Wortenia Senki – Tome 3 – Chapitre 1 – Partie 6

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Chapitre 1 : La clé du succès

Partie 6

Les manœuvres de Chris avaient amené la plupart des chevaliers aux côtés d’Helena, mais on ne savait pas comment ils allaient se comporter face à la faction des nobles, qui possédait la plus grande armée du pays, avec le général Albrecht et son premier régiment de chevaliers pour les assister.

« Si la princesse Lupis nous permettait de conscrire les gens dans ses territoires directs, nous pourrions peut-être les submerger par le nombre. Mais si l’on considère ce qui va se passer, impliquer les citoyens dans l’étouffement de la guerre civile serait une mauvaise décision. Et l’ordre public est une autre question. Peut-être que si la situation était encore plus défavorable, ce serait une autre histoire… mais en l’état actuel des choses, les mobiliser serait une piètre décision. »

Helena avait répondu aux doutes de Chris avec un sourire en coin. En termes de nombre, le duc Gelhart et les nobles sous ses ordres pouvaient mobiliser entre deux et cinq fois plus de chevaliers incapables de magie que ceux qui en étaient capables. Les chevaliers présentaient quelques différences individuelles en termes de compétence et de talent, mais ils étaient en moyenne deux fois plus forts qu’une personne normale.

En divisant l’opposition comme ils l’avaient fait, ils avaient amené cinq ordres de chevaliers du côté de la princesse Lupis, qui comptaient 12 500 membres. Ceux-ci étant deux fois plus forts, cela portait à près de 30 000 hommes en termes de puissance de combat effective.

Si l’on comparait les forces des deux camps, le ratio désavantagerait la princesse Lupis de 4 contre 6, ou de 3 contre 7, mais ce n’était pas un écart si désespéré qu’il ne pouvait être comblé. Avec une telle différence de forces, il leur était encore parfaitement possible de gagner si leurs forces étaient commandées de manière adéquate.

Si les choses avaient été pires, la princesse Lupis aurait peut-être été obligée de changer de position, mais connaissant l’âme charitable qu’elle avait, elle avait refusé de forcer son peuple à participer aux combats dans ces circonstances.

« Le reste dépend du jugement de ce garçon… »

Le murmure s’échappa doucement des lèvres d’Helena.

« Ce garçon, vous dites… ? »

Réalisant de qui Helena parlait, Chris ferma les yeux.

Il avait déjà entendu les rumeurs entourant cet homme. C’était un aventurier errant sorti de nulle part, et l’un des meneurs du conflit à venir.

Tout avait commencé avec son apparition.

Dire que Lady Helena lui faisait autant confiance…

En entendant ces mots qui mêlaient confiance et affection de la part d’Helena Steiner, la femme que le peuple de Rhoadseria vénérait et à qui le peuple accordait la plus grande foi en tant que déesse de la guerre, Chris ressentit une émotion noire, un peu comme de l’envie, qui brûlait dans son cœur.

Heureusement, il avait la retenue nécessaire pour empêcher cette émotion de remonter à la surface. Des années d’oppression sous le général Albrecht et sa faction lui avaient permis d’acquérir une grande expérience dans la dissimulation de ses émotions. Ainsi, Chris tint sa langue et suivi Helena.

Héhé… Tu es un beau garçon. Ambitieux et plein d’assurance, mais tu as eu raison de retenir ces deux traits de caractère. Et à en juger par tes performances cette fois-ci, tu passes aussi pour un astucieux. Un chevalier talentueux issu du monde des roturiers… Je ne peux pas imaginer qu’Albrecht détesterait quelqu’un plus que toi.

Helena sourit en regardant Chris. Il était tout à fait naturel que les gens nourrissent de l’ambition et de la jalousie. Mais quiconque en faisait un étalage visible était inapte à marcher aux côtés de la déesse de la guerre.

Ayant discerné la qualité de Chris, Helena fit un sourire satisfait en accélérant sa démarche. Et finalement, elle arrêta ses pas.

Voyons maintenant la suite des événements.

L’image de la façon dont les choses devraient se dérouler à l’avenir était déjà parfaitement dessinée dans l’esprit d’Helena. C’était tout à fait naturel pour un général de pays.

Mais là encore, ce n’était pas un test avec des réponses correctes prédéterminées. Chaque choix avait ses avantages et ses inconvénients, et il n’y avait pas de voie idéale à suivre.

Montre-moi ce que tu as dans le ventre… Ryoma Mikoshiba…

C’était précisément parce qu’il n’y avait pas de bonnes réponses que la vraie valeur et les capacités des gens apparaissaient au premier plan. Alors qu’elle s’arrêtait devant la lourde porte en chêne de la salle de conférence, gardée par des soldats en armure, les lèvres d’Helena se recroquevillèrent en un sourire.

« Idiot ! Tu t’entends parler ? Comment peux-tu suggérer ça !? »

Le cri de Meltina résonna dans la salle de conférence alors qu’elle frappa d’un poing serré la table ronde.

« Lady Meltina, s’il vous plaît, attendez qu’il ait fini… »

« Voulez-vous bien vous taire, comte Bergstone !? »

Le comte Bergstone, qui partageait un siège à cette table ronde, essaya de l’interrompre, mais un regard perçant de Meltina le fit taire immédiatement.

Loin de Jupiter, loin de son tonnerre, comme on dit (NDT : qui il est loin du pouvoir est loin du danger). Mais pour l’instant, Meltina était moins un dieu qu’un démon. Il est déjà difficile d’apaiser la colère d’une femme, mais quand on savait à quel point les relations entre les chevaliers et les nobles étaient aigres, il était tout naturel que le comte Bergstone ait rapidement choisi de jeter l’éponge.

Avec ses cheveux noirs bien peignés et ébouriffés, Meltina fixa du regard le garçon, dont le visage trahissait son véritable âge, assis devant elle avec un sourire suffisant.

Enfin, vous montrez enfin votre vraie nature… Espèce d’amateur !

La vue de son sourire confiant avait donné à Meltina l’envie de lui lancer toutes les insultes qu’elle avait accumulées. Elle ne tenait sa langue que parce qu’elle ne voulait pas parler comme ça en présence de la princesse Lupis.

« Oh, calme-toi maintenant… »

La voix rauque d’un homme avait rempli la salle de conférence.

Assis à côté de la princesse Lupis, les bras croisés, Mikhail, qui avait jusqu’alors écouté la discussion en silence, tourna les yeux vers eux deux.

« Avez-vous vraiment l’intention de prêter l’oreille aux absurdités de cet homme à un moment aussi critique !? », cria Meltina d’une manière agressive.

D’un point de vue tactique, le plan proposé par Ryoma Mikoshiba ne pouvait être qualifié d’efficace. Non, du point de vue de Meltina, qui avait été éduquée dans une famille de chevaliers de grande classe et qui était l’assistante de la princesse Lupis, il ne ressemblait à rien d’autre qu’à l’idée téméraire d’un amateur sans scrupules.

Mikhail, lui aussi, bien qu’il ait levé la main pour faire taire Meltina, jeta un coup d’œil furieux dans la direction de Ryoma, ce qui montrait clairement qu’il ne l’avait pas arrêtée par bonne volonté envers le garçon.

« Je suis prêt à vous écouter, mais sachez que j’ai la même position que Meltina », déclara Mikhail à Ryoma, les sourcils froncés.

« Si je me souviens bien… notre plan jusqu’à présent consistait à attirer l’ennemi et à maintenir une ligne défensive. Bien que notre incorporation de la faction des chevaliers se soit mieux passée que prévu, je ne vois toujours pas pourquoi cela nous amènerait à changer notre politique à ce stade. Vous ne l’avez sûrement pas oublié ? Si vous avez une bonne raison, nous l’entendrons ici et maintenant. »

Respectant la dignité de ses aînés, il n’avait pas fait connaître son mécontentement en élevant la voix comme l’avait fait Meltina, mais sa voix était frigide et colérique.

D’une certaine manière, sa colère était justifiée. Le déplacement des soldats entre Pireas et la forteresse du duc Gelhart, Héraklion, posait de nombreux problèmes topographiques. Mais même avec la colère de Mikhail dirigée contre lui, l’attitude de Ryoma était restée inchangée.

« Ne vous inquiétez pas. J’ai quelques idées sur la façon de le faire. »

Son ton ne vacillait pas le moins du monde et Mikhail ne pouvait s’empêcher de claquer sa langue en réponse.

L’agitation qui s’était emparée de toutes les personnes présentes était probablement due au choc provoqué par la confiance inattendue de Ryoma. La seule personne qui ne s’en était pas laissée abattre, s’en tenant à un silence serein, était Helena.

« Êtes-vous sûr de comprendre ? Traverser la forêt de Herkshua est une chose, mais comment avez-vous l’intention de traverser la rivière Thèbes… ? N’avez-vous pas proposé la ligne de défense parce qu’il n’y avait aucun moyen de la franchir ? »

Les paroles de Mikhail firent monter un murmure d’assentiment autour de lui. La capitale et Héraklion étaient séparées par deux obstacles importants, la forêt de Herkshua et la rivière Thèbes.

La première était une grande forêt abritant de nombreux monstres dangereux, traversée par une route sinueuse. C’était tout de même une route qui n’était pas particulièrement difficile à traverser. Elle était loin de la ville, et donc pas pavée de pierres, mais elle était assez large pour permettre le passage des carrosses. Elle était également dotée de barrières de sécurité installées à intervalles réguliers pour éloigner les monstres, ce qui permettait aux marchands et aux voyageurs de la traverser en toute sécurité.

Mais cela ne s’appliquait qu’aux gens ordinaires. Dans la perspective de la mobilisation d’une armée, la forêt de Herkshua était un obstacle terriblement problématique à franchir. Elle n’était pas impraticable, bien sûr, mais avec l’étroitesse des rangs, leur vitesse de marche serait assez lente, et les arbres denses obstrueraient la visibilité, ce qui faciliterait la tâche de l’ennemi pour tendre une embuscade.

S’ils ne déplaçaient que quelques unités, ce serait plus faisable, mais le terrain ne permettait pas de mobiliser une grande armée.

Et même s’ils parvenaient à traverser la forêt de Herkshua, ils auraient besoin d’un moyen de traverser la Thèbes, une rivière géante.

« Êtes-vous inquiet quant à la traversée de la rivière, Seigneur Mikhail ? »

Mikhail hocha la tête en silence aux paroles de Ryoma. Cette rivière, qui provenait de la chaîne de montagnes du Woar située le long de la frontière du royaume avec Xarooda, s’était jointe aux rivières des alentours humidifiant la terre en s’écoulant du sud-ouest du pays vers le nord-est. La Rhoadseria devait sa grande production agricole aux eaux abondantes de ce fleuve.

Le fleuve avait vraiment donné ses bénédictions à Rhoadseria, mais lorsqu’il s’agissait de déplacer une armée, cela devenait un obstacle majeur. Elle faisait 500 mètres de large — une distance que les techniques architecturales de ce monde ne pouvaient espérer combler. Elle était également assez profonde. Il n’était donc pas possible de la traverser à gué.

Bien sûr, il y avait plusieurs quais de chaque côté du fleuve, mais si la traversée de la Thèbes n’était pas un problème en temps de paix, le transport d’une armée de l’autre côté était une tout autre histoire.

Le plus gros problème était qu’il n’y avait pas de bateau assez grand pour transporter des centaines de personnes à la fois. Les cargos de commerce ou les navires de guerre de la marine en étaient peut-être capables, mais aucun bateau destiné à la traversée des rivières n’était aussi grand. Le plus grand disponible ne pouvait transporter que vingt à trente soldats armés.

De plus, le simple transport de soldats ne suffisait pas. Le transport de fournitures était un autre élément à prendre en considération. Des armes et des armures de rechange, des rations pour les soldats, du fourrage pour les chevaux, ainsi que des fournitures médicales pour soigner les soldats blessés. En essayant de tout comptabiliser, il apparaissait clairement que la tâche pouvait être infinie…

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3 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Un fleuve de 500 m de large ? Faire un pont flottant avec des barges est il dans les capacités techniques de ce monde ?

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