Almadianos Eiyuuden – Tome 3

***

Chapitre 65

Quelque part entre la limite du territoire d’Asgard et le territoire des monstres, une centaine de cavaliers avançaient.

« On devrait bientôt voir la frontière. »

Frigga se retourna avec une expression joyeuse alors qu’elle parlait à Kurats, qui souriait avec ironie en prenant de plein fouet son regard perçant.

Armé d’une lettre du roi Siegfried ainsi que de la nouvelle que Lapland avait triomphé de l’armée d’Asgard, Kurats avait décidé de rentrer chez lui. Quand elle entendit cela, Frigga lui proposa de l’accompagner comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

« Nos espions ont vu des signes indiquant qu’Asgard va envahir Jormungand. Si c’est vrai, alors il est naturel que notre royaume leur offre son soutien. »

« Mais nos militaires ont besoin de vous, Votre Altesse, que ferons-nous si vous quittez le pays trop longtemps… »

« Nous pouvons nous débrouiller seuls ici. Il s’agit d’un geste politique important qui fera pencher l’opinion publique de Jormungand vers notre royaume. On ne peut pas rater cette chance. »

C’est ce qu’avait dit le roi Siegfried avant de pousser sa sœur hors du château.

Il savait que l’opinion publique de Jormungand était déchirée quant à la façon d’interagir avec Asgard.

Cependant, si les deux grandes puissances décidaient de ne pas s’affronter dans la bataille, rien ne permettait de dire si l’alliance du Nord pourrait remporter la victoire une deuxième fois.

En outre, en tant que frère aîné, il était tout naturel pour Siegfried de soutenir sa jeune sœur maintenant qu’elle avait enfin trouvé l’amour.

« Si c’est le cas, alors je vais devoir abuser de ta gentillesse. »

Kurats n’était pas du tout opposé à l’aide de Frigga.

En rapportant la victoire de Lapland, la crédibilité et l’importance des paroles de Kurats allaient dépendre de la présence de Frigga en tant que témoin. Avoir Frigga à ses côtés ne lui ferait certainement pas de mal dans l’atmosphère tendue de la cour royale de Jormungand.

Ainsi, le jour de son départ, Kurats avait fini par être accompagné de Frigga, qui n’avait rien fait pour cacher sa joie, ainsi que d’une centaine de chevaliers d’élite à cheval.

« Mais cet endroit est étonnamment paisible, vu la proximité du territoire du monstre. Je pensais qu’ils seraient impatients d’attaquer des humains comme nous. »

Les mots de Frigga, dits par hasard, firent transpirer secrètement Kurats dans le dos.

Il se souvint des massacres qu’il avait commis lorsqu’il s’était laissé emporter sur le chemin vers Lapland.

Après la défaite de ce soi-disant monstre noble, les monstres de la région s’étaient probablement dispersés.

« C’est bien qu’il ne se soit rien passé… »

« Je suppose que oui… Pourquoi es-tu si soudainement pressé ? »

« Je ne suis pas pressé ! »

Ils continuèrent à plaisanter pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’ils atteignent finalement l’extrémité de la forteresse. De là, au-delà des collines, ils pouvaient voir un fort.

C’est le fort Mercury. Il était situé à la frontière entre Asgard et Jormungand.

Une fois le fort franchi, il leur faudrait environ une demi-journée pour atteindre Jormungand.

Ils avaient aussi la possibilité d’aller plus loin dans le territoire des monstres pour passer devant le fort sans avoir à se battre, cependant…

« Vu que nous sommes venus jusqu’ici… »

« Autant s’amuser tant qu’on y est ! »

Cependant, les deux maniaques de la bataille n’avaient aucune raison de choisir une méthode aussi passive.

◆ ◆ ◆

Tandis qu’il regardait le paysage calme et inaltéré de la campagne autour du fort Mercury, Callisto fit un grand bâillement.

C’était le chef de la garnison qui était stationnée ici.

Mais comme il était impensable qu’il y ait des envahisseurs du royaume de Jormungand étant donné la force actuelle de l’empire, il n’y avait rien d’autre à faire dans ce fort que de tuer les quelques monstres qui s’y égaraient de temps à autre.

En tant que membre de l’armée de l’empire Asgard, Callisto avait été formée dans une certaine mesure comme soldat, mais quand la paix commençait à s’éterniser, même les soldats formés commençaient à se relâcher. C’était vrai pour n’importe quelle armée dans n’importe quel pays.

« Je me demande si nous serons bientôt rappelés à la capitale… Vous ne pouvez pas garder un homme dans la fleur de l’âge comme moi dans ce trou perdu, sans femmes. C’est étouffant. »

« Vas-tu recommencer à te plaindre, capitaine ? Tu fais toujours ça. »

« Ferme ta gueule ! Ne fais pas comme si tu ne pensais pas la même chose ! »

« Contrairement à toi, capitaine, je suis encore jeune. J’aurais du mal à trouver un autre moyen de gagner de l’argent sans risquer ma vie. »

« Bah, n’importe quoi ! Quel est le rapport avec le fait que tu sois jeune ? Saches que quand j’étais jeune, je… »

À ce moment-là, quelque chose d’inhabituel se produisit.

« Capitaine, plusieurs cavaliers arrivent de l’arrière du fort ! Il y en a une centaine ! »

« Des cavaliers ? Pourquoi voudraient-ils venir ici ? Nous sommes au milieu de nulle part… »

« Capitaine, que devons-nous faire ? »

« Pour l’instant, restez en alerte. Ils viennent peut-être d’un pays ennemi. »

Malgré ses paroles, Callisto pensait qu’il s’agissait probablement d’une inspection surprise.

Lorsque les soldats restaient trop loin du champ de bataille, ils avaient tendance à baisser la garde et à perdre leur esprit combatif.

Pour faire face à ce problème, les inspecteurs militaires de l’empire allaient régulièrement vérifier les gardes qui étaient stationnées dans des régions éloignées. Callisto en avait déjà entendu parler.

Cependant…

« C’est… Le, le symbole de Lapland ? Qu’est-ce qu’ils font ici !? »

« Tu as dit Lapland ! »

Tout ce que Callisto savait des événements récents, c’était que le quatrième escadron de l’empire envahissait actuellement Lapland.

Voir les forces de l’ennemi ici ne pouvait signifier qu’une chose.

« Préparez vos arbalètes ! Réveillez ceux qui font la sieste ! Si quelqu’un perd du temps, je le jette au-dessus des remparts ! »

« Que toutes les forces se préparent au combat ! Dépêchez-vous ! »

Le fort Mercury, avec ses solides remparts de pierre, était loin de manquer de défense.

Il avait été conçu pour servir de première ligne défensive dans le cas peu probable d’une confrontation serrée contre Jormungand, et il pouvait accueillir jusqu’à 3000 soldats.

Cependant, les forces actuellement présentes dans le fort n’étaient qu’un dixième de ce nombre.

« Pensent-ils qu’ils peuvent faire tomber un fort avec à peine cent cavaliers ? »

De par leur nature même de force mobile, les cavaliers n’étaient pas faits pour les combats de siège. De plus, le fort avait un avantage écrasant en nombre.

Une fois qu’ils s’en étaient rendu compte, les centaines de gardes à l’intérieur du fort avaient lentement retrouvé leur sang-froid.

« D’accord, aujourd’hui, je vais m’efforcer de dissiper toute ta frustration. »

Vraiment ? ! Tu ne mens pas, n’est-ce pas ? Si tu me dis que tu mens, je crois que je vais pleurer.

« Désolé, mec. Je ne savais pas que c’était si grave. »

Quand il avait vu à quel point Bernst s’énervait, Kurats s’était rendu compte à quel point sa manière de vivre comme une andouille lui causait du stress.

Il avait poussé les mages les plus forts à leurs limites.

{Est-ce que ça aura de l’importance si ce fort disparaît ?}

« Je ne pense pas que ça changera grand-chose, mais on ne peut pas laisser un trou sans fond là. »

{Je vois. Alors tu peux l’écraser.}

« Aux quatre grands éléments qui habitent cette terre, écoutez l’appel de Kurats Hans Almadianos. »

Comme l’ennemi n’avait pas de mages ni de guerriers du niveau de Brigitte, Kurats pouvait commencer à incanter tranquillement.

« Je vous ordonne de me prêter votre pouvoir. Que mes ennemis ne fassent qu’un avec la terre. Qu’elle devienne leur prison éternelle. Prison éternelle. »

« Ces gars sont des cavaliers, pourquoi s’arrêteraient-ils ? »

« Ils ne semblent pas attendre des renforts… Ils ont peut-être des mages ? »

Callisto avait raison.

Cependant, ses attentes étaient très éloignées de l’ampleur réelle de ce qui allait se passer.

Il s’attendait tout au plus à ce que des tirs et des boules de feu lui soient tirés dessus.

Crack.

Quand Callisto entendit ce qui ressemblait à des fissures se formant dans les murs, un pouvoir invisible s’exerça soudainement sur lui et sur tous les autres soldats de la garnison, les forçant à ramper jusqu’au sol.

Il n’avait aucune idée de ce qui se passait.

C’était comme si le sol changeait de place et que le ciel s’effondrait.

Dans sa panique, Callisto essaya de se lever à la hâte, mais il ne pouvait pas bouger un doigt.

Cependant, il savait que ses camarades étaient étouffés par la pression. Il pouvait entendre leurs gémissements tout autour de lui.

« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Callisto n’avait jamais entendu parler d’un tel sort.

Alors qu’il était prêt à faire quelques sacrifices, il y avait de multiples façons pour lui de faire face aux attaques magiques régulières.

Cependant, le pouvoir qui s’exerçait sur le fort semblait provenir d’un sort anti-militaire de grande échelle, dont la puissance ne pouvait être invoquée que par toute une compagnie de mages qui utilisaient toute leur puissance.

Il essaya de vérifier combien de mages l’ennemi avait, mais ni lui, ni personne autour de lui, ne pouvait se lever pour le moment.

« Capitaine. Pouvons-nous nous échapper ? »

« Désolé. J’aimerais bien, mais… »

La pression devenait de plus en plus forte.

Elle avait atteint un point où Callisto et ses hommes ne pouvaient même plus ouvrir la bouche.

Les bâtisses à l’intérieur du fort s’écroulèrent et furent bientôt suivies par les piliers du fort, qui tombèrent avec un bruit de tonnerre.

Au cours des dernières années, le mur sud du fort avait commencé à perdre son équilibre au fil du temps. C’était probablement la raison pour laquelle, lorsqu’une seule partie isolée s’effondra qu’elle va créer une réaction en chaîne qui détruira le reste du mur de cet endroit.

… Merde ! Comme si être relégué dans ce trou perdu ne suffisait pas, maintenant tu me dis que je dois mourir ici ? Quand est-ce que j’aurai une pause ?

C’était la dernière pensée du capitaine de la garnison, Callisto.

Avec les sons de pastèques éclatantes, les nombreux gardes du fort Mercury se transformèrent en simples boules sur le sol à cause de la force gravitationnelle massive qui les pressait.

Les cavaliers ne pouvaient pas détourner le regard de la scène effrayante qui se déroulait devant eux.

De leur point de vue, cela ressemblait à un trou noir qui s’était ouvert au centre du fort et qui l’engloutissait avec tout ce qu’il y avait à l’intérieur.

Le seul réconfort trouvé par les cavaliers fut qu’ils ne pouvaient pas entendre les cris des soldats d’Asgard. Ils étaient probablement déjà morts depuis un moment.

L’effet du sort n’avait duré que dix minutes.

À la fin, le fort avait complètement disparu, de ses remparts à ses fondations. C’était comme s’il n’avait jamais été là auparavant.

Naturellement, il ne restait pas non plus une trace de la garnison.

Si quelqu’un qui n’était jamais venu ici passait par là, il croirait sans aucun doute que cela a toujours été un champ ouvert.

{Alors? Comment était-ce ?}

Bernst était sur le point de se féliciter fièrement pour ce travail bien fait, mais Kurats avait tout gâché sans pitié.

« C’était plus… simple que ce à quoi je m’attendais. »

{Ce sort est au sommet de la magie de destruction ciblée. Il peut effacer tout ce que tu désires sans causer de dégâts inutiles à l’environnement… et tu dis que c’est « simple »!?}

{Est-ce que cet abruti ne comprendra jamais le côté délicat et artistique de la magie? Pourquoi ne peut-il pas le voir?}

Cela faisait longtemps que Bernst n’avait pas eu la satisfaction de voir sa magie en action, mais il avait été frappé de plein fouet par cette réalité qu’il ne pouvait pas comprendre.

À ce moment, Frigga, qui avait entendu Kurats prononcer le mot « simple », s’interposa inconsciemment dans la conversation.

« Non, je pense que le sort était génial, d’une certaine manière. Si formidable, en fait, que je ne peux même pas commencer à imaginer quel type de magie tu as utilisée. »

{Oh! Tu vois ça!? La princesse comprend mieux ma magie que toi!}

« Ne le loue pas trop. Il va se laisser emporter. »

« Quoi? »

Frigga inclina la tête sur le côté, troublée par les mots de Kurats.

***

Chapitre 66

Il y eut un grand changement d’ambiance à la cour royale de Jormungand ces derniers temps.

Et bien qu’il ne l’ait pas montré à l’extérieur, Albert n’aimait pas ça du tout.

Il savait pourquoi cela se produisait.

La nouvelle de la victoire du petit royaume de Lapland avait considérablement réduit la peur de l’empire Asgard.

Jormungand montrait une fois de plus sa fierté d’être l’une des cinq grandes puissances.

Les nobles étaient des créatures étranges. Ils pouvaient jeter leur propre famille à la poubelle pour leur propre survie, mais, en même temps, ils étaient très fiers.

Ils ne baisseraient jamais la tête vers un autre pays si ce n’était pas absolument nécessaire.

« Pour l’amour de Dieu, pourquoi ne peuvent-ils pas accepter tranquillement leur mort… ? »

La victoire miraculeuse de Lapland était une lueur d’espoir pour tous ces petits pays qui avaient toujours été victimes des grandes puissances.

Si ce sentiment se répandait sur le continent, même les petits pays qui étaient déjà pleinement occupés pourraient commencer à se rebeller contre Asgard.

Albert avait aussi l’impression que l’empire Asgard mettait beaucoup trop de temps à réagir.

Ils n’ont pas vraiment d’ennuis, n’est-ce pas ? C’est impossible.

Les pertes qu’ils avaient subies durant la guerre contre Lapland étaient peut-être importantes, mais il ne semblait pas que cela aurait pu être fatal à une grande puissance comme Asgard.

Mais Albert n’avait ni le pouvoir ni l’autorité pour savoir ce qui se passait vraiment.

Pour lui, le plus gros problème était que la victoire de Lapland avait ravivé la faction de la princesse Lunaria à Jormungand.

Cette tournure des événements était vraiment exaspérante.

Les pertes de la guerre n’étaient rien pour Asgard.

Avec leurs multiples escadrons, ils pouvaient affronter quatre pays en même temps.

Pourquoi ces idiots pacifiques ne peuvent-ils pas comprendre qu’un pays comme Jormungand sera détruit par l’empire ?

Albert avait réussi à étendre son influence sur 70 % de la cour royale, mais dernièrement, les nobles neutres avaient changé de camp pour la faction de Lunaria, permettant à la princesse de revenir à un statut égal à celui d’Albert.

En l’état actuel des choses, il était très probable que le projet de marier Lunaria à l’empereur d’Asgard, Heimdall, ne porterait pas ses fruits.

« J’étais si proche… »

À un moment donné, Albert avait l’impression que le roi Christopher avait vraiment commencé à se pencher de son côté.

Il lui semblait qu’avec un peu plus de temps, le roi aurait décidé d’accepter la demande de l’empereur Heimdall et lui aurait envoyé sa fille.

Mais pour une raison quelconque, Albert avait aussi l’impression que le roi attendait quelque chose. Comme s’il n’avait jamais eu l’intention d’agir sans cela.

Soudainement, le visage de Kurats, l’un des rares hommes qui n’avaient jamais essayé de s’attirer ses faveurs, surgit dans l’esprit d’Albert.

« Cet homme ? Impossible. »

Albert savait que ce mage ennuyeux avait été envoyé sur le territoire d’Isengard pour enquêter sur la magie du mage qui pouvait contrôler les monstres, Oliver.

Il savait aussi que Kurats n’avait eu aucun contact avec Lunaria ces derniers temps.

Le roi n’était pas le genre d’homme à prendre une décision pour la nation en fonction de ses sentiments.

S’il en était arrivé là, il aurait impitoyablement donné Lunaria pour le meilleur intérêt du royaume, peu importe à quel point elle ou Kurats s’y seraient opposés.

Alors, l’héritière du trône aurait été par défaut Felbelle. Et en tant que mari, Albert serait devenu le chef légitime du royaume de Jormungand.

Il était à un pas de la réalisation de ces ambitions, mais tous ses plans avaient maintenant mal tourné.

« Si cette maudite fille était morte, je n’aurais pas à faire face à tous ces problèmes. »

En fin de compte, la raison pour laquelle tout cela était arrivé était due au fait que Lunaria s’était remise de sa maladie apparemment incurable.

Par la suite, le plan du baron Isengard avait fini par être exposé, ce qui rendait Albert lui-même suspect.

Et maintenant, essayer d’assassiner à nouveau Lunaria n’était plus une option.

Si toute la conspiration était révélée d’une manière ou d’une autre à la suite d’une seconde tentative d’assassinat contre Lunaria, Felbell n’aurait plus aucune chance de monter sur le trône, et la vie même d’Albert serait en danger.

« Tout ça parce que ce maudit mage a mis son nez là où il ne devrait pas le mettre. Mais savoir qu’il peut me regarder à tout moment est assez inquiétant. »

Albert se rappela avec amertume du jour où Kurats utilisa sa mystérieuse magie pour projeter des images de ce qui s’était passé dans le territoire d’Isengard.

Cet homme est un sérieux problème.

Depuis ce jour, Albert n’avait jamais été à l’aise. Il n’y avait pas eu un seul moment où il n’avait pas eu l’impression d’être observé.

« Dois-je envisager des mesures plus drastiques ? »

Albert ne voulait pas que Jormungand devienne faible.

Il n’était pas contre l’utilisation de la force de l’empire Asgard pour prendre le trône, mais si le pouvoir du royaume de Jormungand déclinait trop dans le processus, Albert serait probablement éliminé dès qu’il aurait perdu son utilité.

Jormungand devait rester fort. Assez fort pour que l’empire préfère coopérer avec son futur roi plutôt que de risquer une guerre. Et Albert croyait que le futur roi serait lui.

C’est pourquoi il ne considérait la guerre civile qu’en tout dernier recours.

Mais même ce dernier recours ne fonctionnerait qu’en partant du principe que sa faction avait l’avantage.

◆ ◆ ◆

« Je suis Frigga, la sœur cadette du roi de Lapland. J’aimerais avoir une audience avec le roi de Jormungand, Sa Majesté Christopher ! »

Canney, le chef de la garnison stationnée à la frontière de Jormungand, avait les yeux grands ouverts en regardant le beau visage de la femme devant lui, qui parlait d’une voix tout aussi belle et résonnante.

Il y avait trois jeunes filles guerrières sur le continent.

L’une était la princesse folle d’Asgard, Skuld.

L’autre était la Valkyrie Blanche-Neige de Lapland, Frigga.

Et puis il y avait la Déesse rougeâtre de la mort de Gertstein, Muselina.

Il n’y avait personne dans l’armée qui n’avait pas entendu parler de ces noms.

On ne pouvait pas reprocher à Canney d’avoir été embrouillé après avoir vu l’une de ces légendes vivantes en chair et en os.

D’autant plus qu’il avait entendu parler de la façon dont Lapland s’était défendue et avait renversé une situation complètement désespérée.

« Pardonnez mon impolitesse, Votre Altesse, mais je dois vous interroger. Ai-je tort de supposer que vous êtes venu ici, au fort de Miever, depuis l’empire Asgard ? »

« Bien sûr qu’on l’a fait, on a coupé à travers Asgard. Nous avions pris la liberté de faire ce que nous voulions, car nous ne sommes toujours pas en paix avec eux. Est-ce que cela vous pose un problème ? »

« Bien sûr que non ! C’est juste que vous n’avez amené qu’une centaine de chevaliers avec vous, alors… »

Même pour la Valkyrie Blanche-Neige, cela n’aurait pas dû être possible.

Canney avait la quarantaine, il avait vécu d’innombrables petites batailles dans sa vie.

D’après son expérience, il était impossible pour un petit groupe d’une centaine de cavaliers de traverser en toute confiance une nation ennemie sans égard pour la logistique ou la géographie du terrain.

« Eh bien, je peux comprendre pourquoi vous avez des soupçons, mais nous avons des preuves. En venant ici, on a complètement effacé le fort de Mercury. Il n’en reste aucune trace. »

« Est-ce une blague ? »

Le fort de Mercury était une petite forteresse construite et entretenue par l’empire Asgard pour servir de ligne de front en cas d’invasion du royaume de Jormungand.

De plus, les cavaliers n’étaient pas faits pour les combats de siège. Même si ces cavaliers avaient l’avantage numérique, aucune forteresse gardée n’aurait de mal à les traiter.

« Malheureusement, je ne plaisante pas. Si vous pensez que je mens, vous pouvez le confirmer en envoyant des éclaireurs. »

Canney acquiesça fermement devant Frigga.

En tant que responsable de la surveillance de la frontière, il ne pouvait l’ignorer.

La chute du fort de Mercury était une grande nouvelle pour les habitants du fort de Miever.

Cela signifiait que la potentielle base d’opérations de l’ennemi, qu’ils avaient été implantés ici à des fins d’observation, avait maintenant disparu.

Cependant, si Frigga avait vraiment détruit le fort de Mercury, alors la laisser entrer dans Jormungand allait être problématique.

Cela pourrait mener à un début d’une guerre avec Asgard.

Canney soupçonna même qu’il s’agissait d’un complot bien conçu par l’empire Asgard pour déclencher une guerre.

Cependant, il savait que refuser de laisser passer Frigga et ses hommes à l’intérieur serait également un problème.

En raison de leur manque de pouvoir par rapport à Asgard, le royaume de Jormungand avait abandonné tout sens du devoir en délaissant un pays allié, Lapland, laissant son peuple à leur foi.

La seule raison pour laquelle la guerre avait fini par prendre une autre tournure était l’intervention de Kurats. Mais l’avenir de Lapland abandonnée aurait pu être bien plus sombre.

La réputation du royaume de Lapland s’était accrue dans toutes les nations après qu’ils aient réussi à forcer l’armée d’Asgard à quitter leur territoire pour protéger leur indépendance.

Si Frigga était refoulée à la frontière de Jormungand, le royaume dans son ensemble serait sûrement étiqueté par le monde entier comme étant peu fiable.

Jormungand ne pouvait pas se permettre ce genre de réputation. La création et le maintien d’alliances avec d’autres pays étaient une question de vie ou de mort pour eux, étant donné leur infériorité par rapport à l’empire Asgard sur le plan militaire.

Quoi qu’il en soit, ces questions étaient clairement au-dessus de l’autorité de Canney.

Mais il était d’un rang assez élevé dans l’armée pour être en mesure d’imaginer le genre de problèmes qui pourraient découler de cette situation.

Cela étant, Canney n’avait d’autre choix que de faire une demande à la princesse, tout en priant pour que rien de mal n’en ressorte.

« Seriez-vous prête à rester ici jusqu’à ce que nous recevions des instructions du palais royal ? »

***

Chapitre 67

Juste après l’arrivée de Frigga, un chevalier fut envoyé à cheval du fort Miever.

Il chevaucha jour et nuit, sans s’arrêter. Aujourd’hui, il y avait des auberges avec des écuries dans tout Jormungand, mais il ne se reposait dans aucune d’elles. Il avait changé de cheval, poursuivant son voyage à une allure vertigineuse.

Ce n’est que deux jours plus tard, dans la matinée, qu’il atteignit enfin la capitale du royaume.

Pourtant, il avait battu le record du temps le plus court pour atteindre la capitale à partir du fort Miever.

« Je suis ici pour faire un rapport au ministre de la Guerre… Sire Cellvis Bayard. Je suis un chef de peloton des forces stationnées au fort Miever, Vals Crayn ! »

À bout de souffle, le chevalier s’effondra sur la crinière de son cheval, mais il parvint quand même à faire passer quelques mots à travers ses gémissements douloureux.

À en juger par l’apparence épouvantable du chevalier, le garde qui l’entendit comprit que cet homme était venu aussi vite qu’il le pouvait, sans se soucier de sa propre vie.

Et cela signifiait qu’il était ici pour signaler quelque chose d’urgent.

« Je comprends… Hé, toi ! Dépêche-toi d’aller prévenir le palais royal ! Quant à toi, prends un peu d’eau. Garde-le un peu dans ta bouche. Ne la bois pas trop vite. »

« Merci… »

Tandis qu’il s’occupait du chevalier épuisé, le cœur du garde battait à toute allure. Il avait un mauvais pressentiment.

Le fort Miever était connu pour être la ligne de front faisant face à la frontière de l’empire Asgard. C’était une position stratégique importante.

Et le chevalier n’aurait pas été aussi pressé si rien de très important n’avait eu lieu.

Il se passait donc quelque chose d’important, et c’était lié à la frontière.

Une guerre est-elle sur le point de commencer ? Je ne pourrai peut-être pas profiter de cette vie facile de garde plus longtemps.

◆ ◆ ◆

Le rapport de Vals Crayn frappa le palais royal de Jormungand comme un séisme massif.

Tous les membres de la cour parlaient déjà quotidiennement de la victoire de la Laponie, comme si c’était quelque chose de mythique, mais ils avaient été frappés par une crainte encore plus grande quand ils apprirent que Frigga était passée à travers la nation ennemie et avait pris une forteresse entière avec seulement quelques cavaliers.

C’était l’histoire d’un vrai héros.

La princesse patriotique avait percé le territoire de l’ennemi, où elle était entourée partout par des forces hostiles, mais elle avait triomphé et avait même détruit une forteresse en chemin. Cette histoire avait fait vibrer les cordes sensibles des nobles de Jormungand.

« C’est ridicule ! »

Depuis la victoire de Lapland, le marquis de Strasbourg, Albert, avait désespérément essayé de garder sa faction unie tandis que la peur de la nation d’Asgard s’estompait un peu plus chaque jour.

Ce rapport l’avait mis en colère de façon insondable. Il voulait déchirer le messager membre par membre. Il ne comprenait pas comment quelqu’un pouvait oser rapporter quelque chose d’aussi absurde au palais royal.

S’il croyait le rapport de ce chevalier, cela signifierait que la princesse Frigga avait traversé le territoire de l’empire sur 400 km d’affilée avec l’aide de seulement une centaine de cavaliers.

Pour couronner le tout, elle aurait détruit le fort Mercury, ainsi que les centaines d’hommes qui y étaient stationnés, sans perdre un seul de ses propres hommes.

Si de tels grands exploits étaient vraiment possibles, le concept de « problèmes » n’existerait pas dans ce monde.

Même un laïc comme Albert savait que l’empire Asgard lui-même aurait besoin d’une armée d’au moins 10 000 cavaliers pour y parvenir.

En d’autres termes, Vals venait de rapporter de fausses informations basées sur des rumeurs exagérées.

Albert en était arrivé à cette conclusion en partie parce que l’information était trop irréaliste, mais surtout parce que le côté d’Asgard ne l’avait informé de rien dernièrement.

Grâce à sa trahison vis-à-vis de son pays, Albert pouvait se permettre d’être très confiant quant à l’exactitude de ses propres informations puisque ses renseignements venaient directement d’Asgard.

Mais cela était à l’époque où Asgard restait sur une série de victoires. Mais comme leur situation actuelle n’était plus aussi bonne, les informations qu’ils donnaient aux traîtres qui travaillaient avec eux étaient plus filtrées.

Il n’y avait aucun moyen pour eux de partager des informations comme la mort d’un commandant d’escadron asgardien et la destruction de son armée.

Comme c’était souvent le cas avec des personnes issues d’un milieu prestigieux, Albert n’avait jamais douté du fait qu’il était un collaborateur important de l’empire Asgard.

Mais en réalité, il n’était finalement qu’un pion parmi tant d’autres que l’empire utilisait pour semer le chaos dans le royaume de Jormungand.

Et bien sûr, les inquiétudes d’Albert étaient fondées. L’empire Asgard n’avait pas l’intention de simplement lui donner le trône de Jormungand, et de veiller sur lui. Après tout, ils faisaient semblant de collaborer avec lui dans un but lucratif.

« Mais qui a envoyé cette fausse information ? Serait-ce le Seigneur Bayard ? À moins que ce soit cet abruti de Rosberg… »

Le problème était que l’information de la visite de Frigga, qu’Albert croyait fausse, était actuellement utilisée pour tenter de modifier l’équilibre des pouvoirs de la cour royale. Et c’était très efficace à cet égard.

Peu importe les circonstances, la présence d’un véritable héros inciterait toujours les gens à faire passer leurs émotions avant leur raisonnement. Surtout quand ledit héros était une belle princesse.

Si Frigga venait offrir ouvertement son soutien à Lunaria, la faction de Felbelle serait morte.

Pour le meilleur ou pour le pire, Felbelle n’avait pas une personnalité aussi forte que sa sœur, Lunaria.

Il était donc facile pour l’aristocratie de traiter avec elle et pour Albert de la manipuler, mais l’inconvénient de cette faiblesse devenait de plus en plus évident.

« Raglan, tu es là ? »

« Oui. »

« Va trouver la véritable identité de cet imposteur qui se fait appeler Frigga. Peu importe que l’information qu’elle nous a donnée soit vraie ou fausse. Ce qui compte, c’est son identité. Il n’y a aucune chance qu’elle soit celle qu’elle prétend être. »

« Vos désirs sont des ordres. »

◆ ◆ ◆

L’homme qui se tenait en tête de la liste des membres de la faction de Lunaria était le ministre de la guerre, Bayard Cellvis. Et contrairement à Albert, il savait que le rapport de Vals était en grande partie vrai.

Cellvis avait été informé par Kurats lui-même du plan de sauvetage de Lapland, avant même qu’il ne commence.

Certes, il avait des doutes au début, mais comment aurait-il pu imaginer que Kurats parviendrait à obtenir de si bons résultats aussi rapidement ? C’était incroyable.

Au mieux, il avait pensé qu’avec un peu de chance, Kurats pourrait contribuer un peu et aider à retarder la chute de Lapland.

Comme on pouvait s’y attendre d’un homme qui a gagné la confiance de Sa Majesté. Mais je ne le reconnais toujours pas comme un époux convenable pour elle.

Le visage de Cellvis s’était raffermi lorsqu’il réaffirma sa détermination à éloigner Kurats de Lunaria.

Être fort ne suffisait pas. Le futur partenaire de Lunaria devait également être capable et digne de tenir debout dans le monde de la politique.

Alors que le visage de Cellvis passait d’une expression à l’autre, un soldat d’âge moyen l’approcha silencieusement par-derrière. C’était un des assistants de Cellvis.

« … Le marquis de Strasbourg semble avoir conclu que la personne qui attend à la frontière est un imposteur. »

Le rapport de l’assistant fit bien rire Cellvis.

Heh, il est toujours si prudent et il a choisi ce moment pour être négligent.

Mais quand il y pensa, ce n’était pas si déraisonnable.

S’il avait été dans la même position, Cellvis aurait certainement tiré la même conclusion.

Capturer une forteresse défendue par des centaines de gardes et la détruire complètement avec l’aide d’une centaine d’hommes seulement ? Ça ressemblait à quelque chose qui sortait tout droit d’un conte de fées.

Même avec la fierté de notre royaume, Rosberg, ce serait toujours impossible à faire pour Jormungand. Bien sûr, on pourrait dire la même chose de tous les autres pays du continent.

Mais la célèbre Frigga, mondialement connue, n’avait pas besoin de faire de fausses déclarations. Après tout ce qu’elle avait traversé pour défendre son pays et obtenir son indépendance, il serait stupide de sa part de salir sa glorieuse victoire avec ce genre de mensonge idiot.

Cela étant, la femme qui s’était présentée comme Frigga ne pouvait être qu’une imposture complète, et toute cette mascarade était très probablement inspirée par la faction de Lunaria pour gagner en influence.

Il était naturel que les pensées d’Albert aillent dans cette direction très logique. Mais cette fois, il avait tort.

De plus, il y avait autre chose que Cellvis savait et qu’Albert n’avait pas encore découvert.

« Hmm, je ne le féliciterai pas trop, mais je suppose que je lui donnerai une note de passage pour avoir piégé quelqu’un dans le château. »

Un ricanement maléfique s’était répandu sur le visage de Cellvis.

Son expression ressemblait un peu au visage d’un jeune garçon séduit par un autre enfant.

« Il a raison de prendre les choses en main. Je ne suis pas du genre à rester en arrière et à attendre. Je suppose que nous sommes les mêmes sur cet aspect. »

Apparemment, la princesse Frigga qui attendait au fort Miever était une belle femme aux cheveux noirs. Elle ne correspondait pas à l’apparence qu’on disait d’elle dans les rumeurs.

Il n’y avait rien d’étrange à cela puisqu’elle était vraiment une personne différente, en apparence.

En effet, un certain mage malicieux avait changé l’apparence de la princesse par un sort.

Cellvis avait deviné les intentions de Kurats, et il ne pouvait s’empêcher de ricaner malicieusement.

J’ai hâte.

Puis, il se souvint qu’il devait d’envoyer son aide.

◆ ◆ ◆

Au début, le rapport choquant de la visite de Frigga avait provoqué un raz-de-marée d’excitation dans le palais royal, mais comme l’information était beaucoup trop irréaliste et que le ministre de la Guerre, qui aurait dû être le plus excité de la bande, était resté complètement silencieux, l’affaire s’était rapidement éteinte.

Albert se sentait soulagé.

Je pensais que les choses deviendraient difficiles, mais à la fin, ça commence à ressembler à une grande opportunité pour moi à la place.

C’était l’occasion pour Albert d’exposer qu’elle était la personne se trouvant derrière cette mascarade stupide et de porter un coup fatal à la faction de Lunaria.

Comme Cellvis n’avait rien fait, ça n’avait probablement rien à voir avec lui.

Dans ce cas, est-ce que cela avait été causé par des subordonnés réguliers de la faction de Lunaria qui avaient agi de façon imprudente ?

Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’une erreur suffisamment grave pour affaiblir l’influence de l’armée.

Albert gloussa en lui-même à l’idée de ce qui allait arriver.

Tout ce qu’il avait à faire, c’était de pousser un peu les choses pour que tout soit prêt à temps pour l’invasion d’Asgard.

Il pouvait le voir maintenant. C’était clair comme de l’eau de roche. Il voyait le chemin victorieux dans la lutte pour le trône.

« Monseigneur, tout va bien ? »

« Oh, Raglan, tu es là. Comment ça s’est passé ? »

L’espion d’Albert, Raglan, inclina silencieusement la tête sans que son expression change, et fit son rapport.

« La femme qui prétend être la princesse a les cheveux et les yeux noirs. C’est une imposture, en effet. J’ai vérifié deux fois avec des gens qui avaient déjà vu la vraie princesse, juste au cas où. »

« Es-tu sûr que ce n’est pas elle ? »

« C’est la Valkyrie blanche comme neige. Rien que de cela, même un enfant pourrait dire que c’est une imposture après l’avoir regardée. En plus, elle est censée avoir des yeux dorés et avoir la même taille que Sa Majesté, le roi Siegfried. »

« Alors ce n’est vraiment pas elle. À moins qu’elle ne se soit déguisée, mais cela n’a pas de sens pour la princesse de le faire après tout ce qu’elle a traversé pour atteindre notre pays. Toute cette histoire est si stupide. »

N’importe qui pourrait voir à travers tout cela en y réfléchissant un peu.

La faction de Lunaria a dû se sentir acculée si elle s’est abaissée à se reposer sur de si mauvais mensonges.

Albert était maintenant convaincu de sa victoire. Mais les mots suivants de Raglan lui tombèrent dessus comme une douche froide.

« Mais il y a un problème… »

« Quoi ? »

« J’ai vu ce mage spécial au fort Miever. Et il se tenait à côté de l’imposteur. »

« … Ce type ? »

À ce moment-là, Albert avait l’impression que tout devenait clair.

Kurats était un roturier, un arriviste qui avait gravi les échelons en guérissant la princesse. Même aujourd’hui, il n’était encore qu’un petit noble, dont le seul bailleur de fonds était Lunaria.

Si Lunaria était emmenée hors du pays comme nouvelle épouse de l’empereur, il n’y aurait plus personne pour protéger Kurats.

Tout prenait sens maintenant. Une mascarade aussi simpliste semblait tout à fait appropriée pour un roturier sans éducation ni expérience.

Bien que sa magie soit certainement étonnante, quand il s’agissait de politique et de projets, ce n’était qu’un amateur.

Albert ne pouvait que rire maintenant qu’il avait compris.

« Hehe... C’est une grande nouvelle. C’est ma chance de me débarrasser de deux nuisances sans lever le petit doigt. »

***

Chapitre 68

Enfin, le jour de la rencontre de la princesse Frigga avec le roi Christopher arriva.

La cour lui avait préparé un grand accueil. Elle n’était pas seulement une princesse d’une nation amie, mais aussi une héroïne qui avait miraculeusement repoussé l’invasion de l’empire Asgard.

Alors qu’il attendait que l’imposteur s’expose et qu’il en subisse les conséquences, Albert s’était efforcé de ne pas sourire.

En regardant les aristocrates de la faction de Lunaria, ils semblaient tous très excités.

Vous avez ignoré les demandes de renforts de Lapland quand ils avaient besoin de vous, et maintenant qu’ils ont gagné, vous leur remuez la queue ?

Bien qu’il fût lui-même parmi ceux qui s’opposaient à l’envoi des renforts, Albert regarda les aristocrates et se moqua d’eux.

Le Premier ministre, Eustache, pouvait sentir une atmosphère subtile circuler entre les deux factions.

Il avait été informé que la femme qui prétendait être la princesse Frigga ne ressemblait en rien à la vraie princesse.

Et l’expression détendue d’Albert lui permettait de dire que l’information lui était aussi probablement parvenue.

Mais pourquoi Cellvis et Rosberg, les deux personnes les plus proches de Lunaria, avaient-ils l’air aussi détendus ?

Ils auraient dû recevoir les mêmes informations des services secrets de l’armée.

Eustache ne pouvait pas savoir si c’était certainement le cas, car, bien que ses propres forces d’espionnage et les services secrets de renseignements militaires servaient le même pays, ils étaient rivaux il y a quelque temps…

Mais même ainsi, il n’y avait aucune chance qu’ils n’aient pas obtenu une information aussi simple.

Ce qui voulait dire…

Ce n’est pas possible… vont-ils faire un coup d’État ?

Même si la plus grande partie de la cour était dominée par la faction de Fellbell, Rosberg et Cellvis obtiendraient facilement la victoire contre eux s’ils soulevaient un coup d’État avec les forces militaires du pays à leurs côtés.

Eustache pouvait déjà imaginer Rosberg massacrer les aristocrates de la cour royale un par un, mais il avait rapidement éclairci son esprit de cette vision. Il ne pouvait pas croire que cela arriverait un jour.

C’était tout simplement impossible. Étant donné leur nature, ce n’était tout simplement pas une manière pour ces deux hommes d’aller aussi loin.

Eustache savait à quel point ils étaient loyaux envers le roi.

Mais c’est précisément pour cela qu’il ne pouvait pas effacer le sentiment que quelque chose n’allait pas.

« Faites place à Sa Majesté, le roi Christopher ! »

Alors que la voix sonore d’une dame de la cour résonnait dans la salle, Eustache s’agenouilla et baissa la tête, et tous les autres suivirent son exemple.

Les pas du roi résonnèrent dans la salle de silence alors qu’il marchait vers son trône.

Il prit son temps avant de s’asseoir, puis parla d’une voix joyeuse.

« Je vous remercie. Vous pouvez lever la tête. »

Depuis l’invasion de Lapland par Asgard, le roi Christopher n’avait jamais cessé d’être de mauvaise humeur, et pourtant, il semblait se porter à merveille.

Sachant que cela était probablement dû à la victoire de Lapland, Albert se tint silencieusement et ne dit mot.

« Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter une invitée qui est venue de loin pour visiter notre pays. Vous pouvez entrer, princesse Frigga. »

Avec de nombreux chevaliers l’accompagnant à gauche et à droite, Frigga entra dans la salle du trône, portant un uniforme du royaume de Lapland.

Elle possédait une aura intimidante qui ne pouvait appartenir qu’à un vrai héros. Un héros qui avait vécu l’expérience de commander sur le champ de bataille.

Même ceux qui, dans la salle, ne connaissaient rien à la guerre reculèrent. Ils ressentirent des frissonnements dans le dos.

C’est vraiment elle !

Il y avait de la sueur froide sur le front d’Eustache.

En tant que Premier ministre ayant des années et des années d’expérience, il pouvait voir à travers une personne, non pas à travers son apparence, mais par l’atmosphère qu’elle portait avec elle.

Cependant, Albert était encore trop jeune et inexpérimenté pour pouvoir en dire autant.

« Votre Majesté, roi Christopher, et à toutes les personnes ici présentes à Jormungand, j’espère que vous allez bien. Je suis venue au nom de Sa Majesté Siegfried, qui souhaite exprimer sa sincère gratitude au royaume de Jormungand. »

« Dites à Sa Majesté Siegfried que c’était une évidence, Lapland étant l’un de nos inestimables alliés. »

Qu’est-ce que cela signifiait ?

Jormungand n’avait-il pas abandonné Lapland ?

La princesse n’avait aucune raison d’exprimer sa gratitude pour quoi que ce soit, n’est-ce pas ?

Et le plus suspect ici, c’était que le roi Christopher suivait cette étrange conversation.

Certaines personnes comme Eustache savaient que Christopher avait tendance à être assez espiègle dans de tels moments et pensaient qu’une sorte de bouffonnerie était en place.

Mais tout le monde ne pensait pas comme ça.

Pour Albert, c’était l’œuvre de la faction de Lunaria. Ils avaient sûrement envoyé cet imposteur utiliser le prestige de la victoire de Lapland pour retourner Jormungand contre Asgard.

Mais il n’était pas possible que Lapland puisse offrir sa gratitude après que Jormungand ait refusé d’offrir son aide, bien qu’ils soient leurs alliés.

« Pardonnez mon impolitesse, Votre Altesse, mais puis-je vous poser une question ? »

Albert parlait d’une voix forte, pleinement convaincu qu’il savait ce qui se passait vraiment.

« Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? »

« Pardonnez-moi, j’ai oublié de me présenter. Je suis Albert, marquis de Strasbourg. Ravi de faire votre connaissance. »

Elle vient peut-être d’un autre pays, mais comment se fait-il qu’elle ne me connaisse pas ?

C’était un peu déprimant pour Albert, mais cela n’avait fait que le pousser encore plus loin dans son interrogatoire.

« J’hésite à vous poser la question, mais Votre Altesse, êtes-vous vraiment la princesse Frigga ? »

La question d’Albert déclencha un tollé à la cour.

Frigga et son alias, la Valkyrie Blanche comme neige, étaient célèbres.

Albert n’était pas le seul à avoir l’impression que quelque chose n’allait pas en voyant cette femme aux cheveux noirs prétendre être Frigga.

« Je vois pourquoi vous pensez ça. Mais comme vous le savez sûrement, je me démarque un peu trop. Alors je me suis déguisé pour tromper les yeux des asgardiens en venant ici. »

« Alors vous avez même changé la couleur de vos yeux ? »

« Oui, je faisais simplement très attention. »

Albert s’attendait déjà à ce qu’elle se défende au moins autant.

Malgré cela, il n’était pas inquiet : en fait, il avait de la difficulté à réprimer un ricanement alors que cet imposteur luttait en vain.

« J’ai des subordonnés qui ont eu l’honneur de voir votre grandeur en personne, et ils m’ont assuré que même votre taille et la forme de votre visage ne correspondent pas à leur souvenir de vous. Est-ce aussi un déguisement ? »

Grâce au maquillage, il était parfaitement possible de se faire paraître différent ou même plus jeune.

Cependant, il était impossible de changer sa taille, son nez ou sa mâchoire.

Et cela signifiait que cette personne ne pouvait pas être la princesse Frigga.

« Et au fait, monsieur Gaura… »

Étant donné que l’impostrice présumée était restée silencieuse, Albert changea de cible pour Kurats, qui se tenait à l’arrière.

« N’as-tu pas reçu l’ordre d’enquêter sur ce monstre apprivoisant la magie par Sa Majesté ? Si oui, alors pourquoi es-tu au côté de Son Altesse Frigga ? »

Kurats n’était devenu noble que très récemment, il n’aurait jamais pu avoir l’occasion d’entrer en contact avec Frigga.

Tout d’abord, la différence de statut entre Kurats et la princesse d’un pays étranger était beaucoup trop grande.

On pouvait donc supposer sans risque de se tromper que cette femme était une fausse qui avait été apportée par Kurats lui-même.

« … »

Kurats se taisant aussi, Albert continua donc à le pousser pour qu’il obtienne une réponse.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’as rien à répondre ? Tu n’aurais pas préparé un faux double de Son Altesse Frigga pour profiter de la victoire de Lapland pour faire changer les plans politiques de Jormungand, par hasard ? »

Bien sûr que tu l’as fait.

Une vague soudaine de méfiance et de rage s’éleva parmi les nobles de la cour, et tout cela était dirigé vers Kurats.

Beaucoup d’entre eux avaient déjà eu des soupçons lorsqu’on leur avait dit que la princesse Frigga avait fait des pieds et des mains pour venir ici, et qu’elle avait même parcouru des centaines de kilomètres à travers le territoire de l’empire Asgard.

« Parce que si c’est le cas, je dois te dire que c’est un crime très grave. »

Léger ou non, le crime d’induire le roi à l’erreur ne pouvait aboutir qu’à un seul résultat : la peine de mort.

Se sentant triomphant, Albert se prépara à diriger son interrogatoire vers Frigga, mais avant qu’il ne puisse le faire, Kurats lui répondit finalement.

« Je me tais seulement parce qu’il s’agit d’informations hautement confidentielles, mais si Sa Majesté est d’accord, je suis prêt à partager la vérité avec vous. »

« Mhm, je vais le permettre. »

Albert était abasourdi. Le roi avait en fait confirmé la revendication de Kurats.

Pourquoi le roi lui-même prendrait-il part à une telle mascarade ?

« L’enquête sur ce monstre apprivoisant la magie n’était qu’un prétexte. En réalité, Sa Majesté m’avait personnellement envoyé en renfort dans le royaume de Lapland. »

« Ridicule ! Qu’est-ce que l’intervention d’une seule personne peut faire ? », cria Alberto, perdant tout son sang-froid.

C’était trop absurde.

« Ce n’est pas un mensonge. Nous devons plus de la moitié de notre victoire au Seigneur Gaura. En parlant de cela, je pense que je dois mentionner que nous lui avons décerné de notre propre initiative un titre honorifique de comte pour ses réalisations. »

« Arrêtez de jouer la comédie, imposteur ! Qui diable êtes-vous ? »

Albert montrait un comportement inhabituellement honteux qui n’avait rien à voir avec ce qu’il avait l’habitude d’être, élégant.

Cela montre bien à quel point il avait été surpris par cette tournure des événements.

« Comment ça, qui ? Je suis Frigga Lapland. »

« Alors comment expliquez-vous votre apparence ?! »

« Mon apparence est-elle si importante ? Je vous ai déjà dit que c’était un déguisement, pas vrai ? »

« Vous ne pouvez pas changer votre taille et la forme de votre visage avec un déguisement ! »

« Oh, je vois ce qui se passe ici. »

Kurats se frappa le front avec sa main dans un geste exagéré, comme s’il s’en rendait compte maintenant.

« Je pense que vous avez mal compris la situation. Quand nous avons dit que c’était un déguisement, nous parlions d’un déguisement magique, comprenez-vous ? »

À ce moment-là, Kurats claqua soudainement des doigts.

De petites particules de lumière, semblable à des lucioles transformées en sable, dansaient tout autour de Frigga, jusqu’à ce que sa véritable apparence soit révélée, avec ses brillants cheveux blancs flottant autour.

J’ai été dupé.

Albert avait l’impression d’entendre le son de son sang sortir de son visage comme une chute d’eau.

Il s’était finalement rendu compte qu’il avait été la cible d’un plan depuis le tout début.

« A, attendez ! Comment savoir si son apparence actuelle n’est pas truquée par la même magie ?! »

Mordred intervint hâtivement. Il sautait de joie, car il croyait que Kurats venait de se coincer.

Mais ses espoirs furent rapidement anéantis par le roi.

« Non, c’est bien la princesse Frigga. Elle connaît un secret que seuls elle et moi devrions connaître. »

« Un secret ? »

« Une fois, j’ai envoyé un chien en cadeau à la princesse Frigga. Je ne veux pas en dire trop, car cela pourrait manquer de respect au roi de Lapland, mais à l’époque, j’ai reçu une réponse d’elle qui disait qu’elle avait nommé le chien “Sieg”. »

« Cependant, officiellement, le chien s’appelle Ray. »

Christopher et Frigga se souriaient comme deux enfants qui avaient réussi une farce.

« En fait, j’ai fait un pari avec le Seigneur Gaura. »

La bonne humeur de Christopher se reflétait encore bien dans sa voix, mais elle portait aussi une vigueur anormale.

C’était comme si toute son aura venait de changer.

Albert et Eustache avaient un mauvais pressentiment.

« Le pari était que le Jormungand ne céderait pas à Asgard si le Seigneur Gaura pouvait repousser les forces d’Asgard tout seul. »

« Votre Majesté ! C’est… ! »

C’était un pari stupide.

Cependant, la condition de combattre avec succès l’empire Asgard sans aucune aide était beaucoup plus folle.

« Asgard n’est pas digne de notre peur. Cellvis et Rosberg ont toujours dit ça. Cependant, je ne les ai pas crus. »

Je pensais plutôt que nous n’avions aucune chance de gagner contre eux, pensa Christopher.

« Mais le Seigneur Gaura nous a prouvé que notre royaume n’est en rien inférieur à l’empire Asgard. »

« Votre Majesté, réfléchissez, s’il vous plaît ! On ne peut pas se tromper à l’échelle nationale en se basant sur les paroles téméraires d’un homme qui ne sait pas distinguer sa gauche de sa droite ! »

Le roi ne plaisantait pas.

Il avait vraiment l’intention de laisser la force d’un seul homme remodeler la stratégie de l’ensemble de la nation.

Si Jormungand tombait dans une mauvaise passe à cause de cela, la valeur d’Albert chuterait aux yeux d’Asgard.

Et ce serait un sérieux problème pour son ambition ultime.

***

Chapitre 69

Si quelqu’un comme Eustache ou Cellvis avait été responsable de la situation actuelle, Albert se serait probablement retenu.

Mais celui derrière tout cela n’était autre que Kurats.

C’était un roturier vivant dans le village reculé de Gaura, ce qui n’était pas très différent d’un habitant d’une tribu sauvage qui ne connaissait rien d’autre que la chasse et l’agriculture.

Comment Albert pouvait-il réellement se contrôler, alors que ces insignifiantes ordures essayaient de l’empêcher de réaliser ses ambitions ?

S’était-il préparé tout ce temps pour rien ?

Tous les efforts qu’il avait déployés pour conquérir le cœur de la première princesse et se préparer à monter sur le trône n’avaient-ils servi à rien ?

Il était si près de son but, et pourtant il allait être renversé par un plébéien qui ne pouvait pas distinguer sa gauche de sa droite ?

Je ne laisserai pas ce cirque ridicule aller plus loin !

« Votre Majesté, faites-vous plus confiance à cet homme qu’à moi ? Si nous confions la fondation de notre défense nationale à un roturier d’une région éloignée qui se dit noble, comment pourrons-nous faire face à nos ancêtres ? »

En temps de paix, les paroles d’Albert n’auraient pas été nécessairement sans importance.

Certains nobles auraient même hoché la tête ouvertement en signe d’approbation, en disant : « C’est exactement ce à quoi je pensais. »

Cependant, c’était un temps de guerre.

Et plus important encore, Albert dépréciait la décision du roi lui-même.

« Alors, laissez-moi vous demander. Que dire d’une personne qui s’est donné beaucoup de mal pour obtenir son titre et qui n’a pas goûté à la vie luxueuse d’un noble, mais qui s’est précipitée pour sauver Lapland de sa terrible crise et a même conduit des renforts à sa princesse ? Si le Seigneur Gaura avait été du côté d’Asgard, Lapland aurait disparu depuis longtemps, et notre royaume de Jormungand aurait probablement déjà été piétiné. »

Ça devenait dangereux, Eustache le savait. Le roi Christophe devenait irrité.

Cependant, Albert continua.

Psychologiquement, il ne pouvait pas accepter la présence d’un étranger comme Kurats.

« Votre Majesté, vous préférez croire un simple roturier plutôt qu’un homme d’État plus âgé ? »

À ce moment précis, Eustache finit par comprendre la vraie nature d’Albert.

Albert avait reçu une excellente éducation et était très versé dans les affaires intérieures et étrangères. Eustache espérait depuis longtemps qu’Albert suivrait ses traces et deviendrait son successeur, le prochain premier ministre du royaume.

Il ne manquait pas non plus d’apparence. C’était un homme charmant et beau. Avant de prendre pour épouse la première princesse, il était le genre de jeune noble qui était la cible des cris aigus des dames de la cour, avec les nombreux scandales que cela comportait.

Il possédait également l’un des territoires les plus importants du royaume, un endroit clé pour la mobilisation de toutes les forces vers la frontière. Ce seul fait faisait de lui l’un des piliers des affaires militaires du pays.

Comme si cela ne suffisait pas, ce jeune homme avait rapidement grandi pour devenir le chef de la plus grande faction du royaume.

Mais en réalité, tout cela n’était que la façade rusée d’un simple enfant, qui ne pouvait pas supporter de ne pas avoir ce qu’il voulait.

L’homme qui voulait donner la priorité à ses propres désirs sur le pays était lui, pas Kurats.

Je pensais que j’avais un bon œil pour les gens, comment ai-je pu ne pas voir ça… ?

Tandis qu’Eustache s’en rendait compte, le regard de Christophe changea aussi. Ce n’est que maintenant qu’il comprit à quel point la nature d’Albert était vraiment dangereuse.

Christophe n’avait pas pu s’empêcher d’être impressionné une fois de plus. C’était grâce au complot de Kurats qu’Albert se comportait si imprudemment et exposait sa vraie nature.

Après tout, Albert n’aurait jamais perdu son calme à ce point si le choc n’avait pas été assez important pour être tombé la tête la première dans un piège après avoir célébré ce qu’il croyait être une victoire sans faille.

« Alors, Albert, mon sujet, je vais te poser une autre question. Qui selon toi a le plus de poids ? Toi ou ton roi ? »

Le rôle d’un roi était, d’une part, de coordonner les intérêts des nobles et, d’autre part, d’écouter les demandes des différentes classes qui composaient le royaume et de refléter ces demandes dans les politiques du pays.

Mais en substance, le roi représentait la nation, et il avait le dernier mot en tout. Ses décisions avaient préséance sur tout le reste.

Une fois le temps du débat terminé et la décision du roi prise, ses vassaux et ses sujets n’avaient plus le droit d’être en désaccord.

C’était comme ça dans une monarchie féodale.

Et ce même roi avait actuellement une expression qui montrait qu’il était prêt à se débarrasser d’Albert sur le champ en fonction de ce à quoi il allait répondre.

Cette expression suffisait amplement à mettre un terme définitif à l’accès de colère d’Albert.

En regardant derrière lui, Albert découvrit que la majorité des nobles qui étaient censés être près de lui le regardaient avec les yeux froids.

Personne n’était prêt à le défendre.

« Bien sûr, la volonté de Votre Majesté l’emporte sur tout. »

Albert avait commis une erreur fatale.

La confiance et l’influence qu’il accumulait depuis des années avaient disparu sans laisser de traces.

Aussi élevées que soient ses chances de devenir roi, il avait abusivement traité la princesse d’un pays d’imposteur et avait menacé le roi de choisir entre lui-même et Kurats.

Il tremblait de peur de ce qu’il venait de faire.

Encore un pas de plus.

Il s’imaginait à une marche d’un trône qu’il cherchait désespérément.

Tout ce qu’Albert avait fait avait pour but de monter cette marche illusoire.

Mais maintenant que le roi se montrait hostile à l’égard d’Asgard, il était inévitable qu’il choisisse Lunaria comme successeur, car elle excellait dans les combats et les questions militaires. Après tout, pour le meilleur ou pour le pire, Felbelle était une femme obéissante, mais elle ne sera jamais qu’une marionnette.

Ce n’était pas comme ça que les choses devaient être.

Si Kurats n’était pas apparu, Lunaria aurait été prise en otage en tant qu’épouse de l’empereur Asgard, et Felbelle aurait pris le trône de Jormungand, permettant à Albert de devenir le roi suivant.

Ce n’était ni un rêve ni une illusion, mais une vision claire d’un avenir qui pourrait très bien l’être. Et pourtant, ce n’était plus le cas.

Suis-je censé laisser passer cette humiliation ?! Je lui rendrai tout ce qu’il m’a fait en deux fois !

Bien qu’il se sentait dévasté, Albert avait toujours la volonté de se jurer amèrement qu’il allait prendre sa revanche.

« Cet homme, tout seul, a fait tomber le Seigneur Cabernard, celui qu’on appelle le mur de fer d’Asgard. Il s’agit là d’une réalisation sans précédent dans l’histoire. Le roi Siegfried a accordé au Seigneur Gaura un titre honorifique de comte, et nous lui donnerons aussi un titre de comte, ainsi qu’un territoire approprié. »

Le titre de comte était tout juste suffisant pour que Kurats soit digne de devenir le mari de la princesse Lunaria.

Dans son esprit, Christophe avait déjà terminé le projet du prochain gouvernement du royaume.

« Voyons voir, peut-être que le territoire Adreward fera l’affaire, puisqu’il est sous le contrôle direct de la famille royale… »

« S’il vous plaît, attendez ! »

Celui qui osa protester contre les paroles du roi avant de pouvoir s’emporter n’était autre que son Premier ministre, Eustache.

Adreward, avec ses plaines fertiles, était historiquement transmis au prince héritier avant son intronisation.

En d’autres termes, Christophe disait officiellement que Lunaria était son prochain successeur et Kurats le prochain roi.

La puissance militaire inégalée de Kurats était certainement presque irremplaçable pour le royaume.

Mais quoi qu’il arrive, il y avait encore trop de choses qu’ils ne savaient pas sur lui. Ils ne pouvaient pas encore lui confier le destin du royaume en tant que mari de Lunaria.

« Qu’y a-t-il, Eustache ? Vous opposez-vous à cela ? »

Christophe croisa les bras, visiblement mécontent que quelque chose soit venu atténuer ce rare moment d’excitation.

Mais sa réaction n’était pas allée plus loin qu’une mauvaise humeur.

Il avait fait confiance au jugement d’Eustache.

« Les réalisations du Seigneur Gaura sont pour le moins admirables. Cependant, jusqu’à présent, tout ce qu’il a montré, c’est sa force. Pour lui confier Adreward, il doit d’abord montrer des résultats non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans le domaine politique. »

Il était impossible de laisser le royaume entre les mains d’un homme qui ne possédait que la puissance militaire.

Quand on le lui avait dit, Christophe avait eu du mal à répondre.

Après tout, les origines de Kurats étaient problématiques et ses fondements en tant que noble étaient trop faibles.

C’est pourquoi Christophe avait voulu peu à peu attirer l’attention sur sa relation avec Lunaria. Mais Eustache avait une autre idée.

« Et si on lui donnait Bashtar à la place ? »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Christophe était étonné qu’Eustache pense même à suggérer cet endroit.

« Ce serait plus une punition qu’une récompense. »

« C’est peut-être le cas, mais s’il réussit à remettre sur pied Bashtar, personne ne doutera de lui. »

Ce que disait Eustache, c’est que pour qu’un roturier devienne roi, il devait accomplir au moins cela.

{Hé, Kurats. Dis-lui que tu acceptes.}

En es-tu sûr ?

{Peu importe le type de terre dont ils parlent, entre les mains du roi magique, c’est comme si c’était le paradis.}

Dans ce genre de situation, Kurats était tout à fait disposé à faire confiance à Bernst. Parce que lui-même n’avait aucune idée de ce qu’il était censé faire.

« J’y ai réfléchi, et je crois que monsieur le premier ministre marque un point important. Je serais heureux de m’occuper de Bashtar. »

« Si c’est ce que pense le Seigneur Gaura, qu’il en soit ainsi. »

Christophe conclut cet échange par un dernier signe de tête.

Honnêtement, il avait l’impression d’avoir été joué par Eustache, mais il valait peut-être mieux laisser tomber.

« Mais qu’y a-t-il de si anormal à Bashtar ? Je n’en ai jamais entendu parler. »

Bashtar était situé au nord-ouest de Jormungand, à environ 500 km au nord du village de Gaura.

Cent ans plus tôt, le comte chargé de gouverner la région éloignée de Bashtar avait apporté une grande croissance à ses industries minières et manufacturières, lui assurant un niveau de prospérité incroyable pour une région éloignée.

Puisqu’il était et est toujours le plus grand territoire du royaume, le comte de Bashtar avait également été chargé de la gestion de toute la partie occidentale du pays, ce qui lui avait donné beaucoup d’influence.

Cependant, cela n’avait pas duré indéfiniment.

Leur industrie minière ne cessait de prendre de l’expansion, et leurs terres agricoles ne cessaient de croître, ce qui avait inévitablement fini par mettre en colère les monstres qui vivaient dans les environs.

Et, il y a 70 ans, tout cela s’était transformé en une attaque coordonnée de monstres, qu’on avait appelée plus tard l’invasion de Bashtar.

Cette attaque avait été menée par le monstre aristocrate qui régnait sur cette région, Triastella.

L’armée d’un comte qui régnait sur un endroit aussi isolé ne pouvait rien face à cette invasion, elle fut anéantie en un rien de temps. À la fin, plus de la moitié du territoire de Bashtar fut occupée par des monstres.

Ayant abandonné la moitié du territoire pour éviter de subir d’autres invasions de monstres, les habitants de Bashtar avaient commencé à vivre très près les uns des autres, dans un espace très limité.

Et maintenant, chaque jour, ils vivaient dans la peur, ne sachant pas si et quand la prochaine attaque de monstre allait arriver.

Leurs terres fertiles et leurs mines avaient été arrachées, et tout ce qui leur restait, c’était un sol infertile et des terres stériles remplies de roches à perte de vue.

Comme personne ne voulait être responsable d’un tel lieu, il était inévitablement tombé entre les mains de la famille royale, qui faisait le strict minimum pour gérer le territoire.

Monstre aristocrate ? Donc, il est comme ce gars qu’on a battu l’autre jour ? Adrian, c’est ça ?

{Je ne dirais pas que ce sont les mêmes. On peut les appeler tous les deux des monstres aristocrates, mais celui que nous avons rencontré semblait être au bas de la chaîne. Mais cela n’a pas d’importance, car le roi magique ne connaît pas d’adversaire !}

Après que la situation lui fut expliquée, Kurats répéta mot pour mot ce que Bernst lui avait dit de répondre.

« Alors, je surmonterai toutes ces difficultés et reviendrai avec de bonnes nouvelles, Votre Majesté. »

« C’est génial ! Si tu réussis à remettre Bashtar sur pied, je ferai de toi un marquis, tu as ma parole ! »

« Je suis infiniment honoré et reconnaissant, Votre Majesté. »

Les fonctionnaires du royaume de Jormungand regardaient tous Kurats comme s’ils regardaient quelque chose d’incroyable.

Même s’il venait de revenir au royaume avec des réalisations sans précédent dans l’histoire, il fut immédiatement poussé dans une situation qui ressemblait à celle d’un exilé du royaume.

Le fait que Kurats ait pu calmement accepter cette tournure des événements l’avait fait passer aux yeux des autres pour une sorte de monstre étrange.

Bien qu’Albert ricanait, heureux que Kurats obtienne ce qu’il méritait, il ne pouvait pas étouffer l’idée qu’il pourrait réellement être capable de réussir.

Après tout, repousser le quatrième escadron de l’empire Asgard tout seul n’était pas moins incroyable.

Mais Albert avait aussi réalisé autre chose en même temps.

Le fait que Christophe était prêt à laisser Kurats s’occuper du territoire Bashtar signifiait que, bien qu’il allait prendre une position hostile contre l’empire Asgard, il n’avait pas l’intention de les attaquer activement.

La présence de Kurats dans le pays pouvait avoir un effet dissuasif, mais cela ne changeait rien au fait que l’empire Asgard surpassait encore le royaume de Jormungand en termes de puissance militaire.

Cela étant, Albert avait encore une chance d’arranger les choses.

Ce n’est pas encore fini ! Un jour, je prendrai ta tête dans la rue pour que tout le monde puisse la voir !

« Votre Majesté, puis-je faire une demande ? »

« Oh, avez-vous besoin de quelque chose, princesse Frigga ? »

« Les faveurs que notre pays doit au Seigneur Kurats sont plus élevées que toutes les montagnes et plus profondes que la mer. Avec votre permission, j’aimerais le suivre jusqu’à ce que je l’aie au moins partiellement remboursé. »

À ce moment-là, on avait soudain eu l’impression que des étincelles crépitaient dans l’air autour de Lunaria et de Frigga.

« Je n’ai aucune raison de refuser… Seigneur Gaura, seriez-vous d’accord ? »

« Comme je n’ai toujours pas d’expérience en tant que vassal, j’accepte avec gratitude l’offre de Sa Majesté. »

Qu’est-ce que ça veut dire ?! On dirait qu’il faut qu’on parle après ça !

Lunaria essaya de transmettre sa plainte à travers son regard, mais Kurats l’avait complètement ignorée.

D’un autre côté, Frigga n’était pas si subtile. Elle tenait triomphalement la main de Kurats, et rapprochait ses lèvres de son cœur pour lui murmurer à l’oreille.

« Comme ça, je pourrai rester à tes côtés, maître. »

Peu importe la façon dont on regardait cette interaction, Frigga flirtait clairement et très franchement avec Kurats.

Peut-être que je l’interprète mal.

Christopher essaya de se rassurer, mais son sourire étriqué et la sueur sur son front trahissaient ses véritables pensées.

Kurats était membre de la cour royale de Jormungand, mais il y avait toujours une possibilité très réelle que Lapland essayait d’en faire le mari de la jeune sœur du roi.

De plus, Kurats et Frigga s’étaient battus sur le champ de bataille ensemble. C’était des frères d’armes.

C’est mauvais ! C’est terrible !

Deux proches camarades d’armes, laissant l’agitation de la capitale pour aller dans un endroit plus éloigné, où ils allaient partager leur lit et leur nourriture. C’était la recette d’une histoire d’amour.

Et bien sûr, s’ils devaient avoir un enfant ensemble, il serait difficile pour Kurats de refuser d’épouser Frigga.

Eustache pouvait deviner le genre d’illusions folles que le roi Christophe avait en ce moment, mais ce n’était pas le moment idéal pour lui de dire quoi que ce soit.

« Père ! J’y vais aussi ! »

« S’il vous plaît, attendez ! Bashtar n’est pas un endroit convenable pour Votre Altesse ! »

Eustache avait le sentiment que cela arriverait. Lunaria, toujours aussi énergique et dynamique, avait décidé de faire quelque chose d’imprudent.

Cependant, ils ne pouvaient pas laisser Lunaria aller dans un endroit isolé inondé de monstres. Elle était la future héritière du trône par défaut maintenant.

« Votre Majesté, dites quelque chose ! »

« Tu peux y aller, Lunaria ! »

« Quoi ?! »

Qu’est-ce que son propre père peut bien dire ?

« Elle apprendra beaucoup de la princesse Frigga. D’ailleurs, laisser la princesse de Lapland travailler dur toute seule ferait honte à notre pays ! »

« Votre Majesté, on dirait une excuse ! »

« J’ai pris ma décision ! Je n’ai pas besoin de tes conseils, Eustache, je sais ce que je fais ! »

« C’est ce que les accros du jeu disent toujours ! »

Eustache s’apprêtait à lui arracher les cheveux de la tête, mais ses tentatives désespérées pour persuader le roi n’avaient porté aucun fruit.

C’est ainsi qu’il avait été décidé que Frigga et Lunaria iraient toutes les deux à Bashtar.

***

Chapitre 70

« Attendez ! Pourquoi nous suivez-vous ici ? »

Frigga entra dans la chambre de Lunaria avec Kurats comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, et répondit calmement à la question de Lunaria.

« Partout où va monsieur Kurats, j’irai avec lui. Après tout, nous sommes des compagnons d’armes, nous nous sommes confiés l’un à l’autre. »

« Kurats, on dirait que tu t’entends bien avec elle, pas vrai ? »

« Eh bien, des choses sont arrivées, et voilà comment ça a fini entre nous. Nous n’avons pas pu l’éviter. »

« Je me demande si cette réplique conviendra à Mlle Cornelia. »

« S-s-s-sœurette ? ! Pourquoi es-tu ici ? »

« Je suis devenue très proche d’elle pendant que tu n’étais pas là. Je l’ai appelée à l’avance pour qu’on puisse fêter ton retour aujourd’hui. »

Kurats ressentit des frissons le long de sa colonne vertébrale.

Ces frissons provenaient d’une peur qui avait été gravée en lui au niveau génétique.

« Même depuis ton enfance, tu t’es toujours laissé emporter à la seconde où tu t’es retrouvé seul, n’est-ce pas ? »

« Sœurette ! »

« Yaaaaaaaaah ! »

« Ugggh ! »

Le corps de Kurats pouvait même repousser littéralement l’acier, mais il ne pouvait pas s’échapper de ce qui était profondément gravé dans son esprit.

Au moment où le coup de pied de Cornelia atteignit son point sensible, il cria, impuissant. Il était agonisant, des larmes coulaient de ses yeux.

{Nooooooooooon ! P-pas les bijoux de famille ! Pas encore ! !!}

Celui qui avait reçu le plus de dégâts était en fait Bernst, mais pour lui, c’était mieux de garder le secret.

« Je vois que tu as mis la main sur les princesses de deux pays. Mais Kurats, réalises-tu que les princesses ne sont pas Dorothée et Merga, n’est-ce pas ? »

« Dorothée et Merga ? Qui sont-elles ? »

« Ma sœur, s’il te plaît, n’en dis pas plus ! »

« Disons que notre quartier a eu un cours complet de romance et que Kurats a gardé les miettes pour ses moments “personnels”. »

« AAAAAAAAh ! »

L’impact invisible fit s’effondrer Kurats au sol, il avait l’impression qu’on lui arrachait la gorge.

{ARRÊTEZ ÇA ! Je vais encore être gêné !}

(Je comprends ce que tu ressens, mais s’il te plaît, attends un peu pour le moment !)

De façon inattendue, c’était Lunaria qui mit fin à la souffrance de Kurats.

« … Je pense que nous l’avons probablement assez taquiné. Il était après tout dehors, à mettre sa vie en jeu pour mon bien. Je vais vous laisser parler seuls, entre frère et sœur. »

Puis, Lunaria quitta la pièce et exhorta Frigga, dont l’intérêt avait été choisi par ses « penchants » envers Kurats, à la suivre.

« Mlle Frigga, venez avec moi. Je dois vous parler de ce qui nous attend dans notre avenir commun. »

« … Pourriez-vous être plus précise ? »

« Disons que si vous avez l’intérêt de Kurats à l’esprit, votre coopération serait la bienvenue ici. »

« Si c’est la raison, alors on ne peut rien y faire. »

À leur grande surprise, Kurats et Cornelia avaient été soudainement laissés seuls dans la pièce.

« … Bizarre, c’était quoi ça ? »

Alors que Kurats marmonnait ainsi, ses yeux rencontrèrent ceux de Cornelia, provoquant une étrange réaction de sa part. Elle devint rouge jusqu’au cou et très vite elle détourna les yeux.

« Ma sœur ? »

« Ne regarde pas par ici ! Donne-moi juste 5 minutes ! »

« 5 minutes, c’est beaucoup trop long… »

« Alors juste 40 secondes, OK !? »

Cornelia plia le dos et continua à respirer.

C’était la première fois que Kurats voyait Cornelia agir si bizarrement.

{Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’étrange…}

Sais-tu ce qui se passe avec elle ?

{Je suppose que je vais lui montrer un peu de sympathie. À partir de maintenant, je vais couper notre connexion. Je ne pourrai plus rien voir ni entendre, alors… fais de ton mieux.}

Qu’est-ce que cela veut-il dire !?

La question de Kurats resta sans réponse. Il semblerait que Bernst avait déjà scellé sa conscience.

Comme si elle avait pris une décision, Cornelia se tourna vers Kurats, et le regarda d’un air de défi.

« Crois-tu que je n’ai pas entendu dire que tu es allé en Lapland tout seul ? »

« Désolé, je ne voulais pas t’inquiéter. »

Tout ce que Kurats lui avait dit, c’est qu’il allait dans un pays étranger comme messager sous les ordres du roi.

« Quand la princesse Lunaria m’a dit ce que tu allais faire, j’ai senti que mon cœur allait s’arrêter ! »

L’expression sérieuse présente sur le visage de Cornelia n’avait pas tenu longtemps, il devint rapidement recouvert par une fontaine de larmes débordante.

« Après ton départ, la princesse Lunaria m’a appelée à la capitale, car elle craignait de me laisser seule à la maison. C’est alors que j’ai entendu dire que tu étais allé sauver Lapland… La princesse voulait juste s’excuser, en disant que c’était sa faute si tu y étais allé, mais tout ce que j’ai pu penser c’est… »

Même en sachant combien la force de Kurats était absurde, sa mission semblait trop téméraire.

Cornelia était bien consciente que Kurats, qui pouvait facilement abattre un ours aux yeux rouges, avait la force d’une armée d’environ 1000 hommes. Malgré cela, elle ne pouvait pas se sentir à l’aise.

Après avoir été invitée à la capitale, elle avait passé presque tout son temps à prier pour la sécurité de Kurats.

« Je suis désolé de t’avoir inquiétée. Mais il n’y a aucune chance que je sois blessé par quelque chose comme ça ! »

En vérité, il y avait eu des moments où sa vie avait vraiment été en danger, mais Kurats n’avait pas dit cela.

Au lieu de cela, il sortit sa poitrine pour montrer combien il était sûr et fort, en espérant qu’il ne serait pas découvert.

Malgré cela, Cornelia lui sauta à la poitrine comme si elle allait l’attaquer. Peut-être avait-elle instinctivement deviné la vérité.

« … Idiot ! »

Lorsque son corps heurta sa poitrine, Cornelia se mit à sangloter et à trembler des épaules.

Kurats posa sa main rassurante sur son dos et tira de près son corps mince dans une étreinte.

Il avait l’impression que ses membres pouvaient se détacher par sa force, mais il avait aussi l’impression que sa peau était si douce que ses mains allaient fondre à l’intérieur.

Alors qu’elle tremblait dans ses bras, Kurats pouvait sentir un parfum d’agrumes monter de ses cheveux.

Cela lui donnait déjà beaucoup de mal à calmer son esprit, et comme si cela ne suffisait pas, Cornelia resta silencieusement dans cette posture pendant 5 minutes entières.

« Après que la princesse Lunaria m’ait appelé à la capitale, nous avons discuté ensemble. »

« Hmm ? »

Tout en s’accrochant à Kurats, Cornelia avait finalement commencé à parler. Cependant, elle garda les yeux fermés pour ne pas rencontrer son regard.

« Elle dit que Sa Majesté pense à faire de toi son mari. Elle a aussi dit que si c’est avec toi, elle est prête à se marier. »

« Huh ? »

***

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Un commentaire

  1. Merci encore pour cette comédie 😅

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