Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 2 – Partie 4

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Chapitre 2 : Un messager inattendu

Partie 4

Le comte Bergstone avait passé toutes ses journées dans le palais, aux prises avec cette agitation politique. En tant que noble, il avait une connaissance approfondie des questions d’importance nationale et de la diplomatie. Et cette expérience lui avait fait comprendre à quel point il serait dangereux pour la princesse Lupis d’accepter cette offre.

« Avez-vous… une sorte de plan… ? »

Le comte Bergstone fut tellement déconcerté par les paroles de Ryoma qu’il posa la question même si le messager de l’ennemi, Sudou, était présent.

« Pas du tout. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner un chevalier loyal comme le Seigneur Mikhail, et les paroles du Duc Gelhart ont une part de vérité. Il est préférable d’éviter la guerre chaque fois que c’est possible. Héraklion est entourée de terres agricoles, donc endommager ces terres aura une influence sur la collecte des impôts. Le fait que le Duc Gelhart ait juré allégeance à la Princesse Lupis ne nous épargnerait-il pas ce problème ? »

Rien de ce que Ryoma avait dit n’était un mensonge. Endommager les terres du duc nuirait en effet à la collecte des impôts, et à court terme, lui faire jurer son allégeance à leur côté n’était pas une mauvaise option.

Mais le comte n’avait pas été convaincu. Ils avaient expliqué l’effet qu’aurait la marche sur Héraklion sur les impôts, et Ryoma avait déjà tenu compte de ce fait.

« Mais Votre Altesse ! Avant d’accepter la proposition du duc, je suggère que nous ajoutions nous aussi quelques conditions. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Même s’il n’a pas agi par malveillance, nos armées ont déjà croisé le fer une fois. La libération du Seigneur Mikhail ne suffira pas à équilibrer les choses. Que diriez-vous si nous le révoquions de son poste de duc et exigions des indemnités ? »

La princesse Lupis avait réfléchi aux paroles de Ryoma. Elle n’était pas non plus assez bête pour penser que la proposition de Sudou en valait la peine. Elle ne l’aurait même pas envisagée si le retour de Mikhaïl n’avait pas été mentionné, et l’opinion de Ryoma était donc très claire pour elle.

Mais si on pousse les négociations si loin, elles finiront par s’effondrer… Mikhail pourrait ne pas être sauvé…

Elle l’avait déjà supposé mort une fois, mais s’il était encore en vie, elle voulait le sauver à tout prix. Le cœur de Lupis hésitait entre la raison et l’émotion. Mais sans se soucier de son conflit, Sudou avait fait son prochain coup.

« Très bien. Le duc Gelhart m’a confié toute l’autorité nécessaire au cas où de telles exigences se présenteraient… Donc, j’accepte à ce qu’il renonce à son titre de duc et verse cinquante mille pièces d’or d’indemnités. »

Ses paroles avaient une fois de plus rempli la tente de tumulte.

« Cinquante mille ?! »

Le montant offert par Sudou ne se limitait pas à couvrir les dépenses de guerre. Les nobles avaient poussé un soupir de soulagement. Au moins, ils seraient en mesure de rembourser leurs subordonnés pour avoir mis leur vie en danger et de garantir les revenus occasionnels de leur ménage.

Sudou sourit, sentant l’atmosphère de la tente s’adoucir.

Hmph, les nobles donnent toujours la priorité à leur maison. Avoir choisi une aussi grosse somme était une bonne chose, cela laissera un impact durable. Cela n’aurait pas été le cas si j’avais commencé à marchander petit à petit…

Cinquante mille pièces d’or, c’était une très grosse somme d’argent, même pour une maison noble aisée comme celle du duc Gelhart. Il n’avait offert cette somme que pour prendre le contrôle de la situation. Mais quand Ryoma parla ensuite, le visage de Sudou s’était contorsionné amèrement.

« Non, je voudrais aussi demander qu’en plus de ces demandes, il n’ait aucun poste dans le palais pendant une période de cinq ans. »

Hmph… Il a donc prédit que je ferai cette proposition. C’était un risque que j’étais prêt à prendre avant de venir ici… Mais lui interdire d’avoir une affectation est inattendu.

Mais c’était une condition sur laquelle Ryoma ne reculerait pas. Si cette condition n’était pas respectée, la princesse Lupis et ses prouesses politiques inférieures seraient tout simplement victimes du Duc Gelhart. Et donc, il a dit cinq ans. Dans cinq ans, la princesse Lupis et les nobles sous ses ordres s’habitueraient à diriger le pays et seraient peut-être capables de faire fi des tentatives de prise de pouvoir du duc Gelhart.

Bien sûr, la réalisation de cet objectif dépendait de Lupis et de ses serviteurs, et même Ryoma ne pouvait pas prendre la responsabilité de le voir se réaliser. C’était sa façon d’assurer l’avenir potentiel du pays tout en respectant le souhait de Lupis de sauver Mikhail.

« Et il y a une chose pour laquelle j’aimerais que le duc m’aide », dit Ryoma de manière significative. Sudou baissa à ce moment-là les yeux.

Hmph… Il veut probablement parler de ces espions déguisés en marchands qu’il employait auparavant… Il veut aussi que le duc Gelhart répande ces rumeurs à travers la faction des nobles… Il est vrai qu’une rumeur provenant de plusieurs sources semble plus crédible…

Sudou commençait déjà à voir ce que Ryoma avait prévu. Ayant vécu dans un monde différent de celui-ci qui avait la chance d’être doté de technologie et de science, il savait assez bien à quel point l’information et le renseignement pouvaient être importants.

Quoi qu’il en soit, je dois faire ce que je peux pour préserver la position du duc Gelhart.

Le duc Gelhart était un outil très utile pour l’Empire d’O’ltormea et pour l’organisation. Ils pouvaient s’en débarrasser et le remplacer si nécessaire, mais Sudou voulait franchement continuer à l’utiliser le plus longtemps possible. Après tout, la recherche d’un nouvel outil nécessiterait du temps et des efforts.

« Bon, très bien… Je vais accepter ces conditions à la place du duc Gelhart. Ce sera tout, Votre Altesse ? »

Sudou tourna la conversation vers la princesse Lupis, qui se tenait là, abasourdie, et qui n’avait pas d’autre choix que de hocher la tête.

« Oui… C’est bon… »

En entendant ces mots, Sudou fit un signe de tête satisfait. Ces négociations n’avaient pas été faciles pour lui non plus.

« Bien. Je retourne donc à Héraklion pour faire mon rapport au duc Gelhart et veiller à la libération du Seigneur Mikhail. Après cela, nous parlerons de la demande de M. Mikoshiba. »

Cela dit, Sudou inclina la tête devant la princesse et quitta la tente.

Sudou étant parti, la réunion s’était terminée. Les participants étaient retournés dans leurs tentes respectives, ne laissant que Ryoma, Lione, Boltz et les sœurs Malfistes dans la tente où les discussions avaient eu lieu.

« Est-ce que ça te va vraiment ? », demanda Lione.

« J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai essayé de faire le plus possible vu la situation… Demander plus que ça sans renoncer à Mikhail serait demander la lune. »

Ryoma haussa les épaules.

Ryoma était convaincu d’avoir obtenu le meilleur résultat possible étant donné les circonstances. Il voulait presque se complimenter pour avoir réduit les dégâts à ce point sous l’ivresse émotionnelle de la princesse Lupis.

« Cinq ans seront-ils suffisants ? », demanda Sara.

« Qui sait ? Honnêtement, je ne peux pas me soucier d’eux aussi longtemps. »

Ryoma haussa encore les épaules.

Les actions de Ryoma lors de cette conférence n’avaient pour but que de donner un peu de répit. Si toute cette affaire pouvait être résumée en termes médicaux, alors le duc Gelhart et le général Albrecht étaient des maladies mortelles qui rongeaient le royaume de Rhoadseria.

Mais la princesse Lupis, la soi-disant patiente ayant besoin d’une opération, ne voulait pas que l’on retire le Duc Gelhart, ou plutôt, elle refusait le coût de cette opération. Le coût pourrait être assimilé aux honoraires du médecin ou au temps passé à l’hôpital. Pour gagner quelque chose, il fallait renoncer à une autre, et cela était vrai, que ce soit dans ce monde ou dans celui de Ryoma.

Ainsi, puisque la patiente, Lupis, avait refusé l’opération, Ryoma n’avait pas eu d’autre choix que de prendre la deuxième meilleure solution tout en étant bien conscient des risques. Il avait contenu l’épidémie de la maladie appelée Duc Gelhart pendant cinq ans, espérant que pendant ce temps, le patient gagnerait la vitalité nécessaire pour combattre cette maladie.

Il n’avait pas d’autre choix. Il ne pouvait qu’espérer que la princesse Lupis utiliserait à bon escient les cinq années qu’il lui avait gagnées. Mais les habitants de Rhoadseria devraient s’en inquiéter. Ce n’était pas quelque chose dont Ryoma, qui ne s’était impliqué dans ce pays que par hasard, devait s’inquiéter.

« Je suppose que cela signifie que le seul ennemi qu’il nous reste à vaincre est le général Albrecht et ses deux mille chevaliers… Maintenant que le Duc Gelhart s’est tourné vers la légitimité, les autres nobles vont se démener pour préserver leurs positions. »

Lione et les autres hochèrent la tête face au sourire de Ryoma. La présence des nobles était non négligeable, en raison de la force financière et militaire de leurs territoires, mais ils avaient un défaut majeur. Les nobles étaient un rassemblement de dirigeants individuels, et une fois que la situation se retournerait contre eux, ils se précipiteraient pour défendre leur territoire, quelle que soit la mauvaise image que cela leur donnerait, même s’ils devaient pousser leurs soi-disant alliés, les autres nobles, à s’en écarter pour le faire.

Et Ryoma avait déjà inventé l’histoire qui les pousserait à se défendre.

« C’est donc le général Albrecht qui sera considéré comme étant le seul coupable, hein… ? »

« Même les autres nobles se sacrifieraient s’il le fallait, afin de ne jamais donner la priorité au général Albrecht, qui était à l’origine leur ennemi. Mais oubliez cela, le général sera tellement occupé à se protéger qu’il ne se souciera même pas de ce qui se passe autour de lui. Il lui serait pratiquement impossible de rester maintenant sur le territoire de Rhoadseria. Sa seule option serait de fuir vers un autre pays. On peut supposer que le cas d’Albrecht est déjà géré. La question est de savoir combien de nobles nous pourrons abattre… »

Avec la mort du général Albrecht, la guerre actuelle va se terminer. Mais pour ce qui est de ce qui arrivera au royaume à l’avenir, cela ne ferait que marquer le début des mesures d’après-guerre.

« J’aimerais qu’au moins un tiers d’entre eux disparaissent, mais cette princesse peut-elle faire un choix aussi décisif… ? Qui sait ? »

« Tout cela s’accorde à ton scénario, mon garçon… Ça me refroidit jusqu’à l’os », dit Lione en blaguant tout en haussant les épaules.

« J’ai dû cependant faire beaucoup de changements sur mon plan à mi-chemin », répondit Ryoma avec un sourire amer.

La participation d’Helena, la désobéissance de Mikhail, la trahison du général Albrecht et l’allégeance du duc Gelhart. Ryoma ne pouvait pas vraiment dire que tout s’était passé exactement comme il l’avait prévu. Mais tout allait bientôt se terminer.

« Soit demain, soit après-demain… »

« Nous attaquerons Héraklion », dit Laura.

« Oui. Et c’est la bataille finale ! »

Ryoma fit un signe de tête.

Ainsi, la bataille finale du Royaume de Rhoadseria approchait de son point culminant, d’une manière différente de ce que Ryoma avait initialement conçu.

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