Que ces champs de bataille de plomb ne laissent aucune trace – Tome 1 – Chapitre 7 – Partie 2

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Chapitre 7 : Fantôme Kirlilith

Partie 2

« Il y a plusieurs fantômes dans ce monde. Ils s’insinuent dans l’armée de chaque nation et se nourrissent des flux de l’histoire comme des parasites. Cette fois, Alec s’est mis en travers de mon chemin, alors je l’ai fait disparaître. Nous étions à la gorge l’un de l’autre depuis soixante-dix ans, alors ça a été long à venir. »

« Attends, ralenti ! » déclara Rain.

Rain avait commencé à perdre le fil. Rien de ce qui concernait les fantômes n’avait de sens pour lui.

« Que sont les fantômes ? Tu as mentionné avoir combattu Alec au cours des soixante-dix dernières années, cela signifie-t-il que vous vous réveillez chaque fois qu’une guerre éclate pour continuer votre combat ? » demanda Rain.

« C’est exact. »

« Mais pourquoi ? Pour quoi faire ? » demanda Rain.

« Je te l’ai déjà dit, je ne sais pas, » répondit Air.

Air avait présenté la douille noire qui pendait de son cou pour souligner son point.

« Tous les fantômes ont leur existence scellée dans des balles noires comme celle-ci. Mais nous ne savons pas qui est responsable de cette pratique ni même qui gère toute cette affaire. Mais ce qui est clair, c’est que chaque fois qu’une guerre à grande échelle éclate, nous, les Fantômes, sommes mis au monde par ces balles. Et… »

*

Elle s’était arrêtée là, ne sachant pas si elle devait lui en dire plus.

« Tout se termine une fois qu’on est mort. Il n’y a pas de seconde résurrection, » déclara Air.

« … Vraiment ? » demanda Rain.

Elle ne sait pas pourquoi, mais elle doit continuer à se battre à travers les âges ?

« Alors pourquoi te bats-tu ? Tu n’en veux pas personnellement à Alec ou à Kirlilith, n’est-ce pas ? » demanda Rain.

« Tires-tu sur des soldats ennemis pour des raisons de rancune personnelle ? » demanda Air.

« C’est différent. »

« Non, vraiment pas. »

Sa réponse avait cruellement résonné dans ses oreilles, mais Rain savait qu’elle disait la vérité.

« Tu as déjà entendu mon histoire, alors je suis sûre que tu comprends. Alec était un soldat renommé de la première guerre qui a été assassiné lors d’une insurrection. Et le reste des fantômes que j’ai rencontré lui ressemble beaucoup, ainsi que moi…, » déclara Air.

Air s’était arrêtée à ce moment et avait remonté sa manche avant de poursuivre son discours.

« Tous sont des héros de guerre qui ont obtenu cette marque dans la mort, ainsi que la puissance de la bête gardienne divine correspondante », déclara Air.

Elle avait exposé la marque de Belial sur sa chair, preuve de la puissance inhumaine d’Air…

« Il n’y en a pas beaucoup, mais j’ai vu les pouvoirs spécialisés des Traxil, des Rentogral et des Achiral… En plus, tu viens de découvrir le pouvoir d’Alec Oud, non ? » demanda Air.

La puissance d’Alec avait été très inhabituelle. Il avait une balle qui lui permettait de contrôler tout, même les objets inanimés.

« Je pense que je comprends tout cela maintenant, alors revenons à ma première question, » déclara Rain.

Rain avait changé de sujet pour obtenir la réponse à sa question la plus pressante.

« Pourquoi tout a-t-il empiré après le changement de monde ? » demanda Rain.

La bataille aurait dû se terminer avec la disparition d’Alec, alors que s’est-il passé ?

« C’est simple, vraiment. Le Fantôme Cramoisie, Kirlilith, a mis en place tout cela à l’avance, » déclara Air.

« Attends, quoi ? Comment ? » demanda Rain.

« Alec était l’appât. Elle a supposé qu’ils allaient avoir des ennuis, alors elle l’a piégé pour qu’il porte le chapeau. C’est la meilleure explication que je puisse trouver, » répondit Air.

Elle avait supposé qu’Alec allait mourir… ? Avait-elle en fait utilisé un commandant exemplaire avec des pouvoirs inégalés comme simple appât ?

« Cela montre bien que Kirlilith est exceptionnelle, même parmi les fantômes, » déclara Air.

« Attends, cela n’a aucun sens. Ça n’a commencé qu’après que j’ai effacé Alec…, » déclara Rain.

« Et si elle avait prédit que la balle du diable allait anéantir Alec ? » demanda Air.

Rain trembla face à cette idée.

« Et voilà où nous en sommes. Nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois, il y a quarante ans, mais c’est un véritable monstre qui vit en tant que fantôme depuis cent cinquante ans maintenant. Je ne doute pas qu’elle ait appris les capacités de ma balle du diable après avoir combattu pendant si longtemps. »

Cela signifiait que Kirlilith avait déduit la capacité de la balle du diable et avait agi autour de celle-ci ?

Mais c’est de la folie…

« Il est clair qu’elle a utilisé Alec pour m’attirer. »

Est-ce… même possible ?

Laisser Alec prendre le commandement en supposant qu’il serait effacé, faire semblant d’être désavantagé, puis renverser la situation une fois l’histoire réécrite pour prendre le dessus… Comment quelqu’un a-t-elle pu planifier et exécuter cela si parfaitement ?

« En termes d’échecs, elle a permis que son pion soit capturé afin de dégager un chemin pour sa reine afin de mettre en échec le roi ennemi. Avec la disparition d’Alec, une unité qui avait été laissée derrière est passée en première ligne. Les flammes cramoisies qui réduisent cette ville en cendres le prouvent. »

Le feu qui faisait rage autour d’eux n’était pas un incendie normal. Il avait tout brûlé sur son passage sans même hésiter une seule fois.

« La sienne est la divinité Traxil, une balle qui invoque la mort. »

« La mort… »

« Oui. La divinité de Kirlilith confère à ses balles la capacité d’infliger la mort à tout ce qu’elles touchent. Mes balles n’affectent que les humains, mais c’est parce qu’elles sont liées au concept de l’histoire. Les balles de Kirlilith, cependant, infligent la mort à l’échelle atomique. Tout ce qu’elles frappent, humain ou autre, est anéanti. Depuis sa première renaissance en tant que fantôme, Kirlilith a tué des dizaines de milliers de personnes avec ce pouvoir, noyant des villes dans les flammes, comme tu le vois maintenant. »

Le visage d’Air ne trahissait aucune émotion lorsqu’elle lui avait raconté tout cela, ce qui témoignait du nombre de fois où elle avait dû faire face à des horreurs similaires… C’était un état d’esprit unique et inhabituel que tous les Fantômes partageaient. Ils avaient depuis longtemps accepté la nécessité de tuer d’autres fantômes et de verser du sang innocent, même s’ils méprisaient de tels actes.

Ils avaient répété ce processus… et Air n’était pas différente.

« Rain. »

Rain avait aussi regardé vers Air quand il l’avait entendue dire son nom. Son regard avait gardé son intensité même s’il l’avait épinglée, elle le fixa droit dans les yeux en essayant de le lire.

« Tes sentiments sont absurdement déplacés, » déclara Air.

« C’est… »

Air avait vu juste à travers lui. Elle avait réalisé qu’un sentiment de sympathie, de pitié malavisée s’était installé dans le cœur de Rain.

« J’ai perdu le droit à la pitié dès que j’ai été placé dans ce corps, » déclara Air.

« … Placée ? »

« Oui, » dit Air avant de se taire pendant quelques instants.

« Je suppose que c’est une chance comme une autre. Comment expliquer cela… ? Eh bien, je suppose que je te l’ai déjà dit une fois. Ce corps a peut-être été modelé selon l’âme d’Air Arland Noah, mais à l’origine, il appartenait à quelqu’un d’autre. J’habite simplement ce corps de façon parasitaire. »

En disant cela, Rain avait réalisé que la main qu’il avait autour de son cou tremblait. Il ne l’avait pas remarqué plus tôt, mais Rain avait touché la chaîne en argent de la balle noire d’Air pendant tout ce temps.

C’est…

Ses souvenirs lui faisaient mal, libérant quelque chose qui s’était enfoncé dans les profondeurs de sa conscience. Quelque chose qui avait refait surface d’innombrables fois dans ses rêves, mais qu’il avait ensuite scellé.

Une chaîne en argent… Un beau collier… C’était la première chose que Rain lui avait achetée . ..

Ce n’est pas possible…

« Te souviens-tu de ce que je t’ai dit une fois ? » demanda Air.

Air avait ignoré la confusion de Rain et avait continué son explication.

« Celui qui a créé les Fantômes a une balle qui peut sceller les âmes. Et le propriétaire de cette balle a trouvé des individus dignes, a scellé leurs âmes dans des balles noires comme celle-ci, et les a placées dans le corps d’autres personnes. L’esprit de ces hôtes est alors bloqué… et leur corps se transforme en la forme de l’âme du Fantôme comme contenant pour une nouvelle vie. Nous, les fantômes, avons utilisé de nombreuses personnes comme hôtes à travers les âges. »

Air ne faisait pas exception, elle habitait un corps acquis pendant la quatrième guerre depuis que Rain l’avait connue.

*

Le corps d’une certaine personne…

*

« Tu m’écoutes toujours ? »

Ses mots avaient fait sortir Rain de ses pensées.

« Écoute, quand ils t’ont implanté cet œil, tu as vu d’innombrables morts. Tu as vu le sang des innocents, la façon dont cela a brûlé même ceux qui suppliaient à genoux. Et cela a allumé les flammes noires dans ton cœur, n’est-ce pas ? » déclara Air.

Le désir de vengeance de Rain ne venait pas de lui-même, puisqu’il était bien vivant. La rage qui brûlait en lui était le résultat de la mort de quelqu’un d’autre…

« L’ancien propriétaire de ce corps était… Rilm Lantz, » déclara Air.

Le nom l’avait frappé comme un coup de pied dans la poitrine.

Rilm Lantz — tout est clair. Ce qu’était Air, comment elle était devenue… et la haine qui couvait en lui.

« Mon corps était autrefois celui de ta jeune sœur, » déclara Air.

Air l’avait dit. Son corps avait d’abord appartenu à la sœur de Rain, Rilm Lantz.

« Ah… ! »

Rain était dans un état de stupeur, et pourtant…

« Tu ne me crois pas, n’est-ce pas ? » demanda Air.

… Air était restée imperturbable.

« Mais il n’y a aucun doute dans mon esprit. Après tout, certains de ses souvenirs s’attardent encore dans ce corps. Son nom d’origine était Rilm Lantz. C’était une enfant de huit ans parfaitement ordinaire, née et élevée à O’ltmenia, » déclara Air.

Elle était la plus jeune enfant de la famille Lantz, ainsi que leur première fille, Rilm Lantz. Et il y a sept ans, pendant cette bataille dans la ville… son frère aîné l’avait vue mourir.

L’Occident avait lancé un raid et pris les citoyens en otage. Rain, qui était à ce moment-là un enfant de dix ans tout à fait ordinaire, avait été l’une de leurs victimes.

Ils avaient détruit la ville, tué 30 % de ses habitants et récupéré le reste sans raison. Les soldats avaient emmené Rain dans une grande installation blanche isolée. Plus d’une centaine de personnes avaient été entassées dans une petite pièce. Il avait entendu les hommes l’appeler la « cage à rats », et les prisonniers étaient certainement traités comme tels.

Toutes les quelques heures, des soldats apparaissaient et choisissaient cinq personnes au hasard. Leurs menottes étaient déverrouillées et ils étaient emmenés dehors avec un fusil dans le dos, pour ne plus jamais être revus. Quiconque résistait était abattu sur le champ. Leurs cadavres étaient laissés là où ils étaient tombés, et après le troisième, tout le monde avait cessé de résister.

Après quelques jours, il ne restait plus que les enfants. Ils n’avaient aucun moyen de savoir ce qui s’était réellement passé, mais ils supposaient que tous ceux qui avaient été enlevés étaient morts.

Et puis vint ce jour-là… le dernier jour.

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