Wortenia Senki – Tome 1 – Chapitre 1

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Convocation

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Convocation

Partie 1

Le soleil matinal ne faisait que commencer à apparaître de l’autre côté de l’horizon. Dans le jardin d’un certain domaine du quartier Suginami de Tokyo, deux hommes se faisaient face, avec une épée à la main.

« Dépêche-toi et viens vers moi ! ». Le cri d’un homme en colère résonnait dans les locaux, s’opposant au silence habituel d’un quartier résidentiel à l’aube.

Cependant, ce domaine était spacieux. Des bosquets de bambous poussant dans la cour et des murs en mortier séparaient ce domaine du reste du quartier. Peut-être en raison de cela, aucune personne n’était là pour assister à leur entraînement.

La source de ce cri était un vieil homme. Il avait les cheveux blancs attachés au dos. Il mesurait environ 170 centimètres. La poitrine épaisse qui jaillissait de la fente de sa tenue de kendo était finement façonnée et divisée en un six-pack bien défini. Son bras était épais et musclé, et il tenait un katana incurvé de 63 centimètres de long.

Sans les rides gravées sur son visage et ses cheveux blanchis, personne n’aurait jamais pu deviner que c’était un vieil homme. Son corps était si bien formé et entraîné. Et pour couronner le tout, son regard avait un reflet vif. C’était le genre de lueur qui ferait sourciller le commun des mortels.

La combinaison de ses traits, de son physique, de l’éclat de ses yeux et de la lueur de l’ensemble, le katana parfaitement entretenu dans ses mains, donnait à ce vieil homme une silhouette qui frapperait de stupeur et de terreur tout homme qui poserait les yeux sur lui.

Mais l’expression du jeune homme qui lui faisait face n’était pas obscurcie par le doute ou l’hésitation. Au contraire, il semblait apprécier cette situation.

« Grand-père, si je viens vers toi avec une épée non gainée, tu vas mourir ! Ce n’est pas comme si ça m’importait beaucoup, mais avoir affaire à la police serait une vraie plaie. »

Tandis que le jeune homme parlait, ses lèvres se recouvraient d’un sourire provocateur. Mais ce n’était pas du bluff. Il n’avait vraiment et honnêtement pas peur de l’aura menaçante du vieil homme ni de l’épée se trouvant dans ses mains.

Ce jeune homme taquin mesurait plus de 190 cm, et pouvait même atteindre deux mètres. Les muscles qui ornaient son corps étaient tout aussi toniques que ceux du vieil homme qui se tenait en face de lui. Au contraire, son corps plus jeune semblait encore plus souple et puissant.

Compte tenu de sa taille et de son armure de muscles, le poids de ce jeune homme dépassait sans doute les 100 kg. C’était un véritable Goliath, orné d’un corps aussi éloigné que possible du physique japonais ordinaire.

S’il avait aussi eu un visage vicieux, personne n’oserait s’approcher de ce jeune homme. Mais peut-être qu’en raison de sa bonne éducation, il avait été béni d’un comportement doux et amical, et d’un visage qui dégageait une certaine sérénité, qui mettait les gens autour de lui à l’aise.

 

 

« Hmph. Tu te crois capable de me tuer ? »

Le vieil homme considérait les paroles du plus jeune avec mépris.

Mais le mépris ne se limitait qu’à ses paroles. Il croyait sûrement aux capacités du jeune homme, et il y avait de la chaleur dans le regard aiguisé du vieil homme.

« Qui sait ? », dit le jeune homme en regardant l’aîné d’un regard interrogateur.

« J’ai fait beaucoup d’entraînement, il est temps que tu ne bloques plus mon épée afin que je puisse te faire passer de la vie à trépas. »

« Ton épée, hein ? Eh bien, si ce moment arrive, je te demanderai pardon pour t’avoir fait subir toutes ses séances d’entraînement, et tu pourras même avoir tout mon héritage. »

Souriant de manière satisfaite à la suite des propos du garçon, le vieil homme avait saisi son katana des deux mains, le tenant dans une position à la hauteur des yeux.

« Papy, si tu mourais, alors qui donc pourrait se tenir face à moi durant l’entraînement matinal ? »

Souriant aux paroles du vieil homme, le jeune avait adopté une position similaire avec son propre katana, dont la longueur totale était de 90 cm.

« Ton héritage est une récompense tentante ! »

Après s’être échangé des insultes, ils jetèrent un coup d’œil sur chaque partie du corps de l’autre. Dans leur état actuel, quel que soit l’endroit où l’un regardait l’autre, il ne pourrait pas se concentrer. C’était presque comme si l’air entre eux était gelé. Il ne restait plus aucune trace de l’atmosphère amicale et intime qui les unissait.

Une véritable intention meurtrière émanait de leurs deux corps. Rien d’autre que la volonté de tuer l’autre n’existait entre eux.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaah! »

« Gaaaaaaaaaaaaaaaah! »

Ils expirèrent tous les deux en même temps et la soif de sang qui avait atteint son zénith se répandit. Toute personne ordinaire serait devenue immobile, balayée par un tel désir de tuer.

Les deux personnes se croisèrent, et le bruit de l’acier s’opposant à celui de l’acier retentit au moment de leur rencontre. Une brève pluie d’étincelles dansait dans la forêt de bambous.

Traversant les deux mètres qui les séparaient en un clin d’œil, les deux individus échangèrent de position, tenant une fois de plus leurs lames à hauteur des yeux.

« Espèce de petit morveux de merde ! »

Le vieil homme regarda le garçon avec fureur.

« Tu t’en es pris à ma gorge après t’être mis en position médiane ! »

Toute discussion sur la transmission de son héritage semblait avoir été complètement oubliée à ce moment-là. La frappe du jeune homme visait vraiment à séparer l’aîné de son âme. Mais il en était de même pour le vieil homme, et il n’avait pas le droit de blâmer le plus jeune pour ses actions.

« Un certain professeur m’a même appris à abattre mes propres parents quand il s’agissait d’un combat à l’épée… En plus, si tu veux parler du coup que tu m’as donné à bout portant, tu visais aussi ma gorge ! »

Le vieil homme qui s’offusquait injustement de lui avait rendu le ton du garçon plus épineux que d’habitude, ce qui était compréhensible.

Tout d’abord, les techniques et la mentalité du garçon lui avaient été inculquées dès son enfance par ce vieil homme. C’était son grand-père qui lui avait enseigné la façon de penser comme quoi on ne doit prendre l’épée que lorsqu’on était résolu à mener un vrai combat à mort. Et c’était la raison pour laquelle le jeune homme avait estimé qu’il était absurde de le contrarier de ne pas avoir respecté ces méthodes.

« Il est évident que je la visais ! Mon épée tue toujours en un seul coup ! »

De tels appels raisonnables n’atteindraient pas le vieil homme, maintenant que tout ce sang lui était monté à la tête.

« On ne prend l’épée que lorsqu’on est résolu à prendre la vie d’un autre ! »

Le jeune homme considéra le cri de colère de son grand-père avec une expression exaspérée.

« Tu vois, c’est justement ça le problème. Ce genre de chose dangereuse ne sert à rien ! Dans quel endroit au Japon peut-on utiliser ce genre de techniques !? D’ailleurs, où est-ce que l’on peut s’amuser à essayer quelque chose d’aussi mortel sur son propre élève ? »

Il est vrai que dans le Japon moderne, il était interdit de porter de vraies épées, et encore moins de se battre en duel avec elles. Le vieil homme avait le droit d’avoir cette conviction en tant qu’artiste martial, mais lorsqu’il s’agissait d’en faire usage, les affirmations du jeune homme seraient très probablement considérées comme non valables.

On pouvait perfectionner ses techniques de mises à mort autant qu’on le souhaite, mais il serait inutile de le faire sans un endroit où les utiliser. Mais en entendant la voix de son élève, ces affirmations tout à fait raisonnables n’avaient fait que jaillir des veines sur les tempes du vieil homme.

« Tais-toi, tais-toi ! Arrête tes bavardages prétentieux et retourne à l’entraînement ! », cria le vieil homme tout en déplaçant de nouveau son épée vers le garçon.

C’était une frappe qui, si le garçon ne l’avait pas bloquée, aurait sûrement fendu son crâne en deux.

« Mais je n’arrête pas de te le dire ! Quelle est la grande idée derrière ces duels de vie et de mort si on ne peut pas le mettre en pratique !? »

Le bruit de leurs épées résonnait dans le quartier résidentiel tranquille. Cependant, rien de tout cela ne dérangerait les voisins, si bien que les deux étaient libres de s’entraîner aussi vigoureusement qu’ils le souhaitaient.

Au début, les deux semblaient correspondre parfaitement l’un à l’autre. Mais à la fin, l’un d’eux était âgé et l’autre jeune, et la balance de la victoire penchaient progressivement en faveur du garçon. Aussi assidue que sa formation eût pu être, le vieil homme n’avait aucune chance de l’égaler. Au contraire, le fait qu’il l’avait suivi aussi longtemps qu’il le faisait était stupéfiant.

Poussant le vieil homme avec force, l’épée du garçon s’approcha du cou de son professeur. Mais avec l’épée à quelques centimètres de sa trachée, le vieil homme avait soudainement relâché son emprise, faisant perdre l’équilibre à son élève à cause du manque soudain de pression, celui-ci tomba en réponse.

Saisissant cette chance, le vieil homme avait poussé son pouce vers l’œil du plus jeune. Se rendant probablement compte qu’il ne pouvait pas égaler son élève en termes de force pure, il avait laissé sa main gauche loin du pommeau de l’épée et avait plutôt essayé de lui arracher l’œil. Cette attaque soudaine avait incité le garçon à reculer et à créer une distance entre eux.

« Bon sang. Tu dis qu’il n’y a pas d’acte criminel si ce n’est que de l’entraînement ! Arrête d’agir comme un gamin de merde ! »

La patience du jeune homme était visiblement à sa limite, car son langage envers le vieil homme devenait de plus en plus profane.

« Hmph. Rien de tout cela n’a d’importance dans un vrai combat, que ce soit pourri ou merdique, ou peu importe la manière dont tu veux l’appeler ! »

Le vieil homme prétendait qu’il n’y avait pas d’acte criminel dans une bataille où la vie était en jeu. Il n’y avait dans ses paroles pas le moindre soupçon de honte en employant une attaque de sa main au milieu d’un exercice de maniement de l’épée. Au contraire, le fait que le garçon était suffisamment conscient et capable pour anticiper et juger cette attaque non armée signifiait qu’il n’était pas aussi raisonnable ou normal qu’il le prétendait…

Leur entraînement comportait toujours des risques de blessures, voire de mort. Mais c’était uniquement parce qu’ils étaient parfaitement conscients des compétences de l’autre. Ils arrêtaient toujours leurs attaques au tout dernier moment. Leurs frappes étaient peut-être remplies d’intentions meurtrières, mais il n’y avait aucune intention réelle de tuer. C’était un entraînement qui imitait parfaitement le vrai combat.

Sautant en arrière, le vieil homme remit son katana dans son fourreau et le plaça contre les piles de bambous. Il s’était ensuite tourné lentement vers le jeune homme, détendant les muscles de son corps et laissant ses bras s’affaisser calmement. C’était une posture vraie et naturelle. L’absence de position était la position ultime, comme on dit.

« Viens vers moi désarmer ! Je vais te montrer à quel point ta force exagérée n’est bonne à rien ! »

« En es-tu sûr ? »

Le jeune homme ricana.

« Je me ferai un plaisir de répondre à ta demande ! Mais penses-tu vraiment que tu puisses me battre à mains nues, alors que tu ne pouvais même pas me battre avec une épée ? »

Mais le vieil homme ne dit rien, faisant simplement signe au garçon de ranger son épée. Respectant cette demande, le garçon rengaina son épée et la plaça également contre les piles de bambou, puis se tourna pour faire face au vieil homme.

***

Partie 2

Il avait soutenu son poing gauche le long de son visage et avait abaissé son point droit afin de couvrir sa ligne médiane. Déplaçant son centre de gravité vers sa jambe gauche, il enroula les orteils de son pied droit vers l’intérieur. C’était une position qui équilibrait attaque et défense, lui permettant à la fois de donner aléatoirement des coups de poing ou des coups de pied tout en protégeant ses points vitaux de toutes attaques.

Pour ces deux-là, la bataille sans armes était aussi meurtrière que la bataille à l’épée. Le suspense les empêchait de respirer. Mais le silence fut bientôt brusquement dérangé… par le son de l’estomac du garçon qui grognait. Celui-ci se plaignait certainement.

Il s’était réveillé avant l’aube, et leur entraînement avait duré plus d’une heure. C’était à ce moment-là que son estomac commença lui indiquer bruyamment qu’il avait faim. Mais son professeur et son grand-père n’étaient pas assez indulgents pour abréger l’entraînement simplement parce que son petit-fils avait faim.

Merde, je meurs de faim… Allez, papy, finissons ça tout de suite…

Mais il pouvait le supplier autant qu’il le voulait, le vieil homme ne montrait aucune ouverture dans sa position. Au contraire, il était visiblement prêt à y aller, prêt à tirer parti de toute ouverture imprudente que le garçon pourrait exposer.

Celui-ci avait été expulsé du lit tôt le matin et forcé de participer à un entraînement mortel le ventre vide… Quand soudainement, un ange était descendu pour le sauver.

« Voulez-vous bien arrêter !? Je me donne la peine de vous faire le petit-déjeuner et voici ce que vous faites ? Mon dieu. Pourquoi jouez-vous si tôt le matin ? »

Une fille vêtue d’un tablier, les cheveux noirs attachés en queue de cheval, apparue au bord de la ligne de visée du garçon. C’était une jeune femme séduisante aux yeux noirs et volontaires, qui mesuraient environ 170 cm.

Elle s’appelait Asuka Kiryuu.

« Moi ? En train de jouer ? Et avec ce type ? Tu devrais travailler un peu plus ton sens de l’humour… »

À tout le moins, le jeune homme n’était pas en train de s’entraîner tôt le matin, agitant de vraies épées ou se battant dans un combat semi-mortel sans armes pour le plaisir.

« Eh bien, alors qu’est-ce que tu faisais ? »

Asuka rétrécit les yeux vers le garçon, qui secoua la tête d’une manière presque offensante.

Sa question posée obligea le garçon à pencher la tête avec perplexité, cherchant les mots appropriés pour décrire ce qui était trop dangereux pour être considéré comme un entraînement normal.

« … on essayait de s’entretuer. »

Au moment où ces mots sortirent de sa bouche, un son émoussé résonna sur les piles de bambous, et avec lui, le bruit d’un poing se heurtant contre une paume ouverte.

« O-Ouch… »

« Commence déjà par arrêter de parler comme un abruti ! »

Asuka le menaça avec une louche à la main.

Mais d’où est-ce qu’elle sort ça ?

Asuka avait porté un coup à la tête du jeune homme avec la louche qu’elle tenait actuellement. Elle l’avait brandie à une vitesse que l’on pourrait vraiment qualifier d’éclair.

Même si ses capacités physiques étaient extrêmement raffinées, le coup qu’elle avait donné n’en était pas moins très douloureux.

Preuve de ses capacités, il avait paré l’attaque que le vieil homme l’avait lâchée — un poing avec la deuxième articulation du troisième doigt tendue comme une corne — au moment où il tressaillait après l’attaque d’Asuka. Celui-ci n’avait pas l’impact d’un coup de poing normal, mais en échange, il était optimal pour pénétrer dans les organes vitaux de l’adversaire.

De cette manière, le garçon avait bloqué le coup porté à sa tempe par une réaction imputable également à l’instinct et aux réflexes développés à partir d’un entraînement impitoyable. Et malgré cela, il n’avait pas réussi à bloquer l’attaque de la fille.

Bien que cela fût de loin préférable à ce qu’il avait lu dans de vieilles bandes dessinées. Chaque fois que le héros de ces bandes dessinées essayait de mettre la main sur une autre fille, l’héroïne le frappait à la tête avec un marteau. Il pouvait généralement éviter les balles rapides, mais curieusement, il n’avait jamais réussi à éviter le marteau de l’héroïne. (NdT : coucou Ryo Saeba)

En effet, cette situation était sûrement le moindre de deux maux. Aussi bien construit que puisse être son corps, un coup de marteau le tuerait toujours…

« Ah, Asuka. Tu vas encore nous faire ta querelle de jeunes mariés ? »

La personne qui venait d’être responsable du fait que le garçon avait été battu à la tête avec une louche s’adressa à Asuka avec une expression nonchalante.

Pas une trace de la vigueur intimidante qu’il avait pendant l’entraînement ne restait dans sa voix, il ressemblait à un aimable vieil homme que vous pourriez trouver n’importe où.

J’aurais peut-être bloqué ça, mais il a quand même lancé une attaque-surprise sur moi, et le voilà qui rigole comme si rien ne s’était passé. C’est pourquoi je déteste ce type…

Honnêtement, même si c’était son grand-père, il n’arrivait pas à comprendre cette disparité dans son comportement.

« Qu’est-ce que tu dis, papy ? J’ai déjà un petit ami… Et en plus, comme c’est de Ryoma qu’on parle. »

En disant cela, Asuka avait dirigé un regard significatif dans la direction du garçon. Le genre de regard qu’un chat peut avoir sur une souris. Il semblerait que, peu importe comment il répondait à cela, cela le mènerait tout droit sur le chemin de l’enfer.

Sérieusement, ce n’est pas une blague. Je n’en veux pas plus que toi.

Si on la considérait comme une jeune femme, Asuka Kiryuu était en effet très séduisante, et le jeune homme n’avait aucune intention de le nier. Mais c’est aussi un fait que les années qu’ils avaient passées ensemble avaient invalidé quelque chose qui aurait pu transformer leur relation en une relation romantique. Aux yeux de ce jeune homme, Asuka Kiryuu était en quelque sorte une sœur.

Ce n’était pas qu’il n’avait pas eu le courage de prononcer ces mots n’importe où sauf dans son cœur. Il ne connaissait que trop bien la personnalité de sa cousine, ce qui lui en avait fait passer l’envie. Il avait ainsi tenu sa langue. C’était la seule voie sûre à sa disposition. Personne ne devrait être blessé de cette façon.

« Ne dis pas ça, Asuka. »

Mais il y avait quelqu’un ici qui voulait absolument perturber cet équilibre pacifique.

« Tu ne viendrais pas tous les matins pour lui préparer le petit-déjeuner s’il n’était qu’un ami d’enfance, n’est-ce pas ? »

Le vieil homme n’arrêtait pas de taquiner Asuka. Était-ce par curiosité, ou avait-il une arrière-pensée en tête ? Quoi qu’il en soit, le résultat final ne serait pas celui que le jeune homme apprécierait.

Mais contrairement aux attentes du garçon, Asuka avait simplement souri innocemment.

« Non, pas vraiment. Après tout, je ne le fais pas gratuitement. Mon allocation mensuelle est augmentée de 20 000 yens si je fais ça ! »

Ces mots avaient fait en sorte que tout s’était mis en place dans l’esprit du jeune homme. Donc elle ne faisait pas ça par bonté d’âme. Apparemment, sa tante avait négocié des choses avec Asuka pour augmenter son argent de poche en échange de cela.

« Ahh… Penser que ma propre chair et mon propre sang seraient si avares… »

Tandis que le vieil homme murmurait ces mots avec exaspération, une certaine pensée flotta au fond de l’esprit du garçon.

C’est vrai, ma tante a fait un carton dans le commerce des actions, n’est-ce pas… ?

Telle mère, telle fille, semblerait-il.

Asuka Kiryuu avait l’honneur d’avoir un visage attrayant et une silhouette bien formée, ainsi qu’une tête pointue et vive sur les épaules. En plus de cela, elle était amicale, sans pour autant prendre les gens de haut. Cette combinaison gagnante avait fait d’elle l’une des filles les plus populaires à l’école.

Elle excellait dans la cuisine, et elle était capable de faire le ménage, la lessive et diverses tâches manuelles, entre autres les travaux ménagers. Elle était, à bien des égards, parfaite. Il était vrai qu’elle pouvait être stricte lorsqu’il s’agissait de gérer un budget, mais cela signifiait simplement qu’elle avait le sens de l’économie, cela ne pouvait pas vraiment être perçu comme un mauvais point contre elle.

Et bien qu’elle avait pu sembler être la fille idéale pour n’importe qui d’autre, le garçon n’avait pas pu s’empêcher de rire à cette idée. Il était bien trop proche d’Asuka pour la considérer comme une femme.

« Aaah ! »

Asuka éleva soudain la voix, examinant la montre de sa main droite.

« Je dois aller à l’entraînement du club de tir à l’arc, alors je m’en vais. Fais la vaisselle quand tu auras fini, compris, Ryoma !? »

Avec cette remarque d’adieu, Asuka enleva son tablier (il y avait sur ce tablier une caricature exagérée d’un chat calicot dessiné dessus), et courut vers le bâtiment principal.

« Hmph… Être si pressée si tôt le matin. », dit le vieil homme, croisant les bras avec une expression satisfaite.

« N’aurions-nous pas plus de temps pour manger si tu ne la taquinais pas autant, grand-père ? »

Le jeune homme fit une remarque tout à fait valable.

Dans la pratique, la tendance de ce vieil homme à dire systématiquement des choses gênantes tout en ruinant l’atmosphère pour son propre plaisir était vraiment problématique.

« C’est parce que tu ne montres pas assez de respect à tes aînés. » Dis le vieil homme, gonflant sa poitrine sans la moindre trace de remords.

Il n’avait pas l’intention de répondre à la plainte du jeune homme. Apparemment, le mot « introspection » n’existait pas dans son vocabulaire.

Foutu vieux schnock ! Je finirai par t’étrangler un de ces jours…

Grand-père ou pas, il était vraiment gênant.

« Haaah... »

Le garçon avait poussé un long soupir, un soupir qui trahissait ses vrais sentiments.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Ignorant la question du vieil homme, le garçon s’était dirigé vers le bâtiment principal. Perdre son temps à s’occuper de son grand-père lui laissait peu de temps pour manger, sans parler du fait qu’il devait enlever toute cette sueur. Aussi détaché que l’enfant soit de son apparence, il n’était pas question d’aller à l’école quand il puait la sueur comme ça.

Il se rendit donc vers la salle de bain et, comme tous les matins, il s’était lavé. Puis, après avoir revêtu l’uniforme de son école, il s’était approché de la table à manger et s’était rendu compte que son petit-déjeuner était devenu froid depuis longtemps. Comme prévu.

Le garçon s’appelait Ryoma Mikoshiba. Il était, comme on pourrait probablement le supposer, c’était un jeune homme qui n’avait pas la joie de vivre, du moins du point de vue du commun des mortels. Mais Ryoma voyait les choses différemment.

Chaque jour, il pratiquait les arts martiaux avec son grand-père, ce genre d’entraînement intensif qui ne serait probablement perçu que comme abusif aux autres spectateurs. Quand il était encore un enfant sans qualification, les éraflures et les marques bleues étaient monnaie courante, et étant donné qu’il s’entraînait avec une épée en bois et sans aucun équipement de protection, il fallait s’attendre à une fracture ou à deux.

Et bien que le vieil homme ait parfois été indulgent avec lui, il était toujours hospitalisé après avoir reçu un coup d’épée en bois à la tête. C’était ce genre d’entraînement intensif, mais Ryoma s’y était quand même tenu. Il avait gardé cette routine aussi longtemps qu’il pouvait se souvenir, c’est-à-dire depuis au moins plus de dix ans.

Il avait eu néanmoins beaucoup d’occasions de mettre fin à ces séances d’entraînement, s’il l’avait vraiment voulu. Le service de protection de l’enfance de la paroisse était une option, de même que les parents d’Asuka, les Kiryuu. Ils avaient tous offert leur aide à Ryoma, mais il avait quand même choisi de les rejeter de sa propre volonté.

***

Partie 3

L’une des raisons était que son grand-père n’était pas une personne purement stricte. En dehors de l’entraînement, le vieil homme traitait son petit-fils avec affection. Dans tous les cas, il n’avait pas le genre de cœur cruel et déformé qui prendrait plaisir à faire du mal à un enfant.

Et l’autre raison était que Ryoma lui-même aimait l’entraînement de son grand-père. Sa théorie du combat était la suivante : chaque combat était authentique, et il devait être mentalement prêt à y mettre sa propre vie en jeu. C’était intrinsèquement différent des arts martiaux modernes, qui avaient pour la plupart été convertis en sports. Si l’on devait le classer correctement, l’entraînement que Ryoma avait suivi s’apparentait davantage à un entraînement militaire.

C’était un art martial qui semblait être une hérésie du point de vue du Japon moderne, mais il semblait correspondre parfaitement à Ryoma. En fait, une fois à l’école primaire, un professeur l’avait invité à une session de formation de judo, mais Ryoma n’y était jamais retourné après sa première visite. Son jeune cœur avait senti que ce n’était pas ce qu’il cherchait.

Et depuis, Ryoma s’était consacré à cet entraînement avec plus de vigueur. Il avait beau jurer et se plaindre tous les jours, il avait volontiers choisi de vivre avec son grand-père dans ce quartier tranquille de Suginami.

Les parents de Ryoma étaient apparemment décédés quand il était enfant. C’est du moins ce qu’il pensait, parce que son grand-père n’avait jamais précisé comment ils étaient morts. Il ne savait pas si c’était par maladie ou par accident, car il n’avait jamais vu leur tombe. Ils pourraient encore être quelque part vivants et en bonne santé, c’était tout ce que savait Ryoma.

Cependant, honnêtement, il ne se souciait pas de ses parents, vu qu’ils n’avaient jamais été là pour lui. Vivant ou mort, ça n’avait pas changé le fait qu’ils ne l’avaient jamais élevé. Ainsi, il ne s’intéressait pas à eux. Ryoma Mikoshiba était, pour le meilleur ou pour le pire, un réaliste.

Bien que différentes personnes aient des notions différentes sur ce qui comptait pour attirer l’autre, Ryoma n’était pas du tout un homme laid. Mais il n’était pas très beau non plus. Ses traits faciaux étaient ce que l’on pourrait qualifier de viril, ou plus négativement, de distinct. Cela pourrait se résumer plus simplement à un visage typiquement japonais.

Il était de grande taille. Son bras était aussi épais que la taille d’une femme mince. Mais cette masse n’était pas le résultat de la graisse, mais de muscles d’acier parfaitement développés et tempérés. Ses bras et ses cuisses étaient aussi épais que des bûches, ce qui le mettait en contraste avec les machos minces qui étaient populaires de nos jours.

Ses camarades de lycée lui avaient donné le surnom d’« Ours endormi », inspiré par sa douceur habituelle et son physique bestial. Ou du moins, c’était l’explication que l’on donnait aux autres. Seul un petit nombre de personnes choisies connaissaient la véritable signification de ce nom, et ce n’était pas à elles de parler ouvertement de la question.

Non, même eux ne connaissaient pas le vrai Ryoma.

Ryoma avait son propre complexe, son visage le faisait paraître plus vieux qu’il ne l’était vraiment. Les gens avaient estimé son âge entre vingt-quatre et trente ans, ce qui était embarrassant. Le genre d’estimations qui choquait tellement Ryoma qu’il restait dans son lit à se morfondre.

Cela dit, ce n’est pas que son visage semblait beaucoup plus vieux. Il n’avait pas le visage d’un bébé ou quoi que ce soit du genre, mais c’était un ensemble. Il aurait pu passer pour avoir un an ou deux de plus, mais c’est tout. Si des facteurs pouvaient être attribués au problème, c’était son comportement calme associé à son physique distinct, qui convenait mal à un Japonais ordinaire.

S’il y avait un côté positif à tout cela, c’était de lui permettre d’acheter de l’alcool dans les supérettes sans que le caissier se donne la peine de demander une pièce d’identité. Une fois, quand Ryoma était enfant, son grand-père s’était soûlé et lui avait offert de l’alcool en guise de blague, ce qui l’avait amené à développer un goût pour l’alcool.

Son grand-père n’était pas du genre à le reprendre, ne l’avertissant jamais trop strictement à ce sujet. Au contraire, il semblait heureux d’avoir quelqu’un avec qui boire.

Les passe-temps de Ryoma étaient de regarder des films, de lire des livres et de jouer à des jeux vidéo. Bien que ses aptitudes athlétiques soient loin d’être mauvaises, il était le genre de personne qui aimait être seul dans sa chambre. Il n’était pas antisocial, mais il n’appréciait pas les endroits trop animés. En raison de ces caractéristiques, il n’attirait pas beaucoup l’attention à l’école, sauf quand il s’agissait de sa taille, et il n’avait naturellement pas de petite amie.

Ainsi, du point de vue du commun des mortels, Ryoma semblait probablement être un jeune homme qui n’avait pas de joie de vivre. Et c’était probablement la valeur de la personne appelée Ryoma Mikoshiba. Mais s’il avait vécu plus longtemps au Japon comme ça, il rencontrerait sûrement un jour une femme qu’il aimerait et créerait un foyer chaleureux avec elle.

Mais la déesse du destin n’avait pas l’intention de permettre à son humble rêve de se réaliser. Car aujourd’hui même, à l’heure du déjeuner, il sera jeté en enfer.

« Ouf, enfin l’heure du déjeuner… »

Ryoma Mikoshiba soupira alors que sa dernière leçon du matin touchait à sa fin.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une école axée sur l’entrée des étudiants à l’université, c’était quand même un lycée public avec un taux d’admission assez élevé. Ryoma ne s’y était inscrit que depuis le printemps, et les cours étaient déjà très difficiles à suivre.

Ryoma n’était pas particulièrement bête, mais il avait tendance à faire preuve d’une intelligence exceptionnelle lorsqu’il s’agissait de sujets qui lui convenaient, tout en n’étant pas aussi intelligents quand il s’agissait de sujets qu’il n’aimait pas. En d’autres termes, il avait une personnalité fondamentalement capricieuse et libre.

Ryoma s’allongea sur sa chaise. Ses sujets de prédilection étaient l’histoire et la littérature. On pourrait dire qu’il s’intéressait aux sciences humaines, mais malgré cela, il était très mauvais quand il s’agissait de l’anglais.

Et bien, je vis au Japon. Pourquoi ne pourrais-je pas simplement étudier le japonais et en rester là ?

Le quatrième cours du jour était ce détestable anglais, et le poids épuisant de ce fait pesait énormément sur les nerfs de Ryoma.

Eh bien, peu importe. Je vais déjeuner sur le toit, et peut-être faire une sieste. Il fait beau dehors aujourd’hui.

Alors qu’il marmonnait des plaintes qui n’étaient plus particulièrement vraies dans la société internationale d’aujourd’hui, Ryoma avait mis la main dans son sac et en avait sorti une boîte à lunch enveloppée. Asuka l’avait fait pour lui ce matin-là.

Avec sa boîte à lunch et une bouteille en plastique pleine de thé à la main, Ryoma s’était dirigé vers la porte de la classe.

Mais l’une de ses camarades de classe, qui s’apprêtait à déjeuner avec ses amis dans la classe, l’avait soudainement appelé alors qu’il allait partir.

« Mikoshiba… Vas-tu encore manger sur le toit ? Et si tu déjeunais avec nous pour une fois ? Je voulais aussi te parler des activités du club. »

Sa voix avait arrêté Ryoma près de la porte. Et après un moment d’hésitation, il se tourna vers elle et lui dit avec le sourire :

« Désolé, je ne peux pas. Peut-être la prochaine fois ! »

Ce n’était pas que Ryoma ne voulait pas manger avec les filles. Non, l’attrait de déjeuner avec les filles de sa classe ne lui était pas du tout inopportun. Mais il avait deux raisons pour refuser son offre.

La première raison pour laquelle il avait refusé de déjeuner avec ses camarades de classe était assez simple, il ne voulait pas qu’ils voient sa boîte à lunch. Asuka l’ornait toujours de jolies garnitures, et elle ne correspondait pas à son image, du moins le pensait-il.

Quelqu’un avait eu l’idée d’inventer ce qu’on appelait le chara-ben. Il s’agissait d’un bento dont les ingrédients avaient pris la forme de divers personnages de dessins animés. C’était depuis devenu une forme d’art que les mères de tous les milieux souhaitaient ardemment maîtriser.

Et Asuka était aussi très douée pour les faire. Ses créations allaient d’une certaine souris électrique d’un jeu vidéo à n’importe quel autre personnage auquel on pourrait penser.

Ryoma avait dû admettre que son habileté à le faire était certainement impressionnante, voire même admirable. Chaque fois qu’il se tenait dans la cuisine et qu’il essayait de cuisiner, il en venait à apprécier à quel point Asuka était habile.

Mais s’il avait le droit d’être honnête, il souhaiterait qu’elle arrête finalement d’en faire. Porter l’un de ces bentos au lycée, c’était… Eh bien, ça pouvait bien se passer auprès des filles, mais ça gaspillerait la dignité qu’il avait auprès des garçons. Jusqu’au collège, il avait mangé à la cafétéria, donc cela ne posait pas de problème. Mais avec l’avènement du lycée, il avait dû commencer à apporter son propre déjeuner.

Ryoma n’avait pas de parents et son grand-père n’était pas le genre de personne à lui préparer un bento, alors il s’était contenté du pain de la cafétéria de l’école. Mais à la mi-avril, Asuka avait eu l’idée de lui préparer un déjeuner. Il avait accepté avec reconnaissance cette offre généreuse, mais il n’avait pas été tout à fait surpris lorsqu’il avait ouvert la boîte à la pause de midi suivante.

Heureusement que personne n’avait vu ça…

Le souvenir le faisait encore frissonner un peu. Il l’avait dévorée avant que tout le monde puisse le voir, conservant ainsi les petites traces de dignité qu’il avait réussi à accumuler jusqu’à ce jour. Mais lorsqu’il l’avait appelée pour se plaindre après l’école, son déjeuner du lendemain était le déjeuner le plus basique que l’on puisse imaginer : du riz avec une seule prune marinée.

Le petit-déjeuner était aussi plutôt mauvais… Elle nous avait servi des cornflakes avec du lait et rien d’autre…

Ce n’était pas qu’il ait eu l’intention de prendre un léger déjeuner avec des flocons de maïs avec du lait, mais c’était une véritable torture après une dure séance d’entraînement matinale.

Il avait ainsi souffert de la faim jusqu’au déjeuner, mais il avait de nouveau été désemparé lorsqu’il avait ouvert le couvercle de son bento habituel. À la fin, il ravala son orgueil et s’excusa auprès d’Asuka, se maudissant au fond de son cœur tout le temps. Il savait très bien qu’acheter du pain ou préparer son propre déjeuner ne ferait qu’agacer l’humeur d’Asuka.

C’était ainsi que les bentos de Ryoma Mikoshiba avaient tous été décorés de cette manière, l’incitant à s’enfuir sur le toit et à manger seul à chaque fois. C’était l’autre raison pour laquelle il avait refusé l’offre de son camarade ce matin.

« Tu n’arrêtes pas de dire que tu nous rejoindras la prochaine fois ! », dit-elle.

« Et tu rentres toujours directement à la maison quand l’école se termine. Avec un corps comme le tien, tu perds ton temps dans les clubs littéraires ! Allez, mes camarades de classe supérieure n’arrêtent pas de me harceler à ce sujet. Viens voir le club de karaté. Tout ce que tu as à faire, c’est regarder, alors veux-tu venir ? »

Elle le regarda d’un regard penché. C’était un geste assez adorable, le genre de regard qui ferait que la plupart des hommes seraient incapables de faire autre chose que de hocher la tête à sa suggestion. Mais Ryoma s’était obstinément débarrassé de cette tentation. Ce genre de tactique de recrutement était devenu une routine quotidienne dans le mois qui avait suivi son entrée dans cette école.

« Je ne te l’ai pas déjà dit ? Je n’ai pas l’intention de faire du kendo, du karaté ou de me joindre à l’équipe d’athlétisme. Je suis vraiment désolé, mais je ne peux pas venir. »

***

Partie 4

Il était confronté à une lycéenne, et à l’une des plus attirantes et influentes de sa classe. Il ne voulait pas refuser d’une manière qui exprimerait son mécontentement trop fermement, afin de ne pas la rendre hostile. Ainsi, tout en veillant à garder le ton et les mots aussi délicats que possible, Ryoma exprima son refus aussi clairement qu’il le pouvait. Surtout que la mention du karaté avait obligé les autres camarades à écouter leur conversation.

Bien que cette école se concentrait sur le cursus universitaire, elle était également très sérieuse en matière de sport. Leurs réalisations en matière de kendo avaient été particulièrement remarquables. Ils remportaient régulièrement les tournois régionaux et, bien qu’ils n’avaient jamais remporté les compétitions nationales, il n’était pas rare de voir cette école classée parmi les 16 meilleures ou les 8 première.

Alors que se passerait-il lorsqu’un nouvel étudiant musclé comme Ryoma Mikoshiba devait s’inscrire à l’école ?

Comme on pouvait s’y attendre, tous les clubs imaginables avaient immédiatement commencé à essayer de le recruter, lui et ces 190 centimètres ou plus de muscle trempé qui l’accompagnaient. Ces muscles n’étaient pas ceux d’un culturiste, développé pour se faire valoir, mais une armure de chair souple, garnie de la bonne quantité de graisse. Il était évident qu’il avait obtenu cela en s’entraînant dans un club.

« Hmm, eh bien, je suppose que je ne peux pas te forcer à venir aujourd’hui. Néanmoins, j’espère que tu vas au moins y penser. Nous pourrons certainement gagner les tournois nationaux si tu t’inscris ! »

Cela dit, elle s’était retournée joyeusement et pour rejoindre le bureau de son amie. Elle savait probablement déjà par expérience que le harceler obstinément ne lui apporterait rien de bon.

Elle le fait jour après jour, et elle n’abandonne toujours pas… Peut-être que j’y réfléchirais si elle m’invitait à déjeuner comme une personne normale…

Souriant avec ironie devant cette silhouette qui se retirait, Ryoma posa sa main sur la porte de la classe.

Honnêtement, le bento d’Asuka n’était pas vraiment un problème. Il pouvait simplement acheter du pain ou un autre bento, mangeant ainsi avec eux, et garder celui d’Asuka comme collation pour plus tard. Mais il y avait une autre raison majeure pour laquelle Ryoma n’avait pas fait ce choix.

En termes simples, leurs tentatives répétées de le recruter dans leurs clubs étaient irritantes. Il ne pensait pas que les clubs sportifs ou d’arts martiaux avaient quelque chose de répréhensible en soi, pas plus qu’il n’avait l’intention de juger les gens qui leur avaient consacré leur vie.

Mais maintenant qu’ils étaient tous devenus des sports glorifiés, divisés par catégories de poids et basés sur le gain de points, Ryoma ne les trouvait pas du tout intéressants, et n’avait pas envie de les pratiquer uniquement pour montrer sa force.

Pour Ryoma, les arts martiaux étaient un outil servant à tuer un adversaire et à l’empêcher de se faire tuer par ses mains. Ce n’était pas quelque chose dont il voulait faire un spectacle, et ne le voyait pas comme quelque chose avec quoi il pourrait se montrer supérieur. Mais il savait très bien que cette ligne de pensée ne s’alignait pas avec le Japon pacifique d’aujourd’hui, et il n’était pas étonnant de voir à quel point il ne serait pas compris ou accepté, même s’il essayait de l’expliquer avec des mots.

La majorité des gens ne voyaient dans les arts martiaux rien de plus qu’un sport, ou encore une forme d’entraînement mental ou un élément de culture à préserver. Et il y avait une différence aussi grande que le ciel et la terre entre cette ligne de pensée et celle de Ryoma, un fossé qui ne pouvait être comblé ou médiatisé.

Ryoma refusa donc tout simplement, ne disant rien d’autre, et les jours ensoleillés comme celui-ci, il se réfugiait sur le toit pour manger son déjeuner et faisait une sieste jusqu’à ce que la cloche sonne. C’était mieux pour tout le monde de cette façon.

« D’accord, alors, à plus tard. »

Ryoma avait lancé ces mots en direction des regards curieux de ses camarades de classe tout en quittant la salle.

C’était vrai, ce jour-là était le même que tous les autres. Mais ce temps de paix ne dura pas longtemps.

C’était arrivé juste au moment où Ryoma montait l’escalier menant au toit. C’était à ce moment que son long voyage avait commencé.

« Hein ? »

Soudainement, Ryoma ne sentait plus le sol sous ses pieds.

Son corps avait commencé à tomber verticalement. Ce n’était pas qu’il avait raté une marche. Les marches de l’escalier qu’il montait avaient soudainement disparu. Ryoma tendit la main, essayant de s’agripper au bord de l’escalier afin de retrouver son équilibre, mais le reste de l’escalier avait apparemment disparu avec les marches, et ses mains ne tâtonnaient que l’air.

En levant les yeux, il avait vu la lumière de la lampe du bâtiment de l’école devenir de plus en plus petite, pour finalement disparaître complètement. Il n’arrêtait pas de tomber dans cet abîme sombre.

« H-Hein ? »

Ryoma remarqua rapidement un changement, à un moment donné, il semblait s’élever au lieu de tomber.

« Est-ce un rêve ? Ou une sorte d’hallucination ? », murmura Ryoma à lui-même.

« Qu’est-ce qui m’arrive ? »

Une question naturelle venait de se poser. La chute était parfaitement conforme aux lois de la physique. La probabilité que cela se produise était faible, mais une construction défectueuse ou un puissant tremblement de terre pourrait faire se détacher les marches de l’escalier. Mais le fait qu’il ait flotté défiait toute logique. Les gens n’étaient pas capables de voler seuls, peu importe comment ils pouvaient contrôler leur corps.

Ryoma leva les yeux. Il remarqua qu’à un moment donné, la lumière avait commencé à briller sur lui. Son corps flottait, et Ryoma s’était retrouvé volant dans cette lumière.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? L’école… ne possédait pas d’endroit comme ça, pas vrai… ? »

Tout en fixant la lumière, Ryoma regarda autour de lui.

Du point de vue de Ryoma, cela aurait dû être l’école, ou dû moins quelque chose que l’on pourrait trouver n’importe où dans ses locaux. Lorsqu’il avait vu l’espace en forme de sanctuaire s’étendre devant lui, il avait d’abord pensé que c’était une sorte d’installation de l’école. Mais dès qu’il avait vu les gens autour de lui, cette idée avait complètement disparu de son esprit.

Ses yeux s’étaient lentement adaptés à la lumière, et les silhouettes confuses dans la pièce s’étaient peu à peu éclaircies.

Qui sont ces gens… ? Des enseignants ? Non, cela n’est pas possible…

Cinq hommes se tenaient devant Ryoma. L’un d’eux était un vieil homme. Il était porteur d’un vêtement qui ressemblait à une robe lourde. Elle était brodée de fils d’argent et d’or. C’était le genre d’habits qu’on pouvait s’attendre à voir dans un film basé sur l’Europe du Moyen Âge. Mais ce n’était pas vraiment le problème ici. Le problème résidait dans les quatre objets brillants et tranchants tenus par les quatre personnes qui se tenaient derrière le vieil homme.

Les hommes avaient un poids et un physique qui n’étaient pas très différents de ceux de Ryoma, et ils avaient l’air bien entraînés. Au vu de l’épaisseur de leurs bras et de leurs cuisses, il comprit en un instant que ce n’étaient pas des amateurs. Ils étaient vêtus d’une armure métallique intégrale et portaient sur la tête ce qui ressemblait à d’anciens casques romains, le galea. Ils avaient des panaches sur le dessus et des protège-nez en forme de T. Ils tenaient dans leurs mains des hallebardes.

Ryoma ne pouvait pas dire au premier regard si leur armure était authentique ou non, mais ayant vu son grand-père brandir une véritable épée à l’entraînement d’innombrables fois, ses yeux pouvaient dire que les hallebardes dans leurs mains étaient de véritables armes de guerre. Et si c’était le cas, cela signifiait très probablement que les épées gainées à leur taille étaient aussi de vraies armes.

S’il ne s’agissait que de leur armure, Ryoma aurait tendance à croire que ce n’était que des costumes et des accessoires. Ils avaient peut-être un design inhabituel, mais il n’était pas impossible d’acheter de faux accessoires de ce genre au Japon si on le souhaitait. Bien sûr, il n’y en avait pas beaucoup qui les achèteraient, et même là, il était peu probable qu’ils les porteraient réellement.

Mais bien que ce soit invraisemblable, ce n’était pas impossible, et Ryoma n’était pas considéré comme une personne qui ne pourrait jamais arriver dans la vie réelle.

Mais alors qu’il ne pouvait deviner le fait qu’il se trouvait dans un autre monde, la prise de conscience que cet endroit ne faisait pas partie de la vie quotidienne auxquels il était habitué l’avait frappé avec une clarté parfaite et indéniable. Cela était dû à la manière dont les hallebardes se dirigeaient vers lui, devenant un éclat mortel. Ayant aidé à entretenir et à aiguiser l’épée précieuse de son grand-père, il était tout à fait capable de distinguer une vraie lame d’une fausse.

Et pour couronner le tout, Ryoma n’arrivait pas à croire que quelqu’un puisse rassembler de vraies hallebardes pour faire ce genre de blague. Il n’imaginait pas posséder une arme comme celle-là sur lui au Japon, qui se vantait de sa tranquillité et de son pacifisme, et même dans le reste du monde moderne. Même les cambrioleurs et les meurtriers ne se donneraient pas la peine de trouver une hallebarde. Ils se serviraient peut-être d’un couteau, mais pas d’une arme de ce genre.

Et finalement, l’intention meurtrière émanant de leur corps était réelle. Ryoma avait étudié les arts martiaux depuis son plus jeune âge, il pouvait ressentir le même genre d’aura chez son grand-père. La sensation familière piqua la peau de Ryoma.

Merde, ils sont sérieux. Je n’aime pas le regard de ces gars…

Leurs mouvements de jambes et la façon dont ils manipulaient leurs hallebardes donnaient l’impression qu’ils avaient de l’expérience. Ils étaient, sans aucun doute, des soldats professionnels entraînés et familiers avec l’utilisation de cette arme unique.

À l’instant où il s’en était rendu compte, un interrupteur semblait s’allumer dans l’esprit de Ryoma. Comme si on passait de l’ordinaire à l’extraordinaire. Il pouvait pratiquement entendre le bruit de sa vie quotidienne paisible s’effondrer en poussière…

Le vieil homme vêtu de la robe parla à l’un des soldats qui se tenaient derrière lui, fixant son regard sur Ryoma.

« Il semblerait que cette fois nous ayons attrapé un beau spécimen dans notre convocation. »

L’homme à qui il avait parlé avait un plumage rouge sur le dessus de son casque. Des quatre soldats présents, il s’agissait très probablement du capitaine du groupe.

 

 

« Non, Seigneur Gaius, je crois qu’il est trop tôt pour porter ce jugement. Son physique est impressionnant, bien sûr, mais les premières impressions peuvent être trompeuses… Après tout, nous en avons convoqué plus d’une centaine jusqu’à présent, mais moins de dix se sont révélés utiles. »

Les yeux des hommes considéraient Ryoma avec le poids d’un marchand qui évaluait la valeur de sa marchandise.

« Hmm, c’est vrai… Qu’il en soit ainsi. Nous découvrirons à quel point il est utile une fois que nous l’aurons élevé. »

Hochant la tête aux paroles du jeune homme, le vieux fit un geste du menton en direction de Ryoma.

« Dépêchons-nous de lui graver le sceau… Allez-y. »

Entendant ses paroles, les trois autres soldats s’approchèrent lentement de Ryoma en formation, l’entourant tout en gardant leurs hallebardes pointées dans sa direction.

Qui sont ces gens ? Qu’est-ce qui se passe ici !?

Ryoma lutta pour ne plus penser aux questions qui pesaient sur son esprit. En ce moment, ce que ces gens avaient l’intention de faire de lui n’était pas quelque chose qu’il pouvait savoir. Après tout, il y a encore quelques instants il s’occupait encore de ses problèmes scolaires. Être mis dans une situation où il fixerait des armes en un clin d’œil n’était pas quelque chose qu’il pouvait comprendre aussi facilement.

***

Partie 5

Mais Ryoma pouvait dire que les intentions des hommes à son égard étaient loin d’être vertueuses. On ne pointait pas une arme sur quelqu’un d’autre sans avoir l’intention de lui faire du mal.

Ryoma avait rapidement étudié son environnement. L’important pour l’instant, c’était de trouver un moyen de s’en sortir. Il y avait quatre ennemis, en plus du vieil homme en robe. Tenter de les combattre directement n’aboutirait qu’à sa défaite, mais la pièce ne semblait pas avoir de fenêtres pour lui permettre de s’échapper. Il pouvait voir ce qui ressemblait à une fenêtre utilisée pour la ventilation à une dizaine de mètres au-dessus du sol, mais il n’y avait pas moyen de l’atteindre sans échelle. Ce qui veut dire que son seul moyen de s’échapper était la porte en fer derrière le vieil homme.

Ryoma devait choisir maintenant. Est-ce qu’il restera assis tranquillement tout en acceptant le mauvais sort à venir, ou passera-t-il à l’action même si cela impliquait de tuer tout le monde dans la pièce ?

Les mots de son grand-père flottaient dans son esprit : Si tu veux vraiment protéger quelque chose, ne montre aucune pitié à tes adversaires.

C’était des mots qui étaient plus faciles à dire qu’à mettre en pratique. À tout le moins, jamais auparavant dans sa vie Ryoma Mikoshiba n’avait eu à se résoudre à assassiner quelqu’un d’autre. Mais cette situation extraordinaire nécessitait de prendre des mesures extraordinaires.

Courir est probablement la meilleure idée, mais je dois tout de même savoir où je suis et ce qui se passe.

Étant donné qu’il ne comprend rien de ce qui se passait, il aurait dû demander à quelqu’un de lui expliquer la situation. Dans tous les cas, il ne voyait pas comment le fait de prendre la poudre d’escampette sans avoir la moindre idée des circonstances de son arrivée ici pouvait faire pencher la balance en sa faveur.

Ce qui lui laissait un choix. Laissez le plus faible de la bande — le vieil homme en robe de chambre — vivant, et tuez les quatre autres.

C’était un choix impardonnable à faire. C’était plus qu’une simple résolution de tuer, c’était un tabou qu’un homme vivant dans les temps modernes ne devrait jamais briser. Mais Ryoma n’avait pas hésité. Il avait choisi le chemin qui mènerait à sa survie, même s’il s’agissait d’un chemin sanglant et violent. Les instincts bestiaux qui sommeillaient dans Ryoma commencèrent à s’éveiller.

Je ne suis pas armé, et j’affronte quatre ennemis en armure portant des armes… Attaquer de face me désavantagerait. Je dois les attraper par surprise et les tuer immédiatement, ou je serais foutu… Il n’y a qu’une chose à faire.

Ryoma mit en place un plan dans sa tête qui lui donnait les meilleures chances de survie. Son grand-père lui avait déjà enseigné les compétences nécessaires pour le mettre en pratique, bien qu’il n’ait jamais eu à utiliser ces compétences auparavant. Mais ce n’était pas le moment d’hésiter.

Ryoma purgea son esprit de toutes les pensées violentes et, alors qu’il l’avait fait, toute son anxiété et sa colère s’étaient également stabilisées. Ryoma laissa alors tomber la boîte à lunch dans sa main, et salua les soldats qui s’approchaient avec un large sourire. Comme s’ils étaient des amis proches qui se dirigeaient vers lui.

Voyant le sourire qui leur était adressé, les soldats échangeaient des regards alors qu’ils affichaient ce qui ressemblait être de la confusion. Ils n’avaient jamais imaginé qu’un humain convoqué leur sourirait de cette façon. Les voir dans la confusion était tout à fait normal. Un individu enlevé ne sourirait normalement pas à ses ravisseurs.

Frappés par le doute et la confusion, les soldats s’arrêtèrent, arrêtant leur avance vers lui. Et c’était exactement ce que Ryoma attendait d’eux.

Puis, en un éclair, Ryoma se dirigea vivement vers le soldat situé à l’extrême gauche et enfonça son index au plus profond de son orbite gauche.

« Gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !? »

Un hurlement bestial éclata des poumons du soldat.

L’œil était l’une des parties du corps humain les plus vitales et les plus faciles à endommager. Dans l’œil, même un grain de sable pouvait causer une douleur considérable, et Ryoma l’exploita sans pitié. Ce n’était pas une zone facile à attaquer, mais le sourire de Ryoma avait amené le soldat à baisser momentanément sa garde.

Les attaques-surprises, de par leur nature, devaient être lancées sans que l’ennemi s’en rende compte. Si les deux adversaires se faisaient face, les attaques par surprise ne seraient jamais efficaces. Mais ces types d’attaques ne consistaient pas uniquement à se faufiler et à sortir de l’ombre.

C’est ainsi que, tout comme il avait fait à l’entraînement, Ryoma porta le coup de grâce à son adversaire. Le doigt encore enfoncé dans l’œil du soldat, il pencha son bras vers le bas. Le plus grand malheur du soldat venait du fait qu’il portait une armure. Même avec son corps puissant, Ryoma ne pouvait pas espérer vaincre quatre soldats en armure à mains nues. Il avait besoin de trouver une ouverture pour frapper. Et le plus facile était leurs yeux, ce qui accordait à un homme un sort beaucoup plus douloureux qu’une simple mort.

Le soldat aux yeux enfoncés tomba par terre, hurlant et agonisant comme un animal. Le regard de Ryoma tomba sur ses vertèbres cervicales, qui n’étaient pas protégées par son armure. D’un seul mouvement fluide, il avait impitoyablement enfoncé son coude dans le cou sans défense du soldat, mettant les 100 kilogrammes de poids de son corps dans le coup.

Un bruit d’écrasement brutal avait rempli la pièce. C’était le bruit des os du cou du soldat se brisant sous la force du coup de Ryoma. Le soldat s’était violemment écrasé sur le sol, du sang sortant de sa bouche.

Il n’avait fallu que quelques secondes à Ryoma pour attaquer et tuer un seul soldat.

Ce développement totalement inattendu avait laissé tout le monde dans la salle stupéfait. Tandis que tous ceux qui l’entouraient luttaient pour comprendre ce qui venait de se passer, Ryoma dégaina l’épée de la taille du soldat renversé et courut vers les autres soldats. Son attaque-surprise s’était peut-être bien passée, mais il était toujours très désavantagé.

« Aaaaaaaaaaaaaah ! »

Rugissant comme une bête, Ryoma jeta l’épée dans ses mains sur le visage stupéfait d’un autre soldat.

Le soldat montrait une expression choquée sur le visage. Il n’avait sûrement jamais prédit que Ryoma jetterait sa propre arme. Il se hâta de lever sa hallebarde dans la direction de Ryoma, déviant l’épée lancée avec sa garde.

Mais c’était aussi exactement ce que Ryoma attendait de lui.

Le soldat plia son corps vers l’arrière pour échapper à l’épée, déplaçant ainsi l’armure autour de sa gorge, l’exposant à Ryoma. Peu importe la quantité de corps qu’une armure pouvait couvrir, il devait y avoir des trous quelque part, et s’il n’y en avait pas, ils pouvaient tout simplement être fabriqués.

Ryoma balança sa main droite comme une lance avec toute la force qu’il avait sur la gorge exposée du soldat. La sensation distincte que la trachée de l’homme se brisait parcourait tout son corps.

Ça en fait deux de moins. Maintenant, le vrai plaisir commence !

Ce n’était pas un meurtre instantané, mais maintenant que la trachée du soldat s’était brisée, il ne lui restait plus qu’à mourir par suffocation. Ryoma retira sa main du soldat et réajusta sa position. Il n’en restait plus que trois, dont le vieil homme, et le choc initial de l’attaque-surprise s’était déjà dissipé pour eux.

« Meurs ! »

Quelqu’un cria soudain derrière lui, et balança sa hallebarde dans sa direction.

L’expression du soldat était remplie de colère à la suite du meurtre de ses camarades. Mais Ryoma, grâce à sa parfaite connaissance de son environnement, échappa facilement à l’attaque. Ryoma saisit le soldat dont la gorge avait été écrasée par ses épaules, et sauta par-dessus son corps, le plaçant devant lui comme un bouclier.

Un bruit sourd retentit. C’était le bruit de la hallebarde qui se logeait de toutes ses forces dans l’armure du soldat condamné, s’enfonçant ainsi son corps.

Idiot.

Ryoma se déplaça autour du soldat, qui luttait désespérément pour arracher sa hallebarde du corps de son camarade, et frappa de nouveau la gorge du soldat exposée avec une lance.

Le corps humain pouvait être étonnamment solide, et une lame poussée trop profondément dans l’abdomen d’une personne peut s’avérer très difficile à extraire, car la contraction des muscles était plus puissante que ce que la personne ordinaire pouvait penser. Et cette fois-ci, la lame s’était aussi enfoncée dans des couches d’armure, ce qui la rendait encore plus difficile à extraire.

Il en reste deux.

Ryoma jeta un regard noir sur les deux autres. Le soldat au casque décoré différemment, que Ryoma avait pris pour leur capitaine, et le vieil homme en robe.

Le capitaine avait posé la hallebarde sur le sol et dégaina son épée. En voyant les attaques de Ryoma, il avait probablement conclu qu’une épée plus agile et plus souple serait plus efficace contre lui. Lui, le quatrième d’entre eux, serait probablement plus difficile à battre que les trois précédents. Il devait vraiment être le capitaine. Il avait fait une évaluation optimale de la situation.

Le commandant des gardes déplaça la pointe de son épée vers le bas tout en mettant la lame vers l’intérieur sous son flanc, comme s’il essayait de la cacher.

Une position de flanc… Il ne veut pas que je voie la longueur de son épée. Il veut m’abattre d’un seul coup.

Il n’y avait aucun intérêt à utiliser une position de flanc dans le kendo. La longueur des épées de bois était réglementée, et les points de frappe valides se limitaient à des parties comme les gantelets et le casque. La position de flanc était utile pour cacher la longueur de votre épée et frapper les jambes et la moitié inférieure du corps, ce qui la rendait pratiquement non viable.

Mais Ryoma tenait maintenant une épée dans la main dans une bataille à mort, ce qui rendait les choses complètement différentes. Surtout lorsqu’il s’agit d’épées, le fait de ne pas juger complètement ou de ne pas bloquer la frappe adverse pouvait entraîner une blessure. Et cette blessure entraînerait une perte de sang, ce qui ferait chuter son endurance et perturberait sa concentration en raison de la douleur. Non, même avant cela, s’il était coupé le long de la jambe et qu’on lui sectionnait une artère, cela scellerait définitivement le sort de la bataille.

En regardant la position du capitaine, Ryoma avait bien réalisé son intention. Il y avait deux attaques optimales qui pouvaient découler de cette position. Une frappe horizontale de droite à gauche, et une frappe ascendante de la jambe droite à l’épaule gauche. Toute autre attaque exigerait un changement de position, ce qui pourrait créer une ouverture fatale. L’homme qui lui faisait face n’aurait jamais pris une décision aussi stupide. Ryoma pouvait presque sentir la tension dans l’air qui picorait contre sa peau. Alors que Ryoma ne pouvait pas lire la portée de l’adversaire, le capitaine se tenait prêt à attendre qu’une ouverture se présente. La seule chose qui semblait bouger lentement dans cette impasse, c’était l’écoulement du temps.

Mais la situation changea soudainement. Tandis que Ryoma se concentrait sur l’adversaire devant lui, la voix du vieil homme lui parvint soudain à l’oreille.

« Esprits du tonnerre ! Esprits du vent ! »

En se retournant, il découvrit que l’homme vêtu de sa robe avait brandi ses mains vers lui et commença à réciter ce qui ressemblait à une prière destinée à une sorte d’être transcendant.

Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il est... Et merde !

Ryoma n’avait aucun moyen de savoir à ce moment-là ce qu’était la magie, mais ses instincts de survie hurlaient en lui.

Va-t’en !

Ryoma posa son épée et courut vers le capitaine. C’était tout ou rien. Charger sur son adversaire alors qu’il se tenait dans une position idéale revenait à se précipiter dans la gueule du loup. Mais maintenant qu’un dragon était sur le point de lui tirer dessus par-derrière, il n’avait pas d’autre choix.

Ryoma esquiva le coup du capitaine, qui visait le flanc droit de son abdomen. Se glissant sur le côté gauche du capitaine, son corps passa sous la lame et l’esquiva. L’épée était passée à quelques centimètres sous sa tête, coupant des mèches de ses cheveux.

***

Partie 6

C’était un pari risqué. Si le capitaine avait fait une frappe horizontale, le corps de Ryoma aurait été coupé en deux. Mais il avait décidé de faire une frappe de la jambe droite à l’épaule gauche, et ce choix avait scellé le duel.

Après être passé derrière le capitaine, Ryoma donna un coup de pied dans le dos exposé. Il l’avait fait pour positionner le corps du capitaine comme bouclier. Et cette décision était la bonne.

« Rassemblez-vous à mes côtés. Respectez ma volonté et écrasez mon ennemi ! Tempête ! »

Au moment où Ryoma plongea à terre, le vieil homme termina son incantation et des rafales se firent et de lourds éclairs sortirent de ses mains.

« Il est tombé raide mort ! »

Le vieil homme cracha après avoir lancé son puissant sort.

Contrairement à sa respiration lourde, le visage du vieil homme était déformé par un sourire, manifestement satisfait de l’avoir mis à mort. Parmi tous les sorts magiques de son arsenal, il avait choisi ce dernier parce qu’il était particulièrement mortel et qu’il avait une incantation très courte. Personne ne pouvait l’affronter de front et survivre. Il avait confiance en la puissance de ce sort.

Ainsi, le vieil homme baissa la garde sans confirmer qu’il avait effectivement tué Ryoma… Il était loin de se douter de la fatalité d’une telle erreur.

Réalisant que le vieil homme avait baissé sa garde, Ryoma s’était levé immédiatement avec l’agilité d’un singe sauvage se jetant sur sa proie. En un clin d’œil, il réduisit la distance entre le vieil homme et lui-même. Le vieil homme, se rendant compte de ce qui se passait immédiatement, se mit à réciter une autre incantation, mais il était beaucoup trop tard.

« Quoi  ? C’est impossible ! Comment as-tu pu survivre à ça... Putain de merde. Tout-puissant — Ngh !? »

Submergé par le mur de chair qui se referma sur lui, le visage du vieil homme était ravagé par la douleur. Un son grave et lourd venait de son flanc droit. Son corps s’était raidi lorsqu’il était devenu incapable de bouger. Le coup de poing impitoyable de Ryoma fit sortir de force tout l’air de son poumon droit, interrompant ainsi son incantation. C’était assez facile à éviter une fois que l’on connaissait le truc.

Après avoir donné un coup de pied au capitaine, Ryoma plongea par terre. C’était tout ce qu’il avait besoin de faire. Si le vieil homme avait lancé un sort de feu à la place, la température élevée aurait causé de gros dégâts au corps de Ryoma, même s’il avait évité un coup direct. S’il s’était servi d’un sort de terre pour l’embrocher avec d’innombrables lances de pierre, Ryoma aurait sûrement été transpercé par eux.

Mais le vieil homme s’était servi d’un sort de vent et de foudre, qu’il avait considéré comme une attaque instantanée et mortelle. L’armure du soldat avait servi de paratonnerre et absorba l’attaque, tandis que Ryoma avait évité les rafales en plongeant sur le sol. Ryoma reprit instinctivement les mots que le vieil homme prononçait dans l’incantation et savait qu’il devait plonger.

Les gens étaient plus négligents quand ils étaient confiants. Le vieil homme croyait que sa magie était absolue, et que tout coup porté à son adversaire serait fatal. Ces deux excès de confiance avaient privé le vieil homme de sa victoire.

« Dis, vieil homme. C’est quoi, cet endroit ? »

Plusieurs des côtes du vieil homme étaient probablement cassées. Tandis que le vieil homme se démenait sur le sol, tenant son côté droit blessé, Ryoma lui parla d’une voix sereine. Mais ses yeux avaient une lueur froide qui gelait le sang qui coulait dans les veines de tous ceux qui osaient les regarder.

« Gaaah... »

La douleur priva le vieil homme de ses paroles.

« Hey ? C’est à toi que je parle. »

Ryoma n’avait cependant pas l’air de se soucier de l’état de santé du vieil homme.

Un grand bruit de claquement retentit dans la pièce. C’était le bruit du coude gauche du vieil homme brisé par un coup de pied de Ryoma. Il avait ensuite frappé le côté blessé du vieil homme avec le bout de ses doigts, sans hésiter.

« Allez, vieil homme. Réponds-moi. Tu as crié “meurt” et “tombe raide mort” plus tôt, pour que je sache que nous pouvions comprendre la langue de l’autre. »

L’apparence du vieil homme n’était pas très japonaise, mais Ryoma ne s’en souciait pas beaucoup pour l’instant. Tout ce qui importait, c’était qu’ils étaient capables de communiquer.

Un sourire doux se figea sur les lèvres de Ryoma. C’était un sourire vraiment doux et aimable. Mais aux yeux du vieil homme, rien n’aurait pu être plus terrifiant.

« Guuuh… »

Refuser de répondre à la question de Ryoma n’était pas une option pour le vieil homme. Il s’était immédiatement rendu compte que ce n’était pas un adversaire contre lequel il pouvait faire semblant de se taire. Mais il ne pouvait pas parler à travers la douleur. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de se recroqueviller et de résister à l’agonie causée par le coup de pied et ses côtes cassées.

« Allez, vieil homme. Tu sais, je n’aime pas vraiment faire ce genre de choses ! »

Ryoma saisit l’oreille gauche du vieil homme couché et la tordit. Étant donné qu’elle devait supporter tout son poids, celle-ci commença à se décoller, et avait lentement commencé à saigner.

« S-Stoppez. Laissez-moi partir. »

On ne savait pas ce qui se passerait s’il n’avait rien dit. Le cœur du vieil homme s’était rempli de terreur à cette pensée.

« Quoi ? Te laisser partir ? Tu ne sais pas demander un peu plus gentiment, connard ? Je pensais qu’une plus grande sagesse allait de pair avec l’âge. »

Le sourire restait sur les lèvres de Ryoma, mais ses yeux se plissèrent jusqu’à une fente et se figèrent dans un éclat dangereux. C’était peut-être la vraie nature de Ryoma Mikoshiba, qui n’avait jamais été vue par personne auparavant, scellée par les chaînes de la raison. Et ce vieil homme allait être la première victime malheureuse de cette nature primitive.

Un autre son sourd résonna sur le flanc du vieil homme et il laissa échapper un cri que personne ne pourrait faire entendre. Le corps bien construit de Ryoma avait déclenché un coup de poing gauche qui avait frappé le vieil homme. Ses 170 centimètres et ses 60 kilos furent projetés à deux mètres de distance.

Une flaque de sang rouge se répandit sur le sol. Ryoma avait continué à saisir l’oreille du vieil homme pendant qu’il le frappait, lui arrachant l’oreille. L’oreille coupée, ensanglantée, restait dans la main de Ryoma.

« Maintenant, mon vieux. Soyons honnêtes l’un envers l’autre. Je ne te poserai que quelques questions. »

Ryoma se dirigea avec confiance vers sa victime blessée. Pour lui, ce vieil homme n’était rien de plus qu’une chose en forme d’homme. Un excellent exemple de la façon dont, dès qu’une personne cesse de voir l’autre comme un être humain, elle pouvait être capable de toute atrocité.

« S-Stop… S-S’il vous plait. Je parlerai… je vous dirai… tout… »

Ses côtes cassées lui avaient probablement perforé les poumons, parce qu’à chaque mot que le vieil homme prononçait, du sang suintait de sa bouche. Son visage était rouge à cause du saignement de son oreille manquante. Il était peu probable qu’il puisse supporter plus de douleur. Le vieil homme parla, chaque mot était imprégné d’agonie.

« Oooh. Eh bien, c’est un soulagement. Très bien, donc, question numéro un. C’est quoi cet endroit ? »

C’était la première question de Ryoma. Il avait besoin de savoir si cet endroit était le Japon. Selon qu’il l’était ou non, le traitement qu’il infligerait à ce vieil homme pouvait potentiellement changer radicalement.

« C’est… le palais… l’Empire d’O’ltormea…, dans la capitale… »

« L’Empire d’O’ltormea ? »

Les paroles du vieil homme rendirent l’expression de Ryoma plus interrogative. Ryoma aimait les études sociales et la géographie était l’un de ses sujets forts. Il était fier de pouvoir réciter les noms de presque toutes les nations de la planète. Mais il n’avait jamais entendu parler de cet Empire d’O’ltormea dont le vieil homme parlait.

« C’est… C’est… le vrai… Pays souverain du… centre du… centre du… continent occidental… » dit le vieil homme, tout en crachant de la salive mélangée à du sang.

Hmm… On n’est pas au Japon. Eh bien, c’est un soulagement.

Le Japon possédait le concept de la légitime défense, mais comparée aux États-Unis, elle s’appliquait dans des cas très limités. Il venait de tuer quatre êtres humains en état de légitime défense, et torturait maintenant un vieil homme, même s’il avait attaqué le premier. Il était douteux que cette situation, si elle faisait l’objet d’une enquête policière, puisse être considérée comme de la légitime défense ou même comme un acte d’autodéfense en état d’urgence.

Si l’on y pense rationnellement, il s’agirait probablement d’un cas de légitime défense excessive, entraînant une peine avec sursis. Au pire, les positions de l’agresseur et de la victime pourraient même être inversées. Bien sûr, une inspection minutieuse révélerait que Ryoma en était certainement la victime, mais il faudrait beaucoup de temps pour que cela soit prouvé. Ryoma ne voulait pas passer du temps en prison simplement parce qu’il s’était battu pour rester en vie.

Mais si ce n’était pas le Japon, rien de tout cela n’était préoccupant. Quelles que soient les lois en vigueur dans ce pays, Ryoma avait la ferme intention de les ignorer et de retourner au Japon dès que possible.

« Question suivante, alors. Pourquoi suis-je ici ? »

C’était aussi une question assez évidente. Ryoma aurait dû être à l’école, mais il s’était soudainement retrouvé dans l’Empire d’O’ltormea qu’il n’avait jamais vu ou entendu parler auparavant. Il voulait savoir pourquoi. Et la réponse qu’il reçut fut…

« P, parce que je vous ai… convoqué… »

C’était une revendication étrange, quoiqu’inattendue. Mais l’expression de Ryoma n’avait pas changé.

« Hmm. Eh bien, je suppose que ceci s’ajoute à cela. »

Ryoma répondit aux paroles du vieil homme avec désinvolture.

Mais personne ne pouvait dire ce qu’il pensait vraiment dans son cœur, dans lequel se trouvaient des émotions qu’il n’oserait pas faire remonter à la surface. Il n’y avait aucun moyen de lire dans ces profondeurs, mais sa troisième question rendait ses sentiments trop apparents.

« J’ai une troisième question pour toi. Et c’est la plus importante, alors tu ferais mieux de répondre. Cela pourrait influencer ton avenir immédiat. »

Ryoma regarda le vieil homme droit dans les yeux avant de demander.

« Puis-je retourner dans le monde d’où je viens, non ? »

Son ton était serein. Ses paroles étaient peut-être dures, mais elles n’étaient pas menaçantes. Et ça l’avait rendu d’autant plus terrifiant. Le cœur du vieil homme battait assez vite pour qu’il puisse éclater. C’était la question qu’il voulait le moins entendre en ce moment. Le vieil homme essaya de trouver un mensonge qui le sortirait de cette situation.

Dois-je lui dire qu’il peut retourner dans son pays ? Non, si je disais ça, il me dirait de le renvoyer tout de suite. Qu’est-ce que je dis, alors ? Si je lui dis la vérité, il me tuera sans hésiter. Et si je lui dis que j’ai besoin de temps pour me préparer ?

Gaius Valkland, l’homme que les pays voisins et les magiciens de la cour de la cour d’O’ltormea vantèrent comme étant le cerveau et l’intellect de l’Empire d’O’ltormea, ne pouvait trouver sa fin aux mains d’un homme aussi fou. L’avenir de l’empire reposait sur ses épaules.

J’ai besoin de gagner du temps… Une fois qu’ils auront remarqué que les choses tournent mal, les gardes vont sûrement se précipiter ici.

Mais le souhait de Gaius ne se réalisait pas. Alors qu’il se crevait le cerveau tout en soulageant la douleur de ses os fracturés, Gaius remarqua soudain que les doigts de Ryoma s’enroulaient autour de son cou. Il n’avait tout simplement pas serré les poignets, alors le vieil homme ne s’en était pas rendu compte.

***

Partie 7

« Allez, mon vieux, ça ne va pas. Mentir ne te mènera nulle part. », chuchota Ryoma tout en regardant son visage en l’attrapant brutalement par les cheveux.

« Je-Je n’ai… pas menti… »

Ces mots confiants irritaient encore plus le cœur nerveux de Gaius.

« Mais tu pensais le faire, n’est-ce pas ? »

Voyant à travers les intentions de Gaius, Ryoma continua.

« Je peux le dire d’après ton sang. Tu avais peur que je voie à travers toi si tu mentais, n’est-ce pas ? Ton pouls s’est accéléré. »

La certitude et la confiance totales derrière ces paroles rendirent Gaius complètement sans voix alors qu’il détournait le regard, mal à l’aise. Cette attitude montra à Ryoma qu’il avait raison.

En vérité, les mots de Ryoma n’étaient rien de plus qu’un bluff. Ryoma remarqua que le pouls du vieil homme s’était accéléré, mais il n’avait aucun moyen de savoir si c’était à cause de la douleur causée par ses os cassés ou de sa peur de l’homme qui tenait actuellement sa vie dans la paume de sa main.

Mais Ryoma savait qu’il avait raison. Et cela était dû à l’expression terrorisée qui avait pris le dessus sur les traits de Gaius lorsque Ryoma avait posé sa troisième question. La réponse à cette question était de celle qui pousserait Ryoma à le tuer. Et s’il avait refusé de répondre, c’était parce qu’il essayait de trouver un mensonge qui le sortirait de là.

« T-Toi… Comment peux-tu… avoir cette capacité… ? »

Comme le voulait Ryoma, le visage de Gaius s’obscurcit de terreur jusqu’à un niveau inconnu.

« Maintenant, réponds-moi. Je peux y retourner ou pas ? »

« C’est… impossible. »

Après d’extrêmes hésitations, Gaius avait finalement prononcé ces mots.

« Du moins, ce n’est pas de mon ressort… »

Son expression était pleine de résignation. Mais bien qu’il ait entendu les pires nouvelles possible, l’expression de Ryoma n’était pas encore surmontée par la colère. Du moins, en surface.

« Hmm… Je m’en doutais au vu de ton attitude. Alors, est-ce que je peux rentrer chez moi ? »

Même après que le vieil homme lui ait dit que cela était impossible, le ton de Ryoma était resté calme. Et cette attitude n’avait fait que renforcer la peur dans le cœur de Gaius.

Pourquoi… ? Pourquoi ne se met-il pas en colère ? Pourquoi n’est-il pas surpris ?

Gaius avait convoqué plus d’une centaine d’autres personnes au fil des ans, et il avait vu d’innombrables réactions. La plupart des gens venant d’un autre monde paniquèrent. Ils pleuraient, mendiaient et criaient, ce qui était prévisible. Mais aucune de ces réactions n’avait aucun pouvoir sur eux, et ils avaient tous été également appréhendés par les soldats et gravés d’un sceau de la servitude par Gaius.

Bien sûr, certaines personnes s’étaient rendu compte du danger dans lequel ils se trouvaient et avaient essayé d’attaquer Gaius et ses soldats, mais ils étaient désarmés. Ils étaient dans l’incapacité d’affronter des adversaires armés. C’était un peu plus brutal, mais à la fin, les soldats les avaient tout de même réprimés et forcés de s’agenouiller devant Gaius.

Mais le jeune homme qui se tenait devant lui était différent. C’était difficile à croire, mais l’homme qu’il avait convoqué aujourd’hui avait tué à lui seul quatre soldats.

« Pour autant que je sache… Aucun pays… n’a cette connaissance. »

Avec d’innombrables doutes en tête, Gaius répondit à la question.

Étant donné leur précédent échange, il n’y avait aucune raison pour que Gaius mente.

« Donc tu sais comment convoquer les gens dans ce monde, mais tu ne peux pas les renvoyer. Pourquoi ? », demanda Ryoma en se frottant le menton.

« C’est… C’est… »

Cette question fit en sorte que le pouls de Gaius atteignit le rythme le plus rapide qu’il avait atteint jusqu’à ce moment.

Pas bon… Qu’est-ce que je dois dire ? Que puis-je dire pour sauver ma vie ?

À en juger par les actions précédentes de Ryoma, Gaius s’était parfaitement rendu compte qu’il avait affaire à un homme cruel et impitoyable qui exécutait ses ennemis sans la moindre pitié. Et s’il répondait à cette question, cet homme sans cœur ne le laisserait jamais vivre.

« Hmm. »

Ryoma sourit, remarquant que la peur de Gaius l’empêchait de répondre.

« On dirait que tu ne veux vraiment pas répondre à ça… Eh bien, c’est très bien. Je vais alors répondre pour toi. »

Ces mots renforcèrent l’effroi et la surprise sur les traits de Gaius. Son cœur semblait sur le point d’éclater.

Ce n’est pas possible… Non, il n’y a aucun moyen qu’il le sache. Il est impossible pour une personne qui vient tout juste d’arriver d’un autre monde puisse… Oh, mon Dieu… Meneos, Dieu de lumière…

Il priait son Dieu, mais cette prière restait sans réponse. Les mots prononcés par Ryoma ressemblaient à un aller simple direct pour l’enfer.

« La raison pour laquelle il n’y a pas de méthode pour renvoyer les gens dans le monde d’où ils viennent est que vous n’avez jamais prévu de laisser partir vivants ceux que vous avez convoqués, n’est-ce pas ? Cela ne sert à rien de renvoyer un cadavre, donc vous n’avez jamais recherché une méthode pour le faire, et aucun pays n’a de méthode pour le faire. Ai-je raison ? Allez, dis-moi. Ai-je tort ? »

« T,toi… »

Les mots de Ryoma étaient l’équivalent d’une condamnation à mort signée par le sinistre faucheur lui-même. C’était ce que Gaius voulait éviter à tout prix de dire, et il a tout compris.

C’est sans espoir maintenant. S’il en sait autant… Rien de ce que je dirai ne l’empêchera de me tuer.

Il avait l’esprit assez vif pour lancer une attaque préventive contre eux, il était suffisamment fort au combat pour battre quatre soldats armés à mains nues. Quant à sa manière de torturer quelqu’un pour obtenir des informations… Pour couronner le tout, il avait la capacité déductive de savoir exactement quoi demander à Gaius.

Un homme si effrayant. Si seulement nous pouvions l’utiliser à bon escient… Notre empire réussirait probablement à conquérir le continent occidental.

Cette pensée avait rempli l’esprit de Gaius. Et cela aurait très bien pu se produire. Mais l’homme qui se tenait devant lui s’opposait complètement à l’empire. Il comprenait pourquoi ils convoquaient des gens de l’autre monde, et ce qu’ils en faisaient.

Vais-je mourir ici… ? Non ! Je ne dois pas mourir ici. Le rêve du roi, et le mien ne peuvent être écrasés ici !

Gaius essaya de contraindre son cœur désespéré. Il avait soutenu O’ltormea parce qu’il partageait l’idéal de l’empereur, qui avait tenté de ramener la paix dans ce monde tumultueux, et s’il pensait aux sacrifices nécessaires pour y parvenir, abandonner ici n’était pas une option.

Heureusement, ma magie guérit progressivement mes plaies. Je vais passer mon tour et attendre un moment opportun… C’est ma seule chance.

Puisqu’il n’avait aucun moyen de renvoyer cet homme dans son monde, il ne laisserait certainement jamais Gaius vivre. Il savait déjà qu’une fois que cet homme lui aurait arraché toutes les informations dont il avait besoin, sa vie prendrait fin sans cérémonie.

Cet imbécile baisse sa garde, pensant que je serais blessé… Alors, au moment où il décidera de me tuer, je le ferai ...!

« En plein dans le mille, hein… Eh bien, cela aurait pu être pire. »

Contrairement à la lutte interne tragique que menait Gaius, Ryoma était resté nonchalant.

Ryoma leva les yeux et soupira. Il voyait sur le visage du vieil homme qu’il ne mentait pas. Il n’aimait pas la torture, et ne l’avait fait que pour s’assurer que le vieil homme ne mente pas, mais hélas, le résultat était le pire possible. Malgré tout, ce n’était pas suffisant.

S’il n’avait aucun moyen de revenir en arrière, cela lui ouvrirait toute une série de questions auxquelles il avait besoin que ce vieil homme réponde. Et si Ryoma devait survivre, il obtiendrait ces réponses du vieil homme par tous les moyens nécessaires.

« Pourquoi convoques-tu les gens ? Si tu n’as pas l’intention de renvoyer des gens de l’autre monde, tu dois sûrement les utiliser comme esclaves, non ? »

Gaius hésita encore une fois à répondre à cette question.

Encore une fois… Il continue de poser ce genre de questions…

Ryoma observa attentivement l’expression de Gaius.

Non ! Cet homme connaît déjà la réponse. Il fait des tests pour voir si je mens… Il me demande juste de confirmer ses suppositions !

Ryoma demandait seulement si la réponse qu’il avait trouvée, dont il était sûr à 90 %, était la bonne. Gaius s’en rendit compte lorsqu’il regarda Ryoma, dont les yeux étaient inébranlables, et après quelques instants d’hésitation, il finit par ouvrir les lèvres pour parler.

« Nous nous servons d’étrangers comme toi… pour gagner une guerre. »

C’était une raison terriblement égoïste, imprégnée de malice. Ils avaient fait venir des humains de la Terre et les avaient envoyés sur le champ de bataille, quelle que soit leur volonté. Ils avaient simplement été forcés par Gaius de verser leur sang au nom de l’empire.

Mais même après avoir entendu ces mots, l’expression de Ryoma n’avait pas changé. Il avait simplement demandé une confirmation supplémentaire des faits.

« Une guerre, hein… Peux-tu me donner plus de détail ? »

Ryoma tourna son regard vers les soldats morts allongés sur le sol pendant qu’il parlait.

« D’après ce que je peux dire, tes amis blindés semblent plus habitués à se battre avec des épées et des lances que la plupart des gens dans mon monde. »

De ce que Ryoma pouvait voir, en termes de compétences, ils étaient assez bons. Il leur sauta dessus et avait survécu, mais c’était surtout parce que la chance était de son côté. Ils étaient vêtus d’une armure et avaient l’expérience du vrai combat. En d’autres termes, la plupart des personnes convoquées dans cette salle étaient beaucoup plus faibles que ces soldats.

« En plus, il n’y a personne dans mon monde qui pouvait lancer du vent et de la foudre comme toi, vieil homme. Ou existe-t-il alors plusieurs autres mondes, et essayais-tu d’appeler quelqu’un avec ce genre de pouvoirs ? »

Ce genre de choses était courant dans les bandes dessinées et les dessins animés, mais pour autant que Ryoma le sache, les vraies gens ne pouvaient pas y arriver.

« Non. Il y a d’autres mondes, mais ton monde est le seul autre monde peuplé d’humains. »

Il n’y avait donc aucune chance qu’ils s’aventurent dans le mauvais monde. Mais ça avait rendu les choses encore plus bizarres.

« Hmm. Mais convoquer des gens de mon monde ne t’aiderait pas beaucoup dans la guerre, n’est-ce pas ? Pourquoi se donner tant de mal ? »

Peut-être que s’ils faisaient venir des gens d’une époque où les chevaliers et les guerriers existaient, ils pourraient probablement s’attendre à un certain potentiel de combat. Même les roturiers de l’époque n’étaient pas détachés de la réalité de la guerre, les effusions de sang étant monnaie courante dans leur vie quotidienne.

Mais s’ils venaient du présent, ils n’avaient aucun avantage. Bien sûr, la guerre en elle-même existait toujours, mais la plupart des armes de notre époque étaient des armes à feu et la plupart des armes destinées au combat rapproché étaient, au mieux, des couteaux. Si vous ordonniez aux gens de cet âge de se battre avec des épées ou des lances, ils ne pourraient pas s’y conformer dans la très grande majorité des cas. Les arcs et les flèches étaient à peine utilisés, même pour la chasse. Dans ce cas, convoquer des gens du monde de Ryoma semblait être un effort inutile.

En termes d’efficacité, ils ont peu de chances d’obtenir quelqu’un qui leur serait utile.

Ce qui laissait une option, ils avaient une sorte de valeur que Ryoma ignorait, ce qui valait la peine de les utiliser.

« C’est parce que vous, les gens d’un autre monde, vous avez le potentiel de devenir les plus grands guerriers de ce monde. »

Répondre à cette question était franchement dangereux. Laisser Ryoma en prendre connaissance risquait de créer un monstre terriblement délicat à gérer pour l’empire. Mais Gaius avait quand même fait ce pari, malgré ce danger. Tenir sa langue ne l’aurait amené qu’à sa perte.

« Les plus grands guerriers… dis-tu ? »

L’expression de Ryoma prit une nuance interrogative aux mots de Gaius.

« Dis-tu que les gens non entraînés pourraient devenir les plus grands guerriers de ce monde ? »

***

Partie 8

L’affirmation de Gaius avait naturellement incité Ryoma à incliner la tête avec confusion, ce qui était compréhensible. Il n’y avait aucune garantie que celui qu’ils convoqueraient serait un artiste martial entraîné comme Ryoma.

« Les personnes que vous convoquez sont-elles limitées à une certaine condition, comme le fait d’avoir un certain potentiel de combat en elles ? »

Cela expliquerait bien des choses. Mais Gaius secoua la tête avec déni.

« C’est le hasard qui décide qui sera la personne convoquée et rien d’autre. »

Ce type ment-il comme il respire ? pensa Ryoma. Non, ça ne semble pas probable, à en juger par la façon dont il s’est comporté.

Les chances que Gaius mentait étaient minces, mais cela signifiait que la plupart des gens qu’ils convoquaient venaient ici sans aucune connaissance du combat. Ils étaient venus d’une époque sans guerre, où les arts martiaux étaient relégués à un élément culturel. Très peu de gens pratiquaient les arts martiaux comme moyen de combattre dans la société moderne.

Bien sûr, Ryoma les pratiquait dans le but de tuer et de protéger sa vie. Il pratiquait au cas où une situation pourrait se présenter où il aurait besoin d’eux. Mais la grande majorité des gens n’étaient pas comme lui. La personne moyenne hésiterait à tuer un animal, et encore moins un être humain. Alors quel sens y avait-il à les invoquer dans ce monde ?

« Alors, à quoi bon faire venir des amateurs d’un autre monde ? »

Gaius acquiesça à la question de Ryoma.

« Dans ce monde, quand vous tuez un autre être vivant, vous absorbez une fraction de sa force vitale. C’est pourquoi nous les convoquons. »

C’était une idée beaucoup trop absurde et ridicule pour les oreilles de Ryoma. La plupart des gens s’en moqueraient. Mais il fixa simplement Gaius en silence.

On dirait qu’il ne ment pas. Je veux dire, s’il avait voulu mentir pour s’en sortir, il aurait pensé à un mensonge plus convaincant… Mais quand même, c’est assez tiré par les cheveux…

L’expression de Gaius était tout à fait sérieuse, et il ne semblait pas mentir. S’il avait eu l’intention de mentir en premier lieu, il aurait probablement trouvé un mensonge plus crédible. Mais c’était quand même une révélation extrêmement difficile à croire.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu dis que j’ai absorbé le pouvoir de ces quatre crétins que je viens de tuer ? »

« Précisément. »

Gaius répondit d’un signe de tête à l’expression douteuse de Ryoma.

Ryoma regarda son corps, mais rien ne semblait différent. Ses bras n’étaient pas plus épais et ses jambes n’étaient pas plus longues, si on en jugeait par les apparences, il avait toujours la même apparence.

« Je n’en ai pas l’impression. »

« La vie de quelques personnes ne vaut pas grand-chose. »

« Tu es en train de me perdre. »

Tuer des gens pour absorber leur force vitale… C’était un phénomène inexplicable dont Ryoma n’avait jamais entendu parler auparavant, il était donc naturel qu’il ait du mal à le comprendre immédiatement.

« Pour être exact, une fois que tu as tué mille personnes, tu gagneras l’équivalent de la force d’une personne. »

Tandis que Gaius expliquait les conditions préalables supplémentaires en place pour ce phénomène, Ryoma se sentait consterné et étonné dans son cœur. Tuer mille personnes pour gagner l’équivalent de la force d’une personne ? Quelle arnaque !

« Ces rendements ne sont-ils pas trop faibles ? Ça ne vaut pas grand-chose si tu dois sacrifier autant pour ça. »

L’exaspération de Ryoma était prévisible. C’était une récompense bien trop dérisoire si l’on considérait l’effort nécessaire pour tuer un millier de personnes.

« Cela dépend des conditions et ne se limite pas aux humains. Si vous tuez un seul dragon, vous gagneriez probablement un pouvoir égal à celui d’une douzaine de personnes. »

Gaius continuait à parler, essayant désespérément d’occuper Ryoma.

Juste un peu plus ! Si je peux gagner un peu plus de temps, les gardes vont sûrement venir. Ils se méfieraient du fait que nous n’ayons pas pris contact pendant si longtemps, et ils viendraient nous demander ce qui s’est passé !

C’était le dernier espoir auquel Gaius pouvait s’accrocher.

« Hmm. Je comprends bien ce truc d’absorption de puissance, mais pourquoi se donner la peine d’appeler les gens de mon monde ? »

« L’une des raisons est que votre efficacité d’absorption est plus élevée. »

« Hein ? »

Les paroles de Gaius avaient encore surpris Ryoma.

« En d’autres termes, si un homme de l’autre monde et une personne de ce monde tuaient un nombre égal de créatures de la même espèce, il y aurait une différence notable quant à la quantité de force vitale que chacun absorberait. »

« Je vois. »

Les yeux de Ryoma s’étaient rétrécis.

« Ce sur quoi vous vous concentrez, c’est le taux de croissance après les avoir convoqués… Même une personne sans expérience du combat pourrait devenir plus forte que les gens de ce monde. C’est pour ça que vous avez choisi de convoquer des gens de l’autre monde. »

Il y avait probablement d’autres secrets en jeu ici, mais pour l’instant, il comprenait surtout ce qu’il avait besoin de savoir.

« Je suppose qu’il est temps… »

Un léger murmure échappa aux lèvres de Ryoma.

Et puis il lança un regard qui perça Gaius. Un regard aiguisé comme une aiguille.

« Eh bien, je ne sais pas si ce que tu as dit est vrai, mais je vais te croire pour l’instant… »

Et après avoir chuchoté cela, Ryoma fit un sourire vil à Gaius, qui était accroupi sur le sol.

« Au fait, vieil homme. On dirait que tes blessures guérissent très vite. »

Ces paroles avaient été prononcées de façon tout à fait nonchalante, mais en les entendant, Gaius avait l’impression que sa colonne vertébrale s’était transformée en glace.

Après avoir été frappé par Ryoma, Gaius s’était maintenu en position fœtale et avait utilisé un sort de guérison tout le temps. Et Ryoma s’en était rendu compte.

« Quoi… ! »

Gaius cria de surprise, Ryoma se moquait tout simplement de lui.

« Je veux dire, bien sûr que je le remarquerais. Je t’ai cassé les côtes assez fort pour endommager tes poumons. Tu pouvais à peine parler étant donné la quantité de sang que tu crachais, mais tout d’un coup, tu as commencé à bavarder, haut et fort. Ce qui veut dire que tu t’es guéri toi-même… pendant que tu tenais ton ventre par terre. »

« V-Vous ! Vous le saviez depuis le début ? »

Ryoma répondit à sa question en haussant les épaules.

« Pourquoi... Pourquoi ? »

Pourquoi n’as-tu rien dit, et m’as-tu laissé m’allonger là pour que je puisse guérir ?

Ryoma avait simplement montré un sourire glacial en réponse aux paroles de Gaius.

« Pourquoi n’ai-je rien dit, me demandes-tu ? Parce que j’ai pensé que tu continuerais à parler comme une pipelette, en pensant que ça te ferait gagner du temps. En plus, tu attendais que je montre une ouverture, n’est-ce pas ? »

« Bon sang de bonsoir ! Vous m’avez laissé faire ce que je voulais malgré le fait que vous en saviez autant !? »

Gaius éleva la voix avec indignation. C’était à un niveau qui dépassait la supercherie ou la ruse. Pour Gaius, la figure de Ryoma lui souriant ne pouvait être vue que comme l’incarnation humaine du diable lui-même.

« Est-ce vraiment si surprenant ? Eh bien, si tu cherchais vraiment à me faire foirer afin de te donner une ouverture pour attaquer, tu ferais mieux de faire semblant d’être blessé. Quel mauvais jugement pour un vieil homme ! »

En disant cela, Ryoma serra sa main de la taille d’une mitaine de baseball, celle-ci devint un poing en forme de pierre.

« Mais ne t’en fais pas pour ça. J’ai compris au moins l’essentiel de ce que tu m’as dit. Je ne sais pas dans quelle mesure ton histoire est vraie, mais à tout le moins, on dirait que je ne rentrerais pas chez moi pour le moment… »

Tel était son dernier avertissement. Les lèvres de Ryoma se recourbèrent en un sourire moqueur, proclamant que Gaius ne lui était plus d’aucune utilité. Voyant ce sourire, le vieil homme recula instinctivement. Sa peur de Ryoma l’avait poussé à bouger.

« Ouais. Je ne ferais rien d’imprudent si j’étais toi. Après tout, je dois te remercier pour toutes les informations que tu m’as données. Je t’accorderai une mort sans douleur. Tu m’as été d’une grande aide, alors je pense que c’est un échange équitable. Eh bien ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

C’était le genre de bonté que Ryoma Mikoshiba manifesta envers Gaius, l’homme qui l’avait enlevé. Mais cette gentillesse n’avait pas été comprise en tant que telle par Gaius. Réalisant les intentions de Ryoma, il fit son dernier pari. Maintenant, ce serait sa seule chance de s’emparer du pouvoir. Peu importe à quel point cette probabilité était proche de zéro, il aurait dû l’accepter.

« Esprits du vent — Kagh !? »

L’incantation de Gaius fut écourtée par Ryoma qui lui enfonça une lance contre la gorge.

« Qu’est-ce que je viens de te dire ? » dit Ryoma à Gaius qu’il tombait par terre, le regardant avec des yeux sans émotion.

Et puis, Ryoma avait impitoyablement porté le coup de grâce sous la forme d’un coup de pied bas qui s’était enfoncé à l’arrière de la tête de Gaius. Un bruit semblable à celui d’une pastèque écrasée résonnait dans la pièce.

« Tu n’aurais rien dû faire d’imprudent. »

Et ces mots chuchotés furent la dernière chose que Gaius Valkland n’entendit jamais, car il fut piétiné et tué comme un insecte.

 

 

« Tout ce que tu as dit m’a énervé. Tu n’étais vraiment qu’une sale ordure… »

Ryoma parla au cadavre de Gaius couché à ses pieds, puis le frappa impitoyablement aussi fort qu’il le pouvait, l’envoyant voler à trois mètres de distance. C’était le genre de colère que Ryoma ne montrait jamais sur son visage quand Gaius était en vie, mais maintenant elle apparaissait trop clairement sur ses traits. Il avait l’expression d’un démon enragé.

La colère pouvait obscurcir le jugement. Se perdre dans la colère au milieu d’une bataille, c’était comme demander à l’adversaire de vous tuer. Après avoir reçu cette leçon à l’entraînement, il était naturellement capable de garder son sang-froid. Mais pour lui, garder temporairement cette patience était déjà un exploit en soi.

Ryoma n’était pas un saint, mais un simple être humain, il était aussi sensible à la colère que les autres. Surtout dans ce genre de situation. Ryoma l’avait donc gardée enfermée et cachée dans son cœur jusqu’au moment où son adversaire avait rendu son dernier souffle.

Gaius et ses sous-fifres avaient probablement convoqué des gens dans ce monde bien avant qu’ils n’appellent Ryoma ici, et il ne pouvait qu’imaginer les résultats de cela… Combien de personnes avaient été appelées dans ce monde seulement pour mourir, se vautrant dans le désespoir ? Ces gens devaient avoir leurs propres espoirs et rêves.

Cette pensée remplit le cœur de Ryoma d’une nouvelle tristesse et d’une nouvelle haine envers le vieil homme, et envers l’empire d’O’ltormea. Ryoma Mikoshiba n’avait peut-être pas eu pitié de ses ennemis, mais c’était quand même un être humain, un homme ordinaire qui connaissait la douleur et le chagrin aussi bien que les autres.

Soudain, une forte détonation retentit sur la porte en fer de la pièce.

« C’est quoi ce bordel ? »

Ryoma s’était tendu par réflexe à la suite de ce changement soudain, tendant ses oreilles pour comprendre ce qui se passait.

« Quelque chose ne va pas, Seigneur Gaius ? »

On avait encore frappé à la porte. Un homme frappait précipitamment de l’autre côté, appelant dans la pièce.

« Les gardes nous ont informés qu’ils ont entendu un fort bruit dans cette pièce. Je comprends que vous êtes au milieu de votre rite d’invocation, mais s’il vous plaît, montrez votre visage juste un instant ! »

« Tch… Je m’y attendais. »

La voix de l’autre côté de la porte incita Ryoma à claquer sa langue avec irritation.

***

Partie 9

Apparemment, ceux de l’autre côté de la porte étaient des soldats, comme ceux qu’il avait tués. Ils avaient remarqué la perturbation à l’intérieur. Ce n’était pas une évolution imprévisible, mais inopportune.

Ai-je un moyen de m’en sortir ? se dit Ryoma. Il doit bien y avoir quelque chose. Une sorte de méthode.

Mais malgré ses efforts, il n’avait rien trouvé. Il n’y avait aucune fenêtre dans cette pièce qu’il pouvait atteindre. La seule façon de sortir de la pièce était la porte avec des soldats qui attendaient de l’autre côté de la pièce, et cela ne semblait pas être un chemin de fuite utilisable. Mais en même temps, il ne pouvait pas se permettre de ne rien faire.

Je n’ai donc aucun moyen de m’en sortir. Peut-être que je n’aurais pas dû tuer ce type si vite.

Ce regret traversa l’esprit de Ryoma pendant un moment.

Non, je n’ai pas pu garder le vieil homme en vie. On ne sait pas quel tour il aurait pu faire. Heureusement que je l’ai achevé.

Certes, il y avait la possibilité de prendre Gaius en otage, mais il n’était pas seulement un vieil homme. Il était capable de lancer des éclairs de ses mains et de puissantes rafales. Aucune prudence ne suffirait s’il s’agissait de le manipuler.

Mais cela rendait sa sortie de la pièce d’autant plus difficile. Ryoma avait tué Gaius et quatre soldats, ce qui signifiait que négocier n’était pas une option. Non, même s’il le pouvait, Ryoma ne choisirait jamais de négocier avec eux. Sa dignité d’homme ne le lui permettait pas. Céder à ces salauds ? Jamais.

Décidant qu’il aurait besoin d’une arme, Ryoma retourna l’un des corps des soldats, allongés face contre terre, pour se procurer son épée. C’est alors qu’une idée lui était venue à l’esprit.

C’était un pari assez dangereux, avec moins de cinquante pour cent de chance de réussite. Ou si l’on était pessimiste, trente pour cent, si ce n’est moins. Mais il n’avait pas d’autre choix. Après quelques instants de réflexion, Ryoma arriva à sa conclusion…

« Ça vaut le coup d’essayer… »

Un autre coup puissant retentit à la porte. La porte en fer était également sécurisée avec un verrou en métal, mais si les gens de l’autre côté voulaient la forcer, il ne leur faudrait que quelques minutes pour le faire, il y avait des gens capables de tirer des éclairs de leurs mains. Il n’avait donc pas beaucoup de temps.

Ryoma fouilla dans les poches des cadavres. C’était un autre monde, après tout. S’échapper de ce château sans argent disponible signifiait qu’il devait continuer à voler les gens ou à voler de la nourriture. Même s’il envisageait de trouver un emploi, rien n’indiquait pour l’instant si ce monde aurait des emplois qu’un lycéen serait capable de faire.

Dans un light novel typique, c’était le moment où un personnage utile qui soutiendrait le protagoniste et lui fournirait la nourriture et le logement apparaissait, mais Ryoma n’avait pas l’intention de s’appuyer sur ce genre de développement commode.

Pour l’instant, il avait récupéré cinq sacs en cuir remplis de pièces de monnaie dans les poches des cadavres. Cet argent était son espoir et sa bouée de sauvetage. Au minimum, il lui faudrait trouver un moyen de retourner au Japon, ou une sorte de travail, avant que cet argent ne soit épuisé, sinon il serait forcé de s’abaisser au vol pour survivre. Il ne connaissait pas la valeur exacte de ces pièces, ni combien de temps il pourrait vivre avec ce montant, mais c’était tout ce qu’il pouvait faire pour le moment.

« Seigneur Gaius ! Seigneur Gaius ! »

Il y eut un autre coup à la porte.

Les cris derrière la porte devenaient de plus en plus forts. Ceux qui étaient dehors crurent qu’il s’était réellement passé quelque chose. Ryoma n’avait pas eu le temps d’hésiter.

Ryoma enleva son uniforme scolaire et, après avoir enlevé sa ceinture de cuir, l’avait attachée autour de sa poitrine. C’était vraiment ridicule à voir, mais ça n’avait pas d’importance pour le moment. Après avoir serré la ceinture, il avait solidement attaché le sac de cuir contenant l’argent.

Ensuite, Ryoma enleva l’armure d’un cadavre qui faisait la même taille que lui, puis lui mit son propre uniforme et lui brûla le visage avec une torche, afin de le rendre méconnaissable. Il avait ensuite revêtu les vêtements et l’armure qu’il avait pris au soldat.

« Pfff. D’une façon ou d’une autre, je l’ai mis… »

Des mots de soulagement s’échappèrent des lèvres de Ryoma.

Après tout, il n’avait jamais mis d’armure. Mais bien que cela lui ait pris un peu de temps, il avait réussi à le faire. Heureusement pour Ryoma, cette armure n’était pas une simple combinaison, mais elle se composait de plusieurs parties fixées sur le corps.

Une autre forte détonation était venue de la porte.

Ryoma s’était tellement concentré sur le port de l’armure qu’il avait brièvement oublié les gens derrière la porte, mais il semblerait qu’ils étaient presque prêts à entrer de force.

Ryoma s’était approché d’un des cadavres des soldats et lui entailla l’artère carotide sur son cou. Bien sûr, comme c’était un cadavre, le sang ne jaillissait pas, puisqu’il ne coulait pas dans les veines. Au lieu de cela, le sang de la blessure s’était progressivement répandu sur le sol, plus qu’il n’en fallait pour tromper celui qui voulait entrer dans la pièce. Ryoma s’était ensuite abaissé doucement sur le sol et s’était couché dans la mare de sang.

« Ce n’est pas le pari le plus sage, mais c’est bien mieux que d’essayer de sortir de cette salle par la force… »

Ryoma attendit patiemment le moment où la porte s’ouvrirait.

Pendant que Ryoma était allongé sur le sol, une foule de soldats hurlait derrière la porte.

« Commandant, la magicienne assistante de la cour, lady Celia Valkland, approche ! »

Selon les rapports des soldats, une femme aux cheveux roux était apparue.

« Qu’est-ce que cela signifie, Seigneur Rolfe ? Qu’est-il arrivé à mon grand-père ? »

Cette dure question fut les premiers mots qu’elle laissa sortir de ces lèvres. Elle les adressa à un homme que les soldats appelaient le commandant. Aussi habile qu’elle ait pu l’être, elle n’était pas très amicale.

« Calmez-vous, lady Celia. », dit Rolfe

Une lueur était visible dans son unique œil.

« Comment voulez-vous que je reste calme ? »

Il semblerait qu’elle était venue précipitamment. Ses cheveux roux, généralement bien entretenus et parfaitement coiffés, étaient ébouriffés et désordonnés, et ses gros seins rebondissaient à chaque pas qu’elle faisait. Il n’y avait cependant personne d’assez fou pour rougir de son apparence à cet endroit et à ce moment-là toutes les personnes présentes étaient résolues à résoudre cette situation inhabituelle.

« J’ai dit calmez-vous ! »

Cette fois, c’était Rolfe qui avait élevé la voix dans la colère.

C’était un vétéran qui avait traversé de nombreux champs de bataille en tant que membre de la garde impériale, et qui avait même bloqué une fois une flèche destinée à ôter la vie de l’empereur avec son propre corps, un exploit qui lui avait coûté son œil, mais lui avait valu le titre de « Bouclier de l’Empereur ». L’histoire de son œil perdu était connue dans tout le continent.

Il avait gagné la confiance de l’Empereur et était maintenant chargé de la sécurité du palais en tant que commandant de l’Ordre des Chevaliers Impériaux. Les paroles de cet homme, qui avait vécu dans la boue et le sang du champ de bataille bien avant la naissance de Celia avaient jeté le doute dans le cœur de la talentueuse magicienne assistante de la cour. Prise de court par son cri de colère, Celia semblait s’être calmée et avait pris une grande respiration pour se ressaisir.

« Mes excuses, Seigneur Rolfe. C’était un pitoyable manque de sang-froid de ma part. », dit Celia en baissant sincèrement la tête.

Elle semblait avoir réalisé à quel point elle était agitée. Au moins, elle avait la présence d’esprit d’essayer de se peigner les cheveux emmêlés et d’ajuster sa tenue perturbée.

« Non, je m’excuse pour mon propre comportement. Il est tout à fait naturel que tu sois dérangée quand il s’agit de ta propre chair et de votre sang. Je suis vraiment désolé d’élever la voix. »

En voyant l’attitude de Celia, le regard de l’œil solitaire de Rolfe s’était adouci. Il était rempli de la compassion qu’un père regardant sa fille pourrait ressentir.

« Cela dit, Seigneur Rolfe, qu’en est-il de la situation ? »

Le ton de Celia était redevenu calme.

Son visage était rempli de la froideur. Une froideur telle que les pays voisins donneront à ce jeune génie le surnom de « Reine des Blizzards ».

« À l’heure actuelle, nous en savons très peu. »

Rolfe secoua la tête devant Celia.

Rolfe lui-même ne s’était que récemment précipité après avoir entendu le rapport de ses subordonnés. Il n’avait pas tout à fait saisi la situation, mais en savait encore un peu plus que Celia, qui venait tout juste d’arriver.

« Aucun problème. Quoi que vous sachiez sur cette affaire, parlez s’il vous plaît. »

« Très bien », acquiesça Rolfe.

« Pour accomplir le rite d’invocation, le Seigneur Gaius est entré dans cette pièce avec quatre soldats. C’était il y a environ trois heures maintenant… »

« Trois heures… »

L’expression de Celia s’était assombrie.

« Il faut deux heures pour préparer le rite d’invocation, et l’incantation du sort dure environ trente minutes. Même en tenant compte d’une certaine erreur, ne pas entendre un mot pendant plus de trois heures est très inhabituel en effet… »

Le sentiment que quelque chose s’était vraiment mal passé secoua le cœur de Celia.

« Oui. D’après le rapport que les gardes m’ont donné, ils ont entendu un tremblement venant de la pièce il y a une trentaine de minutes. J’ai ordonné aux gardes de vous contacter et je suis venu ici moi-même. »

« Je vois. Et ensuite ? »

Hochant la tête à l’explication de Rolfe, Celia l’exhorta à continuer.

« En venant ici, j’ai trouvé ces soldats qui attendaient devant la porte. Apparemment, il leur a été interdit de laisser entrer qui que ce soit ou de faire du bruit pendant le rite, alors certains d’entre eux sont allés faire le rapport pendant qu’ils étaient en attente… N’est-ce pas, messieurs !? »

Soudain, Rolfe cria tout en tournant son regard vers les deux soldats qui se tenaient derrière lui. Leurs expressions étaient pleines de désespoir, preuve qu’ils n’étaient pas à l’aise de savoir s’ils avaient géré la situation correctement.

« Je vois… Votre jugement était tout à fait sain. »

« Oui, madame ! »

Celia s’était tournée vers les soldats, qui avaient été attentifs à ses paroles d’encouragement. En recevant son sourire, les expressions des soldats se détendirent. Ils avaient la certitude qu’ils avaient fait leur travail de gardiens de palais correctement, mais il n’y avait pas beaucoup de nobles qui le verraient comme tel. Au pire, ils pourraient exiger de savoir pourquoi ils n’avaient pas fait irruption immédiatement avant d’être punis pour cela. Mais comme ils avaient réalisé que ce n’était pas le cas, leurs expressions s’adoucirent.

Rolfe ignora l’attitude des deux soldats et continua son explication. Ce n’était pas le moment de se soucier de leurs actions.

« Mais le fait est que trop de temps s’est écoulé. J’ai donc pris l’initiative d’essayer de frapper plusieurs fois depuis mon arrivée, mais… »

« Pas de réponse ? »

« Oui, madame. »

« La préparation du rite et de l’incantation pour le sort ne devrait pas prendre trois heures, même les plus longues. »

Celia avait formulé ses pensées après avoir entendu l’explication de Rolfe.

« Et si un praticien aussi compétent que grand-père n’est pas sorti après tout ce temps… Après tout, grand-père a conduit plus d’une centaine de rites d’invocation… »

« C’est tout à fait vrai », dit Rolfe en hochant la tête tout en entendant les paroles douteuses de Celia.

« Le Seigneur Gaius a conduit le rite d’invocation cent vingt et une fois, et n’a jamais failli une seule fois. »

L’expression de Rolfe témoignait de son lien profond et de sa confiance dans le talent de magicien de Gaius. Le rituel d’invocation d’une personne d’un autre monde était bien connu dans ce monde. L’existence d’extraterrestres avait également été documentée dans les mythes anciens d’autres pays. Mais si l’existence du rite était bien connue, ce n’était pas quelque chose qui se pratiquait régulièrement. Peu de magiciens étaient capables de l’exécuter, même si l’on fouillait le continent occidental de haut en bas.

Le rituel d’invocation était l’art secret le plus grand et le plus difficile de tous. Le fait que Gaius Valkland l’avait exécuté avec un taux de réussite de cent pour cent était une preuve de sa redoutable habileté. Mais ce n’était que pour parler de ses réalisations passées.

« Oui, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de problèmes. » Dis Celia, mais un doute pesait derrière ses mots.

« Donc pensez-vous que le Seigneur Gaius a échoué au rituel, Dame Celia ? »

L’expression de Rolfe s’était obscurcie.

***

Partie 10

« C’est difficile à discerner à ce stade. Mais si nous supposons que rien ne s’était passé, il devient alors difficile d’expliquer le tremblement que les soldats ont ressenti. Il n’y a aucun aspect du rituel d’invocation qui causerait une telle perturbation. »

« Donc vous dites qu’il y a eu une sorte… d’accident ? Devrions-nous demander à Sa Grâce d’évacuer le palais immédiatement ? »

Rolfe n’était pas assez stupide pour croire naïvement qu’il n’y avait aucune probabilité qu’un accident se produise simplement parce qu’il n’y en avait jamais eu jusqu’à maintenant. Et il savait aussi que les accidents magiques pouvaient avoir des conséquences à long terme.

Une calamité magique. Si quelque chose devait interrompre le rite d’invocation et que le sort devait devenir incontrôlable, rien ne permettait de savoir ce qui pouvait se passer. Le fait qu’une salle entière du palais soit emportée par le vent était optimiste. Dans le pire des cas, le pays tout entier pourrait être anéanti, tout comme cela avait été le cas autrefois pour un ancien royaume.

Je suppose que c’est le pire scénario possible. Mais si cette présomption s’avère exacte, nous devons assurer la sécurité de Sa Grâce, pour le bien de notre nation…

La sécurité de l’empereur devrait au minimum être assurée. Cette pensée poussa Rolfe à l’action. Mais Celia secoua la tête, rejetant ses inquiétudes. S’il y avait eu une calamité magique, certains signes de celle-ci se seraient déjà manifestés à l’extérieur de la pièce. Même si ses effets se limitaient à la seule pièce, Celia excellait dans la détection de la magie et pouvait détecter toute perturbation à cette distance. Ce qui ne laissait qu’une seule conclusion.

« Non. Selon toute vraisemblance, grand-père a dû utiliser sa magie. »

L’œil unique de Rolfe brillait à la suggestion de Celia. Gaius avait peut-être utilisé une magie d’attaque en combattant quelqu’un.

« Une attaque magique… C’est certainement possible. Mais si c’est le cas, pourquoi le Seigneur Gaius ne quitterait-il pas la pièce ? »

C’était la principale raison pour laquelle Rolfe ne pouvait écarter la possibilité d’un accident. Peu de personnes sur tout le continent pourraient survivre à un sort lancé par Gaius, magicien de la cour de l’Empire O’ltormea. L’idée que quelque chose se soit passé au milieu du rituel pour l’immobiliser semblait plus probable que cela. Bien sûr, Rolfe savait qu’il n’y avait pas d’absolu dans la bataille, mais Rolfe ne pouvait pas imaginer Gaius se faire tuer par quelqu’un.

« Peut-être qu’il ne peut pas quitter la pièce. »

« C’est impossible. »

L’expression de Rolfe changea aux mots de Celia.

« Un homme du calibre du Seigneur Gaius… »

Celia avait souligné la seule possibilité que Rolfe essayait délibérément d’ignorer.

« Si l’on considère le pire scénario possible… »

Les traits de Celia s’étaient tendus.

C’était l’expression d’une personne réalisant la mort possible d’un parent.

« Toutes mes excuses ! »

Rolfe baissa soudain la tête vers Celia.

« Que faites-vous, Seigneur Rolfe ? »

Celia avait été bouleversée par les excuses soudaines de Rolfe.

« Lady Celia, je me suis trompé dans mon jugement. »

J’aurais dû intervenir dès que j’ai entendu le rapport. Si j’étais entré dans la pièce dès que possible, j’aurais peut-être pu sauver la vie du Seigneur Gaius.

Cette pensée traversa l’esprit de Rolfe, mais Celia a secoué la tête.

« Non, Seigneur Rolfe. Personne ne peut interrompre le rite d’invocation pendant qu’il est en cours, c’est la loi. Si vous aviez pénétré dans la pièce de votre propre chef, cela aurait pu causer une catastrophe. Je crois que peu importe ce qui s’est passé, votre attente a été une sage décision… Alors s’il vous plaît, arrêtez ça tout de suite. »

Apaisant Rolfe, elle lui avait fait lever la tête baissée. Il était vrai que personne n’avait été autorisé à entrer dans la salle de convocation au milieu du rite, de peur d’un désastre secondaire. Tel était le niveau d’attention et de prudence requis pour la convocation.

« Je doute de la possibilité d’un accident. Si cela s’était produit, son influence nous aurait déjà été visible. »

La signification des mots de Celia était une prémonition bien trop cruelle.

« Lady Celia… »

Rolfe remarqua que les épaules de Celia tremblaient.

Elle essayait désespérément de contenir ses émotions envers son seul et unique parent de sang.

« Bien sûr, c’est juste en supposant le pire scénario possible. Pour l’instant, allons à l’intérieur et confirmons la situation par nous-mêmes ! »

Rolfe ne pouvait que veiller sur Celia alors qu’elle s’accrochait à la dernière lueur d’espoir.

« Comme la porte est en fer, elle est verrouillée de l’intérieur. Je vais faire venir un bélier pour l’ouvrir, alors donnez-nous un peu de temps. »

Rolfe se prépara rapidement à commander ses soldats, mais Celia n’avait apparemment pas l’intention de se conformer à la suggestion de Rolfe.

« Non, Seigneur Rolfe. Nous n’avons pas de temps à perdre. Je vais gérer cela. »

Ces mots firent paniquer Rolfe. La porte de la salle de convocation était plutôt épaisse et robuste, et un magicien normal ne pourrait pas la percer. Bien sûr, Celia, en tant qu’aide-magicienne à la cour, pourrait le faire, mais le problème était de savoir ce qui arriverait après cela.

« C’est… C’est… »

Rolfe marmonnait d’une voix agitée.

Mais il n’y avait pas eu de coupure dans l’incantation de Celia.

« Ô esprits qui gouvernent sur le feu ! Accordez-moi votre protection et respectez ma volonté ! »

« Lady Celia, non ! Les hommes, à couvert ! »

Ignorant ses tentatives pour l’arrêter, Celia compléta son incantation.

« Écrasez l’ennemi qui se tient sur mon chemin ! Flamme explosive ! »

Un globe de flamme tourbillonnait dans les paumes des mains de Celia, celle-ci les tendit vers la porte en fer. Au moment où elle le fit, la porte s’était déformée, et le bruit tonitruant d’une explosion résonna dans le château. Le choc et le bruit de l’explosion avaient privé Rolfe de sa vue et de son ouïe pendant quelques instants. La chaleur et l’odeur de brûlé typique d’un incendie remplissaient le couloir. La force de l’explosion créa de minuscules fissures à travers les murs du château.

La vue de Rolfe se rétablit peu à peu, et la première chose qu’il vit fut la porte, rougeoyante et cramoisie. L’air environnant vacillait sous l’effet de la chaleur, comme si une partie de l’enfer même s’y était manifestée. La porte, cependant, était restée intacte. Non, si la porte était brûlante, il était impossible de s’en approcher. Les choses étaient encore pires.

C’est pour cela que j’a1 essayé de l’arrêter. Qu’est-ce que Lady Celia va faire maintenant…

Cependant, avant que Rolfe ne puisse faire connaître son sentiment à Celia, la porte s’était effondrée avec un bruit fort.

« Venez, entrons. »

La voix de Celia résonnait.

Les soldats avaient traversé la porte, qui avait été refroidie à un point tel qu’il suffisait de la toucher pour y coller sa peau. Ceux-ci s’infiltrèrent dans la pièce.

« Je vois… Vous avez donc utilisé la différence de dilatation thermique pour briser la porte. Très impressionnant. »

Celia hocha légèrement la tête en entendant les louanges de Rolfe. Elle avait d’abord utilisé la magie du feu, ce qui avait fait croire à Rolfe qu’elle essayait de faire fondre la porte. Il avait essayé de l’avertir des problèmes que cela causerait, puis il avait essayé de l’arrêter. Mais Celia comprenait parfaitement le problème. Si elle utilisait des flammes assez puissantes pour faire fondre la porte, la zone environnante serait réduite à un brasier ardent. Celia et Rolfe s’en sortiraient probablement indemnes, mais les soldats les plus simples ne s’en sortiraient probablement pas.

De plus, ils ne pourraient pas entrer dans la pièce tant que l’air ne serait pas refroidi. Celia avait donc arrosé la porte d’une chaleur massive, puis avait utilisé la magie du gel pour refroidir la porte bouillonnante. La chaleur provoqua l’expansion de la porte métallique, et en la refroidissant rapidement, la porte se brisa.

« Venez, Seigneur Rolfe. Dépêchons-nous de rentrer. »

Rolfe hocha la tête silencieusement en entendant les mots de Celia.

« Bougez. Qu’est-ce que vous faites devant la porte ? Rentrez, maintenant. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? Grand-père est en sécurité ? »

Passant devant les soldats qui se tenaient devant la porte, leur souffle était visible dans des bouffées blanches, tous les deux furent témoins de la tragédie ayant eu lieu. L’arôme de rouille unique au sang versé leur remplissait les narines, un parfum auquel Rolfe n’était que trop habitué.

« Lady Celia… Quoi... Qu’est-ce que c’est… ? »

« C’est horrible… »

La vue les rendait sans voix. Ils l’avaient peut-être prédit quelque part dans leur cœur, mais même avec la réalité qu’il leur était imposé, c’était encore difficile à croire.

« Qu’en est-il de grand-père ? »

En regardant autour d’elle, Celia aperçut la robe blanche couchée sur le sol, une robe unique que son grand-père aimait particulièrement. Il ne pouvait pas y avoir d’erreur.

« Nooon... Grand-père ! »

Celia était tombée à genoux, s’effondrant sur le sol.

Rolfe la soutint en hâte, mais Celia retira violemment les bras qui la bloquaient et courut vers Gaius, qui était étendu sur le sol. Elle avait ramassé son corps dans la panique. Ses mains étaient couvertes de sang.

« C’est… trop horrible. » Grimaça Rolfe tout en regardant le corps de Gaius gisant dans les bras de Celia.

Même lui, qui avait parcouru d’innombrables champs de bataille, se souvenait d’avoir vu un cadavre si sauvagement battu qu’une poignée de fois. D’après la blessure à l’arrière de la tête de Gaius, Rolfe supposa qu’il avait été attaqué par-derrière ou battu alors qu’il s’accroupissait. Si c’était la première possibilité, c’était un témoignage de l’habileté de l’agresseur, si c’était le second, c’était une preuve de sa cruauté.

Dans un cas comme dans l’autre, ce serait un ennemi redoutable… Hmm, c’est…

Convaincant Celia de lâcher le corps de Gaius, ils l’allongèrent sur le sol, et après une inspection plus approfondie, Rolfe se mit à grimacer.

Un seul coup à la gorge. C’est probablement la blessure mortelle. Dans ce cas…

L’assaillant avait bloqué la trachée de Gaius, puis lui avait porté un coup final à l’arrière de la tête.

« Qui ferait quelque chose d’aussi horrible… » Ce petit murmure avait échappé aux lèvres de Rolfe.

Ces mots étaient empreints de colère et de tristesse. Rolfe avait été sur d’innombrables champs de bataille, et la vue d’un cadavre ne ferait normalement pas trembler son cœur. Il ne penserait à un tel spectacle que si les faibles avaient rencontré leur mort. Mais voir le corps de Gaius Valkland était différent. Gaius s’était battu pendant de nombreuses années aux côtés de Rolfe en tant que compagnon et avait contribué à faire d’O’ltormea le grand pays qu’il était maintenant.

Il était impossible de garder son sang-froid face à la mort d’un ami, mais Rolfe fit tout ce qu’il pouvait pour freiner l’envie de crier.

« N’est-ce pas évident !? »

Un cri de haine jaillit des lèvres de Celia.

« C’est l’œuvre de l’homme de l’autre monde qu’il a convoqué ! »

De flammes noires de colère brûlèrent dans ses yeux suite au meurtre de son grand-père. Et au moment où Rolfe avait vu ce feu dans son regard, il avait retenu son propre cœur vacillant.

Je ne peux pas dire que je la blâme… Ils étaient plus proches que ne le seraient la plupart des pères et des filles…

Les parents de Celia étaient décédés alors qu’elle n’était qu’une enfant. Ils étaient morts au combat contre un pays voisin qui existait jadis près de l’empire et c’était Gaius qui l’avait accueillie et l’avait élevée. Il était son professeur de magie et, en même temps, son dernier parent par le sang. Il était donc naturel pour Celia de perdre son sang-froid après avoir appris sa mort. Toutefois…

« Écoutez, Lady Celia. »

Il avait des doutes sur son affirmation.

« Les gens de l’autre monde pourraient en effet devenir très puissants s’ils étaient entraînés, mais il s’agit d’un faible qui vient tout juste d’être convoqué. Ce monde ne connaît pas la guerre, contrairement au nôtre, et d’après ce que j’entends, ils n’ont généralement pas le droit de porter des armes. »

À en juger par les cas passés, quelqu’un qui pouvait représenter une aussi grande menace n’avait jamais été convoqué auparavant. Les seules choses que l’on ait trouvées sur eux étaient un petit couteau ou une baguette métallique, et la grande majorité des gens de l’autre monde n’étaient même pas capables d’utiliser ces armes. Du point de vue d’un guerrier, les nouveaux appelés de l’autre monde semblaient encore plus faibles que les roturiers de ce monde.

« Mais… ! »

Celia secoua la tête sauvagement devant les paroles emplies de doutes de Rolfe.

***

Partie 11

Aucune autre explication ne lui était venue à l’esprit. C’était ce que Celia essayait désespérément de dire.

Non. Comme l’a dit Lady Celia, il y a de fortes chances que ce soit l’œuvre de l’homme de l’autre monde. Mais nous ne devons pas tirer de conclusions hâtives.

Rolfe lui-même était d’accord avec Celia pour dire que la personne venue d’un autre monde était le suspect le plus probable, mais il n’y avait pas assez de preuves pour l’instant pour en être tout à fait certain.

« Je suis d’accord avec vous pour dire que le plus grand suspect est l’homme que vous avez cité, mais nous n’avons pas suffisamment de preuves. »

Rolfe essaya d’apaiser raisonnablement ses protestations.

« Il y a une chance qu’il se soit passé autre chose. »

La seule option qui s’offrait à lui était de réprimer ses émotions, de peur qu’elles ne l’aveuglent et ne permettent au coupable de s’échapper.

« Il faut d’abord faire le point sur la situation et comprendre ce qui s’est passé. »

La réprimande de Rolfe avait rendu son expression tendue. Elle était un génie d’un tel calibre qu’on lui avait confié même à son jeune âge le poste d’aide-magicienne à la cour. Les mots de Rolfe lui avaient rappelé son rôle et ses responsabilités.

« Toutes mes excuses. Vous avez raison, Seigneur Rolfe. »

« Du moment que vous le comprenez. Je prendrai donc le commandement. »

Empêchant Celia de baisser la tête, Rolfe avait immédiatement commencé à donner des ordres à ses soldats.

« Confirmez si l’un des soldats est vivant ! Et assurez-vous que cet homme étrangement vêtu est vraiment mort. Les autres, fouillez la pièce et vérifiez s’il n’y a pas de trou par lequel le coupable aurait pu passer. En plus de cela… Avez-vous trouvé quelque chose, Lady Celia ? »

Celia secoua la tête devant la question de Rolfe.

Cette tenue ressemble à quelque chose qu’un étranger porterait, mais pourquoi est-il mort ? Cette personne n’était-elle pas seule ?

Elle avait peut-être retrouvé son sang-froid, mais la mort de son seul parent de sang pesait encore lourdement sur son cœur, et son intelligence n’était pas aussi vive qu’elle l’était habituellement.

« Seigneur Rolfe ! Lady Celia ! »

« Il est en vie. Celui-ci est toujours en vie ! »

Peu de temps après, les hommes envoyés pour confirmer la survie des soldats avaient appelé Rolfe et Celia.

« Quoi !?? »

« Vraiment ? »

Rolfe et Celia s’étaient précipités vers l’endroit où l’un des soldats était couché dans une mare de sang.

« S-Sire Rolfe… »

La voix qui prononçait le nom de Rolfe venait en effet de ce soldat qu’ils avaient présumé mort.

« Est-ce que ça va ? »

« Que s’est-il passé ? Pouvez-vous nous dire quelque chose ? »

Comme il était le seul témoin vivant, Rolfe et Celia étaient allés droit au but avec leurs questions.

« Seigneur Rolfe… Un monstre… »

Entendant ses paroles, les deux étaient devenus pâles. Cet homme était le seul à savoir ce qui s’était passé dans cette pièce.

« Quoi !?? Un monstre… ? »

Rolfe sentit que la couleur de son visage s’échappait quand il entendit ce mot inconnu des lèvres du soldat.

Celia paniqua aussi, se demandant si son grand-père n’avait pas échoué au rite d’invocation et convoqué accidentellement une créature inattendue d’un autre monde.

« Que s’est-il passé !? Reprenez vos esprits ! »

« Ga-Gai… il… il… »

Les deux écoutèrent ses paroles avec attention, mais n’avaient pas réussi à tirer un quelconque sens des phrases fragmentaires qui sortaient de ses lèvres.

Ils avaient compris qu’un monstre était apparu, mais aussi que la situation n’était pas aussi claire qu’avant.

« Répondez-moi ! Qu’est-il arrivé à grand-père ? De quel monstre parlez-vous ? »

Celia saisit le soldat qui était allongé sur le sol, les épaules serrées. Celle-ci le secoua violemment. Celia ne se laisserait normalement jamais voir dans un état aussi perturbé, mais en ce moment, elle ne se souciait pas du tout de savoir qui l’avait vue dans cet état.

Un monstre ? Quel genre de monstre ? Non, plus important, où se trouve ce monstre en ce moment ?

Si une créature assez puissante pour tuer le magicien de la cour courait autour du palais, c’était assez dangereux. C’était, littéralement, le cœur de l’empire d’O’ltormea.

Mais plus Celia paniquait, plus la situation devenait grave. Le soldat, qui ne parlait déjà pas de façon cohérente, s’était mis à haleter. Son corps était devenu complètement mou, et il ne réagissait plus à l’appel des soldats.

« Ce n’est pas bon signe. Que quelqu’un emmène cet homme chez le médecin ! Tout de suite ! »

Empêchant Celia de faire pression sur le soldat pour obtenir d’autres réponses, Rolfe ordonna rapidement aux soldats de mettre le soldat sur une civière qu’ils avaient apportée dans la pièce et de l’emmener à l’infirmerie.

« Pourquoi !?? Pourquoi m’avez-vous arrêtée !? »

Célia s’est fâchée contre lui, lui montrant une expression démoniaque.

Rolfe lui fit un reproche. Il s’était probablement rendu compte que s’il ne le disait pas maintenant, il perdrait tout contrôle sur cette fille, qui était presque folle de chagrin. C’était probablement son manque d’expérience dans ce domaine. Talentueuse comme elle l’était, Celia n’était toujours pas douée pour contrôler ses émotions. Elle s’était finalement calmée, mais le soldat mentionnant un « monstre » lui avait fait perdre son sang-froid.

Bien sûr, il fallait peut-être s’y attendre, étant donné que son grand-père honoré avait échoué au rite d’invocation et qu’il était mort. Mais en plus de cela, cet endroit était le cœur de la royauté et de la noblesse. S’il arrivait quoi que ce soit à quelqu’un, même la famille des magiciens de la cour qui avaient obtenu autant de réalisations que Gaius perdrait son honneur et serait en déclin. Au pire, s’il était tenu responsable de l’incident, tout son clan serait puni.

Son sentiment d’avoir été témoin de la mort de son grand-père et son désir de défendre sa famille avaient semé la panique dans le cœur de Celia. Rolfe l’avait compris, et pourtant…

« Si vous continuez à l’interroger comme ça, cet homme aurait très bien pu mourir. », dit Rolfe à l’hystérique Celia, essayant de parler le plus calmement possible sans trahir ses émotions.

Ses paroles ne lui permettaient pas d’argumenter. Interroger ce soldat ensanglanté aurait sûrement entraîné sa mort, étant donné son état.

« Aussi vrai que cela puisse être, regarde cette situation. Comprendre ce qui s’est passé dans cette pièce n’est pas plus important que la vie de cet homme ? »

Mais ses mots n’avaient pas semblé atteindre Celia.

Elle était toujours convaincue que l’obtention d’informations sur son grand-père avait préséance sur la vie d’un seul soldat, s’opposant donc ainsi au raisonnement de Rolfe. Elle réalisa que Rolfe avait raison, mais son cœur fit obstacle à son bon sens. Pourtant, Rolfe avait expliqué la situation en détail, dans l’espoir de la calmer.

« C’est certainement important, mais le seul qui sait ce qui s’est passé est cet homme. J’ai du mal à croire que vous auriez des informations utiles si vous l’aviez interrogé, blessé comme il l’était. Au pire, il mourrait avant de nous dire ce dont nous avons besoin, et tout cela n’aurait servi à rien. Attendre patiemment qu’il se rétablisse est plus sûr, n’est-ce pas ? Pour l’instant, concentrons-nous sur la confirmation de la situation. »

Celia ne pouvait plus argumenter contre Rolfe après ça. Ses paroles sonnèrent vrai, mais ses émotions en tant que personne privée de sa famille et sa dignité en tant que noble l’avait empêchée de l’accepter pleinement.

« Haah... Je comprends. Votre jugement est sûr, Seigneur Rolfe. Pardonne-moi mon emportement. »

Avec un gros soupir, Celia retrouva son calme. Son attaque contre Rolfe était probablement due à la pression sur son cœur. Un génie comme elle n’aurait pas dû agir ainsi, mais le manque d’expérience découlant de son jeune âge était évident.

« Mais je me demande de quel monstre il parlait… Je ne peux pas imaginer que Grand-père échoue de la sorte. En plus, où ce monstre a-t-il disparu ? »

Ces doutes sortirent des lèvres de Celia dans un murmure.

Elle se parlait à elle-même, mais en entendant ces mots, Rolfe sentit quelque chose le toucher. Un malaise qui découlait de ses années d’expérience sur le champ de bataille. Mais il balaya ce doute, sans l’exprimer.

« C’est vrai. Si un monstre est vraiment appelé d’un autre monde, c’est très grave… Non, pour l’instant, inspectons les cadavres restants. Nous pouvons découvrir quelque chose. »

Rolfe lui-même était plutôt troublé par cette situation, ce qui lui avait valu de commettre une gaffe qu’il ne commettrait jamais autrement, il avait ignoré sa propre intuition. Et c’était le jugement de Rolfe qui allait finir par couper court à la faible possibilité qu’ils avaient encore de résoudre cette situation.

« Gros problème ! Sire Rolfe, l’infirmerie ! L’infirmerie est… ! »

Un soldat fit irruption dans la salle de convocation. La panique dans sa voix indiquait clairement qu’il faisait état d’une véritable urgence.

« Calmez-vous ! Calmez-vous  ! Qu’est-ce qu’il y a ? »

L’aboiement colérique de Rolfe résonnait dans la pièce.

Le soldat sur lequel il avait crié dessus s’était rétracté devant le regard menaçant de Rolfe, et avait fait son rapport à travers des respirations laborieuses.

« Monsieur ! Un incendie de cause inconnue s’est déclaré à l’infirmerie… Elle se propage rapidement et a atteint la réserve de médicaments. »

Rolfe était resté sans voix au milieu du rapport du soldat. Le moment était tout simplement trop mal choisi.

« Quoi !?? Comment tout cela peut-il se succéder ? Et l’incendie ? Quelqu’un est venu l’éteindre ? »

La réserve de médicaments contenait une variété de substances combustibles, et ils venaient tout juste d’envoyer un soldat blessé à l’infirmerie — leur seul témoin vivant. Rolfe savait qu’il ne faisait qu’exprimer sa colère à l’égard d’un parent non apparenté, mais il avait regardé le soldat avec mépris.

« O-Oui. », dit le soldat avec une expression désespérée, submergée par le regard de Rolfe.

« Nous avons rapidement informé les magiciens du palais et les avons fait déployer pour faire face à l’incendie. »

Le rapport continu du soldat calma légèrement Rolfe. À tout le moins, l’incendie ne semblait pas s’être propagé jusqu’au palais, et ce seul fait était un soulagement.

« Qu’en pensez-vous, Lady Celia ? »

Rolfe tourna son regard vers Célia, qui se tenait à côté de lui, le doigt appuyé contre son menton bien formé. Le doute avait refait surface dans son cœur.

« Quelque chose n’est pas normal… »

Elle répondit sans hésitation à la question de Rolfe.

Il semblerait qu’elle s’en doutait aussi.

« Alors… vous le pensez aussi, madame ? »

« Oui… Il se passe trop de choses à la fois. »

Gaius Valkland était mort. Un échec sans précédent dans le rite d’invocation venait de se produire. Un monstre inconnu aurait pu être convoqué. Et maintenant, le feu. Rolfe réfléchit à tout cela, et la réponse lui revint à l’esprit.

C’est ridicule. Tout cela pourrait-il vraiment arriver ?

Comme Celia l’avait dit, il se passait trop de choses à la fois, et il n’y avait qu’une explication plausible. Mais elle ne correspondait pas au bon sens de Rolfe.

« J’ai une hypothèse qui pourrait expliquer cette situation. Cependant… »

« Pensez-vous que c’est impossible ? »

Celia devina correctement l’idée de Rolfe, et connaissait la raison pour laquelle il ne l’avait pas dite.

« Je ne sais pas… Du moins, pas maintenant. »

Rolfe tourna de nouveau le cou en regardant les soldats qui inspectaient la pièce. En fin de compte, une spéculation n’était qu’une spéculation, et Rolfe voulait la vérité dure et froide, et non des conjectures.

« Nous avons un rapport ! »

Leur conversation avait été interrompue par les soldats qui étaient revenus de leur inspection.

« Oui, allez-y ! »

« J’ai confirmé que les autres soldats sont morts. »

« Et ? Quelle était la cause de leur mort ? »

***

Partie 12

Les soldats avaient échangé leurs regards sur la question de Celia. Cela semblait être quelque chose de difficile à rapporter.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Parlez clairement ! Quelle était la cause de leur mort ? »

Sous la pression de Celia qui désirait obtenir une réponse, l’un des soldats parla en tant que représentant.

« On dirait qu’ils ont été assassinés à mains nues par un homme… »

« Quoi ? À mains nues !? Comment pouvez-vous en être sûr ? », demanda Rolfe avec colère.

À mains nues ? Un homme désarmé a donc réussi à tuer ces soldats armés et Sire Gaius ? Inconcevable.

Rolfe ne pouvait qu’imaginer la difficulté d’un tel exploit.

« Un des cadavres semble s’être fait écraser la gorge, mais il y a des traces de doigts sur le cou… »

« Des marques de doigts… », grogna Rolfe.

Rolfe ordonna aux soldats de l’emmener au cadavre en question. Tous les deux se présentèrent bientôt devant le cadavre. Sa gorge était en effet effondrée.

« Je vois, ça ressemble à des marques de doigts… »

Rolfe ne s’était pas opposé à l’affirmation de Celia.

« Et les autres cadavres ? », demanda-t-il aux soldats.

« D’après ce que j’ai confirmé, celui-ci a le coup brisé à cause d’un coup au cou. L’armure et le casque sont intacts, ce qui me fait porter à croire qu’aucune arme n’a été utilisée. Celui-ci a probablement été tué par l’agresseur à mains nues. »

En regardant le corps, on aurait dit qu’il avait été tué par une personne non armée.

« Il y a une autre chose qui me dérange… », dit timidement un autre soldat en regardant le cadavre.

« Quoi !?? Soyez clair avec moi ! »

Rolfe, normalement calme, n’avait pas pu cacher son irritation.

Mais c’était tout à fait naturel. Cet incident pourrait ébranler le pays, et il restait peu d’indices.

« Oui, monsieur ! »

Le soldat fit son rapport, tremblant de peur devant la colère de Rolfe.

« Ce cadavre que nous supposons être ceux de la personne de l’autre monde a le visage brûlé, et a aussi des marques de doigts sur le cou. Et, euh… La ceinture du pantalon de la victime est… »

« Quoi !?? Dépêchez-vous avec ça ! »

« Oui, monsieur ! »

Le soldat trembla devant l’agacement de Celia.

« Il manque la ceinture ! Le pantalon glisse du cadavre. Je ne peux pas l’imaginer essayer de se battre de cette façon… »

En entendant cela, les expressions de Celia et de Rolfe changèrent. Ils se précipitèrent vers le cadavre.

« Il a raison… »

« Il ne peut pas se battre comme ça… Alors comment ? »

À première vue, le cadavre qui se trouvait devant eux semblait être habillé correctement, mais en y regardant de plus près, il y avait quelques divergences. En particulier, les manches de la tenue étaient beaucoup trop longues. La manchette de son pantalon était aussi trop longue pour ses jambes, ce qui rendait difficile à croire le fait qu’il pouvait marcher sans trébucher. Et le plus gros problème, comme l’avait dit le soldat, c’était que le pantalon était aussi lâche.

C’est impossible. Ils ne pourraient pas marcher avec ça.

À ce moment-là, tout devint clair pour Rolfe, et Celia aussi.

« Oh, non, non. Seigneur Rolfe, le soldat que vous avez envoyé à l’infirmerie ! C’est l’homme de l’autre monde ! »

Le visage de Celia devenait de plus en plus livide, elle renforça ses jambes avec une magie de renforcement et parties de la pièce comme une rafale.

« Mettez le château en alerte ! Compris ? L’ennemi est déguisé en soldat. Je me fiche que vous ayez à arrêter tout soldat suspect que vous trouvez. »

Donnant ses ordres en succession rapide, Rolfe pris la suite de Celia, laissant la place derrière lui. Après avoir tout assemblé, ils avaient réalisé tout ce qui s’était passé.

« Le scénario catastrophe est vraiment arrivé… J’espère qu’il est toujours là. »

Rolfe cria sur Celia, qui courait devant lui.

« Oui. Pour l’instant, nous devrions vérifier l’infirmerie… Mais il est probablement parti maintenant. »

Celia s’était hâtée de courir, son expression était remplie d’amertume.

Le terrible méchant qui avait tué son grand-père était juste devant ses yeux, et elle ne l’avait même pas remarqué. Rolfe ne pouvait que deviner à quel point elle devait se sentir frustrée.

« Dans ce cas, cet homme d’un autre monde avait un moyen de se battre… », lui dit-il en courant en arrière, entre deux grandes respirations.

« Oui, et il semblerait être assez habile pour affronter quatre soldats armés et un magicien du niveau de grand-père… »

« Avoir autant de talent alors qu’il vient juste d’être convoqué… »

La réponse de Celia lui fit frissonner la colonne vertébrale.

Un homme d’un autre monde avec une telle puissance pourrait rôder dans le palais, et il nourrissait une nette animosité à l’égard de l’empire. Les cicatrices sur le cadavre de Gaius étaient la preuve de cette haine.

C’est un homme dangereux, mais on ne le laissera pas s’échapper. Il regrettera le jour où il a osé défier l’empire.

« Orlando ! »

Celia cria dès qu’elle aperçut un jeune homme qui s’occupait des soldats qui nettoyaient le bazar.

« Celia, seigneur Rolfe. La nouvelle de l’incendie vous a-t-elle amené ici ? »

Le jeune homme se tourna au son de la voix de Celia avec une expression surprise, et fit un geste vers l’infirmerie pendant qu’il parlait.

« Dans ce cas, ne vous inquiétez pas. Je m’en suis occupé. Il n’y a aucune chance que l’incendie se propage davantage. »

« Je peux le voir par moi-même. »

Celia ignora Orlando, et l’interrogea.

« Plus important encore, j’ai quelque chose à te demander. Un soldat aurait dû être transporté à l’infirmerie juste avant le début de l’incendie. Où est-il ? Ronbert est-il présent ? Quelqu’un peut m’expliquer la situation ? »

La question de Celia avait transformé le discours d’Orlando en bégaiement. Il était présent ici par pure coïncidence. Celui-ci marchait dans la cour quand il entendit les cris d’un incendie, ce qui l’avait amené à se précipiter ici. Il n’était pas pleinement informé de la situation.

« Attends un instant, Celia. Je ne sais pas du tout ce qui se passe. Pourquoi es-tu si paniquée ? Cela ne te ressemble pas. »

Orlando n’avait pas pu cacher sa confusion devant le manque de calme inhabituel de Celia, mais Celia elle-même ne semblait pas être dans le bon état d’esprit pour répondre à la question d’Orlando.

« Ce n’est pas grave. »

Son ton épineux indiquait clairement qu’elle avait renoncé à le lui demander.

« Y a-t-il quelqu’un ici qui puisse m’expliquer ce qui se passe ? »

Le regard aiguisé de Celia balaya toutes les personnes présentes, mais sa question ne fut suivie que d’un long silence. Tout le monde semblait s’arrêter de travailler et détournait le regard de façon inconfortable, essayant d’échapper à son regard. La plupart des personnes ne s’étaient précipitées ici que pour aider à éteindre le feu.

Finalement, la voix d’un homme avait perturbé ce silence pesant.

« Vous avez tout à fait raison. Le soldat que vous cherchez était bien là. »

C’était un homme vêtu de blanc, il était chauve au sommet de sa tête. Il avait des cheveux blancs qui entouraient sa calvitie. Sa barbe négligée et mal rasée donnait l’impression que c’était une personne négligée.

« Ronbert… Tu es là. »

Le vieil homme sortit des restes brûlés de l’infirmerie. Il avança vers le groupe de personnes pour atteindre Celia, celui-ci puait l’alcool. Dans des circonstances normales, elle l’aurait probablement déjà critiqué. Bien qu’il ait été qualifié comme médecin de la cour, il était absurde de se promener dans le château en sentant aussi fort l’alcool. Mais Celia avait avalé la colère dans sa gorge, car les flammes de colère dans ses yeux l’avaient fixé sur place.

« Je viens de vérifier à l’infirmerie, mais cet homme est parti depuis longtemps. Il a probablement réussi à s’échapper dans la panique de l’incendie. Si vous le poursuivez, dépêchez-vous. C’est un homme dangereux. », dit-il d’une voix grave et sombre.

Sa voix n’avait aucune trace de sa gaieté habituelle.

« Il y a trois cadavres à l’intérieur. Pour pouvoir les tuer comme ça… il doit avoir une force assez impressionnante. On dirait également qu’il n’a pas hésité un seul instant. »

« Alors, Alan… »

Celia devina la raison de la colère de Ronbert.

« Oui… Sa clavicule a été fracturée. »

Ces paroles avaient laissé tout le monde sans voix. Alan était le fils bien-aimé de Ronbert, qui allait bientôt avoir un enfant. Tous ceux qui savaient à quel point Ronbert attendait avec impatience son premier petit-fils avaient encore plus de mal à trouver des mots de consolation. De tous, Orlando était le seul qui semblait incapable de comprendre la situation.

« Celia, qu’est-ce qui se passe ici !? De quoi parle Seigneur Ronbert ? Qui a tué Alan !? »

Orlando pensait que tout s’était calmé maintenant que l’incendie était éteint, alors les paroles de Celia et Ronbert étaient trop inattendues pour lui.

« Orlando, va tout de suite chercher l’unité de magiciens. »

Ignorant son enquête, Celia avait commencé à donner des ordres.

« Seigneur Rolfe, veuillez organiser la garde impériale. J’irai voir Sa Grâce et lui demanderai la permission de déployer les troupes ! Nous nous regrouperons dans la cour. »

« Compris ! »

« Attends, Celia, je n’ai aucune idée de ce que… »

Contrairement à Rolfe, qui connaissait bien la situation, Orlando demanda timidement une explication, par peur de la colère de Celia.

« Peu importe, Seigneur Orlando ! Pour l’instant, obéissez aux ordres de Lady Celia ! »

« S’il te plaît, Orlando, on n’a pas le temps pour ça ! Il pourrait s’échapper ! »

L’expression d’Orlando changea en entendant Rolfe et Celia. Orlando Armstrum était un magicien du palais de troisième rang et un guerrier qui avait survécu à plusieurs champs de bataille. Bien qu’il ait pu sembler peu fiable à première vue, il avait ce qu’il fallait pour faire face à ce genre de situation. La voix de Celia fit passer son esprit du mode paisible au mode champ de bataille.

« Combien de soldats ? », demanda-t-il d’une voix profonde et glacée qui ne semblait pas appartenir à l’homme secoué de tout à l’heure.

« Autant que possible ! L’ennemi est un homme dangereux. Nous sommes en état d’urgence, donc j’approuve l’utilisation de la téléportation ! »

Celia avait donné aux magiciens la permission d’utiliser la magie, ce qui était interdit dans le château. C’était un bon indicateur de l’urgence de la situation.

« Bien reçu. »

Hochant la tête aux paroles de Celia, Orlando se mit rapidement à lancer une incantation.

« Dieu de lumière, Meneos. J’invoque mon contrat avec vous, accordez-moi la vitesse pour rivaliser avec la lumière elle-même. »

L’instant d’après, il était transporté à l’avant de la caserne des magiciens. Ce spectacle laissa Rolfe stupéfait.

« Je n’en attendrais pas moins d’un magicien de troisième rang. Pouvoir se téléporter avec une incantation aussi courte est très impressionnant. »

Plus la compétence du lanceur était grande, plus son incantation pouvait être courte. Le fait qu’Orlando était capable d’abréger verbalement un sort aussi avancé que la téléportation était une preuve de son talent.

« Bien sûr que oui. C’est après tout l’élève de grand-père. Ne pas avoir ce genre de talent serait inexcusable. »

Les mots de Rolfe adoucirent un peu l’expression durcie de Celia. Elle était heureuse d’entendre ses camarades de classe recevoir des éloges. Mais l’instant d’après, cette émotion disparut de l’esprit de Celia.

« Seigneur Rolfe, nous devons y aller. Il n’y a pas de temps à perdre. »

Elle leva la main vers Rolfe.

« J’utiliserai un sort pour vous envoyer à la caserne de la Garde impériale. Rassemble les troupes, s’il vous plaît. »

« Compris. Allez chercher l’approbation de Sa Grâce. »

Il était peut-être le capitaine de la garde royale, mais il ne pouvait toujours pas déployer ces forces sans l’accord explicite de l’Empereur.

***

Partie 13

« Je le ferai ! Dieu de lumière, Meneos. J’invoque mon contrat avec toi, accorde à cet homme la vitesse pour rivaliser avec la lumière elle-même. »

Après avoir confirmé la disparition de Rolfe, Celia récita une autre incantation, tout cela pour coincer l’ombre de ce tueur évadé.

Lorsque Celia s’était téléportée aux portes de la salle d’audience, les gardes tournèrent leurs hallebardes de façon menaçante dans sa direction.

« Comment osez-vous utiliser la téléportation dans l’enceinte du château ? »

« Avez-vous l’intention de fouler aux pieds la loi nationale !? »

Leurs cris de colère s’élevèrent contre Celia.

« C’est une urgence ! Je dois transmettre mon rapport à Sa Majesté ! »

Celia ignora l’interrogatoire des gardes.

Réalisant que la magicienne assistante de la cour s’était téléportée, les gardes qui se tenaient des deux côtés des portes menant à la salle d’audience abaissèrent leurs hallebardes avec respect. Mais en plus de leur embarras d’avoir crié sur une telle personne, leurs expressions étaient pleines de confusion.

« C’est vous, Dame Celia. Toutes mes excuses ! Mais pourquoi vous êtes-vous téléportée… ? », demanda un des gardes.

« Vous connaissez la loi, n’est-ce pas ? L’avez-vous fait avec l’accord de Sire Gaius ? »

Leur confusion était évidente. Habituellement, l’utilisation de la magie dans le château était interdite, et son utilisation était entravée par une barrière placée autour du bâtiment. Cette barrière spéciale empêchait la téléportation de l’extérieur vers le château et affaiblissait l’utilisation de la magie à l’intérieur des lieux. Ainsi, son utilisation à l’intérieur du palais nécessitait un rituel spécial, réservé au magicien de la cour et à une poignée de chevaliers de haut rang, et qui devait être exécutée à l’avance. C’était une mesure évidente qu’ils devaient prendre au nom de la sécurité.

De plus, seul le magicien de la cour était autorisé à utiliser la magie à l’intérieur même du palais, et même alors, il n’était pas autorisé à l’utiliser librement. Au contraire, la loi stipulait explicitement qu’elle ne pouvait être utilisée que dans des situations d’extrême urgence, des situations rares où des vies étaient en danger.

Ce n’était pas non plus une loi qui pouvait être facilement enfreinte. Tous ceux qui l’avaient violée avaient été condamnés à mort, à quelques exceptions près. Les doutes des gardes étaient fondés, mais Celia n’avait pas eu le temps d’y répondre.

« Silence ! Je vous l’ai dit, c’est urgent ! Nous perdons de précieuses secondes ici ! Si vous n’ouvrez pas la porte, je la forcerai avec mes sorts ! »

Les yeux de Celia scintillaient, son comportement frisait la folie. La mort de son grand-père bien-aimé et sa haine envers son assassin avaient fait disparaître toute trace de calme dans son cœur. L’étiquette de la cour qui lui avait été inculquée dès son plus jeune âge était déjà en train de s’estomper dans ses pensées. Tout ce qui lui restait en tête, c’était l’envie de coincer et de tuer le meurtrier.

« Attendez un instant, Dame Celia. Nous allons vous faire entrer tout de suite ! »

Submergé par la colère de Celia, le garde trembla lorsqu’il hocha la tête à son camarade, qui retourna devant les portes. Ils avaient probablement instinctivement réalisé que sa détermination était réelle d’après ses paroles et son comportement. Il n’avait pas fallu dix secondes à partir du moment où le garde avait franchi les portes pour que celles-ci s’ouvrent en silence, cette fois pour l’accueillir.

« Qu’est-ce que ça veut dire, Celia Valkland ? Comment oses-tu manquer de respect devant Sa Majesté ? »

Alors que Celia entrait dans la salle d’audience, elle avait été accueillie par les cris du Premier ministre au sang de fer, Durnest.

Tch, le ministre est là aussi… Je manque déjà de temps pour expliquer les choses telles qu’elles sont… Celia claqua la langue en pensant à elle-même.

Ce n’était pas quelque chose dont elle pouvait se réjouir, étant donné que chaque seconde comptait. Le Premier ministre Durnest était un fidèle assistant de l’empereur et un vassal influent pour le destin d’O’ltormea, mais il était aussi un homme extrêmement déraisonnable. Son visage, surtout en matière de respect de la loi, lui avait valu sa réputation d’homme d’acier.

« Ton silence ne nous dit rien. Qu’est-ce qui t’a amenée ici ? Et Seigneur Gaius ? Il est du devoir du magicien de la cour de venir en cas de problème. Magicienne adjointe de la cour, Celia Valkland ! Je te l’ordonne par mon autorité en tant que Premier ministre de cet Empire, réponds ! »

Ses questions s’étaient succédé rapidement. Toutes étaient évidentes. Mais dans une situation où chaque seconde comptait, les questions justifiées de Durnest n’étaient qu’une nuisance. Cependant, il y avait une personne dans cette pièce à qui Celia ne pouvait se permettre de manquer de respect, c’était l’Empereur, assis sur le trône.

« Assez, Durnest. Celia a demandé une audience avec nous en extrême urgence. Il s’est sûrement passé quelque chose d’inhabituel. »

« Mais, Votre Grâce… »

Durnest avait insisté sur le fait que l’excuser ne servirait pas de bon exemple.

Durnest lui-même réalisa que Celia devait avoir de bonnes raisons pour agir de la sorte, mais c’était une autre histoire. C’était le protecteur de la loi, pour le meilleur et pour le pire.

« Cessez votre obstination. »

La voix de l’Empereur était tranquille et recueillie.

Même Durnest était incapable de protester contre cette voix. Les yeux de l’Empereur se rétrécirent, son regard se jetant sur lui.

« Comme vous le désirez, Votre Grâce. Pardonnez mon manque de respect. »

Même le Premier ministre était incapable d’aller à l’encontre de la parole directe de l’Empereur. L’Empereur actuel n’était pas une simple marionnette. Après tout, cet homme était le souverain suprême qui avait mis le centre du continent occidental à genoux par sa seule force. Durnest baissa la tête et fit un pas en arrière, debout derrière le trône. La volonté de l’Empereur était au-dessus de toutes les lois. C’était à la fois la force et la faiblesse d’une dictature despotique.

« Bien. Maintenant, Celia Valkland. Qu’est-ce qui vous amène devant moi ? »

Tandis qu’il prononçait ces mots, une vague de pression émanait de son corps vers Celia. La pression l’avait forcée à s’agenouiller.

Vraiment, on n’en attendrait pas moins de Sa Grâce…

Le Premier Empereur de l’Empire d’O’ltormea et l’homme connu par les pays environnants comme l’Empereur Lion — Lionel Eisenheit.

C’était le troisième prince de l’ancien royaume d’O’ltormea, situé dans la chaîne de montagnes au centre du continent occidental. L’ancien royaume d’O’ltormea avait peu de territoire et une économie en difficulté. En outre, de nombreux troubles agitaient le royaume de l’intérieur, et les luttes de pouvoir entre les nobles et la maison royale avaient amené le pays au bord du déclin. Il semblerait que le destin du royaume était d’être absorbé par les pays environnants.

Mais, déplorant l’état de son pays, le jeune Lionel aspirait à lui redonner des forces. Il gagna la guerre de succession, et en purgeant la noblesse adverse, il restaura le pouvoir de la maison royale. Au cours de ce processus, Lionel lui-même s’était battu dans de nombreuses batailles.

Et il y a quarante ans, avec l’invasion et la prise de pouvoir du royaume voisin de Thene, il changea le nom du pays en Empire d’O’ltormea. Depuis lors, il s’était engagé à lutter pour la souveraineté sur le centre du continent.

Et même à l’âge de 68 ans, cet empereur, qui avait connu les champs de bataille sanglants, était couvert de muscles virils et avait assez de force pour submerger la plupart des commandants au combat. Après avoir tué de nombreux guerriers et absorbé leur prana pendant de nombreuses années, il possédait encore le corps le plus solide de l’Empire en termes de force brute.

« Hmm. Qu’y a-t-il, Celia ? »

Lionel demanda lentement à Celia, qui pendit la tête.

« Je ne comprendrai pas si vous ne parlez pas. Vous avez souhaité une audience urgente avec moi. Vous pouvez me répondre rapidement. »

Sa voix sereine soulageait la pression dans son cœur.

« Oui, Votre Grâce ! Je vous demande humblement de m’accorder le commandement de la Garde impériale ! »

Celia, résolue à prendre sa résolution, fit sa demande, mais ses paroles étaient beaucoup trop soudaines et inattendues. Le silence régna sur le trône, le regard de Lionel demeurant fixé sur le visage de Celia.

« Qu’est-ce que tu racontes, Lady Celia !? Un aide-magicien de la cour demandant à commander des soldats, en plus la garde impériale, dont le but est de protéger l’empereur lui-même ? Le Seigneur Gaius est-il au courant !? », cria Durnest, se remettant du choc.

Le silence régna à nouveau. Durnest demanda des réponses à Celia en criant. Il avait le visage rouge. Sa colère était justifiée, Celia n’exerçait aucune autorité de ce type. Bien qu’elle ait été autorisée à donner son avis, les magiciens du palais faisant également office d’officiers civils et d’officiers militaires. Mais ce n’était que dans le cadre d’un avis verbal. Elle n’avait absolument aucun droit de commander des soldats, encore moins la Garde impériale d’élite chargée de défendre la personne de l’empereur.

« Commander la garde impériale, dites-vous… très bien. »

Cependant, la voix de Lionel était calme contrairement à celle de Durnest.

« Selon la raison, je peux vous le permettre. Utilise-les comme vous le voulez. »

« Quoi... Votre Grâce ! Qu’est-ce que vous dites !? »

« J’ai dit que je ne vois aucune raison de refuser, Durnest. Celia a sûrement une raison pour être venue ici avec une telle demande. »

Tandis que Durnest argumentait avec véhémence, Lionel parlait sur un ton remarquablement calme.

« Cependant, Celia, vous devez d’abord présenter ta raison. Pourquoi un magicien du palais a-t-il besoin des soldats ? Comme Durnest l’a demandé, Gaius est-il au courant de vos actions ? »

C’était une question que quiconque aurait raison de se poser s’il ne connaissait pas la situation. Célia avait retenu la douleur qui bouillonnait dans son cœur pour répondre à la question de l’Empereur.

« Mes excuses, Votre Grâce. La vérité, est que grand-père… excusez-moi, Gaius Valkland a été assassiné par quelqu’un. »

Ses paroles résonnaient haut et fort dans la salle d’audience. Un long silence s’ensuivit, tout le monde oubliant apparemment de respirer pendant un moment. Sa déclaration laissa Lionel et Durnest sans mot. Après tout, Gaius était le plus grand magicien de l’empire. Un homme qui se tenait aux côtés de Durnest pour diriger les affaires internes, diplomatiques et militaires d’O’ltormea.

« C’est impossible. Seigneur Gaius est… mort ? »

« C’est impossible. C’est impossible ! Celia ! »

Des mots de déni étaient venus des deux à l’unisson. Ils ne pouvaient pas y croire, car ils connaissaient la force de Gaius. Ou peut-être que leur volonté commune était de refuser d’accepter que leur camarade, avec qui ils avaient partagé leurs joies et leurs peines depuis leur jeunesse, et qui avait soutenu leur empire, soit mort.

« Je suis dans le regret de vous dire que c’est la réalité, Votre Grâce… Gaius Valkland a été assassiné. »

Le silence retomba une fois de plus sur la pièce, et Lionel fut le premier à le briser.

« Pourquoi ? Pourquoi Gaius a-t-il été tué ? Qui aurait pu… Que s’est-il passé ? »

Celia pouvait entendre un son grave et lourd. Lionel retenait sa colère, serrant fermement l’accoudoir de son trône.

« Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas encore avec certitude. Nous n’avons pas de preuves ni de témoins. Mais nous savons qu’il y a quelqu’un qui pourrait très bien être le coupable, compte tenu des circonstances. »

« Qui est-ce ? Qui est-ce ? »

L’accoudoir crissa.

« Sire Gaius devait faire une convocation aujourd’hui. Comme tous les soldats amenés pour garder le rituel ont également été tués, on peut supposer que le tueur était l’homme de l’autre monde qu’il avait convoqué. »

« I, impossible. Je n’arrive pas à y croire… »

Durnest, qui était resté silencieux pendant un long moment, parvint finalement à parler.

Ils avaient déjà convoqué d’innombrables étrangers, et il n’y avait jamais eu de problèmes jusqu’à présent.

« Nous avons également décelé une forte probabilité qu’il se fasse passer pour l’un des soldats du château. Je sais à quel point c’est avancé, mais pour l’instant, j’ai demandé au capitaine de la Garde impériale, Seigneur Rolfe, et au magicien du palais de troisième classe Orlando de préparer leurs unités afin de le poursuivre. Nous sommes prêts à commencer la poursuite dès que vous nous en aurez donné la permission, Votre Grâce. »

Après avoir entendu cela, Lionel s’était empressé de donner sa décision.

« Vous avez ma permission ! La rédaction d’un décret prendra du temps, alors prend cette épée comme preuve de ma vie et de mon ordre ! »

Ceci dit, l’Empereur dégaina l’épée à sa taille et la jeta à Celia. C’était à ce moment que l’Empereur lui-même avait reconnu cette situation comme un état d’urgence du plus haut calibre.

« Celia. Gaius était mon confident de confiance, un ami depuis des décennies, un professeur pour moi… Et un pilier qui soutenait mon pays. »

La voix de Lionel résonnait dans son dos alors qu’elle sortait de la salle d’audience.

« Oui, mon Seigneur. »

Elle ne pouvait que hocher la tête à ses mots.

***

Partie 14

Bien sûr, contrairement à Celia, il n’y avait pas de lien de sang entre Gaius et l’Empereur, mais ses paroles indiquaient clairement qu’il y avait un lien qui transcendait la proximité familiale entre eux.

Même l’Empereur, qui se tient au sommet de ce pays, déplore son décès…

Ces mots honnêtes et sans ruse avaient fait comprendre à Celia à quel point son grand-père était vraiment important.

« Dire que Gaius a été assassiné… C’est une déclaration de guerre contre l’empire d’O’ltormea lui-même. Trouvez le coupable et arrêtez-le, et s’il ne peut être maîtrisé, vous pouvez mettre fin à ses jours ! »

Celia baissa la tête profondément devant l’Empereur dans le respect et la gratitude, puis quitta la pièce. Lionel poussa un grand soupir et parla au rideau derrière le trône.

« Shardina. Avez-vous tout entendu ? »

« Oui, mon Père. »

La voix qui avait répondu à l’appel de Lionel était celle d’une femme d’une vingtaine d’années. Elle avait des cheveux dorés et ondulés qui étaient attachés ensemble à leur sommet et descendaient jusqu’à sa taille. Elle était grande, mais avait une silhouette bien proportionnée. Mais surtout, c’était une beauté frappante ayant les mêmes yeux bleus que l’Empereur.

« Je viens juste de recevoir un rapport de mes subordonnés. Il n’y a aucun doute que Sire Gaius est mort. Un incendie a éclaté dans l’infirmerie au même moment, et un seul soldat a disparu au même moment. Lady Celia semble avoir l’impression que le soldat disparu en question est l’homme venant d’un autre monde. »

« Je vois… Qu’en pensez-vous, Shardina ? »

 

 

« Je crois que son affirmation sur l’identité du coupable est correcte. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un assassinat commis par l’un des pays voisins. Cependant… »

« Cependant, quoi ? »

Le regard de Lionel s’enfonçait dans Shardina alors qu’elle parlait d’une manière insaisissable.

« Je pense que ses chances d’appréhender le coupable sont vraiment faibles. »

Shardina répondit timidement à la question.

« Quoi !? Lady Shardina, prétendez-vous que cela est impossible pour Lady Celia ? », s’exclama Durnest avec surprise.

L’Empereur lui-même avait approuvé cet ordre, mais Shardina prétendait qu’il serait presque impossible d’appréhender le coupable.

« Seigneur Durnest, mon affirmation ne vient pas d’un manque de confiance dans les capacités de Lady Celia. Même si je prenais moi-même le commandement, je crois que mes chances seraient minces. En fait, je doute que quelqu’un y parvienne. »

Shardina secoua la tête sans broncher devant le visage rouge de Durnest.

« Pourquoi !? », cria Durnest, tout en sachant à quel point cela pouvait paraître irrespectueux.

« Nous ne connaissons pas le visage ou l’âge de cet homme, alors comment allons-nous le capturer ? »

« Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

Lionel éleva la voix avec surprise.

Celia n’avait pas tenu compte du fait qu’ils ne connaissaient pas le visage du tueur. Sans montrer un soupçon de découragement devant le regard de son père en retrait, Shardina poursuivit son explication de façon claire.

« Tous les soldats présents dans la chambre de convocation sous le commandement de Sire Gaius ont été tués. Lorsqu’on l’a emmené à l’infirmerie, il était sous l’apparence d’un soldat et n’avait pas enlevé son casque, alors personne n’a confirmé son visage. Les soldats qui l’ont emmené à l’infirmerie et le médecin présent ont également été tués. Par conséquent, personne ne sait à quoi ressemble cet homme. Tout ce que nous savons, c’est que c’est un jeune homme bien bâti. »

La capitale d’O’ltormea était une grande ville d’une taille inégalée sur le continent occidental, comme on pourrait s’y attendre d’un empire puissant. Si la seule description qu’ils avaient à faire était « un jeune homme bien bâti », il serait difficile de trouver cet homme dans cette ville tentaculaire.

De plus, imposer un blocus à une si grande ville était très difficile. Si les pays voisins apprenaient qu’un seul homme avait tué un magicien de haut rang, cela laisserait une cicatrice durable sur la dignité de la nation.

« Comme c’est affreux… Alors, comment Celia va-t-elle traquer le coupable ? »

Lionel gémit devant la réalité que sa fille bien-aimée lui avait signalée.

« C’est un pari, Votre Majesté. Le fait que l’homme d’un autre monde soit déguisé en soldat est une bonne chose pour nous. Nous devons interroger tous les soldats qui tentent d’enlever leur uniforme près du château, ou qui tentent de partir en toute hâte. Même si c’est impossible, il se peut que nous obtenions encore quelques informations. C’est parce que Lady Celia l’a compris qu’elle était si pressée. »

Les paroles de Shardina firent que Lionel s’enfonça dans ses pensées. Puis, il reparla à voix basse.

« Je vois. Donc il y a une chance ? »

« Oui. Cependant… »

« Bien ! Tant qu’on a encore une chance. Shardina ! Vous aussi, prenez le commandement des chevaliers et participe aux recherches. »

Shardina n’avait pas pu cacher sa gêne face aux paroles de Lionel. Pour lui, tant que la probabilité n’était pas nulle, c’était suffisant.

« Votre Majesté ? Est-ce que retirer la princesse Shardina de votre présence est sage ? »

Le visage de Durnest montrait qu’il était confus.

Shardina était responsable de la dernière ligne défensive de protection de l’Empereur. Elle n’avait jamais, pas une seule fois, été déchargée de ce devoir. Les préoccupations de Durnest étaient donc justifiées. L’Empire d’O’ltormea devint aussi grand qu’il l’était parce qu’il avait soumis ses voisins à une pression constante et les avait absorbés comme vassaux. Ainsi, il y avait encore des étincelles de rébellion qui couvaient, tant au pays qu’à l’étranger. Un assassin pouvait à tout moment s’en prendre à la vie de l’Empereur.

« J’ai dit de cesser ton obstination, Durnest ! »

Lionel, cependant, avait réduit ses inquiétudes sans pitié.

Il tourna ensuite le regard vers Shardina et s’exclama haut et fort :

« Shardina Eisenheit, première princesse de l’Empire d’O’ltormea et capitaine des chevaliers Succube ! Regroupez-vous avec Celia et mettez-vous la recherche du coupable ! »

Son regard aiguisé l’avait poignardée. Les yeux de Lionel montrèrent une détermination inébranlable, ce que l’on pouvait aussi comprendre par le fait qu’il appela sa fille par son nom complet.

« Comme vous voudrez, mon père. Je le ferai au mieux de mes capacités, aussi pauvre soit-elle. »

Sentant la volonté de son père l’Empereur, Shardina baissa la tête et quitta la salle en silence.

C’était à ce moment que l’Empire d’O’ltormea avait reconnu Ryoma Mikoshiba comme son ennemi.

Finalement, ils ne restaient plus qu’eux deux dans la salle d’audience. Après un long silence, Lionel parla à Durnest, qui se tenait à ses côtés, avec une voix lascive.

« Les choses sont devenues terribles, Durnest. »

« Oui, votre Majesté. Nous devons résoudre cette situation avant que les pays environnants ne l’apprennent. »

« Hm. Et cela se produit au moment même où nous avons pris le contrôle du centre du continent et que nous sommes sur le point de conquérir l’est. »

« Oui… C’est regrettable. Penser que quelque chose comme cela arriverait au Seigneur Gaius… »

Lionel secoua lentement la tête. Bien plus qu’une défaite sur son chemin de conquête, la perte de son vassal, qui avait été à ses côtés durant des années, pesait lourdement sur son cœur.

« Nous n’avons pas le choix. Durnest, nous devons élire rapidement un nouveau magicien de la cour. Invoquez les ministres. »

« Comme vous le souhaitez. Est-ce que ce sera Lady Celia ? »

La voix de Durnest était lourde d’anxiété.

Elle avait plus qu’assez de talent, et sa loyauté et son pedigree étaient sans faille, mais son manque d’expérience était accablant.

« On ne peut pas faire grand-chose contre sa jeunesse… Sauf l’espoir que ce qui est à venir l’aidera à mûrir. »

« Compris. Je vais dans ce cas m’occuper tout de suite des préparatifs. »

Durnest se retira, laissant Lionel seul sur son trône.

« Gaius, espèce d’imbécile… Juste au moment où ma domination est à portée de main… »

Une seule larme était tombée sur le tapis rouge. Il contenait toutes les émotions que l’homme connu sous le nom de Lionel tenait pour celui qui avait combattu longtemps dans des combats impitoyables à ses côtés.

Revenons un peu en arrière. Le soldat blessé enlevé de la chambre de convocation était, bien sûr, Ryoma Mikoshiba. Son pari avait porté ses fruits.

Bien sûr, il était assez confiant dans ses chances. Ryoma avait supposé que lorsque les personnes qui avaient défoncé la porte seraient confrontées au sol trempé de sang et aux quatre cadavres qui s’y trouvaient, elles ne seraient pas en mesure de faire preuve de jugement. Et il avait raison. En effet, les soldats qui étaient entrés par effraction dans la pièce avaient été ébranlés par ce spectacle terrible.

La plus grande préoccupation de Ryoma était la possibilité qu’ils enlèvent son casque et voient son visage, car s’ils le faisaient, les soldats deviendraient sûrement méfiants. Après tout, aucun d’entre eux ne le reconnaîtrait. Et même s’il avait la chance de s’échapper de cet endroit, se faire connaître rendrait sa fuite encore plus difficile.

En conséquence, l’homme et la femme qui étaient entrés par effraction dans la pièce en s’appelant par leur nom étaient une aubaine. Le fait que Ryoma appelait cet homme par son nom, Rolfe, atténua ses soupçons et l’amena à ordonner que Ryoma soit envoyé à l’infirmerie. Ce simple fait d’être appelé par son nom fit croire à Rolfe que le soldat qui l’avait nommé était un allié, et il n’avait jamais osé penser que tout cela faisait partie du stratagème de Ryoma.

« Guh… Gaah… Guah... »

Ryoma, allongé sur la civière, faisait semblant de tousser.

« Hé ! Restes avec nous ! Nous t’emmènerons bientôt à l’infirmerie ! »

« Oui, reste avec nous un peu plus longtemps ! Tu m’entends !? Reste conscient et n’ose même pas t’évanouir ! Tu pourrais en mourir ! »

Les soldats qui portaient la civière parlaient encore et encore, essayant de redonner du moral à Ryoma. Ils croyaient honnêtement et sincèrement que l’homme sur la civière était un camarade blessé sur le point de mourir.

Ryoma continua à feindre son agonie. Il n’avait jamais vraiment pensé à devenir acteur, mais les hommes désespérés, dos au mur, étaient capables de faire des choses qu’ils sont habituellement incapables de faire. Et en ce moment, sa performance d’homme mourant était digne de l’oscar.

« C’est vrai, on a réussi ! Docteur ! C’est urgent, ouvrez la porte ! », cria un soldat tout en frappant à la porte en bois.

Après quelques instants, la porte s’ouvrit de l’intérieur avec vigueur.

« Alan, ils ont dit que c’était urgent ! »

Un vieil homme cria dans la pièce tout en serrant la poignée.

La puanteur de l’alcool atteignit le nez de Ryoma.

« Je les entends très bien, tu n’es pas obligé de crier, Père ! Vous deux, placez-le sur le lit, vite. »

Un jeune homme d’une vingtaine d’années leur donna aussitôt des instructions, alors que le vieil homme quittait l’infirmerie, pour le regarder d’un regard en arrière.

« Toi aussi, Père — hein, Père ? Où est-il allé ? »

« Le médecin-chef était parti. Probablement pour aller boire à nouveau. » Dis l’un des soldats d’une voix exaspérée, regardant le jeune homme regarder autour de lui dans la confusion.

« Encore ? Que vais-je faire de lui... »

C’était probablement un événement ordinaire. Le jeune homme avait un sourire amer.

« Allons, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. »

Les soldats échangèrent des regards en voyant son expression.

« Le médecin-chef adjoint est aussi doué que son professeur, n’est-ce pas ? »

« Il n’y a aucun doute là-dessus. Au contraire, ses mains ne se mettent pas à trembler quand il dessoûle, alors il pourrait même être meilleur. »

En disant cela, l’un des soldats tapa sur le casque de Ryoma.

« Quoi qu’il en soit, vérifions le patient… Hmm ? Il a l’air en mauvais point. »

En regardant Ryoma, le jeune homme avait froncé ses sourcils.

Tout son corps était trempé de rouge, il sentait l’odeur rouillée et métallique du sang et haletait fortement. Du point de vue du jeune médecin, il avait l’air gravement blessé.

« Pour l’instant, examinons ses blessures. Si ça ne vous dérange pas, pourriez-vous enlever l’armure et le casque du patient ? »

À la demande du jeune homme, les soldats s’étaient rapprochés du lit.

Cet endroit allait bientôt devenir leur tombe.

L’un des soldats s’était soudainement effondré sur place, et du liquide rouge avait jailli de son cou avec vigueur. Tandis qu’il s’asseyait, Ryoma enfonça son épée vers l’avant, tranchant le soldat au niveau du cou. Alors qu’il sautait du lit, il s’était jeté sur l’autre soldat qui se tenait là en état de choc. Il n’avait aucun moyen d’éviter une attaque du soldat qu’il pensait se tordre de douleur il y a un instant. Le soldat ne comprenait pas ce qui se passait, et l’épée de Ryoma lui trancha la gorge sans pitié.

***

Partie 15

« Quoi… ! Qu’est-ce que tu… !? »

Le jeune médecin cria de surprise, et se retourna vers la porte, s’enfuyant désespérément.

Il savait très bien qu’il n’était pas fait pour le combat, alors sa ligne de conduite immédiate avait été de se retourner et de courir. Mais c’était la pire conclusion possible pour Ryoma.

Bon sang, si je le laisse s’enfuir, il va appeler des renforts !

Ryoma enleva rapidement le fourreau de sa taille et le lança vers les pieds du jeune homme. Cela n’avait pas été fait pour l’attaquer. Cela avait pour but de le faire trébucher et de bloquer son chemin d’évasion. Sa tentative avait été couronnée de succès. Heureusement pour Ryoma, le fourreau frappa le jeune homme contre la hanche, lui faisant perdre l’équilibre juste avant qu’il ne s’en sorte.

Ne laissant pas passer l’occasion, Ryoma s’était précipité sur le médecin effondré, et alors qu’il mettait son poids contre son dos, il avait enroulé ses mains épaisses autour du cou du jeune homme. Le jeune homme était mince et son corps pesait plusieurs kilos de moins que celui de Ryoma. Malgré cela, il avait lutté avec acharnement, sentant que sa vie était en danger, mais sa vaine lutte n’avait fait que renforcer l’étreinte de Ryoma.

« Laissez-moi… Qui êtes-vous… ? »

Le jeune homme exprima douloureusement ses mots pendant qu’on lui serrait le cou.

« Désolé, mon pote. Il y a des choses que j’ai besoin que tu me dises. »

Ryoma parlait fort, mais son étau sur le cou du jeune médecin ne s’était jamais relâché. Il pouvait l’étrangler ou lui briser le cou sans effort. Ryoma tenant littéralement sa vie entre ses mains, le jeune homme n’avait pas eu le choix.

« Qu’est-ce que vous voulez entendre ? »

La voix du jeune homme était rauque, à cause de la prise autour de sa gorge.

Pourtant, son intention était assez claire. Ryoma parlait avec la voix la plus douce possible. Il savait assez bien que, selon la situation, parler doucement pouvait être beaucoup plus intimidant que crier.

« Pas grand-chose, je cherche juste à sortir de ce château. Pourrais-tu m’indiquer la bonne direction ? »

La voix de Ryoma était parfaitement désinvolte, comme s’il demandait son chemin dans la rue. Mais cela rendait le jeune homme encore plus effrayé.

« Qui êtes-vous ? Pourquoi les avez-vous tués ? N’étaient-ce pas vos amis ? »

Du point de vue du jeune médecin, ce serait la conclusion naturelle. Il y a quelques dizaines de secondes, l’homme devant lui était un patient gravement blessé. Ryoma, cependant, n’avait pas eu le temps de répondre à ses questions.

« Ouais, désolé. Je n’aime pas ça plus que toi, mais tu vas devoir répondre à mes questions, et vite. »

Ryoma chuchota dans ses oreilles et resserra sa prise.

« Gauh… Gugah... »

Le visage du jeune homme devint progressivement rouge.

« As-tu envie de parler ? »

Le jeune homme hocha la tête désespérément. Si Ryoma continuait à l’étrangler comme ça, l’homme mourrait sans aucun doute. La peur de la mort avait fait craquer sa détermination.

« Des… cendez le cou… loir, et tra… versez la… cour… »

« Descendre le couloir et traverser la cour ? »

Le voyant hocher la tête désespérément, Ryoma serra de plus en plus fort sa prise sur le cou du jeune homme, suffisamment fort pour lui briser le cou…

Ryoma ne pouvait pas le laisser en vie. Peu importait à quel point il était bon ou inoffensif. Il ne pouvait laisser aucun témoin s’il voulait s’échapper de ce château vivant. Le seul avantage que Ryoma avait dans cette situation totalement défavorable était que l’ennemi avait peu ou pas d’informations sur lui.

« Guah... Gaaaugh… »

Des gargouillements et des gémissements s’échappèrent de la bouche du jeune homme, et le son émoussé de son cou qui craqua résonna entre les mains de Ryoma.

En tentant de pousser le corps de Ryoma du mieux qu’il le pouvait, le corps du jeune homme était alors devenu complètement mou. Ses muscles s’étaient complètement détendus, et une odeur putride s’était échappée de son entrejambe.

« Désolé », chuchota Ryoma au cadavre à ses pieds, après avoir enlevé ses mains de la gorge du jeune homme.

Ce mot était la seule chose que Ryoma pouvait offrir au médecin qui avait cru que c’était un allié et qui s’inquiétait sincèrement pour son bien-être. Réunissant ses mains devant le cadavre, Ryoma s’était de nouveau préparé à courir. Tout d’abord, il avait fouillé les poches des trois cadavres, sortant leurs sacs de pièces. Les versant tous dans un seul sac, il l’attacha autour de sa taille.

Il avait ensuite plongé un pansement dans l’eau chaude de la pièce et l’avait utilisé pour essuyer le sang de son armure. Se promener en armure ensanglantée attirerait l’attention.

C’est vrai, j’ai maintenant obtenu l’argent de huit personnes. Je suppose que je pourrais utiliser ces fonds pour mes besoins quotidiens.

Avoir de l’argent sous la main était important. Sans cela, il ne pourrait pas aller trop loin dans sa fuite. Après avoir reconfirmé le poids du sac à sa taille, Ryoma arracha les rideaux et les draps, ainsi que les linges de l’armoire à pharmacie, et mit le feu à toute l’infirmerie. Comme il avait ramassé toutes les choses inflammables qu’il avait pu trouver, le feu s’était propagé rapidement dans la pièce.

Bon C’est le moment décisif.

Ryoma quitta l’infirmerie alors qu’une fumée noire commençait à apparaître et prit une grande respiration.

« Au feuuuuuuu ! Il y a un feuuuuuu ! »

La voix de Ryoma résonnait dans le château.

L’un des magiciens du palais, Orlando, traversait la cour en revenant de la caserne à son bureau quand il entendit les cris.

« Quoi !?? Un incendie !? »

Le sang s’écoula de son visage dès qu’il l’entendit.

Un incendie dans le château était un incident grave. Si le palais royal et le centre du gouvernement devaient prendre feu, cela laisserait une cicatrice sur l’empire d’O’ltormea lui-même. Et en plus, les dégâts matériels seraient inimaginables. La plupart des objets dans le château étaient de grande classe et coûteux. Et s’il y avait des dommages causés à la noblesse, cela pouvait causer au pire des conflits internes. Même Orlando, qui était considéré comme désinvolte et facile à vivre par ses pairs, s’était rendu compte de la gravité de la situation.

Les narines d’Orlando avaient alors senti l’odeur d’un parfum dans l’air. Le parterre de fleurs fleurissait fièrement et libérait un arôme parfumé dans l’air. Mais à l’intérieur de cela se mêlait une odeur nauséabonde et brûlante. Et alors qu’il écoutait attentivement, les cris atteignirent à nouveau ses oreilles.

« C’est un feu ! Un feu dans l’infirmerie ! »

« Un feu ? Où avez-vous dit que c’était !? »

« L’infirmerie est en feu ! Allez chercher de l’eau, vite ! »

« Non, appelez un magicien de palais ! Il peut l’éteindre plus vite ! »

« Ne soyez pas idiot ! Nous devons d’abord évacuer Sa Grâce et les nobles ! »

Beaucoup de soldats, de servantes et de majordomes travaillaient dur pour éteindre le feu. Ils criaient et se déplaçaient frénétiquement. Certains essayaient de déplacer des objets de valeur, quelques-uns cherchaient un supérieur pour qu’il leur donne des ordres, d’autres portaient des seaux pour éteindre l’incendie. C’était un véritable creuset de désordre et de chaos. Et à l’intérieur se trouvaient des nobles qui s’enfuyaient de l’infirmerie vers la cour avec leurs gardes personnels.

Réalisant qu’il y avait vraiment un feu, Orlando se précipita sur le parterre de fleurs. Il se sentait coupable d’avoir piétiné les fleurs tendrement entretenues, mais ce n’était pas le moment de s’y intéresser. Il coupa par le parterre de fleurs et se dirigea vers l’infirmerie. Il savait qu’une fois sur place, il pourrait éteindre rapidement le feu. Cette pensée domina le cœur d’Orlando.

Et c’était précisément pourquoi il n’avait pas remarqué la présence d’un soldat suspect, mêlé au reste des gardes de la noblesse, marchant vers la sortie et ignorant le feu et le chaos derrière lui…

Je devrais pouvoir sortir aussi longtemps que je me mêle à eux…

C’était une erreur de calcul de la part de Ryoma, et il ne pouvait pas retenir son sourire. Il avait allumé le feu dans l’espoir de se faufiler dans le chaos, il avait allumé le feu dans l’espoir de s’éclipser dans le chaos, mais il ne s’attendait pas à ce que les nobles se précipitent ainsi pour leur vie. La vue de ces nobles courant vers les portes se reflètait dans les yeux de Ryoma.

« Pfff. Eh bien, je suis arrivé jusqu’ici maintenant… »

Se mêlant aux nobles en fuite, Ryoma échappa à l’interrogatoire des gardes et réussit à s’échapper du château. Il regarda alors en arrière, jetant un regard vers le château blanc qu’il venait tout juste de quitter, les flammes froides et sombres de la haine brûlaient dans ses yeux.

***

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