Monster no Goshujin-sama (LN) – Tome 4 – Chapitre 15 – Partie 1

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Chapitre 15 : Ceux qui dirigent, ceux qui obéissent

Partie 1

Un grand nombre de monstres étaient apparus comme s’ils sortaient des arbres. J’en avais compté plus de vingt rien qu’à partir de ceux que je pouvais voir. Berta avait remué sa queue et s’était blottie contre le garçon qui marchait lentement sur notre chemin, à la tête des monstres. Il n’y avait pas prêté attention et un doux sourire s’était dessiné sur ses traits fins.

« Tu n’as pas l’air surpris, Senpai. Avais-tu déjà compris que c’était moi ? »

« Oui, je m’y attendais, » répondis-je en soupirant. « Kudou Riku, quand je pense que tu es le dompteur de monstres qui a attaqué le Fort de Tilia... »

Devant moi se tenait l’enfant maltraité, Kudou Riku. Il était censé être mort à cause de la magie de Juumonji au sommet des murs intérieurs. Le fait qu’il soit ici signifie que c’était un de ses doubles qui avait été détruit dans l’explosion.

 

 

« Comment as-tu pu dire que j’étais le vrai dompteur de monstres parmi tous les étudiants qui étaient là ? Je serais heureux si tu peux me le dire, comme référence future. »

« Ce n’est pas si compliqué. N’importe qui aurait pu être un sosie, mais piéger Sakagami en tant que dompteur de monstres n’était pas quelque chose que n’importe qui pouvait faire. »

En contraste avec l’attitude calme de Kudou, mon ton était amer. Même si je m’y attendais, le voir agir de la sorte sous mes yeux avait fait naître en moi un sentiment désagréable.

« Sakagami pensait vraiment qu’il avait le pouvoir d’appeler des monstres, » avais-je poursuivi. « Pour l’induire en erreur, il faudrait utiliser une capacité similaire chaque fois qu’il essaie d’appeler des monstres. En lui faisant croire qu’il avait besoin d’une sorte de rituel pour le faire, on l’avertirait du moment où il faudrait utiliser sa tromperie, mais il faudrait quand même rester près de lui. »

« Je vois. Ce qui veut dire que ça ne peut être que moi, vu que j’étais avec Sakagami depuis qu’il s’est réfugié dans cette cabane. »

Il y avait une autre chose qui me conduisait à cette conclusion, une conjecture basée sur mes propres expériences. Berta avait certainement l’air intelligente, mais elle restait un monstre et n’avait acquis son ego que récemment. Il lui serait difficile de continuer à tromper Sakagami. Un tel comportement nécessitait la fourberie humaine, après tout.

« Tu as piégé Sakagami pour assurer ta propre sécurité, n’est-ce pas ? » avais-je demandé.

« Oui. Je suppose que tu le sais déjà, mais la faiblesse de nos capacités réside dans la faiblesse des dompteurs eux-mêmes, » répondit franchement Kudou. « À l’inverse, il n’y a pas de pouvoir plus pratique pour agir dans l’ombre, surtout après avoir simulé sa propre mort et s’être caché. Sakagami aurait cependant pu se rendre compte qu’il était un bouc émissaire, s’il ne pouvait plus utiliser sa capacité quand je n’étais pas là… »

« Mais ce n’est pas un problème s’il est mort, hein ? C’est pour ça que tu l’as sauvé. Tu aurais dû l’achever tout de suite. Nous t’avons découvert comme ça parce que tu étais trop gourmand. »

La raison pour laquelle Kudou avait demandé à Berta de sauver Sakagami était, franchement, de lui faire fermer sa gueule. Et pourtant, il n’avait pas fait tuer Sakagami tout de suite. Grâce à cela, j’avais pu parler à Sakagami et confirmer qu’un autre dompteur de monstres avait attaqué la forteresse. Kudou avait bien sûr une raison de ne pas le tuer tout de suite, mais nous avions déjà mis en place des contre-mesures pour éviter cela.

« Je sais que tu essaies de donner les étudiants en pâture à tes monstres. Je parie que tu avais prévu de cibler les étudiants survivants en nous attirant dehors en utilisant Sakagami comme appât… Mais tant pis. Miyoshi et les autres se sont déjà échappés dans les bois avec les chevaliers de l’Alliance. »

Sakagami avait dit que nous étions en retard, mais c’était seulement parce que nous avions mis les choses en ordre avant de partir à sa recherche. Kudou perdrait son temps s’il cherchait à les retrouver dans la forteresse maintenant, et au cas où il se rendrait compte qu’ils ne sont plus là, Shiran les gardait. Ses capacités de combat rivalisaient avec celles de la Grande Araignée Blanche des Profondeurs, elle pouvait donc faire face à tout ce qui n’était pas extrême. Au moins, elle pouvait s’occuper d’Anton, qui était probablement en train de s’attaquer aux étudiants survivants.

La situation évoluait en grande partie comme nous l’avions prévu. Il y avait juste une chose que je n’avais pas prévue. Je ne m’attendais pas à ce que Kudou se montre comme ça. Je pensais que nous pourrions vaincre Berta et reprendre Sakagami.

Maintenant qu’on en était là, je ne pouvais pas laisser Kudou s’échapper. Certaines de ses forces étaient probablement parties avec Anton, réduisant ainsi ses renforts disponibles. Maintenant, il s’agissait de savoir si l’autre chose que nous avions préparée se passerait bien…

« Magnifique, Senpai. » Un claquement sec avait coupé court à mes pensées. Kudou abaissa ses mains, et ses lèvres doucement incurvées s’ouvrirent à nouveau. « Non seulement tu as fait tomber Juumonji, mais tu as aussi découvert mon identité. »

« Désolé d’éclater ta bulle pendant que tu me fais des éloges, mais je n’ai pas terrassé Juumonji, et c’est grâce à Mikihiko que nous avons compris que Sakagami n’était pas un dompteur de monstres. »

« Il n’y a pas besoin d’être si humble. Tout cela fait partie de ta force. »

Cette conversation me mettait mal à l’aise, comme une démangeaison dans mon cerveau. Quelque chose était étrange ici. Il était très calme pour quelqu’un dont les plans avaient été déjoués. Il avait même l’air content.

« Anton m’a raconté les détails de ce qui s’est passé. C’était une victoire splendide, » dit Kudou d’un ton vif.

« Où veux-tu en venir… ? »

J’avais regardé son visage. De manière incroyable, il était sérieux. Je pouvais lire dans son regard que son éloge n’était pas exagéré.

« Cette phrase que tu as dite à l’elfe, “C’est le monde où les souhaits se réalisent”, elle vient du tout premier sauveur de ce monde, non ? Tu as prouvé que ces mots étaient corrects, Senpai. Votre groupe a été capable d’arrêter la violence de Juumonji grâce à vos sentiments. Ce monde n’est pas simplement un monde où les forts peuvent faire ce qu’ils veulent. Elle et toi êtes vraiment magnifiques. Je le crois du plus profond de mon cœur. »

Cette conversation ressemblait à celle que j’avais eue avec Shiran lorsqu’elle avait retrouvé son cœur, mais elle différait tellement qu’elle me donnait la nausée. En fait, j’avais nié l’affirmation de Kudou selon laquelle les forts pouvaient faire ce qu’ils voulaient dans ce monde. Je n’y avais vu qu’une offrande à son âme défunte.

Alors pourquoi cette conversation maintenant ? Mes sentiments avaient été à tous les coups transmis à lui. Il n’en aurait pas parlé et ne nous aurait pas félicités s’ils ne l’avaient pas fait. Et pourtant, il se sentait désespérément distant de nous.

« Pourquoi, Kudou ? » J’avais pratiquement gémi. « Pourquoi as-tu soutenu la folie de Juumonji ? Tu sais ce que ça fait d’être opprimé par une violence irrationnelle, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi… ? »

« “Ce que ça fait d’être opprimé par une violence irrationnelle”, dis-tu. Bien sûr. Je le sais très bien, » répondit Kudou en hochant calmement la tête. Ses yeux étaient si tranquilles qu’on n’aurait jamais pensé qu’il était acculé dans un coin. « Je veux dire, j’ai vécu la destruction de la colonie tout comme toi, Senpai. »

« Quoi… ? »

« J’ai aussi été laissé au bord de la mort dans cette épave en flammes, vois-tu. »

La confession joyeuse de Kudou m’avait laissé perplexe. C’était différent de ce que j’avais entendu.

« Mais tu étais dans l’une des cabanes de la région forestière, et Shiran t’a sauvé avec Sakagami, non ? Ce n’est pas un des membres de l’équipe d’exploration qui est resté derrière qui t’a guidé vers cette cabane ? »

« C’était apparemment le cas pour tous les autres habitants de la cabane, oui. Pas moi, cependant. Personne ne m’a aidé à sortir de la colonie. J’ai simplement trébuché dans la cabane après. Sakagami était la seule personne à le savoir, mais tout le monde le détestait. Enfin, même si ce n’était pas le cas, il n’aurait probablement pas raconté les détails à qui que ce soit. »

Kudou avait gloussé brièvement avant de poursuivre.

« Comme tu le sais, Sakagami était un bâtard cruel. Je le connaissais même avant de venir dans ce monde. Ce jour-là, dans la colonie, il s’est échappé en me laissant en sacrifice. »

Je n’avais pas répondu, alors Kudou avait continué.

« Après avoir été laissé derrière comme ça… J’ai vécu un véritable enfer. Le fait que j’ai réussi à survivre… Eh bien, je ne peux que le mettre sur le compte de la chance. Après m’être finalement éloigné de la colonie, j’ai erré dans la forêt pendant quelques jours. La faim, la douleur, l’anxiété et la solitude ont déchiré mon cœur. En y repensant maintenant, c’est un miracle que j’aie réussi à survivre pour être ici aujourd’hui. »

J’avais été totalement surpris en l’écoutant raconter son histoire avec le sourire.

Une connaissance l’avait trahi, il avait failli être tué, mais il avait survécu par pure chance. Ne pouvant faire confiance à personne, il avait erré tout seul dans la forêt. Il avait peur d’être tué par un monstre atroce à tout moment, mais même si cela n’arrivait pas, la faim et la soif le guettaient.

C’était l’histoire de qui, exactement ?

Me voyant sans voix, Kudou avait gloussé une fois de plus.

« Se pourrait-il que tu aies vécu une expérience similaire, Senpai ? »

J’avais haleté. C’était comme s’il avait lu dans mes pensées. Je l’avais regardé avec étonnement. Les seules personnes qui savaient ce que j’avais vécu lors de la chute de la colonie étaient Lily et mes autres serviteurs. Il n’y avait aucun moyen qu’il puisse savoir.

« Comment sais-tu… que… ? » demandai-je, ma voix devenant sévère.

« Je peux le dire, » répondit Kudou, son sourire restant le même. « Nous nous ressemblons, après tout. »

« Ne te moque pas de moi. »

Il fut un temps où je pensais que Kudou et moi pouvions nous ressembler. Cependant, c’était seulement parce que nous avions tous deux été piétinés par la violence. Rien de plus. Je n’avais même pas imaginé que nos expériences seraient si similaires. Malgré tout, il devait y avoir une raison pour qu’il le sache.

« Kudou, qu’est-ce que tu sais ? »

« Des choses que tu ne connais pas, » avait-il répondu avec conviction. « Surtout en ce qui concerne nos pouvoirs. »

La connaissance des tricheries que nous, visiteurs, possédions… Comment pouvait-il déclarer cela, alors qu’il avait vécu les mêmes expériences que moi ? Peut-être que la « ressemblance » dont parlait Kudou concernait en fait notre capacité à apprivoiser les monstres… ? Mais quel rapport y avait-il entre des capacités inhérentes similaires et des expériences similaires en arrivant dans ce monde ?

C’est juste une coïncidence. Oui… Rien de plus qu’une coïncidence. Il n’y a aucun rapport du tout… Est-ce vraiment le cas ? Deux personnes qui partagent les mêmes capacités et expériences… Une telle coïncidence était-elle vraiment possible ? Si c’était en fait une fatalité, Kudou savait quelque chose que j’ignorais. Maintenant que j’y pense, Juumonji semblait aussi savoir quelque chose sur les tricheries que je ne savais pas. Ce qui veut dire, juste peut-être…

« Kudou, as-tu été en contact avec le corps expéditionnaire ? »

« Hein ? Comment sais-tu ça ? »

C’était la première fois que son sourire constant commençait à s’estomper. Ses yeux s’écarquillèrent très légèrement tandis que je rétrécissais les miens.

« Tu… ou je suppose, Sakagami, as dû planifier l’attaque avec Juumonji d’une manière ou d’une autre. C’est donc une conclusion assez naturelle. Non pas que j’aie une quelconque preuve. »

« Oh. Était-ce une question tendancieuse ? »

Kudou avait réalisé sa propre gaffe et avait souri amèrement. Tout comme Juumonji et Sakagami, Kudou avait été en contact avec un coopérateur commun au sein du corps expéditionnaire. C’est probablement là qu’il avait appris toutes sortes de choses dont je ne savais rien.

Mais si Kudou était lié à quelqu’un du corps expéditionnaire, pourquoi n’a-t-il pas dit à cette personne ou à Juumonji que Sakagami n’était qu’un bouc émissaire ? J’avais une montagne de questions à lui poser maintenant.

« Tu vas me dire tout ce que tu sais. »

C’était ma chance, maintenant que je l’avais coincé comme ça. Les jambes de Gerbera s’agitaient. Lily rassembla son mana. Asarina grognait. Berta grognait. Tous les autres monstres que Kudou avait amenés avec lui s’étaient également préparés au combat.

« Cela ne me dérange pas de te dire ce que je peux, » dit Kudou, gardant son sourire transparent dans cette atmosphère tendue. Puis il haussa les épaules. « Je suis venu ici avec l’intention de tout te dire de toute façon, en fonction des circonstances. »

« Quoi… ? » Je lui avais lancé un regard noir. Même s’il était prêt à parler, sa formulation me mettait mal à l’aise. « La façon dont tu le dis donne presque l’impression que… »

« Oui. J’avais prévu de te parler ici dès le départ, » dit-il en souriant, confirmant mes doutes.

Avant que j’aie pu comprendre le sens de cette phrase, la forêt s’était soudainement mise en branle.

« Qu’est-ce que… ? »

Les arbres avaient craqué, les fourrés s’étaient cassés, et quelque chose avait creusé le sol. Des lames s’affrontaient, et quelque chose s’écrasait sur un bouclier, le brisant peut-être. C’était le tumulte d’une bataille.

« A-Argh… »

Une femme aux cheveux gris, portant des vêtements blancs et un masque, gémit en bondissant hors de la forêt lugubre. D’innombrables épées fantômes volaient dans l’air et la poursuivaient.

« Rose ! »

La femme, Rose, avait une lame ombragée qui dépassait de son col alors qu’elle reculait vers ma position.

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Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

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