Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 4

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Chapitre 2 : Complots enchevêtrés

Partie 4

Que la situation dégénère en conflit armé ou qu’une solution politique soit possible, cette question entraînerait un déclin considérable du pouvoir national de Rhoadseria. C’était, naturellement, une question qui pesait lourdement sur Lupis, qui était une prétendante au trône du pays.

« Dans ce cas, nous ne pouvons vous tenir responsable d’avoir combattu les chevaliers de notre royaume… » chuchota la princesse Lupis, plissant ses beaux sourcils bien entretenus.

Ils avaient dansé au son de fausses informations et avaient lancé une attaque contre de parfaits inconnus. Si l’on considérait ceux qui étaient en faute ici, il n’était guère juste de juger le camp de Ryoma pour les avoir tués. Elle devrait, à tout le moins, donner l’impression d’être magnanime en surface.

« Je suis humilié. Merci pour vos paroles généreuses, Votre Altesse, » dit Ryoma.

Il inclina la tête et fit une révérence.

En réalité, les membres du groupe de Ryoma étaient des victimes qui s’étaient impliquées contre leur gré et qui auraient pu s’indigner dans cette situation. Mais compte tenu de la différence de classe qui séparait un roturier et un membre de la royauté, et en tenant compte des relations futures, le fait d’être inutilement dominateur n’était pas une option.

Exiger que justice soit faite dans le respect de ses droits ne rapportait pas toujours le plus grand profit possible. Non, dans une société hiérarchisée et dans un monde sans aucune conception des droits de l’homme, les faibles qui réclamaient le respect de leurs droits finissaient par avoir la tête sur un piquet sans cérémonie.

« Vous n’avez pas besoin d’être aussi formel. »

Lupis sourit doucement en voyant l’attitude de Ryoma.

« Nous vous avons causé beaucoup de problèmes… Y a-t-il quelque chose que vous souhaitez ? »

Ses paroles étaient beaucoup plus magnanimes qu’on ne le croirait habituellement. Elle devait en effet être une personne amicale et gentille dans l’âme.

Ryoma fit semblant de réfléchir un instant aux paroles de Lupis. Il avait déjà tout décidé à l’avance, mais il avait déclaré que cela donnerait le change.

« Ce n’est pas vraiment un souhait en soi… Mais j’aimerais demander votre aide. »

Ryoma s’exprima avec un ton désolé.

« Vous parlez de l’offre dont vous avez discuté avec Mikhail? »

« Oui, exactement. »

L’expression de la princesse Lupis avait pris une tournure embarrassée aux mots de Ryoma. Étant donné sa position, elle aurait sûrement préféré ne plus s’impliquer avec Ryoma. Si possible, elle leur aurait simplement donné de l’argent et les aurait renvoyés immédiatement, car, en ce qui concerne les chevaliers qui avaient vu leurs amis tués par Ryoma, Ryoma était littéralement un ennemi.

« C’est une question sur laquelle je ne peux pas me prononcer en ce moment même… Vous comprenez sûrement pourquoi. »

Le regard approfondi de Lupis était fixé sur le visage de Ryoma.

Lupis demandait essentiellement à Ryoma s’il réalisait que, même si cela ne la dérangeait pas personnellement de s’unir à lui, l’acte causerait des troubles dans son camp et qu’elle ne pouvait pas se permettre de voir la faction des chevaliers s’effondrer sur elle-même avec la menace imminente d’un conflit contre la faction des nobles.

« Bien sûr, je suis bien conscient de votre position, Votre Altesse. »

Les yeux de Ryoma s’illuminèrent de volonté pure, se concentrant carrément sur les yeux de Lupis.

« Mais avec tout le respect que je vous dois, si vous choisissez de maintenir le statu quo, vous ne serez certainement jamais assise sur le trône. »

Il n’avait même pas le droit de douter de lui-même. Ryoma s’apprêtait maintenant à se battre.

« « « « Insolent imbécile ! Quelle position as-tu pour parler de la sorte, voyou !? » » » »

Et comme prévu, le public présent dans la salle s’était mis à hurler de colère.

Ces réactions étaient évidentes, étant donné qu’il avait fait cette provocation intentionnellement, mais la princesse et la femme à ses côtés n’avaient pas changé leurs expressions. Celui qui éleva la voix était un homme qui se tenait un pas sous le trône.

« Votre Altesse ! Ce voyou irrespectueux doit être exécuté sur le champ ! »

Un homme bien bâti, qui avait jeté un regard menaçant sur le fait que Mikhail avait été épargné par la princesse, lui adressa un regard suppliant, et ceux qui l’entouraient élevaient des voix unanimes en faveur d’elle. Leur orgueil ne supportait probablement pas d’être blessé par un roturier arrogant d’origine inconnue.

« Attendez, Général Albrecht. Ne devrions-nous pas d’abord entendre ce que Son Altesse a à dire ici ? »

« Qu’est-ce que tu dis, Meltina !? As-tu l’intention de prendre cette insulte et de ne rien dire ? Qu’est-il arrivé à ton honneur de chevalier Rhoadserien !? »

Je vois, c’est donc Meltina. L’assistante la plus proche de la princesse.

Ryoma inclina prudemment les oreilles, prêtant attention à la dispute entre Meltina et le général Albrecht.

« Attendez un instant. Cet homme ne nous a pas insultés spécifiquement ! Il a simplement donné son point de vue personnel sur la question ! Son ton était peut-être trop aiguisé pour être respectueux, en effet, mais l’exécuter serait beaucoup trop pénible. Cela ternirait la réputation de Sa Majesté. »

« Es-tu une imbécile ? L’homme a clairement dit que nous allions perdre ! Comment appellerais-tu ses mots si ce n’est pas une insulte aux chevaliers de Rhoadseria !? Si quelque chose pouvait ternir le nom de Sa Majesté, ce serait de laisser cet homme partir la vie sauve ! »

Les paroles de Meltina étaient raisonnables, mais ne servaient pas à apaiser les émotions des autres. C’était surtout dans des endroits comme ceux-ci que les émotions avaient tendance à être fortes et à obscurcir le meilleur jugement des gens qui s’accrochaient obstinément à leur honneur. Le général Albrecht en était un bel exemple.

Finalement, ce fut la princesse Lupis, qui s’était tue depuis que Ryoma avait dit ce qu’il avait à dire, qui mit fin à cette querelle inutile.

« Arrêtez tout de suite. Nous sommes en présence d’invités ! »

Le ton calme, mais clair de la princesse Lupis fit taire tout le monde. Ces invités étaient sans aucun doute Ryoma et ses camarades. Qu’elle les considérât ou non comme des invités, les paroles de Lupis leur avaient été suffisamment puissantes pour calmer tout le monde.

Réalisant peut-être à quel point cette chamaillerie leur donnait un air ridicule, surtout devant un homme qui venait d’être jugé humble et grossier, Meltina et le général Albrecht avait gardé la tête haute en silence.

« Pardonnez ce spectacle honteux… Moi aussi, je souhaite triompher de la faction des nobles en perdant le moins d’hommes possible. C’est la seule façon de défendre le peuple de notre pays… Peux-tu le faire ? »

Lupis avait finalement posé à Ryoma la question qu’il attendait avec impatience.

« Bien sûr. Je promets d’être à la hauteur de vos attentes, quoi qu’il arrive. »

Tandis qu’il disait cela, Ryoma inclina respectueusement la tête devant la princesse.

Son audience avec la princesse Lupis derrière lui, Ryoma avait été conduit seul dans une pièce au fond du château. Alors qu’un chambellan marchait devant lui, Ryoma se souvint de l’expression de haine dans les yeux du général alors qu’il partait.

On dirait qu’il me déteste. Je suppose que c’est logique. Je ne suis après tout qu’un roturier sortant de nulle part…

Il y avait certaines choses qu’il regrettait, si l’on se rappelait comment c’était déroulé l’audience. Il aurait souhaité rejoindre la faction des chevaliers d’une manière à ne pas déclencher tant de conflits. Cela dit, le regretter maintenant ne lui permettait pas de revenir en arrière.

Je suppose qu’avoir piqué l’intérêt de la princesse devrait être ma plus grande réussite ici…

En fait, Ryoma n’avait pas encore dit un mot à propos de sa volonté à rejoindre officiellement la faction des chevaliers. Ce qui était évident, étant donné qu’il n’avait aucune réussite à montrer. Il devra faire valoir ses mérites dans son prochain dialogue avec la princesse.

La bataille de Ryoma n’était pas encore terminée. Au contraire, le moment crucial était juste devant lui.

Le chambellan le conduisit devant ce qui était apparemment l’une des pièces personnelles utilisées par la princesse. Les rayons cramoisis de la lumière du crépuscule avaient peint la pièce en rouge à travers les rideaux de dentelle blanche.

« Merci d’avoir attendu. »

Peu après s’être assise sur le canapé, la princesse Lupis entra dans la chambre, accompagnée de Meltina.

« Non, je vous suis juste reconnaissante d’avoir accepté d’écouter ma requête déraisonnable, Votre Altesse. » dit Ryoma tout en se levant et inclinant profondément la tête.

Ils avaient décidé de discuter du reste en privé, parce que ce ne serait pas pratique dans la salle d’audience. C’était vrai pour Ryoma et la princesse, et les deux personnes avaient donc déplacé leur conversation dans cette pièce, où les yeux indiscrets ne les atteindraient pas. Ryoma était le seul appelé, pour des raisons de sécurité.

« Eh bien, vous n’avez pas besoin d’être si raide. Meltina et moi seules sommes ici, alors mettez-vous à l’aise. »

Il semblerait que la personnalité de Lupis ne soit pas très stricte.

« Oui. Dans ce cas, veuillez m’excuser. »

Après avoir vu la princesse Lupis et Meltina s’asseoir, Ryoma s’assit de nouveau sur le canapé.

« Commençons donc notre discussion. »

Meltina regarda les yeux de la princesse Lupis comme confirmation et se mit à parler.

« Je suppose que vous l’avez déjà remarqué, mais notre infériorité militaire est telle que peu importe le nombre de soldats qu’on nous donnera, ce ne sera probablement pas suffisant. »

Meltina alla droit au but, cela signifiait donc qu’ils n’étaient pas opposés à ce que Ryoma rejoigne la faction des chevaliers. Mais elle jeta ensuite un coup d’œil sur Ryoma qui lui fit comprendre qu’elle allait couper les choses ici.

« Cependant… »

« Vous ne pouvez pas ignorer les plaintes des familles et des amis des gens qu’on a tués ? »

Meltina hocha la tête en entendant les mots de Ryoma.

« Oui, c’est logique… Alors, quelles sont vos conditions ? »

« Que vous nous apportez assez de mérite pour compenser ça. »

Meltina répondit succinctement à la question de Ryoma.

Cependant, ce qu’elle avait dit pouvait avoir de nombreuses implications. Le but de Meltina était de s’assurer que Ryoma était une personne assez puissante pour tenir sa promesse.

« Je vois… donc vous voulez que je montre que j’ai plus de valeur que la simple puissance militaire. »

Lupis acquiesça profondément.

« Je suis sûre que vous le savez, mais si tout ce que nous voulions, c’était du pur potentiel de guerre, nous engagerions des mercenaires indépendants pour défendre notre cause. »

Il était vrai qu’il serait plus simple d’embaucher des mercenaires non apparentés qui n’avaient aucun enjeu dans le conflit auprès de la guilde que d’essayer de compenser une relation déjà aigrie. Cependant, Ryoma avait répondu sans la moindre hésitation.

« Dans ce cas, je pense que vous verrez que je suis une bien meilleure affaire, Votre Altesse. »

« Et pourquoi ça ? »

Meltina considérait les paroles confiantes de Ryoma avec un regard douteux.

« Parce que je vous apporterai la victoire. »

Entendant les paroles de Ryoma, un rire s’échappa des lèvres de la princesse Lupis.

« Vous êtes assez confiant, n’est-ce pas ? »

 

 

« Vous m’humiliez, Votre Altesse. Mais je ne mens pas. », dit Ryoma en inclinant respectueusement la tête.

Son attitude puait la courtoisie hypocrite, mais d’une manière ou d’une autre, Ryoma semblait terriblement convaincant.

« Nous ne pouvons pas vous croire en vous basant uniquement sur des mots. »

« Bien sûr que non, Votre Altesse. »

C’était évident. Si une prétendante au trône était du genre à le croire en se basant uniquement sur ce qu’il avait dit, Ryoma se considérerait comme étant dans de graves difficultés.

« Pouvez-vous alors le prouver ? »

Le ton de la princesse Lupis était paisible, mais ses yeux brûlaient avec l’intention meurtrière d’un animal sauvage.

Ryoma entendit dire que les nobles bavardaient souvent sur sa tendance à être trop gentille avec les roturiers, mais il semblerait qu’il y avait plus qu’une simple bonté naïve chez cette femme.

« Bien sûr… J’aimerais vous le prouver, mais je dois d’abord confirmer certaines choses, si ça ne vous dérange pas ? »

Jusqu’à présent, tout s’était déroulé comme prévu, mais c’était une tout autre histoire à partir de maintenant. Il avait eu l’impression que quelque chose n’allait pas dans la salle d’audience, et qu’elle avait compris quel était maintenant l’objectif principal pour Ryoma.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Avez-vous menti à son Altesse ? »

Avec une froide hostilité dans les yeux, Meltina prit les épées à sa taille.

Elle essaierait probablement de l’abattre là où il se tenait s’il donnait la mauvaise réponse.

« Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que je trouve une mesure pour résoudre la situation si je n’ai pas une bonne idée de ce qui se passe, n’est-ce pas ? Ou plutôt… Il y a quelques points que j’ai trouvés suspects dans la salle d’audience. La situation semblait assez différente de ce que Mikhail m’a dit plus tôt. J’espérais que vous pourriez m’expliquer les circonstances directement, Votre Altesse. »

L’explication de Ryoma poussa Meltina à poser un regard interrogateur à la princesse Lupis.

« Pouvez-vous expliquer ce qui vous a semblé suspect ? » demanda Lupis à Ryoma, en essayant de garder son sang-froid.

Elle ne voulait surtout pas montrer qu’elle était agitée dans un moment pareil. Mais à en juger par le mouvement agité de ses yeux, Ryoma s’était rendu compte que ses sentiments de suspicion n’étaient pas seulement dans sa tête.

« D’après ce que Mikhail m’a dit, c’est vous qui dirigez la faction des chevaliers, mais ce n’est pas si simple. »

Un frisson les avait parcourues toutes les deux lors quand Ryoma commença son explication.

« Pourquoi dites-vous ça ? » demanda Lupis en retour, essayant le plus possible de faire semblant d’être calme.

« Ce qui m’a le plus dérangé, c’est que lorsque vous avez pardonné la vie de Mikhail, les gens juste en dessous de vous ont fait des expressions plutôt amères. C’était juste l’espace d’un instant, mais je viens d’en avoir la certitude quand j’ai vu votre visage. »

Un lourd silence était tombé dans la pièce.

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2 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

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