Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 1 – Partie 8

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Chapitre 1 : Assaillant

Partie 8

« Je ne sais pas si je peux être beaucoup plus clair, mon ami… »

Tandis que Ryoma le dévisageait comme un professeur qui se plaindrait d’un mauvais élève, tous les autres présents hochèrent la tête en silence.

Ils avaient déjà vu ce qui se passait et ne faisaient que vérifier leurs réponses à ce stade.

« Eh bien, disons les choses ainsi : tu as évidemment été dupé par la faction des nobles. »

Même si Ryoma l’avait expliqué de la manière la plus succincte possible, l’esprit de Mikhail refusa de l’accepter.

« C’est… absurde ! Vous ne me tromperez pas ! »

« Dis que c’est absurde tant que tu le veux, mais… »

Ryoma haussa les épaules, Mikhail refusant de l’écouter.

« Eh bien, calme-toi pour l’instant. Revoyons les choses une dernière fois, du début à la fin. »

Pendant qu’il parlait, Laura se tenait devant Mikhail.

« Commençons par mettre une chose au clair. Ce n’est pas la fille que tu cherches. »

« Vous mentez ! »

Le cri sanglant de Mikhaïl résonna dans les bois.

Si Ryoma avait raison, le but de ce raid était nul et non avenu. Il aurait mené cette contre-attaque et sacrifié ses hommes pour rien. Ce sentiment stimula le cœur de Mikhail.

« Pour commencer, pensais-tu que Laura était la fille illégitime du roi Rhoadseria à cause de ses cheveux argentés ? »

« C’est vrai ! C’est une adolescente aux cheveux argentés ! », affirma Mikhaïl d’une voix râpeuse, alors qu’il effaçait la faible suspicion dans son cœur.

« Laura est une adolescente aux cheveux argentés, mais… OK, laisse-moi te demander ça à la place. Ce sont les seuls attributs physiques pour identifier la fille illégitime ? »

La question de Ryoma fit réfléchir Mikhail.

Les cheveux argentés sont rares sur ce continent, et elle a aussi le bon âge.

« C’est vrai ! C’est la seule preuve dont j’ai besoin ! »

L’attribut visuel le plus frappant des membres de la royauté de Rhoadseria était leurs beaux cheveux argentés. Bien sûr, cela ne signifiait pas que tous ceux qui avaient les cheveux argentés devaient appartenir à la lignée royale de Rhoadseria, mais tous ceux qui en faisaient parti avaient bien cette couleur de cheveux. C’était ce qui avait permis à Mikhail de continuer.

« … Je suis désolé, mais tu es plutôt stupide… »

Ryoma répondit à Mikhail avec une expression perplexe. « Je suis sûr qu’il y a plein d’adolescentes aux cheveux argentés sur ce continent. »

« Si quelqu’un est l’imbécile ici, c’est vous ! Nous ne cherchons pas n’importe quelle fille aux cheveux argentés, mais une qui tente de voyager de Pherzaad à Rhoadseria à cette époque de l’année ! Pensez-vous honnêtement qu’une fille qui remplirait toutes les autres exigences se trouverait ici, en ce moment !? »

Le visage de Mikhaïl était couvert d’un sourire.

C’est ça ! Une fille aux cheveux argentés ne se trouverait pas dans cet endroit à cette époque par pure coïncidence ! Je ne sais pas où cet homme veut en venir, mais je ne me laisserai pas berner !

L’information qui l’avait conduit à ce raid avait été fournie par l’un de ses collègues de la faction des chevaliers. Bien sûr, Mikhaïl savait que tous les membres de la faction des chevaliers n’étaient pas nécessairement de son côté, mais ils étaient tous unis dans leur antagonisme envers la faction des nobles. Même si ce n’était pas le cas, ils ne penseraient pas que Mikhail, qui malgré un certain manque de prudence, et qui recevait encore une éducation de chevalier de haut rang, aurait si facilement recours à l’assassinat.

« C’est vrai, cette probabilité est extrêmement faible. », dit Ryoma, regardant avec pitié le regard convaincu de Mikhail.

« Non, pour être honnête, c’est probablement plus proche de zéro. Et si une de ces filles passait par ici délibérément ? »

« Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? »

Incapable de comprendre le sens des mots de Ryoma, l’expression de Mikhail était remplie de doutes.

« Ce que je veux dire par là, c’est qu’un groupe de personnes qui n’ont rien à voir avec ça, c’est-à-dire nous, avons été envoyées de Pherzaad à Rhoadseria sur une demande arbitraire, et cette information a été divulguée intentionnellement à la faction des chevaliers. Et bien sûr, être désavantagé signifie que la faction des chevaliers devrait sauter sur l’occasion de sortir de l’impasse pendant qu’ils introduisaient en toute sécurité le véritable enfant illégitime dans le pays. Qu’en dis-tu ? Je ne pense pas que ce soit si dur que ça de t’embrouiller la tête. Au contraire, je me demanderais si les gens qui t’ont donné cette information ne sont pas de mèche avec la faction des nobles. »

Pendant que Ryoma parlait, l’expression fière et exaltée de Mikhail se figea progressivement.

« Ça ne peut pas être… »

Tandis que ces mots sortaient de ses lèvres, Ryoma secoua la tête et continua à parler.

« Si tu me le demandes, quelqu’un de la faction des chevaliers ayant ce genre d’aperçu de ce que fait la faction des nobles est assez suspect. »

Tout le monde s’était étonné de ces mots.

« Cette fille illégitime est un atout irremplaçable pour la faction des nobles. S’ils pouvaient la faire entrer clandestinement dans le pays, ils prendraient tous les moyens à leur disposition pour tout planifier méticuleusement et feraient preuve de toute la prudence possible pour s’assurer que l’information ne fuit pas. Et pourtant, il y a quand même eu une fuite dans la faction des chevaliers. »

Ryoma arrêta alors de parler et regarda autour de lui tout le monde présent, comme s’ils s’assuraient qu’ils comprenaient ce qu’il voulait dire.

« Alors ils l’ont fait exprès ? C’est ça, mon garçon ? », demanda Lione, et Ryoma répondit d’un signe de tête silencieux.

« Effectivement, si tu y réfléchis raisonnablement, c’est à ça que cela se résume. De plus, il semblerait que la faction des nobles a mis Wallace dans leur poche et l’a poussé à engager des mercenaires. À savoir, une fille mercenaire aux cheveux argentés alors qu’elle est encore dans son adolescence. »

« Et c’est… c’est moi. », dit Laura.

Ryoma acquiesça à ses mots.

« Mais Wallace est un chef de guilde. Agirait-il vraiment d’une manière si risquée ? », demanda Sara avec hésitation.

La guilde prônait la neutralité. S’ils n’avaient pas la confiance absolue de leurs clients et des mercenaires, ils ne seraient pas en mesure de gérer les demandes comme ils le faisaient. De ce point de vue, les actions de Wallace étaient extrêmement inappropriées. Il avait rassemblé des gens sous prétexte de garder une caravane, et avait l’intention de les utiliser comme appâts sans leur consentement.

Le risque que Wallace ne s’en rende pas compte n’était pas nul, et Laura avait mentionné cette possibilité. Mais Ryoma secoua la tête dans le déni.

« Non, les chances que Wallace ne soit pas lié à ça sont minces. Après tout, nous avons dû accepter ce travail à cause d’une demande obligatoire. »

Ryoma tourna alors la conversation vers Lione, qui se tenait à côté de lui.

« Laisse-moi te demander aussi, Lione. Les demandes obligatoires ne sont-elles pas réservées aux aventuriers de haut rang... Plus précisément, les personnes ayant un rang égal ou supérieur à B ? Et ça ne s’applique qu’aux demandes très urgentes, si je ne me trompe pas ? »

« Oui, c’est écrit dans le protocole de la guilde. »

Lione fit un léger signe de tête à la question de Ryoma.

« Par conséquent, il n’y avait aucune raison de nous forcer à faire cette demande. Selon toute vraisemblance… Il cherchait une mercenaire aux cheveux argentés, adolescente, et n’a trouvé que Laura. Il comptait alors sur notre inexpérience et il nous a fait croire que c’était une demande obligatoire afin de nous forcer à l’accepter. Il fallait que l’on meure dans le raid des chevaliers, et c’est tout. Au cas où nous aurions survécu, nous ne soupçonnerions pas les marchands de la caravane, ou plutôt, les soldats de la faction des nobles déguisés en marchands, qui allaient nous achever. Il n’y aura donc aucun témoin. »

En écoutant l’explication de Ryoma, l’image de l’incident avait été reconstituée dans l’esprit de tous. Les chariots de la caravane étaient tous vides parce qu’ils savaient qu’une attaque se préparait. Les callosités sur les mains des marchands et leur physique tonique étaient dues au fait que c’était des chevaliers et soldats déguisés. Seul le groupe de Ryoma avait obtenu un carrosse à auvent, afin de faire croire à Mikhail et à ses hommes que l’enfant illégitime se trouvait là-dedans. Et la formation avait été mise en place de façon à bloquer le chemin de Ryoma une fois qu’ils allaient être attaqués, pour s’assurer qu’ils seraient tués.

Tous ces facteurs apparemment contre nature s’étaient réunis pour former une seule conclusion.

« Impossible… C’est beaucoup trop… » Des mots de regret échappèrent aux lèvres de Mikhail lorsqu’il entendit le raisonnement de Ryoma.

« Mais ça voudrait dire qu’il nous a dupés… Non… Mais, dans ce cas… »

La personne dont parlait Mikhail était probablement la personne de la faction des chevaliers qui lui avait fourni les informations sur la faction des nobles. Alors que Mikhail était assis là, dévasté, Ryoma lui fit une proposition.

« Inutile de se lamenter autant. »

Mikhail leva la tête impuissant, son regard était interrogateur.

« Nous avons tous été piégés par la faction des nobles, donc c’est aussi maintenant un peu notre problème. »

C’était évident. Cette demande était censée être une escorte pour une caravane, et aussi fausse soit-elle, elle existait toujours dans les dossiers de la guilde. Ryoma avait attaqué les voitures des marchands, même si c’était le seul moyen de s’en sortir vivant, et avait fui l’attaque, laissant les marchands derrière lui.

Si l’on regardait la situation au niveau de la surface, Ryoma et son groupe étaient des lâches méprisables qui avaient abandonné leurs fonctions de garde et avaient tué les marchands pour s’échapper. Pire encore, si Wallace prétendait que le raid était une attaque de bandits, il serait très facile de donner l’impression qu’ils avaient été soudoyés pour vendre leurs employeurs.

Et le pire, c’est qu’ils n’avaient aucun moyen d’empêcher Wallace de le faire. Après tout, tout ce que Ryoma avait dit était une conjecture basée sur des preuves circonstancielles. Même s’ils utilisaient Mikhail comme témoin, il n’y avait aucune chance qu’il témoigne honnêtement, car tout cet incident était une tache sur l’honneur de la faction des chevaliers.

Et au final, c’était le chef de guilde, Wallace, qui déciderait de ce qui était réellement arrivé. Il va sans dire que dire à la personne qui les avait dupés qu’il les avait piégés ne les sortirait pas de ce pétrin.

De plus, dépendre des autres chefs de guilde alors qu’ils n’avaient aucune preuve à l’appui de leurs affirmations n’était pas une bonne main à jouer. Pherzaad était le plus grand port de commerce de Myest, et puisqu’il avait été nommé chef de guilde de cette ville, le pouvoir de Wallace au sein de la guilde était probablement considérable. Qui serait résolu à poursuivre la vérité contre cet homme lorsque celui-ci était placé dans une position aussi inférieure ? Et qui aurait pu dire si une telle personne pouvait même être convaincue d’aider Ryoma ?

« Alors, qu’en dis-tu, Mikhail ? Veux-tu coopérer avec nous ? »

Les paroles de Ryoma n’avaient incité aucun de ses compagnons à changer d’expression. Parce qu’ils s’étaient tous rendu compte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de s’accrocher à cette dernière lueur d’espoir qu’était la sagesse de Ryoma…

Ce jour-là allait changer le destin du royaume de Rhoadseria.

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4 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Partie de billard a trois bandes 😈

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