Almadianos Eiyuuden – Tome 2

Table des matières

***

Chapitre 33

Une femme seule s’agenouilla devant un homme assis sur un trône.

Sa tenue vestimentaire ressemblait à celle d’une prostituée. C’était une robe sensuelle qui couvrait à peine sa peau et ses seins scintillants. L’homme la regardait avec intérêt.

« Permettez-moi d’exprimer ma joie et ma gratitude à Sa Majesté, le sage et grand empereur, pour l’exceptionnelle bienveillance dont il a fait preuve envers une femme aussi modeste que moi. »

Ses longs cheveux blonds et attachés témoignaient clairement de la noble lignée dont elle était issue. Et contrairement à ce qu’elle disait, la femme avait une expression raide sur son visage, déformée par l’humiliation.

« Je suis un homme magnanime. En récompense de ce que tu viens de dire, tu as le droit de lécher mes chaussures. »

L’homme fit un sourire joyeux, tout en regardant la femme belle à en couper le souffle, dont le visage se raidissait encore plus.

Il s’appelait Heimdall Tilfin Asgard.

Il avait des cheveux blonds sophistiqués et des yeux verts pleins d’arrogance. Cela lui donnait un tel sentiment d’intimidation qu’il donnait l’impression de pouvoir tuer une personne d’un seul regard.

Il était l’empereur de l’empire Asgard, qui se vantait de posséder la plus grande puissance militaire parmi les cinq puissances du continent.

Et il était encore dans la force de l’âge, il avait la trentaine.

Depuis son intronisation, il avait déjà détruit deux petits pays, et même maintenant, il avait poussé un royaume au bord de l’extinction.

Les gens l’appelaient à la fois le souverain avide et le souverain suprême des temps troublés.

Mais son passe-temps favori, et de loin, était de capturer les princesses et de les humilier.

« Qu’est-ce que tu attends ? Ce n’est pas grave si tu ne veux pas le faire. »

« Il n’y a aucune chance que ce soit le cas. C’est avec plaisir que je le fais. »

La femme s’accroupit de façon décisive aux pieds de Heimdall.

C’était une princesse du duché de Maclean, qui avait été récemment détruit.

Comme il s’agissait d’un petit pays, il avait été détruit en trois jours seulement. Et après la destruction du duché, l’archiduc, qui était le père de la femme, fut décapité et exposé publiquement.

Le fait qu’elle doive maintenant servir l’ennemi de son père était une humiliation pire que la mort.

Cependant, utiliser la mort pour s’échapper n’était pas une option pour la princesse.

« Tu es vraiment pitoyable. Tu es si proche de moi que tu peux me toucher, et pourtant tu es si loin de pouvoir prendre ta revanche. »

Heimdall se moquait de la femme, comme s’il voyait à travers son esprit.

Chaque parole et chaque acte de la femme pouvait décider de la destinée des citoyens et des soldats de son ancienne nation.

À l’époque où elle venait de devenir captive, elle avait laissé ses émotions faire leur chemin, elle avait désobéi à Heimdall. En retour, il détruisit une ville entière de sa nation et la fit regarder pendant qu’il tuait toutes les femmes et tous les enfants.

Par conséquent, peu importe à quel point elle se sentait déshonorée, elle avait abandonné son corps et son esprit, car c’était le seul moyen de protéger sa nation.

La princesse avait commencé à lécher les chaussures d’Heimdall d’une manière maladroite.

Les sons aqueux de sa langue avaient donné à la pièce une atmosphère obscène.

{Pas mal, mais ça devient un peu ennuyeux.}

Ce que Heimdall aimait, c’était que les femmes de haut rang lui cédaient du terrain pour qu’il puisse les piétiner jusqu’à ce qu’elles deviennent ses servantes.

Cependant, une fois le processus de soumission terminé, et bien qu’il en ait tiré une certaine excitation, la partie qu’il avait vraiment appréciée était la résistance qui l’avait précédé.

{Je suppose qu’il est temps de casser une autre fleur.}

Heimdall avait commencé à réfléchir au nom de la nouvelle beauté qui se soumettrait devant lui.

« Je suis désolé de vous interrompre pendant votre temps libre. », dit un homme grand et élancé, tout en s’inclinant respectueusement à la taille.

Il avait de longs cheveux qui s’étendaient jusqu’aux hanches et semblait avoir près de quarante ans.

Il était très beau, à tel point qu’il ferait probablement tourner les têtes de 100 % des femmes qui passaient à côté de lui. Sa beauté et son apparence pure lui avaient valu l’alias de la Lune des Asgards.

Son vrai titre, cependant, était Mathias d’ Elvasti, Premier ministre de l’empire Asgard.

Contrairement à la douceur qu’il montrait à la surface, Mathias était un intrigant, et beaucoup fronçaient les sourcils face à ses tactiques impitoyables et rusées.

Il était aussi le confident d’Heimdall et l’un des seuls à avoir la confiance totale de l’empereur.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux te joindre à nous ? »

« Je m’excuse, j’ai déjà ma tendre épouse dans mon cœur. »

Outre son côté intrigant, Mathias était également connu pour être un mari dévoué.

Le charmant couple qu’il formait avec sa femme était une source d’envie même en dehors de l’empire.

« Alors, qu’y a-t-il de si important que tu aies dû venir personnellement m’informer ? »

« Selon un rapport d’un subordonné, la seconde princesse du royaume de Jormungand, Lunaria, s’est complètement rétablie et s’est remise sur pied pour la première fois en six mois. »

Bien qu’il avait entendu parler de la guérison de Lunaria, qui était une ennemie, Heimdall avait un sourire radieux sur son visage.

« C’est dommage. »

Sachant trop bien que l’empereur n’avait pas pensé une seconde que c’était une mauvaise chose, Mathias avait poursuivi son rapport.

« De plus, il semblerait que nos assassins aient été exposés au roi. Je ne crois pas qu’ils aient compris notre implication, mais un changement de stratégie est nécessaire. »

« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais beaucoup aimé ce plan de toute façon. »

L’empire Asgard était naturellement au courant de la querelle domestique qui prenait place dans le royaume de Jormungand pour la succession au trône.

Pour en profiter, l’empereur s’était rapproché d’Albert, l’époux de la première princesse du royaume.

Considérant les aspirations cachées d’Albert, Mathias pensait que se débarrasser de Lunaria serait également bénéfique pour l’empire Asgard.

« Je sais que Votre Majesté est favorable à la princesse Lunaria, mais cela ne doit pas l’emporter sur notre stratégie nationale. »

« J’en suis bien conscient. C’est pour ça que je ne me suis pas opposé au plan. »

Lunaria était connue pour être une chevalière exceptionnelle avec des compétences de première classe. Elle correspondait en effet parfaitement au goût de Heimdall.

Il avait un grand désir de la transformer en jouet, tout comme la femme qui léchait ses chaussures tout à l’heure.

« Même ainsi, cet Albert s’est-il avéré inutile ? C’est inattendu. »

Bien qu’Heimdall n’avait pas une opinion particulièrement élevée d’Albert, il ne pensait pas qu’il était incompétent.

Si l’empire parvenait à conquérir le royaume de Jormungand, Heimdall envisageait de laisser Albert se faire appeler le roi du royaume, il lui donnerait un tiers du territoire.

« Ce qui m’inquiète, c’est autre chose. »

« Oho… Quelque chose t’inquiète ? »

Heimdall ricanait comme si son intérêt avait été piqué.

Chaque fois que son intrigant de Premier ministre s’inquiétait de quelque chose, cela ne signifiait souvent rien de bon.

Cependant, bien que ces inquiétudes précédaient généralement l’ajout d’un fardeau inutile sur l’empire, Heimdall avait la mauvaise habitude de profiter de ce genre de situation.

« La personne qui a guéri la maladie de la princesse est un sage sans nom d’une région éloignée du royaume. »

« C’est un mage ? »

« Non, ou du moins, il n’a pas reçu l’entraînement standard des mages. Cependant, la rumeur dit qu’il utilise un autre système de magie que le système Magus Arturius. »

« On dirait qu’un autre type incroyable est apparu de nulle part ! »

Si les rumeurs étaient vraies, alors cet homme devait être un génie. C’était le genre de personne que l’empire Asgard voudrait obtenir à tout prix.

Après tout, ses puissantes troupes de magiciens étaient la principale raison pour laquelle l’empire Asgard avait la plus grande puissance militaire de tout le continent.

« Son nom est Kurats Hans Almadianos de Gaura. Considérant que Christopher lui a tout de suite accordé une baronnie, je ne peux nier la possibilité que les rumeurs soient vraies. »

« Une baronnie, dis-tu... ? Ça ne me dérangerait pas de lui donner le rang de comte si ça pouvait l’attirer dans l’empire. »

Bien qu’il l’ait dit, Heimdall ressentait encore une certaine admiration à l’égard de la décision de Christopher.

Dans les pays qui avaient une histoire ancienne, comme les cinq grands pays du continent, il fallait faire preuve d’une grande fermeté pour pouvoir transformer un roturier en noble.

Normalement, il aurait été fait au mieux chevalier.

« Apparemment, la princesse Lunaria l’apprécie beaucoup, cela pourrait donc être difficile de le convaincre. »

« C’est dommage. »

Même s’il était en effet impossible d’attirer les Kurats dans l’empire, Heimdall voulait seulement qu’il lui enseigne son système magique.

Se basant uniquement sur son intuition, Heimdall n’avait personnellement pas douté de la véracité des rumeurs concernant ce système magique qui n’avait pas encore été reconnu.

C’était pour cette raison qu’il pensait aussi que cet homme serait terriblement difficile à affronter s’il devenait un jour un ennemi.

« Cependant, il y a plus. C’est aussi ce même homme qui a découvert la tentative d’assassinat et qui l’a mis à jour. »

« Depuis quand les mages de ce pays agissent-ils comme des espions ? »

Cela s’était avéré plus gênant que prévu.

Enfin, la lueur ludique et paisible présente dans les yeux de Heimdall disparut.

Peu importe la puissance d’un mage, il y avait une limite claire à ce qu’une seule personne pouvait faire.

Cependant, si l’homme était capable de combiner son pouvoir avec une connaissance de la collecte de renseignements et de la politique, l’empereur ne pouvait absolument pas se moquer de lui.

« Utilise tout ce qui est en ton pouvoir pour enquêter sur lui. Je veux même connaître chaque détail insignifiant. Sa famille, ses amis, ses passe-temps, ses goûts, tout. »

« Je m’en occuperai. »

De toute façon, Mathias avait déjà prévu d’enquêter sur Kurats, sans que Heimdall eût à lui en parler en premier.

Et s’il pouvait trouver une opportunité, il allait prendre la vie de Kurats.

Kurats était un joker qui pouvait prendre n’importe quelle forme à l’avenir, ce qui en faisait un ennemi naturel pour un tacticien comme Mathias.

« Mettons ça de côté, Votre Majesté... »

Mathias avait changé de sujet.

« Quoi ? Il y a autre chose ? »

« Veuillez demander en mariage la seconde princesse Lunaria, maintenant qu’elle est guérie. »

Heimdall grimaçait, comme s’il buvait le sédiment amer d’un vin antique.

« Dois-je aller aussi loin ? »

« Si ça se passe bien, on pourrait obtenir Jormungand sans aucun effort. »

Bien qu’il savait qu’Heimdall n’aimerait pas cela, Mathias parlait franchement, comme si l’opinion de l’empereur ne le concernait pas.

Si Lunaria devait se marier dans l’empire Asgard, le prochain héritier du trône serait automatiquement la première princesse, Felbell.

Après cela, il ne restait plus qu’à faire démanteler lentement le royaume par Albert, puis à l’envahir au nom de Lunaria.

Bref, la seule chose qu’Heimdall aurait à faire serait d’obtenir du royaume de Jormungand son accord pour un mariage entre lui et Lunaria, et tout serait mis en place.

Pour le royaume, le mariage serait l’occasion d’élargir son influence dans les relations diplomatiques au sein de la sphère des grandes puissances du continent. Ce serait aussi une occasion irrésistible pour tous les aristocrates qui soutenaient Felbell.

Bien qu’Heimdall avait voulu se plaindre et qu’il voulait rejeter cette façon peu excitante d’obtenir Lunaria, il n’arrivait pas à trouver une seule raison rationnelle pour aller contre la proposition de Mathias.

« Peu importe. »

Heimdall n’était pas un dirigeant insensé qui pouvait négliger une question d’importance nationale au nom de ses passe-temps.

Pourtant, Heimdall ne pouvait pas effacer son mécontentement puisque ce plan allait entraver son hobby.

Voyant la réaction enfantine de son supérieur, Mathias continua à parler comme s’il venait de se rappeler de quelque chose.

« À bien y penser, je n’ai pas encore mentionné le fait que la quatrième troupe, dirigée par Sire Cabernard, a remporté la victoire dans la bataille à la frontière de Lepland. Cependant, je crains de dire qu’il n’a pas amené la “Blanche-Neige Valkyrie” que vous souhaitiez ardemment posséder. »

La Laponie était un petit pays au nord-ouest d’Asgard.

Bien que leur territoire soit petit, il était réputé pour avoir une armée puissante. Cette renommée s’appliquait surtout à la petite sœur du roi, Frigga Lapland, également appelée la Blanche-Neige Valkyrie, dont le nom était connu même dans les pays voisins en raison de son talent inné comme commandante de cavalerie.

La simple mention de l’alias de Frigga avait fait apparaître un large sourire sur le visage d’Heimdall.

Frigga était une proie assez charmante pour remplacer Lunaria.

Cependant, conscient qu’il réagissait exactement comme Mathias s’y attendait, Heimdall rétrécit les yeux.

« ... Dis juste à Cabernard de faire attention à ne pas la tuer. »

« Comme vous le voulez. »

***

Chapitre 34

Christopher, le roi de Jormungand, était très perplexe. Une situation urgente lui était venue de nulle part.

La cour était tombée dans un grand chaos, ce qui était tout à fait naturel étant donné que l’empereur d’Asgard, Heimdall, avait soudainement envoyé une demande en mariage à Lunaria.

De nos jours, l’empire Asgard était la nation avec la puissance militaire la plus forte du continent. Si la proposition était refusée avec négligence, l’empire pourrait s’en servir comme excuse pour déclencher une guerre.

C’était la base de l’argumentation qu’Albert et les autres nobles de la faction de Felbell avaient activement mise en avant.

D’autre part, les nobles de la faction de Lunaria avaient soutenu que le royaume était l’une des cinq puissances du continent et qu’il se trouvait au même niveau que l’empire. Il était donc absurde d’offrir la main de la princesse pour la seule raison que l’empereur l’avait demandée.

Sans parler du fait que Heimdall était un coureur de jupons. De plus il avait une mauvaise personnalité.

Bien que les mariages entre membres de famille royale étaient importants lorsqu’il s’agissait des relations diplomatiques, Christopher avait beaucoup de difficulté à évaluer les avantages et les inconvénients de cette proposition, étant donné que la personne qui faisait l’offre était Heimdall.

Cependant, il était également vrai que la faction de Felbell prenait le dessus dans ce débat.

Leur opinion était que si Lunaria pouvait devenir la reine de l’empire Asgard en épousant l’empereur, ce ne serait en aucun cas une perte pour le royaume.

Si cette proposition avait été faite par une nation comme le royaume Tornedora dans le sud, peut-être même Christopher aurait-il sérieusement considéré leur offre.

« Mais je pense qu’on devrait refuser... »

Peut-être que les nobles de la faction de Felbell pensaient que la situation ne changerait pas tant que Lunaria était présente ici, mais il n’était pas si facile de se débarrasser de ceux qui avaient le sang de la famille royale.

Si Heimdall et Lunaria devaient avoir un fils ensemble, l’empire Asgard pourrait aller jusqu’à demander d’hériter du droit au trône de Jormungand.

Bien que les mariages diplomatiques soient certainement efficaces pour améliorer les relations, ils pouvaient se transformer en une épée à double tranchant s’il n’y avait aucune confiance initiale entre les nations concernées.

Et l’empire Asgard était un pays auquel Christopher ne ferait jamais confiance, même en cas d’urgence majeure.

Cependant, comme nous l’avons mentionné précédemment, un refus mal géré pourrait facilement servir d’excuse pour déclencher une guerre.

De plus, il serait probablement impossible de convaincre les nobles de la faction de Felbell que l’empire Asgard n’était pas assez digne de confiance.

Au bout du rouleau, Christopher s’était laissé aller à la frustration par un gémissement.

Mais avant qu’il n’ait pu examiner la situation plus avant, quelqu’un l’avait interrompu dans sa réflexion.

« Votre Majesté, un subordonné vous a envoyé un rapport. »

« Qui y a-t-il maintenant ? », dit Christophe d’une voix malhonnête, tout en regardant le membre des « Oreilles du Roi » qui venait d’entrer dans la salle.

Une autre question délicate allait être soulevée.

Pensant ainsi, Christopher ne pouvait pas s’empêcher d’adopter une attitude brusque, bien qu’il savait que c’était déraisonnable de sa part.

« Le subordonné est celui qui a infiltré Asgard. Il a rapporté que la Lapland a été envahie par les forces de l’empire il y a quelques jours. »

« Heimdall aurait déplacé son armée ? Ce fou affamé de guerre ! »

Christopher frappa la table devant lui avec son poing tout en serrant les dents.

Cela ne faisait qu’un demi-mois que l’empire Asgard avait détruit le duché de Maclean.

Bien qu’il s’agisse d’un petit pays, Christopher pensait qu’il allait devoir consacrer beaucoup d’effort ainsi qu’une partie importante de l’armée de l’empire pour maintenir l’occupation sur le duché.

Pourquoi l’empire était-il si pressé d’engager un nouveau conflit ?

Depuis une heure, les questions que Christopher se posait sur Heimdall n’avaient cessé de s’accumuler.

Le fait que, historiquement, Lapland et le Jormungand avaient des liens d’amitié était encore plus problématique.

Normalement, l’envoi de renforts au duché aurait été la réaction naturelle de Christopher. Cependant, même s’il envoyait des renforts, seraient-ils capables de gagner ? Cela semblait très improbable.

Dans le pire des cas, Lapland tomberait malgré les renforts envoyés par Jormungand, et l’empire deviendrait alors totalement hostile au royaume.

Et si le royaume n’envoyait pas de renforts à Lapland ?

Si cela devait se produire, le royaume de Jormungand aurait sans aucun doute l’air peu fiable aux yeux des petits pays voisins.

Le roi était coincé entre le marteau et l’enclume. De plus, les nobles qui craignaient la guerre allaient faire tout ce qui était en leur pouvoir pour protester contre l’antagonisme de l’empire Asgard.

« Comment devrais-je manœuvrer à partir d’ici... ? »

Il semblerait que rien ne viendra dissiper l’angoisse de Christopher.

◆ ◆ ◆

Les bruits de pas d’une jeune femme marchant à toute allure résonnaient dans les couloirs du palais royal.

Sa peau était d’un blanc albinos, et ses cheveux enneigés avaient une teinte blanc encore plus clair, qui scintillait sous l’effet de la lumière du soleil.

La jeune femme s’appelait Frigga Lapland.

C’était la sœur cadette du roi Siegfried Lapland, et comme il n’avait pas encore d’enfant légitime, Frigga était la première en lice pour hériter du trône.

Ses yeux dorés, en forme d’amande, présentaient un esprit ardent et inébranlable. Et la belle forme de son nez ressemblait à celle d’une poupée bisque. Tous ces traits la faisaient ressembler à une jeune fille guerrière envoyée par le ciel.

Les gens l’appelaient la Blanche-Neige Valkyrie.

Elle était aussi une commandante puissante dont le petit royaume de Lapland se vantait devant le reste du monde.

Mais en ce moment, cette femme puissante tremblait de colère en se mordant la lèvre.

En effet, il y a peu de temps, elle avait reçu un rapport indiquant que les troupes stationnées à la frontière nationale de Lapland avaient été vaincues par les forces de l’empire Asgard.

« Non seulement ils ont été vaincus, mais ils n’ont même pas pu s’échapper ! »

Pour Lapland, qui était une nation beaucoup moins puissante, perdre la première bataille était certes douloureux, mais ce n’était pas un coup fatal.

Frigga s’était déjà préparée à réorganiser les forces restantes à la frontière afin de créer une nouvelle ligne de défense.

Peu importe la gravité de la défaite, il était logique de battre en retraite et de faire tout ce qui était possible pour limiter les pertes à 30 %.

Cependant, si, comme l’affirmait le rapport, les pertes s’élevaient effectivement à près de 70 %, il allait falloir retravailler la tactique des troupes à la racine.

« Votre Majesté ! J’ai une requête ! »

Frigga l’avait déclaré juste après être entrée, alors qu’elle faisait face à son frère aîné, qui était assis sur son trône les bras croisés et les yeux fermés.

« Absolument pas. »

« Mais, mon frère, je n’ai encore rien dit ! »

Ne pensant pas qu’elle serait rejetée avant même d’avoir pu parler, Frigga avait crié de façon réfléchie.

« Tu vas me dire que tu veux nous gagner du temps dans les environs de Crowdagen, pour que je puisse préparer une contre-offensive ou une évasion, non ? Cependant, je n’ai pas l’intention de t’envoyer à la mort. »

Au début, Frigga avait suggéré de renforcer les défenses du royaume et d’utiliser dans une certaine mesure la guérilla, mais ses vues avaient été complètement contrées par une grande majorité de nobles.

La royauté de Lapland n’était pas aussi influente que dans les grands pays comme Asgard et Jormungand.

Mais Frigga était encore profondément honteuse, pensant qu’elle aurait dû arrêter l’opposition de ces nobles, même si elle avait dû utiliser son épée.

Si elle l’avait fait, la vie de plus de 10 000 soldats n’aurait pas été perdue inutilement. Mais c’était trop tard.

Tout ce qu’on pouvait faire maintenant était de retenir l’armée d’Asgard, quel qu’en soit le prix.

Et il n’y avait pas d’autre commandant qu’elle qui pouvait utiliser une petite armée pour repousser l’armée constituée environ de 40 000 soldats d’Asgard.

« J’ai déjà demandé des renforts à Macban et Jormungand. De plus, il y a toujours la possibilité d’assiéger les troupes d’Asgard ici même, dans la capitale royale. »

Les pensées honnêtes de Siegfried étaient que, même si Frigga donnait sa vie pour gagner un peu de temps, cela n’empêcherait probablement pas la chute du royaume.

C’est pourquoi il avait l’intention de persuader Frigga de fuir à l’étranger dès qu’une chance de s’évader se présentera.

« Ça n’arrivera pas et tu le sais, mon frère. Avec l’imparable charge qu’Asgard mène, pourquoi un pays enverrait-il des renforts ? »

Politiquement, Lapland avait déjà perdu.

Mais Frigga n’allait pas admettre sa défaite avant de riposter militairement.

Par la suite, si les forces d’Asgard devaient se retrouver dans une bataille difficile en raison d’elle, peut-être que les pays qui hésitaient à envoyer des renforts commenceraient a bouger.

Pour cela, Frigga était déjà bien résolue à mourir.

« Ça suffit, Frigga. Je serai celui qui mènera les troupes. »

En temps de paix, Siegfried était bon, impartial et avait un grand sens de la justice, ce qui faisait de lui un bon roi pour Lapland.

Cependant, c’était un temps de guerre. La gentillesse de Siegfried n’était plus d’aucune utilité.

« Votre Majesté, il vous est impossible d’affronter Asgard. Si vous voulez que j’arrête, amenez-moi un commandant plus capable que moi. »

« Je suis le roi de ce pays... c’est ma responsabilité. »

Comme il le déclara d’une voix tremblante, les épaules de Siegfried tombèrent.

Il ne pouvait même pas protéger sa précieuse petite sœur. Quelle était donc la valeur d’un tel roi ?

« Frère, alors la seule chose que je peux faire, c’est de me battre. D’un autre côté, votre responsabilité est de décider de l’avenir du royaume. »

Que la décision soit que le pays se rende ou que le peuple s’échappe, l’avenir de Lapland reposait uniquement entre les mains de Siegfried.

La seule chose que Frigga pouvait faire était de se battre jusqu’au bout pour faire avancer la réalisation de cette décision.

Rien ne pouvait l’en empêcher, pas même les ordres directs du roi.

« D’accord, mais ne meurs pas, Frigga. Je t’enverrais sans faute des renforts. »

Tout ce que Siegfried pouvait faire, c’était de faire cette petite promesse, tout en serrant les dents alors qu’il se noyait dans son propre sentiment d’impuissance.

Le seul devoir qui lui restait était de ne pas laisser Frigga combattre en vain.

« Crois-moi, mon frère, je vais leur montrer que les gens ne m’appellent pas la Valkyrie Blanche-Neige pour rien. »

Même s’il était son frère de sang, Siegfried était séduit par le sourire clair et le rire qui ornaient les paroles de Frigga.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire