Wortenia Senki – Tome 3 – Chapitre 1 – Partie 1

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Chapitre 1 : La clé du succès

Partie 1

Les coups rythmés d’une hache contre un arbre se réverbéraient. Cela se passait dans la forêt profonde près de la capitale, Pireas. Un bûcheron vivant dans un village agricole voisin y travaillait.

« Oh… Ils reviennent ? »

En entendant le bruit des roues d’un chariot qui approchait, le bûcheron s’arrêta, ses mains serrant encore le manche usé de sa hache.

Essuyant les perles de sueur de son visage avec un mouchoir suspendu à sa taille, il tourna le visage vers le sentier de la forêt. Le sentier était suffisamment large pour permettre le passage d’un chariot. La route était pavée, mais elle ne menait pas vraiment à une ville. L’unique chose se trouvant au bout de ce sentier était la propriété d’un vieux chevalier de la garde royale à la retraite.

« Hmph. Ça ne ressemble pas à un chariot typique. Ce doit être un invité du domaine. »

Il n’était pas rare qu’un commerçant prenne un mauvais virage avec son chariot et qu’il se retrouve à cet endroit, mais comme il s’agissait d’un chariot tiré par des chevaux — même s’il n’était pas très luxueux — cette théorie était peu probable.

Ce n’était rien d’autre qu’une route secondaire qui n’avait jamais vu beaucoup de trafic. Les seuls à l’emprunter étaient les bûcherons du village et les invités du vieux.

Cela dit, le domaine ne recevait pas beaucoup d’invités, même lorsque son propriétaire était un chevalier en activité. Et depuis qu’il avait pris sa retraite, ce nombre avait été réduit à une visite par an. Le vieux ne pouvait pas être qualifié d’excentrique, mais le bûcheron sourit avec ironie, car le visage peu sociable de l’homme avait refait surface dans ses souvenirs.

« Je suppose que des choses étranges sont arrivées… J’espère que son état n’a pas empiré. »

Jusqu’à il y a quelques années, il faisait des excursions occasionnelles au village où il aidait à tuer des monstres, mais récemment, il ne quittait plus son domaine. En échange, les apprentis chevaliers qui y étaient formés venaient aider à la place. Le village n’avait donc pas besoin d’aide, mais ils le connaissaient depuis de nombreuses années. Au moins, ils avaient une dette de gratitude suffisante pour pleurer sa mort.

« Peut-être devrions-nous faire bientôt une visite de courtoisie… »

La rumeur dans le village était qu’il avait été infecté par une maladie mortelle et qu’il était constamment alité. Mettant de côté cette inquiétante rumeur, le bûcheron fixa la direction dans laquelle le chariot était parti.

« Je suis honoré de faire votre connaissance », déclara Chris, qui s’était incliné devant Helena avec respect, affichant ainsi l’honneur des chevaliers.

« Je suis Chris, le petit-fils de Frank Morgan. »

Il n’y avait pas un seul défaut dans son apparence, ce qui prouvait sa formation rigoureuse de chevalier. En regardant Chris se prosterner, Helena le regarda avec un doux sourire.

« C’est la lettre que mon grand-père m’a laissée en ma possession. »

L’expéditeur de cette lettre était l’un des subordonnés de confiance d’Helena depuis l’époque où elle était général en activité, tout comme l’avait été le maître de ce domaine. Son petit-fils avait fait tout ce chemin pour livrer cette lettre, et du point de vue d’Helena, ces hommes étaient comme sa propre famille.

« Tu n’as pas besoin de faire autant de cérémonies, mon cher. Tous ceux qui sont réunis ici sont comme ma propre famille. Tu peux parler plus librement. Sois à l’aise. »

Ses yeux avaient le doux regard d’une personne qui veillait gentiment sur un petit-enfant.

« Oui, madame », dit Chris, sa voix résonnait comme le doux carillon d’une cloche.

Chris releva sa tête.

« « Aaaah... » »

Des soupirs d’adoration s’échappèrent des alentours d’Helena. La beauté du jeune homme était telle que les hommes et les femmes ne pouvaient s’empêcher de retenir leur souffle avec stupéfaction. Des boucles dorées, des yeux bleus qui brillaient comme de la glace et une peau blanche, douce et presque transparente.

La beauté de Chris était telle que s’il était une femme, les autres le verraient comme une aubaine qui éveillerait la convoitise de quiconque poserait les yeux sur lui. Et Helena, aussi âgée qu’elle fût, ne faisait pas exception.

« J’ai entendu des rumeurs, mais ta beauté est presque effrayante… C’est presque un gâchis que tu sois né en tant qu’homme. »

Chris considéra avec un sourire amer la remarque d’Helena, qui était tout autant empreinte de taquinerie et d’envie.

« Et pourtant, je ne me souviens pas que ce beau visage ait souvent été source de bonnes expériences… Mais si vous le trouvez favorable, Dame Helena, je suis honoré. »

L’amertume qui se cachait derrière ces mots n’échappa pas à Helena. Au premier coup d’œil, Chris Morgan pouvait être confondu avec une femme, mais c’était bien un homme et un chevalier rhoadserien. Peu importait les éloges que l’on faisait sur son apparence, pour Chris, ce n’était rien d’autre qu’une nuisance.

Mais si Chris était un ménestrel ou un acteur, ou peut-être même un prostitué, son apparence aurait certainement été sa plus grande arme.

La mère de Chris avait été saluée comme l’une des plus belles femmes du monde, même parmi les pays voisins, et Chris avait beaucoup puisé dans son sang. Ce n’était en aucun cas une chose négative.

Mais pour un homme vivant sur le champ de bataille, cette beauté ne pouvait être qu’une nuisance. Cette beauté ne faisait que l’en éloigner encore plus. Les choses exquises pouvaient engendrer la colère des autres tout autant que leur admiration.

Et le fait qu’il soit le petit-fils de Frank Morgan n’avait pas joué non plus à la faveur de Chris. Il ne faisait aucun doute que les dirigeants de la faction des chevaliers, à savoir le général Albrecht, avaient un œil sur lui et, associé à cette beauté, il était devenu bien trop voyant. Ce n’était sans doute pas un sentiment agréable pour lui.

« C’est vrai… Tu as raison, ce n’était pas une façon de parler à un chevalier… C’était grossier de ma part. Je suis désolée. Peux-tu me pardonner ? »

Helena s’excusa sincèrement. Retraité ou pas, ce n’était pas des mots que le général d’un pays dirait à une personne qui n’avait que vingt ans. Les excuses d’Helena firent en sorte que Christ ravala sa salive, après quoi il écarta lentement les lèvres.

« Vous êtes exactement comme grand-père vous a décrit… »

« Oh, et comment Frank a-t-il parlé de moi ? »

« Il a dit que vous étiez une personne suffisamment digne pour que je puisse consacrer ma vie à vous servir. »

Ces mots étaient profonds, chargés de sens et de danger. Ils laissaient entendre qu’il servirait Helena plutôt que son maître légitime, le roi. Ces mots pouvaient être pris comme tels, et si une personne mal intentionnée les entendait, Chris pouvait facilement être diffamé pour trahison.

Mais Helena accepta les paroles de Chris avec calme.

« Heheh... C’est ce que Frank a dit, n’est-ce pas ? »

C’était les mots que ses aides disaient quand elle était en activité. Le fait qu’il avait envoyé son propre petit-fils était la seule preuve qu’elle avait besoin pour voir que ces mots étaient honnêtes.

« Oui. Quand il a reçu votre lettre l’autre jour, il a beaucoup déploré le fait que son corps n’était plus en état pour venir à vos côtés. »

« Il n’y a pas grand-chose à faire à ce sujet. La présence de Frank aurait été extrêmement encourageante, mais… pas quand il est si malade. »

Helena ferma tristement les yeux. Elle se remémorait l’image de Frank tel qu’il était autrefois, alors qu’il avait à peine la trentaine.

La maladie qui avait infecté Frank Morgan s’appelait la maladie de Carrion, la même maladie qui tourmentait le maître de ce domaine. Elle commençait au bout des doigts et se propageait à partir de là, se frayant progressivement un chemin jusqu’au centre du corps et décomposant la chair dans son sillage. C’était une maladie rare et non contagieuse, mais on craignait le coût élevé de ses traitements.

Une méthode de traitement avait été établie, mais elle nécessitait un nostrum importé du continent central, et il était à la fois extrêmement coûteux et importé en petites quantités. À moins d’avoir des relations avec un marchand important, il était difficile de mettre la main dessus.

Pire encore, le nostrum montrait toute son efficacité qu’aux premiers stades de la maladie, de sorte que si quelqu’un prenait son temps pour l’obtenir, il pourrait bien être trop tard pour le traiter.

« Je suis désolée… Tout cela est de ma faute. Je t’ai causé beaucoup de peine. »

Helena s’était soudainement excusée.

Mais Chris secoua la tête. Chris était suffisamment mature pour comprendre pourquoi elle s’excusait, même sans contexte.

« Non, tout cela est conforme au souhait de grand-père… Il a dit catégoriquement que s’il devait mourir, il maudirait le général Albrecht même au-delà de la mort. Et vous ne me devez aucune excuse. Après tout, la vraie valeur d’un chevalier réside dans la guerre. »

Chris parla sur un ton qui imitait celui de son grand-père. Quelle détermination se cachait derrière ses paroles ?

Ils n’avaient pas réussi à obtenir le nostrum, mais cela ne signifiait pas que la famille Morgan n’avait pas la richesse nécessaire pour l’acheter. Tout comme Helena, Frank Morgan était passé du statut de roturier à celui de chevalier de haut rang. Il avait toujours été un homme taciturne qui ne favorisait pas un style de vie extravagant et était limité dans la façon dont il pouvait dépenser son salaire.

Même s’il avait des problèmes financiers, il pouvait demander de l’aide à ses connaissances. Helena elle-même étant un exemple parfait, beaucoup de ses anciens amis se joindraient volontiers à lui et lui prêteraient de l’argent s’il le demandait, et on pourrait en dire autant de Baroque. Helena disait qu’ils étaient tous comme une famille, et ces mots sonnaient juste. Les liens formés par les combats sur le champ de bataille étaient solides.

Il en était de même pour ses relations. Même à la retraite, il pouvait compter sur les liens qu’il avait tissés pendant son service. Après tout, il n’avait pas atteint les échelons supérieurs de l’armée d’un pays sans raison.

Dans ce cas, pourquoi Frank Morgan et Baroque, le maître de ce domaine, étaient-ils ainsi tourmentés par la maladie de Carrion ?

La réponse était simple. Parce que le chef de la faction des chevaliers, le général Albrecht, et ses aides détestaient tous ceux qui étaient proches d’Helena. Le général Albrecht accordait une grande importance au statut social et au nom de famille. Il n’y avait rien de plus répugnant à ses yeux que des roturiers qui gravissaient les échelons, comme Helena et ses pairs.

Il les avait harcelés lorsqu’ils étaient chevaliers actifs et persistait à le faire même après leur retraite. Bien sûr, Helena et les autres n’avaient rien fait pour résister directement, mais avec la pointe de la lame tournée contre les familles et les amis, leurs mains étaient liées maintenant qu’ils étaient retirés du service actif.

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