Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 4 – Partie 8

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Chapitre 4 : La vengeance d’Helena

Partie 8

Pendant de nombreuses années, Albrecht avait regardé Helena de haut comme une humble paysanne, il ne pouvait donc jamais admettre qu’elle verrait à travers lui de manière aussi approfondie.

« Mon Dieu… Je vois que tu es toujours aussi aveugle sur les réalités. Tu surestimes tes propres capacités et méprises celles des autres… Tu n’as pas changé depuis le jour où nous nous sommes rencontrés. Mais en réalité, je t’ai capturé et coincé ici. N’est-ce pas tout ce qui compte ? »

« Tais-toi, sale roturière ! Je suis… Je suis un descendant de la maison Albrecht ! Je ne peux pas perdre face à des gens comme toi ! »

Helena répondit au cri d’Albrecht avec un sourire amer.

Espèce d’idiot… Tu as de l’ambition, de l’intelligence, du pouvoir et la lignée… Comment quelqu’un qui a tant de talent peut-il être aussi stupide… ?

« Pas par toi ! Pas par une roturière comme toi… ! Tu ne peux pas et ne pourras jamais être meilleur que moi ! »

« Toi, homme pathétique… C’est pourquoi l’ancien général m’a désigné comme son successeur à ta place. Il savait que tu es un privilégié et que ta vanité rongerait ce pays… Et il avait raison ! Regarde autour de toi ! Regarde comment tous les chevaliers qui se tiennent ici te regardent ! »

« Tais-toi ! L’ancien général n’avait pas l’œil pour sonder les gens ! S’il l’avait fait, il n’aurait jamais choisi une roturière comme toi plutôt qu’un héritier de la famille Albrecht ! Vous tous ! Vous ne pensez pas que c’est mal ?! De fiers chevaliers de Rhoadseria comme vous devraient-ils être dirigés par une roturière ?! » cria Albrecht tout en regardant autour de lui.

Mais aucun des chevaliers n’était d’accord avec lui. Au contraire, ils le regardaient tous avec une froide répugnance.

« Qu’est-ce qui vous arrive à tous ? Pourquoi me regardez-vous comme ça ? ! »

La façon dont les chevaliers regardaient Albrecht… C’était le même regard avec lequel il regardait les roturiers. La seule différence, c’est qu’ils étaient aussi imprégnés de la haine et du mépris des opprimés.

« Espèce de stupide et pitoyable homme minable… Ce sont tous des chevaliers de bas rang, de descendance commune. Les personnes que toi et les nobles chevaliers avez opprimées et extorquées… Penses-tu qu’ils vont sympathiser avec toi ? En fin de compte, tu ne vois vraiment pas plus loin que le bout de ton nez. Tu t’assois simplement les jambes croisées sur ton trône de statut et de lignage, et tu ne penses jamais une seule fois aux personnes qui soutiennent ton poids ! »

Parmi la masse des chevaliers, certains étaient les enfants de maisons de chevaliers de longue date, tandis que d’autres étaient des roturiers qui avaient gravi les échelons jusqu’à la chevalerie au prix de nombreux efforts. Mais les chevaliers roturiers devaient passer par une porte d’entrée dont le seuil était bien plus petit. Et cela demandait encore des efforts considérables.

Mais à Rhoadseria, même ceux qui avaient fourni tous ces efforts étaient confrontés à un mur distinct qui les séparait des chevaliers de noble naissance. Voir des personnes de naissance commune lutter pour que leur nom ait enfin un certain mérite, pour se le faire arracher par un chevalier de naissance noble, était un événement quotidien.

Les personnes choisies pour participer fièrement aux défilés étaient toujours des chevaliers de noble naissance. Ceux de naissance commune étaient laissés derrière pour faire les tâches en coulisses. Certains des chevaliers présents s’étaient même fait enlever de force leurs amantes par un collègue.

Toute tentative de dénoncer cette corruption n’avait eu pour seul résultat que de les rendre coupables. Certains avaient même été traduits en cour martiale pour leurs problèmes. Les nobles chevaliers étaient toujours les seuls à s’en attribuer le mérite, tandis que les chevaliers du peuple faisaient le sale boulot et assumaient toute la responsabilité.

Et tout cela parce que le général au sommet, Hodram Albrecht, était un chevalier privilégié, partial et dur d’esprit, de noble naissance. La corruption du responsable signifiait que ses subordonnés seraient inévitablement tout aussi pourris.

« Tais-toi ! Nous ne sommes pas égaux ! »

Les émotions d’Albrecht prenaient le dessus sur lui et son visage rougissait de colère.

« Vous les roturiers, vous permettre de devenir chevaliers était dès le départ une erreur ! Nous vous avons simplement laissé devenir chevaliers par pitié, alors taisez-vous, baissez la tête et faites ce que nous disons ! »

Les propos qu’il tenait devenaient incohérents, mais toutes les personnes présentes avaient compris ce qu’il essayait de dire. Les chevaliers du peuple doivent obéir aux nobles chevaliers, comme lui.

« Tu es vraiment un imbécile exaspérant… Mais, bon, ainsi soit-il… Aujourd’hui, c’est la dernière fois que nous devons supporter tes attitudes désagréables… », dit Helena.

« Espèce d’idiote ! As-tu l’intention d’enfreindre la loi nationale… ?! J’ai le droit d’être jugé ! »

Albrecht n’avait pas pu se retenir suite au choc.

Il avait lui-même enfreint de nombreuses règles jusqu’à présent. Il avait injustement réparti ses ressources humaines, envoyant des gens qu’il n’aimait pas monter la garde dans des régions éloignées. Il avait détourné des fonds militaires et avait accepté des pots-de-vin des marchands. Il mettait au pas des collègues qui s’étaient mis en travers de ses promotions et leur fit porter le chapeau.

Mais quand sa vie touchait à sa fin, il voulait dépendre de la loi. Peu importait que son acte soit déraisonnable, car c’était la seule chose à laquelle il pouvait s’accrocher.

« Oh, ne te méprends pas. Il sera consigné dans les archives qu’Hodram Albrecht a prétendu se rendre, pour ensuite tenter de tuer Helena Steiner. N’ayant pas le choix, elle a dû le tuer en légitime défense. Et sa famille a été abattue par les chevaliers qui l’ont aidé à s’échapper. Et tout cela sera fait… par ces bonnes vieilles méthodes que tu as toujours su utiliser. », dit Helena avec un sourire plein d’ironie.

« C’est de la folie ! Tu appelles ça de la justice ?! »

« Justice ? Non, ce n’est pas de la justice… C’est de la vengeance… Pour le mari et la fille que tu m’as pris. »

L’expression d’Albrecht se figea sur ces mots. Sa femme et sa fille avaient réagi avec un choc horrifié.

« Qu’est-ce que tu dis ? ! Je n’ai aucune idée de ce que tu veux dire ! Je ne sais rien de ta famille ! »

« Ne te fous pas de moi… Il y a cinq ans, j’ai battu le marchand d’esclaves que tu avais engagé, Heinz. Et j’ai le témoin qui a aidé à l’interroger à l’époque. »

Un des assistants d’Helena, debout à ses côtés, hocha la tête.

« Je ne sais rien ! Je ne connais aucun Heinz ! Il a de toute façon déjà été exécuté ! Comment peux-tu le prouver ? ! Ce témoignage ne vaut rien ! »

« Bien-aimé… Qu’est-ce qu’elle dit ? As-tu vraiment… fait cela à la famille de Dame Helena… ? »

« Père… ? »

La famille d’Albrecht le regardait avec des regards indignés et douteux.

« Pourquoi me regardez-vous comme ça ? ! J’ai dit que je ne sais rien ! Ne crois-tu pas ton propre père ?! »

Mais plus il essayait de trouver des excuses, plus leurs regards se refroidissaient. Il était évident pour tout le monde qu’Albrecht l’avait fait.

« Tu as raison. Cela ne peut pas servir de preuve… Mais tu vois, je n’ai pas besoin de preuve. Je veux juste te tuer… »

« Toi… »

Albrecht avait finalement remarqué la folie dans les yeux d’Helena.

Et à ce moment-là, il le réalisa. Rien de ce qu’il fera ou dira ne l’aidera à échapper à sa lame.

« Ne t’inquiète pas… Nous donnerons à ta femme et à ta fille une mort rapide… Ma fille a dû être violée à mort par un marchand d’esclaves, mais… C’est bien. Je leur pardonnerai avec ça. », dit Helena tout en sortant son épée.

Elle s’était ensuite dirigée vers sa femme et sa fille.

« Attends ! Elles n’ont rien à voir avec ça ! »

Albrecht essaya de sauter et de se mettre sur son chemin, mais les chevaliers l’avaient coincé.

« Oh, je dirais qu’elles ont toutes les deux à voir avec ça. C’est bien ta famille. »

« Attendez, quelqu’un ! Quelqu’un ! »

Albrecht criait désespérément à l’aide.

« Arrêtez-la ! Elle ne peut pas s’en tirer comme ça ! »

Mais aucune des deux cents personnes présentes ne voulut lui prêter l’oreille. Ils voulaient toute sa mort et celle de sa famille.

« Non… S’il vous plaît… Aidez-moi… »

Des larmes coulèrent dans les yeux de sa fille.

Elle réalisa la gravité du péché de son père, et combien il était détesté par tous les autres. Le fait qu’aucun des chevaliers présents ne lui avait témoigné de pitié en était la preuve.

« Au revoir… Tu n’as rien fait de mal, mais… La chance n’était pas de ton côté. Je vais au moins m’assurer que tu ne souffres pas… »

« Stoooooooooop ! »

Le cri d’Albrecht résonnait en vain. Helena brandit son épée, puis l’enfonça dans le cou de la fille. Le corps de la jeune fille s’était aussitôt affaissé, tombant à terre, maculé de sang cramoisi. Helena avait alors ramené sa lame en arrière, l’enfonçant cette fois en plein cœur de la femme.

« Espèce de salope ! Ma femme ! Ma fille ! Je vais te tuer ! Je te tuerai ! », cria Albrecht, les yeux écarquillés de rage et la salive qui s’écoulait de sa bouche.

Mais plusieurs chevaliers le retenaient, il ne pouvait plus du tout bouger. Ses yeux seuls brûlaient de noires flammes de colère.

« Oui ! Ce sont les mots que je voulais entendre ! C’est pourquoi je me suis accrochée à la vie jusqu’à présent ! », dit Helena avec un sourire innocent alors qu’elle s’approchait d’Albrecht.

Maintenant… c’est fini… C’est enfin terminé… Bien-aimés… Salia… Tu peux reposer en paix maintenant, pas vrai… ? Tes rancunes sont enfin remboursées…

Elle allait enfin être libérée des regrets et du ressentiment qu’elle avait dû porter pendant une décennie. Elle pouvait voir son mari et sa fille dans les yeux de son esprit.

« C’est ainsi que tout se termine… Hodram Albrecht ! »

Helena brandit son épée.

« Merde ! Pas par toi ! Pas par une roturière ! »

C’était ainsi que Hodram Albrecht, général du royaume de Rhoadseria et chef de file de la rébellion, avait connu sa fin. Et c’était aussi ainsi que la guerre civile qui avait tourmenté Rhoadseria pendant des mois prit fin.

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