Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 9

***

Chapitre 2 : Complots enchevêtrés

Partie 9

La comtesse s’inquiétait pour lui du fond du cœur. Ils avaient été liés par ce qu’on appelait communément un mariage politique, mais la comtesse aimait profondément son mari, qui devait avoir quarante-trois ans cette année, et le comte Bergstone aimait sa femme tout aussi profondément en retour.

« Est-ce à cause des invités qui sont arrivés aujourd’hui ? »

Le comte allait bien ce matin-là, mais il s’était soudainement enfermé dans son bureau tout l’après-midi. Il serait tout à fait naturel de soupçonner qu’ils en soient la cause.

« Est-ce que… ça a quelque chose à voir avec le palais ? »

Remarquant le changement d’expression de son mari à sa question précédente, la comtesse s’avança.

En tant qu’épouse légitime d’un noble, elle n’était pas à l’abri des luttes de pouvoir à l’intérieur du pays, puisque les choix de son mari pouvaient décider du sort de la maison entière. Et c’était d’autant plus vrai lorsque ces luttes portaient sur le sort du pays dans son ensemble.

« Ma chère… »

Voyant l’attitude de son mari, la comtesse en était devenue convaincue.

« Ne sommes-nous pas mari et femme… ? Je ne pourrais peut-être pas t’aider, mais si je pouvais porter au moins une partie du fardeau, pourrais-tu me dire quel est le problème ? »

Le comte Bergstone ne pouvait s’empêcher d’être touché par les paroles sincères de sa femme. Peut-être qu’il voulait vraiment le dire à quelqu’un… peut-être qu’il était vraiment en conflit.

« Je ne connais peut-être rien en politique… »

Après que le comte Bergstone eut fait part de ses inquiétudes, la comtesse commença à lui donner une vision hésitante, mais claire de la question.

« Mais si tu soutiens sérieusement maintenant Son Altesse quand elle est la plus faible, je doute qu’elle te maltraite. »

Bien qu’elle prétende ne pas être bien informée sur la question, son opinion ne faisait pas honte à son rang dans la maison Bergstone. Mais même si ses paroles le rendaient heureux, le comte Bergstone secoua lentement la tête.

« Je le sais, bien sûr. Mais ce n’est pas le problème. La question est de savoir si Son Altesse peut gagner, même avec mon aide ! »

La comtesse le savait assez bien, cela allait sans dire. La faction de la princesse était la plus inférieure de toutes, et manquait de ressources humaines. C’était pourquoi le comte Bergstone gagnerait tant en cas de victoire. Mais c’était seulement s’ils gagnaient… S’ils perdaient, il perdrait tout. C’était cette peur qui avait lié et paralysé le cœur du comte.

Mais l’instant d’après, la comtesse déclara quelque chose qui lui ébranla le cœur.

« Alors, très cher… Ne devrais-tu pas la mener à la victoire ? »

Ces mots étaient trop imprévisibles pour le comte Bergstone. Et tandis que son mari se tenait là, gelé par la surprise, la comtesse commença à dire ce que son cœur croyait sincèrement.

« Tu es un homme talentueux. Depuis que je t’ai épousé, je n’ai jamais douté de tes talents… Je crois vraiment que tu es un homme digne d’assumer le destin du royaume de Rhoadseria. Et c’est pourquoi je ne veux pas te voir hésiter ! Reprends la confiance que tu avais avant ! Comme tu l’étais il y a douze ans, tu ne te serais jamais laissé chanceler ici ! Oui. Comme tu étais… »

Une colère qui s’était accumulée pendant de nombreuses années fit frissonner la comtesse.

« Comme j’étais… »

Regardant sa femme fixement, les larmes aux yeux, l’image de son ancien moi, débordant de confiance, fit surface dans l’esprit du comte Bergstone. Il y a douze ans, alors qu’il était encore dans la trentaine, il était l’un des personnages les plus influents de Rhoadseria. Un jeune homme politique d’une sagesse sans bornes, engagé avec assurance dans le commerce intérieur et même choisi pour être l’un des bureaucrates du palais.

Mais l’arrogance précédait la ruine. Et celui qui avait mis la vie du comte Bergstone, qui semblait se dérouler sans heurts, sur cette voie était son plus grand commanditaire et le père de sa femme, l’ancien premier ministre du royaume de Rhoadseria, le marquis Ernest. Celui-ci perdit dans une lutte politique contre le Seigneur Gelhart. En conséquence, ses territoires avaient été confisqués et sa famille avait été conduite au bord de l’extinction. La majorité de ses parents de sang avaient été exilés de Rhoadseria.

Les seuls vestiges de la lignée du marquis Ernest étaient la femme du comte Bergstone, qui s’était mariée dans sa famille, et sa sœur, qui s’était mariée avec un autre noble. Et avant qu’il ne s’en rende compte, le comte Bergstone fut expulsé du centre du pouvoir.

Ce n’était pas une question de talents du comte. Le simple fait qu’il ait épousé la fille d’un ancien adversaire politique l’avait mis dans les mauvaises grâces du Seigneur Gelhart. De plus, sa confiance en ses propres talents lui avait valu l’aversion du défunt roi Pharst II.

Il ne restait plus personne pour lui tendre la main. Finalement, après la perte de son beau-père qui lui servait de bailleur de fonds, et après que le roi le fuyait comme un néophyte stupide et pompeux, le comte Bergstone fut expulsé du palais et contraint de vivre une vie recluse sur son territoire.

Au cours des douze années qui avaient suivi, le comte Bergstone n’avait agi que pour protéger désespérément ses terres. Son entrée dans la faction neutre était simplement due au fait qu’il attendait que la tempête qui s’annonçait le dépasse. Il avait à cœur de se défendre. Et peu à peu, ça l’avait défait.

« Je n’aurais pas hésité là-dessus avant… »

Le visage du comte Bergstone était plein de vie.

Comme la comtesse l’avait dit, il y a douze ans, le comte Bergstone aurait pris le pari sans hésiter et aurait eu totalement confiance en ses capacités. Il n’était peut-être pas aussi talentueux qu’il le croyait, mais une chose est sûre, s’il ne le croyait pas, il resterait un perdant qui aurait perdu avant même que la bataille ne commence.

Qu’aurais-je fait dans cette position il y a douze ans ? Aurais-je même attendu que Meltina s’implique ? Non… Je ne le crois pas. J’aurais proposé mes services à la faction de la princesse et j’aurais aidé la princesse Lupis. On ne sait pas si la princesse peut gagner ? C’est absurde. Si je ne sais pas, je dois simplement m’assurer qu’elle gagne avec mon aide !

Les paroles de sa femme avaient effacé la rouille du cœur de l’homme qui n’avait été préoccupé que par sa défense pendant douze longues années. Et à ce moment-là, la flamme de l’ambition qui brûlait autrefois dans son cœur de jeune homme s’était ravivée.

« Si je me range du côté de la princesse Lupis, une grande gloire ou une défaite amère t’attendra. Et bien sûr, tu partageras mon destin… Es-tu toujours satisfaite de cette décision ? »

Bergstone le demanda à l’épouse qui l’avait accompagné toutes ces années une dernière fois. À ce moment-là, tout cela allait de soi, mais c’était quand même un geste d’affection envers sa femme.

« Oui. Même si ce chemin mène à la potence, je marcherai à tes côtés ! »

Et une fois qu’ils l’avaient décidé, le comte n’hésiterait plus. Il n’essaierait pas de juger s’il pouvait gagner ou non, parce qu’il avait déjà décidé d’utiliser tout son pouvoir pour aider à faire de la princesse Lupis la vraie chef du royaume de Rhoadseria.

« Je vais rencontrer Elnan tout de suite. Aide-moi à me préparer à partir. »

« Tout de suite ? » demanda la comtesse, perplexe.

Il avait déjà attendu douze ans, et il était un peu trop tard pour partir.

« Oui. Je vais reporter ma réponse au Seigneur Mikoshiba à demain, mais donner mon accord demain serait trop ennuyeux. »

Le comte Elnan Zeleph était un autre noble de la faction neutre noble dont les terres partageaient une frontière avec le comte Bergstone, c’était aussi l’homme qui avait épousé la sœur de la comtesse.

Le seul à mériter que je passe de la faction des nobles à la faction de la princesse serait le Seigneur Mikoshiba… Mais si j’attire Elnan dans la faction de la princesse, le mérite me reviendra. Et Elnan est mon beau-frère… C’est probablement le seul homme en qui je peux encore avoir confiance.

Ayant décidé de se ranger du côté de la faction de la princesse, son esprit regagna la finesse qu’il avait autrefois eue dans sa jeunesse. S’il changeait simplement de camp pour la faction de la princesse, le mérite en reviendrait entièrement à Ryoma Mikoshiba. Personne n’aurait tenu le comte Bergstone en haute estime pour avoir changé de camp.

Mais que se passerait-il s’il amenait un autre noble dans son camp au moment où il se joindrait à eux ? Tout le mérite reviendra au comte Bergstone. Donc s’il devait consolider sa position dans la faction de la princesse, il ne pouvait pas se permettre d’échouer.

« Fais tout tout ce que tu peux pour garder le Seigneur Mikoshiba ici ! Compris !? Ne les laisse pas partir avant mon retour ! »

« Oui, très cher. Fais attention en route ! »

Voyant le visage de son mari retrouver l’éclat des années passées, la comtesse inclina profondément la tête.

« Qu’est-ce que ça veut dire !? »

Le duc Furio Gelhart, Premier ministre du royaume de Rhoadseria et chef de la faction des nobles, frappa involontairement du poing sur la table en ébène de son bureau. Son équipe était censée avoir un avantage absolu sur ses adversaires, mais au cours des derniers jours, il avait reçu des rapports troublants les uns après les autres.

« Eh bien… »

« Eh bien, quoi ? Viens-en au fait. »

Craignant le mécontentement de son maître, l’aide de Gelhart hésita à parler, ce qui ne fit qu’attiser la colère du duc. C’était un homme de cinquante-six ans, le bon âge dans la vie d’un politicien. Les cheveux de Gelhart étaient d’une teinte blonde soigneusement peignée et striée de gris. La moustache soigneusement taillée sur ses lèvres impliquait sa nature névrosée. Il avait l’air à première vue d’un homme raffiné, mais l’expression enragée qu’il portait actuellement sur son visage effaçait toute trace de cet élégant visage.

Mais sa colère n’était pas due à un accès de folie. En fait, son assistant était tout aussi confus devant cette avalanche de nouvelles inattendues et troublantes. La seule chose dont ils étaient certains, c’était que les membres de la faction neutre avec laquelle ils avaient signé des accords secrets s’étaient tournés les uns après les autres vers l’ennemi au cours de la semaine dernière. Et alors qu’ils étaient pour la plupart des nobles de classe moyenne, ils avaient tous des terres lucratives sous leur contrôle.

Bien sûr, aussi lucratives soient-elles, leurs terres ne pouvaient pas égaler les siennes, ou celles des autres nobles qui formaient le noyau dur de la faction des nobles. Même le plus fort et le plus grand des nobles de classe moyenne, le comte Bergstone, ne pouvait enrôler qu’un millier de soldats et quelques douzaines de chevaliers. Peut-être pouvait-il ajouter des mercenaires au mélange. Quoi qu’il en soit, son armée ne pourrait compter qu’un millier d’hommes.

Mais même si un noble seul ne pouvait pas renverser le cours de la guerre, cela pourrait être problématique si ces nobles consolidaient leurs forces. Il y avait une parabole sur la façon dont, pendant la période des États en guerre du Japon, un conquérant du nom de Motonari Mori régna sur la région de Chugoku, et enseigna à son fils la légende des trois flèches. Bien qu’il soit douteux que cette histoire puisse vraiment être attribuée à Motonari, c’était une anecdote qui soulignait l’importance de l’unité.

Cette parabole n’avait qu’un seul sens : aussi petites soient-elles, elles pouvaient devenir une armée puissante si elles s’unissaient.

Bien sûr, étant un habitant de cette Terre, Gelhart n’aurait pas pu entendre parler de ce précepte Rearthien avant, mais il en avait compris le sens par lui-même, grâce à de nombreuses années d’expérience. C’est pour cette raison que le duc Gelhart avait fait preuve d’une grâce inhabituelle dans un complot contre les nobles neutres les plus influents. L’appât qu’il leur avait offert était la perspective d’étendre leurs territoires et de leur garantir des positions au sein du gouvernement une fois les combats terminés.

Le résultat avait été que les nombreux nobles qui étaient mécontents de la façon dont il les avait traités pendant longtemps s’étaient tournés vers lui avec une facilité presque comique. En fin de compte, la faction neutre n’était qu’un rassemblement de nobles qui avaient été chassés du centre du pouvoir, et qui étaient déconnectés de l’évolution des temps. S’ils en avaient la chance, ils se jetteraient à ses côtés, leurs yeux s’enflammeraient de cupidité, et manipuler de tels imbéciles pour atteindre ses fins était une affaire simple pour l’homme qui tenait la politique du Royaume de Rhoadseria sous son pouce.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

3 commentaires

  1. Merci pour le travail. Arrière plan de la situation de Bergstone bien décrit.

Laisser un commentaire