Wortenia Senki – Tome 2 – Prologue – Partie 1

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Prologue

Partie 1

Un homme seul marchait dans le quartier des plaisirs des quartiers nord de la capitale impériale, vêtu d’une capuche et d’un manteau. Il se mêlait à l’obscurité de la nuit, essayant d’éviter l’attention. Les cris des ivrognes et les voix coquettes des serveuses résonnaient de loin dans ses oreilles. Il se précipita vers sa destination, l’odeur désagréable d’alcool mélangée à la fumée envahissant ses narines.

Il avait déjà remis son rapport à son supérieur officiel, l’Empereur, mais il était sur le point de le remettre à son autre supérieur en coulisses.

Tandis que Shardina livrait le récit de ce qui était arrivé à l’Empereur, Saitou s’était simplement agenouillé avec une expression grave, mais ce supérieur plus sombre lui demandait de faire une explication plus détaillée de ce qui était arrivé.

L’Organisation. Un tel rassemblement de personnes existait sur cette Terre, et ses membres l’appelaient simplement ainsi. Un endroit où ceux qui avaient été arrachés à leur monde natal et jetés dans celui-ci pouvaient s’y rassembler. Et, en même temps, où résidaient ceux qui brûlaient d’une haine et d’un dégoût sans fin.

« Hehe... Quelle question délicate ! »

Imaginant le visage de son supérieur, un soupir de plomb s’échappa des lèvres de Saitou.

Le supérieur de Saitou dans les coulisses, Akitake Sudou, n’était pas du tout le genre d’homme qui ne tenait pas compte des circonstances et n’avait pas la personnalité qui le rendait difficile à vivre avec. En fait, étant donné que c’était Sudou qui avait accordé à Saitou une place dans l’Organisation, l’homme était effectivement le sauveur de sa vie. Si l’on regardait au-delà du fait qu’il était un peu cynique et qu’il prenait un peu de plaisir à taquiner les autres, Sudou était un employeur idéal.

Mais on ne pouvait pas dire que c’était une personne douce.

Si l’on considérait l’incident récent du point de vue de Saitou en tant que vice-capitaine des Chevaliers Succube, toute cette affaire était loin d’être un échec. Certes, le fait que Ryoma Mikoshiba leur ait glissé entre les doigts après qu’il ait été brièvement à leur portée était un coup de malchance, mais les chances de l’attraper étaient déjà minces, et Shardina avait dû assumer toute la responsabilité de l’affaire comme capitaine.

En fait, après l’audience, l’Empereur avait personnellement donné quelques mots d’encouragement à Saitou. Il avait plus que rempli son rôle de vice-capitaine des Chevaliers Succube qui soutenaient l’empire, et comme bras droit de Shardina.

Mais du point de vue de son rôle en tant que membre de l’Organisation, la perspective était un peu plus mitigée. Une partie de la mission confiée à Saitou consistait à promouvoir la position politique de Shardina.

Après avoir reçu la permission d’entrer, Saitou ouvrit la porte et fut accueillie par un Sudou assis sur le canapé de la chambre, savourant un repas et une bouteille de vin assis sur la table.

« J’ai entendu dire que les choses ont été assez mouvementées pour toi. Tu as travaillé dur, n’est-ce pas ? »

Après avoir été accueillie de façon taquine et superficielle, l’expression de Saitou s’était raidie. Il y avait beaucoup de choses qu’il voulait dire, mais peu importe à quel point l’homme assis devant lui était méchant et tordu, il restait toujours son supérieur.

Saitou s’était déplacée pour s’asseoir sur le canapé d’en face sans demander la permission, conscient de l’impolitesse de la situation. Telle était sa manière de protester en silence. En regardant Saitou s’exprimer avec amusement, Sudou versa du vin dans le verre devant lui.

« Mon Dieu, c’est vraiment surprenant… D’après ton expression, je suppose que l’évasion de M. Mikoshiba face à la princesse Shardina n’était pas le résultat que tu espérais. Et là, je suis convaincu que tu lui avais confié un poste… »

Le regard de Sudou prit soudain une acuité qui semblait pouvoir couper à travers tout, et Saitou sentit un frisson glisser le long de sa colonne vertébrale.

« Insinues-tu que j’ai laissé mes sentiments se mêler à ma responsabilité ? »

Saitou avait failli se lever, les mots qu’il craignait d’entendre atteignirent profondément ses oreilles.

Si Sudou répondait par l’affirmative à cette question, cela signifierait une condamnation à mort pour Saitou. L’Organisation était fondamentalement intolérante à l’égard des échecs, et si ses actions étaient perçues comme une tentative délibérée d’entraver la mission, elles se traduiraient par une exécution immédiate. C’était une forme évidente d’autodéfense pour une organisation illégale.

L’Organisation avait ordonné à Saitou d’aider Shardina, ou plus exactement de l’aider à gagner en mérite et à accroître son influence auprès de la Cour. À cet égard, cette tournure des événements avait été un coup particulièrement douloureux pour l’Organisation.

Certes, l’Empereur avait couvert sa fille bien-aimée Shardina et lui avait donné une chance de conquérir Xarooda, mais il n’y avait pas moyen d’éviter le fait que certains nobles continueraient probablement à douter de ses capacités. L’influence de Shardina avait été quelque peu réduite, et c’était une vérité irréfutable.

Cependant, il avait gagné la confiance absolue de Shardina de plusieurs façons : le fait qu’il avait pu rapidement mettre en place le blocus à la frontière et conduire Ryoma Mikoshiba dans la forêt comme elle l’avait prévu, le fait qu’il lui avait conseillé de tuer Ryoma à sa capture malgré sa compréhension des souhaits de l’Empereur, et surtout, le fait de se jeter sur Shardina pour la protéger lorsque le vent généré par le sort magique balaya le camp.

Si l’Organisation devait tuer Saitou maintenant, il lui faudrait envoyer quelqu’un d’autre sous Shardina, mais cela prendra un temps considérable au remplaçant hypothétique pour établir le degré de confiance que Saitou avait gagné. Par conséquent, ce n’était pas rentable pour eux de tuer Saitou maintenant.

Mais tout cela dépendait de la compréhension de l’Organisation sur le fait que Saitou avait mise tout en œuvre pour capturer Ryoma Mikoshiba. Saitou était à la fois un agent et un espion de l’Organisation, et en tant que tel, laisser ses émotions personnelles influencer sa mission était impardonnable.

En fin de compte, la question était de savoir si l’Organisation reconnaissait que cette chaîne d’événements avait échappé au contrôle de Saitou. Et cela dépendait de l’opinion de Sudou. Il était donc tout naturel qu’il pâlisse en entendant les paroles de Sudou.

Mais l’expression prudente de Saitou n’avait fait que faire rire agréablement Sudou, sans le moindre éclat du regard aigu qu’il avait eu auparavant.

« Eh bien, peut-être que je t’ai un peu trop menacé… Allons, pas la peine d’être si nerveux. Si j’avais sérieusement l’intention de me débarrasser de toi, tu aurais fait tes adieux à ce corps mortel il y a longtemps. »

Leurs regards restèrent bloqués l’un dans l’autre pendant un moment unique et interminable.

« Oui… Je suppose que c’est vrai. », dit Saitou, manifestement convaincue.

Soupirant lourdement, il s’assit de nouveau sur le canapé.

Quel homme terrifiant... Il sait tout de la situation avant même que je ne lui en parle.

Il réalisa que les paroles de Sudou étaient prononcées en plaisantant, mais cela signifiait aussi que son pouvoir et son influence s’étendaient loin et profondément dans l’Empire. Oui, assez profond pour connaître même les détails les plus infimes d’une des réunions de l’Empereur.

La gorge de Saitou était sèche à cause du suspense, et il ressentait un besoin inné d’étancher sa soif. Il prit le verre posé devant lui et le bu d’un trait, la saveur aigre du vin rouge, affiné et mûri par des années de stockage, lui remplit la bouche. Il aurait aimé s’attarder un peu plus longtemps sur son goût, mais pour l’instant ce n’était rien de plus qu’un liquide effaçant la sécheresse de sa gorge.

Voyant le visage de Saitou se contorsionner en avalant le vin, le sourire de Sudou s’approfondit en lui tendant un verre d’eau.

« Bien qu’il soit certain que l’influence de la princesse Shardina a pris un coup à la suite des événements récents, sa confiance en toi a tout de même augmenté. Le meurtre du magicien de la cour, Gaius Valkland, n’était pas quelque chose que nous avions prévu, mais il n’a que légèrement devancé le calendrier… Aussi malheureux que cela puisse être pour ceux qui ont voulu tuer Gaius eux-mêmes. »

« Ce qui veut dire ? »

« Eh bien, je ne trouve pas grand-chose à redire dans ton jugement lors de cet incident, Saitou, et j’ai l’intention de le dire dans notre réunion prévue dans deux semaines… Oh, oui, vu que je me suis donné la peine de préparer ce repas, n’hésite pas à te servir. »

Soulagé par ces mots, Saitou se pencha vers la vaisselle qui se trouvait devant lui.

« Mais penser qu’il y a un homme qui pourrait en prendre quelqu’un comme toi par surprise… Ce Mikoshiba est très impressionnant, vu sa jeunesse. »

« Oui… Bien que je ne dirais pas qu’il est fort, je dirais plutôt qu’il est terrifiant. »

« Terrifiant ? »

Sentant le regard scrutateur de Sudou sur lui, Saitou arrêta de bouger la cuillère dans sa main.

« Oui. Pour être honnête, je trouve son impitoyabilité et sa capacité d’adaptation plutôt effrayantes. »

Si tout se résumait à la force et à l’agilité des bras, Saitou dépasserait sûrement Ryoma Mikoshiba. Ayant vécu dans ce monde pendant près de huit ans et ayant livré d’innombrables batailles, Saitou avait développé l’une des compétences uniques au monde, la magie martiale, lui permettant de montrer une force dépassant ce que les muscles humains pouvaient normalement produire. Si Saitou et Ryoma s’affrontaient, Saitou serait, objectivement parlant, sans doute le plus fort des deux.

« Mais dans une bataille à mort… Eh bien, je suis passé à travers beaucoup d’entre elles dans le passé. J’ai confiance que je ne perdrai pas contre un morveux, mais il… »

Ce qui rendait Ryoma Mikoshiba si effrayant n’était pas sa force physique ou ses compétences transcendantes en arts martiaux, mais plutôt la façon dont sa méthode de pensée n’était pas liée au bon sens et à quel point il pouvait être impitoyable contre son ennemi.

C’était une force que Saitou recherchait, une force qui lui avait manqué dans sa jeunesse.

« Je vois… la force de son cœur. »

Sudou avait l’air d’avoir remarqué tout ce qu’il y avait sur le visage de Saitou.

« Mais si c’est le cas, son talent est d’autant plus remarquable. Dire que son potentiel est de mauvais augure doit vraiment signifier que les gens l’aiment. »

« Ce qui veut dire ? »

En regardant le visage sceptique et interrogateur de Saitou, Sudou sourit comme un farceur espiègle.

« Tu lui as toi-même parlé, Saitou. Quel âge dirais-tu que notre jeune M. Mikoshiba a? »

Face à cette question inattendue, Saitou répondit exactement se qu’il pensait.

« Hum, voyons… Eh bien, je suppose qu’il a le même âge que moi, ou un peu plus jeune peut-être? »

« Hmm, hmm. Alors, dans la mi-vingtaine environ… Oui, je vois, je vois. »

C’était une évaluation raisonnable. Si quelqu’un d’autre avait posé la question, Sudou et Saitou auraient répondu de la même manière. Bien sûr, ils ne connaissaient pas la réponse à l’avance…

« Apparemment, il a seize ans. »

Les paroles de Sudou résonnèrent fortement dans les oreilles de Saitou, mais il ne comprit pas très bien. Ou peut-être serait-il plus approprié de dire qu’il ne voulait pas les croire.

« Quoi? »

Regardant le visage de Saitou, Sudou inclina le verre dans sa main. Il ressentait probablement la même chose que Saitou au fond de lui.

« Je parle de l’âge de M. Mikoshiba, bien sûr. »

« Ce n’est pas possible… Tu es sûr que c’est vrai? »

« J’ai eu la confirmation grâce aux documents qu’il a soumis lors de son inscription à la guilde de la capitale. Il n’y a pas de doute. »

Saitou se tut alors.

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Un commentaire :

  1. Merci pour le chapitre.

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