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Almadianos Eiyuuden – Tome 2

***

Chapitre 33

Une femme seule s’agenouilla devant un homme assis sur un trône.

Sa tenue vestimentaire ressemblait à celle d’une prostituée. C’était une robe sensuelle qui couvrait à peine sa peau et ses seins scintillants. L’homme la regardait avec intérêt.

« Permettez-moi d’exprimer ma joie et ma gratitude à Sa Majesté, le sage et grand empereur, pour l’exceptionnelle bienveillance dont il a fait preuve envers une femme aussi modeste que moi. »

Ses longs cheveux blonds et attachés témoignaient clairement de la noble lignée dont elle était issue. Et contrairement à ce qu’elle disait, la femme avait une expression raide sur son visage, déformée par l’humiliation.

« Je suis un homme magnanime. En récompense de ce que tu viens de dire, tu as le droit de lécher mes chaussures. »

L’homme fit un sourire joyeux, tout en regardant la femme belle à en couper le souffle, dont le visage se raidissait encore plus.

Il s’appelait Heimdall Tilfin Asgard.

Il avait des cheveux blonds sophistiqués et des yeux verts pleins d’arrogance. Cela lui donnait un tel sentiment d’intimidation qu’il donnait l’impression de pouvoir tuer une personne d’un seul regard.

Il était l’empereur de l’empire Asgard, qui se vantait de posséder la plus grande puissance militaire parmi les cinq puissances du continent.

Et il était encore dans la force de l’âge, il avait la trentaine.

Depuis son intronisation, il avait déjà détruit deux petits pays, et même maintenant, il avait poussé un royaume au bord de l’extinction.

Les gens l’appelaient à la fois le souverain avide et le souverain suprême des temps troublés.

Mais son passe-temps favori, et de loin, était de capturer les princesses et de les humilier.

« Qu’est-ce que tu attends ? Ce n’est pas grave si tu ne veux pas le faire. »

« Il n’y a aucune chance que ce soit le cas. C’est avec plaisir que je le fais. »

La femme s’accroupit de façon décisive aux pieds de Heimdall.

C’était une princesse du duché de Maclean, qui avait été récemment détruit.

Comme il s’agissait d’un petit pays, il avait été détruit en trois jours seulement. Et après la destruction du duché, l’archiduc, qui était le père de la femme, fut décapité et exposé publiquement.

Le fait qu’elle doive maintenant servir l’ennemi de son père était une humiliation pire que la mort.

Cependant, utiliser la mort pour s’échapper n’était pas une option pour la princesse.

« Tu es vraiment pitoyable. Tu es si proche de moi que tu peux me toucher, et pourtant tu es si loin de pouvoir prendre ta revanche. »

Heimdall se moquait de la femme, comme s’il voyait à travers son esprit.

Chaque parole et chaque acte de la femme pouvait décider de la destinée des citoyens et des soldats de son ancienne nation.

À l’époque où elle venait de devenir captive, elle avait laissé ses émotions faire leur chemin, elle avait désobéi à Heimdall. En retour, il détruisit une ville entière de sa nation et la fit regarder pendant qu’il tuait toutes les femmes et tous les enfants.

Par conséquent, peu importe à quel point elle se sentait déshonorée, elle avait abandonné son corps et son esprit, car c’était le seul moyen de protéger sa nation.

La princesse avait commencé à lécher les chaussures d’Heimdall d’une manière maladroite.

Les sons aqueux de sa langue avaient donné à la pièce une atmosphère obscène.

{Pas mal, mais ça devient un peu ennuyeux.}

Ce que Heimdall aimait, c’était que les femmes de haut rang lui cédaient du terrain pour qu’il puisse les piétiner jusqu’à ce qu’elles deviennent ses servantes.

Cependant, une fois le processus de soumission terminé, et bien qu’il en ait tiré une certaine excitation, la partie qu’il avait vraiment appréciée était la résistance qui l’avait précédé.

{Je suppose qu’il est temps de casser une autre fleur.}

Heimdall avait commencé à réfléchir au nom de la nouvelle beauté qui se soumettrait devant lui.

« Je suis désolé de vous interrompre pendant votre temps libre. », dit un homme grand et élancé, tout en s’inclinant respectueusement à la taille.

Il avait de longs cheveux qui s’étendaient jusqu’aux hanches et semblait avoir près de quarante ans.

Il était très beau, à tel point qu’il ferait probablement tourner les têtes de 100 % des femmes qui passaient à côté de lui. Sa beauté et son apparence pure lui avaient valu l’alias de la Lune des Asgards.

Son vrai titre, cependant, était Mathias d’ Elvasti, Premier ministre de l’empire Asgard.

Contrairement à la douceur qu’il montrait à la surface, Mathias était un intrigant, et beaucoup fronçaient les sourcils face à ses tactiques impitoyables et rusées.

Il était aussi le confident d’Heimdall et l’un des seuls à avoir la confiance totale de l’empereur.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux te joindre à nous ? »

« Je m’excuse, j’ai déjà ma tendre épouse dans mon cœur. »

Outre son côté intrigant, Mathias était également connu pour être un mari dévoué.

Le charmant couple qu’il formait avec sa femme était une source d’envie même en dehors de l’empire.

« Alors, qu’y a-t-il de si important que tu aies dû venir personnellement m’informer ? »

« Selon un rapport d’un subordonné, la seconde princesse du royaume de Jormungand, Lunaria, s’est complètement rétablie et s’est remise sur pied pour la première fois en six mois. »

Bien qu’il avait entendu parler de la guérison de Lunaria, qui était une ennemie, Heimdall avait un sourire radieux sur son visage.

« C’est dommage. »

Sachant trop bien que l’empereur n’avait pas pensé une seconde que c’était une mauvaise chose, Mathias avait poursuivi son rapport.

« De plus, il semblerait que nos assassins aient été exposés au roi. Je ne crois pas qu’ils aient compris notre implication, mais un changement de stratégie est nécessaire. »

« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais beaucoup aimé ce plan de toute façon. »

L’empire Asgard était naturellement au courant de la querelle domestique qui prenait place dans le royaume de Jormungand pour la succession au trône.

Pour en profiter, l’empereur s’était rapproché d’Albert, l’époux de la première princesse du royaume.

Considérant les aspirations cachées d’Albert, Mathias pensait que se débarrasser de Lunaria serait également bénéfique pour l’empire Asgard.

« Je sais que Votre Majesté est favorable à la princesse Lunaria, mais cela ne doit pas l’emporter sur notre stratégie nationale. »

« J’en suis bien conscient. C’est pour ça que je ne me suis pas opposé au plan. »

Lunaria était connue pour être une chevalière exceptionnelle avec des compétences de première classe. Elle correspondait en effet parfaitement au goût de Heimdall.

Il avait un grand désir de la transformer en jouet, tout comme la femme qui léchait ses chaussures tout à l’heure.

« Même ainsi, cet Albert s’est-il avéré inutile ? C’est inattendu. »

Bien qu’Heimdall n’avait pas une opinion particulièrement élevée d’Albert, il ne pensait pas qu’il était incompétent.

Si l’empire parvenait à conquérir le royaume de Jormungand, Heimdall envisageait de laisser Albert se faire appeler le roi du royaume, il lui donnerait un tiers du territoire.

« Ce qui m’inquiète, c’est autre chose. »

« Oho… Quelque chose t’inquiète ? »

Heimdall ricanait comme si son intérêt avait été piqué.

Chaque fois que son intrigant de Premier ministre s’inquiétait de quelque chose, cela ne signifiait souvent rien de bon.

Cependant, bien que ces inquiétudes précédaient généralement l’ajout d’un fardeau inutile sur l’empire, Heimdall avait la mauvaise habitude de profiter de ce genre de situation.

« La personne qui a guéri la maladie de la princesse est un sage sans nom d’une région éloignée du royaume. »

« C’est un mage ? »

« Non, ou du moins, il n’a pas reçu l’entraînement standard des mages. Cependant, la rumeur dit qu’il utilise un autre système de magie que le système Magus Arturius. »

« On dirait qu’un autre type incroyable est apparu de nulle part ! »

Si les rumeurs étaient vraies, alors cet homme devait être un génie. C’était le genre de personne que l’empire Asgard voudrait obtenir à tout prix.

Après tout, ses puissantes troupes de magiciens étaient la principale raison pour laquelle l’empire Asgard avait la plus grande puissance militaire de tout le continent.

« Son nom est Kurats Hans Almadianos de Gaura. Considérant que Christopher lui a tout de suite accordé une baronnie, je ne peux nier la possibilité que les rumeurs soient vraies. »

« Une baronnie, dis-tu... ? Ça ne me dérangerait pas de lui donner le rang de comte si ça pouvait l’attirer dans l’empire. »

Bien qu’il l’ait dit, Heimdall ressentait encore une certaine admiration à l’égard de la décision de Christopher.

Dans les pays qui avaient une histoire ancienne, comme les cinq grands pays du continent, il fallait faire preuve d’une grande fermeté pour pouvoir transformer un roturier en noble.

Normalement, il aurait été fait au mieux chevalier.

« Apparemment, la princesse Lunaria l’apprécie beaucoup, cela pourrait donc être difficile de le convaincre. »

« C’est dommage. »

Même s’il était en effet impossible d’attirer les Kurats dans l’empire, Heimdall voulait seulement qu’il lui enseigne son système magique.

Se basant uniquement sur son intuition, Heimdall n’avait personnellement pas douté de la véracité des rumeurs concernant ce système magique qui n’avait pas encore été reconnu.

C’était pour cette raison qu’il pensait aussi que cet homme serait terriblement difficile à affronter s’il devenait un jour un ennemi.

« Cependant, il y a plus. C’est aussi ce même homme qui a découvert la tentative d’assassinat et qui l’a mis à jour. »

« Depuis quand les mages de ce pays agissent-ils comme des espions ? »

Cela s’était avéré plus gênant que prévu.

Enfin, la lueur ludique et paisible présente dans les yeux de Heimdall disparut.

Peu importe la puissance d’un mage, il y avait une limite claire à ce qu’une seule personne pouvait faire.

Cependant, si l’homme était capable de combiner son pouvoir avec une connaissance de la collecte de renseignements et de la politique, l’empereur ne pouvait absolument pas se moquer de lui.

« Utilise tout ce qui est en ton pouvoir pour enquêter sur lui. Je veux même connaître chaque détail insignifiant. Sa famille, ses amis, ses passe-temps, ses goûts, tout. »

« Je m’en occuperai. »

De toute façon, Mathias avait déjà prévu d’enquêter sur Kurats, sans que Heimdall eût à lui en parler en premier.

Et s’il pouvait trouver une opportunité, il allait prendre la vie de Kurats.

Kurats était un joker qui pouvait prendre n’importe quelle forme à l’avenir, ce qui en faisait un ennemi naturel pour un tacticien comme Mathias.

« Mettons ça de côté, Votre Majesté... »

Mathias avait changé de sujet.

« Quoi ? Il y a autre chose ? »

« Veuillez demander en mariage la seconde princesse Lunaria, maintenant qu’elle est guérie. »

Heimdall grimaçait, comme s’il buvait le sédiment amer d’un vin antique.

« Dois-je aller aussi loin ? »

« Si ça se passe bien, on pourrait obtenir Jormungand sans aucun effort. »

Bien qu’il savait qu’Heimdall n’aimerait pas cela, Mathias parlait franchement, comme si l’opinion de l’empereur ne le concernait pas.

Si Lunaria devait se marier dans l’empire Asgard, le prochain héritier du trône serait automatiquement la première princesse, Felbell.

Après cela, il ne restait plus qu’à faire démanteler lentement le royaume par Albert, puis à l’envahir au nom de Lunaria.

Bref, la seule chose qu’Heimdall aurait à faire serait d’obtenir du royaume de Jormungand son accord pour un mariage entre lui et Lunaria, et tout serait mis en place.

Pour le royaume, le mariage serait l’occasion d’élargir son influence dans les relations diplomatiques au sein de la sphère des grandes puissances du continent. Ce serait aussi une occasion irrésistible pour tous les aristocrates qui soutenaient Felbell.

Bien qu’Heimdall avait voulu se plaindre et qu’il voulait rejeter cette façon peu excitante d’obtenir Lunaria, il n’arrivait pas à trouver une seule raison rationnelle pour aller contre la proposition de Mathias.

« Peu importe. »

Heimdall n’était pas un dirigeant insensé qui pouvait négliger une question d’importance nationale au nom de ses passe-temps.

Pourtant, Heimdall ne pouvait pas effacer son mécontentement puisque ce plan allait entraver son hobby.

Voyant la réaction enfantine de son supérieur, Mathias continua à parler comme s’il venait de se rappeler de quelque chose.

« À bien y penser, je n’ai pas encore mentionné le fait que la quatrième troupe, dirigée par Sire Cabernard, a remporté la victoire dans la bataille à la frontière de Lepland. Cependant, je crains de dire qu’il n’a pas amené la “Blanche-Neige Valkyrie” que vous souhaitiez ardemment posséder. »

La Laponie était un petit pays au nord-ouest d’Asgard.

Bien que leur territoire soit petit, il était réputé pour avoir une armée puissante. Cette renommée s’appliquait surtout à la petite sœur du roi, Frigga Lapland, également appelée la Blanche-Neige Valkyrie, dont le nom était connu même dans les pays voisins en raison de son talent inné comme commandante de cavalerie.

La simple mention de l’alias de Frigga avait fait apparaître un large sourire sur le visage d’Heimdall.

Frigga était une proie assez charmante pour remplacer Lunaria.

Cependant, conscient qu’il réagissait exactement comme Mathias s’y attendait, Heimdall rétrécit les yeux.

« ... Dis juste à Cabernard de faire attention à ne pas la tuer. »

« Comme vous le voulez. »

***

Chapitre 34

Christopher, le roi de Jormungand, était très perplexe. Une situation urgente lui était venue de nulle part.

La cour était tombée dans un grand chaos, ce qui était tout à fait naturel étant donné que l’empereur d’Asgard, Heimdall, avait soudainement envoyé une demande en mariage à Lunaria.

De nos jours, l’empire Asgard était la nation avec la puissance militaire la plus forte du continent. Si la proposition était refusée avec négligence, l’empire pourrait s’en servir comme excuse pour déclencher une guerre.

C’était la base de l’argumentation qu’Albert et les autres nobles de la faction de Felbell avaient activement mise en avant.

D’autre part, les nobles de la faction de Lunaria avaient soutenu que le royaume était l’une des cinq puissances du continent et qu’il se trouvait au même niveau que l’empire. Il était donc absurde d’offrir la main de la princesse pour la seule raison que l’empereur l’avait demandée.

Sans parler du fait que Heimdall était un coureur de jupons. De plus il avait une mauvaise personnalité.

Bien que les mariages entre membres de famille royale étaient importants lorsqu’il s’agissait des relations diplomatiques, Christopher avait beaucoup de difficulté à évaluer les avantages et les inconvénients de cette proposition, étant donné que la personne qui faisait l’offre était Heimdall.

Cependant, il était également vrai que la faction de Felbell prenait le dessus dans ce débat.

Leur opinion était que si Lunaria pouvait devenir la reine de l’empire Asgard en épousant l’empereur, ce ne serait en aucun cas une perte pour le royaume.

Si cette proposition avait été faite par une nation comme le royaume Tornedora dans le sud, peut-être même Christopher aurait-il sérieusement considéré leur offre.

« Mais je pense qu’on devrait refuser... »

Peut-être que les nobles de la faction de Felbell pensaient que la situation ne changerait pas tant que Lunaria était présente ici, mais il n’était pas si facile de se débarrasser de ceux qui avaient le sang de la famille royale.

Si Heimdall et Lunaria devaient avoir un fils ensemble, l’empire Asgard pourrait aller jusqu’à demander d’hériter du droit au trône de Jormungand.

Bien que les mariages diplomatiques soient certainement efficaces pour améliorer les relations, ils pouvaient se transformer en une épée à double tranchant s’il n’y avait aucune confiance initiale entre les nations concernées.

Et l’empire Asgard était un pays auquel Christopher ne ferait jamais confiance, même en cas d’urgence majeure.

Cependant, comme nous l’avons mentionné précédemment, un refus mal géré pourrait facilement servir d’excuse pour déclencher une guerre.

De plus, il serait probablement impossible de convaincre les nobles de la faction de Felbell que l’empire Asgard n’était pas assez digne de confiance.

Au bout du rouleau, Christopher s’était laissé aller à la frustration par un gémissement.

Mais avant qu’il n’ait pu examiner la situation plus avant, quelqu’un l’avait interrompu dans sa réflexion.

« Votre Majesté, un subordonné vous a envoyé un rapport. »

« Qui y a-t-il maintenant ? », dit Christophe d’une voix malhonnête, tout en regardant le membre des « Oreilles du Roi » qui venait d’entrer dans la salle.

Une autre question délicate allait être soulevée.

Pensant ainsi, Christopher ne pouvait pas s’empêcher d’adopter une attitude brusque, bien qu’il savait que c’était déraisonnable de sa part.

« Le subordonné est celui qui a infiltré Asgard. Il a rapporté que la Lapland a été envahie par les forces de l’empire il y a quelques jours. »

« Heimdall aurait déplacé son armée ? Ce fou affamé de guerre ! »

Christopher frappa la table devant lui avec son poing tout en serrant les dents.

Cela ne faisait qu’un demi-mois que l’empire Asgard avait détruit le duché de Maclean.

Bien qu’il s’agisse d’un petit pays, Christopher pensait qu’il allait devoir consacrer beaucoup d’effort ainsi qu’une partie importante de l’armée de l’empire pour maintenir l’occupation sur le duché.

Pourquoi l’empire était-il si pressé d’engager un nouveau conflit ?

Depuis une heure, les questions que Christopher se posait sur Heimdall n’avaient cessé de s’accumuler.

Le fait que, historiquement, Lapland et le Jormungand avaient des liens d’amitié était encore plus problématique.

Normalement, l’envoi de renforts au duché aurait été la réaction naturelle de Christopher. Cependant, même s’il envoyait des renforts, seraient-ils capables de gagner ? Cela semblait très improbable.

Dans le pire des cas, Lapland tomberait malgré les renforts envoyés par Jormungand, et l’empire deviendrait alors totalement hostile au royaume.

Et si le royaume n’envoyait pas de renforts à Lapland ?

Si cela devait se produire, le royaume de Jormungand aurait sans aucun doute l’air peu fiable aux yeux des petits pays voisins.

Le roi était coincé entre le marteau et l’enclume. De plus, les nobles qui craignaient la guerre allaient faire tout ce qui était en leur pouvoir pour protester contre l’antagonisme de l’empire Asgard.

« Comment devrais-je manœuvrer à partir d’ici... ? »

Il semblerait que rien ne viendra dissiper l’angoisse de Christopher.

◆ ◆ ◆

Les bruits de pas d’une jeune femme marchant à toute allure résonnaient dans les couloirs du palais royal.

Sa peau était d’un blanc albinos, et ses cheveux enneigés avaient une teinte blanc encore plus clair, qui scintillait sous l’effet de la lumière du soleil.

La jeune femme s’appelait Frigga Lapland.

C’était la sœur cadette du roi Siegfried Lapland, et comme il n’avait pas encore d’enfant légitime, Frigga était la première en lice pour hériter du trône.

Ses yeux dorés, en forme d’amande, présentaient un esprit ardent et inébranlable. Et la belle forme de son nez ressemblait à celle d’une poupée bisque. Tous ces traits la faisaient ressembler à une jeune fille guerrière envoyée par le ciel.

Les gens l’appelaient la Blanche-Neige Valkyrie.

Elle était aussi une commandante puissante dont le petit royaume de Lapland se vantait devant le reste du monde.

Mais en ce moment, cette femme puissante tremblait de colère en se mordant la lèvre.

En effet, il y a peu de temps, elle avait reçu un rapport indiquant que les troupes stationnées à la frontière nationale de Lapland avaient été vaincues par les forces de l’empire Asgard.

« Non seulement ils ont été vaincus, mais ils n’ont même pas pu s’échapper ! »

Pour Lapland, qui était une nation beaucoup moins puissante, perdre la première bataille était certes douloureux, mais ce n’était pas un coup fatal.

Frigga s’était déjà préparée à réorganiser les forces restantes à la frontière afin de créer une nouvelle ligne de défense.

Peu importe la gravité de la défaite, il était logique de battre en retraite et de faire tout ce qui était possible pour limiter les pertes à 30 %.

Cependant, si, comme l’affirmait le rapport, les pertes s’élevaient effectivement à près de 70 %, il allait falloir retravailler la tactique des troupes à la racine.

« Votre Majesté ! J’ai une requête ! »

Frigga l’avait déclaré juste après être entrée, alors qu’elle faisait face à son frère aîné, qui était assis sur son trône les bras croisés et les yeux fermés.

« Absolument pas. »

« Mais, mon frère, je n’ai encore rien dit ! »

Ne pensant pas qu’elle serait rejetée avant même d’avoir pu parler, Frigga avait crié de façon réfléchie.

« Tu vas me dire que tu veux nous gagner du temps dans les environs de Crowdagen, pour que je puisse préparer une contre-offensive ou une évasion, non ? Cependant, je n’ai pas l’intention de t’envoyer à la mort. »

Au début, Frigga avait suggéré de renforcer les défenses du royaume et d’utiliser dans une certaine mesure la guérilla, mais ses vues avaient été complètement contrées par une grande majorité de nobles.

La royauté de Lapland n’était pas aussi influente que dans les grands pays comme Asgard et Jormungand.

Mais Frigga était encore profondément honteuse, pensant qu’elle aurait dû arrêter l’opposition de ces nobles, même si elle avait dû utiliser son épée.

Si elle l’avait fait, la vie de plus de 10 000 soldats n’aurait pas été perdue inutilement. Mais c’était trop tard.

Tout ce qu’on pouvait faire maintenant était de retenir l’armée d’Asgard, quel qu’en soit le prix.

Et il n’y avait pas d’autre commandant qu’elle qui pouvait utiliser une petite armée pour repousser l’armée constituée environ de 40 000 soldats d’Asgard.

« J’ai déjà demandé des renforts à Macban et Jormungand. De plus, il y a toujours la possibilité d’assiéger les troupes d’Asgard ici même, dans la capitale royale. »

Les pensées honnêtes de Siegfried étaient que, même si Frigga donnait sa vie pour gagner un peu de temps, cela n’empêcherait probablement pas la chute du royaume.

C’est pourquoi il avait l’intention de persuader Frigga de fuir à l’étranger dès qu’une chance de s’évader se présentera.

« Ça n’arrivera pas et tu le sais, mon frère. Avec l’imparable charge qu’Asgard mène, pourquoi un pays enverrait-il des renforts ? »

Politiquement, Lapland avait déjà perdu.

Mais Frigga n’allait pas admettre sa défaite avant de riposter militairement.

Par la suite, si les forces d’Asgard devaient se retrouver dans une bataille difficile en raison d’elle, peut-être que les pays qui hésitaient à envoyer des renforts commenceraient a bouger.

Pour cela, Frigga était déjà bien résolue à mourir.

« Ça suffit, Frigga. Je serai celui qui mènera les troupes. »

En temps de paix, Siegfried était bon, impartial et avait un grand sens de la justice, ce qui faisait de lui un bon roi pour Lapland.

Cependant, c’était un temps de guerre. La gentillesse de Siegfried n’était plus d’aucune utilité.

« Votre Majesté, il vous est impossible d’affronter Asgard. Si vous voulez que j’arrête, amenez-moi un commandant plus capable que moi. »

« Je suis le roi de ce pays... c’est ma responsabilité. »

Comme il le déclara d’une voix tremblante, les épaules de Siegfried tombèrent.

Il ne pouvait même pas protéger sa précieuse petite sœur. Quelle était donc la valeur d’un tel roi ?

« Frère, alors la seule chose que je peux faire, c’est de me battre. D’un autre côté, votre responsabilité est de décider de l’avenir du royaume. »

Que la décision soit que le pays se rende ou que le peuple s’échappe, l’avenir de Lapland reposait uniquement entre les mains de Siegfried.

La seule chose que Frigga pouvait faire était de se battre jusqu’au bout pour faire avancer la réalisation de cette décision.

Rien ne pouvait l’en empêcher, pas même les ordres directs du roi.

« D’accord, mais ne meurs pas, Frigga. Je t’enverrais sans faute des renforts. »

Tout ce que Siegfried pouvait faire, c’était de faire cette petite promesse, tout en serrant les dents alors qu’il se noyait dans son propre sentiment d’impuissance.

Le seul devoir qui lui restait était de ne pas laisser Frigga combattre en vain.

« Crois-moi, mon frère, je vais leur montrer que les gens ne m’appellent pas la Valkyrie Blanche-Neige pour rien. »

Même s’il était son frère de sang, Siegfried était séduit par le sourire clair et le rire qui ornaient les paroles de Frigga.

***

Chapitre 35

Dans les appartements privés de Lunaria.

« Sérieusement, pour qui ces gens prennent Son Altesse ? »

Sous les yeux de Kurats et de Lunaria, Rosberg était enragé.

La faction de Felbell représentait la majorité de la cour royale, et elle commençait à pousser de plus en plus en faveur du mariage entre Lunaria et Hemidall.

La plupart des gens impliqués étaient du genre à vouloir la paix à tout prix, et ils n’avaient même pas hésité à penser aux risques qu’entraînerait le mariage.

C’était une force passive dont le seul souci était de ne pas provoquer la colère d’Heimdall, dans l’inquiétude que cela puisse mener à une guerre.

Cependant, leurs nombreuses voix devenaient de plus en plus fortes, au point que le roi lui-même ne puisse bientôt plus les ignorer.

Selon les circonstances, je devrais peut-être me marier avec la famille Asgard, non ?

Même Lunaria commençait à se sentir mal.

« Peu importe la manière dont vous y pensez, n’importe qui serait un meilleur choix qu’Asgard. C’est comme donner à manger à un loup. »

Avoir un lien de parenté avec les Asgards par le biais d’un mariage politique serait sans aucun doute désavantageux à moyen et à long terme.

Et bien que Christopher et Lunaria aient les mêmes idées sur le sujet, il y avait trop de gens qui ne pouvaient voir que ce qui se passerait dans un avenir proche.

« Sans parler du fait que les Asgards viennent d’envahir nos alliés ! Ce que nous devrions faire, c’est envoyer immédiatement des renforts en Lapland ! »

Naturellement, Rosberg et Cellvis, le secrétaire à la Guerre, avaient tous deux essayé de faire avancer les choses dans cette direction. Cependant, tous les nobles de la faction de Felbell, ainsi que le roi lui-même, avaient répondu défavorablement.

À l’heure actuelle, même Christopher avait des pensées contradictoires au sujet des décisions à prendre concernant cette guerre.

« Lapland a comme commandant cette Valkyrie Blanche-Neige. Il ne me semble pas qu’ils tomberaient si facilement... »

Néanmoins, n’importe qui pouvait dire que Lapland serait finalement vaincue par Asgard. La raison étant que la puissance nationale et les forces militaires des deux nations étaient beaucoup trop différentes.

Lunaria et Rosberg savaient tous deux que s’ils envoyaient de faibles renforts, ils seraient vaincus aux côtés des forces de Lapland.

Bref, pour intervenir dans cette guerre, Jormungand devrait se lancer dans une guerre totale contre Asgard.

« ... On est beaucoup plus éloigné de Lapland qu’Asgard. Y aller mettrait un fardeau énorme sur les chaînes d’approvisionnement logistiques du royaume. Pas étonnant que Sa Majesté hésite. »

Rosberg était déjà pleinement conscient de ce que Kurats indiquait.

Malgré tout, le moment était venu de se battre.

« Alors il ne nous reste plus qu’à gagner ! Si Lapland est capable de tenir le coup, nous réussirons aussi... »

Lapland était une nation qui se distinguait énormément parmi les petits pays du Nord. Ils dirigeaient même certains pays voisins, tels que Macbarn et Elthlead.

Si Lapland tombait, d’autres petits pays se rendraient naturellement aussi aux Asgards.

En même temps, après avoir abandonné Lapland, Jormungand perdrait la confiance de nombreuses nations.

En fin de compte, la différence de pouvoir entre le royaume et l’empire Asgard deviendrait encore plus grande, et cette situation ira en s’empirant à un rythme très rapide.

« Son Altesse doit naturellement être consciente de tout cela aussi. Pourtant, le coût d’un échec serait beaucoup trop élevé. »

Est-ce que c’est vraiment comme cela que ça se passe ?

Contrairement à ce que ses paroles pouvaient laisser croire, les pensées de Kurats donnaient l’impression qu’il commençait à peine à comprendre de ce que l’on parlait depuis tout à l’heure.

{Comprendre quelque chose d’aussi simple ne devrait pas te demander tant d’efforts ! C’est inacceptable !}

Comme d’habitude, Kurats ne jouait que le rôle d’un magnétophone, faisant entendre à travers sa bouche les paroles de Bernst.

« Vu les circonstances actuelles, je suppose que tu ne peux pas aller sur le champ de bataille et laisser Son Altesse Lunaria ici, Sire Rosberg. Dans cet état d’esprit, si on te le permet, combien de soldats vas-tu envoyer et qui en sera le commandant ? »

En réponse à la question censée de Kurats, Rosberg répondit par un froncement de sourcils et un gémissement.

« En prenant en compte les problèmes logistiques, je voudrais prendre une armée de 30 000 hommes... Quant à celui qui les commanderait... À part moi, je pense que quelqu’un comme Katil conviendrait. »

Parmi les différents généraux du royaume de Jormungand, le général Katil était réputé pour sa tactique solide et ses nerfs d’aciers.

Ceux qui pouvaient prendre des décisions calmes et réfléchies tout en défendant un territoire étranger étaient rares, et pourtant...

« Est-il assez bon tacticien pour rivaliser avec un adversaire comme l’armée d’Asgard ? »

« Je ne suis pas sûr qu’il le soit, de plus, le territoire de Lapland n’est pas adapté à une guerre de cavalerie. Cela étant, il serait difficile de trouver un général qui se débrouillerait mieux que lui à ce niveau... »

Lapland était un territoire fortement montagneux, ce n’était pas une région dans laquelle les tactiques de cavalerie, dont Jormungand était fier, pourraient être facilement mises en place.

En dehors de Katil, il était impossible de trouver un commandant dans le royaume qui pouvait gérer une grande armée et dont l’atout n’était pas lié à la cavalerie.

« C’est la raison pour laquelle Sa Majesté est inquiète. Ce serait quand même assez gênant s’il ne prenait pas une décision rapidement, n’est-ce pas ? »

Tout en disant cela, Kurats souriait de façon espiègle.

◆ ◆ ◆

Alors que Kurats et les autres allèrent rendre visite au roi, ils découvrirent que Christopher venait de terminer une réunion avec Albert.

Le territoire gouverné par le marquis de Strasbourg, Albert, avait une frontière commune avec Asgard, ce qui signifiait qu’il subirait toutes les pressions qu’impliquerait la perspective d’une guerre avec l’empire.

Il était donc très naturel pour lui de faire une demande d’amélioration des relations avec Asgard.

En remarquant Kurats, Albert lui murmura quelque chose avec un sourire cynique.

« Ne perds pas ton temps. Sa Majesté n’a aucune envie de déclencher une guerre. »

À en juger par l’expression triomphante d’Albert, il semblerait que Christopher soit actuellement plus enclin à éviter les conflits.

« Je vous suis reconnaissant pour ce conseil. »

{Ce qui ne veut pas dire que j’ai l’intention de l’écouter.}

Bernst trouvait amusant que, jusqu’à ce jour, Albert le regarde encore avec beaucoup de naïveté.

Il allait devoir lui apprendre qu’il y avait des gens dans ce monde dont le pouvoir ne pouvait être mesuré par quelqu’un de son maigre niveau.

D’un autre côté, personne dans ce monde ne pouvait imaginer la puissance d’une existence proche de celle d’un dieu comme le roi magique.

« D’abord Albert, maintenant vous. »

Sans essayer de cacher sa mauvaise humeur, Christopher baissa les yeux sur Kurats.

S’il n’avait pas été accompagné de la fille bien-aimée du roi, peut-être que Kurats aurait été renvoyé séance tenante.

Christopher manquait clairement de sommeil, et ses yeux bouffis étaient encore remplis d’angoisse, tout comme ils l’étaient au début de cette épreuve.

« Votre Majesté, je suppose que vous l’avez déjà entendu plusieurs fois ces derniers jours, mais je suis ici pour parler du mariage diplomatique de Son Altesse Lunaria. »

« Je vous en prie, Votre Majesté, refusez cette proposition ! »

Incapable de se taire, Rosberg interrompit bruyamment Kurats et se prosterna devant le roi.

Du point de vue de Christopher, cette exposition était épuisante.

Si se prosterner était suffisant pour faire rejeter la proposition, il l’aurait refusée dès le début.

Christopher ne pouvait s’empêcher d’être déçu qu’un guerrier de la trempe de Rosberg ne puisse réaliser une vérité politique aussi simple.

« Je comprends ce que vous ressentez tous. Je vous donnerai plus de détails à ce sujet plus tard. »

La réponse était tranchante.

Cette seule réponse avait suffi à Rosberg et Lunaria pour se rendre compte que Christopher était plus enclin à accepter la proposition d’Asgard.

« En gros, la seule question ici est de savoir si le royaume peut remporter la victoire contre Asgard ou non, n’est-ce pas ? »

En voyant Kurats dire soudainement cela tout en souriant, Christopher avait eu impulsivement envie de le tuer sur le champ.

Jour et nuit, ce problème était la seule pensée qui occupait l’esprit de Christopher.

S’il envoyait des renforts en Lapland et qu’il ouvrait les hostilités avec Asgard, Jormungand pourrait-il gagner ?

La réponse qu’il avait finalement trouvée était que rien n’était plus important que la protection de la nation.

La sécurité nationale étant devenue la priorité dans son esprit, il était absurde pour lui de devoir prendre la décision très risquée d’envoyer des renforts en Lapland.

Mais en même temps, il souhaiterait empêcher le mariage de Lunaria avec Heimdall. Il était cependant difficile d’ignorer complètement les intentions d’Albert et des autres nobles de la faction de Felbell.

Cela étant, Christopher faisait tout ce qui était en son pouvoir pour essayer de trouver un compromis entre les deux factions du royaume.

Il était naturel qu’il s’énerve quand Kurats parlait de cette situation avec un sourire de je-sais-tout.

« Envoyer des renforts sur le territoire montagneux de Lapland alourdirait la logistique du royaume. De plus, il n’y a pas d’autre commandant que Rosberg qui pourrait y remporter la victoire. C’est la manière dont je voyais la situation et je sais que j’ai raison depuis que Rosberg me l’a confirmé. »

« Je suis déjà bien conscient de tout cela sans que vous ayez à me le dire ! »

« Cependant, Votre Majesté, vous approuveriez la bataille si vous saviez que nous avons une vraie chance de gagner, n’est-ce pas ? Si oui, vous pouvez être en paix. Notre royaume de Jormungand gagnera. »

Kurats était tellement confiant en lui-même quand il déclara ceci au roi. Même Christopher s’était senti attiré par ces mots.

Il s’était dit que ce sage avait peut-être élaboré un plan auquel il n’avait même pas pensé.

« Et comment ferions-nous ? »

« S’il vous plaît, permettez-moi d’y aller, je vais certainement pouvoir sauver Lapland. »

Kurats avait été horrifié par ce qu’il venait de dire.

{Attendez... Quoi ?}

{Tais-toi, tu es trop bruyant. Nous parlons ici d’un seul corps d’armée insignifiant.}

{Qu’attends-tu de moi, que je me batte seul contre tout un régiment ?}

Kurats avait répété les paroles de Bernst au roi par réflexe, mais dans son esprit, il était très agité.

Bien qu’il n’ait pas peur de se battre contre 100 ou 200 soldats, Lapland était envahie par le quatrième régiment d’Asgard, un régiment comprenant au moins 40 000 hommes.

De plus, l’empire Asgard avait le plus puissant régiment de mages du continent.

« L’adversaire est l’empire Asgard, et pourtant vous dites que vous irez seul ? »

« C’est de la folie ! »

« K-Kurats, je suis contente que tu t’inquiètes pour moi, mais calme-toi un peu, d’accord ? »

Rosberg et Lunaria avaient tous les deux essayé d’arrêter Kurats, qui faisait une suggestion qui était complètement en dehors du domaine du bon sens.

Peu importe à quel point il était un puissant magicien, ils avaient toujours le sentiment que devoir gagner contre une armée entière était une trop grande responsabilité pour lui.

« Si j’y vais seul, même si quelqu’un enquête officiellement sur les raisons de ma présence là-bas ou quoi que ce soit du genre, vous pourrez facilement le justifier. Mais quand j’aurai réussi à repousser Asgard, serez-vous prêt à croire que notre pays puisse gagner dans une confrontation directe avec l’empire ? »

{Sérieusement !? T’es vraiment sérieux !? Je vais être banni du pays si je ne gagne pas !}

{Ça va aller, aie plus confiance en toi et en moi !}

Totalement inconscient du conflit qui opposait les Kurats à Bernst, Christopher sentit une vague de rires nourris s’emparer de lui en écoutant ces paroles absurdes et arrogantes.

« Ça ne vous prendrait-il pas trop de temps ? »

« Eh bien, je pense qu’un mois devrait me suffire. »

Cette fois, Christopher éclata de rire devant la réponse nonchalante de Kurats.

Il riait du fond du cœur, de toutes ses forces, comme s'il n’avait jamais ri de toute sa vie.

Tous les soucis qu’il avait eus dernièrement semblaient ridicules maintenant.

Il était jaloux de l’incroyable confiance que Kurats avait en lui et aspirait revenir à cette époque révolue où il se sentait tout aussi omnipotent.

Bien qu’il soit complètement insensé pour un individu de faire face à une armée, Christopher n’avait pas douté une seconde dans le fait que Kurats puisse réellement gagner.

« Soit, si vous parvenez à faire gagner la Laponie, alors je rejetterai fermement la demande en mariage, et j’affronterai Asgard franchement. Vous avez ma parole. »

« A-Attends ! Père, Kurats, avez-vous perdu la tête ? »

Lunaria avait commencé à paniquer quand Christopher avait approuvé la suggestion de Kurats.

C’était comme l’envoyer à la mort.

Même si Lunaria connaissait les pouvoirs anormaux de Kurats, cela n’avait pas changé son opinion sur le sujet.

« S’il te plaît, crois en moi. Je ne laisserai jamais ce démon pervers d’Asgard mettre la main sur toi, Votre Altesse. »

« J’apprécie tes sentiments, mais... »

Devant le regard fervent de Kurats, Lunaria détourna timidement son regard.

{C’est ta chance ! Si tu l’embrasses maintenant, elle va tomber amoureuse de toi sur le champ !}

{Il est impossible que je puisse faire ça !}

Sous la pression de Bernst, Kurats avait à peine réussi à saisir doucement la main de Lunaria.

Tandis qu’ils se tenaient fermement la main et se regardaient dans les yeux, Lunaria et Kurats se rapprochaient de plus en plus, comme deux aimants obéissant aux lois de la nature...

« QUE FAITES-VOUS EN PRÉSENCE DE SA MAJESTÉ ? »

Mais un autre accès de rage de la part de Rosberg était venu interrompre le moment.

« Je ne vous reconnais pas ! Je ne reconnaîtrai jamais qu’un homme inconnu comme vous puisse devenir le compagnon de Son Altesse ! »

« Eh bien, je n’en suis pas si sûr. S’il est vraiment capable de gagner contre les forces d’Asgard tout seul, pourquoi ne pas l’envisager ? »

« Mais, Votre Majesté... »

En regardant l’apparence misérable de Rosberg, qui baissa les épaules avec abattement, Christopher s’abandonna à nouveau au désir de rire qui s’était accumulé en lui.

***

Chapitre 36

{Donc tu n’as toujours pas appris à segmenter tes pensées ?} demanda Bernst alors que Kurats courait plus vite qu’un faucon volant dans le ciel, à travers un sentier montagneux qui menait en Lapland.

« Même sans ça, j’ai quand même été capable de battre ce type qui était obsédé par ses monstres... »

{Espèce d’abruti ! Quelque chose d’aussi simple ne devrait pas te prendre autant de temps ! À ce rythme, tu ne pourras jamais utiliser plusieurs sorts simultanément ! C’est inacceptable !}

Bernst bouillonnait d’impatience.

C’était un roi magique au pouvoir proche de celui d’un dieu, Bernst pouvait contrôler 1000, 2000 ou même 10 milliards de sorts en même temps.

Il pouvait utiliser les quatre éléments en même temps, il pouvait même utiliser de multiples sorts qui combinaient le feu avec la glace et la foudre, sans interruption.

C’était le vrai pouvoir de Bernst.

Cependant, Kurats avait du mal à gérer ce qui aurait dû être l’essentiel de l’essentiel.

Pour cette raison, son énorme réserve de pouvoir magique ne pouvait être utilisée que sur un seul sort à la fois.

On pouvait dire sans risque de se tromper que ses progrès n’avaient pas été bons.

« Segmenter mes pensées ou quoi que ce soit d’autre, cela ne signifierait-il pas en fait avoir une autre personnalité à l’intérieur de moi ? On dirait que ça à l’air plutôt sympa. »

{Espèce d’imbécile ! Quel genre de mage est incapable de gérer plusieurs personnes à la fois !}

Même s’ils étaient loin d’atteindre le niveau de Bernst, même les mages de la cour royale de Jormungand étaient dans une certaine mesure capables de segmenter leurs pensées.

Bernst croyait que cet unique point faible deviendrait un obstacle à l’élévation du pouvoir de Kurats et à sa position dans la hiérarchie mondiale.

{Pas la peine de tourner autour du pot... Tout d’abord, je vais commencer par te faire apprendre à utiliser les sorts d’annulation magique.}

« Oh ? Alors je pourrai me concentrer sur le combat rapproché ! »

Le sourire joyeux de Kurats avait fait perdre à Bernst son sang-froid, il s’était mis à hurler une fois de plus.

{N’as-tu donc qu’un muscle à la place du cerveau ! Ne peux-tu pas comprendre l’essence de la magie, même un tout petit peu !? C’est inacceptable !}

Bien que la force physique de Kurats et sa réserve de pouvoir magique étaient sans égal, cela ne signifiait pas que sa défense était impénétrable.

S’il devait être directement blessé par un sortilège anti-armée, il risquait de mourir.

Bien que son imposante musculature puisse le protéger des lances et des épées, elle ne pouvait pas le défendre contre la magie puissante. Par exemple, l’épée magique bien-aimée de Rosberg, Gerlach, pourrait facilement couper à travers la peau de Kurats.

Par conséquent, pour permettre à Kurats d’être au même niveau que l’armée d’Asgard, Bernst allait lui faire utiliser un sort d’annulation magique afin de pratiquer du combat rapproché, et des sorts anti-armée de longues portées.

{Il y a un territoire rempli de monstres droit devant qui conviendra à ton entraînement. Avant d’arriver en Lapland, tu vas travailler dur.}

« Oui, oui. »

◆ ◆ ◆

Entre le royaume de Jormungand et le royaume de Laponie, outre l’empire Asgard, le royaume Mountbatten, et quelques petits pays comme le royaume Macbarn, il y avait aussi un vaste territoire rempli de monstres.

Cette zone extrêmement dangereuse était précisément le chemin que Kurats avait choisi de prendre.

Pour prendre ce chemin depuis Jormungand, il devait légèrement traverser une région éloignée de l’empire Asgard, mais le reste du chemin se trouvait exclusivement à l’intérieur du territoire de monstres.

Ce chemin était parfait pour mener à bien une opération secrète, où l’implication du Jormungand ne devait pas être révélée, comme ce que Kurats était en train de faire.

Cependant, il ne pouvait être pris que par quelqu’un comme Kurats, qui ne se souciait pas de se mettre en danger.

Même un régiment de soldats devrait se préparer soigneusement avant d’entrer. Et bien que Kurats ait pu se faufiler ici comme s’il s’agissait de son jardin, c’était uniquement dû au fait qu’il était anormal à tous points de vue et que cela n’était pas conscient des risques réels encourus.

Les paysages à l’intérieur et à l’extérieur de la frontière du royaume de Jormungand ne présentaient aucune différence visible.

Cependant, dès qu’il entra dans la forêt, le paysage se montrant sous ses yeux devint progressivement différent de tout ce qu’il avait vu dans la société humaine.

Le ciel était couvert d’arbres aux branches très longues, ce qui donnait l’impression à Kurats d’être pris au piège dans une cage en bois.

De plus, bien qu’il soit difficile de les remarquer, des insectes féroces et mortellement toxiques se tortillaient dans le sol humide sous lui.

Et bien que Kurats n’ait pas encore été attaqué par des monstres, le simple fait d’être ici était déjà suffisamment dangereux.

{On dirait que les monstres se sont rassemblés.}

« Zut ! Ces insectes rampent partout... »

Du point de vue des monstres de la forêt, Kurats n’était qu’une proie qui leur était directement dévolue. Il n’y avait aucun moyen qu’ils négligeraient cette opportunité.

Ils ne considéreraient jamais un humain isolé comme un danger potentiel.

Parce qu’à cet endroit, ils régnaient au sommet de la chaîne alimentaire.

{En supposant que tu utilises la magie en annulant les sorts pour combattre toi-même plusieurs ennemis, penses-tu pouvoir te permettre de perdre la concentration ?}

Peu importe sa force, dans quelle mesure Kurats pourraient-ils se battre contre une armée, en utilisant uniquement la force de son corps ?

Même si Bernst n’était pas du tout inquiet, ce sera la première fois que Kurats se battra contre une grande armée.

« Je peux gérer ça ! »

Les premiers monstres à s’approcher étaient des chiens de l’enfer à la fourrure noire, qui se précipitèrent vers lui de toutes parts à la vitesse des flèches.

Cette espèce était connue pour chasser en meute, et son intelligence en matière de chasse se situait au niveau de l’être humain.

Ce qui les rendait encore plus gênants, c’était le fait qu’ils pouvaient lancer des sorts « Feux de l’enfer » depuis leur bouche.

« Si c’est quelque chose de ce niveau, d’une façon ou d’une autre je m’en sortirai ! »

Tout en maintenant une barrière magique d’annulation autour de lui, Kurats avait joyeusement serré le poing.

L’exaltation qu’il ressentait quand il chassait tout seul des monstres dans le village revenait dans sa poitrine.

« Garh ? »

Leurs crocs acérés semblaient pouvoir briser le fer, mais ce n’était toujours pas suffisant pour blesser Kurats.

Le seul moyen qui leur restait de gagner était de tirer parti de leur nombre afin de gagner du temps jusqu’à ce que Kurats épuise son endurance.

Cependant, peu importe comment on y réfléchissait, il était impossible pour Kurats d’utiliser son endurance contre un groupe de chiens de l’enfer.

En quelques secondes à peine, plus de 50 chiens de l’enfer avaient été transformés en cadavres cruellement lacérés.

{Tu crois que c’était suffisant ?}

« Hmm ? Pourquoi ? Y avait-il un problème avec... hein ? »

Comme il venait de frapper tous ses adversaires unilatéralement, Kurats, confus, inclina la tête lorsque Bernst le questionna.

Mais à ce moment-là, il fut assailli par un éclair de lumière aveuglant accompagné d’un puissant faisceau d’énergie.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah! »

Alors que la lumière blanche puissante et éblouissante l’engloutissait, Kurats avait disparu.

◆ ◆ ◆

« Bâtard humain. Pensais-tu que je te laisserais faire ce que tu veux dans ma forêt ? »

À une distance d’environ trois kilomètres, en ligne droite à partir de la position des Kurats, il y avait une silhouette qui flottait calmement dans l’air, comme si elle surplombait toute la forêt.

Derrière son dos à la peau foncée se trouvaient quatre ailes bleues translucides ressemblant à des papillons.

Ses yeux dorés étaient grands ouverts, fermement fixés à l’endroit où se tenait Kurats.

Il s’appelait Adrian Marchez.

Dans la hiérarchie des monstres, c’était un aristocrate, et il régnait sur toute cette forêt.

Bien qu’on ne puisse le comparer à des aristocrates de haut rang, il possédait toujours ce pouvoir puissant qui le distinguait clairement des monstres de type animal.

La température de la lumière blanche qu’il avait tirée sur Kurats dépassait facilement les 2000 degrés.

C’était presque le double de la chaleur du sort « feu de l’enfer » des chiens de l’enfer.

Il n’y avait aucun être vivant capable de survivre à une exposition à une température aussi élevée.

Avec un sourire méprisant, Adrian battit des ailes et se dirigea vers le centre de son attaque.

« Je suppose qu’il ne devrait rien rester du cadavre. Et moi qui pensais ramener sa tête à la maison comme souvenir. »

« Désolé, il se trouve que j’ai encore besoin de ma tête, je ne peux pas encore te l’accorder. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Mais Kurats était toujours là, ses cheveux étaient en partie brûlés et enroulés à cause du vent chaud généré par l’attaque précédente. Il se grattait la joue, apparemment embarrassé.

{Cela t’a-t-il un peu éclairé ? Normalement, lorsque tu utilises des sorts d’annulation magique, il est nécessaire d’utiliser un sort de recherche en même temps. Si tu ne le fais pas, tu pourras te faire attaquer de loin comme tu viens de le faire, sans pouvoir riposter.}

« Tu ne peux pas me dire ce genre de choses avant ? J’ai les cheveux brûlés maintenant. En plus, j’avais l’air si nul. »

Comme Kurats se plaignait ainsi, Adrian ne pouvait pas cacher sa perplexité.

« Comment ? Comment es-tu encore en vie ? Ce coup aurait dû te tuer ! »

Lorsque cette lumière blanche avait touché le sol, une onde de choc, à très haute température, s’était diffusée simultanément dans un cercle de 100 mètres autour du point d’impact.

Il aurait dû être impossible de s’échapper de sa portée en un seul instant.

{Quel imbécile ! Pensait-il qu’un cerveau musclé comme le tien attendrait tranquillement d’être touché ?}

{Cela ne ressemble pas à un compliment !}

Plus tôt, lorsqu’il avait senti s’approcher ces stries d’énergie, Kurats avait immédiatement sauté en arrière avec toute la force de son corps. Ce même corps qui lui avait permis de percer des trous dans les murs du château et de plier l’acier comme des bonbons.

Pas étonnant qu’Adrian ne l’ait pas vu s’échapper.

{Néanmoins, c’était un spectacle honteux. Si tu avais annulé ton sort d’annulation magique sur le champ et l’avais remplacé par une membrane de protection à base l’eau, tes cheveux n’auraient probablement pas été brûlés. Que cette expérience te serve de leçon !}

(Bordel de merde ! La prochaine fois, j’étirerai la portée du sort magique d’annulation à trois mètres !)

Malgré ce qui s’était passé, il ne semblait toujours pas que Kurats allait mentionner quoi que ce soit sur le fait d’essayer de contrôler plusieurs sorts à la fois.

Il pensait essentiellement à s’en sortir par la force brute. C’était le style de Kurats, il était du genre à briser un pont de pierre et à marcher sur ses restes pour traverser la rivière en dessous.

C’était pourquoi, même s’il pouvait maintenant utiliser la magie et tout ça, Bernst disait encore qu’il avait un muscle à la place du cerveau.

« Je ne sais pas quel genre de méthode tu as utilisée, mais tu ne devrais pas te moquer des nobles monstres. »

Puisqu’il n’entendait qu’une partie de la conversation entre Bernst et Kurats, Adrian l’interpréta comme une démonstration d’excès de confiance, ce qui le rendit tellement furieux qu’une veine se gonfla sur son front.

Depuis qu’il était né, la seule personne qui avait pu régner sur lui par la peur était l’aristocrate supérieure Tarantino.

En excluant le Roi-Démon, qu’il n’avait jamais rencontré, Adrian ne s’était jamais soumis à personne d’autre de sa vie, réussissant ainsi à garder la main sur son propre territoire.

Sa fierté de monstre ne permettrait jamais à un être humain de le prendre à la légère.

« Tu pensais que j’allais laisser mourir si facilement quelqu’un qui est entré dans mon domaine ? Tu devais te faire des illusions. »

« Je suis sûr que la plupart des humains auraient été facilement tués s’ils avaient été touchés directement par les faisceaux que tu avais tirés plus tôt. Alors de quoi s’agissait-il ? »

« C’était juste un test, je l’ai raté exprès ! »

Pendant que Kurats et Adrian avaient cette conversation, ils furent entourés par les monstres qui habitaient la forêt.

Il devait y avoir au moins un millier de monstres.

Malgré cela, le sourire confiant de Kurats n’avait pas du tout faibli.

« Tu crois que tu peux gagner en misant sur le nombre ? »

(Quelle impertinence !)

Cependant, à la fin de la journée, Adrian savait qu’il y avait une limite à ce qu’un homme pouvait faire par lui-même.

« Voyons combien de temps durera ton sang-froid ! »

« Essaye donc ! »

***

Chapitre 37

Tandis que Kurats se tenait tranquillement au milieu de leur cercle, les monstres environnants se précipitaient simultanément vers lui.

Face à lui, il y avait des monstres de grande taille comme des ours aux yeux rouges et des rhinocéros de la mort, et d’autres monstres plus humanoïdes, comme des tigres de guerre.

La différence entre les deux camps était clairement exagérée.

Bam !

Soudainement, on entendit un bruit qui ressemblait à celui d’une tendre tranche de viande se heurtant violemment contre un mur.

Lorsqu’il chercha la source du son, les yeux d’Adrian se heurtèrent aux parties du corps de ces monstres de grande taille qui dansaient dans les airs.

Kurats, qui ne mesurait pas plus de deux mètres, avait facilement abattu des monstres qui pesaient des tonnes, en utilisant seulement son poing. Adrian n’en croyait pas ses yeux.

Il savait que même lui ne pourrait pas réussir un tel exploit.

Lorsqu’il s’était rendu compte qu’il avait peut-être sous-estimé l’ennemi, un sentiment de danger imminent commençait enfin à se faire sentir.

« Est-il vraiment humain ? »

Comme s’ils s’écrasaient sur un mur transparent, tous les monstres qui s’étaient précipités vers Kurats avaient été repoussés.

Cependant, cela n’était clairement pas dû à une quelconque barrière défensive magique puisque chacun de ces monstres avait perdu des parties de leurs corps et en était mort.

Kurats n’avait pas l’air d’utiliser toutes ces forces.

Ses coups avaient l’air légers, mais ils étaient assez puissants pour séparer un ours aux yeux rouges de ses membres et pour écraser la corne d’un rhinocéros de la mort.

Leur nombre se compte par milliers, mais à ce rythme, on dirait qu’ils vont être anéantis en un rien de temps.

La probabilité que cette pensée soit correcte avait fait frissonner Adrian.

Il aurait dû arrêter cet homme à tout prix, peu importe les moyens.

Tandis que les monstres continuaient à mourir misérablement, comme des vagues de mer s’écrasant sur une falaise escarpée, Adrian renforça sa détermination et décida de les utiliser comme sacrifices.

« Ne le laissez pas s’échapper. Vos morts ne seront pas vaines ! »

Après l’avoir dit, il avait tranché ses vaisseaux sanguins au niveau du poignet, et en avait répandu le sang qui en était sorti.

Adrian faisait partie du clan immortel Nosferatu.

Quand il s’agissait d’utiliser le sang comme intermédiaire pour les sorts, personne n’était meilleur que le clan immortel.

Le chef de ce clan, le duc de Tarantino, pouvait aller jusqu’à enchanter facilement des dizaines de milliers de soldats, il pouvait aussi écraser toute une montagne.

En tant que l’un des subordonnés de cet homme, Adrian ne pouvait pas se permettre de se montrer inesthétique.

« J’offre mon énergie sanguine pour fusionner les voix d’un profond ressentiment venant de loin. Écoutez le rugissement de Cerbère, le chien de garde du royaume des ténèbres ! “Rayonnement de la mort” ! »

Le rayonnement de la mort était l’attaque la plus forte d’Adrian. Non seulement il produisait une température très élevée, mais il pouvait aussi attaquer directement l’âme de l’ennemi pour mettre fin à sa pensée et à son esprit.

Tout aristocrate du niveau d’Adrian mourrait instantanément sans aucun moyen de survie s’il était attaqué directement par cette technique, bien que ce ne serait pas le cas des aristocrates supérieurs.

Cependant, le sort avait consommé 70 % du pouvoir magique total d’Adrian. C’était une attaque de type « tout ou rien ».

Puis-je l’annuler ?

Si Kurats déversait sa bien plus grande réserve de pouvoir magique dans une barrière d’annulation magique, alors annuler le sort du rayonnement mortel serait aussi facile que de voler des bonbons à un bébé.

Mais ce ne serait pas drôle.

Bien qu’ils ne se regardaient pas directement, Bernst et Kurats savaient tous les deux qu’il y avait un sourire démoniaque sur leurs visages respectifs.

Hehehehe... Tu es plutôt vicieux.

{Non non non non, bien que j’en aie l’air, il se trouve que je suis un homme intègre.}

Pas possible, il n’y a rien d’honnête là-dedans.

Il semblerait qu’il n’y avait que sur ce genre de choses qu’ils pouvaient s’entendre.

Pendant que les deux ego discutaient sans se soucier du danger, Kurats avait concentré son pouvoir magique dans son poing.

{Pourquoi n’utilises-tu pas une barrière « Renvoi du Sort » ?}

Comme il semblerait que Kurats n’allait pas utiliser le sort qu’il attendait de lui, Bernst avait remis en question ses actions tout en se sentant déjà épuisé avant même d’avoir une réponse.

Désolé, mais je pense qu’il me sera impossible de contrôler l’angle de réflexion.

{Ce foutu cerveau musculaire...}

Il était certainement possible de faire rebondir le rayon mortel jusqu’à son point d’origine en utilisant une barrière Renvoi de Sort.

Cependant, malheureusement, ce sort devait être contrôlé avec délicatesse, et Kurats n’était pas assez habile pour l’utiliser.

« Gantelet magique. »

Alors que Kurats murmurait cela, un morceau extrêmement dense de son pouvoir magique fut comprimé sur son bras, qui se transforma en un métal magique poli et lisse.

« Ne me dites pas que c’est... un sort de “matérialisation” !? »

Cette scène incroyable avait laissé Adrian à court de mots.

Contrairement aux sorts de type libération comme le rayonnement de la mort, les sorts qui pouvaient transformer le pouvoir magique en matière étaient un type de magie très avancé qui exigeait des quantités écrasantes de pouvoir magique.

Celui que Kurats avait utilisé était cependant différent de celui-là. C’était un sort qu’il avait hérité de Bernst, qui était bien supérieur aux techniques connues dans ce monde, mais Adrian n’avait aucun moyen de le savoir.

Cependant, peu importe la puissance du sort, Adrian pensait que cela ne devrait pas suffire à contrer son rayonnement mortel.

Souhaitant ardemment avoir raison, il regarda l’éclair de son sort se propager.

« Yaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! »

{Il n’y a rien de beau là-dedans.}

Tandis que Kurats serrait le poing, Bernst grognait de déception.

Cependant, sans se soucier de ces plaintes, Kurats s’était mis à balancer joyeusement son poing.

Ou plutôt, on aurait dit qu’il était en train de le faire basculer, mais il créait en fait un barrage de plusieurs centaines de coups de poing.

Avec son gantelet fait d’un métal magique plus solide que le diamant, Kurats avait magnifiquement contrebalancé l’énergie du rayon de la mort d’Adrian.

Cette méthode défensive qui consistait à utiliser des centaines de coups de poing simultanés en même temps pour créer un barrage était un exploit de force brute qui ne pouvait être fait que par un cerveau musculaire comme celui de Kurats.

« C’est impossible... Quelque chose d’aussi absurde ne peut pas arriver ! »

Adrian était le chef de cette forêt depuis le jour où il était venu à la vie, et il avait toujours cru que les humains étaient des créatures inférieures. Cela l’avait rendu incapable d’accepter la réalité qui se présentait à lui.

Il pensait qu’il devait y avoir une justification.

C’était peut-être le travail d’un artefact ?

Ou peut-être était-ce l’effet d’une illusion magique ?

Pendant qu’Adrian essayait de trouver une réponse à ces événements déroutants, un petit sourire était apparu sur le visage de Kurats, qui s’était mis à le narguer.

« On dirait que les monstres aristocrates ne sont pas si forts que ça, hein. »

« Toi... HUMAIN ! COMMENT OSES-TU ! »

En tant qu’être le plus fort de la forêt, Adrian n’avait jamais été provoqué auparavant. C’était cette expérience nouvelle et insupportable qui l’avait poussé dans un accès de rage.

Les pouvoirs des monstres ne se limitaient pas à la magie.

Ils avaient aussi des capacités spéciales qui surpassaient de loin la force des humains. Ces capacités pourraient devenir de terribles armes au combat.

Les ongles aiguisés d’Adrian s’allongèrent instantanément jusqu’à devenir aussi longs qu’une épée, puis il sauta directement sur Kurats.

{Dommage, je voulais jeter un coup d’œil aux yeux du diable du clan immortel.}

S’il ne les utilise toujours pas, c’est qu’il ne les a probablement pas, n’est-ce pas ?

Kurats avait facilement bloqué les ongles d’Adrian, puis il attrapa son poignet et le projeta très haut dans les airs.

En raison de la force excessive du lancer, l’épaule d’Adrian s’était disloquée, créant une douleur atroce, mais il avait quand même réussi à se redresser en restant au-dessus du sol avec peine.

Comme il avait des ailes, l’air était le meilleur endroit pour qu’Adrian puisse montrer sa force.

Cependant, lorsqu’il avait essayé de cibler à nouveau la vie des Kurats, il avait été témoin d’un spectacle incroyable.

Une sphère bleue et brillante d’environ dix mètres de diamètre luisait au-dessus de la tête de Kurats.

Un seul coup d’œil suffisait à dire que le pouvoir magique qu’il renfermait était anormal.

Sa température énorme avait déjà atteint des niveaux critiques, et il continuait à produire une sorte de plasma orageux dans les environs.

Si une telle concentration d’énergie était libérée ici, la forêt entière serait probablement détruite.

« Espèce de monstre de la nature... ! »

Cette fois, Adrian tremblait tellement de peur que cela le fit frissonner du fond de son âme.

Il avait l’impression que la puissance hors norme de Kurats était sans aucun doute à la hauteur de celle du duc de Tarantino.

« Dégage. »

« STOOOOOOOOOOOOOOOOOP ! »

Avec le bruit d’un grondement bruyant dans le sol, la sphère explosa.

L’éclat éblouissant de cette lumière blanche balaya tout sur son passage.

Une fois la lumière se fut éteinte, il ne restait plus que les cendres de ce qui était autrefois un noble monstre, et un sol fissuré qui s’était complètement asséché.

Chaque arbre dans un rayon de quatre kilomètres avait été abattu.

De plus, en raison de la température élevée de la sphère, la terre au cœur du point d’impact s’était transformée en verre, qui brillait en réfléchissant le soleil.

« Hé, c’était quoi cette lumière brillante dans le ciel tout à l’heure ? »

« Oh, je n’en ai aucune idée. On aurait dit qu’il y a eu un éclair de tonnerre pendant une seconde... »

Bien que l’explosion se soit produite dans la forêt des monstres, l’éclair de lumière qui en avait résulté avait été observé même depuis le lointain royaume de Jormungand, ainsi que depuis une forteresse de l’empire Asgard.

*Toux* *Toux* *Toux*

Après avoir été frappé par une onde de choc et un nuage de sable, Kurats avait eu une violente toux.

{C’est pathétique ! Quel genre d’homme désespéré souffre de sa propre attaque ?}

La portée du « soleil altaïque », le sort anti-militaire qu’il avait utilisé, avait été beaucoup plus large que prévu.

À cause de cela, Kurats avait été soufflé à plusieurs centaines de mètres de distance, et ses cheveux avaient été brûlés encore plus qu’ils ne l’étaient initialement après l’attaque d’Adrian.

Cependant, si cela était arrivé à quelqu’un d’autre que Kurats, l’onde de choc seule aurait suffi à le tuer.

« Bon sang... Je ne peux pas me montrer devant ma sœur comme ça... »

{Ce n’est pas ce qui devrait t’inquiéter !}

Dans un état second, Kurats avait joué avec ses cheveux qui avaient maintenant pris une forme ronde et frisée.

Cette coiffure avait l’air ridicule.

Il était garanti que Cornelia éclaterait de rire s’il devait apparaître devant elle comme ça.

« Maître Bernst ! »

{Maître ?}

Surpris par la façon inhabituelle dont Kurats l’avait décrit, Bernst avait parlé avec une drôle d’intonation dans sa voix.

« Peux-tu restaurer mes cheveux à leur état d’origine ? »

{Au lieu de cela, n’aurait-il pas été préférable d’apprendre à utiliser un type de barrières de protection déployées en permanence ?}

« S’il te plaît, fais quelque chose ! »

***

Chapitre 38

Crowdagen, la forteresse imprenable.

Dans l’histoire de Lapland, cette ville détenait ce titre depuis longtemps, et à juste titre, car c’était la dernière ligne défensive qui protégeait la capitale royale.

Elle était située à un endroit stratégique pour le commerce, au plein cœur d’une chaîne de montagnes qui s’étendait sur plus de 3000 mètres à sa gauche et à sa droite. De plus, elle était protégée par de hauts remparts ainsi que par des défenses magiques de haut niveau, ce qui la rendait digne d’être appelée une forteresse.

Cependant, le nombre de troupes stationnées dans la ville était étonnamment faible.

Lapland était un petit pays, mais s’ils mobilisaient toutes leurs forces, ils pourraient avoir plus de 20 000 soldats ici.

Une armée d’une telle taille serait une force contre laquelle même les grandes puissances ne seraient pas en mesure de faire face avec insouciance, ce qui donnerait le temps aux pays voisins d’envoyer des renforts, bien qu’on ne s’attendait à rien pour le moment.

Cependant, dans leur dernière bataille contre l’empire, Lapland avait perdu plus de 10 000 hommes. Pendant que le pays se réorganisait, ils ne pouvaient envoyer qu’un millier de soldats à Crowdagen.

« Dis ce que tu veux, mais c’est une scène assez spectaculaire. »

Regardant la grande armée d’Asgard qui avançait vers les remparts, Frigga sourit ironiquement. C’était comme si les montagnes bougeaient.

« Vous seule seriez capable de sourire devant un tel spectacle, Votre Altesse. »

L’homme qui parlait à la princesse était Marcus, un adjudant dont le visage était devenu un peu pâle.

Et bien qu’il soit au milieu de la trentaine et qu’il ne manquait pas d’expérience au combat, il se sentait cependant terriblement angoissé. C’était la première fois qu’il voyait une armée de 40 000 soldats.

Pour empirer les choses, ses alliés se comptaient par centaines, et ils ne s’attendaient pas du tout à des renforts.

« Peu importe le nombre, il n’y a pas assez d’espace ici pour qu’ils puissent déployer leur grande armée. Il n’y a donc pas lieu d’avoir peur, n’est-ce pas ? »

Le plus grand trésor de la Laponie, la valkyrie Blanche-Neige, souriait sans crainte.

Les troupes avaient été intimidées par les effectifs de l’ennemi, mais le courage de Frigga, s’appuyant sur ses réalisations militaires passées, était suffisant pour leur remonter le moral.

Tant qu’ils suivraient cette déesse du champ de bataille, ils ne perdraient pas.

Même si les déesses de la guerre allaient à leur encontre, les menant à leur défaite, ils croyaient que leur mort ne serait absolument pas vaine.

De plus, Frigga avait un tel charisme en tant que commandante qu’ils avaient l’impression qu’ils pourraient tous mourir pour elle sans regret.

« Peu importe le nombre de barbares qu’Asgard enverra contre nous, nous ne laisserons pas un seul d’entre eux atteindre la capitale royale. Tant que je suis là, on pourra retourner la situation en notre faveur autant de fois qu’on le veut ! »

« Ooooooooooooh ! »

Les hommes sont des créatures émotives.

Parfois, les paroles d’une seule personne pouvaient transformer des gens qui frissonnaient de terreur en guerriers qui ne craindraient pas la mort. Cependant, parmi des dizaines de milliers de personnes, une seule personne, un seul héros, pouvait obtenir ce genre d’effet.

Le moral des troupes défensives de Crowdagen avait grimpé en flèche, il avait le pouvoir de percer le ciel au-dessus d’eux.

◆ ◆ ◆

Les rugissements des forces de Crowdagen atteignirent les troupes du quatrième escadron de l’empire Asgard, qui était dirigé par le comte Cabernard.

« Il n’y a pas de soldat lâche sous la bannière d’un grand général. C’est comme ça qu’on dit ? »

Cela ne s’appliquait pas aux miliciens qui étaient recrutés pendant la saison morte des fermiers, mais cela s’appliquait spécialement aux soldats entraînés et expérimentés.

Leurs formations avaient imprégné toutes les fibres de leurs corps, à tel point qu’ils ne battraient jamais en retraite tant que leur commandant se tenait courageusement sur la ligne de front.

Intéressant, je n’en attendais pas moins de la Valkyrie Blanche-Neige.

Cabernard souriait tout en montrant ses crocs.

Dernièrement, Cabernard avait été déçu par le fait qu’il n’y ait pas d’adversaires digne de valeur, donc la tournure des évènements n’était pas faite pour lui déplaire.

« Faire face à une héroïne prête à se sacrifier devrait en valoir la peine. »

Cela faisait vingt ans qu’il avait succédé au rang de comte et il avait maintenant une réputation bien établie en tant que général vétéran des forces de l’empire Asgard.

Les quelques rides sur les coins de ses yeux trahissaient le fait qu’il était dans la quarantaine, mais son corps solide et parfaitement ajusté paraissait si jeune qu’il pouvait se faire passer pour quelqu’un qui était dans la vingtaine.

Ses yeux ambrés, ses cheveux légèrement roux, châtain clair et son visage sévère, mais charmant le rendirent populaire non seulement parmi les militaires, mais aussi à la cour royale.

Et pourtant, le regard que cet homme puissant dirigeait actuellement vers Crowdagen était sérieux.

Au début de cette guerre, avant la victoire écrasante de l’empire, Cabernard avait fait tourner le royaume en bourrique en envoyant simplement des rumeurs à la plus haute autorité de Lapland, le duc de Varandi, affirmant que « une partie des troupes envoyées par le royaume de Nedras et précédemment assimilées au quatrième escadron d’Asgard envisagent de changer de camp. »

À cause de cette information, et malgré le désavantage numérique dont il était déjà victime, le royaume de Lapland s’autorisa inutilement à subir de plus en plus de pertes, en attendant que les troupes du royaume de Nedras rejoignent leur camp.

Bien sûr, le quatrième escadron de l’empire n’avait pas réellement de troupes du royaume de Nedras ou quoi que ce soit du genre. Il ne leur restait que quelques officiers qui avaient trahi le royaume de Nedras pour rejoindre l’empire.

Ce plan avait suffi à berner les commandants de Lapland, mais les plus grandes victimes avaient été les soldats, dispersés un peu partout, incapables de recevoir l’ordre de retrait.

À ce jour, le royaume n’avait aucun moyen de renverser la supériorité absolue de l’empire Asgard.

De plus, l’intervention des pays ayant un lien d’amitié avec Lapland était impossible.

Avant même que des renforts puissent arriver, le pays serait déjà tombé, rendant toute intervention inutile.

Il ne restait plus qu’à attendre patiemment que Lapland rende son dernier souffle.

Mais Cabernard était un militaire dans l’âme et il espérait pouvoir affronter au moins un ennemi ayant une certaine valeur.

« Seigneur Cabernard, Votre Excellence, n’oubliez pas que Sa Majesté vous a ordonné de capturer la princesse Frigga. »

Voyant l’esprit combatif dans les yeux de Cabernard, le commandant de division, Navarre, lui rappela les ordres de l’empereur.

Heimdall était un empereur compétent et impartial, mais cela ne signifiait pas qu’il était facile à servir.

Accroître son mécontentement serait sans doute une mauvaise idée.

« Je sais, je sais. Mais Sa Majesté sait aussi que gagner la bataille est bien plus important. »

Même si le roi n’était pas d’accord, le Premier ministre ridiculement beau et sournois ne le lâchera jamais.

« Personnellement, je crois que nous devrions être aussi fidèles que possible à l’ordre du roi. »

Le rôle du commandant de division était d’empêcher le général d’être imprudent, c’est-à-dire que le devoir de Navarre était de garder Cabernard sous contrôle, mais il était certainement vrai que gagner la bataille était plus important que de prendre Frigga.

Alors que Navarre se grattait la tête, apparemment troublé par ce qu’il devait faire, Cabernard rugit de rire.

« Après tout ce temps, on a enfin trouvé un adversaire de valeur. Alors, la première chose que nous devrions faire, c’est de remplir notre devoir de militaires, non ? »

◆ ◆ ◆

Vêtus de robes rouges, les mages de l’empire Asgard avaient commencé à avancer.

Comparé à d’autres pays, l’empire avait un très grand nombre de mages, parce qu’ils avaient mis tous leurs efforts à les entretenir.

Pendant longtemps, dans l’histoire des nombreuses nations du continent, le statut des nobles et des mages était privilégié, ils avaient un statut qui ne pouvait être atteint que par des marchands ayant un niveau de richesse semblable à celui des nobles.

Bien sûr, le royaume de Jormungand ne faisait pas exception.

Heimdall, d’autre part, avait utilisé les fonds nationaux de l’empire pour entretenir un très grand nombre de mages, indépendamment de leur position sociale.

Au début, cette politique semblait étrange aux yeux de certains pays conservateurs.

L’éducation des mages était très coûteuse et ils ne croyaient pas que le résultat final en vaudrait la peine.

Cependant, une fois que l’empire avait construit son bataillon de mages et qu’il avait commencé à envahir d’autres pays, il avait montré que ce ne serait pas des ennemis faciles à affronter.

C’est à ce moment-là que d’autres nations avaient réalisé que, dès le début, l’objectif de l’empire dans l’entraînement des mages était d’attaquer les nations étrangères.

Après avoir connu une période de paix de plus de cent ans, même les cinq nations les plus puissantes avaient été clairement laissées pour compte.

Et tandis que ces nations puissantes jouaient les observateurs silencieux, l’empire avait détruit trois petits pays, augmentant encore son pouvoir.

À ce moment-là, personne ne pouvait nier qu’Asgard avait la plus grande armée de tout le continent.

Et en ce moment, les troupes de mages, qui représentaient la puissance de l’empire, lançaient toutes en même temps une incantation.

« Souffle enflammé. »

Le souffle enflammé était un sort qui pouvait détruire un objet cible à cause de la température élevée du souffle. C’était l’un des sorts magiques « Majeurs ».

C’était un sort antipersonnel, mais lorsqu’il était lancé par plus de mille personnes, même des soldats protégés par des remparts ne seraient pas en sécurité.

À tout le moins, ils ne seraient pas capables de lever la tête pendant que le sort était lancé et, dans certains cas, les remparts pourraient s’échauffer à tel point qu’il deviendrait impossible de se cacher derrière eux.

Par contre, si les soldats quittaient leurs positions pour s’abriter ailleurs, les troupes de l’ennemi pourraient assiéger les remparts et les détruire.

C’était la stratégie de l’empire Asgard, qui utilisait au mieux la puissance de ses mages et sa puissante infanterie.

Avec leurs anciennes méthodes, la plupart des pays du continent ne seraient pas en mesure de faire face à une telle tactique, même s’ils étaient dirigés par un commandant qui était aussi souple qu’un stratège comme Cabernard.

Cependant, il ne fallait pas non plus négliger la règle générale selon laquelle, en temps de guerre, il était toujours plus facile de se défendre que d’attaquer.

Alors que l’éclair du souffle enflammé se transformait en explosion sur les remparts, l’armée d’Asgard pouvait déjà imaginer la fin de Crowdagen.

Mais quand l’incendie et la fumée se furent dissipés, ils avaient constaté que le rempart n’avait subi aucun dommage.

« Un emblème d’anti-magie !? »

Ce dont parlait Cabernard, c’était une sorte de symbole magique qui utilisait un emblème, et qui pouvait afficher une puissance proportionnelle à la puissance magique qui lui était appliquée.

Cet emblème était spécialisé dans l’annulation des sorts et couvrait toutes les parties principales du rempart.

Cette tactique ne pouvait être payante que grâce à l’étroitesse du front de bataille offerte par la position géographique de Crowdagen.

« Ça n’a pas d’importance ! Continuez à tirer ! Ne les laissez pas lever la tête ! »

Malgré cela, Cabernard ordonna calmement aux troupes de continuer.

C’est ce dont je parlais, c’est comme ça qu’une bataille devrait se dérouler. Si tout se passait comme prévu, comment pourrais-je appeler ça une bataille ?

Même si les mages ne pouvaient pas endommager les murs, les sorts étaient encore assez efficaces.

Ce qu’il fallait maintenant décider, c’était comment l’on devrait s’en servir.

Après avoir pris sa décision, Cabernard ordonna à l’un de ses capitaines d’attaquer les portes de la ville des deux côtés.

Les mages et les arbalétriers de l’armée Lapland ne pouvaient pas attaquer pour le moment, alors Cabernard voulait profiter de l’occasion pour défoncer la porte d’entrée avec son infanterie.

Il croyait que cela pouvait très bien fonctionner puisque le subordonné qu’il avait envoyé avait beaucoup d’expérience au combat.

Cependant — .

« Nous savions qu’ils viendraient dès le début. Comment ne pourrions-nous pas être prêts à riposter ? »

Regardant les troupes de l’empire se précipiter en avant avec de grands cris de guerre, Frigga lécha ses lèvres rouges et brillantes.

« Eh bien, si j’avais la même armée et la même puissance de feu, je suppose que même moi, j’utiliserais le même type de stratégie. Mais utiliser ça contre moi ? Ce n’est vraiment pas très judicieux. »

Frigga parlait calmement, elle avait une grande confiance en soi.

« Ouvrez les portes ! Je sors ! »

Les murs de la forteresse étaient encore sous un torrent de sorts magiques.

Loin d’être incapables de lever la tête, les forces de Lapland auraient déjà dû s’enfuir et se disperser.

Le chevalier capitaine du régiment, Oak, ne se moquait pas de l’armée de Lapland, mais il était clair qu’il se sentait un peu plus détendu.

Comme ses troupes possédaient une charrette qui avait été transformée en bélier, il ne restait plus qu’à enfoncer la porte d’entrée.

***

Chapitre 39

Le commandant fit basculer sa main droite, provoquant l’avance de l’énorme chariot-bélier.

Mais à ce moment précis.

Avec un son métallique perçant, les épaisses portes d’acier de Crowdagen s’ouvrirent.

À la seconde où il avait vu ça, Cabernard avait réalisé son erreur.

« Ne partez pas ! Revenez vite, Oak ! »

Comme synchronisée avec le cri de Cabernard, Frigga et ses proches collaborateurs étaient sortis par la porte à une vitesse incroyable. Ils montaient des griffons.

« Qu-Quoi ? Des griffons ? »

Cette découverte avait pétrifié Oak sur place.

Même l’empire Asgard n’avait pas encore réussi à dompter ces monstres !

Tandis qu’Asgard avait réformé leur armée en entraînant des mages, Lapland avait aussi fait des recherches pour améliorer son armée.

L’un des résultats fut ces griffons apprivoisés.

Frigga avançait dix fois plus rapidement qu’un cheval. Alors qu’Oak se demandait s’il devait battre en retraite ou l’attaquer, la déesse de la mort vint pour prendre sa vie.

« C’est surprenant... Il s’avère que les chevaliers d’Asgard ne sont pas si impressionnants que cela, hein. »

« N-noooooooooooooooooon ! »

Un seul regard sur les yeux de Frigga, qui le regardaient comme s’il était un déchet, suffisait à déclencher l’instinct de survie d’Oak et à le faire courir vers l’arrière.

Mais il avait pris cette décision beaucoup trop tardivement

Frigga ne donna qu’un simple coup d’épée, cela avait suffi pour que la tête d’Oak tombe au sol, avant même que son cheval puisse le mettre en sécurité.

« Si vous voulez désespérément voir votre sang sur l’épée de la Valkyrie des neiges, avancez ! »

Quelques minutes plus tard, les renforts envoyés par Cabernard arrivèrent, le régiment d’avant-garde fut cruellement piétiné et perdit plus de mille hommes.

« Son Altesse l’a fait ! »

« Hourra pour Son Altesse ! »

« Gloire à la Valkyrie ! »

La garnison de Crowdagen était en ébullition. Il s’agissait de leurs premiers cris de victoire depuis la dernière défaite écrasante de Lapland face à l’empire.

Frigga agita la main en réponse, mais dès qu’elle fut hors de la vue de ses soldats, son expression devint sombre.

« Cela ne s’était pas passé comme prévu. Si leurs renforts étaient arrivés un peu plus tard, nous aurions pu en éliminer 500 de plus. »

Frigga savait qu’une telle attaque-surprise ne marcherait pas une seconde fois.

Les ennemis n’étaient pas des imbéciles. Ils attendaient probablement avec impatience la prochaine ouverture des portes.

C’était pourquoi elle voulait causer autant de dégâts que possible lors de sa première sortie.

« J’ai quand même pris la tête d’un commandant. J’espère que ça les calmera un peu... »

Bien qu’elle avait dit cela, elle savait pertinemment que c’était extrêmement improbable.

Pendant ce temps, de l’autre côté du champ de bataille, Cabernard fronçait également les sourcils à cause de ses lourdes pertes.

Les chevaliers étaient sa principale force de frappe. À l’exception des grosses batailles, jamais il n’aurait pu penser en perdre plus d’un millier.

Il avait oublié la possibilité que d’autres pays aient renforcé leurs forces militaires en même temps que l’empire.

Ivre de ses nombreuses victoires, Cabernard était devenu négligent. Lapland était-il différent des pays que l’empire avait abattus derrière lui ?

« Pourtant, en temps de guerre, le seul facteur décisif, ce sont les soldats. Pensent-ils que quelques griffons vont changer le résultat final ? »

La présence de griffons représentait néanmoins une forte menace.

Cependant, le nombre écrasant de mages que Cabernard avait emmené compensait largement cela.

« Infanterie lourde, en avant ! »

Par la suite, la bataille se transforma en un siège classique.

Le faible nombre de soldats présents à Crowdagen avait des conséquences néfastes sur leur manière de se défendre.

D’autre part, les fantassins de Cabernard avaient renforcé leurs campements en construisant des parapets et des tranchées, les attaques des mages leur servant de soutien.

Pour entraver leur avance, Frigga aurait dû ouvrir les portes. Cependant, une partie des troupes des mages d’Asgard restaient en réserve, clairement préparées à lancer le sort souffle de feu au moment où elle le ferait.

C’était une guerre d’usure, si les forces d’Asgard avançaient trop, ils atteindraient une portée à partir de laquelle leurs arbalètes pourraient attaquer l’intérieur des remparts.

À ce moment-là, leurs mages et leurs unités d’arbalètes s’affronteraient avec celles de Lapland, donnant aux fantassins Asgard l’occasion de se précipiter et de briser le symbole magique qui protégeait les remparts.

Pourtant, il fallait admettre que Frigga était une commandante formidable. Malgré les circonstances, par deux fois elle avait prélevé du sang de l’armée d’Asgard.

Le troisième jour de la bataille, comme on pouvait s’y attendre le feu de soutien des mages d’Asgard avait commencé à s’affaiblir.

Ils avaient consommé de grandes quantités de pouvoir magique, et leur fatigue s’accumulant, cela retardait considérablement leur temps de récupération.

C’était l’un des points faibles des mages.

Comme s’ils avaient anticipé ce moment, les unités de griffons de Frigga survolèrent les remparts de Crowdagen et commencèrent une série d’attaques-surprises, utilisant la tactique de la frappe et la fuite.

S’ils poursuivaient les ennemis trop loin, ils pouvaient être abattus par des attaques à longue portée, mais les unités de griffons profitaient de leur grande vitesse pour attaquer et se retirer immédiatement, ce qui leur permettait de s’échapper sans subir aucun dommage.

Ce n’était pas suffisant pour changer le résultat final de la guerre, mais un léger doute commençait à couvrir l’armée d’Asgard, qui subissait de plus en plus de pertes.

« Devrions-nous lancer un assaut total ? »

Navarre avait demandé cela à Cabernard.

Pour minimiser les dégâts, Cabernard n’avait utilisé que des attaques frontales, mais Navarre estimait qu’il valait mieux maintenant faire durer le siège plutôt que d’essuyer des pertes.

« Non, c’est toujours impossible, je dois d’abord les épuiser un peu plus. Si l’on attaque à fond et que l’on transforme la bataille en mêlée, on se mettra à la portée de cette Valkyrie, et on en paiera le prix fort. »

Alors qu’alliés et ennemis se battraient de façon chaotique, Frigga, dans son dernier combat avant la mort, pourrait entraîner la perte de 10 000 hommes du côté d’Asgard.

Cabernard réfléchissait sérieusement à un moyen d’éviter cette possibilité.

Cependant, au moment où la bataille entrait dans sa quatrième journée, il n’avait toujours pas trouvé de méthode pour sortir de cette impasse.

◆ ◆ ◆

Le duc de Varandi, Tulle.

Dans le royaume de Lapland, il avait la plus haute autorité à l’exception du roi, certains l’appelaient même l’adjoint du roi.

La famille Varandi était issue du royaume de Loran, qui avait fusionné avec le royaume de Lapland dans le passé. Jusqu’à la génération du grand-père de Tulle, le duc était aussi Premier ministre, et la famille Varandi avait la confiance du roi.

Toutefois, bien que le père de Tulle soit censé prendre la place de son grand-père à l’avenir, il était mort subitement d’une épidémie, faisant de Tulle le prochain successeur pour le poste de duc, même s’il n’avait pas eu l’éducation appropriée pour ce poste.

Craignant de subir le même sort que son père, sa famille l’avait surprotégé dans son éducation, et en grandissant il était devenu un homme fier.

Quinze jours avant la bataille de Crowdagen, Tulle avait reçu la visite d’un messager secret qui se faisait passer pour un réfugié du royaume de Nedras.

« Une fois la guerre commencée, nous trahirons l’empire Asgard et les attaquerons par le flanc. »

Tulle avait l’intention de monopoliser ce renseignement pour son propre intérêt.

La vérité, c’est qu’il était dans une situation financière assez difficile.

En tant qu’homme déconnecté de la réalité, il n’avait pas réussi à gérer son territoire et avait fini par perdre la plus grande partie de la fortune amassée par ses ancêtres.

Il était clair que, dans un avenir pas si lointain, le duché de Varandi serait enseveli sous les dettes.

Par conséquent, pour Tulle, l’information donnée par le messager secret était une faveur divine.

Il avait l’intention d’accaparer tous les exploits de cette guerre afin d’être honoré comme un héros, afin d’obtenir des récompenses monétaires. Pour cela, il avait amené à ses côtés tous les nobles qui n’aimaient pas la princesse Frigga et qui avaient auparavant acquis une réputation en tuant des monstres.

Ce faisant, Tulle obtint le rôle de commandant des troupes qui devait faire face à l’ennemi. Grâce à un heureux incident, il avait obtenu facilement ce poste à une large majorité. En effet Frigga avait gravement blessé un jeune noble avec son épée après qu’il lui avait fait une demande en mariage.

Lorsque Tulle était arrivé sur le champ de bataille et avait été confronté aux dizaines de milliers de soldats d’Asgard, le calme sur son visage n’avait pas faibli.

Juste un peu plus.

Il croyait qu’une fois que les réfugiés du royaume de Nedras auraient trahi leurs alliés, les forces de Lapland et de Nedras attaqueraient d’un seul coup et frapperaient l’armée d’Asgard.

Il gardait fermement cet espoir, même lorsque l’avant-garde d’Asgard perforait l’armée de Lapland comme une foreuse géante.

Pourquoi ne sont-ils toujours pas là ? Ils savent que nous ne pourrons pas tenir indéfiniment s’ils ne se dépêchent pas de changer de camp, n’est-ce pas ?

Même après que la ligne de front de Lapland fut écrasée, même après que les forces de réserve à l’arrière eurent été englouties dans la bataille, Tulle continua à attendre.

Sans l’aide de Kvass, un chevalier qui faisait partie d’une lignée de serviteurs au service de la famille Varandi, Tulle aurait probablement attendu sur place jusqu’à sa mort.

Ce n’est qu’après s’être enfui dans les montagnes et s’y être réfugié qu’il s’était finalement rendu compte qu’il avait été dupé.

Après sa prise de conscience, il eut un mouvement de panique.

L’armée de Lapland avait été annihilée à cause de ses propres ordres.

S’il s’échappait maintenant, le pays enquêterait sans doute sur lui pour voir s’il était responsable. Sans compter qu’il pourrait très bien être exécuté si l’on découvrait qu’il avait rencontré un espion Asgard qui se faisait passer pour un réfugié du royaume de Nedras.

Il avait été complètement acculé.

Forcé par sa situation, il était resté dans les montagnes sous la protection de ses serviteurs, qui recueillaient continuellement des informations pour lui. Grâce à eux, il avait découvert que son pays d’origine était sur le point d’être détruit.

Comme c’était le cas, il s’était dit qu’il pouvait aussi bien amener Lapland à sa destruction.

De cette façon, les gens qui pourraient le punir tomberaient avant lui.

À partir de là, il s’était demandé s’il pouvait entrer en Asgard, emportant avec lui un cadeau assez bon à offrir, mais avant même d’avoir à le faire...

Ses subordonnés avaient découvert que Crowdagen était assiégé et que Frigga dirigeait les troupes qui protégeaient la ville. Quand Tulle avait entendu cette information, un sourire suffisant s’était formé sur son visage.

◆ ◆ ◆

« Veux-tu dire que ce brave duc veut me rencontrer ? »

Bien que Cabernard soit rarement agité par quoi que ce soit, le rapport de Navarre l’avait laissé bouche bée d’étonnement.

Cet arriviste n’a ni honte ni honneur ?

« À ce stade, le caractère et l’incompétence du duc n’ont pas d’importance. Il offre sa coopération, alors on devrait l’utiliser. Nous verrons par la suite si nous lui donnerons la récompense qu’il espère. »

On aurait dit que Navarre était un peu irritée.

« Et tu penses qu’il nous sera utile ? »

Tulle ne semblait pas être une personne serviable, il semblerait plutôt être le genre d’homme qui ne ferait qu’entraver le chemin de ses alliés.

Cabernard ne voulait pas l’utiliser comme subordonné.

Il s’était dit qu’il pourrait peut-être avoir de la valeur en Lapland en tant qu’otage, mais rien de plus.

Cependant, la réponse de Navarre était complètement hors de portée des attentes de Cabernard.

« Il a dit qu’il est prêt à nous parler d’un chemin qui nous permettrait d’accéder à Crowdagen afin d’attaquer l’ennemi par-derrière. »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Une veine de colère était sortie du front de Cabernard.

Non seulement le duc était tombé dans un piège qui avait conduit à la défaite de son pays natal, mais maintenant il voulait aussi comploter dans le dos de ses alliés, qui se battaient désespérément et honorablement. Comment était-il possible pour un humain d’être aussi éhonté ?

« Ce sera bien de le tuer une fois qu’on en aura fini avec lui. Même après être devenu notre allié, il pourrait nous trahir à tout moment. Mais vu l’état d’avancement de la bataille, il ne fait aucun doute qu’on doive l’utiliser. »

Si la bataille traînait en longueur, Lapland aurait le temps de se remettre sur pied.

D’un autre côté, l’utilisation de la force brute pour mettre fin aux choses plus rapidement ferait qu’augmenter les dégâts subis par Asgard.

S’il était possible de contourner leurs troupes et de les attaquer par surprise par-derrière, alors la bataille serait réglée très rapidement.

En tant que commandant, Cabernard n’avait d’autre choix que de le reconnaître.

« Je ne veux pas le faire. Je n’en ai vraiment pas envie. Il n’y a aucun honneur à gagner de cette façon. »

Même si cela faisait bouillir son sang, Cabernard savait qu’il devait prendre une décision en tant que commandant.

« Envoyez des soldats là-bas et demandez à la compagnie de Bolthron de prendre la tête. Une fois qu’ils commenceront à attaquer par derrière les lignes ennemies, nous prendrons ça comme un signal et nous irons nous aussi jusqu’au front. »

Bien qu’une ride profonde soit apparue sur son front après qu’il eut parlé, il avait pris sa décision.

« Merci d’avoir donné cet ordre. »

Navarre inclina légèrement la tête vers Cabernard, s’excusant de lui avoir fait faire ce choix.

◆ ◆ ◆

« C’est ici. Ce chemin de campagne vous mènera à travers les vallées. »

Tulle avait triomphalement partagé ce secret qui n’était connu que de quelques privilégiés.

Il était de la plus grande nécessité pour lui de montrer qu’il pouvait être utile.

Mis à part le fait que ce qu’il faisait était bien ou mal, la seule chose qui était claire, c’était qu’il était désespéré.

« Je vois, si on passe par ici, on peut aller à Crowdagen sans avoir à passer par la crête. »

Bolthron hocha la tête en regardant la route secondaire qui ne serait jamais remarquée par ceux qui n’étaient pas originaires de la région.

Il semblait que l’information était exacte.

Le chemin avait été positionné au bon endroit. Ils pourraient faire un détour d’ici sans être découverts.

« Vous pensez que quelqu’un surveille cette route, Seigneur Tulle ? »

Tulle fronça les sourcils pendant un moment. Il ne pouvait pas accepter qu’un commandant de classe inférieure comme Bolthron le prenne à la légère, mais il parvint avec peine à garder son calme lorsqu’il lui répondit.

« L’armée de Frigga ne sait même pas que cette route existe. »

Tulle lui-même n’avait appris l’existence de ce chemin que par chance, parce que certains de ses ancêtres l’avaient découvert par hasard alors qu’ils étaient en poste à Crowdagen.

« Bien. Dépêchons-nous alors. »

Il était temps pour Bolthron d’ordonner à son bataillon d’avancer. Cet ordre allait déterminer l’avenir de toute la bataille. Mais cet ordre... n’est pas venu.

« Haaa, juste au moment où je pensais que j’étais enfin sorti de ce repaire de monstres, je suis tombé sur quelque chose d’intéressant. »

***

Chapitre 40

Comme on pouvait s’y attendre, sortir du territoire inexploré des monstres n’était pas une tâche facile, pas même pour Kurats.

S’il n’avait pas utilisé des sorts d’investigation pour connaître sa localisation ainsi que la direction qu’il prenait, il serait toujours dans la forêt, perdu comme un enfant.

Bien qu’il ait essayé d’expérimenter divers sorts en cours de route, cela n’avait servi qu’à confirmer une fois de plus à quel point il était maladroit.

{Ne peux-tu pas un peu plus contrôler ton sort !? Tu vas entraîner tous tes alliés dans ton attaque si tu l’utilises dans une bataille !}

« Je l’ai contrôlé autant que j’ai pu... »

La magie anti-militaire de Kurats était si puissante qu’il s’était lui-même blessé. D’autre part, ses autres sorts, plus faibles, étaient beaucoup plus lents et beaucoup moins efficaces que ses coups de poing. Ses sorts étaient donc tous dans les extrêmes, ce qui faisait qu’aucun de ces sorts n’était bon.

La seule chose qu’il avait gagnée en traversant ce territoire rempli de monstres était un peu d’expérience dans l’utilisation de la magie.

{Comment en est-on arrivé là ?}

Bernst regardait la pénombre du crépuscule, avec des yeux qui scrutaient l’horizon. Et qui pourrait lui en vouloir ? Un alter ego qui partageait ses propres gènes était devenu un crétin.

En tout cas, après avoir abattu un essaim de monstres et causé une catastrophe naturelle, Kurats était arrivé en Lapland.

Bolthorn regarda avec méfiance le géant devant lui.

Il était clair que son splendide corps avait été forgé pour le combat. C’était un sublime mélange de grande endurance et d’agilité.

Et pourtant, l’homme portait une tenue typique des mages.

Mise à part sa robe, il n’avait aucun équipement. Il n’avait ni armure ni épée, et pas même un couteau.

Bolthorn n’avait aucune idée de la raison pour laquelle une personne viendrait dans cet endroit si mal préparé.

« Qui es-tu ? Et pourquoi diable es-tu ici ? »

Bolthorn regarda Tulle pour voir s’il se souvenait d’avoir vu cet homme, mais Tulle ne fit que secouer la tête en réponse.

Cela signifiait que ce n’était sûrement pas un noble de Lapland.

Et bien que Bolthorn se préoccupait de l’identité de cet homme, ce qui l’inquiétait le plus était de savoir s’il y avait d’autres personnes qui connaissaient l’existence de cette route secondaire.

Selon la réponse, cela pourrait signifier qu’il y avait une chance qu’il soit victime d’une embuscade à la fin du chemin.

Si ses troupes devaient faire face à une attaque-surprise sur une route aussi étroite et rectiligne, elles seraient toutes anéanties, quel que soit le nombre de leurs ennemis.

{Je n’y avais pas pensé, mais est-il possible que Tulle n’ait pas trahi son peuple et qu’il nous ai mené dans un piège ?}

Maintenant que Bolthorn avait commencé à avoir des doutes, toutes les actions que Tulle avait faites jusqu’ici commençaient à lui sembler étranges.

Par exemple, pourquoi le duc d’un pays trahirait-il si facilement ses alliés ?

N’était-il pas possible qu’il se sacrifie pour sauver Lapland ?

Mais la vérité était que Bolthorn surestimait complètement Tulle.

Ne sachant pas qu’il était soupçonné, Tulle avait la main sur son épée, prêt à sceller la bouche de Kurats avant qu’il ne puisse parler aux autres de cette route secondaire.

« Hé, toi. Es-tu de l’empire Asgard ? »

« Reste à ta place ! Tu parles à un Duc de Lapland, le duc de Varandi, Tulle ! »

« C’est bizarre, j’étais sûr que les armoiries sur le dos de ces soldats étaient celles de l’empire Asgard, mais... Oooh, tu es un traître, n’est-ce pas ? »

« Comment oses-tu ! »

Les mots des Kurats avaient poignardé Tulle là où ça faisait mal.

Peu importe les excuses qu’il trouvait, il allait être considéré comme un traître à vie.

Tulle n’avait pas osé y penser, mais Kurats l’avait impitoyablement évoqué.

Aveuglé par la colère, Tulle dégaina son épée pour aller lui porter un coup mortel, mais Kurats l’avait saisi facilement et l’avait écrasé avec sa main.

Regardant son épée qui ne s’était pas brisée, mais qui avait été totalement déformée, Tulle recula, terrifié, et avait crié.

« Salaud, es-tu un monstre !? »

Quant à Bolthorn, il ordonna à ses troupes de l’encercler. Il avait bien vu qu’il ne fallait pas se moquer de Kurats, même s’il était seul.

« Ne bouge pas. Si tu fais un mouvement suspect, tu seras empalé sur le champ. »

Pour qui cet homme travaillait-il ?

En supposant qu’il avait été envoyé par un autre pays, alors pourquoi avait-il été envoyé seul ?

S’il était un messager, il aurait dû aller à la capitale royale, Bernholm, et non pas à Crowdagen.

« Garde tes mains ensemble et tourne-toi lentement... Qu’est-ce que tu attends ? Dépêche-toi et fais ce qu’on te dit ! »

« Bon sang, tu penses me retenir ? Toi ? »

« On t’a déjà dit de ne pas bouger, tu l’as bien cherché. »

En réponse au haussement d’épaules exaspéré de Kurats, un soldat prit sa lance et attaqua Kurats au niveau des pieds.

« Ça ne me dérangerait pas de laisser passer ça, mais je ne veux vraiment pas que tu fasses un trou dans ma robe, désolé pour ça. »

Après que Kurats l’eut dit, la lance qui le visait avait été projetée derrière du soldat qui l’avait brandie.

Kurats avait attrapé la lance avant qu’elle ne puisse atteindre ses pieds, puis il utilisa son incroyable force pour la repousser.

Bolthorn perdit temporairement sa voix à la vue de cette scène extraordinaire.

Mais ce n’était pas le moment de capturer et d’interroger l’homme.

Il fallait le tuer le plus vite possible.

« Serrez l’encerclement ! Vous avez le droit de prendre sa vie ! »

Suivant les ordres de Bolthorn, les chevaliers formèrent un cercle étroit autour de Kurats.

Pour empirer les choses, au moment où des chevaliers avec des épées serraient le côté intérieur de l’encerclement, des chevaliers avec des lances avaient pris position sur le côté extérieur. Ils regardaient Kurats comme du bétail que l’on menait à l’abattoir.

Cependant

« Vous êtes complètement dépassés. »

Bolthorn avait dû cligner des yeux plusieurs fois avant de se rendre compte de ce qui venait de se passer.

Tous les soldats à l’intérieur du double encerclement avaient disparu, et il ne restait plus que leurs parties inférieures.

Les demi-corps formèrent une fontaine de sang géante avant de tomber au sol, étalant leurs entrailles tout autour, enveloppant toute la région d’une odeur nauséabonde.

Où étaient leurs parties supérieures ?

Et plus important encore, les forces de Bolthorn suffiraient-elles à vaincre ce monstre ?

Un sentiment d’insécurité que Bolthorn n’avait pas envisagé auparavant avait pris place en lui.

Mais cela n’avait pas duré, car le silence pesant tout autour avait été déchiré par un cri misérable du traître Tulle.

« Iiiiiiiiih !! Quelqu’un ! À l’aide ! »

Le pantalon mouillé par la peur, Tulle s’accrocha à une monture et il s’échappa aussi vite qu’il le put.

Dans un sens, cette action reflétait bien le caractère de Tulle, il était juste lui-même. Malgré cela, son comportement inesthétique restait dégoûtant aux yeux de Bolthorn et des chevaliers qui étaient sous ses ordres.

« Comment pouvons-nous avoir peur de combattre un homme seul dont nous ne connaissons même pas les antécédents !? Nous tiendrons bon jusqu’à la mort ! POUR L’HONNEUR DE L’EMPIRE ASGARD ! »

« OH ! OOOH ! OOOOOOOOOOOOH ! »

Les chevaliers rugissaient comme s’ils étaient possédés par l’esprit combatif de leur commandant.

La sublime démonstration de bravoure de ces hommes était si admirable qu’elle avait même laissé une bonne impression à Kurats.

« Je suis une personne venant d’un pays étranger. Je suis venu ici de mon plein gré. Je me nomme Kurats Hans Almadianos ! »

◆ ◆ ◆

Bolthorn devrait déjà être arrivé sur la route secondaire, pensa Cabernard en regardant les montagnes.

Si les paroles de cet arriviste étaient justes, dans quelques heures les troupes atteindraient Crowdagen par l’arrière.

En guise de camouflage pour l’opération, quelques mages, ceux qui restaient d’abord en réserve pour dissuader les unités de griffons d’attaquer, avaient été envoyés sur la ligne de front, où ils avaient formé un épais barrage de sorts.

Ce genre d’offensive lourde venant des mages signifiait généralement qu’une attaque générale était en prévision

Malgré cela, un commandant aussi compétent que Frigga ne pouvait en aucun cas négliger la défense de la ligne de front.

En fait, elle savait déjà que la bataille atteignait son apogée.

« Marcus, combien avons-nous de soldats en état de se battre ? »

« Si on compte les hommes légèrement blessés, il devrait y en avoir environ 600. »

En quatre jours, environ la moitié des forces de Crowdagen avaient été tuées.

L’armée d’Asgard avait perdu cinq fois plus de personnes, soit plus de 3000 mille hommes. Cependant, en raison des différences de nombre, il était évident que la situation de Crowdagen allait empirer de plus en plus vite.

« On peut encore leur tenir tête, mais probablement qu’une fois de plus. Une fois qu’on aura réussi à les forcer à revenir, j’irai pour une dernière attaque. Profite de l’occasion pour prendre tous les blessés et pour t’échapper. »

« Votre Altesse, vous ne pouvez pas ! Sa Majesté attend toujours votre retour ! »

« Je suis la seule à pouvoir le faire. »

En dehors de Frigga, il n’y avait personne en Lapland qui pouvait gagner du temps contre une armée composée de dizaines de milliers de soldats.

Et Marcus ne faisait pas exception à la règle.

Marcus avait essayé de dire que ce serait lui qui resterait ici, à sa place, mais ses mots étaient coincés dans sa gorge.

Tout ceci parce qu’il avait vu cette expression lumineuse et radieuse que Frigga avait sur son visage, malgré sa rencontre imminente avec la mort.

« Je sais ce qu’on dit des femmes, mais j’adore la guerre. Je m’amuse beaucoup plus que je ne l’aurais cru. Si j’ai un regret, c’est que je n’ai pas pu rencontrer un homme qui puisse me vaincre. »

Frigga disait toujours que l’homme qu’elle épouserait devrait être capable de la battre dans un combat en tête-à-tête.

Il n’y avait pas une personne dans le royaume qui ne connaissait pas le nombre d’homme qui l’avait défiée et qui avait fini couché par terre.

« Je suis sûr qu’un jour vous trouverez un homme plus fort que vous, Votre Altesse. Faites attention à votre vie, s’il vous plaît. »

« Oui, et si les fortunes de la guerre le permettent, on se reverra. »

Ils savaient tous les deux que leurs chances de se revoir étaient proches de zéro.

Cependant, tout guerrier ayant beaucoup d’expérience sur le champ de bataille savait que les miracles existaient.

Et ils étaient sur le point d’en être témoins.

***

Chapitre 41

Le bruit d’un fort tremblement de terre fut suivi par le bruit encore plus fort d’une rupture massive.

Ayant remarqué que ces bruits venaient des montagnes où Blothorn et ses troupes avaient été envoyés, Cabernard fronçait les sourcils, il avait un mauvais pressentiment à ce sujet.

« Quel était ce bruit ? Une falaise s’est-elle effondrée ? »

Ou était-ce un piège de l’ennemi ?

Si tel était le cas, Cabernard devrait alors tuer les serviteurs que Tulle lui avait laissés en otage.

« Envoyez une équipe de reconnaissance. Quatre cavaliers devraient suffire. »

Rien ne pouvait être décidé avant que les faits ne soient éclaircis.

Tout en grinçant des dents, Cabernard fixa du regard et leva les yeux vers le ciel lointain.

Mais à ce moment-là...

« ... Hein ? »

Cabernard se frotta les yeux, incapable de croire ce qu’il voyait.

Qu’est-ce que je viens de voir ?

Ce spectacle était si irréel que cela ressemblait à un rêve éveillé.

Cela s’apparentait à un bruit de vent perçant les oreilles.

Au fur et à mesure que le son devenait plus fort, l’objet, qui au début semblait avoir la taille d’un poing serré, devenait de plus en plus gros.

Il s’agissait d’un massif bloc de roche volant d’environ dix mètres de diamètre.

Aidée par l’attraction de la gravité dans sa chute, sa vitesse avait atteint les 200 km/h.

« C’est ridicule ! C’est impossible ! D’où vient-il, bon sang ? »

Cabernard était déconcerté.

Même une éruption volcanique ne pourrait jamais faire voler un rocher aussi massif.

Cependant, la réalité n’avait aucune pitié pour ceux qui ne pouvaient pas la comprendre.

Ce qui était un petit point dans le ciel s’était transformé en un instant en un bloc de pierre massif. Il venait de frapper directement le groupe des mages qui criaient tout en essayant de s’enfuir, et qui avaient été transformés en une mare de sang cramoisi et de viande hachée sur le sol.

C’était ce qui devait se produire lorsqu’une roche pesant une douzaine de tonnes tomba au sol à plus 200 km/h.

Une centaine d’hommes étaient morts sur place sans même avoir eu le temps de ressentir la moindre douleur.

« Courez ! Il y en a d’autres qui arrivent ! »

Cependant, ce n’était que le début de leurs souffrances.

Deux autres points noirs étaient apparus dans le ciel bleu et clair, visant les mages.

« Détruisez-les ! »

Après s’être remis de son choc, le commandant avait hurlé ses ordres à ses hommes.

Même dans de telles circonstances anormales, il pouvait toujours donner des ordres. Il fallait s’y attendre de la part de l’armée de l’empire Asgard, l’armée la plus puissante de tout le continent.

« Boule de feu ! »

Les mages lancèrent simultanément leurs sorts.

Cependant, comme la vitesse des deux blocs de roche était trop rapide, seules quelques-unes de ces attaques avaient réussi à les atteindre.

« Ça ne marche pas ! »

Le premier bloc de roche était si massif et si grand que même les trois boules de feu qui l’avaient touché n’avaient pu que brûler sa surface.

Heureusement, le deuxième bloc avait été touché par plus d’une douzaine de boules de feu.

Incapable de résister à la chaleur et à l’impact, le bloc avait fini par être divisé en cinq grands, mais plus petits rochers.

Cependant...

« Fuyez ! Inutile de l’attaquer avec de la magie ! »

Le bloc pesait plusieurs tonnes en premier lieu, comment le diviser en cinq blocs différents aurait pu être utile ?

Au contraire, ces cinq roches allaient se disperser comme des balles de fusil de chasse, ce qui ne ferait qu’aggraver les dégâts.

Au moment où les troupes avaient réalisé qu’elles n’avaient aucun moyen de riposter, les rochers étaient tombés comme des éclairs et avaient apporté une pluie cramoisie. Les joues des mages survivants avaient été souillées avec la chair de leurs camarades.

Un autre lot d’une centaine de mages avait été transformé en sacs de sang non identifiables.

Le fait qu’ils se soient vantés d’être l’élite du monde n’avait fait que renforcer leur choc, car tout leur sang et leurs efforts n’avaient servi à rien.

« Ne restez pas geler sur place ! Dispersez-vous ! Que tout le monde se disperse ! »

Face à un ennemi bien visible, une armée puissante pouvait garder sa détermination et sa résolution et se battre sans craindre la mort, mais il était impossible pour ces hommes de garder leur esprit combatif quand ils étaient confrontés à des objets complètement inorganiques.

Il n’y avait plus aucune trace d’ordre de ce côté du champ de bataille, les mages qui tentaient de s’enfuir avaient déjà perdu tout semblant de calme.

◆ ◆ ◆

« Que se passe-t-il ? »

Du côté de Crowdagen, Frigga avait également été témoin de la scène surréaliste des blocs de roches volant depuis les montagnes de l’est.

Elle se demandait s’il s’agissait d’une éruption volcanique, mais même après mûre réflexion, elle ne pouvait détecter aucun signe de fumée ou de lave.

Cependant, les masses de roches avaient continué à voler l’une après l’autre.

C’était comme si un géant invisible faisait son sport en lançant des rochers depuis la montagne.

Ces rochers volaient à une telle vitesse qu’on ne pouvait pas les éviter, et à chaque coup, ils atterrissaient au milieu des troupes de mages d’Asgard, en faisant un grand nombre de victimes.

Les mages avaient à peine réussi à lancer une contre-attaque contre l’un d’eux, mais cela n’avait pas marché.

Frigga pensait que ce serait le cas.

C’était plus une catastrophe naturelle qu’une attaque. Ce n’était pas quelque chose qu’un petit groupe de mages pouvait gérer. Ce n’était après tout que des hommes.

Après que les parties fendues du deuxième bloc de roche s’effondrèrent, un troisième bloc avait suivi de près pour livrer une mort qui ne laissait aucune place à la résistance.

Regardant les troupes de mages d’Asgard s’enfuir dans la débandade, Frigga cria avec détermination.

« Si vous pouvez encore vous battre, alors venez avec moi ! Les cieux sont de notre côté ! »

« Oooooooooooooooooh ! »

Rien ne pourrait être meilleur pour le moral des troupes que d’être soutenu par un phénomène inexplicable et surnaturel.

Oubliant complètement la fatigue qu’ils avaient ressentie après avoir été assiégés pendant des jours, les forces de Lapland avaient suivi l’exemple de Frigga et sautèrent hors de Crowdagen comme les carreaux d’une arbalète.

« Devrions-nous les arrêter ? »

Cabernard avait réfléchi un moment avant de répondre à la question de Navarre.

Frigga et ses hommes allaient maintenant se battre pour leur vie, mais il ne serait toujours pas si difficile de les assiéger et de les pulvériser.

Bien sûr, l’armée de Cabernard subirait de lourdes pertes, mais la question était de savoir si cela valait la peine de se demander si les soldats qui restaient en réserve et qui n’avaient pas encore combattu devaient être envoyés sur le terrain.

« ... Non, c’est trop dangereux de se précipiter au combat avant de savoir qui se cachait derrière ces rochers. »

Bien que les attaques semblaient avoir cessé après le troisième rocher, Cabernard avait eu du mal à croire que c’était la fin de l’attaque.

Il était plutôt plus naturel de croire que ces gros rochers allaient revenir plus tard.

« Cet endroit est proche du territoire des monstres. Nous devrions nous préparer à l’éventualité qu’un noble monstre supérieur sorte. »

« Cela pourrait certainement être le cas... »

Si un monstre était impliqué, cela pourrait expliquer ce phénomène surnaturel absurde.

En fait, pour Navarre, il ne semblait pas y avoir d’autres possibilités.

Les nobles monstres de haut rang étaient des êtres de légende que personne n’avait combattus au cours des cent dernières années.

Il valait mieux éviter de se battre contre de tels êtres sans contre-mesures préétablies.

« Notre priorité est de sauver nos mages. Je ne veux plus en perdre d’autres. »

Pendant que Cabernard et Navarre avaient cette conversation loin de la bataille, les fantassins lourdement équipés des forces de défense d’Asgard avaient construit une solide formation carrée sur la ligne de front, devant les mages qui couraient partout et tentaient de s’échapper.

« DÉGAGEZ DE MON CHEMIN ! »

Après avoir jeté un coup d’œil en arrière sur les alliés la suivant, Frigga se précipita seule en avant et poussa un puissant cri de guerre avant d’attaquer les fantassins lourds d’Asgard.

◆ ◆ ◆

« N’y a-t-il plus de rochers de taille suffisante ? Je vais fracasser cette falaise une fois de plus. »

{Toujours aussi absurde...}

Avec Bolthorn, tout le détachement qui avait été envoyé vers le chemin latéral avait maintenant été enterré vivant sous un petit glissement de terrain causé par un coup de poing droit de Kurats.

Par la suite, Kurats avait prélevé des roches « de bonne taille » des débris restant avant de les lancer vers l’armée présente sur le champ de bataille principal.

Bref, Kurats avait nonchalamment créé un glissement de terrain qui avait enterré ses ennemis sans leur laisser la moindre chance de s’enfuir, puis il avait ramassé les débris pour les faire pleuvoir sur un autre groupe d’ennemis.

Sachant que tout cela avait été fait par la seule force des bras, y avait-il un meilleur mot que « absurde » pour le décrire ?

Bernst sympathisait même involontairement avec l’ennemi.

Mais la magie extrêmement puissante de Bernst était encore plus absurde.

« Oh merde, elle se met déjà à foncer ? Elle est vraiment déterminée. »

Alors que Kurats songea à fracasser la falaise à nouveau, il vit les portes de Crowdagen s’ouvrir et une femme en sortit, chevauchant un griffon.

Il avait deviné que cela devait probablement la princesse Frigga.

Bien que sa décision ait été loin d’être prise en voyant l’armée ennemie désordonnée, elle était trop excitée.

Elle allait très probablement gagner cette bataille, mais Kurats avait l’impression qu’une seule erreur de sa part en tant que commandant allait lui coûter la vie.

« Je ne suis pas venu jusqu’ici pour la laisser mourir. »

Le seul but de Kurats en venant ici était de sauver Lapland, donc même si ce n’était pas nécessaire, il devait intervenir.

D’ailleurs, personne à Jormungand ne pourrait prétendre que ce n’était qu’un beau parleur s’il faisait quelque chose d’aussi énorme que de vaincre tout un corps d’armée par lui-même.

Cela étant, Kurats avait mis toute sa force dans ses jambes et avait sauvagement couru vers le bas de la montagne, avec tant de puissance que le sol s’enfonçait sous ses pieds.

***

Chapitre 42

Les fantassins lourdement équipés d’Asgard pointaient leurs lances vers le bec du griffon de Frigga d’une manière ordonnée.

Cela lui empêchait de tenir le terrain par sa seule puissance.

Après tout, les griffons, tout comme les chevaux, avaient peur des objets tranchants. C’était dû à leurs instincts bestiaux.

« “Impact” ! »

Bien que plusieurs soldats tombaient sous l’assaut des sorts magiques de Frigga, toute ouverture créée fut immédiatement comblée par des chevaliers présents en arrière-garde.

Cette défense qui ne permettait pas aux ennemis d’avancer était la caractéristique d’une formation carrée.

« NE L’AI-JE PAS DIT, DÉGAGEZ DE LÀ ! »

Si Frigga ratait cette opportunité, aura-t-elle une autre chance de poursuivre les forces d’Asgard ?

Bien que la balle était dans son camp en ce moment, elle était plus pressée que les mages qui couraient encore partout et qui essayaient de s’échapper.

« Menons une attaque en formation de coin ! On va se concentrer sur un point et percer ! »

Malgré les circonstances, les ordres de Frigga étaient toujours d’actualité. Suivant ses ordres, les forces de Lapland, qui commençaient enfin à faire leur retour, se réorganisèrent en formation de coin et chargèrent en direction de l’infanterie lourde d’Asgard.

Ils mettaient suffisamment de pression sur l’ennemi pour qu’ils puissent ronger leur solide formation carrée.

« Restez en position ! Nous sommes l’infanterie lourde, nous ne connaissons pas le chemin de la retraite ! »

Hyde, qui commandait l’infanterie lourde, cria à pleins poumons.

Il n’y avait aucune chance que l’infanterie lourde puisse se déplacer aussi rapidement que les mages ou les cavaliers.

Leur très faible mobilité était le coût de leur grande défense.

Et bien que les forces d’Asgard opposaient une forte résistance, l’armée de Lalpland commençait progressivement à les repousser.

Peu importe à quel point ils étaient préparés, les soldats d’Asgard essayaient de faciliter l’évasion de leurs mages, tandis que les soldats de Lapland poursuivaient lesdits mages. Dans ces circonstances, il y avait forcément une différence de moral entre les deux parties.

Et ces facteurs étaient loin d’être insignifiants au combat.

« Rassemblez vos forces une fois de plus ! On y est presque ! »

Grâce à ses paroles d’encouragement, Frigga obtint une grande réaction de la part de ses soldats.

Mais au moment même où elle pensait enfin voir les troupes qui s’étaient échappées, protégées par l’infanterie lourde...

« Soldats, formation du croissant de lune ! »

Dès qu’Hyde avait donné l’ordre, les fantassins avaient commencé à bouger ensemble.

Cet ordre aurait pu être l’occasion d’éliminer complètement l’infanterie lourde.

Cependant, les principales cibles de l’armée de Lapland étaient Cabernard et les mages, qui jouaient un rôle vital dans la puissance de feu d’Asgard.

Cela laissait les soldats de Lapland dans le doute, étaient-ils censés profiter de cette occasion pour avancer davantage ou pour attaquer les fantassins lourds ? Ce moment d’hésitation avait changé le sort de toute l’armée de Lapland.

L’infanterie lourde d’Asgard n’avait pas pris le risque de donner cette opportunité à l’ennemi gratuitement. Ils l’avaient fait parce qu’ils avaient réalisé qu’ils ne pourraient pas se défendre contre Lapland, et ils avaient décidé à la place de prendre Frigga comme cible.

Frigga était maintenant entourée de toutes parts par les soldats d’élite de l’infanterie lourde.

« M’étais-je trop précipitée ? »

Frigga grinçait des dents alors que ses alliés s’approchaient de leurs cibles, tout en n’ayant pas réussi à faire un geste.

Si quelqu’un avait pu prendre sa place, Frigga aurait probablement abandonné son poste de commandement et aurait attaqué les forces ennemies en ce moment même.

Cependant, elle devait parler à ses troupes, car elle était la seule commandante qui restait du côté de Lapland.

« Ce n’est plus le moment de penser à notre propre survie ! Si cela doit être notre dernier champ de bataille, qu’il en soit ainsi ! Nous reviendrons et protégerons notre terre en tant qu’esprits gardiens ! »

Les fantassins lourds d’Asgard pointaient simultanément leurs lances et leurs arbalètes vers Frigga.

Ils l’avaient attaquée, sans se soucier du fait que cela les exposerait complètement aux attaques des soldats de Lapland.

Même s’ils allaient être tués au cours du processus, ils étaient impitoyablement déterminés à emmener Frigga dans la tombe.

« “Explosion” ! »

Les rares soldats qui pouvaient jeter des sorts parmi l’infanterie lourde utilisaient aussi leur magie pour attaquer.

Même si Frigga s’échappait vers le ciel avec son griffon, elle ne pourrait pas échapper aux sorts des mages et aux flèches des arbalètes.

Nous avons réussi ! Hyde était convaincu que la vie de Frigga s’arrêterait là.

Jusqu’à ce que les paroles audacieuses d’un homme viennent briser cette conviction.

« S’en prendre à une femme pour la tuer ? Vous considérez-vous encore comme des hommes ? »

Les sorts magiques visant Frigga et son griffon avaient été complètement annulés, et les innombrables flèches qui lui tombaient dessus avaient rebondi comme si elles avaient touché quelque chose de très solide.

« Que s’est-il passé ? »

Hyde était déconcerté, sa victoire venait d’être arrachée juste sous son nez.

Il aurait compris si quelqu’un avait sacrifié son corps pour protéger la princesse ou quelque chose de ce genre. Ce qu’il ne pouvait croire, c’est que les sorts avaient tout simplement été annulés et que chaque flèche, sans exception, était tombée au sol.

En regardant la scène, on pouvait voir qu’il y avait un homme qui était apparu de nulle part et qui avait mis Frigga derrière son dos.

C’était un grand gaillard de plus de deux mètres de haut, avec un corps splendide qui avait été remarquablement bien entraîné.

Malgré tout cela, il portait une robe de mage qui ne correspondait pas du tout à son physique, ce qui lui donnait l’air bizarre. Cependant, Hyde n’avait aucun doute que le responsable de cette terrible situation n’était autre que cet homme étrange.

« Qui êtes-vous ? »

« Mon nom n’a pas d’importance, disons que je suis seulement venu participer à la fête sans avoir reçu de carton d’invitation. »

En d’autres termes, c’est un allié de Lapland ? Alors je dois le faire tomber, même si je dois donner ma vie pour ça ! Hyde avait rugi avec toute la force qu’il pouvait rassembler.

« Ce n’est pas le moment de faire attention à vos vies ! Aurions-nous encore un peu d’honneur si nous nous laissions retarder par une seule personne ? »

Bien que les soldats avaient été dans un état de choc après avoir été témoins de la scène surréaliste qui venait d’avoir lieu, le rugissement de Hyde avait suffi à leur redonner courage...

L’entraînement de ces gars a dû être très bon, Kurats avait été impressionné.

Les soldats d’Asgard avaient les mêmes yeux que des chiens bien dressés. Ils avaient été si bien entraînés que le fait de suivre les ordres leur donnait de la joie.

Avec un grand nombre de soldats comme eux, Asgard n’était vraiment pas un pays qui pouvait être pris à la légère.

« Le moins que je puisse faire est de les combattre avec respect. »

Cependant, tout cela n’était d’aucune utilité contre Kurats, qu’il s’agisse de la qualité de leur courage ou de leurs arts martiaux, qu’ils avaient entraînés au point de faire couler du sang.

La bravoure des soldats faisait place à leur désespoir, et cela commençait à se voir sur leurs visages.

Toute lance entrant en contact avec le poing des Kurats faisait du bruit et se brisait complètement. Même lorsqu’une douzaine de soldats venaient l’attaquer en même temps, il cassait leurs armes grâce un barrage de coups de poing.

Pourtant, ce serait bien s’il n’y avait que les lances qui étaient endommagées.

Le plus gros problème était que, chaque fois que Kurats frappait directement un soldat, son poing ne laissait qu’un trou vide dans le corps de la victime.

Par exemple, lorsqu’un soldat était frappé à l’abdomen, ses entrailles tombèrent derrière son dos, mourant ainsi sur le coup.

Cette bataille ressemblait à un groupe de poupées d’argile qui essayaient de combattre une poupée d’acier.

Et aucune tentative désespérée n’avait suffi pour passer à travers la peau d’acier de Kurats.

« Merde ! Si seulement nous pouvions utiliser nos sorts... ! »

Les soldats qui pouvaient utiliser la magie, y compris Hyde, étaient incapables d’utiliser leurs pouvoirs à cause de la barrière magique de Kurats.

Leur puissance de feu était la seule chose qui pouvait blesser Kurats, et ils ne pouvaient plus l’utiliser.

« N’abandonnez pas ! Nous devons nous battre à tout prix ! »

Si nous le pouvons, nous lui prendrons ses yeux. Sinon, on prendra juste son ongle, ce qui serait tout aussi bien. Nous allons faire comprendre à ce monstre que les efforts humains ne sont pas inutiles. Nous ne sommes pas des boucs émissaires pitoyables que n’importe quel monstre de la nature peut piétiner.

Hyde et ses hommes avaient continué à se battre, poussés par la force de leur détermination.

Pendant ce temps, Frigga regardait avec stupéfaction la montagne de cadavres qui se construisait autour de Kurats. Est-ce que je rêve ? 

Juste au moment où elle pensait qu’elle avait finalement percé la formation carrée de l’ennemi, ils avaient fini par l’encercler et la piéger avec succès.

Bien qu’elle avait eu la chance de poursuivre l’ennemi, elle avait accepté de tenir bon et afin de mourir de manière honorable.

Mais tout avait changé quand cet homme était apparu.

Quel héroïsme ! Fidèle à son titre de Valkyrie Blanche-Neige de Lapland, Frigga avait compris tout ce que faisait Kurats.

Il utilisait un barrage de coups de poing qui allait à une telle vitesse que l’œil humain ne pouvait pas suivre.

Même s’il était seul contre plusieurs, il avait complètement maîtrisé les soldats d’Asgard.

Quel que soit la technique ou l’équipement qu’ils avaient utilisé, ils n’avaient pas été en mesure de percer son barrage de coups.

Frigga avait l’impression qu’ils ne pourraient probablement pas lui faire une seule égratignure tant qu’ils n’utiliseraient pas une arme de type « artefact » ou une technique qui pourrait couper le fer.

Avant qu’elle ne s’en rende compte, son cœur s’était mis à battre si vite qu’il lui faisait mal.

Son corps le faisait apparaître comme un géant frappant les nuages, mais il avait la souplesse d’un félin gracieux et sauvage.

Sa force inhumaine, qui emportait tout sur son passage, semblait sortir tout droit des plus grands rêves de tout guerrier.

« Magnifique. »

Il avait la beauté des épéistes magiques, qui étaient considérés comme les trésors nationaux de tous les royaumes, mais en même temps, il avait la beauté d’un lion, le roi des animaux. Ce qu’elle venait de voir, c’était le sommet de l’efficacité, une belle vue qui ne pouvait que la faire soupirer.

Elle était fière d’être la plus forte en Lapland, mais combien de temps tiendrait-elle dans un combat contre cet homme ?

Non, avant toute chose, pourrait-elle seulement l’amener à la combattre sérieusement ?

Après avoir pensé aussi loin, Frigga avait réalisé quelque chose. Est-ce que je viens de trouver un homme qui est sans doute plus fort que moi !?

Il y avait une chose que Frigga avait toujours dite, c’était qu’elle n’épouserait qu’un homme qui était plus fort qu’elle.

Beaucoup d’hommes l’avaient défiée sans réfléchir, mais ils avaient tous lamentablement échoué.

La plupart d’entre eux étaient des fils de nobles trop sûrs d’eux, qui ne pouvaient que perdre contre elle, mais il y avait aussi des vétérans parmi les challengers, qui avaient fait de grands efforts dans leur entraînement.

Mais même eux n’étaient pas à la hauteur d’un prodige comme Frigga.

Lorsqu’il s’agissait d’utiliser la magie, de se déplacer, de suivre les mouvements de son ennemi ou de s’agripper à l’espace qui l’entourait au combat, Frigga était à un tel niveau qu’il semblait que personne ne pouvait la battre.

Même Frigga avait commencé à penser qu’elle devrait se contenter d’un homme qui pourrait seulement tenir tête contre elle, même s’il ne pouvait pas la battre.

Tandis qu’elle se rendait compte que l’homme idéal, qu’elle avait presque renoncé à trouver, se tenait maintenant devant elle, Frigga avait rougi et avait senti une vague de chaleur monter sur son visage.

« Ce n’est pas le moment de penser à ces choses ! »

Frigga avait pensé à beaucoup de choses, mais en réalité seulement quelques secondes s’étaient écoulées.

Une fois qu’elle avait confirmé que l’arrivée de Kurats avait brisé les plans des fantassins lourds d’Asgard, elle avait triomphalement levé son poing vers le ciel.

« Ne vous inquiétez pas pour l’infanterie lourde ! Attaquez les mages derrière eux ! »

Même si les mages d’Asgard avaient déjà pris beaucoup de distance, leurs dos sans défense étaient encore visibles.

Lorsque l’ennemi avait encerclé Frigga plus tôt, les soldats de Lapland avaient été comme des marionnettes dont les fils avaient été coupés, mais maintenant ils étaient à nouveau retrouvés leurs esprits combatifs.

« Chargez ! »

« Oooooooooooooooooooh ! »

Suivant l’ordre de Frigga, l’armée de Lapland attaqua violemment le camp d’Asgard, causant des milliers de pertes.

« ... Oh allez, ils me laissent tout seul... ? »

Personne parmi les forces ennemies ne pouvait blesser Kurats, mais il lui était toujours difficile de faire face seul à plus de mille fantassins lourds.

Il n’était donc pas déraisonnable de sa part de se plaindre après que tous les autres l’aient quitté.

Aux yeux d’Asgard, cependant, cette plainte était une preuve de sa confiance excessive, comme si ce n’était pas grand-chose pour lui, ce qui avait grandement blessé leur fierté.

Malgré cela, rien ne fonctionnait contre Kurats.

Certains des fantassins lourdement équipés relièrent leurs bras et formèrent des mêlées pour se servir de leur corps pour le percuter, d’autres soldats tentèrent de coordonner leurs attaques à l’arbalète et à la lance, mais tout était également inefficace.

D’un autre côté, chaque coup de Kurats était mortel.

Alors qu’ils se battaient à tout va, les effectifs des fantassins lourds furent bientôt réduits de moitié.

Sachant cela, Hyde avait appelé un jeune nouveau chevalier à part.

« Turiques, j’ai une tâche pour vous. »

« Oui, monsieur ! Tout ce que vous voulez ! »

Turiques avait supposé qu’on lui demanderait de se suicider, mais ses attentes étaient très éloignées de la réalité.

« Vous devez vivre et informer Son Excellence Cabernad de la situation. Je crains que le cours de notre guerre avec Lapland ne soit déterminé par notre capacité à gérer cet homme. »

Hyde avait deviné qu’une technique ou un artefact avait été utilisé pour empêcher ses soldats et lui-même d’utiliser leur magie.

Et si cet homme avait fait tout son possible pour utiliser une telle méthode, cela signifiait qu’il pouvait être blessé par la magie.

En d’autres termes, les sorts pourraient être une solution pour le vaincre. D’autre part, il était impossible de le vaincre avec les armes dont les soldats ordinaires étaient généralement équipés.

Non seulement il était presque impossible de le frapper, mais même lorsqu’il l’avait été, il n’y avait même pas la moindre égratignure sur lui.

Bien qu’Hyde n’avait pas compris comment cela était possible, ce qu’il avait compris, c’était que la peau de cet homme était plus solide qu’une armure en acier.

« Que nos morts ne soient pas vaines. Son Excellence Cabernard trouvera un moyen de gérer cet homme. »

« Mais je... ! »

Turiques était sur le point de dire qu’il voulait se battre aux côtés des autres, mais il avait à peine réussi à avaler ses mots.

C’était parce qu’il avait vu Hyde secouer doucement la tête d’un côté à l’autre.

Comme Turiques n’avait pas encore beaucoup d’expérience en tant que chevalier, il finirait par être un obstacle dans la bataille. La seule chose qu’il pouvait faire était de fournir les informations que ses camarades avaient obtenues au prix de leur vie.

Tout en retenant ses larmes, Turiques avait fait un salut militaire à Hyde, puis il avait commencé à courir dans la direction opposée.

***

Chapitre 43

« Tu as fini avec tes adieux ? »

« Oui, je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un d’aussi monstrueux que toi attende que nous ayons fini, c’est respectable. »

« Même moi, je sais respecter un bon adversaire. »

« C’était un cadeau très généreux. Je m’appelle Hyde Bartmund. Je suis le commandant du 4e escadron de l’infanterie lourde. »

« Je suis Kurats Hans Almadianos de Gaura. Je suis un baron du royaume de Jormungand. »

« Jormungand ? »

Les yeux d’Hyde s’ouvrirent d’étonnement.

Cet homme était-il venu tout seul du royaume de Jormungand ?

De plus, si Kurats partageait cette information, cela signifiait qu’il n’avait aucune intention de laisser partir Hyde.

« C’est dommage. »

Hyde n’avait pas eu la possibilité d’abandonner ses subordonnés ni de s’enfuir pour rapporter cette information. Il se tourna, impuissant, vers ses hommes et souleva avec eux un cri de guerre juste avant de défier Kurats.

Un vent sec souffla sur les montagnes du Beltill, emportant avec lui l’odeur du sang du champ de bataille où il n’y avait plus une seule personne en mouvement.

Une fois qu’elle eut terminé de poursuivre les mages, Frigga retourna sur ce qui était autrefois la ligne de front. Elle y trouva Kurats, priant pour les fantassins lourds morts.

Elle savait déjà combien il était fort, mais elle était encore étonnée.

Il lui était difficile d’imaginer le genre de mesures qu’il avait prises pour anéantir le régiment d’infanterie lourde, qui se vantait de ses défenses impénétrables.

« Je vous suis reconnaissante, merci de nous avoir aidés. Je m’appelle Frigga Lapland. Je suis la princesse de ce royaume. Mais plus important encore, puis-je entendre votre nom ? »

« Je m’appelle Kurats Hans Almadianos, Votre Altesse. »

Sa force était écrasante.

Il était assez noble pour honorer ses ennemis tombés au champ d’honneur.

Il était également digne et calme, et n’était pas du tout nerveux face à une princesse.

C’était un homme très bien.

Frigga avait l’impression qu’elle n’aurait jamais rencontré un meilleur parti dans toute sa vie.

Que dois-je faire ? Qu’est-ce que je suis censé faire à un moment pareil ? se demanda-t-elle.

Les seules expériences romantiques de Frigga étaient les demandes en mariage venant des autres. Maintenant qu’elle était celle dont le cœur palpitait d’intérêt, son esprit était dans le chaos.

Tout en remerciant Kurats pour sa courtoisie, Frigga avait saisi inconsciemment sa main et s’approcha impulsivement de lui.

« Dev... »

« Dev ? »

« Devenons amis ! »

Attends, qu’est-ce que je dis !? Sachant qu’une demande en mariage soudaine ne servirait à rien, elle s’était dit qu’ils devraient d’abord apprendre à se connaître en tant qu’amis.

Mais elle avait involontairement exprimé ce souhait à haute voix.

« Non, je veux dire, ce que je voulais dire, c’était... ! »

L’intégralité du visage de Frigga était rouge vif.

Les soldats de Lapland regardaient leur commandante agitée comme s’il s’agissait d’un animal rare.

La Valkyrie Blanche-Neige qu’ils connaissaient était une commandante intelligente et digne qui était plus courageuse et fiable que quiconque sur le champ de bataille. En tant que femme, c’était un mur de fer qu’aucun homme ne pouvait approcher.

En aucune circonstance elle ne réagirait comme une jeune femme innocente qui n’avait pas encore vécu son premier amour.

Tout en s’empêchant d’éclater de rire accidentellement, Kurats avait tendu la main vers Frigga.

« Devenir votre ami serait plus qu’un plaisir, Votre Altesse. »

{Ça te fera gagner du temps. Tu as déjà deux princesses qui en pincent pour toi, c’est de bon augure, ne crois-tu pas ?}

Bien que Kurats avait été un peu dérangé par le ricanement lugubre de Bernst, il avait décidé de l’ignorer pour le moment.

Pendant ce temps, Frigga était tellement heureuse de sentir la chaleur de la grande main de Kurats qu’elle était sur le point de s’évanouir.

La seule raison pour laquelle elle avait réussi à rester consciente de justesse, c’était qu’elle se rappelait son devoir de princesse.

« Mis à part ça, je peux savoir qui vous êtes. Ai-je raison de supposer que vous n’êtes pas de notre royaume ? »

Si un guerrier aussi anormal vivait en Lapland, il y aurait sûrement eu des rumeurs à son sujet.

La même chose se serait produite dans n’importe quel pays du continent.

« Je ne peux pas en dire trop ici, mais je suis Kurats, un baron du royaume de Jormungand. Mes sincères salutations. »

« Quoi !? Le royaume de Jormungand ? »

Jormungand, la grande puissance dans laquelle Lapland avait mis la plupart de ses attentes.

Leur puissance en tant que nation n’était nullement inférieure à celui de l’empire Asgard.

Cependant, il ne faisait pas non plus de doute que leur force militaire et leur contrôle sur leurs propres vassaux n’étaient pas à la hauteur de ceux d’Asgard. Pour cette raison, Frigga pensait qu’il était peu probable qu’ils enverraient des renforts.

« Seigneur Kurats, êtes-vous venu ici tout seul ? »

« C’est embarrassant de l’admettre, mais notre pays est engagé dans un conflit ouvert entre deux factions au sujet de la succession au trône. Une faction est pro-Asgard et soutient la première princesse, l’autre faction est anti-Asgard et soutient la seconde princesse. Comme nous ne pouvions rien faire pour attirer l’attention, la seconde princesse Lunaria m’a envoyée seul. »

Bien que Lunaria n’avait envoyé qu’une seule personne comme renfort, son aide n’était en aucun cas dénuée de sens.

Au contraire, il valait mieux envoyer cette aide qu’une armée de 10 000 hommes en renfort.

Après tout, si Jormungand avait négligemment envoyé ses troupes, elles auraient mis un grand fardeau sur l’approvisionnement de Lapland. Cette tournure des événements était chanceuse.

« Je lui suis reconnaissante pour son aide. Puisque c’est le cas, dois-je garder votre identité secrète ? »

« Oui, en public, appelez-moi mercenaire McGregor Mathers. Continuons comme ça jusqu’à ce que tous les hommes d’Asgard soient chassés de Lapland. »

Dans les circonstances actuelles, il ne fallait surtout pas que le fait que Kurats ait été envoyé en renfort soit exposé.

Lapland n’avait pas encore gagné, et leur nombre était encore bien inférieur à celui des Asgards. S’il s’avérait que Kurats intervenait ici, il pourrait au pire être banni de Jormungand ou même qualifié de traître.

Cependant, si la vérité était révélée après la victoire complète de Lapland, ce serait une tout autre histoire.

Cela signifierait que cela ne servait à rien d’avoir peur de l’armée d’Asgard.

À ce moment-là, Kurats deviendrait un atout politique. Un héros qui s’était précipité à la rescousse d’une nation amie alors qu’elle traversait une crise mortelle.

À la cour royale de Jormungand, les forces qui craignaient une guerre contre Asgard commenceraient à envisager de rejoindre la faction de Lunaria.

Et cela inverserait sans aucun doute le rapport de force entre Felbell et Lunaria.

{Pas mal pour un premier pas.}, pensa Kurats, ou plutôt, Bernst, en ricanant.

{Comme l’ennemi n’a pas l’air d’avoir de héros du niveau de Rosberg, on va les virer de ce royaume en un rien de temps !}

{Tu dis « nous », mais c’est moi qui dois le faire.}

« ... Alors, monsieur McGregor, je voudrais vous remercier encore une fois pour votre aide. Ce n’est pas grand-chose, mais permettez-moi de vous montrer ma gratitude en vous accueillant en tant qu’invité officiel. »

Frigga s’inclina profondément, comme si elle saluait un membre de la royauté étranger.

« Et moi, Frigga Lapland, je jure de ne jamais oublier les liens amicaux qui nous unissent à Son Altesse Lunaria. »

« Je vous remercie en son nom. »

Frigga jura que Lapland soutiendra Lunaria lorsque la lutte pour la succession au trône atteindra son apogée.

Sur le plan diplomatique, ce genre de vœu n’était pas à bafouer.

Il y avait une raison pour laquelle Kurats avait dit que c’était Lunaria qui l’avait envoyé, et non le roi Christopher.

Lapland n’était pas seulement un allié de longue date de Jormungand, elle avait aussi joué un rôle de pacificateur parmi les petits pays du nord, ce qui lui avait donné une grande influence sur eux.

Si Lapland devait déclarer son soutien à Lunaria après avoir remporté une victoire totale sur les forces asgardes, les deux camps seraient extrêmement touchés.

Kurats pouvait déjà imaginer Albert grinçant des dents de frustration.

« Envoyez un messager pour rapporter notre victoire à Sa Majesté. Nous rentrons chez nous triomphants ! Faites entendre vos voix ! À NOTRE VICTOIRE ! »

Frigga leva le bras vers le ciel et au-delà.

Et les soldats de Laponie rugirent de joie.

« OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOh ! »

Ils avaient perdu plus que quelques camarades. Étant donné qu’ils n’avaient jamais gagné une seule bataille, ils étaient déjà tous prêts à mourir.

Mais maintenant, ils étaient enthousiastes, submergés par l’exaltation d’avoir réussi à rester en vie et d’avoir gagné la bataille.

***

Chapitre 44

« ... Combien de survivants ? »

Sans montrer aucun signe de découragement, Cabernard interrogea calmement Navarre sur la situation.

« 80 % des soldats ont survécu. Mais nous avons subi de lourdes pertes parmi les unités de mages, il n’en reste plus qu’environ 50 %... Nous pourrions augmenter un peu leur nombre si nous attendons que les blessés graves se rétablissent. »

« Je doute que l’ennemi reste les bras croisés pendant ce temps-là, on va donc devoir se focaliser sur la défense pendant un moment. En attendant, demandez des renforts à l’empire. »

« ... Est-ce vraiment bien ? »

S’ils pouvaient contre-attaquer afin de gagner pour de bon cette guerre, ils pourraient effacer la honte de leur défaite subie à Crowdagen.

Cependant, s’ils décidaient de ne pas contre-attaquer après avoir eu vent de leur défaite, l’empire pourrait être mis dehors sans avoir l’occasion de compenser cette défaite.

Navarre pensait qu’il serait dommage qu’un grand général comme Cabernard puisse recevoir un tel traitement.

« Tout est correct à la guerre. Je ne me bats pas pour mon honneur personnel. Notre but est d’apporter des bénéfices au pays à tout prix, n’est-ce pas ? »

Un militaire devait être inconditionnellement loyal envers son pays.

C’était un principe de base de l’armée, mais il était pratiquement impossible de le mettre en pratique.

Avec cela Navarre respectait Cabernard davantage.

« Mais... Cette bataille a laissé un mauvais arrière-goût. »

Cabernard avait consacré la majeure partie de sa vie au champ de bataille, mais même lui était choqué par l’inimaginable et absurde démonstration de violence qui avait eu lieu sur le front.

Voir cette différence de puissance avait amené l’esprit des soldats d’Asgard au bord du précipice.

Ce n’était pas suffisant pour faire perdre à ces braves hommes la volonté de se battre, mais la situation n’était pas bien meilleure que s’ils étaient tombés dans le désespoir.

Ils étaient censés se battre en faisant tout ce qu’ils pouvaient pour revenir en vie. S’ils croyaient qu’ils n’avaient pas la moindre chance de survie, ils allaient perdre leur avantage.

Bien que cela soit acceptable à court terme, Cabernard avait besoin de se remonter le moral avec une victoire.

« La question est de savoir si je serai capable de les protéger d’ici là... »

Pour combattre cet homme, il ne fallait pas une armée, mais un individu possédant une force écrasante.

Ce que Cabernard cherchait désespérément à comprendre, c’était comment limiter ses pertes en attendant l’aide de certains des puissants vétérans de l’empire.

◆ ◆ ◆

Elle est bien trop proche, pensa Kurats.

De retour au château royal, Frigga guida Kurats vers une chambre d’hôtes.

Tout cela était normal, mais le problème était que, pour une raison quelconque, Frigga était assise à côté de Kurats et lui collait presque l’épaule.

Puisqu’elle souriait et qu’elle était de bonne humeur, il n’était pas opportun de lui dire de garder une certaine distance.

« Monsieur McGregor, as-tu soif ? Le dîner sera bientôt prêt, alors s’il te plaît attends-le avec impatience ! »

« O-Oui, merci... »

Il ne faisait aucun doute que les gens dans la pièce étaient tendus.

Kurats n’était effectivement pas le seul à être perplexe. Il y avait trois bonnes dans la chambre d’amis qui regardaient Frigga comme si leurs yeux allaient sortir de leurs orbites d’un instant à l’autre.

H-Hein... Qui est-ce ?

Est-ce la princesse Frigga ? Pas possible... ça doit être quelqu’un d’autre.

C’est bizarre ! L’attitude de la princesse n’est pas aussi calme que d’habitude !

« Monsieur McGregor, toi et moi... Nous sommes amis, non ? »

Frigga tenait fermement l’ourlet de la robe de Kurats tout en rougissant à cause de l’embarras.

En regardant les yeux tournés vers le haut de cette très belle fille, Kurats, qui était encore inexpérimenté, était trop agité pour dire quoi que ce soit.

Pendant un instant, l’image d’une Cornelia au visage démoniaque avait surgi dans son esprit, mais il parvint de justesse à se débarrasser de cette illusion et à parler.

« Oui, bien sûr. »

« Alors... peut-on se tenir la main ? »

Huuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh !?

Kurats avait l’impression qu’il pouvait presque entendre les cris choqués qui s’échappaient de l’esprit des femmes de chambre.

« Est-ce vraiment une bonne chose ? Pour quelqu’un comme moi, c’est un peu... »

« Bien sûr que ça va ! Nous sommes amis après tout ! »

Frigga parlait fièrement, comme si ses paroles étaient évidentes, mais le seul qui était d’accord était Bernst.

{C’est bon, tiens-lui la main. C’est une fille malheureuse, tu ne devrais pas refuser ses demandes.}

{Malheureuse... ?}

« Hihihihi... »

En voyant la grande main de Kurats tenir sa propre main, Frigga était ravie.

Les gens l’appelaient maintenant la jeune princesse de la guerre. Depuis qu’elle était très jeune, ils l’avaient toujours considéré comme un génie, mais il y avait une chose sur laquelle elle n’avait aucune idée...

Comment interagir avec un ami d’égal à égal ?

{Donc tu veux dire...}

{Je dis qu’elle se sent seule.}

« Monsieur McGregor, peux-tu me parler de ton enfance ? Le mien étant plutôt inintéressant, donc je suis curieuse... »

Quand Frigga l’avait dit, les femmes de chambre avaient finalement aussi commencé à comprendre.

Elles avaient réalisé ce que Frigga avait ressenti toutes ces années.

Pauvre princesse... C’est déchirant... 

Mais cela ne justifie pas ce qui se passe !

Pourquoi un tel bon à rien interagit-il avec elle de cette façon... ? 

Cependant, aucune d’entre elles ne pouvait rien lui dire.

Frigga avait certainement mal compris comment les amis étaient censés interagir, mais c’était si pitoyable que personne n’avait eu le cœur de le lui dire.

Elle montrait sur son visage un large sourire et pour une fois, elle montrait une expression qui correspondait à une fille de son âge. Qui voudrait s’en mêler ?

« Puisque nous allons manger ensemble, nous devrions faire la chose où tu ouvres la bouche, dis “aaah”, afin que je te nourrisse ! Ce sera amusant ! C’est important pour établir l’amitié entre deux amis ! »

Je comprends qu’elle se sente seule, mais cette princesse est en train de surcompenser !

« Pour notre amitié, on peut tout faire, je n’ai plus rien à craindre ! »

Votre Altesse ! Votre Altesse ! Ne dites pas ça, vous dépassez la limite !

◆ ◆ ◆

« Je suis honoré de vous rencontrer. Je m’appelle McGregor Mathers. Je suis venu ici pour aider Lapland au mieux de mes capacités. »

Kurats s’était agenouillé sur un genou et s’était incliné.

Cette posture raide et très formelle avait l’effet contraire de ce qu’elle était censée avoir sur lui, elle ne servait qu’à mettre davantage en valeur son énorme corps et les muscles qui semblaient appartenir à un guerrier bien entraîné.

« Je suis Siegfried Lapland. Je vous remercie de votre coopération. Au fait... »

Siegfried parla d’une voix très perplexe.

« Pourquoi avez-vous accompagné ma sœur ici ? »

« Je suis désolée, mon frère. C’est mon ami, donc je veux rester près de lui, c’est naturel, non ? »

« ... Mais n’es-tu pas un peu trop proche de moi ? », murmura Kurats.

Sentant le contact de la poitrine molle de Frigga sur son bras, il avait à peine réussi à garder son sang-froid.

Après son retour, Frigga avait passé la plupart de son temps avec Kurats, sauf quand elle devait s’occuper des affaires officielles.

Non, en fait, même quand elle était occupée avec les affaires officielles, elle avait essayé de prendre contact avec lui autant que possible, tout comme maintenant.

Est-ce son parfum ou son odeur naturelle ? Soudainement, Kurats se retrouva à comparer son odeur aux senteurs de Cornelia et de Lunaria.

« J’ai été patiente pendant des années ! Un peu d’excès ne devrait pas être un problème ! »

Tout le monde, du chambellan aux servantes, y compris le roi Siegfried, était à court de mots.

Était-ce vraiment la Frigga courageuse et solitaire qu’ils connaissaient ?

{Es-tu sûr qu’elle est en train de compenser sa solitude en ce moment... ?}

{Si tu y réfléchis bien, tu verras que son comportement est compréhensible.}

Comme ses paumes devenaient moites, Siegfried décida de se concentrer sur l’affaire officielle en cours.

« Frigga. Tu as admirablement protégé Crowdagen. Je te nomme donc au poste de maréchal du royaume, que tu occuperas en mon nom. J’attends beaucoup des capacités que tu as montrées jusqu’à présent. »

« Je jure de protéger le royaume peu importe les difficultés, peu importe le prix. »

« Ooooh ! »

Des voix d’admiration se répandirent dans la cour, comme une vague géante.

La position du maréchal du royaume était normalement occupée par le roi lui-même.

Mais comme Siegfried savait qu’il était loin d’être au niveau de sa sœur lorsqu’il s’agissait de questions liées à la guerre, il lui avait donné cette autorité. Elle était maintenant libre de prendre les décisions qu’elle voulait au combat, sans contrainte.

Bien sûr, certains nobles allaient s’opposer, défier ou même ignorer cette décision.

Mais s’ils le faisaient, ils ne s’exposeraient qu’en tant qu’opposants de la famille royale, permettant ainsi à Siegfried de les écraser tous, maintenant qu’il avait trouvé la volonté de le faire.

« Votre Majesté, à ce sujet, j’envisage de nommer monsieur Mathers commandant en second. »

« En tant que maréchale, tu as le contrôle total sur toutes les positions au sein de l’armée. Tu peux faire ce que tu veux. »

« S’il vous plaît, attendez ! »

Un chevalier portant une armure luxueuse s’avança, l’air visiblement en colère.

« Êtes-vous en désaccord avec ma décision, Wedel ? »

« Comment pourrions-nous suivre les ordres d’un parfait étranger dont nous ne connaissons même pas les origines ! »

Certains chevaliers acquiescèrent silencieusement d’un signe de tête.

Apparemment, l’opinion de Wedel était dans une certaine mesure également partagée par certains des autres chevaliers.

Kurats lui-même estimait que leurs réactions étaient plus que justifiées.

« C’est moi qui l’ai choisi. Vous opposez-vous à ma volonté ? »

« Quand mon supérieur commet une erreur de jugement, c’est mon devoir en tant que subordonné de la corriger, même si cela signifie que je dois me mettre en danger. »

« Pouvez-vous me prouver que je fais une erreur ? Si vous ne le pouvez pas, ça veut dire que ce que vous faites en ce moment n’est rien d’autre qu’une rébellion. »

Je n’ai pas besoin de preuves pour savoir que c’est une grosse erreur, pensa Wedel.

Les aristocrates de Lapland, avec leur longue histoire derrière eux, ne pouvaient pas se permettre d’être dans une position inférieure à celle d’un étranger d’origine inconnue.

Surtout, Wedel n’aimait absolument pas la manière dont Frigga se comportait avec cet homme.

Wedel Agren. C’était un aristocrate influent. Il n’était pas seulement le fils aîné du marquis de la maison d’Agren, mais aussi le baron de Bendix.

Il était extrêmement courageux, c’était même un concurrent solide parmi les prétendants de Frigga, mais à son grand regret, il n’était pas assez talentueux pour être son égal au combat.

Il avait défié Frigga à plusieurs reprises, mais il n’avait jamais gagné un seul duel contre elle.

Malgré cela, il ne pouvait pas renoncer à son ardent désir pour elle.

« Alors, permettez-moi de défier personnellement cet homme en duel et de prouver mes paroles ! »

En regardant Wedel s’exciter, Frigga avait montré une expression d’étonnement sincère.

Plutôt que de penser qu’il ne connaissait pas sa place, elle avait plutôt l’impression qu’il était carrément suicidaire.

« Vous semblez mal comprendre quelque chose. Monsieur Mathers est en fait beaucoup plus fort que moi. Vous n’avez jamais gagné contre moi, alors comment pouvez-vous avoir une chance contre lui ? »

« Est-ce que cela signifie que le vaincre équivaudrait à gagner contre vous ? »

« Oui, si vous gagnez, je pourrais même vous épouser si c’est ce que vous voulez. Mais si vous perdez, vous n’aurez plus le droit de protester contre mes décisions. »

« S’il vous plaît, n’oubliez pas ces paroles ! »

Après l’avoir dit, Wedel se tourna vers Kurats et déclara haut et fort.

« Mathers ! Moi, Wedel Bendix Agren, je vous provoque en duel ! Vous n’allez pas refuser comme un lâche, n’est-ce pas ? »

{Ce type me rappelle le crétin de fils du comte Hazel. Je crois que je vais l’écraser.}

{En effet. Ce sera une bonne occasion de montrer ta puissance.}

Kurats allait devoir inculquer la peur au plus profond du cœur de ce chevalier. Sur ce point, il était exactement sur la même longueur d’onde que Bernst.

« Moi, McGregor Mathers, je n’ai aucune intention de me cacher ou de fuir. »

Les yeux de Kurats étaient déjà passés en mode chasseur.

La vérité était que le royaume de Lapland était, du point de vue des aristocrates locaux, similaires à une fédération.

Même le maréchal du royaume devait faire preuve d’une puissance écrasante pour les maîtriser.

Bien que Frigga ait fait preuve d’un tel talent au combat que les gens l’appelaient maintenant la princesse guerrière, cela n’était pas encore suffisant pour que les aristocrates respectent son autorité sans condition.

Cependant, il y avait certains seuils dans ce monde qui ne pouvaient pas être franchis par le pouvoir d’une seule personne. Wedel allait l’apprendre à ses dépens.

Seuls les cieux savaient si cette leçon serait une bonne ou une mauvaise chose pour lui.

Frigga regarda Wedel se laisser emporter par les acclamations de ses collègues et de ses subordonnés, les yeux froids.

« Tu ferais mieux de ne pas perdre contre un étranger inconnu ! »

« Je ne vous décevrai pas, père ! »

Puisqu’il portait l’armure ancestrale de sa famille, Wedel n’avait pas pensé une seconde qu’il pourrait perdre.

Cette armure se transmettait de génération en génération dans la famille Agren. Elle était dotée d’une résistance magique très puissante, ainsi que d’un enchantement magique qui pouvait augmenter de nombreuses fois les capacités physiques de celui qui la portait.

Même dans le royaume de Jormungand, ces objets n’appartenaient qu’à la famille royale.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Vite, prenez une arme. »

« Je suis d’accord pour me battre à mains nues. Je pourrais vous tuer par erreur si je m’arme. »

« Comment osez-vous vous moquer de moi ! »

Wedel était furieux. Il n’arrivait pas à croire que l’adversaire qu’il regardait de haut voulait se retenir contre lui.

« Si vous croyez que je vais y aller mollo avec vous parce que vous n’utilisez pas d’arme, vous vous trompez. »

Même si cet homme le suppliait, Wedel allait absolument le tuer.

Il ne permettrait pas à un homme insolent et impoli comme lui de rester près de la princesse Frigga.

Désireux de faire payer Kurats, Wedel saisit fermement son épée.

***

Chapitre 45

« Quel que soit le résultat, aucune objection ne sera admise. Vous pouvez vous battre jusqu’à ce que vous soyez satisfait du résultat ! Commencez ! »

À la seconde où Frigga avait donné le signal de départ, Wedel s’était précipité en avant.

La puissance de sa charge était considérable, à tel point que même Frigga fut quelque peu impressionnée.

Mais d’un point de vue différent, cela signifiait que, même avec l’aide de son armure, tout ce qu’il avait réussi à faire était d’impressionner un peu Frigga.

« Ce jeu de jambes a besoin d’un peu d’entraînement. »

D’un léger mouvement du pied, Kurats avait fait tomber Wedel la tête la première au sol avec toute la force qu’il avait mis dans sa charge.

Grâce aux propriétés fortifiantes de son armure, il n’avait subi aucun dommage, mais Wedel était néanmoins empli par la honte.

Il venait d’être humilié devant le roi et Frigga.

« Tu es mort ! Tu es un homme mort ! Voyons voir si tu peux esquiver ce coup-là, ordure ! »

« Je n’ai pas besoin d’esquiver quoi que ce soit. »

Dans sa rage, Wedel balança son épée de toutes ses forces, mais Kurats pouvait l’éviter les yeux fermés.

Toutefois, une simple esquive ne suffirait pas à montrer la différence de force existante entre les deux adversaires.

Sachant cela, Kurats avait attrapé la lame de l’épée avec la paume de sa main.

« … Impossible… Pourquoi ça ne coupe pas ? »

Il n’y avait pas que Wedel, tous les membres de la maison d’Agren présents avaient été sidérés.

Cette grande épée aurait dû pouvoir trancher une pierre en deux ou couper de l’acier, mais cet homme venait de l’attraper à mains nues.

Le fait qu’ils savaient à quel point l’épée était tranchante n’avait fait qu’accroître leur surprise.

« Avec tes horribles arts martiaux et ton épée qui n’est même pas enchantée par la magie, tu ne me blesseras jamais ! »

Si son adversaire était Rosberg, celui-ci aurait pu trancher la peau de Kurats même avec une arme contondante.

Et s’il utilisait son épée magique Gerlach en plus de cela, alors Kurats aurait dû se battre en mettant sa vie en jeu.

Mais dans les deux cas, Wedel était à des kilomètres du niveau de Rosberg.

« Qu’est-ce qui se passe !? Qui attrape une épée à mains nues !? C’est étrange, n’est-ce pas !? Comment expliques-tu cela ? »

Face à une réalité aussi irrationnelle, Wedel hurla comme un enfant qui piquait une crise de colère.

Ce n’était peut-être pas un problème puisqu’il se trouvait à l’intérieur du château royal, mais s’il faisait face à un véritable ennemi, un tel déni de la réalité aurait été carrément suicidaire.

« Peu importe comment je l’ai fait. Ce qui compte, c’est comment nous allons procéder à partir de maintenant. »

« Espèce de sale petit merdeux arrogant… ! »

{Je suppose qu’en face de ce jeune maître gâté parler ne me mènera nulle part.}

{Ces gens n’hésiteront pas une seconde à s’opposer à toi tant que tu n’auras pas planté en eux les graines de la peur.}

{Je le sais.}

Kurats avait resserré son emprise sur l’épée de Wedel.

« Hein… ? »

Parce qu’il avait utilisé trop de force, l’épée ne s’était pas brisée, mais avait plutôt été écrasée comme une masse d’argile mal sculptée.

Puis, il l’avait pliée sur elle-même encore et encore, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en une petite sphère.

Wedel était complètement immobile. Il ne comprenait pas ce qui se passait.

Maintenant que l’épée n’était plus qu’un morceau d’acier, Kurats la jeta et tendit la main vers l’armure de Wedel.

« Qu’est-ce que tu fais... Arrête ! Ne touche pas à mon armure ! »

« C’est bon, c’est juste une armure. Ou peut-être veux-tu que je l’épargne et que je te frappe directement à la place ? »

Wedel avait perdu à la fois son arme et son courage, il n’y avait aucune chance qu’il puisse résister.

La partie pectorale de son armure avait été enlevée avec désinvolture.

Cette armure précieuse était faite d’un métal magique. Il était impossible de la rayer, même pour un soldat entraîné armé d’une lance.

Mais dans les mains de Kurats, ce métal n’était pas différent de l’argile.

La précieuse armure magique qui valait le prix d’un château avait été cruellement brisée, broyée et écrasée. C’était devenu une plaque de métal.

En regardant l’héritage ancestral se transformer en une plaque endommagée, le marquis d’Agren s’était évanoui sous le choc, avec des traces d’écume qui sortaient de sa bouche.

« Maintenant que j’en ai fini avec ton armure, si on passait à l’étape suivante ? »

L’armure était plus résistante que l’acier et pourtant cet homme avait joué avec comme si c’était un jouet. Que se passerait-il s’il attrapait une personne avec cette force monstrueuse ?

Rien qu’en l’imaginant, Wedel frissonnait comme un oiseau en train d’éclore.

« J’admets ma défaite ! »

Admettre la défaite n’était pas si important pour Wedel. Il n’était pas quelqu’un qui possédait une volonté assez forte pour continuer volontairement un duel désavantageux dans lequel il était certain de mourir.

Frigga, un peu fière, avait pris la main des Kurats et avait déclaré le résultat du duel.

« Le seigneur Mathers gagne ! Quiconque n’est pas d’accord avec ce verdict peut se battre en duel avec lui ou avec moi-même ! »

◆ ◆ ◆

« Y a-t-il une chance que tu finisses par le lâcher ? »

Regardant Kurats et Frigga, qu’il avait invités dans son salon, Siegfried avait ri d’un ton décontracté.

Il avait l’air de montrer sa véritable personnalité.

Bien qu’il soit le roi d’un pays, il était encore au début de la vingtaine. Ce n’était pas étrange pour lui d’avoir un aspect jeune dans sa personnalité.

« Mais c’est apaisant et excitant de rester aussi près. Je veux le faire plus. »

« Non non non non, ce serait une mauvaise chose si tu étais plus excitée », déclara Kurats en se grattant la joue.

Quand il avait regardé Frigga alors qu’elle le tenait à ses côtés, il était clair pour lui qu’elle était en chaleur.

Si l’on savait que la Valkyrie Blanche-Neige était dans un tel état, cela pourrait provoquer une crise nationale.

« Vraiment ? Mais j’étais sûre que c’était normal. »

L’expression de Siegfried changea. « Attends une seconde. De qui diable as-tu appris ça ? »

« Je l’ai évidemment appris en regardant les chevaliers, mais je n’ai jamais pu le faire jusqu’à maintenant… »

« Explique-moi tout en détail. »

Ce n’était pas simple.

Siegfried et Kurats eurent des frissons lorsqu’ils commencèrent à deviner la glaciale vérité.

Perplexe devant le regard fixe des deux hommes, Frigga commença à expliquer.

« J’étais la seule femme dans l’ordre des chevaliers, non ? J’ai toujours été seule, et j’ai toujours été jalouse des amitiés des autres. »

Il valait mieux ne pas entendre le reste.

Siegfried et Kurats se regardèrent, tellement convaincus par leur pressentiment qu’ils en eurent la chair de poule.

« Frigga, tu n’as pas besoin d’en dire plus… »

« Après l’entraînement, ils se mettaient nus et se tenaient par les épaules, puis s’essuyaient les uns les autres avec des serviettes mouillées. Vous savez, ces choses communes qui se font entre amis… »

« “AU DIABLE L’AMITIÉ !” »

Kurats et Siegfried crièrent en même temps.

Contrairement à Frigga, ils n’étaient pas assez naïfs pour croire qu’il s’agissait simplement d’une démonstration d’amitié entre hommes.

« Ce n’est pas le cas ? »

« Absolument pas ! »

« Même quand ils partageaient leur jus de citron après l’entraînement, ou quand ils mangeaient une côte de bœuf ensemble en commençant par les deux extrémités… ? »

« Bien sûr ! »

« Même tous ces exercices de respiration artificielle qu’ils faisaient durant leur entraînement de premier secours… ? »

Encore tremblants, Kurats et Siegfried se regardèrent à nouveau.

« Qu’est-ce qui ne va pas avec la discipline de l’ordre des chevaliers de ce pays ? »

« Je ne sais pas ! C’est la première fois que j’entends ça ! »

Ils avaient l’impression d’avoir contemplé un abîme sombre qu’ils n’auraient jamais dû voir, comme s’ils avaient ouvert une boîte qu’ils auraient dû garder scellée.

« Rien de tout cela n’est normal. Je n’ai certainement jamais remarqué ce qui se passe entre toi et les gens de ton entourage, mon frère… »

« Quelle chose ? Il y en a d’autres !? »

« J’ai remarqué que quand les chevaliers vont prendre leur bain après l’entraînement, pour une raison quelconque, ils en sortent toujours plus fatigués qu’avant… »

« Je ne voulais pas savoir ça ! »

« De plus, j’ai trouvé étrange que les chevaliers soient si intransigeants sur le fait d’enlever leurs armures juste après l’entraînement, et de rester ainsi à moitié nus. Mais comme les servantes semblaient ravies de voir les chevaliers faire toutes ces choses, j’ai pensé que c’était normal… »

« Même les bonnes sont des causes perdues ? Qu’est-ce qui ne va pas dans tout ce pays ? »

« Il y a des choses que je ne connaissais pas encore sur ce royaume… Je suis peut-être roi, mais je suis encore jeune, je préfère ne pas penser à ce genre de choses. »

Même si Siegfried essayait d’alléger son esprit, c’était inutile.

« Non non non, tu ne peux pas échapper à la réalité, tu dois l’affronter ! »

« Bien sûr, tu as raison. Je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour renforcer la discipline dans l’ordre des chevaliers ! »

Plus tard, cette décision apportera à l’ordre des chevaliers de Laponie une vague d’histoires d’amour tragiques et déchirantes… Mais c’était dans un avenir encore lointain.

De plus, les servantes transformaient ces histoires en rouleaux d’images et les diffusaient partout. Les histoires circuleraient alors à travers les réseaux souterrains et se répandraient à travers le royaume comme une épidémie.

Même ce monde avait des filles qui fantasmaient sur les histoires d’amour entre garçons.

{Maintenant que j’y pense, il y avait aussi ce genre de filles à Dolmond. Le processus de pensée des femmes est vraiment mystérieux et complexe.}

« Frigga, toutes les choses que tu as décrites ressemblent plus à ce qu’un homme ferait pour courtiser une femme plutôt que de se lier d’amitié, donc tu devrais être plus prudente. »

« Ah… ? »

Ayant enfin réalisé ce qu’elle faisait, Frigga s’éloigna de Kurats en panique.

Cependant, comme la chaleur de sa présence s’était estompée, elle avait hésité à frotter ses genoux ensemble, comme si elle sentait qu’il manquait quelque chose. Kurats ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle était très mignonne.

« Écoute, ça devrait aller tant qu’on est hors de la vue du public. »

« Oh ! Comme prévu de mon ami proche ! »

Le visage de Frigga s’illumina comme une fleur épanouie, et elle s’accrocha de nouveau à Kurats.

« Mais tu n’es pas hors de vue, je suis toujours là… »

« Tu es mon frère, c’est bon si c’est toi qui regardes ! »

Alors qu’elle se frottait la tête sur le dos de Kurats, Frigga ressemblait plus à un chaton ronronnant et dépendant qu’à une femme.

Comme elle était mignonne, Kurats avait décidé de la laisser faire ce qu’elle voulait pour le moment.

***

Chapitre 46

« Seigneur Mathers… Ou plutôt, permets-moi de t’appeler Seigneur Almadianos. Peut-on s’attendre à des renforts du royaume de Jormungand ? »

Comme on lui avait déjà dit qui était vraiment Kurats, Siegfried décida d’ignorer Frigga et de demander plutôt des renforts, car c’était actuellement sa plus grande préoccupation.

L’aide des Kurats était certainement meilleure que celle d’une armée de 10 000 hommes.

Cependant, son intervention individuelle n’avait pas suffi à amener les petits pays voisins à changer leur vision de la guerre.

Les royaumes voisins de Macbarn et d’Elsreid étaient des alliés très importants, et ils enverraient sûrement leurs troupes s’ils décidaient que Lapland pouvait gagner, même si c’était paradoxal.

Cela dit, Siegfried souhaitait toujours que Jormungand envoie officiellement des renforts, même si cela n’était que quelques soldats, juste pour que d’autres pays puissent penser que Lapland avait ses chances.

« Je doute qu’ils en envoient. Il y a encore beaucoup de soldats à la frontière dans notre pays. L’armée veut intervenir, mais certains membres de la cour ne sont pas d’accord. »

« … À la fin, nous devrons avoir confiance qu’en nous-mêmes. »

Siegfried avait l’air très amer.

Les pertes du pays à la frontière avaient été pires que prévu. Après la réorganisation des troupes, il ne restait plus que 7000 soldats.

Même si Siegfried combinait ces troupes avec celles de Frigga, les effectifs de l’armée ne dépasseraient pas 8000 soldats. Asgard avait également subi des pertes considérables, mais leur nombre était encore trop élevé pour que Lapland puisse y faire face.

« Frère, si nous nous en tenons à la défense, notre situation ne fera qu’empirer. Nous devons montrer aux autres pays que l’on peut obtenir une victoire éclatante aussi vite que possible. »

Ce dont ils avaient le plus besoin en ce moment, c’était d’une victoire symbolique.

Si Lapland devait, par exemple, vaincre le comte Cabernard sur le champ de bataille, leurs alliés se sentiraient alors suffisamment soulagés pour envoyer des renforts.

Le problème était de savoir si Lapland pouvait remporter une telle victoire.

« Pardonnez-moi d’interrompre votre conversation. Un messager est venu avec un message urgent. C’est un des soldats en poste à Guryud. »

Après avoir frappé à la porte, un vieux majordome aux sourcils épais entra dans la pièce.

« Envoie-le ici immédiatement. Il a ma permission de venir m’informer personnellement ! »

Guidé par le chambellan du château, un jeune soldat entra dans la pièce et s’agenouilla immédiatement. Il était complètement essoufflé et utilisait ses dernières réserves d’énergie pour crier les informations qu’il avait pour le roi.

« Le comte de Berglund a trahi le pays ! Les forces principales d’Asgard ont déjà commencé à marcher vers son territoire ! »

Le territoire de Berglund se trouvait à l’ouest de la Laponie. Il était positionné à un endroit stratégique important pour le commerce du royaume, ce qui pourrait permettre aux Asgards d’attaquer la capitale par-derrière, bien qu’ils auraient besoin de faire un long détour pour cela.

Après avoir échoué à capturer Crowdagen, Cabernared avait lui-même trouvé deux options. Il pourrait soit essayer de capturer Crowdagen une fois de plus, soit prendre ce détour et se rendre directement dans la capitale.

Pour lui, le choix était évident.

Ayant été confronté à la brutalité absurde de Kurats, il voulait éviter autant que possible de se battre de manière frontale.

Et parmi les nobles qu’il avait faits prisonniers lors de sa dernière victoire, il y avait le fils aîné du comte de Berglund.

Cabernard avait tiré le meilleur parti de ce gain précieux.

Il avait utilisé le fils du comte comme otage pour les négociations, et il avait ensuite diffusé l’information que Lapland avait perdue plus de la moitié de ses forces.

Étant donné que l’information était vraie, le comte de Berglund se pencha immédiatement du côté d’Asgard.

Tout d’abord, Lapland pouvait presque être considérée comme une fédération, il n’y avait pas beaucoup d’aristocrates qui allaient jusqu’à se sacrifier pour la nation.

De même, le comte de Berglund n’avait pas un assez fort sens du devoir pour rester fidèle à la famille royale alors que sa maison pourrait être sur le point d’être détruite.

Il pensait plutôt à coopérer activement avec Asgard afin de préserver le statut de son territoire.

Sa première cible pour atteindre cet objectif avait été la forteresse de Guryud, qui se trouvait près de la ligne de front de Berglund.

Comme la garnison de Guryud n’avait aucune idée de la trahison du comte, une attaque-surprise de son armée avait suffi pour les éliminer du jour au lendemain.

Cette nuit-là, tout le matériel et les provisions de Guryud furent emportés, et la forteresse fut incendiée.

Dépassées par le nombre, les troupes de Guryud furent toutes tuées, mais en se sacrifiant, elles parvinrent à envoyer un homme.

Il s’appelait Vander. C’était un soldat qui avait rejoint la garnison il y a seulement un an.

Après qu’il eut été envoyé dehors, Vander avait chevauché sans se reposer vers la capitale, alors que la forteresse disparaissait dans les flammes derrière lui.

« Tu as bien fait de m’apporter cette information. Excellent travail. »

Se sentant soulagé par les paroles de Siegfried, Vander était tombé et s’était évanoui sur place.

« Emmenez-le chez le médecin. C’est un serviteur méritoire, alors traitez-le avec soin. »

« Comme vous voudrez, Votre Majesté. »

Le chambellan porta Vandel sur son épaule et quitta la pièce. Une fois tous les deux sortis, Siegfried s’était assis lourdement sur sa chaise et poussa un profond soupir.

« C’est un problème après l’autre. Je n’aurais jamais cru qu’ils marcheraient jusqu’à Berglund. »

L’armée d’Asgard avait dû faire un détour par les montagnes pour s’y rendre, ce qui alourdirait considérablement leur approvisionnement.

Malgré cela, ils étaient toujours prêts à aller jusqu’au bout. Cela montrait à quel point ils étaient sérieux.

Le pays le plus puissant du continent était apparemment déterminé à détruire Lapland.

Siegfried avait été optimiste, pensant qu’ils n’iraient pas jusqu’à envahir Berglund. Maintenant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir honte de la naïveté dont il avait fait preuve.

« Votre Majesté, je me demandais… »

Contrairement à Seigfried, Kurats avait un sourire calme sur son visage.

« Si Berglund disparaissait, serait-ce un problème ? »

Toute la pièce était devenue silencieuse.

Personne n’avait pu déduire ce que Kurats entendait par ses mots.

« Disparaître ? Que veux-tu dire par là ? »

« Je veux dire, disparaître littéralement, comme dans, si je le détruis au point qu’il n’en reste plus aucune trace. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? »

Siegfried avait à peine réussi à s’empêcher de demander ça.

Frigga lui avait raconté à l’avance comment Kurats avait lancé d’énormes rochers qui pesaient plusieurs tonnes.

S’il pouvait faire tomber du ciel des armes aussi massives une par une, alors peut-être qu’il pourrait vraiment effacer toute une ville entière en solo.

« Retiens-toi ! Ne fais pas ça ! Le comte de Berglund est un ennemi et doit certainement être vaincu, mais le peuple de son territoire n’est pas à blâmer. Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter tout massacre aveugle ! »

Siegfried n’avait pas d’autre choix que de le dire.

Cela n’aurait peut-être pas d’importance dans le grand dessein des choses puisque tout le pays risquait d’être détruit, mais Siegfried préférait quand même éviter de s’attirer si possible l’hostilité de son propre peuple.

Abattre la population d’un territoire entier alors qu’elle n’opposait aucune résistance ne servirait qu’à aliéner davantage les nobles de la cour royale.

« Même ainsi, si Asgard s’en prend à la ville, les gens périront quand même, n’est-ce pas ? »

Dans ce monde, le sort d’une ville occupée par un autre pays était cruel.

Ce n’était pas parce que Berglund s’était rangé du côté d’Asgard que l’armée d’Asgard ne voulait pas piller et réquisitionner les biens des habitants.

Une armée était une entité vivante qu’il fallait entretenir avec de la nourriture et des fournitures. Quand ils n’en avaient pas assez, ils les arrachaient à l’endroit où ils se trouvaient.

« C’est pourquoi le comte a pris tout ce qu’il pouvait à la forteresse avant de la brûler… »

Le comte avait fait cela pour éviter que son peuple ne soit pillé, même si ce n’était qu’un peu… Malgré cela, Lapland n’était pas en mesure d’épargner la moindre sympathie au comte de Berglund.

« … Alors, me permettrais-tu de détruire le château de Berglund ? »

« Oui, si tu détruis uniquement le château, ce serait mieux. »

Bien qu’il y aurait probablement quelques victimes civiles, il était normal de supposer que les personnes travaillant dans le château étaient des fonctionnaires du comte du Berglund.

Siegfried avait encore mal à la tête en pensant à la façon de se défendre contre l’armée d’Asgard par la suite, mais il pensait que ce serait possible si les murs extérieurs du château étaient épargnés de la destruction.

« Merci beaucoup. »

{Tu ne pourras pas utiliser un sort anti-militaire comme « Soleil Altaïque » cette fois-ci. Si tu veux détruire seulement le château, utiliser quelque chose comme « la prison de Malaga » serait plus sûr…}

{Je ne peux pas lancer des pierres à nouveau ?}

{Cet abruti… Écoute, je ne pense pas que les résultats seront aussi bons si tu continues à utiliser la même méthode. De plus, tu seras en mesure de montrer à quel point tu es extraordinaire en tant que mage de cette façon. Ça a l’air sympa, non ? COMPRIS ?}

Chaque bataille dont Bernst avait été témoin jusque-là était loin de ce qu’il pouvait considérée comme son idéal de bataille. À ce moment-là, il voulait que sa fierté de mage soit nourrie à tout prix.

{Tu tiens tellement à ce que j’utilise la magie cette fois, hein ?}

{Qu’y a-t-il de mal à ce qu’un mage utilise sa magie !? Et quel genre de faux mage ne dépend que de ses muscles !? Je dirais que c’est ce qui ne va pas ici !}

{Je n’en suis pas si sûr.}

Fier d’être un mage, Bernst ne pouvait pas tolérer de voir un mage se battre uniquement avec ses muscles.

Ainsi, bien qu’il ait reconnu la force de Kurats, il ne pouvait pas renoncer à lui faire changer ses méthodes.

D’ailleurs, tôt ou tard, Kurats allait rencontrer des adversaires qu’il ne serait pas capable de battre seulement avec ses muscles.

Malgré sa force anormale, ses muscles n’étaient pas tout-puissants. Il avait beaucoup d’ouvertures dont on pouvait profiter.

Cependant, il était certain que l’ennemi qu’ils combattaient cette fois-ci était au courant de cela.

« Eh bien, nous frapperons les premiers et éliminerons le comte de Berglund. »

◆ ◆ ◆

Tout confier à un adjoint comme Kurats ne serait pas une bonne chose pour la réputation du royaume de Lapland.

Même s’il n’avait pas de mauvaises intentions, cela deviendrait certainement une question politique après la guerre.

Comme cela pouvait être le cas, Frigga avait fini par accompagner Kurats à Berglund.

En utilisant son griffon, ils arriveraient sans doute à destination plus vite que l’armée de l’empire Asgard, et le royaume de Lapland pourrait sauver la face en disant que la valkyrie blanche comme neige avait coopéré avec Kurats.

Une autre raison pour laquelle le royaume avait dû se donner tant de mal pour que les choses se passent ainsi, c’était que la rébellion du comte de Berglund avait grandement ébranlé les alliés de la cour royale.

À tel point, en fait, que sans la présence d’un joker absurde comme Kurats, il ne serait pas étrange que d’autres aristocrates suivent le comte dans son acte de trahison à l’avenir.

De toute évidence, malgré la victoire à Crowdagen, rien n’avait changé. Lapland était encore en danger d’être détruite.

« Tu sais… Cela ne me dérange pas que tu me serres plus fort. »

« Buru... »

Contrairement à ce que Frigga déclara timidement, le griffon ne semblait pas content.

Cette réaction n’était pas surprenante. C’était probablement fastidieux pour la bête de porter un homme lourd comme Kurats.

D’autant plus que son maître était trop occupé à s’occuper de cet homme pour lui accorder une quelconque attention.

« Eh bien, ça ne me dérange pas de le faire également. »

Après l’avoir dit, Kurats avait serré la petite taille de Frigga par-derrière.

Comme le griffon volait à grande vitesse, le vent soufflait implacablement sur les deux individus, ce qui rendait la chaleur de la peau de l’autre beaucoup plus confortable.

Kurats avait l’impression que le contact avec la taille de Frigga était peut-être encore plus excitant que celui de Cornelia ou de Lunaria.

« H-Hmm, e-excuse-moi. Cela ne me dérange pas que tu me serres dans tes bras, mais quand tu me caresses comme ça, c’est un peu gênant, et ça me fait me sentir toute drôle… »

On aurait dit que Kurats avait bougé sa main sans s’en rendre compte.

« Désolé, c’était impoli de ma part. »

« N-Non, ce n’est pas grave. »

Frigga avait détourné son visage rougissant, dans un état qui lui donnait l’impression que c’était plus qu’une grosse affaire pour elle.

« Cela mis à part, les griffons sont vraiment rapides, sûrement parce qu’ils n’ont pas à affronter d’obstacles sur leur chemin vu qu’ils voyagent dans le ciel. »

« N’est-ce pas ? Et Shellac est le griffon le plus rapide qui soit ! »

Tandis que Frigga gonflait sa poitrine avec fierté, le griffon cria comme un enfant gâté qu’on louait.

Il semblait comprendre dans une certaine mesure la parole humaine.

{Hum, les sorts de vol sont les bases de la magie ! Pourquoi ne peux-tu pas les utiliser ? C’est inacceptable !}

{Facile à dire, mais ce n’est pas si facile à utiliser !}

Embarrassé, Kurats ne pouvait que trouver des excuses pour répondre aux plaintes de Bernst.

Flotter de façon stationnaire dans le ciel n’était pas difficile pour lui.

Cependant, il n’arrivait pas à garder le contrôle quand il commençait à accélérer.

Une fois, il avait volé si vite qu’il avait failli franchir le mur du son.

Peu importe sa force, il ne resterait certainement pas indemne s’il dépassait la vitesse du son.

Pourtant, même dans cette situation, il n’aurait pas à s’inquiéter pour sa vie. C’était une autre preuve de la puissance de ces muscles.

« Quand on aura le temps, on ira capturer un griffon pour toi K, k, k, ku, Kurats ! Après tout, nous avons nos méthodes pour les apprivoiser en Lapland ! »

{Qu’attends-tu ? Elle a trouvé suffisamment de courage afin de t’appeler par ton prénom. Dépêche-toi et fais la même chose.}

{Je me demande pourquoi tout le monde est si obsédé par l’envie de m’appeler par mon prénom…}

Voyant que, comme par magie, il n’y avait aucun signe de progrès dans la compréhension de Kurats des émotions qui liaient les hommes et les femmes, Bernst leva les yeux en silence vers le ciel. Rien que de penser à la façon dont il allait guider cet alter ego dans la direction qu’il voulait lui donnait déjà mal à la tête.

Inconscient de ces pensées, Kurats approcha sa bouche près de l’oreille de Frigga, et lui répondit d’une voix de baryton qui résonnait du fond de son abdomen.

« J’ai hâte d’y être, Frigga. »

Bernst avait dû admettre que le jeu de Kurats était digne d’éloges.

« Hiii ! Tu ne peux pas souffler sur mon oreille comme ça ! »

Tout en tremblant de tout son corps, Frigga avait émis une douce voix que Kurats n’avait encore jamais entendue d’elle jusqu’à présent.

Même elle avait remarqué ce qu’elle avait accidentellement laissé échapper de sa bouche.

Frigga était devenue rouge de la tête au cou et avait gardé le silence pendant un petit moment.

Incapable de supporter cette ambiance, Kurats avait immédiatement tourné son regard vers son entourage.

Là, il aperçut une haute montagne qui s’élevait à plus de 3000 mètres d’altitude et qui était couverte de neige blanche sur son sommet. On aurait dit que la montagne portait une couronne blanche.

Ainsi, bien au-dessus de ces cieux vides que peu de gens n’avaient jamais vus de près, les deux personnes se tenaient maladroitement l’une et l’autre tout en se dirigeant vers le territoire de l’ennemi.

***

Chapitre 47

« Des nouvelles de nos éclaireurs ? »

« Non, pas encore. »

« Peu importe à quel point Lapland est en infériorité en nombre, je doute que la princesse Frigga reste silencieuse et ne fasse rien. Nous devons faire tout notre possible pour nous défendre jusqu’à l’arrivée de l’armée d’Asgard ! »

Jörgen, le comte de Berglund, n’était en aucun cas un général incompétent.

Ce n’était qu’après avoir analysé calmement les capacités militaires de Lapland et de Frigga qu’il décida de se ranger du côté d’Asgards, afin de protéger son propre territoire.

Une fois qu’il avait décidé de le faire, la prochaine étape logique était naturellement d’attaquer la forteresse de Guryud et de piller leurs provisions. Il ne pouvait pas négliger ses préparatifs contre la contre-attaque de Frigga.

Il avait déjà reçu une confirmation de Cabernard, disant qu’il viendrait avec toute son armée pour défendre le territoire de Berglund.

Cabernard n’avait apparemment pas réussi à capturer Crowdagen, mais en comparant la puissance de Lapland et d’Asgard, il semblait plus qu’évident qu’il obtiendrait la victoire finale.

Si Jörgen avait regardé la bataille de Crowdagen de ses propres yeux, ses prédictions auraient peut-être pris une tout autre tournure.

Cependant, malheureusement pour lui-même, c’était une personne très pragmatique.

« Père, je me demande si c’est vraiment bien. »

Jörgen répondit à la question timide de son fils d’une voix forte.

« Pour de petits seigneurs féodaux comme nous, la seule façon de survivre est de suivre les forts ! N’as-tu pas dit que tu pensais aussi qu’Asgard gagnerait !? »

« Oui, mais… Je connais aussi la force monstrueuse de Son Altesse Frigga. »

Le fils de Jörgen, Boris, avait à peu près le même âge que Frigga, et il l’avait personnellement vue de près dans la capitale.

« Un héros n’est pas à la hauteur d’un millier de soldats. Son Altesse Frigga ne peut pas sauver toute la Laponie toute seule. »

Malgré tout, avec la force actuelle de Berglund, Frigga était plus qu’une menace assez grande.

Si elle emmenait une centaine de chevaliers sous son contrôle, tout le territoire pourrait tomber en crise.

« Sire Jörgen ! Nous venons d’être informés par un messager que Son Altesse Frigga approche, montée sur son griffon ! »

Comme je le pensais, elle est venue !

Elle était venue plusieurs jours plus tôt que prévu.

Jörgen pouvait sentir la peur ramper dans son dos.

« Bon, combien de troupes a-t-elle amenées avec elle ? »

« Peu importe à quel point on regardait, il n’y a qu’un seul griffon… »

« Je doute fort que ce soit le cas ! »

Un seul griffon ?

Même si elle était la valkyrie Blanche-Neige, Berglund n’était pas si faible qu’elle pouvait attaquer toute la ville toute seule.

« Cependant… »

« Cependant ? »

« On aurait dit qu’il y a aussi un homme sur le dos du griffon avec elle. »

◆ ◆ ◆

« C’est Berglund ? »

« Oui. De l’autre côté de la frontière, à l’ouest, se trouve le royaume de Mabcarn, un allié de notre pays. Avant la guerre, Berglund prospérait comme base de nos échanges avec Macbarn. », répliqua Frigga avec un visage amer.

C’était précisément la raison pour laquelle Jörgen avait trahi Lapland.

En raison de la guerre, le commerce du pays avec Macbarn avait complètement cessé, liant ainsi Berglund à un sort de décomposition.

Pour reprendre le commerce, se rendre à Asgard était une meilleure alternative qu’attendre la victoire de Lapland.

Comme Macbarn craignait la possibilité d’une guerre, ils n’oseraient pas aller contre Asgard s’ils gagnaient.

De plus, le simple fait d’avoir envisagé la possibilité de sauver Lapland avait déjà mis Macbarn sur la voie de devenir l’un des vassaux d’Asgard.

Bien sûr, Jörgen n’était pas exempt de culpabilité.

Cependant, en tant que seigneur féodal local, s’il voulait protéger la vie de son peuple et l’existence même de Berglund, il ne pouvait se permettre de prêter allégeance à son pays jusqu’à sa destruction.

◆ ◆ ◆

Jörgen commençait à voir le griffon s’approcher dans le ciel.

On aurait dit qu’il y avait quelqu’un d’autre sur le dos de la bête, mais est-ce qu’ils étaient venus tout seuls ?

Bien que Frigga soit une guerrière exceptionnelle, il y avait plus d’un millier de soldats qui protégeaient Berglund.

« Gardez l’équipe de reconnaissance sur leurs gardes ! Il est possible que ses hommes attendent de voir l’approche pour l’instant et n’interviennent que plus tard ! »

« Oui ! »

Les soldats de Berglund avaient couru à gauche et à droite sur le mur extérieur de la ville.

Cependant, ni les éclaireurs envoyés vers Guryud ni les gardes qui surveillaient le mur n’avaient signalé l’approche de l’armée de Lapland.

« C’est donc le comte Berglund, hein. »

Grâce à sa magie de vision lointaine, Kurats pouvait voir Jörgen, qui fixait le ciel sans cacher sa perplexité.

Il ne pouvait encore rien faire, car la seule façon efficace d’attaquer un griffon était d’utiliser une baliste ou de la magie.

Pour cette raison, si Lapland pouvait utiliser ses talents de dressage pour augmenter le nombre de griffons qu’elle contrôlait, elle pourrait peut-être changer tout le cours de la guerre.

« Je devrais peut-être le menacer un peu. »

Kurats avait souri en jouant avec une pierre de la taille d’un poing qu’il tenait dans la paume de sa main. Il avait l’air de s’amuser.

{Tu vas seulement le menacer, n’est-ce pas ? Tu ne penses pas aller plus loin que ça, n’est-ce pas ? Tu ferais mieux de ne pas y penser.}

{Je sais. Qu’est-ce que ça peut te faire ?}

{Parce que mon identité même est en jeu ici !}

La saga héroïque de Kurats Hans Almadianos pourrait commencer ce jour-là. Non, il fallait que ça commence ce jour-là !

Bernst serra fortement le poing dans sa tête remplie d’un nouveau sens du devoir qui avait commencé à bouillir en lui avant qu’il ne s’en rende compte.

« Le Griffon approche ! »

« Archers, prêts ! »

« Ne vous précipitez pas ! Il n’y a qu’un seul griffon ! Si vous visez calmement, vous le ferez tomber à coup sûr ! »

Les soldats de Berglund ne pouvaient s’empêcher d’être ébranlés par l’approche féroce du griffon et du trésor renommé du royaume, également connu sous le nom de Valkyrie Blanche-Neige.

Mais même ainsi, il n’y avait qu’une seule personne.

Jörgen avait maîtrisé son malaise et avait attendu l’arrivée de Frigga.

« Si tu veux venir… alors viens ! »

Cependant, le griffon s’arrêta à une certaine distance et ne s’éloigna pas de là.

Comme je le pensais, c’était juste une sorte de travail de reconnaissance énergique, cette pensée avait pu détendre l’esprit de Jörgen.

Mais il avait très vite compris qu’il avait complètement mal analysé la situation.

Shung !

Il y eut un bruit d’air comprimé, suivi d’un bruit plus fort, le bruit de quelque chose qui éclatait.

Quand Jörgen s’était demandé ce que c’était, il avait découvert qu’il avait une coupure sur la joue et qu’une partie du sol de pierre était fissuré derrière lui.

« Qu-Quoi ? »

Était-ce un sort ?

Jörgen n’avait jamais entendu parler d’un sort qui pouvait être lancé d’aussi loin.

« Monsieur, à terre ! »

« Ah ! Aaaaaaaaah ! »

Sentant toutes ses forces quitter son dos, Jörgen tomba au sol sur place, mais ce n’était pas la fin de ces mystérieuses attaques.

Shung ! Shung !

Chaque fois que Jörgen entendait ce bruit de vent, une partie du sol de pierre autour de lui était détruit et transformé en petits fragments qui tombaient à nouveau sur lui.

Quelqu’un jouait clairement avec lui.

Jörgen pensait qu’un seul coup aurait suffi pour le tuer si celui qui lui tirait dessus était vraiment sérieux. Ces attaques n’étaient qu’une sorte d’intimidation.

Au final, j’aurais peut-être dû rester fidèle au pays.

Alors qu’il était en état de choc, de telles pensées commencèrent à hanter l’esprit de Jörgen. Pendant ce temps, ses subordonnés traînaient courageusement son corps en lieu sûr.

« Comme je le pensais, le nombre de pierres que j’ai pu amener sur ce griffon n’était pas suffisant… »

Alors qu’il disait ça, Kurats avait encore une fois jeté les pierres qu’il gardait dans sa poche.

Avec sa force anormale, Kurats avait accordé à ces roches de la taille d’un poing la vitesse des flèches, ce qui, couplé à leur masse, les rendait vraiment destructeurs.

Un soldat malchanceux avait été directement touché par les attaques, et son corps avait été fendu en deux, le condamnant à couvrir le sol de ses entrailles lors de son agonie.

« Eh bien, je suppose que c’est fini. »

Quand Kurats s’était retrouvé à court de roches et avait finalement renoncé à utiliser cette méthode, Bernst avait poussé un long soupir.

{Satisfait ? Maintenant que tu en as fini avec ça, écrase-les de la façon la plus tape-à-l’œil !}

{Je sais.}

Berglund possédait un mur extérieur protégeant la ville ainsi qu’un mur intérieur protégeant le château.

Il y avait aussi un fossé de cinq mètres de large autour du mur intérieur du château. Parmi les différentes villes fortifiées du royaume, les défenses de Berglund pouvaient être considérées comme les meilleures.

Mais tout ce que Kurats avait besoin de détruire cette fois, c’était ce qu’il y avait à l’intérieur du mur intérieur.

« Aux éléments naturels qui habitent cette terre, écoutez l’appel de Kurats Hans Almadianos. »

Lors de l’utilisation de la magie avancée, il était fondamental de graver le sort avec son propre nom.

Tout d’abord, les noms étaient le fondement de tous les sorts de ce monde, en tant que tels, le pouvoir contenu dans ces simples mots pouvait être très puissant.

De plus, un sort invoqué avec le nom du roi de la magie, Almadianos, ne pouvait être que puissant.

Le pouvoir magique de Kurats convergeait comme s’il répondait à ses paroles.

« Je vous ordonne de me prêter votre pouvoir. Que l’eau et le vent apportent un message de mort venant du ciel… La lance du tonnerre de Teinan. »

Une colonne de lumière avait recouvert le château de Berglund, comme un gigantesque projecteur.

En levant les yeux sur ce phénomène, Jörgen avait compris que ses regrets antérieurs n’étaient pas sans fondement.

« Hahahahahahaha... Je suppose que Dieu n’était pas de notre côté. »

Jörgen ne pouvait que rire en réponse à cette attaque écrasante.

Après tout, qui penserait à aller à l’encontre de puissances telles que les vents violents des montagnes ou les avalanches qui annonçaient le printemps ?

Face à ce pouvoir qui semblait être l’intervention de mère Nature, Jörgen se sentait comme s’il n’avait même pas le droit d’avoir la volonté de résister.

« J’aurais aimé qu’au moins mon fils puisse s’échapper… »

Mais c’était trop tard.

Une fois qu’il eut prononcé ces derniers mots, la conscience de Jörgen fut avalée par la lumière blanche, et son corps disparut bientôt complètement.

La colonne de lumière qui s’élevait haut dans le ciel pouvait même être vue par l’armée de l’empire Asgard, qui marchait vers la ville.

Quant aux habitants de Berglund, à la vue de ce phénomène surnaturel, ils ne pouvaient que prier Dieu et attendre que la calamité passe.

Avant de s’en rendre compte, il ne restait plus aucune trace du château qui se dressait au centre de leur ville.

« … Plutôt bien pour un premier essai, non ? »

{Je suppose que tu as bien géré la zone de l’effet. Mais la convergence de ton pouvoir magique était encore inférieure !}

Kurats avait encore un long chemin à parcourir avant de percer les véritables secrets de la magie.

Du point de vue de Bernst, le sort de Kurats était encore de niveau amateur.

Malgré tout, il était assez efficace pour se montrer devant ceux qui ne comprenaient pas la magie.

Les seuls soldats qui restaient étaient ceux qui défendaient le mur extérieur, mais ils n’avaient plus la volonté de faire quoi que ce soit.

L’officier du plus haut rang de ces survivants devint plus tard leur représentant et rencontra Frigga, dans une discussion qui se termina par le rattachement de Berglund au royaume de Lapland.

***

Chapitre 48

« On dirait qu’ils sont arrivés les premiers. »

En regardant la colonne de lumière dans le ciel, Cabernard avait le pressentiment que ses plans avaient une fois de plus été déjoués.

C’était peut-être un simple phénomène naturel, comme une sorte d’aurore boréale, mais en tant que commandant militaire réaliste, Cabernard avait dû prévoir le pire.

Cela mis à part, comment l’ennemi était-il arrivé avant lui ?

Ils étaient peut-être plus proches de la ville dès le départ, mais l’armée de Cabernard avait commencé à marcher plusieurs jours à l’avance, il n’aurait pas été facile de les devancer.

« Oh, je vois, ils ont dû utiliser leurs griffons. »

C’était la conclusion à laquelle Cabernard était finalement parvenu. Étant donné la vitesse moyenne des soldats de Lapland, c’était la seule véritable explication logique.

Et si c’était vrai, cela signifierait que les seuls ennemis actuellement présents à Berglund étaient Frigga et les très rares élites qui pouvaient monter des griffons.

Peut-être que cet homme mystérieux serait là aussi.

Cabernard hésitait. Était-il censé continuer à marcher ou battre en retraite et mieux se préparer pour un assaut futur ?

Il avait apporté beaucoup de canons magiques et de balistes cette fois-ci.

Il pensait que même cet homme mystérieux ne pourrait probablement pas lutter contre de telles armes.

Cependant, s’il avait tort, cela signifiait qu’il allait mener le quatrième escadron vers une nouvelle défaite écrasante, ce qui pousserait très probablement certains des pays voisins à soutenir Lapland.

Bien que Cabernard soit un commandant militaire, il était aussi un diplomate, et il savait que de telles séquelles ne pouvaient être ignorées.

En outre, si la lumière qu’il voyait était vraiment une attaque magique, alors peut-être que Berglund n’était plus une base d’approvisionnement viable.

Les importantes forces armées d’Asgard étaient un lourd fardeau pour l’approvisionnement. S’ils ne reconstituaient pas leurs réserves à Berglund, ils finiraient par manquer de provisions.

Dans le pire des cas, les troupes pourraient finir par devoir se retirer complètement à cause de la soif et de la faim.

Après avoir pesé l’impact politique d’un hypothétique échec, ainsi que les différents aspects militaires de la situation, Cabernard décida de se retirer.

« Votre Excellence ! Il y a un cavalier griffon qui s’approche depuis Berglund ! »

« Préparez les balistes ! Préparez-vous à intercepter l’ennemi ! »

Il semblerait que l’ennemi ne souhaitait pas le laisser se retirer pacifiquement, mais l’armée du quatrième escadron n’était pas si facile à gérer.

Tandis qu’il fixait le griffon qui semblait glisser dans le ciel, Cabernard avait souri férocement.

Il suffit de les menacer un peu et ils se retireront.

Si le commandant d’Asgard n’était pas incompétent, il aurait dû comprendre que l’occupation de Berglund n’en valait pas la peine.

Il ne pouvait plus compter sur les provisions et les fournitures qu’il s’attendait à recevoir du comte.

Même s’il décidait de ne soutenir son armée qu’en pillant les ressources des habitants de la ville, cela limiterait certainement la portée de l’action de son escadron en Lapland à partir de maintenant.

Toutefois, ce choix placerait également Lapland dans une situation troublante.

Après leur victoire à Crowdagen, ce que Lapland voulait le plus maintenant, c’était de créer coûte que coûte une série de victoires contre l’armée d’Asgard.

Malgré leur victoire dans la bataille de Crowdagen, leurs pertes écrasantes dans la bataille qui l’avait précédée leur donnaient encore l’impression d’être désavantagés.

Pour obtenir le soutien des pays voisins, ils avaient besoin d’une réalisation qui ferait croire à leurs alliés que « Lapland a encore gagné, le cours de cette guerre a changé ». Mais perdre Berglund aurait l’effet contraire.

Compte tenu de tout cela, Bernst pouvait deviner que le commandant de l’armée d’Asgard hésitait actuellement entre ses deux options. Il pouvait soit choisir d’assumer la tâche difficile d’occuper Berglund, avec la détermination de subir quelques pertes, soit attendre une meilleure occasion et limiter ses pertes au minimum.

« Attends, dis-tu qu’il faut les provoquer pour qu’ils ne contre-attaquent pas ? Ça ne devrait-il pas être le contraire ? »

{Si leur commandant pense que notre but est d’épuiser ses troupes, il se retirera. N’importe quel bon commandant le ferait. Comment ne comprends-tu pas ça ? Espèce d’abruti !}

Voyant que Kurats était plus ignorant que jamais en matière de tactique psychologique, Bernst s’était senti mal à la tête.

Certes, c’était précisément la raison pour laquelle Kurats était si facile à manipuler pour lui, mais quelque part, dans un coin de son cœur, Bernst se sentait toujours impuissant face à ce point faible.

{Ne baisse pas ta garde, ils attaquent !}

« Oh merde ! »

Les énormes balistes de l’armée d’Asgard avaient toutes visé le griffon. Elles se mirent à tirer simultanément.

Plutôt que d’utiliser des cordes d’arc traditionnelles, chacun de ces coups était alimenté par l’explosion de gemmes magiques.

Les balistes avaient été créées pour détruire des remparts massifs, elles étaient beaucoup trop puissantes pour être utilisées contre de simples humains.

Bien que Kurats ne mourait pas de ces attaques, un seul coup serait suffisant pour tuer Frigga et son griffon.

Mais avant qu’ils ne puissent être touchés, Kurats avait à peine réussi à changer la trajectoire des tirs en érigeant une barrière défensive régulière.

« Désolé, Kurats. Tu m’as sauvé la vie. »

« Non, c’est moi qui devrais m’excuser de t’avoir fait venir dans un endroit si dangereux. »

Pendant que Kurats et Frigga avaient cette conversation, on leur avait de nouveau tiré dessus, mais cette fois-ci, par des projectiles d’énergie magique.

Dans cette situation, le manque de talents de Kurats en matière de magie était apparu directement à la surface.

Le fait qu’il ne pouvait pas segmenter ses pensées pour contrôler plusieurs sorts à la fois signifiait également qu’il ne pouvait pas utiliser un sort défensif régulier et un sort défensif anti-magique en même temps.

De plus, il ne pouvait lancer aucun sort d’attaque pendant qu’il se défendait.

{Je lui ai dit que ça arriverait !} À ce moment précis, Bernst n’était pas du tout satisfait.

Si se battre contre ce genre d’ennemis était déjà difficile pour Kurats, il pouvait très bien imaginer ce qui se passerait quand un adversaire réellement fort apparaîtra.

« Kurats, laisse-moi la défense. Shellac et moi n’aurons aucun mal à éviter des attaques de ce niveau. »

Frigga souriait. Elle avait vraiment une grande confiance en soi.

Elle était comme une grande fleur qui illuminait tout le champ de bataille.

Elle avait le courage de ces guerriers qui ne craignaient pas la mort et qui n’avaient pas peur de perdre la vie au combat.

Curieusement, c’était quand elle était au milieu d’une bataille que sa beauté brillait le plus.

Kurats déglutit nerveusement devant cette beauté extraordinaire.

« D’accord, je te laisse faire. »

Embarrassé, il avait à peine réussi à dire ces mots avant de détourner le regard.

« Maintenant, quel sort puis-je utiliser ? »

{Le soleil altaïque engloutira la princesse, alors n’y pense même pas. Contrairement au monstre bestial que tu es, c’est un être humain normal.}

Seul quelqu’un comme Kurats ne souffrirait d’aucune conséquence autre que d’obtenir une coupe afro après avoir été avalé par un sort comme le soleil altaïque.

Si c’était un être humain normal, son corps aurait été brûlé vif. L’explosion en lui-même était suffisante pour lui couper les membres et les faire voler.

{Je sais, tu n’as pas besoin de me le dire !}

En combattant une armée de cette envergure, les seuls types de magie que Kurats avait dans son arsenal étaient des sorts comme « la lance du tonnerre de Teinan » qu’il avait utilisés plus tôt et « le mur de Malaga ».

En raison de son manque de contrôle sur ses pouvoirs, il ne pouvait pas encore utiliser d’autres sorts similaires.

{Si tout ce dont j’ai besoin est quelque chose de puissant, alors la lance à tonnerre de Teinan marcherait, mais…}

{Quelque chose ne va pas avec ce sort ?}

{Pour être honnête, j’ai mis trop de puissance dans le coup précédent, je ne pense pas pouvoir l’utiliser une seconde fois…}

{Huuuuh ?!! Tu ne pouvais pas mesurer la consommation de ta magie pour un sort aussi faible ? Espèce d’amateur !}

À la place de Kurats, Bernst aurait pu réduire de plus de moitié l’utilisation de ses pouvoirs magiques.

Il n’avait jamais imaginé que Kurats gaspillerait autant d’énergie.

{On ne peut rien y faire. Essaye alors d’utiliser le « mur de Malaga », nous verrons comment ça se passe. Et ne gâche pas inutilement ta magie !}

{Ouais, ouais.}

Comme on pourrait s’y attendre d’un sort jeté par le roi magique, même quelqu’un avec une réserve anormale de pouvoirs magiques comme Kurats ne pouvait pas l’utiliser sans frais.

{Comme je le pensais, attaquer avec des pierres aurait été bien mieux.}

« Aux éléments naturels qui habitent cette terre, répondez à l’appel de Kurats Hans Almadianos ! »

Cabernard avait pu sentir l’énorme quantité de pouvoir magique qui s’était rassemblée autour de Kurats lorsqu’il commença son incantation.

« Quelque chose de gros arrive ! Érigez une barrière anti-magie, vite ! »

« Le symbole anti-magie a été activé ! La formation défensive magique a été déployée ! La barrière est maintenant levée ! »

Kurats pouvait dire d’un seul regard que l’ennemi préparait des contre-mesures.

Sa magie était certainement inégalée, mais il valait la peine de mentionner qu’il essayait actuellement de limiter les dommages au minimum, ce qui rendait difficile de prédire le résultat.

Sur la base d’un protocole qu’elles avaient établi au préalable, les forces d’Asgard avaient préparé leurs défenses en mettant en place un emblème anti-magie et un symbole magique spéciales.

Malgré la supériorité écrasante de son armée, Cabernard avait encore soigneusement préparé ces contre-mesures.

Ce n’était pas pour rien qu’il avait gagné la confiance de l’empereur en tant que commandant d’escadron.

« Retiens mes ennemis dans une prison sans fin. Qu’ils s’endorment dans un mur de glace éternelle qui peut même geler l’acier du mur de Malaga. »

Un haut mur de glace s’éleva du sol, entourant les forces d’Asgard et avançant comme une vague qui était sur le point de les engloutir toutes.

Cependant, au tout dernier moment, cette glace qui pouvait geler instantanément quiconque la touchait était retenue par le bouclier anti-magie des unités de mages du quatrième escadron.

{C’est mauvais !}

À ce moment-là, Kurats sentit ses instincts bestiaux l’alerter.

Les unités de mages d’Asgards et Kurats s’attaquaient et se bloquaient mutuellement, comme s’ils jouaient au tennis de table.

Mais il sentait qu’il pourrait être capable d’écraser leurs défenses s’il jetait un autre sort tout de suite, et y mettait tout son pouvoir magique restant.

Malgré cela, il n’avait pas hésité une seconde à suivre son instinct.

« Frigga, emmène-nous plus haut ! »

« Compris ! »

Mais juste au moment où lui et Frigga étaient sur le point de prendre de l’altitude, une lame était venue de derrière eux comme un tourbillon.

Tout s’était passé en un éclair.

L’attaque venait d’un chevalier solitaire en armure blanche qui était apparu de nulle part, et il était sur le point de trancher la tête de Kurats.

***

Chapitre 49

« … Tu as pu attraper Nageling à mains nues ? C’est plutôt fou. »

« Je ne veux pas entendre ça de quelqu’un qui m’a soudainement attaqué au milieu du ciel. »

S’appuyant presque exclusivement sur son intuition, Kurats avait attrapé l’épée du chevalier avec sa main avant qu’elle ne puisse atteindre sa tête.

« Plutôt que ça, de quoi est faite ta main ? C’est étrange que tu aies pu attraper Nageling, mais c’est encore plus étrange qu’elle ne t’ait pas encore coupé la main en deux. »

« Si tu veux mon avis, cette épée est encore plus étrange. Je dois dire que c’est une très bonne épée magique. Tu as dit que ça s’appelait Nageling ? »

La douleur dans la paume de la main de Kurats s’étendait à tout son corps.

L’épée lui transperçait la peau et allait même jusqu’aux os.

Il était impossible que ce soit une épée normale.

Il devait s’agir d’une épée magique aussi puissante, à peu près du même niveau que le Gerlach de Rosberg.

{Que se passe-t-il ? Comment l’épée a-t-elle franchi ma barrière d’annulation magique ?}

Lorsqu’il sentit le danger arriver, Kurats avait rapidement enlevé son sort de « mur de Malaga » et activé sa barrière d’annulation magique. Il avait dû se protéger.

Alors qui était cette chevalière qui était apparue de nulle part ? Et comment avait-elle réussi à l’attaquer malgré la barrière ?

{L’effet d’annulation magique n’est pas omnipotent. Strictement parlant, il ne peut qu’entraver l’activation d’un sort, il n’a aucun effet contre un sort qui a déjà été activé auparavant. Mais je t’ai déjà appris ça, n’est-ce pas ?}

{Vraiment ?}

{C’est pour ça que je dis toujours que tu as des muscles à la place de ton cerveau ! Dépêche-toi de t’éloigner d’elle ou tu vas sérieusement te faire trancher en deux !}

Kurats avait senti que l’épée mettait de plus en plus de pression à mesure qu’elle s’enfonçait dans ses os.

Une fois qu’elle serait assez enfoncée pour couper à travers les os, elle continuerait à trancher vers le bas et coupera à travers le haut du corps de Kurats, à partir de son épaule.

Dans une telle situation, même Kurats ne serait pas en sécurité.

{C’est mauvais. Je ne peux pas utiliser ma force.}

Bien qu’il montrait un sourire audacieux à la surface, Kurats était très agité dans son esprit.

Ses muscles étaient sa plus grande source de confiance, et pourtant il ne pouvait pas leur donner de force pour le moment.

 

{Je vois ce qui se passe ! Cette épée a un effet d’absorption magique ! Comme c’est gênant…}

Bernst grinçait des dents en réalisant la vraie nature de l’épée.

La force inhumaine de Kurats n’avait été possible que grâce à l’effet monstrueux du renforcement du corps provoqué par son pouvoir magique écrasant. Mais si ce pouvoir magique était absorbé, il n’y avait aucun moyen qu’il puisse faire ressortir son vrai pouvoir.

Vu la façon dont les choses allaient se passer, il allait probablement être tué.

Bernst songeait sérieusement à intervenir personnellement.

Mais ce moment d’hésitation avait été écourté par une rafale qui était venue repousser l’épée magique de la chevalière.

« Kurats ! Est-ce que ça va ?! »

En regardant en réponse, il vit que Frigga avait sorti son épée et avait effectué une seule attaque.

Comme Nageling, le Murasame de Frigga était aussi une épée magique, et une épée rare en plus.

Comme on pouvait s’y attendre, même cette chevalière ne pouvait pas affronter Kurats et Frigga en même temps. Elle avait temporairement pris de la distance, tout en restant dans les airs.

Son épée s’étant finalement détachée de la blessure de Kurats, il avait été libéré de son effet d’absorption magique et avait pu se guérir en toute hâte.

« Bon sang… c’est surprenant. Une armure et une épée magique avec une propriété d’absorption magique, hein. »

« Bien vu. Plus important encore, comment as-tu pu calmement prendre en charge l’absorption magique de Nageling ? Es-tu vraiment humain ? »

N’importe quel humain normal aurait été affaibli jusqu’à sa mort après avoir été vidé de ses pouvoirs magiques.

En fait, la chevalière avait tué des centaines de personnes de cette façon.

Quand elle avait vu que son adversaire allait bien après avoir attrapé l’épée à mains nues, elle se demanda si ce n’était pas une sorte de monstre de haut rang, au-dessus du niveau des humains.

« Crois-moi, je suis un être humain authentique. Puis-je savoir qui me le demande ? »

{Je ne peux pas lui en vouloir d’avoir des doutes.}

« Je suis Brigitte Apgrain, commandante de l’escadron de rangers de l’empire Asgard. Je suis venue en renfort à la demande du commandant Cabernard. »

En entendant le nom, Frigga sursauta de surprise.

« Brigitte… Le vampire blanc ?! »

L’empire Asgard comptait au total cinq escadrons.

Chaque escadron était composé d’environ 40 000 hommes. Il y en avait un pour chacun des points cardinaux, ainsi qu’un escadron de réserve.

 

Le premier était l’escadron de l’Est, dirigé par l’épéiste démoniaque, Gunther Olbrink.

Le second était l’escadron du sud, dirigé par la princesse folle, Skuld Beweldshteim.

Le troisième était l’escadron de l’Ouest, dirigé par Bruno Björkenheim.

Le quatrième était l’escadron du nord, dirigé par le mur de fer, Cabernard Fogelund.

Quant aux forces du cinquième escadron, elles étaient chargées d’apporter des renforts aux quatre autres, et étaient dirigées par Brigitte Apgrain.

Elle avait moitié moins de soldats que les autres, mais tout cela était compensé par leur mobilité, car ils étaient les plus rapides des escadrons d’Asgard.

Leur commandant, Brigitte, avait une armure blanche enchantée par la magie du vent, et était habile au combat dans les airs.

Elle aimait aussi se battre en duel, tout en utilisant son épée magique Nageling pour sucer le pouvoir magique de ses adversaires au cours du processus.

C’est pourquoi on l’avait surnommée la vampire blanche. Elle était l’un des commandants les plus craints dans l’empire Asgard.

Elle était l’atout que Cabernard avait demandé à l’Empire pour s’opposer au pouvoir écrasant de Kurats.

« Alors je peux combattre à la fois la valkyrie blanche comme neige et le mage mystérieux et puissant ? Je n’ai pas eu une bataille aussi excitante depuis longtemps ! »

Le large sourire de Brigitte montrait qu’elle s’amusait vraiment.

Elle avait les cheveux courts et blonds et un beau visage, mais elle avait l’air d’être encore adolescente. Il y avait néanmoins un côté étrange et mystérieux chez elle qui semblait appartenir à une femme plus âgée.

« Entre la valkyrie blanche comme neige et la vampire blanche quelle “blanche” sera la plus forte ? »

Telle était la question qui se posait dans chacun des camps.

« J’ai toujours voulu croiser le fer avec toi un jour. »

Mais aussi branché que ce sujet l’ait été, personne ne voulait connaître la réponse à la question plus que les deux jeunes filles elles-mêmes.

Maintenant qu’elles avaient obtenu une si parfaite occasion de le faire, elles ressentaient toutes les deux un sentiment indescriptible d’excitation.

« C’est bien de voir que vous êtes toutes les deux si excitées, mais j’ai encore des choses à faire ici. »

Un peu mécontent de ce qui venait de se passer, Kurats s’était mêlé de la conversation.

{Un gars comme toi peut-il aussi montrer un peu de fierté ?}

{Je suis un gars étroit d’esprit, OK ? Je ne laisserai personne penser que j’ai perdu !}

 

Il fixa sa main droite qui était maintenant complètement guérie, et montra une rare manifestation de colère.

« Désolé, Kura —Je veux dire, monsieur Mathers, mais pourriez-vous me la laisser ? »

« Ça ne me dérange pas du tout, mais pas avant d’avoir dit clairement qui est le plus fort entre nous. »

« Oho, as-tu l’intention de prétendre que c’est toi ? »

« Je n’ai pas l’intention de prétendre quoi que ce soit, c’est juste un fait. »

En fin de compte, le meilleur moyen pour lui de démontrer ses capacités était toujours le combat au corps à corps.

Et bien qu’il avait hérité du talent de Bernst et qu’il avait une réserve exceptionnelle de pouvoirs magiques, il ne pouvait pas changer les habitudes qui avaient été gravées dans son corps dès son plus jeune âge.

Et malgré le fait qu’il avait été blessé uniquement parce qu’il avait été trop concentré sur le contrôle d’un énorme sort auquel il n’était pas habitué, cela lui laissait un mauvais arrière-goût dans la bouche.

« On dit que les vrais hommes savent quand accepter la défaite. Ne sois pas un mauvais perdant. »

Il n’y avait pas moyen que Brigitte ne se sente pas offensée après que son adversaire ait déclaré avec une telle assurance qu’il était supérieur à elle.

Déterminée à battre l’homme d’abord et à lutter contre Frigga pour plus tard, Brigitte serra son épée.

En premier lieu, elle n’avait jamais été de type patiente.

« Je me retiendrai pour que tu puisses te battre contre Frigga après. »

« Tu n’es pas en position de retenir quoi que ce soit, restes à ta place ! »

Elle avait glissé et sauta en l’air en direction de Kurats, mais son visage avait heurté une sorte de mur invisible.

« Qu’est-ce que tu as fait ? »

Le choc s’était répandu comme une ondulation sur tout son corps. C’était comme si elle avait été frappée directement par une arme contondante.

Son champ de vision était déformé et sa tête était étourdie, mais elle avait réussi de justesse à s’empêcher de s’évanouir.

Si elle perdait conscience ici, même son armure enchantée ne la sauverait pas d’une chute mortelle.

« Ne vois-tu pas ? J’ai juste levé le poing. »

« Tu mens ! J’étais toujours hors de ta portée ! »

La portée d’une épée était naturellement plus longue que celle d’un poing.

Brigitte avait une bonne idée de la distance exacte qu’elle devait garder pour rester aussi loin que possible tout en étant assez proche pour frapper avec son épée.

« Te crois-tu en sécurité parce que mon poing ne peut pas t’atteindre ? »

Voyant Kurats hausser les épaules comme s’il se moquait d’elle, Brigitte tomba instantanément dans une furie remplie d’intentions meurtrières.

Aucun homme n’avait jamais été aussi impoli avec elle.

À l’exception de l’épéiste démoniaque Gunther et de la princesse folle Skuld, Brigitte était reconnue comme étant la plus forte combattante de toute l’armée de l’empire Asgard.

Se faire manipuler comme une enfant dans un duel était quelque chose qu’elle ne pouvait tout simplement pas accepter.

« Quel genre de truc as-tu utilisé ? »

« Tu penses que c’était un piège ? Ça prouve que tu n’es qu’une petite frappe. »

« Espèce de bataaaaard ! »

« Et si j’essayais un peu plus fort ? »

Suivant les paroles de Kurats, Brigitte avait préparé son corps à faire face à tout ce qui allait arriver.

Cette fois, elle allait voir le piège de son attaque.

Puis je le trancherai avec mon épée et sucerai sa magie, pensa-t-elle tout en focalisant ses yeux sur lui, cependant…

« Sérieusement ? »

Brigitte s’était immédiatement tordue pour éviter d’être directement touchée.

Une masse d’air comprimé passait tout près de sa tête, entraînant un changement instantané de la pression atmosphérique qui faisait bourdonner ses oreilles.

« Était-ce juste un coup de poing ? »

Pour être précis, ce n’était pas seulement un coup de poing ordinaire, c’était plutôt comme s’il avait tiré un boulet de canon fait d’air comprimé avec son seul poing.

L’attaque avait raté, mais l’onde de choc qu’il avait laissée dans son sillage était déjà assez puissante. Rien que de penser à ce qui se serait passé s’il avait touché était terrifiant.

« Tu as de bons yeux. Utilisez-les bien pour la suite. Assure-toi de ne rien rater. »

« … !? QUOI ?! »

Sans égard pour la honte, l’honneur ou autre, Brigitte installa un pare-vent et augmenta la distance entre Kurats et elle-même de plusieurs dizaines de mètres pour éviter son attaque.

« Oh, tu es plutôt douée pour t’enfuir. »

{Ne te moque pas de son artefact. Sans ta magie, même toi, tu auras du mal à t’occuper d’elle.}

{Eh bien, ça pourrait être difficile de l’attraper.}

Chaque fois qu’il s’approchait pour l’attaquer, elle s’en allait.

Mais s’enfuir n’allait pas suffire pour gagner.

« Qu’est-ce qui se passe ? Combien de coups de poing simultanés ? »

Cette fois, Kurats avait attaqué avec un barrage impitoyable de poings, tirant 58 de ces boulets de canon à air. Cependant, en combinant son sens du combat avec les propriétés de son armure, Brigitte avait réussi à les éviter.

Mais alors qu’elle avait réussi à s’échapper des barrages de coups de poing, elle n’avait trouvé aucune méthode pour les parer.

Pour un crétin comme Kurats, qui n’arrivait toujours pas à segmenter ses pensées, l’utilisation de sorts magiques demandait beaucoup de concentration mentale.

La raison pour laquelle il avait fini par être pris au piège par l’attaque-surprise de Brigitte est qu’il s’était concentré sur son sort anti-militaire.

Il était persuadé que s’il était resté au corps à corps pour combattre dès le départ, il n’aurait pas donné à Brigitte la moindre chance de l’attaquer directement.

Et maintenant qu’il l’avait confirmé, Kurats avait fièrement souri.

D’une manière différente de celle de Bernst, il détestait aussi perdre.

« Essaye de trouver une solution pour la prochaine fois. »

« Quoi ?! Attends ! Ce duel n’est pas terminé ! »

« Peut-être que le duel n’est pas terminé, mais on sait maintenant qui est plus puissant que l’autre. »

En effet, Brigitte n’avait aucune idée de ce qu’elle pouvait faire ensuite.

Rien que de penser à ce qui se passerait si elle s’approchait avec insouciance et prenait un coup la rendait incapable de bouger.

« Frigga, je te la confie maintenant. »

« Tu peux compter sur moi. Je retournerai à Berglund dès que je lui aurais donné un coup. »

« Compris. »

Tandis que Frigga et Kurats parlaient en l’ignorant complètement, la rage de Brigitte fit passer sa peau blanche par de nombreuses nuances de rouge.

« Notre combat n’est pas terminé ! »

Sans regarder en arrière la chevalière pleurnicharde, Kurats avait sauté du dos de Shelac.

***

Chapitre 50

« Tu n’iras nulle part, je suis ton adversaire. »

Juste au moment où Brigitte était sur le point de poursuivre Kurats, son épée s’était heurtée au Murasame de Frigga.

« Reste hors de mon chemin ! »

C’était la première fois qu’un homme se moquait de Brigitte.

Même l’épéiste démoniaque Gunther n’avait jamais été aussi condescendant que ça.

Elle avait la ferme intention de faire tout ce qu’elle pouvait pour lui rendre la pareille, sa fierté ne la laissait pas faire autrement.

« Dégage ! »

Brigitte balança son épée de toutes ses forces, mais Frigga ne s’était pas contentée de la parer, elle l’avait aussi attaquée.

« Penses-tu que tu puisses te permettre de détourner le regard en faisant face à la valkyrie Blanche-Neige ? »

Bien que moins anormale que Kurats, Frigga était aussi une puissante guerrière.

Elle n’était pas quelqu’un que Brigitte pouvait facilement combattre après avoir perdu son sang-froid.

« Merde ! Cette foutue épée ! »

Brigitte esquiva le Murasame de Frigga d’un cheveu.

Ce n’était qu’à ce moment-là qu’elle s’était rendu compte qu’elle ne serait pas capable de poursuivre Kurats avant de vaincre Frigga.

J’ai baissé ma garde.

Brigitte regrettait amèrement d’avoir mis tant de temps à s’en rendre compte.

Comme perdue dans la brume, l’espace entre Frigga et elle-même devenait flou.

On aurait dit qu’un léger brouillard sortait directement de l’épée de Frigga.

Bientôt, le brouillard couvrit complètement le champ de vision de Brigitte.

Puis, sous l’influence du pouvoir magique de Frigga, l’air s’était transformé en une arme qui semblait envelopper Brigitte dans la glace, comme un arbre couvert de glace.

« … C’est donc l’épée sacrée de l’eau, Murasame. »

« Maintenant, je suis curieuse de savoir laquelle des “jeunes filles blanches” est la plus forte. »

Frigga leva son épée vers le haut, reflétant l’air frais environnant dans sa lame.

Son sourire confiant montrait bien l’excitation de son cœur palpitant.

« Mais bien sûr, je sais déjà que ça finira avec ma victoire. »

« Ne prends pas tes rêves pour la réalité ! Je teindrais tes sales cheveux blancs de rouge ! »

Une bataille entre la valkyrie blanche comme neige et la vampire blanche.

C’était un combat qui excitait tout le monde. Mais les soldats sur le terrain ne pouvaient pas se permettre d’assister à cette confrontation…

Parce qu’il y avait un homme énorme qui tombait du ciel au-dessus d’eux.

En y pensant rationnellement, la seule issue possible était qu’il s’écrase sur le sol et meure.

Cependant, tout le monde dans l’armée d’Asgard connaissait le cauchemar de l’autre jour.

Bien sûr, seuls quelques-uns d’entre eux avaient été personnellement témoins de la scène, mais cela n’avait contribué qu’à répandre une peur de l’inconnu, façonnée par l’imagination de chacun.

« Ce diable est… ! »

« Merde ! N’ayez pas peur ! Nous sommes la glorieuse armée de l’empire d’Asgard ! »

Il tombait à une vitesse de plusieurs centaines de kilomètres à l’heure.

Le son aigu de son corps coupant à travers le vent était comme le bruit de la faucille de la mort qui se dirigeait vers les têtes des soldats.

Très vite, avec le bruit assourdissant d’un éclair qui frappa la terre, il s’était finalement posé au sol, soulevant un épais nuage de fumée et créant un cratère d’un rayon de dix mètres.

« A-t-il survécu… ? »

Bien qu’ils aient entendu les rumeurs selon lesquelles il serait un monstre, ils s’étaient quand même dit qu’il serait peut-être mort après être tombé de cette hauteur.

C’était un vœu pieux, mais on ne pouvait pas blâmer les soldats pour cela.

Cependant, ces espoirs avaient été cruellement réduits en pièces.

« Ouf… Dieu merci, la terre ferme était là pour stopper ma chute. »

{Je ne pense pas que la solidité du sol ait quoi que ce soit à voir avec ça… Plutôt que ça, pourquoi n’as-tu pas juste utilisé ton sort de lévitation ?}

{Parce que je n’en avais pas besoin.}

Kurats n’avait pas envie de faire des pieds et des mains pour utiliser la magie quand il n’en avait pas besoin.

En tant que roi de la magie, Bernst souhaitait prêter plus d’attention au côté visuel des choses, mais ces espoirs n’étaient pas parvenus jusqu’à Kurats.

Kurats se mit lentement à avancer, chaque pas répandant de plus en plus de terreur parmi les soldats, qui avaient l’impression que tout ce qu’ils imaginaient sur ce monstre immortel était vrai.

Sa marche lente montrait clairement qu’il n’était pas méfiant à l’égard de leur armée.

Il ne les voyait même pas comme des adversaires.

Cette prise de conscience avait suffi à elle seule pour commencer à briser leur moral.

« Feu. »

Cependant, Cabernard avait déjà pris en compte ces réactions.

Les douzaines de canons magiques et balistes se mirent à viser Kurats, ils tirèrent tous en même temps.

« Merde ! J’ai peut-être un peu trop baissé ma garde ! »

{Ce ne serait pas un problème si tu pouvais utiliser ta barrière d’annulation magique et ta barrière défensive en même temps…}

Les lances tirées par les balistes massives étaient deux fois plus épaisses que celles tenues par les soldats.

Malgré cela, Kurats était encore capable de les balayer de ses propres mains.

Cependant, l’un des canons magiques tira à bout portant et lui brûla la peau, laissant une marque rouge dessus.

Comparée à sa résistance physique, la résistance magique de Kurats n’était pas si bonne.

{C’est tellement honteux. Tu devrais pouvoir détruire ces faibles canons magiques d’un seul regard…}

{Ce que tu viens de dire maintenant est absurde !}

Pourtant, Kurats était dans une position suffisamment confortable pour pouvoir discuter dans sa tête.

N’importe quelle personne normale n’aurait même pas la moindre chance d’esquiver quoi que ce soit sous cette pluie incessante d’attaques, mais même un tel déluge n’était pas assez dense pour échapper à la vision cinétique des Kurats.

« … Franchement, comment ce foutu monstre tient-il toujours debout ?! »

Bien que cela ne se voyait pas dans son expression faciale, Cabernard jurait doucement sous son souffle.

Même si cet homme était monstrueux, Cabernard pensait que les balistes et les canons magiques seraient sûrement efficaces. On pouvait seulement dire que ces armes étaient exagérées, et pourtant rien ne fonctionnait.

Non, puisqu’il évitait les attaques pour qu’elles ne le touchent pas, cela signifiait peut-être qu’elles étaient vraiment efficaces contre lui ?

« Et si les unités magiques se joignent à moi ? »

Cabernard ne considérait pas cela comme une lutte contre une personne.

Il y voyait plutôt cela comme un raid contre un énorme monstre de haut niveau. Cela étant, il avait l’intention d’utiliser tous les moyens à sa disposition, mais les forces dont il disposait étaient limitées.

Peu importe le nombre de soldats qu’il avait, cela n’allait pas l’aider à tuer Kurats.

Ainsi, malgré l’estime qu’il avait pour eux en tant que militaires, le seul rôle qu’il pouvait leur attribuer était de rester en arrière.

Pour Cabernard, il n’était pas nécessaire de les amener dans la mêlée. Tant qu’il continuait à utiliser cette puissance de feu excessive, Kurats finira par manquer d’endurance et de pouvoir magique et mourra.

De plus, maintenant que les renforts du cinquième escadron étaient arrivés, les effectifs des unités de mages, qui avaient pris un grand coup à Crowdagen, s’étaient rétablis.

La plus grande différence entre les soldats normaux et les mages était que les mages pouvaient combiner et mettre en synergie plusieurs sorts en une seule attaque.

Un sort magique anti-militaire né de la coopération des unités mages serait beaucoup plus puissant que les canons magiques.

La seule chose que Cabernard n’avait pas prévue, c’était que Brigitte, qui était censée tuer Kurats après qu’il eut été affaibli, ne serait pas capable de faire un geste parce que Frigga la retenait.

« Ne le laissez pas s’échapper ! Et ne vous inquiétez pas de la quantité de pierres magiques ! »

Bien que la puissance de feu soit si grande que les canons magiques brûlaient leurs barils, ils continuaient à tirer encore et encore.

Les canons magiques fonctionnaient en comprimant le pouvoir magique d’un attribut donné et en le tirant. Cela les rendait à la fois très puissants et faciles à contrôler, devenant ainsi les principales armes de l’armée de l’empire d’Asgard.

Mais en raison du mauvais rapport coût-performance du canon, les autres pays n’en avaient pas autant.

Les sources de pouvoir magique de ces canons étaient des pierres magiques, qui n’étaient en aucun cas une ressource abondante. En fait, les forces d’Asgard portaient habituellement une attention particulière à leur consommation de pierres magiques.

Dans la nature, ils ne pouvaient être collectés que dans des zones à pouvoir magique très dense.

Cependant, la plupart de celles que l’empire utilisait étaient en fait des pierres magiques fabriquées par l’homme, remplies du pouvoir magique des mages.

{On dirait qu’ils utilisent surtout des pierres magiques d’origine terrestre, mais le problème est qu’il y a du feu et du tonnerre dans le mélange…}

« Le problème, ce sont ces balistes, il y en a combien ?! »

Bien qu’un coup direct des balistes ne suffirait pas à le tuer, les lances qui s’approchaient rapidement étaient toujours dangereuses.

Le pire pour lui, c’était qu’elles allaient réussir à le ralentir.

Dans les circonstances actuelles, même la plus petite des blessures pourrait l’empêcher d’éviter les tirs des canons magiques.

Sachant qu’il était sous une telle pression, l’armée d’Asgard ne pouvait naturellement pas rater cette occasion de l’achever.

« C’est incroyable qu’il ait pu survivre à tout ça… Mais c’est précisément pour ça qu’il doit mourir ici… ! »

Cabernard ne voulait pas imaginer une situation où Kurats se tiendrait à côté de Frigga et des forces réorganisées de Lapland contre l’armée d’Asgard.

Son but en venant ici était de récupérer l’esprit combatif de son armée après qu’elle eut été affaiblie par cette peur de Kurats, et aussi d’élever leur moral à son maximum en même temps.

« Coordonnées fixes. »

« Équilibre du cycle réglé sur normal. »

« Incantation synchronisée, mise à feu ! »

Le sort anti-militaire des unités de mage était très bien organisé et synchronisé.

C’était un autre point sur lequel l’empire Asgard devançait les autres pays.

{Hey, ne perds pas ton attention. Quelque chose d’énorme arrive.}

{Oui, oui. Je suppose que le moment est venu de riposter.}

Il était possible pour Kurats d’annuler leur sort.

Mais lui et Bernst avaient tous les deux la mauvaise habitude de vouloir voir les visages de leurs ennemis lorsqu’une attaque qui retenait tous leurs espoirs échouait.

Au fur et à mesure que le sort anti-militaire s’étendait, le pouvoir magique des mages rayonnait d’une teinte bleue. Kurats regardait cela se dérouler sur le côté avec un sourire intrépide sur son visage.

« J’avais entendu les rumeurs, mais c’est fou qu’on puisse littéralement utiliser le pouvoir magique de l’air. »

La voix de Brigitte fut un peu choquée en voyant les prouesses de l’épée de Frigga.

Normalement, une épée magique devrait consommer le pouvoir magique du propriétaire pour démontrer ses effets.

Ce fut le cas pour le Nageling de Brigitte.

D’autre part, le Murasame de Frigga pouvait s’approvisionner librement avec le pouvoir magique présent dans l’atmosphère.

Contre quelqu’un qui avait une réserve pratiquement infinie de pouvoirs magiques, il était évident que Brigitte ne gagnerait pas dans un concours d’endurance.

Elle n’avait donc pas eu d’autre choix que de tuer son adversaire dans une confrontation courte, mais décisive.

« Mais pensais-tu vraiment que mon épée magique soit mon seul atout ? Tu es encore trop naïve ! »

L’armure de Brigitte était aussi rare et puissante que son épée.

L’armure commença à libérer un vent qui menaçait de disperser toute la brume provenant du Murasame de Frigga.

L’idée était que si Murasame ne pouvait plus contrôler l’eau, elle ne deviendrait plus qu’une épée.

Tant que le pouvoir magique de Brigitte pouvait tenir assez longtemps, il semblerait que les effets de Murasame seraient bientôt complètement annulés.

***

Chapitre 51

« Je vois, la combinaison de ton armure et de ton épée magique est vraiment un spectacle à voir. »

Frigga n’avait pas laissé une seule égratignure sur elle-même, car elle avait méthodiquement bloqué les attaques continues de Nageling avec sa propre épée, Murasame.

Sachant qu’elle perdrait immédiatement la vie si elle perdait sa concentration un seul instant, Frigga était exaltée.

C’était la première fois qu’elle affrontait un adversaire aussi habile.

À son grand regret, Lapland n’avait pas d’épéiste au niveau de Brigitte.

Personne ne s’était jamais tenu sur le même terrain que Frigga, et cela l’avait laissée dans un sombre état de solitude. Mais maintenant, c’était comme si toute cette obscurité avait été dissipée.

« C’est amusant ! Je ne me suis pas autant amusé depuis des lustres. »

« Argh ! Es-tu une sorte de folle de combat ? Dégoûtant. »

« Oh, ça te dérange ? Tu laisses apparaître tes vrais sentiments. »

« Ça n’a pas d’importance, parce que tu es sur le point de mourir ! »

Voici la raison qui poussait Brigitte a parler d’une façon virile : c’était pour maintenir les apparences en tant que chef d’escadron.

Elle était donc contrariée d’avoir montré par erreur sa vraie personnalité dans le feu de l’action.

D’ailleurs, contrairement à Brigitte, le ton viril de Frigga n’était pas simulé.

« C’est tellement irritant ! Je suis tellement plus rapide que toi et pourtant ça ne mène nulle part ! Pourquoi ?! »

« On dirait que ma maîtrise du sabre est meilleure que la tienne. »

Frigga sourit triomphalement, la tête haute.

Le talent de Brigitte au sabre dépendait trop des capacités de son épée ainsi que de la vitesse accordée par le vent de son armure.

Par conséquent, lorsque son équipement s’était avéré insuffisant, ses attaques étaient devenues assez monotones.

« Merde ! Je vais te tuer ! Je vais t’effacer de la surface de ce monde ! »

« Je suis sûr que tu le veux, mais le peux-tu vraiment ? Après tout, je n’ai pas encore utilisé mon armure. »

« Hein ? »

Aux yeux de Cabernard, on aurait dit que Kurats avait été mis dans le pétrin par les attaques des balistes et des canons magiques.

Bien sûr, Kurats n’avait absolument pas à avoir honte ici. Le fait qu’il n’ait pas encore subi de blessures mortelles était déjà plus qu’effrayant.

En même temps, Cabernard ressentit un semblant de soulagement maintenant que tous les éléments de son plan avaient été mis en place.

Ce qu’il craignait le plus, c’était que Kurats combinait sa force aberrante avec la guérilla, mais cela ne s’était pas produit.

Compte tenu de leur faible mobilité, les canons magiques et les balistes ne pouvaient montrer leur pleine puissance qu’en cas de siège, contre une cible immobile.

Alors Cabernard s’était demandé quelle était la meilleure façon d’utiliser de telles armes contre quelqu’un comme Kurats ?

Il avait finalement conclu que la seule façon d’y parvenir était de maîtriser stratégiquement Kurats et de le soumettre ensuite à une pluie d’attaques.

Et ce plan fonctionnait actuellement comme prévu.

« Il était trop hautain. Aussi monstrueux qu’il soit, il n’y a pas d’être invincible dans ce monde. »

Pendant que Cabernard parlait tout seul, l’incantation des mages prit fin.

C’était l’incantation d’un sort nouvellement développé par l’institution de recherche de l’empire Asgard. Il s’appelait « Testament ».

Sa puissance était supérieure de plus de 30 % à celle des sorts anti-armée conventionnels.

C’était une technique brutale, capable de tuer instantanément un monstre de haut niveau.

Aussi anormal qu’il fût, il n’y avait rien que Kurats puisse faire contre un tel sort.

Le fait qu’il devait éviter de recevoir un coup direct des canons magiques était une preuve suffisante.

« Incantation terminée, maintenant on est prêt à lancer le sort ! »

Cabernard prit une grande respiration, convaincu que le temps de sa vengeance était venu.

« FEU ! »

Le sort du « testament » provoqué par la puissance combinée de plusieurs centaines de mages avait généré une chaleur qu’aucun autre sort anti-militaire ne pouvait égaler.

Il pourrait instantanément brûler un corps humain sans laisser un seul grain de poussière derrière lui.

Une lumière blanche aveuglante couvrait Kurats et le sol sous ses pieds, avant de tourner comme un typhon et d’avaler tout sur son passage.

Cette scène mythique était comme une représentation de la fin du monde.

À ce moment-là, tout le monde croyait que rien à portée de la lumière blanche n’aurait pu survivre.

En fait, même la barrière défensive de haute qualité de l’armée d’Asgard était à peine capable de résister à la température de la lumière qui atteignait plusieurs milliers de degrés.

Au fur et à mesure que la lumière s’éteignait, elle révélait lentement ce qui restait du sol, que la chaleur avait transformé en magma bouillant et chaud.

Bien qu’ils aient également été exposés à cette chaleur rayonnante, les soldats du camp d’Asgard applaudissaient avec joie.

Parce que leur adversaire, cette monstrueuse calamité de l’ennemi, n’était nulle part visible.

« On l’a fait ! On a réussi ! »

« Prends ça, monstre ! »

« La magie de l’empire est la meilleure au monde ! Il n’y a pas d’ennemi qu’on ne puisse abattre ! »

Cet homme avait gardé son sang-froid après être tombé du ciel.

Cet homme pouvait lancer des pierres qui pesaient des dizaines de tonnes, et pouvait utiliser des sorts qui correspondaient à la magie combinée de centaines de mages.

Cet homme avait détruit tout ce qu’ils croyaient être du bon sens.

Mais maintenant, cet homme était à terre.

L’armée de leur empire l’avait fait tomber.

Les acclamations explosives et orageuses des soldats étaient assez fortes pour atteindre le ciel, où Brigitte et Frigga se battaient encore.

« On dirait que cet homme trop sûr de lui est déjà mort. C’est une honte. »

Brigitte trouvait regrettable qu’elle n’ait pas pu le tuer personnellement après qu’il ait prétendu être plus fort qu’elle et se soit échappé.

Elle pensait qu’elle pourrait au moins essayer d’utiliser sa mort pour provoquer Frigga et lui faire baisser sa garde, mais elle n’avait montré aucune trace d’ouverture.

À la place, Frigga balança ses longs cheveux longs et blancs et ricana, comme si elle ridiculisait Brigitte.

« Penses-tu que Mr Kur — Mathers sera tué par quelque chose de ce niveau ? »

« Hein ? Bien sûr qu’il est mort ! Comment quelqu’un pourrait-il survivre à ça ?! »

Brigitte avait gueulé sur Frigga en pointant du doigt les terribles conséquences du sort des mages.

Le sol ressemblait au chaudron bouillant d’une sorcière.

N’importe quelle personne qui pourrait survivre ne serait pas un être vivant.

Et Kurats n’était pas un dieu.

Brigitte en était très consciente puisqu’elle était sur le point de lui couper le bras tout à l’heure.

« Je n’en serais pas si sûre. »

Mais Frigga n’était toujours pas secouée.

Bien qu’elle ne le connaissait pas depuis longtemps, elle comprenait tout de même un peu sa personnalité.

Dans ces moments-là, la méthode préférée de Kurats était…

« Bonjour tout le monde. Avez-vous apprécié votre petit plaisir ? J’espère que ce n’était pas trop court. »

Sa méthode préférée était de permettre aux espoirs de ses ennemis de s’élever, puis de les écraser à nouveau dans un puits de désespoir.

Un sort de tir antipersonnel à grande vitesse et à très longue distance serait une menace bien plus grande pour Kurats qu’un sort anti-armée mal réalisé.

Après tout, il avait toujours eu la possibilité de se téléporter.

Malgré tout, il avait des traces de brûlures sur ses vêtements. Ceci était dû au fait qu’il était resté immobile jusqu’au dernier moment, juste avant que le sort du « Testament » ne puisse le toucher.

Cabernard avait deviné juste, cette attaque était en effet assez puissante pour tuer Kurats si cela l’avait frappé directement.

Mais bien sûr, c’était seulement si les mages pouvaient le frapper directement.

« Malheureusement, je n’ai pas eu la gentillesse d’attendre que tu me frappes. »

Comme il l’avait dit, Kurats avait encore disparu.

« Une technique de téléportation instantanée ?! »

Les yeux de Cabernard s’élargirent avec surprise.

Maintenant qu’il y avait pensé, il aurait dû s’y attendre.

Bien que Cabernard ne connaissait personne qui pouvait le faire si vite et sans incantation, la téléportation avait toujours été l’un des mouvements caractéristiques des mages.

Dans la seule faction des mages d’Asgard, il y avait des douzaines de personnes qui étaient capables de le faire.

Kurats avait attendu que le sort du « Testament » soit lancé avant de s’échapper.

Cabernard l’avait compris.

Mais on ne pouvait pas en dire autant des forces d’Asgard. Alors que l’homme qu’ils croyaient mort se présentait calmement devant eux, ils étaient immédiatement tombés dans un état de panique.

Le pouvoir écrasant du sort « Testament » n’avait fait qu’accentuer le contrecoup.

« C’est sans espoir ! »

« Ce foutu monstre ! »

Si « Testament » ne pouvait pas faire tomber Kurats, alors il n’y avait absolument aucun moyen de gagner.

C’était ce que les soldats avaient cru comprendre.

Cependant, ils avaient tort.

Bien que ce soit extrêmement difficile, il était possible d’enterrer Kurats six pieds sous terre avec un coup direct d’un sort anti-militaire. Il n’était même pas nécessaire que ce soit le sort « Testament ».

Le problème, c’était qu’à part Cabernard, seuls quelques commandants d’escadrons avaient pu le comprendre.

« Vous vous comportez comme des gosses gâtés, et je pense qu’il est temps de vous punir ! »

Après s’être téléporté, Kurats s’était retrouvé juste devant les canons magiques.

Ils étaient sans défense devant son corps massif.

{Tu n’as plus qu’un peu de pouvoir magique. Ne rate pas ta sortie.}

{Je vais les battre avant de rentrer chez moi.}

« Ne vous inquiétez pas des tirs amis ! Tirez sur ce monstre ! »

Au milieu de la confusion, au lieu de se laisser tuer sans rien faire, le commandant responsable de cette section ordonna à ses unités de tirer les canons magiques à bout portant.

En effet, s’ils pouvaient tirer un seul coup de feu sur Kurats à cette distance, cela changerait tout le cours de la bataille.

Son idée était anormale, mais on ne pouvait pas dire qu’il s’agissait d’une erreur de jugement.

« Comme si tu pouvais me frapper avec une arme qui ne peut même pas bouger correctement ! »

Mais bien qu’il s’agisse du dernier type de canons magiques nés de l’automatisation de l’empire Asgard, il n’était pas encore facile de changer l’orientation de leurs canons.

Tout ce que Kurats devait faire pour les réduire à l’impuissance, c’était de se téléporter à leurs côtés.

« Ne viens pas ici ! NE VIENS PAS ICI ! »

Les espoirs du pitoyable commandant n’étaient pas parvenus jusqu’aux cieux.

« Hors de mon chemin ! »

Avec leurs fours d’amplification en pierre magique intégrés et leurs barils, les canons magiques atteignirent une longueur totale d’environ 12 mètres.

Kurats posa sa main sur l’un des longs canons, puis le souleva de toutes ses forces.

« Quoi… ! »

Un homme de deux mètres de haut portait un canon magique qui pesait des dizaines de tonnes sur son épaule.

Les soldats étaient sans voix devant ce manque de respect des lois de la physique.

Kurats avait commencé à balancer le canon dans toutes les directions.

C’était loin d’être le premier spectacle surréaliste de la journée.

« Courrez ! »

Ce n’était plus un ennemi que l’on pouvait combattre.

Tandis que les soldats se dispersaient dans toutes les directions, Kurats abattait tous les canons magiques sur son passage.

Crack !

Crush!

Bam !

Chaque fois qu’il y avait un bruit de métal qui se brisait, se fissurait ou s’écrasait, un canon magique de grande valeur était détruit sans qu’on puisse le reconnaître.

« Merde ! Unités des mages, vous tous, abattez-le ! »

Même si les mages préparaient un autre sort anti-militaire alors que Kurats était occupé à détruire les canons, il pourrait toujours se téléporter pour éviter l’attaque.

Cela étant, Cabernard avait pensé qu’il n’y avait pas d’autre choix que d’essayer de submerger Kurats de sorts individuels, même s’ils n’étaient pas puissants.

« Lance à feu ! »

« Non ! »

Kurats avait utilisé le canon magique comme bouclier pour se défendre contre les attaques venant de toutes parts.

Ces sorts étaient assez faibles pour être lancés par des individus. Ils ne pouvaient pas passer à travers l’immense masse d’un canon magique.

Les lances de feu réchauffèrent la surface du canon juste assez pour le faire rougir, mais elles se dispersèrent immédiatement après.

« Ce foutu monstre ! » gémit Cabernard.

Celui-ci avait perdu le compte du nombre de fois qu’il avait murmuré ces mots depuis le début de la bataille.

« Vous m’avez bien accueilli aujourd’hui. J’attends avec impatience notre prochaine réunion ! »

Alors qu’il l’avait dit, Kurats avait jeté le canon magique.

Voyant l’objet métallique géant tomber vers eux, les soldats s’étaient précipitamment échappés.

Le canon massif avait généré un puissant tremblement de terre à l’atterrissage, mais à ce moment-là, Kurats avait déjà disparu du champ de bataille.

« … c’est… fini ? »

Personne n’avait répondu au marmonnement de Cabernard.

La seule marque laissée par le passage tyrannique de Kurats était les épaves des canons qu’il avait détruites.

***

Chapitre 52

L’armée de l’empire Asgard avait une fois de plus été vaincue par Lapland.

Cette nouvelle s’était répandue en un éclair dans les pays du Nord.

Dans leur course incessante vers l’unification du continent, l’armée de l’empire Asgard n’avait jamais connu une telle série de défaites.

Ils ne pouvaient plus prétendre qu’ils n’étaient pas préparés ou que la victoire était due à un coup de chance. Ce fut un tel exploit que le moral des forces de Lapland s’était remis de la défaite écrasante qu’elles avaient subie au début de la guerre.

Aux yeux des autres pays, Lapland semblait toujours dans une situation précaire, mais le royaume ne semblait plus être une cible facile.

« Cela devrait suffire pour que nos alliés s’impliquent enfin, mais… »

Cela aurait dû être une situation joyeuse, mais le ton de la voix de Siegfried ne semblait pas bon.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda Kurats, pendant que Frigga s’accrochait à lui, comme d’habitude.

« Une armée composée d’une dizaine de milliers d’hommes a été chassée par seulement deux personnes. C’est trop absurde pour qu’on y croie pleinement. »

« Je pense que vous avez raison. »

Au nord du royaume de Lapland se trouvait le royaume d’Elsrid, qui occupait une position géographique lui permettant d’envoyer des renforts en Lapland sans avoir à traverser de montagnes.

De plus, au-delà de la chaîne de montagnes de Palicid, à l’ouest de Berglund, se trouvait le royaume Macbarn, un pays aussi grand que Lapland.

Au début, ces deux royaumes avaient des liens d’amitié avec Lapland, et ils avaient tous signé un pacte de sécurité qui liait les pays du Nord.

Leur union était solide et c’était grâce à leur coopération continue que ces nombreux petits pays du Nord n’avaient pas encore été engloutis par les grandes puissances du continent.

Mais cette fois, l’ennemi était l’empire Asgard, une superpuissance militaire.

De plus, l’armée de Lapland avait été dévastée au tout début de la guerre en raison de son imprudence, et ses alliés avaient perdu la possibilité d’envoyer des renforts.

Comme ils pensaient qu’il n’était plus temps d’envoyer des renforts et que la chute de Lapland était inévitable, il était peut-être naturel pour les politiciens étrangers de choisir une voie qui favorisait la survie de leur propre pays.

Siegfried n’avait pas l’intention de les condamner pour cela.

Cependant, maintenant que les choses avaient visiblement changé, il avait l’intention de leur demander de s’acquitter de leurs devoirs d’alliés.

« Mais c’est un fait que nos victoires ont forcé l’armée d’Asgard à se retirer. Nous ne devrions pas avoir à nous soucier de ce genre de détails insignifiants. »

Frigga parla avec la poitrine gonflée de fierté, comme si elle disait que cela n’avait pas d’importance, mais Siegfried lui répondit par un profond soupir.

« Anéantir un groupe de mages en leur jetant de grosses pierres depuis une montagne, anéantir tout un château avec la magie d’une seule personne, c’est ce que vous appelez des détails futiles ? »

Siegfried pensait que, s’il était le roi d’un autre pays, jamais il ne croirait tout cela.

Il n’avait pu accepter ces faits que parce que sa propre petite sœur était une jeune fille guerrière dotée d’une puissance ridicule.

Mais ce serait trop demander à une personne normale de croire tout ça.

« Alors qu’est-ce qu’on est censés faire ?! »

« La vérité est que ce n’est pas nous qui avons vaincu l’armée d’Asgard, mais monsieur Almadianos. C’est une demande honteuse, mais je dois quand même vous la faire. Seriez-vous prêt à aller persuader les royaumes d’Elsrid et de Macbarn ? »

« Frère, es-tu fou ? Kurats n’est même pas originaire de notre pays. »

L’envoi d’un envoyé spécial originaire du royaume de Jormungand serait une violation inconcevable du protocole diplomatique de Lapland.

« Et c’est pourquoi, monsieur Almadianos, j’ai l’intention de vous accorder le titre honorifique de comte du royaume de Lapland. Et au lieu de vous donner un territoire, je vous donnerai une pension. Est-ce que cela vous va ? Acceptez-vous d’y aller ? »

Siegfried semblait sur le point de s’accrocher désespérément à Kurats.

À ce stade, Kurats ne pouvait pas dire non à sa demande.

« J’accepte. Tant que je n’ai pas à faire quoi que ce soit au-delà de mon pouvoir. »

« Je vous suis redevable ! Je promets de vous récompenser généreusement une fois le conflit terminé ! »

« Ce ne sera pas la peine. Je n’ai voulu qu’une seule chose depuis le jour où je suis venu ici, Votre Majesté. »

Kurats fixa Siegfried d’un regard qui contenait une forme d’arrogance que seuls les forts pouvaient montrer.

« Une fois que le royaume de Lapland aura remporté la victoire, j’aimerais que vous offriez votre soutien au royaume de Jormungand et à Son Altesse, la princesse Lunaria. »

Tout cela dans l’intérêt de la stratégie globale de Bernst.

Comme il ne pouvait pas le savoir, Siegfried fut profondément ému par la vision à long terme de Kurats et par sa loyauté envers Lunaria.

{Normalement, ne demanderais-tu pas une récompense après une victoire ?}

{N’y pense pas.}

Sachant que Kurats ne serait naturellement pas en mesure de pousser sa réflexion assez loin pour comprendre ses plans, Bernst n’avait même pas essayé d’expliquer.

◆ ◆ ◆

 

« Qu’est-ce que tu veux dire par “je ne peux pas aller avec lui” ?! »

Frigga jeta un regard noir à Siegfried et resserra son étreinte sur l’épais bras droit de Kurats, comme si elle prétendait qu’elle ne le lâcherait jamais.

« Même s’il a un rang honorifique de comte, cela ne change rien au fait qu’il est étranger. Ne serait-il pas naturel de m’envoyer avec lui? »

Frigga n’avait pas tort.

Mais Siegfried comprit que le raisonnement logique derrière ses mots n’était qu’une façade pour cacher ses véritables sentiments, à savoir qu’elle ne voulait tout simplement pas être séparée de Kurats.

« Ne comprendrais-tu pas si tu essayais d’y penser un petit peu ? Tu es la princesse du royaume de Lapland et, en tant que tel, tu devrais mettre tes sentiments de côté pour remplir tes obligations. »

Comme Siegfried la regardait comme s’il pouvait voir à travers ses pensées intérieures, Frigga ne pouvait rien dire.

Parce qu’elle comprenait ce qu’il voulait dire.

À l’heure actuelle, Kurats était la clé de voûte de l’attaque et de la défense de Lapland, il était la carte maîtresse de toutes les cartes maîtresses.

S’il quittait le pays, comment réagirait le camp d’Asgard ?

Dans une telle situation, Siegfried ne pouvait se passer de quelqu’un d’aussi important et charismatique que Frigga.

Parce que si elle partait avec Kurats, peu importe à quel point ses soldats étaient blessés ou épuisés, Cabernard reviendrait immédiatement et lancerait un autre assaut sur Lapland.

{Quoi ? Et moi qui pensais que je devrais remonter sur le griffon avec Frigga.}

{Tu ferais mieux de te taire maintenant, tu m’entends ?}

« Non, non, non, non ! Je veux y aller ! Je… Je veux… »

« N’oublie pas que tu es le maréchal du royaume ! Asgard occupe toujours la moitié du pays ! »

« Uuuuuuuuh, grand frère, tu n’es qu’un idiot !!!!! »

Frigga s’était enfuie sans se retourner, en pleurant comme une enfant.

La bouche de Siegfried était grande ouverte et choquée. Cela ne correspondait pas à l’image qu’il avait de sa sœur. L’image d’un guerrier dont l’esprit était centré sur la chevalerie.

Peut-être que sa petite sœur était plus puérile qu’il ne le pensait ?

Siegfried garda inconsciemment la tête froide en pensant aux nombreux problèmes qui pourraient surgir à l’avenir s’il s’avérait qu’il avait mal jugé la maturité de sa sœur.

« Allez-vous bien, Votre Majesté ? »

Kurats regarda Siegfried avec inquiétude. Son visage pâle semblait avoir été vidé de tout son sang.

N’importe qui serait capable de dire, d’après son expression, que quelque chose n’allait pas.

« Oui, oui, je vais bien. Je suis désolé que vous ayez été témoin d’un spectacle aussi honteux. »

Lorsqu’il y réfléchit, Siegfried comprit que la réaction de sa sœur était motivée par l’homme qui se tenait devant lui.

Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu d’homme ou de femme plus forts que Frigga.

Pour cette raison, elle avait toujours été celle qui protégeait les faibles.

Mais maintenant que Kurats était là, elle découvrait pour la première fois à quel point c’était paisible et relaxant d’être sous la protection d’une personne plus forte qu’elle.

De plus, en tant que jeune fille, Frigga avait atteint l’âge du mariage.

Ne prétendait-elle pas qu’elle épouserait un homme plus fort qu’elle ?

***

Chapitre 53

« … Quelque chose ne va pas ? »

« Ce n’est rien. Je suis juste troublé par le comportement de ma petite sœur, mais je suis sûr qu’elle se sera calmée quand vous reviendrez. »

C’est tout ce qu’il y a à faire, alors restez loin d’elle pendant un moment, Siegfried gardait ces derniers mots pour lui.

Mais dans son esprit, il était absolument déterminé à séparer Kurats de sa sœur, même s’il devait utiliser sa pleine autorité en tant que roi pour cela.

{ … En gros, c’est juste un frère attentionné envers sa sœur.}

{Qu’est-ce que tu veux dire ?}

{C’est dur de séparer un grand frère de sa petite sœur.}

{Séparés ? Qu’est-ce que tu racontes ? Les frères et sœurs devraient rester ensemble pour toujours !}

{Tu sais quoi ? C’est ma faute. Je suis idiot, je n’aurais jamais dû te dire cela....}

Bernst tenait sa tête dans sa main en se rappelant que Kurats avait un complexe chronique envers sa sœur.

Pendant ce temps, Frigga fonça vers sa chambre et se jeta sur son lit.

Ce que son frère avait dit était tout à fait vrai.

Mais elle avait égoïstement et enfantinement refusé de l’admettre.

Elle n’en avait jamais fait l’expérience auparavant.

« Votre Altesse, que s’est-il passé ? »

Habituellement, Frigga était du type calme. Elle n’était jamais particulièrement sombre ni joyeuse. Et pourtant, elle était là, à pleurer jusqu’aux larmes.

Durant ses longues années de service, c’était la première fois que cette femme de ménage en avait été témoin.

« Je ne comprends pas ce qui s’est passé… Tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas être séparée de Kurats ! »

La voix de Frigga était si forte qu’on aurait dit un cri.

Mais ce cri avait suffi à Uld, la bonne, pour comprendre ce qui se passait.

Uld servait la princesse Frigga depuis l’âge de cinq ans. D’après ses expériences au fil des ans et les changements qu’elle avait vus chez la princesse depuis la bataille de Crowdagen, il était facile pour elle de deviner.

« Comment vous sentez-vous quand vous pensez au seigneur Kurats ? »

Uld peigna doucement les cheveux blancs de Frigga pendant qu’elle lui parlait, comme si elle essayait de réconforter un jeune enfant.

« Je suis très heureuse quand je suis avec lui… Mais en ce moment, c’est insupportable de penser à lui… »

« Votre Altesse, c’est parce que vous êtes amoureuse du seigneur Kurats ! »

« … Amoureuse ? »

Le visage de Frigga devint visiblement rouge. Peut-être que l’entendre exprimer ses sentiments pour la première fois lui en avait fait prendre conscience.

Est-ce que c’est ce que c’est ? Alors, le fait de rester si près de lui était-il une affaire heureuse ou une affaire honteuse ?

« Votre Altesse, votre réaction est trop enfantine, ne laissez pas les autres vous entendre dire de telles choses. »

Frigga avait involontairement dit ce qu’elle pensait à haute voix. Quand elle entendit cela, Uld la réprimanda d’une manière exaspérée.

« Mais au nom de tous les combats entre hommes que vous m’avez permis de voir, je veux dire, au nom de toutes les années que je vous ai servie, je vais vous aider. »

Uld s’éclaircit la gorge maladroitement. Elle avait presque négligemment révélé ses véritables pensées.

« Il n’y a qu’un moyen de résoudre vos problèmes, mais ce sera risqué. Avez-vous la volonté de le faire, Votre Altesse ? »

« Si ça me permet d’être avec Kurats, je le ferai ! »

« C’est une excellente réponse. »

Avec un sourire joyeux, Uld avait proposé une méthode très directe pour satisfaire le premier amour de la princesse.

Elle était contente de voir Frigga aussi mignonne pendant encore un petit moment.

De plus, cette méthode était sans aucun doute adaptée à la personnalité de Frigga.

« Depuis des temps immémoriaux, la meilleure façon d’agir dans une telle situation a toujours été de mettre l’homme face au fait accompli. »

◆ ◆ ◆

 

« Je suis le comte Bartels. Je suis ici pour vous accompagner en tant qu’envoyé du royaume. Enchanté, monsieur le héros, si je puis m’exprimer ainsi. »

« De même. »

La personne qui avait remplacé Frigga comme envoyé était un jeune homme aux yeux bleus et aux cheveux roux.

Parmi les nobles de Lapland, c’était l’un des plus fidèles à la famille royale, et les autres nobles du royaume avaient de grandes attentes pour son avenir. Du moins, ceux qui étaient encore en vie l’avaient fait.

Pour Kurats, le jeune homme avait l’air d’un combattant très habile, mais pas aussi habile que Frigga.

{Mais il n’est toujours pas assez bon pour voir à travers tes compétences…}

{Eh bien, il est moins fort que moi, mais son esprit combatif pourrait être capable de rivaliser avec le mien, qui sait ?}

Afin d’enterrer la hache de guerre avec Frigga, les nobles avaient approuvé sans difficulté l’envoi de Kurats au royaume Macbarn.

« Ce n’est pas grand-chose, mais profitez de cette fête. Je crois que vous réussirez à émouvoir le cœur de nos alliés. »

« Nous sommes honorés. »

Kurats et le comte de Bartels inclinèrent poliment la tête devant Siegfried.

Sur la table en face d’eux, il y avait un assortiment de soupe chaude et fumante et de plats de viande extrêmement extravagants.

Bien que Lapland soit un petit pays, c’était quelque chose d’attendu de la part du château royal d’un royaume.

Cependant, peu de gens avaient pris part à ce banquet. Outre Siegfried et Frigga, il n’y avait que trois anciens et éminents nobles du royaume. C’était les trois ducs restants du royaume. Le duc de Varandi, le duc de Björkenheim et le duc de Nordqvist.

Face à tant de personnes importantes, le comte de Bartels ne pouvait cacher sa nervosité.

« Votre Majesté, avez-vous vraiment l’intention d’envoyer cet homme ? »

Celui qui avait frappé la table comme s’il n’était pas convaincu par la décision du roi était Haruk, le nouveau duc temporaire de Varandi. Il avait pris cette position après que le duc précédent, Tulle, fut tué au combat.

Bien que son neveu, Tulle, ait trahi le royaume, Haruk avait apparemment pris le rôle de victime, dont un membre de la famille n’était jamais revenu du champ de bataille.

{Ce type est une cause perdue.}

Kurats regarda le duc d’un regard froid.

Le territoire du duc de Varandi se trouvait tout au nord du royaume et n’avait pas encore été capturé par l’empire Asgard.

Cela étant, il se sentait moins en difficulté que le duc de Björkenheim et le duc de Nordqvist, qui avaient perdu la majeure partie de leurs terres au profit de l’empire.

« Sa présence a été demandée par nos alliés. De plus, Sire Almadianos est un comte honoraire du royaume. Faites gaffe à ce que vous dites ! »

« Depuis quand cet inconnu est-il devenu comte honoraire ?! Je n’en ai pas entendu parler ! »

Les paroles de Siegfried firent bouillir de colère le duc de Varandi.

Si Tulle était encore là, il aurait épousé la princesse Frigga et serait devenu apparenté à la famille royale. Cela l’aurait placé devant les deux autres ducs.

Pour Haruk, c’était comme si Kurats arrachait les gains que Tulle aurait dû obtenir.

« J’espère que vous vous rendez compte que c’est grâce au seigneur Almadianos que vous pouvez profiter tranquillement de votre repas en ce moment. Sans parler du fait qu’il a sauvé la vie de Frigga. Si vous l’insultez davantage, je considérerais que c’est un outrage à la cour royale. »

« Outrage à la cour royale ? Moi ? C’est.... ! »

Le duc de Varandi était à court de mots. Il ne s’attendait pas à un langage aussi fort de la part de Siegfried, qui n’avait été jusqu’à présent qu’une figure de proue.

Ses épaules tremblaient, et il voyait rouge, comme si tout ce qu’il voyait était peint de sang.

C’était peut-être la première fois depuis la fondation du pays qu’un noble aussi important que le duc de Varandi était insulté de la sorte.

Qu’est-ce qui a bien pu provoquer un tel changement chez Siegfried ?

Se basant uniquement sur son intuition, Haruk était convaincu que c’était la faute de Kurats.

{Comment oses-tu m’insulter ! Je te rendrai cette humiliation cent fois, petit !}

« Mais ce soir est une nuit de réjouissance. Alors, laissons de côté les discussions fastidieuses et amusons-nous bien ! »

Le duc de Varandi n’avait d’autre choix que de supporter sa rage et de suivre les dispositions de Siegfried.

S’il s’opposait au roi et aux deux autres ducs, même sa famille Varandi aurait peu de chances de survivre.

Mais en même temps, il avait aussi déterminé que le royaume ne méritait plus son allégeance.

Il avait l’intention d’envoyer un messager aux troupes d’Asgard dès son retour de ce banquet.

Ce que le duc ne savait pas, c’est que son neveu, Tulle, avait eu aussi cette même manière de pensée.

« Votre Altesse ! Moi, Hans, comte de Bartels, je vous apporterai à tout prix des renforts de Macbarn ! »

Hans regarda le beau visage de Frigga avec des yeux fiévreux en soulignant qu’il le faisait spécialement pour elle.

Du point de vue du spectateur, cette scène était assez pittoresque.

Avec ses cheveux roux, son attitude intrépide et ses traits de visage finement ciselés, il avait l’air de correspondre avec la belle Frigga, aux cheveux blancs et au visage délicat.

En outre, comme c’était souvent le cas chez les nobles qui étaient habiles au combat comme lui, Hans désirait et aimait la princesse.

Il n’avait jamais demandé de duel avec elle, mais il souhaitait quand même être à ses côtés un jour. Cependant, le nombre d’hommes amoureux de la princesse qui avaient exactement les mêmes pensées était incalculable.

Son regard échauffé avait été repoussé par Frigga avec un sourire simple et léger.

« Bien sûr, ne vous mettez pas trop de pression. »

Pour commencer, Hans n’avait aucune raison de se mettre la pression. Ce que le royaume de Macbarn et d’Elsrid voulait, c’était une preuve de l’existence de Kurats, rien de plus.

S’ils pouvaient confirmer que la force de Kurats était réelle, alors les deux pays enverraient certainement des renforts immédiatement.

Hans, qui ne comprenait pas cela, ne pouvait que paraître drôle du point de vue de Frigga.

« Vous pouvez compter sur moi ! Et puis, aussi présomptueux que cela puisse paraître de ma part, écouteriez-vous une de mes demandes à mon retour… ? »

« Si c’est un duel que vous voulez, c’est quand vous voulez. »

« Si vous voulez capturer mon cœur, ne le demandez pas, vainquez-moi et prenez-le. »

L’implication condescendante derrière les paroles de la princesse était si humiliante qu’elle ferait rougir de honte l’homme le plus viril.

Son élan ayant été tué si directement, Hans se terra dans le silence. Il était évidemment très déçu.

S’il pensait pouvoir la vaincre en duel, il n’aurait pas pris la peine de faire une demande ou quoi que ce soit de ce genre.

Mais vu la tournure des événements, elle n’épousera jamais personne dans sa vie… !

Au lieu de se sentir déprimé, Hans ressentit un profond sens du devoir.

Je dois sauver la princesse de ce destin… !

{Est-ce que toutes les personnes de ce pays sont stupides ? Le roi et la princesse semblent être les seules personnes normales ici.}

{C’est une bonne chose, au moins les affaires de ce royaume sont faciles à comprendre contrairement à celles de Jormungand. Si le roi pouvait se débarrasser de ce type, il serait prêt pour l’avenir.}

Bernst et Kurats soupirèrent ensemble, exaspérés.

En tant que souverain, Siegfried était modeste, mais fiable, et tous ses ducs connaissaient leur place, sauf le duc de Varandi.

Si Siegfried s’occupait de cette question et purgeait les nobles les plus stupides et les plus arrogants du royaume, alors Lapland pourrait contre toute attente devenir un bon pays.

« Alors, comment trouvez-vous la viande de vache Molden ? C’est la spécialité de notre pays. », dit Frigga tout en levant les yeux vers Kurats.

Kurats jeta une grosse tranche de bœuf dans la bouche et la mâcha lentement pour lui donner un bon goût.

Même si le jus de la viande était riche, il n’était pas trop lourd sur la langue. La saveur était superbement équilibrée.

Le délicieux goût dans la bouche de la viande Molden ne faisait certainement pas honte à la renommée des vaches Molden du pays.

« C’est génial ! Je n’ai jamais mangé de bœuf aussi savoureux. »

La viande de l’ours aux yeux rouges était également délicieuse, mais elle ne pouvait être comparée à la chair des vaches Molden, qui étaient élevées avec le plus grand soin dans l’intention expresse d’être mangées.

En tant qu’amateur de viande, Kurats s’était rempli les joues de steak de vache Molden avec enthousiasme.

« Pas besoin de manger si vite. Normalement, chaque bouchée devrait être accompagnée d’une gorgée de vin, non ? »

Frigga versa du vin dans le verre de Kurats tout en riant tranquillement en elle-même.

Sa bonne, qui s’occupait de la table, lui tendit sournoisement le pouce.

Frigga lui répondit de manière plus enthousiaste avec les pouces sous la table.

Partenaires dans le crime, elles comprenaient la signification des actes de l’autre.

Leur mission avait commencé avant même que le dîner ne commence.

« C’est aigre, j’aime ça. Ça va bien avec la viande. »

C’était un vin millésimé de 25 ans d’âge que les gens ordinaires ne pourraient jamais espérer goûter.

Il se caractérisait par sa finesse, mais sa douceur, ainsi que par sa légèreté sucrée. Quant à son prix, il était équivalent au revenu annuel d’une personne normale.

Si Kurats l’avait su à l’avance, il aurait eu beaucoup plus de mal à le boire.

Mais ce n’était pas le principal problème avec la boisson.

Le principal problème était que ce vin savoureux de première classe était la boisson parfaite pour dissoudre n’importe quelle forme de médicament. Et si Kurats était physiquement invincible, sa résistance aux médicaments et au poison n’était pas aussi anormale.

« Tiens, bois plus. Après tout, aujourd’hui est un jour spécial. »

{L’alcool fait des amis pour la vie. Cela me rappelle tant de souvenirs. J’avais oublié ces moments depuis longtemps.}

« Eh bien, alors je ne me retiendrai pas… »

Hehehehehehehehehe — tout se passe comme prévu !

Avec une lueur dans les yeux, l’expression de Frigga se transforma en un sourire diabolique.

***

Chapitre 54

« Princesse, son estomac est-il sans fond ? »

« Je ne sais pas, je suis aussi choqué que toi ! »

Combien de vin Kurats avait-il bu ?

Il était apparemment si content du banquet que cela avait réveillé en lui son côté gourmand.

À ce moment-là, il était tout à fait capable de manger toute une vache à lui tout seul.

Siegfried et les nobles avaient fini leurs repas il y a un moment déjà, mais Kurats était toujours à table. Ils avaient tous été rendus sans voix par sa voracité démesurée.

« Vous avez bon appétit, seigneur Almadianos. »

Les muscles de la joue de Siegfried tremblaient involontairement.

Cet appétit anormal était peut-être lié à la force anormale de Kurats ?

« Je sais que c’est inesthétique, mais la viande et le vin sont trop bons. »

Kurats était devenu un noble du royaume de Jormungand que depuis très peu de temps, et il n’avait pas eu ni le temps ni le loisir de profiter des plaisirs des élites qui avaient tellement d’or qu’ils ne savaient plus quoi en faire.

En outre, Kurats avait toujours l’impression de faire partie du commun des mortels, et il n’arrivait pas à se sortir de cet état d’esprit.

« Il semblerait qu’il n’ait toujours pas atteint ses limites. Nous devrons utiliser ma solution finale ! »

« Juste pour être sûr, quelle est exactement cette solution ? »

Face à ce contretemps inattendu, Frigga et la femme de chambre communiquaient activement entre elles par le langage des signes.

Le vin vieilli était si fort qu’un homme normal deviendrait saoul après deux tasses, mais Kurats avait déjà bu l’équivalent de plus de vingt bouteilles.

Malgré tout, il ne montrait aucun signe d’ébriété. Quel genre de foie avait-il ?

Au départ, leur plan était de le saouler, de lui faire boire des aphrodisiaques en faisant semblant de s’occuper de lui et de l’emmener dans une pièce qu’elles avaient préparée pour l’occasion.

« Oublions la méthode de le saouler, c’est inutile ! Il va falloir d’abord lui faire perdre connaissance ! »

« Mais je ne pense pas que cela fonctionnera sur Kurats… »

« Bien sûr que ça va marcher ! J’ai préparé un médicament appelé le “Tueur d’éléphants”. Une dose de ce produit peut endormir un éléphant ! »

Le nom de la drogue semblait indiquer qu’elle était destinée à mettre les éléphants dans une forme plutôt permanente de « sommeil ».

« Est-ce que ça ira vraiment ? Je ne pense pas que Kurats soit heureux quand il se réveillera. »

Frigga avait des sueurs froides sur le front. Elle ne pouvait s’empêcher d’être nerveuse.

Cependant, elle ne pouvait pas non plus renoncer à une belle prise comme Kurats.

« Que Dieu me vienne en aide ! »

Tout en échangeant des regards avec la bonne, Frigga offrit à Kurats une tasse de vin mélangé à la drogue soporifique tueuse d’éléphant.

« Vous êtes très résistant, monsieur. Essayez donc ça. C’est un vin fort, spécialement préparé. N’importe quoi d’autre ne serait pas satisfaisant pour vous, n’est-ce pas ? »

« J’étais plutôt satisfait de ce que j’avais… »

Kurats ne voulait pas particulièrement boire d’alcool fort.

La seule raison pour laquelle il avait continué à boire une tasse après l’autre était le fait que le vin avait un goût délicieux.

« Oh, n’aimez-vous pas les boissons fortes ? C’est étrange. Je veux dire, je suis personnellement connu pour être un gros buveur… »

Hans était intervenu dans la conversation, et il paya immédiatement sa capacité à casser l’ambiance.

Frigga le frappa à la mâchoire plus vite que l’œil ne pouvait le voir.

Comme une marionnette qui avait perdu ses ficelles, Hans plongea la tête la première sur la table.

Le coup de poing avait secoué son cerveau à grande vitesse et lui avait enlevé sa conscience. C’était un petit crochet très artistique.

« Est-ce que ça va ? On dirait que vous ne tenez pas tellement l’alcool. Et vous prétendez être un gros buveur. »

« Emmenez le comte Bartels dans une chambre d’amis ! Anna, Methuselah, portez-le sur vos épaules ! »

« Oui ! »

Le groupe de servantes, qui brûlaient du même désir de satisfaire le premier amour de Frigga, était tout des camarades qui avaient l’habitude de regarder ensemble la virilité masculine des chevaliers.

Ces filles partageaient la même « inclinaison spéciale », et un fort sentiment de solidarité, qui les avaient amenées à jurer leur loyauté inconditionnelle à la princesse Frigga. Après tout, c’était Frigga qui leur avait ouvert la porte d’un tout nouveau monde, mais pas volontairement.

Mais en fait, elles avaient une motivation de plus pour accepter cela.

Bien qu’il ne correspondait pas aux penchants des servantes, Hans était quand même membre de l’ordre des chevaliers, ce qui faisait de lui un beau parti pour elles.

Elles avaient pu sentir tout son corps pendant qu’elles le portaient et l’emmenaient hors de la salle de banquet.

C’était un spectacle désolant.

« Tiens, essaie, s’il te plaît. »

Frigga offrit le verre avec un grand sourire, mais comme on pouvait s’y attendre, Kurats avait pu sentir que quelque chose n’allait pas.

Elle n’était clairement pas comme d’habitude.

« Mais le vin que je buvais était super, je n’ai pas vraiment envie de… »

Avant que Kurats ne puisse dire autre chose, Frigga poussa le verre à sa bouche.

« Celui-ci est délicieux, vraiment délicieux ! »

« Ah, bien sûr. »

{Est-ce vraiment bon ? J’ai un mauvais pressentiment à ce sujet…}

Je vois ce que tu veux dire, mais je ne pense pas que Frigga me ferait du mal après tout ce temps.

« Eh bien, santé. »

Au moment où la boisson était entrée dans la bouche de Kurats, une forte amertume lui poignarda la langue.

Au goût amer s’ajoutait une odeur affreuse qui lui donnait l’impression de boire de l’alcool à moitié fermenté et très bon marché.

C’était si mauvais qu’il failli cracher le tout.

En même temps, il ressentait une sensation de picotement qui engourdissait sa langue à partir de la pointe, comme s’il avait mangé quelque chose de très épicé.

« H-huh.... ? »

En un clin d’œil, l’engourdissement se propagea de sa langue à sa gorge, puis à ses membres, jusqu’à ce que tout son corps ne sente plus rien.

{Je t’ai dit que quelque chose n’allait pas…}

La voix de Bernst résonnait très loin dans les oreilles de Kurats alors que sa conscience tombait dans l’obscurité.

« … bon sang… »

Frigga fit une petite pose triomphante, et partagea un regard avec toutes les bonnes, un regard de camarades qui avaient réussi ensemble.

« Nous vous laissons le reste, Votre Altesse ! »

« Merci de votre coopération ! Je ferai de mon mieux ! »

Les servantes commencèrent à bouger de façon coordonnée, comme si elles savaient ce qu’elles avaient à faire.

« Emmenez monsieur Almadianos dans cette chambre. Il est peut-être tombé malade à cause de l’alcool, alors traitez-le avec beaucoup de soin. »

« Laissez-nous faire. »

 

Kurats était tenu des deux côtés par deux grandes servantes dont la taille dépassait 180 cm.

Toute la scène ressemblait à un enlèvement organisé, avec chaque étape soigneusement réfléchie.

Siegfried sentit un frisson dans son dos alors qu’il demandait timidement à sa jeune sœur ce qu’il en était de la situation.

« Est-ce que le Seigneur Almadianos va bien ? »

Frigga lui sourit en réponse, avec les yeux d’un prédateur. Siegfried n’avait jamais vu ce genre d’expression sur elle avant.

« Bien sûr qu’il va bien, il n’y a pas de problème. Absolument aucun. »

Les servantes emmenèrent Kurats dans une chambre VIP, située plus loin en arrière des chambres d’hôtes.

Les chambres VIP avaient été créées pour des invités d’honneur, mais elles n’étaient pas particulièrement différentes des chambres habituelles, sauf qu’elles étaient insonorisées par magie. Cette insonorisation avait été ajoutée pour que les invités d’honneur puissent garder leurs conversations privées s’ils le voulaient, ou pour qu’ils puissent garder leur intimité avec leurs amants.

« Maintenant, Seigneur Almadianos, détendez-vous, s’il vous plaît. »

La bonne avait l’air de s’amuser pendant qu’elle s’allongeait sur le lit de la chambre VIP.

Elle enleva ensuite habilement sa chemise.

Alors qu’on découvrait son magnifique corps bâti comme de l’acier, la servante poussa un cri aigu. Elle ne pouvait pas détourner le regard de ses muscles abdominaux bien ciselés.

Bien qu’il ait perdu connaissance, elle avait l’impression qu’il serait capable de repousser n’importe quelle lame en utilisant uniquement l’élasticité de sa peau.

Mais malgré cette musculature, sa peau était encore jeune, ce qui le rendait d’autant plus attirant pour la bonne, qui en avalait sa salive.

Elle n’avait jamais vu une viande, ou plutôt, un corps au charme si viril auparavant.

Que dois-je faire ensuite ?

Elle échangea des regards avec l’autre servante qui avait transporté Kurats ici avec elle, et elles hochèrent la tête l’une vers l’autre.

C’était une occasion unique.

Il était impossible pour la femme de chambre de s’opposer à sa quête incessante du rêve ultime de déchiffrer la beauté des hommes.

Gulp.

Ses battements de cœur résonnaient fort dans ses oreilles.

Sa main se dirigea vers le bas-ventre captivant de Kurats, avant d’aller chercher le trésor caché là-dessous.

Après avoir été forcée pendant des années à mener une vie quelque peu abstinente dans le château, elle s’était résolument tournée vers la fermeture éclair des Kurats.

« Je vais le faire ! »

Mais avant qu’elle n’ait pu poser ses yeux ardents sur la vue qu’elle cherchait, elle vit un éclair de lumière.

« Tu vas faire quoi exactement ?! »

Le poing de Frigga atterrit sur la tête de la bonne comme un éclair explosif.

On pouvait se demander si Frigga avait le droit de la réprimander puisqu’elle avait l’intention d’arracher la chasteté de Kurats en quelques minutes.

Quoi qu’il en soit, la servante s’évanouit en se tenant la tête, et finit par être emmenée hors de la pièce sous les ordres d’Uld.

« Bonne chance ! »

Uld leva un dernier pouce et Frigga leva à nouveau le pouce en réponse. Elle était déterminée à aller jusqu’au bout.

Il semblerait que le nom de la drogue « tueuse d’éléphants » n’était pas exagéré.

Kurats dormait comme une bûche sous le regard de Frigga, qui était tout aussi excitée que la bonne tout à l’heure.

Ses gros muscles pectoraux, semblables à ceux d’un rocher, étaient bien visibles.

Qu’est-ce que l’on ressent quand on est étreinte par lui ?

Juste l’imaginer ça faisait battre son cœur intensément.

Par la suite, ses yeux descendirent lentement sur le corps de Kurats jusqu’à ce qu’ils se verrouillent sur la région qui était couverte par son pantalon maintenant à moitié enlevé, qui avait fait place à son sous-vêtement.

***

Chapitre 55

« Wôw… ! »

Elle pouvait voir à partir du moule fait par le tissu de ses vêtements qu’il y avait une énorme protubérance en dessous.

Elle avait entendu dire par Uld que cela pouvait devenir trois à quatre fois plus grand et plus dur quand un homme était excité, mais est-ce que cela pouvait vraiment entrer là où il était censé entrer ?

« Comme je le pensais, c’est effrayant. »

Ressentant une peur instinctive que seules les jeunes filles inexpérimentées connaissaient, Frigga se serra dans ses bras.

Cependant, elle avait déjà décidé de le faire.

Je vais devenir la femme de cet homme. Nous n’aurons plus à rester séparés, nous serons ensemble pour toujours.

L’esprit décidé, Frigga posa résolument la main sur la partie protubérante. Celle-ci était chaude et tremblait dans sa main.

« Oh… Aaaaah ! »

La sentant gonfler rapidement après l’avoir prise, elle retira précipitamment sa main.

« Wôw… Mais c’est trop, je suis vraiment supposée… »

Cela semblait clairement plus épais que son propre bras.

Ça ne la déchirerait-il pas ?

Cependant, en plus de la peur, Frigga remarqua qu’elle ressentait là une douce sensation d’engourdissement qui montait de son estomac.

« Je suis désolée, Kurats ! C’est pour le bien de mon amour, alors accepte-le ! »

Frigga avait déjà parfaitement planifié ce qu’elle ferait au réveil de Kurats.

Au moment où il ouvrirait les yeux, il allait trouver Frigga dans les bras de sa bonne, Uld.

Puis Frigga regarderait Uld dans les yeux et dirait quelque chose du genre

« La nuit dernière était si violente que j’ai cru qu’il allait me briser… », Kurats serait ainsi acculé.

C’était le plan.

Mais maintenant, Frigga avait l’impression qu’elle allait littéralement craquer.

Néanmoins, fixant la partie qui avait maintenant atteint sa pleine maturité, Frigga enleva sa robe avec enthousiasme.

 

 

Alors que sa robe tombait, la peau de porcelaine blanche de Frigga fut révélée.

Ses beaux et joyeux bourgeons étaient recouverts d’un sous-vêtement noir de jais. Leur taille était parfaite, ni trop grande ni trop petite. De plus, tout son corps était enveloppé du parfum d’une jeune femme.

Il faut dire que Lunaria était un pas en arrière par rapport à l’apparence équilibrée du corps ferme et entraîné de Frigga.

On ne savait pas ce que Kurats ferait s’il était conscient en ce moment, mais cela déclencherait à tout le moins sa convoitise.

{Vas-tu vraiment laisser cette femme t’enlever ta virginité ?}

Bernst essayait de parler à Kurats qui était encore inconscient.

Cependant, Kurats resta complètement silencieux. Il semblait être dans un sommeil très profond.

{C’est pourquoi je dis que tu es encore loin d’être invincible ! Tu n’es qu’un être humain ! C’est inacceptable !}

Sa force était extraordinaire et sa réserve de magie était normale, mais Kurats était encore fondamentalement un humain mortel, pas un dieu.

Après avoir bu le poison et s’être endormi, il était devenu sans défense.

Bernst n’avait personnellement pas besoin de dormir, et il pouvait aussi utiliser un type passif de magie défensive qui resterait toujours activé, même quand il n’était pas éveillé. Mais Kurats était toujours dans l’incapacité à le faire.

Cela étant, le fait de laisser cette douloureuse tournure des événements suivre son cours serait peut-être un bon apprentissage pour lui.

Cependant…

{Cependant, je ne veux pas mettre en colère sa sœur.}

Cornelia, qui logeait actuellement dans le château de Jormungand, serait furieuse si elle découvrait que son petit frère avait été accaparé par une autre femme.

Si Bernst s’en sortait mal, elle pourrait exposer à nouveau l’histoire noire de Kurats.

Honnêtement, Bernst n’était pas sûr de pouvoir supporter une deuxième fois une telle humiliation.

De plus, s’il reprenait le corps de Kurats, il pourrait vraiment faire quelque chose à Cornelia cette fois-ci.

Il devait faire de son mieux pour éviter de prendre de tels risques.

{C’est plus fort que moi. Je vais l’aider cette fois-ci.}

C’était ainsi que Bernst fit en sorte que l’esprit de Kurats puisse refaire surface.

Alors qu’elle était de plus en plus mouillée par l’excitation, Frigga était montée au sommet de l’abdomen de Kurats.

« Enfin, je vais devenir une femme… »

Elle avait entendu dire que la première fois était douloureuse, mais son entraînement de chevalier l’avait rendue résistante à la douleur.

D’accord, allons-y.

Frigga s’était appuyée et baissa la taille, mais elle n’avait pas senti l’impact auquel elle s’attendait.

« … Hein ? »

« Désolé, mais je n’aime pas être attaqué dans mon sommeil. »

Cela ne le dérangeait pas particulièrement lorsqu’il était du côté offensif.

Regardant vers le bas, Frigga se rendit compte que Kurats tenait sa fine taille avec son grand bras tout en se moquant d’elle.

Pas étonnant que sa chasteté soit restée intacte.

« Je ne peux pas vraiment vous féliciter pour cette attaque. La relation aurait éventuellement évolué de toute façon, même si vous ne l’aviez pas précipitée. Mais il y a un ordre dans tout ça. »

« Aaah ! Je-Je suis désolée ! Je ne voulais rien te faire de mal ! »

Frigga était déconcertée, cela dépassait ses attentes.

Elle s’était tellement concentrée sur son plan de lui faire face au fait accompli qu’elle n’avait pas pensé une seconde qu’il se réveillerait avant qu’elle puisse lui faire quoi que ce soit.

Cependant, peut-être à cause de son instinct féminin, elle avait choisi de mettre toute sa passion accumulée à essayer de gagner le cœur de Kurats au lieu de se trouver de mauvaises excuses.

« Je peux m’excuser encore et encore d’être allé si loin, et je le ferai, mais je refuse de retenir mon amour pour toi plus longtemps, Kurats ! Accepte-moi, s’il te plaît ! »

Frigga s’accrocha au cou de Kurats et pressa ses bourgeons gonflés sur sa poitrine.

N’importe quel hétéro ordinaire serait sans doute ébranlé en ce moment. C’est dire à quel point Frigga était fascinante et envoûtante.

Cependant, la personne à laquelle elle faisait face n’était pas Kurats, le vierge inexpérimentée, mais Bernst, le roi magique qui avait perdu ses émotions avec le temps.

De plus, c’était un être proche de la divinité, qui avait accès à tous les plaisirs, à la bonne nourriture, à la richesse et au luxe que le monde avait à offrir.

« Dommage pour vous. Ça peut marcher sur un jeune homme, mais vous ne me tentez pas du tout. »

« Hein ? »

Bien que la tête de Frigga bouillonnait encore, elle sentait toujours instinctivement que quelque chose n’allait pas, que quelque chose n’était pas à sa place.

Mais plutôt que cela, ce qui la frustrait le plus, c’était autre chose.

D’après ce qu’avaient dit ses servantes, aucun homme ne pouvait se contrôler lorsqu’une belle femme pressait son corps nu sur lui, mais Kurats ne montrait aucune intention de faire quoi que ce soit.

« Tu sais, Kurats, je suis encore vierge. Je n’ai jamais été touché par quelqu’un d’autre que toi, et je ne le serai jamais. Je te donnerai tout mon cœur et tout mon corps ! »

Les mots de Frigga ne faisaient que faire ricaner Kurats, ou plutôt Bernst.

Dès le début, il avait toujours eu l’intention de faire de Frigga la femme de Kurats.

Son royaume était petit, mais elle était encore une princesse. De plus, quelqu’un d’aussi courageuse et valeureuse qu’elle serait tôt ou tard d’une grande utilité pour aider Bernst à réaliser ses projets.

« Ça ne suffira pas. »

Ce rejet ne laissait aucune place à l’argumentation.

« Je vois… Je suppose que c’est normal que tu me rejettes après que j’ai essayé d’utiliser de telles méthodes sur toi. Mais il n’y a aucune chance que j’abandonne après être allé si loin ! »

Même si c’était Kurats, Frigga s’était dit qu’il n’avait pas pu se débarrasser complètement des effets du tueur d’éléphants.

Alors je vais lui faire prendre ma première fois par la force !

« Ne vous méprenez pas. Je veux que vous vous excusiez. Mais vous devrez le faire en vous soumettant à moi. »

Alors qu’il l’avait dit, Bernst libéra un fragment de son pouvoir magique caché : le pouvoir magique du roi magicien.

C’était une quantité d’énergie insignifiante pour Bernst, mais pour Frigga, ce n’était rien de moins que terrifiant.

C’était comme si elle faisait face à un océan qui allait au-delà de l’horizon. Il n’y avait aucun moyen pour qu’elle puisse même penser à résister.

Elle avait la chair de poule sur tout son corps, et tous ses instincts de survie lui envoyaient des signaux d’alarme.

« Ah… Ah… »

Et bien que ses jambes tremblaient, elle avait quand même essayé de reculer. Cependant, ses genoux étaient trop faibles pour supporter son poids en ce moment. Elle tituba immédiatement et tomba sur ses fesses.

Que pourrait faire un humain après avoir provoqué la colère d’un dieu ?

Cette pression excessive rendait la respiration difficile pour Frigga.

« Qu’est-ce qu’il y a ? N’avez-vous pas entendu ce que j’ai dit ? Dois-je me répéter ? »

« Mes excuses les plus sincères ! Je n’oserai plus jamais faire ça ! »

« Bien, restez à votre place. Tout ce que je vous demande, c’est l’obéissance absolue. Je n’ai pas besoin de vos fantasmes d’amour. »

Frigga ne pouvait pas désobéir. Elle savait jusqu’à son âme qu’elle ne devait pas désobéir.

« Comme vous voulez, mon seigneur ! »

Frigga offrit son épée à Bernst, puis posa comme un écuyer prêt à être fait chevalier.

Bernst montra un sourire satisfait en réponse.

Une fois cela fait, Frigga glissa lentement son pouce sur ses lèvres brillantes, sentant un engourdissement oppressant, mais excitant coulait le long de sa colonne vertébrale.

Comme quelqu’un qui recherchait une plus grande force, elle avait toujours eu le désir caché de se soumettre à une puissance supérieure, et elle prenait maintenant conscience de ce sentiment.

« Réjouissez-vous, car je passerai le reste de la nuit à vous donner les règles de discipline qu’il vous faudra connaître pour bien suivre mes ordres. »

« Oui, mon seigneur ! Tout ce que vous voulez ! »

Et puis, le lendemain matin.

« Êtes-vous réveillé, mon seigneur ? »

« QU’EST-CE QUI S’EST PASSÉ ?! »

Il avait fallu un peu de temps à Kurats pour se calmer et arrêter de crier.

***

Chapitre 56

« Soyez prudent, et sachez que toutes les secondes qui me sépareront de votre retour seront pour moi comme une éternité, mon seigneur. »

« O-oh, ouais, bien sûr. Je suis content que tu le prennes comme ça, mais tu n’arrêtes pas de m’appeler “mon seigneur” et je ne suis pas sûr que ce soit bien… »

« Monseigneur, n’hésitez pas à me parler aussi durement qu’hier soir. »

{BERNST, QU’EST-CE QUI SE PASSE ?!}

Kurats ne se souvenait pas de ce qui s’était passé la veille au soir.

Mais il ne pensait pas que la faute pouvait être imputée à quelqu’un d’autre que son pote gênant.

{Quoi ? Tout a l’air de bien se passer.}

{Rien ne se passe bien ! C’est une vraie princesse, elle ne peut pas agir comme ça envers moi ! Qu’est-ce que je suis censé faire maintenant ?!}

{Si elle fait quelque chose de gênant devant d’autres personnes, elle devra simplement être disciplinée à nouveau. Donc, comme je l’ai dit, tout va bien.}

{Tu as bien dit disciplinée !?}

« Monseigneur ? »

Frigga regardait Kurats avec des yeux purs et un beau sourire.

La voir ainsi avait suffi à Kurats pour qu’il commence à penser que la situation était peut-être bonne pour l’instant.

C’était peut-être à cause des rouages ​​de l’esprit d’un jeune homme en âge de devenir adulte.

Le reste de la journée, Frigga se comporta comme un membre parfait de la famille royale, jusqu’au départ de Kurats. Siegfried en fut très soulagé.

« Comme je le pensais, tu étais momentanément confuse la dernière fois. Tu t’en sors très bien aujourd’hui. »

« Je suis la princesse d’un pays, mon frère. Je dois rester consciente de ma position. »

Pendant ce temps, les pensées de Kurats n’étaient pas tout à fait les mêmes.

C’est bizarre, quand diable est-elle devenue si docile ? … Pourtant, ce sourire dévergondé au moment où nous étions seuls tout à l’heure, c’était super mignon.

« Votre Altesse ! Je reviendrai à vous avec de bonnes nouvelles ! »

Au moment du départ, Hans agita la main de loin dans une tentative désespérée d’attirer l’attention de Frigga, mais sa réponse fut très froide.

« … S’il fait quoi que ce soit pour se mettre en travers du chemin de mon seigneur, je le tue. »

« S’il vous plaît, laissez-moi m’occuper de tout, Votre Altesse ! Vous pouvez compter sur moi ! »

Kurats soupira en lui-même.

Ce type est un clown.

{En effet, il est tellement drôle que cela en est rafraîchissant.}

Une fois que Kurats et Hans étaient devenus de petits points à l’horizon, Siegfried demanda à Frigga.

« Frigga, qu’est-ce que tu marmonnais tout à l’heure ? »

Mais Frigga l’ignora et ne fit que sourire en réponse.

Tandis qu’une atmosphère menaçante s’élevait derrière eux, Kurats et Hans partirent vers le royaume de Macbarn.

◆ ◆ ◆

 

Le royaume de Macbarn était entouré par le royaume de Lapland au sud et par la mer de Ganbia au nord.

En raison de l’environnement naturel rude du pays, ils ne s’étaient pas épanouis par le biais de leur productivité agricole, mais grâce à la chasse à la baleine et à la pêche. Et bien qu’ils soient un petit pays, ils possédaient également une marine puissante.

Parce que leurs mages de feu devaient beaucoup s’entraîner pour affronter les hivers froids, ils étaient connus pour avoir de puissants mages.

Mais en tant que petit pays, ils ne pouvaient même pas espérer rattraper le niveau d’Asgard dans ce domaine.

La saison hivernale était encore loin, mais le vent froid descendant des montagnes environnantes donnait l’impression qu’il pouvait geler un corps jusqu’à son centre.

« Il fait pourtant froid dans notre pays, mais Macbarn est à un autre niveau. »

« Ça doit être dur de vivre ici… »

Hans portait un manteau de fourrure, mais ses dents claquaient à cause du froid.

Bien que Kurats ne ressentait rien de tout cela puisqu’il utilisait une barrière d’interception du froid, il pouvait encore dire à quel point il faisait froid rien qu’en voyant l’environnement autour de lui.

Les animaux qui l’entouraient étaient recouverts d’une fourrure hivernale duveteuse, le sol sous ses pieds était gelé et il pouvait voir sa propre respiration.

C’était un spectacle qu’il n’avait jamais vu à Jormungand.

« ....On est enfin arrivé. »

Hans regarda la flèche de pierre au loin avec un soupir de soulagement.

Ils étaient sur le point d’atteindre l’entrée de la capitale du royaume Macbarn, Vassa.

◆ ◆ ◆

 

« Bienvenue dans notre royaume. Je suis sincèrement content que vous ayez pu venir. »

C’était le roi de Macbarn, Nikolaï le quatrième.

Au premier abord, il avait l’air d’un vieil homme simple et gentil. Les nombreuses rides qui accompagnaient sa vieillesse étaient froissées par le sourire qu’il présentait aux deux visiteurs.

Mais ses nombreuses années de règne en tant que roi n’étaient pas là pour le spectacle.

Nikolaï observait attentivement Kurats et Hans, se demandant si Lapland valait vraiment la peine d’être sauvée.

« Enchanté de vous rencontrer. Je suis Hans, comte de Bartels, et un sujet de Lapland. Je suis honoré de recevoir une audience avec vous en ces temps de crise. »

« Je m’appelle Mathers McGregor. Sa Majesté Siegfried m’a décerné un titre de comte honoraire il y a peu, mais je ne suis qu’un assistant qui est venu à Lapland sans y être invité. »

« Hahahahahahahahahaha ! Si c’est vrai, alors vous êtes une sacrée aide ! »

Nikolaï rit avec grand plaisir. Il était ravi.

Cet homme était venu seul pour aider Lapland à affronter une grande puissance comme Asgard.

Même s’il l’avait fait sous les instructions de quelqu’un d’autre, c’était tout de même excitant.

« Hé ! Seigneur Mathers, ne connaissez-vous donc pas votre place ? Faites plus attention avec vos mots ! »

« C’est bon, c’est bon, monsieur Mathers n’est pas formellement un sujet de Lapland. Inutile de s’attarder sur ces petites choses. »

« Très bien… »

Bien qu’il n’avait pas été satisfait, Hans s’en était tenu aux paroles de Nikolaï.

Selon lui, en tant que messager diplomatique, s’opposer négligemment aux paroles de Nikolaï et prendre le risque de l’offenser ne serait pas une bonne idée.

« Vous êtes le héros de Crowdagen dont j’ai tant entendu parler. Je vois, vous avez vraiment un corps incroyable. »

Nikolaï regardait de haut en bas le magnifique corps des Kurats.

Ses grands bras avaient la taille d’une femme, mais ses membres flexibles ne semblaient pas manquer d’agilité.

Malgré tout, était-il vraiment possible de changer le cours d’une guerre contre une armée de dizaines de milliers de personnes avec le pouvoir d’un seul homme ?

Les espions de Nikolaï l’avaient un jour informé que même la Valkyrie Blanche-Neige ne serait pas capable de sauver Lapland du précipice dans lequel elle s’était mise.

Et pourtant, depuis ce jour, l’armée de l’empire d’Asgard s’était fait battre et avait même appelé le vampire blanc à son aide.

Ne sachant pas que Nikolaï pensait à de telles choses, Hans s’avança résolument vers lui.

« Votre Majesté, s’il vous plaît, écoutez ma demande ! Notre pays et Macbarn sont des alliés qui entretiennent des liens d’amitié depuis de nombreuses années. Au nom de cette amitié, je vous demande humblement de nous envoyer des renforts. »

{Cet imbécile croit-il vraiment qu’il obtiendra des renforts simplement en les demandant ?}, dit Bernst tout en reniflant avec dérision.

{Alors pourquoi s’est-on donné la peine de venir jusqu’ici ?}

{Fais-moi une faveur et ferme-la une minute, crétin ! Tu comprendras bien assez tôt !}

Après avoir entendu Hans, Nikolaï caressa sa barbe comme s’il était troublé par quelque chose.

« Je vois ce que vous voulez dire, mais dans ma position, je dois penser d’abord et avant tout à la survie de Macbarn. Vu que votre armée a agi imprudemment au début de la guerre et a subi une défaite écrasante, je ne peux m’empêcher d’avoir peur d’envoyer des renforts. »

« Mais notre nation est sortie victorieuse de l’armée d’Asgard deux fois de suite ! Votre royaume ne sera certainement pas en danger, alors.... »

« Mhm, à propos de ça. »

« Oui ? »

Hans parla d’une voix loufoque et inclina la tête sur le côté dans la confusion.

On aurait dit que cet homme était fondamentalement un abruti, comme une certaine autre personne. Sachant que Siegfried avait choisi cet homme comme messager, Bernst se sentait un peu préoccupé par la qualité de son jugement.

« Que ce soit à Crowdagen ou à Berglund, j’ai entendu dire que monsieur Mathers a joué un rôle clé dans les deux batailles. Je veux des preuves. »

Nikolaï se demandait encore si Kurats avait vraiment le pouvoir d’égaler les troupes d’élite de l’armée d’Asgard par lui-même.

« Je vois, c’est donc là que vous voulez en venir. »

« Vous comprenez vite, ça m’évite d’avoir à vous l’expliquer. Seriez-vous prêt à montrer votre valeur ici ? Votre réponse déterminera si mon pays enverra des renforts ou non. »

« Mais.... ! S’il vous plaît, réfléchissez, Votre Majesté ! »

Dans la panique, Hans s’accrocha à Nikolaï.

{Si je ne fais rien, non seulement je ne rapporterai aucune réalisation, mais au contraire, les pourparlers pour les renforts seront définitivement terminés !}

N’ayant jamais vu Kurats se battre de ses propres yeux, Hans ne croyait pas la moitié des rumeurs à son sujet.

Que ce soit à Crowdagen ou à Berglund, il pensait que ces victoires étaient naturellement toutes dues aux réalisations de Frigga.

« Pourquoi paniquez-vous ? Vous vous attendiez à ce que je croie que Lapland puisse gagner sur la base de vos paroles seulement ? Vous êtes trop naïf. »

Il n’y avait plus aucune trace du gentil vieil homme de tout à l’heure sur le visage de Nikolaï.

Il n’y avait que le visage d’un ancien combattant qui avait traversé de multiples conflits politiques pour la survie de son petit royaume.

{Je dois dire quelque chose.}

Hans était trempé de sueurs froides dans le dos alors qu’il cherchait les bons mots à dire.

Mais tout ce qu’il avait fait, c’était de se rendre compte que son esprit ne pourrait jamais trouver quelque chose d’assez bien pour convaincre Nikolaï.

« Je dois juste vous montrer mon pouvoir, non ? Ce n’est pas un problème. »

Kurats frappa sa poitrine avec arrogance, ne montrant pas un soupçon de nervosité.

Il n’aurait jamais pu affronter l’empire Asgard si un procès fait par le petit royaume Macbarn lui avait fait peur. Mais cela ne semblait pas être le cas.

Nikolaï rétrécit joyeusement les yeux, puis frappa des mains.

Prenant le son de cette claquette comme un signal, un chevalier géant apparut. Sa silhouette n’était en aucun cas inférieure à celle de Kurats.

« C’est le meilleur chevalier du pays, le chevalier sans égal, Rodrigo. Il est à peu près du même niveau que la Valkyrie de Lapland. Vous pouvez le combattre sans vous retenir. »

« Viens vers moi. »

Avec une tranquille confiance en lui, Rodrigo prépara son épée et la pointa vers Kurats.

Malgré les paroles de Nikolaï, Rodrigo croyait personnellement qu’il n’y avait aucune chance qu’il perde contre la Valkyrie blanche comme neige.

Cependant…

« Ce type est censé être aussi fort que Frigga ? Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Voyons, Frigga est bien plus forte que ça. »

Loin d’être effrayé, Kurats se moquait de lui et le tournait en dérision.

Le visage de Rodrigo était rouge de colère.

« Tu regretteras ton impudence ! »

Rodrigo tapa des pieds en avant et lança son épée sur Kurats d’un seul mouvement rapide.

Ce geste avait laissé Hans avec les yeux grand ouverts à cause de la surprise.

Il semblerait que Rodrigo était le meilleur chevalier du royaume Macbarn.

Cependant, la force de Kurats se situait à un tout autre niveau, de sorte qu’il n’y avait aucune comparaison à faire entre eux.

Kurats attrapa la grosse épée de Rodrigo à main nue, puis la lui arracha par la seule force de sa prise.

« Quoi ? »

Nikolaï se pencha en avant de son trône en état de choc. Le fait que Kurats ait pu attraper une lame à main nue était déjà fou, mais ce qui était encore plus choquant, c’est que, malgré son immense force, Rodrigo était complètement incapable de résister, son épée lui ayant été retirée sous le nez.

« Toi ! »

Humilié, Rodrigo essaya furieusement d’attraper Kurats, mais Kurats le souleva facilement et le jeta au loin.

Comparé à Brigitte ou même à Frigga, Rodrigo était beaucoup trop lent.

Il se trompait beaucoup s’il pensait qu’un chevalier qui ne savait même pas comment utiliser les artefacts pouvait affronter des gens comme Frigga en utilisant seulement la force physique.

Il ne pouvait même pas prétendre être son adversaire.

Même un combattant novice comme Nikolaï pouvait facilement dire que Kurats ne faisait que jouer avec Rodrigo, dont le corps venait de toucher le sol.

« Penser que même Rodrigo ne puisse pas l’affronter… »

« Alors, considérer que ce que je vais maintenant vous montrer est un petit cadeau de la maison. »

« Qu’est-ce que tu fais ?! »

Kurats se dirigea vers Rodrigo, qui gisait douloureusement sur le sol à cause du choc de l’atterrissage, et lui enleva son armure. Il la moula ensuite comme de l’argile, en utilisant la force anormale de sa prise, pour la comprimer en une boule de 10 cm.

« HUUUUUH ?! »

Sans prêter attention aux réactions stupéfaites de Nikolaï et Rodrigo, Kurtas finit par jeter la balle en métal, comme un lanceur.

« Oh, c’est mauvais. »

Cependant, Kurats n’avait pas contrôlé correctement la trajectoire du jet, et cela avait fini par tomber un peu plus près que prévu, sur un épais rempart de granit.

Boom !

Dès qu’il fut touché par la balle métallique, le rempart de 7 mètres de haut avait été écrasé comme si un géant de dix mètres de haut l’avait enjambé avec ses deux pieds.

« Alors, est-ce que c’était une preuve suffisante ? »

Kurats avait essayé de prétendre que tout allait bien, mais son sourire contrit et la sueur sur son front étaient suffisants pour dire qu’il savait qu’il s’était planté.

{Espèce de crétin imbécile.…}

Pendant que Bernst claquait la langue avec déception, tous les habitants de Macbarn, des maîtres aux serviteurs, se tenaient debout, la bouche grande ouverte, sans rien dire.

***

Chapitre 57

« Penser que ce serait si incroyable… »

Devant l’état misérable du rempart qui fut jadis la fierté de Macbarn, Nikolaï ne put s’empêcher de sourire avec ironie.

Mais peut-être que cette force inhumaine était appropriée quand on parlait de quelqu’un qui pouvait faire face à une grande partie de l’armée d’Asgard tout seul.

« … Au fait, je me demande ce qu’on est censés faire à propos de ça maintenant. »

Alors qu’il pointait du doigt le rempart détruit qui devait protéger la capitale en cas d’attaque d’ennemis étrangers, Nikolaï fit un grand sourire à Kurats.

Bien sûr, il n’y avait aucune trace de sourire dans ses yeux.

Macbarn pourrait bientôt se joindre à la guerre, le pays ne pourrait pas se permettre de gaspiller son trésor national pour réparer un mur.

« Oui, parlez-moi de ça. »

Après s’être emporté et avoir accidentellement détruit les défenses de la capitale, Kurats ne pouvait que sourire tandis que des gouttes de sueur coulaient sur son front.

« Où avez-vous trouvé les rochers pour construire le rempart ? »

« Eh bien, je crois que l’endroit le plus proche où vous pouvez les trouver se situe dans les montagnes de Betwana, à environ une quarantaine de kilomètres à l’est d’ici. »

« Je suis désolé, mais pourriez-vous retirer les décombres pendant que j’apporte ces pierres ? »

« Que venez-vous de dire ? »

Face à la suggestion inattendue de Kurats, Nikolaï fut perplexe.

Qu’est-ce qu’il a bien pu dire ?

Bien que Nikolaï ait voulu poser cette question à voix haute, il pouvait de façon claire voir que Kurats était complètement sérieux.

« Mais quand auriez-vous le temps de faire ça, monsieur Mathers ? La guerre est toujours en cours, ne seriez-vous pas occupé par les combats ? »

Si Kurats prenait son temps pour reconstruire le rempart, Lapland serait détruite.

Quel serait l’intérêt d’aller jusqu’à envoyer des renforts si l’on savait que Lapland finirait par être détruite ?

« Ça va bien se passer. J’aurai fini d’ici la fin de la journée. »

« Est-ce que c’est si… ? »

Ne sachant que dire de plus, le roi confia son corps au dossier de sa chaise.

Après avoir reçu une carte de la région, Kurats s’était précipité hors de la capitale comme un coup de vent.

Il arriva très vite dans les montagnes de Betwana, où il fut confronté à une énorme falaise de granit.

« Elle a l’air assez facile à couper. »

{Tu aurais pu réparer le mur sans avoir besoin de venir ici si tu avais simplement utilisé le sort de fusion. Cela n’aurait-il pas été mieux ?}

Bernst grogna.

Kurats avait un trésor de sorts magiques à sa disposition et il ne les utilisait pas.

Bernst aurait pu réparer un tel rempart en un rien de temps. Il lui aurait même donné des capacités de défense physique et de défense magique plus fortes.

Pourtant, Kurats, avec sa mentalité simpliste, avait décidé d’aller chercher des pierres à la place. Bernst était loin d’être satisfait.

« Non, je suis toujours inquiet au sujet de mon contrôle magique. »

Si Kurats ratait son sort de fusion et apportait plus de destruction à Macbarn à cause de cela, il perdrait la face.

En outre, si les plaintes de Bernst consistaient à rendre le processus plus tape-à-l’œil ou grandiose, Kurats était certain que ses prouesses physiques seraient plus qu’étonnantes.

{Espèce d’abruti.... !}

Bernst savait que le contrôle magique nécessaire pour transformer les éléments chimiques et affiner les pierres avec une précision millimétrique était bien plus étonnant que n’importe quel tour de force simpliste. Cependant, Kurats n’était pas capable de comprendre la grandeur d’un tel sort.

Mais c’était très probablement dû au niveau inférieur des techniques magiques de ce monde.

Ne prêtant pas attention aux plaintes de Bernst, Kurats mit une partie de son pouvoir magique dans sa main et courut vers la falaise.

« Aaaaaaaaaaaaaah ! »

Avec l’aide de son pouvoir magique, il améliora la vitesse et la force de sa main, la rendant plus tranchante qu’un rasoir et plus puissante qu’un marteau.

Il sauta de dix mètres et pencha sa main vers la falaise, créant une crevasse qui descendit jusqu’au sol.

Le granit dur avait été taillé comme un morceau de viande tendre, le bloc mesurait dix mètres de haut et 20 mètres de long

{Le sort « Vent Tranchant » aurait suffi, c’était une perte de temps…}

« Qui s’en soucie ? C’était génial ! »

Environ deux heures s’étaient écoulées depuis le départ de Kurats vers l’est.

Sur le terrain surplombé par les remparts de la capitale, un objet massif s’approchait. On aurait dit une sorte de colline.

« Il l’a vraiment fait ! »

Nikolaï tomba sur sa chaise à la suite d’un choc.

Sa réaction était naturelle. Il était déjà impensable que quelqu’un puisse faire l’aller-retour vers les montagnes du Betwana en deux heures, sans parler du fait de le faire en transportant une masse de granit de dix mètres de haut.

Kurats se rapprochait rapidement, mais d’après les yeux de ceux qui n’étaient pas au courant, il semblait qu’un rocher massif s’approchait tout seul.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est… une pierre ? Comment peut-elle bouger ?! »

« On va se faire écraser ! »

Lorsqu’il se rendit compte que les citoyens commençaient à paniquer, Nikolaï s’empressa d’appeler Rodrigo et d’autres chevaliers.

« Je veux que tous les chevaliers aillent immédiatement guider monsieur Mathers. Et dites aux gens qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. »

« Oui, Votre Majesté. »

Lorsque Nikolaï donna l’ordre, les chevaliers sortirent de leur stupeur et allèrent rejoindre Kurats devant les remparts.

Une fois arrivés, leurs yeux étaient coincés entre le choc et l’étonnement alors qu’ils levaient les yeux vers Kurats et l’énorme morceau de granit qu’il transportait.

« Alors, où dois-je mettre ça pour l’instant ? »

« Attendez que nous ayons fini de nettoyer les décombres… »

À partir de ce jour, ceux qui avaient été témoins du spectacle stupéfiant dans la capitale de Macbarn commencèrent à appeler Kurats « les bras divins de Betwana. »

Quelques jours plus tard, Nikolaï mobilisa ses forces, à la demande du royaume de Lapland, puis écrivit personnellement une lettre au royaume d’Elsrid, qui était un pays voisin.

Et puis, deux semaines plus tard.

Le royaume de Lapland, le royaume d’Elsrid, le royaume de Macbarn et le royaume de Mountbatten signèrent tous une alliance militaire entre les nations du nord, et déclarèrent conjointement la guerre contre l’empire Asgard.

◆ ◆ ◆

Après leur défaite à Berglund, l’armée de l’empire Asgard se retira à Turku, une base stratégique au sud de Lapland, pour se reposer.

Ils avaient subi de lourdes pertes lors de leurs deux dernières batailles. Pire encore, le moral des soldats, qui étaient autrefois si fiers de ne pas connaître la défaite, s’était effondré.

Ils avaient commencé à penser qu’ils n’étaient peut-être pas si forts.

Cabernard ne pouvait que regarder amèrement ces doutes dévorer le moral de ses soldats.

« Nous avons perdu 40 % de nos troupes de mages. Même si nous obtenons des renforts, il pourrait être difficile de revenir à 70 % de nos effectifs initiaux. »

Cabernard fronça les sourcils en écoutant le rapport du commandant divisionnaire de l’escadron, Navarre.

Cabernard savait que la seule raison pour laquelle les pertes étaient si importantes parmi les mages était qu’ils étaient spécifiquement ciblés par l’ennemi, mais il était toujours difficile pour lui d’accepter ce bilan.

Les troupes de mages étaient normalement la branche la plus sûre de l’armée, car elles devaient être gardées sous la protection de l’infanterie lourde.

Contrairement à leur immense puissance de feu, leur défense était assez faible. Pour cette raison, ils n’étaient jamais allés en première ligne et n’étaient pas censés être directement impliqués dans les batailles de l’escadron.

Mais toutes ces attentes avaient été réduites à néant par les roches massives de Kurats.

Son intervention à elle seule avait suffi à tuer des centaines de mages.

« Et maintenant, 50 % de nos canons magiques ont aussi disparu. Si l’on ajoute les 20 % de pertes dans l’infanterie lourde, nous avons perdu 20 % de nos forces au total. »

En ce qui concerne le nombre de soldats, les forces d’Asgard détenaient toujours un avantage écrasant sur Lapland.

Le problème était que les mages et les canons magiques étaient leur principale puissance de feu et qu’ils avaient subi trop de pertes sur ce front.

Seule une bonne combinaison de ces deux aspects de leurs forces serait capable d’infliger des dégâts à ce monstre. Cabernard avait dû accepter le fait qu’il serait trop dangereux de se battre sans d’abord récupérer les pertes de son armée.

« Comment tiens-tu le coup ? »

Brigitte était venue voir Cabernard, une expression déprimée sur son visage.

« Pas très bien. Mais tu n’as pas l’air de te sentir très bien non plus. »

« La plupart de mes soldats sont des cavaliers. On aurait subi trop de dégâts si on avait fait un retrait. Nous ne pouvions pas nous défendre. »

La grande mobilité de l’escadron des éclaireurs de Brigitte s’était faite au prix de sa défense.

Si elle poussait ses soldats trop loin, cela se traduirait immédiatement par de grandes pertes.

« Berglund était trop loin. Étais-je trop impatient de réussir ? »

En y repensant rétrospectivement, même si le comte de Berglund avait rompu son allégeance à Lapland, Asgard n’avait pas besoin d’intervenir aussi rapidement.

S’il avait simplement laissé les choses en l’état, les soldats de Lapland se seraient entretués les uns contre les autres, laissant suffisamment d’espace aux troupes d’Asgard pour lancer tranquillement leur attaque par la suite.

« Nous avons été assez humiliés comme ça. Tu n’as pas l’intention de te retirer tranquillement et d’abandonner, n’est-ce pas ? »

Brigitte se rapprocha de Cabernard, un regard féroce dans les yeux.

Le fait qu’elle ait failli être vaincue et qu’elle ait été forcée de s’enfuir face à Frigga avait grandement blessé la fierté de Brigitte.

Comme elle avait aussi le mot « blanc » dans son titre, elle partageait avec elle une forme de rivalité.

« Après ce qui s’est passé à Berglund, je crains que Macbarn et Elsrid ne commencent aussi à agir. On revient à la case départ. On ne peut pas se permettre de perdre à nouveau. »

Même si Lapland recevait des renforts de la part de ses alliés, le camp d’Asgard serait encore plus puissant, surtout avec l’ajout récent de l’escadron des éclaireurs de Brigitte à l’effectif global des forces de Cabernard.

Cependant, son armée se trouvait actuellement en plein milieu de Lapland, ce qui donnait à l’ennemi un avantage géographique.

Il était prudent de supposer que cet avantage serait suffisant pour compenser la différence de puissance entre les deux armées.

De plus, si Asgard perdait la prochaine bataille, cela nuirait à la position dominante de leur force militaire.

« Penses-tu vraiment que ces lâches vont passer à l’action ? »

« Ils le feront. S’ils voient ce monstre en action, ils ne resteront pas sans rien faire. »

Kurats était une arme stratégique qui pouvait changer le cours d’une guerre par lui-même.

Sa présence serait beaucoup plus encourageante que l’intervention d’une armée de dix mille soldats.

Aucun roi n’essaierait de se faire l’ennemi d’un homme comme lui.

« Tu as peut-être raison. Bon sang, qui aurait cru que les choses tourneraient si mal dans un pays si lointain… »

« Ne m’en parle pas. Rien de ce que je dirai à Sa Majesté ne justifiera une telle lutte contre un si petit royaume. »

À la seconde où Cabernard prononça les mots « Sa Majesté », Brigitte sentit un frisson couler sur sa colonne vertébrale.

Si Cabernard ne parvenait pas à apporter des résultats dans cette guerre, il ne serait pas le seul à être puni.

Brigitte n’était autrefois qu’une simple soldate, qui avait gravi les échelons jusqu’à ce qu’elle atteigne son poste actuel. Elle n’avait pas l’intention d’être rétrogradée maintenant, après tout ce temps.

« Maintenant que je suis venue en tant qu’atout, te reste-t-il une sorte de dernier recours ? »

Le quatrième escadron de Cabernard n’avait pas de héros comme Brigitte, qui pouvait changer le cours d’une guerre par elle-même.

Cabernard était réputé pour être un stratège, mais cela ne suffisait pas. Il était extrêmement incompatible avec un adversaire comme Kurats.

Tout ce qu’il pouvait faire en réponse à la question directe de Brigitte était de se gratter la tête avec un sourire amer.

« J’ai préparé quelque chose, mais ça va me prendre un peu de temps pour le faire. Je vais ainsi donner plus de temps à Lapland pour s’organiser, et ça me fait vraiment chier… »

***

Chapitre 58

Après avoir rempli leur mission, Kurats et Hans quittèrent Macbarn et repartirent en Lapland.

« Hahahaha ! Nous avons accompli notre tâche à merveille grâce à vous, monsieur Mathers ! »

Hans s’était mis à rire en regardant sournoisement le visage de Kurats. Depuis le jour où Kurats avait transporté la roche des montagnes de Betswana, Hans était devenu très docile. Il ressentait maintenant une peur et un respect profonds envers Kurats.

Tous les hommes naissaient avec le désir, caché ou non, de résoudre tous leurs problèmes par la force brute. Même dans un monde rempli de magie comme celui-ci, ce fait reste toujours vrai. Bien qu’étant une tête de mule, on pourrait dire que Kurats était dans ce sens l’idéal absolu pour un homme. Mais le respect que Hans ressentait n’était rien comparé à la peur qu’il eût d’affronter la colère de Kurats. Cela l’avait rendu servile et lui avait fait perdre tout sens de l’arrogance. Kurats était à la fois surpris et irrité par ce comportement, mais Bernst était de bonne humeur.

{C’est exact ! Craignez-moi ! Respectez-moi ! Tremblez devant l’égal des dieux, le roi magique !}

On aurait dit que Bernst avait accumulé du stress sans s’en rendre compte. Cela devait être dû au fait que Kurats refuse de faire quoi que ce soit de ce qu’il disait. Et tout ce stress se manifestait maintenant sous forme d’excitation. Mais peut-être que ces sentiments étaient la preuve que Bernst était légèrement influencé par les émotions de Kurats.

« Hmm…? Qu’est-ce que c’est… ? »

Kurats remarqua quelque chose de familier qui volait vers lui à un rythme très rapide. C’était l’énorme griffon qui s’était battu à ses côtés à Berglund. Naturellement, Frigga était aussi là, chevauchant sur le dos de la bête tout en agitant joyeusement la main, un grand sourire sur son visage.

« Mon seign… Seigneur Mathers, je suis contente de voir que tu vas bien… ! »

Après l’atterrissage, Frigga s’était presque accrochée par réflexe à Kurats, mais elle avait à peine réussi à se contrôler. Son maître lui avait ordonné de se souvenir de la manière dont elle devait se comporter en public. Alors qu’elle trouvait cela regrettable, elle n’avait pas d’autre choix que de se conformer à ses ordres.

« La mission a été un succès, tout s’est bien passé. »

« Oui, j’ai eu des nouvelles des messagers. Mon frère organise déjà la réception des troupes avec les autres nations. Et tout cela grâce à toi. »

Alors qu’elle se comportait de façon décontractée, Frigga s’agrippa à la main de Kurats. Le contact de cette grande main lui rappela cette nuit fatidique et enchanteresse.

Aaah, s’il te plaît, tourmente-moi encore !

À cette pensée, Frigga commença à rougir, incitant Hans et les gens qui l’entouraient à la regarder chaleureusement. Hans essayait habituellement d’attirer l’attention de la princesse à ce moment-là, mais en ce moment, il était très discret. Loin d’être trop sûr de lui ou pompeux, il voyait en fait Kurats comme un seigneur sous lequel il pourrait potentiellement servir. Le fait qu’il ait été témoin de la force de Kurats le rendait encore plus admiratif.

« Alors, monsieur Mathers, si ça ne te dérange pas… serais-tu prêt à monter sur le dos de Shellac avec moi afin de m’accompagner au château ? »

Tandis que Frigga levait les yeux vers Kurats, on aurait dit qu’elle remuait une queue invisible derrière elle.

{C’est trop… !!}

Cet attribut canin était un trait puissant qui chatouillait l’estime de soi d’un homme, ce que ni Cornelia ni Lunaria ne possédaient.

« Si ça ne te dérange pas, accroche-toi à ma taille. »

« Oui. »

Ne prêtant pas attention aux yeux de Shellac, qui semblait dire : « Hein ? pourquoi viendrais-tu avec nous ? », Kurats s’accrocha à la taille fine de Frigga par-derrière. Après s’être à peine empêchée de s’évanouir de la chaleur de l’étreinte, Frigga cria à son Griffon.

« Vas-y, Shellac ! Vole ! »

Shellac obéit avec indifférence et battit des ailes puissamment.

La bête s’éleva régulièrement au-dessus du sol jusqu’à ce que Hans et les gens autour de lui commencent à ressembler à des taches de poussière. Une fois que Shellac volait suffisamment haut, le visage de Frigga était devenu rouge de timidité. Elle pencha ensuite sa tête sur la poitrine de Kurats.

« Je me sentais si seule sans toi, mon seigneur… »

Elle se frotta la joue sur la poitrine comme un chiot gâté avec son maître.

« Content de voir que vous allez bien, Votre Altesse. »

« Pourquoi m’appelles-tu Votre Altesse !? Appelle-moi “chienne” comme la dernière fois ! »

{Bernst, espèce de fou, qu’est-ce que tu as fait ?}

{Ne t’ai-je pas dit que je l’avais disciplinée ? Si je n’avais pas repris ton corps ce jour-là, elle t’aurait probablement agressé et volé ta virginité.}

{De quoi parles-tu ? C’est la première fois que j’entends parler de ça.}

Tout ce que Kurats savait, c’était que, lorsqu’il s’est réveillé après ce soir-là, Frigga était pour une raison quelconque devenue toute douce.

{Je ne savais pas ce que ta sœur ferait si cela arrivait, alors j’ai dû la discipliner personnellement pour la remettre à sa place.}

{Qu’as-tu fait exactement !? Mais quand même, je suppose que je dois te remercier, tu m’as sauvé là !}

« Monseigneur ? Ai-je fait quelque chose qui te déplaît ? »

En regardant le malaise apparent sur la petite tête de Frigga, Kurats l’avait serré dans ses bras par-derrière.

« Ah ! »

Le visage de Frigga était devenu encore plus rouge qu’avant, il semblerait qu’il y avait presque de la vapeur qui sortait de sa tête.

« … Comment dire ceci… ? Je suis désolé de t’avoir laissée seule si longtemps. »

« C’est… c’est bon ! Je ne suis pas digne d’ennuyer mon maître avec de telles questions… Mais… je suis contente que tu t’inquiètes pour moi, même si c’est juste un petit peu… »

{Je ne pourrais jamais me lasser de cette jolie fille…}

{L’esprit de l’autre princesse est déjà à la bonne place, mais tu devrais penser à des contre-mesures contre ta sœur.}

Lunaria ne se plaindrait pas tant qu’elle aurait une bonne place dans la hiérarchie des filles. Le problème était Cornelia. Si elle perdait le contrôle d’elle-même, Kurats pourrait-il survivre ?

« Ooooh, je vois ce que c’est, tu t’en es pris à une troisième fille juste après m’avoir confessé tes sentiments envers moi? Je vais t’apprendre à te moquer de moi ! »

Kurats pouvait déjà entendre Cornelia dire ça. Il ressentit une sensation de froid dans son entrejambe, qui avait été rapidement suivie de sueurs froides.

{Je ne peux pas faire comme si de rien n’était ?}

{Ouais, ça ne va pas marcher.}

« Haaaaah... »

Alors qu’il brossait les cheveux de Frigga, qui s’accrochait à lui comme un chat, Kurats s’inquiétait de plus en plus des calamités qui pourraient l’attendre dans un avenir proche.

« Monseigneur… Je désire que tu me fasses souffrir encore plus… »

« Frigga… Ça risque d’être long, mais on va t’arranger ça, d’accord ? OKAY ? »

◆ ◆ ◆

Siegfried salua Kurats, qui était venu avec Frigga, avec un grand sourire sur son visage.

« Seigneur Mathers ! Je n’ai pas de mot pour exprimer ma gratitude pour tout ce que vous avez fait ! Non seulement Macbarn et Elsrid, mais même Mountbatten a rejoint notre alliance ! »

L’alliance formée entre les quatre pays du Nord était suffisamment grande pour leur permettre de concurrencer les grandes puissances du continent. Ils avaient même pris contact avec l’un des cinq grands, le royaume de Katarael, et on disait qu’à Jormungand, la faction qui s’opposait complètement à Asgard gagnait rapidement en influence.

{On dirait que Rosberg et les autres travaillaient dur.}

Kurats souriait à lui-même. La vérité, c’est que Lapland, à elle seule, était dix fois plus faible que n’importe lequel des cinq grands pays. Après avoir perdu deux fois contre un si petit pays, Asgard commença à croire que ce n’était pas grand-chose. Il était tout à fait naturel que la faction de Lunaria ait pu faire un retour en force au sein du conflit interne du royaume pour le pouvoir. Le marquis de Strasbourg, Albert, était probablement de mauvaise humeur.

{C’est bien fait pour lui.}

Kurats riait silencieusement.

« Juste une dernière bataille. Si nous remportons la victoire dans la prochaine bataille, Asgard abandonnera probablement l’occupation de notre pays. Les gains potentiels ne vaudraient plus les risques et les pertes. »

Asgard avait naturellement suffisamment de force à disposition. Si Lapland s’essayait à la guerre d’usure, le royaume serait sans aucun doute vaincu, même avec le soutien de l’alliance du Nord. Cependant, si Asgard parvenait à occuper Lapland sans pouvoir récupérer les fonds perdus, leur pouvoir dans son ensemble s’en trouverait affaibli. Et si un pays puissant comme Jormungand visait cette opportunité, cela amènerait une crise majeure pour l’empire. Bien qu’il soit très ambitieux, l’empereur d’Asgard, Heimdall, n’était probablement pas assez incompétent pour laisser cela arriver.

« Il y a déjà 10 000 hommes qui arrivent de Macbarn. Leurs mages de feu seront une aide précieuse. Elsrid et Mountbatten enverront probablement 5000 hommes chacun, donc au total, nos effectifs devraient atteindre environ 35 000 hommes. »

Les forces réorganisées de Lapland, à l’exclusion de celles qui étaient chargées de maintenir l’ordre public, atteignaient à peine les 15 000 hommes. C’était le résultat de leur défaite écrasante au début de la guerre. Pendant ce temps, les effectifs du côté d’Asgard avaient dépassé les 50 000 hommes après que l’escadron de Cabernard fut rejoint par l’escadron de Brigitte. Cela étant, Lapland se trouvait toujours dans la même situation difficile qu’auparavant. Cependant…

« Je suis désolé de devoir dépendre à nouveau de vous, mais je crois que votre pouvoir est comparable à celui d’une armée, monsieur Mathers. Notre alliance s’est construite rapidement, mais avec vous à nos côtés, nous aurons nos chances de gagner ! »

Kurats avait pu protéger tout Berglund avec l’aide de Frigga. Ce n’était qu’en raison de sa présence qu’Elsrid et Macbarn avaient accepté de rejoindre l’alliance malgré leur désavantage en nombre. Bien qu’il ait honte de le dire, Siegfried n’avait pas d’autre choix que de compter entièrement sur Kurats.

{Hahahahahaha... Comme prévu !}

Bernst chantait fièrement ses propres louanges avec un méchant sourire sur son visage.

{As-tu planifié quelque chose ?}

{Disons juste que j’ai préparé une scène qui conviendrait à un roi magique comme moi.}

Au sein de la nouvelle alliance militaire du Nord, qui était aussi puissante que certains des cinq grands pays, aucun pays n’avait autant d’influence que Lapland. Que se passerait-il si l’alliance battait Asgard et commençait à soutenir Lunaria ? Et si, avec ce soutien, Lunaria parvenait à succéder à Jormungand, comment Kurats sera-t-il traité pour toutes ses contributions ? Sans compter que Lapland aura une dette à vie envers Kurats, car il serait considéré comme leur sauveur. Dans ce scénario, il ne devrait rester que très peu de personnes sur le continent qui pourraient retenir ou contrôler Kurats de quelque façon que ce soit. Puis, avec Cornelia, Lunaria et Frigga comme femmes, il abattra Asgard et régnera en roi suprême sur ce continent.

Il y a bien longtemps, avant qu’il ne devienne roi magique, il fut un temps où le pouvoir de Bernst seul ne lui suffisait pas pour imposer à lui seul sa règle au monde. Il était impuissant à l’époque, mais pour une raison ou une autre, ces jours-là lui manquaient.

{Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? J’étais si faible à l’époque. Pourquoi je deviens nostalgique… ?}

En raison de la faiblesse de Kurats, Bernst avait été contraint de choisir le moyen le plus détourné et le plus gênant pour atteindre ses objectifs. Mais il aimait secrètement ça.

{Bon sang, cette tête de lard est une telle plaie.}

***

Chapitre 59

À environ 30 km au sud de Crowdagen, il y avait une vaste étendue de plaine appelée les plaines de Mycènes.

Au milieu des nombreuses montagnes de Lapland, les terrains plats étaient rares.

Avant la guerre, les plaines de Mycènes étaient le seul grenier à blé qui animait les tables à manger du royaume, mais tout ce qui en restait aujourd’hui était un tragique terrain vague.

Les deux armées avaient des dizaines de milliers d’hommes en armure.

Il n’y avait aucune chance que le sol reste fertile après avoir été piétiné par tous ces soldats et leurs chevaux.

Qu’ils le veuillent ou non, Lapland allait connaître une forte baisse de ses récoltes cette année.

Pourtant, c’était encore préférable à la destruction du pays.

Parfois, un pays devait forcer son peuple à travailler pour sa propre survie, ce qui était tout à fait naturel pour lui.

Malgré cela, Lapland s’était d’abord montrée réticente à endommager ses propres terres agricoles, mais elle était certaine qu’il n’y avait pas d’autre endroit adéquat pour déployer sa grande armée.

Il y avait une autre terre au sud de ces plaines appelées Farris qui avait également été considérée comme une option, elle était située près des frontières du royaume et fut le lieu de leur premier affrontement contre l’ennemi.

Le problème, c’était qu’Asgard n’avait aucune raison de se replier aussi loin.

Ainsi, au final, les plaines de Mycènes furent destinées à devenir un champ de bataille. C’était inévitable.

« Ils avaient bien plus de canons magiques la dernière fois, et ils n’ont plus que 60 % de leurs mages. »

{Ce genre de forces ne peut pas être considéré comme une force ordinaire, elles ne peuvent pas être facilement remplacées.}

Au lieu de cela, le fait qu’Asgard avait réussi à ramener le nombre de ses mages à 60 % témoignait de leur grande efficacité.

Ils ne faisaient pas partie des cinq grands royaumes pour rien.

Si Lapland avait été dans la même situation, elle n’aurait même pas tenté de remplacer qui que ce soit.

Honnêtement, Kurats avait été impressionné par l’armée Asgardienne.

Leurs formations étaient bien organisées et leur moral était complètement remis sur les rails.

Avec les dégâts qu’ils avaient subis, il serait normal qu’ils aient peur ou qu’ils soient ébranlés.

Même les élites d’Asgard n’auraient pas dû faire exception.

« C’est assez incroyable. Je suppose que c’est l’œuvre du talentueux mur de fer, Cabernard. »

Frigga acquiesça d’un signe de tête.

Elle et Kurats chevauchaient actuellement des chevaux côte à côte.

Les unités de griffons se tenaient en attente en tant que formation de réserve à l’arrière de l’armée.

Mais depuis qu’elle était commandante, Frigga avait dû rester sur un cheval pendant un certain temps afin de donner des directives aux forces de son royaume.

« Comme je m’y attendais, si nous laissons les soldats aller de l’avant, ils ne seront pas à la hauteur de ceux d’Asgard. Tout dépendra de la façon dont toi et moi interviendrons, monsieur Mathers. »

« Je suis prêt. »

Les effectifs de l’Alliance du Nord étaient peu nombreux, mais la question encore plus importante était qu’il était impossible de placer une telle alliance sous une chaîne de commandement unie, quelle que soit leur volonté de coopérer.

Ainsi, même s’ils pouvaient avoir leurs chances pendant un siège, ils ne pouvaient en aucun cas remporter une victoire sur un champ de bataille ouvert.

La raison pour laquelle Frigga avait encore osé défier l’ennemi sur un champ de bataille ouvert était que, d’abord, elle croyait que la puissance de l’alliance ne serait pas capable de résister à une bataille aussi longue qu’un siège, mais plus important encore, elle croyait au pouvoir de Kurats.

« C’est dur d’être populaire. »

{Un roi doit répondre à de telles attentes.}

Bernst parlait joyeusement. Il espérait que les succès que Kurats allait remporter ici l’aideraient à établir sa position dans l’avenir.

{Après tout ce que tu as fait, tu ne veux pas retourner dans ton pays sans une victoire à montrer à ta sœur, hein ?}

Eh bien, la devise de notre famille est « Le vainqueur a toujours raison, et la moitié du combat consiste à revenir vivant ».

Les parents de Kurats étaient d’anciens mercenaires et, avant de mourir, ils lui avaient inculqué leurs enseignements dans sa tête.

Pour les mercenaires, peu importait la méthode qu’ils devaient utiliser tant qu’ils obtenaient la victoire, et s’échapper était toujours une meilleure option que la défaite.

Et bien sûr, comme ses parents le lui avaient enseigné, Kurats n’avait pas l’intention de mourir avant qu’il ne puisse rencontrer Cornelia à nouveau, et il n’avait pas la moindre envie de perdre.

« Oh, hey ! Content de vous voir ici aussi, monsieur Mathers ! »

C’est alors que Rodrigo se présenta, portant une armure de plaques qui couvrait son énorme corps.

« J’ai hâte de commencer à me battre ! Je suis content de pouvoir me battre à vos côtés ! »

Tout comme Hans, Rodrigo était un vrai crétin. Il était joyeux et saluait Kurats le cœur ouvert, même s’il avait été battu par lui il n’y a pas si longtemps.

Ce comportement était vraiment un mystère pour Bernst. Pour autant qu’il le sache, les hommes qui avaient été forcés de se soumettre par la force de son adversaire n’auraient généralement pas montré ce genre d’éclat et de gentillesse en retour.

{ … Je ne comprendrai jamais le fonctionnement intérieur du cerveau d’un crétin.}

Le fait que Bernst avait pensé à cela montrait probablement qu’il était en train de changer.

« Monsieur Rodrigo, j’attends avec impatience le soutien que vous et vos mages de feu apporterez à cette bataille. Notre pays n’avait pas beaucoup de mages en premier lieu, et maintenant nous n’en avons plus que la moitié… »

Frigga inclina la tête devant Rodrigo tout en se sentant très découragée par l’état de l’armée de son royaume.

Même avec l’aide de Macbarn et d’Elsrid, l’alliance serait à peine capable de tenir le coup dans une bataille magique contre Asgard.

Si Lapland était seule, l’ennemi pourrait les inonder librement et unilatéralement de sorts anti-militaires.

« N’en parlez pas, Mlle Frigga ! J’ai également hâte de voir vos unités de griffons en action ! Avec suffisamment de griffons, vous pourriez changer le cours de la guerre dans son ensemble ! »

Outre Kurats, les unités de griffons dirigées par Frigga étaient la force qui attirait le plus l’attention de tous les autres pays.

Pouvoir contrôler un monstre était déjà considéré comme assez étonnant, mais pouvoir contrôler les griffons était une autre histoire, car cela leur donnait une supériorité dans les airs.

Cela pourrait changer le cœur des manœuvres militaires et des installations militaires défensives du continent.

Ces griffons offraient la possibilité de se battre dans les airs, sans obstacle, ce qui ouvrait la porte à de nouvelles manœuvres aériennes omnidirectionnelles. C’était assez précieux pour attirer l’attention des grandes puissances comme l’empire Asgard.

L’une des raisons pour lesquelles ils avaient choisi Lapland comme cible en premier lieu était probablement qu’ils avaient des soupçons quant à l’existence de ces unités de griffons.

« C’est dommage que nous soyons confrontés à Brigitte. Les griffons ne pourront rien faire avec un mage de type vol comme elle de l’autre côté. »

Malheureusement, Frigga n’avait que quelques griffons à sa disposition. Avec l’aide de quelques subordonnés seulement, Brigitte pourrait facilement les tenir à distance.

« C’est vrai. C’est pourquoi le facteur décisif de cette bataille sera de voir à quelle vitesse je peux battre Brigitte. »

Kurats aimait l’esprit de Frigga.

Elle n’avait pas envisagé une seconde de perdre.

C’était difficile de trouver ce genre de personnalité chez un commandant de première ligne comme elle.

Elle dégageait une aura qui lui donnait de l’espoir pour l’avenir, et elle avait le pouvoir de l’appuyer.

Ses paroles hyper confiantes avaient complètement fait oublier à Kurats la gravité de la bataille à venir.

Ses yeux rencontrèrent ceux de Rodrigo, et ils éclatèrent de rire tous les deux.

Frigga protesta avec véhémence contre les rires bruyants des deux hommes.

« Qu’est-ce qui te fait rire, Maît-Seigneur Mathers !? Et vous aussi Seigneur Rodrigo ? »

Son visage boudeur fit ressembler ce commandant de première ligne à une simple jeune femme, ce qui ne fit que faire rire davantage les deux hommes.

« H, hey ! Si tu n’arrêtes pas de rire, je vais me fâcher ! »

Les joues de Frigga rougissaient de plus en plus, elle devenait de plus en plus bouleversée.

Et c’était à ce moment précis que Kurats avait finalement commencé à la voir sous un jour particulier.

***

Chapitre 60

L’alliance du Nord termina sa formation. L’armée de Macbarn était positionnée à gauche, Moutbatten et Elsrid s’occupaient de la droite, et Lapland était au centre.

Leurs forces totalisaient 35 000 hommes.

Pendant ce temps, le camp de l’empire Asgard n’avait qu’à diviser son quatrième escadron en trois parties pour affronter chacune des armées de l’alliance.

Quant à l’escadron de rangers de Brigitte, il était maintenu en attente, servant de réserve à l’arrière de leur formation.

Considérant seulement leur potentiel de guerre, l’empire Asgard était toujours le côté dominant.

Leur nombre atteignit 52 000 hommes avec l’inclusion de l’escadron de rangers, et la puissance de feu de leurs unités de mages était naturellement aussi supérieure.

Le seul problème auquel Brigitte et Cabernard étaient confrontés était de savoir comment faire face à l’extraordinaire pouvoir de Kurats et de Frigga.

« Pour l’amour de Dieu, je n’arrive pas à croire qu’on nous force à utiliser ce trésor contre un si petit pays. »

Brigitte grogna avec haine en regardant les griffons blancs purs au centre de la formation de l’alliance du Nord.

Elle ne pouvait pas oublier son dernier combat contre Frigga.

Elle n’avait pas été vaincue, mais abandonner le duel et s’enfuir était presque la même chose que perdre.

Pour une personne aussi fière qu’elle, c’était inacceptable.

Cette fois, je vais régler les choses pour de bon. La vengeance arrive !

Son désir de vengeance brûlait en elle.

« Votre Excellence, les unités des mages volants sont prêtes. »

« Bien. Ils sont sur le point d’apprendre que leurs “grands” griffons ne sont rien d’autre que des bêtes. »

L’escadron de Brigitte n’avait reçu qu’un seul peloton de mages de l’empire. Mais bien qu’ils soient peu nombreux, c’était des élites méticuleusement entraînées.

Ils étaient tous équipés d’artefacts rares possédant l’attribut du vent, et avaient été entraînés à combattre dans les airs.

Si les ennemis voulaient transformer le ciel en champ de bataille, qu’il en soit ainsi. L’empire Asgard n’avait pas l’intention de regarder avec les bras croisés.

« Vérifiez que vous avez assez de puissance magique de propulsion. Personne ne veut vous voir vous écraser parce que vous n’avez plus de carburant. »

« Compris ! »

La magie de vol n’était pas nouvelle.

Cependant, il était impossible d’utiliser d’autres sorts offensifs en utilisant la magie de vol.

Pour faire face à ce problème, on avait créé des artefacts de vol avec des symboles magiques de haut niveau qui y étaient incorporés.

En utilisant de tels outils, un mage de premier ordre pouvait voler librement dans le ciel tout en utilisant simultanément d’autres sorts.

Brigitte était convaincue que si elle pouvait augmenter le nombre de mages dans ce peloton, ils pourraient devenir un atout majeur de l’empire Asgard, et peut-être même une branche clé de leur armée.

Pendant ce temps, Cabernard regardait le campement de Laponie, son esprit combatif brûlait.

Qu’il s’agisse de Macbarn, d’Elsrid ou même de l’alliance du Nord dans son ensemble, ils étaient tous sans valeur.

Il croyait personnellement qu’aucune nation du continent ne pourrait jamais vaincre l’empire Asgard dans une bataille entre soldats réguliers.

Tout ce qui comptait pour lui à ce moment-là, c’était de savoir comment il allait supprimer Kurats et Frigga.

« Si l’épéiste démoniaque était là, il aurait pu se battre lui-même… »

L’épéiste démoniaque était le chef du premier escadron, Gunther. S’il avait été mis dans la même position que Cabernard, il aurait pu personnellement défier Kurats en duel et le combattre de front.

Cabernard n’était pas faible, mais quand il s’agissait de sa force de combat personnelle, il était de loin inférieur à Gunther.

Il était impossible pour lui de défier Kurats dans un combat en un contre un.

« Eh bien, ce n’est pas la peine de demander la lune. Je vais quand même montrer à ce jeune homme que le pouvoir de l’empire n’est pas quelque chose dont il peut se moquer. »

Comme son aide, Cabernard regarda avec un sourire intrépide l’objet massif en argent qui avait été transporté ici depuis la capitale de l’empire.

C’était le cavalier magique, « Chaos ».

Il mesurait au total 6 m de haut, et avait assez de puissance pour détruire facilement un solide rempart. Il était également équipé d’un artefact très puissant.

Peu importe la puissance insensée de Kurats, Cabernard était convaincu qu’il ne serait pas à la hauteur du Chaos. Et même s’il l’était, il serait à tout le moins forcé de participer à un duel très équilibré contre lui.

Et tant que Kurats et Frigga seraient occupés, Cabernard pourrait laisser ses stratégies faire le reste.

« Sa Majesté m’a accordé une énorme faveur en me laissant prendre ce chevalier alors qu’il était encore au stade expérimental. J’ai une dette importante. »

Après l’avoir dit, Cabernard ordonna à l’infanterie en première ligne d’avancer.

Les fantassins lourds de l’empire Asgard commencèrent à avancer.

Alors qu’ils avançaient tranquillement, la pression d’affronter la nation la plus forte du continent s’était bien transmise à leurs adversaires.

Les soldats de Lapland préparèrent immédiatement leurs lances. Cette pression avait déjà été gravée dans leur esprit à ce moment-là.

« UNITÉS DE MAGES, COMMENCEZ À TIRER ! »

Rodrigo ordonna aux mages de Macbarn d’intercepter l’infanterie lourde de l’ennemi. Mais peu de temps après, les mages de l’empire Asgard commencèrent aussi à tirer.

Comme les mages de Macbarn avaient déjà commencé à tirer, ils leur étaient incapables de construire un sort défensif pour leurs alliés sur place.

Une pluie incessante de projectiles magiques s’abattit sur l’infanterie en première ligne des forces de Lapland, dont le nombre de mages était extrêmement inférieur.

Malgré les sorts défensifs qu’ils avaient préparés à la hâte, quelques petites sphères de feu avaient atteint leurs cibles et éclatèrent à l’impact, transformant les soldats voisins en tas de chair brûlée.

« Comme prévu, c’est un meilleur tacticien. »

Le moment choisi par Cabernard était si parfait qu’il donnait l’impression d’avoir tout calculé jusqu’au moindre souffle de l’ennemi.

Frigga avait une certaine confiance en ses tactiques militaires, mais elle n’avait pas cru une seconde qu’elle puisse vaincre Cabernard dans une bataille de stratèges.

« Je m’y attendais. »

Avec un sourire ironique, Kurats commença à tourner ses bras pour s’échauffer.

Non seulement le nombre de soldats du côté de l’alliance était moindre, mais leur chaîne de commandement était incohérente, leur puissance de feu était inférieure et leur expérience au combat était à un niveau ridiculement plus bas.

Il était absurde de leur part de penser qu’ils pouvaient rivaliser avec Asgard.

Malgré cela, Frigga avait quand même osé laisser l’empire Asgard faire le premier pas.

L’alliance devait montrer sa détermination à se battre ensemble et à verser leur sang ensemble.

Parce que la fin de cette bataille ne signifierait que le début d’une guerre ouverte contre Asgard.

« Ne chancelez pas ! Levez vos boucliers ! Ne cassez pas la formation ! »

La voix grave de Rodrigo avait parcouru un long chemin, retentissant sur le champ de bataille.

Connaissant les mages de feu dont le royaume Macbarn était fier, Asgard avait équipé les soldats en première ligne d’armures résistantes à la chaleur.

Au sein de l’alliance, l’armée de Macbarn fut la première à s’installer et à se remettre de leur confusion. Ils arrêtèrent d’attaquer inutilement avec leur magie, préparèrent leurs lances, puis se mirent en formation, prêts à rencontrer les fantassins de l’ennemi.

« Et bien, ce type est plus capable que je ne le pensais. »

{Penses-tu avoir le temps de regarder tranquillement la bataille ? L’autre flanc est déjà en train de s’effondrer.}

Bernst avait raison.

Le flanc droit de la formation de l’alliance, qui était tenue par un mélange des forces inférieures de Moutbatten et d’Elsrid, commençait à s’effondrer sous un intense barrage de sorts et sous la pression du progrès constant des fantassins lourds d’Asgard.

Les soldats des deux royaumes allaient être éliminés à la seconde où les fantassins lourds entreraient en contact avec eux, sans pouvoir résister.

« Maintenant, comment vais-je y aller ? »

{Pourquoi y aller ? Tu as enfin rempli ton pouvoir magique, ne peux-tu pas leur jeter un sort anti-armée !?}

Bernst avait parlé avec beaucoup de frustration.

Cependant, l’atmosphère de la bataille donnait l’impression à Kurats que son sang lui montait à la tête. Tout en se léchant les lèvres dans l’anticipation, il rejeta complètement les paroles de Bernst.

« Ce n’est pas mon style. »

{Attends ! Écoute-moi bien, tête de nœud !}

Sans se soucier de la protestation de Bernst, Kurats avait mis son pouvoir au bout de ses pieds et s’était mis à courir avec audace.

« C’EST CE TYPE ! IL EST EN MOUVEMENT ! »

Un éclaireur de l’armée de l’empire Asgard avait parfaitement aperçu un homme se précipitant hors du quartier général de Lapland comme une flèche en pleine course.

« Amateur ! Croyais-tu sérieusement que c’était l’étendue du pouvoir de nos mages !? »

En vérité, seulement 80 % des mages d’Asgard participaient au barrage de sorts qui pleuvait sur les forces de l’alliance du Nord.

Les 20 % restants s’étaient tranquillement préparés, attendant l’arrivée de Kurats.

« Avez-vous la cible à vue ? Il est temps de venger nos camarades tombés au champ d’honneur ! »

« Tous les réglages sont faits, nous sommes prêts à lancer les sorts ! C’est quand vous voulez ! »

« D’accord ! FEU ! »

Les sorts antipersonnel qu’ils s’apprêtaient à lancer étaient un nouveau type de projectile magique appelée Missile magique, qui pouvait automatiquement poursuivre une cible en mouvement.

Cependant…

« H-huh …? »

« Tu te fous de moi ? Pourquoi les sorts ne marchent-ils pas ? »

« Ce n’est pas possible ! Il fait en sorte qu’on ne puisse même pas jeter les sorts ! »

C’était la connaissance profonde des mages qui les faisait paniquer. Ils savaient que ce qui venait de se passer allait à l’encontre des fondements de leur compréhension de la magie.

Il était de notoriété publique que même les barrières magiques les plus élevées ne pouvaient pas éliminer complètement un sort.

Par exemple, un sort de boule de feu pourrait être réduit à une simple étincelle, mais il ne disparaîtrait jamais. Ils n’avaient jamais entendu parler de quoi que ce soit qui pourrait empêcher le lancement d’un sort.

Kurats regardait les mages agités d’un air joyeux.

{Doivent-ils tant paniquer parce que leurs sorts ont été annulés ?}

{En fait, c’est normal pour un mage de paniquer quand il ne peut pas utiliser ses sorts.}

Tout le monde n’avait pas des bras armés comme ceux de Kurats.

« Pas besoin de vous sentir si mal. Je me suis démené pour construire une barrière d’annulation magique afin qu’on puisse se battre honnêtement. Si vous êtes des hommes, laissez parler vos poings ! »

« Il n’y a rien de juste ou de logique là-dedans ! »

À ce moment-là, les cœurs des hommes de l’empire Asgard étaient tous unis.

Ils avaient déjà été témoins de la force physique absurde de Kurats auparavant.

Lui faire face dans un combat à coups de poing était la dernière chose qu’ils ne souhaiteraient jamais faire. Cette déclaration « juste et honnête » était clairement une arnaque.

« C’est dommage que vous le preniez comme ça. Cela a toujours été une règle d’étiquette de base pour les hommes depuis des temps immémoriaux. »

{Ce n’est pas de l’étiquette, tu pensais au mot tradition.}

Tout en ignorant Bernst, qui se sentait encore frustré, Kurats avait joyeusement serré le poing.

« Quoi qu’il en soit, l’essentiel, c’est qu’on va avoir une bonne conversation. »

Nous ne voulons pas d’une telle conversation !

Bien qu’ils aient tous partagé la même pensée, ils n’avaient pas d’autre choix que de combattre le monstre qui leur faisait face.

Boom !

La première victime fit un bruit semblable à celui d’un ballon d’eau qui éclatait.

C’était un sombre rappel qu’un tiers du corps humain n’était rien d’autre que de l’eau.

Le sang frais du soldat avait souillé le sol sous les pieds de son camarade alors que des morceaux de sa chair étaient misérablement éparpillés. Il ne restait de lui qu’un sac de viande.

Bien que les soldats d’Asgard avaient été habitués au champ de bataille, le fait de voir cette scène se dérouler les fit crier de terreur de façon réfléchie.

Leurs armures habituellement fiables s’étaient avérées aussi utiles que du papier ou de la boue.

Avaient-ils toujours été si fragiles ?

« Pouvez-vous vous écarter un peu ? J’ai des affaires à régler avec les mages là-bas. »

Après avoir entendu les paroles de Kurats, les soldats s’étaient rappelé le rôle qui leur avait été assigné.

Ils devaient empêcher ce monstre de piétiner les précieux mages.

Même si cela signifiait sacrifier leur propre vie.

« Continuez ! Nous devons l’arrêter à tout prix ! »

Ils savaient que les lances et les épées seraient inutiles contre lui.

Et s’ils visaient sa bouche et ses yeux ?

Rien n’était absolu dans ce monde.

Et c’était dans la nature humaine de toujours chercher des réponses.

« Unités d’arbalètes ! Tirez à volonté ! Peu importe si vous frappez vos alliés ! Ne le laissez pas s’approcher des mages ! »

« OOOOOOOOOOOOOOOH ! »

Je vois. Je n’en attendais pas moins de l’armée de l’empire d’Asgard. Kurats était impressionné.

L’esprit combatif des soldats d’Elsrid et de Macbarn n’était rien en comparaison.

Bien que les forces de Lapland avaient été motivées par le fait qu’elles étaient la ligne défensive qui protégeait leur lieu de naissance, même elles pouvaient à peine se mesurer à l’empire sur ce front.

Malheureusement, malgré leur combativité incomparable, les soldats d’Asgard n’avaient pu lutter qu’inutilement en ce moment.

« Frapper des marionnettes impuissantes n’est pas mon passe-temps, mais vous avez une belle volonté. »

{Réalises-tu que tu pourrais t’épargner des ennuis en les explosant avec de la magie, hein ?}

{Je sais, mais je ne peux pas m’exciter si je ne ressens pas la chair par moi-même, sais-tu ?}

Ce qui suivit ne prit que quelques minutes à Kurats.

Cependant, pour les soldats sur place, c’était un enfer éternel.

En quelques secondes, ce qui était autrefois un groupe de soldats s’était transformé en flaques d’eau pourpres.

Ils n’avaient aucun moyen de se défendre.

Le simple contact d’un doigt de Kurats les fit disparaître comme si leurs entrailles avaient été évidées par une lame tranchante.

Les armures lourdes et les formations de lances n’avaient rien fait pour arrêter ses attaques.

Ces hommes n’avaient jamais ressenti une telle impuissance auparavant.

Mais leurs nombreux sacrifices n’étaient pas sans valeur. Ils avaient réussi à gagner juste assez de temps pour protéger les mages.

Un objet massif en argent s’était approché de la scène. La terre tremblait sous le poids de son corps gigantesque et pourtant elle bougeait avec agilité.

C’était l’arme secrète ultime de l’empire, le cavalier magique, Chaos.

Bien que Kurats utilisait sa barrière d’annulation magique, elle ne fonctionnait pas sur les sorts qui étaient déjà actifs. Cela étant, l’artefact de grande puissance dont le Chaos était équipé fonctionnait encore parfaitement.

« Tu paieras pour ce que tu as fait à mes soldats ! »

Chaos manifestait un désir ardent de vengeance à mesure qu’il s’avançait.

Bien qu’il avait été conçu d’après un chevalier, il avait été construit avec un corps inférieur épais et multi articulé afin de stabiliser la conduite et de faciliter la tâche du pilote. Les soldats d’Asgard étaient excités de le voir en mouvement.

Son design moderne à angles vifs avait été étudié et créé grâce à l’expertise des ingénieurs magiciens de l’empire Asgard. Il s’agissait d’une technologie splendidement majestueuse.

Kurats était peut-être un monstre, mais Chaos s’était manifesté avec un tel sentiment de chaos que les soldats asgardiens avaient pu retrouver espoir.

« Oh allez, il fait comme si c’était moi le méchant ici. »

{Qui d’autre serait le méchant ? Regarde ce que tu as fait.}

Les cadavres répandus tout autour de Kurats étaient venus confirmer avec éloquence les paroles de Bernst.

« Le vainqueur a toujours raison ! Il n’y aura pas de problème tant que je gagne ! »

{Que quelqu’un fasse quelque chose pour cet abruti…}

***

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Un commentaire

  1. Un grand merci pour le tome 1 et le début de celui-ci, je suis impatient de lire la suite 🙂

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