☆☆☆Chapitre 87 : Moins qu’humain
Table des matières
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Chapitre 87 : Moins qu’humain
Partie 1
Alus leva les yeux au ciel, un pressentiment le saisissant. Il confirma le reflet du mur devant lui. Près de lui se trouvaient les subordonnés de Vizaist, qui étaient sortis des fourrés.
Après l’avoir reconnu, ils hochèrent la tête une fois, puis retournèrent se cacher. Peu importait le nombre de fois où il les avait vus, ils ne lui semblaient jamais familiers. Comme on pouvait s’y attendre, les hommes de Vizaist étaient bien déguisés.
Maintenant, quel temps faisait-il dans le monde extérieur ? Quelles étaient la température et l’humidité ? Alus s’arc-bouta et fixa le point effiloché de la barrière qui séparait le monde extérieur du monde intérieur.
« Il y aura probablement un moment où je devrai démêler tout cela », déclara Alus.
« Démêler quoi ? » demanda Loki.
« Le principe de la barrière de la tour de Babel », dit Alus en fixant le voile de lumière qui faisait office de grand bouclier pour protéger toute l’humanité.
« Vraiment ?! C’est un secret depuis si longtemps… Mais je suppose que oui. Même s’il s’agit de la sagesse de l’humanité, les détails sont inconnus. J’ai entendu dire que seuls les dirigeants et quelques autres personnes étaient vraiment au courant », dit Loki.
« Oui, eh bien, Babel a toujours suscité de l’intérêt en raison de sa taille, et la barrière elle-même est facile d’accès. Pourtant, même les plus grands érudits n’ont pas réussi à reproduire ses effets. Peut-être n’est-ce pas un secret, mais plutôt quelque chose que personne ne connaît vraiment », dit Alus.
« Tu dois plaisanter. Dans ce cas, il serait impossible de l’entretenir ou de le gérer », dit Loki.
« En effet… Eh bien, passons aux choses sérieuses. »
L’instant d’après, la présence d’Alus devint beaucoup plus nette. C’était comme si la composition de l’air, voire sa couleur, avaient changé.
C’était une transformation qu’il lui était impossible d’imiter. Elle espérait que ce n’était qu’une question d’entraînement et de force mentale, mais l’air qui entourait Alus ne permettait même pas de poser une question aussi simple. Elle se demanda ce qui la différenciait d’Alus.
Quoi qu’il en soit, ce changement n’était pas dû aux sorts ou au mana. Au contraire, la barrière suscitait une peur instinctive. En la touchant, on se mettait en situation de mort, qu’on le veuille ou non. Face à une force absolue, le corps se recroqueville naturellement.
En fixant Alus, Loki prépara le mana dans son corps et aiguisa son esprit. Elle ne restait pas à ses côtés pour être un fardeau.
Ainsi, les deux individus franchirent la frontière entre le royaume humain et le monde extérieur, plongeant dans la réalité. Comme prévu, l’air extérieur les glaça au plus haut point et leur souffle devint blanc. Leurs corps allaient être mis à rude épreuve jusqu’à ce qu’ils s’habituent à la différence de température.
Comme Alus, Loki recouvrit son corps d’une fine pellicule de mana. À partir de maintenant, ils se trouvaient sur le territoire des mamonos.
Ils devaient retrouver les prisonniers évadés et les achever. C’était encore le milieu de la nuit et il faudrait un certain temps avant que le soleil ne se lève. D’ordinaire, se déplacer à cette heure, alors que les mamonos étaient particulièrement actifs, relevait du suicide, mais Alus devait avoir une raison de choisir ce moment de la journée.
Alus se mit finalement à courir sans un mot. Loki le suivit sans perdre une seconde. Cependant, il se déplaçait à une vitesse bien plus grande que dans le monde intérieur, et le simple fait de le suivre demandait à Loki tous ses efforts. Ce n’étaient pas les mouvements du magicien qu’elle connaissait.
Non, c’était une autre facette d’Alus.
Si elle essayait de regarder le côté qui lui convenait, elle n’avait pas le droit de se tenir à ses côtés. Mais ce qui l’effrayait le plus, c’était le fait que ses mouvements n’émettaient aucun son. C’était comme si elle poursuivait une ombre.
Malgré tout, elle courut aussi vite qu’elle le put pour le rattraper. Alors qu’elle était sur le point d’être essoufflée, Alus s’arrêta soudain. Les corps de magiciens morts gisaient sur le sol devant eux. À en juger par l’état d’assèchement du sang qui s’était accumulé autour d’eux, ils avaient probablement trouvé la mort récemment.
« Tu parles d’une malchance », déclara Alus.
Loki serra les lèvres et acquiesça : ils n’avaient certainement pas eu de chance. Il y avait cinq corps au total, soit l’effectif d’une escouade; ils étaient probablement venus ici sur ordre de l’armée. Comme ils n’avaient pas été mangés, ce n’était pas le fait des magiciens, mais d’humains.
Si les personnes qu’ils étaient censés protéger les avaient tués, comment cela pouvait-il être autre chose qu’une malchance ? C’était une scène vraiment misérable. Ils étaient tous morts, il n’était pas nécessaire de vérifier leurs signes vitaux.
« Ont-ils croisé des lames ? Je me le demande », dit Loki.
« Si tu peux appeler ça comme ça. Ça s’est probablement terminé en un instant. Il n’y a aucun signe qu’ils se soient arrêtés pour riposter », dit Alus.
« Beaucoup d’entre eux ont des blessures dans le dos. Essayaient-ils de battre en retraite, peut-être ? Le corps le plus endommagé est celui d’un homme qui semble avoir servi d’arrière-garde. »
Alus regarda le corps que Loki avait pointé du doigt.
« Tu les connais ? » demanda Loki.
« Non, je ne peux pas dire que j’ai déjà vu l’un d’entre eux », dit Alus. « Même si nous sommes tous des magiciens d’Alpha. »
Loki non plus ne les reconnut pas. Mais les uniformes provenaient d’Alpha; il s’agissait donc de leurs compatriotes. À cause de cela, et de l’état dans lequel se trouvaient leurs corps, Loki frissonna et se sentit impuissante. Cependant, Alus ne se préoccupa pas de l’état mental de Loki; il examina les corps sans ménagement et analysa la situation. Pour Loki, cela semblait être un signe de confiance de sa part.
« Loki, utilise ta détection. C’est pénible, mais nous allons lancer une attaque et les éliminer. D’ailleurs, le monde extérieur est notre champ de bataille », dit Alus.
« D’accord ! » répondit Loki. Elle n’avait pas le moindre doute quant à ses instructions. Elle envoya son sonar de mana, ignorant toute possibilité d’embuscade. La première chose qu’elle remarqua, c’est qu’il n’y avait pas de mamonos autour d’eux, pour une raison ou une autre. Même ceux qu’elle pouvait à peine sentir étaient loin, ce qui signifiait…
« Peu importe qu’ils découvrent que nous les poursuivons », dit Alus. « On dirait qu’ils éliminent de toute façon les mamonos qui se trouvent sur leur chemin. Comme ils perdent du temps, cela nous donne un avantage. »
Un sonar de mana était moins efficace lorsque la cible était éloignée, et encore moins lorsqu’il était utilisé contre des personnes. Et s’ils cachaient intentionnellement leur mana, Loki ne pourrait rien faire.
Un utilisateur expérimenté peut même sentir la présence d’un sonar de mana. Comme les criminels magiques étaient toujours susceptibles d’être poursuivis, beaucoup d’entre eux avaient l’habitude de ce genre de choses. Et compte tenu de la force de ces prisonniers évadés, ils maîtrisaient sans doute cette tactique.
« Je ne peux pas sentir les prisonniers qui se sont échappés », dit Loki.
« C’est très bien. Ils ne s’enfuiront pas. C’est donc un excellent signal pour le début de notre partie de cache-cache. »
Alus avait également demandé à Loki d’utiliser son sonar de mana pour faire pression sur les prisonniers en fuite et leur faire savoir que le chasseur se rapproche. Ils se dirigeaient vers le sud d’Alpha, en direction de Rusalca. Finalement, le chemin qu’ils suivaient ne révélait plus aucun vestige des mamonos, ni même de résidus de mana.
Cela défie toute logique. Pourquoi se donner la peine de disperser les résidus de mana ? se demanda Alus. Et toutes les traces de mamonos ont disparu. Est-ce qu’ils marchent simplement sur un chemin paisible, sans un seul mamono en vue ? Non, ce n’est pas possible. Alus fronça les sourcils.
« Comme on pouvait s’y attendre de la part d’infâmes évadés de la prison troyenne, ils ne vous faciliteront pas la tâche. Eh bien, les résultats seront les mêmes dans les deux cas », déclara-t-il.
« Sire Alus… ! » Lorsqu’il entendit la tension dans la voix de Loki, Alus s’arrêta de courir. Devant lui se dressaient des arbres géants aux racines ondulantes. Au sommet de ces arbres se trouvaient plusieurs paires d’yeux acérés qui les observaient.
Ils avaient enfin pu apercevoir l’ennemi : deux silhouettes apparaissaient dans la faible lumière de l’aube.
Loki, derrière lui, sortit rapidement ses AWRs de type couteau.
« Trois, hein ? Loki, soutiens-moi, » dit Alus en se mettant à courir.
« Compris », répondit Loki.
Sa vitesse dépassait les limites humaines. N’importe qui mettrait du temps à réagir s’il disparaissait dès le premier pas.
Alors qu’Alus se rapprochait des deux hommes, les yeux du plus mince s’ouvrirent en grand et son sourire s’effaça. Mais Alus était concentré sur l’homme derrière lui, l’homme assit les jambes écartées. C’était sans aucun doute la cible prioritaire : Dante. Il correspondait exactement à la description de Cisty.
« Tsss… » L’homme mince fit claquer sa langue et tendit la main droite alors qu’Alus se rapprochait. Alus l’esquiva au dernier moment et l’homme mince lui donna un coup de couteau alors qu’il le dépassait.
Au même moment, à l’opposé de l’homme, à gauche d’Alus, un autre homme apparu de l’ombre d’un arbre où il s’était caché. Il fit pivoter son bras droit, noir comme de la poix, pour exploiter parfaitement la faille dans la défense d’Alus. La moitié de son visage était encore cachée dans l’ombre, mais on pouvait voir un rictus tordu sur son visage.
« Il y a le troisième », dit Alus à voix basse.
L’instant d’après, le bras noir de l’homme fut projeté dans une gerbe de sang. L’homme lui-même ne comprenait pas comment son bras avait été sectionné à l’épaule. Mais l’homme mince, qui avait été le premier à tenter d’intercepter Alus, ne montra aucun signe de choc. Au contraire, il dirigea son couteau vers Alus.
La lame se chauffa en un instant. Il s’agissait de la même technique qu’il avait utilisée sur Tesfia. Plutôt que de provenir d’une quelconque puissance, il s’appuyait manifestement sur une accélération extraordinaire. Mais Alus savait-il qu’il s’agissait de l’attaquant qui avait vaincu Tesfia ? Alus ne lui accorda même pas d’attention.
L’homme mince lança son sort d’un air quelque peu surpris. Il ne lui restait plus qu’à lancer la dague aussi vite et aussi près que possible. Cependant, un éclair traversa son champ de vision et une personne apparut devant lui en une fraction de seconde.
L’instant d’après, la scène se déroula image par image dans l’esprit de l’homme. La petite fille aux cheveux argentés qui venait d’apparaître lui asséna un coup de pied sur le côté de la tête, plus vite que son couteau ne bougeait.
Cela s’était produit avant que le bras de l’autre homme ne touche le sol. L’homme mince n’eut pas d’autre choix que de relâcher la force dans son bras et de se concentrer entièrement sur l’esquive. Il accéléra de toutes ses forces la première étape de son mouvement, déplaçant son corps pour esquiver de justesse le coup de pied.
Il soupira avec un léger soulagement. Elle avait raté son coup de pied large et le recul était si important que son centre de gravité resterait fixe, ce qui lui permettrait de faire le prochain mouvement avant elle. C’était la norme établie dans les arts martiaux. La personne qui avait esquivé une attaque large avait la possibilité de contre-attaquer.
Reprenant son centre de gravité habituel, l’homme utilisa son couteau pour viser à nouveau Alus plutôt que Loki. Cependant, Alus continuait de regarder devant lui. Comme il avait laissé Loki le couvrir, il n’avait pas besoin de prêter attention à l’homme.
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Partie 2
L’homme considérait une telle croyance en un partenaire comme un défaut fatal; il voulait donc détruire cette illusion. Cependant, le prochain mouvement de Loki alla à l’encontre de ses idéaux. Elle lança immédiatement sa prochaine attaque : un coup de pied paré d’éclairs, exécuté depuis une posture déséquilibrée.
Il ne pouvait pas l’esquiver. Il n’aurait pas pu prévoir une deuxième attaque déclenchée à une telle vitesse. Il croisa les bras pour bloquer, mais sentit un impact comme s’il avait été percuté par un marteau de fer géant. Une fissure traversa le sol sec à l’endroit où il s’était appuyé.
Cependant, l’impact mis à part, l’attaque n’était pas assez puissante pour le faire sortir de sa garde. Il avait de la chance que son adversaire soit petit et léger. L’homme mince sentit ses bras engourdis et jeta un coup d’œil vers l’embusqué dont le bras avait été coupé.
Il vit Alus saisir la tête de l’homme et l’arracher à l’ombre. Sa tête fut ensuite plaquée au sol, et il ne s’en rendit compte, ni que son bras volait dans les airs ni qu’il ressentait de la peur en voyant le mouvement terriblement rapide de son adversaire.
Une fleur de sang s’épanouit sur le sol, et un instant plus tard, son bras atterrit avec un bruit sourd. Alus enchaîna en utilisant une lame de mana pour poignarder son cœur et s’assurer qu’il était bien mort.
« Loki, occupe-toi de lui », dit Alus, puis il s’élança vers Dante sans attendre de réponse.
Loki acquiesça et se tourna vers le prisonnier évadé avec lequel elle avait échangé des coups, puis prononça son nom. « Marchess Peeket… c’est un combat à mort à partir d’ici. »
« Je suis impressionné, tu sais ! Je ne me promène pas en annonçant mon nom. Tu es aussi une étudiante ? » demanda-t-il avec un air de mépris. Marchess lui répondit avec un air de mépris.
Au lieu de répondre, Loki observa son adversaire. « L’engourdissement de tes bras a-t-il disparu ? Je suis contente que tu sois si lent pour quelqu’un qui était censé être confiné dans la quatrième couche. »
« Est-ce l’une des dernières blagues qui circulent parmi les étudiants ? Malheureusement, ce vieil homme est enfermé depuis longtemps, alors je ne suis pas au courant », dit Marchess, l’air autour de lui se transformant. Ce changement était soudain, comme s’il avait ôté l’apparence trompeuse qu’il arborait.
« Tu m’as demandé si j’étais aussi une élève, n’est-ce pas ? D’après tes techniques, j’en déduis que c’est toi qui as blessé madame Tesfia ? » demanda Loki.
« Ah, tu parles de cette énergique rousse. Je l’ai seulement battue à deux doigts de la mort, alors pardonne-moi. Ou peut-être est-elle morte après ça ? » demanda-t-il.
« Pas du tout. Elle est toujours en vie, comme tu l’as dit. »
« C’est bon à savoir. Fais-lui savoir que je suis désolé pour le trou dans son estomac… ou en fait, ce n’est pas la peine. Je le ferai peut-être moi-même après t’avoir tué. Je peux même demander des nouvelles de sa maison et lui offrir un cadeau de rétablissement sous la forme de ses parents morts », dit-il en lançant un regard sadique à Loki.
Mais Loki ne semblait pas avoir entendu ses paroles ou remarqué ses actions scélérates. « Tout à fait. Mais je me demande ce que tu comptes faire. Après tout, tu vas mourir ici et devenir la nourriture pour les mamonos. »
« C’est juste que je ne comprends pas les blagues des élèves. Eh bien, tu as au moins quelques compétences. Cette petite rousse était tout simplement écœurante… Elle s’est jetée dans la bataille pour jouer les héroïnes et sauver ses amis et son professeur, malgré la différence de puissance. Elle était si pure et droite que j’en avais la nausée. Est-ce que l’Institut essaie de produire en masse des choses comme ça ? » Marchess grimaça et ses épaules tremblèrent.
Loki avait également un avis sur le comportement téméraire de Tesfia, mais Alus semblait voir les choses différemment. S’il condamnait la bêtise de Tesfia, il semblait aussi lui reconnaître un certain mérite d’une manière ou d’une autre.
C’est pourquoi elle déclara : « Je trouve ça stupide. Mais une certaine personne la reconnaît. Elles pourraient même y voir une vertu en elles. Je reconnais donc cette partie. Tout le monde a des défauts, et c’est bien mieux que d’être plein de méchanceté, comme toi. »
« Je vois ! Donc tu viens venger ton amie », répondit-il.
« Pas de mon point de vue, en tout cas. T’éliminer est la tâche qu’on m’a confiée. Il n’est pas fréquent de tomber sur quelqu’un qui a commis des crimes aussi graves; c’est donc une bonne occasion de mettre mes talents de tueur à l’épreuve », dit Loki.
« Alors, commençons par le commencement. Je vais t’apprendre à quel point le monde est dur. » Marchess joua avec dextérité avec le couteau du bout des doigts, puis lui adressa un sourire tordu.
Loki ne savait pas vraiment comment tuer. Mais elle sentait que l’homme qui se trouvait devant elle ferait un excellent sujet d’expérimentation. Elle devait se rapprocher d’Alus. Il lui suffisait de remplacer la cible de son hostilité, le mamono, par un humain.
Loki utilisa immédiatement la Force pour augmenter les capacités physiques de son corps. Sa silhouette disparut ensuite dans un éclair. Une traînée d’éclairs derrière elle, elle réapparut juste devant Marchess. Ce dernier ne montra toutefois aucun signe d’intention de contre-attaquer. Il avait les yeux fermés et restait immobile, comme s’il méditait.
Loki lui envoya son couteau, mais juste avant qu’il ne le touche, il disparut à nouveau pour réapparaître à ses côtés et lancer une attaque latérale. Elle avait été prudente, lançant une feinte avant de passer à l’acte.
Mais elle se stoppa net et fit un bond en arrière. L’instant d’après, la lame d’un couteau traversa l’espace qu’elle occupait.
Il est rapide ! pensa-t-elle.
En poussant et en tirant, avec ce simple mouvement de va-et-vient, Marchess avait pu légèrement dépasser la vitesse de Loki.
Quelques mèches de cheveux de Loki tombèrent sur le sol. Elle prit une grande inspiration. L’arrêt fut si brusque que son cœur en fut éprouvé, et elle sentit un frémissement provenir des profondeurs de son corps. Si elle avait eu ne serait-ce qu’un millième de seconde de plus, le couteau se serait enfoncé entre ses deux yeux.
« N’es-tu pas prudente ? Tu as une marge convenable dans la distance qui nous sépare », railla Marchess.
En un sens, c’était la première fois qu’elle affrontait un ennemi dont l’intention de la tuer était aussi manifeste. Sa prudence l’avait sauvée.
« Hum, pas mal. » Marchess toucha le tranchant de sa lame avec satisfaction. « Oui… Je suis impressionné. Il semble que tu comprennes les limites nécessaires pour tuer. »
L’air grossier et rude qui l’entourait disparut aussitôt. Ses paroles avaient une forme de folie raffinée et même sa personnalité semblait avoir changé. Son ton différait de celui qu’il avait adopté lors de l’attaque de l’Institut.
En réalité, sa personnalité changeait d’un instant à l’autre, à la manière d’un acteur de théâtre. C’était une entrave qu’il s’était imposée pour survivre dans le monde souterrain. Il avait créé un observateur au plus profond de sa conscience pour se voir comme un tueur.
Marchess Peeket avait donc deux personnalités, deux masques : un pour l’objectivité et un pour la subjectivité. Ce sont des personnalités complexes et étranges qui semblaient agir pour confirmer ce que pouvait être le plaisir de tuer, mais en même temps, cela ne semblait pas être une simple mise en scène.
Bien qu’il soit fidèle à ses désirs, il pouvait les contrôler si nécessaire, ce qui n’était pas le cas d’une personne sans morale. Chaque fois qu’il assassinait, il n’en avait qu’une faible conscience. Il avait simplement l’impression qu’une autre partie de lui avait commis le crime.
La plupart du temps, le meurtre était laissé à la personnalité grossière et violente, mais il y avait des exceptions. C’était le cas, par exemple, lorsqu’il rencontrait un adversaire digne de ce nom qui lui procurait un sentiment de tension. L’autre personnalité, qui l’observait depuis son subconscient, remontait alors à la surface.
Marchess Peeket était un homme qui avait ôté des vies de toutes sortes de façons. Lorsqu’il avait été arrêté, on l’avait accusé d’avoir tué plus de trente personnes, mais le nombre réel était bien plus élevé. Pour lui, tuer était une routine quotidienne.
Parfois, il planifiait ses meurtres, parfois il tuait pour le plaisir. Et parfois, il tuait par impulsion… et enfin, parfois, il tuait de sa propre volonté.
« Ça suffit pour la dégustation. Il est temps de se mettre à tuer. Je vais finir ça avant que le ciel ne s’éclaircisse », se dit-il en concentrant son mana aiguisé dans son couteau.
Grâce à ses capacités de détection du mana aiguisées, Loki réalisa pour la première fois qu’il s’agissait d’un AWR conçu pour tuer. La formule magique appliquée à la lame était cachée par le manche. Sa structure était probablement similaire à celle du Kikuri de Tesfia.
Mais peu importait la sophistication du camouflage, Loki avait déjà observé de près le contrôle du mana d’Alus et pouvait maintenant lire aisément le flux de mana.
« Je vois. Tu es peut-être une ordure tordue, mais tu es quand même un maître en magie. Alors j’agirai comme tel. » Loki convertit son mana en électricité et le déchargea dans son environnement. En dégainant ses couteaux, elle libéra un éclair aveuglant qui repoussa les ténèbres.
Trois couteaux volèrent alors vers Marchess sous cette lumière. Revêtus d’éclairs, ils se dirigèrent directement vers lui avec une vitesse et une capacité de pénétration accrues. Marchess ne sembla toutefois pas s’inquiéter de cette volée de couteaux et les esquiva avec le minimum de mouvements nécessaires.
Mais cela ne dérangea pas Loki. Elle avait déjà anticipé cette manœuvre et se mit à courir vers les arbres à la vitesse de l’éclair. Malgré l’utilisation de la Force pour accélérer, Marchess parvint à suivre le mouvement.
Elle prit une grande inspiration, puis dépassa ses limites en sollicitant davantage ses jambes. Elle tendit un nouveau couteau, tandis qu’un éclair blanc zébrait le ciel, et fixa sa cible du regard.
« Éclair ! »
Dans un rugissement fracassant, la foudre frappa le sol, mais il l’esquiva également de justesse, et ses effets se limitèrent à brûler le sol là où il se trouvait auparavant. Le redoutable meurtrier se fondit ensuite dans les ténèbres.
Comme je le pensais, nous avons la même vitesse ! pensa Loki.
Essayant d’échapper à son regard, elle bondit et se servit de plusieurs branches comme point d’appui. Elle marcha sans bruit sur le sol, puis déclencha son prochain sort.
« Flash ! »
La lumière traversa l’obscurité et se fraya un chemin à travers les arbres. Ce sort était généralement utilisé pour aveugler un adversaire, mais ici, il fonctionnait comme une fusée éclairante. Les environs devinrent aussi lumineux que le jour, rendant les ombres plus nettes.
« Là… ! » Loki laissa tomber l’un de ses couteaux et déchaîna la foudre sur lui. Cependant, elle ne sentit aucune réaction. Mais l’instant d’après, elle sentit une présence inquiétante au-delà de son épaule. Sans lui laisser le temps de se retourner, Marchess se rapprocha de la petite fille. Il brandissait tranquillement ses cinq doigts chauffés à blanc.
« Excusez-moi », dit l’homme dans un murmure de gentleman.
La formule magique inscrite sur le couteau que Loki avait laissé tomber se mit à briller. L’air autour de Loki s’électrifia immédiatement. De la fumée blanche apparut dans un bruit d’éclatement, tandis que l’énergie électrique se rassemblait dans le corps de Marchess et se transformait en un courant à haute tension. En un instant assourdissant, le corps de Marchess fut enveloppé d’une explosion d’éclairs blancs.
Qu’il soit tapi dans l’obscurité ou non, Loki, en tant que Spotter, ne le perdrait pas de vue. De plus, l’ennemi ignorait ses capacités; elle avait donc créé une ouverture dont elle pouvait profiter.
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Partie 3
Loki donna un coup de pied au sol pour prendre de la distance, mais sa main se tendit pour attraper ses vêtements. L’odeur de la chair brûlée lui piqua le nez tandis qu’un poing se dirigeait vers elle. Loki croisa les bras devant elle et se prépara à l’attaque.
Mais le poing changea soudain de trajectoire et, à la place, une paume plate frappa proprement l’oreille de Loki. Pendant un instant, elle ne comprit pas ce qui s’était passé. Sa tête tremblait et sa vision vacillait.
Quand ses sens revinrent, elle ressentit une douleur à l’oreille gauche. Elle avait l’impression que son conduit auditif était bouché et que quelque chose suintait. Lorsqu’elle regarda sa main, elle se rendit compte que du sang coulait de son oreille.
« Argh ?! » Elle laissa échapper un cri étouffé et essaya de ne pas quitter des yeux l’ennemi qui se trouvait devant elle. Mais elle ressentait un vertige et une douleur inéluctables. Son cerveau était secoué et son tympan s’était probablement rompu, mais elle n’avait pas le temps de flancher devant une chose pareille.
S’extirpant de sa conscience défaillante, elle aperçut à peine le couteau de l’homme clignoter dans sa vision tremblante. Se défendant, Loki se décolla une nouvelle fois du sol d’un coup de pied. Elle se glissa sous la garde de son adversaire et lui asséna un coup de paume vers le haut.
« “Valitra !” »
Des éclairs violets rayonnèrent du bas de sa paume, s’étalant largement. La chair autour de l’abdomen de Marchess explosa, mais ce n’était pas suffisant pour détruire ses organes.
Trop superficiel !? se demanda Loki.
À ce moment-là, une douleur aiguë lui traversa la cuisse. Du coin de l’œil, elle put voir l’image rémanente d’une lame qui s’était déplacée plus vite que son attaque et s’était enfoncée dans sa cuisse avant qu’elle n’ait pu esquiver ou se défendre. Et l’adversaire avait lui-même esquivé le coup fatal.
Mais le coup de Loki n’avait pas été vain. Pour preuve, son adversaire avait légèrement manqué sa cible : l’artère fémorale. Après l’avoir frappée, Marchess recula, son visage se contorsionna tandis que du sang s’écoulait de sa bouche et qu’il crachait du sang.
Il était convaincu que cela aurait été le coup de grâce sans l’intervention de Loki. Mais face à une attaque mortelle venant d’aussi près, même Marchess devait éviter une attaque directe.
« Alors tu utilises même ce genre de mouvements tape-à-l’œil ? Hmph. Je n’ai pas réussi à t’achever. Bon, j’ai pris une jambe, et si tu en as besoin, je peux la vider de son sang. »
« J’ai bien peur de ne pas vraiment entendre ce que tu dis, mais… non merci. » Loki se leva et lança un couteau en expirant vivement. Naturellement, Marchess esquiva facilement le projectile en penchant la tête. Le couteau ne s’arrêta que lorsqu’il heurta un arbre derrière lui.
Loki fixa une fois de plus l’ennemi qui se trouvait devant elle. Elle ne savait pas comment cela fonctionnait, mais le premier mouvement de n’importe quelle action qu’il faisait dépassait toujours la vitesse de la Force. Elle avait réussi à le frapper avec le Valitra au bon moment. Au pire, les combattants auraient dû se mettre mutuellement hors d’état de nuire.
Pourtant, il n’avait subi qu’une blessure abdominale mineure, tandis qu’elle avait reçu un coup violent à la jambe. On ne savait pas trop quel genre de technique il utilisait, mais elle, en tout cas, n’avait pas vu l’accélération des mouvements successifs; cela ne s’appliquait donc qu’à la première attaque.
Cependant, elle ne disposait pas des informations nécessaires pour effectuer une analyse plus poussée. Elle ne pouvait pas élaborer de plan en se basant sur des hypothèses aussi incertaines.
Loki réajusta son AWR et libéra son mana. Le mana autour d’elle prit l’éclat d’un éclair blanc alors qu’il se transformait visiblement.
« Mes frères sans nom, dont les corps ont été réduits en cendres, dont les âmes sont des flammes blanches. Ancêtres d’autrefois, apportez la dévastation à l’ennemi devant moi… » Loki psalmodia.
Marchess rétrécit les yeux et fit son mouvement avant que Loki ne puisse terminer son incantation. Ce premier pas fut si rapide qu’il échappa presque à la perception. En un instant, il était sur elle et il ne lui restait plus qu’à frapper.
De la fumée blanche s’éleva de son couteau en brûlant l’air alors qu’il tranchait en direction de la gorge de Loki. L’instant d’après, alors que la tête de Loki semblait sur le point de voler, elle marmonna un nom complet.
« “Ikazuchi de Feu” ! »
En un éclair, un croc de lumière emporta le bras que Marchess brandissait. Il brûla en un instant, ne laissant même pas de cendres derrière lui. Le sang ne coulait même pas de la blessure à l’épaule, car elle avait déjà été cautérisée.
« Aaargh. » Marchess s’agrippa à sa blessure et tomba à genoux. Il regarda par-dessus son épaule vers l’endroit d’où était venu le rayon de lumière. Il y avait une étrange chaleur autour d’un couteau planté dans l’arbre derrière lui et une formule magique complexe flottait dans l’air.
Cela expliquait pourquoi son bras s’était désintégré. Le visage pâle, il regarda l’être mystérieux qui s’était manifesté à partir du couteau et qui lui avait pris son bras.
C’était une bête de flammes blanches et de tonnerre. Ses oreilles se dressaient et des crocs féroces sortaient de sa gueule ouverte. Des flammes blanches composaient sa crinière et sa queue, et elles éclataient parfois en éclairs brûlants. Son corps rappelait celui d’un tigre ou d’un loup.
Avec une respiration superficielle, Marchess fit un pas en désespoir de cause. Il donna un coup de pied au sol pour accélérer et le paysage lointain se rapprocha rapidement, ou cela aurait dû le faire. Soudain, Marchess perdit ses appuis et tomba derrière Loki.
Lorsqu’il passa à côté d’elle, il remarqua qu’il avait déjà perdu sa jambe gauche. Le Ikazuchi de feu jeta un coup d’œil à sa proie et carbonisa instantanément la jambe gauche dans sa bouche.
Loki n’avait pas vu la scène elle-même, mais elle avait compris ce qui s’était passé. L’Ikazuchi de feu, un Vertex du tonnerre, avait réagi de façon semi-autonome face à un ennemi en mouvement.
« Impossible ! Qu’est-ce que c’est que cette chose… ?! » Marchess hurla, le visage toujours plaqué contre le sol.
Loki ne répondit pas. Au lieu de cela, elle fit un pas en avant, supportant son étourdissement.
Argh, le simple fait de le manifester coûte beaucoup de mana, et l’entretenir en coûte autant ?! pensa-t-elle.
Loki avait fait preuve de beaucoup de parcimonie avec son mana, mais l’Ikazuchi de feu en utilisait plus que Naruikazuchi. Et le simple fait de le maintenir drainait son mana comme si elle lançait des sorts avancés de façon répétée. Le vertige semblable à l’anémie qui l’envahissait s’accompagnait de nausées.
Mais elle ne pouvait pas tomber ici. C’était une situation de vie ou de mort, et elle devait le faire. Elle avait égoïstement décidé de rester aux côtés d’Alus, alors elle devait au moins accomplir la tâche qu’il lui avait confiée.
Loki se calma et donna une pichenette à son couteau, tel un chef d’orchestre avec sa baguette. Marchess se tortilla sur le sol et sortit de sa poche ce qui semblait être un emballage de médicament. Il l’enfonça ensuite dans sa bouche, terre et tout le reste.

Mais peu importait ce que c’était… avant qu’il ne puisse l’avaler, Loki termina son sort.
« “Rayon d’Éclair” »
Un coup de tonnerre s’abattit sur Marchess depuis le haut, illuminant le ciel d’une lueur éblouissante. Lorsque le bruit du tonnerre s’arrêta, l’Ikazuchi de feu disparut également, et Loki leva les yeux vers le ciel peu lumineux.
Elle n’avait ressenti aucun sentiment d’accomplissement. Elle ne s’était pas non plus réjouie d’avoir maîtrisé l’Ikazuchi de feu sur le moment. Elle avait simplement fait tomber le jugement sur un criminel qui le méritait. Un sentiment de vide indescriptible l’envahit.
Elle ne pourrait plus se trouver d’excuses en disant que c’était sa mission. Ce n’était même pas pour Alus. C’était une action injustifiable qu’elle avait commise pour son propre bien. Ce n’était ni de la justice ni du mal, juste la simple vérité : une vie avait été étouffée.
Elle était obligée de se confronter au fait qu’elle avait une aptitude à tuer, alors que l’odeur désagréable de la chair humaine brûlée lui restait en travers du nez.
◇◇◇
Après avoir laissé Marchess à Loki, Alus concentra toute son attention sur sa cible prioritaire, Dante. Ses sens étaient aiguisés et sa conscience était optimisée pour tuer le plus efficacement possible. Mais peut-être parce qu’il avait passé tant de temps en paix, la transition s’était faite un peu moins en douceur que d’habitude.
Pourtant, dès qu’il regarda Dante, il se sentit quelque peu obligé de devenir sérieux.
Non, ce n’est pas ça, pensa-t-il après une pause.
Ce n’était probablement pas un adversaire contre lequel il pouvait se retenir. En un instant, les entraves autour de son mana furent libérées et une vague dense se répandit. Même Alus ne pouvait prédire jusqu’où elle irait.
Habile ou non, contre cet adversaire, il ne pouvait pas espérer une mise à mort nette.
Même lorsque Dante se leva, l’air autour de lui ne changea pas. Malgré la quantité de mana qui se déversait, son expression était la même.
Je suppose que c’est normal, pensa Alus.
Les commissures de ses lèvres se soulevèrent. Et à la vitesse de l’éclair, Alus atteignit Dante d’un seul mouvement. Il fit reculer son bras avant de l’avancer pour porter un simple coup de poing. Dante ricana en voyant le poing avancer vers lui et tendit le bras pour le parer. Mais le bras d’Alus accéléra encore, passa à travers le bras de Dante et frappa sa joue. Le poing pivota de tout son poids et les os craquèrent.
Sans pause, Alus déplaça son coude en arrière et Dante fut violemment projeté en l’air.
En concentrant une grande quantité de mana dans son bras, Alus le poussa vers l’avant, créant une explosion dévastatrice. Sa magie du vent essaya de briser la posture de Dante qui tenta de rester debout. Ayant pris l’avantage, Alus se lança à la poursuite de Dante et tenta de le rattraper. Mais il s’arrêta soudain.
Des objets tombaient de très loin, les uns après les autres. Près d’une centaine d’entre eux, de formes diverses, touchèrent le sol, se relevèrent immédiatement et tournèrent leurs regards vers Alus, sans se soucier de l’impact qu’ils venaient de subir.
Comme s’ils avaient été appelés, des mamonos apparurent soudainement devant Alus. Normalement, il était impossible qu’autant de mamonos pleuvent d’en haut comme de la grêle. Il n’y avait qu’un nombre limité de mamonos dotés d’ailes ou capables de planer dans les airs. Curieusement, tous les mamonos arrivés étaient des mamonos terrestres. Des grands. Et aucun d’entre eux n’avait d’ailes.
Alus plissa les yeux et comprit la vérité.
Ce n’est pas étonnant qu’il n’y ait pas eu de mamonos sur le chemin. Ils étaient tous restés loin dans les airs, près de la stratosphère, prêts à rejoindre le combat. Dante avait dû utiliser un pouvoir inhabituel pour tendre l’embuscade. Alors qu’Alus comprenait cela, les mamonos montrèrent leurs crocs et se jetèrent sur lui.
Il fallut un certain temps à Dante pour retomber sur ses pieds après avoir volé sur quelques centaines de mètres. Il essuya le sang qui avait coulé de sa bouche, puis leva les yeux. Il y avait une étrange lueur sur le sol. Il semblait que son adversaire lui avait préparé un véritable enfer.
Une gigantesque boule de lumière de la couleur d’une étoile naine rouge et mettant la même chaleur flottait dans les airs. Elle brûlait tout ce qui l’entourait. Aucune créature vivante ne pouvait survivre à de telles températures. Et la boule de lumière, d’une chaleur astronomique, tombait à la surface.
C’était le sort Soleil astral…, mais pour qu’il prenne une telle ampleur, il fallait une quantité monstrueuse de mana. Son éclat et sa chaleur suffisaient à évaporer n’importe quoi.
Cependant, Dante sourit sans crainte à cette vue.
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