Wortenia Senki – Tome 3 – Chapitre 1 – Partie 4

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Chapitre 1 : La clé du succès

Partie 4

En envoyant le vin et la viande de sa bouche à son estomac, Ryoma commença à leur raconter sur un ton sérieux ce qui s’était passé. Le général Albrecht avait quitté la capitale Pireas avec le premier régiment de chevalier sous son commandement, sous prétexte de rétablir l’ordre public du royaume. C’était il y a quatre jours.

Ryoma n’avait pas été informé de cela. S’il l’avait été, Ryoma aurait probablement utilisé tous les moyens à sa disposition pour saboter les mouvements d’Albrecht. Meltina le lui avait dit plus tard, l’informant de la manière dont le général avait fait une suggestion forcée à la princesse Lupis.

Rétablir l’ordre public dans le pays. Ce n’était qu’un prétexte pour mobiliser l’armée, mais la suggestion en soi était extrêmement valable.

Après tout, à la suite du soutien de la princesse Radine par la faction de la noblesse, la rivalité politique s’était intensifiée, ce qui avait naturellement conduit à une aggravation de la sécurité publique de Rhoadseria.

Les attaques des bandits étaient devenues plus fréquentes et les civils élevaient de plus en plus la voix pour protester. La cause en était claire : les deux factions avaient rappelé de leurs postes leurs chevaliers et leurs gardes, qui étaient généralement chargés de maintenir l’ordre public. Les deux parties avaient perçu l’odeur du conflit à venir et s’étaient empressées de rassembler leurs forces afin d’obtenir un avantage, mais le résultat final avait été désastreux.

La capitale et les autres grandes villes de province étaient considérées par les factions des chevaliers et des nobles comme stratégiquement importantes. Elles possédaient ainsi une garnison avec des troupes. La détérioration de l’ordre public n’y était donc pas aussi visible. Mais d’un autre côté, les villages et les villes qui n’avaient pas ce genre de valeur stratégique se retrouvaient sans chevaliers ni gardes, leur ordre public s’effondrait donc rapidement.

D’une certaine manière, c’était inévitable. Ni la princesse Lupis ni le duc Gelhart ne disposaient d’une réserve inépuisable de troupes. S’ils devaient prendre le dessus sur l’adversaire dans des conditions limitées, l’abandon des zones de faible valeur stratégique était une manœuvre nécessaire.

Ryoma, bien sûr, ne pensait pas du tout que c’était l’idéal. Au contraire, compte tenu de ce qui allait arriver, il pensait que c’était une décision terrible. Même s’ils devaient gagner la guerre avec la faction des nobles, il était clair pour lui que le règne de la princesse Lupis en prendrait un coup mortel.

Mais d’un autre côté, s’ils ne gagnaient pas la guerre maintenant, il n’y aurait pas beaucoup d’intérêt à discuter du règne de la princesse Lupis. Cela dérangeait Ryoma, mais la réalité était qu’il n’y avait pas grand-chose à faire.

Et le général Albrecht en avait fait un usage intelligent, se mettant ainsi en position avantageuse.

« Un royaume n’existe que si son peuple existe ! »

Avec cette seule phrase, il secoua le cœur de la princesse Lupis, qui était troublée par le fait que ses sujets étaient en danger à cause du mauvais ordre public.

Et Ryoma lui-même avait convenu que ces mots étaient vrais. Un pays n’existait que grâce à son peuple, et un dirigeant était jugé sur sa capacité à défendre la vie de ses sujets. Ces mots seuls étaient soutenus par une raison inébranlable.

Mais un homme aussi ambitieux, qui jusqu’à présent s’en tenait à sa position privilégiée et regardait de haut les roturiers, s’éveillerait-il soudainement à la compassion envers l’homme du peuple ?

La réponse fut un « non » retentissant.

La possibilité n’était pas entièrement nulle, bien sûr, mais elle était certainement proche de zéro. Si Ryoma ou Helena avaient été présents, ils n’auraient jamais pris les paroles d’Albrecht au pied de la lettre. Au moins, ils auraient strictement interdit au général Albrecht de prendre le commandement comme il l’avait fait.

Mais la princesse Lupis ne le savait pas. Non, peut-être qu’elle le savait au fond d’elle-même. Aussi inexpérimentée qu’elle fût, elle n’était pas une imbécile. Mais le résultat final fut que la princesse Lupis s’était soumise à la demande du général Albrecht, probablement par souci sincère pour le peuple de la Rhoadseria.

C’était une caractéristique splendide pour un souverain. Mais dans un ironique retournement de situation, ce gentil souhait repoussait davantage le trône pour la princesse Lupis.

« Ainsi, au final, elle a été dupée par le général Albrecht… »

« C’est à peu près ça, oui. »

Les sœurs Malfist secouèrent silencieusement la tête à ses mots. Elles étaient vraiment sans voix. Albrecht était peut-être un allié pour elle, mais il était susceptible d’être un ennemi plus tard. Avaler si facilement une excuse aussi suspecte de la part de cet homme fit paraître le jugement de la princesse Lupis bien trop irréfléchi.

Pour commencer, il n’y avait aucune raison pour qu’un général s’occupe personnellement de l’ordre public des villes de province. Si Lione en entendait parler, elle crierait probablement quelques centaines de malédictions à ce sujet.

« Voilà donc ce qui s’est passé… »

Après avoir entendu les détails, Laura regarda Ryoma avec des yeux interrogateurs.

« Cependant… »

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Quelque chose te dérange ? »

Reprenant à son compte son regard, Ryoma l’avait incitée à poursuivre avec satisfaction. La plupart des gens s’accordaient à dire que le général Albrecht s’était fait doubler. Et c’était bien sûr un détail important, mais peu de gens remarqueraient l’autre doute caché derrière cela à ce stade.

De toutes les personnes qui servaient actuellement de stratège à Rhoadseria, seules quelques-unes, à savoir Helena Steiner et le comte Bergstone, s’en rendraient compte. Cela étant, le fait que les sœurs Malfist l’avaient compris était significatif.

« Oui. Je me demandais juste si ce qui te dérangeait était la défection du général Albrecht vers la faction des nobles, ou… »

Elle jeta un regard interrogateur dans sa direction.

« Et toi, Sara ? »

Ignorant la requête de Laura, Ryoma se tourna vers Sara.

« Je crois que tu soupçonnes que les actions du général Albrecht ont été provoquées par les machinations d’une tierce partie ? »

Ryoma fit un signe de tête, satisfait de sa réponse. Oui, c’était précisément ce soupçon qui avait inquiété Ryoma pendant plus d’une demi-journée.

Ryoma n’avait aucun doute dans son esprit que mettre Helena Steiner à contribution était la bonne décision. Cependant, il réalisait maintenant que pour le royaume de Rhoadseria, la déesse blanche de la guerre était l’équivalent d’une puissante médecine. Aussi puissante qu’elle soit, la consommer de la mauvaise façon pouvait la rendre aussi mortelle que le poison.

Et Ryoma se rendit compte qu’il avait commis une erreur dans sa manipulation du médicament nommé Helena Steiner.

Il était vrai que sa remise en service avait donné des résultats immédiats et satisfaisants. À cet égard, elle était tout ce que Ryoma espérait qu’elle serait. Elle avait rapidement contacté les chevaliers qui avaient servi avec elle et avait remis les plus jeunes chevaliers aux côtés de la princesse Lupis d’un seul coup.

Helena avait bien compris la rancune et le mécontentement que les chevaliers éprouvaient à l’égard du général Albrecht et, en l’espace d’un mois et demi, la moitié de la faction des chevaliers s’était retournée contre lui.

Beaucoup de colère s’était accumulée au cours des nombreuses années envers le général Albrecht. Le retour d’Helena au service actif avait permis à ces chevaliers de trouver un exutoire à leurs frustrations. Ceux-ci avaient afflué pour se rassembler sous sa bannière. Ils étaient de plus en plus nombreux à la rejoindre.

Finalement, seul le régiment de 2 500 chevaliers qu’il dirigeait était resté aux côtés du général Albrecht. À ses protégés, il fallait rajouter une poignée d’autres chevaliers qu’il avait dispersés dans les autres régiments. C’était un déclin que l’on ne croirait jamais possible pour un homme brûlant d’ambition, qui jusqu’à tout récemment avait servi à la tête d’une des principales factions de Rhoadseria, avec une armée permanente de six régiments de chevaliers, soit 15 000 hommes.

Mais le général Albrecht n’était pas le seul à être troublé par ce changement soudain. Il avait probablement été choqué de voir sa faction se faire dévorer aussi rapidement par le retour soudain au combat d’Helena Steiner. Ryoma avait été tout aussi surpris.

Ryoma n’avait prévu d’éliminer le général Albrecht qu’après s’être occupé de la faction des nobles. Mais avec sa faction dévorée de la sorte, le général Albrecht ne resterait pas les bras croisés et continuerait à soutenir la princesse Lupis. Connaissant sa personnalité, l’homme essaierait sans aucun doute à renverser la situation.

Ils auraient dû abattre le général Albrecht par la force avant qu’il n’effectue des mouvements suspects. Tout comme Ryoma avait l’intention de proposer de modifier les plans actuels de la princesse Lupis, toute cette affaire s’était révélée.

« C’est vrai, c’est un peu trop contre nature… Il est certain que le général Hodram Albrecht est acculé au pied du mur. Il voudrait des renforts… C’est ce que je continue à croire. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi le Duc Gelhart l’accepterait. Je ne peux pas imaginer ce méchant général s’inclinant devant son adversaire politique. »

Leur première rencontre dans la salle d’audience refit surface dans l’esprit de Ryoma. Il se souvenait de ses yeux, pleins de convoitise et d’ambition, et du regard froid qu’il avait dirigé sur Ryoma la première fois qu’il l’avait vu. Ceux-ci semblaient vouloir dire : « Espèce de petit paysan ! »

Il était hautain, fanatique et impitoyable envers ses ennemis. Et par-dessus tout, sa fierté était écrasante. Et c’était un fait que ses relations avec le duc Gelhart avaient été terribles après des années d’opposition sur le terrain politique.

Il n’était pas rare que l’armée s’oppose au gouvernement, mais même sans cela, les deux hommes nourrissaient une dangereuse animosité l’un envers l’autre.

Ainsi, entre leurs relations existantes et la personnalité du général Albrecht, il était difficile d’imaginer qu’il puisse facilement se ranger au côté du duc Gelhart, même s’il était conscient de la menace qui pesait sur sa position de général. C’était pourquoi Ryoma avait volontairement ignoré jusqu’à présent la possibilité que le général Albrecht se joigne à la faction des nobles.

« Effectivement… Mais n’est-il pas possible que ce soit le Duc Gelhart qui ait proposé leur union cette fois-ci ? »

Sara le demanda, en comprenant les doutes de Ryoma sur la question. C’était en fait l’essentiel de la réponse à laquelle Ryoma avait longuement réfléchi.

« Oui, c’est à peu près ça. Franchement, je ne vois pas d’autre solution. Mais la question est alors de savoir qui a convaincu Duc Gelhart de faire ça ? »

S’il n’y avait aucune chance que le général Albrecht avale sa fierté et demande à s’allier au duc Gelhart, il était logique que ce soit la faction des nobles qui s’était avancée et l’avait proposé.

Après tout, c’était le camp qui détenait le pouvoir par des moyens politiques. Ils étaient experts dans ce genre de transactions douteuses, mais comme les deux parties avaient des intérêts contradictoires, il leur faudrait du temps pour aplanir ces différences, et c’était une question où ils ne pouvaient pas vraiment mettre de côté leurs préjugés.

Dans ce cas, pour qu’ils puissent coopérer, il leur fallait quelqu’un de très intelligent, patient et doté de compétences transcendantes en matière de négociation. Ce n’était pas un exploit dont un noble cupide serait capable. Si la faction des nobles avait eu quelqu’un comme ça de son côté, le duc Gelhart ne se serait pas donné la peine de mettre la princesse Radine comme étendard. Il aurait simplement intégré la princesse Lupis, qui était en quelque sorte la première à accéder au trône, dans la faction des nobles.

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