Wortenia Senki – Tome 6 – Chapitre 2 – Partie 3

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Chapitre 2 : En quête d’un nouveau pouvoir

Partie 3

Le fait de sentir son propre prana et de le canaliser en tant que magie martiale avait ouvert la voie à d’autres formes de magie. Que ce soit pour que d’autres existences lui prêtent leur force sous la forme de magie verbale, ou pour le canaliser en quelque chose et insuffler de la puissance à un objet par le biais de la magie dotée.

Et cela c’était parce que même les deux dernières méthodes de thaumaturgie utilisaient son propre prana. Et tant qu’il ne pouvait pas contrôler le prana circulant dans son propre corps, il ne pouvait pas espérer le canaliser et le contrôler en dehors de son corps. C’est pour cette raison que la magie martiale avait été considérée comme la base de toutes les autres méthodes.

Pour acquérir la magie martiale, il fallait franchir trois barrières. La première était de reconnaître son propre prana et d’être capable de le manipuler. La seconde était de manipuler son propre prana pour ouvrir le chakra qui devait être la racine de toutes les fonctions corporelles, le chakra muladhara, ou chakra racine. Et le troisième et dernier obstacle était de pouvoir fermer volontairement le chakra muladhara après l’avoir ouvert.

La magie martiale consistait essentiellement à ouvrir le chakra dans son corps. Si l’on comparait le corps humain à une machine, le chakra pouvait être assimilé à un moteur. Un véhicule en fonctionnement devait naturellement avoir son moteur actif, mais une fois qu’il était à l’arrêt, il devait avoir ses moteurs éteints. Sinon, le moteur du véhicule consommerait continuellement de l’essence. Il en allait de même pour la magie.

Oui, la logique derrière tout cela est assez simple… Mais j’ai du mal avec la première étape… Si cela se passe mal maintenant, j’ai peur à l’idée de ce qui va suivre… Cette pensée traversa l’esprit de Ryoma.

L’activation de son chakra fit que son corps montrait plus de puissance que sa force musculaire ne le permettait normalement. Et elle devenait exponentiellement plus élevée selon le nombre de chakras actifs. Au total, il y avait sept chakras dans le corps humain. L’idée avait été développée dans l’Inde ancienne, où elle avait été intégrée au brahmanisme, à l’hindouisme, puis au bouddhisme et au yoga.

Mais bien sûr, la différence flagrante entre ces idées et la magie était que la maîtrise de cette dernière donnerait en effet une force surhumaine. Ryoma essaya d’activer le premier de ces chakras, le chakra muladhara, avec l’aide des jumelles Malfist. Mais les choses ne se passaient pas aussi bien qu’il l’avait souhaité. L’impatience et l’anxiété tourmentaient le cœur de Ryoma.

Mais ses inquiétudes s’étaient avérées infondées. Ryoma ne pouvait pas dire combien de temps cela prendrait, mais l’anxiété et la peur avaient commencé à s’estomper progressivement, et son cœur avait trouvé la paix. C’était comme s’il devenait capable d’entendre quelque chose qu’il ne pouvait pas distinguer auparavant, comme si les contours de quelque chose se dessinaient. Il pouvait sentir un certain battement. D’abord à l’aide de sa respiration et de son souffle, et finalement à l’aide de chaque cellule de son corps.

Il pouvait le dire, quelque chose dans son corps était en train de changer.

Je peux sentir quelque chose… Ce n’est pas mon sang… Et ce n’est pas quelque chose qui vient de leurs mains. Il y a quelque chose de chaud qui circule dans mon corps, et ce n’est pas du sang… Est-ce que c’est… mon prana ?

Au moment où il réalisa cela, un changement eut lieu dans le corps de Ryoma. Quelque chose s’était réveillé des profondeurs de ses entrailles qui avait été stimulé par le prana des sœurs Malfist. Une intense pulsation fit rage dans son corps. Ryoma essaya désespérément de le retenir. La façon dont elle faisait rage ressemblait à une bête enchaînée essayant de se frayer un chemin à travers les entraves qui le retenaient en place.

Les mains des jumelles avaient ressenti une sensation de résistance, comme si le corps de Ryoma essayait de lutter contre le prana qu’elles y déversaient. Dès qu’elles sentirent cela, les sœurs avaient lâché son dos.

« Comment te sens-tu ? », demanda Sara, la voix pleine d’inquiétude.

« Oui… je le sens… C’est comme s’il y avait un… animal qui se déchaînait en moi… Argh ! », répondit Ryoma avec prudence.

En ce moment, le chakra muladhara, situé dans le périnée de Ryoma, fut mis en action par le stimulus du prana des sœurs Malfist. Ryoma avait l’impression que, s’il ne gardait pas ses esprits, il pourrait très bien se jeter sur les sœurs comme un animal assoiffé de sang. Les instincts de Ryoma le poussaient à aller de l’avant.

Une envie de faire du mal aux autres. De piller les autres. De tuer les autres.

Une envie. Un instinct. Une impulsion.

La luxure avait bouillonné du fond de son cœur. Cette bête de désir était normalement enchaînée, se débattant et se soulevant pour tenter de déchirer les liens du bon sens. C’était ce que le yoga décrivait comme un éveil de la kundalini. Une explosion que l’on comparait à l’éveil et au déroulement du serpent de la création.

Calme-toi, prend une grande respiration… Comme ça… Doucement…

Mais le corps de Ryoma ignorait sa volonté, et s’activait de lui-même. Ses muscles palpitaient et son rythme cardiaque s’accélérait. La sensation de sa peau devenait beaucoup plus aiguë, et on avait l’impression que toutes les cellules de son corps étaient en surrégime.

Les sœurs Malefist s’étaient fait un signe de tête sans mot et avaient quitté la tente. Même si elles restaient sur place, elles ne pouvaient rien faire.

*****

« Alors, comment va le garçon ? Je suis juste venue signaler que nous en avons fini avec les petits. »

Lione appela les jumelles, qui montaient la garde devant la tente de Ryoma, après avoir terminé l’entraînement avec les enfants.

L’entraînement d’aujourd’hui s’était terminé par une simple explication de la magie et par le déversement d’un peu de prana par les mercenaires dans chacun des enfants. Ils étaient maintenant de retour à leurs études. Lione avait terminé sa part de travail pour ce jour-là, mais Ryoma, celui à qui elle devait rendre compte, était encore au milieu de son propre entraînement.

« Lione… Maître Ryoma est toujours à l’intérieur… »

Les sœurs avaient dit simplement ceci et secouèrent la tête.

Voyant cela, Lione jeta un coup d’œil dans la tente et hocha la tête en signe de compréhension.

« Il prend du temps, n’est-ce pas… Il y est depuis ce matin ? »

Il était déjà trois heures de l’après-midi.

« Oui… Déjà cinq heures, » affirma Sara, suite à quoi les yeux de Lione se tournèrent avec surprise.

« Puisque vous êtes dehors, cela signifie que son chakra… »

« … est encore ouvert, oui. »

Laura fit un signe de tête, son regard plein d’anxiété.

L’expression de Lione se raidit. Elle était préoccupée par la même chose.

« Cinq heures, hein… Le garçon a absorbé beaucoup de prana de tous les gens qu’il a tués… Je suppose que c’est logique… Ça pourrait être dangereux… C’est la raison pour laquelle j’étais contre… »

L’expression de Laura se contorsionnait à ses mots. Ryoma et les enfants passaient par le même processus pour apprendre la magie, mais les conditions de départ de Ryoma étaient radicalement différentes. Au moins en termes de quantité totale de prana absorbée. Les enfants n’avaient aucune expérience en matière de meurtre et n’absorbaient que la quantité nécessaire à la survie de leur corps. Il y avait peut-être eu des différences individuelles, mais la plupart des enfants n’en avaient absorbé que la quantité nécessaire.

Mais Ryoma, en revanche, était bien trop différent à cet égard. Il avait tué à la fois Gaius Valkland et Kael Iruna, des hommes doués en magie, ainsi que d’innombrables monstres. En conséquence, la quantité de prana qui se trouvait dans le corps de Ryoma était presque le double de la quantité ordinaire.

Normalement, avoir plus de prana serait une bonne chose, mais quand il s’agit de maîtriser la magie martiale, cela devenait en fait un inconvénient. Il était plus difficile de contrôler son chakra.

C’était comme si Ryoma allait apprendre à conduire, mais que sa voiture d’entraînement avait été modifiée pour avoir les performances d’une voiture de course. C’était la même voiture et la méthode de conduite ne différait pas beaucoup, mais essayer de la conduire ne pouvait pas être comparé à une voiture d’entraînement.

Tout cela était bien sûr impossible. Aucun débutant ne commençait avec une tâche que seul un élève avancé pourrait accomplir, et aucun professeur n’approuverait de laisser son élève faire cela. De la même manière, quel que soit le monde dans lequel vous vous trouvez, personne ne laisserait un véhicule coûtant une fortune entre les mains d’un amateur.

Mais lorsqu’il s’agissait de maîtriser la magie, la probabilité que cela se produise était faible. Un apprenti n’ayant aucun contrôle sur son chakra pourrait être forcé de conquérir la grande quantité de prana qui réside dans son corps.

Le bon sens de cette Terre était d’attendre que le chakra commence à fonctionner normalement. C’était ainsi que la plupart des mercenaires issus d’un milieu populaire avaient appris la magie. Mais Lione et les autres avaient averti Ryoma que cela pourrait arriver, et Ryoma avait choisi d’ignorer ces avertissements et d’apprendre de force la magie.

Il n’était pas trop confiant dans son talent, et ce n’était pas qu’il ne croyait pas aux paroles de Lione. Mais il était pressé par le temps. Il ne pouvait pas dire si son chakra s’ouvrirait naturellement au moment où ils devaient se diriger vers la péninsule de Wortenia.

« Je suppose cependant qu’il est inutile de dire ça maintenant… Vous devriez aussi vous reposer. Vous avez dû utiliser beaucoup de prana pour ouvrir son chakra. Je vais surveiller le garçon, alors allez chercher quelque chose à manger, » dit Lione, par égard pour leur santé, en dirigeant un regard bienveillant vers les jumelles.

« Nous apprécions ta considération, mais… tu dois aussi être fatiguée, Lione, » dit Laura.

« Laura a raison. Tu as dû verser ton prana dans quelques enfants, non ? »

Lione s’était mise à rire à la suggestion des sœurs.

« Vous êtes de petites idiotes. Sérieusement… Partager le prana même avec 10 ou 20 enfants ne va pas changer grand-chose pour moi. Et on leur a juste donné un petit échantillon aujourd’hui. Contrairement au garçon ici présent, il n’en faut pas beaucoup pour remplir leur corps de prana. »

Lione n’était vraiment pas très fatiguée. Elle avait à peu près les mêmes capacités que les jumelles. Cela signifiait seulement que le prana de Ryoma était beaucoup plus grand que celui des enfants.

« C’est bien ! Vous deux, repos — »

Au moment où Lione s’apprêtait à implorer les jumelles Malefist de se reposer à nouveau, le bruit de quelque chose qui bascula retentit de l’intérieur de la tente. Le trio pâlit aussitôt et se précipita dans la tente.

« Maître Ryoma ! »

« Garçon ! »

Lione prit Ryoma, qui était allongé face contre terre, et plaça une main contre sa bouche pour vérifier qu’il respirait encore.

« C’est bon. Il est seulement inconscient. Je le jure, je lui ai dit que c’était imprudent… Laura, prépare une place pour qu’il s’allonge. Sara, va lui chercher de l’eau ! »

Le pouls de Ryoma semblait aussi être en ordre. Il semblerait qu’ils avaient échappé au pire scénario possible. Concluant qu’il s’était évanoui à cause des symptômes de déshydratation légère et de fatigue, Lione donna rapidement des instructions aux sœurs.

« « Compris ! Tout de suite ! » »

Bien que très fatiguées, les sœurs avaient rapidement suivi les instructions de Lione.

« Bon sang, mon garçon… Je t’avais dit de ne pas faire ça… » chuchota Lione, en souriant amèrement après avoir conclu que sa vie n’était pas en danger.

Lione savait très bien qu’ils avaient peu de temps à perdre, mais même si Ryoma ne pouvait pas utiliser seul la magie, tout le monde autour de lui aurait de toute façon pu le couvrir. C’était d’autant plus crucial qu’il était à la tête de la Maison Mikoshiba. Au jeu d’échecs, il était le roi. Et le roi n’était pas fait pour se battre en première ligne. Ryoma n’avait honnêtement aucune raison d’insister sur l’apprentissage de la magie.

Mais malgré son ton sarcastique, Lione était en fait heureuse intérieurement. Bien qu’étant le chef de la maison, Ryoma insistait pour acquérir la magie. C’était la preuve qu’il voulait vivre tout en restant au même niveau que ses camarades. Une preuve qu’il était prêt à se salir les mains avec du sang.

Elle ne connaissait pas Ryoma depuis longtemps, mais elle comprenait assez bien sa personnalité. Et pourtant, en voyant Ryoma allongé, inconscient, elle avait pu apprécier à nouveau la détermination du jeune homme.

Mon garçon… Je suis contente d’avoir parié sur toi… Si c’est toi… Tu peux peut-être changer notre destin…

Le destin d’un mercenaire était clair. Ils seraient soit trahis par un employeur, soit perdraient leur vie sur un champ de bataille. Et si ni l’un ni l’autre n’arrivait, ils accumuleraient assez de blessures pour finir par mourir.

Quelle que soit la fin qu’ils rencontreraient, leur avenir serait forcément sombre. Pas un seul mercenaire ne s’était lavé les mains du karma de cette entreprise sanglante et n’avait passé ses années dorées en paix. Seuls les mercenaires les plus chanceux avaient eu la chance de voir leurs exploits immortalisés par les ménestrels.

C’était pourquoi les mercenaires ne craignaient jamais la mort. Un homme qui craignait la mort n’était pas fait pour le métier. Mais ce qu’ils détestaient par-dessus tout, c’était l’idée de mourir d’une mort insignifiante et oubliée. Si la mort était inévitable, alors ils choisissaient de mourir dans un but précis.

Et à ce moment-là, Lione confirma une fois de plus qu’elle avait trouvé un but pour lequel vivre, se battre et mourir.

Si c’est toi… Si c’est pour toi…

Elle enveloppa le corps mou de Ryoma de ses mains et lui brossa doucement les cheveux avec ses doigts. Comme une mère qui berce son enfant bien-aimé.

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3 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

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