Réincarné en mercenaire de l’espace – Tome 15 – Chapitre 4 – Partie 2

***

Chapitre 4 : Pandémonium

Partie 2

« D’accord. Je voudrais toutefois vous prévenir, ne vous attendez pas à ce que je me comporte comme la plupart des nobles. »

« Ça ne me dérange pas. Après tout, nous ne sommes pas en public. »

« Merci. Bon, voici Mimi. Elle est née dans le système Tarmein et c’est ma femme. Elle est opératrice à bord de mon vaisseau et responsable logistique de notre groupe. »

« Je suis sa femme, Mimi », dit-elle d’une voix basse, en baissant la tête. Elle était raide comme un piquet à cause du trac et rougissait en plus. Maintenant que j’y pensais, c’était peut-être la première fois que je la présentais comme ma femme.

« Voici Elma, une mercenaire de rang argent. C’est la fille du vicomte Willrose, de la capitale, et c’est ma partenaire. C’est notre numéro deux et elle nous conseille sur tout ce qu’on fait en tant que groupe. »

À l’opposé de Mimi, Elma salua les deux nobles de la maison d’Ixamal d’un ton professionnel. « Enchantée. »

« Enfin, celle-ci, c’est Kugi. Pour diverses raisons, elle est actuellement ma servante. Elle prend également soin du bien-être mental de tout le groupe. »

« Je m’appelle Kugi. Ravie de faire votre connaissance. » Kugi se présenta avec une révérence élégante.

Hum… À les voir comme ça, elles sont toutes assez uniques à leur manière. Je me demande comment Tina, Wiska et la docteure Shouko se présenteraient si elles étaient là. Je savais plus ou moins ce que ferait Mei.

« Alors, ce sont votre épouse, votre partenaire et votre servante ? Ça convient bien à un héros qui a obtenu un insigne d’assaut à l’épée ailée d’argent et une étoile d’or, et qui a survécu pour raconter l’histoire. Vu à quel point tous les classés Platine sont bizarres, je suppose que vous n’êtes pas si inhabituel. En fait, vous êtes plutôt dans la norme; au moins, vous restez dans des limites raisonnables », dit Vincent avec un sourire cynique.

Vu le nombre de femmes qui servaient à mes côtés, je ne pouvais qu’accepter son jugement : j’étais un salaud lubrique. Quoi qu’il en soit, il venait de faire une remarque assez intéressante. « Vous connaissez d’autres personnes de rang platine ? »

« Juste un, et on ne communique que par messages. C’est un type bizarre; il refuse de montrer son visage ou de révéler à quoi il ressemble. »

Je m’étais souvenu avoir affronté quelqu’un de ce genre pendant le tournoi dans la capitale, mais j’avais déjà oublié son nom. En y réfléchissant, je n’avais jamais vraiment prêté attention aux autres Platine. Je n’avais guère de chances de les rencontrer de toute façon, et je n’avais pas envie de les chercher. « Je vois. Donc, tous les autres classés Platine sont plutôt bizarres à leur manière ? »

« Franchement, je ne vous trouve pas normal non plus, même comparé aux autres Platine. Bref, c’est bien de discuter, mais si on allait se rafraîchir la gorge ? »

« Bonne idée », dit Daybit. « Brink, apporte-nous à boire. »

À son ordre, les servantes et les majordomes qui attendaient près des murs s’empressèrent de préparer un apéritif. Ils commencèrent à verser un liquide doré provenant d’une bouteille coûteuse dans des verres en cristal.

« Je ne suis pas vraiment un buveur… », dis-je.

« Ah bon ? — Eh bien, ce n’est pas si fort, alors si vous n’y êtes pas allergique, rejoignez-nous pour un verre. À quoi allons-nous trinquer ? Laissez-moi réfléchir. C’est un peu basique, mais comme c’est notre première rencontre, célébrons le fait d’avoir fait de nouvelles connaissances aujourd’hui. Trinquons à ces nouvelles rencontres ! »

Daybit leva son verre et but d’un trait le liquide doré. Tout le monde, moi y compris, fit de même et leva son verre pour boire. La boisson était plutôt rafraîchissante, sans être trop forte. Elle n’était pas sucrée, mais plutôt acidulée, et elle passait facilement. Pourtant, c’était bien de l’alcool. C’était le genre de boisson qui vous rendrait complètement ivre en un rien de temps si vous vous laissiez tromper par son goût apparemment doux et que vous la buviez d’un trait. Je sentais déjà mon visage s’échauffer.

« Je dois vraiment m’excuser, colonelle », dit Daybit à Serena. « Je vous ai rappelée ici pour une simple mission de réserve alors que vous étiez en pleine opération. Mais vu la situation actuelle, nous aurons besoin de toutes les forces de réserve possibles, au cas où quelque chose arriverait. Je pense que nos forces actuelles sont capables de repousser la Fédération et les renforts de la flotte impériale principale devraient arriver d’ici quelques jours. »

« Pas besoin de vous excuser, commandant », répondit Serena. « À votre place, j’aurais probablement pris la même décision. Et en tant qu’épée de l’Empereur, je fais ce qui doit être fait. »

« Merci, colonelle. »

Daybit et la colonelle Serena semblaient vouloir poursuivre leur discussion sur la flotte impériale. Comme toute l’attention de Daybit était tournée vers eux, c’était sans doute à Vincent qu’incombait la tâche de nous divertir, moi et les membres de mon équipage.

« J’ai examiné votre parcours et vos résultats au combat sont pour le moins singuliers », me dit-il. « C’est également assez inhabituel que vous chassiez principalement des pirates. Avez-vous une préférence particulière pour ça ? »

« Je ne dirais pas ça. C’est juste qu’ils sont partout, et tant que vous savez comment les neutraliser, vous pouvez gagner beaucoup d’argent. Mais je ne serais pas contre les voir disparaître complètement; la société dans son ensemble m’en serait reconnaissante. Ce sont des proies parfaites, vous ne trouvez pas ? »

« Je vois. Juste pour savoir, combien touchez-vous en chassant les pirates ? »

« Ça dépend de l’endroit où j’opère, mais en général, au moins un million d’Ener par semaine. Probablement un peu plus, vu que j’ai plus de vaisseaux avec moi ces derniers temps, même si on travaille encore sur notre coordination. »

« Ah bon ? J’aurais dû m’en douter, vu que vous êtes de rang Platine. Et vu le nombre de femmes qui vous entourent, vous devez être doué. »

« À peu près. Si un gros contrat se présente, je me concentre là-dessus. Je transporte aussi des marchandises dans la soute de mon vaisseau mère. Mais je ne vais pas vous dévoiler l’origine de mes gros contrats ni leur contenu, alors ne me posez pas la question. »

Vincent l’écouta avec intérêt. Hum. J’étais sur mes gardes au début, mais il ne semble pas très différent de la plupart des nobles. Il était vraiment doué pour dissimuler ses intentions, ou peut-être n’avait-il rien à cacher. Pour l’instant, je ne percevais aucune intention hostile, mais nous pourrions tout de même être en danger si nos hôtes étaient du genre à faire du mal aux autres aussi naturellement qu’ils respirent. Des gens comme ça n’émettent pas d’émotions hostiles au départ.

« Votre verre est vide », dit Vincent.

« Ouais, mais… »

« Vous ne voulez pas d’autre alcool, n’est-ce pas ? Nous avons d’autres boissons à disposition. Le repas va bientôt arriver aussi. »

Vincent fit un signe de la main et une servante m’apporta une autre boisson. C’était un jus de fruits d’un rose vif. Sa couleur me fit hésiter à l’accepter.

« Quoi qu’il en soit, trinquons à notre nouvelle amitié », dit Vincent.

« À notre nouvelle amitié. » Mais je ne pense pas que cette amitié durera très longtemps.

Nous faisions semblant d’être amis, mais je n’avais ni oublié ni pardonné ce qu’ils avaient fait à Chris.

 

***

Pour ma défense, j’étais sur le qui-vive, mais tu ne t’attendrais pas à ce que ton hôte drogue ta nourriture, n’est-ce pas ? La colonelle Serena mangeait aussi, et Kugi n’avait pas non plus fait la grimace. Elma buvait à sa guise et Mimi semblait également s’amuser.

Les deux nobles de notre groupe m’avaient assuré qu’un noble impérial ne trahirait jamais l’Empire. Comme je n’avais détecté aucune malveillance ni intention hostile, j’avais décidé de baisser un peu ma garde. Compte tenu de ces circonstances atténuantes, j’avais bien le droit d’être indulgent.

En tout cas, j’avais merdé. Je n’avais d’autre choix que de l’admettre.

Tout a commencé avec le bruit de Mimi s’effondrant en avant sur la table. Boum.

« Ne me dis pas que… ?! »

« Vous plaisantez ! Qu’est-ce que vous avez à y gagner ? »

La colonelle Serena réalisa ce qui venait de se passer et tenta de se lever, mais n’y parvint pas. Elma semblait sur le point de s’évanouir. Quant à moi, je tenais à peine debout, malgré l’envie de fermer les yeux et de m’endormir. Ils n’avaient pas utilisé de poison mortel, mais plutôt une sorte de sédatif.

Ce n’est pas bon. Je jetai un coup d’œil à Kugi.

Elle me rendit mon regard d’un air endormi et me supplia : « S’il te plaît, reste calme. »

— Mm-hmm. Rester calme, hein ? Je comprenais ce qu’elle voulait dire. Le comte Ixamal et ses hommes ne le savaient pas, mais j’étais une bombe, une bombe bien plus dangereuse qu’une ogive réactive.

« Hé… », dis-je à voix haute.

« Quoi ? » La voix de Vincent était dénuée d’émotion lorsqu’il jeta un coup d’œil dans ma direction. Je n’aimais pas son regard. Il indiquait clairement qu’il ne nous considérait pas comme des êtres humains, mais comme des objets. Je devais probablement poser le même genre de regard sur les pirates.

« C’est tout ce que je dirai. Quoi que tu fasses, ne touche pas à mes filles. »

« Hm ? — Et pourquoi pas ? »

« Si tu le fais, je vous détruirai tous. »

« Nous détruire ? C’est une menace bien audacieuse de la part d’un perdant sur le point de s’évanouir. »

« Ne viens pas te plaindre que je ne t’ai pas prévenu… Quoi que tu fasses, ne les touche pas. »

Sur ces mots, je m’effondrai.

 

***

Tu te demandes pourquoi j’étais une bombe dangereuse capable de tous les détruire ? C’était un peu compliqué. En fait, pas vraiment, je suppose.

Selon Kugi, les Déchus issus de mondes de niveau supérieur comme moi contenaient une énorme quantité de pouvoir psionique. Que se passerait-il si, pour une raison quelconque, ce pouvoir colossal était libéré ? Dans le pire des cas, cela pourrait détruire l’univers lui-même en y creusant un trou géant. L’énergie pourrait également interagir avec celle de l’étoile principale de ton système, provoquant une supernova qui créerait à son tour un trou noir. C’est pourquoi le Saint Empire de Verthalz estimait que le meilleur scénario possible était la destruction d’un système stellaire au complet.

Qu’est-ce qui pourrait déclencher une telle catastrophe ? Verthalz avait déjà eu affaire aux Déchus à plusieurs reprises au cours de son histoire et avait mené des recherches sur ce sujet. Pour faire simple, si la rage ou la haine plongeaient un Déchu dans le désespoir, cela endommagerait son esprit de manière irréparable, voire le tuerait. L’une ou l’autre de ces situations pourrait déclencher une telle catastrophe.

« C’est le pire. »

Avant de me réveiller, j’avais rêvé de toutes les histoires terribles entendues dans le temple de Verthalz. Puis, je m’étais retrouvé assis sur une chaise fixée au sol, mon corps ligoté par une corde résistante. Mes bras et mes jambes étaient enchaînés par des menottes fixées à mes hanches. Je pouvais tourner la tête, mais je ne pouvais pas bouger le reste de mon corps.

Comme j’avais le cou libre, j’en avais profité pour jeter un coup d’œil à la pièce où j’étais retenu. Elle avait l’air étonnamment correcte. De la moquette recouvrait le sol et il y avait même une table et un canapé devant moi. Plutôt qu’une prison, cela ressemblait à un salon.

Alors que je regardais autour de moi, la porte s’ouvrit et Vincent entra, accompagné de deux soldats. Est-ce qu’ils surveillaient mes signes vitaux ? Ils arrivent justes au moment où je me réveille. Bon, ça n’a pas vraiment d’importance.

« Tu as bien dormi ? » demanda Vincent.

Je lui rendis son regard blasé, avec un petit sourire en coin. « Très mal. Est-ce que droguer les invités et les attacher à des chaises est à la mode chez les aristocrates maintenant ? C’est un goût qui s’acquiert. »

Pendant ce temps, je me concentrai pour saisir et tordre les accoudoirs de ma chaise. Je bougeai les bras autant que possible pour masquer le bruit des accoudoirs qui pliaient, et m’assurer que mes ravisseurs ne remarqueraient rien d’anormal.

« Ton attitude face à ces circonstances est impressionnante. Mais ta vie et celle de tes femmes sont entre mes mains, alors choisis tes mots avec soin. »

« Tu nous as drogués, pris en otage, attachés à une chaise, et maintenant tu cries victoire ? C’est génial. »

Vincent haussa les sourcils face à ma provocation. Ça marchait. « Je t’ai dit de faire attention à ce que tu dis. Un seul de mes ordres et tes femmes subiront un sort pire que la mort. »

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

Laisser un commentaire