Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 4 – Partie 1

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Chapitre 4 : Montre ta force

Partie 1

Le soleil était suspendu à son zénith. Une femme seule haussa la voix au milieu du tumulte des hommes qui buvaient en plein milieu de la journée.

« Par ici, Gran ! »

Ils se trouvaient dans la ville fortifiée de Pireas, la capitale de Rhoadseria. Dans un bidonville situé à une extrémité de la ville se trouvait un petit pub du quartier. Lione inclina son verre de vin vers un homme qui regardait dans le bar depuis la porte d’entrée.

Gran était un homme d’une trentaine d’années ayant la quarantaine, qui mesurait plus de 190 cm de haut. Il avait un physique ferme et bien bâti. Le gilet sans manches qu’il portait montrait le haut de ses bras, qui étaient aussi épais que des bûches.

Il tourna le visage dans la direction de Lione et fit un petit signe de tête. Ses cheveux bruns et brûlés par le soleil avaient été coupés court, et une barbe épaisse lui plâtrait le visage, donnant l’impression que cet homme n’était pas vraiment un membre respectable de la société. L’armure de cuir qu’il portait était renforcée de métal par endroits, et il avait une hache de guerre massive dans le dos, l’un de ces deux objets ne pouvait que lui donner l’apparence d’un brigand ou d’un bandit.

Mais à vrai dire, sa tenue vestimentaire n’était pas le problème ici. Son corps fourmillait simplement de la vigueur d’un homme qui avait vécu d’innombrables batailles. Un homme qui gagnait sa vie en se battant. Tout homme ordinaire qui fixait ses yeux sur Gran détournait maladroitement les yeux et s’échappait.

Ceci dit, toute personne dans ce pub tournerait simplement son regard dans la direction de Gran et pour ne plus s’y intéresser l’instant suivant, afin de revenir à leurs affaires. Parce qu’ils savaient tous que Gran travaillait dans le même secteur d’activité qu’eux. Le nom de ce magasin était le Salon Forestier Verdoyant, l’un des pubs les plus appréciés et fréquentés par les mercenaires de Pireas.

« Une bière pour cette table, là-bas, jeune fille. »

Laissant sa commande à une serveuse de passage, Gran se dirigea vers Lione pour prendre le siège en face du sien

« Ça fait un moment. Comment la vie t’a-t-elle traité ? »

« Ta tasse est toujours aussi sale. Et aucune des serveuses ne voudra te toucher avec un bâton, avec ta tenue minable. »

« Je vois que tu n’as pas changé non plus. Hein, Lion cramoisi ? »

Souriant avec ironie devant son attitude lâche et la quantité surprenante de bouteilles d’alcool vides jonchant sa table, Gran avait pris place devant elle.

 

 

Le lion cramoisi n’était pas seulement le nom du groupe que Lione dirigeait, mais aussi son propre surnom. La vue d’elle se précipitant sur le champ de bataille avec des cheveux ébouriffés et cramoisis évoquait vraiment l’image d’une lionne. Tous les mercenaires qui la connaissaient étaient envoûtés par cette vue.

« Mais toi, tu m’appelles pour que je vienne ? Ce qui arrive une fois tout les 36 du mois. »

Prenant une gorgée de la bouteille de bière qui avait été apportée à la table, Gran jeta un coup d’œil dans la direction de Lione.

Gran était à la tête de la Brigade du Vent du Nord, un groupe de mercenaires de même niveau que le Lion Cramoisi. Ils s’étaient souvent rencontrés sur le champ de bataille au fil des ans, mais il n’avait jamais été invité comme ça auparavant.

« J’ai fini par me lancer dans une sale affaire, et j’essaie de rassembler des mercenaires compétents et dignes de confiance pour m’aider. Et comme tu étais libre, j’ai pensé que c’était le bon moment pour demander. »

« Sale affaire ? »

Gran baissa la tête devant le sourire amer de Lione.

L’idée qu’un mercenaire se faisait d’une « mauvaise affaire » serait généralement de trahir une demande qui lui a été faite, mais n’importe qui dans le milieu qui en valait la peine savait qu’il devait respecter le contrat et se soucier de ses relations. Il doutait que cette rousse, dont il reconnaissait la supériorité dans ce métier, puisse faire une telle chose.

« As-tu trahi ton client ? »

« Ouais, quelque chose comme ça. »

Lione descendit le vin tiède de son verre et le claqua sur la table.

« Alors, va en parler avec la guilde, pas avec moi. Je ne pense pas pouvoir t’aider avec ça. »

Une guilde. En termes modernes, elle pourrait être équivalente à un syndicat de travailleurs. Il y avait, en fait, beaucoup de sortes de guildes dans ce monde, y compris la guilde des marchands et la guilde industrielle, mais quand on disait ce mot sur cette Terre, cela signifiait généralement la guilde des aventuriers et des mercenaires. C’est l’association qui envoyait ceux qui travaillent dans ce domaine dans des zones de combat et des zones de danger diverses.

Le rôle de la Guilde était de s’occuper de la bonne distribution des demandes et d’agir comme médiateur en cas de désaccord avec le client. La suggestion de Gran était que si Lione se disputait avec son client, le premier endroit où elle devrait aller pour obtenir de l’aide était la guilde.

« Eh bien, c’est un peu la merde qui s’est mise en branle dans ce cas. Je ne peux pas vraiment compter sur la guilde ici. »

« Je te connais pourtant, tu es plus prudente que ça. »

L’expression de Gran se déforma.

« Ne me dis pas que tu as pris ce travail directement du client sans passer par la guilde ? »

Toutes les demandes faites par l’intermédiaire de la Guilde avaient été traitées après confirmation de la situation financière du client et du contenu de la demande, et en échange, la Guilde percevait des frais d’intermédiaire pour toutes les demandes qu’elle avait traitées.

Bien sûr, c’était une dépense nécessaire, la guilde étant une si grosse organisation. Mais ceux qui travaillaient en mettant leur vie en jeu étaient loin d’être heureux de voir une partie de leur récompense leur être retirée. Étiez-vous censé donner la priorité à votre propre sécurité, ou sur le montant de votre rémunération ? Certains préfèrent cette dernière voie et choisissent d’accepter les demandes sans passer par la guilde.

Toutefois, ce genre de demandes comportait son lot d’embûches. Pouvoir marchander la récompense était une bonne chose, mais il y avait des cas où le client refusait de payer et où des gens vraiment vicieux essayaient d’éliminer les personnes qu’ils avaient embauchées pour éviter de futurs ennuis. Ainsi, à moins qu’il n’y ait une grande confiance entre eux et le client, aucun mercenaire ayant un peu de jugeote n’accepterait facilement une mission sans passer par la guilde.

Grâce à l’organisation massive connue sous le nom de guilde, qui s’étendait sur le continent occidental, les mercenaires pouvaient risquer leur vie sur le champ de bataille sans craindre d’être traités comme des pions jetables…

« Non, ce n’est rien de tout ça. La demande elle-même était légitime, et nous l’avons prise à la guilde. »

Sentant quelque chose dans ses paroles, Gran fronça ses sourcils.

« D’accord, je comprends. On dirait que c’est un peu plus compliqué que je ne le pensais… Dis-moi tout. Je vais prendre un autre verre en moi, et je t’écouterais. »

Sentant qu’une longue conversation l’attendait, Gran braqua sa tasse vide pour appeler une serveuse.

Après avoir entendu l’histoire de Lione, Gran croisa les bras et fixa le plafond, le visage sans expression.

« Voilà, c’est ça le marché, Gran. Je veux que toi et ta Brigade du Vent du Nord nous prêtiez vos forces. »

Lione ayant dit ce qu’elle avait à dire, le silence s’était installé entre eux pendant un long moment. Celui-ci ayant finalement été rompu par un profond soupir de Gran.

« Lion cramoisi. En supposant que tout ce que tu viens de me dire est vrai… L’affaire du chef de guilde est déjà assez désagréable, et en plus, tu veux te mêler dans la guerre civile de Rhoadseria… Ce champ de bataille est bien différent de ceux dans lesquels nous travaillons. Même pour toi, avec ton nom et ta réputation, cela va beaucoup plus loin que ce qu’un mercenaire peut gérer. Si j’étais toi, je me tirerais du continent occidental avant que la guilde n’envoie quelqu’un pour t’achever. »

Bien que Lione était une vieille amie, son histoire était trop problématique. La guilde s’était toujours présentée comme neutre, mais tant qu’elle était dirigée par des gens, les relations et les faveurs existaient toujours. Une organisation vraiment neutre ne pouvait pas exister. Un enfant ignorant n’était peut-être pas capable de le comprendre, mais Gran le savait très bien. C’est tout simplement ainsi que le monde fonctionnait.

Gran s’était servi lui-même de ses relations amicales avec un chef de guilde pour décrocher de bons emplois ou rejeter des emplois qu’il ne pensait pas en valoir la peine. Mais d’un autre côté, il n’avait jamais entendu parler d’un chef de guilde qui aurait piégé quelqu’un d’une manière aussi flagrante.

Si les affirmations de Lione étaient vraies, le chef de guilde de Pherzaad prévoyait d’utiliser Lione et son groupe comme des pions jetables. C’était à un tout autre niveau que l’obtention d’un dédommagement un peu moins élevé pour une mission que ce qui avait été promis. Cela avait remis en question les principes fondamentaux de la Guilde.

Bien sûr, Gran ne faisait pas assez confiance à la guilde pour croire que c’était tout à fait impossible, mais il ne pouvait pas avaler l’histoire de Lione aussi facilement. Et la plus grande raison pour laquelle il était si peu engagé, c’est que, même si elle s’était fait un nom, l’affaire semblait beaucoup trop importante pour qu’un simple mercenaire, sans influence ni pouvoir sur la société, s’en mêle. Il avait peut-être une réputation personnelle et une confiance en ses capacités, mais ils ne l’aideraient pas beaucoup dans cette situation.

Lione et Gran étaient des mercenaires de rang A, et leur rang au sein de la guilde était aussi très élevé. Ils avaient mérité des surnoms, étaient reconnus par leurs compagnons mercenaires, et les groupes qu’ils dirigeaient étaient des rassemblements d’anciens combattants expérimentés. Si un pays les recrutait dans un ordre de chevalerie, ils avaient les compétences nécessaires pour devenir bientôt des commandants d’escadrons ou de compagnies.

Mais tout bien considéré, Gran trouvait que l’offre de Lione était beaucoup trop dangereuse. Surtout quand il s’agissait de s’opposer à une grande organisation comme la guilde…

« Tu n’as pas tort. Normalement, je n’accepterais pas quelque chose d’aussi dangereux, quel qu’en soit le prix. C’est ennuyeux d’avoir la guilde à ses fesses, et comme tu l’as dit, s’enfuir sur un autre continent est une option. Mais cette fois, l’histoire est un peu différente. »

Reprenant ce que Lione insinuait, Grand sillonnait son front.

« Ne me dis pas que ce gamin t’a convaincue de monter à bord ? »

Il avait l’air assez intelligent d’après ce que lui avait dit Lione, et Gran pensait qu’il y avait du vrai dans ses capacités. Mais même si Lione se portait garante de lui, du point de vue de Gran, c’était un gamin suspect qui était sorti de nulle part, et son rang E à la guilde n’aidait pas. Il ne pouvait pas faire confiance à un arriviste avec peu d’expérience au combat.

« On te paiera bien. »

Lione sourit à Grand avec un seul œil ouvert.

« Ne sois pas stupide… L’argent n’est pas le problème ici. »

« Qu’est-ce que c’est ? Un mercenaire me dit qu’il s’en fout de l’argent ? »

Gran secoua la tête. La somme offerte était certainement séduisante, mais cela ne voulait pas dire qu’il était prêt à plonger dans les flammes pour l’obtenir.

« Ce qui compte pour un mercenaire, c’est de savoir s’il peut faire confiance à son client, et si son client peut gagner la guerre… Comparé à cela, notre paiement n’a guère d’importance. Je ne devrais pas avoir besoin de te le dire, n’est-ce pas ? »

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4 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Il faudrait réécrire la phrase suivante :
    Gran était un homme d’une trentaine d’années ayant (approchant) la quarantaine

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