Wortenia Senki – Tome 2 – Chapitre 1 – Partie 7

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Chapitre 1 : Assaillant

Partie 7

« C’est là que se trouve ton malentendu. Permets-moi de confirmer quelques points pour l’instant, Mikhail. Nous pouvons répondre à tous tes doutes qui subsisteront après ça. »

Le jeune homme marcha derrière Mikhail et posa un doigt sur la nuque.

« … Qu’est-ce que tu fais ? »

Le visage de Mikhail était déformé par la peur refoulée.

« Pas grand-chose, juste un peu de charme. Cela ne te fera pas de mal, tu peux donc te détendre… Cette gentille fille va te poser quelques questions, alors réponds-y le plus simplement possible. »

Le jeune homme lui adressa un sourire agréable et fit signe à une fille blonde. Celle-ci hocha la tête et s’approcha de Mikhail.

« Maintenant, permets-moi de te poser quelques questions. Tu es affilié à la garde royale du royaume de Rhoadseria, exact ? »

Mikhaïl détourna son visage d’elle en silence en entendant cette question. Il n’avait aucune intention de confirmer ou de nier quoi que ce soit.

« Le motif de ton attaque contre la caravane était-il lié à la dispute successorale sur le trône rhoadsérien ? »

Silence.

« As-tu comploté ce raid pour défendre la princesse ? »

Silence.

« Es-tu affilié à la faction des chevaliers, es-tu actuellement opposé à la faction des nobles ? »

Silence.

« La faction des nobles a-t-elle tenté d’interrompre la succession de la première princesse après le décès du roi de Rhoadseria ? »

Silence.

« La faction des nobles essaie-t-elle d’utiliser l’existence de la volonté de feu le roi pour soutenir une enfant illégitime comme princesse et héritière du trône ? »

Silence.

Mikhail avait tenu sa langue face à la série de questions que la fille blonde lui avait posées. Aucune n’avait été niée ni confirmée par ses lèvres.

Bordel de merde… Ces traîtres… Qu’est-ce qu’ils veulent dire, en disant ce qui est évident comme ça… ?

Alors que la colère montait dans son cœur et le faisait frissonner de rage, Mikhaïl envoya un regard haineux dans la direction du jeune homme.

« Qu’est-ce qu’on va faire de lui maintenant ? » demanda la fille blonde au jeune homme.

L’expression sur le visage de la jeune fille disait qu’elle en avait déjà assez du silence insistant de Mikhail.

« On dirait qu’il n’est pas trop pressé de nous répondre en ce moment. Je suppose que je ne peux pas lui en vouloir… »

Mais contrairement à la perplexité de la jeune fille, le visage du jeune homme ne semblait pas particulièrement dérangé.

« Laura, avance. »

Se conformant aux paroles du jeune homme, Laura s’avança, ses cheveux argentés et scintillants se balançaient. La blonde posa sa dernière question.

 

 

« Ma dernière question, alors. C’est elle que vous tentiez de tuer ? »

Le cœur de Mikhail battait rapidement et sauvagement. Les doigts de Ryoma avaient incontestablement détecté son pouls s’accélérant à cette question.

« En plein dans le mille… » chuchota Ryoma tout en retirant ses doigts du cou de Mikhail.

C’était donc l’intrigue que Wallace Heinkel, de la guilde de Pherzaad, avait préparée, et la raison de ce raid.

La vérité n’avait pas nécessairement besoin d’être exprimée en mots, un silence insistant comme celui de Mikhaïl pourrait en dire tout autant. Plus il essayait d’étouffer son expression, plus ceux qui l’entouraient étaient capables de lire dans ses sentiments. Et cela ne se limitait pas seulement à Ryoma, mais aussi à Lione et aux autres qui veillaient sur la scène.

« Je vois… Ce bâtard visqueux de Wallace… Il nous a utilisés comme appât, il l’a fait… »

Des mots souillés de vitriol glissèrent des lèvres de Lione.

Grâce aux prédictions de Ryoma, le groupe de mercenaires du Lion cramoisi n’avait pas eu de victimes, mais de nombreuses personnes avaient été blessées lors du raid. Bien que la plupart des blessures n’avaient pas été graves, ces observations n’avaient été possibles qu’avec le recul. Ils n’avaient subi que peu de dommages parce qu’ils avaient été préparés. Si Ryoma n’avait pas été là pour faire sa prédiction, ou si Lione ne l’avait pas prise au sérieux…

Tout cela était hypothétique, bien sûr, mais il n’y aurait pas été surprenant si ce raid avait fait de grandes victimes du côté du Lion cramoisi.

À en juger par les circonstances de la façon dont le groupe de Ryoma avait obtenu leur demande et l’attitude de Mikhail, il était clair que le chef de guilde Wallace était impliqué d’une manière ou d’une autre dans le raid. Il s’agissait d’une trahison de la part de la guilde, qui s’était présentée comme neutre. Et cette trahison avait fait monter la haine dans le cœur de Lione, en proportion égale à la confiance qu’elle lui accordait autrefois.

« Je pense qu’on peut dire que ce fils de pute de Wallace nous a dupés, » dit Ryoma en faisant signe qui fit que monde sauf à Mikhail avait hoché la tête.

« Cependant, la prochaine question est de savoir ce qui vient après. Qu’est-ce qu’on fait… ? »

« Et si on faisait un rapport à une guilde d’une autre ville ? »

Boltz répondit au murmure de Ryoma par un ton hésitant.

« Non, je pense que c’est une mauvaise idée. Ce tas de merde nous a fait un sacré coup, mais on n’a pas de preuves. Si on va rapporter ça à un autre chef de guilde et qu’ils demandent des preuves, on n’aura rien pour le prouver. »

Ryoma acquiesça d’un signe de tête, en accord avec l’objection de Lione. Ils avaient peut-être été piégés, mais ils n’avaient pas pu le prouver. Même si une personne était jugée pour de fausses accusations, on obtiendra toujours le même verdict : la perte du procès. Ce qui importait au tribunal, ce n’était pas la vérité ou même la justice, tout dépendait de la capacité du juge à obtenir le verdict qu’il souhaitait.

Et le plus grand problème de Ryoma résidait dans son incapacité à prouver leur innocence. Sans aucune preuve physique, toute tentative d’inculpation de Wallace se terminerait par un simulacre de mutisme. Dans le pire des cas, il les accuserait de fausses accusations.

Boltz lui-même ne semblait pas considérer sa proposition comme réaliste, et ne semblait pas être tout à fait confiant en elle. Un air oppressant leur tombait dessus, comme s’ils tâtonnaient dans un brouillard qui obscurcissait leur vue dans toutes les directions, où s’ils faisaient un faux pas, ils finiraient morts.

C’était pour cette raison que tout le monde doutait de ses oreilles lorsque Ryoma prononça ce qui semblait être des paroles optimistes.

« Eh bien… Il y a un moyen de s’en sortir. »

« Es-tu sérieux !? »

Lione regarda Ryoma avec un regard accrocheur tout en souriant doucement.

Bien qu’elle ait vraiment souhaité une issue, une partie de son cœur doutait naturellement que quelque chose d’aussi commode puisse être vrai. Boltz, qui se tenait à ses côtés, semblait ressentir la même chose. Mais même avec leurs regards inquiets qui s’accrochaient à lui, le visage de Ryoma restait calme.

« Oui. Je veux dire, nous venons de mettre la main sur un pion utile, » dit Ryoma en souriant tout en jetant un regard significatif dans la direction de Mikhail.

« Qu’est-ce que vous dites !? »

En entendant les paroles de Ryoma, Mikhail rompit son silence et éleva la voix.

Si l’on considérait le fait qu’il ne fallait donner aucune information à ses ennemis, c’était une mauvaise décision, mais ces règles n’avaient aucun sens pour Mikhail en ce moment. Si seulement il avait tué la fille aux cheveux argentés devant lui, cette Laura, tout se serait bien passé. C’était du moins la vérité absolue pour ceux qui appartenaient à la faction des chevaliers.

Deux mois s’étaient écoulés depuis le décès du roi de Rhoadseria, et ce rapport était parvenu aux oreilles de la première princesse Lupis, qui s’efforçait d’hériter du trône. Ce rapport était venu comme un éclair du jour au lendemain pour la faction des chevaliers. Une fille qui était prétendument héritière du sang du roi Pharst II de Rhoadseria était apparue dans leur pays voisin, Myest.

Il n’était pas du tout un cas inhabituel d’avoir des enfants illégitimes. Plus la classe dirigeante devenait forte, plus son sang devenait précieux, ce qui paraissait peut-être naturel quand sa lignée était ce qui déciderait de la légitimité de son pouvoir. En tant que tels, les dirigeants avaient produit beaucoup d’enfants, afin d’éviter que leur lignée sanguine ne s’éteigne. Ils avaient beaucoup d’épouses et de concubines, et parfois même violaient les filles de roturiers sur un coup de tête.

Et le résultat de tels actes était des enfants illégitimes. Dans ce cas, l’existence d’un enfant illégitime n’aurait pas été une telle surprise en soi. Mais le moment de sa découverte était bien trop mal choisi. Le fait que l’on annonçait son existence que maintenant, quand l’ancien roi était décédé et que le trône était resté vide, et qu’en plus on prétendait qu’elle était l’héritière légitime du trône de Rhoadseria…

Lorsque le rapport était arrivé dans la capitale, tout le monde l’avait simplement rejeté comme « impossible » et « absurde », et ne s’en était pas soucié. Mais alors qu’ils pensaient que les rumeurs allaient disparaître, elles commencèrent à se répandre dans le royaume comme une traînée de poudre en un clin d’œil. Et peu de temps après, les rumeurs avaient commencé à prendre une tournure plus réaliste.

Le duc Gelhart, chef de la faction des nobles, annonça à tous Rhoadseria qu’il soutiendrait cette enfant illégitime en tant qu’héritière, et avait montré au public un testament supposé laissé par le défunt roi… Au début, tout le monde dans le royaume soupçonnait un faux. Le moment était tout simplement trop propice.

Mais malgré le manque d’authenticité de ce testament, elle avait soutenu le droit au trône de l’enfant illégitime et avait divisé le royaume de Rhoadseria en deux. La princesse Lupis occupait en même temps le poste de commandant de la garde royale et, à ce titre, entretenait des relations étroites avec la faction des chevaliers. En raison de cela, et de son manque d’implication dans les affaires politiques, elle avait peu de liens avec la faction des nobles.

Ainsi, le duc Gelhart, chef de la faction des nobles, déclara son soutien à l’héritière illégitime, transformant l’équilibre politique de Rhoadseria d’un état d’opposition de 30 % à la faction des chevaliers, 40 % à la faction des nobles et 30 % à la faction neutre.

Fondamentalement, la faction des chevaliers était un groupe d’hommes militaires, un groupe puissant avec beaucoup de prouesses martiales, mais inadaptées à la politique. Ils luttaient pour amener la faction neutre à leurs côtés. De l’autre côté du spectre, la faction des nobles n’avait pas la puissance militaire des chevaliers, mais était de loin supérieure à eux en termes d’expérience politique. Ils faisaient des efforts pour amener la faction neutre de leur côté, et en effet, beaucoup des nobles neutres avaient effectivement changé de camp.

Tandis que la faction des chevaliers se trouvait dans cette situation difficile, de bonnes nouvelles arrivèrent, annonçant que l’héritière illégitime s’était déplacée de Myest aux frontières de Rhoadseria.

Ayant appris cela, la faction des chevaliers se moqua de l’imprudence des nobles. Permettre la fuite de telles informations importantes concernant le transfert de leur précieuse bannière était la preuve que la faction des nobles avait plusieurs factions en son sein… Si la jeune fille devait être éliminée avant d’atteindre Rhoadseria, tout reviendrait à la normale, la faction neutre des nobles revenant à leur position antérieure.

Et même s’il était vrai que cette information était transmise de toute urgence et que devoir faire assaut dans un pays voisin signifiait qu’ils devaient se débrouiller avec des effectifs limités, Mikhail ne pouvait laisser passer cette occasion en or. Même si cela signifiait ignorer les souhaits de sa Dame, qui était opposée à l’assassinat…

Mais contrairement à la détermination de Mikhail, tous les regards de ceux qui l’entouraient étaient des regards de pitié et de moquerie.

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4 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre.

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