Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 1

***

Chapitre 1 : Assaillant

***

Chapitre 1 : Assaillant

Partie 1

Trois personnages se déplaçaient dans la forêt sombre, essayant d’étouffer leurs pas au fur et à mesure qu’ils avançaient. Il s’agissait de la zone forestière qui s’étendait au nord de Pherzaad, la plus grande ville commerciale du continent occidental. Cet endroit était loin de la route principale, à plusieurs jours du village le plus proche.

Je n’aurais jamais pensé que les techniques que grand-père m’a enseignées seraient utiles ici…

Se frayant un chemin à travers les arbres tout en essayant de cacher sa présence du mieux qu’il le pouvait, cette pensée traversa l’esprit de Ryoma quand il sentit la présence des sœurs Malfist dans son dos.

Les arts martiaux japonais anciens étaient un ensemble complet et systématique de techniques développées pour assurer la survie des soldats sur le champ de bataille, et ne se limitaient pas simplement aux méthodes pour tuer l’ennemi. Ils enseignaient aussi comment atténuer sa présence et sentir la présence des autres, ce qui était impératif pour le scoutisme, comment nager en portant une armure et un casque, quelles herbes indigènes pouvaient être utilisées en médecine et autres techniques nécessaires à la survie.

À l’époque, je n’arrêtais pas de me demander quand j’allais mettre ces compétences à profit. C’était plutôt ironique… Des compétences qui étaient inutiles au Japon sont devenues tellement plus significatives une fois que j’ai été convoqué ici.

Quand les gens entendaient les mots « anciens arts martiaux japonais », les premières choses qui venaient à l’esprit étaient le jujitsu et le kendo, et ces associations n’étaient techniquement pas incorrectes. La plupart des courants d’arts martiaux qui avaient persisté depuis l’époque des États guerriers jusqu’à l’ère moderne s’étaient systématisés et finirent par devenir spécialisés et raffinés pour un monde pacifique.

Par conséquent, le jiu-jitsu et l’art du sabre avaient été sublimés respectivement en judo et en kendo, éliminant ce qui était jugé inutile dans le processus. Il y avait beaucoup de techniques qui, bien qu’écrites dans le manuel, n’étaient pas pratiquées par la plupart des gens.

Mais même à cette époque, le grand-père de Ryoma Mikoshiba lui avait enseigné toutes les traditions familiales transmises depuis l’Antiquité, sans en oublier une seule, et parmi elles, il y avait des compétences qu’on ne pouvait pas, ou plutôt ne pouvait pas, mettre à profit à l’ère moderne.

Cette méthode de marche que Ryoma avait transmise aux jumelles Malfist était une de ces techniques qui avait été perdue à travers les âges. Marcher en étouffant le bruit de ses pas était une technique évidente pour ceux qui passaient leur vie dans la forêt et qui vivaient de la chasse. Ne pas le faire entraînerait non seulement l’évasion de proies, mais mettrait aussi sa vie en danger.

Cela dit, à l’ère moderne, où la plupart des gens vivaient en ville, cette technique n’était probablement utilisée que par les Matagi, la petite population de chasseurs autochtones qui vivaient dans la région de Tohoku, ou par ceux qui suivaient une formation spéciale de guérilla dans l’armée.

Quoi qu’il en soit, ces techniques de survie en forêt avaient été jugées inutiles dans la vie moderne. La nature, cependant, était différente. Elles étaient peut-être inutiles au Japon, l’un des pays les plus développés du monde de Ryoma, mais elles étaient immensément utiles sur cette Terre, qui avait de nombreuses régions qui n’étaient ni développées ni impactées par l’homme.

Ces compétences étaient inutiles pour la vie au Japon, mais ici dans ce monde, elles lui servaient de bouée de sauvetage, et Ryoma n’avait pas pu s’empêcher de prendre un air d’autodérision devant l’ironie de tout cela.

Debout en tête, Ryoma s’arrêta soudainement et leva la main droite.

C’est devant nous… Comme toujours, j’agirai comme appât et attirerai son attention. Vous deux, vous chercherez une opportunité pour lui tomber dessus… Allez !

Sans se retourner, Ryoma fit signe en silence aux sœurs Malfist, puis s’accroupit et sortit un chakram d’un de ses sacs en cuir. Suivant son signal, les présences des sœurs disparurent derrière lui.

C’était leur tactique pour obtenir une victoire certaine, une tactique qu’ils avaient déjà pratiquée et qu’ils avaient déjà réussie un nombre incalculable de fois. Au bout de la ligne de mire de Ryoma, une seule mante religieuse rôdait. Elle avait un corps mince et vert et deux faux massives à la place des mains. Mais une chose la distinguait du type de mante religieuse que Ryoma avait l’habitude de voir, sa forme massive mesurait cent quarante centimètres de haut.

Une mante géante.

Infamement connu sous le nom de Bouchère des Bois, c’était un type de monstre redouté même par les aventuriers chevronnés. Dans l’ancien monde de Ryoma, les mantes religieuses ne dépassaient jamais une douzaine de centimètres, mais celle qui se tenait devant lui semblait maintenant se moquer ouvertement de l’idée du bon sens.

Ryoma ne pouvait voir que son dos de là où il se tenait, mais la grande mante semblait actuellement occupée à manger. La moitié inférieure coupée d’un loup gisait à ses pieds.

En pliant son corps comme un arc, Ryoma lança le chakram, qui traversa le vent et s’envola vers la mante religieuse. Malgré des yeux composés capables de voir dans toutes les directions, elle n’était toujours pas capable de capter la vue d’un chakram qui volait dans l’air dans cette forêt épaisse.

L’instant d’après, le chakram s’enfonça profondément dans le dos sans défense de la grande mante. Il ne savait pas si cette chose pouvait ressentir de la douleur, mais la grande mante se retourna sans même émettre un gémissement d’agonie, jetant la carcasse qu’elle portait dans ses pattes avant, et faisant face à Ryoma, ses ailes s’étendant pour intimider celui qui lui faisait obstacle pendant son repas.

Ses yeux semblaient inorganiques et froids, des yeux sans émotion, en forme de perles de verre, comme ceux d’un insecte. Mais Ryoma pouvait dire qu’elle était furieuse d’avoir été attaquée et blessée par surprise.

C’est vrai. Garde les yeux fixés sur moi, mon grand ! Ton ennemi est juste là.

Tenant ses pattes avant devant son visage comme un boxeur, la grande mante s’approcha tout en resserrant sa défense, à la recherche d’une ouverture.

Sa bouche aiguisée était teinte en rouge avec du sang de loup, et ses deux faux en forme de scie brillaient dans l’attente du sang d’une nouvelle proie.

Le prendre par l’avant est impossible…

Ryoma jeta deux autres chakrams avec l’intention de la garder sous contrôle, mais la mante les détourna avec ses pattes avant. C’était vraiment des armes menaçantes, capables de déchirer des proies en morceaux, et pourtant les chakrams forgés de fer n’avaient aucun effet.

Ryoma avait silencieusement dégainé son épée, la tenant sous son côté droit tout en cachant la lame derrière son dos.

Une position de flanc.

C’était une position qui permettait de s’adapter ad hoc en observant les mouvements de l’adversaire. Et Ryoma n’avait pas détourné son regard de la mante pendant un instant. Parce que s’il détournait les yeux ne serait-ce qu’une seconde, la grande mante couvrirait d’un seul bond les dix mètres qui les séparaient et l’attaquerait. Les animaux et les insectes se ruaient sur leurs ennemis dès qu’ils voyaient une ouverture.

Bon garçon… Reste concentré sur moi !

Leurs regards ne restèrent connectés qu’une dizaine de secondes. Toujours sur le flanc, Ryoma avait parcouru la distance d’un bond et la mante avait balancé ses pattes avant comme si elle relevait le défi. Voltigeant de ses ailes, son corps vert s’éleva dans les airs.

Une masse violente s’écrasa sur le corps de Ryoma. Ses muscles tempérés gonflèrent, s’opposant à l’armature massive de la grande mante. Son visage était rougi par l’effort et sa respiration s’était arrêtée dans sa gorge. La mante n’arrêtait pas de presser vers le bas, dans l’intention d’écraser Ryoma.

L’épée et les faux s’étaient verrouillées et poussèrent l’une contre l’autre. Si Ryoma devait relâcher ses forces ne serait-ce qu’un instant, il serait immédiatement projeté contre le sol. Étant instinctivement conscientes de cela, les pensées de la grande mante étaient entièrement fixées sur l’achèvement de la proie sous ses yeux. Et cela rendrait insignifiante la large portée de ses yeux composés.

Sa conscience était entièrement concentrée sur Ryoma, ne sachant pas que cela ne ferait qu’accélérer son voyage vers la tombe, la grande mante s’approcha lentement du visage de Ryoma, ouvrant ses mâchoires pointues en même temps.

« Maintenant ! »

Avec le cri de Ryoma en guise de signal, les sœurs Malfist sautèrent des buissons, leurs lames sifflant dans les airs alors qu’elles descendaient en piqué sur la mante.

Le prana des sœurs Malfist coulait vers leur premier chakra, le chakra Kundalini1 situé dans le périnée, remplissant leur corps d’une force surhumaine. Leurs lames étaient dirigées vers les quatre pattes postérieures supportant le buste massif de la grande mante.

Même cette créature, qui se vantait de sa vitalité et de son agilité, n’aurait pas pu bloquer une attaque-surprise des deux côtés, et les frappes des sœurs, renforcées par une magie martiale, avaient creusé dans ses articulations et les avaient sectionnées.

« Sara, continue de lui couper les autres jambes. Laura, vise son torse ! »

Coupant les pattes avant de la mante, qui s’était effondrée parce qu’elle avait perdu la capacité de supporter son propre poids, Ryoma recommanda la prudence. C’est au moment où l’on avait le plus confiance en sa victoire qu’on était le plus vulnérable.

Ryoma était déterminé à en finir avec la vie de l’ennemi. Certains pouvaient qualifié cela de lâcheté anormale, mais Ryoma savait instinctivement que ceux qui n’en avaient pas ne pourraient jamais survivre dans ce monde.

« Tuons-la d’un seul coup ! », cria Ryoma, voyant les jambes coupées de la mante se contracter sur le sol au bord de son champ de vision.

« Ces enfoirés tenaces ont la mauvaise habitude de ne pas rester morts quand ils le devraient ! »

Quel que soit le monde, les insectes avaient la plus grande vitalité de tous les êtres vivants. Même avec leurs têtes envoyées en l’air, ils étaient capables de se battre continuellement jusqu’à ce que leurs signes vitaux soient complètement disparus.

Cela dit, il faudrait qu’il arrive quelque chose de vraiment inattendu pour renverser la victoire de Ryoma. Même avec une épée plongée dans son corps, la mante aurait riposté sans relâche, mais ayant perdu ses membres en forme de faux qui lui servaient d’arme principale, elle avait perdu ses moyens de riposter.

Il était temps d’en finir. Ryoma plongea son épée dans la tête de la mante, aggravant sa blessure. Au début, la mante se débattait désespérément, mais ses mouvements s’émoussèrent peu à peu jusqu’à ce que son grand corps devienne complètement immobile.

Quel sentiment ! Je n’avais jamais pu goûter à ça dans ma vie paisible au Japon… Mais…

Un échange de vies. Ryoma regarda les restes de la mante, un sourire sauvage sur ses lèvres. Il s’était senti si vivant, comme s’il était en train de se prélasser dans la lueur d’un moment exaltant. C’était la preuve que Ryoma Mikoshiba s’adaptait à ce monde.

Mais d’un autre côté, Ryoma avait l’impression qu’il y avait une partie de son cœur qui ne voulait tout simplement pas partir.

Qu’est-ce que je vais faire à partir de maintenant ?

Le plaisir et le néant étaient dos à dos. Avec ces deux émotions contradictoires dans le cœur, Ryoma commença à démembrer habilement sa proie.

Après avoir quitté Mireish, Ryoma et son groupe s’étaient dirigés vers le royaume de Myest, où Pherzaad, le plus grand port de commerce du continent occidental, attendait.

Selon le livre qu’ils avaient emprunté à Annamaria, Ryoma avait appris que la possibilité qu’il avait de retourner au Japon était essentiellement proche de zéro. Il avait donc décidé d’abandonner l’idée de trouver un moyen de revenir chez lui, il se concentra plutôt sur sa survie dans ce monde.

Aucun pleur ne changerait la situation, et une fois qu’il s’en était rendu compte, le cœur de Ryoma avait subi un grand changement. Ce changement avait été profondément influencé par la grande dévotion et l’affection des sœurs Malfist pour Ryoma.

Pourtant, s’il vivait dans ce monde, il aurait besoin d’un but ou d’un objectif. S’il était un héros appelé à sauver le monde, les choses seraient plus simples et son objectif serait rendu évident assez tôt. Mais en l’état, Ryoma n’avait aucune raison d’en parler.

Bien sûr, même si l’environnement dans lequel il vivait avant d’être appelé sur cette Terre était un peu inhabituel, il avait une vie de lycéen assez normale, et il avait naturellement des rêves et des aspirations comme tout le monde.

Mais ces aspirations se limitaient au cadre de vie au Japon, et dans cette Terre, inférieure au Japon en termes de développement culturel et sociétal, ce n’était que des rêves irréalisables.

S’il devait penser à un seul but, ce serait de se venger de l’empire d’O’ltormea, qui l’avait convoqué sur cette Terre. Mais il avait déjà tué celui qui l’avait convoqué directement, Gaius, et n’avait pas le pouvoir de se venger du pays lui-même. Et même si, sur le plan individuel, il tuait l’empereur, il ne tuerait pas le système qui faisait fonctionner cet empire.

Notes

 

***

Partie 2

Il rassembla donc ses forces pour le jour où il serait capable de se venger. Il n’avait pas abandonné son rêve de retourner au Japon, mais vivre pour rien d’autre que la vengeance lui semblait trop stérile. Si la vengeance était la seule raison pour laquelle on vivait, on finirait par se transformer en rien d’autre qu’un démon.

C’est ainsi que Ryoma parcourut le continent, gagnant de l’argent en répondant aux demandes de la guilde. Il pensait qu’en voyant de ses propres yeux de nombreux endroits et en acquérant de l’expérience, il trouverait et gagnerait quelque chose.

Bien sûr, il y avait d’autres options qu’il pouvait prendre. Dans le compte bancaire de Ryoma dormait une somme d’argent qu’une personne ordinaire dans ce monde ne serait pas en mesure de gagner dans une vie. Cela dit, Ryoma n’avait pas l’intention de récupérer l’argent qu’il avait gagné auprès du marchand d’esclaves Azoth. C’était une grosse fortune, assez pour qu’il passe le reste de sa vie sans avoir à travailler.

Même dans un monde avec autant de guerre et de conflits, le pouvoir de l’argent était resté aussi puissant que jamais. L’argent n’avait peut-être pas été en mesure de tout acheter, mais il avait permis de forcer les volontés dans la plupart des domaines. S’il l’avait souhaité, s’installer dans une ville sûre et vivre une vie confortable et extravagante était parfaitement possible.

Mais ça ne donnerait aucun sens à sa vie. Ryoma avait une envie au fond de son cœur… Un but à atteindre dans ce monde…

La ville commerciale était entourée de murs solides. Dans l’est de la ville se trouvait le plus grand port du continent occidental, où circulaient non seulement des marchandises en provenance de tout le continent, mais aussi des marchandises importées des continents oriental et central.

Les gens se promenaient dans les rues, qui étaient bordées des deux côtés de bâtiments en pierre. La ville commerçante de Pherzaad était une ville vivante et animée.

« Allons d’abord au magasin d’occasion. »

« S’arrêter à la guilde pour valider nos demandes serait plus efficace. »

Le trio marchait dans la rue principale, leurs grands sacs sur leurs épaules. Ils étaient remplis de crocs, de griffes, de peau, de chair et de fluides corporels de monstres, qui étaient utiles pour produire des aliments, des médicaments, des armes et des outils.

Dans de nombreux domaines, les nations développées du monde de Ryoma étaient beaucoup plus avancées et plus riches que ce monde, mais cette Terre n’était pas inférieure au monde de Ryoma en tous points. L’existence de monstres, qui n’étaient que des produits de la fantaisie et de l’imagination dans le monde de Ryoma, était un facteur majeur à cet égard. Les nombreux objets que l’on pouvait produire à partir de leur corps produisaient parfois des effets beaucoup plus avancés que tout ce que Ryoma n’avait jamais vu. Si les monstres étaient des ravageurs qui menaçaient la vie des gens, ils étaient aussi une ressource irremplaçable et unique au monde.

« Laura… Le temps imparti pour nos demandes de guilde ne se finit pas demain. On ne peut pas se débarrasser de la marchandise récoltée, déjeuner une fois qu’on s’est allégé et le faire ensuite? »

Ils avaient pris soin de choisir des choses qui ne seraient pas trop encombrantes, mais qui rapporteraient quand même un prix décent. Cependant, étant donné la quantité, chaque sac pesait un peu plus de quarante kilogrammes. Les fluides corporels de la grande mante étaient particulièrement précieux et devraient être traités rapidement par un expert, faute de quoi leur qualité pourrait se dégrader.

Parmi les matériaux que l’on pouvait récolter dans la forêt près de Pherzaad, les grands fluides corporels de la mante, qui servaient d’ingrédient clé pour une médecine extrêmement efficace contre les blessures externes, étaient parmi les plus précieux, et étaient constamment dans un état où l’offre ne suffisait pas à la demande. En tant que tel, il s’était vendu pour une jolie somme.

De plus, la demande de la guilde de cueillette d’herbes médicinales qu’ils avaient reçue n’était pas une tâche qui se finissait aujourd’hui, mais il était plus sage de le signaler le plus tôt possible. On ne savait pas quand quelque chose d’inhabituel pouvait arriver.

« Vraiment ? J’ai pensé qu’il valait mieux le signaler maintenant, plutôt que de l’oublier et de paniquer plus tard. De cette façon, nous pourrions nous détendre à l’auberge sans avoir à nous inquiéter de rien… Qu’en dis-tu, Maître Ryoma ? »

Les regards des sœurs Malfist se fixaient sur le dos de Ryoma, qui marchait à l’avant. En ce qui les concernait, les deux choix étaient discutables. Ce qui importait, c’était l’opinion de leur maître. Pourtant, chacun de leurs regards était rempli d’expectatives, elles espéraient que Ryoma choisirait sa propre suggestion plutôt que celle de l’autre.

« Eh bien, voyons voir… J’aimerais bien pour une fois me détendre à l’auberge, mais oublier de signaler nos quêtes ne serait pas une bonne chose… On pourrait se séparer, finir le travail et retourner à l’auberge pour prendre un bain. Je préfère ne pas chercher d’endroit où manger quand je sens comme ça. »

Les sœurs se réjouirent des paroles de Ryoma. Après plusieurs jours de chasse, leurs sacs étaient pleins de matériel qu’ils avaient tiré de la forêt. Se promener en ville avec ces sacs était épuisant, et après avoir passé des jours dans la nature sauvage, ils n’avaient naturellement eu aucune chance de se baigner. Le mieux qu’ils pouvaient faire était de s’essuyer avec un chiffon mouillé. C’était, bien sûr, plus un problème pour les sœurs, étant donné que c’était de jeunes femmes, mais c’était malheureusement une partie inévitable de la vie de mercenaire et d’aventurière.

Ryoma se rendit compte de toutes ces circonstances après avoir voyagé avec elles pendant plusieurs mois. Et le fait de voir leur maître leur montrer de la considération désinvolte fit sourire les sœurs Malfist de bonheur.

« Donne-moi ton sac, Laura. Tu vas signaler nos demandes à la guilde. Sara et moi allons nous débarrasser de ces trucs. »

« Comme tu le veux. »

L’expression de Laura était un peu déçue, mais elle réalisa que la suggestion de Ryoma était la plus efficace.

Ne pas être avec Maître Ryoma est une honte, mais… Je suppose que c’est pour le mieux.

Et voyant les choses sous un autre angle, il lui avait permis de s’en sortir seul parce qu’il lui faisait plus confiance qu’à sa petite sœur.

« Dans ce cas, pendant que je ferai rapport de nos demandes, je vérifierai aussi les demandes prometteuses que nous pourrions entreprendre. »

« Oui, fais donc ça. Peut-être qu’on pourra décider quels boulots prendre après le déjeuner. »

Avant de quitter Mireish, tous les trois s’étaient inscrits dans la guilde comme membres d’une escouade. Cela avait permis à chacun d’entre eux d’accepter et de signaler les demandes au nom de toute l’équipe, ce qui avait permis d’économiser beaucoup de temps et d’efforts.

« Dans ce cas, je vous verrai tous les deux plus tard. »

Laura inclina légèrement la tête et disparut en direction de la guilde.

« Très bien. Allons donc encaisser tout ça. »

Ryoma poussa Sara vers l’avant et partit avec deux sacs sur les épaules.

« C’est vrai, donc ça fait dix brins d’herbe de clair de lune. Donnez-moi un moment, s’il vous plaît. »

« Merci. »

La réceptionniste de la guilde confirma le contenu du petit sac que Laura mit sur la table, puis sourit.

« Super ! On en manquait, alors c’est d’une grande aide. En fait, c’est devenu un peu problématique, puisque la plupart des gens évitent la forêt du Nord récemment. Même les aventuriers de niveau intermédiaire hésitent à y aller. »

L’herbe de clair de lune était une herbe médicinale cruciale pour le perfectionnement de la médecine, mais elle était difficile à conserver pendant longtemps et ne pouvait être cultivée artificiellement. Pour cette raison, il faudrait la cueillir périodiquement dans des endroits où elle poussait naturellement.

Elle avait des pétales bleu clair très caractéristiques, ce qui la rendait facile à identifier même pour un amateur, donc il n’était pas nécessaire d’être apothicaire pour les cueillir. Cependant, elles ne poussaient que dans les forêts, donc la seule façon de les ramasser était d’engager des aventuriers ou des mercenaires, car toute personne inexpérimentée errant dans la forêt ne servirait évidemment que de proie pour les monstres.

Non, même un aventurier de niveau intermédiaire pourrait se retrouver en difficulté. Les forêts étant le royaume des monstres de type insecte, qui étaient parmi les monstres les plus redoutables. Le potentiel de combat d’un monstre de type insecte, qui ne ressentait aucune douleur et contre-attaquait sans relâche, ne devait pas être sous-estimé.

De plus, les insectes avaient tendance à vivre en grands groupes. Étant donné que la taille de chaque individu était différente de celle du monde de Ryoma, ils n’étaient pas composés de dizaines de milliers d’individus, mais ils s’étaient tout de même révélés être une menace très menaçante.

Les zones proches de la route n’étaient pas aussi dangereuses grâce à la protection des piliers de la barrière, mais plus les piliers allaient profondément, plus ils avançaient vers des territoires où l’homme était l’espèce la plus faible. Les profondeurs de la forêt étaient tout simplement aussi dangereuses.

En fait, même Pherzaad, la plus grande ville commerciale du royaume de Myest, manquait de gens capables de remplir cette demande, il était difficile de trouver ceux qui étaient capables de l’accepter, même pour la guilde.

« Vraiment ? »

Laura avait incliné la tête vers la réceptionniste.

« Je n’ai pas eu l’impression que c’était si dangereux. »

Il y avait certainement un danger, ce qui était évident étant donné que de nombreux monstres, dont la grande mante, rôdaient à l’affût. Mais d’un autre côté, ils n’avaient jamais rencontré de monstres contre lesquels ils étaient sûrs qu’ils ne seraient pas capables de le battre.

Même la grande mante, détestée par beaucoup d’aventuriers avec sa vitalité d’insecte terrifiante et ses deux faux tranchantes, était certainement une menace, mais pendant cette seule visite dans la forêt, Ryoma et son groupe en avaient vaincu au moins dix.

« Cela montre à quel point vous êtes tous doués, Mlle Laura. L’herbe de clair de lune ne pousse que dans les profondeurs de la forêt, donc vos compétences en reconnaissance doivent être impressionnantes… Oh, voici votre récompense. N’oubliez pas de vérifier. »

Alors que la réceptionniste remettait à Laura sa carte et le sac contenant leur paiement, elle la regardait avec inquiétude. Apparemment, elle pensait que Laura et son groupe avaient ramassé l’herbe en évitant de se battre contre les monstres.

Certes, Laura était encore une novice en termes de grade, elle ne pouvait donc pas s’imaginer battre une grande mante, contre laquelle même des guerriers chevronnés se battaient. Et Ryoma prit tout le matériel qu’ils ramassèrent des monstres de la forêt du nord pour le convertir en argent dans l’épicerie générale, car ils n’acceptaient aucune quête de livraison de la guilde.

« Merci. »

Laura hocha la tête après avoir vérifié le contenu du sac.

« Tout semble en ordre. »

« Mais ne forcez pas trop. Votre groupe n’est encore qu’un groupe de débutants, et il y a beaucoup de demandes plus faciles que vous pourriez prendre, donc je pense que ce serait mieux si vous vous concentriez sur l’augmentation de votre rang pour le moment. »

« Oui, je consulterai les autres sur l’élévation de notre rang… Mais ce sera tout pour aujourd’hui. Je reviendrai. »

Répondant à l’inquiétude innocente de la réceptionniste par une réponse vague, Laura prit le sac contenant leur récompense et tourna son regard vers le panneau de demande. Elle avait cherché autour d’elle toutes les demandes qui lui semblaient utiles, mais c’était tout ce que Ryoma ne pouvait pas faire.

Cela ne voulait pas dire qu’il n’y avait aucune demande qu’ils pouvaient accepter, bien sûr, mais il s’agissait toutes de tâches fastidieuses ou rébarbatives qui ne valaient pas leur salaire.

Je pense qu’élever notre rang pourrait être une bonne idée à ce stade…

Laura elle-même pensait qu’élever leur rang ne serait pas du tout mauvais, mais Ryoma semblait montrer peu d’intérêt à élever son rang. Il n’avait rien dit de tel directement, mais elle s’en était rendu compte naturellement en voyant quelles demandes il acceptait.

C’est comme s’il ne voulait pas se faire un nom…

C’était effectivement le cas. Il avait accepté la demande de cueillette de l’herbe de clair de lune, mais aucune demande d’assujettissement pour les monstres en chemin dans ou hors de la forêt. Bien sûr, le bas rang de Ryoma signifiait qu’il ne pouvait pas accepter beaucoup de demandes d’assujettissement, mais il y en avait certaines qu’il pouvait accepter. Malgré cela, la seule demande qu’il avait reçue était celle de livrer de l’herbe de clair de lune.

C’était une façon manifestement inefficace de prendre les demandes, et franchement, Ryoma pouvait augmenter son rang quand il le voulait. Même sans avoir encore eu accès à la magie, Ryoma avait assez de force et de prévoyance tactique pour vaincre une grande mante.

***

Partie 3

Mais quand même, pour des raisons sans rapport avec leur force réelle, ils étaient encore tous les trois à un niveau novice.

Peut-être qu’il a quelque chose en tête… Ou peut-être s’inquiète-t-il encore des poursuivants de l’empire d’O’ltormea ?

Un petit doute germa dans le cœur de Laura au sujet de Ryoma, mais il disparut presque immédiatement. Pour Laura, la vie de son maître avait la priorité sur tout.

« Oh. De l’herbe de clair de lune, je vois. Merci beaucoup. »

Alors que Laura se retournait pour retourner à l’auberge, un homme qui était assis sur une table derrière la réception et qui s’occupait de quelques papiers l’appela.

Il semblait avoir la trentaine, et ses cheveux dorés étaient soigneusement peignés, ce qui lui donnait un aspect raffiné. À en juger par ses vêtements bien ajustés, il semblait qu’il avait une sorte de haut rang dans la guilde.

« Laura Malfist, c’est ça ? »

L’homme le lui demanda sur un ton serein.

« En partenariat avec Ryoma Mikoshiba et Sara Malfist. Je ne me trompe pas, n’est-ce pas ? »

« C’est exact… Qui êtes-vous ? »

Ils avaient déjà utilisé la guilde de Pherzaad à quelques reprises et elle connaissait le visage des employés, mais elle n’avait jamais parlé à cette personne auparavant. Tout ce dont elle se souvenait, c’était qu’elle le voyait assis à son bureau, travaillant à travers une montagne de paperasse.

« Mes excuses. Je m’appelle Wallace Heinkel, le chef de guilde de cette ville. Puis-je avoir un peu de votre temps ? »

Comme l’homme appelé Wallace apparut soudainement devant elle et prétendait être le chef de la guilde, Laura ne put que hocher la tête.

Une dizaine de minutes plus tard, Wallace monta à son bureau au deuxième étage de la guilde.

« Qu’en pensez-vous ? »

En regardant par la fenêtre, Wallace parla à l’homme qui se tenait à côté de lui.

« Je pense que la fille correspond à tous les critères que vous cherchiez. »

Les deux regardaient Laura marcher vers l’auberge comme des marchands en train d’évaluer une marchandise.

« Oui… Ses cheveux argentés attirent l’attention et son âge est à peu près le même. Mais je suis curieux. Comment l’avez-vous fait accepter ? »

Celui qui avait répondu à la question de Wallace était un jeune homme aux cheveux noirs, qui était attaché à l’arrière de sa tête. Son corps était mince, mais tonique à la suite d’un dur entraînement, la lueur dans ses yeux donnait une froide impression à tous ceux qui posaient les yeux sur lui. Il avait l’air d’avoir une trentaine d’années.

Il était vêtu d’une armure épaisse qui lui donnait l’apparence d’un chevalier, et la conception élaborée de son épée montrait clairement qu’il était en fait un chevalier de grande classe. Son visage, cependant, ne donnait pas l’impression que cette personne se battait honnêtement et loyalement. Au contraire, il avait l’air d’être du genre à faire des intrigues dans l’ombre.

« Ses camarades sont encore des novices de bas rang. Disons qu’ils ne comprennent pas les règles de la guilde. »

Wallace répondit à la question de l’homme avec un ton clair, se tapotant sur la poitrine.

Il n’y avait que dix ans qu’il avait hérité de la place de son père comme chef de guilde, et à en juger par son expérience, il ne croyait pas que Laura et son groupe avaient une bonne connaissance des règlements de la guilde, et même s’ils les lisaient attentivement, il était convaincu que sa position comme chef de guilde serait suffisante pour la convaincre.

« Alors vous l’avez piégée pour qu’elle accepte… Compris. Alors je vous laisse vous en occuper. Si personne d’autre qu’elle ne correspond, nous n’avons pas le loisir de choisir. »

« Je m’occupe de tout. Ne vous inquiétez pas, je travaillerai en fonction de la somme qui m’a été versée. »

Au moment où il l’avait dit, le visage de Wallace se teinta d’avidité. C’était une expression qu’il ne voulait pas que les autres voient.

« Oui, je compte sur vous. Laissez-moi vous donner un avertissement, par précaution. »

Le regard froid de l’homme aux cheveux noirs poignarda Wallace comme un pieu.

« Ne tâtonnez pas. Le duc n’est pas tolérant envers ceux qui échouent. Si vous tenez à votre vie et à celle de votre famille, faites ce que l’on vous ordonnera. »

Le fait qu’il ait mêlé la famille de l’autre homme dans sa menace remettait en question l’humanité de l’homme aux cheveux noirs. C’était le genre de menace que la mafia ou les yakuza faisaient.

« Croyez-vous vraiment que j’échouerais dans un boulot aussi simple ? Je ne peux pas m’empêcher d’avoir l’impression qu’on me regarde de haut. »

Wallace secoua la tête, comme s’il s’était vexé.

S’il était du genre à se dérober à ce genre de menace, il n’aurait pas duré comme chef de guilde.

« Alors tout va bien, tant que vous ne trahissez pas nos attentes. Les préparatifs sont déjà terminés de mon côté, et le reste dépend de vos efforts. Vous vous souvenez de l’arrangement, pas vrai ? »

« Bien sûr. J’aurai juste besoin d’un peu plus de temps. »

« Très bien. Je vais rentrer dans mon pays, maintenant. »

L’homme aux cheveux noirs interrompit la conversation de lui-même, comme pour dire que ses affaires avec Wallace étaient terminées, et ouvrit la porte pour partir. Wallace vit son dos disparaître, tout en gardant la tête baissée respectueusement jusqu’à ce qu’il parte.

Corruption.

Quelle somme faudrait-il payer pour que le chef de la guilde, qui, du moins en apparence, se prétendait totalement neutre, soit à la hauteur de leurs besoins ? L’attitude de Wallace, en dépit de sa position de chef de guilde et du fait qu’il était l’une des personnes les plus influentes à Pherzaad avaient eu des implications inquiétantes quant à la quantité d’argent qui était distribuée.

Cela dit, l’argent pouvait bien acheter une subordination superficielle, mais pas le cœur honnête d’un autre. C’était une vérité qui ne changeait pas, même dans ce monde.

« Idiot… Lancer de telles menaces quand tu n’es qu’un chien de traître. »

Le regard toujours fixé au sol, de petits mots de mépris s’échappèrent des lèvres de Wallace.

« Mais qu’il en soit ainsi. Je ferai le travail pour le prix qu’on m’a donné. »

« Une demande obligatoire ? », demanda Ryoma à Laura, mordant dans la viande qu’il avait prise avec sa fourchette.

Il était un peu plus d’une heure de l’après-midi, et comme l’heure habituelle du déjeuner était dépassée, la salle à manger que Ryoma et son groupe occupaient était assez vide.

« Oui. C’est effectivement le cas. »

Laura hocha la tête.

Elles utilisaient de l’huile parfumée dans leurs cheveux lorsqu’elles se baignaient dans l’auberge. Un parfum fleuri jaillissait des corps des sœurs Malfist.

« Une demande obligatoire, hein… Un système dans lequel le maître de la guilde ou des officiers supérieurs spécifient un aventurier ou un mercenaire spécifique, et les obligent à remplir une demande de force… Je pense que c’est comme ça que ça se passe. »

Ryoma continuait à parler, s’efforçant de se rappeler le contenu du livret qu’il avait lu une fois auparavant.

« Mais c’est réservé aux mercenaires et aux aventuriers de haut rang. Du moins, c’est ce que dit le livret. Es-tu sûre que ce Wallace est le chef de la guilde, et que c’est lui qui nous a dit de venir à la guilde demain ? »

Laura acquiesça silencieusement à la question de Ryoma. Elle ne connaissait pas bien les détails elle-même. Ce qu’elle savait, c’est qu’au moment de partir pour l’auberge, un homme nommé Wallace Heinkel s’était approché d’elle en prétendant être le chef de guilde, et lui demanda de s’assurer qu’ils viendraient tous les trois à la guilde le lendemain matin.

« Mais c’est étrange que le chef de guilde nous appelle. La guilde connaît notre rang. », dit Sarah, tout en posant un doigt sur son menton et en inclinant la tête.

« Il a dit qu’il m’expliquerait tout, y compris ce qui compte, demain. »

Les deux regards étaient fixés sur Ryoma. Honnêtement, Laura n’était pas contente d’avoir à accepter ça. En ce qui la concernait, elle leur avait simplement dit ce qu’on lui avait demandé de dire, et cela se voyait dans son comportement. Sara était aussi peu enthousiaste que sa sœur.

Les demandes obligatoires sont des demandes que ne peuvent pas être refusées et ne sont généralement présentées qu’en cas d’urgence. Si le cas n’est pas une urgence, il peut attendre qu’une personne plus appropriée soit disponible. S’ils avaient besoin de quelqu’un en particulier pour le travail, cela signifiait que, quelle que soit la tâche à accomplir, elle était si ennuyeuse ou dangereuse que personne ne la prenait pas de son plein gré.

Même si Ryoma acceptait la demande de Wallace, il était peu probable qu’elle aboutisse à un résultat satisfaisant pour eux. Ryoma n’avait pas l’intention de sous-estimer son pouvoir, mais une confiance excessive l’amènerait à sa perte.

« Nous ferions mieux de refuser cette demande… En supposant qu’on le puisse. »

C’était les sentiments honnêtes de Ryoma. Il ne cherchait pas à obtenir de l’argent, alors il n’était pas obligé d’accepter n’importe quelle demande qu’il trouvait. Il n’était pas nécessaire d’accepter des demandes qui ne seraient pas payantes et, surtout, il y avait quelque chose qui clochait dans tout cela.

D’un autre côté, Ryoma avait eu le sentiment que refuser la demande n’était pas une option. Voyant le regard de Ryoma, Laura poussa un soupir et prit la parole.

« Je voulais vraiment la refuser… Mais apparemment, si nous n’acceptons pas, nos enregistrements de guilde pourraient être révoqués… »

« Alors il t’a menacée. »

« Il n’a rien dit de flagrant, mais ce qu’il a dit signifiait à peu près la même chose. »

En entendant les paroles de Laura, Ryoma fit une grimace et leva les yeux en l’air. Dans son esprit, il avait pesé le pour et le contre de la situation.

Pour commencer, je n’aime pas le fait qu’il ait menacé Laura. Et la partie sur la révocation de nos enregistrements, un chef de guilde peut-il vraiment exercer son autorité aussi facilement ? Il a certainement ce genre d’autorité, mais il ne devrait pas pouvoir les révoquer unilatéralement comme ça.

En ce qui concerne les sentiments individuels de Ryoma à ce sujet, ça avait l’air horrible. Ryoma ne détestait rien de plus que les gens hauts gradés qui jetaient le travail sur le dos des autres.

Et il avait des doutes sur la validité de la menace elle-même. Même si c’était le chef de la guilde, Ryoma n’était pas certain qu’il avait l’autorité d’effacer leurs enregistrements comme ça. Mais d’un autre côté, la partie de lui qui voulait rester du bon côté avait donné une autre réponse.

Mais il y a toujours la possibilité qu’il ne bluffe pas… Je n’ai rien d’autre pour prouver mon identité dans ce monde que ceci. L’argent que j’ai reçu d’Azoth est toujours intact, et j’ai gagné beaucoup d’argent en chassant. Si j’utilise cet argent, je pourrai peut-être m’acheter un statut de citoyen… Non, je ne connais personne d’assez influent, donc ça ne marchera pas… Même si je quitte la guilde tôt ou tard, il y a toujours une certaine valeur à garder mon poste d’aventurier. Je suppose que je vais devoir fermer les yeux sur le fait qu’il nous force afin de rester dans la guilde, hein ?

Finalement, tout se résumait à savoir si Ryoma pensait aux gains potentiels et acceptait la proposition de Wallace, ou s’il croyait en son intuition que tout ceci semblait louche et suspect, tout en sachant ce que cela impliquerait. Et c’était à Ryoma seul qu’il appartenait de faire ce choix, car les sœurs Malfist se conformeraient à son choix, peu importe lequel c’était.

Après y avoir réfléchi longuement, Ryoma avait finalement décidé de parler.

« Allons-y au moins demain… On peut l’écouter, et si c’est une demande trop importante, on peut reconsidérer les choses. »

Devant la décision de Ryoma, les sœurs hochèrent la tête sans dire un mot.

***

Partie 4

Le lendemain, Ryoma et les sœurs entrèrent dans la guilde de Pherzaad, équipées d’un nouvel équipement. C’était juste avant midi. Ils s’étaient approchés d’un jeune commis et, après les avoir informés de leur affaire, il les avait immédiatement fait entrer et leur avait demandé de se rendre au deuxième étage, où se trouvait le bureau du chef de guilde.

« Wôw, on dirait que beaucoup d’argent a été investi dans cette pièce… »

Un petit murmure échappa aux lèvres de Ryoma.

La table en ébène sans tache et ornée d’ornements était placée près de la fenêtre. Elle avait évidemment été fabriquée par un artisan, c’était un juste équilibre entre l’utile et l’art. La moquette posée sur le sol donnait une impression tout aussi raffinée.

La salle était également pleine d’objets qui donnaient l’impression prononcée d’une autre culture, probablement importée d’autres continents. Même l’étagère, remplie comme elle l’était de livres, avait été fabriquée par un artisan qualifié et avait le genre de qualité que même un amateur reconnaîtrait. Même le canapé en cuir destiné aux visiteurs était recouvert d’une magnifique housse de dentelle tissée de soie.

Un coup d’œil au bureau vide donna à Ryoma l’illusion qu’il venait d’entrer dans le domaine d’un grand noble ou d’un multimillionnaire. Avec le pouvoir d’un homme qui avait atteint le poste de chef de guilde mis à nu devant lui, Ryoma ne put que claquer la langue.

« Je m’excuse pour l’attente. Asseyez-vous sur le canapé là-bas. »

Tandis que le groupe de Ryoma se tenait immobile à l’entrée de la salle, ils pouvaient entendre la voix détendue d’un homme qui leur parlait, accompagnée par le bruit de l’ouverture de la porte.

« Merci d’être venu aujourd’hui. »

Voyant Ryoma et les sœurs s’asseoir sur le canapé, Wallace commença par saluer poliment sa tête.

Le chef de guilde d’une grande ville inclinait la tête devant des aventuriers de bas niveau. Ce n’était pas une scène qui devrait normalement avoir lieu.

Ce type…

À en juger par l’attitude de Wallace, le cœur de Ryoma s’était par prudence endurci. À première vue, son attitude semblait être le summum de la courtoisie intelligente, et quiconque regarderait cette scène sans aucun contexte considérerait sûrement Wallace comme une personne intègre.

Cependant, si l’attitude de Wallace à l’heure actuelle était sincère, pourquoi a-t-il laissé entendre à Laura qu’il pourrait faire révoquer leurs inscriptions ?

« Pas du tout. J’ai entendu dire que vous aviez une demande pour nous ? » demanda Ryoma, gardant ses vrais sentiments cachés.

« En fait, je ne sais pas trop comment répondre à une demande venant directement du chef de guilde. »

Choisissant ses mots avec soin afin de ne pas s’engager trop tôt, Ryoma s’interrogea sur ses intentions.

« Oui, c’est vrai. Il y a une question qui me pose un peu problème… J’apprécierais votre coopération pour résoudre cette affaire. »

C’est ce qu’avait dit Wallace, il commença ensuite son explication…

Des flèches tirées de derrière eux glissèrent dans le vent. Ryoma tenait la porte du carrosse qu’il avait arrachée de ses charnières au-dessus de sa tête comme un bouclier. La sensation des flèches perçant le bois résonnait à travers la porte et dans ses mains.

« Je m’en fous si ça tue les chevaux, ne perds pas de vitesse ! »

La route était assez bien entretenue, mais comme le châssis du chariot n’avait pas de système de suspension, il tremblait et vibrait violemment. Ryoma maintenait désespérément sa posture, protégeant le corps de Sarah du déluge de flèches qui s’envolaient.

Mais bien sûr, une seule porte ne pouvait pas bloquer d’innombrables flèches. Une flèche frôla le lobe gauche de l’oreille gauche de Ryoma et frappa le chariot. Des gouttes de sang rouge coulèrent sur le plancher. Ryoma s’essuya le visage, agacé.

« Maître Ryoma ! »

« C’est bon ! Tais-toi et concentre-toi sur les chevaux ! »

En criant après Sara, qui éleva la voix à la vue de son lobe d’oreille saignant, Ryoma se concentra à nouveau sur le blocage de la pluie de flèches.

Il n’avait aucune expérience de l’équitation ou de la conduite d’un carrosse, et Sara, qui était maintenant assise à la place du conducteur, était donc la bouée de sauvetage de Ryoma. Le fait qu’elle tenait les rênes était leur seul moyen de survie à l’heure actuelle. Bien que ces paroles aient été prononcées parce qu’elle s’inquiétait sincèrement pour lui, elles n’avaient pour l’instant aucun sens pour lui. On n’avait pas besoin d’une imagination trop active pour imaginer le destin qui les attendrait si cette voiture en fuite perdait le contrôle.

Le carrosse, tiré par quatre chevaux, était teinté en noir. Il était aussi actuellement percé d’innombrables flèches comme un coussin à épingles. Si Ryoma n’avait besoin que de protéger sa propre personne, il aurait pu facilement se réfugier à l’intérieur du compartiment en bois couvert, mais la situation ne le permettait pas. La trajectoire des flèches par-derrière avait pris une courbe parabolique au-dessus du compartiment et prenait la direction du siège du conducteur. Comme Ryoma ne savait pas comment gérer les chevaux, tout ce qu’il pouvait faire était de protéger Sara.

« Putain de merde ! Ils sont toujours après nous ! »

Ryoma cracha amèrement, regardant le nuage de poussière derrière eux.

Combien de temps s’était écoulé depuis que ce jeu mortel avait débuté ? Si ceux qui les poursuivaient étaient des bandits qui étaient là pour l’argent, ils auraient poursuivi les chariots qu’ils avaient attaqués dans l’embuscade, et s’ils essayaient simplement de les faire taire pour cacher le fait que le raid s’était produit, ils poursuivraient Ryoma de façon très persistante. Ils avaient presque eu l’impression que cette attaque avait pour but de tuer Ryoma…

« Maître Ryoma, je pense que c’est vraiment… »

Le regard de Sara semblait convaincu.

Ryoma hocha seulement la tête sans dire un mot. C’était une bonne chose qu’ils aient envisagé cette possibilité et planifié en conséquence.

« Ce fils de pute de Wallace nous a tirés dessus… Mais ce n’est pas le moment de s’attarder là-dessus… »

Étouffant la colère qui jaillissait dans son cœur, Ryoma gardait les yeux fixés devant lui.

« Sara ! On devrait être près de l’endroit où Laura se cache. Ne manque pas le signal, quoi qu’il arrive ! »

« Oui ! »

Sara s’accrocha aux rênes des chevaux en furie, les fouettant pour aller de l’avant.

Bloquant désespérément la pluie de flèches avec son bouclier en bois, la conversation qu’ils avaient eue dans le camp ce soir-là, il y a sept jours, lui avait traversé l’esprit.

Ce jour-là, une caravane commerciale était partie de Pherzaad pour se rendre directement à Pireas, la capitale du royaume de Rhoadseria.

Rhoadseria se trouvait entre Xarooda, le royaume connu comme la terre de fer qui était protégée par des montagnes escarpées, et Myest, qui comprenait plusieurs des plus grands ports maritimes du continent, dont Pherzaad. La plus grande partie du pays était constituée de plaines, et la rivière Thèbes la bénissait d’une eau abondante qui permettait une vaste agriculture. Cette agriculture était l’industrie principale du pays, ce qui en faisait l’un des pays les plus riches du continent occidental, juste derrière Myest et ses ports.

Le contenu de la demande obligatoire adressée à Ryoma et à son groupe par Wallace était l’escorte et la protection d’une caravane commerciale se dirigeant vers l’un des trois grands pays orientaux, Rhoadseria. Ryoma avait accepté à contrecœur la demande après avoir entendu dire qu’ils seraient rejoints par des mercenaires qui s’étaient joints à eux pour de l’argent. Mais il y avait beaucoup d’aspects anormaux dans ce travail dès le début.

Pour commencer, ils étaient rassemblés comme gardes pour la caravane, mais la voiture dans laquelle Ryoma et son groupe devaient dormir était un carrosse décoré avec une verrière. C’était un véhicule magnifique qui était assez convenable pour transporter la royauté et la noblesse, et pas du tout quelque chose que les aventuriers et les mercenaires utiliseraient.

Le point de suspicion suivant était que, alors qu’il s’agissait soi-disant d’une caravane commerciale, tous les chariots étaient complètement vides. Si certains d’entre eux étaient vides pour servir de leurres, ce serait compréhensible, mais tout cela n’avait guère de sens. Puisqu’il devait quitter un grand port de commerce comme Pherzaad, on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait beaucoup de marchandises en stock, et compte tenu de l’efficacité des marchands, il y avait peu de chances qu’ils sortent pour faire du commerce les mains vides.

Mais ces marchands étaient aussi très suspicieux. Ils avaient tous un corps très bien construit et raffiné, et leurs mains étaient parsemées de solides callosités. On n’aurait pas les mains comme ça sans tenir une épée tous les jours. Il était naturel que Ryoma se sente interrogateur après avoir salué le chef de la caravane avec une poignée de main. Certes, la vie sur cette Terre n’était pas aussi sûre que celle du Japon, mais ils semblaient beaucoup trop compétents pour utiliser des armes uniquement pour se défendre.

Je pense que ce serait une bonne idée de s’assurer que nous ayons des garanties avant que cela ne nous explose pas à la figure… De tous les gens qu’ils ont rassemblés, cette rouquine a l’air d’être la plus compréhensive.

L’image de l’un des mercenaires, que son groupe considérait comme son patron et sa sœur aînée, était apparue dans l’esprit de Ryoma.

Le premier jour de leur voyage terminé, les mercenaires qui avaient accepté le travail de protection de la caravane s’étaient assis en cercle autour du feu, discutant de choses. Le sujet principal était, bien sûr, ce qu’ils allaient faire à propos de cette caravane suspecte à l’avenir.

« J’ai été assez sceptique à ce sujet, moi-même… » dit Lione, le chef du groupe du Lion cramoisi, en secouant lentement la tête.

« Sinon, je n’ai jamais vu de caravane comme ça. »

C’était une mercenaire expérimentée, elle mesurait plus de 180 centimètres de haut et avait une peau brune et bronzée. Contrastant avec ses muscles souples et félins, elle avait aussi un buste proéminent, qui déclarait fièrement son statut de femme. Ses cheveux roux lui tombèrent au niveau des épaules et complimentaient ses yeux dorés, qui brûlaient d’une forte volonté. Dans l’ensemble, c’était une femme séduisante qui dégageait le charme d’une femme mature.

« Nous sommes dans le mercenariat depuis longtemps, mais c’est la première fois qu’on entend parler d’un truc comme ça. »

C’est ce qu’avait dit Boltz, un homme qui avait l’air d’avoir une trentaine d’années et qui avait les cheveux courts et noirs en brosse. Il servait comme officier d’état-major de Lione.

Son visage avait l’air plutôt dur, mais sa caractéristique la plus distinctive était son bras gauche manquant. Apparemment, il l’avait perdu lors d’une bataille précédente, mais d’après l’impression que Ryoma avait eue lors de leur première rencontre, il semblait avoir une personnalité assez simple.

« Nous avons déjà assuré la sécurité de caravanes, mais… »

Boltz avait servi comme mercenaire pendant encore plus longtemps que Lione, et s’il n’avait jamais rencontré ce genre de travail auparavant, c’était certainement suspect.

« Et qu’en penses-tu ? »

Lione se tourna vers Ryoma, qui l’écoutait tranquillement jusqu’à maintenant.

« Moi ? Je regrette honnêtement d’avoir accepté cette demande… », répondit Ryoma honnêtement.

Quelque chose s’était fait sentir dès le début, et apparemment, son intuition était correcte. Rétrospectivement, il aurait dû aller de l’avant avec son instinct et refuser, même si cela signifiait qu’ils seraient rayés de la liste des aventuriers. Ce regret se reflétait dans l’amertume mêlée à ses paroles.

Lione et Boltz hochèrent la tête à la réponse de Ryoma.

« On a pris ce boulot parce qu’il était bien payé, mais on dirait que c’est un fiasco… »

« Oui, on dirait qu’on s’est fourré notre nez dans quelque chose de louche. »

Ces deux-là, qui avaient été mercenaires pendant de nombreuses années, avaient dit que leur intuition les avertissait que quelque chose ne tournait pas rond. Mais il semblerait qu’il y avait des gens ici qui ne partageait pas ce sentiment.

« Mais sœurette, on a pris cette mission à la guilde. Ne crois-tu pas que cela te démange trop ? »

Un mercenaire exprima son objection suite aux paroles de Lione.

En entendant parler ce mercenaire, dont il ne connaissait pas le nom, l’expression de Ryoma se remplit de mépris.

Je suis surpris que ce type ait survécu si longtemps…

Cette Terre était un endroit où la mort était beaucoup plus fréquente que dans l’ancien monde de Ryoma. Lione semblait penser la même chose que Ryoma.

« As-tu des pierres pour cerveau ? Je suis surpris que tu puisses agir comme un mercenaire quand tu es si inconscient du danger. »

L’homme devint rouge quand Lione le regarda avec des yeux froids et méprisants tout en secouant la tête.

« Quoi… ! » a-t-il crié.

« Même toi, tu ne peux pas me parler comme ça, sœurette ! »

***

Partie 5

Même s’il n’avait aucun sens du danger, il avait apparemment assez la tête sur les épaules pour se rendre compte quand on se moquait de lui. Lione secoua la tête avec pitié devant le tempérament de l’homme, et les lèvres de Boltz se contorsionnèrent avec dédain.

« Tu es de rang B, n’est-ce pas ? Et bien sûr, tu as la force qui te permet de soutenir ce rang. Mais quand il s’agit de juger, ce garçon là-bas t’a battu. »

Les paroles de Lione incitèrent tous les mercenaires présents à tourner leur regard dans la direction de Ryoma.

« C’est peut-être moi qui t’ai appelé, mais c’est ce garçon qui a parlé le premier. »

Une secousse déferla sur les mercenaires.

« Hehe ! Recevoir des instructions d’un gamin comme ça ? Je suppose que c’est trop en demander pour Lione du Lion cramoisi ! »

L’homme cria, le visage rouge.

« Ce gamin est un novice ! Je ne sais pas à quoi pense le chef de guilde, pour envoyer un amateur comme lui pour s’occuper de la sécurité ! Qui se soucie de ce qu’un gosse sans expérience a à dire !? »

C’est vrai, Ryoma était la plus jeune personne présente. Il avait seize ans, mais son visage mature lui donnait l’air d’avoir une vingtaine d’années. Pourtant, tout le monde autour de lui était au moins dans la trentaine. Si son rang de guilde correspondait au leur, les choses seraient différentes, mais Ryoma était incontestablement encore un débutant, il était de rang E, et pour couronner le tout, puisqu’il n’avait pas encore gagné aucune magie, il était toujours au niveau 0.

C’était logique pour le mercenaire d’ouvrir la bouche devant Lione après qu’elle l’ait humilié, mais Lione n’allait pas non plus l’amener à ouvrir la bouche en s’asseyant. Pour les mercenaires, rien n’était plus important que la force et l’honneur. Quiconque reculerait devant quelqu’un qui le traiterait comme un imbécile ne survivrait pas en tant que mercenaire à l’avenir.

« Aaaah!? As-tu oublié à qui tu parles ici… ? »

Sa voix était calme.

Mais Ryoma ne pouvait voir cela que comme le calme avant la tempête, et apparemment les autres mercenaires ressentaient la même chose, car tous les applaudissements qui suivaient lorsqu’il avait couvert sa bouche plus tôt étaient morts. Un long silence s’était abattu sur l’endroit.

« Très bien. Je comprends ce que vous ressentez tous. »

Boltz, qui avait pensé que le moment était venu de rompre le silence, apaisa l’air tendu.

Aucun d’entre eux ne voulait vraiment contrarier le capitaine du Lion cramoisi, qui détenait le plus de pouvoir dans le groupe.

« Nous ne gagnerons rien de concret dans cette conversation de toute façon, alors que diriez-vous d’en arrêter là pour aujourd’hui ? »

Acceptant la suggestion de Boltz, les mercenaires s’étaient levés précipitamment. Lione n’avait pas non plus l’intention de se disputer avec eux plus longtemps, elle les regardait simplement battre en retraite.

« Eh bien, c’est vraiment une situation merdique… », murmura Lione.

Boltz et Ryoma acquiescèrent tous les deux à ses paroles.

Ils ne pouvaient pas faire grand-chose contre les mercenaires lourdauds, mais laisser leurs camarades mourir pour ça n’était pas non plus acceptable.

« On dirait qu’on a une jolie petite galerie de crétins rassemblés ici… » dit Boltz en soupirant.

Malgré le calme qu’il semblait avoir en surface, il semblerait que cet homme avait un certain mécontentement face à leur attitude

« Pas la peine de se vanter. »

Lione hocha la tête en entendant ses paroles.

« Si on ne pense pas à une contre-mesure au cas où les choses tournent mal, on aura des ennuis. »

Elle jeta alors un regard pénétrant dans la direction de Ryoma.

« Quels sont tes projets maintenant, mon garçon ? As-tu une idée brillante ? »

« Pour l’instant, je ne pense pas que nous puissions faire grand-chose d’autre que de nous concentrer sur notre travail. On ne peut pas rejeter la demande juste parce que les choses sont un peu suspectes. »

C’était une demande officielle qu’ils avaient acceptée de la guilde, et s’ils la rejetaient sans raison valable, la guilde leur imposerait de lourdes peines. Le sentiment que cette demande semblait suspecte ne serait pas considéré comme un motif valable pour démissionner d’une demande officielle.

« Oui, c’est logique. Mais garçon… S’il y a vraiment un piège dans cette demande, qu’est-ce que tu crois que ça pourrait être ? »

« Peut-être, nous utiliser comme appât pour attirer quelque chose ou quelqu’un. Dans ce cas, nous devrions probablement mettre en place un plan de retrait. »

Il n’avait aucune base pour cette théorie, mais le fait qu’ils soient là pour servir d’appât pour attirer les bandits semblait correspondre à tout ce qu’ils savaient. Ryoma répondit aux paroles de Lione par un profond soupir.

Ryoma savait très bien qu’il y avait quelque chose qui clochait dans cette demande. Mais tout ce qu’il pouvait faire, c’était d’obtenir le soutien de Lione et de faire un plan de secours comme assurance au cas où les choses tournent mal.

Quatre jours s’étaient écoulés depuis la rencontre avec les mercenaires, et ils n’avaient pas rencontré un seul problème pendant leur voyage. Pas un seul invité indésirable, bandit ou monstre, n’était descendu sur eux.

C’était vraiment un voyage sûr et paisible. Et bien sûr, s’il ne se passait rien, ce serait en soi une bonne chose. Il y eut quelques petits affrontements entre Ryoma et les autres mercenaires qui ne faisaient pas partie du groupe du Lion Cramoisi de Lione, mais ce n’étaient que des broutilles.

Mais Ryoma était convaincu. Les moments les plus calmes étaient ceux qui annonçaient l’arrivée d’une tempête…

Et l’après-midi du septième jour après leur départ de Pherzaad, la prémonition de Ryoma s’avéra exacte.

Une pluie de flèches tomba sur eux.

Cela s’était passé alors qu’ils traversèrent une forêt près de la frontière de Rhoadseria. Des flèches avaient soudainement été tirées depuis les arbres des deux côtés de la route.

« C’est quoi ce bordel !? »

« Embuscade ! »

« Qu’est-ce que vous faites !? Protégez les chevaux ! »

Tandis que les soldats élevaient la voix, paniqués, l’un des marchands sortit pour les gronder.

« Calmez-vous ! Ne cassez pas la formation ! »

Des avertissements quittèrent les lèvres des mercenaires qui montaient la garde autour des voitures. Il y avait dix voitures au total dans la caravane, les marchands étant assis aux sièges du conducteur. Les mercenaires les gardaient en montant à cheval à leurs côtés.

Même les mercenaires expérimentés étaient surpris d’être attaqués par surprise, mais Ryoma regardait les marchands avec méfiance, car ils semblaient donner des ordres calmement malgré le chaos qui les entourait.

« Tout le monde, calmez-vous ! Cachez-vous des flèches ! Utilisez des planches, des manteaux, tout ce que vous pouvez trouver ! Couvrez vos têtes et bloquez les flèches aussi longtemps que possible ! »

Leurs ordres étaient parfaits et précis. Mais, soumis à un tel barrage de flèches, une telle façon d’ordonner les autres était probablement idéale.

« Maître Ryoma ! »

« Oui. On dirait que ça se passe maintenant. Tout le monde, écoutez ! »

Contrairement aux autres mercenaires, la voix de Ryoma ne tremblait pas de surprise.

« Comme nous en avions convenu tout à l’heure, la protection des chevaux est une priorité absolue ! Ne vous occupez de rien d’autre. »

Ryoma avait déjà prédit que quelqu’un pourrait attaquer la caravane, mais il y avait encore des questions en suspens. À savoir, qui, quand et pourquoi ils avaient attaqué.

« Tu es prête, Sara ? Tout se joue maintenant. »

« Oui, je sais. Mais Laura… »

Ryoma hocha la tête silencieusement en entendant Sara. Ils avaient vérifié la carte à l’avance et avaient noté que cet endroit serait l’endroit le plus propice à une embuscade, alors ils avaient déjà mis en place des contre-mesures face à cette attaque hypothétique. Il ne restait plus qu’à mettre ce plan en œuvre.

« Ça va bien se passer. Nous pouvons faire confiance aux mercenaires que Lione a placés avec elle… »

Ryoma balança la lance dans sa main, abattant les flèches qui arrivaient.

« Le reste dépendra du temps qu’on pourra les garder à nos trousses… Merde, je savais que ça finirait comme ça ! »

La voiture sur laquelle Ryoma et Sara montaient recevait beaucoup plus de tirs de flèches que les autres. Pour preuve, il n’avait fallu que peu de temps pour que la voiture de Ryoma soit recouverte de flèches au point qu’elle ressemblait plus à un coussin à épingles. L’intention des agresseurs était donc claire.

« Maître Ryoma ! Prends ça ! »

Elle avait enlevé une partie du chariot pour servir de bouclier.

Ryoma claqua la langue, prenant la porte en bois qu’elle lui avait donnée pour protéger le siège du conducteur de l’agitation des flèches.

Je savais qu’il y avait quelque chose de louche, mais ils sont après nous. Ce qui veut dire que Wallace a mis ça en place… La question est de savoir qui l’a poussé à le faire…

Le candidat le plus évident était l’empire d’O’ltormea. Cela faisait plusieurs mois qu’il s’était débarrassé de la poursuite de la princesse Shardina, il ne serait donc pas surprenant qu’elle ait déjà agi de cette manière. Cependant, Ryoma décida d’arrêter de penser pour l’instant.

Suis-je stupide ou quoi… ? Je dois maintenant me concentrer sur le fait de rester en vie. Je peux laisser l’enquête pour plus tard.

Ce qui importait, c’était de survivre à cette situation…

Le déluge de flèches s’était finalement arrêté. En termes de temps, cela n’allait durer probablement que quelques dizaines de secondes, mais pour Ryoma, c’était comme si cela allait durer une éternité.

Sept mercenaires avaient été touchés et tués par la pluie de flèches. Une cinquantaine de mercenaires avaient été engagés pour garder la caravane, et environ un septième d’entre eux étaient mort dans la première vague. De plus, la plupart des chevaux attachés aux voitures avaient péri dans l’attaque. Les seuls chevaux indemnes étaient ceux de la voiture de Ryoma et ceux des mercenaires.

Ryoma jeta un regard rapide autour de lui. Sa voiture était juste au centre de la caravane, ce qui signifiait qu’il n’y avait nulle part où aller ni devant ni derrière.

« Sara, avance le carrosse ! »

Sur l’ordre de Ryoma, Sara serra les rênes et regarda la route en face.

« Je ne peux pas. Les autres chariots bloquent la route. »

La ligne avait quitté sa formation à cause de l’attaque. La route aurait dû être assez large pour s’adapter à la largeur du carrosse, mais les choses étaient différentes avec ces chariots qui bloquaient le passage. Le positionnement était étrange, presque comme si tout avait été mis en place pour piéger Ryoma.

Entendant la réponse de Sarah, Ryoma claqua sa langue et jeta son regard derrière eux. La route était aussi bloquée là-bas aussi.

« Garçon ! »

Lione s’approcha de lui et les membres de son groupe le suivirent.

Comme ils l’avaient un peu prédit, le groupe de Lione n’avait subi aucune perte. Ils s’en étaient tous sortis avec des blessures mineures. Les mercenaires qui étaient morts sont ceux qui n’avaient pas pris les paroles de Ryoma au sérieux.

Tout d’un coup, des cris de guerre éclatèrent par-derrière.

« Les voilà qui arrivent… »

Les flèches étaient destinées à les clouer tandis qu’un autre groupe descendait en piqué pour les attaquer. Une tactique sûre et fiable qui restait fidèle à l’essentiel. S’ils n’avaient pas vu venir l’attaque, Ryoma et son groupe auraient certainement été tués à ce moment-là. Le raid était aussi méticuleusement planifié.

« Garçon ! » s’exclama Lione avec irritation en entendant Ryoma marmonner pour lui-même.

« Lione… Tiens-t’en au plan. »

Il lança un regard aussi aiguisé qu’une lame sur elle.

Il ne restait plus une trace de son visage habituel et agréable. Lione hocha la tête, comme submergée par les paroles inébranlables de Ryoma. Ils s’étaient déjà mis d’accord sur ce qu’il fallait faire si leur chemin de fuite était coupé.

« Je sais. On va faire sauter les chariots devant nous afin d’ouvrir un chemin ! »

Ignorant les protestations des mercenaires autour d’elle, Lione ordonna à l’un des membres de son groupe d’avancer et de détruire leur obstacle.

« Sœur… Tu es sérieuse ? Vas-tu vraiment abandonner les marchands ? »

Tandis que son subordonné la regardait d’un air effrayé et accroché, Lione lui répondit avec des yeux froids.

« Arrête de jacasser et fais-le ! Si tu n’aimes pas mes ordres, tu peux rester ici et mourir, crois-tu que je n’ai que ça à faire ! »

« Ah… Sœur… »

« Je ne te dis pas de me croire ! Mais si tu veux vivre, fais ce que je te dis ! »

Lione avait fait taire les autres mercenaires avec ses cris.

***

Partie 6

Ils se tenaient là, leur éthique se débattant avec leurs instincts de survie. Finalement, certains d’entre eux se retournèrent silencieusement et coururent vers les chariots, mais ne tardèrent pas à faire demi-tour et à crier.

« Sœurette, les marchands sont toujours dans la voiture, et les mercenaires ne s’en éloignent pas non plus ! Qu’est-ce qu’on fait ? »

Apparemment, la balance penchait en faveur de leur instinct de survie, semblait-il, mais ils hésitaient encore à faire sauter les chariots avec les marchands encore à l’intérieur. Selon le plan de Ryoma, les marchands auraient abandonné le champ de bataille dès le début du raid.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Les marchands ne sont-ils pas de mèche avec les agresseurs… ? Attendez, non. S’ils sont alliés, ils n’ont aucune raison de fuir…

Lione dirigea un regard vers celui qui semblait lui demander : « Et maintenant ? »

N’ayant pas le temps de tout expliquer à une bande de crétins, Ryoma n’avait qu’un seul choix à faire. Il regarda Lione en réponse et hocha la tête, ses yeux se durcirent avec une détermination inébranlable.

« Oubliez-les ! Détruisez-les avec les chariots ! »

« Oui, madame ! »

Les mercenaires qui obéissaient aux paroles de Lione hochèrent la tête, le visage plein d’effroi, et coururent jusqu’à sa position.

Quelques dizaines de secondes plus tard, une explosion secoua l’air. Les voitures et les chariots furent enveloppés de flammes et emportés par le vent avec les mercenaires qui les entouraient. Des cris et des malédictions remplissaient la forêt.

« Sœurette, la route est ouverte ! »

« Bien ! Ne vous retournez pas si vous voulez survivre ! »

Tout en donnant des ordres à ses hommes, Lione se tourna vers Ryoma.

« Tout s’est passé comme tu l’avais prévu jusqu’ici, n’est-ce pas, mon garçon ? »

« Je n’ai considéré que les possibilités. Avez-vous terminé les préparatifs pour la suite ? »

Les yeux de Ryoma brûlèrent avec une froide intention meurtrière. Leur vie dépendait du succès de ce plan.

« Oui. Tout est prêt de notre côté, » répondit Lione avec un regard accablé dans les yeux.

« Tout ce qu’il reste à faire, c’est d’espérer que ta petite demoiselle et Boltz ont bien géré leur côté des choses. »

« Cela devra être le cas. J’ai déjà expliqué le plan à Laura. Elle est intelligente, donc je ne la vois pas tout foutre en l’air. »

La confiance de Ryoma pour Laura était absolue.

« Pour le reste… C’est à nous de décider. »

« Compris. Assure-toi aussi de sortir vivant d’ici ! »

« Oui, prends soin de toi aussi, Lione. »

Avec Lione en tête, le groupe du Lion cramoisi s’élança à cheval. Ils avaient un rôle essentiel à jouer dans l’avenir.

« Maître Ryoma, ils arrivent ! »

Avant que Ryoma ne s’en rende compte, le bruit des épées qui s’entrechoquaient lui parvint aux oreilles de partout. Tous les mercenaires, à l’exception des membres du Lion cramoisi qui étaient partis en tête, étaient probablement éliminés par les attaquants.

« Allons-y ! »

Sara fit un signe de tête suite aux mots de Ryoma et mit les chevaux au galop. La vue qui s’offrait à Ryoma alors qu’ils se précipitaient vers l’avant était celle d’une route vide. Le groupe de Lione n’avait qu’à avancer jusqu’à atteindre leur objectif, mais Ryoma avait servi d’appât et n’avait pas les moyens de le faire.

Il s’agissait d’un carrosse à quatre chevaux, mais même à l’époque, elle n’avait pas tant de vitesse que ça. Bien sûr, il était possible de se débarrasser du carrosse et de fuir à cheval, mais Ryoma avait choisi de ne pas le faire.

Le véritable objectif de Ryoma était de maintenir une distance de sécurité avec ses ennemis sans les perdre et de les conduire à un certain endroit.

Le vent frappa le visage de Ryoma. Défendre le corps de Sara contre les flèches qui tombaient d’en haut sur elle était assez difficile. Quelques flèches avaient déjà traversé ses défenses et percé le siège du conducteur, plusieurs stries rouges de sang traînaient le long du corps de Sara et s’infiltraient dans ses vêtements. Ryoma saignait aussi abondamment depuis que son lobe d’oreille avait été entaillé par une flèche plus tôt, et le sang l’avait peint en rouge de son cou à sa poitrine.

« Sommes-nous arrivés ? » demanda Ryoma en bloquant les flèches. De la panique pouvait s’entendre dans sa voix.

« Nous devrions presque y être… Ah, c’est ça ! Je peux le voir ! »

Debout le long de la longue route qui les attendait et qui semblait s’étirer sans fin, quelque chose voltigeait dans leur champ de vision. Sara voyait clairement un drapeau noir avec le symbole d’un lion rouge qui battait dans le vent.

« Bien ! On devrait y arriver si c’est si près… »

Ryoma soupira, soulagé, et tourna son regard vers Sara.

« Prête !? C’est maintenant où jamais ! »

Jusqu’à présent, tout n’avait été fait que pour cet instant. C’est pourquoi ils avaient conduit leurs ennemis ici au lieu d’essayer de se débarrasser d’eux.

« Je sais, » dit Sara.

Elle utilisa les rênes pour ralentir graduellement le galop des chevaux.

Les silhouettes de quelques hommes à cheval émergeaient du nuage de poussière derrière eux.

« C’est bien… Comme ça, par exemple. Baisse encore un peu ta vitesse… Et quand ils ralentiront aussi… Oui, bien. »

Ryoma aperçut les hommes qui bandaient les cordes de leur arc.

« Maintenant ! Fais leeeeeeee ! »

Au moment où la voiture de Ryoma passa devant une lance coincée dans la route, Ryoma s’agrippa à la lance et la brandit vers le haut, vers le ciel.

« « « Chère mère Terre, obéis à la volonté de tes enfants et déchaîne ta rage ! Les mèches de tes cheveux sont comme des lances qui percent toute la création ! Bambou de pierre ! » » »

Alors que Ryoma criait, l’incantation de Laura résonnait dans la forêt, accompagnée de plusieurs autres voix, et, conformément à leur chant, un cercle massif apparut sous les pieds de leurs poursuivants. L’instant d’après, le bruit de la chair en train d’être transpercée remplit la zone. Et avec cela, le bruit des sabots des chevaux qui cliquaient contre le sol derrière eux cessa soudainement.

Ryoma descendit du carrosse et se dirigea vers les piliers de pierre qui avaient poussé derrière eux, avec Sara qui le suivait naturellement. Ces lances de terre étaient sorties du sol vers le ciel. L’odeur crue et rouillée du sang se mêlait au vent qui soufflait vers eux.

« On dirait que ça a marché. »

« Oui… »

Ryoma hocha la tête peu après les mots de Sara.

« Mais ne baisse pas la garde. Certains d’entre eux auraient dû survivre. »

Ryoma ne pensait pas que son stratagème aurait échoué. Au contraire, le timing n’aurait pas pu être plus parfait. Mais en même temps, il était trop tôt pour se reposer sur ses lauriers. Le manque de prudence était l’ennemi le plus mortel.

Suivant les traces de Ryoma, Lione, Boltz et les autres membres du Lion cramoisi sortirent de la forêt, avec Laura en tête. Ils s’approchèrent tous des lances de pierre au centre de la route avec la plus grande prudence.

« Assurez-vous que personne ne s’est échappé du rayon d’action du sort ! »

Sous les ordres de Lione, le groupe se sépara en deux et commença ses recherches.

« Hé… Certains d’entre eux se sont enfuis. Il y a des traces de sang qui mènent dans les bois. »

Les mercenaires avaient vu les assaillants boiter avec des gémissements de douleur et d’agonie, un regard quelque peu froid dans les yeux. Ils avaient peu de pitié pour les ennemis qui les avaient attaqués.

« Ça ne te dérange pas si on les achève, non ? »

Ryoma hocha la tête sans répondre à la question de Boltz. Confirmant son approbation, Boltz fit un signal en brossant sa main droite dans l’air, et les membres qui le virent disparurent dans les bois sans dire un mot.

« Mon garçon, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »

« Quoi ? »

L’expression de Ryoma se remplit de surprise devant la façon qu’avait Boltz de l’appeler.

« Mon garçon ? »

« Heheh. » Boltz se gratta la joue maladroitement.

« Considère cela comme une expression de respect. »

Apparemment, voir le plan de Ryoma réussir changea l’image que Boltz avait de lui, et ainsi l’appeler « garçon » était la façon que Boltz avait de montrer son respect. Réalisant cela, Ryoma avait simplement souri ironiquement et resta silencieux.

« Mais vraiment, mon garçon, que fait-on maintenant ? » demanda Lione, ayant fini de donner des ordres.

Elle n’avait pas l’intention de changer la façon dont elle l’appelait, semble-t-il, mais Ryoma n’était pas contre les deux.

« Pour l’instant, nous devrions rassembler des informations. On dirait qu’il y a un bon nombre de survivants, donc on devrait avoir un moyen de le faire. »

Ryoma regarda autour de lui comme pour confirmer qu’il y avait des survivants. Un sourire cruel se figea sur son visage. C’était si glacial qu’il fit frissonner des guerriers vétérans comme Lione et Boltz.

La vue de cette expression incita Sara et Laura à prier Dieu par inadvertance. Elles pourraient probablement imaginer à quel point la mort de ces idiots qui avaient osé mettre leur maître en danger serait horrible…

Le corps attaché et tiré par une corde, Mikhail Vanash avait été traîné jusqu’à l’endroit où il serait jugé pour ses actes. Les bandages enroulés autour de son corps étaient tachés de sang.

Les blessures de Mikhail étaient assez graves. Il n’avait pas de blessures mortelles ni d’os fracturés, mais les lances de terre l’avaient transpercé et s’étaient enfoncées dans le corps. Mais grâce à l’armure épaisse dont il était revêtu et au fait qu’il était éloigné de l’épicentre du sort alors qu’il menait la charge, il n’avait pas été compté parmi les cadavres.

Pourtant, s’il avait été simplement laissé sur les rochers et privé de tout soin nécessaire, il aurait probablement connu le même sort.

Pourquoi m’ont-ils sauvé ? La question avait touché le cœur de Mikhail.

Devant Mikhail se tenait une grande femme rousse, un homme d’âge moyen sans bras gauche, un homme monstrueux qui semblait avoir une vingtaine d’années et deux filles qui l’attendaient dans son dos, comme si elles étaient ses ombres.

Le cœur de Mikhail s’était mis à battre. Et tout ceci parce que la fille devant lui était la cible de ce raid.

Cela faisait trois heures que Mikhail et son groupe d’assaillants étaient tombés dans le piège de Ryoma. De tous ceux qui avaient été blessés par les lances de pierre, seule une poignée d’entre eux, dont Mikhail, avaient survécu. La majorité d’entre eux avaient péri à cause de la magie liée libérée par Boltz et ses hommes, et ceux qui avaient survécu et s’étaient échappés dans la forêt n’avaient pas pu se libérer de la poursuite vengeresse des membres du Lion cramoisi.

Les seuls survivants étaient les hommes aimés de la déesse du destin. Mais si l’on considérait l’état dans lequel ils se trouvaient, on pouvait se demander si leur sort était vraiment chanceux. Le traitement minimal qu’on leur avait administré n’avait fait qu’arrêter leur hémorragie, après quoi ils avaient été bâillonnés, ligotés et jetés dans un chariot.

Le chariot avait ensuite été transporté dans un endroit plus sûr, après quoi ils avaient été sortis un par un. À ce moment-là, il n’y avait pas eu de question quant à la raison pour laquelle ils avaient été pris. Puis il était temps pour le commandant de l’attaque, Mikhail, de faire face aux conséquences.

« Tu es Mikhail Vanash, le commandant du raid, exact ? »

Mikhail ne pouvait que hocher la tête face au grand jeune homme qui se tenait devant lui. Sa voix n’était pas coercitive et surtout, son ton était calme et poli. Être du côté des gagnants et avoir un ton de voix calme et poli était vraiment quelque chose de troublant. Il aurait été bien moins terrifié s’il avait été interrogé tout en se faisant crier dessus par quelqu’un au visage rougi et en colère à la place.

« J’ai entendu la plupart de l’histoire de tes subordonnés. On dirait que c’est une série de conséquences malheureuses pour nos deux camps qui nous ont mis dans cette situation. »

Mikhail se tut, mais il sentait que quelque chose n’allait pas avec les paroles du jeune homme. Pendant l’entraînement des chevaliers, on apprenait comment se comporter lorsqu’on était capturé par un ennemi, et le fait de ne pas donner d’informations à l’ennemi était une règle absolue en temps de guerre.

« Tu n’as vraiment pas à être si nerveux. Nous n’avons pas l’intention de te faire quoi que ce soit, pour l’instant. »

Les paroles du jeune homme ressemblaient au murmure séduisant du Diable aux oreilles de Mikhaïl.

« Pourquoi ne veux-tu pas me tuer ? »

Une question dégoulinant de haine s’échappa des lèvres de Mikhail.

« Parce que nous n’avons pas besoin de te tuer pour l’instant. »

Le jeune homme haussa les épaules, souriant comme s’il parlait de quelque chose de banal.

Mais ses paroles impliquaient que s’il le jugeait nécessaire, ils le tueraient.

« Mais ça s’applique à nous deux maintenant, n’est-ce pas ? »

Mikhail n’avait pas pu trouver une occasion de s’opposer aux paroles du jeune homme. Lui-même n’aimait pas tuer. S’il y avait une chose qu’il n’aimait pas faire, même si c’était son travail de soldat, c’était de tuer quelqu’un. Mais en tant que membre de la garde royale du royaume de Rhoadseria, sa main répandrait du sang si la maison royale en bénéficiait. Cet incident n’était vraiment pas en accord avec sa fierté de chevalier, mais c’était un acte inévitable qu’il devait commettre s’il voulait empêcher la faction des nobles de réaliser leurs ambitions.

Le jeune homme sourit paisiblement, comme s’il lisait le cœur de Mikhail, puis continua à parler.

« Loin de moi l’idée d’assumer tes motifs, mais je te garantit que nous ne sommes pas tes ennemis. »

« De quoi parles-tu... »

Ces mots avaient fait planer un doute sur l’expression de Mikhail.

« N’êtes-vous pas de la faction des nobles ? »

« Tu vois ? Ça. C’est exactement ça. »

Le sourire de Ryoma s’élargit de manière significative.

***

Partie 7

« C’est là que se trouve ton malentendu. Permets-moi de confirmer quelques points pour l’instant, Mikhail. Nous pouvons répondre à tous tes doutes qui subsisteront après ça. »

Le jeune homme marcha derrière Mikhail et posa un doigt sur la nuque.

« … Qu’est-ce que tu fais ? »

Le visage de Mikhail était déformé par la peur refoulée.

« Pas grand-chose, juste un peu de charme. Cela ne te fera pas de mal, tu peux donc te détendre… Cette gentille fille va te poser quelques questions, alors réponds-y le plus simplement possible. »

Le jeune homme lui adressa un sourire agréable et fit signe à une fille blonde. Celle-ci hocha la tête et s’approcha de Mikhail.

« Maintenant, permets-moi de te poser quelques questions. Tu es affilié à la garde royale du royaume de Rhoadseria, exact ? »

Mikhaïl détourna son visage d’elle en silence en entendant cette question. Il n’avait aucune intention de confirmer ou de nier quoi que ce soit.

« Le motif de ton attaque contre la caravane était-il lié à la dispute successorale sur le trône rhoadsérien ? »

Silence.

« As-tu comploté ce raid pour défendre la princesse ? »

Silence.

« Es-tu affilié à la faction des chevaliers, es-tu actuellement opposé à la faction des nobles ? »

Silence.

« La faction des nobles a-t-elle tenté d’interrompre la succession de la première princesse après le décès du roi de Rhoadseria ? »

Silence.

« La faction des nobles essaie-t-elle d’utiliser l’existence de la volonté de feu le roi pour soutenir une enfant illégitime comme princesse et héritière du trône ? »

Silence.

Mikhail avait tenu sa langue face à la série de questions que la fille blonde lui avait posées. Aucune n’avait été niée ni confirmée par ses lèvres.

Bordel de merde… Ces traîtres… Qu’est-ce qu’ils veulent dire, en disant ce qui est évident comme ça… ?

Alors que la colère montait dans son cœur et le faisait frissonner de rage, Mikhaïl envoya un regard haineux dans la direction du jeune homme.

« Qu’est-ce qu’on va faire de lui maintenant ? » demanda la fille blonde au jeune homme.

L’expression sur le visage de la jeune fille disait qu’elle en avait déjà assez du silence insistant de Mikhail.

« On dirait qu’il n’est pas trop pressé de nous répondre en ce moment. Je suppose que je ne peux pas lui en vouloir… »

Mais contrairement à la perplexité de la jeune fille, le visage du jeune homme ne semblait pas particulièrement dérangé.

« Laura, avance. »

Se conformant aux paroles du jeune homme, Laura s’avança, ses cheveux argentés et scintillants se balançaient. La blonde posa sa dernière question.

 

 

« Ma dernière question, alors. C’est elle que vous tentiez de tuer ? »

Le cœur de Mikhail battait rapidement et sauvagement. Les doigts de Ryoma avaient incontestablement détecté son pouls s’accélérant à cette question.

« En plein dans le mille… » chuchota Ryoma tout en retirant ses doigts du cou de Mikhail.

C’était donc l’intrigue que Wallace Heinkel, de la guilde de Pherzaad, avait préparée, et la raison de ce raid.

La vérité n’avait pas nécessairement besoin d’être exprimée en mots, un silence insistant comme celui de Mikhaïl pourrait en dire tout autant. Plus il essayait d’étouffer son expression, plus ceux qui l’entouraient étaient capables de lire dans ses sentiments. Et cela ne se limitait pas seulement à Ryoma, mais aussi à Lione et aux autres qui veillaient sur la scène.

« Je vois… Ce bâtard visqueux de Wallace… Il nous a utilisés comme appât, il l’a fait… »

Des mots souillés de vitriol glissèrent des lèvres de Lione.

Grâce aux prédictions de Ryoma, le groupe de mercenaires du Lion cramoisi n’avait pas eu de victimes, mais de nombreuses personnes avaient été blessées lors du raid. Bien que la plupart des blessures n’avaient pas été graves, ces observations n’avaient été possibles qu’avec le recul. Ils n’avaient subi que peu de dommages parce qu’ils avaient été préparés. Si Ryoma n’avait pas été là pour faire sa prédiction, ou si Lione ne l’avait pas prise au sérieux…

Tout cela était hypothétique, bien sûr, mais il n’y aurait pas été surprenant si ce raid avait fait de grandes victimes du côté du Lion cramoisi.

À en juger par les circonstances de la façon dont le groupe de Ryoma avait obtenu leur demande et l’attitude de Mikhail, il était clair que le chef de guilde Wallace était impliqué d’une manière ou d’une autre dans le raid. Il s’agissait d’une trahison de la part de la guilde, qui s’était présentée comme neutre. Et cette trahison avait fait monter la haine dans le cœur de Lione, en proportion égale à la confiance qu’elle lui accordait autrefois.

« Je pense qu’on peut dire que ce fils de pute de Wallace nous a dupés, » dit Ryoma en faisant signe qui fit que monde sauf à Mikhail avait hoché la tête.

« Cependant, la prochaine question est de savoir ce qui vient après. Qu’est-ce qu’on fait… ? »

« Et si on faisait un rapport à une guilde d’une autre ville ? »

Boltz répondit au murmure de Ryoma par un ton hésitant.

« Non, je pense que c’est une mauvaise idée. Ce tas de merde nous a fait un sacré coup, mais on n’a pas de preuves. Si on va rapporter ça à un autre chef de guilde et qu’ils demandent des preuves, on n’aura rien pour le prouver. »

Ryoma acquiesça d’un signe de tête, en accord avec l’objection de Lione. Ils avaient peut-être été piégés, mais ils n’avaient pas pu le prouver. Même si une personne était jugée pour de fausses accusations, on obtiendra toujours le même verdict : la perte du procès. Ce qui importait au tribunal, ce n’était pas la vérité ou même la justice, tout dépendait de la capacité du juge à obtenir le verdict qu’il souhaitait.

Et le plus grand problème de Ryoma résidait dans son incapacité à prouver leur innocence. Sans aucune preuve physique, toute tentative d’inculpation de Wallace se terminerait par un simulacre de mutisme. Dans le pire des cas, il les accuserait de fausses accusations.

Boltz lui-même ne semblait pas considérer sa proposition comme réaliste, et ne semblait pas être tout à fait confiant en elle. Un air oppressant leur tombait dessus, comme s’ils tâtonnaient dans un brouillard qui obscurcissait leur vue dans toutes les directions, où s’ils faisaient un faux pas, ils finiraient morts.

C’était pour cette raison que tout le monde doutait de ses oreilles lorsque Ryoma prononça ce qui semblait être des paroles optimistes.

« Eh bien… Il y a un moyen de s’en sortir. »

« Es-tu sérieux !? »

Lione regarda Ryoma avec un regard accrocheur tout en souriant doucement.

Bien qu’elle ait vraiment souhaité une issue, une partie de son cœur doutait naturellement que quelque chose d’aussi commode puisse être vrai. Boltz, qui se tenait à ses côtés, semblait ressentir la même chose. Mais même avec leurs regards inquiets qui s’accrochaient à lui, le visage de Ryoma restait calme.

« Oui. Je veux dire, nous venons de mettre la main sur un pion utile, » dit Ryoma en souriant tout en jetant un regard significatif dans la direction de Mikhail.

« Qu’est-ce que vous dites !? »

En entendant les paroles de Ryoma, Mikhail rompit son silence et éleva la voix.

Si l’on considérait le fait qu’il ne fallait donner aucune information à ses ennemis, c’était une mauvaise décision, mais ces règles n’avaient aucun sens pour Mikhail en ce moment. Si seulement il avait tué la fille aux cheveux argentés devant lui, cette Laura, tout se serait bien passé. C’était du moins la vérité absolue pour ceux qui appartenaient à la faction des chevaliers.

Deux mois s’étaient écoulés depuis le décès du roi de Rhoadseria, et ce rapport était parvenu aux oreilles de la première princesse Lupis, qui s’efforçait d’hériter du trône. Ce rapport était venu comme un éclair du jour au lendemain pour la faction des chevaliers. Une fille qui était prétendument héritière du sang du roi Pharst II de Rhoadseria était apparue dans leur pays voisin, Myest.

Il n’était pas du tout un cas inhabituel d’avoir des enfants illégitimes. Plus la classe dirigeante devenait forte, plus son sang devenait précieux, ce qui paraissait peut-être naturel quand sa lignée était ce qui déciderait de la légitimité de son pouvoir. En tant que tels, les dirigeants avaient produit beaucoup d’enfants, afin d’éviter que leur lignée sanguine ne s’éteigne. Ils avaient beaucoup d’épouses et de concubines, et parfois même violaient les filles de roturiers sur un coup de tête.

Et le résultat de tels actes était des enfants illégitimes. Dans ce cas, l’existence d’un enfant illégitime n’aurait pas été une telle surprise en soi. Mais le moment de sa découverte était bien trop mal choisi. Le fait que l’on annonçait son existence que maintenant, quand l’ancien roi était décédé et que le trône était resté vide, et qu’en plus on prétendait qu’elle était l’héritière légitime du trône de Rhoadseria…

Lorsque le rapport était arrivé dans la capitale, tout le monde l’avait simplement rejeté comme « impossible » et « absurde », et ne s’en était pas soucié. Mais alors qu’ils pensaient que les rumeurs allaient disparaître, elles commencèrent à se répandre dans le royaume comme une traînée de poudre en un clin d’œil. Et peu de temps après, les rumeurs avaient commencé à prendre une tournure plus réaliste.

Le duc Gelhart, chef de la faction des nobles, annonça à tous Rhoadseria qu’il soutiendrait cette enfant illégitime en tant qu’héritière, et avait montré au public un testament supposé laissé par le défunt roi… Au début, tout le monde dans le royaume soupçonnait un faux. Le moment était tout simplement trop propice.

Mais malgré le manque d’authenticité de ce testament, elle avait soutenu le droit au trône de l’enfant illégitime et avait divisé le royaume de Rhoadseria en deux. La princesse Lupis occupait en même temps le poste de commandant de la garde royale et, à ce titre, entretenait des relations étroites avec la faction des chevaliers. En raison de cela, et de son manque d’implication dans les affaires politiques, elle avait peu de liens avec la faction des nobles.

Ainsi, le duc Gelhart, chef de la faction des nobles, déclara son soutien à l’héritière illégitime, transformant l’équilibre politique de Rhoadseria d’un état d’opposition de 30 % à la faction des chevaliers, 40 % à la faction des nobles et 30 % à la faction neutre.

Fondamentalement, la faction des chevaliers était un groupe d’hommes militaires, un groupe puissant avec beaucoup de prouesses martiales, mais inadaptées à la politique. Ils luttaient pour amener la faction neutre à leurs côtés. De l’autre côté du spectre, la faction des nobles n’avait pas la puissance militaire des chevaliers, mais était de loin supérieure à eux en termes d’expérience politique. Ils faisaient des efforts pour amener la faction neutre de leur côté, et en effet, beaucoup des nobles neutres avaient effectivement changé de camp.

Tandis que la faction des chevaliers se trouvait dans cette situation difficile, de bonnes nouvelles arrivèrent, annonçant que l’héritière illégitime s’était déplacée de Myest aux frontières de Rhoadseria.

Ayant appris cela, la faction des chevaliers se moqua de l’imprudence des nobles. Permettre la fuite de telles informations importantes concernant le transfert de leur précieuse bannière était la preuve que la faction des nobles avait plusieurs factions en son sein… Si la jeune fille devait être éliminée avant d’atteindre Rhoadseria, tout reviendrait à la normale, la faction neutre des nobles revenant à leur position antérieure.

Et même s’il était vrai que cette information était transmise de toute urgence et que devoir faire assaut dans un pays voisin signifiait qu’ils devaient se débrouiller avec des effectifs limités, Mikhail ne pouvait laisser passer cette occasion en or. Même si cela signifiait ignorer les souhaits de sa Dame, qui était opposée à l’assassinat…

Mais contrairement à la détermination de Mikhail, tous les regards de ceux qui l’entouraient étaient des regards de pitié et de moquerie.

***

Partie 8

« Je ne sais pas si je peux être beaucoup plus clair, mon ami… »

Tandis que Ryoma le dévisageait comme un professeur qui se plaindrait d’un mauvais élève, tous les autres présents hochèrent la tête en silence.

Ils avaient déjà vu ce qui se passait et ne faisaient que vérifier leurs réponses à ce stade.

« Eh bien, disons les choses ainsi : tu as évidemment été dupé par la faction des nobles. »

Même si Ryoma l’avait expliqué de la manière la plus succincte possible, l’esprit de Mikhail refusa de l’accepter.

« C’est… absurde ! Vous ne me tromperez pas ! »

« Dis que c’est absurde tant que tu le veux, mais… »

Ryoma haussa les épaules, Mikhail refusant de l’écouter.

« Eh bien, calme-toi pour l’instant. Revoyons les choses une dernière fois, du début à la fin. »

Pendant qu’il parlait, Laura se tenait devant Mikhail.

« Commençons par mettre une chose au clair. Ce n’est pas la fille que tu cherches. »

« Vous mentez ! »

Le cri sanglant de Mikhaïl résonna dans les bois.

Si Ryoma avait raison, le but de ce raid était nul et non avenu. Il aurait mené cette contre-attaque et sacrifié ses hommes pour rien. Ce sentiment stimula le cœur de Mikhail.

« Pour commencer, pensais-tu que Laura était la fille illégitime du roi Rhoadseria à cause de ses cheveux argentés ? »

« C’est vrai ! C’est une adolescente aux cheveux argentés ! », affirma Mikhaïl d’une voix râpeuse, alors qu’il effaçait la faible suspicion dans son cœur.

« Laura est une adolescente aux cheveux argentés, mais… OK, laisse-moi te demander ça à la place. Ce sont les seuls attributs physiques pour identifier la fille illégitime ? »

La question de Ryoma fit réfléchir Mikhail.

Les cheveux argentés sont rares sur ce continent, et elle a aussi le bon âge.

« C’est vrai ! C’est la seule preuve dont j’ai besoin ! »

L’attribut visuel le plus frappant des membres de la royauté de Rhoadseria était leurs beaux cheveux argentés. Bien sûr, cela ne signifiait pas que tous ceux qui avaient les cheveux argentés devaient appartenir à la lignée royale de Rhoadseria, mais tous ceux qui en faisaient parti avaient bien cette couleur de cheveux. C’était ce qui avait permis à Mikhail de continuer.

« … Je suis désolé, mais tu es plutôt stupide… »

Ryoma répondit à Mikhail avec une expression perplexe. « Je suis sûr qu’il y a plein d’adolescentes aux cheveux argentés sur ce continent. »

« Si quelqu’un est l’imbécile ici, c’est vous ! Nous ne cherchons pas n’importe quelle fille aux cheveux argentés, mais une qui tente de voyager de Pherzaad à Rhoadseria à cette époque de l’année ! Pensez-vous honnêtement qu’une fille qui remplirait toutes les autres exigences se trouverait ici, en ce moment !? »

Le visage de Mikhaïl était couvert d’un sourire.

C’est ça ! Une fille aux cheveux argentés ne se trouverait pas dans cet endroit à cette époque par pure coïncidence ! Je ne sais pas où cet homme veut en venir, mais je ne me laisserai pas berner !

L’information qui l’avait conduit à ce raid avait été fournie par l’un de ses collègues de la faction des chevaliers. Bien sûr, Mikhaïl savait que tous les membres de la faction des chevaliers n’étaient pas nécessairement de son côté, mais ils étaient tous unis dans leur antagonisme envers la faction des nobles. Même si ce n’était pas le cas, ils ne penseraient pas que Mikhail, qui malgré un certain manque de prudence, et qui recevait encore une éducation de chevalier de haut rang, aurait si facilement recours à l’assassinat.

« C’est vrai, cette probabilité est extrêmement faible. », dit Ryoma, regardant avec pitié le regard convaincu de Mikhail.

« Non, pour être honnête, c’est probablement plus proche de zéro. Et si une de ces filles passait par ici délibérément ? »

« Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? »

Incapable de comprendre le sens des mots de Ryoma, l’expression de Mikhail était remplie de doutes.

« Ce que je veux dire par là, c’est qu’un groupe de personnes qui n’ont rien à voir avec ça, c’est-à-dire nous, avons été envoyées de Pherzaad à Rhoadseria sur une demande arbitraire, et cette information a été divulguée intentionnellement à la faction des chevaliers. Et bien sûr, être désavantagé signifie que la faction des chevaliers devrait sauter sur l’occasion de sortir de l’impasse pendant qu’ils introduisaient en toute sécurité le véritable enfant illégitime dans le pays. Qu’en dis-tu ? Je ne pense pas que ce soit si dur que ça de t’embrouiller la tête. Au contraire, je me demanderais si les gens qui t’ont donné cette information ne sont pas de mèche avec la faction des nobles. »

Pendant que Ryoma parlait, l’expression fière et exaltée de Mikhail se figea progressivement.

« Ça ne peut pas être… »

Tandis que ces mots sortaient de ses lèvres, Ryoma secoua la tête et continua à parler.

« Si tu me le demandes, quelqu’un de la faction des chevaliers ayant ce genre d’aperçu de ce que fait la faction des nobles est assez suspect. »

Tout le monde s’était étonné de ces mots.

« Cette fille illégitime est un atout irremplaçable pour la faction des nobles. S’ils pouvaient la faire entrer clandestinement dans le pays, ils prendraient tous les moyens à leur disposition pour tout planifier méticuleusement et feraient preuve de toute la prudence possible pour s’assurer que l’information ne fuit pas. Et pourtant, il y a quand même eu une fuite dans la faction des chevaliers. »

Ryoma arrêta alors de parler et regarda autour de lui tout le monde présent, comme s’ils s’assuraient qu’ils comprenaient ce qu’il voulait dire.

« Alors ils l’ont fait exprès ? C’est ça, mon garçon ? », demanda Lione, et Ryoma répondit d’un signe de tête silencieux.

« Effectivement, si tu y réfléchis raisonnablement, c’est à ça que cela se résume. De plus, il semblerait que la faction des nobles a mis Wallace dans leur poche et l’a poussé à engager des mercenaires. À savoir, une fille mercenaire aux cheveux argentés alors qu’elle est encore dans son adolescence. »

« Et c’est… c’est moi. », dit Laura.

Ryoma acquiesça à ses mots.

« Mais Wallace est un chef de guilde. Agirait-il vraiment d’une manière si risquée ? », demanda Sara avec hésitation.

La guilde prônait la neutralité. S’ils n’avaient pas la confiance absolue de leurs clients et des mercenaires, ils ne seraient pas en mesure de gérer les demandes comme ils le faisaient. De ce point de vue, les actions de Wallace étaient extrêmement inappropriées. Il avait rassemblé des gens sous prétexte de garder une caravane, et avait l’intention de les utiliser comme appâts sans leur consentement.

Le risque que Wallace ne s’en rende pas compte n’était pas nul, et Laura avait mentionné cette possibilité. Mais Ryoma secoua la tête dans le déni.

« Non, les chances que Wallace ne soit pas lié à ça sont minces. Après tout, nous avons dû accepter ce travail à cause d’une demande obligatoire. »

Ryoma tourna alors la conversation vers Lione, qui se tenait à côté de lui.

« Laisse-moi te demander aussi, Lione. Les demandes obligatoires ne sont-elles pas réservées aux aventuriers de haut rang... Plus précisément, les personnes ayant un rang égal ou supérieur à B ? Et ça ne s’applique qu’aux demandes très urgentes, si je ne me trompe pas ? »

« Oui, c’est écrit dans le protocole de la guilde. »

Lione fit un léger signe de tête à la question de Ryoma.

« Par conséquent, il n’y avait aucune raison de nous forcer à faire cette demande. Selon toute vraisemblance… Il cherchait une mercenaire aux cheveux argentés, adolescente, et n’a trouvé que Laura. Il comptait alors sur notre inexpérience et il nous a fait croire que c’était une demande obligatoire afin de nous forcer à l’accepter. Il fallait que l’on meure dans le raid des chevaliers, et c’est tout. Au cas où nous aurions survécu, nous ne soupçonnerions pas les marchands de la caravane, ou plutôt, les soldats de la faction des nobles déguisés en marchands, qui allaient nous achever. Il n’y aura donc aucun témoin. »

En écoutant l’explication de Ryoma, l’image de l’incident avait été reconstituée dans l’esprit de tous. Les chariots de la caravane étaient tous vides parce qu’ils savaient qu’une attaque se préparait. Les callosités sur les mains des marchands et leur physique tonique étaient dues au fait que c’était des chevaliers et soldats déguisés. Seul le groupe de Ryoma avait obtenu un carrosse à auvent, afin de faire croire à Mikhail et à ses hommes que l’enfant illégitime se trouvait là-dedans. Et la formation avait été mise en place de façon à bloquer le chemin de Ryoma une fois qu’ils allaient être attaqués, pour s’assurer qu’ils seraient tués.

Tous ces facteurs apparemment contre nature s’étaient réunis pour former une seule conclusion.

« Impossible… C’est beaucoup trop… » Des mots de regret échappèrent aux lèvres de Mikhail lorsqu’il entendit le raisonnement de Ryoma.

« Mais ça voudrait dire qu’il nous a dupés… Non… Mais, dans ce cas… »

La personne dont parlait Mikhail était probablement la personne de la faction des chevaliers qui lui avait fourni les informations sur la faction des nobles. Alors que Mikhail était assis là, dévasté, Ryoma lui fit une proposition.

« Inutile de se lamenter autant. »

Mikhail leva la tête impuissant, son regard était interrogateur.

« Nous avons tous été piégés par la faction des nobles, donc c’est aussi maintenant un peu notre problème. »

C’était évident. Cette demande était censée être une escorte pour une caravane, et aussi fausse soit-elle, elle existait toujours dans les dossiers de la guilde. Ryoma avait attaqué les voitures des marchands, même si c’était le seul moyen de s’en sortir vivant, et avait fui l’attaque, laissant les marchands derrière lui.

Si l’on regardait la situation au niveau de la surface, Ryoma et son groupe étaient des lâches méprisables qui avaient abandonné leurs fonctions de garde et avaient tué les marchands pour s’échapper. Pire encore, si Wallace prétendait que le raid était une attaque de bandits, il serait très facile de donner l’impression qu’ils avaient été soudoyés pour vendre leurs employeurs.

Et le pire, c’est qu’ils n’avaient aucun moyen d’empêcher Wallace de le faire. Après tout, tout ce que Ryoma avait dit était une conjecture basée sur des preuves circonstancielles. Même s’ils utilisaient Mikhail comme témoin, il n’y avait aucune chance qu’il témoigne honnêtement, car tout cet incident était une tache sur l’honneur de la faction des chevaliers.

Et au final, c’était le chef de guilde, Wallace, qui déciderait de ce qui était réellement arrivé. Il va sans dire que dire à la personne qui les avait dupés qu’il les avait piégés ne les sortirait pas de ce pétrin.

De plus, dépendre des autres chefs de guilde alors qu’ils n’avaient aucune preuve à l’appui de leurs affirmations n’était pas une bonne main à jouer. Pherzaad était le plus grand port de commerce de Myest, et puisqu’il avait été nommé chef de guilde de cette ville, le pouvoir de Wallace au sein de la guilde était probablement considérable. Qui serait résolu à poursuivre la vérité contre cet homme lorsque celui-ci était placé dans une position aussi inférieure ? Et qui aurait pu dire si une telle personne pouvait même être convaincue d’aider Ryoma ?

« Alors, qu’en dis-tu, Mikhail ? Veux-tu coopérer avec nous ? »

Les paroles de Ryoma n’avaient incité aucun de ses compagnons à changer d’expression. Parce qu’ils s’étaient tous rendu compte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de s’accrocher à cette dernière lueur d’espoir qu’était la sagesse de Ryoma…

Ce jour-là allait changer le destin du royaume de Rhoadseria.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire