur.

Le pouvoir de Bismarck n’était pas inférieur à celui de Gerlach.

Mais il s’agissait plutôt d’une arme stratégique.

Manier Gerlach, c’était comme contrôler mille éclairs, mais manier Bismarck, c’était comme contrôler dix mille coups de vent.

« Que le vent chasse nos ennemis ! Cercle d’orage »

Une balle de vent comprimé avait été tirée de la pointe de la lame de Bismarck. Cette seule balle couvrait un rayon de 500 mètres.

Au moment du tir, une barrière de vent était apparue autour de la balle. Cette combinaison avait donné lieu à un phénomène de rafale descendante en touchant le sol.

Un souffle de vent, couvrant un rayon de plus de 100 mètres, tua tous les monstres sur son passage, petits ou grands.

Dans cette explosion, chaque caillou et chaque branche d’arbre devint une arme mortelle, atteignant une vitesse telle que les monstres bipèdes de l’armée furent cruellement mis en pièces.

Ces milliers de monstres, qui avaient la malchance d’être enfermés dans la barrière qui entourait la balle de vent, ne pouvaient que se transformer en morceaux de viande sans vie.

Avec cette seule attaque, l’armée des monstres avait perdu un tiers de ses forces.

« Impossible… de penser que les humains puissent faire preuve d’une telle puissance… ! »

Crushiadra se parla à elle-même dans un état d’hébétude.

Les humains n’étaient-ils pas une race faible qui ne pouvait qu’être piétinée par les monstres ? Comment quelqu’un d’une espèce qui ne savait que se battre en groupe pouvait-il avoir un pouvoir individuel aussi écrasant ?

Malheureusement, ce n’était que le début de l’assaut tragique contre Crushiadra et ses troupes.

« Oh, mon Dieu, je suppose que je vais devoir également montrer mon pouvoir. »

Sur le dos de son griffon, la Valkyrie Blanche-Neige, qui pouvait littéralement égaler une armée de mille hommes, commença son attaque.

« Franchement, ces femmes sont bien trop effrayantes ! »

« Notre patron est peut-être un monstre, mais ses femmes ne sont pas différentes ! »

Témoins de ce massacre trop unilatéral, Bernard et Bruno ne pouvaient s’empêcher de ressentir un frisson jusque dans leurs régions inférieures.

Ces monstres étaient les mêmes que ceux qui avaient détruit Bashtar et fait trembler tout le royaume il y a seulement 70 ans.

Ils ne ressemblaient pas à ces monstres de bas étage qui apparaissaient souvent dans les régions éloignées.

Il s’agissait d’une armée sous les ordres d’un noble démoniaque, un être semblable à une calamité naturelle pour l’humanité.

Bien que Bernard avait passé de nombreuses années en tant que mercenaire, même lui ne pouvait pas imaginer voir une armée aussi puissante se faire massacrer aussi facilement.

Pendant que le cerveau de Bernard faisait face à la situation, Frigga utilisait pleinement la vitesse incroyable de son griffon et libérait la puissance de son épée, Murasame.

« Réverbération de la foudre. »

Des dizaines d’éclairs s’illuminèrent sur des chemins irréguliers, comme s’ils étaient réfléchis par de multiples miroirs. Ces éclairs traversèrent chaque monstre qu’ils atteignirent.

Même Shellac s’était joint au massacre, déchirant monstre après monstre avec son bec et ses griffes géants.

Lorsque Frigga força sa progression à une vitesse incroyable, les forces monstrueuses, qui étaient déjà dans le chaos, tombèrent dans une panique totale.

Ils étaient venus pour piétiner les humains. Jamais de leur vie ils n’auraient imaginé qu’ils seraient les chassés et non les chasseurs.

« Assez ! »

Il n’y avait qu’une seule façon de remettre sur pied une armée paniquée. C’était que le commandant se tienne sur la ligne de front et montre sa force et son courage.

Crushiadra observa calmement Frigga.

Il était assez surprenant qu’elle ait un griffon sous son contrôle. Après tout, c’était un monstre.

Mais la vraie menace ici était l’épée sacrée de type Eau de Frigga, Murasame.

Il y avait beaucoup d’épées magiques dans ce monde, mais la plupart utilisaient le pouvoir magique du manieur. Il n’y avait que quatre épées sacrées, dont Murasame, qui pouvaient tirer le pouvoir magique de l’atmosphère.

Une telle capacité s’apparentait à une réserve infinie de magie.

Comment un tel artefact est-il tombé entre les mains de l’homme !?

Crushiadra était alimenté par une colère irrationnelle.

Elle ne pouvait pas accepter cela.

Même Triestella n’avait pas un artefact du niveau de Murasame.

« Restez à votre place, humain ! »

Crushiadra sauta en avant, prête à attaquer. Parmi les subalternes de Triestella, il n’y avait pas d’équivalent à Crushiadra dans le combat au corps à corps.

Son corps splendide était trempé comme de l’acier.

Crushiadra se précipita instantanément, frappant la tête de Frigga d’un coup de pied qui écraserait un rocher en deux… C’est du moins ce qu’il semblait, mais l’instant suivant, la tête de Frigga se déforma, comme un reflet dans l’eau.

« Une illusion !? »

« Exactement. C’est vraiment bien de se battre avec un bouffon. »

Cela dit, s’il s’agissait de Kurats, son attaque aurait probablement été une avalanche de frappes, avalant à la fois l’illusion et le corps principal.

« Merde ! »

Crushiadra esquiva l’attaque par réflexe qui provenait de son point mort.

Bien que ses doigts aient été coupés, son action n’était en aucun cas inutile.

Si elle avait été plus lente, l’attaque aurait touché son cœur.

« Tsk »

Tout en parant l’attaque, Crushiadra avait simultanément tordu tout son corps, et frappa Frigga en plein dans l’abdomen avec un coup de revers.

Frigga parvint à peine à s’empêcher de vomir ses sucs gastriques sous l’impact intense du coup, car elle estimait que ce serait indigne d’une jeune fille.

Sans son armure blanche, cette attaque l’aurait mise hors de combat.

Une fois de plus, elle utilisa ses illusions pour prendre de la distance, ayant réalisé qu’elle avait pris Crushiadra de haut.

« C’est une bonne armure. Et moi qui pensais que ce serait fini avec ça. »

« Je ne pensais pas que vous seriez si calme au sujet de la perte de vos doigts. »

« Oh, tu veux parler de ça ? »

En regardant sa main sans doigts et ensanglantée, Crushiadra laissa échapper un petit rire.

« Ce n’est rien pour nous, Nosferatus. »

Au moment où elle l’avait dit, les doigts de Crushiadra repoussèrent comme des bourgeons de plantes poussant dans le sol.

Pendant ce temps, l’armée très réduite d’un millier de monstres avait atteint le rempart.

« Est-ce enfin notre tour ? J’avais peur que les princesses s’emparent de tout le plaisir. »

Peu importe ce qu’il ressentait vraiment, Bernard riait joyeusement en surface.

« Il ne reste que 1000 monstres sur les 3000 qui sont venus. Si nous ne pouvons pas les retenir à ce stade, nous ne pouvons pas nous appeler des hommes, pas vrais ? »

Bruno riait de bon cœur avec sa grande épée sur le dos.

Pour les mercenaires, la gaieté était un cri de guerre.

Heureusement, la puissance défensive du rempart était plus grande qu’il n’y paraissait.

Elle ne cédait pas un pouce, même face à un énorme ours aux yeux rouges, et sa magie défensive était assez puissante pour repousser les flammes d’un renard de feu.

Avec ce rempart, 300 hommes suffisaient pour une bataille défensive.

Tandis que Frigga et Crushiadra s’affrontaient à nouveau, Lunaria attaquait avec les mercenaires.

De plus, Triestella, qui connaissait la situation de Crushiara, était également partie au front avec son armée principale derrière elle.

À ce moment-là.

*dadadadadadadadadada !*

Un bruit assourdissant et tonitruant.

On ne savait pas si c’était l’écho d’un tremblement de terre ou d’une éruption volcanique, mais cela signifiait une seule chose : la destruction.

***

Chapitre 84

Quelque temps auparavant, avant que les troupes de Crushiadra n’atteignent Bashtar.

« Gugyo, eburoa ! (Regarde, une proie qui vient directement nous nourrir!) »

« Aaah ! Egyaa ! Fuiko !! (Aaah ! Grand frère ! Comment oses-tu !!) »

« Moguu opyo ! (On va voir de quelle couleur est ton sang !) »

« Gyaaa, gakuuuu ! (Nooooo, cheeeeri !) »

« Gogaa, ga eku... ! (Mon amour, j’espère que nous nous reverrons dans la prochaine vie… !) »

Tout en remarquant à peine les monstres qui étaient venus l’attaquer pour être ensuite saccagés les uns après les autres, Kurats était arrivé au pied de la mine de Bolivie.

L’état des cadavres de monstres qui avaient été fauchés par lui alors qu’il courait vers son objectif était assez pitoyable.

Il pouvait y avoir eu de triste histoire d’amour et de ruine entre certains d’entre eux, mais comment Kurats pouvait-il savoir?

« C’est plus grand que je ne le pensais. »

La mine ne possédait pas un seul trou : le nom indiquait en fait six trous différents de tailles différentes.

Maintenant que la forêt avait été engloutie par des monstres, la mine n’était plus que l’ombre d’elle-même.

Les seules traces de cette époque prospère étaient les ruines éparses des entrepôts et des maisons d’habitation qui accueillaient de nombreux mineurs.

C’était autrefois la plus grande mine de Mithril du monde. À son âge d’or, plus de 5000 mineurs et ouvriers y passaient leur temps.

L’énorme richesse amassée dans ces mines avait été la base qui avait donné à Bashtar une prospérité sans précédent dans un territoire éloigné. Une prospérité qui les avait rendus intrépides face aux monstres.

Cependant, face à la grande invasion, l’ordre des chevaliers de Bashtar, dont on disait autrefois qu’il constituait l’élite du royaume, avait été anéanti en moins d’un jour.

Actuellement, cette mine qui vibrait d’activité était entourée de silence, comme si elle était dans un sommeil profond.

{Intéressant. C’est une meilleure trouvaille que je ne le pensais.}

« Pourquoi ? »

{Hmm… Le Mithril est un métal qui a une bonne compatibilité avec la magie, et il est bien adapté pour forger des armes avec des attributs magiques. C’est pourquoi les veines de Mithril ont tendance à avoir un fort pouvoir magique. Tout comme ici.}

Maintenant que Bernst l’avait mentionné, Kurats avait senti un fort pouvoir magique s’échapper des quelques parties des tunnels qu’il pouvait voir depuis le flanc de la montagne.

{ … Malgré tout, le pouvoir magique que je ressens semble un peu trop fort. Il ne devrait pas y avoir autant de puissance qui s’échappe des tunnels d’une simple mine de Mithril…}

Bernst était perplexe. Bien que le Mithril soit certainement bon pour conduire le pouvoir magique, il n’était pas bon pour le stocker. Il n’était pas censé émettre un pouvoir aussi puissant.

{Serait-ce… de l’Adamantine écarlate ?}

« Qu’est-ce que c’est ? »

Kurats, curieux, posa des questions sur ce nom inconnu.

{On trouve à l’est un métal appelé Hihiirokane, ou Adamantine écarlate. C’est l’acier magique ultime. Contrairement au Mithril, il n’est pas aussi facile de le forger en armes magiques, mais il a la propriété d’accumuler et d’amplifier le pouvoir magique.}

Cela était-il encore inconnu dans ce monde ? Dans le monde des Dolmands, une épée fabriquée dans ce matériau pouvait être échangée contre un petit pays.

{Le rapport de pouvoir magique qu’elle peut tolérer est différent de celui du Mithril. Si tu t’en sors bien, tu pourras peut-être fabriquer une arme qui te conviendra…}

« VRAIMENT !? »

Cela avait vraiment attiré l’attention des Kurats.

Même l’épée magique de Gerlach n’était pas à la hauteur de l’extraordinaire pouvoir magique de Kurats.

Bien que des armes massives comme les béliers lui avaient permis de montrer sa force, il souhaitait quand même pouvoir manier une épée magique.

Il se sentait soudain très motivé.

{Il semblerait que leur exploitation minière n’ait jamais vraiment progressé. À en juger par le pouvoir magique qui vient de l’intérieur, il reste beaucoup de veines.}

Le Mithril seul était déjà amplement suffisant, mais si l’Adamantine écarlate était vraiment si extraordinaire, il faudrait alors rassembler des maîtres forgerons et leur demander de l’extraire dans le plus grand secret.

Au départ, il n’y avait pas grand-chose à exploiter. Malgré toute la puissance magique des mines, Bernst estimait que cette quantité d’Adamantine écarlate ne suffirait qu’à fabriquer quelques épées, au mieux.

Puisqu’ils vont désormais extraire du Mithril, dois-je faire fabriquer des produits en Mithril dans cette partie du territoire ?

Alors que Bernst commençait à réfléchir à la gestion future du territoire des Bashtars, Kurats lui proposa une de ces idées personnelles.

« D’accord, je vais l’écraser. »

{Pardon ?}

Bernst ne pouvait pas tout à fait comprendre ce que venait de dire Kurats.

Ce que Bernst espérait faire était de rassembler suffisamment de travailleurs pour non seulement extraire le Mithril, mais aussi de fabriquer et vendre les produits qui en résulteraient, au lieu de se contenter d’extraire le Mithril et de l’exporter.

Comment Kurats en était-il arrivé à la conclusion qu’il devait tout écraser ?

Ses paroles étaient à prendre au pied de la lettre : il avait l’intention d’écraser toute la montagne et la mine avec elle.

Il n’était pas dans la nature de Kurats de creuser laborieusement dans une grotte afin de développer un système minier efficace à travers le temps, les travailleurs et les outils.

Cependant, si la mine était plutôt complètement écrasée, alors la collecte du Mithril deviendrait aussi facile que d’atteindre le sol. Même les enfants seraient capables de le faire.

Cela résoudrait le problème de devoir trouver des travailleurs en plus de rendre l’Adamantine écarlate très facile à obtenir.

« Je dois le démolir de toutes mes forces… »

{Attends, j’ai le sort qu’il faut pour faire marcher une mine !}

Bernst avait une méthode pour détecter les veines et les creuser sans gaspillage.

Avec un peu d’effort, il serait même possible d’extraire directement le Mithril lui-même, sans avoir à creuser autre chose.

{Il n’est pas nécessaire de la détruire. De plus, le sort auquel je pense est très voyant, il est parfait pour ça ! Laisse-moi faire ça à la place !}

Malheureusement, Bernst n’avait pas eu le temps de faire son plaidoyer.

« Oooooooooooooooooooooh ! »

Après avoir sauté au ciel de toutes ses forces, Kurats lança un barrage calculé d’ondes de choc qui s’enfoncèrent sous terre, dans le but de faire s’effondrer la montagne sur elle-même.

Le barrage de coups de poing finement calculé avait fait pénétrer le mont Bolivie, haut de 800 mètres, dans le sol, vers l’intérieur.

On aurait dit qu’elle était maintenant au milieu d’une lentille concave.

Alors que la roche mère du sol commençait à se briser et que la surface de la montagne montrait des signes d’effondrement, Kurats avait donné un dernier coup de poing vers le centre même de cette lentille concave.

Avec le bruit du tonnerre d’une éruption volcanique, la mine de Bolivie s’était effondrée, en partant du milieu, jusqu’à ses extrémités.

Pour le meilleur ou pour le pire, la mine de Bolivie était relativement proche du château de Triestella.

« Ces humains rusés… Ils visaient mon glorieux château depuis le début ! »

Il n’était pas étrange pour Triestella, qui approchait de Narak, d’arriver à cette conclusion.

Dans le passé, l’armée de Bashtar comptait des milliers de soldats.

Maintenant, on lui avait dit qu’ils n’avaient pas plus de quelques centaines de soldats et deux ennemis puissants qui se distinguaient des autres.

C’était beaucoup trop peu.

Il devait rester des milliers de soldats, qui visaient secrètement sa base.

En se basant sur les normes d’il y a 70 ans, Triestella était convaincue que c’était vrai.

Soyez maudits, humains !

Triestella s’était mordu la lèvre dans une colère silencieuse.

En tant que noble régnante, elle n’avait jamais été ridiculisée par les humains.

Les humains étaient censés être des êtres insignifiants, seulement bons à être exploités.

S’ils avaient été prêts à se laisser piétiner, Triestella les aurait laissés partir dès qu’elle en aurait eu envie.

Mais maintenant, elle n’avait plus aucune pitié à leur offrir.

Elle ne savait pas qui était le cerveau qui avait mis au point ce plan, mais elle allait le poursuivre jusqu’au bout de la planète, et elle l’achèverait aussi brutalement que possible.

« Je viendrai vous sauver immédiatement, mes jolies filles. »

Le harem de jolies filles de Triestella se trouvait à l’intérieur de son château. Elle avait dû s’y rendre pour les sauver.

Plus important encore, si un comte qui se trouvait au 13e rang des démons devait perdre son château au profit de simples humains, non seulement il sera ridiculisé par ses compagnons aristocrates, mais il pourrait même être réprimandé par le Roi-Démon.

« Crushiadra ! », cria Triestella d’une voix claire.

« Je reviens pour défendre la base. Ne les laissez pas me poursuivre ! Compris ? »

« S’il vous plaît, laissez-moi faire. Je reviendrai avec un grand triomphe. »

Après avoir déclaré sa future victoire, Crushiadra jeta un regard furieux sur Frigga, qui l’affrontait encore.

Crushiadra avait reconnu la force de Frigga à ce moment-là. Cependant, il s’avéra qu’elle s’était battue ici pour tromper Triestella et attaquer la base alors qu’elle était sans défense.

Crushiadra n’allait pas pardonner aux humains d’avoir déshonoré Triestella avec leurs lâches moyens, même si leurs actions étaient sans conséquence.

Maintenant que Triestella lui avait tout confié, Crushiadra était remplie d’un esprit de combat encore plus grand que lorsqu’elle avait fait ses premiers pas sur le champ de bataille.

Elle s’était juré de faire tomber le marteau de la vengeance sur Frigga.

Elle ne pensait pas une seconde qu’elle pourrait perdre contre les humains.

Elle avait encore plus d’un millier de soldats, alors que l’ennemi n’en avait qu’environ 300.

Elle croyait que si elle pouvait vaincre Frigga, alors la victoire serait sienne.

Bien que Crushiadra ait légèrement sous-estimé Lunaria, sa conclusion n’était pas très éloignée de la vérité.

La perte de la Walkyrie de Blanche Neige détruirait très clairement le moral des combattants du côté de Bashtar.

« J’espère que tu n’es pas trop attachée à ta tête ! »

« C’est ma réplique. Ta tête sera un cadeau digne de l’éloge du maître ! »

« Je vais recevoir l’amour de ma sœur avec la tienne ! »

Alors qu’elles s’attendaient toutes deux à une douce victoire et à des récompenses, Crushiadra et Frigga s’étaient à nouveau affrontées.

En tant que démon, Crushiadra était physiquement plus forte que Frigga.

Un seul bond lui suffisait pour se rapprocher de Frigga. On aurait dit qu’elle planait dans les airs.

Malgré cela, les manœuvres exquises et le travail d’équipe de Frigga et de Shellac ne lui permit pas de la mettre en défaut.

Ils étaient comme une seule et même entité. Un centaure avec le bas du corps d’un griffon.

Une fois qu’elle s’était rapprochée, Crushiadra attaqua de toutes ses forces, mais elle avait été immédiatement bloquée par une frappe en diagonale de Murasame.

Son poing gauche avait bougé au même moment, comme s’il avait attendu cela.

« Je l’ai déjà vu celui-là. »

C’était encore un autre coup de revers dirigé sur l’abdomen de Frigga.

Frigga n’était pas le genre d’épéiste bêta qui se ferait prendre deux fois par la même technique.

Elle avait bloqué l’attaque avec la poignée de son épée, puis elle avait instinctivement tordu son épée, sans même regarder.

« Tsk! »

Avec cette torsion, l’épée de Frigga était venue d’en bas, attrapant le bras droit de Crushiadra alors qu’il était encore suspendu en l’air.

Le coup semblait n’avoir fait qu’effleurer le haut du bras de Crushiadra, mais il avait montré une étonnante netteté qui fit voler son bras droit.

Cela était dû aux propriétés magiques de Murasame.

« … Je ne m’attendais pas à cela. Je dois dire que cette épée est vraiment gênante. »

Les yeux de Crushiadra montrèrent un bref, mais très réel étonnement.

Il y avait beaucoup d’anecdotes sur des épées magiques qui pouvaient couper quelque chose en deux d’un seul toucher, mais en réalité, il n’y avait aucune autre épée magique ayant un tel tranchant.

Même l’épée magique Gerlach ne pouvait pas y parvenir.

Comme elle n’avait pas d’armure de type artefact, Crushiadra n’avait aucun moyen de bloquer Murasame.

« Mais c’est tout ce que c’est, un peu gênant. »

Au moment où elle l’avait dit, Crushiadra essaya de régénérer son bras droit, pour être à nouveau étonnée.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Son bras n’avait pas repoussé.

Quelque chose n’était pas à sa place dans la zone de la coupure.

Quoi que ce soit, cela perturbait sa régénération.

« Ça ne va pas marcher. Je ne peux pas te laisser te régénérer éternellement, alors j’ai dû mettre fin à cela. »

« Ah… ! »

Avant qu’elle ne le réalise, Crushiadra avait laissé la magie de l’eau de Frigga s’infiltrer dans sa blessure.

Cette magie de l’eau entravait la propre magie de Crushiadra, et par la même occasion, sa régénération.

Le problème était qu’il serait trop désavantageux de se battre avec un seul bras contre un ennemi puissant comme Frigga.

Crushiadra commençait à ressentir des frissons dans son dos.

« Merde ! »

Ce n’était pas censé se passer comme ça. Comment cela s’était-il passé ?

Comment un simple être humain pourrait-il ridiculiser un noble démoniaque ?

« ESPÈCE DE MAUDIT HUMAIN ! »

Crushiadra avait rugi au mépris de la terrible douleur qu’elle ressentait.

Même avec un seul bras, un démon ne perdrait jamais contre un humain.

Pour prouver ce fait, Crushiadra sauta sur Frigga avec toutes les forces de son corps.

***

Chapitre 85

Alors que Frigga et Crushiadra se battaient à mort, Lunaria était également déterminé à repousser l’ennemi.

Crushiadra avait lâché les rênes pour combattre Frigga, laissant son armée sans commandant, condamnée à continuer à attaquer en ne comptant que sur leur nombre.

Pendant ce temps, Bernard utilisait au mieux sa longue expérience en tant que mercenaire pour défendre facilement le rempart.

Il ne lui restait plus qu’à détruire les monstres et à écraser leur avantage en nombre ainsi que leur esprit combatif.

De là, sans la direction de Crushiadra, le sort de l’armée de monstres serait scellé.

« Je dois aussi montrer mes points forts ! »

Lunaria étant Lunaria, elle se voyait déjà se vanter auprès des Kurats plus tard.

« Princesse, s’il vous plaît, ne chargez pas seule ! »

Bruno avait réussi à suivre Lunaria et à protéger son dos, mais il était déjà épuisé.

C’était tout naturel.

Bien qu’il soit un mercenaire habile, il n’avait pas d’épée magique hors norme comme Lunaria.

« Perce-le, Bismarck ! »

Lunaria avait tenu Bismarck bien au-dessus de sa tête et avait envoyé une frappe de vent.

Et bien qu’elle n’avait plus assez de pouvoir magique pour faire quoi que ce soit de grandiose, elle en avait plus qu’il n’en fallait pour que le troll qui se tenait devant elle soit plein de trous.

« Gyaaaaaaaa ! »

En plus de pulvériser la cible, l’attaque avait généré une onde de choc qui détruisit les autres trolls se tenant autour du premier, les condamnant au sort de dommages collatéraux.

Ces morts tragiques avaient laissé les nombreux monstres de classe inférieure de l’armée de monstres très ébranlés.

Bien sûr, Lunaria avait remarqué leur état, mais elle n’était pas la seule.

Bruno avait également une idée de la situation.

Il avait assez d’expérience pour sentir l’atmosphère d’un champ de bataille à travers sa peau, et il pouvait dire que le déroulement de cette bataille était en train de changer.

De la défense à l’attaque, du chasseur au chassé.

« Écoutez-moi, bande de salauds ! On va en finir maintenant ! Suivez la princesse ! »

« Ooooooooooooh ! »

Le puissant cri de guerre des mercenaires avait été la goutte d’eau qui fit déborder le vase, les monstres fuirent en toute hâte.

Alors que les monstres couraient sans aucune tentative de défendre leurs dos désormais exposés, Bernard et les mercenaires avaient commencé à les poursuivre.

« Tuez-les ! Tuez-en autant que vous pouvez ! »

Il était impératif de réduire le nombre de monstres.

Heureusement, Lunaria, à l’avant-garde, en avait pris plus d’une centaine à elle seule grâce aux capacités de Bismarck.

« … Mais je ne suis toujours pas au niveau de Rosberg. »

Si le mentor de Lunaria, Rosberg, était à sa place, il aurait déjà éliminé tous ces monstres à l’heure qu’il est.

Lunaria soupira en imaginant le seuil lointain qu’elle n’avait pas encore franchi.

Pourtant, les monstres continuaient d’être chassés sans presque aucune résistance.

La seule qui pouvait réorganiser les troupes était en train de grincer des dents alors qu’elle faisait face aux attaques féroces de la Walkyrie Blanche-Neige.

« Désolée de le dire, c’est notre victoire. »

À ce stade, il n’y avait personne d’autre que Crushiadra qui puisse renverser la situation.

Les troupes de son armée avaient perdu leur moral et commençaient à battre en retraite.

Aucun commandant, grand ou autre, ne serait capable de remettre une telle armée sur pied sur le champ.

Le mieux que l’on puisse faire aurait été de limiter les dégâts au minimum, de battre en retraite et de réorganiser les troupes par la suite.

« Comment osez-vous ! COMMENT OSEZ-VOUS ! »

Bien qu’elle avait été témoin de l’échec de ses subordonnés et qu’elle avait été violemment en colère, Curshiadra s’en voulait et ne se reprochait que d’avoir été repoussée par des forces numériquement inférieures.

Frigga n’était pas assez faible pour que Crushiadra puisse la battre avec un seul bras.

Crushiadra n’avait été négligente qu’une seule fois, pensant qu’elle pouvait se guérir elle-même, mais c’était finalement cet échec qui avait entraîné cette situation irréparable.

Sans possibilité de bloquer Murasame, son seul choix était de continuer à esquiver.

Pour Crushiadra, qui n’avait jamais eu à se soucier de ses blessures au combat jusqu’à aujourd’hui grâce à sa capacité de régénération, le combat contre Frigga était une expérience atroce.

Elle était obligée d’esquiver beaucoup plus souvent que d’habitude et elle ne pouvait pas se permettre d’utiliser la stratégie consistant à se laisser blesser pour blesser l’ennemi.

Elle devait jouer la sécurité.

C’était une façon peu familière de se battre pour elle, bien trop peu familière pour lui laisser la moindre marge de manœuvre pour blesser Frigga, surtout si l’on considérait ses blessures.

Son seul espoir de gagner était de laisser Frigga se fatiguer puis de la submerger de force pure.

Cependant, prendre le temps de le faire signifierait annoncer la mort de ses subordonnés et permettre aux ennemis de suivre Triestella.

Crushiadra avait reçu un ordre direct de Triestella, et maintenant, allait-elle manquer à ses devoirs ?

Elle ne pouvait pas laisser cela se produire, quoi qu’il arrive.

Crushiadra s’éloigna un peu, puis se pencha agressivement en avant.

Cela n’échappa pas à Frigga.

« Oh… Elle essaie de trouver un moyen de s’en sortir. »

Voyant que Crushiadra montrait qu’elle était prête à mourir, Frigga était devenue plus vigilante.

Même avec le handicap de se battre avec une seule main, Crushiadra n’avait pas montré une seule fois d’ouverture fatale.

Cela signifiait que Crushiadra était supérieure en termes de force physique.

Si ce même adversaire prenait un dernier pari et lançait une attaque suicide, alors Frigga pouvait très bien commettre une erreur lui faisant perdre la vie.

« MEURS ! »

Crushiadra abaissa le haut de son corps au sol comme un félin, puis s’avança vers l’avant comme une flèche à partir d’un arc tendu.

C’était la plus grande démonstration de vitesse qu’elle ait jamais faite aujourd’hui.

Cependant, Frigga se tenait debout, ne réagissait pas du tout.

Crushiadra savait exactement ce que cela signifiait.

« Une autre illusion ! Ne crois pas que tu me tromperas encore avec le même tour ! »

Les sens de l’odorat et de l’ouïe d’un démon étaient bien supérieurs à ceux d’un humain comme Frigga.

Lorsque Crushiadra sentit la présence hostile venir l’attaquer par-derrière, elle ricana férocement.

Je suppose que je n’aurais pas dû attendre plus d’un humain que cette pitoyable ruse.

Dans un combat entre combattants de haut niveau, utiliser deux fois la même technique revient à admettre la défaite.

Crushiadra reconnaissait Frigga comme un ennemi puissant, mais c’était dû au fait qu’elle maniait parfaitement Murasame. Cela ne l’avait pas fait changer d’avis sur l’infériorité de Frigga en tant qu’humain.

C’était peut-être pour cela qu’elle n’avait pas su voir la malice cachée derrière l’action de Frigga.

« JE T’AI EU ! »

Une fois que Frigga était si proche qu’elle ne pouvait plus esquiver, Crushiadra fit pivoter son corps et envoya un coup de pied qui porta toute sa puissance.

Alors qu’elle tordait le bas de son corps et levait sa jambe bien entraînée, les yeux de Crushiadra furent assaillis par une lumière puissante et aveuglante.

« Ugh! »

L’éclair de lumière était réfléchi par de multiples lentilles d’eau que Frigga avait manifestées dans l’air.

La supériorité de la vue de Crushiadra n’avait fait qu’empirer les choses, elle était maintenant temporairement aveugle.

Malgré cela, Crushiadra couvrit immédiatement ses yeux, et laissa son coup de pied suivre son cours, le guidant uniquement par son intuition.

Cependant, tout ce qui attendait sa jambe au bout de son chemin, c’était Murasame et une Frigga qui était tout à fait prête à attaquer.

* chin *

Frigga remit Murasame dans son fourreau.

Au même moment, le pied gauche de Crushiadra fut envoyé en l’air à partir de son genou, dansant haut dans les airs comme si c’était de son plein gré.

Ayant perdu un bras et une jambe, Crushiadra ne pouvait plus garder son équilibre.

Elle était tombée comme une marionnette sans cordes.

« Et maintenant, as-tu des regrets après avoir pris de haut les humains ? »

« Lâches… ! »

Dans un combat loyal et direct, je n’aurais jamais perdu !

Crushiadra pleurait des larmes de frustration et d’humiliation.

« Bon sang… »

Frigga haussa les épaules, puis d’un mouvement de poignet, elle souleva Murasame au-dessus de sa tête.

Aaah, pardonnez-moi, maîtresse Triestella…

Et ainsi, la conscience de Crushiadra s’était évanouie dans les ténèbres les plus profondes.

 

◆ ◆ ◆

Pendant ce temps.

Bam.

Bam.

Babam.

Kurats avait jeté un rocher massif comme si c’était un simple caillou.

« Est-ce que c’est vraiment par ici ? »

{Comment le tout-puissant roi magique pourrait-il se tromper ?}

Alors qu’il regardait à travers les décombres pour trouver la source du puissant pouvoir magique qu’il ressentait, Kurats n’avait pas fait attention aux monstres qui s’enfuyaient aussi vite qu’ils le pouvaient.

* Shhhhhhhhhhhhh. *

« Aaaaaaaaaah ! »

« Où ? D’où est-ce que ça vient ? »

Alors que des rochers massifs vinrent du ciel et écrasèrent brutalement la tête de certains monstres, Meryl et Berta, qui avaient devancé Triestella, étaient déconcertées.

Elles étaient tout aussi désorientées par la disparition de la mine de Bolivie.

Mais en voyant ces rochers se poser, elles commencèrent à se demander si ce bruit de tonnerre ne provenait pas d’une attaque ennemie, mais plutôt d’une éruption volcanique à l’intérieur de la mine de Bolivie.

Cependant, elles ne pouvaient pas voir de signes de fumée dans les environs, et pour commencer, la mine de Bolivie n’était même pas un volcan.

Cela dit, elles étaient honnêtement incapables d’imaginer quelle autre cause pouvait en être la cause.

Qu’est-ce qui avait pu envoyer un tel rocher ici ?

Il était bien trop gros pour avoir été soufflé par une éruption.

« Qu’est-ce qui se passe au juste !? »

Jusqu’à ce que les rochers cessèrent de descendre du ciel, Meryl et Berta avaient dû arrêter toute l’armée.

« Oh ? »

Au moment où Kurats trouva un gros minerai noir étincelant, il n’avait pas pu s’empêcher de sourire.

Même avec ses yeux non entraînés, il pouvait voir que le pouvoir magique de ce minerai était spécial.

Une lumière magique le recouvrait, le faisant briller comme de l’obsidienne.

« Est-ce de l’Adamantine écarlate ? »

{Sans aucun doute. Cependant, je dois admettre que c’est la première fois que j’en vois un si gros morceau…}

Bernst n’avait pas caché sa surprise de trouver ce gros morceau d’Adamantine Écarlate d’une pureté inattendue.

Dans le monde de Dulmond, on ne trouvait de l’Adamantine Écarlate qu’une fois par siècle, et même en de telles occasions, il y en avait à peine assez pour fabriquer une épée ou une hampe.

Bernst avait naturellement commencé à penser que ce n’était peut-être pas si rare que ça dans ce monde.

Quoi qu’il en soit, rare ou non, ce morceau particulier était compacté jusqu’à la limite, il était impossible qu’il soit pur.

Si pure, en fait, que Bernst, grâce à ses talents, aurait pu sauter l’étape de la fusion et passer directement au raffinage.

{Quelle quantité de pouvoir magique as-tu récupérée jusqu’à présent?}

« Eh bien, je dirais environ 30 %. »

Avoir une réserve anormalement importante de pouvoir magique signifiait aussi devoir attendre longtemps pour qu’elle soit récupérée quand il était épuisé.

Mais c’était quand même des dizaines de fois plus rapides que pour le mage moyen.

{... Très bien, je vais fabriquer une épée qui correspond à tes manières de boucher.}

***

Chapitre 86

« Peux-tu juste faire attention à ne pas t’emporter et à ne pas m’entuber cette fois-ci ? »

Kurats n’était pas assez habile pour estimer la quantité de puissance nécessaire pour alimenter la magie qu’il allait utiliser.

Il ne voulait pas tomber sur des problèmes imprévus en suivant une fois de plus les conseils de Bernst sans réfléchir.

Surtout quand il était entouré d’ennemis comme maintenant.

Ne t’inquiète pas. Le grand roi de la magie n’échouerait jamais deux fois… Probablement.}

« Est-ce que je t’ai entendu dire quelque chose d’horriblement menaçant à la fin ? »

{C’est sûrement ton imagination.}

Ignorant Kurats, qui se plaignait encore, Bernst ne pouvait pas cacher son excitation de pouvoir à nouveau affiner de l’Adamantine éclatante après si longtemps.

{Même si j’ai vécu plusieurs millénaires, ce n’est que la troisième fois que j’ai l’occasion de peaufiner de l’Adamantine éclatante, et je n’ai certainement pas eu autant de temps les deux premières fois.}

Il y avait longtemps, il avait utilisé ce même minéral pour forger son bâton magique préféré, Balmer.

Mais c’était dans un passé lointain.

{Hehehe... Maintenant, comment dois-je m’y prendre ?}

L’Adamantine éclatante avait la propriété de stocker et d’amplifier le pouvoir magique, mais selon la façon dont il était raffiné, l’amplification pouvait être inversée.

Rien que de penser à ce qui se passerait si cela était combiné avec la réserve anormale de pouvoir magique de Kurats, c’était terrifiant.

Si Bernst devait être honnête, cela allait à l’encontre de son style, mais ce serait quand même la meilleure arme pour Kurats.

{Kurats, pense à l’arme la plus puissante que tu puisses imaginer.}

« OK… »

{Celui qui vit aux extrémités du plan interstellaire, au-delà des limites du temps, celui qui gouverne sur l’éternité, le roi de tous, te commande !}

« Celui qui vit aux extrémités du plan interstellaire, au-delà des limites du temps, celui qui gouverne pour l’éternité, le roi de tous, te commande ! »

{Apporte-moi un compagnon lié à l’âme, une lame sans égale qui coupera tout !}

« Apporte-moi un compagnon lié à l’âme, une lame sans égale qui coupera tout ! »

L’arme que Kurats avait imaginée était une épée.

Elle provenait d’un conte de fées que son père adoptif, Kemp, lui avait raconté un jour.

C’était l’histoire d’un tueur de dragons.

L’esprit de Kurats remonta à son enfance.

C’était un souvenir de lui, assis sur les genoux de Kemp.

« Et ainsi, le héros cria au dragon de Thaknatos. Féroce dragon, je vais prendre ta vie ! Et là, brillant dans sa main, se trouvait la légendaire épée sainte, Warcry. »

« Warcry ? »

« C’est une énorme épée sainte que seul le héros peut utiliser. Au début, elle était coincée dans un gros rocher dans la ville natale du héros, Saliment. Les légendes disaient que celui qui pouvait la sortir serait le héros destiné. »

« Elle est plus grosse que ton épée, papa ? »

« Mon épée est assez grande, mais elle n’est même pas comparable. L’épée sacrée Warcry est plus large que les épaules d’un homme, plus épaisse que sa tête et plus longue qu’une lance. C’est une épée monstrueuse. »

Sachant que la longueur d’une lance était de 2,5 mètres, cela voulait dire quelque chose.

C’était une épée qui pouvait tuer l’un des légendaires dragons d’un seul coup.

Une épée puissante, mais pitoyable, qui resterait avec le héros pendant toute sa vie, puis rouillerait et s’effondrerait à sa mort.

Alors qu’il contemplait l’image désormais claire de l’épée dans l’esprit de Kurats, Bernst cria la fin de l’incantation.

{Raffiner!}

« Raffiner ! »

Kurats eut le vertige

Il avait perdu plus de magie que prévu, tout son corps se sentait fatigué.

Cependant, l’arme qu’il avait devant lui compensait largement cette perte.

Pour une soi-disant épée sainte, c’était assez sinistre.

Contrairement à l’épée argentée brillante d’un chevalier, celle-ci avait un lustre noir sinistre, comme si elle était entièrement faite d’obsidienne.

Elle était également trop grande et trop grossière pour être simplement appelée épée.

Cette taille conviendrait mieux à un cyclope qu’à un humain.

En premier lieu, quel genre d’humain serait capable de manier une masse de métal qui pesait près d’une tonne ?

Cependant, malgré ces particularités, c’était effectivement l’épée sainte la plus solide et la plus résistante que Kurats avait imaginée lorsqu’il était enfant.

{Comment était-ce ?}

« Je t’ai sous-estimé. Je dois vraiment tirer mon chapeau quant à ta magie cette fois-ci. »

{Alors c’est aussi bon que ça, hein ! Oui, bien sûr que c’est si bon !}

Pour la première fois, Bernst avait été ouvertement félicité par Kurats et il avait affiché un large sourire.

{Enfin, ce bouffon avait compris la grandeur de la magie.}

« … Hop. »

Malgré la lourdeur de l’épée dans la main de Kurats, elle était mystérieusement parfaite.

Alors qu’il tenait l’arme, il ressentit une étrange sensation.

Il avait l’impression de la manier depuis qu’il était tout petit.

Si quelqu’un le voyait de côté, cette scène aurait probablement l’air ridicule.

L’épée était absurdement longue, dépassant même la taille de Kurats, qui mesurait pourtant plus de 2 mètres.

S’il la soulevait au-dessus de sa tête, elle dépasserait les quatre mètres de hauteur.

Cette portée serait certainement suffisante pour trancher l’épais cou d’un dragon.

« L’épée sacrée du tueur de dragons, Warcry, hein… »

Cela avait ramené Kurats à une époque lointaine.

Aujourd’hui, son pouvoir dépassait celui du héros qu’il admirait quand il était jeune.

Malgré cela, cela n’avait en rien diminué la joie de détenir l’incarnation d’un pouvoir auquel il aspirait autrefois.

Kurats prépara son épée et trancha avec beaucoup d’enthousiasme.

Un bruit sourd de vent et un nuage de sable dansant en résultat.

Kurats avait à peine bougé, mais un rocher massif non loin de lui était fissuré du sol, comme s’il avait été frappé par un tremblement de terre.

Cette façon d’attaquer était empreinte d’un sentiment de paix, différent de celui que l’on ressent lorsqu’on détruit directement les choses avec un coup de poing.

Comme il trouvait amusant de trancher des objets en utilisant un minimum de force plutôt que de les briser avec une force physique brute, Kurats continuait à faire tournoyer l’épée.

{Hey ! Combien de temps as-tu l’intention de faire cela?}

« C’est tellement amusant ! Ce doit être ce que ressentent ces berserkers fous d’épées. »

Kurats ne l’avait pas remarqué, mais beaucoup de monstres qui s’approchaient de l’endroit étaient morts de sa lame.

Sans le savoir, il avait fini par tuer toute une compagnie de monstre.

« Gepe ? (Que s’est-il passé ?) »

« Doobora ! (Nous venons d’arriver !) »

« Bogorobo bara ? (Comment se fait-il que nous soyons les seuls à avoir été attaqués… ?) »

« Pikkon !? (Ne hissez pas ce drapeau !) »

L’unité des monstres qui avaient été tués sans même s’en rendre compte était passée tranquillement, sans que les griefs manquent.

« Que se passe-t-il ? Pourquoi nous arrêtons-nous ? »

« Nous sommes sur le point de découvrir d’où viennent ces pierres. »

Une fois que le chaos antérieur des troupes s’était installé, Meryl et Berta avaient décidé de poursuivre leur chemin.

Cependant, quand elles étaient arrivées…

« Hé, vous deux, on va le faire ou quoi ? »

Kurats regarda lentement par-dessus son épaule, avec son épée à portée de main.

***

Chapitre 87

« Hé, vous deux, on va le faire ou quoi ? »

Kurats regarda lentement par-dessus son épaule avec son épée à portée de main.

Ce spectacle incroyable avait laissé Meryl et Berta sans souffle.

Cette épée était bien trop imposante.

Elle était trop grande, trop épaisse, trop lourde, trop large.

En la regardant d’un bout à l’autre, elle mesurait probablement deux mètres de long.

De plus, si elle n’était pas aussi tranchante qu’un cimeterre, elle semblait aussi épaisse qu’une arme contondante.

Quant à sa largeur, elle était la même que celle des épaules d’un homme adulte, soit environ 70 cm.

Ce n’était pas une arme qu’un humain devait pouvoir manier.

Il était évident que, quelle que soit la hauteur des rangs de Meryl et Berta en tant que monstres, elles ne survivraient pas à un affrontement contre cette épée.

« … Qu’est-ce que vous attendez !? Encerclez-le ! Tuez-le ! », ordonna Berta à ses subordonnés d’une voix tremblante.

Son intuition lui disait que cet homme était dangereux.

Même s’il voyait qu’il était humain, elle savait qu’il était très dangereux.

Cependant, l’intuition de Meryl n’était pas aussi bonne.

« QUI PENSES-TU ÊTRE ? »

Elle avait les cheveux roses et ressemblait à une adolescente humaine. Elle était même jolie.

Mais, contrairement à son apparence, Meryl était brutale.

Sa façon de se battre consistait à découper ses adversaires avec sa vitesse et ses ongles aiguisés comme le vent.

Meryl s’approcha de Kurats si rapidement que n’importe quel humain normal l’aurait perçue comme rien de plus qu’une rafale.

Cependant, dès qu’elle se fut approchée, son instinct l’avait frappée d’un coup de tonnerre. Ce qui l’avait obligée à freiner des deux pieds.

Cet arrêt soudain avait exercé une grande pression sur ses chevilles et ses genoux, mais elle n’avait pas eu le loisir de s’en inquiéter lorsque cette arme s’était dirigée vers elle.

La pression du vent générée par l’épée avait suffi à emporter le petit corps de Meryl et à l’envoyer danser dans les airs.

Si Meryl avait la vitesse du vent, cette attaque avait la vitesse de l’éclair.

Lorsque Kurats la fit basculer vers l’avant, l’épée massive s’était transformée en un demi-cercle de lumière.

L’épée mesurait déjà plus de deux mètres de long à elle seule, mais en ajoutant la longueur des bras épais de Kurats à cela, elle atteignait deux fois cette distance.

Cependant, la portée réelle de ses attaques était plus grande que la sienne.

Les monstres qui se trouvaient à dix mètres eurent le corps coupé en deux, ceux qui se trouvaient à quinze mètres avaient été gravement blessés, et ceux qui se trouvaient jusqu’à cinquante mètres avaient été renversés.

Les troupes survivantes continuèrent à venir vers Kurats, mais chaque fois qu’il balançait son épée, les cadavres découpés des monstres s’empilaient de plus en plus haut.

Bien qu’elle ait réussi à survivre de justesse, Meryl n’était pas intervenue. Lorsqu’elle était témoin des attaques de Kurats, le mieux qu’elle peut faire était de tomber à genoux et de trembler de peur.

Il n’y a aucune chance que je puisse gagner.

Que ce soit par ses compétences de combat, ses émotions ou ses instincts, Meryl savait qu’elle n’avait aucune chance dans cette bataille.

Cette peur, elle ne l’avait connue que lorsqu’elle avait accompagné Triestella pour une audience et rencontré le Seigneur-Démon.

Plus loin, Berta, dont la spécialité était la magie, ressentit la même chose.

Elle avait l’impression qu’au moment où elle essaierait d’utiliser la magie du feu dont elle était très fière, elle serait coupée en deux.

Ses jambes étaient figées sur place, immobiles.

Sa gorge était si sèche qu’elle ne pouvait même plus donner d’ordres à ses subordonnés.

« Que faites-vous exactement toutes les deux ? »

Bien que cette voix soit belle et douce, elle apporta un froid impitoyable aux oreilles des deux subordonnées qui s’étaient fait gronder.

Triestella était très malheureuse.

Elle avait été trompée par de simples humains, ces créatures pathétiques qui ne savaient que se faire piétiner, et même si elle avait envoyé son armée devant elle, ils n’avaient toujours rien à lui montrer.

C’était déjà assez troublant en soi, mais maintenant, même ses subordonnées de confiance, Meryl et Berta, avaient des difficultés contre un humain.

Alors qu’elle essayait de donner un sens à cette chaîne d’événements qui ne se seraient jamais produits lors de l’invasion d’il y a 70 ans, Triestella jeta un regard furieux sur Kurats, une veine de colère lui sortant du front.

« Ma sœur… Je peux t’expliquer… »

« Cet humain est dangereux ! Même toi, tu aurais du mal à l’affronter, ma sœur… ! »

« RESTEZ À VOTRE PLACE, SERVITEURS ! »

La voix tonitruante de Triestella s’accompagna d’une puissante libération de pouvoir magique, créant des vagues d’énergie qui balaya les quelques monstres malchanceux qui se trouvaient autour d’elle.

La combinaison de son pouvoir magique et de son intention meurtrière se matérialisa sous la forme d’une entité pointue et dense.

Meryl et Berta n’avaient jamais vu Triestella aussi enragée.

Cependant

« Qui est-ce maintenant, une perverse ? »

{C’est définitivement une perverse.}

« QUI TRAITES-TU DE PERVERSE ? »

« Je veux dire, regarde-toi. Tu es clairement une perverse. »

{Il ne fait aucun doute que c’est une déviante.}

« TU ES UN SALAUD ! C’EST UN DÉLIT IMPARDONNABLE ! »

La supposition de Kurats et Bernst était tout sauf étrange.

Triestella était d’une beauté incomparable.

Ses cheveux blonds étaient comme un flot de platine liquide, ses yeux brillaient comme de l’obsidienne, et ses membres longs et élancés semblaient avoir été modelés par un dieu du mannequinat.

Sa poitrine était surdimensionnée et pourtant ferme, comme si elle défiait la gravité.

La douce courbe qui allait de sa taille étroite à son dos captivant suffisait à faire ressortir les désirs de tout homme.

Son nez formait une ligne parfaite entre ses longs yeux, et ses petites lèvres avaient la couleur de la cerise mûre.

Elle avait la beauté d’une fleur parfaitement parée et en pleine floraison.

Mais malheureusement, tout cet attrait était gâché par sa tenue vestimentaire.

La seule chose qui couvrait sa peau lisse et brillante qui suintait de phéromones était une robe noire suggestive qui ressemblait à une chemise de nuit ou un maillot de bain moulant.

Son dos était également presque en forme d’ours, réservé à un morceau de tissu très fin.

Son décolleté profond qui rendrait Cornelia furieuse de jalousie semblait sur le point d’être exposé au moindre coup de vent.

Y avait-il quelque chose d’étrange à supposer que quelqu’un s’habillant ainsi en plein jour était une perverse ?

« Peu importe ta beauté, tu ne seras jamais populaire si tu t’habilles comme ça. »

Un tel gâchis, pensa Kurats, avant de penser que Cornelia l’aurait torturé sur place si elle avait entendu cela.

« Qui dit que je ne suis pas populaire ? ! Je te fais savoir que je suis une jeune fille pure ! »

« Ma sœur, tu ne fais qu’empirer toi-même les choses… »

« Pauvre sœur, n’avoir aucune expérience à son âge est juste… »

« Vous ! Je vous punirai plus tard ! »

Alors qu’on lui retirait son complexe, Triestella cria du fond du cœur.

Elle ne voulait pas s’habiller comme ça, mais elle n’avait pas le choix.

En raison de la nature de leurs capacités, ceux de la race Nosferatu ressemblaient beaucoup aux humains.

Cela signifiait aussi qu’ils étaient laids du point de vue des autres monstres.

« Je m’habille comme ça parce que je veux aussi être populaire ! Je veux danser dans les fêtes avec le Seigneur-Démon et les ducs, je veux aller à des rendez-vous et être traitée avec tendresse, comme une dame ! »

Comme son visage n’était pas beau, elle s’était dit qu’elle ne pouvait que se servir de l’attrait de son corps.

« … Je suis censée abandonner ? »

« Mais ma sœur, je t’ai dit que si tu en fais trop, ça va avoir l’effet inverse… »

« Tais-toi, tais-toi, tais-toi ! »

« J’ai compris. Pour faire court, tu surcompenses parce que tu n’es pas populaire ? »

{Quelle femme pitoyable !}

« Arrête de dire que je ne suis pas populaire ! »

Une énorme quantité de pouvoir magique convergea vers les mains de Triestella.

Sentant cette incroyable quantité de magie, Berta et Meryl avaient toutes les deux crié et sauté au loin.

C’était un sort appelé « roue de feu de Garisha ». Un sort anti-militaire à grande échelle si puissant qu’il pouvait même engloutir ses propres alliés lorsqu’il était mal manipulé.

Comme Triestella semblait avoir perdu tout sens de la raison, on pouvait supposer qu’elle ne se souciait pas de sa maîtrise.

« MEURS ! »

Avec l’éclat brûlant du soleil, la roue de feu de Garisha s’en était prise à la vie de Kurats.

Cependant, cela ne changeait rien à l’expression de Kurats.

Lorsque le sort l’atteignit, il l’attaqua avec un barrage de coups de poing qui dépassait la vitesse du son.

L’onde de choc générée par les coups de poing avait suffi à modifier la trajectoire du petit globe de feu et à le faire voler vers le haut.

C’était ainsi que la roue de feu de Garisha explosa dans le ciel et se dispersa en une pluie chaude et brûlante.

S’il en avait été directement victime, même le corps de Kurats n’aurait pas pu échapper au destin d’être détruit.

« Tsk! Humain ennuyeux ! Ne peux-tu pas te laisser réduire en cendres bien gentiment ? »

« Fais-le donc. »

« Eh bien, c’est du gâchis d’utiliser cette technique sur les humains, mais tu ne sauras pas où est ta place autrement, donc on ne peut pas faire autrement. »

{C’est mauvais ! Kurats ! Ne regarde pas ses yeux !}

La plus grande arme des Nosferatus n’était ni leur force physique ni leur magie.

Leur plus grande arme était leur capacité à envoûter et à influencer les instincts des autres êtres vivants.

Et si le corps de Kurats pouvait supporter la plupart des attaques magiques, il n’avait aucune défense contre les attaques mentales.

Une brume rose recouvrait le cerveau de Kurats.

{Vite ! Bloque-lui son champ de vision !}

« Oooooooooooooooooooooh ! »

« Attends. Qu’est-ce que tu fais ? »

Triestella savait par intuition que sa vie était en danger.

Sachant qu’il ne pouvait pas prendre de risques face à cette menace pour son esprit, Kurats avait soudainement cessé de se retenir. Il brandit son épée sérieusement pour la première fois.

 

 

Il y eut le son d’une lame invisible dans l’espace.

Le sol se fissura.

Et bien qu’elle ait immédiatement esquivé, Triestella perdit sa main droite et son pied droit.

L’onde de choc de l’attaque creusa un profond ravin dans le sol à des dizaines de mètres devant elle.

La force du coup avait suffi pour détruire le château de Triestella depuis ses fondations, même s’il se trouvait à des dizaines de kilomètres.

Face à ce spectacle incroyable, Triestella ne pouvait s’empêcher de regarder bêtement devant elle avec une bouche béante.

Même le Seigneur-Démon n’aurait pas pu générer assez de puissance pour changer le terrain avec sa seule force et son épée.

Après avoir fait repousser sa jambe et sa main en un instant, Triestella oublia sa peur de la mort et jeta son corps aux pieds de Kurats.

« Tu es l’amour de ma vie ! »

Pour les monstres, la force était plus importante que toute autre chose.

Elle jouait un rôle clé dans la hiérarchie de leur société.

Si cette force était claire et facile à comprendre, c’était encore mieux.

Avec ses capacités, la force de Triestella aurait très bien pu être classée plus haut dans la hiérarchie, mais son pouvoir d’ensorceler les autres n’était pas un facteur que les monstres appréciaient.

De plus, comme les Nosferatus ressemblaient aux humains, leur sens de la beauté était proche de celui des humains.

Il y avait même eu des précédents où des Nosferatus avaient épousé des humains.

Compte tenu de ces deux facteurs, Kurats était extrêmement attirant pour Triestella.

Elle imaginait déjà la joie que lui procurerait sa présence auprès de cet homme.

De plus, les préjugés de Triestella sur les humains étant écartés, les mots que Kurats lui avait dits plus tôt avaient une grande signification.

« Peu importe à quel point tu es belle, tu ne seras jamais populaire si tu t’habilles comme ça. »

C’était la première fois que quelqu’un décrivait Triestella comme étant belle.

Se souvenir de cela avait suffi à briser son sens de la raison.

« Malgré mon apparence, je suis une femme très dévouée ! Je suis prête à tout ! N’es-tu pas charmée par moi ? »

Triestella se pencha en avant pour souligner sa poitrine qui ne tiendrait même pas dans les mains de Kurats.

« Attirante ou pas, tu es une perverse. »

{C’est vrai…}

« C’est pourquoi je te dis que tu pousses les choses trop loin, ma sœur… »

Les mots de Meryl avaient fait rougir la peau brune de Triestella de colère et d’embarras.

« Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? C’est tout ce que j’ai à offrir ! »

Quel était l’attrait d’un Nosferatu à part son corps ?

Qui pourrait reprocher à Triestella, qui était peu attirante parmi les monstres, de s’y être enfoncée encore plus profondément ?

« Écoute… »

Ainsi, Kurats commença à faire un discours.

« Tu vois, les hommes sont des créatures qui ne seront jamais intéressées si tu leur en montres trop. Leur exposer ton corps ne lui donnera pas de valeur. Ce qui leur donne de la valeur est précisément le fait qu’il soit caché.

C’est pourquoi nous aimons particulièrement qu’une femme qui est masquée soit prête à se montrer. Le chiralisme est tout pour un homme. C’est le romantisme d’un vrai homme. Tout le monde devrait jouer la carte de la difficulté.

Et quand une femme timide trouve la détermination de se montrer à toi, c’est un tout autre genre de grandeur. Attends, non, c’est encore mieux si c’est toi qui l’enlèves… De toute façon, il n’est pas intéressant de se montrer ouvertement tout le temps. »

{Ugh…}

Le discours fervent de Kurats avait fait fuir Bernst instinctivement dans la répulsion.

Si Kurats avait dit à Cornelia ou à Lunaria qu’il avait ce genre de perspective, il n’en serait probablement pas sorti indemne.

Mais étant donné ses préférences, le fait qu’elles s’intéressaient moins à lui pourrait avoir l’effet inverse.

« Tu m’as ouvert les yeux. Désormais, je ne me montrerai plus qu’à toi, maître ! »

« Non, attends, ce n’est pas ce que je voulais dire… »

Au moment où Kurats avait finalement calmé le feu dans son cœur, Triestella semblait avoir déjà imaginé un tout nouveau destin pour elle-même.

Kurats avait pris la place du seigneur démoniaque comme seigneur dans son cœur, et ce nouveau seigneur lui avait dit de ne pas s’exposer et de s’estimer davantage.

En regardant son expression rêveuse et envoûtante et ses joues rougissantes, Kurats avait finalement réalisé qu’il avait fait une erreur fatale.

{Tu n’as rien à perdre, alors pourquoi ne pas le faire ? En ce moment, c’est un talent que tu auras du mal à trouver.}

« Tu le penses vraiment ? »

{N’oublie pas que tu as peu de temps pour développer Bashtar ! De plus, tu n’as pas d’honoraires, peux-tu vraiment te permettre le luxe de la rejeter ?}

En effet, avec l’aide de Triestella, la progression de la reconstruction de Bashtar deviendrait certainement beaucoup plus rapide et plus facile.

Après tout, Bashtar manquait de main-d’œuvre.

Pour étendre la zone extrêmement réduite occupée par les humains à la même taille que le Bashtar du passé, il faudrait multiplier par cent la population du territoire.

Bashtar n’était plus rien qu’une terre stérile et morne.

La nouvelle se répandait déjà à ce sujet.

Pourtant, il allait falloir beaucoup de temps avant que les gens ne commencent à venir sur cette nouvelle terre.

Vu la force et l’influence de Triestella et de ses subordonnés, ils seraient sans aucun doute utiles à l’avenir.

« S’il te plaît, appelle-moi juste chien ! Mais les chats sont meilleurs que les chiens… J’aime les chats d’Abyssinie ! »

« Qu’est-ce que tu racontes ? »

Alors que le cerveau de Triestella s’était transformé en un désordre confus, Kurats, au contraire, était devenu beaucoup plus calme.

Il était assez calme pour réaliser que Bernst avait raison.

Peu importe la puissance de Kurats, il serait trop téméraire de sa part d’affronter les myriades de monstres qui vivaient à l’intérieur de cette gigantesque forêt.

Ce qui ne voulait pas dire qu’il n’en serait pas capable, mais ce serait imprudent.

De plus, compte tenu de son point de vue actuel et de son inimitié à l’égard d’opposants politiques tels que le marquis de Strasbourg, il ne voulait pas se lancer maintenant dans une bataille totale contre les monstres.

En effet, il supposait à tort que de plus en plus de monstres du niveau de Triastella apparaîtraient par la suite.

Après tout, bien qu’il ait pu constater qu’elle faisait partie des monstres de haut niveau, il ne savait pas qu’elle était déjà classée 13e.

***

Chapitre 88

« … Jures-tu de faire en sorte que les monstres sous tes ordres cessent de harceler les humains ? »

« Bien sûr, maître ! Si tu me le demandes, je m’occuperais de tous les monstres de classe inférieure pour toi ! »

Dans la société des monstres, où la force était la seule vraie justice, les monstres des classes inférieures n’étaient rien d’autre que des outils jetables.

Certains d’entre eux, comme Bertha, avaient la chance et la capacité d’augmenter progressivement leur force et d’atteindre la classe intermédiaire, mais même eux ne dérogeaient pas au principe de la survie du plus fort.

« Bonne idée, ça aiderait. »

« Je vais leur faire peur. »

Triestella sourit et lécha ses petites, mais épaisses lèvres avec sa langue couleur cerise.

« Mais pour l’instant, pourquoi ne pas mettre des vêtements normaux ? »

« Ah ! »

Triestella souriait avec confiance, mais les mots de Kurats lui avaient immédiatement fait brûler le visage.

« Meryl, Berta, retirez-vous au nord avec les subordonnés. »

« C’est rusé, ma sœur ! Depuis que tu l’as reconnu comme ton maître, il est aussi notre maître ! »

« C’est vrai ! Tu ne peux pas le monopoliser ! »

« Hah? »

Meryl et Berta protestèrent avec des regards larmoyants. Elles gémissaient d’indignation.

« Une personne avec une telle vitalité ne devrait être monopolisée par personne, même pas par toi, ma sœur ! »

Les Nosferatus, en tant qu’espèce, avaient la capacité de se nourrir de vitalité.

Après avoir atteint un certain niveau, les Nosferatus avaient tendance à se singulariser par la qualité de vitalité dont ils se nourrissaient.

Après, la qualité de la vitalité influençait les capacités des Nosferatus.

En d’autres termes, ils pouvaient transformer la vitalité en force vitale pour eux-mêmes.

Dans quelle mesure s’amélioreraient-ils s’ils pouvaient mettre la main sur la vitalité de Kurats ? Ils ne pouvaient même pas l’imaginer.

Meryl et Berta ne pouvaient tout simplement pas permettre que Kurats soit monopolisé par quelqu’un d’autre, même si ce quelqu’un était Triestella.

« Allez, je ne peux pas vous emmener toutes avec moi, sans délai. Les humains n’ont pas oublié votre grande invasion d’il y a 70 ans. Soyez gentilles et restez là jusqu’à ce que je vous donne d’autres instructions. »

« Mais… ! »

« Si vous le faites, je vous donnerai un peu de ma vitalité par la suite. Ça marche ? »

« Tout ce que tu voudras ! »

Bien qu’il ait été surpris par l’éclat des yeux des trois femmes, il semblerait que Kurats venait de se faire de nouveaux compagnons.

◆ ◆ ◆

Triestella avait ordonné à la moitié de son armée de retourner au nord, tandis que l’autre moitié avait reçu l’ordre de couper la forêt autour de la mine de Bolivie.

Pour remettre Bashtar sur pied, il fallait commencer à travailler sur la mine de Bolivie le plus rapidement possible.

C’était une montagne avec de nombreux sommets, mais il n’en restait que des petites collines et un tas de gravats éparpillés un peu partout.

Tant qu’ils pouvaient trouver des veines de Mythril, même les enfants pourraient probablement exploiter la mine ici.

Il ne restait plus qu’à construire une route du village de Narak à la mine de Bolivie.

« … A-t-il sérieusement écrasé la montagne… ? »

Quelle force faut-il avoir pour détruire une montagne à mains nues ?

« Uuuuh... Je suis si contente d’avoir survécu. »

C’était seulement maintenant que Meryl avait été frappée par la terreur de sa propre imprudence.

Si elle n’avait pas été sauvée de justesse par son intuition, elle serait déjà morte.

Outre les services de ses subordonnés, Triestella avait encore une chose à offrir à Kurats.

« Maître, si tu le permets, j’aimerais te donner tous les trésors de mon château. »

« Les trésors ? »

« Après tout, je suis un comte, 13ème du rang. Je possède des biens. Je n’ai pas eu l’occasion de les utiliser, donc ils s’accumulaient jusqu’à présent, mais… »

« Mais ma sœur, tu as dit que c’est parce que ton corps est plus beau que n’importe quel bijou… »

« D’accord Meryl, ferme la maintenant, OK !? »

Maintenant qu’elle avait enfin pris le dessus sur son propre esprit, Triestella essayait de flirter avec Kurats.

« Que ce soit mon or, mes bijoux ou tout ce que j’ai, tout t’appartient, maître. »

Triestella collectionnait des trésors depuis plus de cent ans.

Bien qu’elle ne semblait pas y penser beaucoup, sa collection était étonnamment grande.

Si elle la mettait négligemment à la disposition du monde entier, elle risquait de faire s’effondrer le marché des bijoux du royaume de Jomungand.

Pour Kurats, qui manquait d’argent pour faire tourner l’économie, c’était une bénédiction du ciel.

{Tu le vois ? C’est une bonne chose que tu ne les aies pas tués ? Je te l’avais dit.}

Alors que Bernst se vantait fièrement d’avoir raison, Kurats se sentait amer.

« Ce n’est pas pour ça que j’hésitais… »

Quoi qu’il en soit, Triestella était la chef de file de la grande invasion.

De plus, elle était très désireuse de devenir l’amante de Kurats et ne cessait de lui montrer son corps.

Lorsqu’il réfléchissait à la réaction de Cornelia une fois qu’elle l’aurait découvert, Kurats avait des frissons dans le dos.

{... Il est temps que tu commences à t’imposer auprès des femmes. Ou comptes-tu continuer à être une victime toute ta vie ?}

Pour les ambitions de Bernst, la faiblesse mentale de Kurats en ce qui concernait Cornelia était une épine dans le pied.

Il pensait qu’il fallait faire quelque chose pour y remédier.

« HUUUUUUUUUH !? »

Mais ce n’est pas le cas, car la conversation entre Bernst et Kurats avait été interrompue par les cris déchirants de Triestella, Meryl et Berta.

À l’endroit où leur château était censé se dresser fièrement, il ne restait plus que des décombres.

« … Pourquoi le château a-t-il été transformé en cette ruine ? »

***

Chapitre 89

« Je… n’en peux… plus… »

« Comment trois Nosferatus supérieures ont-elles pu perdre contre… ? »

« Jamais de ma vie je n’ai… ressenti un tel bonheur… »

Dans une pièce qui avait échappé de justesse à la destruction du château, trois corps magnifiques avaient été mis à nu et immobilisés par la lassitude.

Chacune d’entre elles portait encore les flammes persistantes de ce qui venait de se passer, les traces sur leur peau en étant la preuve.

Leurs charmantes respirations raccourcies leur donnaient l’impression d’être étouffées par les denses odeurs suggestives qui n’avaient pas encore disparu de la pièce.

Quant à l’homme qui venait de renverser la situation avec les Nosferatus, qui étaient censées être les meilleures pour exploiter les désirs de l’homme…

« Maintenant, je l’ai fait… »

Kurats était assis et se sentait très rafraîchi.

Bien qu’il avait les muscles d’un guerrier hors pair, il avait encore au fond de lui l’esprit d’un adolescent en pleine puberté.

Avec ces beautés sveltes et voluptueuses qui le suppliaient pour sa vitalité, tous les ingrédients étaient réunis pour pousser Kurats à une erreur de jeunesse.

Sa raison ayant disparu à ce moment-là, cela transforma Kurats en une bête sauvage qui dévora Triestella, Meryl et Berta.

Mais après coup, il se retrouva dans l’embarras quant à ce qu’il devait faire une fois revenu au village.

{Oublie tout ça ! Qu’y a-t-il à s’inquiéter !? Il est naturel pour les femmes de se rassembler autour d’un homme fort !}

« Pourrais-tu répéter cela devant Cornelia ? »

{Ne te méprends pas, je le pourrais, mais ce corps n’est pas le mien. C’est ton corps, c’est donc ton problème.}

Même si Bernst était sûr de pouvoir affronter Cornelia, il ne savait pas comment s’y prendre avec elle.

Ayant confirmé que Bernst ne serait d’aucune utilité dans cette situation, Kurats se tenait la tête dans le désespoir.

« … je ne peux plus… être séparé du maître… »

Triestella avait les larmes aux yeux et elle murmura quelques mots à personne en particulier.

Pour les Nosferatus, une relation physique n’était pas seulement une question de plaisir, c’était aussi une des méthodes pour se nourrir de l’énergie.

Goûter à la vitalité de Kurats était comme boire un nectar si délicieux qu’il altérait leurs papilles gustatives.

Il avait la saveur dense et riche d’un steak Chateaubriand provenant d’une race rare de bétail, avec l’arôme frais du Matsutake, et la texture et la douceur du poisson-globe.

Grâce à la combinaison de ces saveurs en plus du plaisir physique de l’acte lui-même, il était naturel pour les Nosferatus de se soumettre sincèrement à Kurats.

« Mon corps se sent en quelque sorte… renaître. »

Triestella se murmurait encore à elle-même avec une expression envoûtante. Mais ses paroles n’étaient pas exagérées.

Après avoir absorbé la vitalité anormale de Kurats, les corps des Nosferatus se devaient de se modifier pour s’adapter à ce pouvoir.

Percevant l’incomparable puissance qui brûlait dans son estomac, Triestella se tourna avec exultation vers les Kurats.

« Maître, j’ai Hya ! »

Lorsque Triestella se rendit devant un Kurats encore déprimé, elle poussa un cri aigu.

Même s’il était déprimé, Kurats n’avait pas pu résister à l’envie de lui sauter dessus, comme on pouvait s’y attendre de la part d’un jeune homme de son âge.

« Tu… tu me rends folle ! »

« Hyaaa ! Maître, stop ! »

Quand Kurats fut revenu à lui, le soleil était déjà haut.

Apparemment, le deuxième round avait duré jusqu’à midi.

Peu importe ce que Kurats pensait de ce qu’il avait fait, à ce stade, tout ce qu’il pouvait faire était de doubler la mise.

« … S’il te plaît, emmène-moi. Je ne peux plus vivre sans toi, maître… »

« C’est injuste, ma sœur ! Moi aussi ! Je veux aussi y aller ! »

« Je… Je serais heureuse si je pouvais aussi venir… »

« Je comprends, mais… »

Mais même s’il avait décidé de tricher, la raison pour laquelle Kurats ne pouvait pas emmener Triestella et les deux autres Nosferatus avec lui n’était pas seulement sa peur de Cornelia et les réactions des autres filles.

Il devait penser au ressentiment et à la crainte des personnes qui avaient perdu leurs proches lors de la grande invasion.

« Ne t’inquiètes pas, maître. Maintenant que je suis sous tes ordres, je ne dévoilerai pas négligemment mon identité. »

En disant cela, Triestella scanda lentement un sort.

Une lumière éblouissante couvrit son corps, effaçant tout ce qui indiquait son appartenance au groupe des monstres, ne laissant que l’image d’une beauté humaine avec une élégance qui ne perdrait pas face à Lunaria.

« Nous, Nosferatus, sommes de nature déjà doués pour nous déguiser. Avec le pouvoir du maître en nous, il n’y a pas lieu de s’inquiéter si quelqu’un remarque que nous sommes des monstres. »

C’était certainement un déguisement splendide.

Même Lunaria et Frigga supposeraient qu’elle était une jeune femme d’une famille distinguée.

Elle ne portait pas l’aura sinistre caractéristique des monstres ni l’air intimidant que tous les guerriers avaient en commun.

Elle avait bien le parfum d’une femme facile, mais cela ne différait pas d’une race à l’autre.

« Maître, si cela ne te dérange pas, me donnerais-tu un nom humain ? »

Triestella était prête à abandonner son statut d’aristocrate monstre afin de servir sous les ordres de Kurats comme une simple humaine.

Bien qu’elle soit fière, perdre son titre de 13e aristocrate monstre ne lui posait pas de problème, tant qu’elle pouvait être au côté de Kurats.

« Bonne idée… Alors, tu seras Stella. »

« Stella… Ça a l’air charmant. Je te suis immensément reconnaissante, maître ! »

« A-attendez ! Moi aussi ! Maître ! Et moi alors !? »

Se sentant à l’écart, Meryl se blottit contre Kurats sur le dessus de son genou.

Elle semblait déjà jeune avant, mais là, elle ne ressemblait à rien d’autre qu’à une jolie adolescente rousse.

Alors qu’elle lui souriait, Kurats était presque submergé par des sentiments immoraux, le poussant à détourner rapidement ses yeux d’elle.

« Maître ! Tu ne me regardes pas ! »

« D’accord ! Mais habille-toi pour le moment ! »

Bien sûr, Meryl, qui était dominante dans cet échange, n’avait pas manqué l’occasion qui lui était offerte.

Elle appuya sa petite poitrine avec un sourire taquin et mordit l’oreille de Kurats de façon ludique.

« Fufu… Maître, t’ai-je fait ressentir le charme de Meryl ? »

« Ne t’emporte pas ! »

Kurats s’était empressé de s’arracher de Meryl, et avait à peine réussi à garder la raison.

« Ton nom sera Meileen. »

« Meileen... C’est si mignon, je suis si heureuse ! »

Meryl bondit de joie, avec des étincelles dans ses grands yeux.

« Dépêche-toi de mettre des vêtements ! »

Voir le bas du corps de Meryl trembler à chaque saut était un coup dur pour le mental de Kurats.

Bien sûr, Meryl l’avait fait exprès, c’était un geste calculé.

Rien au monde n’était plus gênant qu’une adolescente malicieuse.

« Je… Je ne veux pas être la seule exclue… »

Comme Kurats ne pouvait pas se résoudre à être froid avec elle, l’approche de Berta était pour lui aussi étouffante que celle de Meryl.

Alors que la silhouette de Triestella était de la dynamite, et que Meryl ressemblait à une innocente adolescente, Berta était plutôt une beauté élancée. Elle était délicate comme une elfe.

Elle n’avait pas l’air sensuelle, mais elle enflammait les instincts protecteurs d’un homme.

Et parce qu’elle n’était pas aussi oppressante dans son approche que Meryl et Triestella, Kurats avait inconsciemment baissé sa garde envers elle.

Il ne savait pas qu’il jouait pleinement son rôle.

(Fufufufu… Comme prévu !)

Les hommes peu expérimentés, comme Kurats, étaient chassés lorsqu’ils étaient poussés par une luxure non dissimulée.

Triestella et Meryl, qui avaient vécu toute leur vie loin des hommes parce qu’elles étaient considérées comme peu attirantes parmi leurs pairs, n’en étaient pas conscientes.

Et si Berta était traitée de la même façon, elle avait appris à la converser et à la faire épanouir grâce à sa passion pour le romantisme.

Triestella et Meryl n’en étaient pas conscientes, alors quand elles avaient vu Kurats sourire doucement à Berta, leurs cœurs brûlèrent de jalousie.

« B-Berta, tu… Tu oses m’ignorer !? »

« Pardonne-moi, ma sœur. Mon maître est plus important pour moi… »

Berta avait fermement établi qu’elle considérait Kurats comme son vrai maître. Elle était peut-être la plus rusée des trois femmes.

« Tu t’appelles Berta donc… Est-ce que Beatrice fera-t-il l’affaire ? »

« Beatrice… Ce sera mon nouveau nom, un nom qui nous appartient à tous les deux. »

Berta s’appuya sur l’épaule de Kurats comme si elle était dépassée par l’émotion du moment.

« Aah ! Tu essaies de prendre de l’avance ! C’est de la triche ! »

« Maître ! S’il te plaît, ne regarde que moi ! »

Kurats avait fini par faire un troisième round contre son propre jugement.

Il ne partit pour le village de Narak que le lendemain matin, avec les trois femmes et tous les trésors qu’elles pouvaient porter ensemble.

***

Chapitre 90

Deux jours après avoir quitté les ruines du château, Kurats était arrivé au village de Narak, tenant entre ses mains suffisamment de trésors pour vivre tranquillement pendant les prochaines années.

Il n’aurait pas mis autant de temps à arriver s’il n’avait pas limité sa vitesse pour éviter de laisser tomber l’or et les bijoux qu’il transportait avec lui.

« Maître, cet endroit n’est pas digne de toi. »

La femme qui murmurait ainsi en fronçant les sourcils n’était autre que Triestella, déguisée en être humain.

Malgré ce déguisement, il ne faisait aucun doute que Kurats serait interrogé sur la façon dont il l’avait récupérée sur le territoire des monstres.

Cornelia agita la main du haut du gigantesque mur du fort avant de redescendre avec tous les autres, tandis que Frigga volait directement vers lui sur le dos de Shellac.

Lunaria se tenait la main sur la poitrine, soulagée de le voir enfin revenir. Il avait pris plus de temps que prévu.

Bien sûr, elle ne croyait pas que des monstres de ce genre pouvaient lui faire du mal, mais elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter innocemment pour l’élu de son cœur.

Alors que Kurats se rapprochait, trois femmes qui le suivaient de plus près que nécessaire se rapprochèrent également.

De plus, toutes trois étaient des beautés bien au-dessus de la moyenne.

Alors que Lunaria serrait instinctivement les dents à cette vue, une fille derrière elle parla avec surprise.

« … Sœur Triestella ? Que fait-elle ici ? »

C’était Crushiadra, le général vaincu de l’armée du monstre.

Elle avait été faite prisonnière et portait des chaînes enchantées de sceaux magiques.

Dès qu’il l’avait entendu, Kurats avait eu l’impression que le temps s’était arrêté.

Il avait à peine eu le temps de dire « Je suis de retour » que ses plans étaient ruinés.

Son expression s’était transformée en un sourire étriqué lorsqu’il avait réalisé à quel point il avait été naïf de penser qu’il s’en sortirait en trouvant des excuses.

Que dois-je faire ? Que puis-je...

« Sœur Triestella, que se passe-t-il ? Que fais-tu avec un simple humain… ! »

« Si tu insultes mon maître, je te tords le cou, compris. »

« Ahhi ! Pardonnez-moi, maîtresse Frigga ! »

Frigga tuait du regard Crushiadra, qui s’arrêta immédiatement de parler et se fit toute petite comme un chat effrayé.

Crushiadra rougit et regarda vers le bas avec honte, mais le regard furieux de Frigga était encore aussi froid que les vents du Grand Nord.

Frigga se mit alors à botter le derrière de Crushiandra, mais cela ne fit que la réjouir.

Par nature, les monstres avaient tendance à favoriser les forts et à les admirer.

Lorsque Frigga avait sauvé de justesse la vie de Crushiandra, ce sentiment naturel avait pénétré encore plus profondément dans son subconscient.

Pendant ce temps, Cornelia lançait un regard terrifiant sur Triestella et les autres filles.

Tout ce qui était venu à l’esprit de Kurats à ce moment-là avait été de la prendre dans ses bras.

Lorsqu’elle s’était soudainement retrouvée enlacée par le corps massif de Kurats, Cornelia était à la fois désorientée et confuse.

C’était la première fois que Kurats agissait ainsi en public, à la vue de Lunaria ou de quiconque.

« Iiih ! Marika, regarde ! »

« … *Avale* »

Pour aggraver les choses, Lunaria n’était pas la seule à l’extérieur. Marika et Clodette étaient également sorties du fort pour interroger Kurats sur la mine. Elles finirent par regarder fixement la scène devant elles avec des joues rouge pomme.

En s’en rendant compte, Cornelia avait complètement oublié Triestella.

Au début, Kurats avait fait cela pour échapper à sa tricherie, mais lorsqu’il avait vu la forte Cornelia perdre son calme et agir avec tant de douceur, il avait perdu le contrôle de lui-même.

Il la tira encore plus fort dans ses bras et ramena ses lèvres vers les siennes avec force.

Grâce aux expériences qu’elle avait vécues avec lui en privé, Cornelia laissa sa langue se glisser par réflexe.

« iiih ! Marika ! La langue ! Ils utilisent la langue ! »

« … *bave* »

« Marika, tu baves ! »

« Ah ! Clodette, ne regarde pas ! C’est trop tôt pour que tu vois ça ! »

Après le long baiser, Cornelia avait pris une grande respiration comme si elle cherchait de l’oxygène.

Ses yeux avaient perdu leur calme et s’étaient mis à errer alors que chaque partie de son corps se réchauffait visiblement.

Alors que Marika et Clodette attendaient tranquillement de voir jusqu’où cela irait, Frigga explosa de frustration.

« En quoi est-ce juste !? J’étais là, faisant de mon mieux pour vaincre ce monstre, attendant patiemment ton retour, espérant que ce serait mon tour, et maintenant je vois, ça, ça, ça… ! »

Avant qu’elle ne puisse finir de parler, Kurats avait utilisé son bras libre et avait tiré le corps souple et bien entraîné de Frigga vers sa gauche.

Alors qu’elle se tenait à côté de Cornelia, qui était encore étourdie, Kurats embrassa doucement Frigga sur la joue et rapprocha sa bouche de son oreille rougie.

« Moi aussi, j’ai pensé à toi tout ce temps. »

« Kuhiiiiiiiii ! »

Sentant le souffle de Kurats sur son oreille, Frigga ne pouvait pas s’empêcher de gigoter.

Son excitation ne cessait d’augmenter alors qu’elle se demandait si c’était le moment qu’elle attendait depuis si longtemps.

Les grands doigts de Kurats lui saisirent doucement le menton.

L’instant suivant, sa bouche couvrit ses lèvres fraîches et féminines.

La chaleur intense de leurs langues entrelacées ainsi que le mélange salé et sucré de leurs salives avaient enivré Frigga.

Tout au long du très très long baiser, Frigga oublia de respirer par le nez, se laissant aller à un doux engourdissement dû au manque d’oxygène et à ses sens brûlants.

Dès qu’ils s’arrêtèrent, Kurats était retourné vers les lèvres de Cornelia, ne lui laissant pas le temps de stabiliser le peu de conscience qu’elle avait réussi à récupérer.

En même temps, il avait caressé doucement la petite poitrine sur laquelle elle était si peu sûre d’elle.

Cornelia ne pouvait pas le supporter et s’était évanouie sur le coup.

Quant à Lunaria, ce qu’elle ne pouvait pas supporter, c’était cet étalage éhonté.

« Mais qu’est-ce que vous faites en plein jour !? »

Ce n’était pas la première fois qu’elle assistait à un baiser, elle n’était pas si innocente. Mais c’était la première fois qu’elle le voyait se produire d’une manière aussi stimulante.

Peu importe à quel point elle se comportait comme si elle faisait partie du peuple, Lunaria était toujours la princesse d’un grand royaume. On avait apporté beaucoup de soin à son éducation.

Elle avait naturellement reçu une éducation spéciale et on lui avait enseigné, en théorie, l’étiquette à respecter dans la chambre à coucher et les méthodes pour plaire à un homme.

Elle n’était pas dépourvue de moyens.

Malgré tout, elle était suffisamment innocente pour rougir et s’agiter à la vue de ce qui se passait devant elle.

« Lunaria… »

Lorsque Kurats dirigea vers elle ses yeux clairement lascifs, Lunaria s’était embrouillée comme une enfant.

« N -non non ! Je veux dire, je ne suis pas contre, mais il faut que ce soit plus dramatique, ce n’est pas l’ambiance qui convient, je ne peux pas ! »

En disant cela, Lunaria avait rapidement tourné le dos à Kurats et s’était éloignée en courant.

{C’est une bonne chose que tu aies essayé les techniques. Ces femelles Nosferatu ont montré une certaine utilité.}

Bien que Bernst parlait avec grande satisfaction, Kurats ne lui avait répondu que par un sourire sec.

En vérité, lorsque les mots de Crushiadra avaient ruiné tous les plans des Kurats, Bernst lui avait murmuré une suggestion.

Bien que les Nosferatus utilisaient une phéromone spéciale pour enchanter les hommes, ce n’était pas leur seul moyen de séduction.

Il leur fallait faire tomber l’homme visé dans un état de plaisir profond pour améliorer la qualité de la vitalité dont il se nourrissait.

Parmi les trois Nosferatus, Berta, qui était maintenant Beatrice, était la meilleure à utiliser ces compétences qui étaient naturelles pour son espèce, et elle s’était vraiment ouverte à Kurats.

Elle s’était véritablement ouverte à Kurats. Cela avait permis à Kurats d’apprendre partiellement certaines de ces compétences.

Bien qu’il ne les avait pas complètement apprises, lorsqu’il les utilisa comme le suggérait Bernst, Cornelia et Frigga s’étaient laissées très facilement toucher par leur inexpérience.

Kurats ne leur laissait déjà aucune chance de le rattraper en matière de combat et de force physique, et il avait maintenant acquis un avantage considérable dans la compréhension du fonctionnement des hommes et des femmes.

Il avait en outre l’avantage d’apporter le début d’un changement dans la hiérarchie relationnelle qui avait toujours été profondément gravée dans l’esprit du groupe jusqu’à présent.

Paf !

Lunaria plongea dans son lit dans la chambre qui lui avait été attribuée dans le fort bien organisé construit par Kurats, tout en se tordant le corps d’angoisse face à la situation.

« Comment a-t-il pu regarder la princesse d’un pays avec de tels yeux... »

À l’époque, les yeux de Kurats avaient semblé être un gouffre sans fin, comme s’il était plongé dans un délire fébrile.

Mais Lunaria avait clairement perçu l’étincelle du désir au fond de lui.

Et la vérité était qu’elle voulait répondre à ces désirs.

« N-non, je ne peux pas ! Je ne peux pas ! Même si c’est avec Kurats, je ne peux pas offrir ma pureté si facilement… »

C’était la raison pour laquelle elle voulait que Bashtar se remette sur pied le plus rapidement possible.

Bashtar était une terre interdite qui devait être impossible à reconstruire.

Si Kurats parvenait à surmonter cette épreuve, que même le Premier ministre Eustache ne pourrait pas vaincre, alors il monterait probablement une fois de plus dans les rangs et deviendrait marquis.

À ce moment-là, personne ne se plaindrait qu’il soit le partenaire conjugal de Lunaria.

C’était Eustache qui avait lancé l’épreuve, et c’était lui qui devra coopérer activement avec Kurats par la suite, et Bashtar deviendra l’une des principales attractions du royaume.

Peut-être même que la faction de Felbelle connaîtra sa fin au cours du processus.

Ensuite, tout le monde au cours de l’épreuve s’agenouillera pendant que Kurats fera sa proposition à Lunaria.

Ou du moins, c’était ce que Lunaria espérait secrètement qu’il arriverait.

Ce jour-là, elle deviendrait reine et prendrait les rênes du royaume.

Cela allait être son grand moment, cela valait la peine d’attendre.

Alors pourquoi je ressens une telle douleur dans mon cœur… ?

En voyant Kurats se mêler à Cornelia, ou même simplement en voyant Frigga être si honnête avec lui sur ses sentiments, Lunaria ressentit une douloureuse oppression dans sa poitrine.

À ce rythme, allait-elle être abandonnée par Cornelia et Frigga ?

Rien que d’y penser, elle ressentit de sombres sentiments qui agitèrent son estomac.

Elle voulait que Kurats l’embrasse aussi.

Serait-elle capable de rester patiente et de supporter ces désirs jusqu’au bon moment ?

Elle n’était plus aussi sûre de la réponse.

« M-marika ! C’était incroyable ! »

« C’est vrai… Si cela m’était destiné, je… »

Marika se frottait les cuisses sans relâche tout en se livrant à quelques délires sauvages avec un regard distant.

En regardant froidement les deux filles qui étaient clairement en chaleur, Stella se demandait qui elles étaient.

« Maître, ces deux femmes sont-elles aussi les vôtres ? »

Lorsqu’elle entendit la question trop directe, Marika haussa la voix par réflexe.

« Qu’est-ce que tu dis ? ! »

« Iiih ! Moi ? La femme du seigneur Kurats ? »

Avec une expression un peu étourdie, Kurats était intervenu pour expliquer.

« Ces deux-là sont mes mignonnes subordonnées. Elles sont indispensables pour le développement de Bashtar, alors entendez-vous avec elles, compris ? »

« Compris. Je suis Stella. Mes meilleures salutations. »

« O-oh ? Je suis Clodette. »

« Mon nom est Marika… Puisque le seigneur l’a demandé, je vais passer outre ce que tu as dit, mais fais attention à tes mots à l’avenir. »

Ainsi, les trois Nosferatus furent acceptés comme subordonnés de Kurats par tous, sauf Frigga et Cornelia, dont la tête était encore dans les nuages.

On pouvait dire sans se tromper que des problèmes surviendraient une fois qu’elles auraient retrouvé leurs sens, mais d’ici là, leur rythme serait rompu et il n’y aurait plus d’atmosphère toxique, ce qui signifiait que leur réaction ne serait pas aussi mortelle.

« Maîtresse Frigga… Même si vous me négligez et m’ignorez… Je peux le supporter… Uuh… »

Quant à Crushiandra, Kurats ne savait pas si elle pouvait être acceptée comme les trois autres.

Elle était clairement partie pour un endroit dont elle ne pouvait pas revenir.

***

Chapitre 91

La reconstruction de Bashtar avait commencé.

Les trésors apportés par Kurats et les Nosferatus avaient laissé Clodette perplexe. Quant à Marika, elle s’était évanouie sur place.

« Oh mon Dieu. »

… Paf !

« Iiiiih ! Je n’ai jamais vu ce genre de bijoux avant ! »

Cornelia, Lunaria et Frigga ne pouvaient que regarder bêtement le tas qui contenait les bijoux, l’or, et même les crocs et défenses de monstres rares qui ne pouvaient être trouvés que sur le territoire même des monstres.

Bien sûr, ce n’était pas comparable au trésor du royaume de Jermungand, mais il avait tout de même plus de valeur que ce que possédait le plus éminent marquis du royaume, le marquis de Strasbourg.

Avec un tel budget, il serait assez facile de sortir Bashtar de son déclin.

« Hélas, le château s’est effondré, et c’est tout ce que nous avons pu récupérer des décombres, c’est moins de la moitié du trésor. Avec suffisamment de temps, le reste pourrait être aussi sauvé. »

La voix de Triestella, qui avait encore l’apparence de la femme humaine Stella bien que son identité avait été révélée à certains, avait suscité une certaine déception.

Lorsqu’elle était retournée au château avec Kurats, elle avait constaté qu’environ la moitié de celui-ci s’était transformée en décombres, et que l’autre moitié était sur le point de s’effondrer.

C’était un spectacle incroyable.

Elle avait alors regardé Kurats avec encore plus d’admiration, sachant qu’il avait écrasé un château si puissant et si solide d’un simple coup d’épée à une distance de 20 km.

« Combien cela vaut-il ? »

La seule personne qui pouvait répondre à la question de Cornelia était Marika, et elle était actuellement encore inconsciente.

« Je pense que cela pourrait valoir plus que le budget national de Lapland… »

Frigga avait difficilement écouté ces mots avec un regard douteux sur son visage.

Bien qu’elle n’attachait pas beaucoup d’importance à l’argent, elle était encore sous le choc.

Si nous avions autant d’argent en Lapland, notre arsenal serait tellement plus solide… Ce genre de pensées idiotes lui venaient à l’esprit.

« Et tu as dit que ce n’est pas tout ? »

Comme tout le monde, Lunaria avait frissonné à la vue de ces richesses, mais pour des raisons différentes.

Stella avait dit que plus de la moitié des trésors se trouvaient encore dans le château.

Si Stella, qui n’était qu’une aristocrate parmi d’autres, avait tant de trésors pour elle, combien de monstres possédait-elle dans son ensemble ?

Peut-être que s’ils en avaient envie, détruire l’économie d’un pays leur serait aussi facile que d’étendre leur main.

Ayant probablement deviné ce que Lunaria pensait, Stella avait montré le sourire lointain d’une vraie beauté.

« Nous, les Nosferatus, sommes spéciaux en raison de la quantité de contacts que nous avons tendance à avoir avec les humains. Même parmi les aristocrates mieux classés que moi, seuls les cinq ducs possèdent des atouts équivalents aux miens… »

Il y avait aussi le Seigneur-Démon, mais Stella ne pouvait même pas imaginer la fortune qu’il avait.

« C’est bien, mais… »

Des pensées compliquées circulaient dans la tête de Lunaria.

Si l’autre moitié était là, les avoirs de Stella seraient probablement comparables au budget national du royaume de Jormungand. Un royaume qui disposait de suffisamment de richesses pour rivaliser économiquement à lui seul avec une ou deux des cinq grandes puissances du continent.

Cela avait renouvelé le jugement de Lunaria concernant la terrible menace que les monstres pourraient potentiellement présenter.

Elle avait commencé à l’oublier, car le pays voisin, l’empire Asgard, était devenu très menaçant ces derniers temps.

Mais en fin de compte, le plus grand danger pour l’humanité restait le Seigneur-Démon et les monstres sous ses ordres.

« Est-ce si étonnant, même pour toi, Lunaria ? »

La question de Kurats avait pris Lunaria par surprise… Jusqu’à présent, elle était perdue dans ses pensées concernant la menace des monstres.

« Hein ? »

Lunaria laissa une voix stupide et enfantine lui échapper.

Au même moment, elle avait réalisé que le visage mystérieux de Kurats était près d’elle, ce qui fit circuler le sang dans toutes ses veines avec plus de vigueur.

Elle devint visiblement rouge.

Elle avait essayé de dire quelque chose, mais aucun mot ne sortait, alors elle choisit de s’enfuir une fois de plus comme un lapin effrayé.

« … Quelle enfant ! »

Stella avait remarqué que ces actions étaient toutes dues au fait que Lunaria n’avait toujours pas d’expérience.

La vue des échanges de Cornelia et de Frigga avec Kurats avait probablement fait imaginer à Lunaria des choses auxquelles elle n’avait pas pensé auparavant.

Son inexpérience n’allait faire qu’empirer les choses, il était donc probablement préférable pour elle de se laisser embrasser dès que possible, mais Stella n’avait pas été assez généreuse pour donner de tels conseils à une rivale.

Au contraire, elle avait un sourire très méchant sur le visage, pensant que ce serait bien si Lunaria pouvait perdre sa place de future épouse légale.

Après tout, il n’était pas rare que des amants se séparent sans que personne ne fasse rien.

« Sœur Stella, s’il te plaît, retire cette expression. »

« Elle a été célibataire pendant si longtemps, il n’est pas surprenant qu’elle essaie de faire des histoires maintenant. »

« Et c’est toi qui oses dire cela ! »

En voyant ses anciennes subordonnées s’éloigner d’elle, Stella avait finalement retrouvé ses esprits, pour découvrir que Kurats la fixait avec une expression indescriptible.

« Maître ! Ce n’est pas ce que tu penses ! S’il te plaît, ne me regarde pas comme ça !! »

« Je comprends que tu sois un monstre, mais même en sachant cela, c’était un sourire répugnant. »

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! »

{Peu importe le monde, les femmes sont des êtres pécheresses.}

◆ ◆ ◆

Par la suite, Stella se prosterna devant Lunaria pour s’excuser de ses intentions clairement malveillantes.

Un peu plus tard, Bernard et Gilbert s’étaient également présentés, ils s’étaient à leur tour évanouis après avoir vu les trésors. La salle avait été assez bruyante toute la journée.

D’habitude, les mercenaires étaient des gens grossiers qui ne lâcheraient jamais un tel trésor après s’en être approchés.

Cependant, ayant vu Frigga au combat et ayant été témoins de la monstrueuse démonstration de force de Kurats, ils ne tenteraient certainement pas quelque chose d’aussi dangereux.

S’ils offensaient par inadvertance Kurats, il pouvait les tuer en frappant une pierre avec son auriculaire.

De plus, s’opposer à la future héritière du trône, Lunaria, pourrait signifier dans le pire des cas devenir l’ennemi de tout le royaume de Jormungand.

Il n’y avait certainement aucun endroit sur le continent où les mercenaires se comportaient mieux qu’à Bashtar.

« J’ai vu ce qui s’est passé. Auparavant, le seigneur avait brandi son épée, et un arbre situé à une centaine de mètres de là a été coupé en deux. »

« Je l’ai vu faire la même chose dans la zone rocheuse à la limite de la ville, il a balancé son épée et une source est soudainement sortie de la montagne. »

« Je veux que mademoiselle Frigga soit celle qui m’ôte la vie… »

Tous les mercenaires avaient leurs raisons de ne pas oser provoquer Kurats, même si certains avaient des raisons plus étranges que d’autres.

Eh bien, même sans se sentir effrayés par sa nouvelle épée, ils n’oseraient probablement pas aller contre une personne qui pourrait creuser des canaux et une source à mains nues.

La première à avoir repris conscience parmi les multiples personnes qui s’étaient évanouies dans la pièce avait été Marika.

« Appelez tous les commerçants ! »

C’était la toute première chose que Marika cria une fois qu’elle avait repris conscience.

Une telle quantité d’or et de bijoux ne pouvait pas se vendre toute seule.

Ce dont Bashtar avait le plus besoin en ce moment était l’argent pour engager du personnel et acheter du matériel. En tant que responsable des finances du territoire, Marika en était plus consciente que quiconque.

« Fufufu… Avec ça… Je n’aurai plus à me prosterner devant ces misérables… Oh, ils verront… Je les ferai s’agenouiller et lécher mes chaussures ! »

« Iiiiih ! S’il te plaît, calme-toi, Marikaaa ! »

Clodette s’accrochait à son amie avec un visage en larmes, elle qui était tombée du côté obscur.

Clodette savait par expérience que lorsque Marika commencerait à se déchaîner, c’était elle qui finirait par avoir des ennuis.

Bien qu’elle avait la tête dans les nuages, Clodette était en fait la plus terre à terre des deux.

« D’autre part, as-tu trouvé la mine de Bolivie, Seigneur Kurats ? »

Bien qu’il avait fini par se battre après l’attaque de Triestella, la raison pour laquelle Kurats s’était rendu sur le territoire des monstres était d’abord pour enquêter sur l’état de la mine de Bolivie.

La mine de Mithril était absolument essentielle pour remettre l’industrie de Bashtar sur pied.

« Oui, je l’ai écrasée sur place, maintenant je parie que même un enfant pourrait la miner. »

« Pardon ? »

Qui pourrait reprocher à Marika d’avoir répondu à son maître par une question quelque peu informelle ?

Après tout, Cornelia et Frigga, qui avaient également écouté, étaient toutes aussi confuses.

« Comme je l’ai dit, j’ai écrasé la mine de Bolivie. Je suis sérieux. »

« Huuuh ? »

« Pendant que j’y étais, j’ai aussi, dans une certaine mesure, nivelé le chemin d’ici à la mine. Avec quelques ajustements supplémentaires, nous pourrons avoir une route y allant assez rapidement. »

« Même s’il y a une route, les seuls qui peuvent se déplacer sans problème sur le territoire des monstres sont la princesse Frigga et vous-même, mon seigneur… »

« Ne t’inquiète pas. Il n’y a plus de monstres sur le territoire de Bashtar. »

Ceci était dû à l’ordre de Kurats à Stella.

La société des monstres s’était construite uniquement sur la force. Leur obéissance absolue aux ordres de leurs supérieurs était un fondement de leur hiérarchie.

Tous les subordonnés de Stella avaient reçu l’ordre de se retirer des frontières établies lors de la grande invasion d’il y a 70 ans, et on leur avait dit de ne rien faire.

Bien que les attaques de monstres peu intelligents, comme les gobelins et les bêtes démoniaques, n’avaient pu être complètement arrêtées, les mercenaires et les gardes avaient pu s’en occuper seuls.

« Mon seigneur, pourquoi pensez-vous qu’il n’y aura pas de monstres… ? Serait-ce parce que vous avez éliminé tous les monstres de… »

« Non, même pour moi, éliminer tous les monstres du territoire en l’espace d’une journée serait beaucoup… » (Bien que je parie que je pourrais le faire). « Mais je te dis la vérité. Ça m’aiderait si tu ne demandais pas plus de détails. »

« Je comprends. Donc la route est sûre ? »

« Des petites frappes pourraient apparaître sur la route, je ne sais pas, mais ce sera seulement le genre que même une troupe d’autodéfense peut gérer. »

« … Guhaha »

Kurats avait l’impression d’avoir entendu un son qui ne convenait pas à une bouche de jeune fille sortir des lèvres de Marika.

Il avait décidé d’oublier cela pour sa propre dignité, mais l’aspect de sa personne qu’elle montra l’instant suivant avait rendu ses efforts vains.

« Très bien ! »

 

 

Markia cria tout en serrant puissamment les poings.

« Seigneur Kurats ! »

« Oui ! »

Intimidé par l’énergie de Marika, Kurats répondit avec douceur.

« Puis-je utiliser notre budget pour financer des recrutements ? »

« Je n’ai pas l’intention d’être avare. »

Comme pour dire « Maintenant que tu l’as dit, ne l’oublie pas », le sourire de Marika s’était complètement effacé.

« Clodette ! Nous allons contacter chacun de nos anciens collègues ! Nous allons apporter assez d’or pour leur gifler les joues avec ! »

« I-iiiiih ! Mais Marika, ils ne viendraient jamais à Bashtar… »

« Maintenant que la mine de Bolivia est de nouveau sur la table, nous avons assez de fonds pour les éblouir et les inciter à venir ici ! Ils seront convaincus, d’une manière ou d’une autre ! Tu vas pouvoir rentrer chez toi et prendre un bain tous les trois jours, Clodette, qu’est-ce que tu en dis ? »

« … Tu as raison. Il est important de se reposer. C’est bien. »

Clodette hocha la tête et répondit avec un regard distant dans les yeux.

Apparemment, les deux amies n’avaient même pas pu rentrer chez elles, car elles travaillaient à la gestion des affaires intérieures de Bashtar.

Ce n’était que grâce à leurs compétences en matière de gestion que les fonds du pays avaient été correctement attribués, jusqu’à leur limite, chaque fois que Kurats faisait quelque chose de complètement absurde.

« Honnêtement, je me sens coupable maintenant. »

{Il semblerait que je n’ai pas tenu compte de cet aspect.}

« Faisons aussi venir une troupe de théâtre de la capitale ! Ce sera bon marché si l’on considère la publicité qu’elle peut nous apporter ! Alors nous prendrons le personnel de ces foutus commerçants rusés ! Guhuhu… Comparé aux intérêts que nous aurons de la mine Bolivia, avoir dix personnes qui peuvent s’occuper de la gestion et de la comptabilité sera un jeu d’enfant ! »

« Dis, Clodette. Est-ce que Marika va s’en sortir ? », murmura Kurats à l’oreille de Clodette.

Elle hocha la tête en réponse avec une expression troublée.

« Marika est très patiente, mais quand le stress s’accumule trop en elle, il y a un recul. Ce qu’elle dit est assez sain, donc au moins, il n’y aura pas de problème du côté de la direction… »

Il semblerait que Marika avait été très stressée par les négociations avec les commerçants pendant tout ce temps. Pendant ce temps, Kurats n’avait pas du tout conscience de ce qui se passait.

Il soupirait doucement en pensant à la désastreuse vengeance qui allait s’abattre sur ces commerçants.

Après cela, Marika s’était déchaînée, comme Clodette s’y attendait.

« Combien de temps as-tu l’intention de vendre de l’huile dans un tel endroit ? N’as-tu pas besoin d’argent pour le traitement de ta mère chez toi ? »

Cet homme était un collègue de l’époque où Marika travaillait encore au bureau des impôts.

Il n’était pas du genre sociable au bureau et il avait quitté sa carrière depuis lors, mais c’était parce que sa seule préoccupation était d’envoyer de l’argent à sa ville natale.

Et Marika en était consciente.

« Mais, je suis presque sûr que je vais tout perdre de toute façon si je tombe raide mort, aucune somme ne vaut la peine de mourir ! »

« Seras-tu capable de le dire à nouveau après avoir vu ça ? »

Don !

Marika avait laissé tomber un sac plein d’or.

L’homme déglutit, hésitant encore. L’éclat de l’or lui avait semblé être une tentation maléfique qui corrodait son âme.

« Allez, c’est une opportunité qui ne t’attendra pas. En ce moment, Bashtar a assez d’atouts pour jeter ce genre d’argent par les fenêtres comme si ce n’était rien. Si tu n’en veux pas, j’irai voir le prochain. »

Clink clink clink clink!

Marika montra le sac de pièces d’or et joua avec.

« C’est tellement frustrant ! Mais l’or… il fait disparaître ma raison… ! »

« Bien, bienvenue à bord ! »

***

Chapitre 92

« Marika ? J’étais inquiète pour toi. Tu as soudainement dit que tu allais à Bashtar et puis… »

Au final, c’est bon de voir que ça n’a pas marché. Elle a dû reconsidérer sa décision à la dernière minute, pensa l’amie de longue date de Marika, se sentant soulagée de la voir bien.

« À part ça… Que s’est-il passé exactement ? »

Les ongles de Marika étaient polis comme jamais auparavant, ses cheveux roux brillants étaient aussi vifs qu’un feu enragé, et sa peau blanche était si bien hydratée qu’elle semblait presque étincelante.

Même les vêtements et le collier qu’elle portait avec désinvolture n’étaient pas du genre qu’on pouvait espérer acheter avec un salaire de bureaucrate intermédiaire.

La femme soupçonnait que Marika était devenue la concubine d’un aristocrate en son absence.

« Ah bon, avec le salaire que je reçois à Bashtar, ce n’est rien. »

« Qu’est-ce que… tu as dit ? »

Le changement dans les yeux de la femme n’avait pas échappé à Marika.

Les bureaucrates encore jeunes et qui n’avaient pas encore eu une véritable carrière ne pouvaient pas gagner ce genre de salaire via la promotion.

Certains pouvaient avoir de la chance et, avec le temps, atteindre le poste de directeur adjoint, mais d’ici là, la plupart des femmes auront passé leurs primeurs.

Si l’histoire de Marika, qui avait réussi à gagner un salaire de directeur, était vraie, alors il y avait de quoi émouvoir n’importe quelle femme.

« Je parie que vous avez entendu parler de l’eau ambrée d’Aibet, elle a la réputation de rendre ta peau belle. Ne veux-tu pas pouvoir l’utiliser comme une eau normale ? »

La femme regarda fixement la peau délicate et apparemment sans défaut de l’avant-bras de Marika.

Elle se demandait si elle pouvait, elle aussi, obtenir une aussi belle peau en utilisant de l’eau ambrée.

« Qu’en est-il du parfum Rioberg, ou des bagues, boucles d’oreilles et barrettes d’Aitenberg ? Et si tu peux acheter tout cela sans réfléchir ? Penses-y, combien de temps te faudra-t-il pour pouvoir obtenir autant d’argent tout en travaillant pour le ministère des affaires populaires ? »

Les bijoux d’Aitenberg étaient quelque chose que les femmes de tous âges désiraient ardemment.

En voyant Marika montrer ces objets comme si cela n’était rien, la femme se sentait visiblement agitée.

« Rejoins-nous et je te donnerai 50 pièces d’or immédiatement pour couvrir tes dépenses. »

« Je suis paaaaaaartante !!! »

Comme une ménagère prise dans un piège, la femme présenta sa main droite pour recevoir l’argent.

« Bien, bienvenue à bord ~~ ! »

Dans les jours qui suivirent, une douzaine de jeunes et talentueux bureaucrates du royaume de Jormungand, qui n’avaient pas encore réussi, quittèrent leur emploi.

Ces bureaucrates étaient très pratiques pour les personnes au-dessus d’eux, de sorte que leur absence avait causé de nombreux retards à des endroits différents.

Certaines rumeurs très plausibles prétendaient que tout cela était dû à l’ingérence secrète d’une femme qui travaillait autrefois au bureau des impôts.

« Portons un toast, Clodette ! »

« Yaaaaaaaaay ! Nous pouvons enfin nous reposer ! »

Pendant ce temps, le système administratif de Bashtar connaissait une croissance inversement proportionnelle.

Clodette et Marika avaient également été vues pour la première fois depuis longtemps dans les rues nocturnes de Bashtar.

Elles avaient enfin pu prendre leur tant attendue semaine de pause.

◆ ◆ ◆

Marius Ostmark était l’un des dix principaux commerçants de Jormungand.

De son point de vue, Bashtar était un nid de monstres, un territoire de merde où il y avait peu d’argent à gagner.

Et pourtant, en ce moment même, il lisait une lettre de ce même territoire avec un regard sérieux.

L’écriture de la lettre avait un aspect rond et féminin.

{Nous commencerons bientôt à prendre des offres pour le Mithril de la mine de Bolivia. Veuillez me contacter si vous souhaitez participer.}

Répondre à un appel d’offres dans un endroit comme Bashtar n’était pas quelque chose qui valait la peine d’être envisagé pour un grand commerçant comme Marius. Mais c’était une tout autre histoire si le Mithril était impliqué.

Le Mithril était un métal qui pouvait être utilisé pour fabriquer des outils magiques ou des armures spéciales pour les aristocrates. Il était aussi rare et cher que les bijoux.

Marius savait que la mine de Bolivia était autrefois l’une des plus grandes mines de Mithril du continent, avant la grande invasion qui avait eu lieu il y a 70 ans.

Normalement, il aurait ri de cette offre en se disant : « Alors je dois croire que ces monstres diaboliques ont été exterminés ? »

Cela aurait été vrai si le seigneur de Bashtar était quelqu’un d’autre que le Kurat Hans Almadianos.

Marius était en fait de mèche avec le marquis de Strasbourg, Albert.

Albert avait donc demandé à Marius d’augmenter les prix de toutes les marchandises distribuées à Bashtar.

D’une certaine manière, on pouvait dire que Marius était responsable d’un pourcentage important du stress de Marika.

Pour lui, entre l’influent et riche marquis de Strasbourg, et le territoire de Bashtar, qui avait été totalement été ruiné par des monstres, le choix avait été évident.

Il lui importait peu de perdre des marchés avec Bashtar en refusant de faire fluctuer ses prix.

Au contraire, il aurait été heureux de ne plus avoir à traiter avec un territoire éloigné comme Bashtar.

Cependant, la situation avait changé aujourd’hui.

Bashtar venait de se transformer en l’un des plus grands trésors du continent.

Marius ne pourrait plus s’appeler grand commerçant s’il manquait une telle occasion.

« Notre société doit à tout prix monopoliser les droits sur la mine de Bolivia… ! »

En raison des guerres perpétrées par l’empire Asgard, le prix du Mithril était en forte hausse.

À l’idée de profiter d’une si énorme vache à lait, Marius se léchait instinctivement les lèvres par anticipation.

« Trouvez toutes les entreprises qui ont reçu cette lettre ! Nous devons les devancer quoiqu’il arrive ! »

Heureusement, Marius avait un solide soutien financier nommé Albert.

En raison de l’hostilité d’Albert envers Kurats, il ne serait pas trop difficile pour Marius de faire pression sur les marchands rivaux.

Il allait les faire marchander autant que possible et travailler en cohésion avec eux pour obtenir le prix idéal du Mithril.

C’était aussi l’occasion de rappeler au vaniteux comte de Bashtar que les prix étaient déterminés par les marchands, et non par lui-même.

Aussi rare et cher soit-il, le Mithril n’aurait aucune valeur s’il n’y avait personne pour le distribuer.

Marius avait une grande confiance dans son propre esprit et son influence.

Cependant, s’il pouvait vraiment regarder devant lui, sa confiance aurait disparu comme la brume du matin.

Peut-être aurait-il pu entendre le rire perçant et malicieux de la magicienne des affaires qui était désireuse de rembourser son stress au centuple.

***

Chapitre 93

Marius posa le pied sur le sol de Bashtar avec enthousiasme.

Ses entreprises louches dans les coulisses avaient donné d’excellents résultats.

Il avait réussi à supprimer la plupart des marchands du royaume qui allaient venir participer.

Parmi eux, il y avait même deux marchands dont les affaires étaient en partie liées avec la compagnie Ostmark, mais même elles avaient été traitées grâce à l’intervention éloquente d’Albert.

Alors que la faction de Lunaria bénéficiait d’un fort soutien de l’armée, la force de celle de Felbell se situait dans les affaires commerciales et domestiques, ce qui signifiait qu’elle avait une grande influence sur les bureaucrates.

Les deux factions étaient puissantes, mais la faction de Felbell tenait toujours d’une main de fer sa domination sur le monde de la finance. Tous les revenus importants des marchands étaient à leur portée.

Il y avait quelques compagnies que Marius n’avait pas pris la peine de supprimer, mais pour de si petites compagnies, s’opposer à la société Ostmark serait de toute façon assimilable à un suicide.

Pendant les 9 minutes qui suivirent son arrivée, Marius ne douta pas que la mine de Bolivie était aussi bonne que la sienne.

« Tous les participants à l’appel d’offres, veuillez vous diriger vers la salle. »

Dans le manoir qui dépassait de loin ce que Marius s’attendait à voir dans une zone aussi rurale, les participants avaient été accueillis par une femme d’une beauté époustouflante.

Bien qu’elle portait des vêtements de bonne qui n’exposaient pas beaucoup son corps, les yeux de Marius étaient encore attirés par sa taille ronde et envoûtante qui ne perdait qu’à cause des deux renflements au-dessus.

C’était un piège astucieux.

Normalement, Marius n’aurait jamais négligé de profiter de cette occasion pour recueillir plus d’informations sur les marchands qu’il ne connaissait pas.

Cependant, Marius n’était qu’un homme.

Il ne pouvait pas résister à l’attrait des phéromones Nosferatu que Stella utilisait.

Avant même de s’en rendre compte, Marius était déjà assis dans le hall, ignorant qu’il avait été trompé.

Voilà ce qui m’arrive aujourd’hui… C’est quand même une femme bien. Si je peux payer pour l’avoir, je suis prêt à dépenser une bonne somme…

Face à cette femme si belle qu’on aurait presque l’impression qu’elle avait ruiné l’équilibre de ce territoire lointain, Marius ne pouvait pas contenir son excitation.

Stella était consciente d’avoir réussi à s’emparer du désir de Marius, mais ses sentiments n’étaient que du pur mépris.

Humph, homme insignifiant ! Le simple fait de le comparer à mon maître serait impudent.

« Je suis désolée de vous avoir fait attendre. Je m’appelle Marika Leclerc, je serai chargée de prendre les offres d’aujourd’hui. »

Le terrain pour la vengeance de Marika était prêt.

« Avant le début des enchères, puis-je dire un mot ? »

« Faites-le, s’il vous plaît. »

L’attitude de Marius avait donné envie à Marika de le piétiner avec des talons hauts, mais elle avait retenu cette envie et l’avait laissé parler.

« Ce n’est qu’une proposition, alors prenez-la comme vous voulez, mais… plutôt que de vendre le Mithril par le biais d’enchères, pourquoi ne pas envisager de confier la gestion de la mine de Bolivia à quelqu’un d’extérieur à Bashtar ? »

Même si l’exploitation minière avait probablement commencé il y a un certain temps, la population de Bashtar était extrêmement faible.

Sans compter que seuls des hommes jeunes et forts seraient capables de faire subir à leur corps le travail pénible d’un mineur.

Dans ces circonstances, il était clair pour Marius qu’ils ne pourraient pas extraire grand-chose.

Cependant, la compagnie Ostmark était l’une des plus grandes entreprises du royaume. Ils pouvaient obtenir la main d’œuvre dont Bashtar avait besoin.

Cela allait multiplier de plusieurs fois les revenus de Bashtar.

Marius avait beaucoup insisté sur ce point.

Mais bien sûr, il y avait un autre aspect à cette proposition.

Si la société Ostmark était chargée de la gestion, cela signifierait également qu’elle serait en mesure de contrôler l’ampleur de l’exploitation minière.

Le plan de Marius consistait à fixer la quantité de Mithril extraite afin que le territoire de Bashtar lui soit entièrement soumis.

« Ce ne sera pas nécessaire. Maintenant, la quantité de Mithril que nous allons vendre cette fois-ci est… »

« Attendez ! Je fais cette proposition pour le bien de Bashtar ! »

N’ayant jamais pensé que ses paroles seraient si peu appréciées, Marius éleva la voix.

En tant que président de la compagnie Ostmark, Marius n’avait jamais été ignoré auparavant, et encore moins maintenant qu’il répondait au marquis de Strasbourg.

Pourtant, rien de tout cela ne semblait avoir d’importance.

« Le but de cette réunion est de faire une offre pour le Mithril. Si vous souhaitez faire de telles propositions, veuillez d’abord obtenir l’autorisation du comte. »

« … Vous le regretterez, jeune fille ! »

« Si vous le dites. »

En repoussant les paroles de Marius, Marika laissa l’enchère commencer.

« Eh bien, c’est un lot complet de 800 kilos de Mithril non fondu. Vous pouvez commencer à enchérir. »

Marius regarda Marika avec un ricanement méprisant, ne voulant pas manquer le moment où son expression indifférente s’effondrera.

Cette quantité de Mithril pourrait normalement se vendre pour 5000 pièces d’or. Non, même 8000 pièces d’or seraient un prix raisonnable.

Malheureusement pour Bashtar, le prix n’atteindra même pas 1000 pièces d’or aujourd’hui.

C’était la façon dont Marius avait mis les choses en place.

« Maintenant que nous avons recueilli les offres, je vais vous lire le montant le plus élevé. Le lot ira à la compagnie Gaillard, qui a offert 8000 pièces d’or. »

« Hahaha, c’est dommage… Attendez, 8000 ?! »

Marius, dont l’esprit avait été noyé par le mépris, ne pouvait s’empêcher de crier au prix élevé inattendu.

Peu d’entreprises pouvaient se permettre de proposer un prix aussi élevé, et pourtant Marius n’avait jamais entendu parler de celle-ci.

« Vous ! Vous ne réalisez pas ce que cela signifie de se mettre à dos la compagnie Ostmark ?! »

Le président de la compagnie Gaillard s’était moqué avec audace du visage rageur de Marius.

« Qu’en est-il de la règle inviolable entre nous, marchands, selon laquelle il ne doit pas y avoir de rancune pour avoir perdu une enchère ? … Il y a une augmentation sans précédent de la demande de Mithril dans notre pays, Lapland, et le reste de l’alliance du nord. »

« L-Lapland ? »

Les poings de Marius tremblèrent.

Si la compagnie était de Lapland, Marius ne pouvait pas faire grand-chose d’autre que de les importuner un peu.

Cependant, le fait que des marchands d’un autre pays soient invités à acheter des fournitures d’une telle importance stratégique était sans précédent.

Lorsqu’il s’en était rendu compte, Marius avait changé de cible et s’était tourné vers Marika.

« Vous vendez quelque chose d’aussi important que le Mithril à un pays étranger ! Le comte de Bashtar est-il devenu fou ?! Encore une fois, pour votre propre bien, refaites l’offre ! »

« Ça suffit, Ostmark, restez à votre place ! »

« Comment osez-vous ? Je connais ma place, et bientôt vous aussi, jeune fille ! »

« Le royaume de Lapland et Jormungand sont alliés, ce sont les mots de Sa Majesté elle-même. D’ailleurs, la petite sœur du roi de Lapland, Son Altesse Frigga, a fait un détour pour venir à Bashtar et aider à la reconstruction du territoire. Je pense que Lapland est beaucoup plus fiable que certains marchands immoraux qui attendent une occasion de profiter de nous pour maximiser leurs profits. »

« Je suis la personne à laquelle Marika fait référence. Frigga Lapland, princesse du royaume de Lapland. Si vous avez des plaintes, adressez-les-moi. »

C’était à ce moment-là que Frigga entra dans le hall, sans essayer de dissimuler l’aura violente et la colère qui l’entourait.

Personne n’oserait jamais critiquer la princesse d’un autre pays en face d’elle.

De plus, l’extraordinaire combativité de Frigga avait suffi à elle seule pour faire trembler Marius.

« … M-mes sincères excuses. »

Mais ce n’était pas la fin du tourment de Marius.

« Aussi, avez-vous sérieusement offert seulement 800 pièces d’or pour cette quantité de Mithril ? Votre jugement est-il si mauvais ? Sachez que nous n’avons pas besoin de marchands aussi incompétents ici. Tout marchand qui a participé aux enchères d’aujourd’hui sera désormais exclu, sauf la compagnie Gaillard. »

« C-c’est… ! »

Il s’agissait essentiellement d’une interdiction de faire à nouveau des affaires sur le territoire de Bashtar.

Comme il s’agissait d’un territoire éloigné, cela n’aurait pas du tout inquiété Bashtar.

Cependant, maintenant qu’ils avaient une emprise sur la mine de Bolivia et le commerce très lucratif du Mithril, Bashtar allait sans aucun doute devenir un grand consommateur et client.

Quant à Marius, il serait exclu de toute transaction avec eux, et sa réputation serait mise à mal.

Dès le début, le seul objectif du plan bien structuré de Marika était de faire tomber Marius.

« Je vais utiliser le même langage que vous. Commencez-vous à réaliser ce que signifie se mettre à dos Bashtar ? »

Le prix à payer pour stresser Marika était en effet très élevé.

Après cette journée, les détails de l’événement avaient été diffusés dans la capitale, tout le monde avait appris ce qui s’était passé, et la compagnie Ostmark avait perdu plus de la moitié de sa fortune en moins d’un an.

« Ooh oui, c’est ça le truc ! »

Marika avait montré un sourire envoûtant, affichant une joie qui pourrait ne jamais s’estomper.

 

◆ ◆ ◆

 

L’exploitation du Mithril avait finalement fait renaître Bashtar, permettant à chacun de gagner de grosses sommes d’argent, il ne fallut pas longtemps pour que de telles rumeurs se répandent dans le royaume.

Bashtar était connu comme l’enfer sur terre.

Même si le héros, Kurats, y avait été nommé, il semblait trop tôt pour obtenir des résultats substantiels.

Cependant, il devint vite évident que ces rumeurs ne pouvaient être que véritables.

Même la compagnie Ostmark, qui ne manquait pas de renommée dans la capitale, avait rapidement perdu la face dans la guilde commerciale après avoir subi le mécontentement du seigneur de Bashtar.

Mais les commerçants n’étaient pas du genre à jouer franc jeu. Ceux qui avaient suivi de près la situation de la compagnie Otsmark étaient venus en masse, les uns après les autres, pour établir des liens avec Bashtar.

La compagnie Ostmark avait ainsi perdu 30 % de son marché.

Pendant ce temps, des tonnes d’affaires étaient venues dans la région de Bashtar.

D’énormes caravanes transportant des matériaux, des chevaux, du bétail, du maïs et des fruits formaient de longs convois en direction de Bashtar.

Chaque fois qu’une caravane quittait la capitale, tout le monde pensait qu’elle s’y rendait.

À présent, tout le monde croyait que Bashtar était le site d’un trésor enfoui.

« Allez, allez ! Tu ne veux pas plus d’argent ? »

Cling cling cling cling.

“Aaah, s’il vous plaît frappez-moi avec plus de pièces, ma reine !”

Après que les rumeurs se soient répandues, les gens avaient commencé à se rassembler à Bashtar, fournissant au territoire une main-d’œuvre qui leur permettrait d’obtenir de l’argent facile.

Dans le même temps, le lavage de cerveau que l’on appelait « la sollicitation de Marika » ne faisait qu’empirer.

« Iiih... Marika devient folle… ! »

Tandis que Marika formait ses subordonnés bureaucrates qui étaient autrefois ses collègues, Clodette s’éloignait en tremblant.

Depuis cet événement, on avait l’impression que quelqu’un avait appuyé sur un bouton qui n’aurait jamais dû être appuyé sur Marika.

Cela étant dit, c’était compréhensible.

Avec l’augmentation proportionnelle de la population du territoire, le travail de Marika augmentait chaque jour.

Cela commençait par l’entretien des routes et des ponts, jusqu’à l’ouverture de colonies pour les personnes intéressées.

Quant à Clodette, bien que le budget du territoire soit monté en flèche, elle n’était pas débordée. Tout cela grâce à son talent de comptable. Cependant, même elle avait besoin de personnes capables de faire des choses. Elle avait besoin qu’ils documentent tout pour elle une fois qu’elle avait terminé.

Tous ces besoins avaient donné lieu à une charge de travail meurtrière qui était déversée sur des groupes de bureaucrates qui parvenaient à peine à jongler avec leurs tâches.

La situation à Bashtar devenait à nouveau critique, mais dans un sens très différent d’avant.

D’une certaine manière, la perte de contrôle de Marika était une conséquence inévitable.

« … Déléguer est la voie à suivre. À quoi bon gagner de l’argent si nous mourons de surcharge de travail sans pouvoir l’utiliser, pas vrai ? »

« Je suis tout à fait d’accord, Marika ! »

Plus tard, un étrange groupe de personnes, qui avaient toutes des cernes sous les yeux, avait été fréquemment vu autour du bureau gouvernemental du comté de Bashtar dans le village de Narak, qui était maintenant le centre de l’administration de Bashtar.

Ils travaillaient comme des démons pour gérer l’économie en pleine croissance du territoire des Bashtar, mais les gens les appelaient encore « les serviteurs de Marika. »

***

Chapitre 94

« Mais que fait donc Ostmark ? »

Albert, furieux, jeta violemment son verre sur le mur.

Une tache cramoisie de vin rouge avait alors coloré le mur blanc à la suite de son acte.

Pour Albert, qui était à la traîne en matière de forces militaires, la richesse était immensément importante.

Elle lui donnait un avantage qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre.

Si Kurats pouvait retourner la situation financière contre lui, Albert et la faction qu’il dirigeait depuis si longtemps n’auraient plus aucun espoir de gagner.

La faction de Felbell n’aurait jamais réussi à se maintenir à flot sans les sommes importantes qu’elle avait investies dans des pots-de-vin, et même alors, elle marchait vraiment sur un fil.

Il y a quelques mois, lorsque la mission de Kurats avait commencé, la possibilité que Lunaria prenne le trône n’avait pas traversé l’esprit d’Albert.

À l’époque, Kurats n’était qu’un arriviste, sans parents ni même connaissances parmi la noblesse du royaume.

Albert pensait autrefois que c’était une faiblesse fatale.

Pour un homme dont la seule qualité était de pouvoir se battre, il aurait dû être impossible de gérer correctement un territoire.

Après tout, il n’avait pas les bonnes relations pour acquérir le savoir-faire nécessaire.

Si Lunaria n’était nullement incompétente, les questions relatives à la royauté et à la noblesse n’étaient pas les mêmes.

Ainsi, Albert pensait qu’il serait capable de reprendre lentement Bashtar sur le plan économique, tandis que Kurats et ses alliés pousseraient sans le savoir le territoire vers une crise financière.

Si Kurats ne parvenait pas à gérer son territoire et se noyait dans les dettes, il ne serait plus un adversaire aussi redoutable.

Après tout, héros ou non, l’argent était le grand égalisateur. N’importe qui mourrait de faim s’il n’avait pas les moyens de se nourrir.

Un Kurat criblé de dettes aurait apporté à Albert une joie immense et malveillante.

Cela aurait dû être une tâche facile pour Albert avec la puissance des marchands qui approvisionnaient le royaume, comme la compagnie Ostmark.

En fait, grâce au trucage d’Albert, le prix des denrées et des fournitures vendues à Bashtar avait tellement augmenté que le territoire avait montré des signes d’une dépression imminente encore plus rapidement que prévu.

Peu de temps s’était écoulé, et pourtant, Bashtar aurait déjà dû être en faillite depuis quelques mois.

C’était précisément à cette époque que la mine de Bolivia avait été reconquise.

Sans cette mine maudite, il aurait été foutu !

Albert ne savait pas que Kurats avait également obtenu de nombreuses richesses de Triestella.

Cela dit, il était vrai que Bashtar ne se serait pas remis sur pied aussi rapidement sans la mine de Bolivia.

« Maître, le Seigneur Shylock est venu… »

« Oooh ! Dépêche-toi de le faire entrer ! »

« Compris. »

L’apparition tant attendue de ce personnage important avait été un grand soulagement pour Albert.

Cet homme était Clive Shylock, il venait d’avoir 77 ans, il était à la tête d’un conglomérat que tout le monde connaissait dans le royaume de Jormungand.

Sa sphère d’influence ne se limitait pas au monde des affaires, car il avait même de l’influence dans l’agriculture et l’industrie du royaume.

Même un noble important comme Albert devait faire attention à son comportement avec lui.

Bien sûr, certains nobles visaient sa fortune, mais quand il s’agissait de noblesse, il n’y avait pas d’ennemi.

En tout cas, le pouvoir de l’argent pouvait être une arme terrifiante lorsqu’il était bien utilisé. Si ce vieil homme intervenait, il serait encore possible de ramener l’économie de Bashtar à son niveau d’autrefois.

C’était la ferme conviction d’Albert.

« Cela fait un an que nous ne nous sommes pas rencontrés, exact ? »

« J’ai peur qu’en vieillissant davantage, j’aie encore moins l’occasion de sortir comme ça. »

Malgré ses paroles, ses cheveux noirs et son dos droit ne laissaient aucun signe de son âge.

Rien qu’en regardant son apparence, personne ne penserait qu’il avait plus de 60 ans.

De plus, vieux ou pas, il se tenait toujours très occupé, à la tête de son cabinet.

« La raison pour laquelle j’ai dû expressément vous déranger en venant ici est liée à la tournure particulière que prennent les affaires de Bashtar ces derniers temps. »

« Je ne pensais pas revoir le Mithril de cet endroit de mon vivant. »

Clive n’était qu’un enfant au moment de la grande invasion, mais quand il avait commencé son apprentissage, une partie du Mithril de la mine de Bolivia circulait encore dans la ville.

La qualité de ce Mithril était proche des meilleures de tout le continent.

Après avoir été pris par les monstres, son prix avait été multiplié par plus de dix.

Se rappeler ces vieux souvenirs était très revigorant pour Clive.

« Il n’est pas exagéré de dire que ce Mithril est le trésor du royaume, et pourtant nous laissons des nations étrangères nous l’arracher. Je dirais que l’honneur des marchands de Jormungand est en jeu ici. »

À proprement parler, Bashtar n’avait échangé le Mithril avec les marchands de Laponie qu’une seule fois.

La compagnie Gaillard n’avait pas assez d’actifs pour acheter toutes les réserves de Bashtar.

Après tout, même dans le royaume de Jormungand, il n’y avait pas plus de cinq grandes compagnies comme la compagnie Shylock et la compagnie Ostmark.

Pourtant, le fait que Bashtar ait donné la priorité aux marchands de Lapland, ne serait-ce qu’une seule fois, était indéniablement un fait important.

C’était une occasion non négligeable d’ajouter une juste cause à une fausse accusation.

Si cela avait été le cas il y a six mois, ou même seulement deux mois, peut-être qu’un tel plan aurait fonctionné.

Comment Albert peut-il être aussi aveugle à la situation ? Est-il devenu faible ou son temps a-t-il simplement passé?

Jusqu’à ce jour, Albert avait apporté d’énormes bénéfices à la compagnie Shylock.

Clive se sentait désolé pour lui.

« Cela va sans dire, mais vous devriez savoir que mon entreprise fait aussi des bénéfices à Bashtar. »

Sentant le rejet clair derrière les mots de Clive, Albert avait été étonné.

Clive était le type d’homme qui ne manquerait jamais de faire un mouvement quand il y avait de l’argent à gagner.

Prenant cela en considération, Albert avait l’intention de donner à Clive tous les droits possibles sur le territoire de Bashtar s’il l’aidait.

Clive avait probablement déjà réalisé que c’était son intention. S’il ne pouvait pas en dire autant, il n’aurait jamais pu maintenir à flot la plus grande entreprise du royaume.

« Pourquoi ? »

Albert présentait à Clive une chance de gagner de l’argent.

Pourquoi Clive n’était-il pas de son côté ?

Albert ressentait plus de confusion et de doute que de colère.

Il connaissait Clive. Il savait qu’il ne laisserait jamais passer une telle opportunité.

« C’est un peu trop tard. »

Albert pensait que le jeu était toujours en cours, mais il était déjà terminé.

Pour commencer, la mission de remettre Bashtar sur pied n’avait eu lieu que parce que le Premier ministre, Eustache, était déraisonnable.

Conscient de la difficulté de l’épreuve, Eustache avait été très attentif aux actions de Kurats.

Il avait très vite su comment Kurats avait repoussé la présence apparemment écrasante de monstres, comment il avait engagé d’excellents travailleurs comme Marika et Clodette pour gérer ses finances, et comment il avait repris la mine de Bolivia.

La pire chose qu’il pouvait lui reprocher était qu’il avait fixé une fois les prix du Mithril grâce à l’intervention de Lapland.

Pourtant, comme on pouvait s’y attendre, Eustache avait dû reconnaître le talent des Kurats.

Même si Marika et les bureaucrates sous ses ordres étaient ceux qui avaient finalement accompli la tâche, nommer les bonnes personnes et parvenir à les contrôler pour atteindre ses objectifs faisait partie des forces d’un dirigeant.

Kurats Hans Almadianos était, sans aucun doute, digne d’épouser la princesse Lunaria.

Ayant réalisé cela, Eustache ne pouvait plus se permettre d’imposer des tests déraisonnables à Kurats. Au contraire, il avait dû prendre l’initiative de le soutenir.

Cela faisait partie de sa sagesse en tant que Premier ministre. C’était sa façon de survivre à la génération suivante.

Eustache savait qu’il devait faire en sorte que Kurats lui soit redevable, de peur qu’il n’apporte sa propre ruine en étant haï par le prochain roi.

Très vite, le Premier ministre, le centre de l’administration du royaume, avait donc fini par déclarer publiquement son soutien à Kurats.

Peu importe le nombre d’hommes d’affaires nobles qui rejoignaient la faction d’Albert ou l’influence qu’il exerçait sur les bureaucrates, cela ne dépasserait jamais un Premier ministre en service actif.

En d’autres termes, Albert avait déjà complètement perdu la supériorité qu’il pensait avoir.

D’après les informations que Clive avait obtenues, il y avait déjà deux ou trois hommes d’affaires nobles importants qui essayaient de rejoindre la faction de Lunaria avec Eustache comme intermédiaire.

« En ce moment même, le Premier ministre et les nobles de votre faction rejoignent massivement le comte de Bashtar pour gagner sa faveur. Les marchands comme nous ne pouvons pas nous en mêler. »

Dans tout conflit, les marchands coopéraient toujours avec le camp victorieux.

Aucun marchand au monde n’oserait rester du côté des perdants.

« Le Premier ministre… ? C’est ridicule… Va-t-il remettre Jormungand à ce roturier ? »

Albert était vraiment désemparé. C’était une tournure impensable des événements.

« Au nom de notre longue amitié, la compagnie Shylock ne montrera aucune hostilité au marquis de Strasbourg… Mais nous ne pouvons pas non plus contrarier le comte de Bashtar. J’espère que vous le comprenez. »

Comme on pouvait s’y attendre de la part du plus grand marchand du royaume, Clive avait fait attention à ne pas donner de coup de pied à Albert pendant qu’il était à terre.

Mais ce genre de sympathie ne plaisait pas du tout à Albert.

Impardonnable, impardonnable, impardonnable !!

Non.

Attendre la défaite, impuissant, n’était pas une option.

Il n’était plus possible de gagner dans un simple conflit politique.

Cependant, il restait une option à Albert.

Je vais vous le montrer ! Que ce soit le roi, le Premier ministre, ou ce roturier sans cervelle, je jure que je prendrai vos têtes.

Il allait être très difficile pour Albert de faire en sorte qu’Asgard le couronne comme roi de Jormungand comme il l’avait prévu au départ.

Mais coopérer avec eux ne pouvait pas le laisser dans une situation pire que son état actuel, impuissant.

Il pourrait certainement s’emparer d’au moins un tiers du royaume en guise de récompense.

Plus important encore, il pourrait faire sombrer cet insupportable plébéien dans le désespoir…

Albert ria alors à gorge déployée, conscient de vague d’émotions négatives qui jaillissait du fond de son estomac.

Sa femme, Felbell, regardait avec anxiété cette scène se dérouler, avant qu’Albert ne la pousse violemment.

À ce moment, Albert montra ouvertement sa soif de vengeance.

« C’est moi, Felbell. Regarde-moi. »

Un mois après la trahison du marquis de Strasbourg, le royaume de Jormungand fut frappé par une crise sans précédent.

***

Chapitre 95

« Il semble que cette affaire ait pris une tournure ridicule. »

L’empereur de l’empire d’Asgard, Heimdall, piquait l’accoudoir de son siège avec son doigt par frustration.

Cependant, il montrait beaucoup moins d’irritation dans son expression que son geste ne le laisserait supposer.

En fin de compte, tout cela n’était rien de plus qu’une simple pièce de théâtre pour lui.

Dès la veille, le marquis de Strasbourg, Albert, avait envoyé un messager demandant à Heimdall d’ouvrir secrètement la frontière.

Cela semblait absurde pour Heimdall.

Était-ce le même Albert qui avait autrefois prétendu qu’il prendrait le contrôle de Jormugnand et coopérerait avec l’empire Asgard pour s’emparer du monde ?

Il n’y avait aucune chance que Felbell soit le prochain héritier du trône, et Albert avait non seulement perdu son influence dans le palais, mais il mettait même sa vie en jeu en se retournant contre son royaume.

Heimdall n’avait plus aucun intérêt pour lui.

« Il y a toujours la possibilité de le laisser se débrouiller seul, mais… »

Le Premier ministre, Mathias, n’était pas aussi désintéressé que Heimdall, mais même lui ne pouvait pas évaluer ce qui avait apporté tous ces changements.

Albert avait autrefois le contrôle de la plupart des nobles de Jormungand, mais aujourd’hui, il ne peut même plus rassembler 10 % d’entre eux, y compris sa propre famille.

Il était évident qu’il serait très bientôt détruit sans le soutien d’Asgard.

En tant que mari de la première princesse, Felbell, l’évaluation que les gens avaient de lui avait été généralement exagérément positive.

Mais maintenant que toutes les chances de succéder au trône avaient disparu, le fait de se ranger du côté d’Albert serait suicidaire pour les nobles de Jormungand.

(L’abandonner ne serait pas si grave.)

Affronter les hommes d’Albert épuiserait à coup sûr les forces de Jormungand, et une fois sa maison détruite, le royaume devrait mettre un nouveau seigneur responsable de son territoire.

Gérer les conflits d’intérêts territoriaux et prendre en charge la population d’un seigneur déchu serait une tâche atroce.

En d’autres termes, la trahison d’Albert ne serait que profitable pour l’empire Asgard.

Mais cela ne signifiait pas que l’abandonner soit le meilleur choix.

L’incompétence d’Albert mise à part, si l’empire Asgard coupait si facilement les liens avec lui, il leur deviendrait difficile de faire en sorte que quiconque de l’intérieur de Jormungand trahisse leur royaume.

De plus, le fait que l’empire Asgard se donne beaucoup de mal pour aider son allié à traverser la frontière indemne serait une histoire séduisante.

Le seul problème était qu’Albert était beaucoup plus fou que prévu. Il n’était pas juste de le laisser faire et de lui donner un coup de main comme il l’espérait, mais il fallait le faire.

« … Laissez-moi m’occuper de cette affaire. »

« Présomptueux ! L’est est le territoire de la première armée, Skuld ! »

Mathias réprimanda sèchement la princesse folle, Skuld Beweldshteim, alors qu’elle tentait joyeusement d’outrepasser son autorité.

Cette belliciste avait la mauvaise habitude d’essayer de combattre de puissants ennemis chaque fois que l’occasion se présentait.

Son armée, responsable du sud, était actuellement en attente. Il lui était certainement possible de faire une sortie.

Cependant, elle ne pouvait pas être autorisée à prendre l’avantage sur la première armée à l’est.

Après tout, la première armée, dirigée par Gunther Olbrink, était la plus puissante de l’empire.

« Gunther, laissez-moi prendre votre place. Je veux rencontrer ce Kurats absurdement fort d’après les rumeurs. »

Depuis plusieurs semaines, une étrange rumeur se répandait rapidement dans l’empire Asgard.

Apparemment, certains des membres survivants de la quatrième armée d’Asgard détruite s’étaient montrés dans des états terrifiés devant leurs collègues et leurs familles, comme s’ils avaient reçu la visite du dieu de la mort la nuit.

Cet homme était un monstre de la nature.

Sa magie était anormale en soi, mais ses terrifiantes manifestations de violence physique surhumaine étaient encore plus effroyables.

L’enquête menée sous les ordres de Heimdall avait révélé que le mage qui avait sauvé Lunaria était cette même personne, Kurats.

L’enquête avait également révélé que sa mère adoptive, qui lui aurait enseigné la magie, était en fait un simple mercenaire qui ne pouvait en aucune façon manipuler la magie.

Cet homme était vraiment entouré de mystère.

On pourrait dire que la victoire de Lapland contre la quatrième armée était essentiellement due à lui seul.

C’était une véritable armée en seul homme, un homme qui pouvait tenir tête à des milliers d’autres.

Dire que c’était faux ou qu’il ne s’agissait que d’une rumeur était quelque chose que même Mathias, dont l’audace ne connaissait aucune limite, ne pouvait déclarer.

« La défaite en Laplanf a apporté des troubles à nos forces. Avant toute chose, obtenir une victoire est notre plus grande priorité. »

« À ce propos, je pense aussi que vous devriez envisager de laisser Skuld aller de l’avant. »

Il était rare que l’épéiste démoniaque, Gunther Olbrink, se prononce ainsi au conseil de guerre.

Bien que sa voix ne montrait généralement pas une seule inflexion ou émotion, il semblait s’amuser aujourd’hui.

Heimdal observa avec beaucoup d’intérêt ce changement rarement observé chez Gunther.

« Je me fiche de ce que vous dites ! Désolé, mais c’est ma proie ! »

« J’étais d’accord avec vous… »

Gunther était un spécialiste du combat, mais dans un sens différent de celui de Skuld.

La différence essentielle étant que ce qu’il valorisait par-dessus tout n’était pas la bataille elle-même, mais la victoire.

L’esprit de Skuld n’était rempli que d’une perception romancée des conflits.

Si elle pouvait combattre un ennemi puissant, alors elle serait satisfaite même si elle perdait, et quelque part dans son cœur, elle voulait en fait rencontrer un homme plus fort qu’elle.

Certaines rumeurs prétendaient qu’elle cherchait un partenaire qui pourrait lui permettre de porter une progéniture plus forte qu’elle.

Mais Gunther considérait ce genre de romantisme comme un poison pour l’esprit.

Il était le type de personne qui recherchait activement la force uniquement pour faire tomber ses ennemis.

Sa personnalité était probablement la raison pour laquelle Skuld n’avait montré aucun intérêt pour lui, malgré sa force.

Malgré cela, même si certains diront qu’il était lâche, Gunther avait peur de perdre plus que tout au monde.

C’est pourquoi il essayait constamment de devenir plus fort, en plus d’être prêt à utiliser n’importe quel moyen lâche tant que cela signifiait qu’il ne perdrait pas.

En d’autres termes, Gunther considérait qu’il y avait actuellement trop peu d’informations sur Kurats et essayait donc d’utiliser Skuld comme un cobaye.

Bien conscient de la personnalité de ces subordonnés, Mathias savait ce qu’ils pensaient, mais il approuvait quand même. Il pensait que ce n’était pas un mauvais terrain d’entente à trouver.

Jusqu’à présent, l’empire avait accumulé une grande influence grâce à leur série parfaite de victoires.

Cela étant, la seule défaite en Lapland avait eu un effet énorme sur eux.

Asgard ne pouvait pas se permettre d’épargner les années qu’il faudrait pour effacer les conséquences de cette défaite sur leur réputation.

Après tout, la véritable ambition de l’empire n’était pas quelque chose d’aussi trivial que la simple occupation du Jormungand ou de la Lapland.

Prendre le contrôle du continent et mener la bataille décisive contre l’espèce monstrueuse, l’ennemi de l’humanité : tel était le but ultime de l’empire.

« Je ne vous laisserai pas emmener toute l’armée. »

« J’aimerais alors en choisir 5000. »

Bien que Skuld avait un sourire ironique lorsqu’elle demanda la permission à Heimdall, cette expression s’était transformée en un sourire enchanté lorsqu’elle s’était inclinée suffisamment bas pour que sa bouche soit hors de vue.

L’armée du sud, dirigée par Skuld, était la deuxième armée de l’empire.

Elle était composée de 40 000 soldats, dont 5 000 soldats d’élite qui répondaient directement à Skuld.

C’était le « Corps de chasse rouge. »

Tant qu’elle pouvait diriger ces 5000 soldats, Skuld était persuadée qu’elle ne connaîtrait pas la défaite, même contre une armée de 30 000 hommes.

« Je le permettrai. Le marquis de Strasbourg est probablement troublé en ce moment même, vous devez partir rapidement. »

« Vos désirs sont mes ordres. »

Avec ses cheveux blonds peignés, Skuld montra le plus beau des sourires.

Ce n’était pas le sourire d’un guerrier en route pour la bataille.

C’était le beau sourire d’une grande fleur épanouie, comme on en voit à la cour royale lors d’un dîner.

***

Chapitre 96

Cela se passe environ une semaine avant la réunion à Asgard.

« Splendide. À la lumière des réalisations de notre seigneur, le statut de Bashtar s’est à nouveau élevé. »

Non seulement le statut de Bashtar avait été rétabli, mais ils avaient même récupéré le territoire perdu en raison des monstres lors de la grande invasion.

Une cérémonie avait été organisée dans la capitale pour célébrer l’élévation du statut de Kurats au rang de marquis.

C’était la première fois depuis de nombreuses décennies que l’humanité gagnait une bataille d’une telle ampleur contre des monstres.

C’était pourquoi des envoyés venaient non seulement de Jormungand et, bien sûr, de Lapland, mais aussi de la fédération Laurentia et du royaume de Keternes, qui étaient des forces égales aux cinq principaux pays du continent.

C’était particulièrement vrai pour la fédération Laurentia, qui faisait face à la troisième armée d’Asgard venant de l’ouest. Ils espéraient approfondir encore leur collaboration avec le royaume de Jormungand.

La politique expansionniste extrême d’Asgard avait provoqué un sentiment de crise dans de nombreux pays.

Désormais, tous les pays voisins devaient plus ou moins surveiller Jormungand et Asgard.

« Est-ce que c’est le Kurats à la force surhumaine des rumeurs… ? »

« J’ai entendu dire que même sa magie ne connaît pas d’égal. »

Les yeux de tous les envoyés de tous les pays étaient tournés vers Kurats alors qu’il s’agenouillait devant Christopher sur scène.

Son corps était certainement gigantesque.

Cependant, on pouvait trouver des hommes avec des corpulences similaires dans n’importe quel pays.

Sans être réellement témoin de son pouvoir, il était difficile de croire les rumeurs sur la façon dont il avait fait honte au bon sens.

Et puis, n’importe qui pouvait dire d’un seul regard que la quantité de pouvoir magique qu’il possédait était ridiculement anormale.

Son pouvoir surpassait-il vraiment l’élite d’Asgard ?

Que cela soit vrai ou non, la quatrième armée d’Asgard n’était pas destinée à combattre les principaux pays du continent.

Elle était moins bien classée que la deuxième armée de la princesse folle et que la première armée de l’épéiste diabolique Gunther.

Mais si Kurats pouvait également écraser ces deux armées, alors il ne faisait aucun doute que le nouvel ordre du continent tournerait autour de Jormungand.

Dans les temps à venir, chaque action de Kurats attirera l’attention du monde entier.

« Tout le monde ! Louons le héros qui a apporté la gloire à Jormungand ! »

« Bénissons le héros ! »

« Louons le héros ! »

« Gloire à Jormungand ! »

Quelle que soit la force dont se vantait l’empire Asgard, sa puissance était toujours à la portée du possible.

Cependant, la race des monstres avait toujours poussé l’humanité au bord de la destruction à maintes reprises. Ils inspiraient une peur qui dépassait toute rationalité.

En d’autres termes, le fait que Kurats ait vaincu un monstre de haut rang signifiait qu’il avait dépassé les héros dont les réalisations se limitaient à des guerres transnationales.

Face à une foule qui avait poussé des acclamations fracassantes, Lunaria avala sa salive.

L’heure est enfin venue.

Alors que d’autres auraient considéré que la situation avait progressé de façon scandaleuse, Lunaria avait l’impression d’attendre ce moment depuis bien trop longtemps.

En ce moment même, Kurats avait enfin atteint les qualifications nécessaires pour devenir le futur roi consort.

« J’ai encore une autre annonce à faire en ce grand jour. »

De bonne humeur, Christopher leva la main droite vers la couronne.

« Je nomme officiellement ma fille, Lunaria, comme mon successeur ! De plus, nous accueillons le seigneur Bashtar dans la famille royale en tant que son fiancé ! »

« Woooooooooooooooooooooh ! »

Une acclamation retentissante s’éleva de la foule.

Du roturier au héros. C’était comme une scène tirée tout droit du dernier chapitre d’une histoire à succès.

Pendant un moment, tout le monde oublia sa peur des monstres et d’Asgard et se laissa aller à s’enivrer de joie.

Tout comme il avait apporté à Bashtar la paix et la prospérité, le héros allait sûrement aussi apporter la gloire à Jormungand.

La foule rêvait de Kurats poussant son poing puissant vers un avenir coloré et lumineux.

Cependant, pour Lunaria, c’était déjà de l’histoire ancienne.

Elle ne pouvait pas supporter d’attendre un jour de plus.

Ce soir, je vais devenir la femme de Kurats, tant dans mon corps que dans mon esprit.

Sous l’impulsion de pousser Kurats sur place, Lunaria avait tenu ses joues rougies avec ses mains en pensant à la nuit mémorable qui allait suivre.

« Je comprends pourquoi il doit en être ainsi, mais je suis toujours jalouse… »

Cornelia contemplait avec tristesse l’imposant château teinté par les ombres du crépuscule.

En ce moment, les préparatifs de la première nuit de Lunaria se déroulaient probablement dans le calme, quelque part dans le château, tandis qu’un banquet était organisé pour les membres de la cour royale.

Cornelia avait l’impression que son cœur était transpercé par des aiguilles lorsqu’elle pensa à Lunaria. Elle allait devenir la deuxième femme à faire l’amour avec Kurats (les trois monstres ne comptaient pas).

Cependant, elle savait aussi avec certitude qu’il n’y avait aucune épouse de plus appropriée pour Kurats que Lunaria. Après tout, Kurats était devenu un marquis. Un statut que Cornelia n’aurait jamais pu imaginer.

En ce sens, elle estimait que Frigga lui conviendrait également, mais le fait de marier un noble important avec un membre d’une famille royale étrangère ne sera pas si facile.

« Pourtant, il n’est pas question que je laisse quelqu’un prendre ma position de celle qu’il aime le plus ! De plus, je suis sa seule sœur. »

Cornelia avait vu Kurats grandir depuis son enfance, plus longtemps que quiconque.

C’était la première femme dont il avait pris conscience, la première à qui il avait professé son amour et la première avec qui il s’était lié.

Malgré cela, elle devait maintenant concéder son mariage, le plus grand rêve d’une jeune fille, à Lunaria.

« Mais il n’y a aucune chance qu’une princesse élégante comme elle puisse jouer à “ça” ! »

Cornelia serra son poing devant sa poitrine pour se remonter le moral.

Le souvenir était encore vif dans sa tête.

La nuit dernière, Cornelia avait fait l’amour avec Kurats, à sa grande satisfaction, pour se rattraper aujourd’hui, et à cette occasion.

J’ai juste une question.

Cette nuit-là, Cornelia s’était allongée passivement malgré sa personnalité habituellement inébranlable.

Alors qu’il la caressait doucement, Kurats s’était entretenu avec Bernst.

{ … J’ai un terrible pressentiment à ce sujet, mais dis-moi tout.}

Je voulais donc t’interroger sur ce sort qui fait que le bétail donne plus de lait.

Dernièrement, Bashtar avait laissé parler son or et avait acheté beaucoup de chevaux et de bétail, surtout du bétail.

Fait peu connu, les vaches et le bétail sont des animaux « tricheurs » très utiles pour les sociétés humaines.

Si on les place dans des prés sous-développés, ils mangent les mauvaises herbes et continuent à grandir, en épargnant le prix de leur alimentation.

Leur lait a une haute valeur nutritive, et ils sont à la fois forts et dociles, ce qui les rend très utiles pour l’agriculture.

Grâce à leur grande taille, leur viande est une grande source de protéines et peut facilement nourrir plusieurs personnes pendant plusieurs mois lorsque la nourriture est rare en hiver.

Cela étant, Bashtar avait décidé d’acheter un grand nombre de bovins pour non seulement résoudre le problème de l’approvisionnement alimentaire, mais aussi pour développer davantage l’agriculture du territoire afin de s’adapter à l’augmentation de la population.

Bien sûr, tout cela était l’idée de Bernst.

{Y a-t-il un problème avec le sort ? Il devrait suffire à lui seul pour répondre à la demande de lait du territoire.}

Ce n’est pas ça, je me demandais juste… que se passe-t-il si je l’utilise sur une femme ?

{Et bien, je suppose qu’elle allaitera.}

Dès qu’il entendit cela, Kurats se prostra et fit claqué sa tête au sol.

J’ai regardé la magie de haut pendant tout ce temps !!! Pardonne-moi, j’étais un idiot !!

{Tu me tues là !!! Je t’en veux vraiment d’avoir respecté la magie pour cette raison !!}

S’il avait été un être matériel, Bernst aurait crié si fort qu’il aurait été au bord des larmes.

Les techniques inégalées, incomparables, inégalées du roi magique qui était presque l’égal d’un dieu allaient être utilisées que pour tirer le lait d’une femelle ? C’était bien trop absurde.

« K-Kurats, que fais-tu ? »

En regardant son frère claquer soudainement la tête par terre, Cornelia se sentit perplexe face à son comportement.

Cornelia se demandait s’il était devenu fou à cause du stress.

Normalement, on penserait que cela serait impossible pour quelqu’un comme Kurats, et Cornelia n’aurait en effet pas fait une telle conjecture si la vie de Kurats n’avait pas pris un tel virage récemment.

Il avait dû constamment donner ses décisions et son approbation en ce qui concernait la politique de Bashtar.

De plus, maintenant que le nombre de subalternes était enfin devenu important, il fallait s’occuper du forage, de l’entraînement et des inspections de ses forces.

Sans parler des piles de documents nécessaires à l’exécution du budget.

Même s’il avait fait appel aux talents de Marika et de Clodette, il y avait des dépenses que seul le seigneur du territoire pouvait gérer.

Un seigneur qui laisserait libre cours à son budget à ses subordonnés ne serait plus un seigneur.

Pourtant, même du point de vue de Cornelia, Kurats avait travaillé extrêmement dur.

« Cornelia, il y a un petit quelque chose que j’aimerais te demander… »

« Hmm… ? »

Même maintenant, Cornelia se demandait pourquoi elle avait obéi aux paroles que Kurats lui avait murmurées cette nuit-là.

Rien que d’y penser, son visage montrait de plus en plus la gêne.

Cependant, lorsqu’elle avait serré Kurats dans ses bras alors qu’il buvait le lait de sa maigre poitrine comme un bébé, elle avait été frappée par une transe de maternité. Elle n’avait d’ailleurs jamais su ce qu’il y avait en elle-même jusqu’à ce moment précis.

Mais que pouvait-elle dire ? L’acte de boire le lait ou de le donner à quelqu’un d’autre était tout aussi tordu.

Cela ne ressemblait absolument pas à ce que les gens normaux feraient.

« Fufufufufu… Lunaria, pourrais-tu faire la même chose ? »

Cornelia avait décidé de rester calme face à toute cette situation, mais il était inutile de dire qu’une fois qu’elle avait retrouvé son calme, la honte était si douloureuse qu’elle voulait mourir.

« Ce sera mon tour la prochaine fois, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr. »

Pendant ce temps, Frigga, à qui on lui avait demandé d’attendre son tour, était au bord de la rupture mentale à mesure que l’heure de la nuit de noces de Lunaria approchait.

***

Chapitre 97

Une fois que le groupe de l’Est avait terminé son spectacle, qui semblait quelque peu triste par rapport à l’atmosphère animée, il fit place à une belle danse exécutée par des femmes du Sud légèrement vêtues.

On avait secrètement servi aux invités une sorte de liqueur qui avait un effet stimulant sur l’esprit. Ceux-ci profitèrent de l’occasion pour goûter à toutes sortes de délices.

Bientôt, les seules personnes laissées derrière dans la salle étaient Lunaria et Kurats, tous deux rougissants.

Comme cela avait été prévu depuis le début, la porte au fond de la salle s’était ouverte sans bruit.

Dans la pièce derrière la porte, il y avait un splendide lit à baldaquin, placé comme s’il s’agissait d’un sanctuaire destiné à être exposé.

Tout va bien se passer, j’ai pris mon bain avec beaucoup de soin, j’ai mis mon parfum préféré et j’ai choisi mes meilleurs sous-vêtements… !

Peut-être par peur de l’inconnu, Lunaria n’avait pas pu bouger d’un pouce de l’endroit où elle était assise, bien qu’elle ait déjà pris la résolution d’aller jusqu’au bout.

Alors qu’elle serrait ses paumes en sueur, Lunaria se sentait tellement dépassée que ses épaules tremblaient.

{On est censé l’enlacer d’abord si l’on veut relâcher la tension.}

(Je sais, tu n’as pas à me le dire ! J’ai déjà un peu d’expérience, je ne suis plus vierge.)

{Ohoho, je vois, l’enfant qui allaite a de l’expérience. Bien sûr que tu en as.}

Tac !

Kurats avait eu l’impression que plusieurs vaisseaux sanguins s’étaient brisés dans son cerveau suite à la provocation de Bernst.

Comme il avait lui-même l’impression que cette inclinaison était anormale, les paroles de Bernst l’avaient poignardé là où ça faisait mal.

« Dis quelque chose ! L’homme n’est-il pas censé prendre tendrement la tête dans ce genre de situation ? A-aaah ! »

Voyant Kurats la regardant fixement d’un regard intense, Lunaria s’enflamma et bondit pour lui. Cependant, comme son corps était pris dans la tension de sa première nuit, elle avait fini par plonger accidentellement vers son visage.

Lorsqu’il sentit les bourrelets, beaucoup plus gros que ceux de Cornelia, qui se déversaient de la robe de Lunaria, Kurats perdit toute raison.

« J’ai été patient pendant bien trop longtemps ! »

C’était une princesse, une beauté inaccessible.

Maintenant qu’elle offrait son doux corps, quel genre d’homme refuserait ?

Alors qu’il cherchait des excuses pour ne pas se retenir, Kurats sauta sur ces bourrelets qu’il cherchait.

« Je m’enfonce ! »

« Attends, c’est ma première, sois gentil, toi-Aaaah ! »

Plusieurs heures plus tard.

Alors qu’ils étaient à bout de souffle, les deux jeunes se regardaient dans les yeux, rougissants, serrés l’un dans l’autre.

« Mon Dieu, tu es trop brutal… »

« Je n’ai rien à dire pour ma défense. »

« Cependant… je pense que j’aime bien comme ça ♪ »

Lunaria fit sortir de son corps sa timidité alors que son cerveau s’éveillait à quelque chose de mal.

Elle et Kurats étaient devenus plus proches que jamais… Bien que leur cérémonie de mariage n’ait pas encore eu lieu, ils étaient effectivement unis dans leur corps et dans leur esprit.

Le lendemain, Lunaria s’était réveillée avec un sentiment d’épuisement et de fatigue.

Une partie spécifique de son corps se sentait encore mal à l’aise, mais c’était la preuve de son union tant attendue avec son bien-aimé.

Alors que son expression se déformait de toutes parts, coincée entre sa joie et son embarras, elle remarqua que Kurats la regardait joyeusement.

« Ne me regarde pas, idiot ! »

Lunaria s’empressa de cacher son visage rougissant, mais cela ne servit qu’à exposer le reste de son corps ainsi que les traces de la veille.

En regardant les beaux bourrelets qui rebondissaient sous l’effet de la gravité, Kurats avait un sourire satisfait sur son visage.

(Un jour, je pourrai boire du lait jusqu’à ce que je sois rassasié… Un jour…)

{Assez avec ça, espèce de pervers !}

(Oooh ? Tu as l’air si passionné, je n’aurais jamais pensé que tu étais aussi excité par le lait, Bernst.)

{Inacceptable ! Le nom du roi magique Bernst ne doit pas être terni par tes revendications inacceptables !}

« Je t’ai déjà dit d’arrêter de regarder, non !? »

Incapable de cacher complètement ses attraits avec ses seuls bras, Lunaria essaya de chercher ses vêtements en toute hâte.

Lorsqu’elle avait tourné son dos entièrement exposé vers Kurats pour chercher ses sous-vêtements de manière très suggestive, la raison de Kurats avait été soudainement détruite à nouveau.

« Je ne peux plus me retenir ! »

« Hein ? Aaaah ! Tu ne peux pas, si tôt le matin… »

Bien que ses joues rougissaient, ce n’était qu’un prétexte. Elle accueille en fait Kurats.

À la vue de son regard calme, on pourrait peut-être dire que c’était Kurats qui avait été pris au piège à ce moment-là.

… Ce jour-là, Lunaria et Kurats n’avaient pas fait leur première apparition en dehors de la pièce avant midi.

« La prochaine fois, ce sera mon tour, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, c’est sûr… »

Lorsqu’elle avait été confrontée au regard amer de Frigga, même Lunaria avait su ne pas afficher son bonheur devant elle.

◆ ◆ ◆

Nous ne reconnaissons pas Lunaria comme l’héritier du trône.

Deux jours après le banquet, une lettre avait été délivrée directement par le marquis de Strasbourg.

Felbell est la successeure légitime au trône. Je défendrai son statut par la force s’il le faut.

C’était les mots éloquents qui figuraient sur la lettre.

« Ce jeune homme, est-il devenu fou ? »

La famille de Strasbourg était, sans aucun doute, l’une des plus prestigieuses familles du royaume.

Leur territoire était une terre très fertile, un point clé pour les transports, et avait une population importante qui correspondait à une grande armée.

Cependant, leur supériorité n’avait de sens que dans le cadre d’une comparaison avec d’autres nobles, il était encore imprudent pour eux de montrer leurs crocs face aux troupes du royaume.

Le territoire de Strasbourg partageait une frontière avec Asgard et disposait donc d’un solide rempart du côté de l’empire.

En revanche, leur défense du côté de Jormungand était minime, c’était un simple fossé.

Si Albert avait été au centre du palais royal, comme par le passé, il aurait probablement reçu le soutien direct et indirect de quelques confrères nobles.

Mais aujourd’hui, on pouvait même se demander si ses propres parents seraient à ses côtés.

Christopher pencha la tête dans la confusion. Pourquoi quelqu’un comme Albert prendrait-il une initiative aussi stupide ?

« Votre Majesté, permettez-nous de nous occuper de la mauvaise conduite du marquis. »

Un groupe d’hommes s’était avancé.

Il s’agissait du baron Villepin, du comte Clouzot, et de l’homme qui avait été le bras droit d’Albert, le marquis Lagrange.

Après la chute d’Albert, ils avaient rapidement changé de camp pour rejoindre la faction de Lunaria, mais ils n’avaient rien encore monté sur la scène principale. Ils attendaient une occasion de se racheter.

En très peu de temps, de nombreuses pensées tourbillonnaient dans la tête de Christopher.

En vérité, il n’allait pas être facile de vaincre l’élite de Strasbourg avec la seule puissance combinée de ces nobles.

Christopher s’était dit que s’il laissait Kurats s’occuper de cette question à la place, il vaincrait haut la main les forces d’Albert.

Cependant, peu importe que Kurats puisse réussir ou non, le seul scénario que Christopher voulait éviter à tout prix était de laisser tous les acquis de la cour royale être monopolisés.

Kurats avait tellement de pouvoir qu’il pouvait construire une nouvelle dynastie à lui seul, mais cela pouvait aussi être gênant. Si le roi s’appuyait trop sur Lunaria et Kurats, cela reviendrait à délaisser les autres nobles.

La coopération des nobles était essentielle pour gouverner les vastes terres du royaume.

Si une erreur était commise dans les interactions entre eux et la famille royale, alors même si la génération actuelle n’en voyait pas les conséquences, la suivante devrait payer la note.

Même si Kurats pouvait être un roi fort, les exemples montrant un roi puissant mourir tout en laissant son successeur faiblement décidé pousser son pays à la ruine ne manquait pas dans l’histoire.

« Vous pouvez le faire. J’espère voir votre loyauté en action. »

« Compris ! »

« Cela étant dit, le pouvoir de vos trois territoires ne sera pas suffisant. Je vais envoyer le général Kfir, de l’armée royale, avec vous. »

Le général Kfir était le cousin de la femme de Lagrange.

Sachant que Christopher en avait tenu compte dans sa décision, Lagrange s’inclina profondément devant le roi.

« Le royaume verra la victoire. »

Suivant Lagrange, parti en hâte pour préparer la bataille à venir, le comte Clouzot et le baron Villepiun se mirent à discuter.

« Ça va aller, n’est-ce pas ? »

« Albert n’est pas aussi doué pour la guerre que pour la politique. D’ailleurs, qu’ils servent ou non sa famille, combien de personnes se rebelleront sérieusement contre le royaume, à votre avis ? »

Si le territoire de Strasbourg était certainement puissant, ses subordonnés étaient toujours les gens du royaume de Jormungand.

Ils ne défieraient peut-être pas facilement leur seigneur, mais ils n’avaient pas non plus beaucoup de volonté pour s’opposer au royaume.

D’après ce que Lagrange avait observé, Albert avait le soutien d’une petite partie de ses parents.

Si les attentes de Lagrange étaient justes, Albert aurait moins de 20 % de ses proches à ses côtés, auquel cas la victoire était à portée de main.

« Pourtant, il y a six mois, je n’aurais jamais imaginé que cela se produirait… »

À l’époque, ils n’avaient jamais eu de doute sur les pas qu’ils avaient faits le long du chemin de la gloire d’Albert.

Lagrange répondit au soupir de Villepin par un ricanement.

« Eh bien, la vie est une série d’événements inattendus que même les rêves ne peuvent espérer atteindre. C’est comme ça. Seul un prophète peut prévoir l’avenir. »

C’était dans cette perspective que Lagrange avait levé la main plus tôt que quiconque pour proposer de faire face à la rébellion d’Albert.

« Il semblerait que vous ayez des idées précises sur la question. »

Clouzot avait dû lever les yeux pour regarder Lagrange.

Le grand Lagrange avait regardé Clouzot avec arrogance, tout en caressant la barbe dont il était fier.

« Regardez-le comme ça. La princesse Lunaria ne s’est même pas encore mariée, non ? Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’un enfant naisse entre elle et cet opportuniste grossier ? Il pourrait ne pas perdre son statut dans un avenir proche, mais qu’en sera-t-il plus tard ? »

« En effet… Donc, en d’autres termes… »

En d’autres termes, il était trop tôt pour déclarer que le jeu était terminé.

Même si Lunaria était devenu le futur héritier, cela ne changeait rien au fait que Felbell était l’un des deux seuls enfants du roi.

La condition inconnue de Lunaria pouvait revenir, elle pouvait finir par la faire rechuter n’importe quand.

Quant à Kurats, il y avait encore trop de choses obscures à son sujet, beaucoup trop pour un aristocrate du royaume à part entière.

De plus, le couple pourrait peut-être ne pas avoir d’enfants, ou bien ils divorceraient l’un de l’autre.

Ces possibilités ne devaient pas être négligées, car même si un roi mâle pouvait avoir un nombre illimité de concubines, il était rare qu’une reine ait un autre amant que son époux.

De ce fait, Felbell avait toujours une grande valeur, même après la chute d’Albert.

« Comment pourrais-je laisser un singe géant, dont les origines sont encore floues, faire ce qu’il veut avec notre pays ? Je ne ménagerai aucun effort pour réparer ce tort. »

« Monsieur Lagrange, vous êtes vraiment un loyal sujet du royaume. »

Pour l’instant, Lagrange se contentait de ne pas être sur la scène principale, mais s’il accumulait suffisamment de réussites dans l’attaque d’Albert, il pourrait alors renverser la situation.

Lagrange était un homme d’âge moyen approchant la cinquantaine, il n’était pas assez âgé pour oublier ses ambitions et se contenter de vivre ses vieux jours.

Au contraire, il avait assez d’expérience pour reconstruire la faction de Felbell, même maintenant qu’elle avait perdu sa figure centrale et sa puissance, Albert.

« Mais d’abord, concentrons nos efforts sur la victoire qui se présente à nous. Il ne faudra pas longtemps à cet homme pour révéler ses défauts de toute façon. »

Pour l’instant, ces nobles ne doutaient pas que l’idiot Albert serait leur tremplin.

Et cela aurait certainement été le cas si Albert avait été leur seul adversaire.

Mais si leur confiance en la victoire n’était pas injustifiée, tout ce que l’avenir leur réservait était une dure et macabre réalité.

Comme l’avait dit Lagrange, la vie est une série d’événements inattendus que même les rêves ne peuvent espérer atteindre.

***

Chapitre 98

« Maître, je ne peux plus attendre. »

La nuit suivant la première fois de Lunaria, Frigga était venue vers Kurats.

Si elle attendait plus longtemps, Dieu savait ce que ferait l’instable Frigga.

Cornelia et Lunaria en étaient bien conscientes.

Surtout Lunaria, comme elle avait eu sa part d’attente à faire aussi, elle avait senti la détresse de Frigga et avait été très indulgente avec elle sur le sujet.

« Je ne te ferai plus attendre. Viens ici, Frigga… c’est ce que j’aimerais dire, mais pourquoi Crushiadra est-elle ici ? »

De façon inattendue, Frigga avait amené avec elle Crushiadra, le monstre qui s’était soumis à elle.

Crushiadra donnait toujours la même impression que par le passé. Une beauté dans les vêtements d’homme.

« Comme c’est la première fois que ma sœur se présente, je suis venue lui offrir mon aide. Et comme je lui appartiens, je ne peux pas me permettre de la laisser se faire dévorer toute seule, maître. »

« Je ne comprends pas… »

{En résumé, elle est comme un animal de compagnie qui adore Frigga et ne veut pas la quitter.}

Je vois…

« Crushiadra, tu sers peut-être sous les ordres de Frigga, mais Frigga est toujours ma femme. Ne la dérange pas. »

« Si ma sœur le souhaite, nous pouvons être ce que vous voulez, c’est comme vous voulez. »

« D’accord, alors ce sera du lait. »

« Excusez-moi, quoi ? »

Crushiadra n’était pas tout à fait capable de calculer les mots très inattendus.

« Maître ! Vous voulez que je tombe enceinte !? »

Frigga éleva la voix dans un pur délice alors que des taches de lait commençaient à apparaître sur ses vêtements.

« Pervers ! Espèce de pervers ! Pervers ! Pervers ! Pervers ! Pervers ! Même moi, je ne suis pas allé aussi loin… ! »

Même si elle insultait Kurats, le ton de la voix de Crushiadra montrait qu’elle n’était pas aussi outrée qu’elle le laissait entendre.

Au moment où le soleil se leva le lendemain matin, Frigga et Crushiadra avaient été épuisées par les Kurats.

« Maître, j’ai trouvé le bonheur… »

« Euh… De penser qu’un jour viendrait où je céderai à un pervers… »

« Peu importe, j’ai besoin de ma réserve matinale de lait. »

« Aaaaaaaaaaaaah ! »

La beauté sublime du champ de bataille et l’amante des femmes qui avait été un jour ennemi s’étaient senties comme des fleurs éphémères quand elles avaient été soulevées par la force sans fin de Kurats…

Ce jour-là, Trisetella fit un cauchemar.

Elle avait une légère sueur sur le front et fronçait les sourcils à cause de l’inconfort.

« Euh… Euh — … »

Parfois, Triestella secouait la tête, l’enfonçant davantage dans son grand oreiller.

Elle était tourmentée par un cauchemar qu’elle n’avait pas vécu depuis le jour où elle avait rencontré Kurats.

C’était un souvenir abominable de la moitié d’une année passée.

« Oh, mon Dieu, s’exposer encore ? Tu es incorrigible. »

« Catherine ? Humph… »

Ayant été retrouvée par cette femme qu’elle détestait beaucoup, Triestella fronça les sourcils avec mécontentement.

À l’époque, Catherine, célèbre aristocrate monstrueuse considérée comme l’un des deux plus beaux monstres, sinon le plus beau, avait été la source de l’envie de Triestella.

Considérée comme une femme de mauvais goût, elle avait été habituée à ce que ses collègues aristocrates du sexe opposé détournent carrément le regard d’elle.

Ce n’était un secret pour personne que pour les humains, les Nosferatus étaient des beautés éblouissantes. Cependant, les autres aristocrates supérieurs, immunisés contre leurs charmes, avaient l’impression qu’elles ressemblaient trop aux humains.

Pour les monstres, dont la croyance fondamentale était le pouvoir, ressembler à un humain s’apparentait à ressembler à un cafard.

Triestella contempla à nouveau la beauté de Catherine.

Tout d’abord, son corps avait l’air gluant, comme celui d’un serpent.

De plus, sa peau d’un noir bleuté scintillait mystérieusement, comme le dos d’une truite.

Quelle provocation !

Il n’était pas étonnant que tant d’hommes aient voulu se frotter le visage sur sa peau, pour avoir un aperçu de ce qu’elle ressentait.

Comparée à elle, la peau élastique de Triestella n’avait aucun attrait en elle !

Sachant cela, elle regarda en bas, perdue.

« Fufufu… Je vois que ton corps est plus dépravé que jamais. S’il te plaît, essaie de te mettre à la place de ces messieurs qui doivent être exposés à ton air minable. »

« Euh… »

Humiliée, Triestella se mordit la lèvre avec force.

Bien que Triestella soit aussi une femme, elle ne pouvait s’empêcher d’admirer les biceps de Catherine, robustes et rocailleux, et ses muscles pectoraux fascinants et incurvés.

Les commissures des lèvres de Catherine, dont chacune était déchirée jusqu’aux oreilles, s’étaient élevées en un sourire.

C’était un sourire incroyablement gracieux.

Avec son nez très long et très large et ses yeux bulbeux, toute son image avait un aspect noble.

J’aurais aimé être née avec de si beaux traits !

« Oh ! C’est le Duc Tarantino ! »

« Comtesse Bathory ? Vous êtes toujours aussi belle, comme une étoile brillante dans le ciel nocturne. »

« Oh, mon Dieu, vous me flattez. »

Une langue rouge vif, comme un serpent, transperçait les lèvres déchirées de Catherine.

C’était criminellement mignon.

Avoir à saluer après que Catherine avait fait une telle impression était une torture pour Triestella.

« Salutations, Duc Tarantino. J’espère que vous allez bien. »

« Mhm, j’espère que vous allez bien aussi, comtesse. »

Triestella ne pouvait s’empêcher de remarquer que le duc détournait les yeux d’elle en le disant.

Bien qu’elle se sentît perdue en tant que femme, Triestella se gonfla fièrement la poitrine.

« Je me réjouis de ce dîner. »

Quand Triestella commença à se pencher vers le bras droit de Tarantino, le bras épais de Catherine était venu comme un ouragan pour prendre sa place, comme si elle attendait qu’elle essaie.

Il y avait un trop grand écart entre la force physique naturelle de Triestella et celle de Catherine pour que Triestella puisse faire quoi que ce soit.

En un instant, Catherine avait pris la place de Triestella à côté du duc et tous deux se dirigèrent avec joie vers la salle à manger où se déroulait le dîner.

Ils n’avaient même pas lancé un seul regard à Triestella, qui avait été laissée derrière eux.

Les rires qui venaient de tous les côtés, se moquant de la misère de Triestella, lui donnaient l’impression d’être poignardée dans les oreilles.

« Oh, mon Dieu, la pauvre. »

« Regardez sa taille fine et disgracieuse ! »

« Elle est comme une humaine, si effrayante ! »

« Nooooooooooooooooooooooooooooooooooooon ! »

Le sommeil de Triestella avaot été interrompu par son propre cri. Son corps était trempé de sueur.

Son cœur battait si fort qu’il lui faisait mal physiquement.

Pourquoi ai-je fait un tel rêve ? Se demandait-elle...

« Que s’est-il passé, Stella ? »

… Mais la réponse à sa question était claire.

Allongé à côté de Triestella, sans aucun vêtement, se trouvait Kurats, le maître auquel Triestella avait décidé de se consacrer corps et âme.

« … Maître, suis-je jolie ? »

Kurats était la seule personne dont elle souhaitait qu’elle ne lui déplaise pas. Elle ne voulait pas qu’il détourne ses yeux d’elle à cause de son apparence.

Ce sentiment sincère d’appréhension était probablement la raison pour laquelle ce vieux cauchemar avait refait surface dans son esprit.

« Sans aucun doute. Ta grosse poitrine, ton dos serré, tes cheveux brillants et platine, j’aime tout ça. »

« Je suis contente… Merci, maître ! »

Ce sont des mots que personne d’autre ne lui avait jamais dits.

Même si elle savait qu’elle était attirante selon les critères humains, Triestella ne pouvait pas s’empêcher de demander la confirmation de Kurats.

Elle se sentait même reconnaissante d’être née en tant que Nosferatu, avec des traits humains.

Même si cela signifiait que ses pairs la méprisaient parce qu’elle était laide, tout ce qu’elle voulait, c’était que Kurats lui dise qu’elle était belle.

« Je dois dire que je ne comprends toujours pas la perception de la beauté du monstre. »

« Dans notre société, on considère que plus la peau est dure, mieux c’est. »

« Je n’arrive pas à me faire à l’idée. Qui pourrait trouver cette poitrine molle peu attrayante !? »

« Ah ! »

Au moment où Kurats l’avait saisi par-devant avec ses grandes mains, Cornelia n’avait pas pu s’empêcher de laisser échapper une belle exclamation sur ses lèvres.

« S’il te plaît, montre-moi, laisse-moi croire que tes mots sont vrais. »

« Considère que c’est fait. »

Ainsi, leurs corps s’étaient à nouveau entrelacés sous la pâle lumière du soleil matinal.

***

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Un commentaire

  1. Merci encore pour cette comédie 😅

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