Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 3 – Chapitre 4 – Partie 3

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Chapitre 4 : Artisanat magique

Partie 3

« Est-ce que ça… fait mal ? » demanda Alize, avec la même expression sur son visage quand elle se tourna vers Lorraine.

« Non, pas du tout. Avoir le mana d’une autre personne qui s’écoule dans votre corps pourrait ressembler à… peut-être une force qui appuie sur votre ventre. Même ainsi, cela n’est pas assez puissant pour vous causer de la douleur. Comment le décrire… ? Ah, oui, un essoufflement momentané, ou quelque chose comme ça. En tout cas, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, Alize, » déclara Lorraine.

« Dans ce cas… s’il vous plaît, Professeur Lorraine. Faites ce que vous voulez, » déclara Alize.

Alize, apparemment soulagée par l’explication de Lorraine, inclina la tête profondément. Lorraine hocha la tête.

« Eh bien, alors. Présentez-moi vos mains, » déclara Lorraine.

« Oui, » déclara Alize.

Alize avait fait ce qu’on lui avait dit de faire, et Lorraine avait rapidement saisi les mains de l’enfant dans les siennes.

« Très bien, je vais maintenant faire couler un peu de mon mana dans votre corps. Êtes-vous prête ? » demanda Lorraine.

« Oui… Euh, j’avais une question. Si tout ce dont j’ai besoin est d’être frappé par un sort, est-ce qu’un sort d’enchantement ou quelque chose de similaire ne fonctionnerait pas de la même manière ? » demanda Alize.

« Ça marcherait, oui, » la réponse de Lorraine avait été rapide. « Cependant, il n’y a aucun avantage pour un mage à faire une telle chose à son futur étudiant. Le processus que j’ai décrit tout à l’heure s’adresse aux personnes qui n’ont pas accès à un enseignant de quelque nature que ce soit, ou à un mage capable de transmettre la magie aux autres. »

« Je ne comprends pas, professeur Lorraine… Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Alize.

« Si vous choisissez d’être frappé par un sort, Alize, le mana de votre corps se mettra à tourbillonner, un peu comme les vagues d’une tempête. Si vous ne savez pas comment utiliser le mana en vous, mais qu’un mage vous a jeté un sort, la même chose se produira. Dans un tel cas, votre corps sera secoué par la douleur et vous aurez des nausées pendant des jours. Vous aurez aussi des vertiges, bien sûr, pendant un bon moment… Rentt en a fait l’expérience de première main. N’est-ce pas, Rentt ? » demanda Lorraine.

J’avais acquiescé face aux paroles de Lorraine. « Honnêtement, il y a eu des moments où j’ai pensé : “Il vaudrait mieux que je sois mort”. Je ne voudrais pas le revivre. »

C’était mes pensées honnêtes. Ce fut une expérience terrible — la conscience vacillante, la perte de conscience, la fragilité du sens du temps, le sentiment d’ambiguïté et de douleur qui allait continuer pour l’éternité… Personne ne voudrait vivre une telle chose.

Un masochiste, par contre, peut trouver une deuxième expérience… attrayante. Je n’étais pas masochiste, bien sûr.

« Si vous êtes d’accord avec ces conséquences, Alize, je pourrais vous enchanter avec un simple sort. Serait-ce acceptable ? » demanda Lorraine.

Alize secoua violemment la tête d’un côté à l’autre à la question de Lorraine.

« N-Non ! Une méthode normale, c’est tout à fait mieux, Professeur Lorraine ! » dit Alize, en criant presque quand elle l’avait fait.

Une réaction raisonnable. Comme je l’avais déjà mentionné, peu de gens choisiraient volontiers de vivre une telle expérience. Même moi, je n’avais pas été frappé par un sort juste pour le plaisir ! Il n’y avait tout simplement pas d’autre moyen pour moi de prendre conscience de mon mana.

Un mage typique n’hésiterait pas à exiger d’un simple villageois d’incroyables sommes d’argent. Peut-être que c’était dans leur droit de le faire, étant donné qu’ils avaient assez de mana en eux pour être appelés mages. C’était néanmoins un service onéreux. J’avais à peine de quoi survivre, et j’avais voulu éveiller les énergies en moi, donc il n’y avait vraiment pas d’autre moyen.

« Hmm. Voilà, Alize. Eh bien, alors… Cette fois, je vais canaliser le mana à travers vous. Concentrez-vous, Alize. Sentez l’étrange sensation qui va se répandre dans tout votre être, » déclara Lorraine.

« D’acccccordd !? »

Alize hocha la tête et, à ce moment-là, Lorraine serra les mains de l’enfant. Les yeux d’Alize s’étaient élargis, plus que jamais. Rien que de cela, j’avais compris que c’était ce que ressentaient ceux qui avaient la chance d’avoir du talent.

Je me sentais… envieux…

« Eh bien ? Vous comprenez maintenant ? » demanda Lorraine, tenant toujours les mains d’Alize quand elle posa la question.

« Oui…, » Alize hocha lentement la tête. « Je pense. Je crois que je comprends. Quelque chose comme… quelque chose de collant, suintant, comme de la boue, coulant à travers… mon corps… »

C’était au tour de Lorraine d’élargir les yeux, mais sa réaction était plus faible que celle d’Alize.

« Vous avez plus de mana que la plupart au début, mais de penser que vous êtes au courant de tout cela… Impressionnant. Oui, c’est du mana, Alize. Je l’ai fait couler avec mes propres énergies tout à l’heure. Mais pouvez-vous le déplacer de votre propre gré ? » demanda Lorraine.

« C’est… un peu difficile…, » déclara Alize.

Des perles de sueur avaient commencé à se former sur le front d’Alize. C’était comme si canaliser et déplacer le mana dans son corps n’était pas une tâche simple.

Poussé par les luttes d’Alize, j’avais essayé de déplacer le mana en moi — de mon estomac, je l’avais fait couler dans mes bras, et même le placer autour de mon corps. C’était… simple, du moins pour moi. Mais c’était peut-être une évidence, car j’avais plus d’expérience. Après tout, j’utilisais le mana depuis une dizaine d’années, et la seule chose qui me retenait était ma petite capacité de mana.

Le mana était une chose étrange, le fait d’en avoir une grande partie en soi permettait de le sentir facilement. Le contrôle et le mouvement appropriés du mana, cependant, devenaient plus difficiles plus on avait de mana. Peut-être un peu comme déplacé beaucoup d’objets dans une pièce exiguë.

Prenez, par exemple, un sac bien rempli — même si on le secouait, les objets qu’il contient ne bougeraient pas beaucoup. Le contenu d’un sac un peu plus vide, par contre, s’agitait si on le secouait. C’est pourquoi j’avais pu facilement contrôler mon mana après m’en être rendu compte. De plus, je m’étais entraîné à l’utiliser pendant une longue période, d’où la relative facilité d’utilisation.

Mais ce seul fait n’avait pas fait de moi un mage habile d’aucune sorte. Alors que j’étais devenu capable de déplacer le mana dans mon corps à volonté, en plus d’ajuster son intensité et de devenir capable de tisser des sorts rapidement, c’était tout ce que je pouvais faire. Pour lancer des sorts complexes et puissants, il fallait une plus grande capacité de mana. Certains avaient même dit qu’avoir un bon contrôle de son mana était particulièrement précieux pour les femmes, ne serait-ce que parce que l’individu en question serait capable de canaliser le mana vers n’importe quelle partie de son corps. La création de l’eau, à son tour, était un sort simple que la plupart des débutants avaient appris en premier, il était donc facile pour une femme de pleurer des larmes de crocodile à l’aide de son mana. Ainsi, les mages femelles avaient fini par maîtriser cette technique assez rapidement…

En y repensant, c’était une chose vraiment effrayante.

« Alors, si on se reposait un peu ? » demanda Lorraine.

Lorraine regarda Alize avec une certaine inquiétude. Lorraine lâcha les mains d’Alize, interrompant le flux de mana. La respiration d’Alize devint immédiatement irrégulière, et elle tomba bientôt à genoux.

Pas vraiment une sensation de douleur, mais certainement pas une promenade proverbiale dans le parc. Avoir le mana de quelqu’un d’autre couler dans son corps n’était pas fatal, mais ce n’était pas vraiment une bonne chose non plus. Une exposition prolongée pourrait nuire à l’organisme.

À l’origine, le processus prenait des jours, pour être répété après que l’élève se soit suffisamment reposé. Alize, cependant, avait pu sentir le mana dans son corps presque instantanément. Comme Lorraine l’avait dit, elle avait vraiment beaucoup de talent.

« Est-ce que ça va ? Peut-être devrions-nous nous arrêter ici pour aujourd’hui, » déclara Lorraine.

La respiration d’Alize était plus stable maintenant, mais elle n’avait pas l’air d’aller bien avec son visage encore strié de sueur. On aurait dit qu’elle s’était poussée un peu trop loin.

Alize semblait quelque peu troublée par les paroles de Lorraine.

« C-Comment… Combien de temps. Combien de fois… dois-je… ? » demanda Alize.

« … faudrait-il pour que vous vous y habituiez ? Mais bien sûr, jusqu’à ce que vous soyez capable de manipuler le mana dans votre corps librement, Alize. Jusqu’à ce que vous soyez capable d’un tel exploit, je vais continuer à canaliser le mana en vous. Il n’y a pas d’autre moyen. Ce sera probablement difficile, oui, » déclara Lorraine.

« N-Non… Vraiment… ? » demanda Alize.

Le visage d’Alize était rempli de désespoir. On aurait dit qu’elle souffrait vraiment.

Lorraine avait souri ironiquement face à la réaction d’Alize.

« Vous n’avez pas besoin de tout apprendre en une journée, Alize. J’avais prévu que le processus en prendrait plusieurs. D’où…, » commença Lorraine.

Lorraine suggérait que nos leçons prendraient fin — pour aujourd’hui, du moins. J’avais tendu la main, allumant une petite flamme au-dessus d’un doigt. Dans mon autre, l’eau coulait librement de ma paume. Après avoir fait ces choses, j’avais regardé droit dans la direction d’Alize, avec l’espoir de communiquer que la magie n’était pas si difficile.

Il n’avait pas fallu longtemps pour attirer l’attention d’Alize.

« Combien... Combien de temps ça va durer jusqu’à ce que je puisse faire ça ? » demanda Alize, haletant entre deux respirations et me fixant avec un dédain marqué.

Alize avait interprété ma petite manifestation comme une provocation. Je suppose que c’était une façon de voir les choses, car pour Alize, j’avais l’air d’un frimeur. Rien de tout cela n’avait été fait exprès, bien sûr, c’était une simple démonstration.

Lorraine s’était rapidement tournée vers moi, à peine amusée par mes efforts.

 

 

« Tu devrais vraiment arrêter de provoquer l’enfant, Rentt…, » chuchota-t-elle avant de se tourner vers Alize et de la rassurer d’une voix douce. « Vous pourrez faire tout ça bientôt, Alize. Ce sont de simples sorts, donc ça ne vous prendra pas longtemps. »

Ah, dix ans de mon dur labeur, banalisé par une seule déclaration…

Lorraine avait cependant raison. Je ne nierai pas que la magie que je venais d’utiliser était simple, au contraire, j’avais maintenant l’impression que je pouvais facilement envoyer un jet d’eau de mes mains si j’essayais. Un simple sort de la petite bibliothèque de la Magie de Tous les Jours. Un sort à petite échelle, bien sûr, mais si j’y introduisais assez de mana, je pourrais peut-être amplifier ses effets…

Peut-être même que ça valait le coup d’essayer, du moins je le pensais. Une exclamation d’Alize en se levant avait interrompu ma pensée.

« Bien, alors… jusqu’à ce que je puisse le faire, je vais continuer d’essayer ! » déclara Alize.

Alize semblait stimulée pour une raison ou une autre, avec de l’empressement évident dans ses traits. Elle était fatiguée, mais maintenant elle se tenait debout par la force de sa volonté.

« Vraiment ? » Lorraine sourit à son élève enthousiaste. « Eh bien, alors… essayons encore un peu. »

Lorraine me jeta un léger regard, avec un bref sourire sur son visage. Avant que j’aie pu répondre, elle avait saisi les bras d’Alize une fois de plus, et le processus de canalisation avait recommencé.

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