Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 8

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Chapitre 2 : Complots enchevêtrés

Partie 8

Il avait pris du retard, mais il demandait essentiellement comment la princesse Lupis le traiterait s’il se joignait à elle.

« Eh bien, voyons voir. Je pense que devenir ministre des Finances pourrait être une bonne offre pour vous, mais… »

Les paroles de Ryoma firent que les yeux du comte Bergstone s’assombrirent de déception. Quand on lui avait promis cette position, il était resté très attaché à cette idée. Les mots suivants de Ryoma, cependant, lui avaient redonné de la vigueur au visage.

« Si la princesse Lupis gagne cette guerre, la plus grosse partie de la faction de la noblesse sera probablement purgée au cours du processus… Ce qui signifiera naturellement que certains postes s’ouvriront. Et cela lui permettra aussi d’offrir certains territoires, auquel cas… vous comprenez ce dont je parle, non ? »

Le poison séduisant qui sortait des lèvres de Ryoma attaqua le cœur du comte Bergstone. En d’autres termes, si la faction de la princesse gagnait, la faction des nobles serait grandement diminuée, libérant les postes existants qui seraient remplis par ceux qui coopéraient avec elle. Et comme la princesse servait encore de symbole à la faction des chevaliers, du moins aux yeux du public, se joindre à elle à ce moment-là lui permettrait d’acquérir une position très forte dans sa faction.

De plus, comme l’ennemi était les nobles, les vaincre permettrait à la faction de la princesse de confisquer leurs terres, et le comte Bergstone serait autorisé à participer au partage du butin.

Ce n’est pas une mauvaise offre… C’est bien mieux que d’être utilisé et jeté comme un pion par la faction des nobles, et il pourrait leur faire payer de l’avoir humilié comme ça. Mais… tout ça en supposant que la princesse Lupis l’emporte sur la faction des nobles. Si elle ne peut pas, toute cette discussion serait… Dans ce cas, le fait d’être utilisé par la faction des nobles pourrait en fait être moins nocif.

Le cœur du comte Bergstone était déchiré entre l’avidité et l’instinct de survie.

« Seigneur Mikoshiba… Je suis désolé, mais j’aurai besoin de temps pour y réfléchir. »

« C’est assez raisonnable. Mais de combien de temps aurez-vous besoin ? Nous sommes nous-mêmes très pressés par le temps, donc nous ne sommes pas en mesure d’attendre des jours. »

Ryoma ne pensait pas que le comte Bergstone accepterait d’aider la princesse Lupis ici et maintenant. Du point de vue du comte, il s’agissait d’une décision majeure qui allait influencer le cours de sa vie. S’il avait accepté immédiatement, Ryoma ne lui ferait pas confiance.

Mais à l’inverse, il n’aurait pas supporté le fait qu’il mette trop de temps à se décider, car il devait aller tenter de persuader d’autres nobles neutres.

« J’aimerais que vous me donniez cette nuit pour réfléchir… Je vous donnerai ma réponse demain matin. Alors voulez-vous passer la nuit ici dans mon manoir ? »

« Très bien, alors. J’attendrai avec impatience que vous preniez une sage décision. »

Ryoma prit la main tendue du comte Bergstone et la serra fermement avec un sourire.

Meltina les regarda tous les deux en silence, saisie par une peur inexplicable envers Ryoma Mikoshiba.

« Oh, qu’est-ce que je vais faire… ? »

Après avoir reporté sa décision à demain, le comte Bergstone s’était enfermé dans son bureau, faisant les cent pas et se posant cette question encore et encore.

« Cet homme… Ce qu’il a dit est probablement vrai… Pourquoi ne l’avais-je pas réalisé quand la faction des nobles avait fait son offre… ? »

C’était sa plus grande lamentation. En y repensant, c’était une décision stupide, et aucun regret ne serait suffisant. Sa seule explication était que dix années de vie solitaire avaient émoussé son intellect autrefois aiguisé.

S’il était resté dans la faction neutre, il n’aurait eu aucun lien avec le conflit, quel que soit le camp qui l’aurait emporté. Rester neutre n’aurait peut-être pas augmenté le territoire de qui que ce soit ou permis son retour dans les affaires du palais, mais cela lui aurait permis de conserver le style de vie qu’il avait déjà. Mais il avait été égaré par de douces tentations et il s’était engagé du côté de la faction des nobles, ce qui lui laissait deux choix.

Voici ces choix : rester du côté de la faction des nobles sachant très bien qu’il servirait de pion, ou parier sur un retournement de situation et rejoindre la faction des chevaliers. Le retour à la neutralité serait impossible maintenant. S’il le faisait, une fois les combats terminés, le vainqueur lui infligerait de sévères sanctions.

Mais même s’il connaissait sa position, le comte Bergstone n’arrivait pas à prendre une décision. Et la plus grande raison était que les personnes qui avaient porté cette nouvelle à son attention étaient des émissaires de la faction de la princesse.

Bien qu’il ait été contraint de vivre dans l’isolement, le comte Bergstone avait gardé l’oreille ouverte sur les relations politiques du royaume en prévision du jour où il retrouverait une activité politique. Il savait donc que la princesse Lupis n’était pour l’instant qu’une figure de proue politique pour les chevaliers, et que le véritable pouvoir était entre les mains du général Albrecht.

« Cet homme est venu avec Dame Meltina… ce qui signifie qu’il est directement lié à la princesse Lupis. Ce qui veut dire que je ne suis pas invité dans la faction des chevaliers, mais dans celle de la princesse. »

La princesse Lupis resterait-elle une marionnette entre les mains du général Albrecht ? Quelle que soit sa décision, une fois la guerre avec la faction des nobles terminée, il y avait une chance qu’un autre combat éclate entre les factions des chevaliers et de la princesse. C’est ainsi qu’il avait été invité non seulement dans la faction la plus faible de cette guerre, mais aussi dans la faction la plus faible de celle-ci. Il était naturel que le comte Bergstone soit hésitant.

« Si je les soutiens, je devrai être prêt à tout perdre… »

Il faudrait qu’il soit résolu à mettre de côté son nom de famille, les richesses qu’il a accumulées au fil des ans et les territoires qu’il a accumulés jusqu’à ce jour.

« Le problème est de savoir si Son Altesse peut gagner… »

En fin de compte, tous les problèmes se résumaient à cette question. La faction de la princesse pourrait-elle gagner ? La loyauté du comte Bergstone envers la couronne n’était nullement faible, mais sa loyauté n’était pas si grande qu’il mettrait sa famille en danger. Il ne dirait pas que l’honneur et la loyauté sont dénués de sens, mais un homme ne peut pas vivre que de ces choses.

« Avant ça, je ne pensais pas que la faction de la princesse avait une chance de gagner… »

La méthode de Meltina pour amener les gens à leurs côtés était résolument simple : revendiquer la légitimité de la princesse Lupis en tant qu’héritière et faire appel à leur loyauté. Et même si c’était certainement des choses importantes, ce ne serait tout de même pas suffisant pour toucher le cœur des nobles de la faction neutre.

Et pourquoi donc ? Parce que quiconque accorderait une telle importance à sa loyauté au trône ou à la légitimité de la princesse n’aurait pas choisi de faire partie de la faction neutre pour commencer. Quiconque s’en soucierait serait venu offrir sa loyauté à la princesse Lupis bien avant que Meltina n’entre en scène pour les convaincre.

Ce que le comte Bergstone voulait savoir, c’était comment la princesse Lupis rembourserait sa loyauté, s’il décidait de l’aider. C’est ce qui comptait. Aider la princesse était une bonne chose, mais la mobilisation des troupes nécessitait du matériel et des rations, et tous les soldats qui avaient accompli des exploits impressionnants devaient recevoir les honneurs qui leur étaient dus. Même dans une société hiérarchique, les simples mots « bon travail » ne suffiraient pas.

Mais Meltina ne comprenait pas cela. Tout ce qu’elle avait fait, c’était de parler encore et encore de loyauté envers la princesse, comme un disque rayé. Il était impossible de faire bouger un noble qui n’avait pas une grande loyauté avec cela.

C’était pourquoi le comte Bergstone avait tourné le dos à la princesse. Si sa plus proche collaboratrice, Meltina, était incapable d’un tel niveau d’intelligence, il n’avait d’autre choix que de juger qu’aucune des personnes de son côté ne soit assez exceptionnelle.

En fin de compte, une faction n’était forte que dans la mesure de ses membres, et ce qui allait décider de la victoire, c’est quel camp avait le meilleur effectif.

Le comte Bergstone avait donc tourné le dos à la princesse Lupis et avait accepté avec joie l’invitation de la faction des nobles. N’importe qui aurait voulu se battre, s’il savait qu’il pourrait gagner, d’autant plus lorsqu’on lui offrait la récompense tentante d’étendre son territoire et de gagner du pouvoir.

Mais après la conversation d’aujourd’hui, le comte Bergstone ne savait plus quoi faire. Tout était dû à cet émissaire de la faction de la princesse qui était arrivé aujourd’hui, Ryoma Mikoshiba…

« Je ne sais pas qui est cet homme, mais… Il est intelligent. Peut-être un peu trop… »

Ryoma Mikoshiba. L’homme mystérieux qui était apparu dans la faction de la princesse. Faction qu’il avait cru dépourvue de tout individu sage et avant-gardiste.

Je ne l’ai rencontré qu’aujourd’hui, mais je peux dire avec une certaine confiance que son jugement et sa capacité à évaluer la situation sont assez fiables.

En peu de temps, il avait laissé une forte impression sur le cœur du comte Bergstone. Ses manières étaient bonnes et justes en termes de diplomatie, il avait déjà fait preuve de prouesses impressionnantes.

Ce qui signifiait que les nouvelles de la faction de la princesse pourraient bien s’être améliorées. La faction des nobles avait probablement tenté de séduire d’autres nobles neutres de la même manière qu’ils l’avaient tenté, mais après avoir entendu les paroles de cet homme, personne ne serait assez fou pour accepter leur offre. En d’autres termes, la possibilité de recruter les autres nobles neutres était certainement là.

Oui, avec Ryoma Mikoshiba à leurs côtés, la faction de la princesse allait prendre de l’ampleur, et il était parfaitement possible pour la princesse Lupis de devenir souveraine du royaume de Rhoadseria. Ainsi, le comte Bergstone était en conflit.

« Aaah... Que dois-je faire… ? »

Soudainement, quelqu’un frappa à la porte de son bureau. L’esprit du comte Bergstone, qui avait couru dans les méandres de pensées et de considérations, était immédiatement revenu à la surface.

« Monsieur ? »

La voix d’une de ses servantes amena son esprit conflictuel dans la réalité.

« Le dîner est prêt, et les invités sont déjà assis à la table. »

En regardant par la fenêtre, il s’aperçut que le soleil était déjà couché et qu’un voile d’obscurité couvrait la vue extérieure. Sa rencontre avec Ryoma s’était terminée un peu après une heure de l’après-midi, ce qui signifiait que le comte Bergstone avait passé cinq à six heures à se vautrer dans son bureau.

« Ah, oui… J’arrive tout de suite. »

Le comte Bergstone donna cette réponse succincte avant de corriger son apparence et de partir pour la salle à manger.

Après le dîner, la femme du comte Bergstone, la comtesse Bergstone, entra dans le bureau de son mari après qu’il se soit enfermé à nouveau.

« Oh, c’est toi… Je ne faisais que réfléchir. »

Le comte Bergstone sourit pour masquer sa fatigue et pressa sa femme à s’asseoir sur le canapé.

« Que fais-tu ici si tard le soir ? »

« Tu agissais bizarrement pendant le dîner, alors j’étais juste… S’est-il passé quelque chose ? »

Le poulet rôti qu’ils avaient servi pendant le dîner était le plat le plus prisé de la cuisine de Bergstone, mais contrairement à ses manières habituelles de faire bombance, le comte n’y avait guère touché. De son point de vue, ce n’était pas le moment de prendre un repas.

« Non… Tout va bien. Il n’y a rien dont tu devrais te préoccuper. »

Tout en serrant les épaules de sa femme, il essaya de l’apaiser avec un doux sourire.

Cependant, après avoir été mariée avec lui pendant autant d’années, elle pouvait facilement voir à travers l’ombre sombre qui planait sur le cœur de son mari.

« Non ! Ce n’est pas vrai. Nous sommes mariés depuis douze ans… Comment ne pas dire que quelque chose ne va pas chez toi !? »

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