Wortenia Senki – Tome 6 – Chapitre 2 – Partie 2

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Chapitre 2 : En quête d’un nouveau pouvoir

Partie 2

Ryoma était soulagé des résultats de son contrôle sur les enfants, mais il y avait encore de l’anxiété dans son cœur.

Je vais moi-même commencer à apprendre la magie demain… J’ai entendu parler des risques, mais je dois quand même les accepter. Après tout, je ne peux pas rester trop longtemps derrière Laura et Sara…

La magie était un domaine encore inconnu pour Ryoma, mais il ne pourra pas avancer sans avoir appris à s’en servir. L’acquisition de ce nouveau pouvoir était absolument nécessaire pour qu’il puisse survivre dans la péninsule de Wortenia.

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Le lendemain, les sœurs Malfist s’étaient approchées de Ryoma alors qu’il se reposait après le petit déjeuner. Le fait de pouvoir enseigner la magie à Ryoma semblait les avoir mises de bonne humeur. Elles étaient déjà souriantes et visiblement enthousiastes, mais il y avait aussi une petite ombre qui planait sur leurs expressions. Comme si quelque chose les inquiétait aussi.

« Maître Ryoma… Aujourd’hui, nous allons commencer à travailler pour t’aider à apprendre la thaumaturgie. Es-tu prêt ? »

« Oui. Merci, vous deux. J’apprécie votre aide. »

Ryoma inclina la tête devant les sœurs.

Au moins, en ce qui concernait la magie, Ryoma était leur disciple, et considérait qu’il était naturel de traiter les sœurs avec le respect qui leur était dû. Sara, cependant, considérait son comportement avec doute. Elles étaient esclaves, et il était leur maître. Le fait qu’il ait baissé la tête devant elles la laissait perplexe. Mais en voyant Laura secouer la tête, Sara choisit de ne pas exprimer ses doutes.

Tous trois travaillaient ensemble depuis près d’un an et elles avaient surmonté de nombreux défis aux côtés de Ryoma. Elles connaissaient très bien sa personnalité. Ryoma Mikoshiba n’avait jamais été du genre à être hautain et à sous-estimer les autres, il avait adhéré à la bienséance et à la politesse. Cela lui était venu naturellement, et il l’avait fait de manière totalement inconsciente.

C’était problématique, étant donné qu’il était celui qui devait commander ses esclaves, mais c’était aussi ce qui lui avait valu la fidélité des sœurs Malfist.

« Alors, commençons. Maître Ryoma, tu te souviens des différents types de thaumaturgie que nous t’avons enseignés auparavant ? »

Les sœurs Malefist firent asseoir Ryoma au centre de la tente, dans l’intention de revoir des connaissances sur le sujet.

« Ouais. La magie verbale, celle qui exige de chanter. La magie martiale, qui ne nécessite pas de chant, et la magie des objets, qui permet de sceller des sorts à l’intérieur des objets pour qu’ils puissent montrer certains pouvoirs. Est-ce bien ça ? »

Les sœurs lui avaient déjà enseigné un peu de magie alors qu’ils étaient encore des aventuriers errants. Elles ne lui avaient pas appris à l’utiliser à l’époque parce qu’elles voyageaient, ce qui n’avait pas donné à Ryoma le loisir d’apprendre.

« Correct. De plus, tous les types de magie consomment du prana, l’énergie vitale, afin de montrer leurs effets, » dit Laura, suite à quoi Ryoma fit un signe de tête silencieux.

Tout cela, il le savait déjà.

« Le prana est un type d’énergie qui existe dans tous les êtres vivants. En tant que tel, puisque la magie se nourrit de cette énergie, chacun devrait pouvoir contrôler son propre prana et apprendre la magie pour l’utiliser. »

« Je suppose… C’est pourquoi même les enfants peuvent l’apprendre, non ? »

Tout le monde pouvait apprendre la magie, quel que soit son sexe ou son âge.

« Précisément. Tout le monde peut apprendre cela, même si différentes personnes acquièrent la compétence à des vitesses différentes. Il faudrait au plus rapide quelques mois pour apprendre les bases, et cela pourrait prendre six mois pour les plus lents. Je parle bien des bases de la magie, mais cela seul peut vous mettre largement au-dessus de ceux qui ne l’ont pas du tout apprise. »

« Oui, je vous l’ai déjà dit, mais je ne m’attends pas à l’apprendre à l’utiliser parfaitement en quelques mois seulement. Pour l’instant, je veux juste apprendre les bases. Après tout, si cela suffit à donner à un enfant suffisamment de valeur pour correspondre à plusieurs adultes, c’est tout ce dont j’ai besoin pour l’instant. »

Ryoma ne pensait pas que l’utilité de la magie se limitait à la bataille. Elle pouvait rendre un seul enfant aussi utile que plusieurs adultes en termes de capacité de travail. Ils pouvaient abattre des arbres, transporter des pierres de carrières et construire des maisons. Et elle pouvait être rendue utile de nombreuses façons dans la vie de tous les jours. Ryoma ne pouvait pas se permettre de ne pas tirer profit de ce pouvoir, même si cette façon de penser s’écartait beaucoup de la perception du bon sens de ce monde.

Les peuples de cette Terre voyaient la magie comme un pouvoir unique qui leur était accordé par un dieu. Le nom de ce dieu était Menios, le Dieu de la Lumière. Il était l’un des six dieux qui auraient créé ce monde, et était considéré comme la principale divinité centrale. On dit qu’il avait accordé le pouvoir de la magie à l’humanité.

Ce n’était pas un récit rare.

Ryoma avait été élevé au Japon, un pays qui était dans l’ensemble assez laïque. Ryoma avait également connu de nombreuses sous-cultures, ce qui lui avait permis de mettre le doigt sur toutes sortes de lacunes dans ce mythe.

Dans le passé, de nombreux systèmes de croyances polythéistes vénéraient des dieux qui représentaient des concepts individuels, les considérant comme les éléments constitutifs de toute la création. Pendant ce temps, les pouvoirs surnaturels comme la sorcellerie et la magie étaient vénérés comme des pouvoirs spéciaux accordés par les dieux, ou peut-être craints comme une influence démoniaque.

À cet égard, la foi dans le dieu de la lumière avait de nombreux points communs avec les religions anciennes dans l’histoire du monde de Ryoma. Ou, en d’autres termes, ce récit religieux employait de nombreux éléments familiers et bien utilisés.

Mais le problème n’était pas l’authenticité de ce mythe, mais plutôt le fait qu’il était bien connu et qu’on y croyait dans tout le continent occidental. De nombreuses personnes avaient pratiqué la doctrine de l’Église de la Lumière dans tout ce pays, faisant confiance au dogme peut-être classique selon lequel seuls ceux qui croient seront sauvés.

Il y a plusieurs mois, Ryoma avait demandé à ses hommes d’utiliser la magie pour former une tête de pont sur les rives de la Thèbes. Il n’y voyait qu’un pouvoir commode qui jouait le rôle d’une machine, mais cette idée allait choquer les gens de ce monde, la trouvant même blasphématoire. Les mercenaires étaient une chose, mais si ce n’était pas pour la grande cause de la construction de fortifications sur le champ de bataille, les chevaliers auraient peut-être refusé catégoriquement son ordre.

Les mercenaires et les roturiers ne s’accrochaient pas tant que ça à la foi, mais pour les chevaliers, les nobles et la royauté plus privilégiés, c’était un problème majeur. Ils avaient grandi depuis leur jeunesse avec la conviction qu’on leur donnait le droit de régner sur les autres, et que le Dieu de la Lumière leur accordait le pouvoir de la magie pour le faire. Ils ne le percevaient que comme un pouvoir destiné à se défendre, et ne l’utilisaient que dans les combats.

Ryoma estimait qu’il y avait une contradiction flagrante dans l’idée d’utiliser un pouvoir accordé par Dieu uniquement pour la bataille, mais la religion regorgeait d’idées aussi illogiques. Cela dit, il n’avait pas l’intention de remettre en cause ces croyances. La seule chose qui comptait pour lui était de savoir si quelque chose pouvait lui être utile. Si quelque chose n’était pas utile, il l’ignorait tout simplement.

Et comme il venait du Japon, Ryoma ne voyait pas la nécessité de rendre hommage aux dieux de ce monde. Ils n’étaient que des outils, et la question de savoir s’ils pouvaient être utilisés ou non était bien plus pertinente que la question de leur existence. C’est peut-être ainsi que le système de croyances japonais avait influencé la vision de Ryoma.

« Alors, si vous avez fini la conférence, ne devrions-nous pas commencer ? » demanda Ryoma, auquel les sœurs firent un signe de tête et marchèrent autour de lui, se tenant derrière lui.

« Cela devrait faire l’affaire pour la préface. Nous allons commencer. Es-tu sûr d’être prêt, Maître Ryoma ? »

« Oui. Allez-y. »

Ryoma s’assit en tailleur, comme on lui avait dit, et hocha la tête.

Il sentit les paumes des mains des sœurs se presser contre son dos.

« Alors nous commençons ! »

Au moment où les jumelles s’exclamaient, Ryoma sentit quelque chose de chaud se répandre sur son dos. Cela s’écarta des mains des sœurs et remonta progressivement le long de sa colonne vertébrale. Ryoma fut pris d’une sensation de picotement, presque effrayante, de quelque chose qui se glissait dans son corps.

« Essaye de prendre de grandes respirations, par le nez. Et expire lentement par la bouche… Calme ton cœur et essaie de détendre ton corps… Sens-tu quelque chose de chaud se répandre dans ton dos ? », lui demanda Laura.

Ryoma fit un bref signe de tête et ferma les yeux, se conformant aux paroles de Laura. Il dirigea sa conscience vers la sensation de chaleur qui se répandait dans son dos, comme s’il essayait de contrôler la chaleur qui se répandait dans son corps de sa propre volonté.

« C’est comme si mon corps était en feu… »

Un petit murmure était sorti de ses lèvres.

Son visage se contorsionna de douleur, et des halètements pénibles s’échappèrent de sa bouche. Combien de temps tout cela avait-il duré ? Plusieurs minutes ? Des dizaines de minutes, peut-être ? Quoi qu’il en soit, Ryoma avait l’impression que cela durait une éternité. Mais le fait que même la façade stoïque habituelle de Ryoma ait laissé place à une expression de douleur témoignait probablement de la douleur qu’il subissait.

Ce qui avait commencé comme une chaleur qui se répandait du centre des paumes des sœurs Malfist était devenu une chaleur brûlante qui lui traversait le dos comme un feu de forêt. Ryoma résistait désespérément à l’envie de crier pour se débarrasser de la chaleur et de la douleur. C’était alors qu’il remarqua le goût du métal rouillé qui remplissait sa bouche, il avait probablement serré les dents trop fort pour tenter de retenir la douleur.

« Nous envoyons maintenant le prana directement dans ton corps depuis nos mains, Maître Ryoma. Supporte-le encore un peu… Maintenant, essaye de manipuler cette chaleur. »

Hochant de la tête à la suite des instructions de Sara, Ryoma se concentra à nouveau sur son dos. Le prana qui s’échappait de leurs mains rongeait son corps, et cela ne faisait que quelques minutes. La chaleur le traversait entièrement, de la tête jusqu’aux pieds.

La sueur qui coulait de son corps faisait que sa chemise s’accrochait à sa peau, et formait plusieurs taches humides sur la couverture sur laquelle il était assis.

« Comment te sens-tu ? Si tu ne sembles plus pouvoir supporter la chaleur, dis-le. »

Les expressions des deux femmes étaient également déformées par l’effort et la douleur. Tant que Ryoma ne pouvait pas contrôler son propre prana, les sœurs Malfist devaient continuellement lui fournir leur propre prana. C’était comme essayer de remplir un seau qui fuit. C’était donc une course contre la montre. Qu’est-ce qui arrivera en premier, les jumelles manqueraient-elles de prana pour l’alimenter, ou Ryoma réussirait-il à franchir le premier niveau… ?

« Oui… C’est… assez chaud… Mais je peux en prendre plus. Continuez. »

Ryoma bégaya une réponse.

Au moment où il écarta les lèvres, des gouttelettes de sueur coulèrent dans sa cavité buccale. Le goût du sel dans sa sueur et le goût brut du sang dans sa bouche lui firent instinctivement se contorsionner le visage de dégoût.

Mais il s’était également rendu compte qu’une partie de lui appréciait la saveur salée. Toute cette sueur fit que le corps de Ryoma avait eu envie d’eau. Aussi bien entraîné que son corps ait pu l’être, cela le mettait encore à rude épreuve. Mais il ne pouvait pas se permettre d’arrêter cela maintenant. S’arrêter maintenant signifierait que les sœurs devraient commencer la séance de demain en forçant une fois de plus le prana dans son corps.

Gaius… Kael… Mon corps a le prana que je leur ai volé… Je devrais être capable de faire ça… Je devrais être capable de faire bouger mes chakras… !

Ryoma avait désespérément essayé de retenir l’image de toute la chaleur qui coulait dans son corps et qui s’accumulait dans son abdomen. Il essaya de forcer ses chakras encore immobiles à bouger. Les bases de la magie consistaient à utiliser votre prana pour renforcer votre propre corps.

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Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

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